• Contenu principal
  • Menu
OpenEdition Books
  • Accueil
  • Catalogue de 16448 livres
  • Éditeurs
  • Auteurs
  • Facebook
  • X
  • Partager
    • Facebook

    • X

    • Accueil
    • Catalogue de 16448 livres
    • Éditeurs
    • Auteurs
  • Ressources numériques en sciences humaines et sociales

    • OpenEdition
  • Nos plateformes

    • OpenEdition Books
    • OpenEdition Journals
    • Hypothèses
    • Calenda
  • Bibliothèques

    • OpenEdition Freemium
  • Suivez-nous

  • Lettre d’information
OpenEdition Search

Redirection vers OpenEdition Search.

À quel endroit ?
  • Presses de l’enssib
  • ›
  • Papiers
  • ›
  • Éditer l’histoire des sciences (France, ...
  • ›
  • Chapitre 1. L’histoire des sciences au s...
  • Presses de l’enssib
  • Presses de l’enssib
    Presses de l’enssib
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Liens vers le livre
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Formats de lecture

    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Retour sur les débuts de Gallimard et sur la place accordée à l’histoire des sciences de 1911 à 1961 L’édition d’histoire des sciences chez Gallimard, ses collections et ses acteurs, de 1962 à 2011 Un projet avorté de nouvelle collection pour le centenaire de 2011 Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Éditer l’histoire des sciences (France, XXe siècle)

    Ce livre est recensé par

    Précédent Suivant
    Table des matières

    Chapitre 1. L’histoire des sciences au sens large chez Gallimard

    Une ambiguïté irréductible entre « sciences » et « sciences humaines »

    Emanuel Bertrand

    p. 19-54

    Texte intégral Retour sur les débuts de Gallimard et sur la place accordée à l’histoire des sciences de 1911 à 1961 L’édition d’histoire des sciences chez Gallimard, ses collections et ses acteurs, de 1962 à 2011 Un projet avorté de nouvelle collection pour le centenaire de 2011 Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1L’objectif de cette enquête est de cerner la place que la maison d’édition généraliste Gallimard a accordée à l’histoire des sciences, au sens le plus large envisageable, en insistant plus particulièrement sur le demi-siècle allant de 1962 à 20111. Les éditions Gallimard ne sont guère connues pour être un lieu de publication dédié à l’histoire des sciences, comme en témoigne le fait qu’aucune des 378 collections et revues2 qui ont jalonné l’existence de cette maison d’édition, depuis 1911, ne s’est consacrée explicitement à ce domaine d’études, si l’on excepte la collection « L’Avenir de la science », qui était bien davantage centrée sur la vulgarisation scientifique (écrite essentiellement par des scientifiques) que sur l’histoire des sciences. C’est d’ailleurs précisément là que se situe l’originalité de cette enquête : elle se consacre à un objet en apparence inexistant, l’histoire des sciences chez Gallimard. Qu’il s’agisse de maisons d’édition spécialisées – Hermann, les Presses universitaires de France (PUF), les Publications scientifiques du Muséum national d’Histoire naturelle – ou généralistes – Flammarion, le Seuil, La Découverte, L’Harmattan – un grand nombre d’éditeurs a fait le choix de consacrer une ou plusieurs collections au domaine de l’histoire des sciences au sens large. A contrario, Gallimard a fait le choix – ou plutôt le non-choix, car la question ne s’est certainement jamais posée en ces termes – inverse. Il importe ici de préciser ce que nous appelons « histoire des sciences au sens large ». L’idée est de qualifier ainsi l’ensemble des études issues du champ des sciences humaines et sociales qui prennent les sciences pour objet d’investigation, quelles que soient les approches – disciplinaires ou pas – utilisées pour le faire. Cela comprend donc à la fois l’histoire des sciences au sens strict, la philosophie des sciences, la sociologie des sciences, l’anthropologie des sciences, ou encore tout mélange de ces approches, et peut même aller jusqu’au domaine-frontière constitué par la vulgarisation des sciences, lorsque celle-ci fait explicitement appel à des dimensions historiques. Dans la suite, j’utiliserai, sauf précision contraire, l’expression simple « histoire des sciences » pour désigner cette histoire des sciences au sens large.

    2Pourquoi choisir 1962 et 2011 comme bornes de la période centrale de cette enquête ? Bien entendu, un tel découpage contient toujours une part d’arbitraire, mais l’année 1962 semble pertinente à plusieurs titres lorsque l’on s’intéresse aux éditions Gallimard et à l’histoire des sciences. Tout d’abord, trivialement, c’est la première année du deuxième demi-siècle d’existence de la maison d’édition, créée en 1911. L’année du cinquantenaire, 1961, a d’ailleurs vu le remplacement du nom « Librairie Gallimard » par le toujours actuel « Éditions Gallimard »3. Ensuite, l’année 1962 est marquée, chez Gallimard, par la création d’une nouvelle collection non littéraire, « Idées »4, dirigée par François Erval, et dont nous verrons qu’elle a abrité un grand nombre d’ouvrages se rattachant au domaine de l’histoire des sciences. Enfin, dans la communauté académique internationale de l’histoire des sciences, il s’agit de l’année de publication d’un ouvrage important, voire canonique, La structure des révolutions scientifiques, de Thomas Kuhn, même s’il n’est traduit en français qu’en 1970, aux éditions Flammarion, dans la collection « Nouvelle bibliothèque scientifique », dirigée par Fernand Braudel. En ce qui concerne l’année 2011, outre le fait qu’il s’agit de l’année du centenaire de Gallimard, et qu’elle permet donc de se focaliser exactement sur le deuxième demi-siècle d’existence de la maison d’édition, elle est le théâtre d’une expérience inaboutie de création d’une collection dédiée aux sciences, mais aussi à leur histoire et à leur vulgarisation5.

    3Comment procéder pour étudier un corpus qui n’apparaît jamais explicitement dans les catalogues des éditions Gallimard ? Je me suis appuyé principalement sur trois types de sources :

    1. le catalogue Gallimard du centenaire6, complété, lorsqu’il était apparemment incomplet ou inexact, par des catalogues antérieurs et par le moteur de recherche du site web des éditions Gallimard7 ;
    2. les archives des éditions Gallimard8 ;
    3. des entretiens réalisés avec des acteurs éditoriaux importants de la maison d’édition9.

    4L’approche employée a consisté, à partir du catalogue Gallimard, à identifier les différentes collections susceptibles d’accueillir des ouvrages d’histoire des sciences, puis à faire l’inventaire précis, dans chacune de ces collections, des ouvrages relevant effectivement de l’histoire des sciences. Pour déterminer ces listes d’ouvrages pertinents, la méthode, purement heuristique, a consisté à passer en revue l’ensemble des titres d’ouvrages des collections sélectionnées, puis les auteurs des ouvrages dont le titre n’était pas suffisamment explicite pour juger d’un éventuel rattachement au champ de l’histoire des sciences. Les critères utilisés pour retenir un ouvrage ont été très informels, s’appuyant tantôt sur la connaissance de son contenu, tantôt sur celle de son auteur, ou encore en passant par de rapides recherches au sujet de l’ouvrage ou de l’auteur. J’ai choisi de retenir, en accord avec la définition proposée pour l’histoire des sciences au sens large, aussi bien des livres d’histoire d’une discipline ou d’un concept, que des réflexions philosophiques, sociologiques ou anthropologiques sur les sciences (sciences de la nature ou sciences humaines et sociales), les techniques ou les savoirs, ou encore des ouvrages de vulgarisation visant à faire connaître une discipline, une sous-discipline, une théorie, une pratique expérimentale ou un concept scientifique, en s’appuyant notamment sur son histoire.

    Retour sur les débuts de Gallimard et sur la place accordée à l’histoire des sciences de 1911 à 1961

    5Abordons brièvement le premier demi-siècle d’existence des éditions Gallimard10. Tout commence par la création d’une revue littéraire, en 1908, par un petit groupe de six écrivains11 : Jean Schlumberger12, Jacques Copeau13, André Ruyters14, Henri Vangeon15, Marcel Drouin16 et, surtout, André Gide, l’aîné du groupe (né en 1869). Il s’agit de la Nouvelle Revue française (NRF). À la suite de problèmes de trésorerie et de gestion, survenus rapidement, les fondateurs de la NRF décident de recruter un gérant disposant d’importants moyens financiers et de créer un comptoir d’édition. Le choix se porte sur Gaston Gallimard, fils d’un célèbre collectionneur de tableaux, passionné de littérature, et que son statut de rentier dilettante finit par ennuyer profondément17. Ce dernier se voit donc intronisé en mai 1911 gérant des Éditions de la NRF, une nouvelle maison d’édition, qui n’a d’abord comme ambition que d’être une filiale de la revue du même nom18. Financièrement, ses deux associés sont Schlumberger et Gide. Les trois premiers livres de la toute nouvelle maison d’édition sont publiés en juin 1911. En 1914 est créée une institution fondamentale : le « comité de lecture », qui comprend les six membres fondateurs de la NRF, ainsi que Gaston Gallimard, Jacques Rivière19 et Jean-Gustave Tronche, directeur commercial de la NRF20. Ce comité est rapidement caractérisé par la culture du secret qui l’accompagne : le lecteur doit rester anonyme, et son rapport de lecture confidentiel21. Les Éditions de la NRF publient une soixantaine de livres entre 1911 et 1914, avec un tirage maximum de 1 500 exemplaires par ouvrage22. En 1919, le comptoir d’édition de la NRF prend une nouvelle ampleur et devient la « Librairie Gallimard », société anonyme dotée de cinq actionnaires : Emmanuel Couvreux23, Gaston Gallimard, Jean Schlumberger, Raymond Gallimard24et André Gide. L’idée de ce changement de dimension financière et administrative est d’en finir avec l’artisanat des débuts de la maison.

    6Chez les éditeurs français en général, et à la Librairie Gallimard en particulier, la fin des années 1920 est marquée par la multiplication des collections, dont certaines, selon Pierre Assouline, n’ont pour seule fonction que de débaucher un auteur engagé chez un éditeur concurrent25. La première collection non littéraire de Gallimard est certainement la collection « Les Documents bleus », créée en 1923. Selon le Catalogue des Éditions de la NRF de 1936 :

    Cette collection comprend des essais, mémoires, documents et traités divers sur toute question d’intérêt universel : politique, philosophie, science, religion, littérature, art, etc. Le trait commun de tous ces ouvrages est d’unir à une valeur documentaire et technique les mérites qui rendent une lecture attrayante pour le grand public26.

    7On y trouve notamment les premières traductions de Sigmund Freud en France, Les pas perdus d’André Breton (1924), Éléments d’une doctrine radicale d’Alain (1925), La science de la Révolution de Max Eastman (1927), Souvenirs de la Cour d’Assises d’André Gide (1930), ou encore L’Afrique fantôme de Michel Leiris (1934). En 1934, elle est remplacée par la collection « Problèmes et documents », qui existera jusqu’en 1964, et dont l’esprit est tout à fait similaire. Dans ces deux collections, la part de l’histoire des sciences est tout à fait négligeable. Une autre nouvelle collection, la « Bibliothèque des idées », est créée en 1927 et confiée à Jean Paulhan (jusqu’à sa mort en 1968) et Bernard Groethuysen (jusqu’à sa mort en 1946). Ce dernier, né en 1880 à Berlin, est un écrivain et philosophe naturalisé français, marxiste, spécialiste de la littérature allemande, et qui, notamment, introduit Franz Kafka en France dès 1928. Quant à Jean Paulhan, engagé comme secrétaire à la NRF en 1920, il est un des personnages clés de la revue et des éditions de la NRF. Écrivain et critique, il dirige la revue de 1925 à 1940, puis de 1953 à 1968. Plus directement dédiée à la philosophie et à la sociologie, cette collection ne néglige pas pour autant l’histoire des sciences. Citons notamment, dans la période qui nous intéresse ici : La théorie marxiste de la connaissance de Max Raphael (1938), Leibniz, critique de Descartes d’Yvon Belaval (1960), ou encore le Tractatus logico-philosophicus de Ludwig Wittgenstein (1961). La seconde grande collection du secteur éditorial que l’on n’appelle pas encore « sciences humaines », mais plutôt désigné comme le secteur de la « non-fiction », est sans aucun doute la collection « Les Essais », lancée en 1931. Jusqu’en 1966, cette collection est animée par l’ensemble du comité de lecture, et plus particulièrement, à ses débuts, par Brice Parain, Bernard Groethuysen, Jean Paulhan, Benjamin Crémieux, et Raymond Queneau. Pour cerner l’esprit de cette collection, citons à nouveau le Catalogue des Éditions de la NRF de 1936 :

    Cette collection tend à maintenir une des premières traditions de la NRF : grouper des ouvrages qui proposent à un public choisi une sensibilité originale ou une idéologie nouvelle. Il ne s’agit pas d’une sélection de notre production générale mais d’une réunion d’ouvrages où seront posés les problèmes psychologiques, philosophiques ou littéraires de notre époque.

    8Parmi les quelques ouvrages d’histoire des sciences, on remarque Peut-on modifier l’homme ? (1956) et Science fausse et fausses sciences (1958) du biologiste et historien des sciences (au sens large) Jean Rostand, Science et religion du mathématicien et philosophe britannique Bertrand Russel (traduction de 1957 d’un ouvrage de 1935), etL’homme et la technique de l’essayiste allemand Oswald Spengler (traduction de 1958 d’un ouvrage de 1931).

    9Il faut mentionner deux autres collections, beaucoup plus disciplinaires et en lien plus étroit avec le monde universitaire. Il s’agit d’une collection de vulgarisation de la géographie, intitulée « Géographie humaine » et dirigée de 1933 à 1972 par Pierre Deffontaines, ainsi que d’une collection de vulgarisation de l’ethnologie, intitulée « L’Espèce humaine » et dirigée de 1937 à 1965 par Michel Leiris27.

    10Collection essentielle pour le domaine qui nous intéresse, « L’Avenir de la science », active de 1936 à 1968, est dirigée par le biologiste Jean Rostand. Fils du dramaturge Edmond Rostand et de la poétesse Rosemonde Gérard, Jean Rostand, né en 1894, partage sa vie professionnelle entre les métiers de chercheur en biologie (notamment sur l’hérédité) et d’auteur et éditeur de vulgarisation scientifique. Sa collection regroupe des ouvrages synthétiques de vulgarisation, la plupart du temps écrits par des scientifiques qui, souvent, complètent la vue d’ensemble de leur domaine par un panorama historique de celui-ci. Pendant ses premières années, la collection est presque exclusivement dédiée à la biologie28, puis elle se diversifie progressivement en intégrant notamment un peu de mathématiques et beaucoup de psychologie. Citons quelques titres témoignant de cette ouverture et de l’intégration d’une approche historienne : Les outils chez les êtres vivants de la biologiste Andrée Tétry (1948),L’homme et l’évolution du zoologiste Albert Vandel (1948), L’image du monde du physicien Gabriel Monod-Herzen (1950), La structure de l’univers du cosmologiste et historien des sciences britannique Gerald J. Whitrow (traduction de 1955 d’un ouvrage en anglais de 1949).

    11Trois collections quasiment anecdotiques sont aussi à mentionner. La collection « Les grandes pages de la science », dirigée de 1938 à 1939 par Jean Rostand, ne comprend que trois titres, qui consistent en des morceaux choisis de Claude Bernard, Georges-Louis Leclerc de Buffon et René-Antoine Ferchault de Réaumur. La collection « Histoires naturelles » est également dirigée par Jean Rostand, et comprend seulement neuf monographies publiées entre 1943 et 1948. Enfin, « Aux Frontières de la Science » regroupe sept livres, publiés entre 1957 et 1961, qui s’aventurent du côté du mysticisme.

    12Il reste encore à aborder deux collections très importantes du catalogue Gallimard.

    13La première est la « Bibliothèque de philosophie » créée en 1950 par Jean-Paul Sartre (jusqu’en 1964) et Maurice Merleau-Ponty (jusqu’en 1961), ce dernier y étant manifestement le plus actif. Cette collection sera très importante pour l’histoire (et plus précisément la philosophie) des sciences à partir de 1969. Avant 1962, seuls quatre titres y sont publiés dont un seul peut s’inscrire dans l’histoire des sciences au sens large, La structure de l’organisme. Introduction à la biologie à partir de la pathologie humaine du neurologiste et psychiatre allemand Kurt Goldstein, traduction de 1952 d’un ouvrage de 1934.

    14La seconde est la collection « Encyclopédie de la Pléiade », dirigée par Raymond Queneau de 1956 à 1976. Revenons d’abord rapidement sur la Pléiade. La prestigieuse collection littéraire de luxe, imprimée sur papier bible, est créée en 1929 par l’éditeur Jacques Schiffrin sous le nom des Éditions de la Pléiade, « inspiré du mot russe “pleiada” qui signifie groupe, et non, comme le dira la légende, en référence à l’école poétique de Ronsard et Du Bellay »29. Ces éditions sont absorbées par Gallimard en 1933, mais Jacques Schiffrin reste directeur de la nouvelle collection « Bibliothèque de la Pléiade » jusqu’en 1940. En 1941, il part se réfugier aux États-Unis30, en raison des lois du régime de Vichy sur le statut des Juifs, et est remplacé par Jean Paulhan. En 1956, est adossée à cette collection l’« Encyclopédie de la Pléiade », nouvelle collection confiée à Raymond Queneau. Ce dernier entre chez Gallimard en 1938 comme membre du comité de lecture, et se voit confier par Gaston Gallimard la fonction de secrétaire des éditions dès 194131. Il faut ici souligner que, davantage connu comme romancier, poète et dramaturge, Raymond Queneau n’en est pas moins passionné de sciences, notamment de mathématiques. En témoignent son rôle dans la fondation de l’Ouvroir de littérature potentielle (Oulipo), groupe international de littéraires et de mathématiciens, et son ouvrage partiellement autobiographique Les enfants du limon (Gallimard, collection « Blanche », 1938), qui retrace l’histoire de son projet avorté d’« encyclopédie des sciences inexactes ». La plupart des volumes de l’Encyclopédie de la Pléiade ne se contentent pas de dresser un tableau exhaustif des connaissances d’un domaine, mais s’efforcent en plus d’en retracer les développements historiques, et peuvent donc, à ce titre, être considérés comme des ouvrages d’histoire des sciences (au sens large). Mentionnons surtout le volume de 1 962 pages publié en 1957 sous la direction du chimiste et historien français Maurice Daumas, Histoire de la science. Des origines au XXe siècle32. Signe du succès de cette collection, cet ouvrage s’est vendu à 32 000 exemplaires à ce jour33, ce qui est un nombre très important pour un livre malgré tout réservé à un public cultivé.

    15Pour terminer sur ce premier demi-siècle d’existence de la maison d’édition Gallimard, il est important de mentionner un épisode précis et un fait ponctuel. L’épisode concerne la « guerre » fratricide qui a failli être fatale à Gallimard. En effet, en 1958, deux clans se forment peu à peu autour de Claude et de Michel Gallimard, respectivement fils de Gaston et de Raymond Gallimard. Claude Gallimard est entré dans la maison en 1937, à peine son doctorat en droit terminé, bien qu’il fût davantage intéressé par le droit et le commerce que par la littérature34. Michel Gallimard, fils de Raymond Gallimard, et donc neveu de Gaston, entre officiellement dans la société en 1944, même s’il y occupe déjà un rôle discret, mais réel, lié à sa passion pour la littérature et à sa grande complicité avec son oncle Gaston et avec Albert Camus35. Dans les années 1950, le bureau directorial comprend donc les deux frères Gallimard et leurs deux fils36. Sur fond de guerre d’Algérie, l’antagonisme augmente entre Claude et Michel, débouchant sur une véritable crise en 1958. La scission entre leurs pères, Gaston et Raymond, est très proche. Jean Schlumberger fait office de pacificateur et les affaires rentrent dans l’ordre dès le début de l’année 1959, après une clarification des responsabilités respectives dans la maison d’édition. Mais l’accident de voiture de janvier 1960, célèbre pour avoir coûté la vie à Albert Camus, est également fatal à son ami Michel Gallimard37. Enfin, en 1961, la « Librairie Gallimard » cède la place aux « Éditions Gallimard »38.

    L’édition d’histoire des sciences chez Gallimard, ses collections et ses acteurs, de 1962 à 2011

    16Pour ce deuxième demi-siècle d’existence des éditions Gallimard, je commence par une analyse quantitative du paysage éditorial dessiné par les diverses collections de la maison. J’ai dénombré onze collections pertinentes pour l’étude de la place occupée par l’histoire des sciences. Ces collections sont regroupées dans le tableau ci-après, qui renseigne sur les dates d’existence de ces collections, sur leur(s) directeur(s) successif(s) le cas échéant, ainsi que sur le nombre de livres considérés comme relevant du champ de l’histoire des sciences au sens large, et sur le nombre total de livres publiés dans ces collections, pendant la période étudiée.

    Tableau. Les principales collections de Gallimard comprenant des ouvrages d'histoire pour la période 1962-2011

    Année de création – année de finNom de la collectionDirecteur(s) de la collection (période de direction)Nb livres en histoire des sciences (1962-2011)Nb total de livres (1962-2011)
    1927-Bibliothèque des idéesBernard Groethuysen (1927-1946) Jean Paulhan (1927-1968) Pierre Nora (1968-)9139
    1931-1987Les Essais (poursuivie par NRF Essais en 1988)±Benjamin Crémieux, ±Bernard Groethuysen, ±Brice Parain, ±Jean Paulhan, ±Raymond Queneau (1931-1966) Pierre Nora (1967-1987)6129
    1936-1968L’Avenir de la scienceJean Rostand (1936-1968)44
    1950-Bibliothèque de philosophieMaurice Merleau-Ponty (1950-1961), Jean-Paul Sartre (1950-1964) ±Pierre Verstraeten (1964-1969) ±Pierre Nora (1969-1988) ±Marc de Launay (1988-1997) ±Marcel Gauchet (1997-)11108
    1956-1991Encyclopédie de la PléiadeRaymond Queneau (1956-1976)1738
    1962-1985IdéesFrançois Erval (1962-1985)33491
    1966-Bibliothèque des sciences humainesPierre Nora (1966-)22165
    1971-Bibliothèque des histoiresPierre Nora (1971-)11190
    1985-Folio essaisAntoine Gallimard (1985-1988) Éric Vigne (1990-)16 (inédits)(536) (majorité de rééditions)
    1988-NRF EssaisÉric Vigne (1988-)17168
    1990-Le DébatPierre Nora (1990-) Marcel Gauchet (1990-)652
    période 1962-2011TOTAL152environ 1 500 (sans rééd.)

    17Le symbole ± précède un directeur officieux de la collection, le directeur officiel étant alors Gaston Gallimard jusqu’en 1975, Claude Gallimard de 1975 à 1988, puis Antoine Gallimard depuis 1988 ; pour les périodes où aucun directeur de collection n’est mentionné, il en va de même.

    18D’un point de vue purement quantitatif, on remarque que les ouvrages d’histoire des sciences représentent 152 livres, pour un total d’environ 1 500 livres publiés (la grande majorité des livres de la collection « Folio essais » étant des rééditions, ils ne sont pas comptabilisés ici) dans la période, soit environ 10 % de la production éditoriale totale de l’ensemble de ces onze collections non littéraires. L’histoire des sciences est donc loin d’occuper une place anecdotique dans la production non littéraire des éditions Gallimard, dans la période 1962-2011. Néanmoins, cette production dispose fatalement d’une très faible visibilité, tant elle est dispersée dans un grand nombre de collections aux contours bien plus larges. On peut déjà constater que cinq des onze collections retenues fournissent l’essentiel du contingent d’ouvrages d’histoire des sciences, puisqu’elles concernent 106 des 152 livres publiés dans cette période. Il s’agit, en premier lieu, de la collection « Idées », créée en 1962 par François Erval, et close en 1985, après seulement 24 ans d’existence. Malgré cette relativement courte période d’existence, cette collection publie 33 ouvrages d’histoire des sciences, ce qui la place loin devant les dix autres collections considérées. La deuxième collection en nombre de livres d’histoire des sciences édités est la « Bibliothèque des sciences humaines » de Pierre Nora, qui compte 22 ouvrages d’histoire des sciences parmi les 165 livres publiés dans la période. Les deux collections suivantes sont relativement récentes et dirigées par une même personne, Éric Vigne, dont nous verrons qu’il est, comme Pierre Nora, l’un des acteurs importants de l’édition chez Gallimard dans la période. Il s’agit donc, d’une part, de « NRF Essais », collection qu’il a fondée en 1988, qui publie 17 ouvrages (inédits en français) d’histoire des sciences, sur un total de 168 livres, entre 1988 et 2011. D’autre part, la collection de poche « Folio essais », également dirigée par Éric Vigne depuis 1990, publie 16 ouvrages inédits d’histoire des sciences, alors que la grande majorité des 536 livres que contient cette collection en 2011 est constituée de rééditions en poche de livres déjà publiés chez Gallimard. Enfin, la collection « Encyclopédie de la Pléiade », créée en 1956, comprend 17 ouvrages d’histoire des sciences au sens large, sur les 38 publiés entre 1962 en 1991, date de la fin de cette collection.

    19Ce choix de onze collections, bien que quantitativement justifié, est en partie arbitraire. J’aurais pu prendre en considération d’autres collections, mais voici les raisons qui m’ont conduit à ne pas les retenir. Tout d’abord, je n’ai pas retenu la première collection de Gallimard, la « Blanche », car la production non littéraire y est quantitativement négligeable. À ma connaissance, parmi les 7 618 livres publiés entre 1911 et 2017, seuls deux scientifiques, le second étant aussi, nous l’avons vu, spécialiste de vulgarisation, ont réussi à se glisser dans le catalogue de la prestigieuse collection : le célèbre médecin Claude Bernard39, et le scientifique historique de la maison, Jean Rostand40. J’ai également choisi de ne pas m’intéresser à la collection dédiée à la psychanalyse freudienne, intitulée « Connaissance de l’inconscient », créée en 1966 et dirigée jusqu’en 2013 par le philosophe et psychanalyste Jean-Bertrand Pontalis. Cette collection de 154 livres m’a paru trop étroitement disciplinaire pour qu’il soit justifié de la prendre en compte, même si certains de ses livres abordent l’histoire de la psychanalyse. Mon choix a été le même vis-à-vis de la collection « Le temps de la réflexion », également dirigée par Jean-Bertrand Pontalis, de 1980 à 1989, et qui est une série de dix livres, à raison d’un par an. Je ne me suis pas non plus intéressé à la collection « Tel », créée en 1976, d’abord sans directeur attitré, puis dirigée par Marc de Launay de 1988 à 1998, puis par Éric Vigne depuis 1999. Il s’agit en effet d’une collection intermédiaire de semi-poche s’appuyant essentiellement sur des rééditions d’ouvrages des diverses collections non littéraires de Gallimard. Fin 2016, cette collection comprenait 415 livres, avec seulement quelques inédits, publiés à partir des années 2000, dont notamment Le rationalisme qui vient (2007), de l’historien et philosophe des sciences Bertrand Saint-Sernin, dans le domaine qui nous intéresse.

    20Enfin, je ne discuterai pas ici de la collection « Découvertes Gallimard », ce qui est un choix peut-être plus contestable. Créée en 1986 et dirigée par Élisabeth de Farcy, cette collection encyclopédique comptait, fin 2016, 619 monographies de vulgarisation abondamment illustrées. Dans la série « Sciences et techniques » de cette collection, on dénombre 69 titres, principalement écrits par des scientifiques, et, plus rarement, par des historiens des sciences. Citons par exemple Galilée : le messager des étoiles (1986), Newton et la mécanique céleste (1990), Le Palais de la Découverte (1993), tous les trois écrits par le physicien Jean-Pierre Maury, ou encore Einstein : la joie de la pensée (1993) et Marie Curie : femme savante ou Sainte Vierge de la science ? (2006), écrits par la physicienne et historienne des sciences Françoise Balibar. J’ai choisi de ne pas m’étendre sur cette collection car le lectorat qu’elle vise, assez différent de celui des autres collections retenues, est préférentiellement celui des jeunes étudiants, collégiens ou lycéens. En quelque sorte, il s’agit d’une collection de poche de beaux livres illustrés, assez éloignée des standards académiques de l’histoire des sciences au sens large.

    21Reprenons les collections retenues dans le tableau précédent, en insistant plus particulièrement sur certaines d’entre elles. En « Bibliothèque des idées », parmi les neuf ouvrages considérés, on remarque trois livres d’Alexandre Koyré : Études newtoniennes (traduction de 1968 d’un ouvrage en anglais de 1965), Études d’histoire de la pensée philosophique (réédition de 1971 d’un ouvrage initialement paru chez Armand Colin en 1961), Études d’histoire de la pensée scientifique (réédition de 1973 d’un ouvrage initialement paru aux PUF en 1966). On peut citer également Étude épistémologique et historique des théories de la cosmologie contemporaine (1965) du philosophe Jacques Merleau-Ponty et La science dans la philosophie : les recherches épistémologiques d’Alexandre Koyré (1981) du philosophe et historien des sciences Gérard Jorland. Parmi les six livres retenus de la collection « Les Essais », dirigée par Pierre Nora de 1967 à 1987, on note Introduction à la lecture de Platon d’Alexandre Koyré (réédition de 1962 d’un ouvrage édité en français par l’éditeur Brentano’s à New York en 1945), ainsi, par exemple, que Biologie et humanisme (1964) de Jean Rostand ou La technique et la science comme « idéologie » (traduction de 1973 d’un ouvrage de 1968) du philosophe allemand Jürgen Habermas.

    22Les années 1960 voient la fin de la collection « L’Avenir de la science » de Jean Rostand, qui publie quatre livres entre 1962 et 1968, dont Biologie et connaissance. Essai sur les relations entre les régulations organiques et les processus cognitifs de Jean Piaget, en 1967. Quant à l’« Encyclopédie de la Pléiade » de Raymond Queneau (qui meurt en 1976), parmi les 38 livres publiés entre 1962 et 1991 (fin de la collection), 17 peuvent être considérés comme appartenant au domaine de l’histoire des sciences au sens large. On note parmi ceux-ci le volume Logique et connaissance scientifique (1967), réalisé sous la direction de Jean Piaget, et Histoire des techniques (1978), sous la direction de l’historien Bertrand Gille.

    23L’année 1962 est marquée par la création d’« Idées », première collection non littéraire au format de poche, qui sera dirigée par François Erval jusqu’à sa fin en 1985. Né en 1914 (et mort en 1999), François Erval est un journaliste, éditeur et traducteur (de l’allemand au français) d’origine hongroise. Il fonde en 1966, avec l’écrivain Maurice Nadeau, le magazine La Quinzaine littéraire. Le tout premier catalogue d’« Idées », imprimé en janvier 1962, est très court et ne fait état que de quatre livres parus et de cinq livres à paraître. Sa très sobre couverture est significative car, en plus du titre de la collection, elle ne mentionne que deux éléments : une sorte de sous-titre de la collection – « les grands textes de la pensée contemporaine en livre de poche » – et, avec des chiffres en très gros caractères, « 2.90 NF » (pour nouveaux francs)41. Cette collection correspond en effet à une double volonté de développer la diffusion de textes non littéraires de référence, et surtout, de mettre en place, via le format de poche, une politique de prix permettant un très large accès du public à ces textes, et ainsi de générer d’importants bénéfices commerciaux pour la maison d’édition. Dans le Bulletin de la NRF (mensuel) de janvier 1962, l’ambition de la nouvelle collection est précisée : « présenter au lecteur, en format de poche, une synthèse des connaissances actuelles ». La suite est éloquente : « La collection “Idées” ne négligera aucune discipline. Elle publiera des études consacrées à la philosophie, la psychologie, la sociologie, l’ethnologie, la science, la religion et l’histoire ainsi que des essais sur l’art et la littérature. »42 « La science » y est ainsi désignée comme une « discipline », au même titre que, par exemple, la philosophie ou l’histoire. Les quatre premiers ouvrages de la collection, parus début 1962, sont : Le mythe de Sisyphe d’Albert Camus, , Réflexions sur la question juive de Jean-Paul Sartre, La nature dans la physique contemporaine du prix Nobel de physique de 1932, Werner Heisenberg, texte inédit en langue française, et Trois essais sur la théorie de la sexualité de Sigmund Freud. On remarque donc que figure dans les tout premiers ouvrages de la collection un livre de sciences, voire d’histoire des sciences au sens large. Bulletin de la NRF d’avril 1963 dresse déjà un premier bilan de la nouvelle collection : 25 volumes publiés en un peu plus d’un an, pour un tirage d’ensemble de quasiment 1 500 000 exemplaires. En ce qui concerne la nature des textes publiés, il est précisé : « le nombre de publications d’inédits, aussi bien français qu’étrangers, ira en augmentant. »43 Sur les 33 livres figurant au catalogue de 1963 de la collection, six peuvent être considérés comme relevant de l’histoire des sciences au sens large44. Dans le Bulletin de la NRF de décembre 1963, on peut lire : « depuis ses débuts, il y a près de deux ans, la collection “Idées” a publié 37 volumes qui ont atteint un tirage qui dépasse 2 millions d’exemplaires », ainsi que : « le quart environ des volumes publiés était inédit en France. »45 Dans le catalogue de 1968 de la collection, figurent 151 titres publiés, ainsi qu’une importante innovation dans la présentation. En effet, un index alphabétique propose une légende thématique avec un symbole pour chacun des items suivants : littérature, philosophie, sciences, sciences humaines, idées actuelles46. François Erval consacre un article à sa collection dans le Magazine LittéraireMagazine Littéraire en septembre 1970, où il écrit : « lorsque j’étais étudiant, je ne pouvais pas m’acheter tous les livres que j’aurais voulus parce que leur prix était trop élevé » et il parle d’« un important public susceptible de lire des textes un peu difficiles pour peu qu’on lui donne le moyen de les acheter »47. Il explique aussi que le tirage de départ pour un ouvrage de la collection est de 30 000 ou 40 000 et que certains titres ont dépassé les 300 000 exemplaires vendus. Il ajoute qu’il a toujours voulu faire d’« Idées » une véritable collection, c’est-à-dire y intégrer une importante proportion de textes inédits. Il raconte aussi une anecdote intéressante à propos du premier inédit publié dans la collection :

    Un technicien très connu de l’édition française a dit à un de mes amis : « que Erval propose un inédit de Heisenberg, c’est normal, mais ce qui est étonnant c’est qu’il n’y ait eu personne chez Gallimard pour l’empêcher de ruiner cette collection dès le deuxième mois. » C’est toujours cette même conviction que les gens sont bêtes, qu’ils n’achètent que ce qu’ils connaissent, dont ils ont entendu parler, qu’ils savent par cœur. Ce n’est pas vrai48.

    24De fait, le pari de François Erval est gagnant, car comme il l’écrit dans le même article : « Heisenberg est maintenant à 100 000 exemplaires, et il avait dû être retiré seulement quelques mois après sa sortie, alors que dans une collection traditionnelle, il serait maintenant à 5 ou 10 000. » D’ailleurs, pour information, l’ouvrage du prix Nobel de physique en est aujourd’hui à 111 546 exemplaires vendus, auxquels il faut ajouter les 5 424 exemplaires de vente de la réimpression de 2 000 dans la collection « Folio essais ». En septembre 1970, la collection « Idées » compte 218 titres, dont « un peu plus de la moitié (environ 110-115) consiste en réimpressions, le reste (90-95) [étant] des nouveautés »49. Selon François Erval, les premiers tirages, au minimum de 10 000 exemplaires, sont épuisés dans un délai assez variable, en moyenne de 14 mois, et les cinquante premiers titres de la collection ont tous été réimprimés, avec des tirages moyens de 50 000 exemplaires50.

    25Venons-en au Catalogue thématique et alphabétique par auteurs de 1977-197851. Il fait état de 382 livres publiés, et les classe selon les thématiques suivantes : littérature, philosophie, sciences, sciences humaines, idées actuelles, arts et chroniques. Aucune place explicite n’est donc faite à l’histoire des sciences, et son statut est particulièrement ambigu, dans la mesure où on en trouve quelques titres en « philosophie » et en « sciences humaines », mais où la majorité émarge malgré tout à la thématique « sciences ». Ceci témoigne d’une véritable difficulté, pour les éditions Gallimard à décider si l’histoire des sciences est une sous-discipline des sciences ou des sciences humaines. En effet, la confusion semble quasiment totale entre « sciences » et « histoire des sciences ». On comprend bien que La psychanalyse du feu de Gaston Bachelard, réédition de 1965 de son livre de 1938, initialement paru chez Gallimard dans la collection « Psychologie », soit classée en « philosophie », eu égard au statut de philosophe de son auteur. En revanche, qu’est-ce qui justifie que l’Esquisse d’une histoire de la biologie de Jean Rostand (réédition de son livre de 1945) figure dans la thématique « sciences » alors que l’ouvrage de vulgarisation Einstein et l’univers du journaliste américain Lincoln Barnett (réédition de 1962 de la traduction parue en 1951 chez Gallimard dans la collection « Hors-série connaissance »), ou La médecine psychosomatique du médecin allemand Thure von Uexküll (traduction inédite de 1966 d’un livre publié en allemand en 1963), figurent dans la rubrique « sciences humaines » ?

    26Pour finir sur cette collection, et pour donner une idée de sa coloration, il est intéressant de citer quelques-uns de ses autres titres en relation avec l’histoire des sciences :

    • La science et le bon sens du physicien Robert Oppenheimer (réédition de 1963 de la traduction de 1955, parue dans la collection « Hors série connaissance », d’un ouvrage en anglais de 1954) ;
    • Hippocrate. Médecine grecque de l’historien helléniste belge Robert Joly (1964) ;
    • Les conditions de l’esprit scientifique de l’économiste Jean Fourastié (1966) ;
    • Des atomes et des hommes du physicien Louis Leprince-Ringuet (1969) ;
    • L’homme et la technique d’Oswald Spengler (réédition de 1969 d’une traduction de 1958, parue dans la collection « Les Essais », d’un ouvrage de 1931) ;
    • Les atomes du prix Nobel de physique de 1926 Jean Perrin (réédition de 1970 d’un ouvrage de 1913) ;
    • Épistémologie des sciences de l’homme de Jean Piaget (1972).

    27Signalons aussi que trois ouvrages d’Alexandre Koyré sont également publiés dans cette collection : Mystiques, spirituels, alchimistes du XVIe siècle allemand siècle allemand (réédition de 1971 d’un ouvrage paru chez Armand Colin en 1955), Du monde clos à l’univers infini (réédition de 1973 d’un ouvrage paru aux PUF en 1962), et La philosophie et le problème national en Russie au début du XIXe siècle (réédition de 1976 d’un ouvrage paru chez Honoré Champion en 1929)52. Pour terminer sur la collection « Idées », il faut insister sur le fait que cette collection comporte une importante proportion de traductions, avec précisément 11 traductions sur les 33 ouvrages retenus comme pertinents pour l’histoire des sciences.

    28Chez Gallimard, l’année 1965 marque l’arrivée d’un nouvel acteur, Pierre Nora, qui va rapidement devenir le personnage clé pour l’ensemble du secteur des sciences humaines, et en particulier, même si ce n’est pas de façon explicite, pour l’histoire des sciences. À cette époque, dans la maison d’édition, Claude Gallimard n’est pas encore officiellement président des éditions Gallimard – il ne le deviendra qu’à la mort de son père Gaston en 1975 – mais il s’est déjà imposé à la tête de l’entreprise familiale53. En 1965, Claude se met « en quête d’un éditeur pour étayer, plutôt que coordonner, sa production non littéraire, en la plaçant au plus près de l’évolution du système académique »54. Son choix se porte sur l’historien Pierre Nora, né en 1931, qui animait une collection d’histoire chez Julliard, « Archives ». Ce dernier se souvient : « Gaston Gallimard avait été la “littérature”… son fils ambitionnait d’être aussi un éditeur de référence dans un domaine qu’il ne savait pas appeler les sciences humaines »55. Dans un entretien réalisé avec lui en février 2017, Pierre Nora revient sur ses débuts chez Gallimard :

    J’avais suggéré de m’occuper de la « Bibliothèque des idées », mais je n’avais pas fait mes preuves, et Georges Lambrichs56 avait dissuadé Claude Gallimard de me confier la « Bibliothèque des idées ». Du coup, je m’étais rabattu sur une idée de paperback. À ce moment-là, François Erval, qui était chargé de la collection « Idées », est intervenu pour dire : « si c’est la même chose que la collection “Idées”, ce n’est pas possible ». Ce ne pouvait être ni la Bibliothèque des idées ni un paperback, donc j’ai dû faire autre chose. J’ai donc fait la « Bibliothèque des sciences humaines », qui a démarré avec Elias Canetti (Masse et puissance, 1966), Michel Foucault (Les mots et les choses. Une archéologie des sciences humaines, 1966), Geneviève Calame-Griaule (Ethnologie et langage. La parole chez les Dogon, 1966), puis très vite Raymond Aron, à qui j’avais demandé les cours Les étapes de la pensée sociologique pour le paperback et que j’ai récupérés pour la « Bibliothèque des sciences humaines » (1967). Et cela a immédiatement fait tilt, ça a très bien marché. On m’a alors demandé de reprendre la « Bibliothèque des idées ». Je me suis demandé quoi faire avec cette collection. Je l’ai plutôt réorientée vers des grands essais littéraires plutôt que vers les sciences humaines57.

    29Dès son lancement, la collection « Bibliothèque des sciences humaines » est un véritable succès commercial, à la grande surprise de son directeur, qui confie aujourd’hui : « J’avais été engagé pour apporter du prestige, et j’ai aussi apporté de l’argent ! Je suis donc passé pour avoir la main d’or. Mais c’était l’époque, plus que moi. » Témoignage de ce succès, le troisième livre de la collection, Les mots et les choses. Une archéologie des sciences humaines, de Michel Foucault, qui paraît le 8 avril 1966, bénéficiera de 22 tirages, et se vendra à plus de 100 000 exemplaires58. Quelques années plus tard, en 1970, l’ouvrage La logique du vivant. Une histoire de l’hérédité, du prix Nobel de physiologie ou de médecine François Jacob, est également un succès, avec plus de 50 000 ventes nettes59.

    30Pierre Nora, initialement recruté, entre autres, pour mettre en place une collection d’histoire, commence donc plutôt par une collection généraliste dédiée à l’ensemble des sciences humaines. À l’époque, pour justifier le lancement de cette nouvelle collection, il écrit : « Innombrables sont les chemins par lesquels les sciences de l’homme envahissent tous les jours davantage notre culture et notre vie […] Il fallait un lieu où la linguistique côtoie l’économie, l’ethnologue interroge la psychologie, et le sociologue rencontre l’historien. Une « Bibliothèque des sciences humaines » répond à ce besoin d’un chantier commun… »60 Aujourd’hui, il reconnaît que ce choix a surtout été guidé par la difficulté à mettre en place une collection d’histoire à un moment où la discipline était en plein renouvellement intellectuel : « il était difficile de faire une collection d’histoire qui ne soit pas les Annales. J’avais donc préféré fonder la “Bibliothèque des sciences humaines”, car c’est beaucoup plus facile, ça englobe beaucoup plus large : on peut y mettre de l’économie, de la sociologie, de la philosophie… Et, au départ, j’y ai mis aussi de l’histoire. »61

    31Par ailleurs, Pierre Nora est entré chez Gallimard en même temps (dans la seconde moitié de l’année 1965), à quelques mois près, que le psychanalyste Jean-Bertrand Pontalis, qui crée en 1966 la collection « Connaissance de l’inconscient ». Pierre Nora a alors une idée de projet en commun avec Jean-Bertrand Pontalis : « je suis entré alors que cette collection était en gestation, et je lui ai suggéré que l’on prenne le même genre de couvertures, avec la même charte graphique “Bibliothèque de…”, et qu’on crée progressivement un secteur de livres de sciences humaines au sens large, d’idées, qui serait reconnaissable par cette charte graphique commune. » C’est ainsi que naît cette fameuse couverture, encore caractéristique aujourd’hui du secteur des sciences humaines des éditions Gallimard : « Bibliothèque » en arc de cercle incurvé vers le haut et situé dans la partie supérieure de la couverture, qui répond à « Éditions Gallimard » en arc de cercle incurvé vers le bas dans la partie inférieure de la couverture, les deux imprimés dans la même couleur, alors que le titre et l’auteur de l’ouvrage sont imprimés au milieu de l’ébauche de cercle, et dans une autre couleur.

    Figure 1. Couverture des Études newtoniennes d’Alexandre Koyré (1968)

    Image

    32Rapidement, les responsabilités éditoriales de Pierre Nora chez Gallimard s’élargissent, et une nouvelle collection tombe dans son escarcelle :

    Pendant presque 20 ans, de 1969 à 1988, je me suis même occupé de la « Bibliothèque de philosophie », dont personne ne s’occupait. Quand je suis entré dans la maison, Pierre Verstraeten, qui était belge et plus ou moins un élève de Merleau-Ponty, était censé s’occuper de la « Bibliothèque de philosophie ». Quand la « Bibliothèque des sciences humaines » a explosé, notamment avec Foucault, Claude Gallimard m’a demandé de m’occuper de la « Bibliothèque de philosophie », afin d’aider Verstraeten.

    33Plus tard, en 1980, Pierre Nora, immédiatement rejoint par le philosophe et historien Marcel Gauchet, fonde une nouvelle revue, « malgré quelques réticences de Claude Gallimard, inquiet de lancer une nouvelle revue à une époque où celles-ci perdent du terrain »62. Sous-titrée « histoire, politique, société », la revue Le Débat se veut résolument intellectuelle, mais entend inscrire dans le débat public aussi bien des problématiques intellectuelles plus ou moins académiques que des sujets d’actualité immédiate. Dans ce cadre, les enjeux scientifiques ne sont pas oubliés, et le biologiste Antoine Danchin, de l’Institut Pasteur, occupe une place importante aux débuts de la revue, comme le rappelle Pierre Nora :

    Danchin était un peu conseiller pour les sciences auprès de la revue Le Débat. Aux débuts du Débat, j’avais réfléchi au fait qu’il nous faudrait un conseiller scientifique. Je parlais souvent avec François Jacob, mais il ne souhaitait pas être conseiller scientifique, et m’avait conseillé de demander à Danchin. C’est comme ça que j’avais connu Danchin, et on était devenu assez proche. C’est lui qui nous avait fait publier, dans le premier numéro du Débat (1980), l’article de Pierre-Gilles de Gennes63, futur prix Nobel de physique (1991)64.

    34Le Débat est d’ailleurs, dès ses premiers mois d’existence, le théâtre d’une violente controverse intellectuelle autour de la notion scientifique de déterminisme. Les principaux acteurs de ce débat acharné sont le prix Nobel de chimie Ilya Prigogine, la philosophe Isabelle Stengers, le biologiste Antoine Danchin et le mathématicien René Thom. Ces échanges se prolongeront dans un ouvrage collectif coordonné par le philosophe et historien Krzysztof Pomian, intitulé La querelle du déterminisme. Philosophie de la science d’aujourd’hui, paru en 1990 dans la toute nouvelle collection « Le Débat »65. En effet, cette même année 1990, Marcel Gauchet et Pierre Nora créent une collection en liaison avec la revue. Pierre Nora explique aujourd’hui les raisons de la création de cette collection :

    Quand j’ai commencé [chez Gallimard], on m’a dit très tranquillement : « c’est vous qui dirigez tout le secteur des sciences humaines, donc vous vous occupez des Essais aussi. » Alors je m’en suis occupé sans m’en occuper vraiment, c’est-à-dire que je n’ai pas cherché des livres pour cette collection, mais, quand ils arrivaient, je les mettais… Jusqu’à ce qu’Éric Vigne entre dans la maison, et qu’on lui donne la collection « NRF Essais », il y a environ 30 ans. À ce moment-là, Vigne a changé la couverture et a fait autre chose. Du coup, ne pouvant plus mettre de livre dans « Les Essais », j’ai créé, avec Marcel Gauchet, la collection « Le Débat » pour y mettre des ouvrages comme La querelle du déterminisme de Pomian et al. (1990) ou À demain de Gaulle de Régis Debray (1990)66.

    35Pour revenir à la revue Le Débat, elle cesse assez rapidement, contrairement à la collection, de traiter de sciences ou d’histoire des sciences, ce que Pierre Nora explique de la façon suivante :

    D’abord, Antoine Danchin est parti à Hong-Kong, donc on a un peu perdu le contact… Au fond, c’est une expérience un peu décevante dans Le Débat. Périodiquement, on se dit qu’on devrait reprendre le thème des sciences, mais, en même temps, c’est peut-être Pomian qui est le plus versé de nous dans les idées scientifiques, et il n’y a pas eu d’écho quand on a fait vraiment quelque chose, comme si ce n’était pas dans Le Débat que les lecteurs cherchaient des discussions scientifiques.

    36À ce stade, et avant d’essayer de mieux identifier le rôle de Pierre Nora et son influence sur la place de l’histoire des sciences chez Gallimard, il est important de citer quelques-uns des livres que j’ai retenus comme pertinents entre 1962 et 2011, pour chacune des collections dirigées par Pierre Nora. Notons au passage que les collections « Bibliothèque de philosophie » et « Bibliothèque des sciences humaines » comportent, tout au moins en ce qui concerne l’histoire des sciences, une proportion importante de traductions : 9 ouvrages sur 11 pour la première, 10 sur 22 pour la seconde.

    37Dans la « Bibliothèque de philosophie », on peut mentionner :

    • La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale d’Edmund Husserl (traduction de 1976 d’un ouvrage en langue allemande de 1936) ;
    • Remarques sur les fondements des mathématiques de Ludwig Wittgenstein (traduction de 1983 d’un ouvrage en langue allemande de 1956) ;
    • Le concept, le temps et le discours. Introduction au Système du Savoir d’Alexandre Kojève (1990) ;
    • Procès et réalité. Essai de cosmologie d’Alfred North Whitehead (traduction de 1995 d’un ouvrage en anglais de 1929) ;
    • Science de la culture et science de la nature de Heinrich Rickert (traduction de 1997 d’un ouvrage en allemand de 1899) ;
    • L’âge d’or de l’empirisme logique. Vienne – Berlin – Prague, 1929-1936. Textes de philosophie des sciences, ouvrage collectif sous la direction de Christian Bonnet et Pierre Wagner (2006) ;
    • Théorie générale de la connaissance de Moritz Schlick (traduction de 2009 d’un ouvrage en allemand de 1918) ;
    • Théorie de la science de Bernard Bolzano (traduction de 2011 d’un ouvrage en allemand de 1837).

    38Dans la « Bibliothèque des sciences humaines », sur les 22 ouvrages retenus, on compte notamment :

    • La Nouvelle alliance. Métamorphose de la science d’Ilya Prigogine et Isabelle Stengers (1979)67 ;
    • Kepler astronome astrologue de Gérard Simon (1979) ;
    • De Vienne à Cambridge. L’héritage du positivisme logique de 1950 à nos jours, ouvrage collectif sous la direction de Pierre Jacob (1980) ;
    • L’imagination scientifique de Gerald Holton (traduction de 1981 d’un ouvrage en anglais paru en 1978) ;
    • La tension essentielle. Tradition et changement dans les sciences de Thomas Kuhn (traduction de 1990 d’un ouvrage en anglais paru en 1977) ;
    • La malle de Newton de Loup Verlet (1993) ;
    • Science en gloire, science en procès. Entre Einstein et aujourd’hui de Gerald Holton (traduction de 1998 d’un ouvrage en anglais paru en 1995) ;
    • Le siècle du gène d’Evelyn Fox Keller (traduction de 2003 d’un ouvrage en anglais de 2000) ;
    • L’engrenage de la technique. Essai sur une menace planétaire d’André Lebeau (2005) ;
    • Comment la vérité et la réalité furent inventées de Paul Jorion (2009).

    39Dans la « Bibliothèque des histoires » :

    • Histoire de la folie à l’âge classique de Michel Foucault (1972) ;
    • L’ordre du temps de Krzysztof Pomian (1984) ;
    • Galilée hérétique de Pietro Redondi (1985) ;
    • L’heure qu’il est. Les horloges, la mesure du temps et la formation du monde moderne de David S. Landes (traduction de 1987 d’un ouvrage en anglais de 1969) ;
    • Le système du monde. Pierre-Simon Laplace. Un itinéraire dans la science de Roger Hahn (traduction de 2004 d’un ouvrage inédit) ;
    • Sciences et histoire de Gérard Simon (2008) ;
    • La dynamique de l’innovation. Changement technique et changement social (XVIe-XX-XXe siècle) de François Caron (2010).

    40Enfin, dans la collection « Le Débat » :

    • La querelle du déterminisme. Philosophie de la science d’aujourd’hui, dossier réuni par Krzysztof Pomian (1990) ;
    • L`âge des savoirs. Pour une renaissance de l’Université de Claude Allègre (1993) ;
    • L’homme-artifice. Le sens de la technique de Dominique Bourg (1996) ;
    • Le nouveau monde industriel de Pierre Veltz (2000) ;
    • L’enfermement planétaire d’André Lebeau (2008).

    41Revenons sur le rôle de Pierre Nora, véritable chef d’orchestre des sciences humaines chez Gallimard depuis 1965. À la tête de deux (dès 1968), puis trois (dès 1969) et enfin quatre (dès 1971) collections « Bibliothèque de… », auxquelles il faut ajouter la collection « Les Essais », il est, jusqu’en 1988 et l’arrivée d’Éric Vigne, presque seul maître à bord du secteur des sciences humaines de la maison d’édition, si l’on excepte la chasse gardée de la collection de poche « Idées » de François Erval. Du coup, il est celui par qui passent l’immense majorité des manuscrits de sciences humaines, et qui doit arbitrer entre les différentes collections dans lesquelles les publier. Voilà ce qu’il dit de cet aspect de son travail :

    Entre « Bibliothèque des histoires » et « Bibliothèque des sciences humaines », et quelquefois « Bibliothèque des idées », très souvent, j’hésite. Souvent, un livre peut aller dans les trois, ou dans deux, et pas spécifiquement dans une. J’essaye de le faire avec bon sens, pas toujours sûr de moi, et me disant, à la fin des fins, que ce n’est pas gravissime quand c’est aux frontières, du moment que c’est dans ces collections, qui, pour moi, forment un tout… Même chose pour Foucault : Histoire de la folie à l’âge classique (1972) est dans la « Bibliothèque des histoires » alors que L’archéologie du savoir (1969) est dans la « Bibliothèque des sciences humaines ». Autrement dit, la frontière entre ces collections est poreuse68.

    42Interrogé aujourd’hui sur la place de l’histoire des sciences chez Gallimard, et sur la politique éditoriale correspondante, Pierre Nora reconnaît bien volontiers qu’il n’a jamais vraiment mis en place de politique éditoriale dans ce domaine. Conformément à ce qui s’est toujours fait chez Gallimard dans le secteur littéraire, c’est davantage une politique d’auteurs qui a été développée dans le secteur des sciences humaines. Écoutons Pierre Nora à propos de l’histoire des sciences dans son secteur :

    Tout a été un peu occasionnel. Je peux vous donner plusieurs exemples. Le plus important est La logique du vivant de François Jacob (1970). François Jacob était mon cousin depuis qu’il avait épousé ma cousine, en 1945. On était amis, donc je l’ai vu écrire. Je le voyais beaucoup, et nous sommes restés très proches… Ce furent toujours des singularités. Pour Evelyn Fox Keller, beaucoup plus récemment (« Bibliothèque des sciences humaines » : Le siècle du gène, 2003 ; Expliquer la vie, 2004), c’est François Jacob qui m’avait signalé qu’elle existait. Donc je lui ai écrit, et elle a accepté que l’on traduise Le siècle du gène, que François Jacob a d’ailleurs préfacé… Gérard Simon, auteur de Kepler astronome astrologue (« Bibliothèque des sciences humaines », 1979), était un de mes collègues de l’EHESS. Comme on avait justement publié le livre de Gérard Jorland sur Koyré (La science dans la philosophie : les recherches épistémologiques d’Alexandre Koyré, « Bibliothèque des idées », 1981), Simon s’était rapproché de moi au moment de publier son livre sur Kepler. Gérard Jorland, je le connaissais aussi de l’EHESS. C’était donc toujours par relation avec les auteurs69.

    43Passons maintenant à Éric Vigne. Philosophe et historien de formation, Éric Vigne, au moment où il rejoint Gallimard, le 1er juin 1988, a déjà une carrière substantielle d’éditeur derrière lui. De 1977 à 1981, il a travaillé à la Société d’éditions scientifiques, filiale des Éditions du Seuil qui publiait les revuesL’Histoire et La Recherche, tout en étant lecteur et traducteur pour le Seuil. De 1982 à 1984, il participe, aux côtés de François Gèze, à la transformation des Éditions François Maspero en La Découverte70. De 1984 à 1988, il travaille chez Fayard pour relancer l’histoire et les sciences humaines. C’est là qu’il publie, notamment, La matière espace-temps de Gilles Cohen-Tannoudji et Michel Spiro (1986), La mélodie secrète de Trinh Xuan Thuan (1988), Histoire de la biologie. Diversité, évolution et hérédité d’Ernst Mayr (1989). À son arrivée chez Gallimard, sa première mission est de fonder une nouvelle collection, « NRF Essais », pour prendre la suite de la vieille collection de 1931, « Les Essais », qui n’est plus très active, et dont le dernier ouvrage est paru en avril 1987. Faisant paraître six à sept ouvrages par an, la nouvelle collection, tout en étant plus près de la recherche que son aînée71, entend aborder, selon le site web des éditions Gallimard :

    […] des problématiques nouvellement formulées par la recherche en sciences humaines, sociales et politiques. Multidisciplinaire dès ses débuts, la collection fait se côtoyer depuis vingt-cinq ans des essais relevant de l’histoire du politique, des sciences et du temps présent, de la nouvelle sociologie critique et de l’anthropologie ancienne et contemporaine, des philosophies analytiques et morales, de la théorie économique ou encore de la pragmatique du langage72…

    44Parmi les 168 livres que publie Éric Vigne entre 1988 et 2011 dans la collection « NRF Essais », on dénombre environ 17 titres, sans compter les rééditions de titres de la collection « Les Essais », qui appartiennent au domaine de l’histoire des sciences au sens large. Citons quelques-uns de ces ouvrages :

    • L’horizon des particules. Complexité et élémentarité dans l’univers quantique de Gilles Cohen-Tannoudji et Jean-Pierre Baton (1989) ;
    • La norme du vrai. Philosophie de la logique de Pascal Engel (1989) ;
    • Représentation et réalité de Hilary Putnam (traduction de 1990 d’un ouvrage en anglais de 1988) ;
    • La stratégie de l’interprète. Le sens commun et l’univers quotidien de Daniel C. Dennett (traduction de 1990 d’un ouvrage en anglais de 1987) ;
    • La nature de l’espace et du temps de Stephen Hawking et Roger Penrose (traduction de 1997 d’un ouvrage en anglais de 1996) ;
    • Aux contraires. L’exercice de la pensée et la pratique de la science de Jean-Marc Lévy-Leblond (1996) ;
    • Vérité et justification de Jürgen Habermas (traduction de 2001 d’un ouvrage en allemand de 1999) ;
    • Le troisième chimpanzé. Essai sur l’évolution et l’avenir de l’animal humain de Jared Diamond (traduction de 2000 d’un ouvrage en anglais de 1991) ;
    • La structure de la théorie de l’évolution de Stephen Jay Gould (traduction de 2006 d’un ouvrage en anglais de 2002) ;
    • Contes de la lune. Essai sur la fiction et la science modernes de Frédérique Aït-Touati (2011).

    45Notons, cette fois encore, comme dans les collections de Pierre Nora, que les traductions représentent une part importante de la production considérée : 10 ouvrages sur 17. Il s’agit d’ailleurs d’une caractéristique notable des éditions Gallimard, tous secteurs confondus, la maison d’édition ayant toujours eu une politique très volontariste de diffusion de littérature étrangère, les efforts ayant notamment porté sur les auteurs anglophones, les auteurs allemands, les auteurs russes, et les auteurs d’Amérique latine.

    46En 1990, deux ans après son arrivée, trois collections de poche sont confiées à Éric Vigne : « Folio actuel », « Folio essais » et « Folio histoire ». Créées en 1985 et placées jusqu’en 1988 sous la direction d’Antoine Gallimard, ces collections ont avant tout vocation à reprendre en poche des titres déjà parus, chez Gallimard ou non, sans s’interdire de publier des inédits. Il est important de revenir ici brièvement sur l’histoire de la collection mère « Folio », et, plus généralement encore, sur celle de l’édition de poche en France. C’est Hachette qui décide de lancer, en 1953, la collection « Livre de poche », à laquelle sont d’emblée associées les éditions Gallimard. Fin 1971, sur les 2 272 titres édités dans cette collection, 510 viennent des éditions Gallimard, auxquels il convient d’ajouter 282 classiques du fonds Gallimard. Cela représente donc environ un tiers des titres, et 67 millions de livres vendus depuis 195373. Or, en mai 1970, Claude et Gaston Gallimard décident de ne pas renouveler le contrat qui liait leur maison d’édition au groupe d’édition Hachette, qui assurait, depuis 1932, et à des conditions très avantageuses, la distribution et la diffusion de l’ensemble de la production de Gallimard74. En six mois, Gallimard monte sa propre société de distribution, la Sodis, qui est opérationnelle dès janvier 197175. Dans la foulée, en 1972, ne pouvant continuer à coéditer le « Livre de poche » avec Hachette, les éditions Gallimard lancent leur propre collection de poche, « Folio ». Toute la maison est mobilisée sur ce projet, et 500 ouvrages sont publiés en deux ans76. Dirigée par Antoine Gallimard, fils cadet de Claude né en 1947, la collection donne naissance, dès 1985, à des séries, qui correspondent en fait à de nouvelles collections quasiment autonomes.

    47Pour revenir à la collection/série « Folio essais », confiée à Éric Vigne en 1990, elle édite 536 livres entre 1985 et 2011. Parmi les très nombreuses rééditions, Éric Vigne s’efforce d’introduire un nombre conséquent d’ouvrages inédits. Au sein de ces livres, inédits chez Gallimard, on dénombre au moins 16 ouvrages qui relèvent de l’histoire des sciences, parmi lesquels :

    • Physique atomique et connaissance humaine du prix Nobel de physique danois de 1922 Niels Bohr (réédition de 1991 de la traduction, parue en 1964 aux éditions Denoël, d’un ouvrage en anglais de 1961) ;
    • Discours de la méthode suivi de La dioptriqueLa dioptrique de René Descartes (édition de 1991 d’un ouvrage de 1637) ;
    • Les concepts scientifiques. Invention et pouvoir d’Isabelle Stengers et Judith Schlanger (1991) ;
    • Introduction aux sciences cognitives, ouvrage collectif sous la direction de Daniel Andler (1992) ;
    • Philosophie de la science contemporaine de Roland Omnès (1994) ;
    • La pierre de touche. La science à l’épreuve… de Jean-Marc Lévy-Leblond (1996) ;
    • Philosophie des sciences, ouvrage en 2 tomes de Daniel Andler, Anne Fagot-Largeault et Bertrand Saint-Sernin (2002) ;
    • Les philosophes et la science, ouvrage collectif sous la direction de Pierre Wagner (2002) ;
    • L’univers chiffonné de l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet (2005).

    48À la question de savoir comment il arbitre entre les collections « NRF Essais » et « Folio essais », Éric Vigne répond ainsi :

    « NRF Essais » est beaucoup plus analytique, beaucoup plus proche des laboratoires, de la formulation de nouvelles questions, de nouveaux problèmes. Les inédits de « Folio essais », c’est plutôt l’état de l’art à un moment donné. C’est plus synthétique et statique, avec une vulgarisation qui part de l’hyperspécialisation, et une vulgarisation qui consiste aussi à viser les collègues des disciplines voisines, qui ont levé le pied par rapport à l’hyperspécialisation de tel ou tel… Les tirages initiaux de « Folio essais » sont beaucoup plus importants, incommensurables par rapport à « NRF Essais ». C’est une politique de cible commerciale. On ne va pas faire comme les PUF, proposer à 35 euros à un étudiant qui en a besoin un livre que finalement il ne lira jamais ! Pour les étudiants et pour le grand public lettré, c’est plutôt dans « Folio essais »77.

    49Reste à savoir si la place de l’histoire des sciences dans ces deux collections relève d’une quelconque politique éditoriale. La réponse d’Éric Vigne est clairement négative, et il s’en explique :

    Il n’y a aucune rationalité, c’est simplement le fruit de circonstances, de curiosités et de rencontres… On reçoit peu d’offres qui donnent l’impression que c’est pour Gallimard et non pas pour les PUF ou des éditeurs beaucoup plus spécialisés. L’histoire des sciences peut trouver sa place chez nous en fonction de deux amonts. Soit c’est de l’histoire des sciences au sein d’une histoire culturelle. C’est un peu le cadre général des Lumières, telles que vues par Roger Chartier ou par Daniel Roche, et où les sciences trouvent leur place dans une réflexion sur le plus ou moins grand progressisme, avéré ou pas, des Lumières. Et puis il peut y avoir un amont résolument scientifique, avec une approche historique d’un domaine scientifique, plutôt par des scientifiques eux-mêmes. C’est ce que j’ai voulu faire – et grand bien m’en a pris – avec Gilles Cohen-Tannoudji et Michel Spiro, à propos du boson de Higgs. C’est-à-dire non pas ce qui nous conduit à la découverte du boson, mais plus singulièrement une approche de ce que le boson va peut-être nous amener à découvrir en venant bouleverser le grand récit du Big Bang, le modèle standard, etc. On essaie toujours d’avoir un plus. Nous ne sommes pas Hermann ou d’autres. Nous ne sommes pas un éditeur d’ouvrages de sciences. N’ayant pas de collection d’ouvrages de sciences, nous ne pouvons pas nous permettre de publier des ouvrages hyper pointus dont l’appartenance à ce qu’on appelle « histoire des sciences » ne fait aucun doute, est acquise, par la modalité d’écriture, par le lieu de soutien de la thèse qui est à l’origine du livre, ou enfin par l’inscription dans l’espace éditorial de telle ou telle collection de ce livre même. Donc nous essayons toujours de publier des ouvrages qui montrent, un peu en mille-feuilles, ce que peut apporter d’original une approche qui soit scientifique, au sens large du terme, qui s’interroge sur les limites et les objets de la discipline considérée, qui l’inscrive dans un contexte culturel ou social… Le paradigme critique est toujours là, en quelque sorte, même quand c’est des bouquins de pure astrophysique comme quand j’ai édité les ouvrages de Jean-Pierre Luminet, de Trinh Xuan Thuan ou de Cohen-Tannoudji et Spiro. Il y a toujours un aspect de mise à distance, de mise en perspective pour mieux comprendre ce qui se passe.

    50Enfin, en ce qui concerne l’articulation des collections de Pierre Nora et les siennes, Éric Vigne estime qu’il n’y a aucun critère de répartition et que les décisions se font sans heurt :

    Cela dépend des curiosités de chacun. Il n’y a pas de réunion d’arbitrage. Ce sont deux secteurs qui fonctionnent selon les personnalités de chacun, selon leurs particularités d’intérêts, de curiosités. Lui est plutôt intéressé par Evelyn Fox Keller, et moi par Stephen Jay Gould. Ce sont nos curiosités à chacun. Il nous arrive d’aiguiller un auteur chez l’autre. Mais il n’y a jamais de conflictualité, parce que Pierre Nora aura une approche plus résolument historienne ou culturaliste de ces sujets. Moi – mauvais sang ne saurait mentir – plus épistémologique.

    Un projet avorté de nouvelle collection pour le centenaire de 2011

    51En mars 1988, Antoine Gallimard est nommé président-directeur général des Éditions Gallimard. Pour le centenaire de la maison, il projette de lancer une nouvelle collection de sciences, et, n’ayant aucun scientifique « maison » à disposition, il décide d’embaucher Nicolas Witkowski en décembre 2010 pour mener à bien ce projet. Né en 1949, ce dernier, après des classes préparatoires scientifiques, entame des études d’océanographie, qu’il décide de poursuivre en faisant le tour de l’Atlantique à la voile. Il travaille ensuite comme « nègre » pour différents éditeurs, ce qui lui permet de se familiariser avec le milieu de l’édition. Il devient également professeur de physique dans l’enseignement secondaire, ce qui lui laisse suffisamment de temps, dit-il, pour se consacrer à diverses tâches éditoriales. Il écrit ainsi de nombreux articles pour Sciences et avenir et, surtout, La Recherche. Il travaille également pour Larousse, où il reformule l’ensemble du vocabulaire de la physique et des mathématiques pour Le Petit Larousse. Il travaille ensuite aux éditions La Découverte, où il dirige l’ouvrage collectif L’État des sciences et des techniques (1991). De 1992 à 2010, il travaille pour les éditions du Seuil, dans le secteur des sciences, aux côtés de Jean-Marc Lévy-Leblond, et collabore ainsi aux collections « Science ouverte » et « Points Sciences. » Pendant ces vingt années, il publie notamment, comme auteur : La baignoire d’Archimède, petite mythologie de la science, avec Sven Ortoli (collection « Points sciences », 1996), Une histoire sentimentale des sciences (collection « Science ouverte », 2003), Trop belles pour le Nobel, les femmes et la science (collection « Points sciences », 2005), et dirige l’ouvrage collectif Dictionnaire culturel des sciencesDictionnaire culturel des sciences, (Éditions du Regard, 2001). En parallèle, il travaille comme journaliste à France Culture, dans l’émission « Le front des sciences », comme conseiller scientifique de l’émission « Envoyé spécial » de France 2, et sur la chaîne télévisée La Cinquième, où il dirige six éditions d’une émission d’une heure, intitulée « L’aventure des sciences ».

    52En décembre 2010, Antoine Gallimard lui propose de mettre ses pas dans ceux des deux illustres noms de la maison qui ont animé des collections en rapport avec les sciences, ce qui n’est pas pour rien dans sa décision d’accepter cette mission. Il se souvient : « Queneau et Rostand, je dois dire que quand on m’a proposé d’ajouter mon nom à cette liste, j’y étais prêt, quoiqu’extrêmement intimidé. »78 Pour accomplir sa tâche, Nicolas Witkowski a des idées très précises. Il imagine une collection avec :

    Trois axes : un axe « actualités », par exemple autour de l’écologie, des grands débats ; un axe un peu pointu avec des textes plutôt universitaires, des essais… éventuellement très scientifiques, mais toujours populaires ; et un axe – ce que j’avais monté au Seuil et qui avait bien marché – sur ce que j’appelle la « science légère », c’est-à-dire, comme avec La baignoire d’Archimède, l’idée que ce n’est pas parce que c’est de la science qu’on va se prendre la tête, c’est la curiosité, c’est la surprise… ce que les Anglais et les Américains appellent “popular science”79.

    53Mais les choses ne vont pas se dérouler comme prévu, et le projet de collection ne verra jamais le jour, Antoine Gallimard décidant de se séparer de Nicolas Witkowski en décembre 2011, après à peine un an de collaboration. Voici ce qu’en dit le principal intéressé :

    Ils étaient entièrement d’accord avec mes trois axes, ils trouvaient ça très bien, j’avais briefé les représentants, j’étais allé voir les libraires… Tout était prêt. En plus, c’était le centenaire de Gallimard (2011). Et donc ils voulaient sortir une nouvelle collection pour le centenaire. Mais je ne pouvais pas savoir que je n’allais pas pouvoir travailler avec Antoine Gallimard, qui, au départ, était charmant… Le problème c’est qu’une telle collection dédiée, surtout quand on quitte un éditeur comme le Seuil, et qu’on ne peut donc pas emmener tous ses auteurs, ça commence nécessairement avec des livres qui ne vont pas faire trente mille exemplaires vendus [...] Mes auteurs du genre « dix-quinze mille exemplaires » ne pouvaient pas écrire pour la première année, donc leurs manuscrits étaient attendus l’année suivante. Et ça a été le problème de sortir la première année […] Ce qui s’est passé, c’est que j’ai fait signer 15 contrats à Antoine Gallimard, qui était très partant […] Et mes amis auteurs de chez Gallimard m’ont dit : « c’est évident, le contrôleur de gestion est passé par là, et lui a dit : “Écoutez, Antoine, on va être déficitaire la première année sur cette collection, est-ce que vous voulez vraiment y aller ?” » En gros, c’est ça qui a dû se produire. Antoine Gallimard n’a pas hésité… Le Seuil était, à cet égard, beaucoup plus démocratique, c’était une équipe, une grande famille. Tandis que là, c’est la famille Gallimard. Et les autres sont des pièces ajoutées…

    54Mais Nicolas Witkowski attribue cet échec à une raison plus fondamentale que la simple question financière : « […] plus profondément, je dirais qu’Antoine Gallimard, il n’y croit pas, à la science ». En revenant sur cette expérience, Nicolas Witkowski analyse plus généralement la façon de fonctionner de la maison d’édition :

    Pour ce qui me concerne, il n’y avait personne avec qui causer de sciences, à part Éric Vigne un petit peu, mais ce n’est pas un scientifique de formation. Gauchet et Nora ont été charmants, ils m’ont accueilli à bras ouverts. Le vrai problème, c’était avec Antoine Gallimard. Le vrai problème de cette collection est que j’étais relié directement à Antoine Gallimard, il n’y avait pas d’intermédiaire […] Les secteurs sont bien étanches chez Gallimard. Les Essais sont Les Essais. Le Débat, c’est Le Débat. Antoine, c’est Antoine. La question, c’est comment on fait pour vivre dans une boîte où il y a plein de petites cellules comme ça ? Antoine Gallimard m’avait prévenu en arrivant, il m’avait dit : « Nicolas, je vous avertis, pour moi, vous êtes un directeur d’entreprise, un autoentrepreneur. Vous avez votre boîte chez moi, mais c’est vous qui gérez les choses. » Alors on se retrouve tout seul entre deux autres autoentrepreneurs ! Moi, ce n’est pas comme ça que je conçois le métier, j’aime bien causer dans les couloirs… Là, c’est très cloisonné.

    55Marcel Gauchet confirme d’ailleurs l’incompatibilité entre les habitudes de Nicolas Witkowski et celles de la maison d’édition : « La greffe n’a pas pris ici, il n’a pas compris comment ça marchait. On l’a mis en garde, pourtant. Mais il s’est fait des idées. Il croyait trop dans l’autorité de la science. Or ce n’est pas et ce ne peut pas être la préoccupation prioritaire d’un éditeur généraliste comme Gallimard. »80 Éric Vigne va dans le même sens :

    Je crois qu’il est arrivé d’une maison, le Seuil, qui était théoriquement très ouverte, en comités, etc., et s’est retrouvé dans une maison, Gallimard, très refermée, pas sur elle-même, mais refermée sur les éditeurs, des gens qui gagnent de l’argent, ont quartier libre et carte blanche pour faire ce qu’ils veulent, et du coup travaillent beaucoup plus dans leur coin. Gallimard est une maison qui n’est pas évidente à saisir dans son fonctionnement. C’est une maison dont le propriétaire est la famille historiquement constitutive, c’est toujours un rapport différent : ce n’est pas un salarié qui travaille pour une boîte en tant que P.-D.G. C’est une génération qui met son nom sur chaque ouvrage. C’est résolument différent. Ici, c’est une maison qui dépend d’une famille qui la porte depuis trois générations81.

    56Pour en finir avec ce projet avorté de 2011, signalons que Nicolas Witkowski a très vite rebondi après son passage chez Gallimard, puisqu’il est immédiatement devenu conseiller éditorial aux éditions Odile Jacob, fonction qu’il a occupée jusqu’à sa mort en 2020.

    Conclusion

    57Tout d’abord, il est indispensable de bien garder à l’esprit que les éditions Gallimard sont et restent avant tout des éditions littéraires. Pierre Nora est très clair sur la place générale des sciences humaines dans cette maison d’édition :

    J’ai donc créé une sorte de secteur, qui, pendant très longtemps, est resté marginal, extérieur à la maison, dont le centre était la collection « Blanche. » Tous ces gens – Raymond Aron, Georges Dumézil, Michel Foucault – pour Claude Gallimard, c’était les copains de Pierre Nora, voilà ! Il m’a confié à la fin de sa vie qu’il n’avait jamais ouvert un bouquin que j’avais publié. Mais que voulez-vous, à partir du bouquin de mon cousin François Jacob, ça explose ! Que ce soit Foucault, Jacob ou Aron, les ventes ont fait prendre beaucoup de sens au secteur… Pour l’extérieur, ces collections de sciences humaines sont devenues soudain très visibles, d’autant qu’elles avaient un caractère universitaire, et que l’Université, dans cette période, a vu son nombre d’étudiants croître considérablement. Donc, pour l’extérieur, la maison existait beaucoup à travers ces collections, plus que par la collection « Blanche ». Elles sont devenues une vitrine de la maison, mais, à l’intérieur de la maison, elles sont longtemps restées marginales, et n’ont été vraiment intériorisées que longtemps après leur création. D’ailleurs, même encore maintenant82…

    58Ainsi, l’une des dimensions de la renommée des éditions Gallimard est incontestablement son tableau de médailles dans les plus prestigieux prix littéraires. Entre 1913 et 2010, les Éditions comptent, parmi leurs auteurs, 36 prix Nobel, 35 prix Goncourt et 10 prix Pulitzer83. Or, parmi ces auteurs récompensés, seuls quatre peuvent être considérés comme (en partie) des auteurs du secteur des sciences humaines : Simone de Beauvoir, prix Goncourt en 1954 (pour son roman Les Mandarins), Albert Camus, prix Nobel en 1957, Jean-Paul Sartre, prix Nobel (décliné) en 1964, et Elias Canetti, prix Nobel en 1981. En outre, les chiffres de vente du secteur littéraire sont incommensurables avec ceux du secteur des sciences humaines. En 2011, les tirages du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry (1946) pointent à plus de 13 millions, ceux de L’étranger d’Albert Camus (1942) à plus de 10 millions, ceux de Huis clos (suivi deLes mouches, édition de 1976) de Sartre à 3 782 000, ceux de L’élégance du hérisson de Muriel Barbery (2006) à 2 130 000, ou encore ceux de Zazie dans le métro de Raymond Queneau (1959) à 1 752 000 exemplaires84. En comparaison, les meilleurs chiffres de vente du secteur des sciences humaines font bien pâle figure. Certes Surveiller et punir, de Michel Foucault (1975) s’est vendu à plus de 272 000 exemplaires, Les mots et les choses, toujours de Foucault (1966), à plus de 222 000, et La logique du vivant de François Jacob (1970) à plus de 126 000. Mais ces auteurs font vraiment figure d’exception, et leurs ventes se situent quand même à un ordre de grandeur en dessous des meilleures ventes du secteur littéraire. Dans les sciences humaines, un ouvrage qui se vend à plus de 10 000 exemplaires est déjà considéré comme un grand succès commercial. Rien d’étonnant donc à ce qu’une maison d’édition généraliste soit davantage attachée à son secteur littéraire, dont dépend fortement sa rentabilité, voire sa survie.

    59Pour bien cerner la place des sciences humaines chez Gallimard, il convient aussi de rappeler que 1990 marque la fin d’une période faste pour l’édition des sciences humaines, entamée dans les années 1960 avec la progressive démocratisation de l’accès à l’Université. Comme le dit Pierre Nora, « depuis les années 1990, les sciences humaines ne se vendent plus »85.

    60En outre, l’histoire des sciences est loin d’être un des domaines les plus vendeurs des sciences humaines. Éric Vigne le rappelle en ces termes : « l’histoire des sciences n’est pas une discipline jugée très porteuse dans l’édition des sciences humaines et sociales. »86 Nicolas Witkowski tire la même conclusion à propos de la place de l’histoire des sciences (vulgarisée) au sein du secteur de la vulgarisation : « l’histoire des sciences est un des secteurs de la vulgarisation qui se vend le moins. Il y a très peu de grosses ventes dans ce domaine-là. »87

    61Je souhaiterais terminer sur une profonde ambiguïté, qui règne chez Gallimard à propos du statut de l’histoire des sciences. Cela concerne la question de savoir où classer l’histoire des sciences, d’un point de vue éditorial : au sein des sciences ou bien des sciences humaines ? On note ainsi, chez Gallimard, un véritable flou artistique, l’histoire des sciences étant tantôt classée comme un sous-genre des sciences, tantôt rangée parmi les sciences humaines. Cette ambiguïté est particulièrement manifeste dans les catalogues de la collection « Idées », où certains ouvrages d’histoire des sciences sont classés en « sciences » et d’autres en « sciences humaines. » Par ailleurs, lors des entretiens que j’ai menés avec des acteurs des éditions Gallimard, à chaque fois que je posais une question sur la place de l’histoire des sciences chez Gallimard, on me répondait systématiquement à propos de la place des sciences. Comme si l’histoire des sciences ne pouvait réellement exister que comme un appendice des sciences, et était donc caractérisée principalement par son objet d’étude, les sciences, bien plus que par sa méthodologie, l’histoire (ou toute autre science sociale utilisée pour appréhender l’objet d’étude).

    62Je formulerai deux hypothèses à propos de cette difficulté pratique à penser la catégorie « histoire des sciences » ou à prendre une distance critique vis-à-vis de celle de « sciences ». La première est que l’histoire des sciences a, de fait, longtemps (jusque dans l’entre-deux-guerres) été écrite quasi exclusivement par les scientifiques eux-mêmes88. La seconde, plus spécifique à Gallimard, vient du fait que, depuis le départ du biologiste Jean Rostand, en 1968, plus aucun scientifique – ni aucun historien des sciences – n’a été impliqué dans les affaires éditoriales de Gallimard. En effet, si l’on se penche sur les acteurs majeurs du secteur « sciences humaines » des éditions Gallimard, on rencontre successivement un écrivain : Raymond Queneau ; un journaliste et traducteur : François Erval ; un historien : Pierre Nora ; un philosophe et historien de formation : Éric Vigne. C’est d’ailleurs certainement en fonction de ce manque qu’Antoine Gallimard avait décidé de recruter, en décembre 2010, Nicolas Witkowski, qui abonde dans ce sens : « c’est parce qu’il n’y a aucun scientifique dans la maison qu’Antoine m’avait fait venir. »89

    63Interrogé sur la place de l’histoire des sciences chez Gallimard, Marcel Gauchet reconnaît la rupture qu’ont constituée le départ de Jean Rostand et la fin de sa collection « L’Avenir de la science » :

    L’histoire des sciences, chez Gallimard, ça n’existe plus d’ailleurs, pratiquement. Il y a eu l’époque Jean Rostand, et sa collection « L’Avenir de la science », mais c’était vraiment une autre époque. C’était l’époque de la science conquérante, en fait. Et donc du besoin de vulgariser. Rostand a eu un énorme succès, un énorme impact, alors qu’il est complètement oublié aujourd’hui. Jean Rostand a été une figure. Il n’était pas dans le coup de la science d’avant-garde, que Monod et Jacob incarnaient avec la biologie moléculaire. Lui, c’était plutôt la science « à la papa ». C’était l’époque héroïque de Pasteur… Mais il a publié énormément de titres dans sa collection, et ça a duré très longtemps, jusqu’en 196890.

    64Finalement, on aboutit à un paradoxe apparent : alors qu’aucune place spécifique explicite n’existe pour l’histoire des sciences (au sens large) au sein des éditions Gallimard, les ouvrages relevant de ce champ y sont très nombreux. Nombreux mais pas particulièrement visibles, car disséminés dans plus de dix collections de sciences humaines et sociales. Je laisserai volontiers le mot de la fin à Pierre Nora, qui confirme notre idée que la question de la place de l’histoire des sciences dans la politique éditoriale de la maison d’édition n’a jamais été explicitée. On remarquera en outre, le glissement que ces propos opèrent subrepticement entre « histoire des sciences » et « science », et qui illustre parfaitement l’ambiguïté qui règne chez Gallimard à ce sujet91 : « L'histoire des sciences, on en a fait un peu. Cela a été, à chaque fois, une aventure personnelle, une curiosité individuelle, une occasion, une relation, mais rien de suivi vraiment… Le problème de la science chez Gallimard n’a jamais été résolu, et peut-être jamais abordé vraiment de front. »

    Notes de bas de page

    1 Je tiens à remercier Christelle Fourlon-Kouayep pour l’ensemble des chiffres de ventes qu’elle m’a communiqués, ainsi que Pierre Nora et Éric Legendre pour m’avoir donné accès à certaines archives des Éditions Gallimard. Je remercie également Marcel Gauchet, Pierre Nora, Éric Vigne et Nicolas Witkowski, malheureusement décédé en 2020, d’avoir bien voulu répondre à mes nombreuses questions. Enfin, merci à Wolf Feuerhahn de m’avoir suggéré de m’intéresser à la place de l’histoire des sciences chez Gallimard.

    2 Décompte réalisé à partir de l’index alphabétique des collections et revues des éditions Gallimard accessible sur le site web : < http://www.gallimard.fr/Toutes-nos-collections-et-revues >.

    3 Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard. Un demi-siècle d’édition française, (1re éd. Balland, 1984), Paris, Gallimard, 2006 (coll. Folio ; 4353), p. 620.

    4 Alban CERISIER, Gallimard.Un éditeur à l’œuvre, Paris, Gallimard, 2011 (Découvertes Gallimard ; 569), p. 114.

    5 Comme nous le détaillerons au cours du paragraphe « Un projet avorté de nouvelle collection pour le centenaire de 2011 », p. 47.

    6 Collectif, Catalogue Gallimard 1911-2011, Paris, Gallimard, 2011.

    7 Le site en question, < http://www.gallimard.fr >, est très complet, mais il vaut mieux savoir précisément ce que l’on cherche avant de s’y aventurer, contrairement au catalogue papier cité.

    8 Les archives des collections non littéraires antérieures à l’arrivée de Pierre Nora sont administrées par Alban Cerisier et Éric Legendre. Les archives des collections dirigées par Pierre Nora sont directement gérées par Pierre Nora et Christelle Fourlon-Kouayep.

    9 J’ai ainsi réalisé des entretiens avec Pierre Nora, Éric Vigne et Nicolas Witkowski, et eu quelques discussions très instructives avec Marcel Gauchet.

    10 Je m’appuie ici en grande partie sur la remarquable biographie de Gaston Gallimard publiée par Pierre Assouline en 1984 (Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard, op. cit.).

    11 Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard, op. cit., p. 50-52.

    12 Né en 1877, Jean Schlumberger est alors un rentier issu d’une vieille famille de la bourgeoisie alsacienne protestante.

    13 Né en 1879, Jacques Copeau est féru de théâtre, et il expose et vend des tableaux. Il fondera le théâtre du Vieux-Colombier en 1913.

    14 De nationalité belge, André Ruyters, né en 1876, est passionné de littérature anglaise et travaille alors dans la banque.

    15 Henri Vangeon, né en 1875, est un médecin et écrivain passionné de théâtre.

    16 Marcel Drouin, né en 1871, est professeur de philosophie au lycée Henri-IV et beau-frère de Gide.

    17 Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard, op. cit., p. 54-55.

    18 Ibid., p. 59-61.

    19 Jacques Rivière est un homme de lettres né en 1886, ami personnel de Gaston Gallimard, secrétaire de la NRF de 1911 à 1914, puis directeur de la revue de 1919 à sa mort en 1925 (Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard, op. cit., p. 60).

    20 Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard, op. cit., p. 97-98.

    21 Ibid., p. 150.

    22 Ibid., p. 109.

    23 Emmanuel Couvreux est un ami d’enfance des frères Gallimard (Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard, op. cit., p. 142).

    24 Raymond est le frère cadet de Gaston, ingénieur dans le secteur automobile, et qui se laisse convaincre de prendre en main l’administration et la direction commerciale de la maison (Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard, op. cit., p. 139-140).

    25 Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard, op. cit., p. 256.

    26 Collectif, Catalogue des éditions de la NRF, Paris, Librairie Gallimard, 1936.

    27 À propos de ces deux collections, je renvoie au travail de Valérie Tesnière sur la place de la vulgarisation des sciences chez Gallimard au cours de ses cinquante premières années d’existence : Valérie Tesnière, « Questions de vulgarisation », in Alban CERISIER, Pascal FOUCHÉ et Robert KOPP (dir.), Gallimard 1911-2011. Lectures d’un catalogue. Les entretiens de la Fondation des Treilles, Paris, Gallimard, 2012, p. 152-156.

    28 Valérie TESNIÈRE, « Questions de vulgarisation », art. cité, p. 158.

    29 Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard, op. cit., p. 235.

    30 André GIDE et Jacques SCHIFFRIN, Correspondance 1922-1950Correspondance 1922-1950, Paris, Gallimard, 2005.

    31 Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard, op. cit., p. 518.

    32 Voir la contribution de Wolf FEUERHAHN et de Valérie TESNIÈRE : « De l’Histoire de la science à l’Histoire des sciences et des savoirs : l’émergence d’un genre éditorial ? », p. 119.

    33 Chiffres communiqués par Christelle Fourlon-Kouayep le 31 août 2017.

    34 Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard, op. cit., p. 333-334.

    35 Ibid., p. 566.

    36 Ibid., p. 600.

    37 Ibid., p. 608.

    38 Ibid., p. 620.

    39 Claude BERNARD, Cahier de notes (1850-1860), Paris, Gallimard, 1965.

    40 Plusieurs de ses livres dont Esquisse d’une histoire de la biologie (1945) et Le courrier d’un biologiste (1970).

    41 Catalogue de 1962 de la collection « Idées », Archives des éditions Gallimard.

    42 Bulletin de la NRF, 176, janvier 1962, p. 8-9, Archives des éditions Gallimard.

    43 Bulletin de la NRF, 179, avril 1963, p. 1, Archives des éditions Gallimard.

    44 Catalogue de 1963 de la collection « Idées », Archives des éditions Gallimard.

    45 Bulletin de la NRF, 185, décembre 1963, p. 20-21, Archives des éditions Gallimard.

    46 Catalogue de 1968 de la collection « Idées », Archives des éditions Gallimard.

    47 François ERVAL, « Idées publie autant d’inédits que de réimpressions », Magazine Littéraire, 44, septembre 1970, p. 18-19.

    48 Ibid., p. 18.

    49 Ibid.

    50 Chiffres communiqués par Christelle Fourlon-Kouayep le 31 août 2017.

    51 Idées Gallimard. Catalogue thématique et alphabétique par auteurs 1977-1978, France, Gallimard, 1977 – Archives des éditions Gallimard.

    52 Sur la place singulière de l’œuvre d’Alexandre Koyré, disséminée dans plusieurs collections du catalogue Gallimard, voir : Emanuel BERTRAND, « Alexandre Koyré, sa veuve et son éditeur (1946-1976). Une politique d’auteur », Revue d’histoire des sciences humaines, 2021, 38, p. 189-199. [En ligne] < https://doi.org/10.4000/rhsh.6094 >.

    53 Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard,op. cit., p. 608.

    54 Alban CERISIER, Gallimard. Un éditeur à l’œuvre, op. cit., p. 114.

    55 Ibid., p. 114-115.

    56 Georges Lambrichs (1917-1992) est un écrivain, critique et éditeur français, recruté par Gaston Gallimard en 1959, et directeur de la collection de littérature « Le Chemin » de 1959 à 1992.

    57 Pierre Nora, entretien avec Emanuel Bertrand, 22 février 2017.

    58 Le nombre de ventes nettes de Les mots et les choses est de 116 350 exemplaires au 17 novembre 2015. Il s’est même vendu à près de 30 000 exemplaires en neuf mois, selon le Bulletin de la NRF, 218 (janvier 1967), p. 23. L’ouvrage est par ailleurs réédité en 1990 dans la collection de semi-poche « Tel ». Cette édition de semi-poche bénéficiera elles aussi de 22 tirages et de 105 939 ventes nettes, au 17 novembre 2015. Chiffres communiqués par Christelle Fourlon-Kouayep à la même date.

    59 Le nombre de ventes nettes de l’ouvrage est de 52 970 exemplaires au 17 novembre 2015 ; pour la réédition dans la collection « Tel » en 1976, il s’agit de 73 464 ventes nettes. Chiffres communiqués par Christelle Fourlon-Kouayep le 17 novembre 2015.

    60 Bulletin de la NRF, 210, mars 1966, p. 24, Archives des éditions Gallimard.

    61 Pierre Nora, entretien avec Emanuel Bertrand, 22 février 2017.

    62 Alban CERISIER, Gallimard. Un éditeur à l’œuvre, op. cit., p. 139.

    63 Pierre-Gilles de GENNES, « Sur les erreurs des sciences “exactes” », Le Débat, 1, mai 1980, p. 49-58.

    64 Pierre Nora, entretien avec Emanuel Bertrand, 22 février 2017.

    65 Sur cette controverse, le lecteur pourra consulter : Emanuel BERTRAND, Extension du domaine de la thermodynamique. Anatomie d’une controverse, Paris, Classiques Garnier, à paraître en 2023.

    66 Pierre NORA, entretien avec Emanuel Bertrand, 22 février 2017.

    67 À propos de cet ouvrage, on pourra se reporter à : Emanuel BERTRAND, « La Nouvelle Alliance d’I. Prigogine et I. Stengers (1979) : mise en récit apologétique de la thermodynamique ou dialogue singulier entre un physicien et une philosophe ? », Revue d’histoire des sciences humaines, 2017, 30, p. 173-204. [En ligne] < https://doi-org.inshs.bib.cnrs.fr/10.4000/rhsh.553 > ; Emanuel BERTRAND, Extension du domaine de la thermodynamique. Anatomie d’une controverse, op. cit.

    68 Pierre Nora, entretien avec Emanuel Bertrand, 22 février 2017.

    69 Ibid.

    70 Éric Vigne, entretien avec Emanuel Bertrand, 21 juin 2017.

    71 Ibid.

    72 « Collection NRF Essais » : < http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/NRF-Essais >.

    73 Alban CERISIER, Gallimard. Un éditeur à l’œuvre, op. cit., p. 99-101.

    74 Ibid., p. 100.

    75 Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard, op. cit., p. 628.

    76 Alban CERISIER, Gallimard. Un éditeur à l’œuvre, op. cit., p. 114.

    77 Éric Vigne, entretien avec Emanuel Bertrand, 21 juin 2017.

    78 Nicolas Witkowski, entretien avec Emanuel Bertrand, 18 mai 2017.

    79 Ibid.

    80 Marcel Gauchet, entretien avec Emanuel Bertrand, 22 février 2017.

    81 Éric Vigne, entretien avec Emanuel Bertrand, 21 juin 2017.

    82 Pierre Nora, entretien avec Emanuel Bertrand, 22 février 2017.

    83 Alban CERISIER, Gallimard. Un éditeur à l’œuvre, op. cit., p. 163.

    84 Ibid., 159.

    85 Pierre Nora, entretien avec Emanuel Bertrand, 22 février 2017. Pour nuancer cette affirmation, on pourra notamment se reporter au rapport de Sophie BARLUET, Édition de sciences humaines et sociales : le cœur en danger, Paris, Presses universitaires de France, 2004 (coll. Quadrige) et à son analyse critique dans Bruno AUERBACH, « Publish and perish. La définition légitime des sciences sociales au prisme du débat sur la crise de l’édition SHS »,Actes de la recherche en sciences sociales, 2006, n° 164, p. 75-92. [En ligne] < https://www.cairn.info/revue-actes-de-la-recherche-en-sciences-sociales-2006-4-page-75.htm >.

    86 Éric Vigne, entretien avec Emanuel Bertrand, 21 juin 2017.

    87 Nicolas Witkowski, entretien avec Emanuel Bertrand, 18 mai 2017.

    88 Yves GINGRAS, Histoire des sciences, Paris, PUF/Humensis (coll. Que sais-je ?), 2017, p. 11.

    89 Nicolas Witkowski, entretien avec Emanuel Bertrand, 18 mai 2017.

    90 Marcel Gauchet, entretien avec Emanuel Bertrand, 22 février 2017.

    91 Pierre Nora, entretien avec Emanuel Bertrand, 22 février 2017. Je souligne.

    Auteur

    • Emanuel Bertrand

      Maître de conférences, École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris (ESPCI Paris-PSL), Centre Alexandre-Koyré

    Précédent Suivant
    Table des matières

    Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

    Voir plus de livres
    Quel modèle de bibliothèque ?

    Quel modèle de bibliothèque ?

    Anne-Marie Bertrand, Émilie Bettega, Catherine Clément et al.

    2008

    Une nation de lecteurs ?

    Une nation de lecteurs ?

    La lecture en Angleterre (1815-1945)

    Marie-Françoise Cachin

    2010

    Qu'est-ce que rechercher de l'information ?

    Qu'est-ce que rechercher de l'information ?

    Nicole Boubée et André Tricot

    2010

    L'éducation à la culture informationnelle

    L'éducation à la culture informationnelle

    Françoise Chapron et Éric Delamotte (dir.)

    2010

    Bibliothèque publique et Public Library

    Bibliothèque publique et Public Library

    Essai d'une généalogie comparée

    Anne-Marie Bertrand

    2010

    La formation des doctorants à l'information scientifique et technique

    La formation des doctorants à l'information scientifique et technique

    Claire Denecker et Manuel Durand-Barthez (dir.)

    2011

    Dix ans d'histoire culturelle

    Dix ans d'histoire culturelle

    Évelyne Cohen, Pascale Goetschel, Laurent Martin et al. (dir.)

    2011

    Horizon 2019 : bibliothèques en prospective

    Horizon 2019 : bibliothèques en prospective

    Anne-Marie Bertrand, Dominique Arot, Robert Damien et al.

    2011

    Lire dans un monde numérique

    Lire dans un monde numérique

    Claire Bélisle (dir.)

    2011

    L'édition indépendante critique

    L'édition indépendante critique

    Engagements politiques et intellectuels

    Sophie Noël

    2012

    Pratiques documentaires numériques à l'université

    Pratiques documentaires numériques à l'université

    Ghislaine Chartron, Benoît Epron et Annaïg Mahé (dir.)

    2012

    La conception des documents pour le Web

    La conception des documents pour le Web

    Aline Chevalier

    2013

    Voir plus de livres
    1 / 12
    Quel modèle de bibliothèque ?

    Quel modèle de bibliothèque ?

    Anne-Marie Bertrand, Émilie Bettega, Catherine Clément et al.

    2008

    Une nation de lecteurs ?

    Une nation de lecteurs ?

    La lecture en Angleterre (1815-1945)

    Marie-Françoise Cachin

    2010

    Qu'est-ce que rechercher de l'information ?

    Qu'est-ce que rechercher de l'information ?

    Nicole Boubée et André Tricot

    2010

    L'éducation à la culture informationnelle

    L'éducation à la culture informationnelle

    Françoise Chapron et Éric Delamotte (dir.)

    2010

    Bibliothèque publique et Public Library

    Bibliothèque publique et Public Library

    Essai d'une généalogie comparée

    Anne-Marie Bertrand

    2010

    La formation des doctorants à l'information scientifique et technique

    La formation des doctorants à l'information scientifique et technique

    Claire Denecker et Manuel Durand-Barthez (dir.)

    2011

    Dix ans d'histoire culturelle

    Dix ans d'histoire culturelle

    Évelyne Cohen, Pascale Goetschel, Laurent Martin et al. (dir.)

    2011

    Horizon 2019 : bibliothèques en prospective

    Horizon 2019 : bibliothèques en prospective

    Anne-Marie Bertrand, Dominique Arot, Robert Damien et al.

    2011

    Lire dans un monde numérique

    Lire dans un monde numérique

    Claire Bélisle (dir.)

    2011

    L'édition indépendante critique

    L'édition indépendante critique

    Engagements politiques et intellectuels

    Sophie Noël

    2012

    Pratiques documentaires numériques à l'université

    Pratiques documentaires numériques à l'université

    Ghislaine Chartron, Benoît Epron et Annaïg Mahé (dir.)

    2012

    La conception des documents pour le Web

    La conception des documents pour le Web

    Aline Chevalier

    2013

    Voir plus de chapitres

    L’histoire des sciences publiée

    Un révélateur du partage éditorial des savoirs

    Emanuel Bertrand, Wolf Feuerhahn et Valérie Tesnière

    Postface

    Emanuel Bertrand, Wolf Feuerhahn et Valérie Tesnière

    Voir plus de chapitres
    1 / 2

    L’histoire des sciences publiée

    Un révélateur du partage éditorial des savoirs

    Emanuel Bertrand, Wolf Feuerhahn et Valérie Tesnière

    Postface

    Emanuel Bertrand, Wolf Feuerhahn et Valérie Tesnière

    Accès ouvert

    Accès ouvert freemium

    ePub

    PDF

    PDF du chapitre

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque

    Acheter

    Édition imprimée

    Presses de l’enssib
    • lcdpu.fr
    ePub / PDF

    1 Je tiens à remercier Christelle Fourlon-Kouayep pour l’ensemble des chiffres de ventes qu’elle m’a communiqués, ainsi que Pierre Nora et Éric Legendre pour m’avoir donné accès à certaines archives des Éditions Gallimard. Je remercie également Marcel Gauchet, Pierre Nora, Éric Vigne et Nicolas Witkowski, malheureusement décédé en 2020, d’avoir bien voulu répondre à mes nombreuses questions. Enfin, merci à Wolf Feuerhahn de m’avoir suggéré de m’intéresser à la place de l’histoire des sciences chez Gallimard.

    2 Décompte réalisé à partir de l’index alphabétique des collections et revues des éditions Gallimard accessible sur le site web : < http://www.gallimard.fr/Toutes-nos-collections-et-revues >.

    3 Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard. Un demi-siècle d’édition française, (1re éd. Balland, 1984), Paris, Gallimard, 2006 (coll. Folio ; 4353), p. 620.

    4 Alban CERISIER, Gallimard.Un éditeur à l’œuvre, Paris, Gallimard, 2011 (Découvertes Gallimard ; 569), p. 114.

    5 Comme nous le détaillerons au cours du paragraphe « Un projet avorté de nouvelle collection pour le centenaire de 2011 », p. 47.

    6 Collectif, Catalogue Gallimard 1911-2011, Paris, Gallimard, 2011.

    7 Le site en question, < http://www.gallimard.fr >, est très complet, mais il vaut mieux savoir précisément ce que l’on cherche avant de s’y aventurer, contrairement au catalogue papier cité.

    8 Les archives des collections non littéraires antérieures à l’arrivée de Pierre Nora sont administrées par Alban Cerisier et Éric Legendre. Les archives des collections dirigées par Pierre Nora sont directement gérées par Pierre Nora et Christelle Fourlon-Kouayep.

    9 J’ai ainsi réalisé des entretiens avec Pierre Nora, Éric Vigne et Nicolas Witkowski, et eu quelques discussions très instructives avec Marcel Gauchet.

    10 Je m’appuie ici en grande partie sur la remarquable biographie de Gaston Gallimard publiée par Pierre Assouline en 1984 (Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard, op. cit.).

    11 Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard, op. cit., p. 50-52.

    12 Né en 1877, Jean Schlumberger est alors un rentier issu d’une vieille famille de la bourgeoisie alsacienne protestante.

    13 Né en 1879, Jacques Copeau est féru de théâtre, et il expose et vend des tableaux. Il fondera le théâtre du Vieux-Colombier en 1913.

    14 De nationalité belge, André Ruyters, né en 1876, est passionné de littérature anglaise et travaille alors dans la banque.

    15 Henri Vangeon, né en 1875, est un médecin et écrivain passionné de théâtre.

    16 Marcel Drouin, né en 1871, est professeur de philosophie au lycée Henri-IV et beau-frère de Gide.

    17 Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard, op. cit., p. 54-55.

    18 Ibid., p. 59-61.

    19 Jacques Rivière est un homme de lettres né en 1886, ami personnel de Gaston Gallimard, secrétaire de la NRF de 1911 à 1914, puis directeur de la revue de 1919 à sa mort en 1925 (Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard, op. cit., p. 60).

    20 Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard, op. cit., p. 97-98.

    21 Ibid., p. 150.

    22 Ibid., p. 109.

    23 Emmanuel Couvreux est un ami d’enfance des frères Gallimard (Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard, op. cit., p. 142).

    24 Raymond est le frère cadet de Gaston, ingénieur dans le secteur automobile, et qui se laisse convaincre de prendre en main l’administration et la direction commerciale de la maison (Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard, op. cit., p. 139-140).

    25 Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard, op. cit., p. 256.

    26 Collectif, Catalogue des éditions de la NRF, Paris, Librairie Gallimard, 1936.

    27 À propos de ces deux collections, je renvoie au travail de Valérie Tesnière sur la place de la vulgarisation des sciences chez Gallimard au cours de ses cinquante premières années d’existence : Valérie Tesnière, « Questions de vulgarisation », in Alban CERISIER, Pascal FOUCHÉ et Robert KOPP (dir.), Gallimard 1911-2011. Lectures d’un catalogue. Les entretiens de la Fondation des Treilles, Paris, Gallimard, 2012, p. 152-156.

    28 Valérie TESNIÈRE, « Questions de vulgarisation », art. cité, p. 158.

    29 Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard, op. cit., p. 235.

    30 André GIDE et Jacques SCHIFFRIN, Correspondance 1922-1950Correspondance 1922-1950, Paris, Gallimard, 2005.

    31 Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard, op. cit., p. 518.

    32 Voir la contribution de Wolf FEUERHAHN et de Valérie TESNIÈRE : « De l’Histoire de la science à l’Histoire des sciences et des savoirs : l’émergence d’un genre éditorial ? », p. 119.

    33 Chiffres communiqués par Christelle Fourlon-Kouayep le 31 août 2017.

    34 Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard, op. cit., p. 333-334.

    35 Ibid., p. 566.

    36 Ibid., p. 600.

    37 Ibid., p. 608.

    38 Ibid., p. 620.

    39 Claude BERNARD, Cahier de notes (1850-1860), Paris, Gallimard, 1965.

    40 Plusieurs de ses livres dont Esquisse d’une histoire de la biologie (1945) et Le courrier d’un biologiste (1970).

    41 Catalogue de 1962 de la collection « Idées », Archives des éditions Gallimard.

    42 Bulletin de la NRF, 176, janvier 1962, p. 8-9, Archives des éditions Gallimard.

    43 Bulletin de la NRF, 179, avril 1963, p. 1, Archives des éditions Gallimard.

    44 Catalogue de 1963 de la collection « Idées », Archives des éditions Gallimard.

    45 Bulletin de la NRF, 185, décembre 1963, p. 20-21, Archives des éditions Gallimard.

    46 Catalogue de 1968 de la collection « Idées », Archives des éditions Gallimard.

    47 François ERVAL, « Idées publie autant d’inédits que de réimpressions », Magazine Littéraire, 44, septembre 1970, p. 18-19.

    48 Ibid., p. 18.

    49 Ibid.

    50 Chiffres communiqués par Christelle Fourlon-Kouayep le 31 août 2017.

    51 Idées Gallimard. Catalogue thématique et alphabétique par auteurs 1977-1978, France, Gallimard, 1977 – Archives des éditions Gallimard.

    52 Sur la place singulière de l’œuvre d’Alexandre Koyré, disséminée dans plusieurs collections du catalogue Gallimard, voir : Emanuel BERTRAND, « Alexandre Koyré, sa veuve et son éditeur (1946-1976). Une politique d’auteur », Revue d’histoire des sciences humaines, 2021, 38, p. 189-199. [En ligne] < https://doi.org/10.4000/rhsh.6094 >.

    53 Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard,op. cit., p. 608.

    54 Alban CERISIER, Gallimard. Un éditeur à l’œuvre, op. cit., p. 114.

    55 Ibid., p. 114-115.

    56 Georges Lambrichs (1917-1992) est un écrivain, critique et éditeur français, recruté par Gaston Gallimard en 1959, et directeur de la collection de littérature « Le Chemin » de 1959 à 1992.

    57 Pierre Nora, entretien avec Emanuel Bertrand, 22 février 2017.

    58 Le nombre de ventes nettes de Les mots et les choses est de 116 350 exemplaires au 17 novembre 2015. Il s’est même vendu à près de 30 000 exemplaires en neuf mois, selon le Bulletin de la NRF, 218 (janvier 1967), p. 23. L’ouvrage est par ailleurs réédité en 1990 dans la collection de semi-poche « Tel ». Cette édition de semi-poche bénéficiera elles aussi de 22 tirages et de 105 939 ventes nettes, au 17 novembre 2015. Chiffres communiqués par Christelle Fourlon-Kouayep à la même date.

    59 Le nombre de ventes nettes de l’ouvrage est de 52 970 exemplaires au 17 novembre 2015 ; pour la réédition dans la collection « Tel » en 1976, il s’agit de 73 464 ventes nettes. Chiffres communiqués par Christelle Fourlon-Kouayep le 17 novembre 2015.

    60 Bulletin de la NRF, 210, mars 1966, p. 24, Archives des éditions Gallimard.

    61 Pierre Nora, entretien avec Emanuel Bertrand, 22 février 2017.

    62 Alban CERISIER, Gallimard. Un éditeur à l’œuvre, op. cit., p. 139.

    63 Pierre-Gilles de GENNES, « Sur les erreurs des sciences “exactes” », Le Débat, 1, mai 1980, p. 49-58.

    64 Pierre Nora, entretien avec Emanuel Bertrand, 22 février 2017.

    65 Sur cette controverse, le lecteur pourra consulter : Emanuel BERTRAND, Extension du domaine de la thermodynamique. Anatomie d’une controverse, Paris, Classiques Garnier, à paraître en 2023.

    66 Pierre NORA, entretien avec Emanuel Bertrand, 22 février 2017.

    67 À propos de cet ouvrage, on pourra se reporter à : Emanuel BERTRAND, « La Nouvelle Alliance d’I. Prigogine et I. Stengers (1979) : mise en récit apologétique de la thermodynamique ou dialogue singulier entre un physicien et une philosophe ? », Revue d’histoire des sciences humaines, 2017, 30, p. 173-204. [En ligne] < https://doi-org.inshs.bib.cnrs.fr/10.4000/rhsh.553 > ; Emanuel BERTRAND, Extension du domaine de la thermodynamique. Anatomie d’une controverse, op. cit.

    68 Pierre Nora, entretien avec Emanuel Bertrand, 22 février 2017.

    69 Ibid.

    70 Éric Vigne, entretien avec Emanuel Bertrand, 21 juin 2017.

    71 Ibid.

    72 « Collection NRF Essais » : < http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/NRF-Essais >.

    73 Alban CERISIER, Gallimard. Un éditeur à l’œuvre, op. cit., p. 99-101.

    74 Ibid., p. 100.

    75 Pierre ASSOULINE, Gaston Gallimard, op. cit., p. 628.

    76 Alban CERISIER, Gallimard. Un éditeur à l’œuvre, op. cit., p. 114.

    77 Éric Vigne, entretien avec Emanuel Bertrand, 21 juin 2017.

    78 Nicolas Witkowski, entretien avec Emanuel Bertrand, 18 mai 2017.

    79 Ibid.

    80 Marcel Gauchet, entretien avec Emanuel Bertrand, 22 février 2017.

    81 Éric Vigne, entretien avec Emanuel Bertrand, 21 juin 2017.

    82 Pierre Nora, entretien avec Emanuel Bertrand, 22 février 2017.

    83 Alban CERISIER, Gallimard. Un éditeur à l’œuvre, op. cit., p. 163.

    84 Ibid., 159.

    85 Pierre Nora, entretien avec Emanuel Bertrand, 22 février 2017. Pour nuancer cette affirmation, on pourra notamment se reporter au rapport de Sophie BARLUET, Édition de sciences humaines et sociales : le cœur en danger, Paris, Presses universitaires de France, 2004 (coll. Quadrige) et à son analyse critique dans Bruno AUERBACH, « Publish and perish. La définition légitime des sciences sociales au prisme du débat sur la crise de l’édition SHS »,Actes de la recherche en sciences sociales, 2006, n° 164, p. 75-92. [En ligne] < https://www.cairn.info/revue-actes-de-la-recherche-en-sciences-sociales-2006-4-page-75.htm >.

    86 Éric Vigne, entretien avec Emanuel Bertrand, 21 juin 2017.

    87 Nicolas Witkowski, entretien avec Emanuel Bertrand, 18 mai 2017.

    88 Yves GINGRAS, Histoire des sciences, Paris, PUF/Humensis (coll. Que sais-je ?), 2017, p. 11.

    89 Nicolas Witkowski, entretien avec Emanuel Bertrand, 18 mai 2017.

    90 Marcel Gauchet, entretien avec Emanuel Bertrand, 22 février 2017.

    91 Pierre Nora, entretien avec Emanuel Bertrand, 22 février 2017. Je souligne.

    Éditer l’histoire des sciences (France, XXe siècle)

    X Facebook Email

    Éditer l’histoire des sciences (France, XXe siècle)

    Ce livre est diffusé en accès ouvert freemium. L’accès à la lecture en ligne est disponible. L’accès aux versions PDF et ePub est réservé aux bibliothèques l’ayant acquis. Vous pouvez vous connecter à votre bibliothèque à l’adresse suivante : https://freemium.openedition.org/oebooks

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque Acheter ce livre aux formats PDF et ePub

    Si vous avez des questions, vous pouvez nous écrire à access[at]openedition.org

    Éditer l’histoire des sciences (France, XXe siècle)

    Vérifiez si votre bibliothèque a déjà acquis ce livre : authentifiez-vous à OpenEdition Freemium for Books.

    Vous pouvez suggérer à votre bibliothèque d’acquérir un ou plusieurs livres publiés sur OpenEdition Books. N’hésitez pas à lui indiquer nos coordonnées : access[at]openedition.org

    Vous pouvez également nous indiquer, à l’aide du formulaire suivant, les coordonnées de votre bibliothèque afin que nous la contactions pour lui suggérer l’achat de ce livre. Les champs suivis de (*) sont obligatoires.

    Veuillez, s’il vous plaît, remplir tous les champs.

    La syntaxe de l’email est incorrecte.

    Référence numérique du chapitre

    Format

    Bertrand, E. (2023). Chapitre 1. L’histoire des sciences au sens large chez Gallimard. In E. Bertrand, F. Wolf, & V. Tesnière (éds.), Éditer l’histoire des sciences (France, XXe siècle). Villeurbanne: Presses de l’enssib. https://doi.org/10.4000/books.pressesenssib.17609
    Bertrand, Emanuel. « Chapitre 1. L’histoire des sciences au sens large chez Gallimard ». In Éditer l’histoire des sciences (France, XXe siècle), édité par Emanuel Bertrand, Feuerhahn Wolf, et Valérie Tesnière. Villeurbanne: Presses de l’enssib, 2023. doi:10.4000/books.pressesenssib.17609.
    Bertrand, Emanuel. « Chapitre 1. L’histoire des sciences au sens large chez Gallimard ». Éditer l’histoire des sciences (France, XXe siècle), édité par Emanuel Bertrand et al., Presses de l’enssib, 2023, https://doi.org/10.4000/books.pressesenssib.17609.

    Référence numérique du livre

    Format

    Bertrand, E., Wolf, F., & Tesnière, V. (éds.). (2023). Éditer l’histoire des sciences (France, XXe siècle). Villeurbanne: Presses de l’enssib. https://doi.org/10.4000/books.pressesenssib.17458
    Bertrand, Emanuel, Feuerhahn Wolf, et Valérie Tesnière, éd. Éditer l’histoire des sciences (France, XXe siècle). Villeurbanne: Presses de l’enssib, 2023. doi:10.4000/books.pressesenssib.17458.
    Bertrand, Emanuel, et al., éditeurs. Éditer l’histoire des sciences (France, XXe siècle). Presses de l’enssib, 2023, https://doi.org/10.4000/books.pressesenssib.17458.
    Compatible avec Zotero Zotero

    1 / 3

    Presses de l’enssib

    Presses de l’enssib

    • Mentions légales
    • Plan du site
    • Se connecter

    Suivez-nous

    • Facebook
    • X
    • Flux RSS

    URL : https://presses.enssib.fr

    Email : editions@enssib.fr

    OpenEdition
    • Candidater à OpenEdition Books
    • Connaître le programme OpenEdition Freemium
    • Commander des livres
    • S’abonner à la lettre d’OpenEdition
    • CGU d’OpenEdition Books
    • Accessibilité : partiellement conforme
    • Données personnelles
    • Gestion des cookies
    • Système de signalement