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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Introduction La lettre de Mlle de La Tousche Traits vernaculaires ou «  non-standards  » Opinions exprimées par les grammairiens Mlle de La Tousche, une «  scripteuse inexpérimentée  »  ? Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Regards croisés sur la langue française : usages, pratiques, histoire

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Peut-on classer Mlle de La Tousche parmi les demi-lettrés ?

    Anthony Lodge

    p. 63-75

    Texte intégral Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    Introduction

    1Pendant les années 1540 et 1550 le royaume d’Écosse est à considérer quasiment comme un fief du roi de France. Pour renforcer la vieille alliance entre les deux royaumes, Jacques V d’Écosse avait épousé, en 1538, une princesse française – Marie de Guise. Mais il mourut quatre ans plus tard, laissant le trône à sa fille Marie, âgée de sept jours, et la gouvernance effective du royaume à sa veuve, qui devint successivement Reine Douairière et Régente d’Écosse. Marie de Guise ne quitta le pouvoir qu’en 1559, lorsque les Protestants boutèrent les Français (catholiques) hors d’Écosse. La forte présence française en Écosse durant ces deux décennies, a laissé, on s’en doute bien, des traces importantes dans les archives. La correspondance adressée à Marie de Guise fut particulièrement volumineuse, et elle est conservée actuellement à la National Library of Scotland, dans un recueil intitulé The Balcarres Papers. Parmi ces documents nous trouvons non seulement des communications diplomatiques et commerciales, mais également des missives d’une nature plus personnelle, dont une lettre adressée à la Reine Douairière en 1547 par l’une de ses anciennes demoiselles d’honneur, Mlle de La Tousche. Vu l’intérêt que porte Sonia Branca aux écrits des peu-lettrés, il m’a semblé approprié de lui dédier cette étude d’un texte que l’on a toujours cru être l’œuvre d’une «  scripteuse  » inexpérimentée.1

    La lettre de Mlle de La Tousche

    2Pendant les années 1540, Marie de Guise vécut entourée d’une petite cour française, d’abord au château de Stirling, ensuite dans la «  Maison de Guise  » à Edimbourg. Parmi ses courtisans figurait Renée d’Avantigny, épouse d’Urbain de La Tousche, diplomate français attaché à la cour d’Écosse. D’Avantigny remplissait chez Marie de Guise la fonction de gouvernante des filles demoiselles.2 Dans le courant de l’année 1546, Monsieur de La Tousche tomba malade, et, se méfiant de la compétence des médecins écossais, retourna à Paris, avec son épouse, dans l’espoir de trouver des soins plus efficaces. Peine perdue. Il décéda le 7 septembre 1547, laissant sa veuve sans autre héritage que de longues factures médicales. Se trouvant ainsi dans une fort mauvaise passe, Mlle de La Tousche décida de tenter sa chance auprès de son ancienne maîtresse, la Reine Douairière  :

    A LA ROYNE EN ESCOSSE3
    Madame, de puys que je suys partie de voutre / conpagnee j’e
    tant heu d’annuy et de trouble que je / n’e seu trouuez le moyan

     4 vous faire antandre ma / malheureuse forteune, qui est, madame,
    que j’e pardu / mon marri4 et mon filx ezne et suys demeurree / la plus
    malheureuse parsonne de tout le monde / quar onques famme ne
    filx plus grande parte. / Madame s’y vous plest savoir en l’ettat

     8 ou il a / tourgous ezté de puys son retour d’Angleterre, la / ou il s’est
    tourgous trouvé mal, et a sezte reson / incontinant qu’i feut a
    Paris il se mist entre les / mens des medessains qui l’artares5 du tout,
    de sorte / qu’i le me fallit enmenez par eau et en une / litiere jousque

    12 a sa maison ou de puys n’a ezté sans sieurgiens medessens et
    appotiqre pour / cuder trouvez moyan de le garir. Mes il n’i ont seu
    trouvez remedde, quar il dises tous que / s’etoict poyson. Madame
    il a torgous heu jousque / a son darnier jour, qui feut le septiesme /

    16 de septanbre [7.9.47], ung grant regret qu’i n’a peu / retornez en Ezquosse
    pour vous faire sarvisse et / sy souheztoict a toutes heures tout an
    l’ettat qui / l ettoict, quar il luy sanblet que sy luy pouuoict / aller
    qu’il seroict gari. Madame il n’est creable / a seulx qui l’ont veu la

    20 sorte en quoy il eztoict deveneu, quar il eztoict diminué qu i / ne
    montroict poinct ung anfant de quenze ans [NP] Madame, quant a
    l’ettat ou je suys demeurree / s’est que g’é trouué pour treze sans
    frans de dettes dont je suys contrente d’en pager la moytie / et sy

    24 n’é que la moytié de mes meubles / par se que g’é ma belle mere
    vivante, je ne puis / rien prandre en seulx de la Touche et sy me /
    voulles faire pardre mon asinal6 et mon doyre, / quar elle se dict
    dame du tout. Madame je vous suplie tres heunblement me

    28 voulloyr pardonnez la hardiesse que je prans de vous ennuyer a
    voyr mes grans et piteures forteunes. Madame / je croy que avez bien
    antandu commant le / feulx roy a fez baller quatre sans ezqueus
    pour / la ranson de feulx mon marri. Sepandant qu’il ettoit en

    32 Angleterre, il avoict enpreunté / du quapitene Seri7 vengt set
    ezqueus et vent d’eung Espagnol, qui setiens8 au
    Louvre a Paris / qui sarvoict de pie9 en Angleterre, et quenze de /
    ung autre homme de Paris qui estoict segretere de / l’Admiral

    36 d’Andleterre10 et douse de monsieur de Vassay11 / et a Gorges
    Obston12 et a monsieur d’Anancour13 mes / je ne sse conbien il luy en
    ballises pour s’an / venir. Madame je vous suplie tres
    heumblemant me / faire tant de bien que de conmander au

    40 tresorier / de me baller les gages de feulx mon marri, qui est / ung
    an et demi, pour m’aider a pager mes dectes / quar sans l’aide de
    dieu et de vous il m’est / inpossible le pouuoir faire, vous supliant /
    tres heunblemant madame avoir pitié et / souvenance de moy,

    44 comme de selle qui ne derise en se monde que de vous pouuoir
    faire / sarvisse et de viure et mourir en voutre companee / sy
    [NP] Noutre Saigneur et vous madame me donnies / tant d’eur et de
    bien Madame, il vous plut / me dire au partir que sy forteune

    48 m’arivoict que / je me retisasse14 a madame voultre merre, se que / je
    ne houze faire sans savoir sa voullonté quen ez / escrit a monsieur
    de la Brosse15 pour luy en parles / pour sauoyr se qu’i luy ples que
    g’en fasse / Madame je vous suplie tres heunblemant me / faire

    52 tant d’onneur et de grasse que de me tenir / tourgous du nonbre
    de vous plus que tres / heunbles et obeisantes sarvantes Prie
    noutre saigneur madame, vous donnez en santé tres bonne vie
    et longue de Lenge16 se quatriesme d’avril [4.4.48]

    56 Voutre plus que tres heunble et tres obeisante sarvante

    AVANTIGNY17

    3Cette lettre se distingue par la quantité de formes vernaculaires ou non-standards (surtout phonétiques et morphologiques) que l’on y trouve. J’hésite, naturellement, à employer le terme «  non-standard  » en parlant de formes graphiques du XVIe siècle, puisqu’à cette époque le consensus sur la norme en matière d’orthographe, de prononciation et de morphologie était loin d’être fermement établi. L’introduction de l’imprimerie créait une plus grande uniformité au niveau des graphies paraissant dans les textes imprimés, mais dans les écrits privés, il a persisté une grande variabilité orthographique, comme chacun le sait, jusqu’au XIXe siècle.

    Traits vernaculaires ou «  non-standards  »

    4Dans la lettre de Mlle de La Tousche, six traits vernaculaires attirent particulièrement notre attention  :

    Assibilation de /r/ intervocalique →/z/

    dirent → dises (14)

    baillerent → baillirent → ballises (38)

    retirasse → retisasse (48)

    desire → derise (44)

    5Processus inverse  :

    piteuses → piteures (29)

    tousjours → tourgous (8, 9, 52), torgous (15)

    «  Ouisme  »

    votre → voutre (2, 45, 48, 56)

    notre → noutre (46, 54)

    volonté → voullonte (49)

    ose → houze (49)

    vos → vous (53)

    Ouverture de [er] → [ar]

    6pardu (5), pardre (26), parte (7), parsonne (6), artares ( = altèrent) (10), garir (13, 19), darnier (15), sarvoict (34), sarvisse (17, 45) sarvantes (53, 56).

    Ouverture de voyelles nasales

    [i]

    →

    [~i] medessains (10), medessens (12), quenze (21, 34), vengt (32), vent (33).

    [aj]

    →

    [~ai] mens (10), contrente (23).

    [~a]

    →

    [ã] annuy (3), moyan (3, 13), antandre (4), antandu (30), septanbre (16), sanblet (18), anfant (21), sans (22), prandre (25), prans (28), commant (30), sepandant (31), s’an (38), famme (6).

    [~u  ]

    →

    [~œ] heunblement (27, 39, 43, 51), heunble (53, 56), forteunes (29, 47) (cf. fortune (3)), enpreunte (32), eung (33).

    Passés simples en –i

    fallut → fallit (11)

    baillerent → baillirent → ballises (38)

    Terminaisons de la 3e personne du pluriel, [-ent] → [-es]

    altèrent → artares (10), dirent → dises (14), veulent → voulles (26)

    baillerent → baillirent → ballises (38), donnent → donnies (46)

    7Ces six traits ne sont pas des bizarreries idiolectales propres à Mlle de La Tousche. Il s’agit de formes vernaculaires authentiques, bien attestées dans le parler parisien, et faisant l’objet de nombreux commentaires de la part des grammairiens du XVIe siècle.

    Opinions exprimées par les grammairiens

    8Avant de considérer les opinions exprimées par les grammairiens à l’égard de ces formes, il serait utile d’évoquer au préalable l’ambiance sociolinguistique régnant à Paris à l’époque qui nous intéresse. La conscience de la variation linguistique, comme celle de la valeur sociale des variantes, est inhérente à notre appartenance à une communauté linguistique. William Labov va jusqu’à définir la communauté linguistique comme un groupe de locuteurs qui parlent différemment, mais qui partagent les mêmes normes «  évaluatives  ».18 La valeur sociale des variantes est déterminée non pas par des propriétés structurales ou esthétiques inhérentes à celles-ci, mais par les attitudes conventionnelles des locuteurs à l’égard des groupes censés les employer. À l’époque qui nous intéresse ici, puisque le «  meilleur français  » était celui des «  meilleures personnes  », il s’agissait surtout de déterminer qui étaient celles-ci. Le débat grammatical sous l’Ancien Régime fut donc nécessairement le reflet de préoccupations sociales plus générales. Comme sans doute à toutes les époques, les personnes les plus avides de connaître les «  meilleures façons de parler  » étaient celles qui ne faisaient pas partie de l’élite mais qui désiraient y accéder. Minée par son insécurité linguistique, cette catégorie de locuteurs est hypersensible à la valeur sociale des variantes.

    9À Paris, le consensus médiéval concernant les normes «  évaluatives  » en matière de langue fut bouleversé au XVIe siècle par de grandes transformations démographiques et culturelles. Nous laisserons ici de côté la place du latin dans cette ville pour cibler uniquement la variation à l’intérieur du français. Paris était depuis le XIIIe siècle le siège du pouvoir royal  : toutes les grandes institutions administratives du royaume y avaient leur siège et la grande noblesse y était bien présente. Mais il convient de ne pas surestimer la place occupée à Paris au Moyen Âge par la personne du roi et par l’aristocratie féodale. Préférant de loin la vie rurale, la chasse et la vie de château, ce n’était pas en ville que les seigneurs féodaux trouvaient leur milieu naturel. La ville médiévale était surtout le fait des bourgeois. Dans l’agglomération immense et complexe qu’était Paris, la rive droite était le domaine des financiers, des marchands et des artisans, l’Île de la Cité celui des légistes, des parlementaires et du clergé, et la rive gauche celui de l’Université. La masse de la population urbaine était constituée de Parisiens «  ordinaires  », dont le nombre était constamment renouvelé par des flots migratoires drainant l’excédent démographique des campagnes environnantes – ville et campagne vivaient dans une étroite symbiose.

    10À la Renaissance, la structure sociale et la culture de la ville se transformèrent radicalement  : imitant le modèle des prestigieuses villes italiennes – Florence, Venise ou Gênes – la noblesse toute entière prit goût à la vie urbaine. L’urbanité devint la marque du corteggiano, du gentleman, de l’honnête homme. Toute trace de rusticité était à effacer. Le retour à Paris de François Ier en 1527, après sa captivité en Italie, marqua un moment symbolique important  : le roi décida alors de fixer sa cour à Paris intra muros dans le palais du Louvre. Et les nobles d’affluer bien plus que par le passé et d’acquérir des résidences en ville. Une telle migration ne pouvait se faire sans heurts  : les nobles nouvellement arrivés de province entrèrent aussitôt en concurrence avec la grande bourgeoisie établie dans Paris depuis des générations. Composé de parlementaires, de financiers et de grands marchands, le patriciat urbain, fort cultivé, contemplait avec un mélange de méfiance et de mépris les nouveaux venus et leurs manières rurales.

    11Ce n’est donc pas un hasard si l’établissement de la Cour au Louvre fut suivi de près par l’entrée en scène de nombreux observateurs de la langue avides de se prononcer sur la valeur relative des différentes façons de parler en concurrence dans la ville. Dans leurs écrits, les commentateurs ne pouvaient échapper à -l’influence de leur propre appartenance sociale et politique, certains se rangeant du côté de la Cour, d’autres du côté de la Ville. Ces divisions de «  classe  » devaient bientôt être doublées par des divisions religieuses, la Cour restant en général fidèle au catholicisme et la Ville étant attirée de plus en plus par la Réforme. Si l’antagonisme entre la Cour et la Ville a conditionné le débat grammatical tout au long de l’Ancien Régime, le triomphe de la Cour annoncé par Vaugelas au XVIIe siècle n’était pas gagné d’avance. C’est dans cette ambiance sociolinguistique conflictuelle qu’il convient de placer les remarques des grammairiens du XVIe siècle sur les six traits vernaculaires que nous avons repérés dans la lettre de Mlle de La Tousche.

    Assibilation [r] → [z]19

    12Ce trait est noté pour la première fois par Erasme en 1528, qui l’attribue spécifiquement aux Parisiennes  :

    Idem faciunt hodie mulierculae Parisinae, pro Maria, dicens Masia, pro ma mere, ma mese.
    (Erasme, 1528  : 45)

    13Erasme est suivi tout de suite par Tory (1529  : f.55r), Palsgrave (1530  : 13v), Dubois (1531  : 52) et Pillot (1550  : 10). Bovelles (1533  : 36, 71, 89) signale sa présence dans une enseigne de taverne  :

    … id etiam publica domorum signa Parrhisiis in vicis profitentur au gril cousonné
    (Bovelles, 1533  : 37)

    Ouisme20

    14La distribution des sons /o/, surtout en syllabe initiale, était sujette à variation dans le parler parisien depuis le Moyen-Âge,21 comme dans le parler rural de la région autour de Paris. Au XVIe siècle, cette variante était devenue tellement saillante chez les Parisiens que les partisans de chacune des deux prononciations reçurent l’étiquette d’ouystes et de non-ouystes.22 Les ortho-épistes attribuent en général la variante fermée [u] aux membres de la Cour, et H. Estienne la satirise explicitement dans ses Deux Dialogues du nouveau langage françois  :

    Si tant vous aimez le son doux,
    N’estes vous pas bien de grands fous,
    De dire chouse au lieu de chose  ?
    De dire j’ouse, au lieu de j’ose  ?
    (H. Estienne, 1578  : 46)

    [er] → [ar] 23

    15L’ouverture de [e] en [a] avant la consonne [r], répandue dans les parlers ruraux autour de Paris, est attestée dans des manuscrits parisiens dès le XIIIe siècle. Dans la première moitié du XVIe siècle, la graphie «  ar  » pour «  er  » se retrouve souvent dans les écrits personnels de membres de l’aristocratie et de la famille du roi. Des prononciations telles jarbe pour gerbe n’étaient pas au goût de tout le monde,24 ce qui a mené certains Parisiens, notamment des femmes, à l’hypercorrection  :

    … Les dames de Paris, en lieu de A prononcent E bien souvent, quant elles disent Mon mery est a la porte de Peris ou il se faict peier. En lieu de dire Mon mary est a la porte de Paris ou il se faict paier.
    (G. Tory, 1529  : f.33v)

    16H. Estienne y revient plusieurs fois,25 attribuant la forme [ar] aux membres de la Cour qu’il tenait tellement en mépris.

    Abaissement des nasales26

    17L’abaissement des nasales [~i ]→ [~ɛ]→ [ã] semble s’être produit plus tôt dans le parler vernaculaire qu’ailleurs27. Il attira vite l’attention des ortho-épistes du XVIe siècle  :

    The Belgae use the diphthong ai, but the Parisians change it to a simple i (i.e. [~ɛ)])
    (Bovelles, 1533 : 90, cité par Pope, 1952 : §454)

    Autres y a qui prononcent a la Parisienne in comme ain  : exemple j’ay beu du bon vain a la pomme de pain pour dire j’ay bu du bon vin a la pomme de pin
    (Tabourot, 1588  : 92v)

    18L’emploi de telles prononciations par des membres de la Cour souleva naturellement la colère d’Henri Estienne.

    Passé simple en –i28

    19En face de terminaisons du passé simple en -a (ex. il chanta), des formes en -it (ex. il chantit) sont loin d’être insolites dans les textes parisiens du Moyen Age. Les grammairiens du XVIe siècle préfèrent en général la variante en -a.29 La montée en saillance de cette variante au milieu du XVIe siècle est clairement démontrée par la parution d’un texte la ciblant de manière explicite  :

    Collin s’en allit au Lendit,
    Où n’achatit ni ne vendit,
    Mais seulement, à ce qu’on dict,
    Derobit une jument noire.
    La raison qu’on le penda
    Fut que soudain il responda
    Que jamais autre il n’entenda
    Sinon que de la mener boire.30

    Terminaisons de la 3e personne du pluriel

    20La variabilité des terminaisons de la 3e personne du pluriel (-ent versus -es), qui revient souvent dans la lettre de Mlle de La Tousche, n’atteignit pas au milieu du XVIe siècle le même niveau de saillance que les cinq autres traits que nous venons de passer en revue. C’est peut-être parce que la variation concernait ici la langue écrite davantage que la langue orale  : la substitution du marqueur du pluriel du SV (-ent) par celui du SN (-es) repose sur l’affaiblissement des consonnes finales qui touchait autant la «  bonne langue  » que le parler vernaculaire. La question des terminaisons en -es ne semble avoir retenu l’attention ni des philologues,31 ni des historiens de l’orthographe.32 Si elle n’est pas traitée non plus par les grammairiens de l’époque, elle figure néanmoins dans L’Epistre du biau fils de Pazis, que l’on a attribué faussement au poète Clément Marot.

    21Ce qui frappe, en effet, lorsque nous comparons nos six traits aux formes linguistiques parodiées dans L’Epistre du biau fils de Pazis, c’est qu’ils y figurent tous.33 Ceci nous paraît extrêmement significatif, car cela indique que nous avons affaire dans notre lettre non pas à des variantes sociolinguistiques que les Parisiens de l’époque devaient reconnaître seulement vaguement, mais à des traits dont ils avaient très fortement conscience. Le fait que ces variantes firent non seulement l’objet de commentaires de la part des grammairiens, mais qu’on les parodia dans la littérature comique de l’époque indique qu’elles étaient très fortement marquées socialement. Il s’agissait, bien entendu, de formes appartenant à la langue vernaculaire parisienne, mais on a pu noter en passant que ces mêmes formes étaient souvent adoptées par des membres de la Cour.

    Mlle de La Tousche, une «  scripteuse inexpérimentée  »  ?

    22A-t-on vraiment affaire dans cette lettre à une scripteuse peu lettrée  ? Plusieurs aspects de la lettre de Mlle de La Tousche laissent soupçonner que la personne qui la rédigea était tout le contraire. La syntaxe de la lettre reflète peu celle de la langue parlée. Les traces de la langue vernaculaire se limitent strictement à celles que nous venons d’examiner. Pourquoi pas d’autres – la variante [o] ~ [jo] (un siau d’iau), par exemple  ? Parmi les formes graphiques du texte plusieurs appartiennent strictement à la langue des scripteurs professionnels – (a) l’emploi de consonnes étymologiques quiescentes  : heu (3) < eu (Latin habere), septiesme (15) < set (Latin septem), poinct (21) < point (Latin punctum), dict (26) < dit (Latin dicere), la troisième personne de l’imparfait en -oict (14, 18, 19, 20, 21, 32, 34, 35, 48)  ; (b) la représentation systématique des phonèmes [e] et [E] par la digraphe «  ez  »  : [e] Ezquosse (16), trouvez (3, 14), ezté (8, 12), eztoict (20), emmenez (11), (par)donnez (28, 54), [E] ezne (5), sezte (9), souheztoict (17). De telles graphies ne sont pas celles d’une peu lettrée. Elles semblent avoir été choisies exprès pour donner à la lettre un air savant et professionnel.

    23Pour confirmer nos doutes quant à l’origine «  populaire  » de cette lettre, il suffit de regarder la forme des lettres et l’allure générale de l’écriture de celui qui l’a rédigée. Cette personne n’avait rien d’un scripteur sans expérience  : on ne note aucune rature ni correction, les mots sont tracés avec une dextérité professionnelle utilisant même les abréviations conventionnelles de l’époque. Seule la signature Avantigny apposée à la fin de la lettre offre les caractéristiques d’une écriture quelque peu maladroite, et l’on n’a nul besoin d’un graphologue pour constater qu’elle fut tracée par une main toute différente de celle qui avait rédigé le corps de la lettre. Tout porte à croire, en fait, que Renée d’Avantigny n’écrivit pas elle-même cette lettre, et qu’elle se contenta d’apposer sa signature à un texte qu’avait écrit (peut-être sous sa dictée) un secrétaire professionnel – tout comme elle l’a fait dans les cinq autres lettres qu’elle avait adressées à Marie de Guise entre 1540 et 1548, et que l’on trouve conservées dans les Balcarres Papers  :

    Balcarres

    Wood

    Lieu

    Date

    t.1 (1923)

    iv.13

    XXII, p. 39-40

    Paris

    19 avril 1540

    iv.4

    13, p. 220-221

    Paris

    27 avril 1540

    iv.15

    XXV, p. 42-43

    Paris

    Juin 1540

    iv.14

    XCIV, p. 129-431

    Paris

    Avril 1546

    iv.16*

    CLXVII, p. 214-216

    Langeais ( ?)

    Après 1547*

    t.2 (1925)

    iv.108

    VI, p. 10-11

    Tours

    Octobre 1548

    24Ces six lettres portent toutes la même signature quelque peu enfantine d’Avantigny, mais dans tous les cas le texte a été rédigé par un scripteur différent. Seule la lettre CLXVII contient les six traits vernaculaires que nous avons examinés ci-dessus.

    25Il convient de se rappeler enfin que l’auteur de cette lettre n’était pas une petite servante dépourvue d’éducation, sortie des bas-fonds de la société parisienne. Mlle de La Tousche faisait partie de la noblesse, elle fréquentait les milieux les plus élevés de son temps, et elle adressait ici une demande d’argent à une des femmes les plus puissantes d’Europe. On la voit mal rédiger une telle missive d’une façon négligée et inculte, quelque intimes qu’aient été ses rapports avec son ancienne maîtresse. Si Mlle de La Tousche se sentait incapable de produire elle-même une lettre d’une qualité scripturale suffisamment recherchée, il est facile de l’imaginer embaucher un professionnel de l’écriture pour la produire à sa place.

    Conclusion

    26Il nous reste une dernière question – comment expliquer la présence des six traits vernaculaires que nous avons examinés ici dans une lettre adressée à la reine d’Écosse  ? Si ces traits ne s’y trouvent pas par accident ou par ignorance, il faut penser que Mlle de La Tousche et son secrétaire les y ont placés exprès, convaincus qu’ils allaient faire bonne impression sur la royale destinataire. Comment auraient-ils pu penser que des formes linguistiques ridiculisées par des grammairiens tels que les Estienne pouvaient impressionner une reine  ? La réponse est à chercher, croyons-nous, dans l’antagonisme existant au milieu du XVIe siècle à Paris entre la grande bourgeoisie établie dans la grande ville depuis des générations et les nobles féodaux nouvellement arrivés de province. Pour les premiers, les six traits que nous avons examinés représentaient véritablement des formes vulgaires, rustiques, à éviter à tout prix, tandis que pour les courtisans, peut-être par une sorte de snobisme inversé, ils étaient, pendant la période qui nous concerne, la grande mode. Juste ce qu’il fallait pour impressionner Marie de Guise exilée sur les lointains rivages de l’Écosse. Tout ceci détruit la valeur de cette lettre en tant que document vernaculaire, mais il ne diminue en rien, croyons-nous, son intérêt sociolinguistique.

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    Ernst, G. (1985). Gesprochenes Französisch zu Beginn des 17. Jahrhunderts. De Gruyter. https://doi.org/10.1515/9783112323526
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    Current Issues in Linguistic Theory. John Benjamins Publishing Company. https://doi.org/10.1075/cilt
    Lodge, R. A. (2004). A Sociolinguistic History of Parisian French. Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/cbo9780511486685
    Ernst, Gerhard. “Gesprochenes Französisch Zu Beginn Des 17. Jahrhunderts”. []. De Gruyter, January 1, 1985. doi:10.1515/9783112323526.
    Ernst, Gerhard. “Textes privés Des XVIIe Et XVIIIe siècles : Problèmes Et Chances d’une édition”. Linguistica 50, no. 1 (December 29, 2010): 55-68. doi:10.4312/linguistica.50.1.55-68.
    “Current Issues in Linguistic Theory”. []. John Benjamins Publishing Company. doi:10.1075/cilt.
    Lodge, R. Anthony. “A Sociolinguistic History of Parisian French”. []. Cambridge University Press, 2004. doi:10.1017/cbo9780511486685.
    Ernst, Gerhard. Gesprochenes Französisch Zu Beginn Des 17. Jahrhunderts. [], De Gruyter, 1 Jan. 1985. Crossref, https://doi.org/10.1515/9783112323526.
    Ernst, Gerhard. “Textes privés Des XVIIe Et XVIIIe siècles : Problèmes Et Chances d’une édition”. Linguistica, vols. 50, no. 1, Dec. 2010, pp. 55-68. Crossref, https://doi.org/10.4312/linguistica.50.1.55-68.
    Current Issues in Linguistic Theory. [], John Benjamins Publishing Company. Crossref, https://doi.org/10.1075/cilt.
    Lodge, R. Anthony. A Sociolinguistic History of Parisian French. [], Cambridge University Press, 2004. Crossref, https://doi.org/10.1017/cbo9780511486685.

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    Wood M. (ed.), 1925, Balcarres Papers. Foreign Correspondence with Marie de Lorraine (1559-1557), Edinburgh, Scottish History Society, Third Series, vol. 7.

    Notes de bas de page

    1 Voir Pope 1952, §458 ; Lodge, 2006.

    2 Voir Wood, 1923, p. 9.

    3 C’est à Marguerite Wood que nous devons la première version imprimée de cette lettre (voir Wood, 1923). Le texte présenté ici comporte plusieurs corrections apportées par l’auteur de ces lignes après examen du manuscrit original.

    4 Urbain de La Tousche, écuyer tranchant de Marie de Guise.

    5 artares < altèrent = « abîment (sa santé) ».

    6 asinal = « terre ou rente donnée par assignation à une femme pour sa dot » (DMF).

    7   Surrey, Angleterre (?).

    8   La forme setiens est difficile. Elle est proche de la forme etien (= était) notée par Nisard (1872 : 225), mais le s initial reste à expliquer.

    9   = depuis (?).

    10 Probablement Claude d’Annebault, Amiral de France, 1544-1552.

    11 M. de Vassay, lieutenant pour le roi.

    12 Peut-être Georg Obrecht, banquier strasbourgeois.

    13 Philippe de La Moth, sieur d’Houdancourt (voir Dictionnaire de biographie française, t. XIX, c. 609).

    14 se retirer à = « s’adresser à ».

    15 Jacques de la Brosse (1485-1562), échanson du roi de France, envoyé en mission en Écosse 1543-1546.

    16 Peut-être Langeais (Indre-et-Loire) ou Linge (Indre).

    17 La famille d’Avantigny tenait des fiefs à Rogny (Yonne) (voir Dictionnaire de biographie française, t. IV, c. 814).

    18 Voir Labov, 1987, p. 2.

    19 Voir Thurot, 1883, t. 2, p. 271-4 ; Pope, 1952, § 397, 399 ; Joseph, 1987, p. 155-6.

    20 Voir Thurot, 1881, t. 1, p. 240-66 ; Pope, 1952, § 581-2 ; Joseph, 1987, p. 135-6, 149.

    21 Voir Brunot, 1906, t. 2, p. 251-254.

    22 Voir Tabourot, 1587, p. 32.

    23 Voir Thurot, 1881, t. 1, p. 3-20 ; Pope, 1952, § 496-8 ; Joseph, 1987, p. 135, p. 148-9.

    24 Voir Dubois, 1531, p. 87.

    25 Voir H. Estienne, 1582, p. 10-11.

    26 Voir Thurot, 1883, t. 2, p. 481 ; Pope, 1952, § 452-4.

    27 Voir C. Marchello-Nizia, 1979, Histoire..., p. 78-81.

    28 Voir Fouché, 1967, p. 259-262 ; Pope, 1952, § 1008.

    29 Voir Palsgrave, 1530, f.126v ; Dubois, 1531, p. 126 ; Meigret, 1550, p. 86 ; R. Estienne, 1557, p. 41 ; Ramus, 1562, p. 84 ; Cauchie, 1570, p. 126 ; H. Estienne, 1578, p. 162.

    30 J. Marot, Sur Quelques Mauvaises Manières de parler, cité par Fouché, 1967, p. 261.

    31 Voir Pope, 1952, § 897 ; Fouché, 1967, p. 194-195.

    32 Voir Catach, 1968 ; Biedermann-Pasques, 1992, p. 302-304.

    33 Voir Lodge, 2006, p. 204.

    Auteur

    • Anthony Lodge

      St Andrews University, UK

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    2006

    L’argumentation aujourd’hui

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    Marianne Doury et Sophie Moirand (dir.)

    2004

    L’astronomie dans les médias

    L’astronomie dans les médias

    Analyses linguistiques de discours de vulgarisation

    Jean-Claude Beacco (dir.)

    1999

    Par l’écriture

    Par l’écriture

    Jean-Marie Odéric Delefosse (dir.)

    1993

    Le fait divers criminel dans la presse quotidienne française du XIXe siècle

    Le fait divers criminel dans la presse quotidienne française du XIXe siècle

    Laetitia Gonon

    2012

    L'acte de nommer

    L'acte de nommer

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    Georgeta Cislaru, Olivia Guérin, Katia Morim et al. (dir.)

    2007

    Cartographie des émotions

    Cartographie des émotions

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    Fabienne Baider et Georgeta Cislaru (dir.)

    2013

    Morphologie et syntaxe de l'espagnol

    Morphologie et syntaxe de l'espagnol

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    Gilles Luquet (dir.)

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    La concordance des temps

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    Médiativité, polyphonie et modalité en français

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    2014

    Les quotatifs en interaction en anglais contemporain

    Les quotatifs en interaction en anglais contemporain

    Yann Fuchs

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    Dire l’événement

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    1 Voir Pope 1952, §458 ; Lodge, 2006.

    2 Voir Wood, 1923, p. 9.

    3 C’est à Marguerite Wood que nous devons la première version imprimée de cette lettre (voir Wood, 1923). Le texte présenté ici comporte plusieurs corrections apportées par l’auteur de ces lignes après examen du manuscrit original.

    4 Urbain de La Tousche, écuyer tranchant de Marie de Guise.

    5 artares < altèrent = « abîment (sa santé) ».

    6 asinal = « terre ou rente donnée par assignation à une femme pour sa dot » (DMF).

    7   Surrey, Angleterre (?).

    8   La forme setiens est difficile. Elle est proche de la forme etien (= était) notée par Nisard (1872 : 225), mais le s initial reste à expliquer.

    9   = depuis (?).

    10 Probablement Claude d’Annebault, Amiral de France, 1544-1552.

    11 M. de Vassay, lieutenant pour le roi.

    12 Peut-être Georg Obrecht, banquier strasbourgeois.

    13 Philippe de La Moth, sieur d’Houdancourt (voir Dictionnaire de biographie française, t. XIX, c. 609).

    14 se retirer à = « s’adresser à ».

    15 Jacques de la Brosse (1485-1562), échanson du roi de France, envoyé en mission en Écosse 1543-1546.

    16 Peut-être Langeais (Indre-et-Loire) ou Linge (Indre).

    17 La famille d’Avantigny tenait des fiefs à Rogny (Yonne) (voir Dictionnaire de biographie française, t. IV, c. 814).

    18 Voir Labov, 1987, p. 2.

    19 Voir Thurot, 1883, t. 2, p. 271-4 ; Pope, 1952, § 397, 399 ; Joseph, 1987, p. 155-6.

    20 Voir Thurot, 1881, t. 1, p. 240-66 ; Pope, 1952, § 581-2 ; Joseph, 1987, p. 135-6, 149.

    21 Voir Brunot, 1906, t. 2, p. 251-254.

    22 Voir Tabourot, 1587, p. 32.

    23 Voir Thurot, 1881, t. 1, p. 3-20 ; Pope, 1952, § 496-8 ; Joseph, 1987, p. 135, p. 148-9.

    24 Voir Dubois, 1531, p. 87.

    25 Voir H. Estienne, 1582, p. 10-11.

    26 Voir Thurot, 1883, t. 2, p. 481 ; Pope, 1952, § 452-4.

    27 Voir C. Marchello-Nizia, 1979, Histoire..., p. 78-81.

    28 Voir Fouché, 1967, p. 259-262 ; Pope, 1952, § 1008.

    29 Voir Palsgrave, 1530, f.126v ; Dubois, 1531, p. 126 ; Meigret, 1550, p. 86 ; R. Estienne, 1557, p. 41 ; Ramus, 1562, p. 84 ; Cauchie, 1570, p. 126 ; H. Estienne, 1578, p. 162.

    30 J. Marot, Sur Quelques Mauvaises Manières de parler, cité par Fouché, 1967, p. 261.

    31 Voir Pope, 1952, § 897 ; Fouché, 1967, p. 194-195.

    32 Voir Catach, 1968 ; Biedermann-Pasques, 1992, p. 302-304.

    33 Voir Lodge, 2006, p. 204.

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    Lodge, A. (2012). Peut-on classer Mlle de La Tousche parmi les demi-lettrés ?. In Y. Grinshpun & J. Nyée-Doggen (éds.), Regards croisés sur la langue française : usages, pratiques, histoire. Paris: Presses Sorbonne Nouvelle. https://doi.org/10.4000/books.psn.3302
    Lodge, Anthony. « Peut-on classer Mlle de La Tousche parmi les demi-lettrés ? ». In Regards croisés sur la langue française : usages, pratiques, histoire, édité par Yana Grinshpun et Judith Nyée-Doggen. Paris: Presses Sorbonne Nouvelle, 2012. doi:10.4000/books.psn.3302.
    Lodge, Anthony. « Peut-on classer Mlle de La Tousche parmi les demi-lettrés ? ». Regards croisés sur la langue française : usages, pratiques, histoire, édité par Yana Grinshpun et Judith Nyée-Doggen, Presses Sorbonne Nouvelle, 2012, https://doi.org/10.4000/books.psn.3302.

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    Grinshpun, Y., & Nyée-Doggen, J. (éds.). (2012). Regards croisés sur la langue française : usages, pratiques, histoire. Paris: Presses Sorbonne Nouvelle. https://doi.org/10.4000/books.psn.3287
    Grinshpun, Yana, et Judith Nyée-Doggen, éd. Regards croisés sur la langue française : usages, pratiques, histoire. Paris: Presses Sorbonne Nouvelle, 2012. doi:10.4000/books.psn.3287.
    Grinshpun, Yana, et Judith Nyée-Doggen, éditeurs. Regards croisés sur la langue française : usages, pratiques, histoire. Presses Sorbonne Nouvelle, 2012, https://doi.org/10.4000/books.psn.3287.
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