Chapitre 2. L'intégration professionnelle
Des années 1930 à l'après 1945
p. 53-80
Texte intégral
Les années 1930
« La situation, telle que je la vois – ici dans cette salle, avec autour de moi des femmes qui exercent pour la première fois dans l’histoire je ne sais combien de professions différentes – est extraordinairement captivante et importante. Les femmes ont désormais des pièces à elles, dans cette demeure qui était jusqu’alors la propriété exclusive des hommes. Vous les avez conquises. Vous êtes en mesure, au prix d’un travail acharné, d’acquitter le loyer. Vous gagnez vos cinq cents livres par an. Mais cette liberté n’est qu’un début ; la pièce est à vous, mais elle est encore nue. Elle doit être meublée ; elle doit être décorée ; elle doit être partagée avec d’autres. Comment allez-vous la meubler, comment allez-vous la décorer ? Avec qui allez-vous la partager, et à quelles conditions ? Ce sont là, me semble-t-il des questions extraordinairement importantes et captivantes. » Virginia WOOLF, Essais choisis : des professions pour les femmes, Conférence, du 21 janvier 1932, Paris, Gallimard, 2015, p. 386.
1La présence des femmes dans les métiers des bibliothèques est acquise. Le pointage des admis au Certificat d’aptitude aux fonctions de bibliothécaire (CAFB) est éloquent. En 1908, treize hommes se présentent alors qu’en 1919 trois femmes s’ajoutent aux onze candidats. En 1921, on compte sept femmes sur huit candidats. En 1924, un équilibre s’opère avec treize femmes sur vingt-quatre postulants.
2En juin 1926, Le Quotidien loue leurs efforts : « les femmes ne recherchent pas des professions qui sont des sinécures. Elles sont entrées avec grande difficulté, car l’examen est difficile en concurrence avec les aspirants à l’agrégation. »
3Le métier reste encore exercé par une majorité d’hommes mais face à la hausse du chômage, la sécurité de l’administration attire des candidats. Les emplois de direction sont masculins et le positionnement hiérarchique des femmes est modeste. Toutefois, au fil de la décennie, certaines réussissent à progresser ; elles agissent dans les marges et investissent des méthodes, des outils ou des postures d’accompagnement des lecteurs pour leur faciliter l’apprentissage des outils d’information et de culture. Dans l’entre-deux-guerres, débats, articles, conférences agitent les professionnels. Si les discussions sur l’indispensable modernisation des établissements sont riches, les réalisations sont rares. Ces années étaient nécessaires : les discours des modernistes convainquent les politiques, les décideurs et aussi leurs collègues. Entre 1918 et 1938, des dispositifs innovants sont testés, des concepts sont formulés. Les programmes de la Direction des bibliothèques de France et de la lecture publique (DBLP) en 1945 prolongeront ces expériences. La profession réfléchit à la transformation de ses activités et à un élargissement de son auditoire, mais le manque de financement limite les initiatives. La situation générale reste très médiocre, les bibliothèques « sont dépassées et en retard de tous les points de vue : locaux vieillis et inadaptés, personnel pas assez nombreux, crédits ridiculement faibles, collections insuffisantes »1. Entre 1930 et 1945, la profession s’organise avant de se renouveler après la Seconde Guerre mondiale.
La formation
4Les procédures de recrutement s’améliorent et l’instruction spécialisée se développe. Une plus grande expertise avec une formation de base est requise. Le Diplôme technique de bibliothécaire (DTB), créé en 1932, devient utile pour s’engager dans le métier. Pour figurer sur la liste d’aptitude, un diplôme de l’enseignement supérieur et un stage pratique sont nécessaires. Les femmes sont majoritaires, dès la première session, avec vingt-deux candidats, dont quatorze femmes. En 1933, soixante-quinze candidatures dont quarante-sept femmes ; parmi les quarante-quatre qui sont reçues, trente-et-une sont des femmes. En 1935, vingt-huit femmes et cinq hommes obtiennent ce diplôme. Odette Reville*, directrice de la bibliothèque de Reims, siège au jury pour l’examen du DTB (sessions de 1933 à 1935) avec neuf hommes. Les commissions de recrutement de la fonction publique sont mixtes depuis 1924. En 1947, le jury s’inquiète de cette féminisation dans son rapport et cherche une solution pour avantager les candidats masculins (rien n’est mis en place).
5Former ses pairs est traditionnel dans les métiers techniques. L’obtention des concours nécessite une préparation ; elle s’organise de manière spontanée. Par exemple à La Sorbonne, Louise-Noëlle Malclès* enseigne la bibliographie. Exigeante, elle affirme : « Il faut [...] des candidats décidés à s’y consacrer corps et âme »2. Yvonne Oddon*, responsable de la bibliothèque du Musée de l’Homme, écrit un manuel de bibliothéconomie destiné aux débutants, Petit guide du bibliothécaire, publié en 1931 avec M. Bach. Il est réédité jusqu’en 1964. L’ENC propose aussi des cours hebdomadaires pour des auditeurs libres, mais aucune femme n’y enseigne3. Dans cette école, les promotions féminines deviennent majoritaires : en 1940, sur les onze élèves, dix sont des femmes. Gabriel Henriot4, directeur de la bibliothèque Forney, infatigable défenseur de la profession, a créé une école municipale à Paris après l’arrêt de l’École des bibliothécaires (rue de l’Élysée), mais faute de moyens, elle a fermé. Il s’empare du projet d’école orchestré par son adjointe Marie-Louise Arrivot* et Marie Du Rostu, secrétaire générale des Jeunes de la ligue patriotique des Françaises (qui deviendra la Ligue féminine d’action catholique). En 1935, la première promotion de seize étudiantes de l’École de bibliothécaires-documentalistes de l’Institut catholique (EBD) est intitulée « cobaye » ; elles suivent 300 heures de classe, 600 heures de travaux pratiques et 130 heures de stage sur huit mois. Les candidates doivent être titulaires du baccalauréat. Les enseignantes sont de jeunes professionnelles comme Colette Renié Meuvret*, responsable de la bibliothèque à l’École des langues orientales, Aline Payen Puget* qui choisit de se consacrer à l’enseignement du catalogage.
6À la même date, Denise Montel Ravage* organise un cours au Centre confédéral d’éducation ouvrière de la CGT. Le militantisme n’est pas absent, comme l’explique Gabriel Henriot : « l’aspect social de cette formation (EBD) n’échappera pas quand on saura avec quelle insistance les communistes et la CGT développent la lecture parmi leurs adhérents »5. Les bibliothèques catholiques souhaitent conserver leur place et leur influence face à d’autres réseaux militants qui se développent comme dans les municipalités communistes. Ces conflits ont été des dynamiques importantes dans l’avancée de l’éducation populaire ; la concurrence a animé l’émulation6.
7Les enseignantes recherchent, théorisent et intègrent doucement la presse professionnelle. Leurs articles sont acceptés avec parcimonie car la parution d’un article nécessite d’être reconnu par ses pairs. Un comité de rédaction vérifie l’intérêt des écrits et la publication est accessible à des acteurs expérimentés. Parmi les 263 articles publiés par La Revue des bibliothèques entre 1891 et 1936, vingt-sept sont rédigés par des femmes7. La première auteure est Marie Pellechet. La revue traite de bibliologie et de collections spécialisées. Par exemple, en 1911, Christine Beresniewicz publie « Essai d’une bibliographie des traductions françaises de la littérature polonaise ». En 1919, Jeanne Duportal, docteur ès lettres , écrit « Catalogue des estampes en feuilles conservées à l’université de Paris ». Avec l’arrivée d’un nouveau rédacteur en chef, Henri Lemaître, en 1924, la revue s’ouvre à la lecture publique et ainsi plus largement aux femmes. Suzanne Briet* amorce sa recherche sur « les techniques culturelles de notre temps » dans un rapport sur le bureau de renseignement allemand et la bibliographie officielle dans un article publié en 1933, à la suite d’une mission à Berlin. Claire Huchet écrit sur l’Heure joyeuse, Yvonne Oddon* sur son expérience aux États-Unis, Victorine Vérine* sur les bibliothèques municipales de Soissons. Les bibliothécaires européennes sont aussi conviées, comme Elena Pinto Vecchi de la BN de Rome, qui étudie l’éducation professionnelle des bibliothécaires ; son article est ensuite publié dans 24 pays8. Dans le Bulletin de l’association des bibliothécaires français, les chiffres sont identiques avec pas plus de 10 % des articles écrits par des femmes entre 1907 et 19419. Les différents comptages effectués pour les publications professionnelles, les participantes à des congrès et les membres de jurys, montrent que le pourcentage de femmes admises ne dépasse jamais les 10 %. Elles sont quasiment absentes des cercles de pouvoir ; elles ne figurent pas parmi les personnes influentes qui détiennent des positions significatives dans une organisation ou une institution pour exercer une influence sur les prises de décision.
Clarification des embauches
8L’augmentation la plus significative du personnel s’est produite dans les grandes BN de Paris. En 1912, les cinquante-huit postes de la BN, la Mazarine et l’Arsenal étaient masculins10. En 1931, cinquante-et-un hommes et dix-neuf femmes travaillent à la BN, mais toutes les fonctions de direction sont assumées par des hommes. Effectivement, en 1932, les femmes semblent affectées à des emplois intermédiaires. Mlle Dolléans* énumère les services où elle est passée en tant que stagiaire, elle a été encadrée par plusieurs femmes : Mlle Richard à la reliure, Mlle Peseux au dépôt légal, Madame Gabrielle Odend’Hal Duprat* aux dons français, Madame Dupuy (Briet)* aux dons étrangers, Mlle Ferry au service de l’histoire de France, Mlle Gautier aux thèses étrangères11. En 1944, 54 % du personnel est féminin12. À l’Arsenal et à la bibliothèque Sainte-Geneviève, treize hommes et quatre femmes y travaillent13. Suzanne Briet, responsable de la salle des catalogues et bibliographies à la BN, raconte dans son autobiographie :
Au début de ma carrière, il n’y avait que trois femmes dans le personnel scientifique. Or le Bureau [de l’Association] s’avisa un jour d’émettre un vœu d’après lequel il siérait de limiter le nombre de femmes dans les bibliothèques parce que “qu’arriverait-il si une femme devenait conservateur-adjoint ?” [...] L’administrateur me fit l’honneur de me communiquer cette motion. Il me confia que l’attitude et les paroles des délégués étaient si déplaisantes qu’il se sentait disposé à prendre le contrepied14.
Carte professionnelle de Madeleine Chabrier

BnF, archives institutionnelles, dossier de personnel de Mme Madeleine Chabrier
9Julien Cain, l’administrateur, semble entretenir des relations très cordiales avec ses employées. Les courriers manuscrits qui lui sont adressés sont empreints d’un respect mutuel. Les dossiers de carrière comportent de nombreuses lettres adressées au directeur de la BN, lesquelles manifestent des relations bienveillantes. Par exemple, le 9 août 1939, Madeleine Chabrier* est en congé et elle écrit une longue lettre pour lui raconter sa villégiature à l’Hôtel de la Croix Valmer où le couple Cain a aussi séjourné.
Vous avez sans doute appris que j’avais bien mal employé le début de mes vacances : les oreillons m’ont retenue au lit [...] Nous avons trouvé le soleil avec le ciel immuablement bleu, les fleuves et la mer si douce [...] Nous avons grand plaisir à bavarder sur la terrasse que vous connaissez [...] Le travail ne s’arrête pas pendant les vacances, le matin je m’installe à la table et mon fauteuil à l’ombre des palmiers, je travaille avec ardeur à la rédaction du catalogue de l’exposition Racine [...] J’espère que vous pourrez partir en Amérique et y faire le bon et intéressant séjour que je souhaite à tous les deux15.
10Le couple Cain n’est évidemment pas parti en Amérique, car la guerre a été déclarée le 3 septembre. Ces échanges montrent une nouvelle légitimité ; les femmes mobilisent des relations clés pour établir leur crédibilité en détaillant leurs réalisations et leur expertise. L’administrateur et d’autres directeurs jouent le rôle de mentors, ils accompagnent leurs ascensions16 avec autant de paternalisme que de liberté d’esprit.
11Les critères d’entrée dans les bibliothèques d’État sont régularisés. Le diplôme est indispensable comme le stipule le directeur de la BN dans un courrier à un député : « votre protégée devra [...] se présenter à l’examen. »17 Et il lui indique les conditions à remplir pour postuler : « les candidats doivent être inscrits sur une liste d’aptitude et doivent justifier de la possession d’un DTB de certains titres universitaires. » Le temps des sinécures est vraiment fini ; l’insuffisance de légitimité devient inacceptable. Des procédures de sélection transparentes valorisent compétences, connaissances et expériences plutôt que les affiliations politiques ou les relations personnelles. Cette situation problématique ne se résoudra que très progressivement. S’attaquer aux prébendes nécessite de la détermination et certaines n’en manquent pas, comme le montre un courrier au maire de Toulouse en 1943 de la directrice Suzanne Dobelman*, qui exige un salarié qualifié : « Nous avons besoin de tout notre personnel et surtout d’un personnel d’élite. Je crois avoir pu en 3 ou 4 ans me débarrasser de tous les éléments du personnel qui faisaient tache dans notre service. En 1937, le personnel de la bibliothèque avait une réputation si fâcheuse que j’ai failli refuser le poste. Il m’a fallu du temps pour arriver à éliminer les incapables, les mauvais esprits. »
12Elle demande une dactylo sachant taper des fiches latines et en langues étrangères, car le service allait prochainement recevoir le dépôt légal imprimeur. La mairie souhaite un remplacement local, mais Madame Dobelman veut choisir sa candidate. Elle menace un signalement à l’Inspection constatant « le peu de cas qu’on fait à la mairie de la nouvelle dignité de la bibliothèque municipale ». Le maire n’accepte pas ses « menaces » et lui rappelle que le choix des employés ne relève pas de ses prérogatives18. Certaines cheffes de service savent donc s’imposer et même n’hésitent pas à s’opposer. Elles restent une exception.
Les hommes dirigent, les femmes inventent
13Une ségrégation s’opère selon laquelle les femmes sont cantonnées à la base de la pyramide. À diplôme égal, elles sont moins nombreuses aux postes les plus élevés. Les hommes conservent leurs prérogatives. Le bicentenaire de la BM de Bordeaux qui se couple au congrès de l’ABF permet de vérifier le protocole observé lors de cérémonies officielles et de pointer les hiérarchies établies. Un article de la Petite Gironde du 8 juin 1936 relate les célébrations et cite précisément, dans l’ordre de préséance, tous les invités à l’inauguration. Il existe une étiquette qui détermine le rang des salutations, les gestes appropriés et les procédures de présentation. La liste des personnalités commence par le directeur de la BM, André Masson. Les officiels sont tous des hommes : le maire, l’adjoint du ministre de l’Instruction publique, le sénateur, le romancier François Mauriac, l’inspecteur Pol Neveux et d’autres… L’article mentionne ensuite « une foule élégante avec de nombreuses dames » dont l’écrivaine Jean Balde, avant de poursuivre avec les bibliothécaires parisiens puis de province. Une liste ultime qui ne contient que des participantes avec treize femmes : Denise Masson d’Albi, Madame Villadary de Périgueux, Suzanne Dobelmann* de Poitiers, Odette Reville* de Reims, Evelyne Page Delaunay de La Rochelle, Françoise Arduin de la BU de Toulouse, puis des parisiennes Mlles Picquard et Lavaud de La Sorbonne, Madame Fredefon de la faculté de médecine, Madame Giraud de la faculté de lettres, Geneviève Dolfuss du Muséum d’histoire naturelle et Marguerite Gruny* de l’Heure joyeuse. Ces noms sont cités à la fin de cette liste qui respecte l’étiquette et indique les hiérarchies politiques et culturelles. Les femmes sont dotées d’un rôle social mineur ; la responsable de la section jeunesse est citée en dernier, signe que la presse lui accorde une moindre considération. Les nouvelles venues doivent faire leurs preuves pour être reconnues dans un univers méfiant et rigide. Seymour de Ricci19 est un érudit qui fréquente assidûment la BN et, comme d’autres, résiste à l’intégration féminine. Il écrit : « Les femmes ont montré d’étonnantes dispositions pour le métier de bibliothécaire. Leur diligence, leur patience, leur goût pour les travaux méticuleux, leurs admirables dons d’assimilation, leur souplesse d’esprit ont trouvé dans cet aspect de l’activité humaine un emploi tout indiqué. Peut-être ne faudrait-il pas demander à beaucoup d’entre elles de prendre des initiatives ou d’assumer des responsabilités ? »20 Il fait leur éloge et note leur dévouement, leur goût du détail et leur souplesse d’esprit, des atouts importants dans une équipe. Toutefois, il ne peut les imaginer à des grades de direction ; la phrase reste tout de même interrogative.
14Les femmes s’adaptent à cette injonction ; la « naturalisation » des rapports sociaux est admise. Renée Lemaître* avait interviewé Suzanne Briet* et celle-ci notait qu’ « elle avait beaucoup de mal à se livrer, y compris sur sa condition féminine : son éducation lui avait appris la réserve et la modestie »21. Elles ne sont pas accaparées par les responsabilités administratives, financières et politiques qui incombent au poste de direction, se repliant sur des secteurs particuliers. Au Congrès d’Alger sur la lecture publique en 1931, plusieurs résolutions sont prises dans des domaines où des femmes s’illustrent. Le premier concerne la formation. La création de cours est demandée pour les responsables de section enfantine ; Marguerite Gruny* présente les stages de l’Heure joyeuse, seul lieu d’apprentissage. La seconde délibération invite à la généralisation de bibliothèques circulantes en zone rurale. Victorine Vérine*, directrice de Soissons, relate le projet dans l’Aisne. Le 23 septembre 1933, elle mettra en route le premier bibliobus français, construit par la firme Hotchkiss, sur l’arrondissement de Soissons et dans une partie de celui de Laon. À ce même congrès, Yvonne Oddon* fait une présentation des systèmes de prêt importés des États-Unis. Les cartes de livre et de lecteur supplantent les vieux registres. Des progrès se jouent dans des procédures spécifiques ou pour des tâches particulières comme l’introduction dans le service de prêt de ce système plus simple et plus rapide. Autre résolution : la réalisation et la diffusion de bibliographies courantes, au sein de l’ABF. Myriem Foncin*, qui travaille à la BN, a créé un dispositif de listes de nouveautés pour les petites structures.
Banque de prêt de la section adulte de la bibliothèque Fessart (Paris), années 1950.

15Les femmes s’investissent dans les protocoles comme l’indexation, la classification ou le catalogage. Le traitement documentaire connaît des changements avec la modernisation des méthodes de recherche et de collecte. Il s’appuie sur des prescriptions techniques et didactiques et nécessite la maîtrise d’un savoir-faire impartial. Les catalogues collectifs font une apparition timide avec, par exemple, celui des périodiques et des livres de l’université de Paris piloté par une bibliographe, Louise Noëlle Malclès*. Jenny Delsaux Forster*, en poste à la Sorbonne, publie en 1939 Instructions établies pour le catalogue alphabétique matière, norme incontestée sur le sujet. En rompant avec la spécialité chère au responsable de collections, elles développent interdisciplinarité et polyvalence, compétences utiles dans l’information bibliographique. Suzanne Briet* sera surnommée Madame Documentation22 ; secrétaire de l’Union française des organismes de documentation (UFOD) créée en 1931 ; elle y devient la seule femme du conseil d’administration. À la même période, Louise-Noëlle Malclès à la Sorbonne et Suzanne Briet à la BN créent des salles de référence qui concentrent les outils de recherche pour apporter des réponses plus efficaces au public. Ces nouveaux espaces sont organisés pour faciliter l’accès à l’information ; bibliographies, catalogues, index, dictionnaires, encyclopédies, répertoires étaient jusque-là conservés dans des rayonnages fermés. Des techniques de documentation s’élaborent avec des services pour la diffusion de l’information scientifique, technique et économique. Aline Payen Puget* réorganise le catalogue de l’Institut international d’agriculture avant de rejoindre l’Institut scientifique de recherches économiques et sociales dirigé par Henri Lemaître. Ce dernier a d’ailleurs quitté les bibliothèques pour la documentation. Denise Montel Ravage* est chef du service bibliographique des Messageries Hachette. Marie Schittler Kuhlmann* rédige L’Inventaire des périodiques des bibliothèques de Strasbourg, un ouvrage de 1 000 pages, paru en 1937, appelé le « Kühlmann ». Dans les bibliothèques d’étude, la normalisation documentaire sera un enjeu crucial après-guerre.
16Dans cette période de sous-équipement des locaux et de manque de personnel et de crédits, la création de la bibliothèque du Musée de l’Homme est remarquable. Yvonne Oddon* en est la chef d’orchestre. Elle met en pratique ses connaissances acquises aux États-Unis en matière d’architecture, de classement et de relation au public. La bibliothèque est au dernier étage avec une salle de lecture qui se prolonge sur une terrasse. Paul Rivet, directeur du musée, voulait un établissement accessible et populaire. Yvonne Oddon crée la première bibliothèque à la fois spécialisée et publique, ouverte à tous les publics, une exception dans le paysage culturel. Des ouvrages sont en libre accès, ce qui est très rare. Les collections suivent une classification inspirée de la Library of Congress. Trois bibliothèques municipales sont construites entre les deux guerres à Toulouse, Reims et Pau. Odette Reville* pilote la création de la Carnegie à Reims. Suzanne Dobelman* est nommée en 1937 bibliothécaire en chef à Toulouse et elle lance la section jeunesse. Marcelle Azibert Bouyssi* arrive en 1951 à Pau où elle poursuit la modernisation des services. Ainsi, trois femmes parviennent à obtenir des directions dans les très rares établissements construits. Elles sont toujours considérées comme tout à fait aptes à diriger les bibliothèques pour la jeunesse comme Jacqueline Dreyfus Weil* à Fessart. En 1938, le journal La Lumière, explique : « Le plus souvent, c’est une femme qui est chargée des bibliothèques pour enfants, elle doit enseigner à son petit visiteur le respect du livre, lui donner l’habitude de la documentation et veiller à maintenir le calme et l’ordre. »
Jeanne Bussman-Pavis dans l’ancienne bibliothèque des contes

© Photo médiathèque Jacques-Chirac – Troyes Champagne Métropole
17Le management est sévère et l’époque directive. Brigitte Lelievre évoque ainsi sa directrice à Rouen :
Madame Dupic* avait une réputation de dragon [...] elle était une personne très sévère avec un chignon et un immense trousseau de clefs autour du cou [...] Nous devions nous adresser à Mlle Dupic à la troisième personne « Mademoiselle peut-elle me recevoir ? » Toutes les portes étaient fermées à double tour. Il était interdit de parler entre nous. Elle ne faisait confiance à personne. Le veilleur de nuit était surveillé dans ses rondes. Elle prenait une lampe de mineur et à 3 heures du matin, ils se retrouvaient tous les deux à se faire peur au coin d’un rayonnage [...] À part cela, elle avait tout de même de bons côtés. Elle me permettait, chose assez incroyable maintenant, de sortir le soir un livre du fonds Hédou23 qui contenait des estampes japonaises24.
Jeanne Dupic, directrice de la bibliothèque de Rouen, 1963.

18Une liste de poncifs a été regroupée dans une étude sur les stéréotypes négatifs de la profession : « L’apparence physique et l’austérité sont les sujets les plus récurrents lorsque l’on évoque les clichés ayant trait aux bibliothécaires. »25 Le souvenir sur Jeanne Dupic* citée ci-dessus reprend tous ces préjugés : le chignon, les lunettes, l’habillement, la sévérité, la vieille fille, le silence, la maniaquerie et une certaine folie. Cette représentation austère est largement diffusée aux États-Unis dans les romans et les films26. On peut se demander si la posture retenue dans les clichés sur les femmes bibliothécaires n’aurait pas été intériorisée par certaines par souci d’échapper aux suspicions des collègues et du public. S’aventurer sur un territoire jusqu’alors exclusivement masculin expose au jugement sexiste. Cette responsabilité peut engendrer un surinvestissement professionnel. Dans certains cas, le persiflage, les quolibets peuvent créer un manque qui engendre une réaction de défense. Alors la cheffe force sa voix, devient tatillonne et tyrannique. Personne ne souhaitait être sous les ordres d’une femme, ces nouvelles managers qui dépassent le plafond de verre se sentent obligées de sévir pour être écoutées, reconnues. Cette manière de diriger est encouragée par les hiérarchies comme l’indiquent ces rapports d’évaluation : « elle a beaucoup d’autorité et aime l’exercer. Elle possède toutes les qualités pour faire un jour un chef de service » ou encore « elle tient avec autorité la surveillance de la salle de travail ». Le monde éducatif en général était dans une posture d’injonction. Les choix de lecture étaient épiés et le divertissement culturel était proscrit. L’autorité fondait le règlement, il s’appliquait aux lieux, aux collections, au public et au personnel.
Déroulement de carrière
19Leur carrière connaît un déroulement lent – une analyse statistique comparative serait utile pour le prouver. Le préjudice se joue dans les premières années ; les femmes sont restées longtemps dans des grades bas ou intermédiaires. En 1939, un courrier de Marcel Mauss recommande l’embauche à la BN de Gabrielle Fabre* qui est dans une situation difficile : « elle est boursière à la caisse des sciences [CNRS] et depuis 10 ans au Musée de Saint-Germain où elle n’a aucun traitement [...]. Pourriez-vous lui trouver une place d’auxiliaire ? »27 Simone de Beauvoir souligne les obstacles que rencontrent les jeunes femmes : « c’est entre dix-huit et trente ans que les conflits [...] atteindront leur maximum d’intensité : et c’est le moment où l’avenir professionnel se joue. Que la femme vive dans sa famille ou soit mariée, son entourage respectera rarement son effort comme on respecte celui d’un homme ; on lui imposera des services, des corvées, on brimera sa liberté. »28 Pourtant, ces postulantes disposent de diplômes universitaires et des certificats professionnels nécessaires. Les candidates au DTB des années 1932, 1933 et 1935 sont titulaires de l’enseignement supérieur avec en majorité des licences (par ordre décroissant) de lettres, d’histoire, de géographie, d’anglais, de droit, d’allemand, de philosophie. Une candidate est agrégée de physique, deux ont un diplôme de l’école des langues orientales, deux sont issues de l’ENC et deux sont docteurs (droit et lettres). Même les chartistes tardent à être nommées cadres. Suzanne Duverger Honoré*, sortie major de l’ENC, poursuit des études à l’École française de Rome puis à l’Institut d’études hispaniques à Madrid ; elle entre en 1936 comme chômeuse intellectuelle à la BN. Les promotions sont encadrées par des concours, des échelons et des grades. Des rapports d’évaluation puis des commissions paritaires tranchent sur les avancements. Les évolutions professionnelles restent très lentes. Roberte Dolleans Guignard*, responsable du cabinet oriental du Département des manuscrits, espère en 1972 une promotion au titre de conservatrice en chef, elle a 42 ans d’ancienneté, elle décède avant une nomination.
20Les statuts de la fonction publique en France ont contribué à protéger les femmes de certaines formes d’inégalité, en particulier en matière de rémunération. Les disparités salariales se jouaient entre les différents types de bibliothèques en France. On gagne mieux sa vie dans les grands établissements parisiens qu’en province. Ces exemples sont issus de sources variées (Journal officiel de l’État français du 29 décembre 1943, La Tribune du fonctionnaire du 29 août 1930, Données statistiques sur l’évolution des rémunérations salariales en France de 1938 à 1963, Le Petit Journal en 1942). Il n’existe pas de législation commune pour les fonctionnaires.
Graphique 2. Exemples de salaires annuels en 1930 et en 1943

21La BN offre la meilleure rétribution avec l’université de Paris. Un conservateur a la même paie qu’un chef de bureau. Un poste à Paris est plus lucratif qu’en province. Un professeur d’université à Paris a un salaire de 40 000 francs annuels en 1930, donc inférieur à celui d’un conservateur. L’aide-bibliothécaire à la BN a un traitement légèrement supérieur à un ouvrier métallurgiste (11 250 francs). Son traitement dans une bibliothèque provinciale sera inférieur donc très bas29. Un salaire uniquement féminin a pu être identifié pour une bibliothécaire en section jeunesse qui gagne l’équivalent d’un bibliothécaire en BM. Ces chiffres ne comprennent pas les primes. Deux dates ont été retenues pour connaître l’évolution des salaires. Une simplification administrative se dessine pour unifier les différents lieux d’exercice. L’université de Paris rejoint la BN. La grille de salaire impacte la classification des fonctionnaires ; les conservateurs veulent être considérés comme des fonctionnaires « supérieurs » au même niveau que les proviseurs, les universitaires et les inspecteurs d’académie.
22Une base plus étoffée serait indispensable pour comparer des contextes similaires. Les variations sont multiples et des paramètres divers définissent les grilles de salaire comme le montre l’exemple de ce recrutement à l’École des Mines. Un postulant, conservateur à la BM du Havre, retire sa candidature, car il gagne 48 000 francs annuels alors que la paie maximum proposée serait de 39 000 francs. L’école choisit Geneviève Dolfuss, 47 ans, aide-bibliothécaire au Muséum d’histoire naturelle. Un membre du jury commente : « elle paraît en état d’agir sur le personnel [...] Son esprit est lucide et sa volonté saine. Sur le principe même de l’admission d’une femme à la tête d’une bibliothèque, je n’hésite pas à donner un avis favorable. Le goût de l’ordre les qualifie particulièrement et les exemples en sont de plus en plus nombreux. »30 Le 30 septembre 1941, le conseil de perfectionnement recrute Madame Dolfuss au salaire de 31 000 francs annuels. Pour la majorité des emplois, les traitements des subordonnées sont bas. En 1930, la CGT s’indigne : « Une femme de journée gagne 25 à 30 francs de l’heure, un ouvrier menuisier 120 francs, une bibliothécaire de 6e classe a un tarif horaire de 40 francs [...] On ne peut s’étonner dans ces conditions de voir le recrutement se tarir »31.
23Le traitement des bibliothécaires est l’enjeu de pétitions et de mémorandums pour obtenir une égalité entre les différents types d’établissements et aussi une augmentation des salaires.
Militantisme associatif, humanitaire et politique
24La représentation associative et syndicale est indispensable pour l’expression des besoins professionnels. La principale organisation reste l’Association des bibliothécaires de France (ABF) créée en 1906. Les femmes l’investissent au fur et à mesure qu’elles s’insèrent dans le métier. En 1907, elle compte 195 membres, dont une femme, Mlle Berthet qui est Professeur à Nevers. Dans l’annuaire de 1923, quatorze femmes sont adhérentes sur 267. Leur présence reste timide ; lors de l’assemblée trimestrielle du 2 novembre 1924 où un repas est proposé en fin de séance, il est mentionné que “les dames seront admises”. En l’indiquant sur la convocation, les adhérents masculins étaient informés et l’association offre de cette manière un signe qui légitime la participation des femmes32. En 1928, soixante-quatre femmes en sont membres. Elles sont cent soixante-treize en 193933. Gabrielle Odend’Hal Duprat* est la première femme élue secrétaire générale entre 1927 et 1931. Tout au long de sa carrière au Muséum d’histoire naturelle, elle assume aussi des fonctions interprofessionnelles à l’international. Myriem Foncin* sera, en 1945, la première femme présidente de l’ABF34. Georgette Ocasiano de Grolier* joue un rôle déterminant pour mettre en œuvre une synergie entre les différents types d’établissements. Bibliothèques d’étude et de lecture publique ou populaires fonctionnaient de manière parallèle. Pourtant, de plus en plus de salles de prêt ouvraient mais elles pouvaient rester indépendantes de la salle d’étude. Une mutualisation des systèmes devenait indispensable. Léo Crozet conseille ainsi dans Le Manuel pratique du bibliothécaire en 1937 : « C’est en faisant croître l’indice d’utilisation de la bibliothèque que l’on justifiera les crédits obtenus et que l’on en obtiendra de nouveaux. » La création de l’Association pour le développement de la lecture publique (ADLP) en 1936 par le couple Grolier accélère cette prise de conscience. Ils avaient déjà fondé l’Association des bibliothèques prolétariennes et la Revue du livre. Par le biais de leurs publications, ils défendent un service de lecture moderne et ouvert à toutes les populations.
25Certaines femmes participent aux organisations bibliothéconomiques mondiales. Suzanne Briet*, Yvonne Oddon*, Odette Reville*, Gabrielle Odend’hal Duprat* sont présentes au Congrès international des bibliothèques à Rome en 1929 qui regroupe plus de mille participants. Sur cent quatre-vingts communications treize étaient faites par des femmes.
26Certaines pensent que l’engagement politique est nécessaire pour faire évoluer la société. Mais le militantisme n’est guère apprécié dans les établissements comme le signale une évaluation à la BN sur Lise Level Dubief*: on indique à son sujet qu’elle « […] faisait avant la guerre du prosélytisme d’extrême gauche ». Jacqueline Dreyfus Weil*, bibliothécaire à la section jeunesse de Fessart (Paris), milite au parti communiste. L’activisme relève plus de la sphère personnelle et n’est pas simple à repérer. Il existe parfois des espaces de documentation dans les syndicats, partis politiques, bourses du travail. Ces lieux sont mal connus, mais des traces subsistent, comme ce témoignage de la part de Marie-Louise Marsella, activiste libertaire, qui était chargée du prêt à la bibliothèque du groupe anarchiste lyonnais : « j’étais bibliothécaire, mais il y avait tant de prêts, il n’y avait jamais moyen de les faire rentrer, les livres »35. L’adhésion politique à gauche est souvent rattachée à l’investissement dans des causes syndicales, mutualistes et humanitaires. Par conséquent, celles qui souscrivent à ces idéaux s’engagent pour promouvoir ces valeurs. Colette Renié Meuvret* milite dans l’association Entr’aide universitaire internationale qui proposait une aide matérielle aux intellectuels qui fuyaient le national-socialisme. Lise Level Dubief* est nommée administratrice du centre parisien de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale dès sa création. Suzanne Honoré Duvergé*, membre de la section CGT, devient secrétaire générale du Syndicat national des bibliothèques (SNB), affilié à la Fédération de l’Éducation nationale (FEN). Claire Huchet-Bishop, première directrice de l’Heure joyeuse et autrice de romans pour la jeunesse, fonde l’Amitié judéo-chrétienne. L’engagement politique étant difficile à retracer, les sources restent encore muettes. Mais l’activisme des fonctionnaires n’est guère toléré ; la réserve est un devoir et encore plus pour de jeunes recrues.
27Les revendications féministes n’apparaissent pas dans les archives. Au contraire, comme Suzanne Briet* le relate : « En fin de carrière, je participai à une réunion de chefs d’établissements. On vint à parler du travail féminin : “La place de la femme est au foyer”, déclarai-je à la stupéfaction générale. Si les deux guerres n’avaient pas tué des millions de Français, les femmes n’auraient pas eu à entrer dans la compétition36.
28Suzanne Briet écrit ce texte dans ses mémoires qui se présentent sous la forme d’un abécédaire, où il est donc difficile de contextualiser ces remarques. À la suite d’une interview, Renée Lemaître* déclare que : « Suzanne Briet n’avait pas peur d’agir, mais avait peur d’être ensuite mal jugée pour avoir osé faire, elle, une femme, vis-à-vis des hommes qui n’avaient pas su entreprendre. »37 On peut rappeler qu’ultérieurement, elle a fondé le club féminin Zonta38.
29Les féministes ont peu résisté ouvertement aux discriminations essentialistes car finalement cette ségrégation permettait de faire progresser l’accès au travail. L’influence s’exerce par l’expérience, comme l’exprime Agnès Joly, conservatrice adjointe de Versailles dans L’Écho de Paris, le 8 avril 1930 : « Je suis féministe en restant féminine. Pourquoi les femmes n’auraient pas leur place au milieu des rayons d’une bibliothèque ? » Elle souligne l’importance de reconnaître la féminité sans compromettre la quête de l’égalité et de l’autonomie. L’essor du féminisme dans cette période est lié au combat pour l’accès au travail et à la conquête des droits civils. Elles demeurent toujours des citoyennes passives en étant exclues du droit de vote, tout comme les faillis, les pauvres et les domestiques tels que l’avait défini Sieyès en 178939. L’égalité politique reste un objectif central des luttes. Dans plusieurs journaux féministes, des articles évoquent la situation des bibliothèques et de son personnel. Le rôle de la femme est reconnu même si « la France occupe le dernier rang des nations civilisées pour tout ce qui concerne la lecture publique [...] il faut une bonne bibliothécaire pour guider dans le dédale des rayons », peut-on lire dans La Femme dans la vie sociale : revue internationale dans le numéro du 1er juillet 1938. Ou encore : « C’est la bibliothécaire qui fait la valeur d’une bibliothèque, valeur technique [...] valeur éducative et morale ». L’article est publié dans l’Union féminine civique et sociale le 1er juillet 1943 et s’adresse aux conseillères municipales.
La Seconde Guerre mondiale et l’après 1945
Tu leur diras qui je fus, n’est-ce pas ?
Margarete Buber-Neumann, Milena, Paris, Seuil, 1986
« Être bibliothécaire sous l’Occupation »
30« Être bibliothécaire sous l’Occupation » est le titre d’un chapitre d’une brillante histoire des bibliothèques pendant la guerre ; il sert de fil conducteur pour explorer la place des femmes de 1939 à 194540. Quelques itinéraires illustrent la diversité des situations. La guerre commence par le déménagement des collections. À la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, Édith Bernardin* et Marie Schittler Kühlmann* sont chargées de mettre en œuvre un plan de repli des fonds vers Clermont-Ferrand. En 1940, dans les départs précipités, le premier bibliobus français se perd. Victorine Vérine*, responsable de la bibliothèque circulante de l’Aisne, l’utilise pour rejoindre une gare où elle prend le train pour se réfugier à Antibes. Est-il détruit ou volé ? Il ne sera jamais retrouvé. Les bibliothécaires comme les autres Français tentent de survivre quand ils ne collaborent pas. Renée Lemaître* témoigne : « je travaillais avec un manteau de fourrure de ma mère, des gants en laine, des chaussures en bois »41. Des personnalités s’affirment. En 1940, Marie Thérèse d’Alverny*, du cabinet des Manuscrits de la BN, demande sa mise à disposition au ministère de la Guerre : « je suis plus utile comme infirmière anesthésiste que comme bibliothécaire ». Marie-Thérèse Laureilhe* de la BN, chef à la Croix-Rouge, gère un poste de secours. Des livres sont envoyés aux foyers militaires puis aux prisonniers. Myriem Foncin* y participe via plusieurs services d’aide aux soldats.
31Le régime de Vichy renvoie les femmes dans leur foyer avec la loi du 11 octobre 1940 qui interdit l’embauche de femmes mariées dans les services de l’État et les collectivités territoriales. Si la féminisation des chartistes recule entre 1941 et 194442, la mobilisation des hommes et l’augmentation de la fréquentation des bibliothèques obligent de recourir aux femmes. Elles sont cependant parfois seules à maintenir le service, comme Madeleine Fournié à Orléans. Suite à l’arrestation du conservateur à Mulhouse, Clémence Libolt Seither* prend la direction de l’établissement. À Nantes, faute de candidats masculins, Geneviève d’Haucourt est nommée bibliothécaire en chef. Pour répondre aux demandes, Jeanne Levatois Philippe* développe le service de lecture de Niort qui multiplia ses prêts par dix en dix ans et ouvrit une section jeunesse.
32Rapidement, les autorités de l’Occupation élaborent un contrôle des collections. Des vérifications du respect des règles de censure sont organisées et Marguerite Gruny*raconte :
Il nous arrivait de passer en douce des livres à des enfants juifs, l’accès à la bibliothèque leur étant difficile. Vous imaginez mon inquiétude lorsque j’apprends qu’un Allemand, responsable des bibliothèques, allait venir à l’Heure joyeuse. Mais nous avions toujours fait attention de ne pas mettre de livres qui peuvent être désagréables pour d’autres peuples. Il n’a rien pu dire parce que nous n’avions jamais mis de livres anti-allemands43.
33Toutefois, des personnels engagent une lutte contre l’épuration des collections. Même à la BN, des livres et documents témoignant de l’Occupation et de la Résistance sont collectés ; à ce propos, Madeleine Chabrier* raconte : « Il faut bien se rendre compte de la somme d’ingéniosité et de patiente ténacité qu’ont dû déployer les chefs des différents services pour arriver à recueillir clandestinement tant de documents précieux et compromettants. »44 Elle est d’ailleurs arrêtée par la Gestapo comme le seront Irène Vildé-Lot, Laurence Belet et Marguerite Payros. En application des lois sur le statut des Juifs qui leur interdit l’exercice des fonctions publiques, dès fin 1940, Marie Thérèse Marix-Spire* et Lise Level* sont relevées de leur poste.
Carte professionnelle de Lise Level

BnF, archives institutionnelles, dossier de personnel de Mme Lise Dubief Pastoureau
Extrait du dossier de carrière de Lise Level le 6 août 1942

Légende : Dans le cadre des mesures anti-juives, elle est relevée de ses fonctions.
BnF, archives institutionnelles, dossier de personnel de Mme Lise Dubief Pastoureau
34Jacqueline Dreyfus Weill* continue à se rendre à la bibliothèque Sainte-Geneviève. Elle est arrêtée en 1942 pour avoir hébergé une résistante et pour détention de brochures communistes. En prison, elle écrit à Marguerite Gruny : « Je vais bien [...] Je vis dans une atmosphère moralement très réconfortante [.] Les livres font cruellement défaut. »45 Elle propose de faire venir quelques caisses de livres pour créer une bibliothèque dans la prison. Déportée à Auschwitz, elle est assassinée le jour même de son arrivée au camp. Marguerite Bloch Drevet Dreyfus * parvient à se réfugier en zone libre. En 1944, son mari est arrêté et meurt en déportation. Certaines ont caché leurs amis juifs comme Hélène Frémont* qui a « montré une attitude digne et courageuse, tant par la fermeté de son caractère que par des initiatives spontanées »46. En 1943, Yvonne Ruyssen*, alors bibliothécaire à la BU de Marseille, abrite chez ses parents son amie juive, Claire Sabetay, et lui procure de faux papiers d’identité. La place des femmes dans la résistance a été largement minorée ; il n’y a que six femmes qui ont été honorées par le titre de Compagnons de la Libération sur 1059 hommes. Elles étaient utilisées pour des tâches complémentaires aux actions physiques, car elles passaient plus facilement inaperçues avec un cabas ou une voiture d’enfant. Elles effectuaient les repérages des lieux ainsi que les déplacements d’armes et d’explosifs avant les attentats et participaient aussi à la réalisation de faux papiers et cartes d’alimentation. En 1941, Suzanne Guyotat travaille à la BU de Lyon. Elle intègre le mouvement Défense de la France et fabrique de fausses cartes d’identité. En relation avec le mouvement Combat et le journal Témoignage chrétien, elle distribue des journaux parisiens et transporte des clichés de plomb du journal de la zone nord à la zone sud. Elle est arrêtée en avril 194447. Fortes d’une résilience spirituelle, des chrétiennes s’engagent dans la résistance. Elles ont été initiées dans les mouvements de jeunesse à l’entraide, à l’autonomie et enfin au combat. Yvonne Oddon*, protestante, est l’une d’elles. Au lieu de suivre l’exode, elle est restée à Paris. Installée dans le musée de l’Homme, Oddon active ses relations avec plusieurs agents de l’ambassade des États-Unis pour collecter des informations. Avec elle, plusieurs femmes bibliothécaires s’engagent dans le réseau musée de l’Homme : Denise Allègre, Irène Lot (BN), Marguerite Verdat (Agence économique des colonies), et Paule Decrombecque (Université de Paris). Dès juillet 1940, le groupe dactylographie le premier tract, qui évolue vers un journal clandestin dont cinq numéros sont publiés. Le réseau cherche des renseignements militaires et politiques, organise des filières d’évasion, envisage des liaisons avec la Grande-Bretagne. Mais le cercle est infiltré. En février 1941, il est démantelé et ses membres sont torturés, déportés ou fusillés. Yvonne Oddon* échappe à la mort ; sa peine est commuée en déportation dont elle ne revient que le 22 avril 1945.
La sortie de la Guerre
35En 1945, lors de la Libération, le bilan des destructions de bibliothèques est lourd : 55 bâtiments sont gravement sinistrés dont 29 totalement ravagés avec leurs collections. « En plein bombardement, des femmes sauvent des collections », écrit Suzanne Briet dans un rapport pour l’Unesco sur les bibliothèques sinistrées48. Brest a subi plusieurs bombardements en 1941 et en 1944. À chaque fois une bibliothèque de guerre a été mise en place grâce à des subsides variés. Ce service était fort apprécié, car la lecture restait une des rares occupations après le couvre-feu. Geneviève d’Haucourt était bibliothécaire en chef depuis 1939 ; elle remplaçait Geneviève Beauchesne, première professionnelle nommée pour gérer le fonds brestois de plus de 100 000 volumes49. À Rouen, Jeanne Dupic* affronte les bombes qui détruisent une verrière et trouve aussi les solutions pour ouvrir une salle de lecture temporaire. À Chartres, le 16 mai 1944, Marie Guittet*, voit la bibliothèque entièrement endommagée par les bombes et le feu. À Douai, Yvonne Duhamel met à l’abri des documents anciens avant l’incendie dévastateur. La BNU de Strasbourg a été endommagée par un bombardement aérien. Édith Bernardin* et Marie Schlitter Kühlmann* rapatrient les collections qu’elles avaient déménagées en 1939. Marie Thérèse d’Alverny* est restée infirmière pendant le conflit. Le 18 mai 1945, elle est gravement brûlée par l’explosion d’un bidon d’essence alors qu’elle dirige l’hôpital de Gotha (Allemagne). Atteinte du typhus, elle est hospitalisée puis repart à Berlin d’août à novembre 1945. Elle reçoit les médailles de la Croix-Rouge et des Épidémies. Le 19 janvier 1945, le commandement en chef français en Allemagne loue ses « magnifiques qualités de dévouement et d’abnégation »50.
36Le temps de l’épuration commence ; une commission d’enquête s’organise à la BN sous la houlette de Jean Laran. Plusieurs femmes y participent comme Marie-Thérèse Dougnac*, Irène Vildé-Lot, Laurence Belet, Hélène Frémont* et Suzanne Honoré-Duverger*. Suzanne Briet* reçoit un blâme le 12 mai 1945 en raison de son déplacement avec une délégation française au Congrès national allemand de documentation à Salzbourg en 1942. Elle aurait agi par opportunisme de carrière et aussi pour faire oublier ses sympathies communistes 51. Elle avait de nombreuses relations avec des collègues allemands. En 1933, elle avait bénéficié d’une bourse afin de suivre des cours dans une université germanique pour étudier le fonctionnement d’un bureau de renseignement. L’arrivée de Lucienne Mollet au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) en 1933 avait été mal perçue et encore plus sa nomination comme directrice malgré son manque de titre. Cette promotion semblait liée à son passage au secrétariat d’Édouard Daladier. Elle est suspendue en 1945 suite à une enquête judiciaire et administrative puis réintégrée en 1946 ; elle reste en poste jusqu’à sa retraite. Des comptes se règlent ; l’évaluation de Violette Coeytaux* est sévère. Jeanne Monnier, résistante et future inspectrice des bibliothèques parisiennes, déclare : « l’amabilité souriante de Mlle C. cache la plus parfaite déloyauté et une hypocrisie foncière ». Une explication à ce conflit est fournie dans un courrier ; Gabriel Henriot analyse ainsi cette mauvaise appréciation de son travail : « Je déplore de voir [...] comme jadis, des frictions entre l’élément administratif et l’élément technique dans le service des bibliothèques [...] J’assiste à un nouvel épisode d’une lutte qui dure depuis 40 ans. »52 Effectivement, l’administration de la ville de Paris acceptait mal la professionnalisation des bibliothécaires, car les fonctionnaires de la capitale devaient être polyvalents. Les agents destitués suite aux lois sur le statut des Juifs sont réintégrés avec rétroaction sur leur carrière, comme Thérèse Marix-Spire* et Lise Level Dubief*. Des injustices sont réparées : Gabrielle Fabre « Élève de plusieurs maîtres peu favorables au Gouvernement de Vichy » était restée stagiaire depuis 1941 alors qu’elle est « une des meilleures bibliothécaires de la Réserve » ; un comité de reclassement propose son intégration en 3e classe53.
37L’esprit de la Résistance se poursuit avec la nomination de Josèphe Jacquiot*, en poste au cabinet des Médailles de la BN. Le 13 mai 1945, elle est élue Maire de Montgeron. Il s’agit de l’une des premières femmes promues à cette responsabilité. Dix-sept femmes furent élues maires lors de ces élections. Son élection fut une surprise : peu connue, femme, mais dotée d’une personnalité rayonnante et d’une belle éloquence. Peut-être bénéficia-t-elle de rivalités masculines ? Elle devient « Mademoiselle le Maire » et mène plusieurs actions importantes. En 1946, elle fonde le premier lycée mixte, crée une bibliothèque, un centre de protection maternelle et un foyer pour personnes âgées. Son mandat dure deux ans. Attaquée par les communistes qui l’accusent de ne pas lutter contre l’inflation et par les catholiques hostiles à la laïcité, elle refuse de se rallier au mouvement gaulliste et perd les élections de 1947.
38L’œuvre de la Commission de récupération artistique (CRA) pour la restitution des biens spoliés est pilotée par Jenny Foerster Delsaux* qui devient responsable de la Sous-commission des livres, présidée par Camille Bloch54. Jenny Delsaux remarque : « aucune expérience antérieure n’a pu nous guider dans l’élaboration de notre plan de travail »55. Il faut établir les dossiers des spoliés, identifier les dépôts, réceptionner les conteneurs, trier, classer puis rendre les livres portant une marque (ex-libris ou notes manuscrites). 5 000 caisses, 1 million de volumes sur 15 kilomètres de rayonnage sont traités : « Des difficultés nouvelles surgissaient en permanence ». Des bibliothécaires sont recrutés, soit cinq demoiselles, dont Jeanine Lemoine Delgove* et un homme. Des dactylos, des trieurs et des magasiniers les assistent. Des spécialistes étaient nécessaires, par langue et par sujet, mais le personnel reste insuffisant face à l’ampleur de la tâche. En Alsace-Lorraine, des services spécifiques sont développés avec Mlle Jubert à Metz et Édith Bernardin* à Strasbourg. La CRA cesse son activité en 1950.
Vers une féminisation de la profession
39L’après-guerre est marquée par une volonté de démocratisation et de modernisation. Une dynamique égalitaire apparaît. La loi du 19 octobre 1946 relative au statut général des fonctionnaires déclare que « les femmes ont désormais en règle générale accès à tous les emplois publics dans les mêmes conditions que les hommes ». Les projets mûris depuis trente ans vont lentement prendre forme. La DBLP est créée par décret du 18 août 1945, répondant à une revendication de longue date des associations professionnelles en faveur d’une coordination ministérielle. Paule Salvan* et Yvonne Labbé* sont les premières collaboratrices nommées dans ce service à partir de 1949. Marcel Bouteron56, le directeur, crée huit bibliothèques centrales de prêt (BCP) pour développer la lecture dans les zones rurales. Ces BCP vont desservir les petites communes avec des dépôts ou des bibliobus. Quatre femmes sont nommées à la tête de ces nouveaux établissements. Elles sont déjà responsables d’un service dans le département et assument cette fonction en plus. Suzanne Dobelman Kravchenko*, bibliothécaire en chef à la BM de Toulouse, est désignée pour la Haute-Garonne ; elle touche une indemnité de 30 000 francs. Paule Masson, directrice de la BM d’Albi, devient responsable pour le Tarn ; Victorine Vérine* assure le département de l’Aisne. Madeleine Thomas qui était conservatrice au ministère des Affaires étrangères est nommée en Isère tandis que Jeanne Levatois Philippe*, responsable à Niort, est désignée pour la BCP des Deux-Sèvres. Plus de 50 % des directions sont attribuées à des femmes. Ce secteur intègre de nombreuses femmes en milieu rural menant un travail de proximité avec une orientation sociale qui nécessite des compétences en matière de logistique. Dans les bibliothèques municipales classées (BMC), elles peinent à obtenir des postes de cadres. Les maires sont restés circonspects dans le recrutement de chefs de service féminins. Dans les villes moyennes, quelques femmes sont arrivées à un niveau de cadre. En 1930, Marthe Chotin est adjointe du directeur à Metz et prend sa place en 1946 après avoir assuré l’intérim pendant la guerre. Jeanne Varangot est directrice à Angers depuis 1936 ; Ketty Van Gennep* à Épernay depuis 1941. Germaine Jeulin Plique* est nommée à Châlons ; elle sera à l’origine de la création d’une des premières discothèques. La bascule s’opère dans les années 1950 où les femmes sont toujours plus nombreuses.
40Dans les bibliothèques d’études, 50 % du personnel est féminin dans les années 1940. Là encore, elles décrochent souvent des postes de direction sur des secteurs inédits. En 1955, Nelly Huri obtient une mutation pour la BU centrale des étudiants malades (BUCEM), un établissement créé pour les étudiants malades de la tuberculose. Nelly Huri avait contracté cette maladie en déportation. Elle était entrée à la Sorbonne en 1936 mais en fut révoquée en 1940 car elle était de nationalité égyptienne. Engagée dans la Résistance, arrêtée, elle fut déportée à Ravensbrück. Elle revint des camps atteinte de tuberculose et mit longtemps à se soigner. Sensible de ce fait à la situation des malades, Nelly Huri développe rapidement cet établissement, dont elle relate le fonctionnement dans un article paru en 195758. Elle en sera la directrice jusqu’à sa retraite en 196759. À la BN, Thérèse Kleindienst* est la première femme à parvenir à une fonction stratégique en étant nommée secrétaire générale en 1963.
41Dans tous les types de bibliothèques, collaboratrices et adjointes sont plus nombreuses au fur et à mesure que les équipes s’étoffent au fil de la (lente) modernisation.
Notes de bas de page
1 Martine POULAIN (dir.), Les bibliothèques au XXe siècle, Paris, Éditions du Cercle de la Librairie, 2009 (coll. Bibliothèques).
2 Ministère de l’Instruction publique, « F/17/17307/1-F/17/17307/6 », Archives nationales.
3 Marie-Clotilde Hubert, première femme enseignante à l’ENC, est nommée maître-assistant en 1979.
4 HENRIOT, Gabriel (1880-1965) conservateur de la bibliothèque Forney, historien et critique d’art, inspecteur des bibliothèques parisiennes, directeur de l’École de bibliothécaires (rue de l’Élysée), fondateur de l’École municipale de bibliothécaires de Paris et de l’École des bibliothécaires de l’Institut catholique, président de l’ABF et membre fondateur de l’IFLA, il est un acteur majeur de la professionnalisation des bibliothécaires français dans l’entre-deux-guerres.
5 Association des diplômés de l’École de bibliothécaires documentalistes, « Bulletin d’information », 1971.
6 Sylvie FAYET-SCRIBE, « Women Professionals in Documentation in France during the 1930s », Libraries & the Cultural Record, 2009, 44, 2, p. 201-219.
7 Étienne DEVILLE, Table des matières contenues dans les vingt premières années (1891-1910) de la Revue des bibliothèques, 1911. [En ligne] < http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb42399373b >.
8 « Dizionario bio-bibliografico dei bibliotecari italiani del XX secolo », Pubblicazioni AIB, Materiali per la storia dei bibliotecari. [En ligne] < https://www.aib.it/aib/editoria/dbbi20/pintoe.htm >.
9 Pierre POULIQUEN, Index du bulletin de l’Association des bibliothécaires français (1907-1941), Mémoire de fin d’étude, Enssib, 1981. [Microfiche].
10 Mary Niles MAACK, « Women Librarians in France: The First Generation », J. Libr. Hist. 1974-1987, 1983, 18.
11 « Roberte Dolléans-Guignard : dossier de personnel », Bibliothèque nationale : gestion de la production documentaire et des archives.
12 Jean LARAN, « Rapport sur le fonctionnement des divers services de la Bibliothèque nationale pendant les années 1943 et 1944 », Bibliothèque nationale, 1946.
13 Ministère de l’Instruction publique, « F/17/17307/1-F/17/17307/6 », Archives nationales.
14 Suzanne BRIET, Entre Aisne et Meuse et au-delà : souvenirs, Éditions de la société des écrivains ardennais, 1976, p. 14.
15 « Madeleine Chabrier : dossier de carrière », Bibliothèque nationale : gestion de la production documentaire et des archives.
16 Voir aussi les courriers échangés dans la partie « Des voyageuses », p. 101.
17 Ministère de l’Instruction publique, op. cit.
18 « KRAVTCHENKO-DOBELMANN, Suzanne : dossier de carrière », Mairie de Toulouse, service des archives.
19 Seymour de Ricci (1881-1942) spécialiste de l’histoire du livre et des médailles qui a légué ses collections à la BN.
20 Seymour DE RICCI, Le problème des bibliothèques françaises, petit manuel pratique de bibliothéconomie, [s. n.], 1933.
21 Sylvie FAYET-SCRIBE, « Connaissez-vous Suzanne Briet ? », Bulletin des bibliothèques de France, 2012. [En ligne] < https://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2012-01-0040-007 >.
22 Les intuitions de Suzanne Briet se voient confirmées par l’essor du Web, elle annonce la mise en place d’un « service public de l’information ». Sur ce sujet, lire l’article de Ron DAY, « Tropes, histoire et éthique dans le discours professionnel et la science de l’information », The journal of the American Society for Information Science (JASIS), 2000, 51, 5, p. 469-475.
23 Jules Hédou (1833-1905) a légué à la bibliothèque de Rouen une collection de photographies, d’estampes, de dessins.
24 Marie-Françoise ROSE et Valérie NEVEU, La Bibliothèque municipale de Rouen. 200 ans d’histoire(s), Mont-Saint-Aignan, Presses universitaire de Rouen, 2020, p. 103.
25 Marie GARAMBOIS, Le métier de bibliothécaire à l’épreuve des stéréotypes : changer d’image, un enjeu pour l’advocacy, Mémoire d’étude de conservateur de bibliothèque, sous la direction de Christophe EVANS, Villeurbanne, Enssib, 2016. [En ligne] < https://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/voir_document_embarque?id_doc=67444 >.
26 Anne-Marie CHAINTREAU et Renée LEMAÎTRE, Drôles de bibliothèques… Le thème de la bibliothèque dans la littérature et le cinéma, Paris, Éditions du Cercle de la Librairie, 1993.
27 « Gabrielle Fabre : dossier de personnel », Bibliothèque nationale : gestion de la production documentaires et des archives.
28 Simone de BEAUVOIR, Le deuxième sexe : l’expérience vécue, Paris, Gallimard, 1976.
29 La conversion franc/euro sur le site de l’INSEE permet de disposer d’une comparaison actualisée, un conservateur gagne 37 946,25 € par an, un aide-bibliothécaire touche 8 221 €. L’inflation à partir des années 1937 impacte le pouvoir d’achat.
30 École des Mines, « Geneviève Dolfuss : dossier de personnel ».
31 « Traitements et indemnités des personnels de bibliothèque », Archives administratives modernes de la bibliothèque de la Sorbonne (1804-1956).
32 Archives administratives modernes de la bibliothèque de la Sorbonne (1804-1956), « Journal de la bibliothèque de l’université de Paris, 1898-1927 ».
33 Mary Niles MAACK, « Women Librarians in France : The First Generation », The Journal of Library History, 1983, 18, p. 407-449.
34 Association des diplômes de l’école de bibliothécaires documentalistes, « Les femmes bibliothécaires », numéro spécial, 1983.
35 Claire AUZIAS, « Marsella Marie-Louise », Dictionnaire des anarchistes, Maitron, 2014. [En ligne] < https://maitron.fr/spip.php?article154811 >.
36 Suzanne BRIET, Entre Aisne et Meuse et au-delà : souvenirs, op. cit.
37 Sylvie FAYET-SCRIBE, « Connaissez-vous Suzanne Briet ? », Bulletin des bibliothèques de France, 2012, 1, p. 40-44. [En ligne]
38 Zonta est un club service interprofessionnel, apolitique et non confessionnel présent au niveau international.
39 Emmanuel-Joseph Sieyès (1748-1836) élabore la notion de citoyen actif qui dispose du droit de vote pendant la Révolution française. A contrario, ceux qui ne peuvent élire leurs représentants sont des citoyens passifs.
40 Martine POULAIN, Livres pillés, lectures surveillées : les bibliothèques françaises sous l’Occupation, Paris, Gallimard, 2013.
41 Ibid., p. 227.
42 Marianne CAILLOUX, « Étudiantes à l’École des Chartes : les premières chartistes en formation de conservation et de documentation », AIDAInformazioni Riv. Semest. Sci. DellInformazione, 2018, 1-2, p. 11-34.
43 Martine POULAIN (dir.), Les bibliothèques au XXe siècle, op. cit.
44 Martine POULAIN, ibid.
45 Bibliothèques de Paris, Jacqueline Dreyfus-Weill : une bibliothécaire passionnée, Ville de Paris, 2023.
46 « Hélène Frémont : dossier de personnel », Bibliothèque nationale : gestion de la production documentaires et des archives.
47 Anne-Marie PAVILLARD, « Des bibliothécaires, résistantes et déportées », in Femmes en déportation : les déportées de répression dans les camps nazis 1940-1945, Nanterre, Presses universitaires de Paris Nanterre, 2019.
48 Suzanne BRIET, Bibliothèques en détresse, Unesco, 1949.
49 Bernard BARBICHE, « Geneviève d’Haucourt (1904-2000) », Bibl. LÉcole Chartes, 2002.
50 « Marie Thérèse d’Alverny : dossier de carrière », Bibliothèque nationale : gestion de la production documentaire et des archives.
51 Martine POULAIN, Livres pillés, lectures surveillées : les bibliothèques françaises sous l’Occupation, Paris, Gallimard, 2013.
52 « Fonds Gabriel Henriot », Institut catholique de Paris.
53 « Gabrielle Fabre : dossier de personnel », Bibliothèque nationale : gestion de la production documentaires et des archives.
54 Camille Bloch (1865-1949), archiviste départemental, inspecteur général des bibliothèques et des archives, directeur de la Bibliothèque-Musée de la Guerre de 1918 à 1934.
55 Jenny DELSAUX, « La sous-commission des livres à la récupération artistique 1944-1950 », 1976.
56 Marcel Bouteron (1877-1962), conservateur à la bibliothèque de l’Institut de France, est l’un des principaux acteurs de la création de la DBLP en 1945.
57 Archives municipales de Saint-Brieuc, « Comité d’inspection et d’achats de livres », 1945.
58 Nellu HURI, « La bibliothèque universitaire centrale des étudiants malades et les bibliothèques des sanatoriums en France », Bulletin des bibliothèques de France, 1957, 1, p. 15-31. [En ligne] < https://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-1957-01-0015-003 >.
59 Anne-Marie PAVILLARD, Des bibliothécaires, résistantes et déportées, op. cit.
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