Agir pour un numérique responsable et durable
p. 42-54
Texte intégral
1Le philosophe Bernard Stiegler qualifiait le numérique de pharmakon1. Cette notion empruntée à Platon, désigne à la fois le remède et le poison. Si le numérique améliore indéniablement nos activités quotidiennes, il contribue également largement à leur dégradation si on ne se soucie pas de son impact environnemental, social et sociétal. L’enjeu est donc de prendre conscience des impacts de nos usages numériques et d’en avoir un regard critique. Sans parler d’austérité numérique, il s’agit pour les individus et les organisations de s’inscrire dans une démarche qui tend à minimiser les effets négatifs de leurs usages numériques et à maximiser les effets positifs. En somme, il s’agit de garantir la soutenabilité économique, sociale et environnementale du numérique : un numérique « responsable et durable ». Cette contribution privilégiera l’angle environnemental.
Impacts environnementaux et sociaux : la face cachée du numérique
2Les activités numériques ne sont pas immatérielles : les terminaux se connectent entre eux via des infrastructures réseaux afin d’échanger des informations stockées et traitées dans les centres de données. S’il nous est plus évident de penser à l’empreinte environnementale de l’appareil numérique que nous utilisons, nous sommes moins conscients de son impact environnemental et social avant même qu’il n’ait été utilisé. L’approche la plus efficace et la plus complète pour l’appréhender est de suivre l’ensemble du cycle de vie des appareils numériques : leur fabrication, leur usage, leur fin de vie.
Figure. Chiffres clés de la pollution numérique mondiale en 2023

© Archimag, 2023. Sources : GreenIT / ADEME / University of Bristol / United Nations University / Basel Action Network / Filière3e / Greenspector.
Le cycle de vie des appareils numériques
La phase de fabrication
3Cette phase débute par l’extraction et le raffinage des matières premières nécessaires pour fabriquer les composants d’un appareil numérique. Plus de 60 métaux différents sont nécessaires pour la fabrication d’un smartphone. L’empreinte environnementale de ces activités est considérable : une consommation massive d’eau douce et d’énergie à forte émission de gaz à effet de serre, une grave pollution des eaux et des sols, une érosion de la biodiversité locale et un épuisement de ressources abiotiques. Ces atteintes se poursuivent lors de l’assemblage des composants électroniques de l’appareil. Cette phase de fabrication représente près de 75 % de l’empreinte environnementale du numérique.
4L’impact social sur les populations des régions concernées est également considérable. L’extraction des minerais et la fabrication des équipements numérique sont sources de nombreuses violations des droits fondamentaux de l’homme au travail. Ainsi, la majeure partie du cobalt nécessaire pour la fabrication des batteries électriques provient de la République démocratique du Congo, dont une partie de mines artisanales où des enfants travaillent dans des conditions inacceptables.
La phase des usages
5Les usages numériques sont très largement moins impactant que la phase de fabrication. Ils sont essentiellement associés à la consommation d’électricité et aux émissions de CO2 induites. Dans un pays comme la France où l’électricité est peu carbonée, les impacts sont plus limités2. Ces usages étant essentiellement connectés, ils sollicitent des équipements réseaux et des centres de données qui consomment également de l’électricité et de l’eau pour leur refroidissement. Avec aujourd’hui près de 5 milliards d’internautes possédant en moyenne 8 appareils connectés, cette pression environnementale ne cesse d’augmenter. Selon un rapport du Shift Project publié en 20193, plus de 300 millions de tonnes de CO2 ont été produites par la simple consommation de vidéos sur internet, soit pas moins de 1 % des émissions mondiales. Autre chiffre édifiant, le volume de données au niveau mondial sera multiplié par 45 entre 2020 et 20354.
La fin de vie des équipements numériques
6En fin de vie, les appareils numériques deviennent des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) dont la collecte et le traitement sont obligatoires au sein de l’Union européenne. Néanmoins beaucoup croupissent dans les placards des particuliers et risquent de finir dans une benne plutôt que d’être pris en charge par une filière de traitement et de recyclage. Ainsi 67 % des Français n’ont jamais recyclé leur smartphone5 >.. La plupart des matériaux que contiennent ces équipements sont recyclables et réutilisables. D’autres, dangereux pour l’environnement et la santé, doivent être traités en conséquence. Par ailleurs, et pour éviter de respecter une réglementation contraignante et coûteuse, un trafic planétaire s’est développé pour acheminer ces DEEE dans des décharges sauvages à ciel ouvert en Afrique ou en Asie, exposant les populations locales à des conditions sanitaires et de travail déplorables.
Quatre grands principes
7Ce survol rapide nous enseigne des principes importants pour structurer une démarche « numérique responsable » :
- prendre en compte tout le cycle de vie des équipements et services numériques et pas seulement leur usage ;
- prendre en compte tous les impacts environnementaux et pas uniquement les émissions de gaz à effet de serre ;
- prendre en considération les aspects sociaux induits par nos choix ;
- s’inscrire dans une logique de sobriété.
En quoi les bibliothèques sont-elles concernées par les enjeux du numérique responsable ?
8Le numérique responsable est au service des objectifs de développement durable (ODD) énoncés par l’ONU dans le cadre de l’Agenda 2030. L’engagement des bibliothèques pour accompagner la société dans la poursuite de ces objectifs n’est plus à démontrer6 et la question d’un numérique responsable s’inscrit dans cette démarche globale.
9Les bibliothèques participent activement à la transformation numérique de nos sociétés. Auprès des publics d’abord, en mettant à disposition des services en ligne, des bouquets de contenus culturels, des postes de consultation connectés, des points wifi, des automates de prêt/retour et en accompagnant les usages numériques. Au sein de leur organisation ensuite, en étant partie prenante de leur système d’information, de la dématérialisation des procédures, des échanges, de la production et du traitement de données, ou en s’équipant de terminaux connectés. Elles contribuent à l’empreinte environnementale et sociale du numérique, et cette responsabilité doit désormais être intégrée à leur stratégie numérique.
10Parce que les solutions sont globales et systémiques, les bibliothécaires ne peuvent penser seuls cette stratégie qui s’élabore en concertation avec les différents métiers et services de leur organisation (direction des systèmes informatiques [DSI], services des achats, ressources humaines…). D’autant que l’article 35 de la loi visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique (loi REEN du 15 novembre 2021) oblige les communes et les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) de plus de 50 000 habitants à se doter, à compter du 1er janvier 2025, d’une stratégie numérique responsable. Les bibliothèques sont donc légitimes pour participer à la conception de cette feuille de route, puis à sa réalisation.
Encadré 1. Le cadre légal du numérique responsable
En 2023, un certain nombre de mesures existent en France pour contribuer à réduire l’empreinte environnementale du numérique.
• Loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire
La loi du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, dite loi AGEC, apporte des avancées majeures pour lutter contre l’obsolescence, favoriser la réparation et mieux informer le consommateur, notamment sur la réparabilité* et la durabilité des biens.
• Loi visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique en France
La loi du 15 novembre 2021 visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique en France, dite loi REEN, s’adresse à tous les acteurs de la chaîne de valeur du numérique : professionnels du secteur, acteurs publics et consommateurs.
Elle s’articule autour de cinq objectifs :
– faire prendre conscience de l’impact environnemental du numérique ;
– limiter le renouvellement des appareils numériques ;
– favoriser des usages numériques écologiquement vertueux ;
– promouvoir des centres de données et des réseaux moins énergivores;
– promouvoir le numérique responsable dans les territoires en obligeant, à partir de 2025, les communes et leurs intercommunalités de plus de 50 000 habitants à élaborer une stratégie numérique responsable.
• Schéma de promotion des achats publics socialement et écologiquement responsables (SPASER)
Le SPASER est rendu obligatoire par l’article 13 de la loi du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire*, pour les collectivités territoriales et leurs groupements ainsi que les acheteurs soumis aux dispositions du code relatif aux marchés publics qui ont un statut de nature législative, lorsque le montant total annuel des achats est supérieur à 100 millions d’euros HT.
Vers un numérique écoresponsable : les bonnes pratiques à mettre en œuvre
11Nous présentons ici les bonnes pratiques que les bibliothèques peuvent directement engager ou auxquelles elles peuvent prendre part au sein de leur organisation. Pour une approche exhaustive nous renvoyons vers le Guide de bonnes pratiques numérique responsable pour les organisations publié par la Direction interministérielle du numérique (DINUM)7.
Un préalable : la sensibilisation des bibliothécaires
12Afin d’engager sur le long terme toute l’organisation d’un établissement vers un numérique plus soutenable, il est primordial de sensibiliser tous les agents sur les principaux impacts du numérique et sur les bonnes pratiques à suivre prioritairement. Cela peut prendre la forme d’une documentation didactique, de conférences ou d’ateliers organisés en interne. La Fresque du numérique, par exemple, est un atelier pour comprendre en équipe et de manière ludique les enjeux environnementaux du numérique.
Se former
13Un plan de formation individuelle ou collective peut également être mis en œuvre afin de monter en compétences sur la compréhension des responsabilités sociétales d’une organisation8 ou pour appuyer des savoir-faire tels que écoconcevoir un service numérique, élaborer une politique d’achats responsables ou encore développer auprès de certains agents la réparation simple d’équipements numériques. Les organismes de formation professionnelle intègre de plus en plus ces problématiques à leur catalogue. Notons enfin les moocs proposés par l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria)9 et par l’Institut du numérique responsable (INR)10, qui sont de belles entrées en matière sur le sujet.
S’équiper sobre et allonger la durée de vie du matériel
14L’action la plus efficace pour limiter l’impact environnemental majeur de la phase de fabrication est de prolonger la durée de vie des équipements numériques afin de repousser l’échéance de leur remplacement. Cinq principes animent cette réflexion.
Encadré 2. Les 5 R de la sobriété numérique
• Refuser l’inutile.
• Réduire le nombre des matériels.
• Réparer.
• Réemployer.
• Recycler.
Ces 5 R de la sobriété numérique sont à mener en concertation avec la DSI et le service des achats au sein de son organisation, notamment dans le cadre de l’élaboration du schéma directeur informatique et du schéma de promotion des achats publics socialement et écologiquement responsables (SPASER).
15Quelques pistes doivent être prises en compte.
Réduire le nombre d’équipements
- Veiller à l’adéquation entre les équipements achetés et les besoins réels. Est-il par exemple indispensable d’attribuer systématiquement un écran supplémentaire pour chacun des agents de la bibliothèque ?
- Mutualiser les équipements professionnels, comme les imprimantes ou les matériels numériques d’animation tels que les consoles de jeux ou une imprimante 3D au sein d’un réseau de médiathèques.
- Réaffecter le matériel en interne. Un ordinateur aux capacités techniques insuffisantes pour certaines taches peut rester pertinent pour des travaux moins exigeants. Être doté d’un ordinateur réaffecté ne doit pas être interprété par l’agent comme un manque de considération.
Privilégier les achats durables et réparables
- Acquérir un matériel de qualité, fiable, évolutif, aux garanties longues (cinq à sept ans), et réparable en se basant sur son indice de réparabilité. Noté sur 10, cet indice informe du caractère plus ou moins réparable des produits concernés11.
- Privilégier les équipements écolabellisés de type 112 garantissant à la fois leur qualité environnementale et leur qualité d’usage. Ces labels sont attribués par un organisme indépendant a contrario de ceux non certifiés n’ayant qu’un aspect commercial de « greenwashing ».
- Acquérir un équipement reconditionné est, d’un point de vue environnemental, un équipement qui n’est pas « fabriqué ». Il est en outre moins onéreux pour un service rendu équivalent. Si ce type d’achat est très adapté aux petites structures, il reste encore marginal au sein des achats publics des plus grands établissements.
- Limiter l’obsolescence des équipements induite par les logiciels installés. Ces derniers, en consommant de plus en plus de ressources informatiques13, accélèrent l’obsolescence des équipements et augmentent leur consommation énergétique. Il est donc plus vertueux de favoriser des logiciels écoconçus qui limitent ces effets négatifs. Les logiciels libres ou en open source, plus légers et modulables, sont à privilégier.
Organiser le recyclage
16L’organisation du recyclage du matériel numérique via un éco-organisme agréé pour la gestion des DEEE est du ressort de la Délégation Synthèse, coordination et innovation (DSCI). Les bibliothécaires sont néanmoins directement concernés par le tri et la collecte des cartouches d’encre et des toners vides, soit pour les faire remplir, si la structure utilise ce service, soit pour les recycler et dépolluer. La sensibilisation des agents à ces questions du tri est nécessaire.
Écoconcevoir les services numériques
17Les bibliothèques sont d’importantes pourvoyeuses de services numériques : portails web, contenus et ressources en ligne, applications mobiles, opac… Plus le service est lourd et son usage complexe, plus importante est la consommation de ressources informatiques et énergétiques des terminaux, des réseaux et des centres de données. Écoconcevoir14 un service numérique consiste donc à veiller à ses impacts environnementaux et à sa fluidité d’utilisation. L’allongement de la durée de vie des équipements est facilité en repoussant leur obsolescence.
Définir le besoin réel et éliminer ce qui n’est pas essentiel
18Il s’agit ici de s’interroger préalablement sur les besoins réels des utilisateurs-cibles et sur la pertinence du service numérique à y répondre. N’excluons jamais que l’option non numérique est parfois la plus efficiente. Les principes fondamentaux de la conception centrée sur l’utilisateur évitent d’ajouter des fonctionnalités inutiles, des contenus accessoires et conduisent à développer des interfaces efficaces. Les méthodes issues du design UX du web sont les plus opportunes ici. En allant à l’essentiel, le temps moyen passé sur le service numérique est réduit, de même que sa consommation en ressources informatiques et énergétiques.
Concevoir ou choisir un service numérique compatible avec les équipements les plus anciens et une connectivité à faible débit
19Ce choix implique que l’utilisateur, n’expérimentant pas un service « qui rame », est moins tenté de renouveler son appareil. L’organisation, de son côté, peut également utiliser plus longtemps ces infrastructures (serveurs, bande passante…) sans avoir à les remplacer ou à en ajouter.
20Enfin cette vigilance contribue à ne pas aggraver la fracture numérique qui exclut les publics qui n’ont pas accès à des équipements performants ou à une connexion haut débit.
Des contenus qui limitent les flux de données
21L’enjeu est de ne pas aggraver, lors de l’utilisation du service, le poids de charge de ses contenus et le nombre de requête vers le serveur. Le choix du format, de la taille, du poids des contenus multimédias est donc primordial. Quand 80 % de la bande passante mondiale sont utilisés par la vidéo en ligne, il est opportun de s’interroger sur la nécessité d’en proposer. Et le cas échéant, opter pour un affichage en qualité moyenne, en lecture non automatisée, et via un lecteur intégré plutôt qu’un lecteur YouTube embarqué. Ou encore veiller à proposer des documents à télécharger au format PDF compressé.
22Notons que ces bonnes pratiques passent également par la sensibilisation des rédacteurs contribuant au service.
Écoconcevoir en intégrant le cercle vertueux des référentiels et des règlements existants
- Le Référentiel général d’amélioration de l’accessibilité (RGAA) des sites et services numériques.
- Le Règlement général pour la protection des données (RGPD) personnelles et le respect de la vie privée.
- L’ouverture des données publiques rendue obligatoire par la loi pour une République numérique de 2016, pour toutes les administrations et collectivités locales de plus de 3 500 habitants et 50 agents.
23Nous ne développerons pas ici les aspects purement techniques et technologiques inhérents au développement et au fonctionnement d’un service numérique. Néanmoins, ces spécificités préconisées dans un cahier des charges doivent être orientées vers la sobriété numérique. Notamment sur le choix de l’hébergeur, de la configuration du serveur, du CMS, et de solutions standards interopérables, voire en open source.
Pour des pratiques professionnelles sobres et écoresponsables
24Voici quelques écogestes simples et efficaces qui agissent essentiellement sur la limitation des flux de données et sur la réduction de la consommation d’énergie et les émissions de CO2 induites. Agir à titre individuel au sein de son organisation participe également à l’effort de réduction des impacts négatifs du numérique.
Sept domaines d’action et 35 écogestes
Économiser l’énergie
25Les activités numériques représentent à elles seules entre 6 et 10 % de la consommation mondiale d’électricité. Elles sont même le premier poste de consommation électrique au bureau. Celle-ci peut être diminuée par des gestes simples :
- mettre son ordinateur en veille quand on s’absente brièvement ; l’éteindre totalement au-delà d’une heure d’inactivité ;
- brancher ses équipements sur une multiprise à interrupteur ;
- adopter une luminosité d’écran pour un bon compromis entre confort visuel et économie d’énergie ;
- limiter les programmes ou onglets ouverts et inutilisés ;
- activer les fonctions GPS, wifi, Bluetooth de son téléphone ou tablette uniquement lorsque c’est nécessaire.
Optimiser l’usage de ses courriels
26Un courriel, suivant sa taille et le nombre de destinataires, a un impact de quelques grammes de CO2. Considérant qu’environ 300 milliards de courriels sont échangés par jour dans le monde, ce sont donc des millions de tonnes de CO2 émis par an. On peut en améliorer l’impact :
- préférer une signature sobre et si possible sans image ;
- ne pas multiplier les destinataires ;
- éviter l’usage systématique de la fonction « répondre à tous » ;
- supprimer les pièces jointes des messages auxquels on répond ;
- créer des pièces jointes légères et, pour les documents très lourds, recourir aux dossiers de partage ou les liens de dépôt temporaire.
Optimiser sa navigation internet
27L’enjeu est de limiter les flux de données afin de réduire la consommation de ressources informatiques et énergétiques induites, en adaptant sa navigation :
- aller directement sur le site recherché, en utilisant l’historique de ses consultations, en créant des favoris dans son navigateur ou en tapant directement l’adresse URL ;
- faire une recherche précise en utilisant des mots-clés pertinents, voire la recherche avancée ;
- utiliser les flèches « reculer » et « avancer » du navigateur afin d’économiser le rechargement des pages ;
- fermer les onglets non utilisés.
Optimiser le stockage de ses données
- stocker et utiliser le maximum de données localement. Le stockage et la consultation de données sur le cloud, imposent des allers-retours entre utilisateurs et serveurs ;
- stocker uniquement ce qui est utile et nécessaire sur le cloud afin d’alléger les centres de données et leur charge d’activité.
Gérer les impressions de façon écoresponsable
28Les impacts environnementaux liés aux impressions et les moyens de les réduire sont maintenant largement pris en compte au sein des organisations :
- imprimer seulement ce qui est utile et quand c’est nécessaire ;
- paramétrer l’imprimante par défaut : noir et blanc, brouillon, recto verso ;
- éviter d’imprimer des documents gourmands en encre (certaines polices, aplats de couleur, photos inutiles) ;
- utiliser du papier neuf ou recyclé certifié Écolabel et utiliser comme brouillon le papier imprimé sur une seule face ;
- organiser la collecte des cartouches d’encre et des toners vides.
Adapter le télétravail
29Si le télétravail réduit les émissions de gaz à effet de serre et améliore la qualité de l’air en évitant les déplacements, il amplifie néanmoins un usage numérique impactant. Quelques actions peuvent en limiter l’impact :
- privilégier les échanges en audio plutôt qu’en vidéo, plus gourmand en bande passante ;
- proposer les documents de réunion via une boîte de partage, plutôt que par un courriel à tous les participants ;
- privilégier le wifi à la 4G pour son smartphone, et le réseau filaire pour son ordinateur en le connectant à sa box.
Sensibiliser les publics et aménager les espaces
30Les bibliothèques portent depuis longtemps la diffusion d’une culture numérique à l’ensemble des citoyens. Il s’agit à la fois de les accompagner vers une autonomie numérique progressive mais également d’augmenter leur pouvoir d’agir au sein d’une société numérique. Les enjeux environnementaux et sociétaux du numérique s’inscrivent pleinement dans ses objectifs d’inclusion numérique. Voici quelques pistes d’actions possibles pour les bibliothèques15 :
- proposer un cycle de conférences pour acculturer les publics, comme celui proposé en 2021 par la Bibliothèque municipale de Lyon sur la sobriété numérique ;
- intégrer les enjeux environnementaux et sociétaux dans le déroulé des ateliers numériques. Même si des ateliers spécifiquement dédiés aux bonnes pratiques du numérique responsable ont un réel intérêt, ils ont la faiblesse de ne capter souvent qu’un public déjà sensibilisé. Injecter ces bonnes pratiques au sein d’un atelier sur l’usage de sa messagerie ou de son navigateur permet d’acculturer un public plus large ;
- sensibiliser aux logiciels libres en organisant une « install party » et montrer l’intérêt de leur utilisation pour prolonger la durée de vie de ses équipements ;
- organiser un Repair Café16 pour accompagner les usagers à réparer leurs matériels plutôt qu’à les remplacer ;
- organiser un temps collectif lors des Cyber World Cleanup Day17 pour inciter les publics à nettoyer leurs données ou pour collecter leurs vieux matériels afin de les donner à une association engagée dans l’économie circulaire ;
- organiser une Fresque du numérique18.
31Il peut également s’agir de proposer des espaces publics numériques écoresponsables :
- proposer du wifi gratuitement afin d’inciter son usage plutôt que la 4G ;
- équiper les postes publics en logiciels libres ;
- paramétrer les ordinateurs (mise en veille minutée, luminosité diminuée) ;
- prêter du matériel numérique pour contribuer à réduire le suréquipement individuel et la fabrication de matériels ;
- sensibiliser les utilisateurs par l’affichage de bonnes pratiques à proximité des postes de consultation.
32Au final, il n’y a pas de « petits projets » numérique responsable, mais des démarches qui, mises bout à bout, constituent une dynamique collective propre à nous faire avancer vers de nouvelles pratiques autour desquelles convergent la transformation numérique et la transition environnementale.
Notes de bas de page
1 Bernard STIEGLER, « Pharmacologie de l’identité numérique », Ars Industrialis, 2014. [En ligne] < https://arsindustrialis.org/pharmacologie-de-lidentit%C3%A9-num%C3%A9rique-pr%C3%A9sentation-de-lactualit%C3%A9-dars-industrialis >.
2 Mais au prix d’autres impacts environnementaux liés au fonctionnement des centrales nucléaires et du traitement de leurs déchets.
3 Maxime EFOUI-HESS (dir.), Climat : l’insoutenable usage de la vidéo en ligne. Un cas pratique pour la sobriété numérique, The Shif Project, juillet 2019. [En ligne] < https://theshiftproject.org/wp-content/uploads/2019/07/2019-01.pdf >.
4 Marjolaine TASSET, « Le volume de données mondial sera multiplié par 45 entre 2020 et 2035 », Journal du Net, 17 mai 2019. [En ligne] < https://www.journaldunet.com/solutions/dsi/1424245-le-volume-de-donnees-mondial-sera-multiplie-par-45-entre-2020-et-2035-selon-statista/ >.
5 ADEME, « Les impacts du smartphone », 2019. [En ligne] < https://librairie.ademe.fr/cadic/7327/guide-longue-vie-smartphone.pdf
6 IFLA, « La déclaration de l’IFLA sur les bibliothèques et le développement », 2013. [En ligne] < https://www.ifla.org/fr/publications/la-declaration-de-lifla-sur-les-bibliotheques-et-le-developpement/ >.
7 MiNumEco (mission interministérielle numérique écoresponsable), Direction interministérielle du numérique (DINUM), ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, Direction du numérique du ministère de l’Intérieur, Institut du numérique responsable (INR), Guide de bonnes pratiques numérique responsable pour les organisations, 2023. [En ligne] < https://ecoresponsable.numerique.gouv.fr/publications/bonnes-pratiques/ >.
8 AFNOR, Norme ISO 26000 sur la responsabilité sociétale des organisations. [En ligne] < https://www.iso.org/fr/iso-26000-social-responsibility.html >.
9 Inria, Mooc « Impacts environnementaux du numérique ». [En ligne] < https://www.fun-mooc.fr/fr/cours/impacts-environnementaux-du-numerique/ >.
10 INR, Mooc « Numérique Responsable ». [En ligne] < https://www.academie-nr.org/ >.
11 Ministère de la Transition écologique, « Indice de réparabilité ». [En ligne] < https://www.ecologie.gouv.fr/indice-reparabilite >.
12 Les écolabels de type 1 sont décrits dans le Guide pratique pour des achats numériques responsables proposé par la DINUM. [En ligne] < https://ecoresponsable.numerique.gouv.fr/publications/guide-pratique-achats-numeriques-responsables/ >.
13 Le nombre de cycles du microprocesseur, la quantité de RAM sollicitée et la consommation énergétique pour les faire fonctionner.
14 L’écoconception est une méthodologie standardisée au niveau national par les normes ISO 14006 et 14062.
15 À ce sujet, voir la veille de l’association Auvergne-Rhône-Alpes Livre et Lecture (ARALL). [En ligne] < https://auvergnerhonealpes-livre-lecture.org/numerique/ressources-sur-le-numerique/sobriete-numerique-numerique-responsable-2022 >.
16 < https://www.repaircafe.org/fr/ >.
17 < https://cyberworldcleanupday.fr/ >.
18 La Fresque du numérique (atelier ludique et collaboratif de sensibilisation aux enjeux du numérique responsable) : < https://www.fresquedunumerique.org/ >.
Auteur
-
Lionel Dujol
Responsable prospective et accompagnement au changement, Direction de la lecture publique de Valence Romans Agglo
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