Mémento
Texte intégral
1L’engagement des bibliothèques dans la transition écologique s’appréhende de façon globale, dans une approche transversale qui peut mobiliser les établissements dans leur fonctionnement en tant que bâtiments et lieux (de travail, de conservation, d’accueil, d’information, d’apprentissage, etc.), mais aussi dans leur pilotage stratégique, leur rayonnement, leur offre de services et plus largement à travers leur rôle social et culturel. La pertinence de cette démarche repose notamment sur la cohérence, l’appropriation et la lisibilité des actions déployées – quelle qu’en soit l’échelle – à la fois dans le temps et dans leur dimension systémique.
2Les différentes contributions qui constituent cet ouvrage éclairent la complémentarité et la dynamique des actions mises en œuvre, et soulignent la façon dont les enjeux de transition repositionnent notre regard sur nos savoirs, nos compétences métiers et le rôle que peuvent avoir les bibliothèques. Les textes des différents chapitres donnent des clefs de compréhension de ces enjeux et proposent des exemples et des outils transposables pour s’engager dans la transition écologique.
3Ce mémento n’est pas exhaustif. Il propose des jalons suffisamment ouverts, flexibles et modulables pour s’adapter à tous types de structures, quels qu’en soient les spécificités et les moyens, à partir de six axes :
- arpenter
- formaliser
- s’adapter
- sensibiliser
- agir
- rayonner.
Arpenter
4Au sens premier du terme, « arpenter » signifie parcourir à grands pas son terrain : il s’agit là d’une étape de contextualisation et d’état des lieux indispensable pour engager sa bibliothèque dans un projet global et transversal. Cette phase permet non seulement d’identifier les champs d’application et les cadres propres à la transition écologique, mais c’est aussi l’occasion d’établir une cartographie de ses atouts et de ses faiblesses, des freins et des leviers existants. Cet arpentage peut s’appuyer sur l’analyse du contexte et une connaissance de cadres réglementaires et politiques évolutifs. Des référentiels ou des grilles d’autopositionnement peuvent aider à structurer un premier état des lieux. Une mesure de l’empreinte carbone peut également compléter cette démarche, pour se positionner du point de vue de l’impact environnemental de la bibliothèque et de ses activités.
Contexte et cadre réglementaire
5L’inscription des enjeux de transition écologique dans les politiques publiques s’accompagne d’un cadre réglementaire et de dispositifs évolutifs. Connaître et comprendre ce contexte permet de positionner son établissement et de s’engager de façon durable et structurée, mais aussi d’identifier des leviers possibles (locaux, nationaux) pour soutenir ses projets.
État des lieux et autodiagnostic
6S’inspirer d’un référentiel ou se référer à un programme peut faciliter la réalisation d’un état des lieux (actions déjà menées ou à mener dans différents champs d’application). Cela permet de structurer sa démarche en s’appuyant sur un cadre déjà établi et partagé avec d’autres établissements. Il est également possible de réaliser une cartographie de ses activités en y intégrant le critère d’impact environnemental.
Objectifs de développement durable
7À travers leurs missions et leur offre de services, les bibliothèques contribuent aux objectifs de développement durable (ODD). Identifier les ODD auxquels participe déjà son établissement est un point de départ intéressant pour connaître/faire connaître les ODD, sensibiliser et fédérer son équipe, valoriser les actions déjà existantes, mais aussi cibler celles qui pourraient être déployées. C’est aussi un cadre de référence utilisé à l’international.
Empreinte carbone et impact environnemental
8Les bibliothèques sont génératrices d’une empreinte carbone. Celle-ci peut être établie par un bilan carbone (BC) qui calcule les émissions de gaz à effet de serre (GES) émises par l’établissement (bâtiment et activités). Réaliser un BC permet de se situer au moment de l’étude, mais aussi d’identifier des marges de progression et d’explorer des pistes d’actions complémentaires à celles relevées par l’état des lieux.
Formaliser
9La formalisation est une étape importante qui accompagne la structuration d’une stratégie dans le champ de la transition écologique. Il peut s’agir d’en intégrer les enjeux au projet d’établissement, avec une visibilité et un suivi dans la durée. Cette formalisation peut se décliner à plusieurs niveaux : axe priorisé dans le projet global et déclinaison dans les services sous forme d’objectifs et de plan d’action, adoption d’une charte d’engagement écoresponsable, processus de labellisation, intégration d’une fonction de référent au sein de la structure, etc.
Plan d’action
10L’inscription des enjeux de transition écologique dans le projet d’établissement apporte une dimension stratégique. Elle peut s’accompagner de moyens (dégagement de temps, d’espaces, de montée en compétences, de budget) et être déclinée en objectifs dans les projets de services. Sur la base d’un état des lieux, il est possible de définir un plan d’action (périmètres, objectifs, jalons et indicateurs) qui concrétise cette stratégie.
Charte d’engagement écoresponsable
11Il s’agit d’un document qui peut être coconstruit, permettant de formaliser les valeurs et les domaines dans lesquels l’établissement souhaite s’engager : achats durables, recyclage et tri, réduction du plastique à usage unique, adoption d’écogestes, etc. La charte confère de la visibilité et de la cohérence aux actions, contribue à la sensibilisation collective et peut donner lieu à un affichage auprès des publics et des tutelles. Elle s’élabore à partir du contexte et des spécificités de l’établissement, mais elle peut aussi s’inspirer de supports existants.
Labels
12S’engager dans une démarche de labellisation suppose un investissement important dans un cadre déterminé par un référentiel ou par des critères, comme par exemple le label DD&RS (développement durable et responsabilité sociétale) pour les établissements d’enseignement supérieur. C’est un outil de reconnaissance et de visibilité, qui permet de s’inscrire dans une démarche collective à grande échelle. La labellisation peut être accordée sur un temps limité, avec un suivi et un cahier des charges à remplir.
Référent·e DD&RS
13La fonction de référent·e DD&RS constitue un engagement de l’établissement qui choisit de dégager un support ou du temps, avec une montée en compétences interne ou un recrutement (il peut également s’agir du déploiement d’un réseau d’ambassadeur·rices dans les services). Le·la référent·e accompagne la stratégie DD&RS de l’établissement, relaie une veille ciblée sur ces sujets, contribue à la sensibilisation des personnels et au suivi des plans d’actions. Il·elle peut également s’associer à des réseaux de référents et développer des partenariats au niveau local. Pour être efficace et décloisonnée, la fonction de référent·e doit s’accompagner d’une mobilisation collective et transversale des équipes sur les enjeux de transition.
S’adapter
14La notion d’adaptation est indissociable de celle de transition. C’est l’une des réponses qui peut être apportée à une situation de changement, sans occulter la possibilité de faire évoluer en profondeur les modes de fonctionnement et d’organisation de modèles aujourd’hui bousculés par l’urgence climatique. S’adapter, c’est d’abord agir sur son quotidien et repenser ses pratiques : consommation énergétique, espaces et matériaux, mobilités, gestion des déchets, usages numériques, équipement et conservation, etc.
Bâtiment et fonctionnement
15En tant que bâtiment et lieu accueillant du public, la bibliothèque s’inscrit dans un environnement sur lequel elle a un impact écologique et dont il convient de comprendre les enjeux : biodiversité, artificialisation des sols, mobilité, pollution, déchets, etc. Certains choix peuvent contribuer à limiter cet impact, notamment en cas de construction ou de rénovation (réduction des surfaces bâties, matériaux respectueux de l’environnement, écoconception des aménagements, anticipation des usages en intégrant les notions de flexibilité et de polyvalence des espaces) et dans la gestion du quotidien (consommables et produits d’entretien, tri et recyclage, etc.).
Consommation énergétique
16Les bibliothèques sont des équipements consommateurs d’énergie. La réduction de la consommation de ressources (eau, électricité, gaz, carburant) contribue à faire baisser le bilan carbone. Plusieurs champs d’action sont possibles : nouvelles sources d’énergie, optimisation thermique (températures plancher, horaires et espaces sélectifs) et énergétique (éviter les consommations inutiles et lutter contre les gaspillages, éclairages économes, électroménagers avec une étiquette énergie, isolation, etc.).
Usages numériques
17Les impacts sociaux et environnementaux du numérique sont à prendre en compte dans les enjeux de transition écologique. Les bibliothèques sont des lieux d’usages numériques, de mise à disposition d’équipements et de consommation de contenus. Elles sont également pourvoyeuses de services numériques et d’actions de médiation dans ce domaine, et les pratiques professionnelles s’appuient aujourd’hui largement sur ces technologies. La prise de conscience et la sensibilisation à l’impact environnemental du numérique peuvent amener à mieux adapter les pratiques (personnelles et professionnelles) : limitation des équipements, clauses de réparabilité et de recyclabilité, écoconception des services, limitation des flux de données, optimisation des usages et des politiques de stockage, etc.
Équipement des documents
18Les procédures d’équipement et les choix de conservation des documents ne sont pas neutres sur le plan environnemental. Le traitement des collections peut s’adapter à des objectifs de durabilité et d’optimisation : intégrer les enjeux de conservation durable tout au long du circuit du document, anticiper les risques (événements climatiques, conditions thermiques et hydriques), sélectionner des matériaux biosourcés ou écoresponsables, favoriser des réparations et des consolidations préventives respectueuses des supports et de l’environnement, etc.
Sensibiliser
19La sensibilisation aux enjeux de transition écologique est un levier de mobilisation et de transformation. Elle favorise par des formats souvent participatifs (fresques, ateliers, gestes écoresponsables, etc.) une forme de prise de conscience et d’encapacitation collective vers des pratiques plus responsables et durables. Dans le champ professionnel, la sensibilisation est une première étape. La formation, plus spécifique et appliquée, permet de contextualiser les enjeux et d’accompagner l’évolution des pratiques métiers.
Formation des personnels
20La sensibilisation et la formation des personnels sont un levier de transformation et d’accompagnement de la transition écologique. Cela concerne les professionnels des bibliothèques, mais c’est également à grande échelle un enjeu identifié pour l’ensemble des agents publics. En première intention, différentes actions peuvent être mises en place au sein des établissements (ateliers de sensibilisation, fresques, formation intra, etc.). Une offre croissante de formation continue se développe dans le champ professionnel, avec une approche « métier ».
Fresques et ateliers
21De nombreux ateliers et supports de sensibilisation citoyenne se développent, ils peuvent notamment être proposés par la bibliothèque en direction des publics, mais aussi des personnels : Fresque du climat, Fresque du numérique, atelier 2tonnes, etc. Il est également possible de former des personnes-relais en interne pour devenir animatrices au sein de la structure. Certaines de ces actions bénéficient de réseaux et d’outils structurés à grande échelle. Elles peuvent par ailleurs compléter une programmation d’actions régulières, du type « un mois/un écogeste ».
Graines, troc et jardinage
22De nombreuses initiatives sont développées par les bibliothèques dans le champ de l’économie circulaire (troc d’objets, ressourcerie, fringothèque, atelier de recyclage et de réparation, etc.) et de la sensibilisation à l’environnement (grainothèque, aménagement d’espaces verts, animation sur la biodiversité, etc.). Ces actions fondées sur la participation contribuent à la sensibilisation et à l’implication des publics, avec une attention importante apportée au lien social et au partage de savoirs.
Calendrier DD&RS
23Les enjeux de transition écologique sont portés au niveau national et international. Il existe de nombreuses actions récurrentes qui permettent de cibler des temps forts autour d’un calendrier DD&RS, avec parfois la possibilité de bénéficier d’un kit de communication ou d’une plateforme pour signaler ses actions (exemple de la Semaine européenne du développement durable ou de l’anniversaire des ODD de l’Agenda 2030). Ces rendez-vous peuvent être l’occasion de communiquer auprès des publics, de valoriser des ressources et des actions, mais aussi de proposer des défis collectifs mobilisant les équipes et/ou les publics autour d’un thème structurant (la mobilité, les déchets, le numérique, etc.).
Agir
24Au-delà de leur propre adaptation aux enjeux de transition écologique, les bibliothèques sont en mesure d’agir à travers toutes les activités qui constituent le cœur de leurs missions : développer des collections, sélectionner et organiser l’information, contribuer à la médiation et au partage de savoirs, accueillir les publics, proposer des espaces pour apprendre et se ressourcer, contribuer aux démarches de résilience et de lieux refuges…
Informer pour agir
25Par leurs actions de sensibilisation, de médiation et la mise à disposition de ressources, les bibliothèques peuvent contribuer à l’acquisition d’une littératie écologique essentielle au décryptage des enjeux de la transition. L’accès aux connaissances et à une information structurée est un corollaire du développement de la capacité à agir, et l’éducation au changement climatique constitue un levier de transformation et d’adaptation des sociétés.
Collections
26Le développement et la valorisation de collections ciblées sur les enjeux de transition écologique contribuent au partage des connaissances. On peut imaginer différentes approches pour les rendre visibles : signaler la thématique de façon transversale au sein des collections (code couleur, logo, label, tag dans le catalogue, etc.), dédier un fonds,un espace ou une cote spécifique, proposer des sélections thématiques et mettre en place des actions de médiation (lectures, concours, blog, coup de cœur, table, événement, etc.). Il existe des centres de ressources spécialisées (réseau des Maisons de l’Environnement, centre de ressources et d’information sur le développement durable de la BnF).
Accueillir
27Le caractère systémique de la crise environnementale est un enjeu sociétal qui engage les institutions publiques. L’accueil des publics et les enjeux d’inclusion sont au cœur des missions des bibliothèques et leur engagement dans la transition écologique en renouvelle les défis : à la fois dans la continuité d’une offre d’espaces et de services à adapter, mais aussi dans le positionnement d’un lieu porteur de valeurs et d’attention au vivre-ensemble. Quel que soit son ancrage (lecture publique, établissement culturel ou académique), la bibliothèque constitue un lieu « repère » d’accueil et de sensibilisation des publics, mais aussi un lieu « ressource » pour comprendre et documenter la crise.
Refuge climatique
28L’accélération des phénomènes climatiques extrêmes (vagues de chaleur et de froid, risques accrus d’incendies et d’inondations) amène à repenser l’aménagement des territoires. En tant que lieux ouverts à tous et bénéficiant d’un maillage territorial développé, certaines bibliothèques peuvent être identifiées comme des refuges, notamment par l’accès à des espaces tempérés.
Rayonner
29L’action des bibliothèques s’inscrit dans des territoires géographiques mais aussi politiques au sein desquels elles peuvent être des actrices du changement. L’engagement dans les enjeux de transition écologique ouvre à de nombreuses possibilités de collaborations et de mutualisation, au niveau local (associations, collectifs, etc.) et national (réseaux interprofessionnels, institutionnels). Rayonner, communiquer, convaincre, sont aussi des jalons à intégrer pour porter et prolonger l’engagement des établissements.
Territoire et partenariats
30Les bibliothèques ne s’engagent pas de façon insulaire. Quelles que soient l’envergure et la portée des actions envisagées, celles-ci contribuent à la valeur ajoutée des bibliothèques sur leurs territoires et visibilisent leur rôle dans les grands enjeux sociétaux. Dès lors, leur stratégie en matière de transition écologique participe à des dynamiques locales et ouvre à des opportunités de collaborations, voire de fédération d’actions. Les partenaires habituels des bibliothèques peuvent être des relais ou des interlocuteurs privilégiés. D’autres partenariats peuvent être étudiés, ciblés sur l’exploration de nouveaux champs d’action moins traditionnels (environnement et biodiversité, éducation au changement climatique, schéma territorial de mobilité, mutualisation d’équipements ou d’espaces, tri et recyclage de matériaux, etc.).
Économie sociale et solidaire
31Le champ de l’économie sociale et solidaire est constitué d’acteurs qui œuvrent à but non lucratif, comme les coopératives ou les associations. Les bibliothèques peuvent trouver dans ces structures des interlocuteurs engagés dans des objectifs de développement durable, auxquels elles contribuent elles-mêmes par l’impact social de certaines actions.
Communiquer
32La communication sur les engagements pris par les bibliothèques (charte, stratégie, labellisation, etc.) prolonge leur formalisation. Communiquer et faire connaître la démarche de la bibliothèque s’inscrit dans la continuité des actions de sensibilisation et d’implication des publics. Il s’agit aussi de situer la bibliothèque dans la construction d’un récit collectif, en tant qu’institution responsable et engagée.
Advocacy
33La mobilisation en faveur de la transition écologique peut se heurter à des résistances multiples, elle nécessite par ailleurs le déploiement d’attention et de moyens. En s’y impliquant, les bibliothèques sont dans la pleine continuité de leurs missions et de leurs périmètres d’activité qu’elles font évoluer pour accompagner les enjeux sociétaux contemporains. Rendre visible et porter l’engagement des bibliothèques auprès des publics et des tutelles contribue à en valoriser l’impact et à susciter leur reconnaissance politique et sociale. À titre individuel ou associatif (collectif des bibliothèques françaises pour l’Agenda 2030, commission Bibliothèques vertes de l’ABF, section Ensulib de l’IFLA, groupe Elsia d’EBLIDA, Association pour l’écologie du livre, etc.), de nombreux professionnels s’engagent et portent cette dynamique.
Auteur
-
Reine Bürki
Responsable de la mission Développement des projets et des partenariats à l’Enssib (Villeurbanne)
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