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    Plan détaillé Texte intégral Un cadre économique contraignant Politiques d’auteurs La traduction : une nouvelle voie d’accès Ce que nous apprennent les meilleures ventes Notes de bas de page

    L’édition indépendante critique

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 3. Les modalités d’accès au champ éditorial

    p. 75-95

    Texte intégral Un cadre économique contraignant Accélération des flux Coûts fixes, coûts variables L’accès au marché Politiques d’auteurs Différentes stratégies d’entrée La traduction : une nouvelle voie d’accès Ressources informelles Effacement des maisons généralistes Une dimension politique L’importation d’auteurs « d’avant-garde » : l’exemple d’Amsterdam Fragilités Ce que nous apprennent les meilleures ventes Notes de bas de page

    Texte intégral

    Un cadre économique contraignant

    1Comment les éditeurs procèdent-ils concrètement pour intégrer un espace éditorial fermé, souvent décrit comme proche de la saturation ? Ce chapitre est consacré aux différentes stratégies d’entrée qui sont à la disposition des nouveaux entrants dans le domaine critique, afin d’évaluer leur valeur respective en termes d’accumulation de capitaux symboliques et économiques.

    2Se faire une place dans le champ éditorial est un exercice délicat en raison des contraintes spécifiques liées à l’exercice de la profession d’éditeur. On peut résumer l’activité d’une maison d’édition, quelle que soit sa taille, en disant qu’elle consiste à produire des singularités incommensurables1 sur un marché caractérisé par l’incertitude. L’adoption d’un taux de TVA réduit (5,5 %) et d’un régime dérogatoire à la liberté de fixation des prix, avec le « prix unique du livre » (loi du 10 août 1981), est la traduction législative de ces contraintes spécifiques. De cela découle une tendance structurelle à la surproduction, chaque éditeur choisissant de mutualiser les risques en multipliant les ouvrages publiés, ne pouvant déterminer à l’avance celui qui rencontrera les faveurs du public. L’absence de barrière d’entrée au métier d’éditeur contribue encore à nourrir l’accroissement des volumes en concurrence sur le marché.

    Accélération des flux

    3La conséquence est un afflux de titres toujours plus important : 65 000 nouveautés et réimpressions étaient produites, tous secteurs confondus, en 2003 et plus de 107 000 en 20192. Les libraires ne disposant pas d’un espace illimité, le phénomène se traduit depuis plusieurs années par une accélération des rotations, un titre chassant l’autre de plus en plus rapidement, et par une forte inégalité de fait entre les titres. Une forme de tyrannie de la nouveauté se met en place, comparable à celle que connaît l’industrie cinématographique avec les sorties de films, les ouvrages disposant de très peu de temps (deux ou trois mois maximum) pour faire leurs preuves avant d’être renvoyés à l’éditeur. Cette évolution est particulièrement défavorable aux petits éditeurs indépendants qui ne disposent ni de la puissance commerciale des grands groupes, ni de leurs budgets promotionnels pour attirer l’attention sur leur production. Plus généralement, cette accélération des flux est contraire aux contraintes inhérentes au pôle de production restreinte, qui s’inscrit par définition dans un cycle lent, seul à même de permettre aux ouvrages de fonds de trouver leur public.

    4L’inflation régulière du nombre de titres sur un marché plutôt en régression3 a également pour conséquence la baisse des tirages dans tous les secteurs éditoriaux, assurant aux éditeurs une marge bénéficiaire de plus en plus maigre. La fixation des tirages est par conséquent un exercice périlleux et financièrement risqué pour les éditeurs. En effet, « tirer trop court », soit en quantité insuffisante, leur fait courir le risque de ne pas satisfaire les commandes sur un marché très volatil et concurrentiel, ou d’avoir à engager en catastrophe une réimpression qui arrivera sans doute trop tard. À l’inverse, « tirer trop long » équivaut à risquer de se retrouver avec un stock important d’invendus qui pèsera lourd sur le résultat d’exploitation.

    5Les tirages moyens des éditeurs de l’échantillon s’échelonnent entre 1 000 et 3 000 exemplaires (avec des variations importantes selon le potentiel des titres, les collections, etc.), pour des seuils de rentabilité situés entre 400 et 800 exemplaires. L’impression numérique, dont on aurait pu attendre qu’elle représente une opportunité, n’est que rarement évoquée par les éditeurs, qui la considèrent comme trop onéreuse, à qualité égale, par rapport à l’impression traditionnelle.

    Coûts fixes, coûts variables

    6Autre élément remarquable, l’édition est une activité qui se caractérise par des coûts fixes importants et des coûts variables faibles. En effet, le travail de création éditoriale proprement dit (relecture, corrections, éventuellement traduction), les frais de mise en pages, de composition, de réalisation de la couverture, mais également d’une grande partie de l’impression (notamment le calage des machines), sont identiques pour un titre quel que soit le nombre d’exemplaires imprimés. Cette structure des coûts entraîne des besoins de trésorerie importants et l’investissement initial est particulièrement lourd à supporter pour un petit éditeur qui doit procéder à une avance de fonds. En effet, ce dernier ne commencera à percevoir l’argent des ventes de ses ouvrages que plusieurs mois après l’engagement des dépenses. Il doit en premier lieu payer son imprimeur, son diffuseur-distributeur, éventuellement ses salariés, aussi l’échelonnement des factures est-il crucial pour sa survie. L’idéal est de disposer d’un fonds (l’ensemble des titres publiés par l’éditeur au cours des années précédentes) amorti depuis plusieurs années et régulièrement réimprimé, qui représente un apport financier sûr et régulier et dont les ventes permettent de financer l’avenir incertain des nouveautés. Le modèle économique idéal, qui n’est à la portée que des seuls éditeurs en activité depuis plusieurs années, est que la moitié du chiffre d’affaires au moins soit assuré par la vente des titres du fonds, le reste par les nouveautés.

    L’accès au marché

    7La plus grande difficulté pour les producteurs de biens complexes comme les livres n’est cependant pas la conception et la production des ouvrages, mais l’accès au marché, qui se fait en deux temps. En amont a lieu la diffusion auprès des libraires et points de vente répartis sur tout le territoire4. Il s’agit de présenter les publications, d’enregistrer les commandes et le nombre d’exemplaires souhaité par ouvrage (les mises en place), de négocier les possibilités de retours (les livres non vendus peuvent être renvoyés par la librairie à l’éditeur après un délai déterminé, généralement de trois mois) et les conditions commerciales, c’est-à-dire le montant des remises accordées au détaillant, qui varient fortement en fonction du rapport de force entre les acteurs. Ce travail de diffusion peut être sous-traité à une structure spécifique – un diffuseur – moyennant une commission (généralement de 5 à 10 % du prix des ouvrages, en fonction du poids de l’éditeur et du type de catalogue). Ce dernier emploie une équipe de commerciaux chargés de représenter différentes maisons d’édition auprès des points de vente de leur secteur géographique. La diffusion peut également être prise en charge par l’éditeur directement, qui démarche lui-même les librairies et s’occupe de tout le suivi commercial5. En aval est opérée la distribution, c’est-à-dire le stockage et l’acheminement proprement dit des ouvrages auprès des points de vente, ainsi que leur facturation. Il s’agit de gérer les flux physiques à l’aller et au retour (en cas de renvoi des ouvrages non vendus à l’éditeur) et de les facturer. Cette opération est généralement sous-traitée à un distributeur professionnel (qui est souvent également diffuseur), moyennant un pourcentage allant de 8 à 15 % du prix des ouvrages. Elle peut également être assurée par l’éditeur, qui prend lui-même en charge l’envoi de ses titres (généralement par voie postale).

    Politiques d’auteurs

    8L’aspect économique de l’activité éditoriale, pour crucial qu’il soit, ne suffit pas à expliquer la spécificité de cette profession dont la dimension symbolique est centrale, comme l'a montré la pandémie de la COVID. Celle-ci repose principalement sur la relation s’établissant entre une maison d’édition et ses auteurs. Car pour se lancer dans le champ éditorial, il faut en premier lieu avoir des textes à proposer. Comment un éditeur choisit-il ces derniers et comment est-il choisi par eux ?

    9Le nom d’un éditeur fonctionne avant tout comme un marqueur de distinction qui lui permet, à l’instar de la « griffe » du couturier ou de la signature du peintre, d’opérer un transfert de valeur symbolique6. C’est le pouvoir de son nom qui lui donne de consacrer les auteurs qu’il publie et de se différencier de ses concurrents. Ce marqueur est opératoire à au moins deux niveaux de compétition : en amont, pour obtenir les meilleurs auteurs face à ses concurrents, mais aussi en aval de la chaîne éditoriale, pour capter l’attention des intermédiaires (critiques, journalistes, libraires, bibliothécaires) et des lecteurs au sein d’une production de plus en plus vaste. Dans un univers éditorial saturé, la différenciation entre les produits culturels proposés devient cruciale.

    10Le capital symbolique accumulé est le principal composant de la réputation d’un éditeur. Il peut être objectivé en cumulant divers facteurs, comme son ancienneté (plus une maison est ancienne, plus elle a accumulé de prestige), sa localisation, plus ou moins centrale (Paris/régions), et la valeur de son fonds, directement liée à la réputation des auteurs qui y figurent7. L’ajustement entre un auteur et un éditeur, puis entre un livre et son public, est le résultat d’une série de choix qui font tous intervenir l’image de la maison d’édition : c’est en fonction d’elle que les auteurs choisissent un éditeur, qui les choisit en retour selon un processus circulaire. Rappelons que la relation entre le pouvoir de consécration d’un auteur et celui d’une maison d’édition est par nature complexe, le capital symbolique circulant dans les deux sens. Ils peuvent se renforcer mutuellement ou être plus bénéfiques à l’une ou l’autre des parties. Un auteur prestigieux qui publie dans une petite maison d’édition peu reconnue permet à cette dernière d’accumuler du capital symbolique autour de son nom ; à l’inverse, un auteur dénué de capital symbolique bénéficie de l’aura d’un éditeur ou d’une collection reconnue, « par une opération de transsubstantiation qui, sans rien changer de la nature physique du produit, en modifie radicalement la qualité sociale »8.

    11La constitution de capital symbolique étant une opération lente et cumulative, les maisons d’édition considérées ici ne peuvent en détenir qu’une quantité limitée, voire nulle du fait de leur « jeunesse ». Attacher à son catalogue un ou plusieurs noms d’auteurs reconnus en France ou à l’étranger est donc essentiel. Les petits éditeurs se trouvent incontestablement démunis dans la compétition pour les auteurs les plus prestigieux, face notamment aux maisons généralistes. Ces dernières offrent en effet aux auteurs non seulement le prestige attaché à leur nom, généralement auréolé d’une longue histoire, mais également des conditions financières avantageuses (avances sur droits) ainsi que la promesse d’une mise en place efficace sur l’ensemble du territoire grâce à leur force commerciale, et éventuellement des services annexes (promotion des ouvrages, vente de droits dérivés et étrangers).

    12Dans ces conditions, la seule véritable ressource dont disposent les éditeurs indépendants est celle des nouveaux entrants dans toutes les sphères culturelles : mettre en avant un « capital d’autorité spécifique en prenant au sérieux les valeurs et les vertus que loue la représentation officielle de l’activité légitime »9. D’où l’importance des discours sur l’indépendance éditoriale et sur la spécificité du livre en tant que produit culturel qui ne peut être marchandisé sans perdre son âme, qui sont les vertus spécifiques dont peuvent se parer les éditeurs critiques dans le champ de production restreinte. Un discours qui a d’autant plus de chance de trouver un écho auprès des auteurs que ces derniers se situent sur les mêmes positions idéologiques que leurs éditeurs.

    Différentes stratégies d’entrée

    13Concrètement, quelles sont les stratégies d’entrée possibles pour un nouvel éditeur désireux de se positionner dans le domaine des sciences humaines avec une approche critique ? Nous en avons repéré quatre, d’efficacité variable, et qui peuvent être panachées selon les catalogues.

    14La première stratégie, qui est la plus risquée, consiste à miser sur des auteurs nationaux pas ou peu connus en pariant sur leur reconnaissance à long terme, assumant ainsi la fonction de découvreur de talents traditionnellement associée à l’éditeur au pôle de production restreinte. C’est un mode de développement potentiellement riche de profits différés, mais qui rend problématique la survie économique à court terme. D’une manière générale, l’alliance entre un auteur et un éditeur dénué de capitaux symboliques est une combinaison assez défavorable pour les deux parties.

    15Un deuxième mode d’accès, difficile à mettre en œuvre, consiste à créer une nouvelle forme éditoriale, ou à renouer avec d’anciennes formes tombées en désuétude, comme l’a fait Raisons d’agir dans les années 1990 avec ses courts ouvrages d’intervention de tonalité engagée10. Ce modèle a, comme nous l’avons vu, irrigué tout le champ éditorial, que ce soit au niveau du pôle critique ou des éditeurs généralistes, imposant le format de brefs ouvrages traitant de questions d’ordre politique, vendus à faible prix. La réédition de textes d’auteurs considérés comme classiques, le plus souvent tombés dans le domaine public ou épuisés, constitue une troisième stratégie fréquemment pratiquée par les éditeurs, qui présente l’avantage d’être accessible et peu onéreuse. Elle leur permet de bénéficier a posteriori du capital symbolique accumulé dans le passé par un auteur. Citons la réédition de l’œuvre complète du philosophe Michel Clouscard par les éditions Delga, ou encore le travail de fond réalisé par l’éditeur Les Nuits rouges à partir de textes contestataires peu connus du XIXe siècle. Ce mode de développement sera abordé de manière plus détaillée dans la partie 2.

    16L’idéal consiste évidemment à publier des auteurs reconnus, français ou étrangers. Ces derniers, bien que difficilement accessibles dans un contexte de forte concurrence entre les éditeurs, ne sont pas pour autant hors de portée des petites maisons, comme le prouve l’examen de leurs catalogues. Une pratique courante pour les auteurs disposant d’un certain capital de notoriété, consiste à ventiler leurs ouvrages entre une (ou plusieurs) maison(s) généraliste(s) renommée(s) et un (ou plusieurs) éditeur(s) plus confidentiel(s). Les ouvrages d’entretiens sont un moyen détourné d’accéder à des « noms » d’auteurs et d’initier un catalogue en sollicitant des personnalités qui seraient sans doute peu disposées à confier un ouvrage à un éditeur débutant. C’est ce qu’ont fait Les Prairies ordinaires, en lançant en 2003 la collection d’entretiens « Contrepoints ». L’historienne Arlette Farge, l’éditeur Éric Hazan ou la sociologue Rose-Marie Lagrave se sont prêtés à l’exercice, permettant au jeune éditeur de faire ses premières armes et de développer ensuite son catalogue. Un autre moyen dérivé consiste à recourir à un préfacier reconnu qui contribue au transfert d’une partie du capital symbolique attaché à son nom vers un texte produit par un auteur moins réputé. Ces passeurs prestigieux recrutés l’espace de quelques pages, dont les noms figurent en général en gros caractères sur les couvertures, sont nombreux et éclectiques : José Bové (Parangon, Le Temps des cerises), Miguel Benasayag (Danger public et La fabrique), René Girard (Climats), Gilles Perrault (Le Temps des cerises) ou encore Manuel Castells (Exils).

    La traduction : une nouvelle voie d’accès

    17Les traductions constituent un dernier mode d’accès au champ éditorial, qui mérite d’être examiné avec d’autant plus d’attention qu’il s’agit d’une évolution récente dans le domaine des sciences humaines11. En effet, le choix de bâtir un catalogue grâce à une part majoritaire de traductions est en France un mode de développement généralement associé à l’édition littéraire. Moins fréquente jusqu’à présent dans le domaine des sciences humaines, cette stratégie a été le moyen de prédilection choisi par plusieurs éditeurs critiques, qui ont fait de la traduction d’auteurs renommés à l’étranger une ressource centrale pour construire leur catalogue et leur identité éditoriale.

    Ressources informelles

    18De prime abord, l’aspect financier constitue pourtant un frein important, les traductions s’avérant plus coûteuses à produire d’environ 30 à 40 %, et plus longues à rentabiliser. Mais les petits éditeurs ne sont pas les plus mal placés pour contourner cette difficulté. Situés à la marge de l’économie traditionnelle de l’édition et habitués à prendre en charge une grande partie du processus éditorial, ils traduisent eux-mêmes une portion d’autant plus importante des ouvrages qu’ils publient qu’ils sont dotés de compétences linguistiques souvent pointues. Le recours à des proches, à des réseaux bénévoles ou militants est également fréquent. Un des moyens de contournement possibles de frais de traduction trop pénalisants pour l’économie d’un projet consiste à embaucher des traducteurs débutants, qui sont payés en dessous des tarifs en vigueur, en échange de la formation et de l’expérience acquise. Au-delà de ces bricolages, les éditeurs les plus professionnalisés recourent également aux aides publiques, qui peuvent couvrir jusqu’à 60 % des frais de traduction sous certaines conditions. Ces aides sont essentielles dans la mesure où elles permettent de modifier fondamentalement l’économie d’un projet de traduction, qui serait sinon hors d’atteinte pour des petits éditeurs sans assise financière. Une traduction entraîne néanmoins, en plus du surcoût économique, un surplus de travail pour l’éditeur, qui suit de près le travail des traducteurs.

    19Pour autant, ces obstacles ne sont pas rédhibitoires, étant compensés par des profits essentiels à la construction d’une identité éditoriale. Le principal avantage d’une traduction d’un texte déjà passé par le filtre de la sélection éditoriale à l’étranger est qu’elle permet à un nouvel éditeur dénué de visibilité de bénéficier du pouvoir de consécration, plus ou moins important, attaché au nom de l’auteur. Il s’épargne le travail de découverte de nouveaux auteurs difficiles à imposer, tout en bénéficiant d’une image valorisante de passeur entre les langues et les savoirs. La traduction constitue de ce fait l’un des moyens les plus rapides d’acquisition de capital symbolique pour un nouvel entrant dans le champ, et c’est sans doute une des raisons du taux de traduction très élevé relevé chez plusieurs maisons d’édition critique. En effet, près de la moitié publient plus de 10 % de traductions, et plus du quart peuvent être considérées comme fortement traductrices avec plus de 30 % de titres étrangers à leur catalogue. Ces maisons reflètent de plus une évolution à contre-courant de celle du secteur des sciences humaines considéré dans son ensemble, la part des traductions dans la production étant passée de 6 % en 1986 à 4,5 % en 2000, alors même que le nombre de titres publiés progressait12.

    Effacement des maisons généralistes

    20Une des raisons permettant d’expliquer ce phénomène est la désaffection des éditeurs généralistes pour les traductions dans le domaine des sciences humaines depuis la fin des années 1970 en France, considérées comme trop risquées financièrement dans un contexte de baisse des tirages et des ventes. Michel Prigent, président du directoire des Presses universitaires de France, constatait ainsi que les traductions, qui représentaient plus de 30 % des nouveautés publiées par cet éditeur dans les années 1990, étaient tombées à moins de 10 % en 200813. Les maisons généralistes tendent à donner la priorité aux titres les plus rentables et les moins académiques14, même si plusieurs d’entre eux, à l’enseigne de Gallimard et du Seuil, continuent indéniablement à traduire des ouvrages importants.

    21Le retrait des grandes maisons d’édition a logiquement ouvert une brèche pour les petits éditeurs dénués de moyens financiers comme de pouvoir de consécration, leur donnant l’occasion de faire figurer dans leur catalogue des auteurs de réputation internationale tels que Fredric Jameson, Judith Butler ou Slavoj Žižek, dont les équivalents seraient hors de leur portée dans le champ littéraire. Le retard accumulé dans la traduction de textes majeurs, dont certains datent des années 1970, a permis de constituer un « stock » de grande qualité dans lequel les éditeurs peuvent relativement aisément puiser, en mobilisant la notion de « classiques ». Le marché français représentant un enjeu relativement secondaire sur le marché global, rares sont les auteurs s’opposant à ce que leurs ouvrages soient traduits en français par de petites maisons, à condition de garder la main sur leurs droits en langue anglaise. Les droits demandés demeurent par conséquent accessibles : Les Prairies ordinaires ont par exemple acheté les droits de Paradis infernaux de Mike Davis pour 600 euros15.

    Une dimension politique

    22On ne peut aborder les stratégies de traduction des petits éditeurs dans le domaine des sciences humaines sans prendre en compte la dimension politique particulière qui les caractérise. Ces stratégies participent en effet d’une certaine repolitisation du débat dans le champ éditorial, dont le moment emblématique a été la controverse suscitée par le refus de traduire en français L’âge des extrêmes de l’historien marxiste Eric Hobsbawm par l’historien et académicien Pierre Nora, directeur de collection chez Gallimard, au motif d’un « environnement intellectuel et historique peu favorable »16. Au-delà de cet exemple particulier, les éditeurs généralistes se voient reprocher de ne pas traduire des textes importants non seulement par peur du risque (commercial), mais aussi par conservatisme (politique). Le responsable d’une maison d’édition fortement traductrice l’exprime clairement :

    Le fait que les Presses du réel publient Jameson, c’est absolument anormal. On a un des auteurs les plus importants au monde… Tous ses livres devraient être chez un gros éditeur. Ce serait logique.

    – Pourquoi ce n’est pas le cas ?

    Ils se sont désengagés. Pour des raisons économiques. Idéologiques, je ne sais pas, en tout cas normatives. Ils ont parfaitement intégré les normes du marché, c’est évident. Après, il y a aussi une question de génération. […] Je pense que ça relève d’une méconnaissance de certains types de pensée et de l’absolue conviction que c’est encore en France que ça se passe.

    23Indéniablement, l’importation de figures étrangères telles qu’Howard Zinn, Noam Chomsky ou Eric Hobsbawm, constitue une ressource à la fois intellectuelle et politique pour la nouvelle garde d’éditeurs critiques soucieuse de se faire un nom. Politique dans la mesure où elle participe de leur autodéfinition en tant qu’éditeurs critiques. Mais aussi parce qu’elle leur permet de s’opposer aux éditeurs généralistes associés à la frilosité et au conservatisme, tandis qu’eux-mêmes se trouvent situés du côté des valeurs de l’audace, de la curiosité et de la résistance. Ces appropriations contribuent par conséquent à polariser le champ éditorial selon une ligne politique valorisante, entre ancienne garde et nouvelle garde (dont ils font partie). Le fondateur des éditions Amsterdam souligne ainsi que les deux ouvrages « classiques » publiés par sa maison – L’invention de la tradition d’Eric Hobsbawm17 et Les lumières radicales de Jonathan Israel18 – ont bénéficié de l’aide à la traduction du Centre national du livre19 (CNL), ce qui n’a pas été le cas d’ouvrages jugés par l’éditeur comme porteurs d’une dimension « critique ou politique » plus accusée et s’inscrivant dans une démarche transdisciplinaire, comme Défaire le genre de Judith Butler et Penser le postcolonial : une introduction critique de Neil Lazarus20.

    24Une illustration du phénomène de « double ressource » que constituent certaines traductions stratégiques est fournie par la publication par Agone en 2002 d’Une histoire populaire des États-Unis de l’historien américain Howard Zinn. Ce titre est devenu une des meilleures ventes de la maison d’édition marseillaise21, en dépit d’un prix de vente élevé pour un texte de plus de 800 pages publié sans subvention. Le risque encouru pour une traduction de cette ampleur dans le secteur de la production restreinte, même en histoire – discipline susceptible de toucher un plus vaste lectorat – est évident. Le retour sur investissement a néanmoins largement dépassé la sphère économique. L’ouvrage a procuré à Agone des profits symboliques et politiques, en lui permettant d’asseoir son image de maison engagée, loin du sérail parisien, et d’affirmer sa résistance face au fatalisme des grands éditeurs et à la « dépolitisation » du débat d’idées en France. L’éditeur le dit clairement, qui souligne le contraste entre la situation française et celle existant dans d’autres pays :

    L’histoire de ce livre en France est d’abord celle de son absence. Édité en 1980 aux États-Unis, il a fait l’objet en vingt-deux ans de cinq rééditions. Le titre existe en version courte (seulement le XXe siècle) ; et en version lue par Matt Damon, [alors] jeune star du cinéma américain. Vendu à plus de 950 000 exemplaires aux États-Unis (et 65 000 en Angleterre), ce livre est traduit depuis vingt ans en espagnol, en russe et en japonais ; les éditions turques, arabes, roumaines et grecques sont en cours ; l’Italie et l’Allemagne boudent, semble-t-il, plus encore que la France22.

    L’importation d’auteurs « d’avant-garde » : l’exemple d’Amsterdam

    25L’exemple des éditions Amsterdam, qui ont vu le jour en 2003, permet d’illustrer le recours aux traductions en tant que ressource centrale dans la construction d’un catalogue. Dès le départ, le projet de la maison est de développer une ambitieuse politique de traduction de titres « majeurs » dans le domaine de la théorie critique permettant de combler certaines des lacunes les plus criantes existant en français, tout en s’efforçant de rendre l’entreprise économiquement viable. Après les deux classiques en histoire que sont l’ouvrage d'Eric Hobsbawm précité et le monumental (912 pages) Les lumières radicales de Jonathan Israel23, des champs moins habituels, nourris de pensée postmoderne française passée par le filtre des campus américains, vont être explorés24.

    26Les études de genre (gender studies, gay et queer studies) sont tout d’abord investies, notamment avec la philosophe américaine Judith Butler, puis les études postcoloniales et les subaltern studies avec des auteurs comme Gayatri Chakravort Spivak et Neil Lazarus, inédits en français. En 2007, ce sera le tour des cultural studies avec la publication d’un recueil d’articles de Stuart Hall, fondateur de la New Left Review et directeur du Center for Contemporary Cultural Studies de Birmingham à la fin des années 1960, puis l’histoire du colonialisme l’année suivante. Ce positionnement original permet à l’éditeur de se forger une identité à part dans le champ éditorial français en tant que passeur de courants intellectuels teintés de radicalité, notamment autour des questions de sexualité, d’identité, d’immigration et du colonialisme, encore peu explorées.

    Encadré 1. Les principales traductions publiées par les éditions Amsterdam (2004-2011)

    2004

    Slavoj Žižek, Vous avez dit totalitarisme ? Cinq interventions sur les (més)usages d’une notion (réédition en poche en 2007)

    Judith Butler, Le pouvoir des mots, politique du performatif

    2005

    Slavoj Žižek, Lacrimae rerum. Essais sur Kieslowski, Hitchcock, Tarkovski et Lynch (réédition en poche en 2007)

    Judith Butler, Humain, inhumain. Le travail critique des normes

    Judith Butler, Vie précaire. Les pouvoirs du deuil et de la violence après le 11 septembre 2001

    Jonathan I. Israel, Les lumières radicales

    2006

    Eric Hobsbawm et Terence Ranger (dir.), L’invention de la tradition

    Judith Butler, Défaire le genre

    Gayatri Chakravort Spivak, Les subalternes peuvent-elles parler ?

    Neil Lazarus (dir.), Penser le postcolonial. Une introduction critique

    Gopal Balakrishnan, L’ennemi. Un portrait intellectuel de Carl Schmitt

    Studs Terkel, Working

    Studs Terkel, « La bonne guerre ». Histoires orales de la Seconde Guerre mondiale

    2007

    Stuart Hall, Identités et cultures

    2008

    Stuart Hall, Le populisme autoritaire

    Eve Kosofsky Sedgwick, Epistémologie du placard

    2009

    C.L.R. James, Les Jacobins noirs. Toussaint Louverture et la révolution de Saint-Domingue

    Marcus Rediker, Peter Linebaugh, L’hydre aux mille têtes. L’histoire cachée de l'Atlantique révolutionnaire

    Judith Butler, Ces corps qui comptent. De la matérialité et des limites discursives
    du « sexe »

    Studs Terkel, Hard Times

    Partha Chatterjee, Politique des gouvernés

    Dipesh Chakrabarty, Provincialiser l’Europe

    James C. Scott, La domination et les arts de la résistance

    2011

    John Bellamy Foster, Marx écologiste

    David Harvey, Le capitalisme contre le droit à la ville

    27Le fait que les auteurs traduits par Amsterdam écrivent exclusivement en anglais – qu’ils soient originaires des États-Unis, de Grande-Bretagne, d’Inde ou de Slovénie, comme Slavoj Žižek – n’est pas anodin. À la différence d’autres maisons d’édition se définissant par une assez forte dispersion des langues sources, les choix linguistiques d’Amsterdam situent plutôt cet éditeur du côté du pôle de grande diffusion (essais plus « grand public »), toutes proportions gardées. La diversité linguistique varie en fonction des disciplines dans le domaine des sciences humaines et en fonction du public visé dans le domaine des essais : les ouvrages grand public sont rarement traduits de langues périphériques, et majoritairement de l’anglais25.

    28Amsterdam a en grande partie bâti sa réputation autour de l’importation emblématique de la philosophe Judith Butler. Son ouvrage principal, Trouble dans le genre26, traduit en 2005 aux éditions La Découverte, a bénéficié d’un écho médiatique inhabituel, en grande partie lié à sa remise en cause des définitions dominantes du genre et puisant ses sources chez des auteurs tels que Foucault, Althusser, Wittig et Lacan. Ses livres suivants seront traduits par Amsterdam, qui a entrepris de développer une politique d’auteur cohérente autour de cette importation. Comme le précise l’éditeur en entretien :

    Butler, son livre (Gender Trouble) est sorti chez La Découverte. Il a fallu que plusieurs personnes les harcèlent pendant plusieurs années pour qu’ils acceptent de la publier, ce qui est une aberration. Nous, on est arrivés trop tard, c’est vraiment dommage. Ils ont acheté le titre malgré eux, alors que je l’aurais fait avec plaisir. Ils n’ont pas du tout l’intention de donner suite à son travail.

    29Le transfert d’une philosophe comme Judith Butler assure à la jeune maison des profits de radicalité et donc un capital politique précieux à un moment où l’auteure commence à bénéficier d’une attention dépassant les cercles académiques ou féministes spécialisés. Elle lui permet de se définir comme un éditeur d’avant-garde et de se différencier de ses concurrents, en premier lieu La Découverte.

    30Ce type d’appropriation s’avère d’autant plus fructueux que l’éditeur entreprend de réinterpréter les thèses de l’auteure en fonction des enjeux intellectuels spécifiques au champ de réception français en mettant en valeur sa « radicalité fondamentale »27. La préface à la traduction française du Pouvoir des mots. Politique du performatif, coécrite par Jérôme Vidal et Charlotte Nordmann (la traductrice), fournit une parfaite illustration du transfert de capital symbolique d’un auteur vers un préfacier28 (et en l’occurrence éditeur) :

    Comment traduire Judith Butler ? Comment rejouer sa “provocation” (excitable speech) en français ? Comment traduire sa langue étrangement familière ? Et d’abord quelle est cette pulsion, cette incitation (excitable speech, encore) qui nous a poussés, contraints, à traduire ce livre ?

    Au commencement (imaginaire ?), il y a ce besoin d’air frais, ce besoin de dépaysement, au moment où ici, en France, nous apercevons peut-être la sortie du tunnel dans lequel nous sommes entrés à l’aube des années quatre-vingt, à l’heure de tous les reniements, à l’heure, peut-être aussi, où certaines de nos illusions habilitantes [enabling] avaient épuisé leur puissance d’agir [agency]. Il ne faut pas cesser de vouloir – autrement dit d’exiger de nous-mêmes – la fin de ce grand backlash [contrecoup] théorique et politique, de la réaction conservatrice dont la France a été le théâtre ces dernières années. L’œuvre de Judith Butler est assurément une des ressources que nous pouvons mobiliser à cette fin29.

    Fragilités

    31Plusieurs autres maisons d’édition critique mènent une politique active en matière de traduction à partir d’une palette de langues sources assez large au-delà de l’anglais, principalement autour de l’allemand, de l’italien et de l’espagnol, et quelques incursions vers des langues plus rares, ce qui vient confirmer le rôle des petits éditeurs dans le maintien d’une certaine diversité dans les échanges intellectuels30.

    32Les Prairies ordinaires, maison qui a débuté en 2005 avec une collection d’entretiens et d’essais de sciences humaines, exclusivement en français, a ainsi lancé deux ans plus tard une collection de traductions de courts textes théoriques et critiques (articles, interventions) d’auteurs contemporains. Grâce à une subvention du conseil régional d’Île-de-France, la collection « Penser/Croiser », codirigée par François Cusset et Rémy Toulouse, l’éditeur, ambitionne d’accueillir « le meilleur de la pensée mondiale » avec des textes emblématiques de la postmodernité « ayant marqué le champ théorique de ces trente dernières années »31 : le philosophe américain Fredric Jameson32 (La totalité comme complot), le sociologue Mike Davis33 (Le stade Dubaï du capitalisme, voir figure 2, p. 62), ou encore un recueil de textes du théoricien littéraire Stanley Fish34 (Quand lire c’est faire).

    33Une telle initiative va dans le sens d’une « relève » des petits éditeurs dans le champ des sciences humaines, certes modestes au regard du nombre de titres traduits, et qui demeure économiquement fragile. Le passage du responsable des Prairies ordinaires aux éditions La Découverte en 2010 pose en effet la question de la pérennité d’une maison qui avait réussi, en l’espace de quelques années, à se forger une identité forte. En 2016, cette dernière a été reprise par les éditions Amsterdam, devenant une simple collection de son catalogue.

    34Le choix d’un positionnement éditorial fortement lié à l’importation d’auteurs étrangers demeure en effet risqué à terme dans la mesure où cette stratégie repose sur des auteurs susceptibles de devenir l’objet, du fait de leur reconnaissance croissante, d’une concurrence accrue avec les éditeurs généralistes. Ces derniers, mieux dotés en capitaux tant économiques que symboliques, ne laissent alors traditionnellement aux petits éditeurs que les textes mineurs des auteurs majeurs, ce qui contribue à une dispersion qui peut être dommageable à une politique éditoriale claire et cohérente. La médiation relativement récente des agents littéraires en France, plus forte dans le domaine de la littérature que dans celui des sciences humaines, a ainsi gagné quelques auteurs à succès, dont les livres sont gérés sur le modèle des best-sellers mondiaux, et a contribué à faire monter les enchères. Les éditions Exils, qui avaient assuré la traduction d’Empire de Toni Negri et Michael Hardt en 1999, ont ainsi dû renoncer à publier le second opus des auteurs, Multitudes, devant les exigences financières très élevées de l’éditeur américain35.

    35Le risque est réel d’une répartition classique des rôles entre petits et grands éditeurs, les premiers contribuant à installer des auteurs qui sont ensuite récupérés par les seconds, tout au moins pour les titres à plus fort potentiel commercial. La réception tardive et dispersée du versant politique de l’œuvre de Noam Chomsky en fournit une bonne illustration36. Si ses premiers ouvrages (hors linguistique) sont parus chez une myriade de petits éditeurs à partir des années 1990, il est, depuis 2002, principalement traduit chez Fayard (Groupe Hachette). De la même façon, le philosophe Slavoj Žižek a connu une reconnaissance très progressive. Publié chez plusieurs petits éditeurs indépendants à partir des années 1980, il apparaît dans les années 2000 au catalogue d’éditeurs plus renommés comme Flammarion, mais aussi Le Seuil et Fayard, au moment où son image de philosophe « iconoclaste » commence à s’imposer en France.

    36Si l’édition française a connu ces vingt dernières années un fléchissement en matière de traductions dans le domaine des sciences humaines, l’arrivée de nouveaux venus tels qu’Amsterdam, Les Prairies ordinaires ou Agone et leur choix d’auteurs étrangers majeurs tend à pointer une esquisse de redistribution des cartes, rendue possible par la place laissée vacante par les éditeurs généralistes et par l’existence de dispositifs publics de soutien à la traduction. De nouvelles positions se sont créées, qui ont été occupées par des éditeurs motivés prêts à travailler dans des conditions économiques extrêmement précaires. L’engouement suscité par cette poignée d’auteurs « stars » dans le domaine de la critique sociale (Chomsky, Žižek, Davis ou encore Stiglitz, tous anglo-saxons) a néanmoins plus profité aux éditeurs de littérature générale installés de longue date qu’à la nouvelle garde d’éditeurs critiques. Les premiers ont en effet beaucoup plus de moyens pour s’imposer dans les luttes pour les droits mondiaux à l’échelle internationale.

    Ce que nous apprennent les meilleures ventes

    37Comme nous l’avons constaté, l’installation d’une maison d’édition dans le champ éditorial est tributaire de plusieurs stratégies. Ces stratégies d’entrée trouvent leur aboutissement dans la mise sur le marché des ouvrages et la sanction commerciale qui en résulte (le nombre d’exemplaires vendus). Négliger cette dernière étape du processus reviendrait à limiter notre perspective à une seule dimension – certes la plus valorisée – de l’activité d’éditeur, et à ne pas prendre en compte sa matérialisation économique. Afin d’évaluer les critères de réussite commerciale dans ce champ spécifique, il faut s’intéresser aux meilleures ventes des maisons d’édition critique. De par leur statut d’exception, ces titres permettent en effet de comparer l’efficacité différentielle des stratégies adoptées par les éditeurs.

    38La notion de « meilleures ventes » doit être considérée avec précaution car elle repose exclusivement sur les déclarations des éditeurs. Elle ne renvoie ni aux baromètres publiés dans la presse, ni au classement effectué par le site de vente en ligne Amazon, les éditeurs de la population pouvant « prétendre » à placer leurs titres sur ce type de palmarès étant très peu nombreux. Il est par ailleurs important de ne pas confondre meilleures ventes et ventes moyennes. Ces titres, qui sont en quelque sorte les best-sellers des maisons d’édition considérées, chacune à son échelle, à un moment donné du temps, ne sont en rien représentatifs des ventes moyennes de l’ensemble des catalogues, bien inférieures. Enfin, très concrètement, les meilleures ventes permettent à ces maisons d’édition précaires financièrement de fonctionner, parfois plusieurs années, grâce aux revenus dégagés. Elles sont pour toutes ces raisons essentielles à analyser.

    39À la lecture du tableau ci-dessous, on constate que les chiffres des meilleures ventes connaissent une grande amplitude. Ils s’échelonnent entre un petit millier d’exemplaires permettant de rentabiliser un titre, plus de 10 000 exemplaires pour les éditeurs rivalisant ponctuellement avec l’édition généraliste, et plus de 100 000 exemplaires pour les cas exceptionnels. Ces variations illustrent bien les fortes disparités existant entre les éditeurs considérés, du fait de la variété des genres et des auteurs publiés.

    Tableau 1. Les meilleures ventes des maisons d’édition*

    Maisons d’éditionMeilleures ventes en nombre d’exemplaires (par ordre croissant)Nombre d’exemplaires vendusDate de la première édition
    Sens & TonkaL’utopie de Thomas More à Walter Benjamin, M. Abensour ; Titres de Baudrillard (sans précision)Chiffre non communiqué2000
    DelgaLe capitalisme de la séduction, M. Clouscard (réédition)1 0002005
    L’ÉchappéeQu’est-ce que l’anarchisme ? A. Berkman (réédition)1 0002005
    Les Prairies ordinairesQuel bruit ferons-nous ? A. Farge, entretien avec J.-C. Marti1 5002005
    AmsterdamDéfaire le genre, J. Butler2 0002006
    Le CroquantLe savant, le politique et la mondialisation, F. Lebaron2 0002003
    SextantL’anarchie, É. Reclus (réédition) et Plan social, I. Pivert2 0002005
    LignesCirconstances 1, A. Badiou2 5002003
    NautilusL’art du chaos, H. Bey3 0002000
    Encyclopédie des NuisancesL’effondrement de la TG BNF, J.-M. Mandosio3 5001999
    IvreaL’obsolescence de l’homme, G. Anders4 0002002
    AdenComprendre le pouvoir, N. Chomsky4 0002005
    HomnisphèresDu crime d’être « noir », B. Coulibaly4 0002006
    Nuits rougesFéministe et libertaire. Écrits de jeunesse, A. David-Néel4 0002003
    Le Passant ordinaireLa démence sénile du capital, fragments d'économie critique, J.-M. Harribey5 0002002
    Danger publicPropaganda, N. Chomsky5 0002002
    La DisputeCorruption et démocratie en Algérie, D. Hadjadj6 0001999
    Les Éditions libertairesLes égorgeurs. Guerre d’Algérie, chronique d’un appelé (1959-1960), B. Rey (réédition)6 0002000
    SulliverDe la misère en milieu étudiant…, anonyme (réédition)7 0001995
    L’InsomniaquePutain d’usine, J.-P. Levaray10 0002002
    Le Temps des cerisesLe livre noir du capitalisme (collectif)10 0001998
    TextuelHumanitaire le dilemme, R. Brauman10 0001996
    ParangonL’État voyou, W. Blum15 0002000
    L’ÉclatTAZ, Zone autonome temporaire, H. Bey17 0001997
    GoliasJosé Bové : la révolte d’un paysan, C. Terras et P. Ariès17 0002000
    La FabriqueL’industrie de l’Holocauste, N. Finkelstein18 0002001
    ExilsVivre et penser comme des porcs, G. Châtelet19 0001998
    ClimatsL'enseignement de l'ignorance et ses conditions modernes, J.-C. Michéa20 0001999
    SyllepseAttac contre la dictature des marchés, B. Cassen (dir.)20 0001999
    AgoneUne histoire populaire des États-Unis, H. Zinn32 0002002
    Dagorno/Éditions du Lézard**Fumée clandestine (t. 1), J.-P. Galland50 0001993
    Raisons d’agirSur la télévision, P. Bourdieu et Les nouveaux chiens de garde, S. Halimi+ 200 0001996
    Les ArènesEst-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ? Eva Joly ***+ 250 0002003

    * Les traductions sont indiquées par les noms d'auteurs soulignés.

    ** Le cas de Dagorno mérite quelques éclaircissements : en sommeil depuis plusieurs années, cet éditeur gauchiste spécialisé dans les ouvrages favorables à la libéralisation des drogues a réalisé de très fortes ventes au début des années 1990 avec la collection « L’Esprit frappeur », vendue à petit prix (voir p. 113). À la suite de démêlées avec la justice, l’éditeur a connu de graves difficultés de diffusion à la fin des années 1990 et a vu ses ventes diminuer dramatiquement.

    *** Ce chiffre inclut les ventes à l’étranger.

    40Une analyse détaillée des titres figurant dans ce tableau des "best-sellers" des éditeurs critiques est instructive dans la mesure où elle permet de dégager, en creux, les critères commerciaux implicites auxquels ces derniers sont confrontés. On constate que les traductions y sont présentes, bien que minoritaires (10 titres sur 35), signe que l’effort important des éditeurs en la matière trouve une certaine consécration commerciale. Les auteurs réputés sont prééminents, avec des personnalités comme Noam Chomsky (Danger public et Aden), Pierre Bourdieu (Raisons d’agir), Alain Badiou (Lignes) ou Jean Baudrillard (Sens & Tonka). Ces auteurs sont d’autant plus importants qu’ils permettent aux éditeurs les publiant de faire « coup double » en associant capitaux symboliques et économiques, du fait des ventes importantes liées à leur nom. Pour les maisons d’édition qui ne peuvent proposer de noms prestigieux, il reste les rééditions, seul mode d’accès possible à un (relatif) succès commercial, avec des ventes toujours inférieures à 10 000 exemplaires : par exemple Michel Clouscard (Delga) ou Élisée Reclus (Sextant).

    41Les thématiques et l’actualité des titres jouent également un rôle dans les ventes des ouvrages, comme l’illustre le succès de l’ouvrage collectif Le livre noir du capitalisme, paru en 1998, quelque mois après la sortie du livre polémique dirigé par Stéphane Courtois, Le livre noir du communisme (éditions Robert Laffont), ou encore les essais de caractère pamphlétaire de Gilles Châtelet (Exils) et de Jean-Claude Michéa (Climats). L’industrie de l’Holocauste (2001) de l’universitaire américain Norman Finkelstein, qui dénonce l’instrumentalisation de la Shoah par certaines organisations juives aux États-Unis, doit sans doute aussi une grande part de son succès à la polémique que sa publication a suscitée en France, qui a valu un procès à son éditeur pour incitation à la haine raciale. Le témoignage de l’ancienne juge en charge de l’affaire Elf, Eva Joly, fortement médiatisée au moment de la sortie de son ouvrage mêlant révélations et analyses, explique également un niveau de vente peu commun dans ce secteur de l’édition (250 000 exemplaires), qui fait des Arènes une maison se plaçant sur le même terrain que les éditeurs d’essais d’actualité.

    Notes de bas de page

    1 Lucien Karpik, L’économie des singularités, op. cit.

    2 Source : Les chiffres de l’édition. Rapport statistique du SNE, 2019-2020.

    3 L’enquête du ministère de la Culture sur les pratiques culturelles des Français enregistre depuis plusieurs décennies l’érosion de la lecture, qu’il s’agisse des gros ou des moyens lecteurs, et l’augmentation de la part de très faibles lecteurs (1 à 4 livres lus dans l’année). Les derniers résultats publiés de l’enquête de 2018 sont disponibles. [En ligne] < https://www.culture.gouv.fr/Sites-thematiques/Etudes-et-statistiques/L-enquete-pratiques-culturelles/L-enquete-2018/Generations-tous-les-resultats-de-l-enquete-2018/Livres >.

    4 On estime généralement à 300 le nombre de libraires assurant le cœur du « premier niveau », lequel peut aller jusqu’à 800 points de vente selon les définitions les plus larges. On appelle « premier niveau » les plus gros points de vente, soit les grosses librairies généralistes ainsi que les FNAC et les chaînes comme le Furet du Nord.

    5 Voir supra, p. 70 sq.

    6 Pierre Bourdieu, Yvette Delsaut, « Le couturier et sa griffe. Contribution à une théorie de la magie », Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, nº 1, p. 7-36. [En ligne] < https://www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1975_num_1_1_2447 >.

    7 Pierre Bourdieu, « Une révolution conservatrice dans l’édition », Actes de la recherche en sciences sociales, 1999, nº 126-127, p. 3-27. [En ligne] < https://www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1999_num_126_1_3278 >.

    8 Pierre Bourdieu, Yvette Delsaut, art. cit., p. 23.

    9 Ibid., p. 13

    10 Voir chapitre 1, p. 44.

    11 Une version approfondie de cette analyse a été publiée sous le titre « L’engagement par la traduction. Le rôle des petits éditeurs indépendants dans l’importation des ouvrages de sciences humaines », in Gisèle Sapiro (dir.) Traduire la littérature et les sciences humaines : conditions et obstacles, Paris, La Documentation française, 2012 (coll. Questions de culture), p. 273-295.

    12 Gisèle Sapiro (dir.), Translatio. Le marché de la traduction en France à l’heure de la mondialisation, Paris, CNRS Éditions, 2008 (coll. Culture & société), p. 119.

    13 Cité dans Thomas Wieder, « Quand les petits éditeurs prennent le relais », Le Monde, 19 décembre 2008, p. 2.

    14 Sophie Barluet, Édition de sciences humaines et sociales. Le cœur en danger, op. cit., p. 94-95.

    15 Cette somme est de fait une avance sur droits correspondant à 6 ou 7 % du prix du livre sur les 2 000 premiers exemplaires, le taux progressant jusqu’à 8 % au-delà de 5 000 exemplaires.

    16 Sur cette controverse, voir Eric Hobsbawm, « L’âge des extrêmes échappe à ses censeurs », Le Monde diplomatique, septembre 1999, p. 28-29 ; Serge Halimi, « La mauvaise mémoire de Pierre Nora », Le Monde diplomatique, juin 2005, p. 35. L’ouvrage sera finalement publié en 1999 aux éditions Complexe, en collaboration avec Le Monde diplomatique.

    17 Eric Hobsbawm et Terence Ranger (dir.), L’invention de la tradition, Paris, Éditions Amsterdam, 2006.

    18 Jonathan I. Israel, Les lumières radicales : la philosophie, Spinoza et la naissance de la modernité 1650-1750, Paris, Éditons Amsterdam, 2005.

    19 Le Centre national du livre est un établissement dépendant du ministère de la Culture et de la Communication qui a pour mission de soutenir tous les acteurs de la chaîne du livre.

    20 Jérôme Vidal, Lire et penser ensemble. Sur l’avenir de l’édition indépendante et la publicité de la pensée critique, Paris, Éditions Amsterdam, 2006 (coll. Démocritique).

    21 Plus de 30 000 exemplaires vendus en France sur les premières années d’exploitation du titre (chiffre éditeur).

    22 Thierry Discepolo, « Une histoire populaire des États-Unis de 1492 à nos jours. La synthèse d’Howard Zinn », Homme moderne, 3 février 2010. [En ligne] < http://www.homme-moderne.org/societe/histoire/hzinn/confzinn.html >.

    23 Eric Hobsbawm, Terence Ranger (dir.), The Invention of Tradition, Cambridge, Cambridge University Press, 1983 (coll. Cant classics), Jonathan I. Israel, Radical Enlightenment: Philosophy and the Making of Modernity, 1650-1750, Oxford, Oxford University Press, 2001.

    24 Sur l’importation des courants postmodernes français aux États-Unis, voir François Cusset, French Theory. Foucault, Derrida, Deleuze et Cie et les mutations de la vie intellectuelle aux États-Unis, Paris, Éditions La Découverte, 2003.

    25 Gisèle Sapiro, « Mondialisation et diversité culturelle : les enjeux de la circulation transnationale des livres », in Gisèle Sapiro (dir.), Les contradictions de la globalisation éditoriale, Paris, Nouveau Monde éditions, 2009 (coll. Culture-médias), p. 293.

    26 Judith Butler, Gender Trouble, New York, Routledge, 1990.

    27 Sur cette problématique du transfert des textes d’un champ national à un autre, voir Pierre Bourdieu, « Les conditions sociales de la circulation internationale des idées », art. cit., p. 3-8.

    28 Pierre Bourdieu, « Les conditions sociales… », art. cit., p. 3-8.

    29 Jérôme Vidal, Charlotte Nordmann, « Une provocation », préface à la traduction française du Pouvoir des mots. Politique du performatif, Paris, Éditions Amsterdam, 2004, p. 7. [NDLA]  Les mots en anglais entre crochets et parenthèses sont des auteurs de la préface.

    30 Nous renvoyons à la première édition de l’ouvrage pour l’exemple des éditions de l’Éclat, p. 129-131.

    31 Source : site de l’éditeur. Le texte n'est plus en ligne.

    32 Fredric Jameson, La totalité comme complot : conspiration et paranoïa dans l'imaginaire contemporain, Paris, Les Prairies ordinaires, 2007 (coll. Penser/Croiser).

    33 Mike Davis, Le stade Dubaï du capitalisme, Paris, Les Prairies ordinaires, 2007 (coll. Penser/Croiser).

    34 Stanley Fish, Quand lire c’est faire : l'autorité des communautés interprétatives, Paris, Les Prairies ordinaires, 2007 (coll. Penser/Croiser).

    35 L’ouvrage a été publié par les Éditions La Découverte en 2004.

    36 Les répercussions de « l’affaire Faurisson » en France ont joué un rôle dans ce décalage. Noam Chomsky a signé une pétition défendant le droit de Roger Faurisson, professeur de la faculté de Lyon, à exprimer ses opinions négationnistes, aussi odieuses soient-elles. Le texte expliquant sa position, Quelques commentaires élémentaires sur le droit à la liberté d’expression, envoyé à Serge Thion, a été utilisé en 1980 par l’éditeur Pierre Guillaume pour préfacer un livre de Faurisson.

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    1 Lucien Karpik, L’économie des singularités, op. cit.

    2 Source : Les chiffres de l’édition. Rapport statistique du SNE, 2019-2020.

    3 L’enquête du ministère de la Culture sur les pratiques culturelles des Français enregistre depuis plusieurs décennies l’érosion de la lecture, qu’il s’agisse des gros ou des moyens lecteurs, et l’augmentation de la part de très faibles lecteurs (1 à 4 livres lus dans l’année). Les derniers résultats publiés de l’enquête de 2018 sont disponibles. [En ligne] < https://www.culture.gouv.fr/Sites-thematiques/Etudes-et-statistiques/L-enquete-pratiques-culturelles/L-enquete-2018/Generations-tous-les-resultats-de-l-enquete-2018/Livres >.

    4 On estime généralement à 300 le nombre de libraires assurant le cœur du « premier niveau », lequel peut aller jusqu’à 800 points de vente selon les définitions les plus larges. On appelle « premier niveau » les plus gros points de vente, soit les grosses librairies généralistes ainsi que les FNAC et les chaînes comme le Furet du Nord.

    5 Voir supra, p. 70 sq.

    6 Pierre Bourdieu, Yvette Delsaut, « Le couturier et sa griffe. Contribution à une théorie de la magie », Actes de la recherche en sciences sociales, 1975, nº 1, p. 7-36. [En ligne] < https://www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1975_num_1_1_2447 >.

    7 Pierre Bourdieu, « Une révolution conservatrice dans l’édition », Actes de la recherche en sciences sociales, 1999, nº 126-127, p. 3-27. [En ligne] < https://www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1999_num_126_1_3278 >.

    8 Pierre Bourdieu, Yvette Delsaut, art. cit., p. 23.

    9 Ibid., p. 13

    10 Voir chapitre 1, p. 44.

    11 Une version approfondie de cette analyse a été publiée sous le titre « L’engagement par la traduction. Le rôle des petits éditeurs indépendants dans l’importation des ouvrages de sciences humaines », in Gisèle Sapiro (dir.) Traduire la littérature et les sciences humaines : conditions et obstacles, Paris, La Documentation française, 2012 (coll. Questions de culture), p. 273-295.

    12 Gisèle Sapiro (dir.), Translatio. Le marché de la traduction en France à l’heure de la mondialisation, Paris, CNRS Éditions, 2008 (coll. Culture & société), p. 119.

    13 Cité dans Thomas Wieder, « Quand les petits éditeurs prennent le relais », Le Monde, 19 décembre 2008, p. 2.

    14 Sophie Barluet, Édition de sciences humaines et sociales. Le cœur en danger, op. cit., p. 94-95.

    15 Cette somme est de fait une avance sur droits correspondant à 6 ou 7 % du prix du livre sur les 2 000 premiers exemplaires, le taux progressant jusqu’à 8 % au-delà de 5 000 exemplaires.

    16 Sur cette controverse, voir Eric Hobsbawm, « L’âge des extrêmes échappe à ses censeurs », Le Monde diplomatique, septembre 1999, p. 28-29 ; Serge Halimi, « La mauvaise mémoire de Pierre Nora », Le Monde diplomatique, juin 2005, p. 35. L’ouvrage sera finalement publié en 1999 aux éditions Complexe, en collaboration avec Le Monde diplomatique.

    17 Eric Hobsbawm et Terence Ranger (dir.), L’invention de la tradition, Paris, Éditions Amsterdam, 2006.

    18 Jonathan I. Israel, Les lumières radicales : la philosophie, Spinoza et la naissance de la modernité 1650-1750, Paris, Éditons Amsterdam, 2005.

    19 Le Centre national du livre est un établissement dépendant du ministère de la Culture et de la Communication qui a pour mission de soutenir tous les acteurs de la chaîne du livre.

    20 Jérôme Vidal, Lire et penser ensemble. Sur l’avenir de l’édition indépendante et la publicité de la pensée critique, Paris, Éditions Amsterdam, 2006 (coll. Démocritique).

    21 Plus de 30 000 exemplaires vendus en France sur les premières années d’exploitation du titre (chiffre éditeur).

    22 Thierry Discepolo, « Une histoire populaire des États-Unis de 1492 à nos jours. La synthèse d’Howard Zinn », Homme moderne, 3 février 2010. [En ligne] < http://www.homme-moderne.org/societe/histoire/hzinn/confzinn.html >.

    23 Eric Hobsbawm, Terence Ranger (dir.), The Invention of Tradition, Cambridge, Cambridge University Press, 1983 (coll. Cant classics), Jonathan I. Israel, Radical Enlightenment: Philosophy and the Making of Modernity, 1650-1750, Oxford, Oxford University Press, 2001.

    24 Sur l’importation des courants postmodernes français aux États-Unis, voir François Cusset, French Theory. Foucault, Derrida, Deleuze et Cie et les mutations de la vie intellectuelle aux États-Unis, Paris, Éditions La Découverte, 2003.

    25 Gisèle Sapiro, « Mondialisation et diversité culturelle : les enjeux de la circulation transnationale des livres », in Gisèle Sapiro (dir.), Les contradictions de la globalisation éditoriale, Paris, Nouveau Monde éditions, 2009 (coll. Culture-médias), p. 293.

    26 Judith Butler, Gender Trouble, New York, Routledge, 1990.

    27 Sur cette problématique du transfert des textes d’un champ national à un autre, voir Pierre Bourdieu, « Les conditions sociales de la circulation internationale des idées », art. cit., p. 3-8.

    28 Pierre Bourdieu, « Les conditions sociales… », art. cit., p. 3-8.

    29 Jérôme Vidal, Charlotte Nordmann, « Une provocation », préface à la traduction française du Pouvoir des mots. Politique du performatif, Paris, Éditions Amsterdam, 2004, p. 7. [NDLA]  Les mots en anglais entre crochets et parenthèses sont des auteurs de la préface.

    30 Nous renvoyons à la première édition de l’ouvrage pour l’exemple des éditions de l’Éclat, p. 129-131.

    31 Source : site de l’éditeur. Le texte n'est plus en ligne.

    32 Fredric Jameson, La totalité comme complot : conspiration et paranoïa dans l'imaginaire contemporain, Paris, Les Prairies ordinaires, 2007 (coll. Penser/Croiser).

    33 Mike Davis, Le stade Dubaï du capitalisme, Paris, Les Prairies ordinaires, 2007 (coll. Penser/Croiser).

    34 Stanley Fish, Quand lire c’est faire : l'autorité des communautés interprétatives, Paris, Les Prairies ordinaires, 2007 (coll. Penser/Croiser).

    35 L’ouvrage a été publié par les Éditions La Découverte en 2004.

    36 Les répercussions de « l’affaire Faurisson » en France ont joué un rôle dans ce décalage. Noam Chomsky a signé une pétition défendant le droit de Roger Faurisson, professeur de la faculté de Lyon, à exprimer ses opinions négationnistes, aussi odieuses soient-elles. Le texte expliquant sa position, Quelques commentaires élémentaires sur le droit à la liberté d’expression, envoyé à Serge Thion, a été utilisé en 1980 par l’éditeur Pierre Guillaume pour préfacer un livre de Faurisson.

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