[1890]
p. 381-387
Texte intégral
401
Paris, le 18 Janvier 1890
1[...] mes retards dans ma correspondance tiennent à ce que j’attendais chaque jour le lendemain pour te donner un renseignement sur mon avenir. Les choses sont depuis deux ou trois mois au même point. Pour le moment la situation se resserre pourtant et se dessine avec plus de netteté. J’ai écarté diverses solutions. Le président du Conseil m’offrait une préfecture ; le ministre des finances une trésorerie générale. Je n’ai voulu être ni préfet ni trésorier général1. Aujourd’hui deux portes sont ouvertes. Je puis espérer être d’ici quelques jours soit inspecteur général, soit Consul général. Le second poste dépend tout à fait de mon acceptation. Le ministre des Affaires étrangères2, qui est un ami très bienveillant, a résolu de transformer le consulat de Christiania3 en un poste important de Consul général, avec attributions consulaires et diplomatiques4 et de m’y nommer quand je voudrai. D’autre part Pécaut insiste pour que je reste à Paris dans l’université. Une combinaison est possible. Ce serait qu’un des six inspecteurs généraux5, d’une mauvaise santé, acceptât, comme une espèce de retraite, la direction du Musée pédagogique6, vacante par la mort du titulaire. Je pourrais alors être nommé inspecteur général à sa place. J’ai prié le Ministre de l’Instruction publique de faire une démarche en ce sens auprès dudit Inspecteur général. S’il accepte cette retraite honorable, mais anticipée, je prendrais sa succession. J’espère que cela va se décider dans le courant de la semaine. Je commence à être fatigué de l’incertitude et désireux de recommencer une vie active. C’est pour cela que je n’ai pas accepté la Direction du Musée pédagogique, qui m’était offerte. Mais en me l’offrant, M. Buisson et le ministre ne me cachaient pas qu’ils me verraient avec regret entrer dans cette voie. Je puis en effet rendre encore des services dans la vie active, soit dans l’université, soit dans les Relations extérieures. Si j’allais à Christiania, j’aurais certainement l’occasion de t’aller voir au passage, en modifiant l’itinéraire maritime pour un itinéraire plus terrestre. Il y a des avantages sérieux à chacune des deux solutions qui s’offrent à moi. Pour l’instant, mon parti est pris. Je resterai à Paris si je puis y être nommé inspecteur général. Si le titulaire ne consent pas à se retirer, je vais aussitôt trouver le ministre des affaires étrangères, et je fais signer ma nomination de consul général7 Cette décision que j’ai prise hier me soulage du tourment de l’incertitude ; je n’ai plus à tourner et retourner les avantages et les inconvénients. La décision ultérieure ne dépend plus exclusivement de moi. [...]
402
Paris, le Jeudi 13 Février 1890
2[...] Je t’écris juste le jour où j'ai 54 ans. Comme la vie a passé vite, et comme elle a été peu remplie ! Je parle du moins pour moi. Il me parait impossible qu’il y ait déjà un demi siècle que j’ai pris conscience de moi même. Car je me rappelle quelques unes de mes impressions de la 4e et 5e année. Pourrons nous causer ensemble du passé. Je le suppose, car il est à peu près décidé aujourd’hui que je serai envoyé comme consul général à Christiania. Je t’en avais déjà dit un mot dans ma précédente lettre. J’aurais préféré le poste d’inspecteur général ; j’ai fait et fait faire des démarches dans ce sens auprès du ministre de l’Instruction publique, qui est de mes amis, et qui se dit même très chaud et très dévoué. Mais c’est une nature molle, paresseuse, qui redoute les luttes et les conflits : il a eu peur du bruit que ferait le monde catholique, et de certaines petites difficultés de dessous. Bref, il a fait résistance. Je n’ai pas voulu courir le risque d’éterniser une attente qui pouvait aussi bien aboutir au succès qu’au néant, et j’ai accepté l’offre gracieuse, à certains égards plus avantageuse et plus courageuse que m’a faite le ministre des Affaires étrangères. A moins de complication inattendue, mais toujours possible dans le monde mouvant de la politique, les décrets paraitront bientôt : l’un, transformant en consulat général8 le consulat de Christiania, l’autre me nommant à ce poste. Le côté noir, attristant de cette décision, c’est l’éloignement, le départ, la séparation. Mes fils resteront à Paris où leurs études les retiennent. [...]
403
Paris, le 2 Mars 1890
3[...] les vents ont tourné. Tes sages avis n’ont pas été méconnus, d’autant qu’ils se sont rencontré avec l’opinion de presque tous mes amis d’ici et d’ailleurs. Au moment décisif, le ministre des Affaires étrangères lui même m’a dit : je suis prêt à vous nommer, vous n’avez plus qu’un mot à dire ; mais je regrette bien que mon collègue n’ait pu vous nommer à l’Instruction publique, où votre place est marquée. Au fond ce qui m’a décidé à tenter un nouvel effort (victorieux) dans cette voie, c’est la tristesse profonde dont j’ai vu ma pauvre femme saisie quand le moment est venu de rompre le câble. Il fallait laisser nos deux fils, arracher nos filles à leur milieu, à leurs amies, à leurs leçons. Bref, je me suis retourné vers M. Fallières, qui n’avait cessé de m’offrir la Direction du Musée pédagogique ; il résistait à me donner le titre d’inspecteur général. Buisson l’y a décidé, et hier le président de la République9, avec qui j’étais très lié quand il n’était que député, a témoigné sa satisfaction de signer le décret qui me nomme Inspecteur général de l’Instruction publique (enseignement primaire)10 et M. Fallières a signé aussitôt l’arrêté qui me charge de la Direction du Musée pédagogique, avec le traitement d’inspecteur général, soit 10.000 fr. alors que sans cela, c’était au plus 8 mille. L’officiel enregistre cette nomination ce matin, et déjà, comme les journaux d’hier soir contenaient cette nouvelle, j’ai reçu de nombreux télégrammes et lettres de félicitation11. Tout est bien qui finit bien. Je ne sais pas encore exactement en quoi consistera ma tâche ; j’essaierai de la rendre utile, féconde, élevée. Si plus tard je préfère une autre vie, je pourrai obtenir l’Inspection réelle, active, avec ses voyages et son action directe12. Pour le moment, je ne désire rien, rien que d’être digne et capable du beau poste qui m’échoit ; je suis heureux et reconnaissant, très touché aussi des nombreuses marques de sympathie, d’estime et même d’affection qui me sont prodiguées depuis hier, non seulement par lettres, mais par paroles. Nous étions hier soir chez les Réville, à leur réception bi mensuelle ; il y avait une foule compacte, et tous nous ont joyeusement accueillis et congratulés ; il semblait qu’un cauchemar fût dissipé. Je suis reconnaissant aussi à mes amis du gouvernement ; ils ont été bons et affectueux. J’aurais pu sans doute y avoir des amis plus prompts et plus courageux ; tel autre, que je sais, s’il eût été au pouvoir, m’eût aussitôt donné soit l’inspection générale active, que je demandais au début, soit une ambassade en Sud-Amérique que je demandais aussi alors. Ceux ci ont fait, dans la mesure de leur nature, tout ce qu’on pouvait attendre d’eux, et finalement, le résultat me parait le meilleur possible. Je jouirai de tout mon temps, n’ayant à passer que quelques heures par jour dans mon cabinet de Directeur, où l’on ne me dérangera guère, et où je pourrai poursuivre certains travaux, pendant que j’en ferai d’autres chez moi. [...]
404
Paris, le 20 Mars 189013
4[...] J’ai commencé hier la lecture d’un gros volume, thèse de doctorat ès lettres du pasteur Molines, (église “libre” de Montpellier) sur Vinet14 critique et littérateur. C’est assez pauvrement fait ; mais l’homme ne peut pas ne pas intéresser. Il y a dans Vinet tant de droiture, de candeur, d’élévation morale, de libéralisme que ses provincialismes plaisent bien plus qu’ils ne choquent. Ces hommes là sont le sel de la terre. Est ce que leurs croyances supranaturalistes et quasi orthodoxes y sont pour quelque chose ? Vaudraient ils autant avec d’autres doctrines, plus saines, plus conformes à la vérité historique ? Il faut bien croire que oui. Mais on ne peut nier que l’école évangélique ne soit ou n’ait été15 une bonne école de caractère et de profonde moralité16. [...]
405
Paris, le 15 Mai 1890. Jeudi de l’Ascension
5[...] Je t’admire et je t’envie de prendre si vivement et si chaudement les choses. J’ai été noyé dans des Océans de calomnies, criblé de milliers de diffamations et d’outrages, et je m’étais fait un cuir de pachyderme, ou plus noblement un cœur d’airain. J’en étais arrivé à n’attacher pas la moindre importance aux mensonges de la polémique. Etait ce dédain, indifférence, [un mot illisible], mollesse ? Ou tout réuni ? Au fond, Philinte a tort, et Alceste17 vaut mieux que lui, car Alceste prend au sérieux la nature humaine, et cela est bien. Je la vois, il est vrai, si légère, si inconsistante, si frivole que j’ai toutes les peines du monde à me soucier de ce qu’écrit un journaliste en quête de “copie”, un polémiste qui écrit machinalement le mouvement commencé, comme une girouette qui prend le vent. Peut être le monde théologique, que j’ai perdu de vue, mérite-t-il plus de considération dans ses écarts que le monde politique, qui m’est plus familier. Mais je n’ai jamais eu la fièvre ni perdu un coup de dent aux outrages de la gent de presse. J’avais pitié d’eux. Songe donc : être obligé d’écrire tous les jours, sous peine de ne plus faire déjeuner ou diner ses enfants ! Je leur savais gré de songer à moi pour les tirer d’affaire, et de me transformer en bienfaiteur de la famille affamée. Car il faut bon gré malgré fournir son article18.
6Je te remercie de ton article sur la Pâque. [...] Toute cette théorie du sacrifice, depuis ce pauvre bébé ou ce pauvre agnelet jusqu’à la fille de Jephté19 ou la croix de Golgotha, tout cela m’est abominable. Je n’attache pas à ma propre vie tant d’importance que d’y tout subordonner, et le mal n est pas si grand de ne pas naitre ou de mourir ; mais égorger, sacrifier les autres, et les plus faibles – pour soi-même, pour son propre bien, c’est sans doute l’instinct qui a établi les boucheries ; mais ce ne peut être un instinct religieux, si ce mot doit signifier un sentiment noble, élevé, généreux, et s’il n’est pas une forme insidieuse du plus parfait égoïsme20.[...]
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Paris, le 13 Juillet 1890
7[...] J’ai en outre dû m’absenter deux fois. Je suis allé dans le midi et en Suisse. J’ai été à Orthez voir ma famille, à Bordeaux présider une distribution de prix de cours d’adultes, et je me suis arrêté à Ste Foy où j’ai des parents et quelques vieux amis. J’ai passé devant Libourne sans m’y arrêter, n’étant pas assez sûr de la sincérité de tous ceux que j’y rencontrerais. Puis j’ai été envoyé à Yverdon, pour assister à l’inauguration d’un monument au vieux Pestalozzi21. La fête a été absolument gâtée par des pluies diluviennes et incessantes. J’ai cependant pu le lendemain assister à une intéressante fête scolaire, passer une bonne après midi à Neuchatel, chez un astronome distingué que je connais depuis longtemps22 et qui m’a fait les honneurs de son curieux observatoire, et une journée à errer dans les rues de Genève, les personnes que je désirais voir se trouvant à la campagne. [...] J’ai fait ce voyage à la hâte, étant rappelé ici par mes devoirs de Directeur du Musée et d’inspecteur général. Fonctions qui n’ont rien de pénible ou de fatigant, et qui même, en temps ordinaire, ne me paraissent pas assez actives. Toute ma famille est à Flainville, sauf Théodore, qui prépare sa licence de philosophie pour cette semaine et qui en sèche à force de travail et de souci. Il prend très vivement la chose ; mais il me parait prêt, surtout pour la philosophie. Le latin lui fait un peu plus peur23. Il est allé se reposer les derniers jours à Fontenay, de sorte que momentanément je suis tout seul. [...] Je serai retenu ici encore un mois entier. Ma belle fille est arrivée hier de Tunis, et Louis viendra vers la fin du mois prendre deux mois de vacances européennes. [...]
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Bourg Dun, Seine Inférieure 20 Août 1890
8[...] Je suis ici depuis quelques jours pour prendre des vacances bien méritées. J’ai passé près de six semaines comme membre de divers jurys à faire passer des examens du matin jusqu’au soir. Je n’avais pas une minute de libre. [...] Emma [...] t’aura dit que M. Pécaut lui a proposé de revenir l’an prochain. Je crois que ce séjour lui serait bon. [...] Malheureusement les fonds dont dispose Fontenay sont de plus en plus réduits par la commission du budget et je crains qu’on ne puisse rétribuer Emma comme il conviendrait. [...]
9J’ai la joie d’avoir Louis à la maison pour quelques semaines encore. Un moment, tous étaient réunis ici, pendant que j’étais à Paris. Théodore était venu s’y reposer des fatigues de sa licence de philosophie, brillamment passée, Charles prenait quelques jours de congé. Maintenant, celui ci a du retourner à son hopital, Théodore est allé auprès de son ami, le fils de M. Pécaut24, qui subit les épreuves de l’agrégation de philosophie, et qui est bien aise de l’avoir auprès de lui pendant les intervalles de ces rudes épreuves. Jeanne est allée en Suisse avec la famille Gaufrès, qui nous a demandé de la lui prêter. Le pauvre Gaufrès (Paul, notre contemporain) vient de perdre son fils d’une longue et cruelle phtisie, à 27 ans ; sa fille25, tout ce qui lui reste, était chez nous à Flainville. Ils ont décidé, pour se remettre de leurs fatigues et émotion, un voyage en Suisse, mais ils avaient peur de se trouver seuls, et Jeanne accompagne son amie. En même temps elle jouit des splendeurs de ce magnifique pays qu’elle ne connaissait pas. Pour moi, je me plais dans la douce et modeste retraite rustique, silencieuse, verdoyante de mon étroit vallon normand. Le matin, je mets à jour une lourde correspondance arriérée par ce mois d’examens, je lis un peu ; l’après midi on se promène, on voisine avec la famille Beck, on va à la mer, et le soir, fatigué du grand air, on s’endort vite. Nous sommes allés Dimanche à Luneray26, au temple, entendre un assez plat sermon sur la vigne de Naboth27. [...]
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Paris, le 6 Décembre 1890
10[...] Je viens de finir avec Jeanne Electre, de Sophocle ; nous avions lu auparavant Œdipe roi. Ces deux lectures nous ont fait grand plaisir, et ne sont pas en somme très difficiles. Je n’ai pas osé aborder avec elle Eschyle, et nous avons ce matin commencé le Criton – dont la langue lui a paru bien plus facile, après Sophocle. Elle ne peut me donner qu’un quart d’heure, une demi heure de temps en temps, et jamais elle ne prépare auparavant. Nous improvisons ; mais comme nous continuons cette politique depuis des années, elle nous a réussi.
11Nous avons appris avant hier la mort de notre vieil oncle Jules Tuyès, le frère de mon beau-père, que nos aimions beaucoup et que j’allais voir à Orthez toutes les fois qu’il m’était possible28. Il s’affaiblissait visiblement, était octogénaire ; mais son départ nous afflige. C’est le dernier membre direct de la famille, et notre vieille maison d’Orthez va se fermer29. Ma femme est partie aussitôt la dépêche reçue ; c’était près de 24 heures de voyage, par cette froide saison. Elle sera arrivée hier soir ; les obsèques ont probablement lieu aujourd’hui. Je suis resté pour garder la famille et continuer mes travaux d’inspecteur, Directeur, membre de cent commissions etc. Ma présence n’était pas nécessaire, comme elle l’eût pu être au milieu de gens affligés : le pauvre vieil oncle ne laisse d’affliction que parmi nous.
12Tu as su que notre ami Viguié30 est mort subitement la semaine dernière. Tous se sont accordés pour louer la débonnaireté, la bonté de son cœur. Je l’avais vu assez souvent ces dernières années, mais toujours très rapidement, comme tout se fait à Paris.
13Je vais aller Dimanche prochain à Lyon, faire une conférence sur une œuvre de bienfaisance que nous avons fondée à Paris pour recueillir enfants abandonnés ou maltraités par leurs parents, ou en danger matériel et moral. Cette œuvre, dont l’initiative est due à deux femmes de cœur31, et dont je suis honoré d’être un des fondateurs, a déjà fait beaucoup de bien. Nous plaçons ces pauvres petits, le plus souvent à la campagne, dans des familles de paysans. J’irai également le lendemain pour le même motif à St Etienne. Il y a encore bien des misères à secourir, à soulager, à prévenir. La tâche est vaste, et nos efforts sont bien faibles.
14Les impressions que tu as reçues de la lecture du livre de Morison32 m’ont vivement intéressé, et répondent bien à nos propres sentiments. Dans la nuit intellectuelle où nous errons, où les problèmes insondables se multiplient sous nos pas, c’est encore le sentiment religieux qui reste la seule lumière : mais que de fois elle s’obscurcit et nous échappe ! [...]
Notes de bas de page
1 Le président du Conseil était Tirard, le ministre des Finances Rouvier ; Steeg était politiquement très proche d’eux. Un préfet et un trésorier payeur général étaient de grands personnages dans leur département, menant un train de vie somptueux et fort bien payés.
2 Armand Fallières.
3 Aujourd’hui Oslo. Il s’agissait de mieux reconnaître l’indépendance de la Norvège, qui était encore sous le régime de l’union personnelle avec la Suède et par conséquent ne pouvait recevoir d’ambassadeur, en élevant le consulat de France au rang le plus élevé.
4 C’est-à-dire pratiquement une légation (qui serait aujourd’hui une ambassade).
5 Il s’agit des inspecteurs généraux de l’enseignement primaire, chargés d’inspecter et d’animer les écoles normales, les écoles primaire supérieures et, avec l’aide des inspecteurs primaires, les écoles primaires élémentaires.
6 Créé en 1879, ancêtre de notre Institut pédagogique national et Institut national de la recherche pédagogique.
7 En haut de la page ont été ajoutés ces mots : « Garde, je te prie, tout à fait pour toi seul tous ces détails et tous ces projets. »
8 C’est-à-dire la classe la plus élevée des consulats.
9 Sadi Carnot, président de la République depuis le 3 décembre 1887.
10 Le décret est daté du 1er mars.
11 Ainsi ce jour-là 2 mars Félix Pécaut lui écrit, à propos de l'inspection générale : « Vous y entiez à titre sédentaire, vous y serez bientôt ambulant. Si vous saviez ce que vous avez à y apporter, et ce qui nous fait défaut ! Vous saurez, et vous remplirez de votre mieux des vides. Très cher, je vous félicite comme ami et comme citoyen »
Le 14 mars Hic Pécaut lui écrit de Ségalas, dans le Béarn : « [...] mon premier souci est de vous écrire pour vous exprimer ma joie, notre joie à tous deux [sa femme et lui]. J’avais le cœur serré de vous voir partir pour si loin, et si froid, de vous perdre ainsi. C’était pour moi, voyez-vous, un chagrin profond, de penser que je ne vous retrouverais plus à Paris, vous que je ne sépare plus de Fontenay et des miens. Je ne puis vous dire mon soulagement quand j’ai reçu la nouvelle. Nous vous gardons, au moins. Et puis quelle précieuse recrue vous êtes pour l’enseignement primaire, où vous confirmerez encore les efforts de tout ce petit groupe d’esprit protestant, mon père, Buisson, Liard, qui en est en somme tout inspiré. Allons ! tout est bien ainsi ! Les idiots ou les canailles de Libourne nous ont peut-être rendu service à tous ! »
Son ancien protégé Adolphe Couderc lui écrit de Libourne : « Fors-l’honneur [surnom donné à Abel Surchamp, maire de Libourne et nouveau député] avait dit à la mairie que vous deviez faire partie du mouvement préfectoral qui a eu lieu dernièrement, et nous n’avions rien vu arriver. Nous ne le regrettons pas maintenant car il nous semble que le poste important auquel vous êtes appelé répond mieux à vos goûts et aux préoccupations constantes de votre passé. »
12 Assez vite, à la demande du ministre (voir lettre du 23 février 1891), Steeg, comme Pécaut, combinera les deux, la direction du Musée pédagogique puis celle de Fontenay, avec des tournées d’inspection des Ecoles normales et des écoles primaires supérieures, dès l’année suivante (voir lettre du 23 février 1891).
13 En-tête imprimée du Musée pédagogique :
Le Musée pédagogique fut plus tard transféré 39 rue d’Ulm, où il est encore sous le nom d’Institut pédagogique national. Au 41 rue Gay-Lussac est aujourd’hui l’Institut national d’étude du travail.
14 Alexandre Vinet (1797-1847) écrivain, théologien, critique et moraliste suisse, pasteur, professeur de théologie, organisateur des Eglises indépendantes vaudoises après la révolution de 1846. Ce livre de Louis Molines (né en 1834, thèse à Montauban en 1857) est Etude sur Alexandre Vinet critique littéraire, Paris, Fischbacher, 1890 (494 p.).
15 Les mots « ou n’ait été » ont été ajoutés au dessus de la ligne.
16 C’est ce qu’il faut dire aussi de Steeg, Pécaut, Goy, Buisson et de la plupart peut-être de leurs amis.
17 Le misanthrope de la pièce de Molière.
18 Ce que lui-même, journaliste, rédacteur et directeur de journal, n’ignorait point.
19 Juges, ch. 11 et 12.
20 Ces évidences en disent long sur ce qu’était devenue une certaine piété orthodoxe. Il est vrai que Steeg, qui pourtant avait bien lu Schleiermacher, était depuis longtemps ignorant du courant théologique. Sa surprise et sa relative incompréhension devant la leçon publique d’Auguste Sabatier en témoignent.
21 Pédagogue suisse (1746-1827) ; l’établissement qu’il fonda était à la fin de sa vie à Yverdon. Steeg a donné une relation de cette cérémonie et de la fête scolaire (une fête de tous les enfants des écoles primaires de la ville) dans la Revue pédagogique, XVII (1890, II), 113-121.
22 Adolphe Hirsch (1830-1901), directeur de l’Observatoire de Neuchâtel de 1858 à 1901. Il avait participé au projet de fondation d’une Eglise libérale à Neuchâtel en 1869 et c’est là que Steeg et lui s’étaient connus.
23 Il y avait une dissertation latine pour toutes les licences de lettres.
24 Félix Pécaut (fils).
25 C’est elle qu’on appelait Finette, et qui resta une amie de Lucie Steeg (Kergomard).
26 Il y avait, et il y a encore, au bourg de Luneray, à 7 km de Rainville, une ancienne communauté protestante, alors divisée en deux, une Eglise orthodoxe et une Eglise libérale ; l’Eglise libérale tenait socialement le haut du pavé.
27 I Rois, ch. 21.
28 C’est surtout de Jules Tuyès qu’il parle quand il dit « ma famille » à propos d’Orthez. Zoé Steeg n’avait en effet à Orthez plus de proches parents. Mais Jules Steeg allait certainement voir aussi les parents plus éloignés.
29 Il s’agit de la maison Lafaurie (la mère de Zoé Steeg était une demoiselle Lafaurie) qui existe toujours rue Saint Pierre. Zoé Lafaurie, la tante de Zoé Steeg, l’avait léguée à sa nièce. Je ne sais quand elle a été vendue.
30 Ariste Viguié (1827-1890) longtemps pasteur (libéral) à Nîmes, professeur à la faculté de théologie de Paris depuis 1879.
31 Il s’agit du Sauvetage de l’enfance (exactement Union française pour le sauvetage de l’enfance) fondé en 1888 par Pauline Kergomard (1838-1925) et Caroline du Barrau (1828 ?-1888). Steeg lui a consacré plusieurs articles ou notices de la Revue pédagogique : XIII (1888, II), 44 sqq. ; XIV (1889, I), 155 sqq. ; XVIII (1891, I), 50-53 et 245-248 ; XIX (1891, H), 420-425.
32 Plusieurs Morison sont possibles. Peut-être James Morison (1816-1893), presbytérien écossais qui fut exclus en 1841 de son Eglise pour avoir affirmé que Christ est mort pour tous les hommes et qui fonda l’Evangelical Alliance, de type congrégationaliste.
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