E. Proposer des cédéroms dans un réseau de petites bibliothèques
p. 87-97
Texte intégral
1La modernité atteint tout le monde, petits ou grands, et se trouve même être parfois le déclencheur d’un retour à la tradition : on ne compte plus les maires qui veulent créer une bibliothèque dans leur commune pour offrir des vidéocassettes et aujourd’hui des cédéroms parce que ces supports attirent le public. C’est un moyen de donner une vitrine moderne à la commune. Et de fait, les attentes du public ou les pressions de quelques groupes de citoyens poussent les bibliothécaires à intégrer ces nouveaux supports d’information dans leurs fonds.
2On ne compte pas non plus les bibliothécaires bénévoles de communes de moins de 5000 habitants ne cherchant pas spécialement à informatiser leur service mais réclamant un lecteur de cédérom pour lire une encyclopédie ou stabiliser un public adolescent en voie de raréfaction à la bibliothèque communale. On connaît aussi des bibliothécaires professionnels pas particulièrement avides de modernisme mais soucieux de redynamiser leur public et de diversifier les collections et l’offre documentaire.
3Des liaisons entre les bibliothèques et des institutions (cf. les réseaux buissonniers dans le Vercors), l’accès à des réseaux de communication tels qu’Internet sont aussi des moyens de lutter contre l’isolement et l’exiguïté obligée des équipements. L’ouverture aux nouveaux médias, l’accès à des banques de documents numériques, une offre multiservices, voilà de quoi donner une image dynamique de la médiathèque.
4La mise en place de services accessibles au plus grand nombre, donnant à chacun la possibilité d’apprendre à maîtriser de nouveaux outils d’apprentissage et de découverte, voilà de quoi démocratiser l’accès aux différents supports d’information et de documentation.
Envisager l’acquisition de cédéroms n’est pas une utopie aujourd’hui pour une petite bibliothèque.
1. Comment assurer cette nouvelle offre de la bibliothèque
5Les choix sont largement induits par des éléments extérieurs aux orientations de la bibliothèque.
● L’environnement informatique des foyers
6Si actuellement 20 % des ménages possèdent un ordinateur domestique, seulement 800 000 ménages sont équipés d’un lecteur de cédérom. Cependant la croissance annuelle du taux d’équipement en micro-ordinateurs (25 %) et l’engouement pour le multimédia peuvent changer les perspectives. La situation est-elle mûre pour le prêt de cédérom ? Les médiathèques des grandes villes en ont fait le choix, mais ce choix est-il pertinent dans les petites villes ou en zones rurales ? Y a-t-il encore des différences de comportement entre les consommateurs ruraux et urbains ? Une enquête auprès des lecteurs, des marchands de matériel informatique locaux s’impose sans doute pour avoir une première base d’analyse.
● La situation du marché
7Le nombre de cédéroms actuellement sur le marché couvre à 57 % les champs culturel et éducatif, à 13 % le champ des sciences, 12 % l’histoire, 12 % le cinéma, 10 % l’art, 10 % la musique, 11 % l’auto-formation, 8 % les encyclopédies, 5 % les langues, le reste se répartit entre tourisme, sport et vie pratique, 30 % les jeux, 13 % les logiciels utilitaires. Si l’on s’en tient à une orientation informative et documentaire, 57 % de la production est donc a priori utilisable en bibliothèque, (jeux et logiciels de bureautique exclus), l’analyse des documents réduisant sans doute ensuite les choix.
● L’absence de normalisation des produits
8Les produits actuels ne sont pas normalisés ni conçus réellement pour le grand public ; il faut être informaticien chevronné et bien pourvu pour pouvoir installer un cédérom sur un micro-ordinateur et vérifier que rien n’a disparu du disque dur ! Quel utilisateur moyen domine l’installation du cédérom sur son micro-ordinateur quand les éditeurs trichent sur les configurations nécessaires et que tout pousse à investir dans un matériel toujours plus performant ?
9De ces trois remarques découle une première orientation pour la bibliothèque. La volonté de faire découvrir ce nouveau support au public se fait prioritairement par l’installation d’un poste de consultation sur place à la bibliothèque.
10Le prêt à domicile risque de générer des frustrations, de décrédibiliser la médiathèque ou de conforter le club des cinglés de la micro en coupant du service le reste du public qui se jugera inapte. Le prêt à domicile moins contraignant pour le bibliothécaire est encore délicat à instaurer, – ne parlons pas ici des droits de prêt – si l’on veut bien s’assurer que le document est utilisable par le lecteur
La bibliothèque publique, ouverte à tous gratuitement, est sans doute le lieu idéal pour apprendre à maîtriser les nouveaux supports d’information.
2. La configuration du service : contraintes de gestion, organisation de l’espace
11Nous évoquons ici les petites et moyennes bibliothèques, donc des équipements a priori réduits, sans gros moyens ni en superficie, ni en budget. Nous ne nous étendrons pas sur les configurations techniques : le matériel évolue très vite, les spécifications changent et tout est rapidement dépassé. Cependant nous pouvons préciser quelques critères de choix qui permettront de définir la configuration minimale.
● Du matériel convoité
12Un poste de consultation installé dans une salle nécessite une surveillance. Si la bibliothèque est bien implantée dans son environnement et que la commune est très petite, il n’y a sans doute pas gros risque à laisser l’appareil en libre accès : le bibliothécaire a la possibilité de surveiller l’appareil.
13Si la bibliothèque est très fréquentée et dispose d’une seule personne à la banque de prêt, il n’est pas possible de laisser le matériel en vue : un mobilier spécifique doit être conçu qui protège le matériel, dissimule les parties sensibles pour ne laisser que l’écran, les outils de commande et d’écoute (souris, casque fournis à la demande) et éventuellement une fente dans le meuble pour les sorties d’imprimante.
● Un service consommateur de personnel
14Le même raisonnement s’applique au type de service : médiation ou libre accès ? Si le bibliothécaire a le temps de fournir à la demande le cédérom choisi par l’usager et de l’installer, un micro-ordinateur avec lecteur de cédérom intégré est sans doute jouable.
15Si la bibliothèque est très fréquentée, avec un personnel minimum pour assurer les heures d’ouverture et les opérations de prêt, il n’est pas possible de répondre à la demande : l’installation d’un juke-box ou d’une tour de cédéroms permettant la consultation de six ou sept titres (sans déranger le bibliothécaire) est alors préférable.
16Pour ne pas bloquer une extension et une évolution en réseau local, le choix de la tour (plutôt que d’un juke-box) est préférable : les cartes SCSI qui autorisent la connexion de trois tours permettront l’élargissement de la consultation à 21 cédéroms puis l’évolution vers un serveur local bien plus performant par la suite. Dans cette configuration, les lecteurs sont autonomes, l’accès au cédérom rapide. On peut aussi proposer des nouveautés mensuelles et varier l’offre à condition d’être apte à faire les installations.
17Pour une petite bibliothèque, un micro-ordinateur PC en monoposte installé dans une salle de prêt, relié à une tour de cédérom et à une imprimante est envisageable : configuration minimale pour que le cédérom tourne, que l’écran donne une bonne lisibilité de l’image. On veillera à ajouter une souris, un clavier à track-ball et un casque d’écoute lié à la prise son ou carte son (le choix du casque plutôt que des hauts parleurs dans une salle de lecture publique où il n’y a pas de carrels m’apparaît évident).
18Un mobilier spécifique peut être conçu, qui protège le matériel tout en maintenant une aération suffisante. Il faut naturellement pouvoir l’inclure dans l’espace de la bibliothèque, de préférence proche de la banque de prêt afin de pouvoir surveiller et dépanner, ou proche du secteur référence pour la cohérence avec le fonds et la démarche de l’usager.
19Est nécessaire aussi l’installation d’un logiciel d’accès (avec présentation par menu ou icônes) des cédéroms permettant un verrouillage de l’accès au disque dur, un minuteur qui permette de revenir au sommaire quand le lecteur abandonne une recherche, un programme de statistiques de consultation pour l’évaluation de la collection et du service.
3. Comment faire un choix ? cédéroms bibliographiques, multimédias…
20Compte tenu du type de service à mettre en place, de la nature du public, de la vocation encyclopédique de la bibliothèque, la politique d’acquisition se détermine en fonction de différents critères.
● Le côté multimédia et hypertexte
21Spectaculaire et magique, il permet de mettre en évidence l’intérêt de ce nouveau support, ses différentes possibilités et ce qu’il apporte de plus que les autres supports mieux connus (livre, disque, vidéogramme).
● L’accès au grand public
22Le texte est en français, les consignes d’utilisation sont en français, le cédérom est pratique et facilement consultable ; on rejetera les cédéroms trop spécialisés nécessitant des connaissances préalables dans le domaine ou de niveau universitaire (ces critères sont à adapter si on s’adresse à un public d’étudiants). On rejettera également le cédérom dont le logiciel de pilotage ou de navigation ne permet pas de bien exploiter le contenu (encore faut-il pouvoir les consulter avant l’acquisition).
● Le temps de consultation
23C’est un critère à contrôler dès l’acquisition : le lecteur ne doit pas passer un temps infini devant l’écran, d’autres attendant leur tour ; cela exclut d’office les cédéroms de jeux, les cédéroms contenant des tests personnels pour juger de ses connaissances, des QCM1, les méthodes de langue (sauf à devoir prendre rendez-vous et bloquer la machine pour un certain temps), la lecture continue d’ouvrages de fiction interactifs ou non et également les ouvrages dont la disponibilité doit être immédiate, comme les dictionnaires de langue.
● La cohérence des collections
24L’articulation avec la politique d’acquisition générale de la bibliothèque est nécessaire : doit-on remplacer ou compléter les encyclopédies et les usuels, développer le secteur documentaire, le secteur de référence en diversifiant les sources de référence et d’information ?
25Il faut étudier la place des cédéroms bibliographiques si la bibliothèque en dispose : faut-il mettre Electre en accès public ? au risque que les lecteurs le confondent avec le catalogue de la bibliothèque, ce qui nécessite une gestion de la demande d’acquisitions ? Faut-il donner l’accès à BN-Opale ? Cela peut stimuler une demande de prêt à la Bibliothèque nationale et nécessiter un service de prêt entre bibliothèques efficace.
26Si la bibliothèque dispose de bases de données locales, (comme c’est le cas dans la Drôme avec Mémoire de la Drôme et le Garde-notes baronniard), il faut envisager l’articulation des différents supports avec les fonds locaux.
Pour une petite bibliothèque, on privilégiera aujourd’hui la découverte du support et de ses possibilités, tout en donnant accès à une information complémentaire à ses collections.
4. Est-ce en forgeant qu’on devient forgeron ?
27Une nécessité pour les bibliothécaires : être à l’aise avec ce nouveau support !
28Après avoir formé les bibliothécaires à la manipulation des technologies entrées au fil du temps dans les médiathèques, (photocopieuse, matériel audiovisuel, minitel pour consultation du catalogue en ligne, terminal pour la gestion du prêt et du catalogue, bureautique), comment les former aux manipulations techniques qu’exigent les cédéroms, à la maintenance minimale des micro-ordinateurs ainsi qu’à l’interrogation des cédéroms eux-mêmes dont aucun ne fonctionne de la même manière ?
● Première étape
29– Situer le besoin : où en sont les bibliothécaires dans leurs connaissances de l’environnement micro-informatique ?
30– Donner une formation de base à l’environnement PC, dos/windows et windows 95 : savoir utiliser le clavier, manier la souris, connaître le vocabulaire de base. Il existe souvent des possibilités de formation dans les petites communes : soit par des associations, soit par les stages CNFPT, GRETA. Si la commune dispose d’un petit service informatique, les bibliothécaires devraient pouvoir y avoir recours.
● Deuxième étape
31– Connaissance du support, de ses performances
32– Capacité à lire les notices techniques, les configurations requises ; c’est un problème aujourd’hui, quand les éditeurs ne fournissent pas les bonnes spécifications (vitesse, mémoire, etc.) et qu’il n’est pas possible de consulter le produit avant son acquisition. Une formation assurée par un vendeur (type FNAC) sur la manière de tester les cédéroms, de les sélectionner est possible. Le rôle des libraires et des fournisseurs est ici valorisé, même si les éditeurs ou les diffuseurs sont obligés de se doter d’un service après-vente.
● Troisième étape
33– Formation au logiciel d’accès et à l’installation des cédéroms
34– Savoir réorganiser les icônes et les fenêtres sur l’écran ainsi que le ménage sur le disque dur.
● Eternelles étapes
35Malgré cela, la maintenance du matériel est un problème récurrent : l’informatique est encore une technique aléatoire et les pannes sont fréquentes. Un bon contrat de maintenance pour le matériel et un bon soutien du service informatique de la collectivité devraient permettre de résoudre la question. Cependant un bibliothécaire informaticien itinérant serait encore plus opérationnel !
36Et même s’il n’y a pas de panne, les bibliothécaires auront toujours à affronter l’amateur fou qui force le passage, mange les programmes, détruit les fichiers malgré toutes les précautions prises !
● Formation aux contenus
37L’autre volet de la formation concerne la connaissances des collections proposées, une formation approfondie sur le contenu qui permette aux bibliothécaires d’utiliser ces documents comme de vrais outils de recherche documentaire au-delà de l’aspect ludique du support.
● Vers la conquête du public
38La formation des lecteurs est indispensable également : si les jeunes se débrouillent plutôt bien, les véritables exclus du multimédia sont les adultes. Quelles stratégies développer pour permettre à tous de maîtriser cet outil ?
39– Documents d’accès
40La publication d’un catalogue, d’un guide explicatif, d’un mode d’emploi disponible à proximité de la station de consultation sera sans doute nécessaire.
41– Démonstrations
42L’organisation de présentations, de visites guidées pour que le lecteur fasse entrer ce nouveau moyen de documentation dans sa stratégie d’information pourra être entreprise en fonction des disponibilités du personnel.
43– Passer du butinage à la recherche documentaire
44Dans les médiathèques de la Drôme, la première démarche des lecteurs a été de s’enquérir de la nouvelle installation et de son but, démarche liée à la curiosité : découvrir le support et son fonctionnement. La deuxième étape est celle de la prise de connaissance du contenu de chaque cédérom proposé ; compte tenu aussi des contraintes techniques, temps d’utilisation des machines, files d’attente, il s’agit encore souvent d’un butinage plutôt que d’une utilisation strictement documentaire.
45Pour les bibliothécaires comme pour le public, c’est à l’usage que les comportements varieront mais il faut d’abord se familiariser avec l’outil par une véritable formation.
5. Comment une tête de réseau peut-elle irriguer les petits établissements éloignés ?
● Les ressources locales
46La réflexion par rapport à un réseau de bibliothèques porte d’abord sur la connaissance des ressources documentaires des partenaires : les bibliothèques municipales, la chambre de commerce et d’industrie, les services de documentation des collectivités, le centre départemental de documentation pédagogique. La connaissance de ces éléments est déterminante pour une politique d’acquisition.
● Les connaissances bibliothéconomiques
47Pour les bibliothécaires, la capacité à répertorier les ouvrages en édition électronique, à suivre la production, à tester, analyser, à connaître les possibilités techniques et leurs utilisations et à conseiller – même si on ne connaît pas l’avenir de ces supports – est aujourd’hui une nécessité professionnelle.
● Démonstrations et conseils aux partenaires
48Pour les bibliothécaires quasi itinérants que sont les professionnels de BDP, c’est un nouveau volet de la formation des bibliothécaires bénévoles que de faire des démonstrations de ces nouveaux supports et d’assurer une certaine forme d’assistance technique pour les bibliothèques relais équipées. La médiathèque et ses points d’appui sont des centres ressources qui permettent aux bibliothèques relais et aux usagers de voir fonctionner et d’utiliser les nouveautés technologiques et les nouveaux outils bibliographiques, d’obtenir les cahiers des charges pour le matériel, le mobilier, voire de prêter ces documents comme tous les autres.
● Prestations de service
49Dans le cas d’une connexion en réseau, les bibliothécaires doivent être en mesure de répondre aux courriers électroniques, de traiter les demandes de renseignements et les réservations de documents, voire d’alimenter la base par des produits d’information bibliographique, d’analyse de livres, de suggestions de lecture, d’animation, etc. A l’échelle d’un département ou de plusieurs équipements dispersés, il paraît difficile d’envisager la connexion à un serveur distant de cédéroms : là encore plane le fantôme d’Internet !
Présence sur le terrain, conseil et prestations diverses, création et développement des collections devraient être les missions d’une tête de réseau.
50L’introduction de cédéroms est possible dans un petit établissement mais il faut disposer de moyens financiers appropriés, prendre un certain nombre de précautions, bien connaître le support et ses contraintes, planifier la formation du personnel et recourir à toutes les compétences informatiques locales.
Notes de bas de page
1 Questionnaires à choix multiples
Auteur
-
Joëlle Pinard
Médiathèque Départementale de Prêt de la Drôme
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