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    Plan détaillé Texte intégral Le zawen au temps de Lu Xun Un genre menacé La tragédie de Deng Tuo Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

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    Table des matières

    De Lu Xun à Deng Tuo : les vicissitudes du zawen dans la Chine maoïste

    From Lu Xun to Deng Tuo: the vicissitudes of zawen in Mao’s China

    Isabelle Rabut

    p. 95-118

    Résumés

    Si Lu Xun est célébré comme le maître incontesté du zawen, l’essai polémique dans lequel il s’est illustré a été attaqué dès les années 1930 par ceux qui niaient toute valeur littéraire à ces petits textes de circonstance, avant que le contexte de la guerre ne conduise certains critiques de gauche à encourager un type d’écrits plus direct et plus simple. Mais c’est Mao lui-même qui sonnera le glas du zawen à la Lu Xun, en posant des limites explicites aux velléités contestataires des auteurs. L’article examine trois moments au cours desquels des écrivains ont tenté de redonner au zawen toute sa dimension critique : les années 1941 et 1942 à Yan’an, les Cent Fleurs et la période qui a suivi le Grand Bond en avant. Une place particulière est consacrée aux Yanshan yehua et à leur auteur, Deng Tuo, dont la fin tragique couronne des décennies de vicissitudes du zawen.

    Although Lu Xun is celebrated as the undisputed master of the zawen, the polemical essay for which he became famous was debased in the 1930s by those who denied any literary value to these small occasional texts, before the context of the war led some leftist critics to encourage a more straightforward and plain style of writing. But it was Mao himself who sounded the death knell for the zawen à la Lu Xun, by setting explicit limits to the oppositional stance of the authors. The article examines three moments during which writers attempted to restore the zawen to its full critical dimension: the years 1941 and 1942 in Yan’an, the Hundred Flowers period and the years following the Great Leap Forward. A special place is devoted to Yanshan yehua and its author, Deng Tuo, whose tragic end exemplifies decades of vicissitudes for the zawen.

    Entrées d’index

    Mots-clés : zawen, Lu Xun, Deng Tuo, Cent Fleurs, Yan’an

    Keywords : zawen, Lu Xun, Deng Tuo, Hundred Flowers, Yan’an

    Texte intégral Le zawen au temps de Lu Xun Un genre menacé Le zawen à Yan’an Les Cent fleurs La tragédie de Deng Tuo Les Propos du soir à Yanshan Entre zawen et xiaopinwen La portée critique des Yanshan yehua  Culture et politique Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    Le zawen au temps de Lu Xun

    1À cause du prestige attaché au nom de Lu Xun, le zawen occupe une place remarquable dans la hiérarchie des genres littéraires chinois non fictionnels. Une place disproportionnée, en tout cas, par rapport à la modestie du mot qui sert à le désigner : « zawen » signifie en effet littéralement « textes divers », « mélanges ». Pour éviter l’ambiguïté créée par ce terme, qui semble ne renvoyer à aucun contenu précis, d’aucuns auraient préféré revenir à une dénomination plus ancienne, celle de « zagan » (impressions variées1). Ce dernier mot – le plus fréquemment utilisé par Lu Xun pour parler de ses propres textes – a de fait l’avantage de mettre l’accent sur ce qui constitue le propre de ce type d’essais : l’expression des « sentiments » de l’auteur, de ses « impressions », ces mots devant s’entendre non pas dans un sens affectif ou poétique, mais en tant que réactions, intellectuelles et émotionnelles à la fois, à une expérience vécue, parfois une expérience de lecture. Quant à l’adjectif « za » (que l’on retrouve dans les « propos variés » [zatan 杂谈], un autre synonyme de « zawen »), il souligne deux traits de la stratégie d’écriture propre au « zagan » : d’une part le caractère circonstanciel, parcellaire ou fortuit, du fait vécu qui sert de point de départ à l’essai ; d’autre part la souplesse et la liberté apparente avec laquelle il relie différentes observations pour les faire concourir à une réflexion unique. En tant que symbole de cet éparpillement plus savant qu’il n’y paraît, « za » a pour synonyme « sui » (au fil de) : le « zagan » peut être ainsi appelé « suigan » (au fil des impressions) ou « suiganlu 随感录». Lu Xun baptisera même certains de ses essais « Huran xiangdao 忽然想到» (Impromptus : littéralement pensées subites2), accentuant par là leur caractère improvisé. Praticien du zagan sous toutes ses formes, il en a donné la version la plus elliptique possible dans un article de 1927 intitulé « Xiao zagan » et constitué d’un enchaînement de pensées n’occupant chacune pas plus d’une à trois lignes3.

    2Si le terme de « zagan » est incontestablement moins vide que celui de « zawen », il ne fournit par lui-même aucune indication sur le genre d’« impressions » que l’auteur entend communiquer à ses lecteurs. C’est donc la pratique qui fixera les contours de ce type d’écrit. Or, contrairement à ce que pourrait laisser entendre la traduction française du terme, le zagan a présenté dès l’origine un caractère « argumentatif » (lunshuoshide 论说式的4). Né avec le mouvement de la Nouvelle Culture, à une époque où les journaux se multiplient et où les débats sur l’avenir de la société chinoise sont intenses, il fera son chemin en se spécialisant dans la critique politique et sociale. Il est certain que cette définition du genre a été largement modelée par Lu Xun, considéré par ses contemporains comme le « spécialiste du zagan » (zagan zhuanjia 杂感专家5), auquel il a instillé cette dimension satirique qu’on ne trouvera pas au même degré chez la plupart de ses épigones. Le mot zawen s’est ainsi chargé d’un sens précis, celui d’essai polémique, se démarquant d’autres types d’essais comme le sanwen (au sens étroit, en tant qu’essai narratif et lyrique) ou le xiaopinwen (petit essai sur des sujets variés). Pourtant, la distinction entre zawen et xiaopinwen n’était pas aussi tranchée au départ et le zawen, de par sa brièveté, pouvait entrer dans la catégorie des « petits textes ». Lorsqu’en 1933, Lu Xun alerte sur « La crise du xiaopinwen », il donne à ce terme un sens générique : le risque est à ses yeux de voir triompher l’essai à la Lin Yutang, celui qu’il qualifie de « bimbeloterie » (xiao baishe 小摆设), alors que « les xiaopinwen vivants doivent être des dagues ou des javelines, capables, grâce à leurs lecteurs, de se tailler un chemin sanglant vers une vie nouvelle6 ». Deux ans plus tard, dans « Zatan xiaopinwen 杂谈小品文» [Conversation à bâtons rompus sur le xiaopinwen], il tente d’établir une distinction entre deux types de « petits textes » : « Seuls les textes dont l’argument (daoli 道理) est mince ou inexistant, et qui de surcroît ne sont pas longs, méritent le nom de xiaopin. Quant aux textes qui ont de l’étoffe (guli 骨力), il vaut mieux leur donner le nom de duanwen 短文 (textes brefs)7 ». Comme on le verra plus loin, le terme de xiaopinwen est cependant encore couramment utilisé dans les années 1950 pour désigner ce que nous rangeons à présent dans le genre zawen.

    3En tant que genre voué à la satire ciblée et ponctuelle, le zawen a été l’objet de vives critiques du vivant même de Lu Xun. En septembre 1934, un article paru dans la revue Xiandai 现代et signé Lin Xijuan 林希隽 présentait l’essor du zawen, genre sans forme et sans contenu précis, comme un signe de dégénérescence de la littérature8. Les auteurs contemporains céderaient à la paresse et à l’appât du succès facile en écrivant ces petites pièces faites de bric et de broc (lingsui pianduan 零碎片段) à partir des matériaux qu’ils trouvent à portée de main. « Plutôt que d’écrire chaque jour neuf ou dix de ces zawen qui ne ressemblent à rien, si excellemment rédigés soient-ils, ils feraient mieux de consacrer le même temps à la composition d’une œuvre complète ». Et de citer le Guerre et Paix de Tolstoï et les romans d’Upton Sinclair ou de Jack London, des œuvres dont la portée sociale est, aux yeux de l’auteur de l’article, autrement plus importante que ces zawen qui se limitent à des échanges « entre individus », allusion claire à la dimension polémique de l’essai. La riposte de Lu Xun s’est effectuée en deux temps : le mois suivant, il publie « Zuo “zawen” ye bu yi 做“杂文”也不易» [Ce n’est pas facile non plus d’écrire des zawen]9, où il ironise sur ce « zawen » critiquant les zawen. Quelques mois plus tard, il répond davantage sur le fond, dans sa préface à un recueil de zawen de Xu Maoyong徐懋庸, intitulé Dazaji 打杂集 [Mélanges]10. En attaquant le zawen pour sa prétendue futilité face aux grands genres que seraient le roman ou le théâtre, Li Xijuan montre qu’il ne songe qu’à s’aligner sur la hiérarchie des genres littéraires venue d’Occident11 et qu’il est incapable d’apprécier l’utilité des essais du type « zawen », des textes dont « les paroles pleines de sens » (yan zhi you wu 言之有物12) font ressortir par comparaison l’inanité des œuvres qui se réclament de l’art pour l’art13. De fait, le zawen s’inscrit dans la tradition chinoise lettrée des genres brefs à portée critique ou didactique. Lu Xun revendique sans ambages le lien entre écriture et actualité car, dit-il, « à notre époque, tellement marquée par l’urgence, la tâche de l’écrivain est de réagir ou de s’opposer immédiatement à ce qui peut nuire » car « si nous laissons échapper le présent, nous n’aurons pas d’avenir14 ». Qu Qiubai, quant à lui, qualifie l’ensemble des écrits de Lu Xun de « shehui lunwen社会论文» (publicist articles) ou de « zhandou de fulitong 战斗的 “阜利通” » (feuilleton de combat) :

    À cause de Lu Xun, affirme-t-il, ce genre qu’est le zagan, va devenir un synonyme d’éditorial à caractère littéraire15 (wenyixing de lunwen). Bien sûr, cela ne remplace pas la création, mais la caractéristique de ce genre, c’est sa capacité à refléter de manière plus directe et plus rapide les événements qui se produisent quotidiennement dans la société16.

    Un genre menacé

    Dans un pays qui suit la juste voie, parle franc et agis droit.

    Dans le cas contraire agis droit mais parle avec discrétion.

    (Lunyu, XIV.317)

    4Dans son article « Lun wenyi zagan 论文艺杂感», publié à la fin de l’année 193818, l’écrivain de gauche Kong Lingjing retraçait l’histoire du genre et son évolution en fonction du climat politique, une évolution perceptible, en particulier, dans les recueils de Lu Xun : si, dans une première phase, la manière était franche et directe, expliquait-il, l’écriture était devenue au fil des années de plus en plus tortueuse et sibylline. Il attribuait ce changement pour l’essentiel aux limites de plus en plus dures imposées à la liberté d’expression de l’écrivain, ces contraintes n’ayant fait au demeurant qu’élever le niveau artistique des textes produits.

    5Ironie de l’histoire, Lu Xun est mort en 1936, à la veille d’un changement d’époque radical. Au moment où écrit Kong Lingjing, le zagan est déjà entré, selon lui, dans une deuxième phase, celle de la guerre qui, même s’il l’ignore encore, va se poursuivre au-delà de la victoire contre le Japon, avec le conflit opposant le Parti communiste au Guomindang. Pour l’heure, la Chine vit sous le régime du front uni, et cette unité entre les partis et entre le peuple et ses dirigeants a eu des conséquences sur l’écriture de l’essai polémique : celui-ci vise désormais principalement « les ennemis de l’État et du peuple, et les agissements de tous les traîtres », et du même coup la satire, qui constituait l’arme par excellence de la critique du pouvoir et de la société, le cède à l’attaque brutale destinée à anéantir l’adversaire. Kong considérait cette étape comme transitoire. De plus, il estimait que, le climat politique nouveau accordant aux écrivains le droit, et même le devoir de parler, le zagan devait désormais tendre vers la simplicité, tout en laissant ouverte la possibilité, pour les auteurs, de faire preuve d’érudition comme Lu Xun. Sur ces deux points, l’avenir ne lui donnera pas raison. En effet, la situation d’exception qui reléguait la critique sociale bien loin derrière la lutte contre « l’ennemi » commun deviendra la règle sous la « nouvelle Chine », et les auteurs de zawen seront très vite contraints de s’abriter de nouveau derrière un langage allusif.

    6Deux ans après la disparition de Lu Xun, la question se posait déjà de savoir si les zawen « à la Lu Xun » (Lu Xun feng 鲁迅风), particulièrement florissants dans « l’îlot » de Shanghai19, étaient encore de saison. En octobre 1938, le critique de gauche A Ying 阿英 appelait à « dépasser Lu Xun » (chaoyue Lu Xun 超越鲁迅) et à adopter un style simple et direct, bien éloigné de l’écriture sophistiquée et friande de sous-entendus qui était la marque du maître20. Aussitôt, Ba Ren 巴人 (Wang Renshu 王任叔) répliquait par un article dont le titre reprenait la formule de A Ying, mais en lui donnant un tout autre sens : dépasser Lu Xun, certes, mais en approfondissant la voie qu’il avait tracée21. Ba Ren et Kong Lingjing figureront parmi les signataires d’un article publié en décembre 1938 par un groupe de représentants du monde des lettres de Shanghai, lequel récusait l’idée selon laquelle le style des essais de Lu Xun aurait perdu toute valeur dans la période présente, et rappelait que la critique ne devait pas viser uniquement l’ennemi22. La controverse débouchera en janvier 1939 sur le lancement à Shanghai d’une revue spécialisée dans le zawen et intitulée Lu Xun feng, qui paraîtra jusqu’à la chute complète de Shanghai en 1941.

    Le zawen à Yan’an

    7Mais ce sera Mao Zedong en personne qui enterrera les velléités critiques des auteurs de zawen. Parmi les écrivains qui avaient pris le chemin de Yan’an, les esprits rebelles ne manquaient pas, qui entendaient poursuivre la tradition inaugurée par Lu Xun, en ne se privant pas de critiquer leur environnement proche. Comme plus tard au moment des « Cent Fleurs », les prises de parole les plus audacieuses se feront à l’occasion d’un mouvement de rectification orchestré par Mao, et censé corriger le « style de travail » dans le Parti23. Le supplément Wenyi 文艺 [Lettres et arts] du Jiefang ribao 解放日报[Libération], créé en septembre 1941 et confié à Ding Ling 丁玲, offrira une tribune aux contestataires : outre Ding Ling elle-même, Xiao Jun 萧军, Ai Qing 艾青, Luo Feng 罗烽 et surtout Wang Shiwei 王实味, qui s’exprimera aussi sur le journal mural Shi yu di 矢与的 [La flèche et la cible]24. Humour en moins, leurs articles possèdent la même pugnacité que ceux de Lu Xun, auxquels ils rendent volontiers hommage pour sa lucidité qui n’épargnait pas ceux de son camp : « Il était plutôt solitaire parce qu’il s’apercevait que l’âme de ses propres compagnons d’armes était assez sale et sombre elle aussi », écrit Wang Shiwei25. Convaincu comme son aîné qu’il vaut mieux traiter les maladies que les dissimuler, il s’en prend sans ambages, dans une série d’articles parus sous le titre Ye baihehua 野百合花 [Les lys sauvages26], à l’arrogance des cadres et aux inégalités qui règnent à Yan’an, tandis que Ding Ling, dans « San ba jie yougan 三八节有感» [Réflexions sur la fête du 8 mars] (journée des femmes) dénonce la condition des femmes dans la zone rouge, objet d’une surveillance permanente, et qui ne deviennent épouses et mères que pour s’entendre taxer avec mépris de « Nora revenues au foyer »27. Quant au poète Ai Qing, il prononce un vibrant éloge de l’indépendance de l’écrivain :

    Il ne peut pas écrire en maquillant ses sentiments, tout ce qu’il sait faire, c’est regarder les choses, les décrire et les critiquer en fonction de sa propre vision du monde. Quand il crée, il cherche seulement à être fidèle à ce qu’il ressent, car sans cela, ses œuvres deviennent hypocrites, elles n’ont plus de vie.

    Ceux qui espèrent que les écrivains transformeront la gale en fleurs ou un furoncle en bouton de rose sont des gens dont il n’y a rien à attendre, car ils n’ont même pas le courage de voir leur propre laideur, ni a fortiori de s’en corriger.

    […] Si le travail du médecin est de préserver la santé physique de l’humanité, celui de l’écrivain est de préserver sa santé spirituelle […]

    Les écrivains ne demandent pas d’autre privilège que la liberté d’écrire. Une des raisons pour lesquelles ils engagent leur vie dans la défense de la démocratie, c’est que cette dernière est capable de garantir leur indépendance artistique. Car l’art ne peut promouvoir la cause de la réforme sociale que si la création bénéficie de cet esprit libre et indépendant28.

    8Dans ce débordement de textes accusateurs, c’est, on le voit, le sort même du zawen qui était en jeu. Dans un article intitulé « Women xuyao zawen 我们需要杂文» [Nous avons besoin du zawen], Ding Ling apportait sa pierre au débat déjà ancien sur les mérites comparés de l’essai et de la fiction :

    Comme il [Lu Xun] avait bien vu que pour soigner les maux de l’époque, il fallait utiliser la lame la plus acérée, il a abandonné la fiction pour le zawen, et les sujets qu’il y aborde englobent la société chinoise tout entière. Cela lui a valu le dédain de nombreux hommes de lettres enclins à « mépriser les points forts des autres en arguant de leurs propres points faibles », et on l’a accusé de n’écrire des zawen que parce qu’il était incapable d’écrire des œuvres de fiction. Or aujourd’hui, on s’incline devant les zawen de Lu Xun, devenus les plus grands ouvrages chinois sur le plan de la pensée et les plus brillantes œuvres littéraires29.

    9Ce que confirme le texte de Luo Feng « Haishi zawen de shidai 还是杂文的时代 » [Le temps est toujours aux essais critiques] :

    Cela me fait toujours penser à M. Lu Xun. Les poignards qui ont percé les ténèbres et montré la voie sont déjà enterrés, déjà rouillés. Ceux qui à présent peuvent manier ces armes ne sont réellement pas nombreux. Pourtant le temps est toujours aux essais critiques.

    La camarade Ding Ling, rédactrice de « Lettres et arts », a tenté de les faire revivre. Bien qu’ils aient montré leur force dans ces pages, on peut regretter qu’ils soient encore trop faibles. En tant que lecteur, je souhaite que « Lettres et arts » devienne désormais un poignard qui fasse trembler et qui réjouisse en même temps30.

    10La suite est connue : les Causeries sur la littérature et l’art qui se tiennent du 2 au 23 mai 1942 seront l’occasion pour Mao de rappeler à l’ordre les éléments trop turbulents, Wang Shiwei en tête. Son « discours de conclusion » fixera de façon nette les limites assignées au zawen, désigné sous les termes de « pamphlet » et d’« essai satirique » dans la traduction ci-dessous, en reprenant au passage certains arguments déjà avancés à la fin des années 1930 :

    « Nous sommes encore, affirme-t-on, à l’époque du pamphlet, et nous avons encore besoin du style de Lou Sin ». Vivant sous la domination des forces ténébreuses et privé de la liberté de parole, Lou Sin avait tout à fait raison de se servir, comme arme de combat, de l’essai plein d’une froide ironie et d’une satire acérée. Nous aussi, nous devons tourner impitoyablement en dérision le fascisme, les réactionnaires chinois et tout ce qui porte tort au peuple, mais dans la région frontière du Chensi-Kansou, Ninghsia et dans les bases antijaponaises derrière les lignes ennemies, où les écrivains et artistes révolutionnaires jouissent de toutes les libertés démocratiques, où celles-ci ne sont refusées qu’aux éléments contre-révolutionnaires, la forme de l’essai satirique ne devrait plus être purement et simplement celle des essais de Lou Sin. Nous pouvons parler bien haut, et nous n’avons nul besoin de recourir à des expressions voilées et indirectes qui rendent les œuvres difficilement accessibles aux masses populaires […] Traiter ses camarades comme on traite l’ennemi, c’est adopter la position de ce dernier. Est-ce à dire que nous renonçons à la satire ? Non, celle-ci sera toujours nécessaire31 […] Nous ne sommes nullement contre la satire en général, mais nous devons nous garder de l’employer sans discernement32.

    11Tandis que Ding Ling et Ai Qing rentrent provisoirement dans le rang, Wang Shiwei, cible principale du mouvement, paiera chèrement son obstination : il sera physiquement liquidé lors de l’évacuation de Yan’an en 194733.

    12L’affaire Wang Shiwei aura des échos à l’extérieur du Parti. Dans « Politiques et artistes », il réfutait en ces termes l’argument souvent utilisé pour étouffer toute critique interne : « D’aucuns pensent que les artistes révolutionnaires devraient seulement “pointer leurs fusils sur l’extérieur”, ils estiment qu’en dévoilant nos propres faiblesses, nous prêtons flanc aux attaques de l’ennemi ». Or le fait est que le Guomindang a su tirer parti des zawen de Wang, qui constituaient à leurs yeux une dénonciation de la base rouge modèle de Yan’an : au mois de septembre 1942 parut aux éditions Tongyi 统一 un ouvrage intitulé Guanyu « Ye baihehua » ji qita : Yan’an xin wenziyu zhenxiang 关于《野百合花》及其他:延安新文字狱真相 [À propos des Lys sauvages et autres : le vrai visage de la nouvelle inquisition littéraire à Yan’an], compilation d’extraits d’articles parus dans le Jiefang ribao34, et de nombreux articles furent consacrés à l’affaire dans la presse nationaliste. Wang fut d’ailleurs accusé par Mao d’être un espion du Guomindang35.

    13Les discussions sur la question de savoir si le zawen était encore de saison se poursuivront au cours des années 1940 et 1950. Une déclaration du dirigeant soviétique Malenkov, affirmant en 1952 : « il nous faut des Gogol et des Chtchédrine soviétiques, qui du feu de leur satire, consument et anéantissent tout ce qui est négatif, pourri, mort, tout ce qui freine notre marche en avant36 » eut un écho important en Chine, puisqu’elle conduisit l’année suivante à l’ajout, dans le passage cité ci-dessus du discours de conclusion de Mao aux Causeries de Yan’an, de cette phrase : « Celle-ci [ la satire] sera toujours nécessaire37 ».

    Les Cent fleurs

    14Dans un premier temps, le zawen sera encouragé à retrouver pleinement sa fonction critique lors du mouvement des Cent fleurs. Cette inflexion est sensible dès le mois de mai 1956, avec la parution dans le Quotidien du peuple de l’essai de Ba Ren « Kuang Zhong de bi 况钟的笔» [Le pinceau de Kuang Zhong] dans lequel l’auteur s’empare de l’histoire de Kuang Zhong, un mandarin des Ming devenu le prototype du magistrat honnête, pour fustiger les jugements hâtifs et irresponsables de certains bureaucrates : « Une scène m’a particulière­ment frappé dans l’opéra kunqu Shiwu guan 十五贯 [Quinze ligatures de sapèques], c’est celle où par trois fois Kuang Zhong suspend le pinceau avec lequel il s’apprêtait à écrire38 ». Ce type d’entrée en matière – qui confère au texte une tournure familière, tout en faisant appel aux leçons du passé – relève des procédés classiques du zawen. S’il semble avoir été plus rare à Yan’an, où les auteurs usent généralement d’un ton assez direct, il est la règle chez nombre d’essayistes, comme si le détour par l’expérience courante ou par la mémoire nationale cristallisée dans la culture commune avait le don de rendre le message à la fois plus plaisant et plus irréfutable. Dans son essai « Xiangfu menqian qipinguan 相府门前七品官» [Un fonctionnaire subalterne à la porte du Palais] (Renmin ribao, 13 mai 1957), qui dénonce la difficulté pour le citoyen ordinaire de franchir les barrages qui l’isolent des personnes plus haut placées que lui, le dramaturge Wu Zuguang 吴祖光 (1917-2003) mêle avec beaucoup de bonheur l’évocation des tracas du quotidien, presque sur le mode du bavardage – « Parlons donc d’abord du téléphone » – et la référence à l’opéra39.

    15Ai Qing, quant à lui, s’est exprimé durant les Cent fleurs par le biais de la fable. La plus célèbre d’entre elles, « Yanghuaren de meng 养花人的梦 » [Le rêve du jardinier], est une parabole sur la liberté de parole promise aux intellectuels : un jardinier qui ne cultivait que des roses cède aux récriminations des autres fleurs et décide de les laisser entrer toutes dans son jardin40. Mais d’autres s’attaquent avec plus d’acrimonie aux fondements mêmes de l’autorité instaurée par le système : dans « Ouxiang de hua 偶像的话 »[Paroles d’une idole], une idole géante enjoint aux hommes de la détruire pour ne pas perpétuer la tromperie qu’elle incarne ; « Hua niao de lieren 画鸟的猎人 » [Le chasseur qui dessinait un oiseau] où un chasseur novice désireux d’atteindre sa cible sans effort se voit conseiller de tirer sur un carton et de dessiner ensuite un oiseau autour, peut s’interpréter comme une critique de ceux qui croient pouvoir tout maîtriser rapidement sans tenir compte des lois objectives, mais aussi comme une allusion aux victimes de mouvements politiques condamnés d’avance41.

    16Durant cette période, les polémiques autour de la pratique du zawen sous le nouveau régime n’ont pas désarmé. Le 27 février 1957, Mao prononce un discours demeuré célèbre, « De la juste solution des contradictions au sein du peuple », dans lequel il maintient le mot d’ordre « Que cent fleurs s’épanouissent, que cent écoles rivalisent », tout en lui assignant des limites en fonction de la distinction cardinale entre deux types de contradictions : « les contradictions entre nous et nos ennemis et les contradictions au sein du peuple ». Pendant la période de « l’édification socialiste », le peuple est censé inclure « toutes les classes et couches sociales, tous les groupes sociaux qui approuvent et soutiennent cette édification et y participent », ceux qui s’y opposent ou cherchent à la saboter étant considérés comme des ennemis du peuple. La critique peut donc s’exercer, mais uniquement dans le respect de la révolution socialiste, de l’union du peuple et de la direction du Parti, principaux critères permettant « de distinguer les fleurs odorantes des herbes vénéneuses42 ». Un tel principe laissait évidemment une large marge d’interprétation, et la distinction entre les deux types de contradictions était lourde de menaces pour les écrivains dont les prises de parole seraient réputées refléter une attitude anti-socialiste. Lorsque l’article de Xu Maoyong « Xiaopinwen de xin weiji 小品文的新危机» [La nouvelle crise du xiaopinwen] paraît le 11 avril 1957 dans le Quotidien du peuple, avec une note prudente de la rédaction précisant que son objectif en publiant l’article est simplement d’engager la discussion sur un sujet controversé, l’auteur ne manque pas de rappeler que si, à l’époque de Lu Xun, le xiaopinwen (comprendre le zawen) était principalement dirigé contre les ennemis, il doit être utilisé dans la période présente, celle de la « démocratie socialiste », comme un remède destiné à traiter « les contradictions au sein du peuple ». Il en résulte un certain nombre de difficultés qui compromettent l’avenir du genre : comment préserver son côté mordant ? Comment éviter qu’il ne vise que les cadres subalternes en épargnant les plus gradés ? Comment le rendre accessible aux masses sans lui faire perdre l’érudition qui faisait son charme43 ?

    17S’abriter derrière la parole de Mao : c’est la stratégie à laquelle nombre d’auteurs ont recours spontanément pour défendre la légitimité du zawen. Dans un article du 4 juin 1957, Song Yunbin 宋云彬44 intervient dans un débat autour d’un essai de Hu Mingshu 胡明树 évoquant des abus de pouvoir commis par des cadres locaux, et auquel un critique reprochait d’avoir manqué de bienveillance en ignorant la nécessaire différence de traitement entre « les ennemis » et « les siens ». Song se fait fort de rappeler que la satire est l’essence même du zawen et qu’à Yan’an, Mao ne l’a récusée que lorsqu’elle était utilisée « sans discernement45 ».

    18Ces précautions oratoires ne suffiront pas à protéger les auteurs qui se sont exprimés durant les Cent fleurs contre la répression qui s’abat sur eux dès le mois de juin 1957. Certains zawen concentreront les attaques, comme l’essai de Ba Ren « Lun renqing 论人情 » [De la nature humaine], dans lequel ce dernier affirme que « si l’art et la littérature doivent être au service de la lutte des classes, leur objectif ultime est de libérer toute l’humanité, de libérer la nature humaine46 » ou l’article de Xu Maoyong évoqué ci-dessus, sans parler des essais sensibles publiés à Yan’an, comme les « Réflexions sur la fête du 8 mars » de Ding Ling, qui furent opportunément exhumés pour étayer la thèse d’un complot anti-Parti.

    19Ainsi l’épisode des Cent fleurs et la répression qui a suivi ont-ils mis en lumière le dilemme auquel se trouvait acculé le genre du zawen dans la Chine maoïste. Certains auteurs n’en reprendront pas moins le flambeau, quitte à risquer leur vie dans l’aventure : ce sera le cas de Deng Tuo.

    La tragédie de Deng Tuo

    « Voir ce qu’il serait juste de faire sans agir est de la lâcheté. »

    (Lunyu, II.24)

    20Deng Tuo 邓拓 (de son nom d’origine Deng Zijian 邓子健) est né en 1912 dans une famille de lettrés du Fujian : son père était un « licencié » (juren 举人), c’est-à-dire un lauréat de l’examen impérial de deuxième niveau47. Il sera lui-même un homme de culture, historien, poète et calligraphe. Il étudie l’économie sociale à Shanghai, puis à l’université du Henan, et clôt ses études en 1937 avec une thèse sur les désastres naturels en Chine. Cette recherche débouchera sur la publication, aux éditions Shangwu (Commercial Press), d’un ouvrage intitulé Zhongguo jiuhuang shi 中国救荒史 [Histoire des secours contre la disette en Chine] (1937), reflet des préoccupations sociales de l’auteur. Entre temps, Deng s’est engagé politiquement : entré en 1930 à la Ligue chinoise des spécialistes de sciences sociales [Zhongguo shehui kexuejia lianmeng 中国社会科学家联盟], une association créée par le Parti communiste chinois à Shanghai pour diffuser la pensée marxiste, il adhère au Parti en décembre de la même année. En 1937, il se rend dans les zones libérées et devient rédacteur en chef du Quotidien du Jin-Cha-Ji [Jin-Cha-Ji ribao 晋察冀日报], autrement dit des régions du Shanxi, du Chahar [Est de la Mongolie] et du Hebei.

    21Après la Libération, il occupera diverses fonctions : secrétaire pour la culture et l’éducation au comité du Parti de la municipalité de Pékin, et surtout rédacteur en chef du Quotidien du Peuple de 1950 à 1957 (et directeur de 1952 à 1958). Durant cette période, Mao exprime à plusieurs reprises son mécontentement envers la manière dont il gère le journal, lui reprochant notamment de n’avoir pas relayé son discours « De la juste résolution des contradictions au sein du peuple » et d’être resté muet au début du mouvement des Cent fleurs. Deng Tuo finira par démissionner. Mais les attaques qu’il subira quelques années plus tard, à la veille de la Révolution culturelle, auront des conséquences autrement graves, puisqu’elles le conduiront au suicide48.

    Les Propos du soir à Yanshan

    22Le 19 mars 1961, à l’invitation du journal Pékin soir (Beijing wanbao 北京晚报), un quotidien qui tirait à 300 000 exemplaire en 1961 (Cheek, 1997, p. 247), Deng Tuo ouvre dans le supplément Wuse tu 五色土 [La Terre aux cinq couleurs] une rubrique intitulée « Yanshan yehua  燕山夜话 » [Propos du soir à Yanshan] : 153 textes, publiés les jeudis et les dimanches jusqu’au 2 septembre 1962, qui paraîtront ensuite en cinq séries à partir d’octobre 1961, avec des préfaces datées respectivement du 10 juillet et du 30 octobre 1961, puis du 25 mars, du 23 juillet et de la deuxième décade d’octobre 1962, avant d’être repris en août 1963, par les éditions de Pékin (Beijing chubanshe) dans un volume qui respecte la division en cinq parties49. C’est ce volume qui sera réédité en avril 1979, deux mois après que leur auteur eut été réhabilité50. Ce sont des textes courts, de format identique (environ mille caractères selon les normes chinoises, soit un peu plus ou un peu moins de 3 pages), signés du nom de plume de Ma Nancun, d’après le nom du village de Malancun 马兰村, au Hebei, où était basé le Jin-Cha-Ji ribao pendant la guerre de résistance. À la même époque, Deng Tuo s’associe à Wu Han 吴晗 (1909-1969), qui ne survivra pas lui non plus à la Révolution culturelle, et à Liao Mosha 廖沫沙 (1907-1990),sous le nom collectif de Wu Nanxing 吴南星,pour alimenter une autre rubrique dans le journal Qianxian 前线51, intitulée Sanjiacun zhaji 三家村札记 [Notes du village des trois familles] : 65 textes écrits entre septembre 1961 et juillet 1964 (dont 18 par Deng Tuo), et également réédités en 1979.

    23Deng Tuo n’a certes pas le profil d’un opposant au communisme : dans un billet rédigé juste avant son suicide et adressé aux dirigeants du comité du Parti de la municipalité de Pékin, il déclarait : « De mes 171 textes des Yanshan yehua et des Sanjiacun zhaji, combien sont problématiques ? Et quel est précisément le problème ? » et proclamait sa fidélité au Parti et à Mao52. De fait, il avait dirigé en 1944 la publication du premier recueil d’Œuvres choisies de Mao (Mao Zedong xuanji 毛泽东选集). Comme l’a montré son biographe Timothy Cheek, il avait été dans le passé un propagandiste zélé de la politique du Parti, approuvant même dans un premier temps le Grand Bond en avant, même si cette approbation était « sélective », portant davantage sur les moyens matériels mis en œuvre que sur la lutte des classes. Dans sa préface à la réédition des Yanshan yehua (1979), son épouse Ding Yilan insiste à son tour sur la fidélité indéfectible de son époux à la révolution, au marxisme, au Parti et à la pensée de Mao, ainsi que sur son patriotisme. Elle rappelle que ces textes ne faisaient que suivre la politique des Cent fleurs prônée par Mao. Sauf qu’en 1966, ce slogan n’était plus de mise53.

    24Le destin de Deng Tuo n’est pas original : on sait que beaucoup de fervents communistes ont été victimes du maoïsme. Timothy Cheek a bien montré comment Deng s’est trouvé piégé dans des contradictions en tant qu’intellectuel situé à l’intérieur du système : “What made it impossible for Deng Tuo to balance the roles of savant and functionary in the CCP during the late 1950s and early 1960s ?”, s’interroge le chercheur (Cheek, 1997, p. 5). Un des enjeux de son étude est de réfuter l’image d’un Deng Tuo « dissident anti-maoïste », en mettant en avant un conflit majeur qui opposait les tendances « charismatiques » (incarnées par Mao) et « bureaucratiques » (ces dernières représentées par un Deng Tuo adepte d’une ligne sage et pragmatique).

    His dual role as cog and screw (propagandist) and as culture bearer (theoretician and expert adviser) too often pulled him in different directions… He tried to be an independent-minded servant of the revolution, what he would later call “independence within bounds”. He tried to balance following orders and giving advice. However, it is clear from the record that for Deng and his generation of establishment intellectuals, cog-and-screw obedience won out over culture-bearer autonomy — to the misfortune of all concerned. (Cheek, 1997, p. 193).

    Entre zawen et xiaopinwen

    25Dans quel genre, ou dans quel sous-genre, classer ces écrits ? La réponse, apparemment, s’impose d’elle-même, puisqu’ils sont présentés, par les éditeurs successifs comme par l’épouse de Deng Tuo ou par l’auteur lui-même (préface 5e série p. 427), comme des « zawen ». Toutefois, pour des lecteurs habitués au ton cinglant des essais polémiques de Lu Xun, ces petits textes s’apparentent plutôt, dans leur majorité, à d’aimables conversations proches de ce qu’on désigne aujourd’hui communément sous le nom de xiaopinwen – même si, comme on l’a vu plus haut, la frontière entre les deux termes n’a pas toujours été parfaitement nette –, voire du xuyu sanwen 絮语散文, expression forgée dans les années 20 pour traduire le concept de “familiar essay” à l’anglaise54. Deng Tuo explique ainsi, dans le premier texte de la série, intitulé « Shengming de sanfen zhi yi 生命的三分之一 » [Un tiers de la vie], quel est l’objectif de cette rubrique ouverte dans un journal du soir : « Si j’ai voulu mettre à profit le temps de la nuit pour m’entretenir ainsi avec les camarades lecteurs, c’est uniquement pour amener les gens à porter la plus grande attention à ce tiers de leur existence et les inciter, après leur journée de travail, à goûter dans la décontraction quelques connaissances utiles sur le passé et le présent » (Ma, 1979, p. 7). Instruire donc, mais dans une atmosphère de détente et de complicité.

    26La tournure prise par le zawen sous la plume de Deng Tuo reflète sa position à l’intérieur du système : les essais critiques de Lu Xun, voire ceux publiés à Yan’an ou pendant le mouvement des Cent Fleurs, avaient été conçus dans un esprit d’opposition. Deng Tuo, quant à lui, se pose en éducateur du peuple. D’où le nombre élevé d’articles à contenu purement culturel55 : ici, à propos d’un jeu de dames attesté dans la poésie ancienne, mais dont on ne connaît plus les règles (« Ni zhidao danqi ma 你知道弹棋吗» [Connaissez-vous le jeu de dames ancien] , Ma, 1979, p. 117) ; là sur les origines de la patate douce (« Ganshu de laili 甘薯的来历 », Ma, 1979, p. 130) ; ailleurs encore sur les traditions picturales du Nord et du Sud, incarnées respectivement par les peintres Cui Zizhong et Chen Hongshou (« Nan Chen he bei Cui 南陈北崔» [Chen au Sud et Cui au Nord] : Ma, 1979, p. 237). Si l’érudition débouche parfois sur un couplet plus politique, comme dans « Hanghai yu zaochuan 航海与造船» [Marine et construction navale, Ma, 1979, p. 138], où l’auteur rappelle la mainmise des pays capitalistes occidentaux sur ces secteurs d’activité jusqu’à la chute du Guomindang, la plupart des essais à thème culturel se passent de tout alibi idéologique. Deng Tuo manifeste un intérêt marqué pour les questions de philologie, traitant par exemple de l’origine d’un caractère ou d’une expression, ou même de curiosités comme les noms de personnes chinois constitués de chiffres, questions qui semblent d’ailleurs passionner les lecteurs puisque certains essais relevant de ce domaine auraient été écrits en réponse à une demande ou à une question de leur part. L’extrême variété des thèmes abordés invite à un rapprochement avec les « notes au fil de la plume », biji (笔记) ou suibi (随笔) anciens, auxquels Deng Tuo emprunte souvent des anecdotes.

    27Peu soucieux d’endoctrinement politique, les Yanshan yehua sont en revanche prodigues en conseils, les uns d’ordre pratique, les autres à consonance morale, comme il sied à un intellectuel dévoué au service du peuple : on notera en particulier l’abondance des recommandations concernant la manière de se nourrir et rappelant les vertus nutritives ou médicinales de certaines cultures (châtaigniers, jujubiers, gingembre, soja, etc.), préoccupations cruciales dans le climat d’insécurité alimentaire du début des années 1960. En digne héritier des lettrés fonctionnaires de la Chine antique, dont la compétence se mesurait souvent à leur maîtrise des eaux, l’auteur n’hésite pas à traiter des relations entre l’eau souterraine et l’eau de surface, tout en se défendant prudemment d’être un spécialiste d’hydraulique (« Dishang shui he dixia shui 地上水和地下水» : Ma, 1979, p. 347). Il ne dédaigne pas non plus de dispenser des conseils sur la manière d’apprendre (« Bu yao mijue de mijue 不要秘诀的秘诀» [L’absence de recettes comme recette] : Ma, 1979, p. 29) ou sur le bon comportement à avoir avec ses amis et ses hôtes (« Jiaoyou daike zhi dao 交友待客之道» : Ma, 1979, p. 54).

    La portée critique des Yanshan yehua 

    28Pour autant, les zawen de Deng Tuo ne tournent pas totalement le dos à la tradition de l’essai polémique. En dépit de leur détachement apparent, ils entrent presque tous en résonance avec leur époque, ce qui leur confère une actualité assez semblable à celle des zawen (selon leur définition moderne courante), même s’ils n’en ont pas la virulence.

    29On ne trouvera certes dans les Yanshan yehua aucune allusion directe à un événement ou à un dirigeant de l’époque. Les exemples positifs ou négatifs cités par l’auteur sont toujours situés dans le passé (de Yu le Grand aux Qing), à charge pour le lecteur d’établir des analogies avec le présent. Il faut une connaissance fine du contexte historique pour comprendre qui est visé à travers ces attaques cryptées. Mais ce n’est pas là la seule difficulté à laquelle on est confronté pour évaluer leur potentiel critique : il faut aussi mesurer celui-ci à l’aune des discours ambiants, sachant que l’audace de l’auteur peut n’être que relative. Tous les textes de Deng Tuo abordant des thèmes politiques ne sont pas nécessairement en opposition avec la ligne maoïste : tout en reconnaissant que le classement est difficile, Timothy Cheek a estimé que 19 % des essais étaient tout à fait conformes aux centres d’intérêt maoïstes (respect du travail manuel, dégoût de la culture bourgeoise, foi dans la sagesse des masses), tandis que 15 % sont « extrêmement critiques vis-à-vis des idées et des pratiques avec lesquelles Mao est associé » (Cheek, 1997, p. 249)56.

    30Ces limites étant posées, il est indéniable que les Yanshan yehua renferment des critiques sévères envers la politique de Mao, principalement celle qui a mené à la catastrophe du Grand Bond en avant. Dans « Savoir ménager la main d’œuvre » (« Aihu laodongli de xueshuo 爱护劳动力的学说 », recueil 1, Ma, 1979, p. 60-62), par exemple, à travers des citations du Liji 礼记 ou du Zhouli 周礼, Deng Tuo rappelle que les gouvernements de la Chine ancienne ont su limiter l’effort qu’ils exigeaient de la population dans les travaux d’infrastructure57, dénonciation évidente de la manière dont les paysans avaient été mis à contribution jusqu’à l’épuisement pour la fabrication de l’acier. Quant à l’inflation verbale qui a accompagné l’expérience du Grand Bond, chaque responsable s’efforçant alors de gonfler ses résultats à coup de chiffres délirants, l’essayiste l’épingle dans « Shuo da hua de gushi 说大话的故事» [Histoires de vantardises] , en s’appuyant sur un recueil d’histoires drôles des Ming fustigeant la propension à l’exagération (Ma, 1979, p. 513)58.

    31D’autres essais proposent une réflexion sur l’exercice du pouvoir : ainsi « Wangdao he badao 王道和霸道» (25 février 1962), qui oppose la « voie royale », une pensée honnête partant de la réalité et suivant le chemin des masses, à la « tyrannie » comportement subjectif et arbitraire ; ou « En défense de Li Sancai » (« Wei Li Sancai bianhu 为李三才辩护» : Ma, 1979, p. 523), un fonctionnaire des Ming célèbre pour ses remontrances à l’empereur Wanli59. Bien que Deng Tuo feigne de s’intéresser à ce personnage à cause de ce qui le rattache à l’histoire locale de Pékin où il a résidé, il ne fait aucun doute qu’il défend à travers lui le maréchal Peng Dehuai 彭德怀, limogé en 1959 en raison de son opposition à la politique du Grand Bond. La presse qui se déchaînera contre lui en mai 1966 ne manquera pas de lui en faire grief60.

    Culture et politique

    32Le culturel lui-même n’est pas toujours dissociable de la polémique : quand Deng Tuo évoque la tradition chinoise de la caricature, à travers les peintures de Badashanren 八大山人 ou de Luo Liangfeng 罗两峰, un des « huit excentriques de Yangzhou », on ne peut s’empêcher d’établir un parallèle avec le contenu critique de ses essais. Au-delà même des effets d’ironie qui se dégagent de certains textes, la pensée de Deng Tuo comportait trop d’éléments incompatibles avec la doxa politique de l’ère maoïste. Discordante, elle l’est d’abord par son éloge des anciens : dans sa préface à l’édition groupée de 1963, l’essayiste déclarait qu’il s’agissait de se montrer « dignes des anciens et dignes des générations futures », et de fait il n’est presque aucun des Yanshan yehua qui ne se réfère aux anciens (« guren 古人»), pour s’inspirer de leur sagesse beaucoup plus que pour les critiquer. Vient ensuite l’éloge du savoir, particulièrement prégnant dans les textes où Deng Tuo s’adresse explicitement aux personnes chargées d’un « travail de direction » : contre ceux qui les dénigrent et qui ne jurent que par le savoir spécialisé, il défend les « zajia 杂家», semblables aux lettrés anciens qui écrivaient sur tout ; mais son éloge du savoir est aussi celui de l’intelligence, contre le dogmatisme, qu’il illustre par une célèbre anecdote du Zhuangzi, celle où un charron dit au duc Huan lisant les paroles des saints : « Ce que vous lisez là ne représente que la lie des anciens61 ».

    33Les Yanshan yehua sont aussi un appel à l’unité, un discours où domine le « nous », contre les catégories qui divisent : on notera qu’à aucun moment n’est évoquée la sacro-sainte lutte des classes et que s’il est question de la souffrance des classes opprimées, c’est toujours en rapport avec l’ancienne société. Il n’est pas jusqu’au patriotisme qui ne se marie chez l’auteur avec une éthique de la courtoisie : commentant une peinture des Tang où est représentée une partie d’échecs entre Japonais et Chinois (Ma, 1979, p. 57), il blâme l’attitude du mandarin de l’époque, qui humilie le prince japonais en lui révélant que le champion qui l’a battu est un joueur de troisième catégorie62. À travers ce langage exagérément confucéen, Deng Tuo n’aspire visiblement à rien de moins qu’à la restauration d’un monde cultivé et policé, aux antipodes de la brutalité de la rhétorique ambiante.

    34Un dernier aspect a pu irriter ses adversaires, ce que l’on appellerait dans le langage d’aujourd’hui la dimension interactive. Dans ses préfaces et dans ses textes eux-mêmes, Deng Tuo évoque ses liens avec les lecteurs : ceux-ci lui posent des questions, lui proposent des sujets ou des matériaux supplémentaires. Des échanges directs s’établissent ainsi entre l’essayiste et le public, qui certes n’échappent pas totalement au contrôle du pouvoir, puisque la liberté de parole de l’auteur est bridée, mais résonnent en contrepoint des éditoriaux et des textes plus officiels. On peut imaginer ce que cette voix parasite pouvait signifier d’intolérable pour les représentants de la seule voix autorisée.

    Conclusion

    Le seigneur de Wei s’en éloigna, celui de Ji fut, par lui, réduit en esclavage et Bi Gan mourut pour lui avoir fait des remontrances. Confucius dit : « Yin disposait pourtant de trois hommes bons qui possédaient le sens suprême d’humanité. » (Lunyu, XVIII.1.)

    35L’exécution de Wang Shiwei, le suicide de Deng Tuo ne sont que deux épisodes, parmi les plus tragiques, qui ont jalonné près d’un demi-siècle d’histoire du zawen : né dans la fièvre du mouvement de la Nouvelle Culture, l’essai critique était voué au dépérissement dès lors qu’il devenait une gêne dans le combat politique. De la verve pamphlétaire d’un Lu Xun aux protestations voilées d’un Deng Tuo, enrobées dans le discours confucéen, on mesure le terrain gagné par la soumission aux dépens de l’insolence. La modération de Deng Tuo, pourtant, ne lui aura pas permis d’échapper à son destin. Quand, sur la suggestion d’un lecteur, il compose un article à propos de la mort de Lin Baishui, journaliste exécuté en 1926 parce qu’il avait fait la satire du bras droit du seigneur de guerre Zhang Zongchang 张宗昌63, a-t-il le pressentiment du sort qui s’abattra sur lui moins de quatre ans plus tard ?

    Bibliographie

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    Notes de bas de page

    1 Dans un texte de 1938, Kong Lingjing 孔另境 recommandait plus précisément le terme de « wenyi zagan » (« Lun wenyi zagan 论文艺杂感» [Sur le zagan littéraire], in Yu, 1983, p. 209-214. À ses yeux, le terme de « zawen » aurait dû s’appliquer à des textes de genre divers. En cherchant les origines du zagan parmi les genres anciens recensés sous les Qing, Kong Lingjing conclut qu’il n’a pas de ressemblance avec le zaji 杂记 ancien (texte consignant des faits), mais se rapproche du zhenming 箴铭 (avertissements, sentences morales). Ses ancêtres immédiats seraient les essais politiques des réformateurs de la fin des Qing, tels que Liang Qichao ou Yan Fu.

    2 C’est le titre de plusieurs pièces publiées en 1925 et insérées dans le recueil Huagaiji 华盖集 [Sous le dais fleuri].

    3 Le titre a été traduit assez improprement par « Petites variations » (Lu, 1983, p. 389-92). La pièce a été insérée dans le recueil Er yi ji 而已集 [Et voilà tout].

    4 Voir Zhou Muzhai 周木斋, « Zagan 杂感 » (Taibai 太白, vol. 2 no 12, 5 septembre 1935), in Yu, 1983, p. 207-208. Selon l’auteur, le zagan est l’ancien nom du zawen, toutefois ce dernier aurait un registre plus large, narratif et plus seulement argumentatif.

    5 Voir He Ning 何凝 (Qu Qiubai 瞿秋白), « Lu Xun zagan xuanji xuyan《鲁迅杂感选集》序言 » [Préface à Choix de zagan de Lu Xun] (8 avril 1933), in Yu, 1983, p. 180.

    6 « Xiaopinwen de weiji 小品文的危机», Lu, 1981, vol. 4, p. 574-77 (Le texte, publié à l’origine dans Xiandai, vol. 3, no 6, 1er octobre 1933, figure désormais dans le recueil Nanqiang beidiao 南腔北调 [Accents du Nord et du Sud]). La traduction française, dans Lu, 1983, p. 344-347, intitulée, « La crise de l’essai » ne permet pas de savoir à quel type de texte précis Lu Xun fait allusion, raison pour laquelle nous avons remplacé le mot « essai » par le mot « xiaopinwen » dans la phrase citée. « Xiao baishe » y est rendu par « bric-à-brac ».

    7 Le texte, daté du 2 décembre 1935, figure désormais dans Qie jie ting zawen er ji 且介亭杂文二集 [Essais du pavillon de semi-concession, 2e recueil], Lu, 1981, vol. 6, p. 417-420.

    8 « Zawen he zawenjia 杂文和杂文家» [Le zawen et les auteurs de zawen]. L’auteur de l’article était alors étudiant. Le texte a paru en septembre 1934 dans Xiandai, vol. 5 no 5, p. 684-686.

    9 Cet article, paru à l’origine dans la revue Wenxue, vol. 3 no 4 (1er octobre 1934), n’a pas été repris dans un recueil. Il figure dans Lu, 1981, vol. 8, p. 375-378.

    10 « Xu Maoyong zuo Dazaji xu 徐懋庸作《打杂集》序» [Préface à Mélanges de Xu Maoyong], paru pour la première fois dans la revue Mangzhong 芒种, no 6, 5 mai 1935 et repris dans le recueil Qie jie ting zawen erji. Le texte figure dans Lu, 1981, vol. 6, p. 290-294.

    11 L’article de Lin Xijuan faisait suite à d’autres articles parus au début de l’année 1934 dans la revue Chunguang 春光, et posant la question de l’absence de « grandes œuvres » dans la littérature chinoise contemporaine. Lu Xun y fait allusion au début de l’article « Zuo “zawen“ ye bu yi ». Dans sa préface au recueil de Xu Maoyong, il fait observer malicieusement que les suibi 随笔, qu’il considère comme un autre type de zawen, sont appréciés à cause de leur ressemblance supposée avec l’« essay » anglais.

    12 C’est la première recommandation de Hu Shi dans ses « Humbles propositions pour la réforme de la littérature » (Wenxue gailiang chuyi 文学改良刍议, 1917).

    13 D’après la préface de Lu Xun à son recueil Qie jie ting zawen, les adversaires les plus résolus du zawen tel qu’il le pratiquait étaient le poète esthète Shao Xunmei 邵洵美 ainsi que plusieurs membres de la revue Xiandai prônant le maintien d’une distance par rapport à la politique, dont l’écrivain Shi Zhecun 施蛰存 (Qie jie ting zawen 且介亭杂文 [Essais du pavillon de semi-concession], Lu, 1981, vol. 6, p. 3).

    14 Ibid.

    15 Souligné dans le texte original.

    16 « Lu Xun zagan xuanji xuyan », in Yu, 1983, p. 179-180. 

    17 Les sous-titres qui rythment le présent article contiennent des phrases extraites du Lunyu [Entretiens de Confucius]. La traduction reprise est celle d’André Lévy (GF-Flammarion, Paris, 1994).

    18 Le texte a été publié du 21 au 23 décembre 1938 dans le supplément « Shiji feng 世纪风 » (le vent du siècle) du Wenhuibao 文汇报.

    19 Le terme de gudao 孤岛 (île isolée) désigne les concessions de Shanghai, restées libres après la chute de la ville en novembre 1937, et qui le demeureront jusqu’en décembre 1941.

    20 A Ying, « Shoucheng yu fazhan 守成与发展» [Conservatisme et développement], Yibao
    (译报), supplément « Dajiatan 大家谈», 19 octobre 1938.

    21 Ba Ren, « Chaoyue Lu Xun 超越鲁迅» [Dépasser Lu Xun], Shenbao (审报), supplément « Ziyoutan 自由谈», 19 octobre 1938. L’article est repris dans Yu, 1983, p. 215-17. Ba Ren a supervisé avec Xu Guangping 许广平l’édition des œuvres complètes de Lu Xun en 1938.

    22 « Women duiyu Lu Xun feng zawen wenti de yijian 我们对于鲁迅风杂文问题的意见» [Notre avis sur la question des zawen à la Lu Xun], 28 décembre 1938, Wenhuibao. Shiji feng, repris dans Yu, 1983, p. 218-221.

    23 Ce mouvement de rectification a donné lieu à trois textes de Mao : « Réformons notre étude » (Mai 1941), « Pour un style de travail correct dans le Parti » (1er février 1942) et « Contre le style stéréotypé dans le Parti » (8 février 1942), tous trois repris dans Mao, 1968, vol. 3, p. 13-21, 31-48, 49-66.

    24 Ce contexte historique est retracé dans Fabre, 1990, qui contient en annexe une traduction des principaux textes de ces auteurs. On trouvera la version chinoise originale de ces textes dans Shen, 1992. Ce dernier ouvrage est une anthologie d’essais publiés entre les années 40 et 60 et taxés d’« herbes vénéneuses », que l’éditeur a classés en 4 chapitres chronologiques : les écrivains contestataires à Yan’an ; les écrivains proches de Hu Feng ; les écrivains condamnés comme « droitistes » en 1957 ; enfin Deng Tuo et Liao Mosha, dont il sera question plus loin dans cet article.

    25 « Zhengzhijia. Yishujia 政治家·艺术家 » [Politiques et artistes], publié le 17 mars 1942 dans la revue trimestrielle Guyu 谷雨. Fabre, 1990, p. 152 ; Shen, 1992, p. 14.

    26 Parus les 13 et 23 mars 1942 dans le Jiefang ribao.

    27 Nora est l’héroïne de la pièce d’Ibsen Maison de poupée. Lu Xun lui avait consacré un texte célèbre.

    28 11 mars 1942, Jiefang ribao, supplément Wenyi no 100. Shen, 1992, p. 39-40. La traduction est de nous.

    29 Texte publié le 23 octobre 1941 dans le Jiefang ribao, repris dans Yu, 1983, p. 269-270.

    30 L’article est paru dans le Jiefang ribao, supplément Wenyi no 101. Fabre, 1990, p. 180 ; Shen, 1992, p. 45-46.

    31 Phrase ajoutée a posteriori. Voir ci-dessous.

    32 Mao, 1968, vol. 3, p. 92-93. « Lou Sin » est une ancienne graphie pour le nom de Lu Xun.

    33 C’est Li Kenong 李克农, chef de la police politique de Yan’an, qui se chargea de l’exécution : Fabre, 1990, p. 117-118.

    34 Cf. « Guomindang yanzhong de Yan’an zhengfeng : Cong dihui dao jiejian jingyan 国民党眼中的延安整风:从诋毁到借鉴经验 » [Le mouvement de rectification de Yan’an vu par le Guomindang : De la calomnie aux leçons de l’expérience], document du PCC, posté le 15 mai 2010, consulté le 29/08/19 sur le site ifeng.com.

    35 Fabre, 1990, p. 118.

    36 La phrase figure dans le rapport de Malenkov au 19e congrès du PCUS. Je reprends ici la traduction par Jean-Marc Lachaud dans Art et aliénation.

    37 L’information est fournie par Gu, 2005. Il s’agit de la première édition, postérieure à la Libération, des Œuvres choisies de Mao en 4 volumes, dont le vol. 3, contenant les Interventions aux Causeries, a paru en 1953.

    38 Avec son pinceau vermillon, Kuang Zhong (1383-1442) doit signer une sentence capitale ; mais comme l’accusé clame son innocence, il laisse par trois fois son pinceau en suspens pour demander des informations supplémentaires. En définitive, l’accusé sera disculpé. Le texte chinois, publié le 6 mai dans le Renmin ribao, figure dans Shen, 1992, p. 277-279.

    39 Shen, 1992, p. 228-230.

    40 L’essai, daté du 6 juillet 1956, a été publié dans le Wenyi yuebao 文艺月报, no 2, 1957. Shen, 1992, p. 208-210.

    41 Shen, 1992, p. 206-208.

    42 Ce texte a été repris dans Mao, 1977, p. 417-457. Voir notamment p. 418 et p. 447-448. Mao distingue au total six critères : est juste ce qui favorise l’union du peuple de toutes les nationalités, la transformation et l’édification socialistes, le renforcement de la dictature démocratique populaire, le renforcement du centralisme démocratique, le renforcement de la direction exercée par le Parti communiste, et la solidarité internationale socialiste.

    43 Shen, 1992, p. 153-155. L’essai de Xu Maoyong fait évidemment référence à l’article de Lu Xun « Xiao­pinwen de weiji » [La crise du xiaopinwen] (1933).

    44 Song Yunbin (1897-1979), essayiste et historien, a été le rédacteur du mensuel Yecao 野草 [Herbes sauvages] fondé en 1940 à Guilin, et, après la guerre, de la revue de la Ligue démocratique Minzhu shenghuo 民主生活 [La vie démocratique].

    45 « Cong yipian zawen tandao fengci 从一篇杂文谈到讽刺 » [Sur la satire, à propos d’un zawen], Wenhuibao, 4 juin 1947, supplément « Bihui 笔会». Shen, 1992, p. 200-202. Un des faits réels cités par Hu Mingshu dans son essai était le suivant : un cadre a interdit aux paysans de son district d’avoir des activités secondaires et leur a ordonné d’abattre ou de vendre leurs canards.

    46 Cet essai, qui touchait un sujet tabou, sera à nouveau violemment attaqué en 1960 par Yao Wenyuan 姚文远, un des futurs membres de la « bande des Quatre ». Il fut publié dans le mensuel Xin gang 新港, janvier 1957. Shen, 1992, p. 279-283.

    47 Les éléments biographiques qui suivent sont empruntés largement à Cheek, 1997. Timothy Cheek a consacré de nombreuses années à ses recherches sur Deng Tuo, et nous nous référerons à maintes reprises à cet ouvrage fondamental.

    48 La revue Littérature chinoise éditée en langue française a repris dans un numéro spécial de septembre 1966 le long article haineux de Yao Wenyuan paru le 10 mai dans le Jiefang ribao et intitulé « À propos du Village des trois : le caractère réactionnaire des Propos du soir à Yenchan et de la Chronique du Village des Trois ». Deng Tuo se suicide le 18 mai.

    49 Toutefois, quatre textes n’ont pas été repris dans cette édition parce que sur certains points précis ils n’étaient pas en phase avec la politique du moment (Cheek, 1997, p. 273-274). Au sein des cinq séries, les textes ne sont pas rangés dans l’ordre chronologique mais rapprochés en fonction de leur thème. La chronologie a été reconstituée par Timothy Cheek dans son ouvrage.

    50 Nos citations renvoient aux pages de ce volume : Ma, 1979.

    51 Revue théorique du comité du Parti de la municipalité de Pékin, créée en 1958 avec pour rédacteur en chef Deng Tuo, alors secrétaire du comité pour la culture et l’éducation.

    52 « Shi nian dongluan diyi an : Sanjiacun yuan’an neimu » [十年动乱第一案:《三家村》冤案内幕 [La première affaire des dix ans de troubles : les dessous du verdict injuste sur Le Village des trois familles], URL : http://news.ifeng.com/history/1/200801/0102_335
    _349806_9.shtml (consulté le 14 septembre 2019). Ce texte est extrait de Ji, 2001.

    53 Ding Yilan 丁一岚, « Bu dan shi weile jinian 不但是为了纪念 » [Pas seulement à titre de commémoration], Ma, 1979, p. 1-4.

    54 Timothy Cheek utilise plusieurs traductions pour le même terme : “miscellaneous essays”, “topical essays”, “informal essays”, sans définir clairement la place du zawen par rapport au sanwen (traduit étrangement par “light essays”) ou au xiaopin wen (small essays). Il parle aussi de zawen socialistes « domestiqués ».

    55 Timothy Cheek estime que 54 % des Yanshan yehua sont essentiellement culturels (p. 249).

    56 Cheek a classé tous les textes sur une échelle de 1 à 5 (de « apolitique » à « politiquement litigieux » en passant par « sans danger politiquement »), ce qui lui a permis de constater que les essais les plus critiques, concentrés sur la période allant du printemps 1961 à janvier/février 1962, coïncident avec le moment où Mao soutient l’abandon de la politique du Grand Bond.

    57 Ne pas utiliser à la fois plus d’1 % de la main d’œuvre les bonnes années, et encore moins en année de disette.

    58 Cette tendance à l’exagération a inspiré à Deng Tuo un autre essai célèbre, « Weida de konghua 伟大的空话» [Des grands mots creux], publié le 10 novembre 1961 dans les Sanjiacun zhaji.

    59 Li Sancai (1552 ?-1623) avait, dans ses rapports au trône, dénoncé les forfaits des eunuques envoyés dans les provinces et rappelé à l’empereur ses devoirs envers le peuple qu’il doit nourrir.

    60 L’essai concernant Li Sancai sera en effet particulièrement visé dans l’article du Quotidien du peuple du 9 mai 1966 intitulé « Les Yanshan yehua de Deng Tuo se révoltent contre le Parti et le socialisme » (voir Hu, 2017, p. 169-170).

    61 « 不要秘诀的秘诀» : Ma, 1979, p. 31. L’anecdote se trouve dans le chap. du Zhuangzi intitulé « La voie du ciel ».

    62 Les Yanshan yehua comportent aussi des textes qui réfutent certaines idées reçues concernant des domaines du savoir que les Chinois auraient ignorés ou dans lesquels les Occidentaux auraient été pionniers. Par exemple dans « Qui a découvert le premier l’Amérique ? » (série 2, Ma, 1979, p. 101), il expose la thèse selon laquelle les Chinois se seraient rendus sur le continent américain au ve siècle, tout en reconnaissant le mérite de Christophe Collomb, découvreur de la route océanique.

    63 « Lin Baishui zhi si林白水之死» [La mort de Lin Baishui] : Ma, 1979, p. 526-529.

    Auteur

    • Isabelle Rabut

      Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), Institut français de recherche sur l’Asie de l’Est (IFRAE, UMR 8043)

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    1 Dans un texte de 1938, Kong Lingjing 孔另境 recommandait plus précisément le terme de « wenyi zagan » (« Lun wenyi zagan 论文艺杂感» [Sur le zagan littéraire], in Yu, 1983, p. 209-214. À ses yeux, le terme de « zawen » aurait dû s’appliquer à des textes de genre divers. En cherchant les origines du zagan parmi les genres anciens recensés sous les Qing, Kong Lingjing conclut qu’il n’a pas de ressemblance avec le zaji 杂记 ancien (texte consignant des faits), mais se rapproche du zhenming 箴铭 (avertissements, sentences morales). Ses ancêtres immédiats seraient les essais politiques des réformateurs de la fin des Qing, tels que Liang Qichao ou Yan Fu.

    2 C’est le titre de plusieurs pièces publiées en 1925 et insérées dans le recueil Huagaiji 华盖集 [Sous le dais fleuri].

    3 Le titre a été traduit assez improprement par « Petites variations » (Lu, 1983, p. 389-92). La pièce a été insérée dans le recueil Er yi ji 而已集 [Et voilà tout].

    4 Voir Zhou Muzhai 周木斋, « Zagan 杂感 » (Taibai 太白, vol. 2 no 12, 5 septembre 1935), in Yu, 1983, p. 207-208. Selon l’auteur, le zagan est l’ancien nom du zawen, toutefois ce dernier aurait un registre plus large, narratif et plus seulement argumentatif.

    5 Voir He Ning 何凝 (Qu Qiubai 瞿秋白), « Lu Xun zagan xuanji xuyan《鲁迅杂感选集》序言 » [Préface à Choix de zagan de Lu Xun] (8 avril 1933), in Yu, 1983, p. 180.

    6 « Xiaopinwen de weiji 小品文的危机», Lu, 1981, vol. 4, p. 574-77 (Le texte, publié à l’origine dans Xiandai, vol. 3, no 6, 1er octobre 1933, figure désormais dans le recueil Nanqiang beidiao 南腔北调 [Accents du Nord et du Sud]). La traduction française, dans Lu, 1983, p. 344-347, intitulée, « La crise de l’essai » ne permet pas de savoir à quel type de texte précis Lu Xun fait allusion, raison pour laquelle nous avons remplacé le mot « essai » par le mot « xiaopinwen » dans la phrase citée. « Xiao baishe » y est rendu par « bric-à-brac ».

    7 Le texte, daté du 2 décembre 1935, figure désormais dans Qie jie ting zawen er ji 且介亭杂文二集 [Essais du pavillon de semi-concession, 2e recueil], Lu, 1981, vol. 6, p. 417-420.

    8 « Zawen he zawenjia 杂文和杂文家» [Le zawen et les auteurs de zawen]. L’auteur de l’article était alors étudiant. Le texte a paru en septembre 1934 dans Xiandai, vol. 5 no 5, p. 684-686.

    9 Cet article, paru à l’origine dans la revue Wenxue, vol. 3 no 4 (1er octobre 1934), n’a pas été repris dans un recueil. Il figure dans Lu, 1981, vol. 8, p. 375-378.

    10 « Xu Maoyong zuo Dazaji xu 徐懋庸作《打杂集》序» [Préface à Mélanges de Xu Maoyong], paru pour la première fois dans la revue Mangzhong 芒种, no 6, 5 mai 1935 et repris dans le recueil Qie jie ting zawen erji. Le texte figure dans Lu, 1981, vol. 6, p. 290-294.

    11 L’article de Lin Xijuan faisait suite à d’autres articles parus au début de l’année 1934 dans la revue Chunguang 春光, et posant la question de l’absence de « grandes œuvres » dans la littérature chinoise contemporaine. Lu Xun y fait allusion au début de l’article « Zuo “zawen“ ye bu yi ». Dans sa préface au recueil de Xu Maoyong, il fait observer malicieusement que les suibi 随笔, qu’il considère comme un autre type de zawen, sont appréciés à cause de leur ressemblance supposée avec l’« essay » anglais.

    12 C’est la première recommandation de Hu Shi dans ses « Humbles propositions pour la réforme de la littérature » (Wenxue gailiang chuyi 文学改良刍议, 1917).

    13 D’après la préface de Lu Xun à son recueil Qie jie ting zawen, les adversaires les plus résolus du zawen tel qu’il le pratiquait étaient le poète esthète Shao Xunmei 邵洵美 ainsi que plusieurs membres de la revue Xiandai prônant le maintien d’une distance par rapport à la politique, dont l’écrivain Shi Zhecun 施蛰存 (Qie jie ting zawen 且介亭杂文 [Essais du pavillon de semi-concession], Lu, 1981, vol. 6, p. 3).

    14 Ibid.

    15 Souligné dans le texte original.

    16 « Lu Xun zagan xuanji xuyan », in Yu, 1983, p. 179-180. 

    17 Les sous-titres qui rythment le présent article contiennent des phrases extraites du Lunyu [Entretiens de Confucius]. La traduction reprise est celle d’André Lévy (GF-Flammarion, Paris, 1994).

    18 Le texte a été publié du 21 au 23 décembre 1938 dans le supplément « Shiji feng 世纪风 » (le vent du siècle) du Wenhuibao 文汇报.

    19 Le terme de gudao 孤岛 (île isolée) désigne les concessions de Shanghai, restées libres après la chute de la ville en novembre 1937, et qui le demeureront jusqu’en décembre 1941.

    20 A Ying, « Shoucheng yu fazhan 守成与发展» [Conservatisme et développement], Yibao
    (译报), supplément « Dajiatan 大家谈», 19 octobre 1938.

    21 Ba Ren, « Chaoyue Lu Xun 超越鲁迅» [Dépasser Lu Xun], Shenbao (审报), supplément « Ziyoutan 自由谈», 19 octobre 1938. L’article est repris dans Yu, 1983, p. 215-17. Ba Ren a supervisé avec Xu Guangping 许广平l’édition des œuvres complètes de Lu Xun en 1938.

    22 « Women duiyu Lu Xun feng zawen wenti de yijian 我们对于鲁迅风杂文问题的意见» [Notre avis sur la question des zawen à la Lu Xun], 28 décembre 1938, Wenhuibao. Shiji feng, repris dans Yu, 1983, p. 218-221.

    23 Ce mouvement de rectification a donné lieu à trois textes de Mao : « Réformons notre étude » (Mai 1941), « Pour un style de travail correct dans le Parti » (1er février 1942) et « Contre le style stéréotypé dans le Parti » (8 février 1942), tous trois repris dans Mao, 1968, vol. 3, p. 13-21, 31-48, 49-66.

    24 Ce contexte historique est retracé dans Fabre, 1990, qui contient en annexe une traduction des principaux textes de ces auteurs. On trouvera la version chinoise originale de ces textes dans Shen, 1992. Ce dernier ouvrage est une anthologie d’essais publiés entre les années 40 et 60 et taxés d’« herbes vénéneuses », que l’éditeur a classés en 4 chapitres chronologiques : les écrivains contestataires à Yan’an ; les écrivains proches de Hu Feng ; les écrivains condamnés comme « droitistes » en 1957 ; enfin Deng Tuo et Liao Mosha, dont il sera question plus loin dans cet article.

    25 « Zhengzhijia. Yishujia 政治家·艺术家 » [Politiques et artistes], publié le 17 mars 1942 dans la revue trimestrielle Guyu 谷雨. Fabre, 1990, p. 152 ; Shen, 1992, p. 14.

    26 Parus les 13 et 23 mars 1942 dans le Jiefang ribao.

    27 Nora est l’héroïne de la pièce d’Ibsen Maison de poupée. Lu Xun lui avait consacré un texte célèbre.

    28 11 mars 1942, Jiefang ribao, supplément Wenyi no 100. Shen, 1992, p. 39-40. La traduction est de nous.

    29 Texte publié le 23 octobre 1941 dans le Jiefang ribao, repris dans Yu, 1983, p. 269-270.

    30 L’article est paru dans le Jiefang ribao, supplément Wenyi no 101. Fabre, 1990, p. 180 ; Shen, 1992, p. 45-46.

    31 Phrase ajoutée a posteriori. Voir ci-dessous.

    32 Mao, 1968, vol. 3, p. 92-93. « Lou Sin » est une ancienne graphie pour le nom de Lu Xun.

    33 C’est Li Kenong 李克农, chef de la police politique de Yan’an, qui se chargea de l’exécution : Fabre, 1990, p. 117-118.

    34 Cf. « Guomindang yanzhong de Yan’an zhengfeng : Cong dihui dao jiejian jingyan 国民党眼中的延安整风:从诋毁到借鉴经验 » [Le mouvement de rectification de Yan’an vu par le Guomindang : De la calomnie aux leçons de l’expérience], document du PCC, posté le 15 mai 2010, consulté le 29/08/19 sur le site ifeng.com.

    35 Fabre, 1990, p. 118.

    36 La phrase figure dans le rapport de Malenkov au 19e congrès du PCUS. Je reprends ici la traduction par Jean-Marc Lachaud dans Art et aliénation.

    37 L’information est fournie par Gu, 2005. Il s’agit de la première édition, postérieure à la Libération, des Œuvres choisies de Mao en 4 volumes, dont le vol. 3, contenant les Interventions aux Causeries, a paru en 1953.

    38 Avec son pinceau vermillon, Kuang Zhong (1383-1442) doit signer une sentence capitale ; mais comme l’accusé clame son innocence, il laisse par trois fois son pinceau en suspens pour demander des informations supplémentaires. En définitive, l’accusé sera disculpé. Le texte chinois, publié le 6 mai dans le Renmin ribao, figure dans Shen, 1992, p. 277-279.

    39 Shen, 1992, p. 228-230.

    40 L’essai, daté du 6 juillet 1956, a été publié dans le Wenyi yuebao 文艺月报, no 2, 1957. Shen, 1992, p. 208-210.

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    43 Shen, 1992, p. 153-155. L’essai de Xu Maoyong fait évidemment référence à l’article de Lu Xun « Xiao­pinwen de weiji » [La crise du xiaopinwen] (1933).

    44 Song Yunbin (1897-1979), essayiste et historien, a été le rédacteur du mensuel Yecao 野草 [Herbes sauvages] fondé en 1940 à Guilin, et, après la guerre, de la revue de la Ligue démocratique Minzhu shenghuo 民主生活 [La vie démocratique].

    45 « Cong yipian zawen tandao fengci 从一篇杂文谈到讽刺 » [Sur la satire, à propos d’un zawen], Wenhuibao, 4 juin 1947, supplément « Bihui 笔会». Shen, 1992, p. 200-202. Un des faits réels cités par Hu Mingshu dans son essai était le suivant : un cadre a interdit aux paysans de son district d’avoir des activités secondaires et leur a ordonné d’abattre ou de vendre leurs canards.

    46 Cet essai, qui touchait un sujet tabou, sera à nouveau violemment attaqué en 1960 par Yao Wenyuan 姚文远, un des futurs membres de la « bande des Quatre ». Il fut publié dans le mensuel Xin gang 新港, janvier 1957. Shen, 1992, p. 279-283.

    47 Les éléments biographiques qui suivent sont empruntés largement à Cheek, 1997. Timothy Cheek a consacré de nombreuses années à ses recherches sur Deng Tuo, et nous nous référerons à maintes reprises à cet ouvrage fondamental.

    48 La revue Littérature chinoise éditée en langue française a repris dans un numéro spécial de septembre 1966 le long article haineux de Yao Wenyuan paru le 10 mai dans le Jiefang ribao et intitulé « À propos du Village des trois : le caractère réactionnaire des Propos du soir à Yenchan et de la Chronique du Village des Trois ». Deng Tuo se suicide le 18 mai.

    49 Toutefois, quatre textes n’ont pas été repris dans cette édition parce que sur certains points précis ils n’étaient pas en phase avec la politique du moment (Cheek, 1997, p. 273-274). Au sein des cinq séries, les textes ne sont pas rangés dans l’ordre chronologique mais rapprochés en fonction de leur thème. La chronologie a été reconstituée par Timothy Cheek dans son ouvrage.

    50 Nos citations renvoient aux pages de ce volume : Ma, 1979.

    51 Revue théorique du comité du Parti de la municipalité de Pékin, créée en 1958 avec pour rédacteur en chef Deng Tuo, alors secrétaire du comité pour la culture et l’éducation.

    52 « Shi nian dongluan diyi an : Sanjiacun yuan’an neimu » [十年动乱第一案:《三家村》冤案内幕 [La première affaire des dix ans de troubles : les dessous du verdict injuste sur Le Village des trois familles], URL : http://news.ifeng.com/history/1/200801/0102_335
    _349806_9.shtml (consulté le 14 septembre 2019). Ce texte est extrait de Ji, 2001.

    53 Ding Yilan 丁一岚, « Bu dan shi weile jinian 不但是为了纪念 » [Pas seulement à titre de commémoration], Ma, 1979, p. 1-4.

    54 Timothy Cheek utilise plusieurs traductions pour le même terme : “miscellaneous essays”, “topical essays”, “informal essays”, sans définir clairement la place du zawen par rapport au sanwen (traduit étrangement par “light essays”) ou au xiaopin wen (small essays). Il parle aussi de zawen socialistes « domestiqués ».

    55 Timothy Cheek estime que 54 % des Yanshan yehua sont essentiellement culturels (p. 249).

    56 Cheek a classé tous les textes sur une échelle de 1 à 5 (de « apolitique » à « politiquement litigieux » en passant par « sans danger politiquement »), ce qui lui a permis de constater que les essais les plus critiques, concentrés sur la période allant du printemps 1961 à janvier/février 1962, coïncident avec le moment où Mao soutient l’abandon de la politique du Grand Bond.

    57 Ne pas utiliser à la fois plus d’1 % de la main d’œuvre les bonnes années, et encore moins en année de disette.

    58 Cette tendance à l’exagération a inspiré à Deng Tuo un autre essai célèbre, « Weida de konghua 伟大的空话» [Des grands mots creux], publié le 10 novembre 1961 dans les Sanjiacun zhaji.

    59 Li Sancai (1552 ?-1623) avait, dans ses rapports au trône, dénoncé les forfaits des eunuques envoyés dans les provinces et rappelé à l’empereur ses devoirs envers le peuple qu’il doit nourrir.

    60 L’essai concernant Li Sancai sera en effet particulièrement visé dans l’article du Quotidien du peuple du 9 mai 1966 intitulé « Les Yanshan yehua de Deng Tuo se révoltent contre le Parti et le socialisme » (voir Hu, 2017, p. 169-170).

    61 « 不要秘诀的秘诀» : Ma, 1979, p. 31. L’anecdote se trouve dans le chap. du Zhuangzi intitulé « La voie du ciel ».

    62 Les Yanshan yehua comportent aussi des textes qui réfutent certaines idées reçues concernant des domaines du savoir que les Chinois auraient ignorés ou dans lesquels les Occidentaux auraient été pionniers. Par exemple dans « Qui a découvert le premier l’Amérique ? » (série 2, Ma, 1979, p. 101), il expose la thèse selon laquelle les Chinois se seraient rendus sur le continent américain au ve siècle, tout en reconnaissant le mérite de Christophe Collomb, découvreur de la route océanique.

    63 « Lin Baishui zhi si林白水之死» [La mort de Lin Baishui] : Ma, 1979, p. 526-529.

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    Rabut, I. (2023). De Lu Xun à Deng Tuo : les vicissitudes du zawen dans la Chine maoïste. In A. Pino & I. Rabut (éds.), Prose libre. Paris: Presses de l’Inalco. https://doi.org/10.4000/books.pressesinalco.46468
    Rabut, Isabelle. « De Lu Xun à Deng Tuo : les vicissitudes du zawen dans la Chine maoïste ». In Prose libre, édité par Angel Pino et Isabelle Rabut. Paris: Presses de l’Inalco, 2023. doi:10.4000/books.pressesinalco.46468.
    Rabut, Isabelle. « De Lu Xun à Deng Tuo : les vicissitudes du zawen dans la Chine maoïste ». Prose libre, édité par Angel Pino et Isabelle Rabut, Presses de l’Inalco, 2023, https://doi.org/10.4000/books.pressesinalco.46468.

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