Glossaire
p. 191-196
Texte intégral
1Ce glossaire propose une sélection de notions utilisées dans l’ouvrage. Il s’agit d’en donner un éclairage au regard des sujets traités et dans leurs interactions avec les bibliothèques. Il ne prétend pas apporter une définition exacte des termes.
Anthropocène
2Le terme « anthropocène » est utilisé pour désigner le moment historique caractérisé par l’impact déterminant des activités humaines sur l’équilibre géophysique de la planète, avec des implications sur son habitabilité. Selon les approches, le point de bascule dans la période anthropocène est corrélé à la révolution industrielle, avec un tournant à partir de 1945 et une accélération marquée par la mondialisation.
Bibliodiversité
3La notion de bibliodiversité en bibliothèque peut renvoyer au développement d’une diversité au sein des collections : diversité éditoriale, littéraire, académique, etc. La bibliodiversité est garante de collections permettant l’expression d’une diversité de points de vue et de savoirs, également attentive à préserver une certaine variété éditoriale en dépit des effets de concentration dans la filière du livre. Cette notion s’inscrit dans la temporalité longue qui caractérise la constitution et la conservation d’un fonds en bibliothèque, et s’élabore dans le travail de sélection et de médiation des bibliothécaires.
Bibliothèque verte / Bibliothèque durable
4L’expression « bibliothèque verte » (green library) s’est popularisée avec l’essor de la mobilisation des professionnels, notamment à l’international, pour des bibliothèques engagées dans les enjeux écologiques. On peut lui rattacher la notion de « bibliothèque durable » qui intègre les dimensions sociales, économiques et culturelles. Par extension, l’expression « bibliothèque verte » traduit souvent une approche globale et transversale pour désigner la mobilisation des établissements dans les enjeux de responsabilité sociétale et environnementale (exemples : Guide de la bibliothèque verte de la Canopée, commission Bibliothèques vertes de l’ABF, Green Library Award de l’IFLA, etc.)
Biodégradabilité
5Le caractère biodégradable s’applique à des matériaux pouvant se dégrader facilement par action biologique, avec un faible impact environnemental. En bibliothèque, cela peut concerner les consommables, certains matériels d’équipement, les produits d’entretien, etc. C’est une caractéristique à articuler avec celle de recyclabilité, et qui peut faire l’objet d’une attention particulière lors des achats, marchés d’entretien, organisation d’événement, tri et gestion des déchets, etc.
Biodiversité
6La notion de biodiversité porte des enjeux de diversité et de préservation du vivant. En bibliothèque, elle peut faire l’objet d’une attention particulière, par exemple dans le fonctionnement de l’équipement au sein d’un environnement (connaissance du milieu et découverte de l’écosystème, jardin observatoire, contribution à l’équilibre de la faune et de la flore), des aménagements spécifiques (nichoirs, ruches), de la sensibilisation à partir de médiations thématiques (table ronde, minute scientifique, etc.), une offre de collections et de ressources ciblées (documents, kits thématiques), des partenariats avec des associations locales ou des Maisons de l’Environnement, l’adoption d’une charte intégrant des enjeux de préservation des ressources et d’attention à la biodiversité.
Changement climatique
7Le changement climatique est un phénomène continu, étudié depuis de nombreuses années par les scientifiques qui en rendent compte et alertent sur les conséquences d’un réchauffement global. Ces modifications sont perceptibles à travers des phénomènes exponentiels et interdépendants : hausse des températures, fonte des glaces, événements météorologiques, modification de la biodiversité, raréfaction de certaines ressources naturelles, risques sanitaires, etc. La notion de changement climatique reste complexe à appréhender, avec de forts enjeux en termes d’adaptation, et peut générer des réactions diverses (climatoscepticisme, climatorassurisme). L’Unesco articule l’éducation au changement climatique avec l’acquisition de connaissances et le développement des capacités à agir. Les bibliothèques peuvent apporter leur contribution dans ces domaines en mettant à disposition des ressources pour comprendre le changement climatique, ses causes et ses effets, mais aussi mobiliser les publics à travers des actions de sensibilisation (atelier, débat, fresque, action un mois/un écogeste, etc.)
Crise
8Le concept de « crise » désigne une rupture ou un déséquilibre perturbateur qui nécessite une réaction en fonction des contextes et des sujets (adaptation, procédure d’urgence, médiation, etc.) La crise environnementale actuelle est systémique, elle impacte toutes les sphères du vivant, mais aussi nos organisations. Les bibliothèques, comme d’autres institutions, sont impactées par les grandes crises sociétales et ont un rôle social, scientifique et culturel pour les accompagner et les documenter.
Développement durable
9La notion de développement durable (sustainable development) est popularisée par le rapport Brundtland en 1987. Elle est construite autour de trois piliers (l’environnement, le social, l’économie) et pose la question de concilier développement économique, social et équilibre environnemental. Cette approche fondée sur un certain modèle de société fait cependant débat. Elle est souvent associée à la notion de « responsabilité sociétale » : référent DD&RS (développement durable et responsabilité sociétale), atelier DD&RS, label DD&RS, etc.
Durabilité
10La notion de durabilité apparaît dans celle de « développement durable », sur le principe de « satisfaction des besoins des générations présentes, sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire leurs propres besoins ». L’idée de durabilité associe une exigence de durée à celle de soutenabilité sociale, économique et environnementale. En bibliothèque, on parle de durabilité à propos de matériaux ou des bâtiments, mais cette notion peut également s’appliquer aux autres sphères d’activité pour un fonctionnement « durable » (achats, entretien, équipement des documents, etc.).
Éco-anxiété / Solastalgie
11La dégradation perceptible de notre environnement et une forme d’incertitude face à l’avenir peuvent générer une angoisse par réaction ou anticipation. Celle-ci peut être désignée par le néologisme d’éco-anxiété. Ce terme traduit un des impacts émotionnels du changement climatique. On peut également le rapprocher de la notion de solastalgie qui exprime une forme de souffrance psychique liée au deuil de ce qui disparaît (perte de l’environnement familier). Par leurs fonctions d’accueil et d’information, mais aussi comme lieux d’attention au vivre-ensemble, les bibliothèques peuvent contribuer à accompagner les publics dans la construction de repères et de représentations pour s’adapter aux effets du changement climatique.
Écologie
12Dans sa dimension scientifique, l’écologie qualifie l’étude des relations des êtres vivants entre eux et avec leur milieu, au sein de ce qui constitue un écosystème. En bibliothèque, l’écologie se pose à la fois comme un enjeu à intégrer au fonctionnement et aux activités de l’établissement, mais aussi comme un champ documentaire donnant lieu au développement de collections thématiques.
Écologie documentaire
13La notion d’écologie documentaire désigne le système d’interrelations des savoirs favorisé par les bibliothèques. Elle facilite le dialogue entre des formes, sources, et supports différents, augmentant la sérendipité du lecteur qui évolue dans une forme d’écosystème de connaissances. Ce concept est problématisé par Raphaëlle Bats dans le cadre du projet ECODOC. La transition bibliographique est un premier pas de contribution à cette interopérabilité des savoirs au sein des catalogues, en matérialisant à la façon d’une écologie un espace de relations entre les œuvres, leurs expressions et leurs manifestations.
Écologie du livre
14L’écologie du livre est une notion à partir de laquelle on peut penser les relations au sein d’un écosystème du livre en y intégrant ses multiples dimensions et acteurs (création, production, diffusion, réception, circulation, conservation, etc.). Aux enjeux environnementaux, elle associe les dimensions sociales et symboliques. L’Association pour l’écologie du livre, fondée en 2019, fédère divers professionnels des métiers du livre et de la lecture et propose des actions (enquêtes, événements, formations, ateliers, etc.).
Économie circulaire
15L’économie circulaire envisage la circulation des biens à partir de modèles favorables à la décroissance et à la durabilité (notamment le don, le recyclage, le troc, etc.), mais également fondés sur des principes de mutualisation et de partage (espaces, objets, savoir-faire, etc.) qui sont familiers aux bibliothèques. Souvent déployée au niveau local, l’économie circulaire contribue à l’essor d’une consommation plus sobre et plus soutenable.
Économie sociale et solidaire
16Le concept d’économie sociale et solidaire (ESS) correspond à un mode d’organisation économique fonctionnant sur le principe de solidarité et d’utilité sociale, comme par exemple les coopératives dont la gouvernance est démocratique et exclut le principe de bénéfice individuel. Au niveau local, ces structures peuvent être des interlocutrices privilégiées des bibliothèques, elles-mêmes porteuses de dynamiques sociales et environnementales.
Écoresponsabilité
17L’écoresponsabilité qualifie un mode d’agir qui cherche à être respectueux de l’environnement et vise à limiter l’impact environnemental des activités en faisant évoluer ou en adaptant les pratiques (individuellement mais aussi dans une approche globale). En bibliothèque, cette attention peut s’appliquer à toutes les sphères d’activité : organisation, bâtiment, achats, développement de services, action culturelle, etc. Il existe de nombreuses ressources pour cibler le développement de pratiques écoresponsables (notamment les guides de l’ADEME).
Empreinte carbone
18L’empreinte carbone mesure l’impact environnemental des activités d’origine humaine, elle est calculée en équivalent d’émissions de CO2. L’ADEME propose sur son site un calculateur pour estimer son empreinte carbone (simulateur « Nos gestes climat »). Certains organismes peuvent accompagner les établissements dans leur bilan carbone.
Littératie écologique (ou écolittératie)
19La littératie écologique (ou écolittératie) désigne l’aptitude à décrypter les enjeux écologiques. Elle suppose l’acquisition de connaissances et une responsabilisation dans la lignée de l’éducation au changement climatique, en y intégrant une dimension socioémotionnelle et une attention aux interrelations des savoirs. Par leurs missions de mise à disposition d’une information de qualité, de développement de ressources thématiques et de médiation en direction des publics, les bibliothèques peuvent avoir un rôle essentiel dans le développement de la littératie écologique.
Management environnemental
20La notion de management environnemental – formalisée par le système de management environnemental (SME), norme ISO 14050 – repose sur un principe d’amélioration continue des performances environnementales et sociétales de l’organisation. Cette approche nécessite d’en intégrer les objectifs dans toutes les sphères du management, et de façon continue (planification, mise en œuvre, évaluation, amélioration).
Numérique responsable
21Le numérique fait partie intégrante de notre quotidien, il structure la plupart de nos pratiques individuelles et professionnelles. Son impact climatique est important, de la fabrication des équipements, aux enjeux de stockage des données et de traitement des déchets, en passant par des usages consommateurs d’énergie. En France, un cadre législatif se met en place en faveur d’un numérique responsable (loi AGEC [anti-gaspillage pour une économie circulaire], loi REEN [réduction de l’empreinte environnementale du numérique], le SPASER [schéma de promotion des achats publics socialement et écologiquement responsables], mesures SP+ [Services Publics +]). Une approche sobre et responsable du numérique visant à en limiter les impacts peut être déployée, individuellement et collectivement. Certaines bibliothèques s’engagent dans leurs pratiques dans cette démarche, mais également comme lieux de médiation et de sensibilisation citoyenne à ces enjeux.
Objectifs de développement durable
22Les objectifs de développement durable (ODD) adoptés en 2017 par l’ONU sont au nombre de dix-sept (voir figure ci-dessous). Une mobilisation lancée en 2019 par un regroupement interprofessionnel (Enssib, Cifbd, Bpi, ABF) a permis de mieux faire connaître le rôle des bibliothèques françaises dans le déploiement de l’Agenda 2030 et des 17 ODD, avec plusieurs actions de sensibilisation et d’advocacy (site web, brochure, kit de sensibilisation avec des cubes, événement collectif, etc.).
Figure. Les 17 objectifs de développement durable adoptés par les Nations unies

Refuges climatiques
23Le changement climatique génère des phénomènes de grande ampleur (canicules, sécheresses, vagues de froid, inondations, incendies, etc.). Ces événements peuvent nécessiter une prise en charge des populations, notamment les plus vulnérables. Certaines villes envisagent des plans climatiques avec l’identification de refuges pour accueillir les populations (îlots de fraîcheur ou de chaleur, par exemple). En tant que lieux de sociabilité ouverts et gratuits, souvent tempérés et bénéficiant d’un maillage de proximité avec les publics, de nombreuses bibliothèques contribuent à cette démarche de résilience urbaine.
Réparabilité
24La réparabilité désigne le potentiel de réparation d’un bien. Depuis 2021, la loi anti-gaspillage (AGEC) prévoit l’intégration d’un indice de réparabilité à des familles de produits dont la liste s’enrichit régulièrement. Il s’agit d’une notion qui peut être intégrée aux marchés dans un objectif d’achats durables, mais aussi dans le quotidien des services (réparer un outil ou un matériel plutôt que d’en changer, réparer une reliure plutôt que de désherber un document, etc.). Les bibliothèques peuvent également être des lieux de sensibilisation et de partage de savoir-faire (Repair Café, atelier de bricolage, prêt d’outils ou de matériaux, etc.)
Résilience
25La notion de résilience, dans le champ de la psychologie, spécifie la capacité d’un être à surmonter un traumatisme. Appliquée au champ environnemental, la résilience cible la capacité de nos sociétés à s’adapter et à se transformer pour faire face aux changements induits par le dérèglement climatique. La loi « Climat et Résilience » promulguée en 2021 a pour ambition d’accélérer la transition écologique et d’accompagner un nouveau modèle de société bas carbone, en s’appliquant à de nombreux champs : services publics, éducation, urbanisme, modes de déplacement et de consommation, justice.
Sobriété
26La sobriété désigne une forme de modération et de mesure. Appliquée aux enjeux environnementaux, la sobriété qualifie un mode d’action ou un ensemble de pratiques qui visent à réduire l’empreinte environnementale et la consommation de ressources (énergie, matières premières, etc.). On parle ainsi de sobriété numérique (réduire et adapter ses usages) ou de sobriété énergétique (réduire et adapter sa consommation). La sobriété est identifiée comme un levier important de la transition. Elle peut aussi être une forme d’engagement éthique et de résistance aux modèles consuméristes qui contribuent à l’épuisement des ressources. D’autres notions s’en rapprochent comme celles de frugalité ou de décroissance.
Transition
27Le terme de transition est souvent associé à un champ d’action : écologique, énergétique, numérique, bibliographique, etc. Il s’inscrit nécessairement dans une durée (passage entre deux états) et désigne une situation de transformation qui nécessite adaptation et accompagnement au changement.
Troc et -thèque
28Les bibliothèques sont des lieux propices à l’accueil d’espaces ou de rayons ouverts au partage de biens et de savoirs, auxquels elles peuvent apporter une médiation et faire des liens avec leurs collections : grainothèque et bouturothèque (dispositif d’échange de graines et de boutures), créathèque (espace de troc de matériel créatif où chacun peut déposer du matériel de bricolage, des livres autour des loisirs créatifs), fringothèque, ressourcerie, recyclerie, etc. Ces actions favorisent l’économie circulaire et peuvent également susciter des partenariats (associations, jardins partagés, projets participatifs et initiatives solidaires locales).
Urbanisme tactique
29L’urbanisme tactique fait la promotion de l’action citoyenne, participative et éphémère pour occuper un lieu en programmant par exemple des événements culturels ou des ateliers créatifs. Il cible l’objectif d’une ville plus accueillante et plus résiliente, et questionne avec les habitants les transformations à apporter.
Vulnérabilité
30La notion de vulnérabilité renvoie à une forme de fragilité identifiée : elle peut s’appliquer à des individus, des groupes, des espaces (par exemple les sites vulnérables en raison de risques géophysiques). La crise sociétale et environnementale accroît les situations de vulnérabilité, notamment sociale. En bibliothèque, la notion de vulnérabilité peut faire écho à des enjeux d’accueil, d’attention au vivre-ensemble et d’inclusion.
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