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    Plan détaillé Texte intégral UNE RÉFLEXION RENOUVELÉE MALGRÉ DES STÉRÉOTYPES PRÉGNANTS LE LIVRE, L’ÉDIFICE, LA VILLE : TROIS ESPACES LA BIBLIOTHÈQUE : UN EXEMPLE IDÉAL POUR INTERROGER LE CONCEPT D’« ESPACE PUBLIC » LE « CLASSICISME » DE PIERRE RIBOULET ET LE « POST-MODERNISME » DE DOMINIQUE LYON Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Architecture et bibliothèque

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Théorie architecturale et bibliothèques

    Florian Forestier

    p. 22-32

    Texte intégral Bibliographie BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    Image

    Saint-Denis, bibliothèque de l'université Paris 8

    1Les bibliothèques sont des projets appréciés des architectes. Leur édification peut donner lieu à des programmes de grande ampleur, fortement dotés, susceptibles d’apporter une visibilité nationale, voire internationale aux lauréats des concours. Les architectes les plus réputés, Dominique Perrault1, Christian de Portzamparc2, Paul Chemetov3, Jacques Herzog et Pierre de Meuron4, Peter Zumthor5, Renzo Piano6, Rem Koolhaas7, Norman Foster8, Mario Botta9, comptent aussi des bibliothèques parmi leurs réalisations phares. Certains accèdent même à la notoriété par ce biais : le prix de l’Équerre d’argent (le Goncourt des architectes si le Pritzker est leur Nobel) a couronné plusieurs constructions de bibliothèques, comme la bibliothèque municipale à vocation régionale (BMVR) de Troyes, par le cabinet du Besset-Lyon, ou plus récemment, la médiathèque d’Oloron-Sainte-Marie par Pascale Guédot.

    UNE RÉFLEXION RENOUVELÉE MALGRÉ DES STÉRÉOTYPES PRÉGNANTS

    2Pour autant, la réflexion apportée par la profession sur la nature et la spécificité de l’objet bibliothèque a longtemps été limitée. André-Pierre Syren a ainsi opposé, dans deux textes documentés10, la richesse de la réflexion consacrée aux musées (et à la muséographie) et le caractère souvent limité et stéréotypé des réflexions portant sur les bibliothèques, pourtant nombreuses et, comme le souligne Dominique Lyon, destinées à une plus large fréquentation. Les modèles historiques ou symboliques auxquels se réfèrent les architectes sont généralement assez conventionnels ; selon Marc Germain, ancien architecte-conseil auprès de la Direction du livre et de la lecture, l’image du cloître, ou à l’opposé, celle du supermarché, reviennent en effet avec insistance. Ces modèles sont souvent envisagés sans qu’une connaissance suffisante de l’histoire de l’architecture ne permette de les investir, et, de la sorte, répétés et simplifiés plutôt que réinterprétés et approfondis.

    3Une telle carence cependant n’empêche pas que se développent des réflexions qui interrogent la bibliothèque dans son statut d’établissement public – manifestation d’une présence étatique, mais d’une présence inscrite dans un territoire, plutôt que surplombante – aussi bien (et c’est l’aspect qui nous importe ici) que dans la relation de sa matérialité à la matérialité de l’objet livre. Comme l’écrit Daniel Payot : « Il n’est pas possible […] d’attribuer aux seuls livres le privilège de contenir les savoirs et les vérités, de réserver à la seule construction les contraintes et les trouvailles de la matérialité. Car ce serait méconnaître la valeur “documentaire” de l’architecture elle-même, dont les choix physiques sont déjà symboliques, et ce serait négliger la réalité “matérielle” du livre, qui ne s’épuise pas dans les significations qu’il expose et ne cesse de revendiquer tout aussi constamment son statut d’objet »11. Dans un chapitre célèbre de Notre-Dame de Paris, Victor Hugo prophétisait : « Ceci tuera cela », le livre dépossédera la pierre de sa symbolique, l’imprimé tuera le monument. Or, précisément, ceci n’a pas tué cela. Bien au contraire, les projets de bibliothèques se sont multipliés ces dernières années, peut-être aussi parce que la remise en question de la matérialité du livre (ce qu’on pourrait appeler l’éclatement ou la pluralisation du livre) a remis en avant cette autre matérialité du bâtiment qui accueille et rassemble l’écrit, l’image, le signe.

    LE LIVRE, L’ÉDIFICE, LA VILLE : TROIS ESPACES

    4La relation de la conception du savoir à la forme de l’édifice dédié à son appropriation et à son recueil est un sujet d’étude bien balisé. Au commencement, on le sait, la bibliothèque était déjà à la fois un catalogue et un contenant, monolithique et statique. La transformation du stock en collection vivante a accompagné celle du dépôt en construction structurée : le concept de bibliothèque est lié à sa construction comme édifice, car ces deux dimensions expriment, symboliquement, la mise en place d’un nouvel ordre dans le rapport au sens, marqué par la mise en ordre systématique de la pensée et du savoir, le passage en quelque sorte de la lettre à la méthode. La bibliothèque au sens moderne incarne, indissolublement comme catalogue et comme édifice, cette nouvelle acception de la connaissance. De même, aux XVIIIe et XIXe siècles, les projets de Boulée, proposant une bibliothèque en un vaste volume unique, et de Labrouste, sont respectivement contemporains de l’émergence des systèmes philosophiques visant à la présentation de la totalité du savoir et de la définition des principes de classification bibliothéconomiques encore en cours de nos jours. On ajoutera, dans l’autre sens, que les bibliothèques ont elles-mêmes été des terrains privilégiés pour le déploiement et l’évolution de la réflexion architecturale. Paul Chemetov souligne ainsi que les projets architecturaux de Labrouste, pour la construction de la bibliothèque Sainte-Geneviève ou l’agrandissement de la Bibliothèque nationale, ont été contemporains du basculement d’une « architecture de moulage » vers une « architecture d’assemblage ».

    5La relation du livre au monument est tout aussi étroite. La « réinvention » du livre à la Renaissance doit beaucoup à l’imagerie urbaine et spatiale. Comme le rappelle Michel Melot, le livre renaissant est conçu à l’image d’une Rome antique où l’écrit était « inscrit » dans le bâti et partie prenante de la configuration urbaine… D’une Rome « ville lettrée, mais aussi ville-livre parsemée d’inscriptions, où l’écriture était avant tout publique, intégrée dans l’édifice ». Le livre est « mise en espace de la pensée », configuration, ornement, il combine texte et image en structures élaborées, il est même une forme de reproduction et de reconstitution d’un ordre architectural qu’il relève, voire remplace. En somme, passer du livre à l’architecture n’est finalement rien d’autre que renouer avec cet ailleurs dont le livre s’est, à l’origine, voulu la transposition. Pour Michel Melot, « la bibliothèque […] reproduit au niveau des ensembles les structures du livre, avec ses vertus et ses limites. C’est donc aussi une forme destinée à fabriquer de la transcendance12 ».

    LA BIBLIOTHÈQUE : UN EXEMPLE IDÉAL POUR INTERROGER LE CONCEPT D’« ESPACE PUBLIC »

    6Les approches contemporaines les plus fécondes cherchent à lier, sans les fondre l’une dans l’autre, la mise en sens de l’espace par l’architecture, la textualité, la multiplication des formes d’objets conservés et de leurs modes d’apparition dans un espace. Elles insistent sur l’articulation d’une pluralité dans l’unité au sein de la bibliothèque. Celle-ci devient une sorte de ville dans la ville, un agencement de sous-espaces proposant pour les uns le silence et la solitude, pour les autres la convivialité. Il y a de fait une dimension urbaine de la bibliothèque qui fait d’elle un modèle particulièrement contemporain de ce que peut être un espace public. Si les bibliothèques en viennent même par là à concurrencer les grandes places, c’est aussi, soulignons-le, que la conception de l’espace public change. Les grandes places en reflètent une acception sacrée – même laïcisée : celles des grandes fêtes de la Nation, des grands rassemblements. La ville – le modèle urbain – comme pluralisation de parcours, enchâssement d’espaces, renvoie de son côté à un espace public qui ne s’incarne plus dans la fusion mais dans la rencontre. Les jardins, les parcs ou les bibliothèques sont de bonnes illustrations de ces espaces où l’on se frôle, en lesquels l’être-ensemble est une « passibilité », pour reprendre les mots de Jean-Luc Nancy.

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    Saint-Denis, bibliothèque de l'université Paris 8

    7Nancy évoque une « communauté désouvrée » qui sur-existe par son absence de tout lien donné, communauté des solitudes, communauté de comparution, rencontre des silences. L’«  en-commun » sur-existe par l’absence même de ses formes instituées. Il n’est plus dès lors que l’en-commun d’une solitude : « Le commun, l’avoir en commun, l’être en commun, exclut de lui-même l’unité intérieure, la substance et la présence en soi et pour soi. » Dans cet horizon, l’architecture est pour Benoît Goetz « une condition de possibilité de la fiction, et, sans doute, du dire et du penser en général.13 » Fondamentalement, l’architecture n’est pas d’abord construction de symboles mais mise en œuvre d’horizons de sens. Pour mieux développer cette dimension « pré-objective » de l’architecture, longtemps occultée par le développement d’un urbanisme « fonctionnaliste14 », Goetz introduit le concept d’«  esplace ». L’«  esplace » emprunte son caractère commun, ouvert, global, à la place et à l’agora, mais se présente également comme espace articulé, ou plutôt, articulant, espace spatialisant et configurant. Littéralement, il s’agit d’un espace qui laisse de la place15, car, ajoute Goetz, « l’architecture commence quand les murs s’ouvrent.16 » Et la pensée, pour se faire, a besoin d’espace…

    8Le concept de « plateau » introduit par Deleuze et Guattari peut également être fécond. Le plateau est un « réseau continu d’intensité rebelle à toute orientation et à toute finalité extérieure à lui-même17 ». Il désigne autrement dit une mise en forme de l’espace qui agit en deçà de la cognition, de l’interprétation, au niveau de la structuration des comportements, de la constitution et de la mise en jeu des contextes de sens, ce qu’on peut appeler un espace granuleux. L’agencement en « plateaux » implique une « physique de l’espace », c’est-à-dire l’aménagement d’une capacité à remettre en jeu les formes instituées de compréhension et d’habitation du monde, à « épaissir » l’expérience des individus sans faire appel à des référents identitaires visibles. Pour Renzo Piano, « l’espace représente avant tout la magie de certains moments collectifs, et qu’il découle le plus souvent d’éléments intangibles comme l’air, la lumière et le son, au lieu d’être le produit d’un agencement de murs, de cloisons et de plafonds.18 » Pour employer la terminologie deleuzienne, les plateaux exercent leurs effets au niveau des formes « moléculaires », qui ne relèvent pas de catégories instituées, officielles, mais de comportements, de modes d’action, de compréhension, d’être sous-jacents, qui se diffusent « implicitement », par « contamination », « accrétion », « rencontres », « contiguïtés19 », mais n’en sont pas moins les conditions de possibilités de toute « institution », donc aussi de tout « partage ».

    9Plus simplement, il faut, dirons-nous en résumé, un territoire, des trajets et des gestes pour penser – c’est-à-dire articuler de l’unité dans la diversité20, faire du sens. Avec la pluralisation des supports de l’écrit, la nécessité du lieu de leur rencontre, et des limites par lesquelles toiles et réseaux s’ancrent, est devenue plus patente encore21. Les lieux où nous lisons, où nous observons, où nous écoutons, où nous pensons, sont autant de relais pour nous permettre d’intérioriser le signe, l’image, le son, pour les faire nôtres. Ils participent de l’exercice de la lecture, de l’écoute, du visionnage, élargissent l’espace du livre ou de l’écran. Tokyo Ito conçoit même explicitement la bibliothèque de Sendaï comme le lieu d’une convergence entre la corporéité physique, incarnée, et la corporéité virtuelle qui flotte et tend à se désancrer du monde.

    LE « CLASSICISME » DE PIERRE RIBOULET ET LE « POST-MODERNISME » DE DOMINIQUE LYON

    10Terminons en évoquant les conceptions et outils développés par deux architectes significatifs qui ont l’un comme l’autre médité les enjeux posés par l’édifice « bibliothèque », en particulier dans sa relation à l’objet livre. Pierre Riboulet et Dominique Lyon ont chacun conçu dans le cadre du programme des BMVR un bâtiment reconnu et discuté, dans le monde de l’architecture comme dans celui de l’administration culturelle. Réalisations d’importance mais non chantiers exceptionnels par leur dimension, elles nous semblent, pour cela même, plus susceptibles d’illustrer le regard que portent leurs architectes sur l’objet bibliothèque que les projets géants comme celui de la BnF, souvent biaisés par les intérêts très particuliers qu’ils expriment.

    Pierre Riboulet (1928–2003)

    11Pierre Riboulet22 qui fut, avec l’équipe de l’Atelier de Montrouge (avec Thurnauer, Renaudie et Véret) et la conception de la bibliothèque pour enfants de Clamart, un acteur majeur de l’évolution de l’architecture des bibliothèques en France, bien avant de diriger personnellement de grands chantiers, conçoit la bibliothèque comme quête de l’unité. « La bibliothèque est l’endroit de l’unité, comme le livre est un endroit d’unité, capable de réunir un individu brisé par ailleurs de mille façons, par la vie contemporaine, par la vie active, par le travail…23 » Cette unité cependant n’est pas immédiatement donnée, mais suggérée, inscrite comme horizon d’une atmosphère par un jeu d’ombres et de lumières. « La mémoire peut aussi être cachée, elle doit même l’être, il faut la mériter. Il faut faire l’effort pour saisir toutes ces correspondances ; on ne peut pas donner tout, “déballer” tout sur la place. Il faut que chacun fasse un effort – de la même façon que, quand on entre dans un livre, on fait l’effort d’y entrer.24 » En d’autres termes, il faut qu’un espace transitionnel, concrétisé par une différence progressive de qualité lumineuse, sonore, atmosphérique, accompagne le passage d’un espace à l’autre. Les rampes qui assurent l’unité organique des sous-espaces et guident les déplacements des usagers jouent un rôle capital au sein de ce dispositif : celle de la bibliothèque de Paris 8 est même considérée comme une des innovations majeures du bâtiment. Pierre Riboulet privilégie en effet toujours le volume unique, même si celui-ci doit engendrer de nombreux sous-espaces qui constituent autant de « niches ». Cette diversité dans l’unité implique l’ouverture de vastes espaces : un plafond très élevé, comme à Limoges (par endroits, il peut atteindre 25 mètres), de grandes salles ou plateaux, souvent disposés en quinconce pour faciliter les systèmes d’échos. La lumière, « opaque » et « transparente » joue un rôle crucial dans la matérialisation de cette diversité dans l’unité. Riboulet use ici de différentes stratégies comme l’éclairage zénithal, l’installation de lanterneaux renvoyant indirectement la lumière selon les heures de la journée, etc. Tout cela fait de la bibliothèque un « monde clos ouvert au monde » et de ses espaces « des lieux de silence où cependant on n’est pas seuls.25 »

    Dominique Lyon26 (1954–)

    12Dans une société où rythmes et pensées sont irréductiblement déphasés, la perspective un peu liturgique de Pierre Riboulet reste un coup d’audace qui prend ou ne prend pas. Dominique Lyon accepte de son côté une forme de sous-détermi-nation de l’espace. Celle-ci n’implique cependant pas l’indétermination, ni d’ailleurs la recherche de minéralité, de sauvagerie que revendique Perrault. À propos de la BMVR de Troyes, Lyon évoque certes une « éclipse de l’architecture » mais intègre celle-ci au bâti, comme un moment interne de la mise en forme de l’espace. L’élément minéral de la voûte, inspiré de la voûte de Sainte-Geneviève, matérialise le ciel – mais comme une question, un point d’interrogation, une dimension libre autant que vide surgissant au sein d’un espace architectural très travaillé. Les symboles avec lesquels joue Dominique Lyon « glissent » ainsi d’édifice en édifice, sans recevoir d’interprétation ni de rôles définis, mais sans non plus se dissoudre ou s’atomiser. Ils jouent au sein d’un espace des possibles déterminé par un cahier des charges, une situation urbaine, un problème posé – fut-ce en filigrane – par le projet. Ainsi, le sens n’est plus donné, plus incarné, sa question insiste, et l’espace doit garder une trace de cette énigme et proposer les éléments premiers d’une enquête. « Une part de leur [des médiathèques] raison d’être est tenue par leur incertitude.27 »

    13Plus que de post-moderne, la démarche de Dominique Lyon peut ainsi être qualifiée de problématique. Chaque projet répond à une problématique que l’architecte doit reconnaître, expliciter et affronter. L’édifice peut alors « forcer son inscription dans la ville », à la façon dont la BMVR de Troyes s’avance vers le McDonald’s qui lui fait face, comme pour le dévorer. Forcer, précisons-le, ne veut pas dire s’imposer ; Lyon rejoint en effet Riboulet sur l’idée que l’architecte se doit d’être également urbaniste. Par forcer, il s’agit bien plutôt de faire admettre un nouvel édifice à un environnement urbain sans le dénaturer. De la même façon d’ailleurs, le refus de reproduire a priori les formes instituées et leur symbolique n’implique pas l’effacement pur et simple de l’histoire mais, une fois encore, la reconnaissance de son caractère problématique et la recherche de la façon dont elle peut se manifester sans être muséifiée ou banalisée. Plus que des niches, la bibliothèque ici propose des « coraux », des « coques ». Selon Michel Melot, la médiathèque de Troyes a par ailleurs « complètement gagné [son pari] en traitant la vision du fonds ancien comme un vrai spectacle.28 » La partition en trois espaces de cette BMVR permet de proposer côte à côte trois visions de la culture (patrimoine, espace adultes, espace jeunesse). Ainsi, le patrimoine est-il exposé de façon spectaculaire (reprise de l’aspect de l’ancien fonds avec des effets de perspective), sans pour autant que cette présentation prenne un caractère monumental (la salle qui lui est consacrée est, en volume, plus petite que les autres).

    14Soulignons, pour conclure, que s’il s’agit pour l’édifice de proposer un lieu, cette dimension d’esquisse et d’ouverture n’est pas quitte – c’est là que le projet excessivement symbolique de Perrault pour la BnF est le plus contesté − d’autres contraintes. Le brouillage des formes traditionnelles ne peut avoir lieu sans rigueur. Si le schéma de la bibliothèque n’est plus livré « clef en main », s’il est habité d’une dimension énigmatique, s’il interroge chaque fois à nouveau la dynamique du sens et de la matière, c’est bien de structures qu’il s’agit encore. Atmosphères, ambiances, tonalités, sont les adjuvants d’autre chose encore : grain offert pour assister la prise d’un sens, mise en condition à la rencontre d’une extériorité – de la connaissance, des œuvres, etc. – elles ne se suffisent pas à elles-mêmes et ne se justifient – c’est la leçon de Riboulet – que transcendées au sein d’une forme, d’une structure, d’une dynamique…

    15Une des fonctions symboliques du livre que la bibliothèque est conduite à relayer, dirons-nous enfin, est son témoignage. Les livres et les bibliothèques matérialisent l’appel à dire, incarnent la mise en question de ce qui semble aller de soi, manifestent l’épaisseur du réel en lequel nous sommes inscrits, et qui nous dépasse toujours aussi.

    Bibliographie

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    Format

    Berque, A. (2009). Écoumène. Belin. https://doi.org/10.3917/bel.berqu.2009.01
    Foucault, M. (2004). « Des espaces autres ». Empan, 54(2), 12. https://doi.org/10.3917/empa.054.0012
    Berque, Augustin. “Écoumène”. []. Belin, 2009. doi:10.3917/bel.berqu.2009.01.
    Foucault, Michel. “« Des Espaces Autres »”. Empan 54, nos. 2 (2004): 12. doi:10.3917/empa.054.0012.
    Berque, Augustin. Écoumène. [], Belin, 2009. Crossref, https://doi.org/10.3917/bel.berqu.2009.01.
    Foucault, Michel. “« Des Espaces Autres »”. Empan, vols. 54, nos. 2, 2004, p. 12. Crossref, https://doi.org/10.3917/empa.054.0012.

    Cette bibliographie a été enrichie de toutes les références bibliographiques automatiquement générées par Bilbo en utilisant Crossref.

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    Notes de bas de page

    1 BnF, médiathèque Lucie-Aubrac de Vénissieux.

    2 Les Champs Libres de Rennes.

    3 BMVR de Montpellier.

    4 Bibliothèque de l’école technique supérieure à Eberswalde.

    5 Bibliothèque de l’université de Cottbus.

    6 Bibliothèque publique d’information (BPI).

    7 Bibliothèque municipale de Seattle, ou plus récemment, le projet de bibliothèque municipale de Rouen.

    8 Carré d’Art de Nîmes.

    9 Maison du livre, de l’image et du son de Villeurbanne.

    10 André-Pierre Syren est conservateur, directeur de la bibliothèque municipale de Metz. « Vers une bibliothèque de synthèse : architecte et bibliothécaire à l’heure du document numérique », in Lardellier (Pascal) et Melot (Michel), Demain le livre, et « Bibliothèques et architectes », BBF, 2007, t. 52, n° 1.

    11 « La bibliothèque comme espace architectural : digressions théoriques », p. 11-12, Payot (Daniel), in Ouvrages et volumes, Anne-Marie Bertrand et Anne Kupiec (Dir.).

    12 Melot (Michel), Livre, p. 104.

    13 La dislocation, Architecture et philosophie, p. 21.

    14 « Désormais, le projet humain d’installation spatiale n’est plus contraint de s’insérer, s’intégrer et se loger dans un contexte local, naturel ou culturel. Il lui suffit de se brancher sur le système des réseaux », déplore Françoise Choay. « Anthropologie », in Pour une anthropologie de l’espace, p. 361. Heidegger déjà écrivait que « cette suppression hâtive de toutes les distances n’apporte aucune proximité : car la proximité ne consiste pas dans le peu de distance. […] Dans le flot de l’uniformité sans distance, tout est emporté et confondu », « La chose », in Essais et conférences, p. 194-195, traduction André Préau, Gallimard, 1958 (première édition).

    15 Tokyo Ito, dans son projet pour la bibliothèque de Jussieu (1992), oppose explicitement « forme » et « place » : « Par “forme”, j’entends des configurations architecturales qui génèrent des limites clairement définies entre l’extérieur et l’intérieur. Par “place” en revanche, j’entends des domaines sans limites clairement définies ; il suffit d’un arbre ou d’un ruisseau pour former une “place”. »

    16 La dislocation. Architecture et philosophie, p. 61.

    17 La dislocation. Architecture et philosophie, p. 136.

    18 Du plateau Beaubourg au centre Georges-Pompidou, p. 36.

    19 On peut aussi évoquer le concept d’hétérotopie, dû à Michel Foucault, qui a été développé dans une perspective plus politique. Une hétérotopie est un « espace autre », soustrait aux forces coercitives qui structurent un territoire ; il s’agit en quelque sorte d’un lieu « hors lieu », d’un lieu qui n’est à proprement parler nulle part. Cf. Dits et Écrits, tome 4, « Des espaces autres », p. 752 – 762.

    20 « Tout ce qui se passe sur le plan mental et sur le plan corporel, sur le plan des rapports aux éléments, était parfaitement évoqué dans cet aphorisme et doit être pris comme leçon par nous-mêmes pour suivre Labrouste en notre siècle, aujourd’hui, celui-ci. » Paul Chemetov, « L’actualité de Labrouste : le regard de l’architecte », in Des palais pour les livres, sous la direction de Jean-Michel Leniaud, p. 133.

    21 À ce sujet, voir notre article « L’élargissement de l’ordre des livres », Argus, 2011, vol. 40, n° 2.

    22 Écrits et Propos, éd. du Linteau, 2003, Un parcours moderne, éd. du Linteau, 2004. Riboulet a également soutenu une thèse, Architecture et classes sociales, sous la direction de Nikos Poulantzas.

    23 « Le caractère du bâtiment », BBF, 1996, t. 41, n° 5.

    24 Ibid.

    25 Projet de Paris 10.

    26 Nous ne mentionnons ici que le nom de Dominique Lyon, n’ayant pas pu interviewer Pierre du Besset, son associé au sein du cabinet du Besset-Lyon.

    27 Dominique Lyon, Une médiathèque à Troyes, p. 23.

    28 Préface à Architecture et lecture, p 14.

    Auteur

    • Florian Forestier

      Florian Forestier est né à Bâle (Suisse) en 1981. Actuellement chargé de collection au département Langue, littérature et art à la BnF, titulaire du diplôme de conservateur des bibliothèques et docteur en philosophie (universités Toulouse/Paris 4), il est auteur de deux livres : Paysages (roman) et La Boîte (poésie). Un ouvrage inspiré de sa thèse, intitulé La phénoménologie génétique de Marc Richir, est à paraître en 2013 aux éditions Springer (coll. Phenomenologica).

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    Lire, écrire ou comment je suis devenu collectionneur de bibliothèques

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    Tours et détours en bibliothèque. Carnet de voyage

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    1 BnF, médiathèque Lucie-Aubrac de Vénissieux.

    2 Les Champs Libres de Rennes.

    3 BMVR de Montpellier.

    4 Bibliothèque de l’école technique supérieure à Eberswalde.

    5 Bibliothèque de l’université de Cottbus.

    6 Bibliothèque publique d’information (BPI).

    7 Bibliothèque municipale de Seattle, ou plus récemment, le projet de bibliothèque municipale de Rouen.

    8 Carré d’Art de Nîmes.

    9 Maison du livre, de l’image et du son de Villeurbanne.

    10 André-Pierre Syren est conservateur, directeur de la bibliothèque municipale de Metz. « Vers une bibliothèque de synthèse : architecte et bibliothécaire à l’heure du document numérique », in Lardellier (Pascal) et Melot (Michel), Demain le livre, et « Bibliothèques et architectes », BBF, 2007, t. 52, n° 1.

    11 « La bibliothèque comme espace architectural : digressions théoriques », p. 11-12, Payot (Daniel), in Ouvrages et volumes, Anne-Marie Bertrand et Anne Kupiec (Dir.).

    12 Melot (Michel), Livre, p. 104.

    13 La dislocation, Architecture et philosophie, p. 21.

    14 « Désormais, le projet humain d’installation spatiale n’est plus contraint de s’insérer, s’intégrer et se loger dans un contexte local, naturel ou culturel. Il lui suffit de se brancher sur le système des réseaux », déplore Françoise Choay. « Anthropologie », in Pour une anthropologie de l’espace, p. 361. Heidegger déjà écrivait que « cette suppression hâtive de toutes les distances n’apporte aucune proximité : car la proximité ne consiste pas dans le peu de distance. […] Dans le flot de l’uniformité sans distance, tout est emporté et confondu », « La chose », in Essais et conférences, p. 194-195, traduction André Préau, Gallimard, 1958 (première édition).

    15 Tokyo Ito, dans son projet pour la bibliothèque de Jussieu (1992), oppose explicitement « forme » et « place » : « Par “forme”, j’entends des configurations architecturales qui génèrent des limites clairement définies entre l’extérieur et l’intérieur. Par “place” en revanche, j’entends des domaines sans limites clairement définies ; il suffit d’un arbre ou d’un ruisseau pour former une “place”. »

    16 La dislocation. Architecture et philosophie, p. 61.

    17 La dislocation. Architecture et philosophie, p. 136.

    18 Du plateau Beaubourg au centre Georges-Pompidou, p. 36.

    19 On peut aussi évoquer le concept d’hétérotopie, dû à Michel Foucault, qui a été développé dans une perspective plus politique. Une hétérotopie est un « espace autre », soustrait aux forces coercitives qui structurent un territoire ; il s’agit en quelque sorte d’un lieu « hors lieu », d’un lieu qui n’est à proprement parler nulle part. Cf. Dits et Écrits, tome 4, « Des espaces autres », p. 752 – 762.

    20 « Tout ce qui se passe sur le plan mental et sur le plan corporel, sur le plan des rapports aux éléments, était parfaitement évoqué dans cet aphorisme et doit être pris comme leçon par nous-mêmes pour suivre Labrouste en notre siècle, aujourd’hui, celui-ci. » Paul Chemetov, « L’actualité de Labrouste : le regard de l’architecte », in Des palais pour les livres, sous la direction de Jean-Michel Leniaud, p. 133.

    21 À ce sujet, voir notre article « L’élargissement de l’ordre des livres », Argus, 2011, vol. 40, n° 2.

    22 Écrits et Propos, éd. du Linteau, 2003, Un parcours moderne, éd. du Linteau, 2004. Riboulet a également soutenu une thèse, Architecture et classes sociales, sous la direction de Nikos Poulantzas.

    23 « Le caractère du bâtiment », BBF, 1996, t. 41, n° 5.

    24 Ibid.

    25 Projet de Paris 10.

    26 Nous ne mentionnons ici que le nom de Dominique Lyon, n’ayant pas pu interviewer Pierre du Besset, son associé au sein du cabinet du Besset-Lyon.

    27 Dominique Lyon, Une médiathèque à Troyes, p. 23.

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    Forestier, Florian. « Théorie architecturale et bibliothèques ». In Architecture et bibliothèque, édité par Christelle Petit. Villeurbanne: Presses de l’enssib, 2012. doi:10.4000/books.pressesenssib.1219.
    Forestier, Florian. « Théorie architecturale et bibliothèques ». Architecture et bibliothèque, édité par Christelle Petit, Presses de l’enssib, 2012, https://doi.org/10.4000/books.pressesenssib.1219.

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    Petit, C. (éd.). (2012). Architecture et bibliothèque. Villeurbanne: Presses de l’enssib. https://doi.org/10.4000/books.pressesenssib.1206
    Petit, Christelle, éd. Architecture et bibliothèque. Villeurbanne: Presses de l’enssib, 2012. doi:10.4000/books.pressesenssib.1206.
    Petit, Christelle, éditeur. Architecture et bibliothèque. Presses de l’enssib, 2012, https://doi.org/10.4000/books.pressesenssib.1206.
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