Les faubourgs de Poseidonia : nécropoles et sanctuaires extra urbains, de la fondation de la cité à la conquête lucanienne
p. 91-108
Résumés
Cette contribution est un essai d’établissement de ce que l’on peut considérer comme le périurbain dans le cadre d’une cité italiote. J’utilise trois définitions possibles du terme : d’abord celle qu’en donne la géographie contemporaine, puis les théories de Platon sur la cité idéale, enfin la notion de faubourg. Confrontant théories et données archéologiques de la cité de Poseidonia, des sanctuaires et des nécropoles, et suivant un parcours chronologique, nous partons des zones les plus éloignées du centre urbain pour s’en rapprocher. Je conclus que le périurbain peut être défini de plusieurs façons et je propose ainsi une réponse au pluriel.
This paper is an attempt at the demonstration of what one can consider to be the suburban in the context of an Italiote city. I apply three possible definitions of the word : firstly, the definition coming from contemporary Geography, then Plato’s theories of the ideal city and finally the notion of suburbs. Comparing theories and archaeological evidence from the city of Poseidonia, sanctuaries and necropoleis, and following a chronological itinerary, we start with the farthest zones to come progressively closer to the urban center. I conclude that the suburban may be characterized in several forms and I propose thus an answer in the plural.
Questo articolo è un tentativo di stabilire ciò che si può considerare essere il periurbano nel contesto di una città italiota. Utilizzo tre definizioni possibili della parola : in primo luogo, la definizione proveniente dalla geografia contemporanea, poi le teorie di Platone sulla città ideale e infine la nozione di periferia. Confrontando teorie e testimonianze archeologiche della città di Poseidonia, santuari e necropoli, e seguendo un percorso cronologico, si parte dalle zone più lontane per avvicinarsi progressivamente dal centro urbano. Concludo che il periurbano può essere caratterizzato in diverse forme e propongo quindi una risposta al plurale.
Entrées d’index
Mots-clés : territoire, sanctuaires extra urbains, nécropoles, Platon
Keywords : territory, extra urban sanctuaries, necropoleis, Plato
Index géographique : Poseidonia
Parole chiave : territorio, santuari extra urbani, Platone
Texte intégral
1Avant tout commentaire sur les établissements situés à l’extérieur des murailles de la ville de Poseidonia, il est essentiel de définir ce que nous entendons par « périurbain » dans le cadre d’une cité italiote. En un certain sens, ces pages constituent un essai de réponse à cette question de définition.
2Dans cette contribution, je partirai de deux, voire trois définitions possibles du périurbain pour les confronter aux données archéologiques provenant du territoire de Poseidonia. Dans un premier temps, je prendrai appui sur une définition qui vient de la géographie contemporaine, que je mettrai en parallèle avec les théories de Platon sur sa cité idéale. Ensuite, j’utiliserai la définition du terme grec proasteion en tant que faubourg. Nous emprunterons un parcours qui, utilisant les théories pour les confronter aux données archéologiques, partira des zones les plus éloignées du centre urbain pour s’en rapprocher, tout en suivant un ordre chronologique, de la fondation de la cité grecque vers 600 av. J.-C. jusqu’à la conquête lucanienne à l’extrême fin du ve siècle av. J.-C.1.
3L’objectif ici est d’utiliser les données archéologiques de Poseidonia pour esquisser non pas une définition du périurbain, mais une réponse au pluriel.
Une définition des concepts
4Comme la notion de périurbain et la perspective de son application dans l’analyse des vestiges archéologiques proviennent des sciences contemporaines, il est avisé de commencer par une définition géographique du terme :
Le périurbain est une catégorie analytique et interprétative qui désigne des configurations urbaines émergentes, situées à la périphérie d’une agglomération, caractérisées par une faible densité (bâti, population, emploi), une faible diversité (ségrégation sociale et fonctionnelle) mais par une bonne accessibilité au reste de l’espace urbain environnant. Le périurbain est symptomatique de la transformation de la ville occidentale qui tend, sur ses marges, à l’étalement, à la spécialisation et à la ségrégation des territoires urbains directement polarisés2.
5Cette définition du périurbain concernant la spatialité et la topographie des villes contemporaines est relativement imprécise, mais les géographes considèrent que le périmètre peut arriver jusqu’à environ 20 à 30 km de distance du centre urbain. Outre l’aspect purement topographique, l’historicité de la définition de périurbain a un sens d’autant plus important pour notre propos : selon Rafael de Miguel Gonzàlez, « dès que la ville n’est plus continue, c’est-à-dire à partir du même moment où il n’existe plus une limite physique et tangible après la démolition des remparts au dix-neuvième siècle, la ville de l’âge industriel répond à des besoins fonciers qui se manifestent dans une vaste banlieue. » La ville industrielle devient ainsi « essentiellement périphérique, substantiellement anti-urbaine3. »
6Dans une perspective qui met les villes antiques et industrielles en miroir, il est possible de s’intéresser à l’organisation de la ville antique avant la construction des remparts, à l’époque archaïque et au début de la période classique en ce qui nous concerne. De plus, pour concilier cette définition assez large du concept géographique moderne et nos propos sur un cas d’étude antique, les théories de Platon, en particulier dans les Lois, peuvent servir d’intermédiaire. C’est effectivement dans ce dialogue de sa maturité que le philosophe précise sa conception d’une cité grecque idéale, dont l’organisation spatiale est un point décisif pour le bon fonctionnement de ses activités et de ses institutions (V, 747d-e).
7Dans un passage célèbre des Lois (V, 745c-e)4, le philosophe conçoit la division de tout domaine privé en deux parties, l’une proche du centre et l’autre dans ses extrémités (le terme utilisé est éschatos). Plus loin (VIII, 848c-e), Platon expose plus clairement encore son système de division de l’espace dans la campagne, à travers un ensemble de douze villages (kómai) distribués dans le territoire, permettant une occupation optimale des terres, ce qui correspond à une transcription topographique de la définition de sa cité idéale.
8Le système platonicien propose que dans chaque village on construise une place publique (agorá) et un temple (hierón), pour que tous les dieux protecteurs de chacune des douze parties du territoire de la cité aient une demeure dans le village respectif. Il faut également édifier des maisons (oikodómiai) autour de chacun des temples, à l’endroit le plus élevé (ho tópos hypselótatos), afin de constituer un poste bien fortifié (phroúrion). En parlant des artisans, il propose une division en treize parties, le centre urbain constituant la première, et les douze autres se situant dans le territoire. De cette façon, dans tous les villages il est important d’avoir tous les ouvriers (demiourgoí) des différents corps de métier qui sont utiles aux cultivateurs (georgoí). Enfin, l’auteur prévoit également les magistrats responsables de cette organisation, des agronomes (agronómoi), tandis que des astynomes s’occuperaient de l’organisation du centre urbain.
9Sans vouloir comparer l’incomparable, nous observons ainsi un certain dénominateur commun entre le concept de périurbain de la géographie moderne et l’organisation de la cité grecque idéale de Platon. Ses villages disséminés dans la campagne grecque pourraient remplir certaines des fonctions du périurbain moderne. Nous reviendrons notamment sur les aspects de spécialisation et de ségrégation, largement étudiés par la géographie moderne, et leurs possibles équivalents dans une cité coloniale grecque (fig. 1).
Fig. 1 - La Grande-Grèce et de la Sicile, avec indication des cités grecques coloniales.

© A. Pollini.
Modèle platonicien des kómai dans la chôra de Poseidonia
10Suivant la conception platonicienne, ainsi que les théories modernes de Fustel de Coulanges jusqu’à François de Polignac5, l’élément central de l’organisation des espaces extra urbains est constitué par les lieux de culte. Si pour Platon les sanctuaires permettent d’organiser les douze répartitions idéales de la campagne, F. de Polignac accorde aux sanctuaires extra urbains les fonctions de contrôle de l’espace et de marqueurs de frontière6.
11Le cas de Poseidonia offre une situation particulièrement propice pour cette analyse (fig. 2)7, puisque les premiers signes d’occupation régulière grecque sont perceptibles dans le centre urbain et dans deux sanctuaires extra urbains, l’Héraion à l’embouchure du Sele au nord (n° 1) et un plus petit sanctuaire sur la colline d’Agropoli au sud (n° 74), dont la divinité honorée à l’époque archaïque n’est pas attestée avec certitude, probablement Athéna, ou peut-être Poséidon8. La recherche archéologique actuelle s’accorde pour situer la fondation de la colonie vers 600 av. J.-C.9.
Fig. 2 - Le territoire de Poseidonia au vie siècle av. J.-C., avec indication des sanctuaires et des nécropoles.

© A. Pollini.
12Ces deux sanctuaires extra urbains semblent poser les limites de l’occupation grecque et ne concernent donc pas la notion de périurbain que nous voulons développer ici10. Par conséquent, il est plus intéressant de s’attarder sur les autres sanctuaires, plus petits et situés dans la portion orientale du territoire de la cité.
Fig. 3 - Paysage à l’est du centre urbain de Poseidonia, avec le mont Capaccio, où se situe le sanctuaire d’Acqua che Bolle.

Cliché A. Pollini.
13Le premier cas qui mérite attention est celui d’Acqua che bolle (fig. 3, n° 58)11. Il s’agit d’une localité située à environ trois kilomètres au sud-est du centre urbain, dans une zone à la limite entre la plaine et les premières pentes du mont Capaccio, où l’on remarque la présence de plusieurs sources d’eau, comme son nom l’indique. Le principal vestige découvert à cet endroit est une inscription en alphabet achéen archaïque, qui porte la mention : tâs theô emi hiarón, datée de la seconde moitié du vie siècle (fig. 4)12. Le matériel céramique, coupes ioniennes de type B2, krateriskoi et coupes à vernis noir du type Bloesch C de production locale, est datable entre la seconde moitié du vie et le début du ve siècles.
Fig. 4 - Acqua che Bolle, inscription dialectale grecque.

Petite plaque d’argent ellipsoïde avec l’inscription dextroverse tâs theô emi hiarón, datée dans la seconde moitié du vie siècle av. J.-C.
© Musée archéologique national de Paestum.
14Ce lieu de culte est remarquable par sa chronologie, d’après l’inscription et le matériel, et par sa localisation, au pied du mont Capaccio, bien qu’aucune structure ne soit identifiée à cet endroit. La présence d’une petite nécropole lucanienne du ive siècle, située à environ 7 m, est inhabituelle. Soit il s’agit de l’emplacement d’un petit centre aux fonctions multiples, sacrée et funéraire, mais dont les traces les plus anciennes n’ont pas été trouvées, soit ce matériel sacré n’est pas in situ et peut provenir d’un sanctuaire situé un peu plus haut sur la colline. Dans tous les cas, ces vestiges attestent d’une présence grecque stable à peu de temps de la fondation coloniale et à peu de distance du centre urbain.
15Un autre petit sanctuaire champêtre au pied du mont Capaccio est celui de Getsemani (n° 39)13. Nous n’avons pas la localisation précise de la découverte des vestiges antiques et tout contexte est perdu par la construction du sanctuaire moderne.
16La fréquentation grecque de l’endroit est attestée dès les premières années de la colonie par la présence de fragments de céramique corinthienne, de bucchero, de coupes ioniennes, de skyphoi à vernis noir, de céramique à bandes de fabrication locale et des terres cuites.
17Bien que ce matériel témoigne de la fréquentation du lieu dès le début du vie siècle, il ne permet pas d’établir la fonction du site lors de cette première phase. La caractéristique sacrée de l’endroit ne peut être certifiée qu’à partir de la seconde moitié du vie et du début du ve siècle, grâce à des centaines de fragments d’hydries à bandes et achromes de moyennes et petites dimensions, qui renvoient à un culte lié à l’eau, probablement à une source. Il est ainsi tentant de voir la fonction sacrée dès le début de l’occupation du site, sans qu’on puisse l’affirmer de façon catégorique.
18Les seuls éléments d’une structure en pierre sont quatre bases en calcaire, probablement destinées à soutenir les colonnes d’un portique ou d’un petit édifice. En outre, le matériel inclut également des rebuts de cuisson et des distanciateurs, ce qui renvoie à une activité artisanale, malheureusement impossible à vérifier ni à situer précisément. Malgré l’imprécision des vestiges, il semblerait qu’il s’agisse d’un espace avec de multiples fonctions, sacrée et artisanale pour le moins.
19Un discours un peu plus abouti est permis pour un lieu plus éloigné du centre urbain, au sanctuaire de Fonte (n° 33)14, situé à environ 13 km au nord-est de Poseidonia. Il s’agit sans doute du plus important lieu de culte archaïque à l’est de la ville. De nombreux fragments de matériel votif ont été découverts et le matériel le plus ancien et le plus nombreux est représenté par des fragments de statuettes en terre cuite, semblables aux types les plus anciens retrouvés dans les Héraia, le sanctuaire urbain méridional et celui à l’embouchure du Sele, datables de la fin du viie siècle : on y retrouve tant le type dédalique que celui de la déesse assise trônant et le type d’Héra paestane. Malheureusement, ce matériel n’est pas homogène et comporte des fragments d’époques plus récentes, allant jusqu’au iie siècle av. J.-C., mélangés aux vestiges les plus anciens.
20Malgré la grande quantité de matériel votif, aucune structure de type sacré n’a été identifiée à cet endroit. D’après sa position géographique et sa chronologie, ce sanctuaire a été identifié comme un possible marqueur de frontière, en l’occurrence celle du nord-est15. La caractéristique frontalière de l’endroit se trouve renforcée par la présence à Boccalupo16, à uniquement 200 m du sanctuaire, d’un petit noyau de tombes archaïques. Les tombes sont chronologiquement homogènes et datables du milieu du vie siècle à partir de leur mobilier : bucchero campanien (cratère à colonnette, coupe avec bord à col, bassins et amphores à vin) et coupes ioniennes de type B2. Ce mobilier diffère des tombes urbaines contemporaines et se rattache plutôt aux exemples de la tradition indigène campanienne. Nous pouvons ajouter également la nécropole de Tempalta (n° 31)17, située sur une basse colline (328 m) à environ 3 km au nord-est de Fonte. La nécropole montre une durée d’occupation assez longue, dès la deuxième moitié du viie siècle jusqu’à la fin du ive siècle av. J.-C., toujours rattachée à une occupation indigène.
21On remarque la présence, au même endroit et à la même époque, d’un sanctuaire grec en proximité d’une, voire de deux nécropoles indigènes. Il s’agit certainement d’une frontière avec un haut niveau de perméabilité entre éléments grecs et indigènes. Mais pour notre propos, il est plus important de souligner que, si les exemples analysés jusqu’ici ne donnaient pas une attestation assurée, la situation à Fonte peut être davantage comparée au modèle idéal de Platon, avec un lieu sacré et un habitat/nécropole situés sur les hauteurs d’une voie de passage. Il reste la question de son occupation par des Grecs et des indigènes ou uniquement par des indigènes ayant utilisé des formes céramiques grecques liées au domaine du sacré.
22Avec San Nicola di Albanella (no 14)18, à 16 km du centre urbain, nous avançons dans le temps, entre les années finales du vie et le courant du ve siècles, et vers le nord-est du territoire de Poseidonia. La seule structure retrouvée est un monument rectangulaire, avec les vestiges de quatre foyers situés au centre de l’édifice, ce qui témoigne d’une activité sacrée à l’intérieur de la structure et non sur un autel extérieur. Cela et le matériel retrouvé dans la zone sacrée, vases miniaturisés et terres cuites votives, permettent d’identifier les divinités honorées ici comme étant Déméter et Koré19. L’édifice rectangulaire est abandonné au milieu du ve siècle, mais le sanctuaire continue d’être fréquenté jusqu’à la fin du ive siècle, sans discontinuité.
23La possibilité d’identifier le sanctuaire de San Nicola di Albanella comme un lieu de rassemblement d’un noyau de population installé dans la campagne est renforcée par la présence de trois petites nécropoles à proximité. La première, datée entre la fin du ve et le début du ive siècle, a fait connaître quelques-unes des rares tombes peintes situées dans le territoire de la cité, ce qui montre des signes importants de prestige de la communauté installée ici. La datation de la nécropole, uniquement à la fin du ve siècle, appelle à la prudence pour éviter l’amalgame entre le sanctuaire, surtout dans la phase pendant laquelle l’édifice rectangulaire était en fonction, et la nécropole plus tardive. Puis, dans le ive siècle, la fonction funéraire est davantage attestée à travers deux autres nécropoles, découvertes à environ 100 m de distance l’une de l’autre. Outre les tombes, le site a livré également des traces d’un établissement lucanien d’après les fragments de tuiles et de céramique. Enfin, une troisième nécropole se situait à environ 500 m au nord-ouest du sanctuaire et on remarque aussi une zone comprenant quelques foyers à mi-chemin entre la nécropole et l’enceinte sacrée. Cette accumulation de vestiges, surtout au ive siècle, montre l’ampleur de ce site et la multiplicité de ses fonctions.
Proasteion ou des faubourgs à Poseidonia
24Comme évoqué au début, une autre définition possible de périurbain est celle qui part du terme grec de proasteion en tant que faubourg20. Les travaux de Rosa Plana-Mallart montrent que cette notion peut être appliquée pour des établissements se situant à une distance comprise entre 1,2 et 1,5 km du centre urbain21.
25À partir de ce sens de faubourg, il est intéressant de se tourner vers le petit sanctuaire extra urbain de Linora (n° 63)22, situé à environ 3 km au sud des remparts de Poseidonia, le double des distances identifiées par R. Plana-Mallart ou de la limite en Grèce métropolitaine d’après les données provenant d’Arcadie23. Les traces qui permettent d’établir un lieu de culte à cet endroit comprennent une moitié d’antéfixe à tête de gorgone, datable du milieu du vie siècle, quelques fragments de statuettes en terre cuite, reproduisant une figure féminine avec une fleur de lotus sur la poitrine, datables de la première moitié du ve siècle, ainsi que de nombreux fragments de céramique corinthienne et attique archaïque à vernis noir, certains présentant de petites inscriptions.
26Malheureusement, de ce sanctuaire aucune structure n’est parvenue en place ; en revanche, l’antéfixe archaïque est l’indication de l’existence d’un édifice d’une certaine importance à cet endroit.
27Le site est remarquable aussi par la découverte de deux tronçons de route, l’un d’une longueur d’environ 200 m avec une orientation nord-sud et l’autre plus petit qui croise le précédent et donne une direction du nord-ouest au sud-est, situé à environ 50 m du lieu de découverte de l’antéfixe archaïque et des fragments de céramique. Outre le sanctuaire, ont été retrouvés des fragments de céramique mal cuite de la seconde moitié du vie siècle, probablement des rejets d’un atelier local. Pour compléter, on a trouvé une carrière de pierre, caractérisée par les restes d’un fût de colonne et des blocs à peine ébauchés. Pour la période grecque, malgré de nombreux signes de fréquentation de la zone dès le milieu du vie siècle, une seule tombe datée du ve siècle ne suffit pas à confirmer l’existence d’un village-faubourg à cet endroit.
28En revanche, à proximité du site de Linora et à uniquement à 1,5 km au sud du centre urbain, se trouve la nécropole de Tempa del Prete (n° 62)24. La majeure partie des tombes découvertes est datable du ive siècle, mais quelques tombes sont plus anciennes, de la fin du vie et du ve siècles. Évidemment, la tombe du Plongeur, datée de 480 av. J.-C., mise au jour dans cette nécropole, est un dossier absolument exceptionnel25.
29Malgré le petit nombre de tombes de la période grecque, la grande quantité de matériel sporadique retrouvé dans le remplissage autour des tombes lucaniennes permet de soutenir l’idée d’une réutilisation d’une grande partie de la nécropole dans cette seconde phase de fréquentation. L’ensemble Linora-Tempa del Prete pourrait ainsi fonctionner comme un faubourg : selon l’hypothèse d’Emanuele Greco26, les citoyens grecs de Poseidonia suivraient le schéma classique d’« habiter en ville » et d’être enterrés dans les nécropoles dites urbaines ; dans un schéma opposé, ce village-faubourg concentrerait des populations qui n’appartenaient pas au corps civique, habitaient en dehors de la ville et se faisaient ensevelir à proximité de leur habitation.
30La nécropole de Ponte di Ferro (no 48)27, datable du vie siècle av. J.-C. et composée d’environ 140 tombes, indique un rituel funéraire différent de l’habituel : les corps étaient déposés directement dans le sable, sans mobilier, sans aucun respect des orientations et comportant des superpositions de tombes. On remarque aussi le grand nombre de squelettes d’enfants ainsi qu’un âge moyen plus bas pour les individus adultes, caractéristiques de la malnutrition de la population.
31Tous ces indices permettent de formuler l’hypothèse d’une nécropole dédiée à des individus d’origine sociale plus basse. De plus, une quinzaine de tombes est construite avec des fragments de plaques de travertin et couverte avec des tuiles déformées ou présentant des défauts de cuisson. Les constructions en pierre sont visiblement issues du rejet de matériels endommagés ce qui amène à identifier un atelier qui les aurait produits sans doute à proximité du lieu d’utilisation de ces exemplaires mal formés, c’est-à-dire la nécropole.
32Les deux cas opposés montrent ainsi une certaine spécialisation (ou ségrégation) des faubourgs à Poseidonia. Dans le cas de Ponte di Ferro (no 48), une nécropole réservée à des individus d’origine sociale plus basse ; les cas de Linora (n° 63) et de Tempa del Prete (n° 62) représentent une communauté d’un niveau économique élevé, possiblement liée aux routes et aux activités artisanales ou commerciales, mais qui n’était pas intégrée au cercle des citoyens.
33Pour compléter le tableau de l’occupation de la campagne poseidoniate avant l’arrivée des Lucaniens à l’extrême fin du ve siècle, il est nécessaire de mentionner la nécropole du Gaudo (n° 47)28, située à environ 1 km au nord du centre urbain. La tombe grecque la plus ancienne (t. 323)29 est datable entre la fin du vie et le début du ve siècle et particulièrement importantes sont les analogies que l’on peut faire entre son rituel funéraire (mobilier et cadavre incinéré) et les contextes funéraires de la région étrusco-campanienne. Outre cette sépulture exceptionnelle, dès le début du ve siècle, la nécropole montre des signes d’une utilisation stable et régulière, qui dure jusqu’au ive siècle, mais avec deux modes d’utilisation différents : jusqu’au milieu du ve siècle, à l’exception de la tombe la plus ancienne (t. 323), les dépositions et le mobilier des tombes ne se distinguent guère du rituel pratiqué dans les nécropoles urbaines de Poseidonia. Le grand soin pratiqué dans la construction des tombes ainsi que le fait remarquable de peindre l’intérieur de quelques-unes d’entre elles, d’une couleur unie ou de bandes de couleurs mais sans motifs, indiquent une utilisation par un groupe appartenant à une strate sociale élevée, suffisamment aisée pour offrir des sépultures coûteuses à ses défunts. Le rapprochement entre ces décorations peintes et la célèbre tombe du Plongeur de la nécropole méridionale de Tempa del Prete est évident. Les raisons du phénomène particulier de cette nécropole sont sans doute à chercher dans sa composition sociale : de même que pour le cas de Linora-Tempa del Prete, il s’agit probablement d’un noyau de population d’origine italique, qui ne possédait pas la citoyenneté poseidoniate30.
34La deuxième phase d’utilisation, dans la seconde moitié du ve siècle, relève d’un rituel funéraire complètement différent. Le mobilier ne se réduit plus à l’austérité précédente, qui se limitait à un nombre réduit de vases déposés, mais livre une plus grande quantité de vases à l’intérieur de chaque tombe ainsi que des armures et des armes déposées avec le défunt. Le mobilier de ces tombes se rapporte en grande partie à la tradition que l’on rencontre dans les centres indigènes de l’arrière-pays, surtout ceux situés en Campanie31. L’importante présence d’armes, ainsi que l’analyse de quelques ossements indiquant des individus probablement engagés dans des activités militaires, font penser à un noyau de mercenaires. Si le rituel funéraire est différent, nous observons une certaine continuité dans l’utilisation de cette nécropole par des groupes sociaux qui n’étaient pas intégrés au corps civique de Poseidonia.
Conclusion
35Ce bref panorama de l’occupation du territoire de Poseidonia avant l’arrivée des Lucaniens à l’extrême fin du ve siècle permet l’élaboration de quelques observations. Premièrement, il faut noter une chronologie très haute et proche de la fondation de la cité pour une grande partie des données archéologiques analysées, en particulier des sanctuaires. L’affirmation que les sanctuaires avaient une fonction de démarcation des limites de l’occupation du territoire de la cité ne constitue aucunement une nouveauté. En revanche, l’hypothèse des sanctuaires comme « marqueurs de frontière »32 à l’époque archaïque ne doit pas conditionner toute analyse, ni empêcher de pousser cette hypothèse plus loin, dans son rôle et dans le temps.
36Ainsi, cette contribution a voulu attirer l’attention sur les possibilités d’identification de fonctions multiples pour ces lieux, qu’elles soient sacrées mais aussi funéraires ou artisanales. On peut rapprocher cette organisation de l’espace, avec des sanctuaires placés sur les hauteurs et associés à un petit établissement, aux théories de Platon et les douze kómai de sa cité idéale33. Dans le cas de la cité coloniale de Poseidonia, les nécropoles situées à proximité d’un lieu sacré semblent montrer la présence de populations non grecques. Par conséquent, une autre manière de voir la présence de sanctuaires aux confins du territoire serait de les penser comme « organisateurs de l’espace », tels que l’indiquent les théories de Platon. Ces sanctuaires pouvaient ainsi fonctionner comme « médiateurs de contacts » entre Grecs et indigènes.
37De plus, quand on confronte les données archéologiques aux différentes significations du « périurbain », il est possible de pousser plus loin l’interprétation et de proposer au moins deux définitions. D’une part, les deux caractéristiques essentielles du périurbain de la géographie contemporaine sont sa dépendance par rapport au centre de l’agglomération et le caractère de ségrégation de ses habitants. D’autre part, dans le cas de la définition du proasteion en tant que faubourg, Roland Étienne souligne, pour le monde grec métropolitain, la spécialisation fonctionnelle de ces espaces. Dans une cité coloniale, la spécialisation semble relever de ses composantes ethniques, avec la concentration de populations non grecques, y compris d’un niveau social très élevé dans certains cas. Par conséquent, la notion de périurbain en contexte grec colonial implique des définitions croisant topographie, activités économiques et composition ethnique des communautés.
38Néanmoins, se pose toujours la question des distances : jusqu’où peut-on parler de périurbain pour sa transposition dans l’Antiquité ? Peut-on utiliser des définitions liées aux spécialisations fonctionnelles, voire ethniques, dans le cas de cités coloniales d’Occident ? S’il est essentiel de confronter les exemples ou modèles métropolitains et coloniaux, les colonies présentent des spécificités importantes, comme l’échelle plus grande de leurs espaces ruraux et la mixité sociale et ethnique des communautés.
Bibliographie
Ardovino 1980 : A. M. Ardovino, Nuovi oggetti sacri con iscrizioni in alfabeto acheo, ArchClass, 32, 1980, p. 50‑66.
Arena 1996 : R. Arena, Iscrizioni greche arcaiche di Sicilia e Magna Grecia. IV : Iscrizioni delle colonie achee, Alessandria, 1996.
Asheri 1966 : D. Asheri, Distribuzioni di terre nell’antica Grecia, Turin, 1966 (Memorie dell’Accademia delle Scienze di Torino).
Avagliano 1986a : G. Avagliano, Paestum, località Linora, in Il Museo di Paestum. Appunti per una lettura critica del percorso espositivo, Agropoli, 1986, p. 61‑62.
Avagliano 1986b : G. Avagliano, Santuario di Getsemani, in Il Museo di Paestum. Appunti per una lettura critica del percorso espositivo, Agropoli, 1986, p. 63‑64.
Avagliano 1986c : G. Avagliano, Santuario di Fonte, in Il Museo di Paestum. Appunti per una lettura del percorso espositivo, Agropoli, 1986, p. 65‑66.
Avagliano 1992 : G. Avagliano, Nuovi contributi alla conoscenza della chora meridionale di Poseidonia: il sito di Linora, in G. Greco et L. Vecchio (dir.), Archeologia e territorio. Ricognizioni, scavi e ricerche nel Cilento, Laureana Cilento (SA), 1992, p. 139‑151.
Belarte, Plana-Mallart 2012 : M. C. Belarte, R. Plana-Mallart (dir.), Le paysage périurbain en Méditerranée occidentale pendant la Protohistoire et l’Antiquité/El paisatge periurbà a la Mediterrània occidental durant la Protohistòria i l’Antiguitat, Tarragone, 2012 (Documenta Institut Català d’Arqueologia Clàssica, 26).
Cipriani 1986 : M. Cipriani, Albanella, in Il Museo di Paestum. Appunti per una lettura critica del percorso espositivo, Agropoli, 1986, p. 67‑73.
Cipriani 1989 : M. Cipriani, S. Nicola di Albanella : scavo di un santuario campestre nel territorio di Poseidonia-Paestum, Rome, 1989 (Corpus delle stipi votive in Italia, 4).
Cipriani 1996 : M. Cipriani, Prime presenze italiche organizzate alle porte di Poseidonia, in M. Cipriani et F. Longo (dir.), I Greci in Occidente : Poseidonia e i Lucani, Naples, 1996, p. 119‑139.
Cipriani 2000 : M. Cipriani, Italici a Poseidonia nella seconda metà del V sec. a.C. Nuove ricerche nella necropoli del Gaudo, in E. Greco et F. Longo (dir.), Paestum. Scavi, studi, ricerche. Bilancio di un decennio (1988-1998), Paestum, 2000, p. 197‑218.
Cipriani 2002 : M. Cipriani, Poseidonia, in E. Greco (dir.), Gli Achei e l’identità etnica degli Achei d’Occidente, 2002, p. 363‑388.
Cipriani 2012 : M. Cipriani, Le testimonianze in città e nel territorio, in A.M. Biraschi, M. Cipriani, G. Greco, M. Taliercio Mensitieri, B. Ferrara (dir.), Poseidonia-Paestum, Tarente, 2012 (Culti greci in Occidente, 3), p. 27‑169.
Cipriani, Ardovino 1991 : M. Cipriani, A. M. Ardovino, Il Culto di Demetra nella chora pestana, Scienze dell’Antichità. Storia Archeologia Antropologia, 3-4 (1989-1990), 1991, p. 339‑351.
Cipriani, Pontrandolfo 2012 : M. Cipriani, A. Pontrandolfo, Mobilità e dinamiche insediative nel golfo di Salerno, in Alle origini della Magna Grecia: mobilità, migrazioni, fondazioni. Atti del Convegno di studi sulla Magna Grecia, L (2010), 2012, p. 985‑1013.
Cipriani, Pontrandolfo 2018 : M. Cipriani, A. Pontrandolfo, La Tomba del Tuffatore nella letteratura archeologica. Rassegna critica di contributi e discussioni, in A. Pontrandolfo (dir.), Un Tuffo infinito 1968-2018. Cinquant’anni dalla scoperta della Tomba del Tuffatore, Paestum, 2018, p. 69-83.
Cipriani, Rouveret 2019 : M. Cipriani, A. Rouveret, Continuità e trasformazioni della vita religiosa di Paestum lucana, in O. de Cazanove, A. Duplouy, V. Capozzoli (dir.), La Lucanie entre deux mers : archéologie et patrimoine. Actes du Colloque international, Paris, 5-7 novembre 2015, Naples, 2019 (Collection du Centre Jean Bérard, 50), p. 705-722.
Darcos, Hartog, Manent 2015 : X. Darcos, F. Hartog, P. Manent (dir.), Relire Fustel de Coulanges : la cité antique cent cinquante ans après (1864-2014), Paris, 2015 (Bulletin de l’Académie des sciences morales et politiques, 8).
Daverio Rocchi 1988 : G. Daverio Rocchi, Frontiera e confini nella Grecia antica, Rome, 1988.
Davies 2016 : J. K. Davies, La discussione sulla polis greca oggi, in Poleis e politeiai nella Magna Grecia arcaica e classica. Atti del Convegno di studi sulla Magna Grecia, LIII (2013), Tarente, 2016, p. 11‑33.
De Caro 2015 : S. De Caro, Lo spazio liminare e la chora settentrionale di Poseidonia-Paestum, Paestum, 2015 (Ergasteria, 4).
De Miguel González 2001 : R. de Miguel González, Périurbanisation et métropolisation en Espagne, Bulletin de l’Association de géographes français, 1, 2001, p. 78‑90.
Dubois 2002 : L. Dubois, Inscriptions grecques dialectales de Grande Grèce. II, Colonies achéennes, Genève, 2002 (Hautes études du monde gréco-romain, 30).
Esposito, Pollini 2013 : A. Esposito, A. Pollini, La visibilité des classes subalternes dans les sources archéologiques. Considérations sur quelques cas d’étude en Grande-Grèce, Ktèma, 38, 2013, p. 117‑134.
Étienne 2013 : R. Étienne, La notion de proasteion dans les textes grecs, in P. Darcque, R. Étienne, A.-M. Guimier-Sorbets (dir.), Proasteion : recherches sur le périurbain dans le monde grec, Paris, 2013 (Travaux de la Maison de l’Archéologie et de l’Ethnologie, René Ginouvès, 17), p. 13‑27.
Fantasia 1975 : U. Fantasia, Platone e Aristotele sull’organizzazione dela chora, ASNP, 3, 1975, p. 1255‑1274.
Fustel de Coulanges 1984 : N. Fustel de Coulanges, La Cité antique, Paris, 1984 [1864].
Greco 1979 : E. Greco, Ricerche sulla chora poseidoniate: il paesaggio agrario dalla fondazione della città alla fine del sec. IV a.C., Dialoghi Archeol., 1, 2, 1979, p. 7‑26.
Greco 1982 : E. Greco, Non morire in città: annotazioni sulla necropoli del « Tuffatore » di Poseidonia, AION(archeol), 4, 1982, p. 51‑62.
Greco 1981 : E. Greco, La ceramica arcaica a Poseidonia, in Il commercio greco nel Tirreno in età arcaica. Atti del Seminario in memoria di Mario Napoli, Salerne, 1981, p. 57‑66.
Greco 1992 : E. Greco, La città e il territorio : problemi di storia topografica, in Poseidonia-Paestum. Atti del Convegno di studi sulla Magna Grecia, XXVII (1987), Tarente, 1992, p. 471‑499.
Greco 2019 : E. Greco, La Fondazione di Poseidonia, in G. Zuchtriegel, P. Carter, M. E. Oddo (dir.), Poseidonia città d’acqua. Archeologia e cambiamenti climatici, Paestum, 2019, p. 83-87.
Greco, Stazio, Vallet 1987 : E. Greco, A. Stazio, G. Vallet (dir.), Paestum, 1987 (Città e territorio nelle colonie greche d’Occidente).
Guzzo 2011 : P. G. Guzzo, Fondazioni greche. L’Italia meridionale e la Sicilia (VIII e VII sec. a.C.), Rome, 2011 (Studi superiori, 691, Archeologia).
Jost 2013 : M. Jost, Sanctuaires périurbains d’Arcadie, in P. Darcque, R. Étienne, A.-M. Guimier-Sorbets (dir.), Proasteion : recherches sur le périurbain dans le monde grec, Paris, 2013 (Travaux de la Maison de l’archéologie et de l’ethnologie René Ginouvès, 17), p. 137‑154.
Laureano et al. 1998 : P. Laureano, G. Anzani, C. Maurano, D. Nicoletti, The Park of Cilento and Vallo di Diano. A living landscape, Naples, 1998 (Environmental Guide).
Lemaire, Plana-Mallart (sous presse) : B. Lemaire, R. Plana-Mallart, Physionomies urbaines et périurbaines dans le monde grec occidental, in A. Esposito A. Pollini (dir.), Cités nouvelles, villes des marges : fondations, formes urbaines, espaces ruraux et frontières de l’archaïsme à l’Empire, Pise (sous presse) (Collection Diabaseis).
Lévy, Lussault 2003 : J. Lévy, M. Lussault (dir.), Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés, Paris, 2003.
Longo 1999 : F. Longo, Poseidonia, in E. Greco (dir.), La Città greca antica: istituzioni, società e forme urbane, Rome, 1999, p. 368‑370.
Lupi 2014 : M. Lupi, Una città abitata kata komas. La rappresentazione di Sparta e dei suoi villaggi all’alba della storiografia moderna, in R. Cioffi, G. Pignatelli (dir.), Intra et extra moenia. Sguardi sulla città fra antico e moderno, Napoli, 2014, p. 103-108.
Lupi 2017 : M. Lupi, Sparta: storia e rappresentazioni di una città greca, Roma, 2017.
Ménard, Plana-Mallart 2015 : H. Ménard, R. Plana-Mallart (dir.), Espaces urbains et périurbains dans le monde méditerranéen antique, Montpellier, 2015 (Mondes anciens).
Polignac 1995 : F. de Polignac, La Naissance de la cité grecque. Cultes, espace et société, viiie-viie siècles, 2e éd., Paris, 1995.
Pollini 2013 : A. Pollini, Le territoire et la frontière de Poseidonia à l’époque archaïque, RA, 2013, 1, p. 144‑154.
Rouveret 1974 : A. Rouveret, La tombe du Plongeur et les fresques étrusques : témoignages sur la peinture grecque, RA, 1974, 1, p. 15‑32.
Rouveret 1976 : A. Rouveret, La peinture dans l’art funéraire : la tombe du Plongeur à Paestum, in R. Bloch (dir.), Recherches sur les religions de l’Italie antique, Genève, 1976 (École Pratique des Hautes Études, Hautes Études du monde gréco-romain, 7), p. 99‑129.
Skele 2002 : M. Skele, The Poseidonian chora: archaic Greeks in the Italic hinterland, Oxford, 2002 (BAR. International series, 1094).
Torelli 1999 : M. Torelli, Santuari, offerte e sacrifici nella Magna Grecia della frontiera, in Confini e frontiera nella grecità d’Occidente. Atti del Convegno di studi sulla Magna Grecia, XXXVII (1997), 1999, p. 685‑705.
Tréziny 2012 : H. Tréziny, L’espace périurbain dans les villes grecques d’Occident, in M. C. Belarte, R. Plana-Mallart (dir.), Le paysage périurbain en Méditerranée occidentale pendant la Protohistoire et l’Antiquité/El paisatge periurbà a la Mediterrània occidental durant la Protohistòria i l’Antiguitat, Tarragone, 2012 (Documenta Institut Català d’Arqueologia Clàssica, 26), p. 33‑45.
Voza 1964 : G. Voza, Notiziario. Attività delle soprintendenze. Campania. Roccadaspide, loc. Fonte, BA, 44, fasc. 1, serie IV, 1964, p. 362‑366.
Notes de bas de page
1 Cette contribution a été conçue en miroir de celle de notre collègue Serena De Caro, également publiée dans ce recueil. Par conséquent, les vestiges les plus proches de l’enceinte urbaine de Poseidonia sont traités par S. De Caro, tandis que ces pages se concentrent sur les données qui peuvent s’accorder à une définition plus large du terme « périurbain ».
2 Lévy, Lussault 2003.
3 De Miguel González 2001, p. 79.
4 Voir en particulier Asheri 1966 pour une discussion approfondie sur le partage des terres entre les colons et sur la division du territoire en 12 parties ; mais aussi Fantasia 1975, p. 1255‑1259 et Daverio Rocchi 1988, p. 45‑47.
5 Fustel de Coulanges 1984 [1864], avec une relecture plus récente dans Darcos, Hartog, Manent 2015 ; de Polignac 1995.
6 En particulier sur l’expérience coloniale en Occident, voir : de Polignac 1995, p. 118‑126. Voir une synthèse récente des discussions sur les idées de F. de Polignac dans Davies 2016, p. 18‑20, avec un élargissement des fonctions possibles des sanctuaires extra urbains.
7 Une première synthèse sur la question de l’espace périurbain en Grande-Grèce et en Sicile a été proposée par H. Tréziny (Tréziny 2012). L’auteur inclut dans son analyse tous les contextes, sacrés, funéraires, résidentiels et même portuaires, en mentionnant les cas les plus représentatifs.
8 Il n’est pas le lieu ici de développer l’argument du rapport chronologique entre le sanctuaire d’Agropoli, son identification avec le teîchos des Sybarites d’après la description de Strabon (V, 4, 13), l’Héraion du Sele et l’implantation du centre urbain de Poseidonia. Pour la réévaluation de la chronologie à Agropoli, voir 2. Voir aussi Cipriani 2012, p. 165 et Greco 2019.
9 Voir en dernier lieu Guzzo 2011, p. 214‑215 ; cf. Greco 1981; Longo 1999.
10 Voir une courte synthèse dans Pollini 2013.
11 Greco, Stazio, Vallet 1987, p. 39 ; Cipriani 2012, p. 163‑164.
12 Ardovino 1980, p. 52 ; Arena 1996, p. 46, n° 20 ; Dubois 2002, p. 64, n° 20. A. M. Ardovino et L. Dubois proposent d’identifier Déméter comme destinataire de la dédicace, mais ce n’est qu’une hypothèse.
13 Avagliano 1986b, p. 63‑64 ; Greco, Stazio, Vallet 1987, p. 32‑33 ; Cipriani 2012, p. 152‑154 ; De Caro 2015, p. 140‑145.
14 Greco, Stazio, Vallet 1987, p. 30‑31 ; Voza 1964, p. 366 ; Avagliano 1986c, p. 65‑66 ; Cipriani 2012, p. 155‑158 ; De Caro 2015, p. 153‑173.
15 Cf. Avagliano 1986c, p. 65 ; Greco, Stazio, Vallet 1987, p. 30 ; Greco 1992, p. 482.
16 Un résumé de ces notices a été donné dans Greco, Stazio, Vallet 1987, p. 31 ; De Caro 2015, p. 173.
17 De Caro 2015, p. 173.
18 Cipriani 1989 ; Cipriani 1986, p. 67‑73 ; Cipriani, Ardovino 1991 ; Cipriani 2012, p. 158‑163 ; De Caro 2015, p. 176‑180. Voir aussi Cipriani, Rouveret 2019.
19 Selon M. Torelli, un rôle fondamental doit être accordé aux sanctuaires de confins dédiés aux divinités féminines en ce qui concerne l’intégration entre les cultures grecque et italique, en particulier ceux consacrés à Déméter : Torelli 1999, p. 702‑705.
20 Étienne 2013.
21 Belarte, Plana-Mallart 2012 ; Ménard, Plana-Mallart 2015. Voir en particulier Lemaire, Bastien, Plana-Mallart (sous presse).
22 Greco, Stazio, Vallet 1987, p. 41 ; Avagliano 1986a, p. 61‑62 ; Avagliano 1992 ; Greco 1979, p. 14, n° 8 ; Cipriani 2012, p. 149‑151.
23 Jost 2013.
24 Greco, Stazio, Vallet 1987, p. 40‑41.
25 La bibliographie sur cette tombe et sur son iconographie est immense. Nous nous contentons de citer Rouveret 1974 et Rouveret 1976. Pour un bilan des recherches et de la bibliographie, voir Cipriani, Pontrandolfo 2018.
26 Greco 1982.
27 Cipriani 2002, p. 374‑375 ; Greco, Stazio, Vallet 1987, p. 35‑36 ; voir aussi nos propres commentaires dans Esposito, Pollini 2013.
28 Cipriani 1996 ; Cipriani 2000 ; De Caro 2015, p. 132‑135. Nous intéressent ici uniquement les données archéologiques datant de l’époque de la colonie grecque de Poseidonia. Dans un cadre plus large, cette nécropole est très importante pour la période préhistorique, en particulier pendant la seconde moitié du IIIe millénaire, et l’on parle justement d’une culture du Gaudo, qui se serait étendue jusqu’à la Calabre et la Basilicate, et dont l’un des centres les plus remarquables serait Buccino. Le groupement attesté par la nécropole préhistorique du Gaudo était probablement le premier à quitter les cavernes situées dans les zones montagneuses et à s’installer sur la plaine, sans une protection naturelle donnée par l’environnement. Pour une synthèse, voir Laureano et al. 1998, p. 26 ; Skele 2002.
29 Cipriani 2000, p. 198.
30 Ibid., p. 211.
31 Plus particulièrement, les populations de la région de la côte méridionale : Cipriani 2000, p. 211.
32 Cf. Polignac 1995.
33 Il est essentiel de distinguer l’hypothèse mise en avant ici du modèle d’une cité katà kómas selon l’interprétation du passage de Thucydide (I, 10, 2) en ce qui concerne Sparte, c’est-à-dire d’une cité suivant une organisation ancienne, sans centre urbain et composée uniquement d’un ensemble de villages (cf. Pausanias, III, 16, 9). Cette interprétation de l’organisation de la cité de Sparte a d’ailleurs été remise en question ; voir à ce propos Lupi 2014 et Lupi 2017. Dans notre cas, Poseidonia possède bien un centre urbain, mais a pu utiliser un ensemble de villages « périurbains » pour une meilleure organisation de son territoire.
Auteur
-
Airton Pollini
Université de Haute-Alsace, université de Strasbourg, CNRS, ArcHiMèdE UMR 7044, Mulhouse
Le texte seul est utilisable sous licence Creative Commons - Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International - CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Recherches sur les cultes grecs et l’Occident, 2
Ettore Lepore, Jean-Pierre Vernant, Françoise Frontisi-Ducroux et al.
1984
Nouvelle contribution à l’étude de la société et de la colonisation eubéennes
Centre Jean Bérard (dir.)
1982
La céramique grecque ou de tradition grecque au VIIIe siècle en Italie centrale et méridionale
Centre Jean Bérard (dir.)
1982
Ricerche sulla protostoria della Sibaritide, 1
Pier Giovanni Guzzo, Renato Peroni, Giovanna Bergonzi et al.
1982
Ricerche sulla protostoria della Sibaritide, 2
Giovanna Bergonzi, Vittoria Buffa, Andrea Cardarelli et al.
1982
Il tempio di Afrodite di Akrai
Recherches sur les cultes grecs et l'Occident, 3
Luigi Bernabò Brea
1986
