URL originale : https://books.openedition.org/psn/17271
Chapitre 3
Les récits de voyage au XVIIe siècle : un discours de l’ordre ?
p. 19-45
Texte intégral
Marc Lescarbot, Ethnologie comparée : de l’usage de ne pas porter de chapeau en Nouvelle-France
1Quant à ce qui est de l’habillement de téte nul des Sauvages n’en porte, si ce n’est que quelqu’un des premieres terres troque ses peaux contre des chapeaux ou bonnets avec les François : ains1 portent les cheveux battans sur les épaules tant hommes que femmes sans estre nouez, ny attachez, sinon que les hommes en lient un trousseau au sommet de la téte de la longueur de quatre doits, avec une bende de cuir : ce qu’ilz laissent pendre par derriere. Mais quand aux Armouchiquois2 & Floridiens3, tant hommes que femmes ils ont les cheveux beaucoup plus longs, & leur pendent plus bas que la ceinture quand ilz sont détortillez. Pour donc eviter l’empechement que cela leur apporteroit ilz les troussent comme noz pallefreniers font la queuë d’un cheval, & y fichent les hommes quelque plume qui leur aggrée, & les femmes une aiguille à trois pointes commençant par l’unité à la façon des Dames de France, lesquelles portent aussi leurs aiguilles qui leur servent en partie d’ornement de téte. Tous les anciens ont eu cette coutume d’aller à téte nuë, & n’est venu l’usage des chapeaux que sur le tard. Le bel Absalon demeura pendu par la chevelure à un chene, apres avoir perdu la bataille contre l’armée de son père4 : & n’avoient en ce temps là la téte couverte, sinon quand ilz faisoient dueil pour quelque desastre, ainsi qu’il se peut remarquer par l’exemple de David, lequel ayant entendu la conspiration de son fils s’enfuit de Ierusalem & alla par le mont des oliviers montant & pleurant, & ayant la téte couverte, & tout le peuple qui estoit avec lui5. Les Perses en faisoient de méme, comme se peut recueillir de l’histoire d’Aman, lequel ayant eu commandement d’honorer celui qu’il vouloit faire pendre, assavoir Mardochée, s’en alla en sa maison pleurant, & la téte couverte6 : qui estoit chose extraordinaire. Les Romains à leur commencement faisoient le semblable, ainsi que ie le collige7 par les mots qui portoient commandement au bourreau de faire sa charge, rapportez par Ciceron & Tite Live en ces termes. Vade lictor, colliga manus, caput obnubito, arbori infelici suspendito8. Et si nous voulons venir à noz peuples Occidentaux & Septentrionaux, nous trouverons que la plupart portoient longue chevelure, comme ceux que nous appellons Sauvages. Cela ne se peut nier des Gaullois tans-Alpins, lesquels pour cette occasion donnerent le nom à la Gaulle cheveluë ; dequoy parlant Martial, il dit :
------ mellesque flagellant Colla comae9 ------
2Noz Rois François en ont esté surnommez Chevelus, d’autant qu’ilz la portoient si grande qu’elle battoit jusques sur l’échine & les épaules, si bien que Gregoire de Tours parlant de la chevelure du Roy Clovis il l’appelle Capillorum flagella10. Les Gots11 faisoient tout de méme, & laissoient pendre sur les épaules des groz floccons12 frizez que les autheurs du temps appellent granos, laquelle façon de chevelure fut defendue aux Prétres, ensemble13 le vétement seculier en un Concile Gothique14 : & Iornandes en l’Histoire des Gots recite15 que le Roy Atalaric voulut que les Prétres portassent la tiare, ou chapeau, faisant deux sortes de peuple, les uns qu’il appeloit pileatos, les autres capillaros16, ce que ceux-ci prindrent à si grande faveur d’estre appellez chevelus, qu’ilz faisoient mémoire de ce benefice en leurs chansons : & neantmoins ilz ne faisoient point d’entortillements de cheveux. Mais ie trouve par le témoignage de Tacite que les Schvvabes nation d’Allemagne les entortilloient, noüoient, & attachoient au sommet de la téte ainsi que nous avons dit des Souriquois17 & Armouchiquois. En une chose les Armouchiquois sont differens des Souriquois & autres Sauvages de la Terre-neuve, c’est qu’ilz s’arrachent le poil18 de devant, & sont à demi chauves, ce que ne sont les autres. A rebours desquels Pline recite qu’à la cheute des monts Riphées estoit anciennement la region des Arympheens, que nous appellons maintenant Moscovites, lesquels se tenoient par les foréts, mais ils estoient tous tondus tant hommes que femmes, & tenoient pour chose honteuse de porter des cheveux. Voila comme une méme façon de vivre est receuë en un lieu & reprouvée en l’autre. Ce qui nous est assez familierement oculaire en beaucoup d’autres choses en noz regions de deça, où nous voyons des mœurs & façons de vivre toutes diverses quelquefois sous un méme Prince.
Marc Lescarbot, Histoire de la Nouvelle France, Paris, Jean Milot, 1609, livre troisième, « Chap. IX. Des vétemens & chevelures », p. 710-713.
3Quant à ce qui est de l’habillement de tête, nul des sauvages n’en porte, si ce n’est que quelqu’un des premières terres troque ses peaux contre des chapeaux ou bonnets avec les Français : ains19 portent les cheveux battant sur les épaules tant hommes que femmes sans être noués, ni attachés, sinon que les hommes en lient un trousseau au sommet de la tête de la longueur de quatre doigts, avec une bande de cuir, ce qu’ils laissent pendre par-derrière. Mais quant aux Armouchiquois20 et Floridiens21, tant hommes que femmes ils ont les cheveux beaucoup plus longs, et leur pendent plus bas que la ceinture quand ils sont détortillés. Pour donc éviter l’empêchement que cela leur apporterait, ils les troussent comme nos palefreniers font la queue d’un cheval, et y fichent les hommes quelque plume qui leur agrée, et les femmes une aiguille à trois pointes commençant par l’unité à la façon des dames de France, lesquelles portent aussi leurs aiguilles qui leur servent en partie d’ornement de tête. Tous les Anciens ont eu cette coutume d’aller à tête nue et n’est venu l’usage des chapeaux que sur le tard. Le bel Absalon demeura pendu par la chevelure à un chêne, après avoir perdu la bataille contre l’armée de son père22. Ils n’avaient en ce temps-là la tête couverte, sinon quand ils faisaient deuil pour quelque désastre, ainsi qu’il se peut remarquer par l’exemple de David, lequel ayant entendu la conspiration de son fils s’enfuit de Jérusalem et alla par le mont des oliviers montant et pleurant, et ayant la tête couverte, et tout le peuple qui était avec lui23. Les Perses en faisaient de même, comme se peut recueillir de l’histoire d’Aman, lequel ayant eu commandement d’honorer celui qu’il voulait faire pendre, à savoir Mardochée, s’en alla en sa maison pleurant, et la tête couverte24, ce qui était chose extraordinaire. Les Romains à leur commencement faisaient le semblable, ainsi que je le collige25 par les mots qui portaient commandement au bourreau de faire sa charge, rapportés par Cicéron et Tite Live en ces termes : Vade lictor, colliga manus, caput obnubito, arbori infelici suspendito26. Et si nous voulons venir à nos peuples occidentaux et septentrionaux, nous trouverons que la plupart portaient longue chevelure, comme ceux que nous appelons « Sauvages ». Cela ne se peut nier des Gaulois transalpins, lesquels pour cette occasion donnèrent le nom à la Gaulle chevelue, de quoi parlant Martial, il dit :
------ mellesque flagellant Colla comae27 ------
4Nos rois français en ont été surnommés « Chevelus », d’autant qu’ils la portaient si grande qu’elle battait jusque sur l’échine et les épaules, si bien que Grégoire de Tours parlant de la chevelure du roi Clovis, il l’appelle Capillorum flagella28. Les Goths29 faisaient tout de même, et laissaient pendre sur les épaules des gros flocons30 frisés que les auteurs du temps appellent granos, laquelle façon de chevelure fut défendue aux prêtres, ensemble31 le vêtement séculier en un Concile gothique32, et Jornandès, en l’Histoire des Goths, récite33 que le roi Atalaric voulut que les prêtres portassent la tiare, ou chapeau, faisant deux sortes de peuple, les uns qu’il appelait pileatos, les autres capillaros34, ce que ceux-ci prirent à si grande faveur d’être appelés « chevelus », qu’ils faisaient mémoire de ce bénéfice en leurs chansons, et néanmoins ils ne faisaient point d’entortillements de cheveux. Mais je trouve par le témoignage de Tacite que les Souabes, nation d’Allemagne, les entortillaient, nouaient, et attachaient au sommet de la tête ainsi que nous avons dit des Souriquois35 et Armouchiquois. En une chose les Armouchiquois sont différents des Souriquois et autres sauvages de la Terre-Neuve, c’est qu’ils s’arrachent le poil36 de devant, et sont à demi chauves, ce que ne sont les autres. À rebours desquels Pline récite qu’à la chute des monts Riphées était anciennement la région des Arymphéens, que nous appelons maintenant Moscovites, lesquels se tenaient par les forêts, mais ils étaient tous tondus tant hommes que femmes, et tenaient pour chose honteuse de porter des cheveux. Voilà comme une même façon de vivre est reçue en un lieu et réprouvée en l’autre. Ce qui nous est assez familièrement oculaire en beaucoup d’autres choses en nos régions de deçà, où nous voyons des mœurs et façons de vivre toutes diverses quelquefois sous un même Prince.
Marc Lescarbot, Histoire de la Nouvelle France, Paris, Jean Milot, 1609, livre troisième, « Chap. IX. Des vétemens & chevelures », p. 710-713. Version modernisée par Mathilde Morinet37.

Carte de la Nouvelle-France, situant les différents peuples autochtones, dans Marc Lescarbot, Histoire de la Nouvelle France, Paris, Jean Milot, 1609, n. p.
François Cauche, Richesse de la flore de Madagascar : encourager la colonisation
5Vvouhanatte, est un fruit iaune, rond comme une poire de mediocre grosseur, ayant la peau polie & luisante, enfermant quatre noyaux plats, durs, & longs comme des amendes, lesquels semez engendrent d’autres arbres de mesme espece. La poulpe en est pasteuse, iaune, nourrissante, d’un goust sucrin. L’arbre est gros & membru, comme nos pommiers, à la fueille de laurier, hors le flair38. Sa fleur est blanche comme celle de l’oranger, mais avec plus d’odeur. Au bout de ce fruit croist une noix de la forme du roignon de lieure, de couleur cendrée tirant sur le roux. On tire de l’huille des noix. Et l’arbre és mois d’esté iette sans incision une gomme nette & transparante. Il y en a qui portent de belles fleurs doubles, de couleur de roses, tres-soüefues.
6I’ay dit cy-deuant que nous appellasmes une baïe, la Baïe des prunces, pour le grand nombre de pruniers qui y estoient, portans des fruicts gros comme nos doubles damas39, & de mesme couleur, ils les appellent Vvouhannio, le goust pourtant tire sur celuy de nos Damascenes, estant sucrin. Pour conserver ces fruicts, & empescher que personne n’en cueille, le medecin de nostre voyage, met sur l’arbre une machoire de vache peinte, & rayée d’une couleur rouge, cela s’appelle parmy eux Anly, comme nous avons desia dit, ce mot, signifiant non seulement toute sorte de medicament, mais aussi enchantement, ce peuple s’imaginant, que quiconque detacheroit une prune, mourroit soudainement au pied de l’arbre, nous ne laissasmes mes compagnons & moy d’en manger, eux s’estonnans de nostre hardiesse, & se destrompans peu à peu de leur superstition, & de leur barbier, ou medecin, qu’ils tindrent depuis pour un affronteur, voyans que nous ne laissions de nous bien porter, nonobstant la teste de vache qu’il avoit si bien peinte. Cet arbre est haut de huict à neuf pieds, le fruit a cinq petits noyaux ronds, qui servent de semence.
7Ils ont aussi des arbres, ayans les tiges & fueilles comme le fresne, portans des longues prunces blanches, qui n’ont qu’un noyau, qui cassé rend une espece d’amende de bon goust, celuy de la prune estant aigret.
8Les mirobolans40 croissent sur un arbre espineux, ayant les rameaux fort menus, & la fueille du buis, le fruit est comme une grosse prune, enfermant un noyau tres-dur à cinq angles, il croist iusques à douze pieds de hauteur. Il y en a de plusieurs especes. Des cendrez, qui sont ronds : les Emblicos, qu’on mange verds : Les Resonualles, qui ont huict angles : les Bellerici, qui sont ronds : les Quebuli, qui sont plus longs que les autres, estant anguleux.
François Cauche, Relation du voyage que François Cauche de Rouen a fait à Madagascar, Isles adjacentes, & coste d’Afrique, dans Relations veritables et curieuses de l’isle de Madagascar et du Bresil, Paris, Augustin Courbé, 1651, p. 158-159.
9Vvouhanatte est un fruit jaune, rond comme une poire de médiocre grosseur, ayant la peau polie et luisante, enfermant quatre noyaux plats, durs et longs comme des amandes, lesquels semés engendrent d’autres arbres de même espèce. La pulpe en est pâteuse, jaune, nourrissante, d’un goût sucrin. L’arbre est gros et membru, comme nos pommiers à la feuille de laurier, hors le flair41. Sa fleur est blanche comme celle de l’oranger, mais avec plus d’odeur. Au bout de ce fruit croît une noix de la forme du rognon de lièvre, de couleur cendrée tirant sur le roux. On tire de l’huile des noix. Et l’arbre en les mois d’été jette sans incision une gomme nette et transparente. Il y en a qui portent de belles fleurs doubles, de couleur de roses, très suaves.
10J’ai dit ci-devant que nous appelâmes une baie, la Baie des prunes, pour le grand nombre de pruniers qui y étaient, portant des fruits gros comme nos doubles damas42, et de même couleur. Ils les appellent Vvouhannio, le goût pourtant tire sur celui de nos Damascènes, étant sucrin. Pour conserver ces fruits, et empêcher que personne n’en cueille, le médecin de notre voyage met sur l’arbre une mâchoire de vache peinte et rayée d’une couleur rouge : cela s’appelle parmi eux Anly, comme nous avons déjà dit, ce mot signifiant non seulement toute sorte de médicament, mais aussi enchantement, ce peuple s’imaginant que quiconque détacherait une prune mourrait soudainement au pied de l’arbre. Nous ne laissâmes mes compagnons et moi d’en manger, eux s’étonnant de notre hardiesse et se détrompant peu à peu de leur superstition et de leur barbier, ou médecin, qu’ils tinrent depuis pour un affronteur, voyant que nous ne laissions de nous bien porter, nonobstant la tête de vache qu’il avait si bien peinte. Cet arbre est haut de huit à neuf pieds, le fruit a cinq petits noyaux ronds, qui servent de semence.
11Ils ont aussi des arbres, ayant les tiges et feuilles comme le frêne, portant des longues prunes blanches, qui n’ont qu’un noyau, qui cassé rend une espèce d’amande de bon goût, celui de la prune étant aigret.
12Les mirobolans43 croissent sur un arbre épineux, ayant les rameaux fort menus, et la feuille du buis. Le fruit est comme une grosse prune, enfermant un noyau, très dur à cinq angles, il croît jusqu’à douze pieds de hauteur. Il y en a de plusieurs espèces. Des cendrés, qui sont ronds, les Emblicos, qu’on mange verts, les Resonvalles, qui ont huit angles, les Bellerici, qui sont ronds, les Quebuli, qui sont plus longs que les autres, étant anguleux.
François Cauche, Relation du voyage que François Cauche de Rouen a fait à Madagascar, Isles adjacentes, & coste d’Afrique, dans Relations veritables et curieuses de l’isle de Madagascar et du Bresil, Paris, Augustin Courbé, 1651, p. 158-159. Version modernisée par Mathilde Morinet44.
Balthasar de Monconys, Observer en savant les pyramides et les momies d’Égypte
13Douze iours apres mon arrivée au Caire, ie fus voir les Pyramides : elles sont presque à l’opposite de cette Ville (qui leur demeure au Nord-est autrement Grec) esloignées de deux grandes lieuës à l’extrémité d’une campagne, qui depuis le Nil iusques au commencement du roc sur lequel elles sont situées a la largeur de deux lieuës, & regne ainsi tout le long de ce fleuue, tant en descendant, que du costé de sa source : ce roc qui borne la campagne presque paralellement avec le Nil a environ cent pieds d’eminence, & continue bien avant dans les deserts comme une platte forme toute couuerte des sables que les vents y ont apportés ; sur le bord sont situées ces grandes masses de pierre, qui ayant subsisté si long-temps semblent vouloir disputer leur durée avec la sienne, & meriter en cela iustement le nom de Merueilles45 qu’elles possedent seules à present. Entre une quantité qu’il y en avoit pendant cinq ou six lieuës de long, & qui estoient grandes ou petites, suivant le pouvoir & la magnificence du Prince qui les faisoit construire : en remontant le long du fleuue on en voit deux grandes en cet endroit, qui ont tousiours esté les plus estimées ; la petite qui ne cede guieres à la grande, & n’en est esloignée que de cent pas, est beaucoup ruinée, & ie parie qu’elle est faite en sorte qu’on n’y peut monter, & qu’il n’y a point d’ouuerture pour entrer dedans ; on ne la contemple pas si curieusement, & on se contente de prendre exactement les particularités de la grande : voicy ce que i’en ay remarqué avec les mauvais instruments que i’ay pû trouver, & les fils dont ie me suis seruy par deux fois que i’y ay esté sans m’en ennuyer, estant prest d’y retourner à la premiere commodité qui s’offriroit, tant on en trouve la veuë admirable.
14Elle a cinq cents vingt pieds de hauteur, & six cents quatre vingt & deux pieds de face : elle est parfaitement quarrée, & a ses faces opposées aux quatre parties du monde ; elle est faite en degrés de tres-gros quartiers de pierre, chacun ayant deux pieds & demy de haut, quelques-uns plus, quelques-uns moins, & font en tout deux cents huit degrés qui se terminent en une platte-forme de seize pieds en quarré, que composent douze tres-grosses pierres, la plupart rompuës aussi-bien que bonne quantité de degrés ; le temps en fait une plaisante metamorphose en petites lentilles, dont elles sont toutes pleines, mais si bien faites qu’il n’y a que la dent qui puisse iuger qu’elles sont de pierre. Sur le seiziéme degré presque au milieu de la face qui est tournée au Nord, & l’entrée qui a trois pieds, six poulces de haut, & trois pieds, trois poulces de large, & qui va continuant septante-six pieds & demy de long en pente d’un angle de soixante degrés : au bout de cette allée est un lieu vaste & remply de ruines, & de grosses pierres rompües qui bouchent des endroits par lesquels on alloit en quelques chambres, & il ne reste qu’une ouuerture vis-à-vis de celle par où l’on est descendu, qui vous conduit en remontant par une pareille allée, & de semblable pente à celle par où l’on est descendu, mais qui a cent onze pieds de long : au lieu où cette seconde allée aboutit il en commence une autre qui a six pieds & quatre poulces de large, & qui va tousiours montant par la mesme inclination de soixante degrés à la longueur de cent soixante-deux pieds & trois poulces ; la voute de cette allée est extremement haute au prix de l’autre, & à la fin elle touche le haut de la porte de la chambre où l’on arrive : au fond d’icelle on trouve un tombeau de ces pierres, qu’on dit fonduës, il a trois pieds & un poulce de large, trois pieds & quatre poulces de haut, & sept pieds deux poulces de long ; il n’y a point de couuertures, & l’on croit que c’estoit là ou Pharaon devoit estre enterré ; c’est le vulgaire qui le dit. Cette chambre aussi bien que toutes les autres, avec les allées & les murailles a le pave, & le plancher ou voute tout de grandes pierres : elle a trente-un pieds de long, dix-neuf de haut, & seize de large, & neuf pierres en trauvers forment son plancher ; ie ne vous ennuyeray point davantage dans la description d’une autre chambre qui est au dessous de celle-là où l’on va par une allée de plain pied : au commencement de cette derniere de cent soixante-deux pieds l’on voit l’ouuerture d’un puy quarré qui est fort profond, & où on ne descend point à cause des chauves souris, & autres animaux venimeux qu’il y peut avoir, dont il y a bonne quantité dans toutes les chambres, car il n’y a autre ouuerture que celle de l’entrée ; l’on tient que ce puy va sous terre iusques à une Idole qui reste encore auiourd’huy enuiron à trois cents pas de la Pyramide du costé du Sirok46 : c’estoit une Hienne couchée dont il ne reste que la teste sur son col, assez maltraittée, aiant le nez & le menton cassé ; mais ce qui reste est fort beau à voir, & l’on y remarque l’adresse d’un habile Sculpteur qui ne cedoit pas à ces Grecs qu’on admire par leurs ouurages : elle a vingt-six pieds de haut, & depuis les oreilles iusques au menton quinze pieds ; la traditiue47 est que les Prestres venoient sous cette Idole par le Puy de la Pyramide, & y rendoient les oracles ; il y a aussi un trou au dessus de la teste où un homme peut demeurer debout sans estre veu, qui peut-estre seruoit encore à la fourberie.
15Quelques iours apres ie fus aux Mumies qui commencent depuis le lieu des Pyramides descrites cy-dessus ; quoy que le Village où l’on va en soit esloigné d’enuiron quatre lieuës, neantmoins tout ce rocher est creusé iusques-là, & encore bien plus de deux lieuës plus haut & garni de Piramides ruinées, & d’autres qui restent encore assez entieres, & une entr’autres qui ne cede gueres à celle que i’ay descrite, & dont ie remets la description à nostre premiere vuë de peur de vous ennuyer : tout ce rocher, comme i’ay dit, est creusé comme les catacombes de Rome ; & des pierres qu’on en tiroit, on en bastissoit à mon advis les Pyramides qui seruoient de sepulture pour les Princes, au dessous desquelles dans les lieux qu’on avoit vuidé l’on enterroit les particuliers : ie demeuray quelques iours pour avoir la satisfaction de faire ouvrir un Puy nouveau dans lequel ie descendis, & apres m’estre trainé long temps sur les corps morts, ie passay dans quantité de chambres ou voutes qui en estoient pleines ; il y en avoit dans des tombeaux de pierre, d’autres dans la muraille, & d’autres simplement estendus sur terre ; apres en descendant dans d’autres Puys, & remontant par de semblables, on en rencontre encore d’autres : les corps sont emmaillotés comme des enfans avec des fasses dorées, qui à mon advis representoient le naturel ; & tout le long du corps sous des petites bandes (qui sont disposées de façon qu’elles ne cachent rien) sont quantité de peintures d’oiseaux & d’autres grostesques dessous tout cela. Tout le corps qui est parfaitement embaumé, est envelopé de trois petites bandes les unes sur les autres avec tant d’adresse que les doigts mesme du pied n’en paroissent gueres plus gros. I’en fis tirer quelques-uns que ie fis défaire en ma presence, où ie ne trouvay rien de curieux qu’une ceinture de feüilles enfilées comme des aloüettes dans un fil de palmiers ; mais i’en ay conservé une entiere des plus belles que l’on ait vû en France, qui est toute peinte & dorée : bien souvent on trouve dans leurs tombeaux de tres-belles Idoles que l’on y enterroit, mais pour l’ordinaire elles ne sont que de bois ou de terre comme celles que i’ay trouvées qui sont de bois, elles estoient plantées sur le bout du cerceuil dans lequel elles estoient, qui estoit aussi de bois ; i’en ay recouuré une petite de bronze qui est une femme assise & nuë, coiffée comme la Déesse d’Egypte Isis, avec deux cornes qui enferment une lune ; elle tient un petit enfant sur ses genoux, à qui elle soustient la teste de la main gauche, & qui a une corne au lieu de l’oreille droite qui luy descend dessus l’espaule ; elle est fort roüillée, mais il y reste encore des marques qu’elle estoit autrefois dorée. Si i’estois assez heureux de porter tout ce que i’ay ramassé, vous auriez du plaisir de voir des choses que l’on n’estime pas icy, mais seroient bien rares en France.
Balthasar de Monconys, Journal des voyages de Monsieur de Monconys, Lyon, Horace Boissat & George Remeus, 1665, première partie, p. 183-186.
16Douze jours après mon arrivée au Caire, je fus voir les pyramides : elles sont presque à l’opposite de cette ville (qui leur demeure au nord-est autrement grec) éloignées de deux grandes lieues à l’extrémité d’une campagne, qui depuis le Nil jusqu’au commencement du roc sur lequel elles sont situées a la largeur de deux lieues, et règne ainsi tout le long de ce fleuve, tant en descendant, que du côté de sa source. Ce roc qui borne la campagne presque parallèlement avec le Nil a environ cent pieds d’éminence, et continue bien avant dans les déserts comme une plateforme toute couverte des sables que les vents y ont apportés. Sur le bord sont situées ces grandes masses de pierre, qui ayant subsisté si longtemps semblent vouloir disputer leur durée avec la sienne, et mériter en cela justement le nom de merveilles48 qu’elles possèdent seules à présent. Entre une quantité qu’il y en avait pendant cinq ou six lieues de long, et qui étaient grandes ou petites, suivant le pouvoir et la magnificence du prince qui les faisait construire, en remontant le long du fleuve, on en voit deux grandes en cet endroit, qui ont toujours été les plus estimées. La petite qui ne cède guère à la grande, et n’en est éloignée que de cent pas, est beaucoup ruinée, et je parie qu’elle est faite en sorte qu’on n’y peut monter, et qu’il n’y a point d’ouverture pour entrer dedans. On ne la contemple pas si curieusement, et on se contente de prendre exactement les particularités de la grande. Voici ce que j’en ai remarqué avec les mauvais instruments que j’ai pu trouver, et les fils dont je me suis servi par deux fois que j’y ai été sans m’en ennuyer, étant prêt d’y retourner à la première commodité qui s’offrirait, tant on en trouve la vue admirable.
17Elle a cinq cent vingt pieds de hauteur, et six cent quatre-vingts et deux pieds de face. Elle est parfaitement carrée, et a ses faces opposées aux quatre parties du monde. Elle est faite en degrés de très gros quartiers de pierre, chacun ayant deux pieds et demi de haut, quelques-uns plus, quelques-uns moins, et font en tout deux cent huit degrés qui se terminent en une plateforme de seize pieds en carré, que composent douze très grosses pierres, la plupart rompues, aussi bien que bonne quantité de degrés. Le temps en fait une plaisante métamorphose en petites lentilles, dont elles sont toutes pleines, mais si bien faites qu’il n’y a que la dent qui puisse juger qu’elles sont de pierre. Sur le seizième degré presque au milieu de la face qui est tournée au nord, et l’entrée qui a trois pieds, six pouces de haut, et trois pieds, trois pouces de large, et qui va continuant septante-six pieds et demi de long en pente d’un angle de soixante degrés, au bout de cette allée est un lieu vaste et rempli de ruines, et de grosses pierres rompues qui bouchent des endroits par lesquels on allait en quelques chambres, et il ne reste qu’une ouverture vis-à-vis de celle par où l’on est descendu, qui vous conduit en remontant par une pareille allée, et de semblable pente à celle par où l’on est descendu, mais qui a cent onze pieds de long. Au lieu où cette seconde allée aboutit il en commence une autre qui a six pieds et quatre pouces de large, et qui va toujours montant par la même inclination de soixante degrés à la longueur de cent soixante-deux pieds et trois pouces. La voûte de cette allée est extrêmement haute au prix de l’autre, et à la fin elle touche le haut de la porte de la chambre où l’on arrive. Au fond d’icelle on trouve un tombeau de ces pierres, qu’on dit fondues : il a trois pieds et un pouce de large, trois pieds et quatre pouces de haut, et sept pieds deux pouces de long. Il n’y a point de couvertures, et l’on croit que c’était là où Pharaon devait être enterré, c’est le vulgaire qui le dit. Cette chambre aussi bien que toutes les autres, avec les allées et les murailles, a le pavé et le plancher, ou voûte, tout de grandes pierres. Elle a trente et un pieds de long, dix-neuf de haut, et seize de large, et neuf pierres en travers forment son plancher. Je ne vous ennuierai point davantage dans la description d’une autre chambre qui est au-dessous de celle-là où l’on va par une allée de plain-pied. Au commencement de cette dernière de cent soixante-deux pieds l’on voit l’ouverture d’un puits carré qui est fort profond, et où on ne descend point à cause des chauves-souris et autres animaux venimeux qu’il y peut avoir, dont il y a bonne quantité dans toutes les chambres, car il n’y a autre ouverture que celle de l’entrée. L’on tient que ce puits va sous terre jusque à une idole qui reste encore aujourd’hui environ à trois cents pas de la pyramide du côté du sirocco49 : c’était une hyène couchée dont il ne reste que la tête sur son col, assez maltraitée, ayant le nez et le menton cassé ; mais ce qui reste est fort beau à voir, et l’on y remarque l’adresse d’un habile sculpteur qui ne cédait pas à ces Grecs qu’on admire par leurs ouvrages. Elle a vingt-six pieds de haut, et depuis les oreilles jusques au menton quinze pieds. La traditive50 est que les prêtres venaient sous cette idole par le puits de la pyramide et y rendaient les oracles. Il y a aussi un trou au-dessus de la tête, où un homme peut demeurer debout sans être vu, qui peut-être servait encore à la fourberie.
18Quelques jours après je fus aux momies qui commencent depuis le lieu des pyramides décrites ci-dessus. Quoique le village où l’on va en soit éloigné d’environ quatre lieues, néanmoins tout ce rocher est creusé jusque-là, et encore bien plus de deux lieues plus haut et garni de pyramides ruinées, et d’autres qui restent encore assez entières, et une entre autres qui ne cède guère à celle que j’ai décrite, et dont je remets la description à notre première vue de peur de vous ennuyer. Tout ce rocher, comme j’ai dit, est creusé comme les catacombes de Rome ; et des pierres qu’on en tirait, on en bâtissait à mon avis les pyramides qui servaient de sépulture pour les princes, au-dessous desquelles dans les lieux qu’on avait vidés l’on enterrait les particuliers. Je demeurai quelques jours pour avoir la satisfaction de faire ouvrir un puits nouveau dans lequel je descendis, et après m’être trainé longtemps sur les corps morts, je passai dans quantité de chambres ou voûtes qui en étaient pleines. Il y en avait dans des tombeaux de pierre, d’autres dans la muraille, et d’autres simplement étendus sur terre. Après en descendant dans d’autres puits, et remontant par de semblables, on en rencontre encore d’autres : les corps sont emmaillotés comme des enfants avec des faces dorées, qui à mon avis représentaient le naturel, et tout le long du corps sous des petites bandes (qui sont disposées de façon qu’elles ne cachent rien) sont quantité de peintures d’oiseaux et d’autres grotesques dessous tout cela. Tout le corps, qui est parfaitement embaumé, est enveloppé de trois petites bandes les unes sur les autres avec tant d’adresse que les doigts mêmes du pied n’en paraissent guère plus gros. J’en fis tirer quelques-uns que je fis défaire en ma présence, où je ne trouvai rien de curieux qu’une ceinture de feuilles enfilées comme des alouettes dans un fil de palmiers ; mais j’en ai conservé une entière des plus belles que l’on ait vues en France, qui est toute peinte et dorée. Bien souvent on trouve dans leurs tombeaux de très belles idoles que l’on y enterrait, mais pour l’ordinaire elles ne sont que de bois ou de terre comme celles que j’ai trouvées qui sont de bois : elles étaient plantées sur le bout du cercueil dans lequel elles étaient, qui était aussi de bois. J’en ai recouvré une petite de bronze qui est une femme assise et nue, coiffée comme la déesse d’Égypte Isis, avec deux cornes qui enferment une lune. Elle tient un petit enfant sur ses genoux, à qui elle soutient la tête de la main gauche, et qui a une corne au lieu de l’oreille droite qui lui descend dessus l’épaule. Elle est fort rouillée, mais il y reste encore des marques qu’elle était autrefois dorée. Si j’étais assez heureux de porter tout ce que j’ai ramassé, vous auriez du plaisir de voir des choses que l’on n’estime pas ici, mais seraient bien rares en France.
Balthasar de Monconys, Journal des voyages de Monsieur de Monconys, Lyon, Horace Boissat & George Remeus, 1665, première partie, p. 183-186. Version modernisée par Mathilde Morinet51.

Pyramides et masque funéraire (fig. 26 et 29), dans Journal des voyages de Monsieur de Monconys, Lyon, Horace Boissat et George Remeus, 1665, première partie, p. 183.
François Bernier, La crémation des veuves indiennes : observer des sati
19Pour ce qui est des femmes qui se sont brulées effectivement, je me suis tant de fois trouvé à ces horribles spectacles, que je les pouvois presque plus souffrir, & que j’ay mesme encore quelque horreur à y penser ; Je m’en vais tâcher neantmoins de vous en representer quelques-uns, sans toutefois pretendre de vous exprimer au vif avec quelle fermeté & avec quelle resolution des femmelettes entreprennent une si étrange & si effroyable Tragedie, car il n’y que la veuë seule qui en puisse faire prendre quelque idée.
20Dans le temps que je passay de la ville d’Amed-abad en Agra52 par-dessus ces terres de Rajas53 qui sont dans ces quartiers-là, on nous donna nouvelle dans une Bourgade où se reposoit la Caravane54 à l’ombre en attendant la fraîcheur de soir pour partir, qu’une femme s’en alloit à l’heure mesme se brûler avec le corps de son mary55 : Je me levay incontinent56 & m’en allay tout courant sur le bord d’un grand Reservoir d’eau où se devoit faire l’action : Je vis en bas dans ce Reservoir qui estoit presque à sec, une grande fosse pleine de bois, un corps mort estendu dessus, une femme qui de loin me parut assez bien faite assise sur ce mesme bucher, quatre ou cinq Brehmens57 qui y mettoient le feu de tous costez, cinq femmes de mediocre âge58 et assez bien vétuës qui se tenoient par la main en chantant & en dansant à l’entour de la fosse, & une grande foule de monde d’hommes & de femmes qui regardoient. Le bucher fut incontinent tout en feu parce qu’on avoit jetté dessus quantité d’huile & de beurre, & je vis dans ce mesme temps au travers des flammes, que le feu se prenoit aux habits de la femme qui étoient frotez d’huiles de senteur mélées avec de la poudre des Sandaus59 & du safran ; je vis tout cela, & ne remarquay point que la femme s’inquiétât & se tourmentât en aucune façon ; l’on disoit mesme jusques-là qu’on luy avoit entendu prononcer avec beaucoup de force ces deux paroles, cinq, deux, pour donner à entendre suivant certains sentiments particuliers & populaires dans la Metampsicose60 que c’estoit pour la cinquiéme fois qu’elle se bruloit avec son mesme mary, & qu’il n’en restoit plus que deux pour la perfection ; comme si elle eut eu alors cette Reminiscence ou quelque esprit prophetique. Ce ne fut pas là la fin de cette infernale Tragedie ; je croyois que ce n’estoit que par ceremonie que ces cinq femmes chantoient & dansoient à l’entour de la fosse, mais je fus bien estonné lorsque la flamme s’estant prise aux habits d’une d’entre-elles, elle se laissa aller la teste la premiere dans la fosse, & qu’en suite une autre accablée de la flamme & de la fumée en fit autant que la premiere ; mon estonnement redoublant par apres quand je vis que les trois qui restoient se reprirent par la main, continüerent le branle sans s’esfrayer, & qu’enfin les unes apres les autres elles se précipiterent dans le feu comme avoient fait leurs compagnes. Il m’ennuyoit bien de ce que je ne sçavois ce que cela vouloit dire, mais i’appris incontinent que c’étoit cinq Esclaves qui voyant que leur Maistresse estoit extrémement affligée de la maladie de son mary, & qu’elle luy avoit promis de ne luy point survivre, & de se bruler avec luy, se laisserent aussi toucher de compassion & de tendresse envers cette Maistresse & s’engagerent de la parole de la suivre dans sa resolution & de se bruler avec elle. Plusieurs personnes alors que je consultois sur ce brulement des femmes avec le corps de leurs marys, me voulurent persuader que ce qu’elles en faisoient n’estoit que par un excés d’amitié qu’elles avoient eu pour eux, mais j’ay bien reconnu depuis que ce n’étoit qu’un effet de l’opinion, de la prévention & de la coustume ; & que les meres infatuées61 de jeunesse62 de cette superstition comme d’une chose tres-vertueuse, tres-louable et inévitable à une femme d’honneur, en infatuoient de mesme l’esprit de leurs filles dés leur tendre jeunesse ; quoiy qu’au fond ce n’ait jamais esté qu’un artifice des hommes pour s’assujettir davantage leurs femmes, pour les obliger à prendre des soins particuliers de leur santé, & pour empêcher qu’elles ne les empoisonnassent. Mais passons à une autre Tragedie que je vous representeray plutost que plusieurs autres où je me suis trouvé, parce qu’elle a quelque chose de bizarre ; veritablement ie n’estois pas present à l’action, mais vous pourrez faire comme moy qui ne m’obstine plus à ne pas croire ces sortes de choses, à force d’en avoir tant veu qui m’estoient incroyables : Celle-cy s’est tellement renduë fameuse dans les Indes que personne n’en doute, & peut-être mesme que vous en aurez déjà oüy parler dans l’Europe.
21C’est d’une femme qui avoit quelques amourettes avec un jeune Mahumetan son voisin qui estoit Tailleur et joüeur de Tambourin : Cette femme dans l’esperance qu’elle avoit que le jeune homme l’épouseroit empoisonna son mary, & s’en vint tout aussitôt dire à son Tailleur qu’il estoit temps de partir & de s’enfuïr ensemble comme ils avoient projetté, ou qu’autrement elle seroit honnestement obligée de se bruler ; le jeune homme qui eut crainte de s’embarrasser dans quelque mauvaise affaire la refusa tout court, mais la femme sans s’émouvoir ny s’estonner autrement fut trouver ses parens, les avertit de la mort subite de son mary, & leur protesta hautement qu’elle ne luy vouloit point survivre & qu’elle se vouloit bruler avec luy ; Les parens bien contens d’une si genereuse resolution, & du grand honneur qu’elle faisoit à toute la famille, font aussi-tôt une fosse, la remplissent de bois, mettent le corps sur le Bucher & allument le feu : tout estant ainsi preparé, la femme va embrassant & disant adieu à tous ses parens qui estoient autour de la fosse, entre lesquels estoit aussi le Tailleur qu’on avoit invité là pour tambouriner avec je ne sçay combien d’autres de ces sortes de gens, selon la coûtume de ce Quartier-là : Cette furie de femme estant venuë proche de ce jeune homme, fit semblant de luy vouloir aussi dire adieu comme aux autres, mais au lieu de l’embrasser doucement, elle le prend de toute sa force au collet, l’attire sur le bord de la fosse, & se renversant tout d’un coup, le fait tomber avec elle la teste la premiere dedans, où ils furent bien-tôt dépeschez.
22Celle que je vis se bruler en partant de Sourate pour venir en Perse, en presence de Monsieur Chardin63 de Paris & de plusieurs Anglois & Hollandois, estoit entre deux âges & n’estoit pas laide ; de vous representer cette intrepidité bestiale & gayeté feroce qui se remarquoit sur son visage ; avec quelle fermeté elle marchoit, se laissoit laver, parloit à l’un, parloit à l’autre ; avec quelle assurance & insensibilité elle nous regarda, considera sa petite Cabane faite de grosse paille de millet bien seche, entrelacée de menu bois, entra dedans cette Cabane, s’assit sur le Bucher prenant la teste de son mary dans son giron, prit un flambeau à la main, & mit le feu elle-mesme par dedans, cependant que je ne sçais combien de Brahmens armez de grands fregons64 pour attiser le feu, l’allumoient par dehors de tous costez ; de vous representer, dis-je, tout cela, c’est ce qui ne m’est pas possible, à peine mesme le puis-je croire à present, quoy qu’il n’y ait pour ainsi dire que trois jours que je l’ay veu.
23Il est vray que j’en ay veu quelques-unes qui, à l’aspect du Bucher ou du feu, témoignoient avoir quelque apprehension, & qui eussent peut-estre bien voulu s’en dédire, mais souvent il n’est plus temps ; les Demons de Brahmens qui sont là avec leurs grands bâtons les étonnent, les animent, ou les poussent mesme dedans, comme je l’ay veu à une jeune qui avoit reculé cinq ou six pas du Bucher, & à une autre qui se tourmentoit quand elle vit prendre le feu autour d’elle & à ses habits, ces bourreaux la repoussant deux ou trois fois avec leurs fregõs. Neantmoins j’en ay veu une plusieurs fois qui estoit encore belle femme, & qui s’estoit sauvée de leurs mains, se jettant en celles des Gadous65 qui se trouvent là quelquesfois en troupe quand ils sçavent que c’est quelque belle & jeune femme qu’on doit bruler & qui n’est pas fort apparentée, ny fort accompagnée ; car les femmes qui ont peur en voyant le Bucher, & qui se sauvent pour lors, ne pouvant plus estre receuës ny vivre avec les Gentils66, parce qu’ils les reputent infames apres avoir fait une telle faute & un tel des-honneur à la Religion, sont d’ordinaire la proye de ces sortes de gens qui sont aussi reputez infames dans les Indes, & qui d’ailleurs n’ont rien à perdre ; un Mogol n’oseroit pas les faire sauver, ny les recevoir, de crainte de s’attirer quelque mauvaise affaire : Il n’y a eu que les Portugais qui sur les Ports de Mer où ils estoient les plus forts, en ont enlevé plusieurs fois ; pour moy j’ay eu quelquesfois de telles rages contre ces maudits Brahmens, que si j’avois osé je les aurois étranglez : Il me souvient entre-autres que je vis bruler à Lahor une femme qui estoit tres-belles & qui estoit encore toute jeune, je ne crois pas qu’elle eût plus de douze ans ; cette pauvre petite malheureuse paroissoit plus morte que vive à l’approche du Bucher ; elle trembloit & pleuroit à grosses larmes, & cependant trois ou quatre de ces bourreaux, avec une vieille qui la tenoit par-dessous l’aisselle, la pousserent & la firent asseoir sur le Bucher ; & de crainte qu’ils avoient qu’elle ne s’enfuît, ou qu’elle ne se tourmentât, ils luy lierent les pieds & les mains, mirent le feu de tous costez, & la brulerent toute vive. J’eus bien de la peine à retenir ma colere, mais il se falut contenter de detester cette horrible Religion, & d’en dire en moy-mesme ce que le Poëte disoit autrefois d’une semblable, à l’occasion d’Ifigenie, que son propre père Agamemnon sacrifia à Diane dans l’interest des Grecs, dont il estoit un des principaux Chefs67.
Saepius olim
Relligio peperit scelerosa atque impia facta
Aulide quo pacto triuiai Virginis Aram
Iphianassaï turparunt sanguine fode
Ductores Danaum---------------------
-------------tantum Relligio potuit suadere malorum !68
24Ce sont certainement des choses bien barbares & bien cruelles, mais ce que font les Brahmens dans quelques endroits des Indes l’est bien autant ou plus ; car au lieu de bruler ces femmes qui veulent mourir apres la mort de leurs marys, ils les enterrent peu à peu toutes vives jusqu’à la gorge, & puis tout d’un coup se jettent deux ou trois dessus, leur tordent le col, & les achevent d’étouffer, les couvrans vîte de paniers de terre & leur marchant sur la teste.
François Bernier, « Lettre à monsieur Chapelain, envoyee de Chiras en Perse, le 4. Octobre 1667. Touchant les superstitions, étranges façons de faire, & Doctrine des Indous ou Gentils de l’Hindoustan ; D’où l’on verra qu’il n’y a Opinion si ridicule & si extravagante dont l’Esprit de l’homme ne soit capable. », dans Suite des Mémoires du Sr Bernier, sur l’Empire du Grand Mogol, Paris, Claude Barbin, 1671, vol. 1, p. 27-45.
25Pour ce qui est des femmes qui se sont brûlées effectivement, je me suis tant de fois trouvé à ces horribles spectacles, que je les pouvais presque plus souffrir, et que j’ai même encore quelque horreur à y penser. Je m’en vais tâcher néanmoins de vous en représenter quelques-uns, sans toutefois prétendre de vous exprimer au vif avec quelle fermeté et avec quelle résolution des femmelettes entreprennent une si étrange et si effroyable tragédie, car il n’y que la vue seule qui en puisse faire prendre quelque idée.
26Dans le temps que je passai de la ville d’Ahmedabad en Agra69 par-dessus ces terres de rajas70 qui sont dans ces quartiers-là, on nous donna nouvelle dans une bourgade où se reposait la caravane71 à l’ombre en attendant la fraîcheur du soir pour partir, qu’une femme s’en allait à l’heure même se brûler avec le corps de son mari72. Je me levai incontinent73 et m’en allai tout courant sur le bord d’un grand réservoir d’eau où se devait faire l’action. Je vis en bas dans ce réservoir qui était presque à sec, une grande fosse pleine de bois, un corps mort étendu dessus, une femme qui de loin me parut assez bien faite assise sur ce même bûcher, quatre ou cinq brahmanes74 qui y mettaient le feu de tous côtés, cinq femmes de médiocre âge75 et assez bien vêtues qui se tenaient par la main en chantant et en dansant à l’entour de la fosse, et une grande foule de monde d’hommes et de femmes qui regardaient. Le bûcher fut incontinent tout en feu parce qu’on avait jeté dessus quantité d’huile et de beurre, et je vis dans ce même temps au travers des flammes que le feu se prenait aux habits de la femme qui étaient frottés d’huiles de senteur mêlées avec de la poudre de santal76 et du safran. Je vis tout cela et ne remarquai point que la femme s’inquiétât et se tourmentât en aucune façon. L’on disait même jusque-là qu’on lui avait entendu prononcer avec beaucoup de force ces deux paroles, cinq, deux, pour donner à entendre suivant certains sentiments particuliers et populaires dans la métempsycose77 que c’était pour la cinquième fois qu’elle se brûlait avec son même mari, et qu’il n’en restait plus que deux pour la perfection, comme si elle eut eu alors cette réminiscence ou quelque esprit prophétique. Ce ne fut pas là la fin de cette infernale tragédie. Je croyais que ce n’était que par cérémonie que ces cinq femmes chantaient et dansaient à l’entour de la fosse, mais je fus bien étonné lorsque la flamme s’étant prise aux habits d’une d’entre-elles, elle se laissa aller la tête la première dans la fosse, et qu’ensuite une autre accablée de la flamme et de la fumée en fit autant que la première, mon étonnement redoublant par après quand je vis que les trois qui restaient se reprirent par la main, continuèrent le branle sans s’effrayer, et qu’enfin les unes après les autres elles se précipitèrent dans le feu comme avaient fait leurs compagnes. Il m’ennuyait bien de ce que je ne savais ce que cela voulait dire, mais j’appris incontinent que c’était cinq esclaves qui, voyant que leur maîtresse était extrêmement affligée de la maladie de son mari, et qu’elle lui avait promis de ne lui point survivre, et de se brûler avec lui, se laissèrent aussi toucher de compassion et de tendresse envers cette maîtresse et s’engagèrent de la parole de la suivre dans sa résolution et de se brûler avec elle. Plusieurs personnes alors que je consultais sur ce brûlement des femmes avec le corps de leurs maris, me voulurent persuader que ce qu’elles en faisaient n’était que par un excès d’amitié qu’elles avaient eu pour eux, mais j’ai bien reconnu depuis que ce n’était qu’un effet de l’opinion, de la prévention et de la coutume ; et que les mères infatuées78 de jeunesse79 de cette superstition comme d’une chose très vertueuse, très louable et inévitable à une femme d’honneur, en infatuaient de même l’esprit de leurs filles dès leur tendre jeunesse, quoiqu’au fond ce n’ait jamais été qu’un artifice des hommes pour s’assujettir davantage leurs femmes, pour les obliger à prendre des soins particuliers de leur santé, et pour empêcher qu’elles ne les empoisonnassent. Mais passons à une autre tragédie que je vous représenterai plutôt que plusieurs autres où je me suis trouvé, parce qu’elle a quelque chose de bizarre ; véritablement je n’étais pas présent à l’action, mais vous pourrez faire comme moi qui ne m’obstine plus à ne pas croire ces sortes de choses, à force d’en avoir tant vu qui m’étaient incroyables. Celle-ci s’est tellement rendue fameuse dans les Indes que personne n’en doute, et peut-être même que vous en aurez déjà ouï parler dans l’Europe.
27C’est d’une femme qui avait quelques amourettes avec un jeune mahométan son voisin qui était tailleur et joueur de tambourin. Cette femme dans l’espérance qu’elle avait que le jeune homme l’épouserait empoisonna son mari et s’en vint tout aussitôt dire à son tailleur qu’il était temps de partir et de s’enfuir ensemble comme ils avaient projeté, ou qu’autrement elle serait honnêtement obligée de se brûler ; le jeune homme qui eut crainte de s’embarrasser dans quelque mauvaise affaire la refusa tout court, mais la femme sans s’émouvoir ni s’étonner autrement fut trouver ses parents, les avertit de la mort subite de son mari, et leur protesta hautement qu’elle ne lui voulait point survivre et qu’elle se voulait brûler avec lui. Les parents bien contents d’une si généreuse résolution, et du grand honneur qu’elle faisait à toute la famille, font aussitôt une fosse, la remplissent de bois, mettent le corps sur le bûcher et allument le feu. Tout étant ainsi préparé, la femme va embrassant et disant adieu à tous ses parents qui étaient autour de la fosse, entre lesquels était aussi le tailleur qu’on avait invité là pour tambouriner avec je ne sais combien d’autres de ces sortes de gens, selon la coutume de ce quartier-là. Cette furie de femme étant venue proche de ce jeune homme, fit semblant de lui vouloir aussi dire adieu comme aux autres, mais au lieu de l’embrasser doucement, elle le prendre de toute sa force au collet, l’attire sur le bord de la fosse, et se renversant tout d’un coup, le fait tomber avec elle la tête la première dedans, où ils furent bientôt dépêchés.
28Celle que je vis se brûler en partant de Sourate pour venir en Perse, en présence de Monsieur Chardin80 de Paris et de plusieurs Anglais et Hollandais, était entre deux âges et n’était pas laide. De vous représenter cette intrépidité bestiale et gaieté féroce qui se remarquait sur son visage, avec quelle fermeté elle marchait, se laissait laver, parlait à l’un, parlait à l’autre, avec quelle assurance et insensibilité elle nous regarda, considéra sa petite cabane faite de grosse paille de millet bien sèche, entrelacée de menu bois, entra dedans cette cabane, s’assit sur le bûcher prenant la tête de son mari dans son giron, prit un flambeau à la main, et mit le feu elle-même par dedans, cependant que je ne sais combien de brahmanes armés de grands fregons81 pour attiser le feu, l’allumaient par dehors de tous côtés ; de vous représenter, dis-je, tout cela, c’est ce qui ne m’est pas possible, à peine même le puis-je croire à présent, quoiqu’il n’y ait pour ainsi dire que trois jours que je l’ai vu.
29Il est vrai que j’en ai vu quelques-unes qui, à l’aspect du bûcher ou du feu, témoignaient avoir quelque appréhension, et qui eussent peut-être bien voulu s’en dédire, mais souvent il n’est plus temps : les démons de brahmanes qui sont là avec leurs grands bâtons les étonnent, les animent, ou les poussent même dedans, comme je l’ai vu à une jeune qui avait reculé cinq ou six pas du bûcher, et à une autre qui se tourmentait quand elle vit prendre le feu autour d’elle et à ses habits, ces bourreaux la repoussant deux ou trois fois avec leurs fregons. Néanmoins j’en ai vu une plusieurs fois qui était encore belle femme, et qui s’était sauvée de leurs mains, se jetant en celles des gadous82 qui se trouvent là quelquefois en troupe quand ils savent que c’est quelque belle et jeune femme qu’on doit brûler et qui n’est pas fort apparentée, ni fort accompagnée ; car les femmes qui ont peur en voyant le bûcher, et qui se sauvent pour lors, ne pouvant plus être reçues ni vivre avec les gentils83, parce qu’ils les réputent infâmes après avoir fait une telle faute et un tel déshonneur à la religion, sont d’ordinaire la proie de ces sortes de gens qui sont aussi réputés infâmes dans les Indes, et qui d’ailleurs n’ont rien à perdre. Un Mogol n’oserait pas les faire sauver, ni les recevoir, de crainte de s’attirer quelque mauvaise affaire. Il n’y a eu que les Portugais qui, sur les ports de mer où ils étaient les plus forts, en ont enlevé plusieurs fois ; pour moi, j’ai eu quelquefois de telles rages contre ces maudits brahmanes, que si j’avais osé je les aurais étranglés. Il me souvient entre autres que je vis brûler à Lahore une femme qui était très belle et qui était encore toute jeune : je ne crois pas qu’elle eût plus de douze ans. Cette pauvre petite malheureuse paraissait plus morte que vive à l’approche du bûcher ; elle tremblait et pleurait à grosses larmes, et cependant trois ou quatre de ces bourreaux, avec une vieille qui la tenait par-dessous l’aisselle, la poussèrent et la firent asseoir sur le bûcher et, de crainte qu’ils avaient qu’elle ne s’enfuît, ou qu’elle ne se tourmentât, ils lui lièrent les pieds et les mains, mirent le feu de tous côtés, et la brûlèrent toute vive. J’eus bien de la peine à retenir ma colère, mais il se fallut contenter de détester cette horrible religion, et d’en dire en moi-même ce que le poète disait autrefois d’une semblable, à l’occasion d’Iphigénie, que son propre père Agamemnon sacrifia à Diane dans l’intérêt des Grecs, dont il était un des principaux chefs84 :
Saepius olim
Relligio peperit scelerosa atque impia facta
Aulide quo pacto triuiai Virginis Aram
Iphianassaï turparunt sanguine fode
Ductores Danaum---------------------
-------------tantum Relligio potuit suadere malorum !85
30Ce sont certainement des choses bien barbares et bien cruelles, mais ce que font les brahmanes dans quelques endroits des Indes l’est bien autant ou plus ; car au lieu de brûler ces femmes qui veulent mourir après la mort de leurs maris, ils les enterrent peu à peu toutes vives jusqu’à la gorge, et puis tout d’un coup se jettent deux ou trois dessus, leur tordent le col, et les achèvent d’étouffer, les couvrant vite de paniers de terre et leur marchant sur la tête.
François Bernier, « Lettre à monsieur Chapelain, envoyée de Chiras en Perse, le 4. Octobre 1667. Touchant les superstitions, étranges façons de faire, & Doctrine des Indous ou Gentils de l’Hindoustan ; D’où l’on verra qu’il n’y a Opinion si ridicule & si extravagante dont l’Esprit de l’homme ne soit capable. », dans Suite des Mémoires du Sr Bernier, sur L’Empire du Grand Mogol, Paris, Claude Barbin, 1671, vol. 1, p. 27-45. Version modernisée par Mathilde Morinet86.

Le sacrifice d’une veuve, dans Voyages de François Bernier, Amsterdam, Paul Marret, 1723-1724, t. 2, p. 113.
Mme d’Aulnoy, Un trajet en barque : la communauté utopique des batelières
31Je partis de cette Hôtellerie, où l’on acheva de me ruïner ; car tout est gueux en ce Païs-là, & tout y voudroit être riche aux depend du Prochain. Peu après que nous fûmes sorties de la Ville, nous entrâmes dans les Montagnes des Pyrenées, qui sont si hautes & si droites, que lors qu’on regarde en bas, l’on voit avec frayeur les Precipices qui les environnent. Nous allâmes de cette manière jusqu’à Rentery87, Dom Antonio (c’est le nom de mon Banquier) prit les devans ; & pour me faire aller plus commodément, il m’obligea de quitter ma Littiere88, parce qu’encore que nous eussions traversé beaucoup de Montagnes, il en restoit de plus difficiles à passer. Il me fit entrer dans un petit Bateau qu’il avoit fait preparer pour descendre sur la riviere d’Andaye, jusqu’à ce que nous fussions proche de l’emboucheure de la Mer, où nous vîmes d’assez prés les Gallions du Roy d’Espagne89 ; il y en avoit trois d’une grandeur & d’une beauté considerable ; nos petits Bateaux étoient ornez de plusieurs Banderolles peintes & dorées ; ils étoient conduits par des Filles d’une habileté & d’une gentillesse charmante : il y en a trois à chacun, deux qui rament & une qui tient le Gouvernail.
32Ces filles sont grandes, leur taille est fine, le tein brun, les dents admirables, les cheveux noirs & lustrez comme du geais ; elles les nattent & les laissent tomber sur leurs épaules, avec quelques rubans qui les attachent ; elles ont sur la tête une espece de petit Voile de Mousseline brodée de fleur d’or & de soye qui voltige & qui couvre la gorge ; elles portent des pendans d’Oreilles d’or & de Perles, & des Colliers de Corail ; elles ont des especes de Just’aucorps comme nos Bohémiennes, dont les manches sont fort serrées. Je vous asseure qu’elles me charmerent. L’on me dit que ces Filles au Pied-marin nâgeoient comme des Poissons, & qu’elles ne souffroient entre-elles ni femmes ni hommes ; c’est une espece de petite Republique où elles viennent de tous côtez, & leurs parens les y envoyent jeunes.
33Quand elles veulent se marier, elles vont à la Messe à Fontarabie ; c’est la Ville la plus proche du lieu qu’elles habitent, & c’est là que les jeunes gens se viennent choisir une femme à leur gré ; celuy qui veut s’engager dans l’Himenée90, va chez les parens de sa Maîtresse leur declarer ses sentimens, regler tout avec eux ; & cela étant fait, l’on en donne avis à la Fille ; si elle en est contente, elle se retire chez eux, où les Nôces se font.
34Je n’ay jamais vu un plus grand air de gayeté, que celuy qui paroît sur leurs visages ; elles sont le long du rivage, & elles sont sous de vieilles Filles auxquelles elles obeïssent comme si elles étoient leurs Meres ; elles nous contoient toutes ces particularitez en leur langage, & nous les écoutions avec plaisir, lorsque le Diable qui ne dort point nous suscita noise.
35Mon Cuisinier qui est Gascon, & de l’humeur vive des gens de ce Païs-là, étoit dans un de nos Bateaux de suite assis proche d’une jeune Biscayenne91 qui luy parut tres-jolie : il ne se contenta pas de le luy dire, il voulut lever son Voile, & le voulut bien fort ; elle n’entendit point la raillerie, & sans autre compliment elle luy cassa la tête avec un Aviron, armé d’un Croc qui étoit à ses pieds. Quand elle eut fait cet exploit, la peur la prit, elle se jetta promptement dans l’eau, quoy qu’il fit un froid extrême ; elle nâgea d’abord avec beaucoup de vîtesse : mais comme elle avoit tous ses habits, & qu’il y avoit loin jusqu’au rivage, les forces commencerent à luy manquer ; plusieurs filles qui étoient sur la Gréve, entrerent vîte dans leurs Bateaux pour la secourir : cependant celles qui étoient restées avec le Cuisinier craignant la perte de leur Compagne, se jetterent sur luy comme deux Furies, elles vouloient resolument le noyer ; & le petit Bateau n’en alloit pas mieux, car il pensa deux ou trois fois se renverser ; nous voyons du nôtre toute cette querelle, & mes gens étoient bien empêchez à les separer & à les appaiser.
36Je vous assure que l’indiscret Gascon fut si cruellement battu qu’il en étoit tout en sang ; & mon Banquier me dit que quand on irritoit ces jeunes Biscayennes, elles étoient plus farouches & plus à craindre que des petits Lions. Enfin nous prîmes terre ; & nous étions à peine débarquez, que nous vîmes cette Fille que l’on avoit sauvée bien à propos, car elle commençoit à boire lorsqu’on la tira de l’eau ; elle venoit à nôtre rencontre avec plus de cinquante autres, chacune ayant une Rame sur l’épaule : elles marchoient sur deux longues files, & il y en avoit trois à la tête qui joüaient parfaitement bien du Tambour de Basque ; celle qui devoit porter la parolle s’avança, & me nommant plusieurs fois Andria qui veut dire Madame (c’est tout ce que j’ay retenu de sa Harangue) elle me fit entendre que la peau de mon Cuisinier leur resteroit, ou que les Habits de leur Compagne seroient payez à proportion de ce qu’ils étoient gâtez. En achevant ces mots, les joüeuses de Tambours commencerent à les fraper plus fort ; elles pousserent de hauts cris, & ces belles Pyrates firent l’Exercice de la Rame, en sautant & dançant avec beaucoup de disposition & de bonne grace.
37Dom Antonio, pour m’indemniser du Present qu’il m’avoit escamoté (j’en parle souvent mais il me tient encore au cœur) voulut pacifier toutes choses : il trouvoit que mon Cuisinier qui se croyoit suffisamment battu, auroit raison de ne vouloir rien donner, & ce fut luy qui distribua quelques Patagons92 à la Troupe Maritime. A cette vûë, elles firent des cris encore plus grands & plus longs que ceux qu’elles avoient déjà faits, & elles me souhaiterent un heureux voyage & un promt retour, chacune dançant & chantant avec les Tambours de Basque.
Mme d’Aulnoy, Relation du voyage d’Espagne, Paris, Claude Barbin, 1691, tome premier, p. 28-36.
38Je partis de cette hôtellerie, où l’on acheva de me ruiner, car tout est gueux en ce pays-là, et tout y voudrait être riche aux dépens du prochain. Peu après que nous fûmes sorties de la ville, nous entrâmes dans les montagnes des Pyrénées, qui sont si hautes et si droites que lors qu’on regarde en bas, l’on voit avec frayeur les précipices qui les environnent. Nous allâmes de cette manière jusqu’à Rentería93. Dom Antonio (c’est le nom de mon banquier) prit les devants et, pour me faire aller plus commodément, il m’obligea de quitter ma litière94, parce qu’encore que nous eussions traversé beaucoup de montagnes, il en restait de plus difficiles à passer. Il me fit entrer dans un petit bateau qu’il avait fait préparer pour descendre sur la rivière d’Hendaye jusqu’à ce que nous fussions proches de l’embouchure de la mer, où nous vîmes d’assez près les galions du roi d’Espagne95 : il y en avait trois d’une grandeur et d’une beauté considérables. Nos petits bateaux étaient ornés de plusieurs banderoles peintes et dorées. Ils étaient conduits par des filles d’une habileté et d’une gentillesse charmante. Il y en a trois à chacun, deux qui rament et une qui tient le gouvernail.
39Ces filles sont grandes, leur taille est fine, le teint brun, les dents admirables, les cheveux noirs et lustrés comme du geai. Elles les nattent et les laissent tomber sur leurs épaules, avec quelques rubans qui les attachent. Elles ont sur la tête une espèce de petit voile de mousseline brodée de fleur d’or et de soie qui voltige et qui couvre la gorge. Elles portent des pendants d’oreilles d’or et de perles et des colliers de corail. Elles ont des espèces de justaucorps comme nos bohémiennes, dont les manches sont fort serrées. Je vous assure qu’elles me charmèrent. L’on me dit que ces filles au pied marin nageaient comme des poissons et qu’elles ne souffraient entre elles ni femmes ni hommes. C’est une espèce de petite république où elles viennent de tous côtés, et leurs parents les y envoient jeunes.
40Quand elles veulent se marier, elles vont à la messe à Fontarabie. C’est la ville la plus proche du lieu qu’elles habitent, et c’est là que les jeunes gens se viennent choisir une femme à leur gré. Celui qui veut s’engager dans l’hyménée96, va chez les parents de sa maîtresse leur déclarer ses sentiments, régler tout avec eux, et cela étant fait, l’on en donne avis à la fille. Si elle en est contente, elle se retire chez eux, où les noces se font.
41Je n’ai jamais vu un plus grand air de gaieté, que celui qui paraît sur leurs visages. Elles sont le long du rivage et elles sont sous de vieilles filles auxquelles elles obéissent comme si elles étaient leurs mères. Elles nous contaient toutes ces particularités en leur langage et nous les écoutions avec plaisir, lorsque le diable qui ne dort point nous suscita noise.
42Mon cuisinier qui est gascon, et de l’humeur vive des gens de ce pays-là, était dans un de nos bateaux de suite assis proche d’une jeune Biscayenne97 qui lui parut très jolie. Il ne se contenta pas de le lui dire, il voulut lever son voile et le voulut bien fort. Elle n’entendit point la raillerie et sans autre compliment elle lui cassa la tête avec un aviron, armé d’un croc qui était à ses pieds. Quand elle eut fait cet exploit, la peur la prit, elle se jeta promptement dans l’eau, quoiqu’il fît un froid extrême. Elle nagea d’abord avec beaucoup de vitesse, mais comme elle avait tous ses habits, et qu’il y avait loin jusqu’au rivage, les forces commencèrent à lui manquer. Plusieurs filles qui étaient sur la grève entrèrent vite dans leurs bateaux pour la secourir. Cependant, celles qui étaient restées avec le cuisinier, craignant la perte de leur compagne, se jetèrent sur lui comme deux furies. Elles voulaient résolument le noyer et le petit bateau n’en allait pas mieux, car il pensa deux ou trois fois se renverser. Nous voyons du nôtre toute cette querelle et mes gens étaient bien empêchés à les séparer et à les apaiser.
43Je vous assure que l’indiscret Gascon fut si cruellement battu qu’il en était tout en sang et mon banquier me dit que quand on irritait ces jeunes Biscayennes, elles étaient plus farouches et plus à craindre que des petits lions. Enfin nous prîmes terre et nous étions à peine débarqués que nous vîmes cette fille que l’on avait sauvée bien à propos, car elle commençait à boire lorsqu’on la tira de l’eau. Elle venait à notre rencontre avec plus de cinquante autres, chacune ayant une rame sur l’épaule. Elles marchaient sur deux longues files et il y en avait trois à la tête qui jouaient parfaitement bien du tambour de Basque. Celle qui devait porter la parole s’avança et, me nommant plusieurs fois Andria qui veut dire « Madame » (c’est tout ce que j’ai retenu de sa harangue), elle me fit entendre que la peau de mon cuisinier leur resterait ou que les habits de leur compagne seraient payés à proportion de ce qu’ils étaient gâtés. En achevant ces mots, les joueuses de tambours commencèrent à les frapper plus fort. Elles poussèrent de hauts cris, et ces belles pirates firent l’exercice de la rame en sautant et dansant avec beaucoup de disposition et de bonne grâce.
44Dom Antonio, pour m’indemniser du présent qu’il m’avait escamoté (j’en parle souvent mais il me tient encore au cœur), voulut pacifier toutes choses. Il trouvait que mon cuisinier, qui se croyait suffisamment battu, aurait raison de ne vouloir rien donner et ce fut lui qui distribua quelques patagons98 à la troupe maritime. À cette vue, elles firent des cris encore plus grands et plus longs que ceux qu’elles avaient déjà faits et elles me souhaitèrent un heureux voyage et un prompt retour, chacune dansant et chantant avec les tambours de Basque.
Mme d’Aulnoy, Relation du voyage d’Espagne, Paris, Claude Barbin, 1691, tome premier, p. 28-36. Version modernisée par Mathilde Morinet99.
Notes de bas de page
1Ains : mais.
2Armouchiquois : peuple amérindien qui vivait en Acadie (nord-est de l’actuel Canada).
3Floridiens : peuple amérindien qui vivait en Floride (sud-est des actuels États-Unis).
4Bible, 2, Samuel, 18, 9. Absalom, fils de David, s’est révolté contre son père. Son armée est toutefois défaite et, en fuyant à travers la forêt, ses cheveux, qu’il portait longs, se prennent dans les branches d’un arbre. Joab, le général du roi, l’assassine alors que David lui avait demandé de faire preuve de clémence.
5Suite de l’épisode biblique d’Absalom, Bible, 2 Samuel, 15, 30.
6Bible, Esther, 6, 12. Aman, vizir de l’Empire perse, a pour ambition de tuer tous les Juifs et en premier lieu Mardochée. Le projet est déjoué par la reine Esther, épouse du roi de Perse. Aman, consterné, rentre chez lui le visage voilé.
7Colliger : conclure, recueillir d’un discours ou d’un livre.
8Nous reprenons les traductions de l’édition de Marie-Christine Pioffet (Marc Lescarbot, Voyages en Acadie (1604-1607) suivis de La description des mœurs souriquoises comparées à celles d’autres peuples, Laval, Presses de l’Université Laval, 2007). Traduction : « Va, licteur, arrache-lui les mains, couvre sa tête, et pends-le sur l’arbre maudit ».
9Martial (Épigrammes, livre IV, 42, v. 7- 8). Traduction : « sa chevelure flexible retomberait mollement sur son cou ».
10Traduction : « des fouets de cheveux ». Voir : Grégoire de Tours, L’Histoire des rois francs [vie siècle après J.-C.], Paris, Gallimard, 1990, p. 154.
11Gots : peuple germanique qui envahit l’Europe au ve siècle et participe à la chute de l’Empire romain.
12Floccons : petites touffes de laine.
13Ensemble : avec.
14En un Concile Gothique : lors du concile de Braccarens (vie siècle après J.-C.).
15Réciter : raconter.
16Pileatos ou « chapeauté » et capillatos ou « chevelu ». Voir : Jordanès, Histoire des Goths, trad. O. Devillers, Paris, Les Belles Lettres, 1995, p. 30.
17Souriquois : peuple amérindien de l’est du Canada.
18Le poil : les cheveux.
19Ains : mais.
20Armouchiquois : peuple amérindien qui vivait en Acadie (nord-est de l’actuel Canada).
21Floridiens : peuple amérindien qui vivait en Floride (sud-est des actuels États-Unis).
22Bible, 2, Samuel, 18, 9. Absalom, fils de David, s’est révolté contre son père. Son armée est toutefois défaite et, en fuyant à travers la forêt, ses cheveux, qu’il portait longs, se prennent dans les branches d’un arbre. Joab, le général du roi, l’assassine alors que David lui avait demandé de faire preuve de clémence.
23Suite de l’épisode biblique d’Absalom, Bible, 2 Samuel, 15, 30.
24Bible, Esther, 6, 12. Aman, vizir de l’Empire perse, a pour ambition de tuer tous les Juifs et en premier lieu Mardochée. Le projet est déjoué par la reine Esther, épouse du roi de Perse. Aman, consterné, rentre chez lui le visage voilé.
25Colliger : conclure, recueillir d’un discours ou d’un livre.
26Nous reprenons les traductions de l’édition de Marie-Christine Pioffet (Marc Lescarbot, Voyages en Acadie (1604-1607) suivis de La description des mœurs souriquoises comparées à celles d’autres peuples, Laval, Presses de l’Université Laval, 2007). Traduction : « Va, licteur, arrache-lui les mains, couvre sa tête, et pends-le sur l’arbre maudit ».
27Martial (Épigrammes, livre IV, 42, v. 7-8). Traduction : « sa chevelure flexible retomberait mollement sur son cou ».
28Traduction : « des fouets de cheveux ». Voir : Grégoire de Tours, L’Histoire des rois francs [vie siècle après J.-C.], Paris, Gallimard, 1990, p. 154.
29Goths : peuple germanique qui envahit l’Europe au ve siècle et participe à la chute de l’Empire romain.
30Flocons : petites touffes de laine.
31Ensemble : avec.
32En un Concile Gothique : lors du concile de Braccarens (vie siècle après J.-C.).
33Réciter : raconter.
34Pileatos ou « chapeauté » et capillatos ou « chevelu ». Voir : Jordanès, Histoire des Goths, trad. O. Devillers, Paris, Les Belles Lettres, 1995, p. 30.
35Souriquois : peuple amérindien de l’est du Canada.
36Le poil : les cheveux.
37Nous modernisons ici l’orthographe (orthographe, ponctuation, usage des majuscules) sans jamais, à l’exception des accords, toucher à la syntaxe de la phrase.
38Le flair : l’odeur.
39Pruniers de Damas, qui produisent des prunes de Damas ou damascènes.
40Type de prunes sauvages.
41Le flair : l’odeur.
42Pruniers de Damas, qui produisent des prunes de Damas ou damascènes.
43Type de prunes sauvages.
44Nous modernisons ici l’orthographe (orthographe, ponctuation, usage des majuscules) sans jamais, à l’exception des accords, toucher à la syntaxe de la phrase.
45Dans l’Antiquité, sept constructions humaines étaient considérées comme les sept merveilles du monde. Seules les pyramides nous sont restées ; les jardins suspendus de Babylone, le phare d’Alexandrie, etc. ont déjà disparus au xviie siècle.
46Sirok : siroc, ou sirocco, vent saharien violent qui vient du sud-est.
47La traditive : la tradition.
48Dans l’Antiquité, sept constructions humaines étaient considérées comme les sept merveilles du monde. Seules les pyramides nous sont restées ; les jardins suspendus de Babylone, le phare d’Alexandrie, etc. ont déjà disparus au xviie siècle.
49Sirocco : vent saharien violent qui vient du sud-est.
50La traditive : la tradition.
51Nous modernisons ici l’orthographe (orthographe, ponctuation, usage des majuscules) sans jamais, à l’exception des accords, toucher à la syntaxe de la phrase.
52Amed-abad est une ville du nord-ouest de l’Inde, dans l’actuel état du Gujarat ; Agra est une ville du nord de l’Inde, proche de Dehli.
53Rajas : monarques.
54Caravane : convoi de marchandises ou de voyageurs.
55Après la mort de leurs maris, certaines veuves indiennes se brûlaient sur leur bûcher. C’est ce qu’on appelle le rite de sati.
56Incontinent : immédiatement.
57Brehmens : membres de la caste sacerdotale chez les hindous.
58De mediocre âge : d’âge moyen.
59Poudre de Sandaus : poudre de santal (arbre des régions tropicales), un des principaux constituants de l’encens.
60Metampsicose : métempsychose ou croyance selon laquelle une âme peut habiter divers corps (humains et animaux) au fur et à mesure des réincarnations.
61Infatuées : à qui l’on martelait le mérite de.
62De jeunesse : dès leur jeunesse.
63Jean Chardin (1643-1713), voyageur et écrivain français, qui voyagea en Perse et en Inde. Voir : Journal de voyage du chevalier Chardin en Perse et aux Indes Orientales, Londres, Moses Pitt., 1686.
64Fregons : bâtons ou branches.
65Gadous : intouchables ou individus considérés, du point de vue du système des castes, comme hors castes et affectés à des métiers jugés impurs.
66Gentils : païens vus depuis le point de vue des Européens, donc ici hindous.
67Dans la mythologie grecque, Agamemnon, qui dirige les troupes grecques lors de la guerre de Troie, sacrifie sa fille Iphigénie afin de calmer la colère d’Artémis (Diane dans la mythologie romaine) et d’avoir des vents favorables nécessaires pour poursuivre la guerre.
68Nous reprenons la traduction citée par Frédéric Tinguely dans son édition (François Bernier, Un libertin dans l’Inde moghole. Les voyages de François Bernier (1656-1669), Paris, Chandeigne, 2008). Traduction : « la religion souvent enfanta crimes et sacrifices. / Ainsi, en Aulide, l’autel de la vierge Trivia / du sang d’Iphigénie fut horriblement souillé / par l’élite des Grecs […]. / Combien la religion suscita de malheurs ! » (Lucrèce, De Rerum Natura, trad. José Kany-Turpin, Paris, Flammarion, 1998, I, v. 82-86 et 101).
69Amhedabad est une ville du nord-ouest de l’Inde, dans l’actuel état du Gujarat ; Agra est une ville du nord de l’Inde, proche de Dehli.
70Rajas : monarques.
71Caravane : convoi de marchandises ou de voyageurs.
72Après la mort de leurs maris, certaines veuves indiennes se brûlaient sur leur bûcher. C’est ce qu’on appelle le rite de sati.
73Incontinent : immédiatement.
74Brahmanes : membres de la caste sacerdotale chez les hindous.
75De mediocre âge : d’âge moyen.
76Poudre de santal : poudre faite à partir d’un arbre des régions tropicales, qui est un des principaux constituants de l’encens.
77Métempshychose : croyance selon laquelle une âme peut habiter divers corps (humains et animaux) au fur et à mesure des réincarnations.
78Infatuées : à qui l’on martelait le mérite de.
79De jeunesse : dès leur jeunesse.
80Jean Chardin (1643-1713), voyageur et écrivain français, qui voyagea en Perse et en Inde. Voir : Journal de voyage du chevalier Chardin en Perse et aux Indes Orientales, Londres, Moses Pitt., 1686.
81Fregons : bâtons ou branches.
82Gadous : intouchables ou individus considérés, du point de vue du système des castes, comme hors castes et affectés à des métiers jugés impurs.
83Gentils : païens, vus depuis le point de vue des Européens, donc ici hindous.
84Dans la mythologie grecque, Agamemnon, qui dirige les troupes grecques lors de la guerre de Troie, sacrifie sa fille Iphigénie afin de calmer la colère d’Artémis (Diane dans la mythologie romaine) et d’avoir des vents favorables nécessaires pour poursuivre la guerre.
85Nous reprenons la traduction citée par Frédéric Tinguely dans son édition (François Bernier, Un libertin dans l’Inde moghole. Les voyages de François Bernier (1656-1669), Paris, Chandeigne, 2008). Traduction : « la religion souvent enfanta crimes et sacrifices. / Ainsi, en Aulide, l’autel de la vierge Trivia / du sang d’Iphigénie fut horriblement souillé / par l’élite des Grecs […]. / Combien la religion suscita de malheurs ! » (Lucrèce, De Rerum Natura, trad. José Kany-Turpin, Paris, Flammarion, 1998, I, v. 82-86 et 101).
86Nous modernisons ici l’orthographe (orthographe, ponctuation, usage des majuscules) sans jamais, à l’exception des accords, toucher à la syntaxe de la phrase.
87Aujourd’hui Errenteria, ville proche de Saint-Sébastien dans le Pays basque espagnol.
88Littiere : litière, « sorte de voiture ou de chaise couverte portée sur deux brancards par deux mulets ou deux chevaux, l’un devant, l’autre derrière » (Dictionnaire de l’Académie, 1694).
89Le roi d’Espagne est alors Charles II, qui règne entre 1665 et 1700.
90Himenée : hyménée, c’est-à-dire le mariage.
91Biscayenne : jeune femme qui parle le biscayen, un dialecte du basque, et habite la région de la Biscaye.
92Patagons : « sorte de monnaie d’argent fabriquée en Espagne […] valant à peu près un écu » (Académie).
93Aujourd’hui Errenteria, ville proche de Saint-Sébastien dans le Pays basque espagnol.
94Litière : « sorte de voiture ou de chaise couverte portée sur deux brancards par deux mulets ou deux chevaux, l’un devant, l’autre derrière » (Dictionnaire de l’Académie, 1694).
95Le roi d’Espagne est alors Charles II, qui règne entre 1665 et 1700.
96Hyménée : mariage.
97Biscayenne : jeune femme qui parle le biscayen, un dialecte du basque, et habite la région de la Biscaye.
98Patagons : « sorte de monnaie d’argent fabriquée en Espagne […] valant à peu près un écu » (Académie).
99Nous modernisons ici l’orthographe (orthographe, ponctuation, usage des majuscules) sans jamais, à l’exception des accords, toucher à la syntaxe de la phrase.
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