Chapitre 6. L’Héraion du Sele : la frontière dans tous ses sens
p. 393-440
Texte intégral
Eu não sou eu nem sou o outro,
Sou qualquer coisa de intermédio:
Pilar da ponte de tédio
Que vai de mim para o Outro
Je ne suis ni moi ni l’autre,
Je suis quelque chose d’intermédiaire :
Pilier du pont d’ennui
Qui va de moi à l’Autre.
Mário de Sá-Carneiro, Indícios de ouro, 7 (trad. D. Touati et M. Chandeigne).
1Le sanctuaire d’Héra se situe à 7,68 km au nord du centre urbain de Poseidonia, sur la rive gauche du fleuve Sele, l’antique Silaris. L’Héraion du Sele fait partie des quelques sanctuaires de l’Italie grecque évoqués par les sources de la tradition manuscrite1. Ce sanctuaire est central pour notre discours sur la frontière en Grande Grèce et pour la définition du territoire de Poseidonia. En effet, il marque la limite nord du territoire directement occupé par les habitants de Poseidonia, et il représente également la frontière entre les cités coloniales grecques et le monde italique, surtout les populations à fort caractère étrusque, installées immédiatement au nord du Sele. La longue utilisation du cours d’eau en tant que marqueur d’une limite est un indice majeur de l’importance qu’on doit lui accorder, à lui comme au sanctuaire qui s’y rapporte. Dans les sources anciennes, il indique la limite de l’Italìa, de l’Œnôtrie, de la Grande Grèce, de la Lucanie antique2, et sépare les régions augustéennes I et III.
2Le Sele constitue aussi une importante voie de communication entre le littoral tyrrhénien et l’intérieur des terres. Le bassin fluvial du Sele et du Calore permet une communication facile avec ceux de l’Ofanto et du Basento. Ces voies fluviales facilitaient les contacts entre Poseidonia et Métaponte, ainsi qu’avec les populations italiques de Lucanie et de Daunie. Le Sele est également un passage entre les mers Tyrrhénienne et Ionienne. Enfin, son importance stratégique, tant d’un point de vue commercial que défensif, est également à prendre en considération lors de l’analyse du sanctuaire. Le rôle de l’Héraion est ainsi indissociable des possibilités de communication et du caractère « frontalier » du fleuve3.
Vestiges archéologiques
Sources écrites sur l’Héraion
3Un commentaire sur les légendes de fondation de ce lieu de culte s’impose. Selon la tradition manuscrite, le sanctuaire, consacré à Héra Argienne, fut édifié par Jason4. Dans un passage de Pausanias (VII, 4, 4), le même lien entre les Argonautes et un sanctuaire dédié à Héra existe à Samos où, selon la tradition, ce furent les Argonautes qui y installèrent son culte. Ces légendes communes font de l’exemple du Sele l’un des grands Héraia, au même niveau que ceux de Samos et d’Argos5. En outre, si l’on en croit les informations rapportées par Timée conservées chez Strabon, l’Héra Argienne aurait été très présente en Italie, son culte s’étendant jusqu’en Vénétie6.
4En revanche, l’incompatibilité des descriptions de Strabon et de Pline l’Ancien est frappante : le premier auteur place le sanctuaire sur la rive gauche, le second sur la rive droite. Cette opposition a été très commentée et il est inutile de rappeler les détails de ce débat7. La méconnaissance de Pline sur l’emplacement de l’Héraion, du mauvais côté du fleuve, pourrait indiquer que le sanctuaire n’avait plus un statut privilégié à son époque, le démantèlement du temple majeur ayant fortement contribué à cette perte d’importance. Comme nous savons que la définition des limites des régions augustéennes utilise le Sele pour séparer les régions I et III, devons-nous supposer qu’il garde son importance, surtout en tant qu’élément géographique, alors que le sanctuaire perd de ses fonctions, notamment si les deux rives du fleuve appartiennent à la même puissance romaine ? Si la réponse est oui, le rôle principal de l’Héraion aurait été justement lié à son caractère frontalier.
5Une autre hypothèse voit la raison de l’erreur de Pline dans l’assimilation d’une partie ou de l’intégralité du territoire de Paestum romaine aux populations tyrrhéniennes du nord du Sele8. Cette hypothèse s’appuie surtout sur le célèbre passage d’Aristoxène de Tarente (apud Athénée, XIV, 632a) à propos de la « barbarisation » de Poseidonia. En outre, plusieurs éditeurs du texte de Strabon mettent le récit sur l’origine de la cité à la fin du livre V9, ce qui confirmerait une certaine assimilation de la cité aux populations étrusques du nord du Sele à l’époque augustéenne.
6Quoi qu’il en soit, le flottement dans la description du sanctuaire pose des problèmes pour interpréter le rôle frontalier de l’Héraion. Ces questions sur ses fonctions et sur la durée de son utilisation doivent être mises en rapport avec celles des autres grands Héraia de Grande Grèce, tel le sanctuaire du cap Lacinien (cap Colonne) qui présente une activité très importante à la période romaine10. Pourquoi un Héraion (Lacinien) garderait-t-il un statut privilégié tandis que l’autre perdrait de son prestige ? Ces interrogations se posent également en Grèce égéenne, sur la longévité d’utilisation de certains sanctuaires tenus comme marqueurs de frontière pendant la période de domination romaine. D. Rousset11 remarque justement que l’idée d’une fonction fédératrice de ces lieux de culte à cette époque repose sur nos conceptions modernes et ne doit donc pas être surestimée.
7Il y a une certaine opposition dans les commentaires de Strabon sur les deux sanctuaires : l’Héraion du cap Lacinien était « autrefois riche et plein d’offrandes votives12 », laissant supposer une décadence à son époque, tandis que le géographe ne mentionne rien de tel pour le sanctuaire du Sele. Au contraire, son récit de fondation par Jason lui confère un statut privilégié.
Découverte du sanctuaire et des plus anciennes traces d’occupation
8La découverte de l’Héraion du Sele constitue un résultat majeur des recherches archéologiques du xxe siècle en Italie méridionale. Sa notoriété repose sur les témoignages écrits cités ci-dessus ainsi que sur la série la plus complète de métopes grecques archaïques figurées jamais découvertes jusqu’à présent.
9Un dissident du régime fasciste et fondateur de la Società Magna Grecia, U. Zanotti Bianco, et P. Zancani Montuoro, archéologue napolitaine, ancienne élève de l’École archéologique italienne d’Athènes, entreprennent la recherche du sanctuaire en 1933. Ils accordent du crédit au texte de Strabon et commencent à prospecter sur la rive gauche du Sele, jusqu’à sa découverte le 9 avril 1934, après deux jours de recherches. La description communiquée à la Société est très émouvante :
Dopo due giornate di ricerche tra le paludi e le boscaglie, animate soltanto da mandrie di bufali e da torme d’uccelli migranti, notammo una zona, non lungi dal fiume, ove tra gli sterpi affioravano pochi massi informi ed alcuni frammenti di tegole13.
10Aujourd’hui le sanctuaire se situe à environ 2,4 km de l’embouchure du Sele. Comme évoqué plus haut, les alluvions ont provoqué une avancée de la ligne côtière, qui peut atteindre 2 km à Paestum. L’Héraion était ainsi plus près de l’embouchure, probablement au niveau même de la côte maritime.
11Le terrain où a été établi ce lieu de culte est une terre sablonneuse, ce qui rendait les constructions d’autant plus difficiles, obligeant les Grecs à chercher des solutions techniques pour contourner cette difficulté14. En ce qui concerne l’environnement naturel, les recherches sur les pollens attestent la présence d’espèces végétales de régions humides de type lacustre, tels l’orme, le peuplier, le saule, le myrte, ainsi que des plantes à bulbe comme l’iris et le narcisse15. Cette caractéristique de la végétation de l’Héraion du Sele est en parfaite conformité avec les données issues d’autres Héraia du monde grec et permet l’identification d’un lieu dont l’image symbolique était représentée par les Jardins d’Héra : ces jardins étaient supposés être des lieux où pâturaient en liberté des animaux sacrés et où des fleurs et des arbustes poussaient sous la protection divine.
12Malgré les récits légendaires sur le passage de Jason dans la région, les recherches archéologiques n’ont livré aucun témoignage d’une présence grecque avant l’arrivée des colons achéens vers 600 av. J.-C. Des hypothèses concernant de précédents contacts ont été formulées, reposant surtout sur la notice de Strabon. D’une part, la référence à Jason laisse supposer une première présence ou du moins des contacts entre Grecs et autochtones à l’âge protohistorique. D’autre part, à partir de la description de la fondation de la cité de Poseidonia en deux phases, on a voulu identifier le premier τεῖχος grec avec l’établissement de l’Héraion. Ces deux hypothèses sont en principe réfutées par les vestiges archéologiques qui ne montrent aucun signe de présence grecque avant le début du vie siècle et sont donc contemporains de l’installation du centre urbain. En outre, la question du premier τεῖχος des Sybarites semble résolue avec son identification sur le promontoire d’Agropoli.
13Une autre hypothèse, concernant un lieu de culte établi précédemment par les populations locales à l’endroit de l’Héraion, a été également réfutée par les recherches archéologiques. Toutefois, la documentation archéologique montre des fragments céramiques de type bucchero nero et des sols en terre battue. Ces témoignages d’occupation humaine ont été datés des xiie-xie siècles, mais ils ne livrent aucun indice d’un lieu de culte ni d’une continuité d’occupation entre cette période haute et l’établissement du culte d’Héra. Ici, les signes d’occupation antérieurs à l’arrivée des Grecs sont restreints à l’époque comprise entre les xiie et xie siècles, ce qui implique un abandon de ces terres. La cause de l’abandon de ce petit noyau est liée, selon toute vraisemblance, à une crue du fleuve. À la suite de cet abandon, la zone ne présente aucune trace d’occupation jusqu’à l’arrivée des Grecs, à l’extrême fin du viie siècle. Néanmoins, il est important de signaler quelques vestiges matériels de la présence d’un petit groupe de population dans une zone un peu au sud de la localité Volta del Forno, à environ 1 km au nord-est de la zone du futur sanctuaire. Le matériel retrouvé, daté dans le courant du viiie siècle av. J.-C., rapproche ce petit noyau des populations étrusco-campaniennes du nord du Sele16.
14La céramique grecque la plus ancienne retrouvée dans le sanctuaire date des premières années du vie siècle et est contemporaine de celle qui a été découverte dans les nécropoles urbaines. Cette contemporanéité est essentielle pour notre discours sur la frontière, puisqu’elle indique une conscience et une volonté de marquer les limites de l’occupation directe des colons dès leur arrivée.
Les premiers monuments grecs du sanctuaire
15Les travaux archéologiques ont permis de bien connaître l’évolution de ce sanctuaire pendant la période grecque de la cité17. Une remarque préliminaire concerne l’absence d’un mur de péribole pour l’ensemble du sanctuaire (fig. 60). Le fleuve remplit certainement en partie cette fonction de délimitation de l’espace, mais on s’attendrait à voir une construction en pierre pour marquer les autres limites de la zone sacrée. Jusqu’à présent, aucune trace d’une telle structure n’a été trouvée. Néanmoins, il serait important d’analyser en profondeur l’hypothèse selon laquelle les stoai archaïques rempliraient en partie cette fonction de délimitation de l’espace de culte18.
Fig. 60. Héraion du Sele. Plan du sanctuaire, zone A.

D’après Biraschi et al. 2012, pl. xxxiv.
16Au début des activités sacrées dans cet espace, le culte était organisé autour d’un simple autel de cendres. Dans une deuxième phase, à l’intérieur d’une structure construite en pierre et qui délimitait l’espace de cet autel, les vestiges laissés sur le terrain se composent de divers niveaux de cendres et de traces de brûlé mélangées à la terre. Des exemples semblables de sacrifices réalisés à l’air libre, sur un autel, parfois matérialisé par une structure en pierre, sont attestés aussi bien par les sources écrites que par les vestiges archéologiques laissés sur le terrain dans plusieurs cités grecques. Une grande partie des sanctuaires connus à présent s’organisaient autour d’un autel de cendres comme celui du Sele, surtout pour le culte d’Héra et pendant les époques les plus anciennes, comme le suggère la comparaison avec les Héraia d’Argos, Samos et Olympie19.
17À l’Héraion du Sele, le niveau le plus ancien de cendres, daté du début du vie siècle, s’appuie directement sur le banc naturel d’argile et de sable. Au-dessus de ce premier niveau, trois autres, superposés, ont l’aspect d’un petit tumulus délimité par une rangée de pierres. Autour de cette zone centrale, des traces en négatif, après la spoliation des blocs à l’époque antique, montrent l’existence d’une structure construite en pierre. Cette structure, qui fonctionnait simplement comme délimitation de l’espace de l’autel, édifiée avec de grands blocs parallélépipédiques taillés, peut être datée du milieu du vie siècle. Pendant toute la première période de vie du sanctuaire, jusqu’au milieu du vie siècle au moins, il semble que le culte à la déesse s’organisait dans cet espace sans monumentalisation des structures sacrées.
18Ensuite, ce premier autel sacrificiel est totalement recouvert par une accumulation de pierres mélangées à des traces de brûlé et des restes de sacrifices. Suivant un schéma plutôt courant, avant chaque sacrifice, l’autel était nettoyé, effaçant donc toute trace matérielle d’utilisation, surtout céramique. Malgré les difficultés dues à la rareté de matériel conservé, on peut dater la construction du nouvel autel monumental, qui remplace le premier, dans les dernières décennies du vie siècle. Comme on peut le voir en détail dans le centre urbain de la cité, cette date marque le début d‘importants travaux d’édification de Poseidonia, avec l’apparition des grands monuments de la vie religieuse de la cité20.
19Dès le début de l’occupation grecque du sanctuaire, d’autres structures organisent l’espace. Deux édifices, au nord et au sud de l’autel de cendres, semblent encadrer ce dernier. Ce sont deux bâtiments de construction et de fonction semblables : leurs fondations sont taillées dans le banc naturel d’argile et de sable, ils présentent un plan très allongé et étaient couverts par un toit de tuiles en terre cuite. La datation proposée est fixée entre 580 et 550, grâce à l’étude architecturale de ces fondations ainsi qu’à l’analyse de quelques repères céramiques trouvés dans les niveaux de fondation. Le premier, au nord, mesure 24,30 × 7,05 m, possède une ouverture du côté sud et est divisé en deux salles, dont la plus petite conserve encore son pavement en battuto. L’autre édifice, au sud, mesure 30 × 7,70 m, avec également une ouverture vers le sud, mais à la différence du premier, il ne présente pas de division interne, et son autre particularité est l’organisation de son ouverture, avec un portique soutenu par sept pilastres.
20Le plan allongé des deux édifices les caractérise comme étant des stoai, et les comparaisons avec d’autres exemples de même type en Grèce, pour l’époque archaïque, confirment cette identification. Ces bâtiments étaient généralement affectés au premier accueil et à la protection contre les intempéries des personnes venues au sanctuaire ; leur présence est très courante dans d’autres lieux sacrés. En l’absence de témoignage épigraphique, il est impossible de donner plus de précisions, sauf d’attribuer les fonctions généralement admises pour les stoai grecques de la période archaïque, c’est-à-dire principalement l’accueil, la protection et le repos des visiteurs du sanctuaire21. L’hypothèse qui voit les deux stoai comme marqueurs de limite du sanctuaire, en l’absence d’un mur de téménos, est un peu affaiblie par l’observation précise du plan de l’édifice sud. Son entrée est orientée vers le sud, ce qui suppose aussi une circulation des pèlerins au-delà de cette stoa : la limite du sanctuaire doit donc être recherchée de ce côté de l’édifice22. En revanche, en ce qui concerne la stoa nord, cette fonction d’encadrement de l’espace peut encore être soutenue, car aucun autre monument n’a été trouvé au nord de la structure. Néanmoins, en l’état actuel de nos connaissances, l’affirmation d’une volonté de démarcation de l’espace du sanctuaire sur un seul de ses côtés reste très peu probable. Sans la découverte d’autres vestiges qui permettraient de renfermer l’espace, cette question reste ouverte.
À la recherche de l’édifice aux métopes
21Si, à l’origine, le culte s’organisait autour d’un simple autel de cendres, assez rapidement les Grecs entreprennent la construction d’un édifice en pierres pour abriter la statue de culte. La question du premier temple a occupé la recherche archéologique au Sele depuis sa découverte jusqu’à la fin du xxe siècle, quand les fouilles de J. de La Genière et de G. Greco, avec l’analyse architecturale de D. Theodorescu, ont apporté de nouveaux éléments permettant l’élaboration d’une hypothèse convaincante pour son emplacement. Le problème initial était l’existence de la célèbre série de métopes sculptées, datables entre les années 570 et 550 par des critères stylistiques de l’iconographie, sans que l’on puisse identifier l’édifice auquel cette série appartenait. En effet, aucun vestige actuellement visible, ni même au niveau des fondations, ne peut être identifié avec un temple d’une taille suffisante pour accueillir ces métopes et dont la datation puisse s’accorder avec la leur. Sans vouloir décrire en détail l’histoire de la recherche archéologique à l’Héraion, suffisamment connue, celle des métopes mérite une évocation succincte.
22Lors de l’identification de l’emplacement exact du sanctuaire en 1934, P. Zancani Montuoro et U. Zanotti Bianco ont découvert la série la plus complète de métopes sculptées et figurées d’époque archaïque retrouvée dans tout le monde grec. Ces sculptures font partie des principales raisons de la renommée de l’Héraion et sont toujours l’objet d’amples discussions. Initialement, 35 métopes ont été découvertes en remploi dans les fondations de plusieurs édifices, disséminées dans l’ensemble de l’espace du sanctuaire. Dès le début, on a voulu identifier le monument auquel elles appartenaient. La première hypothèse pointait vers un thesauros, un petit bâtiment placé à environ 14,30 m au nord du temple dit majeur, dont les fondations sont encore visibles. Le thesauros mesure 12,60 × 9,05 m et sa fondation est conservée pour le mur du fond et les deux murs latéraux, sa façade étant absente. Les fondations conservées sont constituées uniquement de blocs en remploi et prennent appui dans des tranchées plutôt modestes. Ces caractéristiques font penser à une structure de petite envergure, très loin d’un aspect monumental nécessaire pour soutenir les métopes sculptées.
23Le terrain étant humide et souvent inondé par les eaux du fleuve23, un canal de drainage était nécessaire et a été retrouvé lors des dernières fouilles. Ce canal, en forme de fer à cheval autour du mur latéral sud, était rempli de terre et de matériel provenant de divers niveaux d’utilisation du sanctuaire. Des fragments de céramique et des statuettes votives en terre cuite ont permis de dater sa réalisation autour des premières années du iiie siècle av. J.-C. Puisque le canal avait été creusé pour assécher les fondations du thesauros, cette datation est vraisemblablement valable aussi pour l’ensemble du bâtiment, ce qui exclut définitivement la possibilité d’y voir le temple archaïque des métopes24. Pour le moment, à défaut d’une documentation archéologique plus significative, sa fonction reste inconnue.
24Toutefois, si l’on a eu besoin de ces recherches plus récentes pour écarter définitivement l’identification de cet édifice avec le temple archaïque des métopes, depuis longtemps cette hypothèse ne faisait plus l’unanimité. À la découverte du sanctuaire et avant de dater le thesauros de l’époque hellénistique, ce bâtiment était une possibilité séduisante. La publication complète des premières fouilles en deux volumes, parue entre 1951 et 195425, comportait une étude de l’architecte allemand F. Krauss qui reconstituait le thesauros avec les métopes26. Cette étude est à la base du projet de construction du Musée archéologique national de Paestum, édifié pour abriter les célèbres métopes autour d’une reconstitution du thesauros. Pourtant, par ironie, à peine quelques années après l’installation du musée, à l’automne 1958, la suite des recherches de P. Zancani Montuoro à l’Héraion a mis au jour trois métopes supplémentaires réutilisées dans les fondations de l’édifice carré, à 80,50 m à l’est de l’angle sud-est du temple majeur. La découverte de ces trois métopes a remis en question l’identification du thesauros comme étant le temple d’époque archaïque. En effet, l’hypothèse initiale supposait que toutes les métopes archaïques avaient été découvertes et les mesures du thesauros s’accordaient parfaitement pour exposer les 35 premières métopes. Avec les trois autres éléments, deux options se profilaient : soit l’édifice était plus grand qu’on ne le croyait, soit les métopes n’appartenaient pas à ce monument. Ces deux hypothèses ont défini deux groupes de chercheurs. C’est uniquement avec la reprise des fouilles en 1987 par J. de La Genière et G. Greco, et la mise au jour du canal de drainage que la première hypothèse, celle d’un édifice plus long, a été complètement abandonnée.
25Il fallait donc chercher un autre endroit pour placer ces métopes archaïques, et l’hypothèse la plus vraisemblable était celle d’un premier monument complètement disparu, qui pouvait se trouver sous les fondations du temple majeur. Les recherches se sont ainsi tournées vers cet édifice. Le temple appelé majeur est conservé uniquement dans ses fondations, mais son état permet une restitution fiable de son plan : l’ensemble mesure 39 × 18,60 m. En désaccord avec la proposition de F. Krauss faite dans les années 1950, D. Theodorescu proposa une nouvelle restitution du plan de l’édifice, avec six colonnes en façade et treize sur les longs côtés27. Le temple était divisé en trois parties : une cella (naos) de forme étroite et allongée ; un pronaos in antis, avec deux colonnes ioniques entre les antes et les demi-colonnes ; enfin, un mur au fond de la cella clôturait celle-ci et délimitait un adyton. Aux côtés de l’entrée de la cella se trouvaient deux cages d’escalier donnant accès à un second niveau et au toit pour le maintien de l’édifice. La datation proposée par D. Theodorescu et J. de La Genière situe la construction du temple majeur vers les années 500 av. J.-C.28. Ce temple était décoré d’une série de métopes, dont douze ont été retrouvées en divers états de conservation, ainsi que de trois plaques de triglyphes. D’autres fragments de décoration architectonique ont également été trouvés, comme plusieurs éléments d’une gouttière à têtes de lion équipée d’un petit canal interne pour l’écoulement des eaux de pluie.
26Revenant à l’emplacement des métopes, P. Zancani Montuoro, lors de la découverte des trois métopes archaïques supplémentaires, a proposé une explication pour l’absence de vestiges d’un premier temple archaïque29 : cet édifice n’aurait pas été construit ou, du moins, n’aurait pas été achevé. Ainsi, il n’aurait laissé aucune trace sur le terrain et on comprendrait mieux pourquoi plusieurs métopes présentent des signes d’inachèvement30, le travail des sculpteurs étant généralement exécuté à l’atelier, avant la mise en place des plaques. Les signes d’inachèvement de certaines plaques mènent à deux possibilités, même si aucune des deux ne donne une explication totalement satisfaisante. Soit les métopes n’ont jamais été montées et, pour une raison quelconque, le travail fut interrompu, les métopes furent abandonnées, puis remployées dans les fondations d’autres édifices. L’autre possibilité implique que les métopes furent utilisées pour la décoration d’un autre monument, probablement pour orner le temple majeur, en dépit de leur état d’inachèvement. Cette deuxième possibilité se fonde surtout sur la découverte de deux groupes de métopes (les plus archaïques et celles appartenant certainement au temple majeur) aux mêmes endroits, dans les fondations des mêmes édifices, mises les unes à côté des autres31 comme si elles avaient été retirées d’un même monument à la même époque. C’est une hypothèse plus vraisemblable que celle d’imaginer trente-huit grands blocs de pierre abandonnés dans le sanctuaire pendant plus d’un siècle pour se retrouver ensuite regroupés avec les métopes du temple majeur. La faiblesse de cette deuxième explication repose sur la supposition que, pendant un laps de temps d’au moins un demi-siècle, les métopes les plus anciennes restèrent inachevées et furent ensuite montées à côté des nouvelles métopes. Si l’on avait sculpté ces nouvelles métopes pour le temple majeur, pourquoi avoir monté les onze métopes inachevées sur le même monument sans les terminer ? D’autre part, ce ne sont pas uniquement les métopes qui sont restées inachevées, on relève d’autres éléments architecturaux, comme des éléments de colonnes sans cannelures. Diverses hypothèses ont été proposées pour expliquer l’inachèvement de ces éléments architecturaux32, mais aucune des possibilités ne peut être confirmée en l’état actuel de nos connaissances.
27Malgré les arguments de P. Zancani Montuoro sur l’inexistence d’un temple archaïque, les travaux de J. de La Genière et G. Greco ont cherché les traces d’une structure datable de l’époque des métopes. Ces recherches se sont concentrées sur la zone du temple majeur et ont mis au jour des vestiges de fondation d’une autre structure précédant la construction de ce temple (fig. 61). En effet, les fouilles ont livré un important système de tranchées de fondation creusées dans le banc naturel de sable et d’argile, remplies ensuite avec du sable fin et propre, probablement pris directement sur les rives du fleuve. Ce système avait une fonction évidente de drainage du terrain pour la construction d’un grand édifice, mais le décalage entre ce système et les fondations du temple majeur montre que l’on a affaire à deux états différents de l’édifice sacré, c’est-à-dire un premier état, inachevé, avant la construction du temple majeur.
Fig. 61. Héraion du Sele. Plan du temple majeur et tranchées de fondation du temple plus ancien.

D’après Biraschi et al. 2012, pl. xxxv.
28La preuve définitive est venue d’un sondage qui a restitué la tranchée de fondation d’un mur de cella de 5,50 m de largeur interne33. À partir d’une petite série de sondages stratigraphiques réalisés à plusieurs endroits, D. Theodorescu34 a proposé une restitution de ce temple archaïque tant recherché : il comptait six colonnes sur la façade et douze sur les longs côtés, la colonnade mesurant 32 × 15 m environ ; la cella, de façade prostyle tétrastyle35, mesurait environ 22 × 8 m. On a relevé également la présence de nombreux blocs en remploi dans les fondations du temple majeur, ce qui implique une récupération aux dépens d’un édifice plus ancien.
29Sur la base de ce plan, D. Theodorescu propose une restitution hypothétique pour l’organisation des métopes : le temple archaïque aurait eu une frise comportant dix couples métope-triglyphe sur les petits côtés et 22 couples sur les longs côtés, ce qui donne un total de 64 métopes. Cette hypothèse implique qu’au lieu d’avoir trouvé la totalité des métopes d’un thesauros archaïque, comme le voulait F. Krauss, à peine 60 % des plaques sont connues. Cette remarque est particulièrement importante quand on essaiera de proposer un programme iconographique cohérent pour ces sculptures. Ainsi, outre des blocs équarris, une partie des métopes, des colonnes, des chapiteaux et d’autres éléments de la décoration architecturale auraient été réutilisés lors de la construction du temple majeur, au moins cinquante ans plus tard.
30Si l’on admet l’existence de ce temple archaïque et si l’on fixe sa datation à partir de celle des métopes, on doit reconnaître qu’il serait l’un des plus anciens monuments en pierre connus en Grande Grèce36. D’après l’état d’inachèvement d’environ un tiers des métopes retrouvées, on peut vraisemblablement supposer que ce temple n’a jamais été terminé. À partir de l’analyse attentive des plaques, l’une des hypothèses proposées mène à considérer un incendie comme la raison de son abandon. En tout cas, la conséquence la plus importante de ces dernières recherches est la confirmation de la volonté de monumentaliser le culte d’Héra au Sele, environ deux générations après la fondation de la colonie de Poseidonia.
31En ce qui concerne la frontière de Poseidonia, il est essentiel de souligner une telle volonté de monumentalisation à une époque si proche de la fondation de la cité et probablement contemporaine des premiers mouvements semblables dans le centre urbain de Poseidonia. Évidemment, ce commentaire est tributaire du hasard de nos connaissances archéologiques ; cependant, la cité de Poseidonia et son centre urbain sont particulièrement bien connus, et aucune trace d’un monument de mêmes dimensions et datant des premières décennies de la colonie n’a été trouvée. Un premier petit édifice au sud-est de l’Athénaion du sanctuaire septentrional avait été daté d’environ 580 av. J.-C., mais sa stratigraphie ne donne pas assez d’éléments pour l’affirmer avec précision. Cette datation est donnée par les terres cuites architectoniques retrouvées lors des fouilles de 1937 dans la zone, mais rien ne permet de déterminer précisément à quel édifice sacré du début du vie siècle elles pouvaient appartenir37. Le premier temple de plus grandes dimensions bien identifié dans le centre urbain de la ville est celui d’Héra I, dit « Basilique », mais il n’a été terminé qu’en 520-510. Les recherches de D. Mertens sur cet Héraion I ont montré l’existence de trois phases de construction, dont la première est postérieure à 550 av. J.-C. Cette première phase pourrait donc être proche du temple aux métopes du Sele, daté, lui, de 570-550. Les vestiges visibles aujourd’hui correspondent à la troisième phase de construction du temple urbain, datée de la fin du siècle38. Ce parallèle entre les édifices les plus anciens du centre urbain et l’Héraion montre qu’à peine deux générations après la fondation de la cité, les colons de Poseidonia donnent presque autant d’importance à un sanctuaire situé aux frontières de leur territoire et en contact avec les populations non grecques du nord. On peut ainsi mieux évaluer la portée de cette frontière et les fonctions possibles de ce sanctuaire dans une zone si stratégique pour les citoyens de la cité.
32Pour une discussion plus approfondie sur cet aspect, il faut aussi tenir compte de nos connaissances sur les autres cités coloniales de Grande Grèce, en particulier Métaponte. Là, les premiers vestiges d’un monument sacré en pierre proviennent de son territoire et non du centre urbain : ce sont les plaques d’une frise en terre cuite représentant des scènes de légendes homériques provenant du sanctuaire de San Biagio della Venella, sur les rives du Basento, probable limite sud-ouest de l’occupation territoriale de Métaponte. Ces plaques sont datées d’environ 630 av. J.-C.39, tandis que le premier édifice sacré du centre urbain de Métaponte, le temple C 1, est datable du premier quart du vie siècle.
Évolution du sanctuaire au ive siècle : démantèlement et reconstruction
33Après cette phase d’importants travaux de monumentalisation, jusqu’à la construction du temple majeur à l’extrême fin du vie siècle, la période suivante n’a laissé aucun témoignage d’une activité de construction remarquable. Le ve siècle ne présente pas une grande activité dans le territoire de la cité de Poseidonia dans son ensemble, et l’Héraion n’échappe pas à cette tendance. Ce phénomène contraste fortement avec les grandes constructions urbaines, en particulier les deux grands temples doriques, l’Héraion II (dit « temple de Neptune ») et l’Athénaion, et l’ekklesiastérion.
34Après la conquête lucanienne, en revanche, les vestiges datés du ive siècle retrouvés dans l’Héraion témoignent de l’intensité de sa fréquentation ainsi que d’une intense activité de construction40. Plusieurs monuments nouveaux sont édifiés, souvent aux dépens de structures plus anciennes. Particulièrement remarquable est le cas de toutes les métopes archaïques, ainsi que de plusieurs triglyphes, chapiteaux et autres éléments architecturaux trouvés remployés dans les fondations de plusieurs édifices construits au ive siècle.
35Que ces éléments architecturaux aient été mis au jour dans les fondations d’édifices plus récents interroge sur l’utilisation de l’espace sacré à cette époque. Puisque les éléments de décoration du temple furent employés pour la construction d’autres monuments, il est clair que celui-ci fut complètement démantelé au plus tard au milieu du ive siècle. Plusieurs explications sont possibles. Une première met la conquête lucanienne à l’origine des destructions infligées au sanctuaire et plus particulièrement au temple majeur : disposant probablement de moyens moins efficaces de protection que le centre urbain, le sanctuaire aurait été une première cible pour les Lucaniens dans leur intention de conquête de la cité. L’autre possibilité serait d’attribuer à l’expédition d’Alexandre le Molosse à Poseidonia la cause des dommages subis par le sanctuaire, hypothèse soutenue par U. Zanotti Bianco41. En effet, l’histoire raconte que le Molosse arriva à Poseidonia par mer et, si l’on croit en l’existence du port de la cité à l’embouchure du Sele, le Portus Alburnus, il serait bien plausible qu’il soit arrivé à l’Héraion avant de conquérir le centre urbain. La coïncidence entre la datation des monuments et l’expédition du Molosse rend possible cette hypothèse, même si la présence épirote à Poseidonia fut de très courte durée42. Une première interprétation des armes trouvées lors des fouilles du sanctuaire, dont un ceinturon, une dague et des fragments d’une massue en bronze, renforce la possibilité d’une bataille importante en ces lieux43. D’autre part, les armes rappellent aussi certains attributs d’Héraclès, ce qui ferait penser à des objets consacrés à ce héros. La question reste ouverte.
36Un élément qui renforcerait l’hypothèse du démantèlement du temple majeur lors de la conquête lucanienne est donné par les fouilles d’une des stoai archaïques. Le matériel le plus récent trouvé à proximité de celle-ci44 est datable du ve siècle et indiquerait que cette structure n’était plus en utilisation après la fin de ce siècle. Cette datation coïncide avec la chronologie acceptée pour la conquête lucanienne, c’est-à-dire les dernières années du ve siècle. Si la stoa n’est plus utilisée à partir de la fin du siècle45, il est vraisemblable que les activités du sanctuaire étaient beaucoup moins intenses à cette époque par rapport au dynamisme attesté précédemment. La question que l’on se pose dans notre réflexion sur la frontière est relative aux fonctions de ce sanctuaire. Pourquoi un lieu si important aurait-il été moins fréquenté au ve siècle ? Cette question est d’autant plus importante que la cité, sous l’hégémonie lucanienne, réinvestit l’espace urbain avec une intense activité édilitaire moins d’un demi-siècle après la prise du pouvoir.
37Quels que soient la bataille ou tout autre événement, entre la fin du ve et le milieu du ive siècle, le sanctuaire souffre d’importants dégâts, dont le plus important est sans doute le démantèlement du temple majeur. En revanche, même si l’on continue d’associer l’abandon de celui-ci à des faits d’armes, les plaques des métopes semblent indiquer qu’il n’y a pas eu nécessairement un événement violent : le temple ne fut pas détruit lors d’une bataille mais démantelé. À partir de cette observation, on peut vraisemblablement affirmer que les Lucaniens, pour une raison qui nous échappe, décidèrent de démonter le temple et d’utiliser ses éléments pour la construction d’autres édifices. À ce moment, le sanctuaire perd sa structure monumentale la plus importante et la pratique religieuse subit des changements conséquents. Les vestiges archéologiques ne montrent aucune trace de construction ou d’aménagement d’un autre temple et, si la statue de culte a survécu, elle a été placée dans un édifice qui n’avait pas la morphologie d’un temple grec.
38Toutefois, les constructions réalisées pendant le ive siècle témoignent de la fréquentation de ce lieu de culte par ces mêmes Lucaniens46. Si, dans le centre urbain de la cité, les Lucaniens gardent un style de vie plutôt grec et utilisent des monuments importants tels l’ekklesiastérion et les trois grands temples doriques47, à l’Héraion du Sele, un changement important intervient dans l’utilisation de ce lieu sacré48. Il est donc important de s’intéresser à ces changements, notamment dans notre enquête sur les possibles fonctions du sanctuaire en tant que « marqueur de frontière ».
39Il faut commencer par les stoai, les monuments les plus anciens du sanctuaire. Malgré l’abandon d’une des stoai archaïques, une autre structure de même fonction fut construite au nord-est du temple majeur. Cette nouvelle stoa, souvent appelée stoa lucana49, longue de 30,20 m et large de 7,67 m, constituée d’une grande salle centrale ouverte vers le sud, comportait un portique de cinq colonnes. La structure fut aussitôt agrandie et un nouveau portique de six colonnes a été découvert à quelques mètres de distance du premier, formant un espace supplémentaire. Les tuiles de l’édifice, trouvées sous une couche de 20 cm de lapilli de l’éruption du Vésuve, sont de facture archaïque, ce qui indique une réutilisation. On remarque que les signes de réutilisation d’éléments plus anciens dans les constructions nouvelles sont très abondants et l’on comprend assez mal les possibles raisons de ces restructurations. Au niveau des fondations de cette stoa, on a trouvé du matériel datable du début du ive siècle, notamment une monnaie en bronze datée de la première moitié du siècle, importante non seulement pour la datation de l’édifice mais aussi comme témoignage de la frappe de monnaies par les Lucaniens dès le début de leur occupation50.
40Un deuxième édifice51, communément appelé edificio per lustrazioni et étroitement associé à la nouvelle stoa, est construit et relié à ce premier monument dans sa partie sud-est. C’est une salle de 15,90 × 5,49 m avec l’entrée à l’ouest. L’hypothèse d’U. Zanotti Bianco52 est une séparation des fonctions entre la stoa et ce nouvel édifice, due à l’afflux grandissant des pèlerins dans le sanctuaire : cette partie serait dédiée uniquement au logement des fidèles, tandis que la partie la plus ancienne serait réservée aux activités de culte, dont la purification par des sacrifices et l’ablution avec l’eau lustrale. Plus récemment, après un réexamen de la documentation de fouilles et de l’ensemble du matériel, une nouvelle hypothèse a proposé d’identifier cet édifice à un hestiatorion53.
41Encore en rapport avec ces structures, deux bothroi comportant une grande quantité de matériel votif ainsi que des vestiges d’os d’animaux, de céramique et de bois brûlé ont été trouvés54. Peut-être faut-il reconnaître dans ces bothroi un changement du rituel pratiqué dans le sanctuaire55 : d’une pratique qui se tenait surtout sur des autels, on passerait ici à une forme de culte liée, dans une certaine mesure, au monde chthonien. La datation de ces repères donne une fourchette d’utilisation qui commence vers la fin du ive siècle et finit entre un siècle et un siècle et demi après. Ces données indiquent la continuité des activités du sanctuaire pendant les premiers temps de l’occupation romaine de la cité.
42Datant aussi du ive siècle, un autre édifice remplissait probablement des fonctions un peu différentes. Il s’agit d’une structure rectangulaire de dimensions relativement restreintes (8,05 × 6,54 m) mais notable par ses fondations très robustes : les assises retrouvées donnent une épaisseur d’environ 0,90 m. La forme du monument et surtout ses fondations conduisent à l’identifier à une sorte de tour, probablement placée à l’entrée du sanctuaire, dans le secteur connu comme « zone B »56. En l’absence de vestiges se rapportant indubitablement à un mur de péribole du sanctuaire, il est la seule indication possible d’une matérialisation des limites de l’aire sacrée, mais datée uniquement de l’époque lucanienne.
43Plus importante pour notre propos sur la frontière est la structure identifiée comme étant une tour de défense. Environ la moitié des métopes archaïques (21 plaques), 18 triglyphes et 36 corniches ont été retrouvés en remploi dans les fondations de cette tour (fig. 62). Si l’on donne une fonction particulière à un sanctuaire situé dans une zone de frontière et si l’on prête un sens symbolique fort à l’iconographie des métopes qui décoraient le temple monumental, les éléments de la fondation de la tour portent une signification supplémentaire. Ici, des éléments de la décoration d’un édifice sacré sont remployés dans les fondations d’un édifice aux fonctions prioritairement militaires. Cela reflète probablement le contexte général, puisque les sources écrites, archéologiques et iconographiques relatives à la cité de Poseidonia au ive siècle donnent un témoignage beaucoup plus complet et plus belliqueux pour cette période. Elles attestent la recrudescence de faits d’armes, dont l’expédition d’Alexandre le Molosse est la plus évidente57, ainsi qu’une idéologie militaire plus forte. Dans ces conditions, il est extrêmement difficile de procéder à une comparaison entre les fonctions et les formes du sanctuaire à l’époque grecque, que l’on pourrait appeler plutôt pacifiques ou symboliques, et celles de la période lucanienne, davantage militarisées. Cette question doit être comprise dans le contexte historique de militarisation et d’amplification des conflits au ive siècle, ainsi que dans le cadre géographique plus étendu de la Grande Grèce, avec l’exemple très évocateur des fortifications lucaniennes parsemées dans l’arrière-pays.
Fig. 62. Héraion du Sele. Plan du sanctuaire, zone A.

D’après Biraschi et al. 2012, pl. xlvii.
44Le dernier monument digne d’être noté dans la description du sanctuaire du ive siècle est l’édifice carré58. Comme nous l’avons déjà signalé, en 1958, les recherches de P. Zancani Montuoro ont porté à la découverte de trois nouvelles métopes archaïques59. Elles étaient remployées justement dans les fondations de cet édifice carré, de 12 m de côté, trouvé à 80 m à l’est de l’angle sud-est du temple majeur. Le monument possède une entrée au sud, mais comme le temple majeur avait déjà été démantelé avant sa construction, on ne doit pas chercher de lien direct entre les positions des deux monuments60.
Fig. 63. Héraion du Sele. Statue en marbre de la déesse Héra provenant de l’édifice carré. Musée archéologique national de Paestum.

Cliché de l’auteur, su concessione n. 18/2025 del Ministero della Cultura – Parchi Archeologici di Paestum e Velia.
45Les fonctions de cet édifice constituent sans doute le point le plus débattu. La découverte d’une statue en marbre représentant la déesse Héra (fig. 63) ainsi que de nombreux fragments de matériel votif pourrait faire pencher pour une utilisation dans la sphère du sacré. En opposition, la forme carrée de l’édifice, son orientation vers le sud et son entrée de dimensions très réduites renforcent un usage non rituel, qui n’aurait pas une relation directe avec l’activité proprement sacrée du lieu mais se rapporterait à des activités accessoires. Plus précisément, on peut évoquer deux hypothèses : selon P. Zancani Montuoro, d’après l’analyse de plus de 300 poids de métiers à tisser associés à d’autre matériel votif et au plus grand nombre de monnaies découvertes à Paestum, l’édifice pourrait avoir abrité le trésor et les offrandes de la divinité61. G. Greco soutient une autre position : l’examen du matériel montre des objets liés au monde féminin et surtout une certaine quantité de céramique en rapport avec des repas, comme des assiettes. Elle propose ainsi un lieu propice à la réunion des femmes et à la réalisation de repas en commun62. De plus, la grande quantité de pesons semble indiquer la présence de métiers à tisser complets à cet endroit. Cela a mené G. Greco à proposer une activité de tissage, tel le rituel de la péplophorie, c’est-à-dire l’habillage de la statue de la déesse avant la procession63. G. Greco rassemble les divers objets pour associer l’édifice carré aux rituels qui précèdent la préparation et l’initiation des jeunes filles avant le mariage. Si les liens avec l’univers féminin semblent assurés, nous suivons les objections d’E. Greco : la probable présence de métiers à tisser ne constitue pas un indice suffisant pour attribuer une fonction spécifique de confection de tissus sur place64. Entre autres, le grand nombre de monnaies nous fait plutôt pencher pour une fonction de trésor ou de lieu de dépôt de différents types d’offrandes.
46Un dernier élément peut être rappelé ici en ce qui concerne l’édifice carré : l’existence de deux édifices de même morphologie, bien que de dimensions plus réduites, dans le sanctuaire lucanien de Torre di Satriano65 et dans le sanctuaire méridional de Pontecagnano66. La poursuite des recherches sur les lieux de culte lucaniens apportera sans doute de nouveaux éléments de comparaison pour aborder la question des fonctions de l’édifice carré de l’Héraion.
47La description des vestiges archéologiques de l’Héraion du Sele a permis d’appréhender en partie le fonctionnement et l’évolution de l’utilisation de ce lieu sacré depuis l’arrivée des colons jusqu’à la fin de la période lucanienne. On remarque une forme de continuité dans son utilisation en même temps que l’on se doit d’insister sur les changements de l’organisation spatiale et probablement rituelle du sanctuaire. Cette connaissance relativement vaste des vestiges archéologiques est la condition première pour proposer une interprétation de ses possibles fonctions liées au contexte de frontière. Il est toutefois nécessaire de considérer l’aspect symbolique tel qu’il a pu être transmis par l’iconographie des métopes archaïques de l’Héraion. Si l’on ressent l’absence d’un corpus épigraphique qui aurait permis un degré plus élevé de précision sur le caractère frontalier de ce lieu, il convient de souligner le caractère exceptionnel de cet ensemble décoratif figuré archaïque.
Légendes et représentations
48Depuis la découverte de l’impressionnante série de métopes, plusieurs spécialistes ont analysé en détail ces œuvres67. Nous tenterons de dégager des éléments pour rapprocher le cycle figuratif et le caractère frontalier du sanctuaire. La question centrale concerne les fonctions possibles de l’iconographie des métopes pour caractériser un contexte de frontière et les messages symboliques que ces scènes peuvent véhiculer68.
49Dans l’identification des scènes, certains points sont fermement acquis, d’autres restent d’interprétation hypothétique69 ; on se référera dans ce cas aux hypothèses les plus largement acceptées. Les recherches sur ces sculptures tentent de retrouver un programme unitaire dans leur iconographie, même s’il reste environ la moitié des métopes qui devaient décorer l’édifice70. L’observation des techniques indique l’activité d’un seul atelier de production, avec la main d’au moins trois maîtres71. La réalisation des plaques en pierre est assez homogène : elles comportent généralement une métope avec un triglyphe à gauche et mesurent en moyenne 1,42 m de largueur pour 0,79 m de hauteur. Pour ce qui est de la logique de succession des métopes, on a identifié deux cycles principaux : le cycle d’Héraclès (dont une centauromachie) et le cycle troyen, ainsi que d’autres séries moins nombreuses, dont peut-être un petit cycle représentant des épisodes en rapport avec Jason et les Argonautes.
Le cycle d’Héraclès
50On peut attribuer entre 19 et 21 métopes72 aux récits concernant Héraclès73. Sur les plaques numérotées 3 à 6, il est facile de reconnaître des centaures dans leur schéma iconographique le plus courant, avec corps de cheval et torse humain74. Sur la plaque no 1, un autre type est représenté : la partie avant du corps est humaine, la partie arrière est celle d’un cheval ; la créature a donc deux jambes humaines et deux jambes d’équidé (fig. 64). Sur la base de ces deux types de représentation, une identification de ce centaure particulier a été proposée : ce serait Pholos75 ou Chiron (les bons centaures). La première hypothèse amène à attribuer les scènes de centauromachie à l’épisode d’Héraclès dans l’antre de Pholos. Les deux principaux récits qui transmettent cette légende ne s’accordent pas sur tous les détails76 ; pendant son voyage en Arcadie à la recherche du sanglier sur le mont Érymanthe, Héraclès est accueilli par le centaure Pholos. Soit spontanément, soit par le désir d’Héraclès, Pholos ouvre un pithos, l’arôme du vin se répand et attire les autres centaures ; ceux-là, de caractère sauvage, tiennent des rochers et des sapins entre leurs mains. Héraclès chasse donc les centaures avec ses flèches, tuant plusieurs d’entre eux77.
51À partir de l’identification de l’épisode légendaire et à partir de l’iconographie de la scène, Héraclès a été reconnu comme l’archer sur la métope no 2 (fig. 65)78. Sa représentation diffère de l’iconographie traditionnelle : le héros est debout et non agenouillé ou accroupi comme habituellement ; particulièrement fort, il occupe toute la métope, comme une projection de sa force surhumaine79.
Fig. 64-69. Héraion du Sele. Métopes archaïques nos 1 à 6. Musée archéologique national de Paestum.

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52L’épisode raconté par les six métopes (fig. 64-69) met en scène le contraste entre la civilisation hellénique (consommation du vin et des rapports d’hospitalité) et le monde sauvage des centaures, non intégrés dans une structure sociale obéissant aux règles de conduite à la grecque80. G. Greco établit un parallèle entre cette opposition civilisé/sauvage, nomos/physis, et celle entre les Grecs et les populations italiques qui habitaient ces terres et ne connaissaient pas le même système de lois81. Le problème soulevé par cette lecture se révèle à propos des peuples à qui s’opposent les Poseidoniates : au nord du Sele, ce sont des populations étrusco-campaniennes qui ne peuvent en aucun cas être assimilées à des sauvages sans lois. En outre, les représentations d’être hybrides semblent très répandues en Étrurie82, ce qui est en contradiction avec une éventuelle identification des centaures comme des autochtones en contact avec les Grecs. D’autre part, dans l’éventualité d’une représentation opposant Grecs et autochtones, il peut y avoir une autre contradiction, car ces populations furent en partie assimilées dans la communauté poseidoniate, soit par des mariages mixtes pour les femmes, soit par l’esclavage de femmes et d’hommes.
53Une autre possibilité de lecture des scènes se fonde sur l’identification du bon centaure avec Chiron, qui accueille et instruit le jeune Achille83. Les scènes représenteraient alors le monde de l’éducation et de la sagesse opposé à celui de la nature sauvage. En revanche, cette identification ne rend pas compte des scènes de centauromachie. Enfin, on peut également proposer Chiron, sans forcément évoquer Achille, puisque ce bon centaure rencontre aussi Héraclès, qui d’ailleurs le tue involontairement84.
54Dans tous les cas, le bon centaure sert de passage entre physis et nomos. Même si l’assimilation des centaures avec la population autochtone n’est pas soutenable et doit être réfutée, il semble clair qu’une représentation du contact entre un monde civilisé et un monde sauvage serait bien placée dans un sanctuaire à la frontière entre un espace cultivé, donc civilisé, et un autre non cultivé, donc à l’état naturel. La représentation des centaures, comme tout être hybride, rappelle clairement un contexte de passage85 ; ce sont des figures liminaires et, par conséquent, particulièrement bien adaptées à une frontière. De plus, en prenant en considération la grande diffusion des images d’êtres hybrides et d’Héraclès dans le milieu étrusque, on voit qu’elles pouvaient être partagées entre les Grecs de Poseidonia et les Étrusco-campaniens du nord du Sele, indépendamment du fait qu’elles ne véhiculaient pas forcément les mêmes messages de part et d’autre du fleuve. On pourrait proposer, dans ce cas, que la représentation des centaures ne soit pas une allusion directe aux autochtones mais une sorte d’appel à un ensemble iconographique commun, partagé entre les sociétés en contact et utilisé pour faciliter les échanges86.
55La plaque no 7 (fig. 70) représente deux personnages, l’un masculin – un héros prêt à faire usage de son épée –, l’autre féminin sans attribut particulier, qui lui touche l’épaule. L’interprétation courante de la scène y voit Héraclès protégeant Héra87, ce qui met cette plaque en relation avec deux autres, les nos 8 et 9. Une autre interprétation y voit Électre incitant son frère Oreste à tuer leur mère88, ce qui relie cette plaque au no 19.
Fig. 70-75. Héraion du Sele. Métopes archaïques nos 7 à 12. Musée archéologique national de Paestum.

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56Les métopes nos 8 et 9 (fig. 71-72) mettent en scène deux couples de silènes en marche, probablement en fuite. Les deux plaques portent le signe η (eta), qui doit correspondre à hesperos, l’Οccident89. C’est l’élément qui permet de les placer sur la façade occidentale du temple et, par conséquent, de les opposer, comme un effet de miroir, aux scènes de centauromachie : on aurait dans ce cas deux récits comparables sur les deux façades du temple. L’identification des silènes est incontestable, mais l’interprétation de la scène est bien plus difficile. Une hypothèse les rapproche de la métope no 7 et propose de voir Héraclès protégeant Héra des silènes90 ; mais si les silènes sont en fuite, il faudrait trouver une autre métope représentant un personnage en train de les poursuivre. Le sens des personnages ne contribue guère à l’interprétation : les silènes courent vers la gauche, tandis que les personnages de la plaque no 7, Héraclès et Héra, sont tournés vers la droite. Si les silènes fuient Héraclès et Héra, ils ne devraient pas aller les uns vers les autres.
57Toutefois, P. Zancani Montuoro a remarqué, à travers les traditions textuelles et iconographiques, que les silènes s’opposent systématiquement à tout héros qui protège une jeune femme, cible de leur convoitise91. De plus, l’examen des images opposant Héraclès et une femme aux silènes a montré que la plupart des attestations viennent d’un contexte étrusque, à l’exception de la coupe de Brygos. Une hypothèse associe cette scène à un récit de Stésichore, poète italiote du vie siècle92 ; ce récit se serait répandu vers l’Étrurie en passant par la Grande Grèce, en particulier par l’Héraion du Sele, situé justement à la frontière entre Grecs et Étrusques.
58En dépit de la difficulté d’interprétation, les silènes et les centaures sont des personnages hybrides qui caractérisent le contexte du passage, donc des figures liminaires. La présence d’un nombre important de scènes les représentant dans l’Héraion du Sele renforce l’idée qu’il s’agit d’un ensemble de thèmes figurés pouvant être reconnus aussi bien par les Grecs que par les Étrusques93. Il n’est pas essentiel pour notre étude d’identifier précisément tous les messages que ces personnages hybrides pouvaient véhiculer en milieu étrusque. La seule représentation de ces êtres liminaires et de personnages héroïques suffit pour caractériser un certain imaginaire de la frontière et du contact entre deux réalités différentes.
59Les métopes suivantes, nos 10 et 11 (fig. 73-74), sont attribuées à l’épisode d’Héraclès contre le centaure Eurytion94. La première plaque montre un archer agenouillé et une femme aux bras levés. Une proposition d’identification associe l’archer à Héraclès et la femme à la jeune fille qu’il sauve du centaure Eurytion95. Dans cette version, il faut associer la plaque no 11 montrant clairement un centaure en position de combat. Une autre hypothèse96 voit Héraclès et Déjanire sur la plaque no 10, mais un autre centaure sur le no 11 : Nessos, qui serait aussi représenté sur la plaque no 17. Dans tous les cas, l’analyse stylistique du rendu du centaure exclut la possibilité de rattacher la métope 11 à la scène avec Pholos (plaques 1 à 6)97.
60La plaque no 12 (fig. 75) est facilement identifiable grâce à la massue d’Héraclès98. La scène représente Héraclès en train de voler le trépied du sanctuaire de Delphes et Apollon qui essaie de rattraper l’objet sacré99. Ici, la particularité repose sur le fait de représenter un acte d’impiété du héros dont la majeure partie du cycle iconographique fait l’éloge. Selon G. Greco100, les Anciens n’attribuaient pas forcément un aspect aussi négatif qu’on l’imagine à ces attitudes de folie et d’impiété. Une fois de plus, ces scènes peuvent être mises en rapport avec des thèmes répandus dans le milieu étrusque contemporain101.
61La plaque no 13 (fig. 76) suit un schéma figuratif clair et facilement identifiable : Héraclès emmène les deux Cercopes attachés par les pieds sur une perche, la tête en bas102. La tradition écrite raconte l’histoire de ces deux voleurs qui semaient le désordre dans la région d’Éphèse et qui furent capturés par Héraclès, puis libérés103. Cette scène est une claire référence aux nombreux faits d’Héraclès, mais elle rappelle également le contexte de la chasse, avec les deux personnages transportés comme du gibier104. Même si cette activité faisait partie de la vie courante des anciens Grecs et contribuait à exalter la valeur des citoyens, une allusion à cette pratique est particulièrement bien placée dans un sanctuaire extra-urbain comme l’Héraion du Sele. Nos sources sur la chasse sont surtout écrites, fondées en grande partie sur l’exemple athénien, et la situent dans les montagnes, dans les zones de l’eschatià105. Néanmoins, la chasse était sans doute pratiquée dans d’autres environnements naturels, comme les marécages106. Le problème de cette interprétation est la présence de quelques centres indigènes de relative importance au nord du Sele, notamment à Arenosola. Il est difficile de proposer une association directe entre les terrains de chasse et les terres au-delà du Sele107. Il nous semble plus intéressant de mettre ces scènes en rapport avec les légendes d’Héraclès et le contexte frontalier de l’Héraion, sans forcément chercher une identification à une réalité concrète.
Fig. 76-81. Héraion du Sele. Métopes archaïques nos 13-17 et 38. Musée archéologique national de Paestum.

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62La plaque no 14 (fig. 77) ne pose pas de problème d’iconographie : Héraclès apporte le sanglier chassé sur les pentes de l’Érymanthe à Eurysthée effrayé, qui se cache dans un pithos108. Elle reproduit le schéma iconographique traditionnel et sa seule particularité repose sur la présence du couvercle du pithos, en général absent de la céramique attique du milieu du vie siècle109 ; ce couvercle ne fait que souligner l’image de peur d’Eurysthée et renforcer l’acte de bravoure du héros.
63La plaque no 15 (fig. 78) montre deux personnages en lutte : un homme est en train d’en étrangler un autre, déjà agenouillé et succombant, un géant vu la différence de taille. Héraclès est facilement reconnaissable dans cette scène de gigantomachie et le géant serait Antée110. Selon la légende, Héraclès soulève Antée de la terre, source de sa grande force, et parvient à étrangler le géant qui défiait tous ceux qui passaient par son pays, la Libye111. Cette métope ne pose pas de problème d’interprétation : les spécialistes sont favorables à l’intégrer au cycle iconographique dédié à Héraclès. L’hypothèse d’identifier Alkyoneus à l’adversaire du héros n’est pas soutenable, puisque leur lutte apparaît sur une autre métope, le no 38.
64Une autre scène sans problème d’attribution figure sur la métope no 16 (fig. 79) : la lutte d’Héraclès contre le lion de Némée112. C’est probablement l’épisode le plus courant du mythe aussi bien dans la documentation iconographique que textuelle113. Ici, la scène suit parfaitement le schéma canonique, avec Héraclès luttant sans aucune arme contre le lion, en lui passant son bras autour du cou.
65Sur la plaque no 17 (fig. 80), on voit un homme tuant un centaure d’un coup d’épée : Nessos tué par Héraclès114. La tradition écrite raconte que Nessos fut tué par une flèche, dans le fleuve115 ; selon les sources iconographiques, notamment la céramique figurée archaïque, la rivière n’est pas représentée et Nessos n’est pas forcément tué par une flèche116.
66La dernière métope rattachée au cycle d’Héraclès est le no 38 (fig. 81)117. Cette plaque est probablement la mieux conservée et la lecture de son image est très aisée : un personnage masculin est en train de tuer d’un coup d’épée un géant en fuite. La scène montre l’homme tenant la tête du géant et appuyant son pied gauche sur la jambe droite de ce dernier. Les attributs classiques d’Héraclès, l’arc et le carquois, permettent son identification ; pour le géant, on l’identifie traditionnellement à Alkyoneus118. Une objection de F. Croissant insiste sur l’incompatibilité entre cette scène et le schéma canonique de la représentation de la mise à mort du géant : il est tué par Héraclès pendant son sommeil119. Ainsi, une autre hypothèse a été proposée, qui identifie le géant comme étant Thourios120. En tout cas, cette représentation semble faire écho à l’autre image d’Héraclès aux prises avec un géant, en l’occurrence Antée, sur la métope no 15.
Argonautes et personnages homériques
67Si l’identification des métopes figurant Héraclès est relativement claire, pour les autres plaques les hypothèses sont plus nombreuses. Malgré la difficulté de la tâche, l’essai d’identification de programmes iconographiques cohérents reste l’objectif principal des commentateurs de ces sculptures. Deux cycles ont été proposés, celui des Argonautes et le cycle troyen121.
68La métope no 18 (fig. 82) représente un personnage agenouillé, protégé par son bouclier, son épée à la main, caché derrière un palmier. La scène est rattachée à la légende selon laquelle Achille, près d’une fontaine à l’extérieur des Portes Scées, tend une embuscade à Troïlos122.
Fig. 82-84, 86-88. Héraion du Sele. Métopes archaïques nos 18 à 23. Musée archéologique national de Paestum.

Clichés de l’auteur, su concessione n. 18/2025 del Ministero della Cultura – Parchi Archeologici di Paestum e Velia.
69Sur la plaque no 19 (fig. 83), on distingue un trône et le buste acéphale d’un personnage masculin assis, le bras droit levé, tenant un objet dans la main. C’est la seule figure assise de toutes les scènes connues de l’Héraion, sans doute la représentation d’une divinité ou d’un roi. D’après la position de sa main droite, on a reconnu Zeus123. Cette interprétation est très vraisemblable, puisque la figure du dieu peut se rapporter à plusieurs éléments liés au sanctuaire et aux autres métopes : un temple consacré à Héra ; et Zeus intervient aussi bien dans les récits sur Héraclès que sur la guerre de Troie. En lien avec la métope no 7, une hypothèse alternative propose de voir Égisthe sur le trône avant d’être tué par Oreste124.
70Néanmoins, une autre identification a été suggérée125 : ce serait Hadès assis au moment de recevoir Thésée et Pirithoos dans l’au-delà. Cette lecture serait valable uniquement si l’on identifie ces deux personnages sur la plaque no 30, car les seuls attributs permettant d’identifier le personnage assis sont le trône et le mouvement de sa main droite. Une observation rapide de l’iconographie des divinités sur d’autres supports montre que cette position de la main est bien attestée pour Zeus et pour Poséidon, tandis qu’elle semble être absente pour Hadès, qui d’ailleurs n’a pas de raison d’être représenté ici.
71La plaque no 20 (fig. 84) est lacunaire ; toutefois, son état de conservation n’empêche pas de reconnaître la scène : un personnage ailé et agenouillé, de profil, tient un grand disque dans sa main droite. Les deux interprétations les plus répandues sont Éris, la personnification de la Discorde, envoyée par Zeus pour exciter les participants de la guerre de Troie, et Iris126, la messagère des dieux, personnification de l’arc-en-ciel, et qui porte le disque solaire. Mais, une nouvelle hypothèse, plus plausible, a été proposée à la suite de la découverte, à Cerveteri, d’une olpè en bucchero noir figurant un personnage ailé avec un disque et une inscription l’identifiant à Dédale (fig. 85)127. L’iconographie des deux scènes est comparable et un rapprochement est donc aisé. Une autre hypothèse d’identification pour le personnage de la métope a été proposée : Hélios128. Celui-ci est de toute façon lié aux Argonautes, puisqu’il est le père d’Æétès, roi de Colchide, lui-même père de Médée. L’autre face du vase de Cerveteri porte l’image d’un personnage féminin debout et d’un personnage masculin sortant d’un chaudron ; une inscription donne le nom de Médée129. Ce vase renforce l’hypothèse qui privilégie les représentations d’un cycle sur Jason et les Argonautes dans l’Héraion du Sele130.
Fig. 85. Olpè en bucchero noir. Rome, Musée national étrusque, inv. 110 976.

D’après Latacz et al. 2008, p. 315, cat. 36.
72Étant donné les légendes d’une fondation de l’Héraion par Jason, on serait enclin à considérer l’hypothèse d’un cycle sur les Argonautes comme vraisemblable. En reliant l’ensemble des représentations figurées au caractère frontalier du site, un tel cycle prend encore davantage de sens.
73L’interprétation de la métope no 21 (fig. 86) est largement admise comme la mort de Patrocle, tué par la lance d’Hector131. Cette scène renforce le cycle troyen.
74Bien que la plaque no 22 (fig. 87) fasse partie des métopes probablement inachevées, on peut reconnaître la scène. Deux personnages féminins sont vus de face (sauf les pieds, de profil), habillés d’un chiton et d’un manteau. La figure de gauche tend les bras vers sa tête, s’arrachant les cheveux en signe évident de deuil. La femme de droite s’arrache également les cheveux et de son bras gauche tient un enfant dont on voit une partie de la jambe. La lecture traditionnelle de cette plaque la rattache aux récits troyens et identifie Hélène, Andromaque et le petit Astyanax132.
75La scène du deuil d’Hector de la métope no 22 a induit l’interprétation hypothétique de la plaque no 23 (fig. 88). Un petit fragment conservé montre des signes d’inachèvement, où l’on voit le relief, à peine amorcé, du visage de profil d’une femme, la main droite appuyée sur la tête. La position des mains qui indique habituellement soit le deuil, soit la peur ou l’horreur, a été rapprochée de la métope no 22 : elle a été interprétée comme la représentation d’Hécube se lamentant sur le corps de son fils Hector133. Dans ce cas, on aurait deux plaques consacrées au deuil après la mort de celui-ci.
76Les deux dernières plaques traditionnellement placées sur le côté septentrional sont rattachées à deux moments de la guerre de Troie. La métope no 24 (fig. 89) conserve l’image de deux figures féminines dont l’une est armée d’une bipenne. La femme de gauche, portant un manteau, essaie de retenir celle qui brandit la hache. On y a vu Laodamie empêchant Clytemnestre de tuer son propre fils Oreste134. Cette identification s’appuie sur la présence de cette hache à double tranchant qui habituellement renvoie à Clytemnestre.
Fig. 89-94. Héraion du Sele. Métopes archaïques nos 24 à 29. Musée archéologique national de Paestum.

Clichés de l’auteur, su concessione n. 18/2025 del Ministero della Cultura – Parchi Archeologici di Paestum e Velia.
77Le cycle est complété par la métope no 25 (fig. 90), où un personnage armé d’une épée tue un homme qui s’agrippe à une colonne dorique. Ce serait Oreste tuant Égisthe, qui essaie de se cacher dans son palais135. La colonne dorique représente forcément un édifice monumental, palais, temple ou même fontaine. Selon le type d’édifice que l’on y voit, les personnages représentés varient : Égisthe dans le palais d’Agamemnon ; Néoptolème, fils d’Achille, tué par Oreste dans le temple d’Apollon à Delphes ; ou encore Troïlos tué par Achille à la fontaine monumentale où le fils de Priam mène boire les chevaux136. Cette dernière hypothèse rattache également la plaque no 18 à cet épisode, avec Achille caché sous un palmier, attendant le fils cadet de Priam près de ladite fontaine.
78Plusieurs lectures ont été proposées pour la plaque no 26 (fig. 91), une des métopes inachevées et à peine amorcées. L’iconographie présente un personnage aux jambes de profil et au torse de face ; il avance vers la droite, un énorme serpent s’enroulant autour de ses jambes. Il tend son épée tenue de la main droite pour trancher la tête du serpent. Puisqu’aucun attribut ne permet de déterminer le héros, les interprétations varient selon les possibilités d’identification du personnage tuant un serpent ou un dragon, motif qui apparaît dans l’histoire de plusieurs héros affrontant ce type de bête. P. Zancani Montuoro137 a remarqué une particularité de cette scène : dans les confrontations entre des dieux ou des héros et des serpents, les premiers sont habituellement en position de force et d’affrontement, tandis que, sur cette métope, le monstre semble avoir une certaine emprise sur le héros, qui se dirige dans le sens opposé au serpent, comme si le premier était en retrait. Cette observation a mené à l’identification du personnage comme Oreste poursuivi par la Furie ou par les Érinyes, personnification de la vengeance pour le délit qu’il a commis en tuant sa propre mère, Clytemnestre. On pourrait rapprocher cette lecture d’autres représentations supposées d’Oreste et Clytemnestre138. D’autres lectures de cette scène sont possibles, surtout si l’on privilégie les représentations nombreuses des héros en rapport direct avec l’Héraion, tels Héraclès ou Jason. On pourrait lire, dans ce cas, l’un des douze travaux d’Héraclès, celui où il tue l’Hydre de Lerne, ou la lutte de Jason contre le monstre qui protège la toison d’or139.
79La métope no 27 (fig. 92) représente un personnage monté sur une tortue, probablement en train de scruter l’horizon. L’interprétation courante l’identifie à Ulysse, qui serait ainsi sauvé du naufrage causé par Charybde140. Cette hypothèse s’appuie sur une possibilité de réinterprétation des aventures d’Ulysse qui diffère du récit homérique141. Bien qu’on soit certain de l’existence de traditions parallèles à celle fixée dans le texte de l’Odyssée, nous n’avons aucun autre exemple où l’iconographique d’Ulysse sur une tortue soit attestée142. En revanche, des scènes d’un personnage sur une tortue existent, sans qu’on puisse identifier clairement le personnage143. Sur la base de la reconnaissance de la tortue en tant qu’animal sacré d’Hadès, Héraclès, Thésée et Tantale ont été proposés, puisque tous trois passent par les Enfers144. Enfin, une proposition de caractère non légendaire a également été formulée : ce serait un œciste qui guiderait son peuple et qui scruterait l’horizon pour mieux diriger ses compagnons d’expédition145. Nous n’avons aucun élément objectif pour choisir entre ces possibilités, mais, suivant le courant majoritaire des spécialistes, l’hypothèse d’Ulysse semble la plus vraisemblable. Il est le héros qui personnifie l’exploration et les voyages vers l’Occident, en même temps qu’il subit un naufrage. Cette lecture est celle qui évoque le plus directement un contexte colonial. Ulysse symbolise, avec Héraclès, le héros colonisateur, conquérant des terres méconnues (ou inconnues jusqu’alors), et trouve une place particulièrement bien adaptée dans un cycle figuratif d’un sanctuaire aux frontières du monde grec146.
Autres cycles
80Outre les nombreuses images de héros, les métopes du Sele montrent des scènes figurant des divinités. C’est le cas des métopes nos 28 et 29 (fig. 93-94), mises en parallèle avec les récits légendaires d’Apollon et d’Artémis147. Sur la première, les jumeaux sont facilement reconnaissables grâce à leur attribut principal, l’arc porté par chacun d’eux. L’épisode a été associé au récit où le géant Tityos enlève leur mère Létô et se fait tuer par les flèches tirées par les jumeaux. Cette lecture prend d’autant plus de sens si l’on identifie les personnages de la plaque no 29 à Tityos et Létô148. Sur cette dernière métope, on voit un géant, reconnaissable à ses proportions, en position de course, agenouillé, et tenant un personnage féminin dans son bras gauche. Les deux métopes se rapprochent encore plus facilement si l’on considère que l’objet tenu par le géant de sa main droite serait l’une des flèches qui l’a déjà atteint à la tête et qu’il essaie d’enlever. Si l’identification de ces deux scènes ne semble pas poser de problème, dans la tentative de formuler un discours unitaire et cohérent, la place qu’elles pouvaient avoir dans l’ensemble reste ouverte, puisqu’aucune autre scène n’est à mettre en parallèle.
81Les plaques nos 30 et 31 ont été attribuées à l’enlèvement des filles de Leucippe149 : sur la métope 30 (fig. 95) seraient représentés Castor et Pollux, et sur la plaque no 31 (fig. 96), les deux filles de Leucippe, Phoibé et Hilaeira, prêtresses d’Artémis150. Une autre possibilité proposée a été l’enlèvement d’Hélène et de Perséphone par Thésée et Pirithoos151. Cette légende peut aussi avoir un rapport avec Héraclès et donc rentrer dans l’ensemble du cycle consacré au héros. Thésée et Pirithoos décidèrent de prendre pour épouses deux filles de Zeus, le premier choisit Hélène, le second Perséphone. Après avoir enlevé Hélène, Thésée et Pirithoos allèrent chez Hadès et, par leur impiété, y restèrent prisonniers jusqu’au moment où Héraclès descendit aux Enfers pour les ramener. Une version de l’histoire152 propose qu’il les ait ramenés tous les deux, tandis que dans l’autre version153 Pirithoos resta aux Enfers.
Fig. 95-100. Héraion du Sele. Métopes archaïques nos 30 à 33 et 36-37. Musée archéologique national de Paestum.

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82Une troisième interprétation a été proposée154, rapprochant ces deux plaques de la métope no 10, avec un archer et un autre personnage debout, les mains levées. Ce serait Niobé levant les mains tandis que l’archer, Apollon, tue ses enfants pour la punir de son orgueil155. Dans cette interprétation, on peut mettre ces scènes en rapport avec d’autres motifs du cycle troyen présents sur d’autres métopes.
83Les scènes des métopes nos 32 et 33 rappellent les aventures de Jason (fig. 97-98). Sur la première, on reconnaît un chaudron contenant un personnage aux bras levés, tandis que la deuxième montre deux jeunes filles marchant vers la droite, probablement en fuite ; l’une d’entre elles tient une phiale dans sa main gauche. Plusieurs interprétations sont possibles pour ces deux scènes, dont la première montrerait Pélias156, roi d’Iolcos, après avoir pris la place du père de Jason. L’histoire est bien connue : Pélias est tué et mis dans un chaudron par ses propres filles dupées par Médée, lesquelles, s’apercevant de leur erreur, s’enfuient avec les objets du sacrifice. Cette hypothèse est renforcée par le rapprochement entre cette plaque et la métope no 20, présentant probablement Dédale. D’autres lectures ont été proposées et concernent d’autres personnages eux aussi tués dans l’eau bouillante, tels Minos, Pélops ou même Agamemnon assassiné dans son bain. Une version moins violente voit Jason sortir du chaudron magique de Médée après avoir été rajeuni par la magicienne157. Selon cette hypothèse, le personnage dans le chaudron est vivant et la position aux bras levés indiquerait davantage quelqu’un qui sort et non qui se fait tuer. Dans ce cas, si l’interprétation de la plaque no 32 semble plus juste, la question non résolue est celle de l’identification des deux jeunes filles en fuite sur la plaque no 33. Une proposition serait d’y voir Lysippé et Iphianassa, filles de Proétos, roi de Tyrinthe158. Selon certaines versions de la légende, les jeunes filles auraient été frappées de folie et d’une grave maladie de peau, punition soit pour avoir refusé d’honorer le xoanon d’Héra, soit pour avoir volé l’or de la déesse ; ensuite, selon Pausanias, « Mélampous les fit donc descendre à Lousoi et les guérit de leur folie dans le sanctuaire d’Artémis : c’est pourquoi les gens de Kleitor appellent cette Artémis Hémérasia (Douce)159. » L’avantage de cette hypothèse est de relier non seulement cette métope à la déesse Héra, mais aussi d’être dans un contexte frontalier, puisque le sanctuaire d’Artémis décrit par le texte de Pausanias serait situé aux confins entre l’Arcadie et l’Achaïe.
84La métope no 34 est conservée uniquement dans sa portion inférieure droite. Ce fragment montre l’arrière-train d’un animal, certainement un bovin, et un pied humain de profil. En l’absence de la majeure partie de la scène, nous ne pouvons qu’esquisser des hypothèses sur les personnages en rapport avec un bovin ou un monstre aux traits de bovin. C’est le cas de l’enlèvement d’Europe par Zeus transformé en taureau, d’Héraclès en lutte contre le taureau de Crète, ou de ce même héros combattant le monstre Achéloos. La tentative de recomposer un ensemble cohérent pour ces scènes fait pencher pour Héraclès160.
85Le mauvais état de conservation de la plaque no 35, dont on ne conserve qu’un petit fragment difficile à lire, a conduit les archéologues à rester prudents. Une hypothèse a été formulée, même si elle relève d’un pur exercice rhétorique : Héraclès luttant contre le chien Cerbère161. Aucun élément ne permet de la vérifier.
86On reconnaît facilement la scène de la métope no 36 (fig. 99) : Sisyphe, châtié par Zeus, monte éternellement un rocher162. Sa peine est rendue d’autant plus pénible par la présence d’un petit démon ailé agrippé sur son dos. E. Simon et F. Van Keuren rapprochent cet épisode de deux autres grands fautifs, possiblement représentés sur d’autres métopes : Tityos et Tantale163. On aurait, dans ce cas, un court cycle avec trois images de trois personnages punis pour leur impiété.
87La représentation de la plaque no 37 (fig. 100) est très facilement reconnaissable. Elle montre, avec une grande précision et suivant l’iconographie canonique de l’épisode, Ajax en train de se suicider164. Si l’on insiste sur la possibilité de recomposer un ensemble cohérent, cette image plaide pour l’attribution d’autres métopes au cycle troyen.
Tableau des correspondances possibles des métopes et des cycles légendaires.


Métopes du temple majeur
88Si l’on veut procéder de manière systématique et analyser l’ensemble des métopes de l’Héraion, il est nécessaire de commenter brièvement les métopes plus récentes. On en a retrouvé un total de douze, dont sept sont lisibles, datées des dernières années du vie siècle et interprétées comme appartenant au temple majeur. L’hypothèse généralement admise est un remploi des métopes du temple archaïque comme décoration du temple majeur ; ces plaques supplémentaires serviraient donc à compléter la décoration de ce nouveau temple plus grand que le précédent. Compte tenu de leur nombre, ces nouvelles métopes auraient été placées sur les deux façades est et ouest, tandis que les anciennes seraient restées sur les longs côtés.
89L’interprétation des métopes du temple majeur la plus largement admise voit des scènes de danseuses : sur presque toutes apparaissent deux jeunes filles en mouvement vers la droite (fig. 101). Sur une plaque une seule jeune fille est représentée avec les mêmes attributs et la même coiffure que les danseuses en couple ; la représentation de cette danseuse en particulier diffère des autres par le mouvement de sa tête : bien qu’elle se dirige vers la droite comme ses compagnes, elle a la tête tournée vers la gauche, probablement vers les autres danseuses. Elle a été interprétée comme celle qui dirige la danse, la coryphée (fig. 102). Deux figurines en terre cuite corroborent cette lecture : on y voit une danse de jeunes femmes qui se tiennent par la main, formant un cercle. Diverses sources attestent donc que le rituel du culte à Héra comportait des danses et des chants de jeunes femmes.
Fig. 101. Héraion du Sele. Métope du temple majeur, danseuses. Musée archéologique national de Paestum.

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Fig. 102. Héraion du Sele. Métope du temple majeur, coryphée. Musée archéologique national de Paestum.

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90D’autres hypothèses d’attribution de ces scènes ont été formulées. Une lecture propose les Néréides en fuite, épouvantées par le duel entre leur père et Héraclès ; la fragilité de cette interprétation réside dans les traits des jeunes femmes, qui semblent plus paisibles qu’effrayées. Une autre possibilité est de relier ces plaques aux légendes d’Hélène. Avant son rapt par Pâris, elle est déjà la plus belle des femmes et est enlevée une première fois par Thésée. Si cette partie de l’histoire d’Hélène est négligée par Homère, elle fait l’objet d’un des poèmes de Stésichore, dans lequel le poète sicéliote du vie siècle réhabilite l’héroïne.
91Partant de l’interprétation de ces scènes comme représentant des danseuses, ces plaques ne renseignent pas particulièrement sur le caractère frontalier du sanctuaire. En revanche, l’analyse stylistique des personnages peut offrir des éléments sur l’autre frontière de la cité de Poseidonia, celle du sud, en rapport avec Velia. Dans la facture des sculptures, C. Rolley voit des signes d’influence ionienne165 : le rendu des vêtements et le mouvement des personnages ainsi que les chevelures rapprochent les sculpteurs de ces plaques des centres ioniens de la même époque. On rapproche normalement cette influence ionienne à Poseidonia de l’arrivée des colons phocéens à Velia vers 540 av. J.-C., mais il faut rappeler aussi les forts liens d’amitié entre Sybaris et Milet, et les intérêts de Sybaris vis-à-vis de la fondation phocéenne166.
Essai d’interprétation
92Plutôt que voir les sanctuaires comme des « marqueurs de frontière167 », la médiation des échanges, aussi bien culturels que commerciaux, comptait parmi les principales fonctions de ces grands lieux de culte. À ce propos, il est intéressant de rappeler le passage de Démosthène (Contre Aristocrate, 39-40) où l’orateur donne la liste des endroits interdits aux meurtriers, qui coïncident avec les lieux d’échange : marchés de frontière, grands sanctuaires et lieux de jeux. En l’absence d’indication des places dédiées aux jeux et des marchés de frontière, les sanctuaires sont les seuls lieux privilégiés d’échanges en Grande Grèce.
93Dans cette intermédiation des échanges culturels et commerciaux, il est fondamental d’analyser les possibles fonctions de l’iconographie représentée sur les métopes. La chronologie des scènes les plus anciennes (première moitié du vie siècle), très proche de l’établissement colonial à Poseidonia, leur confère un degré supplémentaire de signification. Toute interprétation de ces images est donc liée aux premiers temps de la colonie et aux premiers échanges avec les populations installées au nord du Sele. Dans l’optique d’établir un programme iconographique cohérent, nous avons essayé d’identifier les ensembles relatifs à un même thème ou personnage légendaire.
94L’un des principaux apports des travaux d’I. Malkin est l’idée de l’utilisation des légendes comme médiatrices des contacts entre populations168. Les échanges entre Grecs et Italiques, avant et après l’installation coloniale d’époque archaïque, furent facilités par la diffusion des légendes grecques, comme celles d’Héraclès ou Ulysse mais aussi des Sirènes, des Argonautes169, en particulier à travers les récits homériques et le cycle troyen. Selon le chercheur, ces légendes, surtout celles sur les nostoi, les retours des héros de la guerre de Troie, facilitèrent les rencontres entre les Grecs et les populations de l’Italie pendant la période archaïque, puisque les indigènes s’identifiaient comme les descendants de ces héros. Leurs notions d’identification ethnique se construisaient à partir de ces figures légendaires. I. Malkin montre ainsi comment les récits grecs furent utilisés par les populations non grecques comme signes d’identification. Les peuples italiques se les approprièrent pour revendiquer une généalogie héroïque comparable à la généalogie grecque. L’association avec les héros grecs ennoblissait les populations, notamment les élites, sans les soumettre au contrôle politique grec, facilitant ainsi contacts et alliances. Ainsi ces élites indigènes pouvaient se mettre à un niveau d’égalité avec les Grecs, grâce à la même origine légendaire ; et les Grecs profitaient de cette origine légendaire commune pour mieux diffuser leur culture et leurs produits, tels les vases figurés.
95I. Malkin fait tout de même remarquer que les légendes grecques furent récupérées dans un premier temps par les élites indigènes de la périphérie, c’est-à-dire par ceux qui n’occupaient pas les territoires des colonies grecques. Après l’appropriation de ces récits par les non-Grecs, à partir du viie siècle, les colonies d’Occident commencèrent à revendiquer, elles aussi, un passé noble, à la suite des héros de retour de Troie. Ainsi, la réaction des colonies viendrait non seulement de la comparaison avec les cités métropolitaines de la Grèce égéenne, mais aussi avec les centres indigènes voisins qui utilisaient les légendes grecques de ces héros pour s’ennoblir. Il faut rappeler également la grande diffusion de certains thèmes mythologiques grecs en milieu étrusque, notamment ceux représentés sur les métopes de l’Héraion170. À partir de ce moment, les mêmes récits, qui pouvaient servir aux élites indigènes dans l’affirmation de leur pouvoir, se métamorphosèrent dans l’articulation de disputes entre colons et indigènes. Cette gestion des conflits par l’intermédiaire des légendes est aussi présente entre deux colonies grecques, Crotone et Sybaris, avec leur dispute pour l’héritage de Philoctète. À l’aide de cet exemple remarquable, I. Malkin formule l’hypothèse selon laquelle Philoctète fut probablement adopté par une communauté périphérique entre Sybaris et Crotone dans un premier temps171 ; puis, pendant la guerre entre ces deux cités, la récupération de son sanctuaire et de ses reliques fut utilisée pour justifier l’annexion du territoire mitoyen par Crotone.
96Le mouvement complet en Italie pourrait se résumer comme suit : dans un premier temps, les légendes sont utilisées comme médiatrices des contacts entre les Grecs et les populations italiques, avec de nouveaux territoires à explorer ; elles sont ensuite adoptées par les élites indigènes ; des récits de fondation de cités et de cultes aux héros sont créés à partir du viie siècle et ils sont aussi utilisés comme justification pour les disputes territoriales entre cités grecques.
97Dans le cas spécifique de Poseidonia et de l’Héraion du Sele, la situation ne s’accorde pas nécessairement aux théories d’I. Malkin. D’abord, les légendes représentées ne concernent pas les héros de retour de Troie : une seule métope peut être identifiée à Ulysse. Nous avons bien distingué trois cycles principaux, l’un sur Héraclès, un autre sur les Argonautes et un dernier autour du mythe troyen. En revanche, même si l’on ne peut pas appliquer directement l’intégralité des hypothèses d’I. Malkin, la perception d’une appropriation des légendes par les colons, mais aussi par les élites indigènes, est un aspect important. Ce phénomène, dans le cadre de la colonisation grecque en Occident, avait déjà été remarqué par J. Bérard172 qui, d’ailleurs, parlait des légendes sur Héraclès et les Argonautes. Notre interprétation des fonctions de l’iconographie de l’Héraion s’appuie sur ses travaux.
98La première remarque importante est d’ordre chronologique. Si l’on accepte la circulation des légendes grecques dans ces régions dès la haute époque archaïque, les populations au nord du Sele les connaissaient déjà avant l’arrivée des colons achéens à Poseidonia. Dans ce sens, il paraît difficile d’identifier un circuit qui partirait de Grèce, passerait par la Sicile et la Grande Grèce pour arriver jusqu’aux Étrusques. Au contraire, il est plus plausible d’imaginer que les scènes figurées étaient déjà connues des populations étrusques installées au nord du Sele avant la réalisation des métopes. Ce renversement chronologique renforce l’interprétation de ces scènes comme intermédiaires des échanges, puisqu’elles parlent directement aux deux populations en contact.
99Deuxièmement, la question du choix des cycles représentés est très difficile. Comme l’affirmait déjà J. Bérard, les légendes sur Héraclès sont très répandues dans le monde grec et en Italie, y compris dans le Latium et en Étrurie173. Outre les remarques générales sur une opposition entre le monde civilisé et le monde sauvage, Héraclès était le héros civilisateur par excellence. Un point est important à remarquer : il nous semble impossible d’associer l’image du monde sauvage avec les populations au nord du Sele. Comme nous l’avons vu, ces populations étrusco-campaniennes montrent des signes d’une grande organisation de leurs communautés. Le degré particulièrement avancé de ces peuples semble être à la base du choix pour l’emplacement du sanctuaire et expliquer pourquoi cette frontière est investie de tant de symboles, restant par ailleurs stable durant toute la période d’occupation de la cité de Poseidonia.
100À propos des autres cycles iconographiques, P. Zancani Montuoro a suggéré que les poèmes de Stésichore étaient à leur origine174. C’est une hypothèse séduisante et plausible. Toutefois, outre la difficulté de vérification, la circulation des thèmes légendaires ne s’appuie pas nécessairement sur de supports écrits : les scènes figurées peuvent véhiculer des traditions parallèles175, voire chronologiquement antérieures à celles qui sont conservées par les textes.
101Plus importantes sont sans doute les ressemblances des thèmes figurés sur les métopes du Sele et dans l’iconographie retrouvée en Étrurie176, aussi bien les scènes identifiées sur les vases proprement étrusques, en bucchero notamment, que sur les vases d’origine grecque retrouvés en Étrurie. Faut-il voir un dessein conscient des colons dans l’utilisation d’images connues et appréciées par le monde étrusque ? Cette possibilité renforce le rôle du sanctuaire comme intermédiaire des contacts. La possibilité inverse, celle qui suppose une circulation des légendes partant de l’Héraion et arrivant en Étrurie, semble difficilement soutenable, entre autres par la relative contemporanéité des attestations. Si la figure d’Héraclès est très répandue – et il n’y a aucune surprise à le retrouver aussi bien au Sele qu’en Étrurie –, la présence de certaines autres images telles que la Silénomachie ou Dédale dans le chaudron n’est vraisemblablement pas une simple coïncidence.
Notes de bas de page
1 Strabon, VI, 1, 1 ; Pline l’Ancien, N.H., III, 70 ; Solin, II, 12 ; Plutarque, Vita Pomp., XXIV, 3. Commentaires dans Biraschi 2012a, p. 301-307.
2 Strabon, VI, 1, 1 et VI, 1, 4.
3 Greco G. 2016.
4 Strabon, VI, 1, 1 et Pline l’Ancien, N.H., III, 70. Pour le passage de Strabon, nous suivons ici la correction proposée par F. Lasserre : cf. Strabon, F. Lasserre (trad.), 2003. Le texte donne l’épithète Ἀργονία, mais la comparaison avec Pline l’Ancien, où on lit Argiua, autorise une correction en Ἀργεία. Il semble que Strabon ait repris la description d’Artémidore, à partir d’une information de Timée.
5 Synthèse sur la déesse Héra dans Pirenne-Delforge, Pironti 2016.
6 Strabon, V, 1, 9.
7 Nous sommes d’accord avec E. Greco, qui rejette l’hypothèse d’un changement du cours du Sele entre l’époque d’Artémidore, la source de Strabon et celle de Pline : Greco E. 1987b, p. 124.
8 Ibid.
9 V, 13, 4, cf. Strabon, F. Lasserre (trad.), 2003 ; Strabons, S. L. Radt (trad.), 2003 ; Strabo, H. L. Jones (trad.), 2001. Un courant minoritaire parmi les éditeurs, en revanche, place cette description au début du livre VI : Strabone, A. M. Biraschi (trad.), 2001.
10 Spadea 2004 ; voir aussi Lattanzi et al. 1996 ; Spadea 1996a ; 2006 ; Mezzetti 2009.
11 Rousset 2004, p. 377.
12 Strabon, VI, 1, 11.
13 Cité dans Greco G. 2001, p. 13.
14 Greco, Ferrara 2019.
15 Greco G. 2001, p. 22.
16 Greco G. 2012 ; 2016.
17 Synthèse dans Greco G. 2012 ; Greco, Ferrara 2016.
18 Mertens 2006, p. 168. Voir aussi Montel, Pollini 2022.
19 Greco G. 2001, p. 25.
20 Il s’agit de la construction du premier Héraion urbain, dit « Basilique », daté des années 520-510 par les travaux de l’équipe allemande dirigée par D. Mertens : Mertens 1993.
21 Coulton 1976.
22 La Genière, Greco 2010.
23 Commentaires sur la difficulté de construction dans un environnement marécageux, dans Greco, Ferrara 2019, part. p. 92-94.
24 La Genière, Greco 1996.
25 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1951 ; 1954.
26 Voir les plans de F. Krauss, ibid.
27 D. Theodorescu dans La Genière, Greco, Donnarumma 1999, p. 508. F. Krauss avait proposé un temple composé de huit colonnes en façade et 17 sur les longs côtés.
28 Ibid.
29 Zancani Montuoro 1964, cité aussi dans La Genière, Greco 1994, p. 314.
30 Onze des 38 métopes archaïques montrent des signes d’inachèvement : Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 68. Aujourd’hui, on insiste davantage sur l’utilisation de la peinture pour la finition de ces décorations sculptées, mais cela n’explique pas complètement l’état de certaines métopes.
31 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1951, p. 57-66 ; 1954, p. 71.
32 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 73-75.
33 La Genière, Greco, Donnarumma 1999, p. 502.
34 La Genière, Theodorescu 1999, p. 508.
35 Le plan de la cella a été mis en rapport avec le temple de Marasà de Locres, qui date du milieu du vie siècle : La Genière, Greco, Donnarumma 1999, p. 505 ; Costamagna, Sabbione 1990, p. 194, fig. 273.
36 Mertens 2006, p. 138-139.
37 Brandonisio 2017, p. 24.
38 Mertens 1993, p. 87-91.
39 Mertens-Horn 1992 ; Mertens 2006, p. 92-94.
40 Sur cette activité, voir Greco G. 2019b.
41 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1951, p. 39-40.
42 L’expédition d’Alexandre le Molosse est datée entre 334-333 et 331 : Atti Taranto 2003.
43 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1951, p. 39.
44 La notice des fouilles de cette stoa est ambiguë et ne dit pas laquelle des deux stoai archaïques est concernée ici. S’il s’agit de celle du sud, plus proche du temple majeur, ce serait un élément supplémentaire pour proposer une date pour l’abandon de ce temple ; s’il s’agit de la stoa au nord, aucun rapprochement direct entre cette structure et le temple ne peut être fait. La construction d’une nouvelle stoa au nord du sanctuaire au ive siècle concourt à cette identification pour la stoa abandonnée. En tout cas, un témoignage de l’abandon d’une structure relativement importante pour la vie du sanctuaire est un signe suffisant pour discuter des remaniements de ce lieu sacré.
45 On verra plus loin qu’un autre édifice la remplace pendant la première moitié du ive siècle. En dépit d’une telle volonté de reconstruction par la suite, il s’écoule un laps de temps pendant lequel la fréquentation du sanctuaire diminue considérablement.
46 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1951, p. 40. La majorité des offrandes découvertes dans le sanctuaire, notamment les terres cuites, date également de la période sous l’hégémonie lucanienne. Pour une interprétation des échanges culturels avec les populations lucaniennes de l’intérieur des terres, voir De Martino 2023.
47 Les recherches dans le sanctuaire méridional montrent une intense activité de remaniement des monuments sacrés pendant le ive siècle et confirment des hypothèses, émises à partir de l’observation des grands édifices politiques et sacrés, de la réappropriation des structures grecques par les Lucaniens : Cipriani, Greco, Rouveret 2002 ; 2003 ; 2004 ; 2005.
48 En ce qui concerne les changements entre l’époque grecque et la période d’hégémonie lucanienne, voir en particulier Greco, La Genière 1996.
49 Greco G. 2012, p. 218-219.
50 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1951, p. 43.
51 Greco G. 2012, p. 219-220.
52 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1951, p. 44.
53 Ferrara 2016 ; Greco G. 2016 ; 2019b, p. 730.
54 Ferrara 2009.
55 Greco G. 2001, p. 38.
56 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1951, p. 48-49.
57 U. Zanotti Bianco confère un rôle majeur à la brève période de l’expédition du Molosse à Poseidonia pour le remaniement de l’Héraion : Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1951, p. 52-54. On peut s’opposer à cette surinterprétation de l’action de l’Épirote en considérant les nombreux indices d’une intense activité pendant toute la période lucanienne. Peut-être les Lucaniens étaient-ils responsables du démantèlement du temple majeur, mais ils furent certainement responsables du maintien des activités de ce lieu sacré pendant plus d’un siècle. Sur l’expédition d’Alexandre le Molosse en Grande Grèce, Atti Taranto 2003.
58 Sur d’autres structures du même type en Lucanie, Greco E. 1996c, p. 263-265.
59 Zancani Montuoro 1964, p. 57-95.
60 C’est la critique que l’on peut adresser à G. Greco quand elle affirme que l’édifice carré présente un mur, et non pas une entrée, vers l’ouest, en direction du noyau principal du sanctuaire, identifié avec le temple majeur et les autels : Greco G. 2001, p. 39-40. En effet, à partir du démantèlement du temple majeur nous ne sommes plus en mesure d’affirmer avec précision où se trouvait le centre des activités du sanctuaire, s’il se maintient dans la même zone ou s’il se déplace.
61 Zancani Montuoro 1966. Sur les poids de métiers à tisser, Ferrara, Meo 2017. Sur les difficultés méthodologiques dans l’interprétation de ce type d’objet notamment en contexte sacré, Esposito, Pollini 2021.
62 Greco G. 2001, p. 41-42.
63 Pour une analyse de la statue de culte et sur le « modèle » de l’Héra paestane, Pontrandolfo 1995a, p. 63-69.
64 Greco E. 2017.
65 Osanna, Sica 2005b ; 2005a. Voir aussi Greco E. 1996c, p. 263-265.
66 Cerchiai et al. 2005, p. 210 et 213. Les auteurs de la notice préliminaire des fouilles du sanctuaire méridional de Pontecagnano, dédié à Apollon, proposent de voir dans cet édifice carré un lieu consacré à une divinité féminine. Les éléments de comparaison entre les édifices carrés de l’Héraion du Sele, de Torre di Satriano et de Pontecagnano sont donc nombreux. Voir aussi les possibilités de comparaison avec des édifices sacrés à plan carré de Velia dans Gassner 2019.
67 Napoli 1963 ; Van Keuren 1989 ; Simon 1992 ; Junker 1993 ; Conti 1994 ; Cruciani 1996 ; Masseri, Torelli 1999 ; Greco G. 2012, p. 233-236. Voir en particulier la publication complète des fouilles : Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954 ; La Genière 1999.
68 Les questions stylistiques ont été traitées par C. Rolley : Rolley 1987, p. 193-198. Pour la place des artisans dans les sanctuaires grecs, voir en particulier Feyel 2006.
69 Voir Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, pour la description détaillée de chaque plaque et de nombreuses comparaisons iconographiques ; pour la version acceptée par la majorité des spécialistes : Masseria, Torelli 1999 ; Greco G. 2001 ; pour les comparaisons, voir en particulier Pontrandolfo, Mugione, Salomone 1993 ; pour la description des légendes, voir Gantz 2004 ; pour Héraclès, voir en particulier Chuvin 1998.
70 Dans ce sens, le passage de Pausanias décrivant la ciste de Cypsélos (V, 17-19) constitue un élément important qui renforce l’existence d’un programme iconographique cohérent. Sur cette ciste, voir notamment Snodgrass 2001, p. 127-141 ; Massa-Pairault 2002 ; sur les comparaisons du texte de Pausanias et l’iconographie du vase de Chigi, voir Hurwit 2002, p. 11-12 ; D’Acunto 2013, p. 145-150 ; Mugione, Benincasa 2012, notamment Snodgrass 2012 ; sur le programme iconographique de l’olpè Chigi, Isler-Kerényi 2012, p. 123-133.
71 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 103 et 177.
72 La variation du nombre des métopes dépend de l’attribution hypothétique de certaines scènes aux récits concernant Héraclès ou autres personnages légendaires. Il est d’usage de maintenir les numéros des plaques donnés lors de la publication des fouilles en 1954 : Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 109-110. Les mêmes numéros sont utilisés pour la légende des illustrations, en annexe. Nous avons suivi ici l’ordre traditionnel de présentation des métopes, celui proposé par P. Zancani Montuoro lors de la publication des fouilles, puisqu’il est implicitement connu par tous les habitués de la bibliographie sur ces métopes, et qu’il essaie de regrouper les plaques appartenant au même récit mythologique. Les exceptions sont les plaques découvertes en 1958, après cette publication, ainsi que les plaques 34 et 35, qui n’ont pas fait l’objet d’une attribution par P. Zancani Montuoro mais qu’on a proposé ensuite de rattacher au cycle d’Héraclès.
73 Sur Héraclès et les liens avec les cités coloniales d’Occident, voir notamment Jourdain-Annequin 1989 et, plus récemment, Frisone 2020.
74 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 121-140.
75 Ibid., p. 111-117.
76 Diodore, IV, 12, 3-8 ; Apollodore, II, 5, 4. Voir aussi un court fragment de Stésichore, préservé chez Athénée, XI, 499 a-b, qui semble être le témoignage le plus ancien de la légende de Pholos.
77 Pour un commentaire de cette légende, voir Chuvin 1998, p. 214-217 ; Gantz 2004, p. 688-692.
78 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 118-120.
79 Greco G. 2001, p. 59-60. Représentation semblable sur une métope du temple d’Athéna à Assos (Asie Mineure), conservée au Musée de Boston : Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 120.
80 Sur Héraclès, sur la diffusion de ses images en Italie et les valeurs multiples que ce héros pouvait véhiculer dans différents milieux, voir en particulier Valenza Mele 1984, p. 333-356 ; La Genière 1999, p. 11-27. Une analyse des hydries archaïques de Cerveteri permet d’identifier un certain nombre de thèmes figurés et la place importante des scènes représentant Héraclès dans le milieu étrusque : Bonaudo 2004.
81 Greco G. 2001, p. 59-60. Sur les rapports entre Héraclès et les centaures à Poseidonia, voir notamment Cipriani 2004.
82 Prenant appui sur le témoignage d’un certain nombre de vases datés du vie siècle et représentant Nérée, V. Traficante montre l’importance de la représentation des êtres hybrides dans la société étrusque : Infatti, la scelta operata in Etruria riguardo a questo tema iconografico, non lascia margine a dubbi sulla preferenza accordata all’iconografia dell’ibrido. E, forse, proprio questa scelta può assumere un valore semantico, proprio perché in Etruria era nota anche l’iconografia antropomorfa. [...] Si potrebbe affermare che un ruolo fondamentale, nello strato più antico forze naturali insediate nella terra, nel cielo, negli inferi e, perché no, anche negli abissi del mare. L’aspetto di queste ‘divinità demoniche’ è sovente terrifico, ibrido e ambiguo : Traficante 2001, p. 84.
83 Homère, Il., 831-832 ; Hésiode, Catalogue des femmes, fr. 204, 87-89 (édition R. Merkelbach et M. L. West, Fragmenta Hesiodea, Oxford, 1967) ; Pindare, Néméennes, III, 43-49 ; Apollonios de Rhodes, I, 554-558 ; Ovide, Fastes, V, 384-385 et 406-414 ; Apollodore, III, 13, 6. Greco G. 2001, p. 62-63 ; Gantz 2004, p. 404-405.
84 Ovide, Métamorphoses, II, 649-654 ; Lucien, 77, Dial. des morts, 8 (26). Voir un commentaire dans Chuvin 1998, p. 216.
85 Sur les représentations d’êtres hybrides dans plusieurs contextes historiques anciens et modernes, voir Linant de Bellefonds, Rouveret 2017.
86 Cet aspect de la reconnaissance d’un langage commun, compréhensible à la fois par les Grecs et par les Étrusques, a été souligné par Pontrandolfo, Mugione, Salomone 1993, part. p. 284. Sur une forme figurative culturelle commune à l’époque archaïque, voir Rouveret 2014b.
87 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 141-145. Pour l’identification d’Héra et Héraclès sur cette métope, le principal élément de comparaison est une coupe de Brygos, conservée au British Museum (inv. E65 ; 1873.8-10.376), où une inscription identifie clairement la déesse aux côtés du héros : Hoppin 1919, 1, p. 110 ; Beazley 1942, p. 247, no 13.
88 Masseria, Torelli 1999, p. 239-241.
89 Les six métopes portant le même signe sont les nos 7, 8, 9, 27, 30, 31. La reconnaissance de la marque η sur la plaque no 7 est hypothétique. Zancani Montuoro semble pouvoir retrouver les traces de cette marque : Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 68.
90 Ibid., p. 146-166.
91 Ibid., p. 158.
92 Ibid., p. 161-166.
93 Comme on l’a dit plus haut, on remarque en milieu étrusque une grande diffusion de scènes figurant des êtres hybrides, mais aussi Héraclès. Sur les représentations des silènes en milieu étrusque, Pontrandolfo, Mugione, Salomone 1993, p. 289, no 7.
94 Bacchylide apud Scholie à l’Odyssée, XXI, 295 ; Pausanias, VII, 18, 1 ; Diodore, IV, 33, 1 ; Apollodore, II, 5, 5 ; Hygin, Fables, 33. Chuvin 1998, p. 229-230 ; Gantz 2004, p. 748-750.
95 Hippolyte, selon Diodore ; Mnésimaché, selon Apollodore ; Déjanire, selon Hygin. Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 167-177, part. p. 175-177.
96 Van Keuren 1989. Voir aussi l’hypothèse qui reconnaît Apollon et Niobé sur la métope no 10, en l’associant aux plaques nos 30 et 31, commentées plus loin.
97 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 177.
98 Ibid., p. 178-184. Sur les éléments de comparaison de cette scène en Italie : Pontrandolfo, Mugione, Salomone 1993, p. 288-289, no 7.
99 Pindare, Olympiques, IX, 32-33 ; Cicéron, De natura deorum, III, 16, 42 ; Apollodore, II, 6, 2 ; Pausanias, X, 13, 8 ; Hygin, Fables, 32. Gantz 2004, p. 773-776 ; Chuvin 1998, p. 333-334.
100 Greco G. 2001, p. 70-71.
101 Bonaudo 2004.
102 En contexte colonial, la comparaison la plus évidente est celle d’une métope du temple C de Sélinonte portant la même scène (Musée national de Palerme, inv. 3920 C). D’autres images parfaitement semblables sont conservées sur d’autres supports, dont la céramique grecque : à titre d’exemple, un lécythe attique à figures noires, daté aussi du vie siècle, provenant de Gela et conservé à Oxford, Ashmolean Museum (inv. V 249) : Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 185-195 ; pour une liste complète de l’iconographie de la légende des Cercopes, p. 190-191 ; pour les comparaisons avec la métope de Sélinonte, p. 193-194. Sur les métopes de Sélinonte, voir en particulier Marconi 1994. Sur d’autres éléments de comparaison, voir Pontrandolfo, Mugione, Salomone, p. 287, no 7.
103 Apollodore, II, 6, 3 ; Diodore, IV, 31, 7 ; Suda, s.v. Agora Kerkopon ; Plutarque, Morales, 60c. Une autre légende place les Cercopes à Pithécusses et raconte la punition que Zeus leur infligea, les transformant en singes : Ovide, Métamorphoes, XIV, 89-100. Gantz 2004, p. 779-781 ; Chuvin 1998, p. 335-336.
104 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 192.
105 Sur la chasse et les zones de confins, voir en particulier Vidal-Naquet 1991 ; Schnapp 1997 et nos commentaires ci-dessus.
106 Comme les environs de la rivière du Sele : Horden, Purcell 2000, p. 188.
107 Nous avons évoqué ci-dessus les traces de la route reliant l’Héraion au centre urbain de Poseidonia, laquelle se prolongeait au nord du Sele.
108 Sophocle, Trachiniennes, 1097 ; Apollonios de Rhodes, I, 122-132 ; Diodore, IV, 12, 1-2 ; Apollodore, II, 5, 4 ; Hygin, Fables, 30. Gantz 2004, p. 686-688.
109 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 196-203, part. p. 201-202 ; Greco G. 2001, p. 77-78. Sur les éléments de comparaison, voir Pontrandolfo, Mugione, Salomone 1993, p. 288.
110 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 204-209 ; Pontrandolfo, Mugione, Salomone 1993, p. 289.
111 Quintus de Smyrne, IV, 436 ; Pindare, Isthmiques, IV, 52-55 ; Apollodore, II, 5, 11 ; Diodore, IV, 17, 4 et IV, 27, 3 ; Ovide, Métamorphoses, IX, 183-184 ; Plutarque, Thésée, XI, 1 ; Hygin, Fables, 31 ; Lucain, IV, 593-653. Gantz 2004, p. 737-739 ; Chuvin 1998, p. 274-276.
112 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 210-214.
113 Hésiode, Théogonie, 327-332 ; Stésichore, 229 (éd. D. L. Page, Poetae melici Graeci, Oxford, 1962) ; Pindare, Isthmiques, VI, 47-48 ; Bacchylide, XIII, 46-54 ; Théocrite, XXV, 153-281 ; Apollodore, II, 5, 1 ; Diodore, IV, 11, 3-4. Chuvin 1998, p. 205-210 ; Gantz 2004, p. 675-678. Sur la documentation iconographique, voir en particulier Pontrandolfo, Mugione, Salomone 1993, p. 288.
114 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 215-221.
115 Archiloque, 286 (éd. M. L. West, Iambi et elegi Graeci, Oxford, 1971) ; Sophocle, Trachiniennes, 555-577 ; Diodore, IV, 36, 3-5 ; Apollodore, II, 7, 6 ; Ovide, Métamorphoses, IX, 98-130. Gantz 2004, p. 763-767 ; Chuvin 1998, p. 347-349.
116 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 218-219 ; Pontrandolfo, Mugione, Salomone 1993, p. 289.
117 Il est important de souligner que cette plaque a été trouvée, ainsi que les nos 36 et 37, en 1958, après la publication principale de l’Héraion. Nous avons choisi de la commenter dans la suite du cycle dédié à Héraclès, même si son numéro bouleverse l’ordre établi en 1954 qui est suivi ici.
118 Zancani Montuoro 1964. Voir aussi Pontrandolfo, Mugione, Salomone 1993, p. 289.
119 Croissant 1965, p. 390-399. Voir notamment une amphore du peintre d’Andokidès conservée au Louvre (inv. F 208) et les références à Alkyoneus : Pindare, Isthmiques, VI, 31-35 ; Néméenes, IV, 25-33 ; Apollodore, I, 6, 2. Cf. Andreae 1962 ; sur les sources écrites, p. 208-209.
120 Masseria, Torelli 1999, p. 214-215. La seule source écrite se trouve chez Pausanias, III, 18, 11. L’hypothèse prend appui également sur la référence à Thourò, mère de Chiron (Plutarque, Sylla, 17), en tant qu’origine du nom Thourios ; ce nom est d’ailleurs aussi utilisé pour un mont de Béotie sur lequel se trouve un temple d’Apollon Thourios.
121 Sur les liens entre ces légendes et les Achéens, voir en particulier Mele 1987, p. 618-621 ; 2001.
122 Les textes ne sont pas précis sur les motifs qui amènent Achille à tuer le fils cadet de Priam. Selon certains, il s’était pris d’amour pour le jeune homme, mais après le refus de celui-ci, il le tua dans le sanctuaire d’Apollon. L’Iliade est très succincte sur cet épisode : Homère rapporte uniquement que Troïlos et Mestor étaient déjà décédés lors de la mort d’Hector (Il., XXIV, 257). Chez Apollodore, Troïlos était fils d’Hécube et d’Apollon, et non de Priam ; il affirme que l’embuscade d’Achille contre Troïlos eut lieu dans le temple d’Apollon Thymbraios : Apollodore, Bibliothèque, III, 12, 5 et Épitomé, 3, 32. Gantz 2004, p. 1052-1063, commente les sources iconographiques archaïques qui rappellent l’épisode, dont les métopes nos 18 et 25, p. 1057-1058. Pour les sources iconographiques, voir aussi Pontrandolfo, Mugione, Salomone 1993, p. 290, no 12.
123 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 230-236.
124 Masseria, Torelli 1999, p. 241.
125 Greco G. 2001, p. 80-81.
126 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 237-249.
127 Cruciani 1996, p. 23-30. Olpè conservée au Musée national étrusque de Villa Giulia (inv. 110 976). L’identification des autres personnages figurés sur ce vase n’est pas certaine, mais la scène principale peut représenter Pélias et les jeux funèbres. Voir aussi Pontrandolfo, Mugione, Salomone 1993, p. 291-294. En dernier, Rouveret 2014b, p. 176-179.
128 Masseria, Torelli 1999, p. 228-230.
129 Voir ci-dessous, métope no 32.
130 Menichetti 1995, p. 273-283.
131 Homère, Il., XVI, 818-822. Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 250-259.
132 Ibid., p. 260-265.
133 Ibid., p. 266-268.
134 Ibid., p. 269-274. Sur des éléments de comparaison, voir Pontrandolfo, Mugione, Salomone 1993, p. 295-296.
135 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 275-288.
136 Greco G. 2001, p. 75-77.
137 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 289-300.
138 Métopes nos 7, 24 et 25.
139 Greco G. 2001, p. 82-83.
140 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 301-315.
141 Homère, Od., XII, 234-260 et 429-446. Snodgrass 1998.
142 Masseria, Torelli 1999, p. 241-243, mettent en relation cette métope et certains documents retrouvés en milieu étrusque, notamment des gemmes (Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 309, fig. 75), pour confirmer l’identification d’Ulysse et affirmer la présence de traditions occidentales sur ces légendes.
143 Voir notamment le skyphos à figures noires de Gela, conservé au Musée national de Palerme (inv. P. 335 = no 1099 de l’ancien inventaire incomplet) ; Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 307.
144 Greco G. 2001, p. 67-68.
145 Simon 1992.
146 Malkin 1998. Voir discussion ci-dessous.
147 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 316-319.
148 Ibid., p. 320-329.
149 Ibid., p. 330-349.
150 Apollodore, III, 10, 3 ; Pausanias, III, 12, 8 et III, 16, 1 ; Théocrite, XXII, 137-166 ; Hygin, Fables, 80 ; Ovide, Fastes, V, 699-709. Gantz 2004, p. 576-577.
151 Greco G. 2001, p. 80-81. Sur la légende, voir Hellanicos, 4 F 134 et 4 F 168b (éd. C. et T. Müller, Fragm. Hist. Gr., 1841) ; Diodore, IV, 63, 1-4 ; Apollodore, II, 5, 12 ; Plutarque, Thésée, 31-34 ; Hygin, Fables, 79. Gantz 2004, p. 512-516.
152 Diodore, IV, 26, 1 ; Hygin, Fables, 79.
153 Apollodore, II, 5, 12 ; Diodore, IV, 63, 4.
154 Masseria, Torelli 1999.
155 Homère, Il., 24, 602-617 ; Apollodore, III, 5, 6 ; Diodore, IV, 74, 3 ; Pausanias, II, 21, 9 ; Ovide, Métamorphoses, VI, 146-312 ; Hygin, Fables, 9. Gantz 2004, p. 948-954.
156 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 350-354.
157 Greco G. 2001, p. 73-75 ; Menichetti 1995.
158 Masseria, Torelli 1999, p. 236-238. Cf. Hésiode, fr. 129 (éd. Merkelbach-West) ; Diodore, IV, 68 ; Apollodore, II, 2, 2.
159 Pausanias, VIII, 18, 8 (trad. Casevitz et Jost). Cf. Acousialos d’Argos (FGrHist, 2, F 28 apud Apollodore, II, 2).
160 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 362-363.
161 Ibid., p. 364-365.
162 Zancani Montuoro 1964, p. 57-95 ; Greco G. 2001, p. 85.
163 Simon 1992 ; Van Keuren 1989.
164 Zancani Montuoro 1964 ; Greco G 2001, p. 85-86.
165 Pour une analyse stylistique de ces métopes, Rolley 1987, p. 198-201. C. Rolley insiste sur la diffusion d’un style ionien dans plusieurs œuvres de Grande Grèce, notamment les figurines de terre cuite ou de bronze et les plaquettes de Locres.
166 Voir ci-dessus, chapitre 4, à propos de l’empire de Sybaris.
167 Polignac 1995.
168 Malkin 1987 ; 1998.
169 On peut établir un parallèle avec l’usage politique de la figure d’Héraclès par certains détenteurs d’un pouvoir monocratique (tyrans ou rois), afin de créer un consensus : Belli Pasqua, Sassu 2019.
170 Pour une analyse fine de la circulation des images entre les mondes grec et étrusque, Rouveret 2014b.
171 L’utilisation de la légende de Philoctète en Grande Grèce a fait l’objet d’un colloque à Lille en 1987 : La Genière 1987c.
172 Bérard J. 1957. Si I. Malkin analyse exclusivement les figures d’Ulysse et des héros de retour de Troie, J. Bérard inclut les légendes sur Héraclès, les Argonautes et Minos.
173 Ibid., p. 402. La composition d’un ensemble iconographique commun dans l’aire tyrrhénienne a été soulignée par Pontrandolfo, Mugione, Salomone 1993.
174 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1954, p. 106-107.
175 Snodgrass 1998.
176 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1951, p. 67-77 ; 1954, p. 160.
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