URL originale : https://books.openedition.org/psn/17261
Chapitre 2
Les « Grandes découvertes ». Nouveauté radicale et curiosité affirmée
p. 15-18
Texte intégral
Ludovico de Vartema, Les motivations du voyage vues de manière rétrospective
1Alla Illustriss. E Eccellentiss. Signora la S. Contessa de Albi e Duchessa de Taglicozo Madamma Agnesina Feltria Colonna1, Ludovico de Vartema bolognese S.
2Molti omini son già stati, li quali se son dati alla inquisizione delle cose terrene, e per diversi studii, andamenti e fidelissime relazioni, se son sforzati pervenire al loro desiderio. Altri poi de più perspicace ingegno, non li bastando la terra, comenciorono con sollicite osservazioni e vigilie, como Caldei e Fenici, a discorrere le altissime regioni del cielo: de che meritamente ciascun de loro cognosco aver consequita dignissima laude apresso delli altri, e de se medesmi plenissima satisfazzione.
3Donde io, avendo grandissimo desiderio de simili effetti, lassando stare li cieli come peso convenevole alle spalle de Atlante e de Ercule, me disposi volere investigare qualche particella de questo nostro terreno giro; né avendo animo (cognoscendome de tenuissimo ingegno) per studio overo per conietture pervenire a tal desiderio, deliberai con la propria persona e con li occhi medesmi cercar de cognoscere li siti de li lochi, le qualità de le persone, le diversità degli animali, le varietà de li arbori fruttiferi e odoriferi de lo Egitto, de la Surria, de la Arabia deserta e felice, de la Persia, de la India e della Etiopia, massime recordandome esser più da estimare uno visivo testimonio che diece de audito. Avendo adunque col divino adiuto in parte satisfatto a l’animo mio e recercate varie province e strane nazioni, mi pareva niente aver fatto, se de le cose da me viste e provate, meco tenendole ascose, non ne facesse participe li altri omini studiosi. Onde me sonno ingegnato secundo le mie piccole forze descrivere questo mio viaggio fidelissimamente, giudicando far cosa grata alli lettori che, dove io con grandissimi pericoli e intolerabile fatighe me son delettato, vedendo novi abiti e costumi, loro senza disconcio o periculo legendo ne piglino quel medesmo frutto e piacere.
[…]
4E se queste mie fatighe li seranno grate e le approbarà, assai gran laude e satisfazzione me parerà aver receputa del mio lungo peregrinare, anzi più presto paventoso esilio, dove infinite volte ho tolerata fame e sete, freddo e caldo, guerra, pregione e infiniti altri pericolosi incommodi; animandome più forte a questo altro viaggio, quale in breve spero de fare: ché, avendo cercate parte delle terre e insule orientale, meridionale e occidentale, son disposito, piacendo al signor Dio, cercare ancora le settentrionali. E così, poiché ad altro studio non me vedo essere idoneo, spendere in questo laudabile esercizio el remanente de’ mei fugitivi giorni.
5Trattato de parte dello Egitto.
6Capitulo primo de Alessandria
7El desiderio, il quale molti altri ha speronato a vedere la diversità delle monarchie mundane, similmente alla medesima impresa me incitò. E perché tutti altri paesi dalli nostri assai sonno stati dillucidati, per questo nel mio animo io deliberai vedere paesi dalli nostri meno frequentati. Donde da Venezia, noi con lo favore delli venti spandendo le vele a quelli, invocato el divino adiuto, al mare ci fidammo. E essendo in Alessandria cità dello Egitto arrivato, io, de cose nove (come de acque fresche un sitibundo) desideroso, da quelli lochi, como ad ogniuno notorii, partendomi, intrando nel Nilo al Cairo perveni.
Ludovico de Vartema, Itinerario, Valentina Martino (éd.), Alessandria, Edizioni dell’Orso, 2011, p. 223-227.
8À Madame Agnesina Feltria Colonna, illustrissime et excellentissime Comtesse d’Albi et Duchesse de Tagliacozzo2, Ludovico de Varthema, Bolonais.
9Bien des hommes se sont déjà efforcés de connaître les différents pays de la terre, et ils ont cherché à réaliser ce souhait par des études et des voyages divers, et en s’en remettant à de très fidèles relations. D’autres, d’une curiosité plus exigeante, et à qui la terre ne suffisait pas, comme les Chaldéens et les Phéniciens, ont consacré leurs observations attentives et leurs veilles à parcourir les plus hautes régions du ciel. Et c’est à juste titre, je le reconnais, que chacun d’entre eux a mérité de recevoir des autres hommes les plus grandes louanges et d’être pleinement satisfait de lui-même.
10Pour moi, fort désireux de parvenir à de pareils résultats, j’ai renoncé aux cieux dont le poids exigerait les épaules d’Atlas et d’Hercule, et je me suis disposé à effectuer mes recherches sur quelques petites parcelles de notre globe terrestre. Mais comme, connaissant mon très faible génie, je ne me sentais pas la force de parvenir au but désiré par étude ou par conjectures, j’ai décidé que ce serait par moi-même et de mes propres yeux que je chercherais à connaître l’emplacement des lieux, la qualité des personnes, la diversité des animaux, la variété des arbres fruitiers et odoriférants de l’Égypte, de la Syrie, de l’Arabie Déserte et Heureuse, de la Perse, de l’Inde et de l’Éthiopie, en me souvenant avant tout qu’un témoignage visuel a plus de prix que dix autres obtenus par ouï-dire.
11Ayant, avec l’aide de Dieu, partiellement réalisé mon désir en visitant diverses provinces et nations étrangères, j’ai estimé que je n’aurais rien fait si, gardant cachées mes expériences et mes épreuves, je n’y faisais participer les autres hommes studieux. Je me suis donc efforcé d’écrire par mes faibles moyens, et le plus fidèlement possible, le récit de mes voyages, pensant que je faisais là quelque chose d’agréable à mes lecteurs, puisque, alors que j’ai affronté de très grands dangers et souffert d’insupportables fatigues pour avoir la satisfaction de voir des mœurs et des coutumes nouvelles, ils pouvaient, eux, sans dommage et sans danger, trouver en les lisant le même avantage et le même agrément.
[…]
12Si mes fatigues vous sont agréables et si vous les approuvez, je retirerai une gloire et une satisfaction extrêmes de mes longues pérégrinations, ou plutôt de l’effrayant exil au cours duquel j’ai mille fois souffert la faim et la soif, la chaleur et le froid, la guerre, la prison, et d’autres périlleuses épreuves en nombre infini. Et cela m’encouragera plus fortement à entreprendre le nouveau voyage que j’espère faire bientôt. Car après avoir parcouru une partie des terres et des îles de l’Orient, du Midi et de l’Occident, je suis prêt, avec l’aide de Dieu Notre Seigneur, à parcourir encore celles du Septentrion. Et ainsi, puisque je ne me sens pas capable d’autres efforts, c’est en poursuivant ce louable exercice que je passerai le reste de mes jours fugitifs.
Partie I. L’Égypte et la Syrie
Chapitre 1. Alexandrie
13Le désir qui a poussé beaucoup d’autres hommes à voir la diversité des royaumes terrestres m’a incité moi aussi à tenter la même entreprise. Mais comme tous les autres pays ont été bien explorés par nos gens, je me suis fixé comme but d’en voir qu’ils aient moins fréquentés. Partant donc de Venise, j’ai tendu mes voiles à la faveur des vents et, invoquant l’aide de Dieu, je me suis confié à la mer. Une fois arrivé à Alexandrie, ville d’Égypte, désireux de voir des choses nouvelles autant qu’un homme assoiffé est désireux d’eau fraîche, j’ai quitté ces lieux bien connus de tous et, entrant dans le Nil, je suis parvenu au Caire.
Ludovico de Vartema, Voyage de Ludovico di Varthema en Arabie & aux Indes orientales (1503-1508), traduit de l’italien par Paul Teyssier, Paris, Chandeigne, 2004 (1re éd. : Rome, 1510), p. 35-38.
Notes de bas de page
1Albi et Tagliacozzo sont deux localités des Abruzzes, en Italie. Agnesina Feltria Colonna est la fille du duc d’Urbin Federico da Montefeltro, grand mécène de la Renaissance italienne ; sa propre fille, Vittoria Colonna, est une des grandes poétesses du xvie siècle.
2Albi et Tagliacozzo sont deux localités des Abruzzes, en Italie. Agnesina Feltria Colonna est la fille du duc d’Urbin Federico da Montefeltro, grand mécène de la Renaissance italienne ; sa propre fille, Vittoria Colonna, est une des grandes poétesses du xvie siècle.
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