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    Plan détaillé Texte intégral Rappel de notions générales : morphologie et phonologie Le système des voyelles Principes de l’accentuation des noms et des adjectifs Éléments de morphologie nominale. Observations sur les adjectifs Éléments de morphologie des verbes L’infinitif Observations sur la conjugaison du présent Le passé défini Notes de bas de page Auteur

    « Un homme rare » : Michel Chicouène (1936-2017)

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Le système phonologique du lituanien

    Michel Chicouène

    p. 79-110

    Texte intégral Rappel de notions générales : morphologie et phonologie Le système des voyelles 1. Les voyelles simples ou monophtongues 1.1. Observations sur la représentation graphique des voyelles 1.2. Organisation systématique et propriétés des voyelles 1.2.1. Antérieures et postérieures 1.2.2. Différenciation des voyelles. Symétrie du système. 2. Les voyelles complexes ou polyphtongues 2.1. Les polyphtongues primaires 2.1.1. Diphtongues primaires vocaliques 2.1.2. diphtongues primaires mixtes 2.2. Les polyphtongues secondaires palatalisantes 3. L’accentuation Principes de l’accentuation des noms et des adjectifs 1. Les contraintes générales de l’accentuation 1.1. Contraintes valables quel que soit le type de déclinaison. 1.2. Contraintes spéciales liées au type de déclinaison 2. Les types accentuels de noms et d’adjectifs 2.1. Les contraintes conditionnelles d'accentuation des cas « cardinaux ». 2.2. La tendance accentuelle propre des noms ou des adjectifs Éléments de morphologie nominale. Observations sur les adjectifs 1. Modèles fondamentaux de déclinaison des noms des 5 classes 2. Les quatre systèmes de déclinaison des adjectifs 2.1. Panorama des formes 2.2. Observations particulières sur les applications de la déclinaison adjectivale Éléments de morphologie des verbes 1. Système morphologique verbal et modèles de verbes. 2. Organisation de la conjugaison 2.1. Constitution des terminaisons. 2.2. Variations d’accentuation 3. Aperçu de la conjugaison des verbes des cinq classes 3.1. Rappel de notions d'analyse Racines, radicaux, thèmes Désinences, base désinentielle, voyelle prédésinentielle 3.2. Analyse des formes et principes de leur constitution 3.2.1. Structure et fonctionnement des systèmes désinentiels 3.2.2. Diversité des thèmes de conjugaison L’infinitif Observations sur la conjugaison du présent Le passé défini Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Les Éléments de grammaire du lituanien présentés dans cet ouvrage devaient être publiés il y a plus de dix ans. Ils étaient annoncés par l’IES comme devant paraître au début des années 90, et ils ont été mentionnés par moi‑même comme prochainement disponibles dans les indications données à l'occasion de la publication d'autres ouvrages depuis 1993. Malheureusement diverses difficultés, telles que la surcharge de tâches constituée par le cumul de deux services d’enseignement – celui du russe et celui du lituanien – m’ont empêché de réaliser les objectifs que je m'étais fixés de façon sans doute trop optimiste. La retraite tardive arrivée, il a semblé, au début de ce siècle, que ce travail pourrait enfin être mené à son terme ; mais diverses tâches laissées en attente, d’autres obligations nouvelles et imprévues et quelques empêchements de santé ont fait obstacle à ce projet. Comme après l’entrée de la Lituanie dans l’Europe le besoin de manuels en langue française pour l’apprentissage du lituanien se fait sentir, semble‑t‑il, plus vivement, il peut être utile que ce travail tel qu’il est, partiel et déjà ancien, soit mis à la disposition des personnes désireuses d'aborder l’étude de cette langue mal connue, originale et prodigieusement intéressante par sa structure étonnamment conservatrice, voire même par son étonnante richesse. Peut‑être aussi est‑il opportun que les façons originales de comprendre l’organisation de cette langue qui sont proposées dans ce petit ouvrage pourront donner lieu à réflexion critique et contribuer ainsi dans leur modeste mesure à faire progresser la conception de la grammaire du lituanien qu’établiront les spécialistes de la nouvelle génération, soit en continuité, soit en opposition avec ce qui a été une œuvre d’amateur et sans doute de pionnier.

    2Beaucoup de questions importantes ont ici un traitement inhabituel. Leur présentation s’écarte clairement des vues les plus répandues dans divers domaines de la description du lituanien, principalement dans l’analyse du système phonologique, dans la morphologie des verbes et leur classification. De façon générale, on observe dans ces éléments une liaison étroite entre l’analyse des faits de morphologie et la conception du système phonologique justifiée par son adéquation avec le fonctionnement de la phonologie. La syntaxe elle‑même est conçue dans une large mesure comme étroitement liée à l’organisation du système morphologique, ce qui n’exclut pas qu’une distinction rigoureuse soit établie entre les faits syntaxiques et les données morphologiques dont ils dépendent. Bien que l’intérêt du lituanien soit pour une part importante dû à sa place parmi les langues indo‑européennes et à ses rapports avec les langues anciennes, un aspect peut‑être insolite de la méthode suivie ici, qui pourra surprendre le lecteur linguiste, a consisté à observer le système grammatical du lituanien en s’abstrayant autant que possible des cadres philologiques établis d’avance par référence à la grammaire des langues classiques, ou bien en se dégageant des cadres empruntés à la slavistique.

    3Toute critique de ce travail, s’il semble digne d'intérêt ou de discussion, sera bienvenue.

    4M. Chicouène (29 mai 2005)

    Rappel de notions générales : morphologie et phonologie

    5Les phrases sont constituées de mots qui sont des unités significatives de la langue. Un mot a une forme (éventuellement variable) et un sens.

    6Beaucoup de mots peuvent se décomposer en parties significatives telles que la racine, un préfixe, un suffixe ou même une suite de suffixes, une terminaison de conjugaison ou de déclinaison, un ou plusieurs éléments de jonction. Chacun de ces éléments a une forme et un sens ou bien un rôle morphologique défini. Un tel élément significatif ou morphologique simple, qui ne peut pas être décomposé en éléments significatifs ou morphologiques plus petits est un monème. Par exemple, le mot français « reviendrons », dans la phrase « nous reviendrons » est constitué par quatre monèmes :

    re + viend + r + ons

    7Les monèmes tels que ‑r- (marque du futur), ‑ons- (marque de la première personne du pluriel des verbes), qui servent à faire varier les formes des mots selon les catégories grammaticales, sont des morphèmes.

    8Les monèmes, qui sont des unités significatives ou morphologiques élémentaires, sont eux‑mêmes constitués d'éléments sonores qu’on prononce les uns à la suite des autres, parfois en les combinant, et qui n’ont pas par eux‑mêmes de signification. Ces éléments sonores constitutifs des mots sont les phonèmes. Chaque langue a son système de phonèmes qui diffère plus ou moins du système de phonèmes des autres langues. Certains principes d’organisation de ces systèmes sont dans une large mesure universels.

    9Par exemple, on distingue généralement parmi les phonèmes des consonnes et des voyelles, en fonction de leur qualité sonore et de leur rôle ou de leurs propriétés dans l’enchaînement (constitution des syllabes).

    10L’étude du système des phonèmes et son fonctionnement est la phonologie.

    11Un phonème peut souvent se prononcer de diverses façons selon son entourage ou selon les habitudes de telle ou telle région, de tel milieu social, etc. Par exemple, en français, le phonème représenté par les lettres an dans le mot « chanter » est prononcé différemment par un Français de Toulouse, de Marseille, de Paris ou de Lille. De même, le phonème représenté par la lettre r dans le mot « Paris », peut être prononcé de façons diverses. Les sons réellement produits sont différents pour un même phonème. Il faut donc se garder de confondre les deux notions de « phonèmes » et de « son » de la langue.

    12L'étude des sons de la langue utilisés pour réaliser les phonèmes, c’est‑à‑dire principalement l’étude des caractères acoustiques de ces sons et de leur prononciation, est la phonétique.

    13Dans l’étude d’une langue, la phonétique est une partie ou un aspect de la phonologie. L’étude pratique de la prononciation des phonèmes et de leur enchaînement dans les mots et les phrases est la partie la plus importante de la phonétique.

    14La description théorique des sons à prononcer en rapport avec le système des phonèmes aide à acquérir plus facilement des habitudes correctes de prononciation. Mais la phonologie ne se limite pas à la description théorique des sons à prononcer. Elle comprend en outre l’étude générale du système des phonèmes comme unités constitutives de monèmes (organisation du système, rapports entre les diverses sortes de phonèmes, principes d’emploi, règles de combinaison, variation des phonèmes). Cette étude des phonèmes est très importante pour comprendre la morphologie.

    15Les phonèmes, qui sont des unités sonores, sont représentés dans l’écriture par les lettres de l’alphabet. Il faut voir clairement que cette représentation ne se fait pas selon un principe de correspondance simple. Un même phonème peut éventuellement être écrit de diverses façons, représenté par des lettres différentes comme c’est le cas de la voyelle /a/ dans les mots français « flamme » et « femme » ; ou bien un phonème unique et simple peut être représenté par un groupe de plusieurs lettres, comme en français /o/ peut être écrit au, eau. Il faut donc se garder de confondre les phonèmes avec les lettres de l’alphabet. L’alphabet ne représente pas exactement la liste des phonèmes de la langue. Il n’en est qu’une approximation. Certains phonèmes ont une représentation graphique variable, et d’autre part certaines lettres peuvent avoir différentes valeurs.

    16L’étude précise de la représentation des phonèmes dans l’écriture (les principes de correspondance entre les lettres et les phonèmes, ou principes d'emploi de l’alphabet, aussi bien que le dessin des lettres) est la graphique, qu’il faut considérer, avec la phonétique, comme une partie de la phonologie.

    17La phonologie comprend donc :

    • la phonématique ou étude théorique du système des phonèmes ;

    • la phonétique ou étude des réalisations sonores des phonèmes ;

    • la graphique ou étude de leur représentation dans l'écriture.

    18Dans l’apprentissage de la langue, ces trois aspects de la phonologie ne sont pas forcément vus successivement ; il est pratiquement plus efficace de traiter diverses questions en étudiant conjointement l’aspect phonématique (principes généraux), la phonétique et l’écriture.

    19Nous adopterons la convention selon laquelle la désignation d’un phonème se met entre deux traits obliques, par exemple /a/ ; un son défini par ses caractères acoustiques ou sa prononciation est représenté entre deux crochets  [a] et une lettre (graphème) est marquée en la soulignant  a .

    20Mais pour alléger le texte, nous nous dispenserons souvent de ces précisions quand elles ne seront pas nécessaires, c’est‑à‑dire quand il n’y a pas raisonnablement d’équivoque ou d’incertitude sur ce dont il s’agit. Nous éviterons aussi, sauf nécessité impérieuse, le recours à l’alphabet phonétique international, qui est devenu très compliqué tout en étant encore insuffisant pour servir convenablement à la fin qu’on lui assigne. Il est pratiquement inutile pour la représentation du lituanien à des francophones, car les sons du lituanien, sans être identiques à ceux du français, en sont cependant suffisamment proches pour qu’on puisse les décrire à partir des sons de notre langue, représentés par les lettres qui nous sont familières et bien connues.

    Le système des voyelles

    21Outre les voyelles simples ou monophtongues, prononcées chacune comme un son ou segment sonore homogène, ne changeant pas de timbre du début à la fin de son émission (comme /a/, /o/, /e/), le système vocalique du lituanien comprend des unités vocaliques complexes qui fonctionnent comme des unités simples mais se prononcent avec un changement de timbre : la fin ne se prononce pas avec le même timbre que le début ; ce sont des polyphtongues. On peut considérer les polyphtongues comme des groupements stables d’éléments sonores fonctionnant ensemble comme des éléments simples.

    22C’est selon ce point de vue que les polyphtongues sont représentées en effet dans l’écriture par des associations de 2 ou 3 lettres : diphtongues comme au, uo, ei ; triphtongues comme iau, iuo, iai. Dans le fonctionnement du lituanien, chacune des polyphtongues est un phonème ; elle n’est pas à analyser comme une suite de plusieurs phonèmes distincts. Les polyphtongues, en nombre limité, de constitution phonétique définie, diffèrent, par leur fonctionnement, des suites quelconques de phonèmes qui peuvent se trouver juxtaposés par le hasard des circonstances, sans solidarité stable, telles que e + u, o + j1 qui n’ont pas en lituanien un statut de phonème unique.

    1. Les voyelles simples ou monophtongues

    23Elles s'organisent en deux ensembles à peu près symétriques qui ont des propriétés différentes : les voyelles antérieures et les voyelles postérieures.

    24On distingue d’autre part deux séries selon la durée relative de leur prononciation :

    • une série de voyelles essentiellement brèves (dont certaines peuvent cependant se trouver accidentellement allongées) ;
    • une série de voyelles essentiellement longues.

    Système des phonèmes vocaliques

    v. antérieuresv. postérieures
    Brèves/i//è//a//o//u/
    Longues/i//é1//è2//a//o//u/

    é1 est une voyelle longue fermée

    è2 est une voyelle longue ouverte

    Leurs représentations graphiques dans l’écriture lituanienne

    v. antérieuresv. postérieures
    Brèvesieaou
    Longuesy, įėęąoū, ų

    1.1. Observations sur la représentation graphique des voyelles

    25Si on observe attentivement le tableau graphique, on constate que seule la lettre o est employée indistinctement pour deux phonèmes, le /o/ bref et le /o/ long. Comme le /o/ bref est un phonème rare et particulier, cette ambiguïté de la lettre o n’a qu’une importance restreinte.

    26Seules les voyelles extrêmes de la série longue /i/ et /u/ sont susceptibles de variation graphique : chacune d’elle a deux représentations graphiques possibles, dont le choix est régi par l'orthographe des mots ou des formes.

    27Mis à part ces ambiguïtés limitées, le système graphique des monophtongues apparaît comme relativement simple, puisque chaque phonème a en général une représentation graphique propre et unique.

    28Étant donné cette simplicité de correspondance, nous utiliserons les lettres de l’écriture lituanienne ordinaire pour désigner les phonèmes qu’elles représentent habituellement, sans avoir recours à l’alphabet phonétique international, ni à des notations spéciales, quand il n’y aura pas de nécessité pour cela.

    1.2. Organisation systématique et propriétés des voyelles

    1.2.1. Antérieures et postérieures

    29Les voyelles antérieures (prononcées en élevant la langue à l’avant de la bouche) déterminent une prononciation palatalisée des consonnes qui les précèdent, tandis que les voyelles postérieures déterminent une prononciation plus reculée ou vélarisée.

    30La prononciation est donc dans une large mesure syllabique, impliquant une solidarité des consonnes avec les voyelles qui les suivent. La syllabe, séquence de consonnes suivies de voyelles, a un caractère global de palatalisation faible liée aux voyelles antérieures ou de vélarisation faible2 liée aux voyelles postérieures. La prononciation de chaque consonne (à l’exception de yod) est variable.

    1.2.2. Différenciation des voyelles. Symétrie du système.

    31Parmi les voyelles brèves, la voyelle semi‑ouverte /o/ est d’emploi rare, essentiellement dans des mots d’origine étrangère. Si on néglige cette voyelle exceptionnelle, on voit qu’il y a dans les voyelles brèves deux voyelles centrales : /e/ (antérieure) et /a/ (postérieure) ; et deux voyelles extrêmes : /i/ (antérieure) et /u/ (postérieure).

    32Les deux voyelles extrêmes ont une prononciation nettement différenciée, proche de celle des voyelles qu’on prononce en français dans les mots « lit », « bout », très brèves.

    33Mais les voyelles centrales diffèrent peu l’une de l’autre par leur timbre. Le /e/ est très ouvert, assez proche du /a/ français dans le mot « là ». Le /a/ lituanien est parfois relativement fermé quand il se trouve auprès d’un yod.

    34Ce qui distingue ces deux phonèmes centraux, c’est donc dans une large mesure la prononciation palatalisée (autrement dit « mouillée ») des consonnes devant /e/ et la prononciation vélarisée (autrement dit « dure ») des mêmes consonnes devant /a/. La distinction du timbre de la voyelle est d’une netteté variable, souvent incertaine, aléatoire.

    Exemples :

    garas   (la vapeur)geras (bon)
    matas   (une mesure)metas   (le temps)

    35Le /e/ a dans ces mots, selon les normes actuelles de la langue cultivée, un timbre très souvent ouvert, proche de celui du /a/ ; mais il détermine une prononciation légèrement mouillée des consonnes précédentes qui contribue à le distinguer du /a/.

    36Après yod, /e/ et /a/ tendent à se confondre, bien que la prononciation du /e/ soit alors moins ouverte ; celle du /a/ est relativement fermée. Il reste en principe une différence relative de timbres, mais elle est peu perceptible ; or la consonne yod a une prononciation invariable : elle ne contribue pas à la distinction.

    Exemple :
    Ten yra sala. Joje kas joja ?
    (Là-bas il y a une île. Qui y va à cheval ?)

    37Une particularité importante des voyelles centrales /e/ et /a/ est que leur durée est variable. Elles sont le plus souvent allongées quand elles sont accentuées, et dans ce cas leur prononciation est identique à celle des voyelles longues /e/ et /a/ qui leur correspondent respectivement.

    Exemples :
    (ẽ) = (ę)
    gẽras (bon) / švę̃sti (fêter)
     
    (ã) = (ą)
    grãžiai (belle au datif singulier) / drą̃siai (courageusement)
    (Le signe ̃ marque ici l'accentuation)

    38Toutefois, cette prononciation longue des phonèmes /e/ et /a/ est conditionnée par l’accentuation. Elle est en quelque sorte accidentelle. Et dans certains mots courts ou dans certaines situations morphologiques (infinitifs des verbes, terminaisons des noms ou des adjectifs) les phonèmes /e/ et /a/ restent brefs même en position accentuée.

    Exemples :
    Kàs teñ yrà ? (Qui est là-bas ?)
    (Le signe ̀   marque ici l'accentuation).

    39Les voyelles longues ont une plus grande variété que les voyelles brèves, ce qui, à première vue, peut s’expliquer par le fait que leur différenciation se réalise plus facilement et plus clairement puisqu’elles durent plus longtemps. De fait, dans chacune des deux espèces (antérieure et postérieure) il s’insère entre les voyelles extrêmes (i, u) et les voyelles centrales (e, a) des voyelles intermédiaires :

    • /ė/ (son é fermé comme ce qui est écrit ée en français dans des mots comme « gelée, idée ») ;
    • /o/ (son o qui tend à être fermé quand on l'allonge beaucoup, comme dans les mots français « eau, peau, dépôt »).

    40Il y a donc, au degré long, trois voyelles d’avant et trois voyelles d’arrière, qui ont une disposition symétrique dans le système.

    2. Les voyelles complexes ou polyphtongues

    41Il existe en lituanien deux sortes de polyphtongues :

    • les polyphtongues primaires (qui sont des diphtongues) ;
    • les polyphtongues secondaires (diphtongues ou triphtongues).

    2.1. Les polyphtongues primaires

    42Les diphtongues primaires sont elles‑mêmes de deux sortes :

    • les diphtongues vocaliques,
    • les diphtongues mixtes.

    2.1.1. Diphtongues primaires vocaliques

    43Les diphtongues primaires vocaliques se présentent comme des séquences de deux voyelles dont l’une est nécessairement /i/ ou bien /u/ avec une prononciation plus ou moins réduite, semi‑consonantique. Cet élément réduit conserve cependant le plus souvent une relative tenue vocalique ; on passe pour ainsi dire insensiblement d’une prononciation vocalique initiale à une autre prononciation vocalique finale, par une transition sans heurt. La prononciation des diphtongues est liée ou enchaînée (ce que l’on prend quelquefois – à tort – pour un caractère essentiel des polyphtongues) ; l’élément réduit, qu’il vaut mieux considérer comme semi‑vocalique plutôt que comme semi‑consonantique donne souvent l’impression d’être prononcé comme une voyelle abrégée qui peut être à peine réduite quand elle se trouve en position d’accentuation forte. En d’autres termes, les diphtongues primaires du lituanien se prononcent comme une dissociation progressive d’une voyelle longue, en différenciant le début et la fin, plutôt que comme l’association de deux phonèmes mis côte à côte. On verra plus loin qu’en fait elles n’ont pas toujours dans le fonctionnement de la langue cette structure dissociative qui correspond à leur mode de prononciation.

    44Il y a dix diphtongues primaires, dont deux sont à semi‑voyelle /u/ et quatre à semi‑voyelle /i/ :

    • à semi-voyelle /u/ :uo, au
    • à semi-voyelle /i/ : ie, ai, ei, ui.

    45Dans la diphtongue /ui/, c’est le premier élément qui a la prononciation vocalique tandis que le deuxième est réduit (semi‑voyelle). Au contraire, dans la diphtongue /uo/, le premier élément est réduit et se prononce approximativement comme le son qui correspond à la lettre w dans les mots anglais « wall » ou « swan ».

    46Il convient donc de distinguer :

    • les diphtongues croissantes /uo/ et /ie/ dans lesquelles c’est l’élément initial qui est semi‑vocalique,
    • les diphtongues décroissantes /au/, /ai/, /ei/, /ui/, dans lesquelles l’élément semi‑vocalique est à la fin.

    47Dans un cas comme dans l’autre, l’élément initial, qui est la base vocalique de la diphtongue, a une grande importance, car il détermine, comme les voyelles simples, la prononciation palatalisée ou vélarisée de la consonne précédente.

    48On est donc conduit à classer les diphtongues selon leur base vocalique en antérieures (palatalisantes faibles) et postérieures (faiblement vélarisantes).

    AntérieuresPostérieures
    Croissanteieuo
    Décroissante en /u/au
    Décroissante en /i/eiai, ui

    49Les timbres vocaliques qui entrent dans la constitution de ces diphtongues sont peu différents des timbres que représentent les mêmes lettres quand il s’agit de phonèmes isolés. Il faut cependant observer que le timbre final représenté par o dans la diphtongue uo peut être relativement ouvert, tandis que le timbre représenté par e dans les diphtongues ie et ei est moins ouvert que celui du phonème simple /e/. Dans la diphtongue ai, l’élément initial peut avoir le timbre d’un /e/ ouvert ou moins relativement fermé.

    50Exemple : geraĩ (bien) ; ai est prononcé [j]

    2.1.2. diphtongues primaires mixtes

    51Les consonnes /r/ (roulé), /l/, /n/, /m/ qui peuvent être prononcées avec une durée et une hauteur musicale assez proche de ce qui caractérise les voyelles sont appelées des consonnes sonantes.

    52En lituanien, les consonnes sonantes placées après les voyelles brèves (et non suivies d’une autre voyelle) constituent avec ces voyelles brèves précédentes des diphtongues mixtes ;

    • ir, il, in, im;
    • er, el, en, em;
    • ar, al, an, am;
    • ur, ul, un, um.

    53Ces diphtongues mixtes sont palatalisantes si elles sont à la base antérieure (i-, e-) et vélarisantes si elles sont à la base postérieure (a-, u-), comme les diphtongues primaires vocaliques étudiées ci‑dessus.

    2.2. Les polyphtongues secondaires palatalisantes

    54Les diphtongues secondaires sont constituées par l’association des monophtongues postérieures (a, o, u, ū) avec un élément prévocalique initial marqué dans l’écriture par la lettre i. Cet élément prévocalique qui précède les voyelles ne se prononce pas comme un segment sonore distinct. Il se manifeste par une palatalisation forte de la consonne précédente, ou éventuellement du groupe de consonnes. Il ne constitue pas une base vocalique de diphtongue. Sa réalisation est confondue avec celle de la consonne qui se trouve modifiée par la palatalisation.

    55Avec les consonnes /t/ et /d/ (dentales occlusives), les polyphtongues secondaires déterminent une mutation de consonnes : /t/ et /d/ sont remplacées par des consonnes complexes mi‑occlusives, mi‑chuintantes, qu’on écrit respectivement č et dž.

    Exemples :

    mart-i (belle-fille, nominatif singulier)> marč-ią (belle-fille, accusatif singulier)
    žaid-i (tu joues)> žaidž-ia (il/elle joue)

    56Les modifications de la prononciation des consonnes provoquées par les polyphtongues secondaires se distinguent donc sensiblement de la palatalisation faible occasionnée par les voyelles monophtongues antérieures, ou par les diphtongues primaires à base antérieure /ie/ et /ei/.

    57L’association de l’élément prévocalique palatalisant à une diphtongue primaire de base postérieure (/uo/, /au/, /ai/, /ui/) donne une triphtongue secondaire palatalisante. Ces triphtongues ont des propriétés semblables à celles des diphtongues secondaires.

    58L’association de l’élément prévocalique palatalisant avec les diphtongues mixtes à base postérieure, telles que ar,... ur,... donne des triphtongues secondaires mixtes telles que iar, iur, etc. peu fréquentes.

    šiandien (aujourd'hui), triphtongue /ian/  
    šiurpas (tremblement), triphtongue /iur/

    Tableau récapitulatif du système vocalique

    AntérieuresPostérieures
    Monophtongues brèvesieau
    Monophtongues longuesy, įėęąoū (ų)
    Polyphtongues primairesieuo
    (diphtongues)au(au)
    eiaiui
    Polyphtongues secondairesiaiu
    iąioiū (ių)
    (triphtongues)iuo
    iau(iau)
    iaiiui

    Dans ce tableau, nous n’incluons pas les polyphtongues mixtes constituées avec les consonnes r, l, n, m.

    3. L’accentuation

    59Mis à part quelques mots brefs, il y a dans chaque mot lituanien une syllabe prononcée fortement ; et si le mot comporte d’autres syllabes, ces autres syllabes sont prononcées avec une moindre intensité sonore. La prononciation forte d’une syllabe est ce qu’on appelle l’accentuation. La syllabe forte est dite « accentuée » ou « tonique » ; les autres sont dites « inaccentuées » ou « atones ».

    60Si un mot a plusieurs syllabes, il n’y a pas de règle générale pour déterminer quelle syllabe doit être accentuée : l’accentuation lituanienne est arbitraire.

    61En outre, si le mot change de forme, l’accentuation peut également changer : l’accentuation est donc variable.

    62Dans les textes présentés pour l’étude de la langue et dans les dictionnaires, on marque habituellement l’accentuation, mais l’accentuation n’est pas marquée dans l’usage ordinaire.

    63On distingue trois sortes d’intonation des voyelles dans les syllabes accentuées : on marque donc l’accent de trois façons différentes. On peut en outre indiquer de façon complémentaire la variation éventuelle de l’accentuation.

    641/ Les voyelles brèves accentuées sont prononcées avec une rupture brusque comme si elles étaient soudain coupées. Quand on marque l’accentuation, on met dans ce cas un accent grave.

    Exemples :

    tylùs (silencieux)tolì (au loin)kàs (qui)

    65N.B. : - Les diphtongues secondaires à base vocalique brève (ià, iù) sont, évidemment, traitées comme des voyelles brèves et marquées par l’accent grave sur la lettre qui représente la base vocalique, puisque la lettre i initiale ne représente aucun élément sonore distinct ;

    66- Ne pas oublier que les voyelles brèves centrales /e/ et /a/ peuvent être allongées dans une syllabe accentuée. Dans ce cas, leur accentuation n’est pas marquée par l’accent grave.

    672/ Les voyelles longues (soit longues par nature, soit brèves allongées) ainsi que les diphtongues (diphtongues mixtes aussi bien que diphtongues vocaliques primaires) sont susceptibles de deux sortes d’accentuation :

    68a) une accentuation à force initiale, que l’on marque par un accent aigu (placé dans les diphtongues sur la première lettre) et qui privilégie le début de la voyelle longue ou bien la première partie de la diphtongue.

    Exemples :

    láuk ! (attends !)dárbas (le travail)rýtas (le matin)

    69b) ou bien une accentuation à force terminale, que l’on marque d’habitude par une sorte d’accent circonflexe (  ̃) placé dans les diphtongues sur le deuxième élément, et qui privilégie la dernière phase de prononciation d’une voyelle longue ou bien le deuxième élément d’une diphtongue.

    Exemples :

    laũkas (un champ)dabar̃ (maintenant)põnas (Monsieur)

    70Ces deux sortes d’accentuation des voyelles longues ont tendance à déterminer deux intonations ou mélodies intonatives différentes des voyelles accentuées :

    • l’intonation descendante ( ́ ), ex.: láuk !
    • l’intonation montante ( ̃ ),ex.: laũkas

    Remarque :

    L’accentuation à force terminale avec intonation montante s’applique aussi bien aux diphtongues mixtes, dont l’élément terminal est une consonne sonante (ex.: dabar̃, maintenant), ou bien, par conséquent, aux triphtongues secondaires mixtes qui leur correspondent (ex.: šiañdien, aujourd’hui).

    La consonne sonante est alors prononcée avec plus de force et on a tendance à la tenir plus longtemps, à lui donner une durée relativement longue.

    Principes de l’accentuation des noms et des adjectifs

    71Dans la déclinaison des noms et des adjectifs en lituanien, l’accentuation est déterminée :

    • d’une part, pour certains cas, par des règles générales ou « contraintes » qui ne dépendent pas du mot considéré,
    • et d’autre part, pour les autres cas, par des propriétés accentuelles propres à des ensembles de mots.

    1. Les contraintes générales de l’accentuation

    1.1. Contraintes valables quel que soit le type de déclinaison.

    72L’accusatif singulier et le datif singulier ne sont jamais accentués sur la terminaison dans les noms.

    73Les adjectifs ne peuvent pas non plus être accentués sur la terminaison à l’accusatif singulier, ni au datif féminin singulier ; mais il n’y a pas de contraintes d’accentuation pour le datif singulier masculin (en -am).

    1.2. Contraintes spéciales liées au type de déclinaison

    74Dans la première déclinaison, pour les adjectifs comme pour les noms, le génitif singulier n’est jamais accentué sur la terminaison (ex : gẽro brólio « bon frère » (génitif singulier)).

    75Le nominatif singulier est également à terminaison atone pour les noms du type fondamental (nãmas la maison) ou composé (kẽlias la route), ainsi que pour les trois types d’adjectifs (žẽmas bas, žãlias vert, dìdelis grand).

    76Mais il n’y a pas de contrainte accentuelle pour les noms de la première déclinaison mixte (brólis le frère, arklỹs le cheval).

    77Dans les quatre déclinaisons où la terminaison du nominatif pluriel comporte un « s » (terminaison dite « sigmatique »), l’accent ne peut pas se trouver sur la terminaison (tur̃gūs les marchés, šãlys les pays, sãlos les îles, gė̃lės les fleurs).

    2. Les types accentuels de noms et d’adjectifs

    78Les noms et les adjectifs se distinguent à la fois par deux sortes de propriétés d’accentuation :

    • l’accentuation des cas « cardinaux »
    • et la tendance générale à une accentuation terminale des cas « libres ».

    2.1. Les contraintes conditionnelles d'accentuation des cas « cardinaux ».

    79L’accusatif pluriel et l’instrumental singulier à terminaison brève monosyllabique (en ‑u ou bien ‑a ou encore ‑e, à l'exclusion de ‑imi, ‑umi) sont atones pour certains mots, ce qui constitue le type accentuel A.

    Exemples :

    stogaĩ (les toits)>acc. plur. stógus
    galvà (la tête)>instr. sing. gálva, acc. plur. gálvas

    80Pour d’autres mots, ces mêmes cas sont nécessairement accentués, ce qui constitue le type accentuel B.

    Exemples :

    nãmas (la maison)> instr. sing. namù
    pir̃štai (les doigts)>acc. plur. pirštùs
    rañkos (les mains)> acc.plur. rankàs

    2.2. La tendance accentuelle propre des noms ou des adjectifs

    81Pour les cas dont l’accentuation n’est pas déterminée par des contraintes générales (accusatif singulier, datif singulier), ni par des contraintes restreintes (nominatif pluriel sigmatique ou d'autres cas selon les types de déclinaison), ni par des contraintes conditionnelles (appartenance au type A ou au type B), il existe deux tendances accentuelles :

    • la tendance 1, qui implique une accentuation radicale (ex. : pir̃štai, rañkomis, etc.)
    • la tendance 2, qui implique une accentuation terminale (ex.: stogaĩ, namaĩ, galvomìs, etc.)

    82Les mots se répartissent donc en quatre groupes selon ces deux sortes de propriétés accentuelles combinées. Ces quatre groupes sont traditionnellement classés de la façon suivante :

    Groupe 1 :Accentuation A1
    Groupe 2 :Accentuation B1
    Groupe 3 :Accentuation A2
    Groupe 4 :Accentuation B2

    Tableau des groupes d’accentuation selon les deux sortes de facteurs qui les déterminent

    Tendance radicale (1)Tendance terminale (2)
    Formes cardinales atones (A)A1A2
    Formes cardinales accentuées (B)B1B2

    83Remarque : Les mots d’accentuation A1 (groupe 1) sont accentués de façon stable sur le radical à tous les cas.

    84Particularités :

    • Dans la première déclinaison fondamentale (mots à nominatif en ‑as), le locatif singulier du groupe B1 est accentué sur la terminaison (ex.: pir̃štas (le doigt) > pirštè).
    • Dans la deuxième déclinaison fondamentale (nomin. sing. en ‑a) ou composé (nomin. sing. en ‑ia), le nominatif singulier du groupe B1 est accentué sur la terminaison (ex. : rankà (la main), galià (la puissance)).

    Éléments de morphologie nominale. Observations sur les adjectifs

    1. Modèles fondamentaux de déclinaison des noms des 5 classes

    I  -   šìl-as, la forêtBases désinentielles diverses 
    II -   al-ùs, la bièreBases désinentielles de type   /u/
    III -  šal-ìs, le paysBases désinentielles de type   /i/
    IV -  sal-à, l'îleBases désinentielles de type   /a/
    V  -  gėl-ė̃, la fleurBases désinentielles de type   /e/
    SingulierIIIIIIIVV
    Nominatif šìl-asal-ùsšal-ìssal-àgėl-ė̃
    Accusatifšìl-ąãl-ųšãl-įsãl-ągė̃l-ę
    Génitif šìl-oal-aũsšal-iẽssal-õsgėl-ė̃s
    Vocatifšìl-e!al-aũ!šal-iẽ!sãl-a!gė̃l-e!
    Instrumentalšil-ùal-umìšal-imìsal-àgėl-è
    Datif šìl-uiãl-uišãl-iaisãl-aigė̃l-ei
    Locatifšil-èal-ujèšal-yjèsal-ojègėl-ėjè
    Illatifšil-añal-uñšal-iñsal-õngėl-ė̃n
    PlurielIIIIIIIVV
    Nominatif šil-aĩãl-ùsšãl-yssãl-osgė̃l-ės
    Accusatifšil-ùsal-ùsšal-ìssal-àsgėl-ès
    Génitif šil-ų̃al-ų̃šal-ių̃sal-ų̃gėl-ių̃
    Instrumentalšil-aĩsal-umìsšal-imìssal-omìsgėl-ėmìs
    Datif šil-ámsal-ùmsšal-ìmssal-ómsgėl-ė́ms
    Locatifšil-uosèal-uosèšal-ysèsal-osègėl-ėsè

    2. Les quatre systèmes de déclinaison des adjectifs

    2.1. Panorama des formes

    85Les formes de masculin des adjectifs sont en grande partie semblables à celles des noms des classes I et II, tandis que les formes de féminin sont toutes empruntées aux types de noms féminins des classes IV ou V. Elles ne seront donc pas données ici.

    86Il n’y a pas d’adjectifs sur le modèle des noms de la classe III.

    87L’association des types de masculin (classes I ou II) avec les types de féminin (classes IV ou V) peut être constituée de façons diverses, ce qui donne quatre systèmes d’adjectifs. L’association de tel type de masculin avec tel correspondant de féminin est dans une certaine mesure arbitraire.

    88Le système 3 ne s’applique pas de la même façon aux pronoms ou aux participes, et le système 4 n’existe que pour les adjectifs.

    MasculinClasseFémininClasse Sens
    1žìl-asI, fondam.žìl-àIV, fondam.grisonnant
    2žãl-iasI, composéžal-iàIV, composévert
    3dìdel-isI, mixtedìdel-ėVgrand
    4gil-ùsII, fond.*gil-ìIV mixteprofond

    89La plupart des adjectifs dérivés à nominatif singulier masculin en ‑is, comme medìnis (en bois) se distinguent sur certains points du type illustré par dìdelis et constituent un système apparenté au système 3. (Voir ci‑dessous)

    90Le masculin des quatre systèmes d’adjectifs3

    Singulier(1) grisonnant(2) vert(3) grand(4) profond
    Nominžìl-asžãl-iasdìdel- isgil-ùs
    Acc.žìl-ąžãl-iądìdel- įgìl-ų
    Gén.žìl-ožãl-iodìdel-iogil-aũs
    Instr.žil-ùžal-iùdìdel-iugil-iù
    Dat.žil-ámžal-iámdidel-iámgil-iám
    Locžil-amèžal-iamèdidel-iamègil-iamè
    pluriel
    Nominžil-ìžal-ìdidel-ìgìl-ùs
    Acc.žil-ùsžal-iùsdìdel- iusgil-iùs
    Gén.žil- ų̃žal-ių̃didel-ių̃gil-ių̃
    Instr.žil-aĩsžal-iaĩsdidel- iaĩsgil-iaĩs
    Dat.žil-íemsžal-íemsdidel-íemsgil-íems
    Locžil-uosèžal-iuosèdidel-iuosègil-iuosè
    Singulier(1) blanc(2) vertical(3) tout petit(4) large
    Nominbált-asstãč-iasmažýt-isplat-ùs
    Acc.bált-ąstãč-iąmažýt-įplãt-ų
    Gén.bált-ostãč-iomažýč-ioplat-aũs
    Instr.bált-ustač-iùmažýč-iuplač-iù
    Dat.balt-ámstač-iámmažýč-iamplač-iám
    Locbalt-amèstač-iamèmažýč-iameplač-iamè
    pluriel
    Nominbalt-ìstat-ìmažýč-aiplãt-ūs
    Acc..bált-ùsstač-iùsmažýč-iusplač-iùs
    Gén.balt-ųstač-iųmažýč-iųplač-ių
    Instr.balt-aĩsstač-iaĩsmažýč-iaisplač-iaĩs
    Dat.balt-íemsstat-íemsmažýč-iamsplat-íems
    Locbalt-uosèstač-iuosèmažýč-iuoseplač-iuosè

    91Accentuation : 

    92Comparer bált-as   (type A2) → bált-u, bált-us   avec žìl-as  (type B2) → žil-ù, žil-ùs  

    93Rappelons que les adjectifs non dérivés, dont le radical est ordinairement monosyllabique, ont régulièrement une accentuation à tendance terminale (A2 ou B2). Ce caractère se manifeste presque à tous les cas du pluriel, mis à part :

    • l’accusatif pluriel qui dépend de l’intonation syllabique du radical (A → accent radical à l’accusatif pluriel, comme à l’instrumental singulier)
    • le nominatif pluriel à désinence sigmatique pour les adjectifs du quatrième système qui appartiennent à la deuxième classe, malgré une large influence de la première classe.

    94L’adjectif dìdel-is qui est dérivé à partir d’un simple dìdis, a aussi une accentuation terminale, malgré sa dérivation ; mais son nominatif singulier masculin dìdel‑is  et féminin dìdel‑ė a exceptionnellement une accentuation radicale.

    95Au singulier, les adjectifs de la première classe de déclinaison (žìl‑as, žãl‑ias, dìdel‑ is), qui entrent dans les trois premiers systèmes, ont une accentuation radicale au nominatif, à l’accusatif et au génitif. Cette accentuation est remarquable pour dìdel‑is car les noms correspondants de déclinaison mixte qui ont une accentuation A2 comme dìdel‑is ont un nominatif à terminaison accentuée en ‑ỹs (exemple: arklỹs,  un cheval). Les adjectifs de ce type avec une terminaison accentuée ‑ỹs sont très rares (kairỹs, gauche ; dešinỹs, droit).

    2.2. Observations particulières sur les applications de la déclinaison adjectivale

    961. La deuxième série d’exemples traités ci‑dessus (bált‑as, stãč‑ias, mažýt‑is, plat‑ùs) montre le comportement des radicaux en dentales occlusives.

    97Dans la déclinaison composée du deuxième système adjectival appartenant à la première classe de déclinaisons (modèles žãl‑ias, stãč‑ias) les terminaisons ont une base désinentielle en diphtongue secondaire (ia-, io-, iu-) sauf à deux cas :

    • le nominatif pluriel (žal‑ì,)
    • et le datif pluriel (žal‑íems).

    98Il y a une mutation consonantique de la dentale finale du radical devant les diphtongues secondaires partout sauf à ces deux cas (stat‑ì,  stat‑íems). Il faut par conséquent se méfier des adjectifs qui ont un č ou bien un dž à la fin du radical servant de thème au nominatif singulier. En fait, ces adjectifs sont peu nombreux ; la déclinaison de type žalias sert principalement pour le superlatif en ‑iausias, ce qui lui donne malgré tout une importance non négligeable. La liste presque exhaustive des adjectifs qui suivent les modèles žãl‑ias, stãč‑ias est donnée en annexe ci‑dessous4.

    992. Les adjectifs du troisième système (modèles dìdelis, mažýtis) n’ont pas de diphtongue secondaire au nominatif et à l’accusatif singulier. On n’a donc pas de mutation à attendre pour les consonnes dentales occlusives à ces deux cas‑là ; les mutations ne commencent au singulier qu’à partir du génitif.

    100Mais le troisième système adjectival comprend deux variantes : 

    • la première variante, illustrée par le modèle dìdel‑is et appliquée à tous les comparatifs (tels que gerèsnis, didèsnis, etc.) a un système désinentiel qui se déduit du modèle žãlias en substituant les désinences ‑is et ‑į à ‑ias et ‑ią pour les deux premiers cas du singulier, ce qui est prévisible. Il n'y a donc rien de remarquable.
    • dans la deuxième variante du système à nominatif singulier en ‑is, le pluriel n’a pas les terminaisons spéciales adjectivales ‑i au nominatif et ‑iems au datif ; on utilise à tous les cas des terminaisons de type nominal, donc un nominatif pluriel en ‑iai comme dans le nom bróliai et un datif pluriel en ‑iams comme dans le nom bróliams. Tandis que le singulier a le système désinentiel adjectival ; le pluriel a le système désinentiel nominal. Presque tous les adjectifs à nominatif singulier masculin en ‑is suivent cette deuxième variante, en particulier les nombreux mots en ‑inis tels que medìnis (en bois), auksìnis (en or), etc. Le mot mažýtis, donné ici comme exemple d’adjectif à radical en dentale /t/, est un dérivé de mãžas (petit) et il montre une application de la deuxième variante de déclinaison du masculin dans le troisième système adjectival.

    1013. Les adjectifs du quatrième système, tels que gil‑ùs, plat‑ùs, ont au masculin une déclinaison qui appartient à la première classe (type fondamental) pour les trois premiers cas du singulier. Mais les trois derniers cas ont les terminaisons du type composé de la première classe, comme žãlias. Cette combinaison de deux systèmes désinentiels : le type nominal fondamental de la deuxième classe, et le type adjectival composé de la première classe, apparaît de façon encore plus étrange au pluriel : seul le nominatif pluriel appartient clairement à la deuxième classe ; tous les autres cas ont des formes identiques à celles de la déclinaison adjectivale composée de la première classe, selon le modèle de žãlias ou stãčias.

    102Il peut être intéressant de comparer la déclinaison de ces adjectifs avec celle des noms de type composé de la deuxième classe

    Singulieramerfruitpluriel
    Nominkart-ùsvaĩs-iùskar̃t-ūsvaĩs-iai
    Acc..kar̃t-ųvaĩs-iųkarč-iùsvais-iùs
    Gén.kart-aũsvaĩs-iauskarč-ių̃vaĩs-ių
    Instr.karč-iùvaĩs-iumikarč-iaĩsvaĩs-iais
    Dat.karč-iámvaĩs-iuikart-íemsvaĩs-iams
    Lockarč-iamèvaĩs-iujekarč-iuosèvaĩs-iuosè

    103Le nom vaĩsius a le système désinentiel nominal composé de la première classe (comme kẽlias) à tous les cas du pluriel (même au nominatif).

    Éléments de morphologie des verbes

    104M. Chicouène (assemblage de diverses archives non publiées, 25 mai 2005)

    1. Système morphologique verbal et modèles de verbes.

    1051. La structure du système morphologique d’un verbe, en lituanien, n’est pas très complexe. Il n’y a que six temps simples conjugués sans auxiliaire. Il s’y ajoute les temps composés formés en conjuguant l’auxiliaire être, associé à un participe qui s’accorde avec le sujet.

    106Il y a neuf participes dont la variation est à peu près semblable à celle des adjectifs ; et quatre gérondifs qui sont invariables et sont en fait des thèmes de participes dépourvus de marque de flexion.

    107Quatre des six temps simples ont une valeur modale d’indicatif :

    • le prétérit,
    • le passé itératif,
    • le présent,
    • le futur.

    108Les deux autres temps5 sont l’impératif et l’hypothétique, qui sert de conditionnel ou de subjonctif.

    1092. Les réalisations de ce système morphologique (c’est‑à‑dire la façon de conjuguer un verbe et de former ses participes) sont variées, au moins en apparence ; et cette diversité est l’une des principales difficultés du lituanien pour les étrangers qui l’apprennent : la conjugaison est au premier abord déconcertante. Pourtant, cette diversité n’est pas dépourvue d’ordre, et elle se simplifie si on met en évidence son organisation en classant les différents modèles de verbes.

    110Il faut d’abord observer que le passé itératif, le futur, l’impératif et l’hypothétique se conjuguent de la même façon pour tous les verbes, et leurs thèmes se déduisent régulièrement du thème de l’infinitif ; quant aux participes, leurs thèmes se déduisent de celui de l’infinitif, ou bien des thèmes de conjugaison (passé, présent, futur). La diversité des modèles de verbes affecte donc trois formes fondamentales de référence qui déterminent toutes les autres : l’infinitif, le présent et le prétérit (ou passé défini).

    111L’ensemble des verbes lituaniens se divise en cinq classes selon les systèmes désinentiels utilisés pour conjuguer le présent et le prétérit. En outre, la structure des thèmes auxquels s’appliquent ces systèmes désinentiels peut être diverse, au moins pour ce qui concerne le présent. Il y a donc dans chaque classe plusieurs modèles de conjugaison. Les verbes d’une même classe se répartissent en sections, et une section peut comprendre différents groupes de verbes correspondant chacun à un modèle différencié de réalisation du système morphologique verbal.

    2. Organisation de la conjugaison

    112Au sens strict, la conjugaison est la variation du verbe selon les différentes personnes que peut représenter le sujet.

    113En lituanien classique, le verbe conjugué peut être, comme le sujet, au singulier, au duel ou au pluriel. Dans l’usage moderne, le duel n’est plus usuel. Mais il est virtuellement possible, et, sa présentation contribue à mettre en évidence l’organisation originale de la conjugaison.

    114Exemple : le présent du verbe sùpti   (entourer, envelopper).

    SingulierDuelPluriel
    1sup-usup-avasup-ame
    2sup-isup-atasup-ate
    3sup-asup-asup-a

    2.1. Constitution des terminaisons.

    115On a séparé dans ce tableau par un trait d’union le thème et la terminaison. Les terminaisons constituent ensemble un système désinentiel. Le thème est ce à quoi s’appliquent les terminaisons. On constate que dans cette conjugaison le thème est identique pour toutes les formes.

    116Si on observe le système désinentiel, on constate que presque toutes les terminaisons (sauf du singulier) commencent par le même élément /a/. Cet élément ne sert donc pas à les différencier. La différenciation n’est représentée que par les éléments qui suivent (‑va, ‑ta, ‑me, ‑te) qui sont à proprement parler les désinences. Elles sont précédées de la voyelle prédésinentielle /a/ qui n’a, devant ces désinences significatives, qu’un rôle de jonction.

    117On constate en outre que les formes des troisièmes personnes n’ont pas, à proprement parler, de désinence : elles n’ont que la voyelle prédésinentielle et sont indifférenciées.

    118Cette forme, qui ne porte pas de marque de conjugaison personnelle, représente le temps de façon générale sans accord avec les divers sujets possibles jìs (il), juõdu (eux deux), jiẽ (ils). Si aucun sujet n'est exprimé ou implicite, elle a une valeur de personne à sujet indéterminé, correspondant à l’utilisation en français du pronom indéfini on.

    119Les terminaisons des deux premières personnes du singulier sont dépourvues de voyelle prédésinentielle : elles sont constituées seulement par les désinences (‑u et ‑i).

    2.2. Variations d’accentuation

    120Dans l’exemple considéré, l’accent est sur la terminaison aux deux premières personnes ; il recule ensuite sur le thème pour tout le reste de la conjugaison. On peut admettre comme règle générale d’accentuation que l’accent ne se trouve jamais sur une terminaison si elle comporte une voyelle prédésinentielle.

    121Les thèmes d’accentuation A (marquée par l'accent aigu sur la dernière voyelle du thème, ou par une accentuation quelconque sur toute autre syllabe du thème) ont une accentuation stable.

    122Les thèmes d’accentuation B (marquée par le tilde sur la dernière voyelle si elle est longue ou diphtonguée, et par l'accent grave si elle est brève) donnent une accentuation variable au présent et au prétérit : l’accent est terminal aux deux premières personnes du singulier dépourvues de la voyelle prédésinentielle, et radical pour les autres formes.

    3. Aperçu de la conjugaison des verbes des cinq classes

    au présent (cf. Parlons lituanien, p. 191) et au passé défini

    Classe I : pir̃k-ti (acheter)

    mieg ó-ti (dormir)

    dėkó-ti (dormir)

    Classe II : kèp-ti (cuire)

    Classe III : veĩk-ti (agir)

    kviẽs-ti (inviter)

    Classe IV : saký-ti (dire)

    žinó-ti (savoir)

    Classe V : tikė́-ti (croire)

    3.1. Rappel de notions d'analyse

    Racines, radicaux, thèmes

    1231. Dans un ensemble de mots apparentés par leur sens et leur origine, la racine est ce qui représente l’élément commun dans le sens de ces mots ou dans leur origine commune.

    124Exemple : dans miegóti (dormir), užmìgti (s’endormir), miẽgas (le sommeil), et probablement aussi maigū̃nas (la banquette), la racine est mieg‑/mig‑/(maig‑ ?). Elle se présente sous deux (ou trois ?) formes différentes, mais apparentées entre elles, la voyelle brève /i/ et la diphtongue /ie/ (éventuellement aussi la diphtongue /ai/) étant des degrés de développement de la même série vocalique. La racine d’un ensemble de mots peut donc se présenter sous plusieurs formes apparentées par des relations phonologiques régulières.

    125La racine peut être précédée d’un préfixe ou suivie d’un suffixe pour donner les radicaux de divers mots.

    užmìg- radical composé de užmìgti ; maigū̃n-, radical dérivé  de maigū̃nas

    126La notion de racine est une notion de lexicologie. 

    1272. Dans plusieurs formes d’un même mot, le radical est ce qui représente la signification lexicale commune aux diverses formes.

    dans kviẽskite ! (invitez !), kviẽčiame (nous invitons), kvieteĩ (tu invitais), les formes  kviẽs‑, kviẽč‑, kviet‑ représentent l’idée du verbe signifiant l’action d'inviter, tandis que les éléments ‑kite, ‑iame, ‑ei représentent les notions grammaticales de deuxième personne à l’impératif, de première personne du pluriel au présent indicatif, de deuxième personne du singulier du passé défini.

    1283. Dans un système élémentaire de formes grammaticales faisant partie de la variation régulière d’un mot (comme un temps donné dans la conjugaison d'un verbe), le système des terminaisons du mot qui se remplacent mutuellement pour marquer les diverses formes est un système désinentiel.

    129Par exemple dans le tableau des formes de la conjugaison du verbe pir̃kti au présent, donné précédemment, les parties des mots séparées par un trait d’union et constituant des terminaisons forment ensemble un système désinentiel. De même dans la conjugaison du passé défini du même verbe.

    130Le thème est la partie du mot à laquelle s’applique un élément du système désinentiel, ce qui reste du mot quand on fait abstraction de la terminaison.

    131Par exemple dans l’infinitif miegóti, le thème auquel se joint la terminaison caractéristique de l'infinitif est miegó‑. Ce thème est constitué par le radical mieg‑ auquel s’ajoute un élément thématique /o/ qui particularise le thème de l'infinitif, différent du thème du présent. Dans la première personne du présent miegù, comme dans les autres personnes du présent, le thème mieg‑ est identique au radical du verbe, sans adjonction ni modification.

    Désinences, base désinentielle, voyelle prédésinentielle

    132Dans la conjugaison du lituanien, la nature particulière de la voyelle qui se trouve au début d’une terminaison a une importance considérable, car selon que cette voyelle est palatalisante ou vélarisante, la prononciation de la consonne précédente change ; et si au début de la terminaison se trouve une polyphtongue (diphtongue ou triphtongue) secondaire, cette polyphtongue détermine éventuellement la mutation d'une consonne dentale à la fin du thème, comme on le voit à la première personne du singulier du passé du verbe kviẽsti, ou à toutes les personnes sauf la deuxième du singulier dans la conjugaison du présent de ce même verbe. La voyelle qui commence une terminaison est la base désinentielle de cette terminaison.

    133La base désinentielle peut n’être suivie de rien, et constituer à elle seule toute la terminaison, comme on le voit à chacune des trois personnes du singulier du présent du verbe pir̃kti. À la première personne du singulier dans le passé du verbe kviẽsti, la base désinentielle est la triphtongue secondaire ‑iaũ qui constitue aussi à elle seule toute la terminaison.

    134Une désinence est ce qui, dans une terminaison, sert à la particulariser en la distinguant des autres formes du même système et en représentant le sens grammatical particulier qu’a cette forme dans le cadre du système donné. Par exemple –u marque la première personne du singulier, ‑i marque la deuxième personne du singulier. Mais dans les terminaisons de la première et de la deuxième personne du pluriel, dans lesquelles ‑me est la désinence de la première personne, et ‑te est la désinence de la deuxième personne, le /a/ qui précède ces désinences est commun, et il se trouve en outre à la troisième personne du singulier comme du pluriel. Il ne signifie donc rien de particulier ; il ne sert que comme élément de jonction dépourvu de signification ; c’est une voyelle prédésinentielle.

    135Une terminaison peut être formée d’une désinence précédée d’une voyelle prédésinentielle.

    136La troisième personne n’a pas de désinence ; autrement dit, sa désinence est nulle et rien ne distingue le singulier du pluriel (ni du duel). La voyelle prédésinentielle ainsi employée sans désinence ne sert en fait qu’à constituer une sorte de prolongation du thème, et la notion ambiguë de thème élargi, ainsi constitué, a une certaine utilité pratique car le « thème élargi » représente de façon commode le choix du système désinentiel utilisé pour conjuguer un temps donné dans une classe ou un type donné. On définit pratiquement le type de conjugaison d’un verbe au présent et au passé en donnant avec son infinitif la forme du « thème élargi » (qui n'est pas à proprement parler un thème).

    Exemples :

    pir̃kti  → per̃ka, pir̃ko  (acheter)

    kèpti  → kẽpa, kẽpė  (cuire, rôtir)

    miegóti  → miẽga, miegójo  (dormir)

    žinóti     → žìno,      žinójo  (savoir)

    3.2. Analyse des formes et principes de leur constitution

    3.2.1. Structure et fonctionnement des systèmes désinentiels

    137Observons qu’en lituanien le système désinentiel n’indique pas nécessairement par lui‑même le temps du verbe : le système de terminaisons utilisé au passé défini pour le verbe pir̃kti est employé pour conjuguer le présent du verbe sakýti ou du verbe žinóti. Dans le cadre dans lequel il est employé, chacun de ces systèmes est constitué par un ensemble de terminaisons qui se remplacent mutuellement pour marquer les différentes personnes.

    138Le tableau des principaux exemples de conjugaison donné ci‑dessus montre quatre systèmes différents pour la conjugaison du présent, qu’on peut représenter par leur voyelle prédésinentielle : en ‑a, en ‑ia, en ‑o, en ‑i. Le système en ‑o, qui sert pour le présent des verbes de la quatrième classe, est en outre largement utilisé pour le passé.

    139Chacune des cinq classes de verbes se caractérise principalement par la combinaison des systèmes désinentiels servant à la conjugaison du présent d’une part, et du passé défini d’autre part.

    • Classe I  : -a,  -o 
    • Classe II : -a,  -ė 
    • Classe III : -ia, -ė 
    • Classe IV : -o,  -ė  (ou bien -o, -o avec changement de thème)
    • Classe V : -i,  -o (avec changement de thème)

    140Les systèmes désinentiels en ‑a, en ‑ia, et en ‑o utilisés pour la conjugaison du présent des verbes des diverses classes sont apparentés. Les deux derniers se déduisent du premier par une relation de composition à partir d’un système fondamental simple.

    141Ce système fondamental en /a/, qui sert pour le présent de la première et de la deuxième classes, n’a aux deux premières personnes du singulier que des désinences simples constituées par les voyelles brèves /u/ et /i/, et pour toutes les autres personnes (y compris le duel qui n’est pas donné dans le tableau ci‑dessus) la voyelle prédésinentielle brève /a/ sert comme base désinentielle simple.

    142L’élément /ia/ (au présent de la classe III) est une composition de i + a associés dans la diphtongue secondaire /ia/. Dans cette diphtongue secondaire, la semi‑voyelle initiale ne se prononce pas, mais elle se manifeste dans la prononciation fortement palatalisée de la consonne qui précède (ou sa mutation si c’est une dentale occlusive), ainsi que dans le changement phonétique de [a] en [e] pour le timbre vocalique, selon la norme actuellement admise.

    143Il ne peut pas exister de composition produisant une diphtongue secondaire à la deuxième personne du singulier puisque la désinence fondamentale est la voyelle /i/.

    144L'élément /o/ (présent de la classe IV, ou passé de la classe I entre autres) résulte de la fusion de la voyelle prédésinentielle /a/ avec un autre /a/ de composition précédant cette voyelle prédésinentielle.

    145La séquence /a + a/ devrait donner un */a/ long ; mais cette voyelle n’existe pas dans le système phonématique des voyelles simples en lituanien ; c’est, avec une inflexion vocalique, la voyelle longue /o/ qui la supplée régulièrement (voir les fondements de phonologie du lituanien). La structure composée du système en ‑o se voit encore plus clairement aux deux premières personnes de la conjugaison : l’élément de composition /a/ (vestige d’une ancienne finale des radicaux, dont on trouve l’équivalent en latin et en grec ancien dans les verbes à radicaux en /a/) se reconnaît sans difficulté dans les diphtongues /au/ et /ai/ qui servent de terminaisons : les désinences fondamentales /u/ et /i/ s’y trouvent réduites au rôle de semi‑voyelles dans la constitution de diphtongues associatives.

    146L’élément /i/ caractérise de façon originale le système désinentiel du présent de la classe V.

    147Tandis que les trois premiers systèmes désinentiels sont étroitement liés, le système en ‑i, qui sert pour la conjugaison du présent des verbes de la classe V, diffère radicalement des autres par sa voyelle prédésinentielle : elle n’a aucun rapport avec le /a/ qui est la caractéristique commune des systèmes précédents.

    148On observe en outre que la terminaison de la première personne du singulier est de structure composée avec l’élément prévocalique palatalisant qui entre dans la constitution d'une diphtongue secondaire /iu/ comme à la première personne du singulier des verbes de la classe III. Il ne peut pas exister de composition aux autres personnes puisque la voyelle /i/ qui est la désinence de la deuxième personne du singulier, ou la prédésinentielle des personnes suivantes, n’admet pas de composition.

    149Les verbes de la classe V qui ont un radical en consonne dentale occlusive, servant de thème du présent, subissent donc une mutation consonantique à la première personne du singulier :

    girdėti → aš girdžiù, tù girdì, jìs gir̃di, etc.

    150Observons que l’accentuation de la troisième personne de ce verbe diffère de celle de la deuxième, car l'accent ne peut pas affecter une terminaison qui comporte une voyelle prédésinentielle. L’accent peut donc être terminal aux deux premières personnes du singulier, qui n’ont jamais de voyelle prédésinentielle ; mais il n'est jamais sur les autres terminaisons dans la conjugaison.

    151La conjugaison du passé se fait avec deux systèmes désinentiels :

    • le système en ‑o, décrit et analysé ci-dessus, utilisé aussi bien pour le présent des verbes de la classe IV,
    • le système en ‑ė qui ne sert qu'au passé.

    152Le système en ‑ė se déduit du système composé en ‑o par une composition supplémentaire à l’aide de l’élément prévocalique palatalisant i‑ qui transforme à la première personne du singulier la diphtongue /au/ en triphtongue secondaire /iau/. À la deuxième personne, la séquence /ia/ (comportant les deux éléments de composition i et a) est transformée en /e/ devant la désinence ‑i qui est la marque générale de la deuxième personne dans la diphtongue /ei/.

    153Quant à la voyelle prédésinentielle impliquant le degré long de la voyelle /e/ (à partir de la troisième personne du singulier), elle est affectée par l’inflexion vocalique qui donne le phonème /ė/. Soit en résumé :

    • i + au → iau
    • i + ai →  ei
    • i+ aa →  ė

    3.2.2. Diversité des thèmes de conjugaison

    154Quand on passe du présent au passé défini ou à l’infinitif, les verbes lituaniens ne changent pas seulement de système désinentiel ; ils peuvent aussi changer de thème. Il n’est pas rare qu’un verbe lituanien ait ainsi trois thèmes de référence qui le caractérisent, et qui sont ordinairement donnés dans les dictionnaires par le biais des « thèmes élargis » du présent et du passé mentionnés après l’infinitif. Il existe en outre des thèmes particuliers pour d’autres sortes de formes : celles du futur, de l’hypothétique, de l’impératif ; mais ces thèmes‑là sont régulièrement dérivés du thème de l’infinitif. Ils seront donc traités d'un point de vue pratique en passant en revue les formes concernées.

    L’infinitif

    155L’infinitif est toujours marqué par le suffixe désinentiel ‑ti atone. Dans l’usage parlé ou en poésie, il arrive que la voyelle /i/ soit élidée, surtout quand le suffixe est précédé d’une voyelle (→ dėkót au lieu de dėkóti, miegót au lieu de miegóti, tikėt au lieu de tikėti).

    156Dans un grand nombre de verbes, le thème de l’infinitif est pourvu d’un élément thématique ajouté au radical. Les éléments thématiques entrant dans la constitution du thème de l’infinitif sont 

    • /ė/ ou /o/ dans la première classe ; ex. : mieg-ó-ti (dormir), kalb-ė́-ti (parler).
    • /y/ ou /o/ (exceptionnellement /ė/) dans la quatrième classe ; ex. : sak-ý-ti (dire), žin‑ó‑ti (savoir)
    • toujours /ė/ dans la cinquième classe ; ex : myl-ė́-ti (aimer), gird-ė́-ti (entendre).

    157Dans les classes IV et V, tous les infinitifs sont formés avec un élément thématique.

    158L’accentuation des infinitifs « thématiques » (c’est‑à‑dire ceux dont le thème de l’infinitif est pourvu d’une voyelle thématique) est normalement sur l’élément thématique. Cette accentuation de l’infinitif est sans relation avec l’accentuation du présent, sauf dans le premier type de verbes de la classe IV6.

    159Dans de nombreux verbes de la classe I à radicaux en consonne, et dans presque tous les verbes des classes II et III, l’infinitif est dit « athématique », ce qui est une façon condensée de dire qu’il est formé sans élément thématique ajouté au radical.

    160Dans les verbes « athématiques » à radicaux en consonne, si la dernière consonne du radical est une dentale occlusive (/t/ ou /d/) cette occlusive est remplacée dans le thème de l’infinitif par la sifflante sourde /s/, ce qui s’appelle une atténuation (à ne pas confondre avec la mutation de /t/ en /č/ et de /d/ en /dž/ qui a lieu régulièrement dans la conjugaison devant toute diphtongue secondaire). Par exemple le radical kviet‑ du verbe signifiant inviter devient kvies‑ dans le thème de l'infinitif kviẽsti (classe III).

    161D’assez nombreux verbes de la première classe, et quelques verbes de la deuxième classe ont un radical en voyelle qui sert de thème d’infinitif sous sa forme de référence, sans élément thématique. Il en résulte une difficulté pratique pour identifier le radical d’un verbe dont l’infinitif a un thème en voyelle si ce thème comporte plus d’une syllabe. Par exemple, rien ne permet de distinguer d’après l'infinitif un verbe à radical consonantique ayant un élément thématique à l'infinitif, comme miegóti avec un /o/ qui ne se trouve que dans le thème de l'infinitif, non dans le thème du présent, et d’autre part un verbe à radical vocalique comme dėkóti, dans lequel le /o/ est un suffixe qui sert à former le radical du verbe et figure à toutes les formes de ce verbe.

    162De façon générale, l’infinitif ne renseigne pas précisément sur la conjugaison du verbe au présent ou au passé défini. L'infinitif du verbe miegóti, qui appartient à la première classe, ressemble à l'infinitif du verbe žinóti appartenant à la quatrième classe.

    Observations sur la conjugaison du présent

    163Dans la conjugaison du présent des verbes de la première classe, les radicaux en voyelles, qui servent comme thèmes d'infinitif, sont presque toujours pourvus d’un yod thématique pour former le thème du présent.

    164Par exemple :

    • le verbe dėkóti (remercier) a comme thème du présent dėkó + j dans dėkój‑u,  dėkój‑i,  dėkój‑a,  etc. 
    • le verbe melúoti (mentir) se conjugue melúoj‑u,  melúoj‑i,  melúoj‑a,…
    • le verbe tarnáuti (servir) se conjugue tarnáuj‑u,   tarnáuj‑i,   tarnáuj‑a,…

    165Cependant quelques verbes dont le thème de l'infinitif est en voyelle ont un thème de présent formé de façon particulière, comme le verbe eĩti (aller) → ein‑ù, ein‑ì, eĩn‑a ; le verbe gáuti (recevoir) → gáun‑u, gáun‑i...

    166Le verbe bū́‑ti (être) peut avoir une conjugaison būn‑ù, būn‑ì, bū̃n‑a, avec un sens itératif (être souvent ou habituellement)

    167Le verbe dė́ti (mettre, déposer) a pour présent ded‑ù, ded‑ì, dẽd‑a, etc.

    168Dans des verbes peu nombreux à thème d’infinitif en /ū/ comme žū́‑ti (périr) le thème du présent est en consonne /v/ et l’accentuation du présent est terminale aux deux premières personnes, puis tildée sur le radical aux autres personnes.

    169Dans la première classe de nombreux verbes à radicaux en consonnes ont un thème de présent et un thème de passé identiques au radical. Ce sont principalement des verbes dérivés avec les suffixes ‑en comme gyvénti (vivre) ou ‑in comme gamìnti (produire), et un petit nombre de verbes à radicaux simples sans suffixe de dérivation comme bė́gti (courir).

    170Mais dans de nombreux verbes à radicaux consonantiques non dérivés, le thème du présent est particularisé :

    • soit par une modification de la voyelle interne du radical,
      ex. : pir̃k-ti  →  per̃k-a (acheter) ; sir̃g-ti  →  ser̃g-a (être malade) ; kìlti  →  kỹla (s'élever)
    • soit par l’insertion d'une consonne nasale avant la dernière consonne du radical,
      ex. : tìk-ti  →  tiñk-a (convenir) ; tèk-ti  →  teñk-a (échoir) 
    • soit par l’adjonction d’un suffixe thématique ‑st (réduit à ‑t après une sifflante ou une chuintante)
      ex. : mė́g-ti  →  mė́gst-a (aimer) ; grį̃ž-ti  →  grį̃ž-ta (revenir) 

    171Dans la deuxième classe, divers verbes à radicaux en ‑au qui ne sont pas dérivés prennent un /n/ thématique pour former le thème du présent, comme le fait le verbe gáuti (recevoir) dans la première classe.

    aũti   →  aũn-a  (chausser) ; ráuti   → ráun-a (arracher)

    172Les verbes des troisième, quatrième classes et ceux de la cinquième ne présentent pas de difficultés particulières dans la conjugaison du présent.

    Le passé défini

    173Les formes du passé défini sont constituées à partir d’un thème qui est souvent différent de celui du présent, en utilisant seulement deux des systèmes désinentiels définis ci‑dessus : le système en ‑ė pour tous les verbes de la classe II, presque tous ceux de la classe III, et pour la majorité des verbes de la classe IV ; le système en ‑o pour tous les autres.

    174Le système en ‑o s’emploie pour tous les verbes de la première classe, quels qu’ils soient, ainsi que les verbes des autres classes dont les thèmes d’infinitif ont une voyelle thématique, sauf dans la classe IV ceux qui ont la voyelle thématique /y/, comme sakýti.

    175Dans la première classe, les thèmes d’infinitifs en voyelle, à l’exception de /ū/ et des diphtongues /au/ et /uo/ ou des polyphtongues mixtes, servent de base à la formation du thème du passé. Le thème du passé est formé en ajoutant la consonne /j/ (yod) au thème de l’infinitif. Ce procédé est celui qui est utilisé au présent pour former le thème du présent des verbes à radicaux en voyelles. Cependant, dans la formation du thème du passé, il n’y a pas de différence de traitement entre les verbes dont le thème d’infinitif en voyelle est un radical, comme dans dėkóti, et ceux dans lesquels il y a une voyelle thématique ajoutée à un radical consonantique, comme mieg ó‑ti.

    dėkó-ti   → dėkó-jo  (remercier)
    mieg ó-ti   → mieg ó-jo (dormir)

    176Les verbes ayant un thème d’infinitif en voyelle /ū/, en diphtongues /au/ et /uo/ ou en polyphtongues mixtes /iau/ et /iuo/ ont un thème de passé en consonne ‑v :

    važiúoti → važiã-vo (aller en moyen de locomotion)
    tarnáuti → tarnã-vo (servir)

    177Dans la deuxième classe, les verbes non dérivés prenant un /n/ thématique au présent évoqués ci‑dessus, ont un thème de passé en consonne ‑v, avec parfois une alternance vocalique dans le radical :

    aũti   →  ãv-ė  (chausser) ; ráuti   → róv-ė (arracher)

    178Certains verbes de la troisième classe ont une alternance de voyelle dans le radical, avec une voyelle brève dans le thème du présent et une voyelle longue dans le thème du passé.

    gér-ti   → gẽria,  gė́r-ė  (boire); kélti   →  kẽlia, kė́l-ė (soulever)

    179Il n’y a pas de difficulté particulière pour la conjugaison des verbes de quatrième et cinquième classes au passé défini.

    Notes de bas de page

    1On peut citer par exemple le cas du locatif singulier des noms féminins en ‑a, où la voyelle finale est souvent élidée à l’oral, donnant : ‑oje > ‑oj ; ex : saloje > saloj (dans l’île), où o et j sont clairement deux phonèmes distincts, o étant la base désinentielle que l’on retrouve dans tout le paradigme de cette déclinaison, j appartenant à la marque ‑je caractéristique du locatif singulier (cp. šalyje (dans le pays), gėlėje (dans la fleur), turguje (au marché)). Pour la suite e + u, M. Chicouène renvoie sans doute moins à des cas comme celui où la voyelle e du préfixe de négation ne‑ se trouve juxtaposée au u initial d’une base (ex : neužimtas (nég.occupé, « libre »)), où les deux voyelles e + u appartiennent clairement à des monèmes différents, qu’à des cas, rares, comme le mot sudieu « au revoir », où la juxtaposition de e et u résulte d’une réduction de sudievu (avec‑dieu), lequel est également couramment élidé de la façon suivante : sudiev ; ici encore, e et u correspondent à deux phonèmes distincts, même si leur prononciation est tout aussi enchaînée que celle d’une diphtongue. Ce type de cas est semble‑t‑il à distinguer de ce celui de la transcription du vocalisme eu dans les mots empruntés : euras (euro), neutralus (neutre), neurochirurgija (neurochirurgie), etc., où la suite eu doit être considérée comme la notation d’une diphtongue, bien marginale dans la langue, certes. [Note des éditeurs]

    2L’indication en termes de vélarisation et palatalisation « faibles » peut sembler toute relative donc peu claire, difficile à appréhender, notamment pour les étudiants de lituanien francophones qui éprouvent souvent de grandes difficultés à reproduire la prononciation différente de ž dans gražus [beau] et graži [belle]. Elle est cependant juste et vise à souligner, d’une part, la différence avec une langue comme le russe, par exemple, où l’opposition entre prononciation vélarisée et palatalisée est nettement plus fortement marquée qu’en lituanien, d’où une prononciation des consonnes du russe assez notablement différente de celle des consonnes du français. Cette indication marque, d’autre part, l’existence des deux degrés de palatalisation existant en lituanien : palatalisation faible des consonnes devant voyelle postérieure, palatalisation forte devant les polyphtongues secondaires (voir plus bas et l’article (Slovo no 5) de M. Chicouène dans ce volume). [Note des éditeurs]

    3Ce début de la section 2.1. se retrouve dans le manuel Parlons lituanien, p. 62. [Note des éditeurs]

    4Les archives en notre possession ne comportent pas cette annexe. On signalera simplement qu’il existe une trentaine d’adjectifs usuels de ce type actuellement en lituanien. [Note des éditeurs]

    5L’emploi ici du terme « temps » (laikas), quand les grammaires optent généralement pour le terme « mode » (nuosaka) quand il s’agit de désigner ces deux types de formes (cf. par exemple la Grammaire de l’Académie Lietuvių kalbos gramatika, 2 tomas, Vilnius, Mintis, 1971, ou encore chez l’auteur lui‑même dans Parlons lituanien, Paris : L’Harmattan, 1998) marque peut-être une volonté de M. Chicouène de souligner la difficulté de la partition temps/modes et le caractère fondamentalement enchevêtré que ces notions revêtent dans les formes (voir S. de Voguë « Des temps et des modes », Le gré des langues, p. 65‑91, pour une discussion à ce sujet). [Note des éditeurs]

    6Les verbes en ‑yti de la IVe classe s’accentuent de la façon suivante au présent et au passé : - accentuation stable radicale (A) pour les verbes accentués sur le radical válgyti (manger), válgau (je mange), válgo (il mange) ; válgiau (je mangeais), válgė (il mangeait) ; - accentuation variable (B) pour les verbes accentués sur la voyelle thématique à l’infinitif : manýti (penser), manaũ (je pense), mãno (il pense), maniaũ (je pensais), mãnė (il pensait). [Note des éditeurs]

    Auteur

    • Michel Chicouène
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    Krikor Beledian et la littérature arménienne contemporaine

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    Anaïd Donabedian, Siranush Dvoyan et Victoria Khurshudyan (dir.)

    2021

    Premières étapes dans l'acquisition des langues étrangères

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    Dialogue entre acquisition et didactique des langues

    Marzena Watorek, Arnaud Arslangul et Rebekah Rast (dir.)

    2021

    « Un homme rare » : Michel Chicouène (1936-2017)

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    Études russes et lituaniennes

    Rémi Camus et Hélène de Penanros (dir.)

    2021

    Alphonse Dupront : De la Roumanie

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    Textes suivis d'une correspondance avec Emil Cioran, Mircea Eliade et Eugène Ionesco

    Stefan Lemny (éd.)

    2023

    La Yougoslavie que racontent les humanistes marxistes

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    Aux origines intellectuelles et culturelles des transitions yougoslaves, entre socialisme et nationalisme (des années 1920 aux années 1970)

    Sacha Markovic

    2024

    Tableau de bord des pays d’Europe centrale et orientale et d’Eurasie

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    Jean-Pierre Pagé et Julien Vercueil (dir.)

    2019

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    Quelques observations sur l’écriture du yod en russe et la théorie de l’écriture russe

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    La représentation des consonnes palatalisées dans l’écriture lituanienne moderne : structure du système graphique en rapport avec le système phonologique et le système morphologique

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    Un aspect peu connu et un rôle important de la Prusse

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    1On peut citer par exemple le cas du locatif singulier des noms féminins en ‑a, où la voyelle finale est souvent élidée à l’oral, donnant : ‑oje > ‑oj ; ex : saloje > saloj (dans l’île), où o et j sont clairement deux phonèmes distincts, o étant la base désinentielle que l’on retrouve dans tout le paradigme de cette déclinaison, j appartenant à la marque ‑je caractéristique du locatif singulier (cp. šalyje (dans le pays), gėlėje (dans la fleur), turguje (au marché)). Pour la suite e + u, M. Chicouène renvoie sans doute moins à des cas comme celui où la voyelle e du préfixe de négation ne‑ se trouve juxtaposée au u initial d’une base (ex : neužimtas (nég.occupé, « libre »)), où les deux voyelles e + u appartiennent clairement à des monèmes différents, qu’à des cas, rares, comme le mot sudieu « au revoir », où la juxtaposition de e et u résulte d’une réduction de sudievu (avec‑dieu), lequel est également couramment élidé de la façon suivante : sudiev ; ici encore, e et u correspondent à deux phonèmes distincts, même si leur prononciation est tout aussi enchaînée que celle d’une diphtongue. Ce type de cas est semble‑t‑il à distinguer de ce celui de la transcription du vocalisme eu dans les mots empruntés : euras (euro), neutralus (neutre), neurochirurgija (neurochirurgie), etc., où la suite eu doit être considérée comme la notation d’une diphtongue, bien marginale dans la langue, certes. [Note des éditeurs]

    2L’indication en termes de vélarisation et palatalisation « faibles » peut sembler toute relative donc peu claire, difficile à appréhender, notamment pour les étudiants de lituanien francophones qui éprouvent souvent de grandes difficultés à reproduire la prononciation différente de ž dans gražus [beau] et graži [belle]. Elle est cependant juste et vise à souligner, d’une part, la différence avec une langue comme le russe, par exemple, où l’opposition entre prononciation vélarisée et palatalisée est nettement plus fortement marquée qu’en lituanien, d’où une prononciation des consonnes du russe assez notablement différente de celle des consonnes du français. Cette indication marque, d’autre part, l’existence des deux degrés de palatalisation existant en lituanien : palatalisation faible des consonnes devant voyelle postérieure, palatalisation forte devant les polyphtongues secondaires (voir plus bas et l’article (Slovo no 5) de M. Chicouène dans ce volume). [Note des éditeurs]

    3Ce début de la section 2.1. se retrouve dans le manuel Parlons lituanien, p. 62. [Note des éditeurs]

    4Les archives en notre possession ne comportent pas cette annexe. On signalera simplement qu’il existe une trentaine d’adjectifs usuels de ce type actuellement en lituanien. [Note des éditeurs]

    5L’emploi ici du terme « temps » (laikas), quand les grammaires optent généralement pour le terme « mode » (nuosaka) quand il s’agit de désigner ces deux types de formes (cf. par exemple la Grammaire de l’Académie Lietuvių kalbos gramatika, 2 tomas, Vilnius, Mintis, 1971, ou encore chez l’auteur lui‑même dans Parlons lituanien, Paris : L’Harmattan, 1998) marque peut-être une volonté de M. Chicouène de souligner la difficulté de la partition temps/modes et le caractère fondamentalement enchevêtré que ces notions revêtent dans les formes (voir S. de Voguë « Des temps et des modes », Le gré des langues, p. 65‑91, pour une discussion à ce sujet). [Note des éditeurs]

    6Les verbes en ‑yti de la IVe classe s’accentuent de la façon suivante au présent et au passé : - accentuation stable radicale (A) pour les verbes accentués sur le radical válgyti (manger), válgau (je mange), válgo (il mange) ; válgiau (je mangeais), válgė (il mangeait) ; - accentuation variable (B) pour les verbes accentués sur la voyelle thématique à l’infinitif : manýti (penser), manaũ (je pense), mãno (il pense), maniaũ (je pensais), mãnė (il pensait). [Note des éditeurs]

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    Chicouène, M. (2021). Le système phonologique du lituanien. In R. Camus & H. de Penanros (éds.), « Un homme rare » : Michel Chicouène (1936-2017). Paris: Presses de l’Inalco. https://doi.org/10.4000/14799
    Chicouène, Michel. « Le système phonologique du lituanien ». In « Un homme rare » : Michel Chicouène (1936-2017), édité par Rémi Camus et Hélène de Penanros. Paris: Presses de l’Inalco, 2021. doi:10.4000/14799.
    Chicouène, Michel. « Le système phonologique du lituanien ». « Un homme rare » : Michel Chicouène (1936-2017), édité par Rémi Camus et Hélène de Penanros, Presses de l’Inalco, 2021, https://doi.org/10.4000/14799.

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    Camus, R., & de Penanros, H. (éds.). (2021). « Un homme rare » : Michel Chicouène (1936-2017). Paris: Presses de l’Inalco. https://doi.org/10.4000/1479g
    Camus, Rémi, et Hélène de Penanros, éd. « Un homme rare » : Michel Chicouène (1936-2017). Paris: Presses de l’Inalco, 2021. doi:10.4000/1479g.
    Camus, Rémi, et Hélène de Penanros, éditeurs. « Un homme rare » : Michel Chicouène (1936-2017). Presses de l’Inalco, 2021, https://doi.org/10.4000/1479g.
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