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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Géographie, communications et peuples italiques Histoire, légendes et rapports de voisinage Le territoire aux vie et ve siècles La frontière ethnique : la tombe du Plongeur Le territoire au ive siècle Notes de bas de page

    Frontières en Grande Grèce

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 5. Poseidonia : la cité à la frontière et la frontière de la cité

    p. 281-392

    Texte intégral Géographie, communications et peuples italiques Les communications et la question du port Les populations non grecques autour de Poseidonia Au nord du Sele Du Vallo di Diano à Palinuro Monte Pruno D’Agropoli au parc du Cilento Histoire, légendes et rapports de voisinage La fondation de la cité et le teichos des Sybarites La Punta Licosa et le Poséidonion La sirène Leucosia et l’imaginaire de la frontière Un excursus à Velia Moio della Civitella Le territoire aux vie et ve siècles La frontière à travers le sacré : sanctuaires archaïques du territoire Le schéma « morire in città » Nécropole grecque du Gaudo Un nouveau sanctuaire au ve siècle : San Nicola di Albanella La frontière ethnique : la tombe du Plongeur La découverte dans son contexte Les peintures Interprétation Le territoire au ive siècle L’hégémonie lucanienne L’occupation intensive du territoire Éléments de réflexion Postiglione : un sanctuaire aux marges Notes de bas de page

    Texte intégral

    On fait souvent des descriptions si éloignées de la vérité, on prend des idées si monstrueuses d’après ce qu’on lit et ce qu’on entend raconter, que nous nous attendions à trouver Paestum un désert marécageux, les temples perdus ou ensevelis dans les joncs ou les broussailles, un air infect, un pays désert et sauvage. Nous eûmes donc lieu d’être surpris de voir la plus belle situation sur les bords d’un golfe d’une grande étendue, une plaine fertile entourée de montagnes cultivées en vignes et en blé, des habitations qui n’annoncent point la misère, et des habitants qui ne souffrent que de la mauvaise eau qu’ils sont obligés de boire, et quelquefois du mauvais air qu’on y respire.
    J.-C. Saint-Non, Voyage pittoresque à Naples et en Sicile.

    Géographie, communications et peuples italiques

    1Poseidonia constitue un cas d’étude particulièrement privilégié pour un discours sur la frontière d’une cité grecque coloniale en Occident. Avant d’en préciser le cadre historique, il est essentiel d’accorder une place au contexte géographique, avec une brève description de l’environnement naturel de la zone où se situe la cité, puis aux divers moyens de communication, par voies terrestre, fluviale ou maritime.

    2Le centre urbain est placé sur un banc de travertin au centre d’une grande plaine bordée à l’ouest par la mer Tyrrhénienne et qui s’étend vers le nord jusqu’à Salerne, bien au-delà du fleuve Sele (fig. 31) ; à l’est, la plaine est limitée par les monts Calpazio, Sottano, Soprano et Capaccio (fig. 32) ; au sud, elle se termine par les collines d’Agropoli. Au-delà des premières collines qui ferment la plaine à l’est, se trouve le Cilento, un massif rocheux à prédominance calcaire, représenté par les sommets des monts Alburni (1742 m), Cocuzzo (1411 m), Mottola (1700 m) et Cervati (1898 m), qui sépare les premières collines et la vallée du Calore de celle du Tanagro, aussi appelée Vallo di Diano. Dans le cadre plus général du bassin méditerranéen, la région de Poseidonia se situe dans une zone de transition entre le climat euro-arctique du nord et, vers le sud, l’aire géographique de type sec de l’Afrique du Nord ; dans le sens de la longitude, Poseidonia se place dans une des parties les plus étroites de la péninsule italienne1, ce qui sert à la communication entre les côtes tyrrhénienne, ionienne et adriatique.

    Fig. 31. Plaine de Poseidonia, portion centrale.

    Cliché de l’auteur.

    Fig. 32. Plaine et, au fond, collines situées à l’est du centre urbain de Poseidonia.

    Cliché de l’auteur.

    3En ce qui concerne l’analyse géomorphologique de la région de Poseidonia, des études récentes ont apporté plus de précision dans nos connaissances2. Si les travaux consacrés à l’analyse des caractéristiques géographiques en rapport avec l’époque ancienne sont encore relativement rares, on remarque les recherches entreprises par l’université de Salerne, sous la direction d’A. Pontrandolfo et A. Santoriello3. D’autre part, des études précédentes, réalisées à partir d’images satellitaires, avaient déjà pu identifier l’avancement de la ligne de côte d’environ 350 m depuis l’Antiquité4. Pourtant, si les interprétations plus récentes s’accordent, l’évolution géologique de la zone avait donné lieu à d’autres avis. Il faut désormais écarter la proposition opposée, soutenue par P. Cantalupo qui prenait appui sur deux études géologiques des années 1930 et qui présentait une évolution assez complexe de la ligne de côte de Poseidonia5. Une troisième position a été soutenue dans les années 19306 et suggérait une autre évolution de la ligne de côte, fondée également sur le phénomène du bradyséisme dans la région. Cette explication voyait comme conséquence, non pas l’avancée des eaux de la mer vers la terre ferme, mais une sédimentation des résidus calcaires apportés par le fleuve Capodifiume. En termes historiographiques, il est intéressant de remarquer que cette discussion sur l’évolution géologique dans la région de Poseidonia-Paestum a été largement utilisée afin d’expliquer la décadence et l’abandon de la plus grande portion de la ville à la fin de l’Antiquité.

    4La description du relief naturel mène à la nécessaire contextualisation de l’établissement de la nouvelle cité. Ces caractéristiques de l’environnement naturel sont propres aux traits géographiques d’une grande partie du bassin méditerranéen où l’on retrouve des plaines, des zones marécageuses et des collines associées à un accès facile à la mer. Ce cadre géographique, le climat méditerranéen et la formation géologique de la région produisent une grande variété d’habitats naturels et d’espèces végétales. Ainsi, la microrégion composée par la juxtaposition de la plaine de Poseidonia et des zones de reliefs du Cilento traduit parfaitement les caractéristiques de biodiversité et de grande variété environnementale du bassin méditerranéen7.

    5En termes d’études historiques, l’observation du cadre naturel est profondément liée aux possibilités d’exploitation agricole, puisque la diversité géographique permettait plusieurs types de culture, en associant les céréales et les arbres fruitiers, en particulier l’olivier et la vigne, introduits dans la région par les colons grecs8. Nul besoin d’insister sur cette association de cultures permanentes avec les cultures temporaires, ce qui est propre à tout le bassin méditerranéen9. Il est également inutile de s’attarder ici sur les éléments de ressemblance avec les possibilités agricoles du monde grec égéen et la facilité de transfert d’un mode de vie grec à Poseidonia. Ce mode de vie méditerranéen peut être défini par la complémentarité économique entre les zones de plaines, particulièrement adaptées aux cultures céréalières, les zones collinaires et marécageuses, ces deux dernières propices à l’élevage et à la diversité des cultures, dont celle des fruits. Une nuance est nécessaire en ce qui concerne l’exploitation agricole de la plaine de Poseidonia, beaucoup plus intensive dans la partie nord du territoire de la cité grecque, entre le centre urbain et le Sele, que dans la partie sud. Un autre élément essentiel et relativement peu discuté est l’accès à la mer, avec toutes les ressources qu’elle peut fournir, en particulier la pêche et le sel10.

    6Pour sortir d’un cadre aussi large que l’ensemble du bassin méditerranéen, il est opportun de confronter la zone de Poseidonia avec d’autres exemples dans la région. Si l’on prend le cas du marquisat de Crotone pendant la Renaissance, ses terres argileuses, l’insalubrité due à la malaria et la difficulté pour l’arboriculture constituent les raisons d’une faible occupation stable de la campagne11. Ce parallèle, bien qu’anachronique, permet de souligner que, dans le cadre général du bassin méditerranéen, avec ses grandes possibilités d’exploitation agricole de la campagne, certaines zones peuvent avoir des difficultés accrues pour leur développement économique. Cet exemple souligne le choix conscient des Achéens de Poseidonia pour l’emplacement privilégié de la nouvelle fondation coloniale.

    Les communications et la question du port

    7Si la mer fut certainement le moyen de communication favorisé de Poseidonia avec les mondes grec, indigène et étrusque, la condition essentielle pour un trafic maritime intense est l’existence d’un port. Or l’ancien port de Poseidonia n’a pas encore été retrouvé. Plusieurs hypothèses pour son emplacement existent, sans que l’on puisse, pour le moment, trancher. E. Greco a insisté sur les nuances nécessaires entre un port construit, indispensable pour des embarcations de plus fort tonnage utilisées pendant des époques plus récentes, et les lieux d’abordage naturels, suffisants pour les bateaux des périodes antiques et laissant très peu de vestiges12.

    8Une première alternative place le port immédiatement à l’ouest de la ville, à proximité de la porte occidentale de la muraille, la Porta Marina, hypothèse formulée depuis au moins le xviiie siècle13. Une lagune à l’ouest de cette porte a été repérée par l’analyse des photographies aériennes et du satellite spot faite par M. Guy14 et par les fouilles d’A. Rouveret et de D. Theodorescu à Porta Marina15. D’après les données dont on dispose maintenant, on peut affirmer que la lagune fut enterrée dans l’Antiquité, probablement au début de l’époque romaine impériale.

    9Une autre hypothèse pour l’emplacement du port à l’ouest des murailles prend appui sur quelques observations d’un tronçon du banc de travertin, actuellement sous la mer et à environ 500 m de la ligne de côte, dans la zone proche de la Torre di Paestum. En journée de marée calme, il serait possible de voir des traces d’incisions régulières du banc de roche qui font penser à une intervention humaine. Ces observations ont incité P. Cantalupo16 à placer le port à cet endroit et il se fonde également sur sa proposition de l’évolution de la ligne de côte, qui serait actuellement plus proche des murailles que dans l’Antiquité. En revanche, si l’on suit le courant majoritaire, qui voit une ligne de côte antique plus en retrait que maintenant, cette identification du port perd tout son sens. Enfin, à quelques centaines de mètres de la ligne de côte actuelle, il est possible de voir une concentration d’algues de forme régulière, de sorte qu’on a proposé l’existence de structures construites à cet endroit, ce qui permet aux pêcheurs d’Agropoli de parler d’un « mur de Paestum »17.

    10Le problème de la localisation du port de Poseidonia est d’autant plus complexe quand on considère un fragment du poète latin Lucilius, mentionnant le Portus Alburnus18. Ce port devait se situer à l’embouchure du Sele, l’ancien Silaris (ou Silarus), où existe un petit village connu aujourd’hui sous le nom d’Alfurno, vraisemblablement une dérivation d’Alburnus19. Une hypothèse pour l’emplacement de ce port, fondée sur la toponymie ancienne et moderne, l’identifie avec la localité de Volta del Forno, dans une anse du fleuve qui pouvait constituer un point d’abordage privilégié. Cette partie du Sele présente des obstacles naturels contre le courant de l’eau, y compris une petite île fluviale au centre, ce qui en fait un lieu particulièrement approprié pour l’implantation d’un port. La zone n’a pas été étudiée systématiquement, mais une hypothèse plausible pour la construction du Portus Alburnus le situerait à l’époque lucanienne, à la fin du ive siècle av. J.-C. Aucun rapport direct ne peut être établi avec certitude entre le port mentionné par le poète latin d’époque républicaine et celui de la cité grecque des époques archaïque et classique. Dans l’état actuel de nos connaissances, puisque l’on doit tenir compte de toutes les hypothèses pour l’emplacement du port de la cité grecque, cette mention constitue un élément supplémentaire dans ce dossier épineux.

    11La question du Portus Alburnus concerne notamment la discussion sur l’Héraion du Sele. Outre les conséquences importantes que cette localisation d’un port à l’embouchure du fleuve aurait dans les rapports entre l’Héraion et la vie économique de la cité, cette hypothèse est également évoquée pour les explications possibles du remaniement du sanctuaire au ive siècle av. J.-C. À ce propos, on peut aussi rappeler les témoignages écrits sur l’expédition d’Alexandre le Molosse en Italie du Sud et son arrivée à Poseidonia par la mer20.

    12L’embouchure d’un autre fleuve, le Testene, un petit cours d’eau qui coule au sud des murailles urbaines, est aussi une candidate pour la localisation du port de Poseidonia21. Cette hypothèse est soutenue uniquement d’après les observations de l’environnement de la zone, favorable à l’abordage des embarcations. Outre la lagune à l’ouest des murailles, cet emplacement aurait l’avantage d’être assez proche du centre urbain mais, dans l’état actuel de nos connaissances, il s’agit uniquement d’une hypothèse qui mériterait des vérifications sur le terrain.

    13La dernière hypothèse de localisation du port le place à Agropoli22. Elle s’appuie sur l’existence du port actuel à cet endroit et sur les caractéristiques favorables de la côte. Compte tenu de la distance par rapport à la ville et pour cerner tous les aspects du problème, il faut considérer les voies terrestres qui pourraient relier ce port au centre urbain. Les deux routes, l’une vers le nord et l’autre vers le sud, laissent ouvertes toutes les possibilités de localisation, et toutes les hypothèses, au nord à l’embouchure du Sele, au sud à l’embouchure du Testene et à Agropoli, restent plausibles.

    14Dans tous les cas, l’analyse des voies de communication terrestres permet d’envisager d’autres raisonnements pour la circulation dans le territoire de la cité. Les vestiges découverts attestent l’existence de routes partant de la Porta Aurea au nord et de la Porta Giustizia au sud. De même, un tronçon d’une route reliant Poseidonia à Agropoli a été trouvé à Linora23. Enfin, vers l’est, tout porte à croire à une prolongation de la grande plateia urbaine est-ouest, partant de la Porta Sirena et menant vers les collines24. Les traces d’une prolongation de la voie reliant Poseidonia à l’Héraion au nord du fleuve confirment en outre les contacts entre les Grecs et les populations locales par cette voie terrestre25.

    15L’étude des voies de circulation terrestres est fondée notamment sur la photo-interprétation. Ces études ont été menées à Poseidonia-Paestum d’abord par J. Bradford26, qui a publié en 1948 une première reconstruction du plan urbain de la ville à partir des photos aériennes prises en 1943. S’y ajoutent également les recherches faites par G. Schmiedt et F. Castagnoli à partir des photos de 1943 et 1955 et les observations de M. Guy27 à partir des images prises par le satellite spot.

    16Les prospections effectuées sur le terrain par D. Gasparri28 pour confirmer les analyses de la photo-interprétation ont mis au jour les vestiges d’une route ancienne, datée entre la fin du ive et le début du iiie siècle av. J.-C. d’après les fragments céramiques retrouvés. Partant de la Porta Aurea, elle se dirigeait vers le nord, passait par la nécropole du Gaudo, par Gromola et par l’Héraion du Sele et continuait au moins jusqu’à Arenosola, à 4 km au nord du Sele. Son importance réside notamment dans la communication qu’elle établit entre Poseidonia et un centre indigène au-delà des limites du territoire occupé par les Grecs. Un sondage réalisé par D. Gasparri au croisement de cette route avec l’une des voies marquant la division de terres de l’époque romaine lui a permis d’affirmer qu’elle n’était pas prise en compte au moment de l’établissement de cette division. Peut-être était-elle abandonnée pendant l’occupation des Romains, qui avaient d’autres voies de communication terrestres plus à l’intérieur des terres. En revanche, la route moderne reprend, en grande partie, le tracé de l’ancienne, ce qui pose la question de la continuité de son utilisation à la fin de l’Antiquité.

    17D. Gasparri29 a également identifié une autre route ancienne grâce à la photo-interprétation, mais sans faire de sondage de vérification sur le terrain. Celle-ci partait du nord, de Roccadaspide et d’Albanella, vers le sud, jusqu’au niveau du Varco Cilentano et des collines près de Velia. Elle pouvait mener aussi à la zone urbaine de Poseidonia si l’on suppose le prolongement de la plateia urbaine est-ouest, qui partirait de la Porta Sirena vers l’est.

    18L’étude des voies terrestres gagne en qualité si l’on ajoute des données de quelques routes plus anciennes, attestées depuis la période néolithique. Bien que l’on ne puisse pas inférer une continuité d’utilisation de ces chemins jusqu’aux époques archaïque et classique, leur existence met en évidence un réseau de communication terrestre beaucoup plus étendu que celui appréhendé uniquement par les données archéologiques datant de l’occupation grecque de la cité. En effet, une très brève observation des données archéologiques préhistoriques et protohistoriques montre une évolution assez complexe des divers moyens de communication terrestres utilisés depuis le Néolithique jusqu’à l’époque de l’arrivée des colons grecs. Différents chemins étaient empruntés et permettaient des communications entre, d’une part, la région de la côte tyrrhénienne et les zones montagneuses du Cilento, d’autre part, la vallée dite Vallo di Diano, certaines contrées proches de la source du fleuve Alento, ainsi que, plus loin, le fleuve Ofanto et le plateau des Pouilles30. Les signes matériels retrouvés démontrent des rapports assez réguliers entre ces régions. Les témoignages plus récents, datés de l’âge du fer, montrent un développement et des contacts intenses entre l’arrière-pays, en particulier à Sala Consilina, et la côte tyrrhénienne31.

    19Le troisième moyen de communication de la cité de Poseidonia est le réseau fluvial, composé essentiellement du bassin du Sele. Les affluents de ce fleuve, le Calore et le Tanagro, forment en effet un réseau hydrographique très étendu. Plus remarquable encore est la proximité entre ce bassin et trois autres importantes vallées d’Italie méridionale, l’Ofanto, le Basento et l’Agri. La première permet une communication facile avec le plateau apulien, avec les divers centres indigènes plus ou moins hellénisés des Pouilles et avec la côte adriatique. Le Basento et l’Agri relient aisément Poseidonia et la mer Ionienne, en particulier les cités grecques achéennes de Métaponte et de Sybaris ou même Héraclée à partir du ive siècle. Outre les cités grecques sur les côtes, ces voies fluviales permettent également la communication de Poseidonia avec plusieurs centres indigènes importants, aussi bien dans les Pouilles, en Daunie en particulier32, que dans les vallées du Basento et de l’Agri33.

    20L’élément qui ressort de cette brève description est l’existence de divers réseaux de communication à longue distance partant de la zone de Poseidonia dans toutes les directions. Une telle pluralité enrichit le panel des possibilités de contacts qui ne sont point limités à l’arrière-pays immédiat de la cité. Les voies de communication à grande distance montrent que les influences réciproques entre les colons grecs et les populations non grecques peuvent être perçues à différents degrés et dans un rayon très large, jusqu’à des zones bien éloignées de la ville.

    Les populations non grecques autour de Poseidonia

    21Un discours sur la frontière implique nécessairement une référence à l’Autre, celui à qui l’on s’oppose. Comme nous l’avons remarqué dans notre bilan historiographique sur les territoires en Grande Grèce, l’archéologie des populations indigènes de la région s’est énormément enrichie dernièrement. Il n’est pas question de reprendre ici ces recherches, qui constituent un sujet d’étude à part entière34. Notre objectif se circonscrit à rappeler les éléments saillants des contacts entre les populations italiques et les colons grecs. Nul besoin de s’attarder sur le fait que les colons ne s’établirent pas dans une région dépeuplée et que l’idée d’ἔρημος χώρα dans son sens absolu, c’est-à-dire de terre inhabitée ou désertique, ne s’applique pas ici. L’expression ἔρημος χώρα est utilisée en contexte colonial du point de vue strictement grec, cette expression faisant référence à une région privée de population grecque, sans l’organisation, ni les institutions, d’une cité ; l’expression ne définit pas nécessairement une zone désertique.

    22Malgré la difficulté liée au manque de sources écrites, il est essentiel de procéder à la distinction entre ceux qui pouvaient faire partie de la communauté des citoyens, d’une part, et les autres, quelle que soit leur origine, d’autre part. En revanche, compte tenu de la complexité des rapports entre plusieurs populations de différentes origines, un mode de réflexion binaire, de type Grec versus Barbare, n’est pas opérant35. Toutefois, en raison de sa complexité, une analyse fine des populations italiques de la région étudiée dépasse largement le cadre de ce travail36.

    23Pour établir un bref panorama de la situation des populations locales, il faut commencer par les noyaux installés dans la zone qui devient par la suite le centre urbain de Poseidonia37. En effet, des sondages archéologiques ont mis au jour les traces d’établissements et de nécropoles indigènes aussi bien dans le secteur du centre urbain que dans le territoire de Poseidonia38. Dans la zone de la future ville, plusieurs objets de fabrication indigène ont été trouvés, comme des vases géométriques de type Sala Consilina, des fibules et des amphores d’impasto de type Pontecagnano39. Bien que ces repères ne soient pas très nombreux, ils suffisent pour confirmer une occupation régulière d’une population autochtone sur l’emplacement de la future cité grecque. Quelques tombes de l’âge du fer ont également été trouvées dans le territoire de Poseidonia, notamment un petit noyau de tombes à incinération proche de la source du fleuve Capodifiume40. Le rituel funéraire attesté dans cette nécropole peut être rattaché à celui présent au nord du Sele, surtout à Pontecagnano.

    24Dans la région, Pontecagnano et Sala Consilina, situés respectivement au nord et à l’est de la future cité grecque, constituent deux centres importants pour la compréhension des sociétés italiques de l’âge du fer. Leur présence aux abords du territoire de la colonie grecque est probablement la raison d’être d’une frontière, dans son double aspect d’une opposition et d’un moyen de contact pour les échanges économiques et culturels.

    25Les recherches sur les peuples antiques de Campanie mettent en évidence un développement complexe et qui ne suit pas une évolution homogène dans toutes ses parties. Tout d’abord, il est fondamental de remarquer la pluralité culturelle de ces populations, qui varient géographiquement et chronologiquement : Œnôtres, Opiques, Samnites, Campaniens ou Étrusques41. Sans approfondir la question de la différenciation ethnique, nous rappelons que les communautés en contact avec les colons de Poseidonia étaient, elles aussi, issues d’une certaine mixité ethnique et culturelle, qui combine divers éléments à différents degrés, dont l’exemple le plus célèbre se traduit dans notre appellation « Étrusco-campaniens ». Tout en tenant compte de cette diversité de populations et sans vouloir donner des définitions ethniques rigides ou homogènes, pour l’économie de notre travail et selon un usage courant dans la bibliographie académique, nous avons choisi de les regrouper sous les termes génériques d’« Italiques » ou d’« indigènes ».

    26Dans ce cadre, un paramètre fondamental doit être pris en considération pour comprendre les différents rapports entre peuples dans le contexte d’une conquête coloniale. Si la zone au sud du Sele a été investie d’une occupation grecque par la fondation de Poseidonia, les terres au nord de ce fleuve ont été sous l’hégémonie des populations étrusques qui n’étaient pas des autochtones. En effet, l’élément étrusque impose son hégémonie en Campanie entre la fin du viie et le début du vie siècle42, relativement peu de temps avant l’arrivée des Grecs à Poseidonia. Par conséquent, les habitants de Poseidonia entrent en contact avec des communautés variées et qui présentent différents degrés d’assimilation avec l’élément étrusque. Pour toute la zone au nord du Sele, on parle de centres étrusco-campaniens pour essayer de rendre compte de cet aspect hybride et varié. Ce caractère mixte est clairement perceptible dans la juxtaposition d’inscriptions italiques et étrusques, ainsi que dans l’usage des alphabets étrusque ou grec pour transcrire les langues italiques, comme l’osque, par exemple43.

    Au nord du Sele

    27Pontecagnano en particulier a certainement joué un rôle central dans la région. Ce centre présente une occupation ininterrompue du premier âge du fer jusqu’à l’époque historique, au moins jusqu’au iiie siècle av. J.-C. On observe ainsi une organisation bien articulée de la fréquentation de la zone, avec une définition des espaces funéraire et sacré, ainsi que des secteurs d’agrégation de l’habitat44. Un tel aménagement spatial est un indice important qui nous permet d’affirmer une grande capacité d’organisation sociale. À son tour, cette capacité montre que les habitants de Pontecagnano et les colons grecs n’avaient pas un grand écart dans leur niveau respectif de développement sociétal. Cet écart était sans doute beaucoup moins important que l’écart observé entre les Grecs et les populations de l’arrière-pays, ceux qu’on appelle de façon un peu générique les Œnôtres, en contact avec d’autres cités grecques, en particulier de la côte ionienne. La reconnaissance de ce niveau élevé d’organisation des centres étrusco-campaniens au nord du Sele induit, selon nous, une perception différente des Grecs vis-à-vis de ces populations. Comme on le verra plus loin, les Poseidoniates établissent des relations frontalières différentes selon qu’ils se confrontent aux centres caractérisés par une forte composante étrusque au nord du Sele ou aux autochtones de l’arrière-pays à l’est de la cité.

    28L’organisation sociale de Pontecagnano peut être perçue dans son haut degré de développement, en particulier si l’on considère l’existence d’un certain nombre de tombes dites « princières » qui montrent une richesse remarquable45, fait unique puisque, dans l’état actuel de nos connaissances, aucun autre témoignage aussi spectaculaire n’a été trouvé dans les autres sites italiques de la région autour de Poseidonia. Dans son ensemble, la documentation funéraire de Pontecagnano livre une société stratifiée46, avec des mécanismes d’affirmation et de distinction sociale qui confirment une organisation d’un niveau tout à fait comparable à celui des cités grecques. D’autre part, l’existence d’un port à Pontecagnano a également favorisé le développement économique et social de ce centre, qui était en contact avec les Grecs, et pas seulement ceux venus de Poseidonia.

    29En effet, les premières importations de matériel céramique grec en milieu étrusco-campanien sont désormais datées entre la fin du ixe et le début du viiie siècle et démontrent un commerce intense entre ces centres italiques et les Grecs47. Dans la première phase d’installation des premières colonies grecques en Italie méridionale, les échanges s’intensifient et Pontecagnano devient une escale privilégiée dans les circulations tyrrhéniennes48. Ainsi, dans le troisième quart du viiie siècle, le matériel grec retrouvé dans le mobilier des tombes fait partie, avec les bronzes orientaux, des signes d’une croissance économique rapide et de la stratification sociale de la communauté. L’affirmation d’un groupe élitaire se fait par l’utilisation d’un matériel de prestige, importé de Grèce et de l’Orient49. Les établissements satellites de Monte Vetrano50 et de Cassella, occupés entre le milieu du viiie et le début du viie siècle, participent à ce premier grand essor et montrent une volonté affichée de contrôler le territoire environnant51. La fin de l’occupation de ces deux sites, Monte Vetrano et Cassella, mise en parallèle avec les transformations opérées dans le golfe de Naples, à Pithécusses plus particulièrement, est interprétée comme la fin d’une certaine ouverture des échanges entre les différentes populations en contact dans la Campanie archaïque. Il est ainsi possible de percevoir une organisation et un contrôle grandissant de la part des colons grecs, en même temps que se vérifie une certaine restructuration du centre urbain de Pontecagnano52.

    30La période la plus florissante de l’économie de Pontecagnano se situe dans la deuxième moitié du viie siècle, justement à la veille de l’arrivée des colons grecs à Poseidonia. Ces quelques indices démontrent que l’activité économique de Pontecagnano se distinguait nettement de celle des centres indigènes de l’arrière-pays. Une telle situation était certainement à l’origine du choix de l’emplacement de la nouvelle colonie de Poseidonia, dans les deux acceptions de la frontière. En termes d’opposition, la cité grecque a été implantée là où l’espace n’était pas directement occupé par les Étrusco-campaniens de Pontecagnano, avec un important cours d’eau pour signaler une ligne précise de démarcation des limites. En termes de contacts, la proximité des établissements de Poseidonia et de Pontecagnano ouvrait plusieurs possibilités d’échanges commerciaux et culturels.

    31À partir du milieu du vie siècle, Pontecagnano présente des signes d’une perte de vigueur, visibles à travers le témoignage des nécropoles, de l’habitat et des sanctuaires53. L’inflexion est plus perceptible après la défaite des Étrusques à Cumes en 474 av. J.-C. et l’affaiblissement consécutif de leur emprise sur toute la Campanie. Le centre de Pontecagnano souffre, dès la fin du vie siècle, d’une diminution de son rôle fédérateur dans la région en raison de deux évolutions conjointes, d’une part, le développement d’un autre centre étrusco-campanien, celui de Fratte54 et, d’autre part, l’essor de la cité achéenne de Poseidonia. Néanmoins, à Pontecagnano, le témoignage fourni par les tombes et par les sanctuaires, notamment le sanctuaire méridional dédié à Apollon, atteste le maintien d’une puissance économique certaine et la survivance d’une partie notable de ses habitants55. Ce centre n’aurait donc connu de réel déclin que dans la seconde moitié du ve siècle, certainement après la défaite de Cumes, dans un mouvement parallèle à un phénomène d’affaiblissement comparable à celui observé également à Fratte à la même époque. La reprise d’une occupation plus intense du site de Pontecagnano se vérifie vers le milieu du ive siècle56 mais, cette fois, l’influence culturelle de Poseidonia sous l’hégémonie lucanienne est plus forte, comme le démontre l’importante présence de la céramique de fabrication poseidoniate dans les tombes de cette époque, y compris des vases figurés de l’atelier d’Assteas et de Python57. Finalement, c’est la création de la Picentia romaine en 268 av. J.-C. qui donne le coup décisif à ce centre étrusco-campanien58.

    32Malgré les signes d’affaiblissement de la puissance de Pontecagnano vers le milieu du vie siècle, d’une manière plus générale, on observe une intensification des échanges entre les Grecs et les populations campaniennes à partir de la fin du vie et du début du ve siècle av. J.-C. De concert avec A. Mele59, A. Pontrandolfo60 souligne le rôle que joua Poseidonia dans ces rapports entre Grecs et Italiques après la défaite et la destruction de Sybaris. Sur la côte tyrrhénienne du moins, ce ne sont pas les cités de Crotone ou de Laos, héritières « naturelles » de la puissance de Sybaris, mais Poseidonia qui a pu assumer le rôle majeur dans les échanges avec le monde italique de l’arrière-pays61. À la fin du vie siècle, Poseidonia renforce sa position de pivot entre les autres colonies achéennes, en particulier Métaponte, et le monde non grec de l’Italie du Sud, notamment dans son versant tyrrhénien, avec les Œnôtres et les centres campaniens du golfe de Salerne ainsi qu’avec Capoue. Cette influence de Poseidonia sur la région est bien marquée par la présence du matériel soit de production poseidoniate, soit de fabrication indigène mais d’inspiration grecque, dans divers centres italiques, en particulier à Fratte62.

    33Les tombes découvertes à Fratte représentent en effet l’un des meilleurs témoignages de l’emprise de Poseidonia sur cette partie de la Campanie. Cette influence grecque est visible non seulement dans les échanges commerciaux, mais aussi dans les contacts culturels, voire dans la sphère privée. La découverte en 1963 d’une inscription en alphabet achéen sur une petite olpè datée du premier quart du ve siècle dans la tombe no 26 est très significative. Outre la présence du matériel céramique grec dans les tombes de Fratte, cette inscription atteste des rapports personnels entre les gens de diverses origines63. Le texte, en alphabet achéen, comparable aux inscriptions dialectales de Poseidonia64 et gravé avant cuisson est le suivant : Ἀπολλόδρος· Ξυλλας· ἔραται· Ϝολχας· απυγιζε· Ἀπολλόδρον· / Ὀνάτας· Νιξς· ἔραται· Ηύβριχος Παρμύνιος· ἤραται. Suivant la correction de L. Dubois de <ἔ>ραται au lieu de ἤραται, qui suggère une probable erreur d’orthographe, l’interprétation du texte restitue deux phrases : « Apollodore aime Xyllas / Volchas sodomise Apollodore » et « Onatas aime Nixos / Ybrichos aime Parmynis ». L’élément essentiel de ce document provient de l’onomastique. Apollodore et Onatas sont des noms grecs et Ybrichos est sans doute un nom grec hypocoristique. Les noms féminins Xylla et Nixo ainsi que Parmynis sont absents du répertoire grec et sont certainement des noms italiques transcrits à la façon grecque. Enfin, Volchas renvoie certainement à un nom étrusque, puisque Ϝολχας correspond sans doute au gentilice ou au nom propre étrusque Velxaie. Enfin, Parmynis (soit le masculin Πάρμυνις, soit le féminin Παρμυνίς) peut être une prononciation ou orthographe local pour Παρμονίδες ou Πάρμων.

    34Outre l’indication de l’origine des personnes par l’onomastique, cette olpè témoigne de l’adoption de certains traits culturels. Cette forme céramique renvoie à la consommation du vin et sans doute à l’usage du banquet. Le deuxième aspect est la pratique de la pédérastie, clairement affichée par le texte de l’inscription, ce qui fait penser plutôt au symposion de type grec qu’à la forme étrusque du banquet65. Le vase est de fabrication poseidoniate et, même si l’inscription a été gravée avant cuisson dans un atelier de Poseidonia, le fait que l’objet ait été trouvé dans une tombe de Fratte est très significatif. Comme l’a remarqué A. Pontrandolfo, cette olpè inscrite est importante car elle atteste les rapports de réciprocité qui dépassent les simples échanges commerciaux, sur lesquels on est déjà suffisamment informé par ailleurs66. En effet, ce document exceptionnel atteste la présence de plusieurs marqueurs d’interactions culturelles complexes : le vase a été fabriqué et inscrit dans un atelier poseidoniate, avec la mention de personnes de différentes origines, avec une référence claire au symposion de type grec, mais il composait le mobilier d’une tombe dans la cité étrusque de Fratte.

    35Outre Pontecagnano et Fratte, d’autres centres à forte composante étrusque au nord du Sele retiennent notre attention, en particulier Arenosola et Eboli67. Le premier est le centre indigène le plus proche du Sele, situé à moins de 4 km au nord du fleuve. Lors des campagnes de fouilles des années 1929 à 1931, 139 tombes ont été retrouvées, datées dans leur majorité entre le viie et le début du vie siècle. Une analyse plus récente du matériel68, qui incorpore également le mobilier de onze tombes découvertes par P. C. Sestieri au début des années 1950, propose une fourchette chronologique assez étendue pour l’utilisation de la nécropole, allant de la deuxième et la troisième phase de l’âge du fer jusqu’à la période la plus florissante, entre environ 700 et 575 av. J.-C. Après une interruption de plusieurs générations, on retrouve de nouveau six tombes dont le mobilier peut être daté du iiie siècle av. J.-C.

    36Ces vestiges ne sont en rien comparables aux découvertes de Pontecagnano, puisque ces tombes sont en général plus simples et ne livrent aucun signe distinctif d’une richesse qui pourrait caractériser les sphères les plus élevées d’une communauté à forte composante étrusque. La majeure partie du mobilier rencontré est de production locale, mais montre des signes de l’influence des modèles grecs et phéniciens69. Néanmoins, la confrontation avec les données provenant de Pontecagnano permet d’affirmer qu’Arenosola appartenait sans doute à la même aire culturelle. Malgré le peu d’informations sur ce site, ce qui limite l’interprétation sur son occupation et sur son organisation spatiale et sociale, il permet des observations intéressantes.

    37Premièrement, la chronologie d’utilisation de la nécropole d’Arenosola est une donnée essentielle. Bien que tout argument fondé sur un raisonnement ex absentia soit à prendre avec beaucoup de précaution, si l’on retient l’interruption de son utilisation à partir du milieu du vie siècle, on peut voir là une des conséquences profondes de la fondation de Poseidonia. Le parallèle de la perte de vigueur de Pontecagnano au moment de l’essor de la cité grecque montre des enjeux complexes dans la plaine au nord et au sud du Sele et renforce l’hypothèse d’un lien de cause à effet, entre fondation grecque et abandon du centre d’Arenosola.

    38L’interprétation adoptée ici pour les conséquences des fondations de Sybaris et de Métaponte sur les centres indigènes environnants permet de mieux comprendre l’impact de l’établissement de Poseidonia. Sur la côte ionienne, on a vu que les fondations grecques impliquaient une réorganisation des centres indigènes et, dans certains cas, le déplacement des populations autochtones vers l’arrière-pays. Dans le versant ionien, la réorganisation de ces centres n’entraîne pas un arrêt des échanges commerciaux et culturels. Bien au contraire, la céramique grecque retrouvée dans les sites de l’arrière-pays témoigne plutôt de leur intensité. Nous sommes ainsi bien loin des interprétations traditionnelles et nous pouvons affirmer des relations plutôt complexes et nuancées entre les colons grecs et les peuples autochtones. Bien que les données soient incomplètes, il serait possible d’établir un parallèle et une évolution comparable au nord du Sele, où le centre d’Arenosola est abandonné, où Pontecagnano perd de son importance mais où Fratte se développe un peu plus au nord. Cette question est complexe et nous ne sommes pas encore en mesure de proposer une explication définitive sur l’évolution des centres italiques au nord du Sele à partir du milieu du vie siècle, mais l’hypothèse d’un rôle actif joué par Poseidonia est à envisager comme la plus probable.

    Du Vallo di Diano à Palinuro

    39La deuxième zone géographique comportant une importante occupation indigène se situe à l’est de la colonie grecque, dans le Vallo di Diano, où le principal centre était Sala Consilina70. Très schématiquement, on peut restituer une évolution de l’occupation du Vallo di Diano en suivant certains établissements plus importants71. Sala Consilina est le seul site attesté dans la zone entre le premier âge du fer et le début du viie siècle, quand surgit l’établissement d’Atena Lucana et, dans le courant du vie siècle, un nouveau site voit le jour à Padula, ainsi que divers petits établissements sur la côte tyrrhénienne, entre Palinuro et Laos. Vers la fin du ve siècle, la plupart des centres du Vallo di Diano ne montrent plus de signes d’occupation, à l’exception de Padula, seul témoignage du maintien d’une habitation régulière et organisée jusqu’à la fin du ive siècle, alors que tous les autres établissements de l’intérieur présentent des marques d’abandon. En revanche, la côte tyrrhénienne, avec les sites de la vallée du Noce, à Maratea, Tortora, Rivello, et dans la vallée du Lao, à Castelluccio, atteste une occupation pendant tout le ve siècle. Si l’on a pu avancer des hypothèses vraisemblables pour l’abandon d’Arenosola et pour le déclin de Pontecagnano, en ce qui concerne Sala Consilina, aucune explication convaincante n’a encore été proposée. La fondation de Velia en 540 av. J.-C. est le seul rapprochement que l’on peut éventuellement établir avec des événements racontés par la tradition littéraire. D’un autre côté, l’archéologie atteste du développement du centre de Padula dont la chronologie est contemporaine de l’abandon des autres sites72.

    40Le dossier relatif aux différentes possibilités de contact entre les indigènes du Vallo di Diano et les cités coloniales grecques est très complexe. La thèse traditionnelle attribue à Sala Consilina un rôle de marché interne, en grande partie par opposition à Pontecagnano qui serait, en vertu de son port, tournée vers les routes maritimes. Cette notion de « marché interne » impliquerait une fonction agrégative de Sala Consilina, mais qui serait en quelque sorte écarté du circuit commercial maritime. Cette interprétation a été mise en doute par E. Greco73, qui a insisté plutôt sur des échanges intenses entre les Grecs, surtout ceux de Sybaris, et les peuples du Vallo di Diano. Les sites appartenant à la même aire culturelle du Vallo di Diano situés sur la côte tyrrhénienne, dans la vallée du Noce en particulier74, ont un rôle important dans la mesure où ils offrent un autre moyen de communication entre les indigènes de l’arrière-pays et les cités grecques, en particulier Velia. En appui de cette hypothèse, J. de La Genière avait déjà proposé d’utiliser le témoignage des vases géométriques, datés du milieu du vie siècle et produits par un même atelier, présents à Sala Consilina ainsi qu’au cap Palinuro75.

    41Pour compléter le dossier, il est opportun de se tourner vers Palinuro, dont l’établissement, dans le milieu du vie siècle, est contemporain de la fondation de Velia76. Par conséquent, on peut suggérer une probable relation de cause à effet entre la fondation de Velia et l’établissement de Palinuro. D’autre part, les possibles relations entre Palinuro et Sala Consilina restent encore complexes et il est impossible de déterminer les conséquences de l’établissement de Palinuro, s’il a pu détourner, vers la côte et vers la vallée du Noce, la route commerciale qui passait auparavant par Sala Consilina. Enfin, pour compléter le cadre des différents réseaux d’échange dans l’arrière-pays, il faut tenir compte des circuits qui passent par les vallées de l’Agri et du Sinni77.

    42Les questions que l’on peut se poser sur les relations entre la côte et l’intérieur restent pour le moment très complexes, surtout quand on tient compte des rôles possibles joués par Velia78. L’examen du matériel archéologique sert d’appui à l’idée de contacts intenses entre Velia, Palinuro et les centres du Vallo di Diano79. L’élément central de ce dossier serait l’existence d’un circuit commercial reliant les cités grecques et le Vallo di Diano, en particulier à Padula, en passant par Palinuro plutôt que par Poseidonia, gravitant peut-être autour de la sphère d’influence de Velia. Il reste néanmoins à démontrer si l’existence de ce nouveau circuit reliant la côte à l’intérieur par la vallée du Noce et par Palinuro a un rapport direct avec l’affaiblissement de Sala Consilina.

    43La question des rapports entre Grecs et indigènes dans le Vallo di Diano a été revue à la lumière des influences des centres étrusco-campaniens par L. Cerchiai80. L’examen d’un petit vase à parfum (aryballe) trouvé dans la tombe B 27 de Sala Consilina, daté du milieu du vie siècle, a permis de reconnaître les influences de la tradition de la céramique figurée étrusque, en particulier celle retrouvée à Pontecagnano.

    44La possibilité de l’existence d’un circuit qui relie les Grecs, les Étrusques de Pontecagnano et les indigènes de Sala Consilina donne un panorama encore plus articulé, où plusieurs réseaux ont pu fonctionner, peut-être en même temps, soit directement entre Poseidonia et le Vallo di Diano, soit en passant par Pontecagnano. Enfin, dans un deuxième moment, après la fondation de Velia, un autre réseau pouvait relier la cité phocéenne avec Palinuro et Padula. La chronologie mérite un examen fin puisque, dans un écart temporel assez réduit, entre 540 et 510 av. J.-C., la région a pu passer de l’influence de Sybaris et de Poseidonia à celle de la nouvelle fondation phocéenne. En revanche, il est bien hasardeux de faire coïncider des événements historiques racontés par la tradition manuscrite avec des données archéologiques, a fortiori retrouvées dans les milieux italiques.

    45Quoi qu’il en soit, l’étude des relations possibles entre Poseidonia et les centres italiques du Vallo di Diano, y compris si l’on suppose un réseau d’intermédiaires passant par exemple par Pontecagnano, s’accorde avec nos observations sur les différences de traitement des limites septentrionale et orientale de la cité grecque. Il est également important de tenir compte d’une tradition très ancienne de contacts entre le Vallo di Diano et les centres du golfe de Salerne.

    Monte Pruno

    46Les données provenant de Monte Pruno (Bellosguardo et Roscigno), situé entre Poseidonia et le Vallo di Diano et qui constitue le point privilégié pour la traversée des Monts Alburni, méritent notre attention. Le site est connu surtout par une tombe dite « princière », très richement ornée, comprenant notamment une rosette en or, deux petites têtes de silènes en argent doré, une couronne et un canthare en argent, et datée de la fin du ve siècle81.

    47En plus de la tombe la plus célèbre, Roscigno-Monte Pruno a livré un certain nombre de tombes, dans une fourchette chronologique allant du vie jusqu’au iiie siècle av. J.-C.82. L’établissement montre assez clairement des changements liés à l’arrivée des Lucaniens et il constitue ainsi un relais important dans le maillon des conquêtes lucaniennes de la cité de Poseidonia. Le profil des dépositions de la première phase d’occupation de la nécropole au vie siècle est comparable à celui livré à Buccino, Atena Lucana, Satriano et Serra di Vaglio ; cet établissement pourrait ainsi appartenir à une population italique que les sources écrites nomment Peucétiens. Puis, les données archéologiques provenant des tombes montrent un changement important lors des conquêtes lucaniennes dans le dernier quart du ve siècle83. Roscigno permet ainsi de confirmer, par les vestiges matériels, l’avancée des Lucaniens de l’arrière-pays vers la côte et le centre urbain de Poseidonia.

    48Outre le témoignage provenant des nécropoles, dans la localité de Contrada Cuozzi, a été trouvé une enceinte fortifiée, édifiée avec des grands blocs pseudo-isodomes en deux parements, sur une épaisseur maximum d’environ 2,5 m (un emplecton), datée du milieu du ive siècle. Les recherches sur le terrain ont pu suivre la construction, qui devait comporter également au moins une tour rectangulaire, sur une longueur d’environ 140 m. À partir du tracé conservé du mur, B. Ferrara calcule une superficie d’environ 60 000 m2 pour l’établissement84. L’ensemble des éléments, construction et matériel céramique repéré, indique une fortification de type lucanien85, qui pouvait abriter un établissement/habitat stable, avec une forte présence de matériel fabriqué à Poseidonia.

    49Sur la petite vallée du Cuozzi, une sorte de uilla rustica, associée à une petite nécropole composée de tombes à semicamera, donne une occupation régulière entre la seconde moitié du ive et les premières décennies du iie siècle av. J.-C., quand un incendie marque la destruction de l’édifice86.

    50À proximité, du matériel archéologique a été découvert à Bellosguardo87. Daté de la seconde moitié du ive et du début du iiie siècle, ce matériel comprend une cuirasse liée au monde des guerriers lucaniens, un strigile et plusieurs fragments de céramique à vernis noir, ainsi que des fragments de loutérion, de dolium et de poids de métier à tisser. La variété du matériel indiquerait l’existence de tombes et d’un noyau d’habitat, sans que l’on puisse mieux définir son organisation en l’absence de monument clairement identifié sur place.

    51Une prospection de surface effectuée par J. de La Genière dans les années 196088 a permis la découverte de nombreuses traces d’une fréquentation plus ancienne du lieu. Le matériel retrouvé s’inscrit dans une fourchette d’occupation assez large, de l’époque archaïque à l’époque hellénistique, mais il se situe en majorité dans la période la plus récente, bien que certains objets plus remarquables soient datés de la fin du vie siècle, dont surtout le fragment d’un cratère à figures noires et de nombreux morceaux de tuile, comparables à celles appartenant au temple majeur de l’Héraion du Sele89. Encore plus remarquable est la découverte d’une antéfixe, appartenant certainement à un édifice sacré de type grec. Sans que l’on puisse donner davantage de précision sur leurs caractéristiques, l’ensemble des vestiges de Monte Pruno atteste de l’existence d’un habitat plutôt étendu et à forte composante grecque relativement loin de Poseidonia et à peu de distance du Vallo di Diano.

    52Les données provenant de Monte Pruno posent de nombreuses difficultés pour l’étude de la frontière de Poseidonia. S’agit-il d’un centre indigène avec une forte interaction culturelle avec les Grecs ? Le fragment d’antéfixe était-il utilisé ici en remploi ou s’agit-il du témoignage de l’existence d’un lieu sacré décoré dans un style grec ? Cet établissement était-il uniquement une étape intermédiaire dans la voie de communication entre la cité grecque et le Vallo di Diano, signalé par la présence du matériel grec conservé dans une nécropole indigène ? En l’absence de plus de données et sans que l’on ait trouvé d’autres marqueurs d’occupation grecque entre Poseidonia et Monte Pruno, nous ne sommes pas en mesure d’en préciser les caractéristiques. En revanche, la richesse du matériel et la présence d’un élément de décoration d’un édifice sacré, avec son caractère fortement symbolique, plaide pour un rôle important joué par cette localité, sans doute dans un secteur situé au-delà des frontières civiques de la cité. Enfin, à partir des conquêtes lucaniennes, l’établissement prend une forme plus clairement italique, comparable à d’autres fortifications ou établissements lucaniens de l’arrière-pays, souvent situés sur les hauteurs, et jouant un rôle dans le maillage d’occupation des terres par ces populations. En définitive, Monte Pruno témoigne des intenses échanges entre Grecs et populations italiques, et ce dans une fourchette chronologique assez étendue.

    D’Agropoli au parc du Cilento

    53Après avoir passé en revue les centres situés au nord et à l’est de Poseidonia, il est nécessaire d’étudier la portion sud. Dans la zone du château d’Agropoli90, sur les hauteurs du promontoire, a été réalisé un sondage stratigraphique de dimensions réduites, notamment à cause de la superposition de la structure plus tardive encore en place. Ce sondage a fourni tout d’abord des éléments sur les populations indigènes qui y étaient installées avant la fondation de Poseidonia91. Les vestiges retrouvés datent de l’âge du bronze final, du xe siècle en chronologie absolue, et présentent des caractères protovillanoviens. Le matériel protohistorique d’Agropoli trouve des éléments de comparaison surtout dans les exemples provenant de la grotte de Polla, dans la région du Vallo di Diano, ainsi que certains exemplaires trouvés à Eboli, au nord du Sele et, tout près de la plaine paestane, dans la Grotta del Granato à Capaccio92.

    54Au sud d’Agropoli se situe Velia, fondée par les Phocéens vers 540 av. J.-C.93 La question d’une présence indigène dans la zone avant cette fondation coloniale reste toujours ouverte. En revanche, pour ce qui nous intéresse ici, plus importantes sont les traces d’une occupation indigène sur la probable voie de communication entre Poseidonia et Velia, dans la vallée du fleuve Alento, en particulier à Moio della Civitella, où un fragment de broche retrouvé dans la localité Angellara renvoie à la production du Vallo di Diano94. Bien que l’on puisse imaginer un établissement indigène dans la vallée de l’Alento à partir de ce fragment, la rareté des repères céramiques semble indiquer une très faible fréquentation et ne permet pas plus de précision. Comme nous l’avons montré ci-dessus, c’est uniquement plus au sud, vers le cap Palinuro et la vallée du Noce, que s’établissent, dès la fin du viie siècle, plusieurs centres indigènes plus importants.

    55Le territoire situé au sud de Poseidonia livre beaucoup moins d’éléments sur ses rapports avec les populations locales. Sans parler de déterminisme géographique, il est important de prendre en compte les difficultés de communication liées au relief plus accidenté, avec la présence des collines de l’actuel parc du Cilento. Par conséquent, on peut supposer des contacts plus éphémères, ou du moins utilisant soit une voie de communication maritime, soit le passage par le Vallo di Diano dans l’intérieur des terres. Quoi qu’il en soit, la portion côtière située immédiatement au sud de Poseidonia était certainement moins investie par les réseaux d’échanges que les voies du nord et du nord-est.

    Histoire, légendes et rapports de voisinage

    56La fondation de Poseidonia en deux temps conduit directement à la question de l’appropriation d’un espace assez large où les accidents géographiques et les récits légendaires qui s’y attachent contribuent à la définition de la frontière de la cité. Les rapports de voisinage avec Velia et les vestiges matériels rencontrés dans la région située entre les deux cités grecques nous ramènent ensuite aux données archéologiques disponibles.

    La fondation de la cité et le teichos des Sybarites

    57Les données archéologiques constituent l’essentiel des sources pour étudier l’organisation du territoire et l’établissement de la frontière de Poseidonia. Si la culture matérielle occupe une place centrale, l’apport des sources écrites, déjà abondamment sollicitées pour écrire l’histoire de cette cité, est aussi pris en considération95. L’ordre chronologique adopté ici repose ainsi sur l’association de tout type de source96, le but étant d’étudier tous les éléments relatifs à l’établissement et à l’évolution de sa frontière. Or la question de la frontière est posée dès la fondation de la cité.

    58En dépit de la rareté et de la difficulté d’interprétation des textes, la fondation et l’évolution de Poseidonia sont connues grâce notamment au récit de Strabon97. D’après le géographe, la colonie achéenne de Poseidonia fut fondée par les Sybarites, prise par les Lucaniens, puis par les Romains :

    Sur la mer Tyrhénienne succèdent à la Campanie et au Samnium (y compris le territoire des Frentans) d’abord le territoire habité par le peuple des Picentes, qui est un petit rameau détaché de la nation des Picentins de l’Adriatique, les Romains les ayant transférés au bord du golfe Poseidoniate, connu aujourd’hui sous le nom de golfe Paestan, puis la ville de Poseidonia Paestos, située au milieu du golfe. Les Sybarites y élevèrent un poste fortifié sur le bord même de la mer, tandis que les habitants qui s’y étaient d’abord établis se déplaçaient plus haut. Plus tard, les Lucaniens prirent la ville aux Sybarites et les Romains, à leur tour, la prirent aux Lucaniens. Le cours d’eau qui se déverse près de là dans des marais la rend malsaine98.

    59Ce témoignage ne résout cependant pas la question de la fondation de la cité car le texte pose une série de difficultés d’interprétation. Strabon indique que la fondation de Poseidonia fut réalisée en deux temps, puisque la forme d’οἰκισθέντες, au participe passé du verbe οἰκίζειν, marque une antériorité par rapport à un événement99, en l’occurrence la construction d’un τεῖχος par les Sybarites ; puis, l’emploi des particules μέν et δέ renforce cette notion temporelle, en deux temps100. En effet, ce terme d’οἰκισθέντες est un hapax chez Strabon101 et son sens constitue une première difficulté d’interprétation car plusieurs hypothèses pour l’identification des premiers occupants de la zone ont été proposées. Le lien entre les οἰκισθέντες et Jason, présenté comme le fondateur de l’Héraion du Sele102, pourrait s’expliquer par une éventuelle fréquentation mycénienne dans la zone. En revanche, avant l’époque de l’implantation de la colonie, aucun signe de fréquentation égéenne, mycénienne en l’occurrence, n’a été trouvé dans la région de Poseidonia, ni dans la zone du centre urbain, ni aux marges du Sele à l’emplacement du futur sanctuaire.

    60Une autre possibilité identifie les οἰκισθέντες aux habitants de Trézène, participants de la fondation de Sybaris. Un extrait d’Aristote103 rapporte les disputes entre les deux composantes du contingent des colons de Sybaris, suivies de l’expulsion des Trézéniens par les Achéens vainqueurs. Cela a été mis en rapport avec la notice de Solin, qui définit les Poseidoniates comme étant des Doriens : Paestum a Doriensibus (constitutum)104. Comme l’alphabet de toutes les inscriptions grecques archaïques retrouvées à Poseidonia et dans son territoire est achéen et non dorien105, cette hypothèse reste très fragile et doit sans doute être écartée. Il n’y a donc aucune raison de qualifier Poseidonia de cité trézénienne. Par conséquent, soit on insiste sur une simple erreur de Solin, soit on tente d’expliquer son texte par l’attribution d’une origine légendaire arcadienne aux Œnôtres106, qui habitaient la région avant l’arrivée des colons.

    61Le premier à proposer l’identification des οἰκισθέντες aux Œnôtres a été P. C. Sestieri107. Cette hypothèse prenait appui sur les découvertes de certains vestiges d’une occupation indigène dans la région de Poseidonia, en particulier dans la nécropole du Gaudo et aux sources du fleuve Capodifiume, mais aussi sur le témoignage de quelques vers du Pseudo-Scymnos108, qui parle des Œnôtres et de Poseidonia. A. Maiuri s’opposait déjà à cette hypothèse en soulignant que Strabon connaissait assez bien les Œnôtres, au point d’appeler Œnôtrides les deux îles en face du promontoire de Palinuro109. Selon lui, le géographe n’aurait jamais utilisé une formule aussi imprécise pour parler de ces populations indigènes puisqu’il connaissait leur nom et les situait dans la même région.

    62Revenant sur l’association entre les populations autochtones et le texte de Solin, H. Tréziny a proposé une clé de lecture pour le passage de Strabon, où le terme οἰκισθέντες pourrait faire référence à un groupement de populations locales. En s’appuyant sur un passage de Thucydide (VI, 2) concernant des peuples établis en Sicile avant l’arrivée des Grecs, il traduit le texte de Strabon par « ceux qui s’étaient établis là avant la fondation de Poseidonia »110. Cela permettrait de concilier la fondation achéenne par les Sybarites en une seule fois et l’idée d’antériorité mentionnée par Strabon. En revanche, dans cette lecture, le τεῖχος deviendrait l’œuvre des indigènes, ce qui n’est pas plausible.

    63Malgré les différentes hypothèses, la seule interprétation possible du texte grec est d’identifier les οἰκισθέντες aux Sybarites, fondateurs de Poseidonia111. Ainsi, le problème de l’antériorité se déplace vers le τεῖχος. Selon le texte, on doit le reconnaître comme un premier établissement des Sybarites sur la mer Tyrrhénienne avant l’établissement définitif de Poseidonia, ce qui amène directement aux questions de la localisation de ce τεῖχος, avec le problème de déterminer la direction qui peut correspondre à l’indication ἀνωτέρω112.

    Fig. 33. Promontoire d’Agropoli et portion sud de la plaine de Poseidonia.

    Cliché de l’auteur.

    64L’hypothèse généralement admise actuellement consiste à situer le τεῖχος sur le promontoire d’Agropoli (fig. 33), sur la colline près du château113, où le matériel découvert rattache le site à un lieu de culte114. En fait, les fouilles n’ont dégagé aucune structure construite, mais elles ont livré un matériel conséquent, qui comprend des fragments assimilables à des canthares de type achéen connus à Sybaris, datables de la seconde moitié du viie siècle av. J.-C., ainsi que des coupes « à filets », rattachées aux productions coloniales du golfe ionien et distinctes des rares exemplaires produits localement et retrouvés ailleurs à Poseidonia115. Ces fragments constituent ainsi l’attestation la plus ancienne d’une présence grecque dans la région, et cela avant les vestiges provenant du centre urbain ou de l’Héraion du Sele. En outre, on remarque la présence d’amphores de transport, en particulier de la corinthienne A, ainsi que celle de trois fragments de simas en terre cuite polychromes. Ces terres cuites architectoniques sont généralement associées à des édifices sacrés. De plus, l’absence de tout matériel indigène contemporain pourrait s’accorder à une double fonction sacrée et militaire, ce qui renforce l’hypothèse d’identifier le τεῖχος des Sybarites à Agropoli. Cette hypothèse est confortée par les théories de Platon sur l’occupation du territoire d’une cité coloniale, organisé autour de douze villages constitués d’une place publique, un poste fortifié et un sanctuaire, et situés sur des points en hauteur116. À partir de cette constatation, les fonctions du τεῖχος d’Agropoli peuvent être rétablies117. Dans tous les cas, ces remarques sont essentielles puisqu’elles indiquent une occupation du territoire de la cité dès les premiers temps de la colonie, voire quelques années avant l’installation coloniale à proprement parler.

    65Pour ce qui relève du culte rendu à Agropoli, le matériel le plus ancien n’en porte aucune indication ; seul le matériel votif du ive siècle av. J.-C. a permis une identification, car deux petites têtes en terre cuite représentant Athéna avec son casque pourraient livrer l’identité de la divinité honorée118.

    66Quelle que soit la divinité du sanctuaire d’Agropoli, les recherches actuelles tendent à corroborer une fondation de Poseidonia en deux temps : d’abord le τεῖχος des Sybarites à Agropoli à la fin du viie siècle, puis, quelques années plus tard, vers 600 av. J.-C., l’installation urbaine définitive sur la plaine119 et à l’Héraion du Sele. Cette datation a été précisée par l’analyse des objets retrouvés dans les tombes les plus anciennes, surtout celles de la nécropole du Laghetto, ainsi que des fragments de terres cuites architectoniques appartenant à un premier petit temple situé immédiatement au sud du temple d’Athéna dans le sanctuaire septentrional. Il s’agit de sima et de geison polychromes datés de la première moitié du vie siècle120.

    67Bien que l’identification d’Agropoli comme le τεῖχος des Sybarites soit actuellement admise, un bref aperçu historiographique des autres hypothèses évoquées (embouchure du Sele, ouest des remparts, Punta Tresino et Punta Licosa) contribue à une meilleure perception du territoire de la cité.

    68L’hypothèse qui plaçait le τεῖχος à l’embouchure du Sele121 n’était plus soutenable depuis un certain temps et cela par l’exégèse même du texte de Strabon. Le géographe situe précisément l’Héraion122 à l’embouchure du Silaris (τὸ στόμα τοῦ Σιλάριδος), tandis que pour le τεῖχος il utilise une formule très générique : ἐπὶ θαλάττῃ. De plus, le géographe situe la ville de Poseidonia à cinquante stades du sanctuaire, sans aucune référence au τεῖχος, ce qui n’aurait pas de sens si le poste fortifié et le sanctuaire devaient être au même endroit. Finalement, le géographe attribue la fondation du sanctuaire à Jason et celle du τεῖχος aux οἰκισθέντες, laissant entendre une dissociation des deux lieux123.

    69Une autre hypothèse avait situé le τεῖχος à l’ouest des murailles de la ville, au bord même de la mer. Cette alternative suppose qu’on accepte la thèse, réfutée actuellement, selon laquelle la ligne de côte était plus éloignée dans l’Antiquité qu’actuellement. Dans ce sens, les travaux modernes de construction révèlent fréquemment du matériel archéologique, y compris dans les zones très proches du rivage actuel. Ce matériel a pour caractéristique d’être très varié, comprenant des blocs de pierre taillée, des éléments de colonne, beaucoup de fragments céramiques et quelques monnaies124. En revanche, il n’est pas nécessaire de supposer des trouvailles in situ et rien n’empêche d’attribuer ce matériel à des déplacements, liés en particulier à l’écoulement des eaux vers la mer.

    70D’interprétation plus complexe est le témoignage d’un petit monument retrouvé dans cette partie entre les murs du centre urbain et la mer. Situé à environ 400 m à l’ouest des murs de Poseidonia, dans la localité Lupata (fig. 34, no 66)125, il s’agit d’un naïskos, un petit monument servant probablement de salle de banquet, dont l’entrée était ornée de deux colonnes. La construction de l’édifice utilise du matériel plus ancien en remploi et sous ce premier niveau, un dépôt votif a aussi été découvert et daté du iiie siècle av. J.-C. C’est la présence de ce dépôt, antérieur au naïskos, qui permet de parler d’un lieu de culte à cet endroit. L’iconographie est claire et autorise l’attribution du culte à Aphrodite126. Le signe d’une fréquentation de la zone ne remonte pas au-delà du iiie siècle, à une époque bien postérieure à la fondation de la colonie grecque. Pour compléter le dossier, il faut également tenir compte de la lagune située immédiatement à l’ouest des murailles de la cité, dont l’ensablement est daté au plus tard au début de l’époque impériale127.

    Fig. 34. Vue rapprochée du territoire de Poseidonia à l’époque archaïque (vie siècle av. J.-C.).

    Élaboration de l’auteur.

    71À partir de l’hypothèse d’une ligne de côte plus éloignée des remparts – et en admettant donc l’existence d’un espace plus large entre la ville et son littoral – M. Mello avait placé le τεῖχος justement dans cette partie128. Dans son argumentation, il commence par l’étude du terme ἀνωτέρω, employé par Strabon à plusieurs reprises, tantôt dans le sens « plus au nord », tantôt « plus à l’intérieur » par rapport à la ligne de côte129. Même si c’est le sens « plus au nord » qui doit être retenu, M. Mello insistait sur l’interprétation « plus à l’intérieur » et, par conséquent, il situait le poste fortifié dans une zone proche du rivage antique, peut-être sous les eaux actuellement. Malgré l’imprécision du géographe (par exemple l’absence de distance entre le τεῖχος et la ville), l’expression assez générique ἐπὶ θαλάττῃ, « sur le bord même de la mer », invite à réfuter l’hypothèse d’un large espace entre les remparts et le rivage marin. En définitive, les nouvelles données géomorphologiques et la chronologie des découvertes, qui ne remontent pas au-delà du iiie siècle av. J.-C., invalident complètement cette hypothèse.

    Fig. 35. La Punta Tresino vue depuis la Punta Licosa.

    Cliché de l’auteur.

    72En ce qui concerne la Punta Tresino (fig. 35), à partir de la découverte d’un mur de terrassement et de quelques fragments céramiques, P. C. Sestieri130 avait proposé d’y identifier un sanctuaire grec archaïque qu’il attribuait à Poséidon. De plus, deux extraits de Charax et d’Eustathe font mention d’une « Trézène d’Italie »131, que le même chercheur localisait à la Punta Tresino pour des raisons évidentes de toponymie. S’il est tentant de placer la Trézène d’Italie à cet endroit, mise à part la toponymie, aucun autre élément ne permet cette identification. Il faut tout de même mettre ces passages en rapport avec la notice des Trézéniens expulsés de Sybaris132. Il est évidemment tentant de voir un établissement trézénien quelque part à l’intérieur de la zone d’influence sybarite, comme l’était la côte tyrrhénienne au sud de Poseidonia.

    73Pour essayer de vérifier ces hypothèses, un programme de recherches a été entrepris autour de ce mur de terrassement dans les années 1980. Les fouilles ont permis de dater ce mur de l’époque romaine républicaine, entre le courant du iiie siècle et le début du iie siècle av. J.-C.133. De ce fait, on ne peut plus l’attribuer à la période grecque, comme l’avait fait P. C. Sestieri. En réalité, ce mur fait sans doute partie d’une villa romaine, seule hypothèse retenue comme vraisemblable à défaut de structures proprement agricoles.

    74Si les seuls vestiges d’une structure datent de l’époque républicaine, pour ce qui est du matériel céramique, l’objet le plus ancien est représenté par des fragments d’une amphore corinthienne, datée de la période de transition entre le corinthien moyen et récent, vers 580-560 av. J.-C.134. Malheureusement, le matériel grec livré par les fouilles est limité et a été trouvé dans sa quasi-totalité hors stratigraphie, dans le remplissage d’une fosse de la terrasse. Le matériel grec devient un peu plus fréquent à partir du second quart, et peut-être même au troisième quart, du vie siècle, au moment de la fondation de Velia135. L’analyse de ce matériel n’a donné aucun signe majeur de prestige ou de fonction rituelle et, sauf pour quelques fragments corinthiens d’importation, rien ne permet d’identifier les fonctions du lieu. Deux fragments de statuettes en terre cuite sont beaucoup plus récents et un vase miniature est le seul exemplaire à pouvoir véhiculer une idée d’un don votif ; mais ce cas unique ne suffit pas à attribuer un sens sacré à la zone. Les deux raisons proposées pour expliquer une fréquentation grecque à cet endroit sont, soit la possible présence d’une source abondante, à partir d’une certaine quantité d’amphores commerciales et de vases à boire, soit l’exploitation de la pierre locale, à partir de la présence d’une carrière à proximité. En effet, plusieurs indices d’un travail de la pierre locale ont été trouvés : blocs portant des traces de taille et double cuve de sarcophage. La roche naturelle ici est formée de grès compact mais friable, certainement exploitée sur place et probablement utilisée aussi à Poseidonia.

    75Outre ce matériel grec, une petite quantité de matériel lithique et de céramique d’impasto a été trouvée en contexte stratigraphique136. Hormis la confirmation d’une fréquentation du lieu avant l’arrivée des Grecs, les données actuelles ne permettent aucun discours plus approfondi. Dans l’état actuel de nos connaissances, rien ne permet de proposer un établissement ou même des contacts protocoloniaux dans la zone de la Punta Tresino.

    La Punta Licosa et le Poséidonion

    76Un élément généralement mis en parallèle avec la discussion sur la fondation de Poseidonia est le dossier tout aussi épineux de la localisation d’un éventuel sanctuaire dédié au dieu éponyme de la cité. En effet, depuis que l’on a exclu l’attribution du plus grand temple urbain à Poséidon (connu encore aujourd’hui comme temple de Neptune), on tente de retrouver où le dieu éponyme était honoré. Souvent, les questions du τεῖχος et du Poséidonion de Poseidonia sont traitées conjointement, parfois on assimile les deux à un hypothétique endroit unique. Pour le moment, le dossier est assez maigre et se fonde uniquement sur les sources écrites de la tradition érudite, notamment un extrait du poète Lycophron avec sa scholie. Le texte mentionne la sirène Leucosia et un promontoire d’Énipeus :

    Leukosia, précipitée (par les flots) sur le promontoire d’Énipeus, hantera longtemps le rocher qui porte son nom ; en cet endroit l’Is impétueux et son voisin le Laris se déversent137.

    77La scholie précise le sens que le poète aurait voulu donner au promontoire :

    Poséidon Énipeus est honoré chez les Milésiens pour son promontoire saillant qui s’avance vers la mer. Il s’agit du Poséidéion culminant. La sirène est nommée Leucosia ; c’est à cause d’elle que l’île a été nommée l’île Leucosia et qu’à présent elle est appelée Rocher. La sirène Leucosia a reçu les honneurs funèbres au sanctuaire de Poséidon sur lequel elle a été précipitée138.

    78Les textes sont assez obscurs et leur interprétation complexe. La seule information claire que l’on peut en tirer identifie le lieu où échoue la sirène Leucosia au petit îlot du même nom dont la topographie et la toponymie confirment la localisation, face à l’extrémité de la Punta Licosa (fig. 36)139. D’autre part, ces deux textes suggèrent l’existence d’un sanctuaire (ἱερόν) dédié à Poséidon et situé sur le promontoire (ἀκτή ou ἄκρον) en face de l’îlot Leucosia. Quelques recherches de surface ont été faites sur l’îlot Leucosia, ce qui a permis d’identifier des structures construites d’époque romaine impériale (y compris un sol en mosaïque bichrome) avec l’hypothèse, non vérifiée, qu’il s’agirait d’un vivier de poissons. Les repérages de surface ont permis la découverte de plusieurs fragments céramiques, avec une fourchette chronologique large, allant de la fin du vie siècle av. J.-C. jusqu’au iiie siècle apr. J.-C. La céramique d’époque grecque, entre la fin du vie et le ve siècle, comprend quelques fragments, comme une coupe ionienne B2, une coupe attique à bandes, un kotyle à vernis noir, et un vase (coupe ?) à figures noires140. Il est tentant de suivre E. De Magistris, qui soutient l’hypothèse d’un lieu de culte sur l’îlot Licosa en lien avec la légende de la Sirène ; mais elle nous semble faiblement soutenue, uniquement à partir de fragments de coupe à boire qui peuvent avoir des utilisations multiples141.

    Fig. 36. Îlot Licosa et Punta Licosa vus depuis le nord.

    Cliché de l’auteur.

    79Pour revenir à la tradition écrite, dans la scholie apparaît également un lien entre l’épithète Énipeus, le dieu Poséidon et Milet142, renforcé par des extraits de Strabon et de Polybe143 qui mentionnent un cap Poséidon à Milet et un autel édifié à cet endroit. Selon Strabon, ce cap marquait la limite entre l’Ionie et la Carie, à proximité du Didyméion. Cet ensemble paraît relativement sous-estimé dans les études réalisées jusqu’à présent144, mais le rapprochement avec le texte de Strabon, la notion frontalière du cap Poséidon à Milet et la présence d’un autel en ce lieu constituent des éléments particulièrement intéressants pour notre réflexion145.

    Fig. 37. La Punta Licosa vue depuis le sud.

    Cliché de l’auteur.

    80À en croire ces renseignements, l’hypothèse d’un lieu sacré dédié à Poséidon à la Punta Licosa (fig. 37) pourrait être une indication d’une certaine représentation de la limite sud du territoire de Poseidonia. Il est important de souligner que le dossier comporte trois éléments distincts qui ne coïncident pas forcément, la localisation du τεῖχος, la recherche d’un Poséidonion et une éventuelle référence à la frontière de la cité. En effet, en s’en tenant aux problèmes de la localisation du τεῖχος et en voulant donner un caractère monumental au sanctuaire du dieu éponyme de la cité, les chercheurs avaient accordé plus d’importance à la mention ἀκτή, qu’à l’association entre le Poséidonion et la sirène Leucosia. En situant le promontoire (ἀκτή) à Agropoli, P. Zancani Montuoro avait proposé d’y identifier le sanctuaire de Poséidon146. Selon son interprétation, pour rendre pleinement compte du récit de Lycophron et de son scholiaste, seul un promontoire d’une certaine hauteur pourrait correspondre à la description. Outre la hauteur du rocher d’Agropoli, la proximité avec le centre urbain de Poseidonia constituait un autre élément à l’appui. Néanmoins, si à l’époque de son article aucun vestige grec n’avait été trouvé à Agropoli, comme nous l’avons remarqué ci-dessus, les recherches effectuées dans la zone du château ont attesté la présence d’un lieu sacré dédié à Athéna, d’après l’analyse du matériel votif daté du ive siècle, tandis que le matériel votif plus ancien ne permet aucune identification de la divinité honorée. Dans une optique qui essaie de mettre en parallèle ces données avec l’identification d’un Poséidonion à Agropoli, certains chercheurs ont proposé, de façon purement hypothétique, un double culte, à Athéna et à Poséidon. On a pu soutenir soit un culte double et contemporain, soit un culte qui aurait évolué, c’est-à-dire dédié à Poséidon dans un premier temps, puis à Athéna ensuite147. En revanche, il est possible de proposer une autre hypothèse.

    81Strabon ne fait aucune mention des limites de l’occupation de la cité et, outre la constatation de son caractère militaire, aucune association du τεῖχος avec la frontière n’est confortée par la tradition manuscrite. Compte tenu des informations livrées par le géographe, puis par la chronologie des vestiges découverts, plus anciens d’une génération environ que ceux provenant du centre urbain, le poste fortifié constituait certainement la première prise de possession du territoire, mais rien ne permet d’affirmer qu’il aurait joué un rôle dans la démarcation d’une frontière. Nous proposons de dissocier la question de sa localisation et celle de la frontière de la cité. Par conséquent, l’identification du τεῖχος nous intéresse notamment en tant que possible marqueur de l’emprise sur le territoire, mais pas nécessairement comme signe de la frontière sud de la cité.

    82Ainsi, dans l’état actuel de la recherche, il est important de dissocier le τεῖχος d’Agropoli du sanctuaire dédié à Poséidon, et ce pour plusieurs raisons. D’abord, les données disponibles à Agropoli renvoient à un culte à Athéna et tout rapprochement avec Poséidon est, pour le moment, purement hypothétique148. Puis, le fait même que le scholiaste ait ressenti le besoin de définir le terme ἀκτή comme un ἄκρον peut déjà induire à une certaine méfiance par rapport à l’association entre le lieu sacré cité par Lycophron et la colline d’Agropoli. Premièrement, le poète mentionne uniquement le promontoire (ἀκτή) et c’est son scholiaste qui ajoute l’indication du sommet (ἄκρον). Ainsi, l’identification du promontoire avec la colline d’Agropoli est très tardive et ne constitue donc pas un indice réellement pertinent pour une réalité beaucoup plus ancienne. Deuxièmement, les incertitudes concernant l’ensemble du texte de Lycophron, en particulier celles liées à ses allusions à la topographie antique, appellent à la prudence. Si l’on croyait littéralement à sa description géographique, on serait obligé de chercher également deux fleuves dont les embouchures devraient se trouver à proximité de la Punta Licosa. Or, il n’en est pas ainsi et les hypothèses d’identification des fleuves Is et Laris sont très variables, allant jusqu’à proposer qu’il s’agirait du Silaris (Sele) ou peut-être d’un de ses affluents149.

    83De plus, le seul élément explicite et incontestable du passage est le lien établi entre la sirène Leucosia et le Poséidonion. Compte tenu du caractère poétique du texte de Lycophron et de son contenu légendaire, les informations les plus fiables concernent plutôt les domaines de la légende et du sacré que la topographie des lieux. Il est donc plus aisé de prêter confiance à une association entre la sirène et le promontoire dédié à Énipeus (Poséidon) qu’aux allusions à la géographie de la zone, très vagues dans le passage du poète et qui font l’objet d’un commentaire chez son scholiaste, justement pour essayer de mieux définir les points obscurs du poème. En effet, cette allusion à la topographie s’accorde assez mal avec la Punta Licosa, qui ne correspond pas à un sommet, c’est-à-dire le sens que le scholiaste veut donner à ἀκτή en caractérisant ce terme comme ἄκρον (sommet). En revanche, il ne faut pas négliger le fait que, si la Punta Licosa elle-même est dans une zone de basse altitude, à très courte distance se trouve le mont Licosa, de 326 m de hauteur150. Serait-il suffisant pour avoir incité le scholiaste à caractériser le promontoire (ἀκτή) comme un sommet (ἄκρον) ? Nous n’avons malheureusement pas suffisamment d’éléments pour répondre de façon définitive à la question, mais c’est l’option la plus vraisemblable. Enfin, la tradition locale appelle « port grec » le petit port du village de San Marco de Castellabate, situé au pied du mont Licosa, à environ 3 km au nord de la Punta Licosa (fig. 38). Quelques vestiges repérés par P. C. Sestieri et certains commentaires de la population locale lui ont permis d’identifier une nécropole d’époque impériale qui, selon lui, reprend l’emplacement d’une nécropole plus ancienne, d’époque grecque151. Ce serait donc un autre indice d’une fréquentation des populations grecques dans cette zone. Malheureusement, les données sont trop maigres et ne permettent pas plus de précision. En définitive, si l’on peut proposer de situer le Poséidonion à la Punta Licosa, ce promontoire aurait joué un rôle dans la représentation de la frontière dans l’imaginaire collectif des citoyens de Poseidonia.

    Fig. 38. San Marco di Castellabate, « port grec ».

    Cliché D. D’Auria.

    84Une autre possibilité consiste à localiser le sanctuaire de Poséidon à la Punta Tresino qui est aussi un promontoire, cette fois en hauteur152. Dans ce cas, la proximité entre le promontoire d’Énipeus et l’endroit où échoue la sirène serait moins immédiate. L’ambivalence du poème de Lycophron permet une telle hypothèse, qui rendrait peut-être mieux compte du sens d’un lieu en hauteur, caractérisé par le scholiaste. Néanmoins, la distance d’environ 12 km entre les deux promontoires et la rareté du matériel grec mis au jour à la Punta Tresino, surtout à caractère votif, plaident plutôt contre cette possibilité. Pour le moment, la question reste irrésolue.

    85Pour revenir au sanctuaire – où qu’il soit – et aux enjeux possibles de son existence pour définir la frontière de Poseidonia, il convient d’insister sur les liens que le scholiaste de Lycophron établit entre la sirène Leucosia, le dieu Poséidon et Milet. Nul besoin de rappeler les rapports étroits entre Sybaris et Milet153, ce qui confère à l’autel dédié à Poséidon en Asie Mineure le rôle de modèle pour son « pendant » occidental à Poseidonia. Peut-être le nom même de la nouvelle colonie était-il un symbole de l’amitié entre la métropole Sybaris et Milet. Ce lien entre la côte ionienne d’Asie Mineure et la côte tyrrhénienne en Italie est aussi présent lors de la fondation de la colonie phocéenne de Velia, également située au sud de Poseidonia. Selon l’interprétation courante du passage d’Hérodote, la fondation phocéenne s’est faite avec l’accord de Poseidonia154.

    86Cette argumentation nous amène à soutenir plus fortement que nos prédécesseurs l’hypothèse d’une localisation de la frontière sud de la cité à l’emplacement d’un sanctuaire dédié à Poséidon à la Punta Licosa155. Suivant l’approche qui souligne le rôle des lieux de culte dans la perception symbolique de la frontière, cette proposition fait sens. Même si l’on ne suit pas forcément l’emplacement proposé pour le Poséidonion, le promontoire de la Punta Licosa constitue l’accident géographique le plus plausible pour déterminer la frontière de la cité de Poseidonia perçue dans l’imaginaire collectif des citoyens.

    La sirène Leucosia et l’imaginaire de la frontière

    87Pour compléter le dossier, il est essentiel de regarder de plus près l’ensemble du passage de Lycophron. L’auteur ne se limite pas à Leucosia156 et il évoque les lieux où succombent les trois Sirènes : outre Leucosia, Parthénope échoue à Neapolis et Ligia à Térine, une fondation de Crotone dans le Bruttium157. De plus, tout commentaire sur les possibles localisations des légendes des sirènes au large de la Campanie doit tenir compte au moins des mentions présentes chez Strabon158. Pour son compte, le géographe désigne les trois petits îlots rocheux du nom des sirènes, sans doute le groupe nommé Li Galli (actuellement Il Gallo Lungo, La Castelluccia et La Rotonda ; fig. 39) et situe un rocher dédié aux sirènes à proximité de Sorrente, vraisemblablement dans la localité Fontanella, au pied de Massa Lubrense159.

    Fig. 39. Li Galli vus depuis le continent (Marina del Cantone).

    Cliché de l’auteur.

    88Strabon mentionne encore un sanctuaire dédié à Athéna par Ulysse au promontoire des Sirénusses, l’actuelle Punta della Campanella (fig. 40)160. Des recherches de surface réalisées sur place n’ont trouvé aucun vestige d’un monument qui pourrait être identifié comme un sanctuaire161. Toutefois, l’analyse du matériel archéologique récolté, y compris une inscription en osque qui mentionne Minerve, a permis de confirmer l’attribution à Athéna et a donné une chronologie pour la fréquentation du lieu à partir de la seconde moitié du vie siècle, mais avec une plus grande concentration entre le milieu du ive et le iiie siècle162.

    Fig. 40. La Punta della Campanella vue depuis le sud (golfe de Salerne).

    Cliché de l’auteur.

    89Enfin, E. Greco a rappelé les éléments de comparaison entre la Punta della Campanella, Poseidonia et Velia : dans les trois cas, le chercheur identifie l’association entre un Athénaion (Punta della Campanella, Agropoli, Velia) et les sirènes au rocher de la sirène à Fontanella, à la Punta Licosa et à Molpa, près de Palinuro163. En ce qui concerne la Punta della Campanella et la zone de Sorrente, il distingue trois éléments : le rocher de la sirène sur la côte du golfe de Naples à Fontanella, le promontoire de l’Athénaion et les îles Sirénusses (Li Galli) du côté du golfe poseidoniate164. D’autre part, à la Punta della Campanella il est important de dissocier le sanctuaire du promontoire et les sirènes, même si ces éléments restent liés par leur proximité. Dans la perspective qui est la nôtre, cette distinction entre l’Athénaion de la Punta della Campanella et le rocher de la sirène165, ainsi que les rapprochements entre cette zone avec la Punta Licosa et Velia-Molpa, renforcent une distinction également entre la Punta Licosa et le τεῖχος de Poseidonia, d’une part, et soulignent les rôles symboliques des sirènes dans l’imaginaire d’un paysage perçu comme frontalier, d’autre part.

    90Pour compléter le dossier, il est nécessaire d’ajouter quelques informations sur la légende de Parthénope à Neapolis, située sur la colline de Pizzofalcone (Monte di Dio) et sur l’îlot de Mégaris, actuel Castel dell’Ovo, probablement encore relié au continent dans l’Antiquité166. Dans ce dernier cas, la première installation des Grecs, sans doute la Palaeopolis (Παλαιόπολις), coïncide avec le lieu attribué à la sirène. Ensuite, Neapolis se développe au nord-est, laissant la tombe de la sirène à l’extérieur de la nouvelle ville167.

    91Sous un autre angle, en revanche, il est important de souligner deux points. Premièrement, l’analyse fine des traditions manuscrites a permis d’établir une séquence chronologique pour l’identification topographique des sirènes sur les côtes de la mer Tyrrhénienne. Dans un premier temps, les trois sirènes sont associées à un seul endroit, Li Galli, où elles se seraient transformées en petits rochers après leur chute dans la mer (καταποντισμός). Puis, les corps des sirènes sont transportés par l’eau et échouent à trois différents endroits : Neapolis, Punta Licosa et Térine168, où elles peuvent fonctionner dans les récits de fondation ou d’appropriation d’un territoire, allant même jusqu’à donner leur nom à la toponymie (Parthénope). Deuxièmement, A. Mele a pu identifier deux origines différentes pour ces traditions érudites à propos des sirènes : 1/ une tradition achéenne, d’origine sybarite ou crotoniate, pour les légendes sur Leucosia et Ligia, situées dans les territoires dominés par Poseidonia ou Térine, voire à Velia (Molpa) sous l’influence sybarite. Cela doit se situer au moment de l’apogée de la puissance achéenne, sybarite puis crotoniate, entre la seconde moitié du vie siècle et la bataille de Cumes de 474 av. J.-C. ; 2/ les légendes sur Parthénope seraient issues d’une tradition spécifique, d’origine chalcidienne et cumaine, rattachée à Neapolis169.

    92Le dossier des sirènes sur les côtes de Campanie montre plusieurs éléments récurrents mais jamais une coïncidence parfaite entre les différentes situations. Dans tous les cas, quand on met en parallèle tous les emplacements possibles de ces légendes, les sirènes sont associées à un promontoire, dont le moins prononcé est celui de Palaéopolis sur la colline de Pizzofalcone. Sauf pour la Punta Licosa, les autres lieux sont des collines rocheuses. À Palaeopolis et à la Punta Licosa, le promontoire est doublé d’un petit îlot, peut-être encore relié à la terre ferme à Palaeopolis. Dans deux cas, à la Punta della Campanella et à Molpa, le lieu identifié à la sirène se trouve au-delà des limites du territoire civique d’une colonie. À la période archaïque, la Punta della Campanella, ou Li Galli, ne peut être rattachée à aucune colonie grecque et, pour sa part, Molpa est incontestablement au-delà du territoire de Velia et plutôt liée à un possible établissement à Palinuro. C’est uniquement dans le cas de Palaeopolis que la tombe de la sirène est si proche du centre urbain de la cité. Enfin, il ne faut pas oublier que les petits îlots appelés Li Galli peuvent être vus dans une situation d’une certaine concurrence avec les autres, puisqu’ici il s’agirait des trois sirènes ensemble, tandis que les autres emplacements sont liés à une seule sirène à la fois. En définitive, il n’est pas envisageable d’en faire un modèle, mais les parallèles entre les divers lieux qui se rapportent aux sirènes peuvent contribuer à notre hypothèse concernant la Punta Licosa.

    93Les légendes sur les sirènes, êtres hybrides170, sont bien complexes, puisqu’elles subissent des transformations, échouent dans la mer, peuvent même mourir de façon symbolique pour renaître transformées. Cet ensemble de caractères en font des figures de lieux de passage, facilement liées à l’imaginaire des confins, de la frontière, de l’entre-deux171. Selon L. Breglia Pulci Doria, dans l’imaginaire à l’époque archaïque, les sirènes peuvent représenter des figures situées au-delà des confins, au-delà du fleuve Achéloos, c’est-à-dire de la limite entre les vivants et les morts. Les sirènes sont également en rapport avec des héros navigateurs, ayant abandonné le monde familial de l’oikos, comme Ulysse et les Argonautes. Les actions des sirènes peuvent être interprétées comme voulant retenir les héros au-delà des confins, au-delà du monde civilisé. Ces légendes peuvent très facilement s’accorder avec un imaginaire de représentation de la frontière d’une cité coloniale.

    94Comme nous l’avons remarqué ci-dessus, les limites matériellement perceptibles de l’occupation d’une cité grecque ne coïncident pas forcément avec la frontière telle qu’elle peut être représentée dans l’imaginaire collectif des Anciens. Cette dernière affirmation pose un problème pour l’instant insoluble qui est le parallèle entre la notion de représentation de la frontière et les limites du territoire d’une cité coloniale, ce que l’on peut appeler la frontière politique. Si la représentation dans l’imaginaire collectif peut être appréhendée par le témoignage de la tradition manuscrite et si l’on peut lui attribuer une connotation symbolique, la définition d’une limite politique est impossible à déterminer précisément avec les données disponibles, sans bornes inscrites portant des termes explicites. Par conséquent, en l’absence d’un témoignage plus précis qui donnerait des indications sur une ligne de séparation bien définie, nous sommes contraints de travailler sur deux registres, de degrés différents : d’une part, l’un qui concerne l’imaginaire ou une représentation idéale ; d’autre part, le domaine des signes matériels, pour lesquels la recherche archéologique approfondie sur le terrain livre des données d’interprétation difficile, mais qui permettent d’identifier des traces matérielles des limites de l’occupation des terres par les colons.

    95Par conséquent, nous soutenons l’existence d’un imaginaire de la frontière qui établit les limites d’une cité à partir de certains points facilement identifiables sur le terrain, tels les accidents géographiques et plus communément les fleuves, caps et promontoires172. Cette représentation de la frontière peut également être investie d’une construction symbolique, tel est le cas des cigales muettes de l’Halex, avec l’usage métaphorique de figures associées au passage entre la vie et la mort, comme les cigales. Dans ce sens, l’association du promontoire de la Punta Licosa à une sirène renforce notre hypothèse : les sirènes, en tant qu’êtres hybrides, a fortiori qui échouent en mer et se transforment ou meurent, peuvent véhiculer des notions symboliques d’un passage, entre humain et animal, entre civilisé et sauvage, entre vie et mort. Ainsi, les sirènes s’accordent totalement à un imaginaire de la frontière.

    96Pour revenir au cas précis de Poseidonia, le promontoire de la Punta Licosa, associé à une figure légendaire utilisée comme allégorie de la frontière, peut se voir attribuer cette caractéristique symbolique ; cette fonction frontalière peut être davantage renforcée si l’on accepte de la lier au sanctuaire du dieu éponyme de la cité. D’après cet ensemble d’éléments, la Punta Licosa remplit bien plus aisément un rôle, du moins symbolique, de marqueur de la frontière sud que les deux autres promontoires d’Agropoli ou de la Punta Tresino. Un dernier point qui favorise la Punta Licosa en tant que limite sud de Poseidonia est donné par Strabon173. En décrivant la géographie de la côte, le géographe affirme que ce cap marque la limite entre le golfe de Poseidonia et celui de Velia. Il est ainsi tentant de voir précisément à cet endroit la représentation des limites entre les terres appartenant à la colonie achéenne et celles des Phocéens.

    Un excursus à Velia

    97Après le récit de fondation de Poseidonia et les localisations possibles d’une frontière idéalisée ou imaginaire vers le sud, il convient d’examiner à présent les signes matériels des rapports de voisinage avec la cité de Velia. En l’absence de témoignage écrit, épigraphique ou littéraire, les indices pouvant être utilisés pour la définition d’une frontière sont assez minces. Dans le cas de Poseidonia, les sanctuaires extra-urbains et les nécropoles, aussi bien le mobilier des tombes que leur disposition topographique, constituent les seuls éléments dont on dispose. Cette situation a été contrastée avec Velia, la cité voisine, pour laquelle on a soutenu l’existence d’un système de fortifications autour de son territoire civique174. Il est désormais acquis que toute cité grecque d’Occident possédait un territoire afin de permettre, au moins en partie, sa subsistance, qu’une colonie « sans territoire » est inconcevable175.

    98Le thème des fortifications extra-urbaines de Velia a fait l’objet d’une analyse fine par E. Greco176. Des recherches un peu plus récentes dans la région située au sud de Velia ont confirmé une partie de ses hypothèses, en particulier pour le site de Palinuro177. Nous livrerons un bref récapitulatif des travaux qui concernent la partie nord et nord-ouest du territoire de Velia, région qui constituerait sa frontière avec la cité de Poseidonia (fig. 41).

    Fig. 41. Carte de la région de Velia.

    Élaboration de l’auteur.

    99L’hypothèse de départ est l’existence, tout autour de la colonie phocéenne, d’une sorte de ceinture de fortifications avec différents degrés d’importance. Cet ensemble se situe sur un système de collines et de montagnes, dont le Monte Stella (1301 m) au nord et le Monte Gelbison (1705 m) au sud-est sont les points culminants. La ceinture se referme par les collines de la chaîne qui traverse la vallée du Lambro au sud, faisant du territoire phocéen l’un des plus étroits de Grande Grèce. Selon cette hypothèse, les fortifications de Velia reprendraient plusieurs des points culminants de la chaîne de montagnes. Il est évidemment logique d’utiliser des points en hauteur, avec une bonne visibilité et la possibilité de contrôle des voies de communication, pour y établir des postes fortifiés. En revanche, des recherches plus récentes ont livré un schéma plus nuancé et l’hypothèse de la présence de fortifications a été remise en question178.

    100Au nord et au nord-ouest de Velia, dans l’ensemble de collines et de montagnes, on a trouvé des vestiges de fortifications en quatre points, en partant du nord-ouest : Punta della Carpinina, Torricelli, Moio della Civitella et Castelluccio. À ces localités peuvent s’ajouter les probables signes de l’existence de deux πύργοι, l’un proche de Castelluccio, l’autre à 500 m de distance, ainsi que des fragments céramiques, de tuile notamment, provenant de la colline de Tempa del Niglio qui s’élève à environ 280 m d’altitude179.

    101Ces sommets dominent des voies de communication entre Velia et les régions au nord et à l’est de la cité grecque. Il est opportun de rappeler l’importance des vallées de certaines rivières pour la communication interne dans la région, y compris la proximité du Vallo di Diano, surtout pour les sommets de la Punta della Carpinina et Torricelli.

    102En ce qui concerne ces localités, les enquêtes se sont limitées, pour la plupart, à des prospections de surface, des analyses à partir des photographies aériennes et des reconnaissances de certaines structures architecturales encore visibles180. E. Greco a également considéré la survivance des allusions à des contextes de fortification dans les toponymes modernes de la région, particulièrement évidents à Castelluccio. Pour ce dernier site, dans la zone entre San Mauro La Bruca et Pisciotta, des prospections plus récentes ont livré deux petites structures quadrangulaires et des fragments de tuiles, une antéfixe léonine, une antéfixe avec chevelure féminine, de la céramique à vernis noir datable du courant du ive siècle av. J.-C. Ces découvertes excluent l’identification d’une fortification à cet endroit ; une autre localité, appelée aussi Castelluccio, à 2,8 km au sud mais sur la même ligne collinaire à environ 700 m d’altitude, pourrait avoir cette fonction militaire181. Ici, une structure lisible sur deux côtés, d’environ 9 × 11 m, a été datée de la fin du ive siècle d’après quelques fragments d’amphore182.

    103Punta della Carpinina, localité Santa Maria a Parete (Perdifumo), est située à l’intérieur des terres, à l’est de la Punta Licosa, presque en ligne droite par rapport au promontoire. Entre le sommet de la montagne (altitude 688 m) et sa pente méridionale, quelques structures antiques ont été découvertes183. Toute analyse était très difficile à cause du démantèlement d’une grande partie des murs lors des travaux modernes de construction d’une route de raccordement entre la SS 267 del Cilento et la Punta della Carpinina, ainsi que de l’installation d’un répétiteur de la télévision RAI à cet endroit. Le répétiteur a été construit précisément à l’emplacement où des blocs antiques affleuraient ; depuis, ils ont été disposés le long de la nouvelle route et seuls quatre des blocs visibles sont restés in situ. Les blocs en grès local sont d’une confection assez régulière et ont été posés sur deux niveaux. En outre, plusieurs autres blocs ont été découverts, placés de manière irrégulière sur la pente méridionale de la montagne, sans que l’on puisse identifier un édifice. Un réexamen plus récent des vestiges a restitué les fondations de deux murs qui définissent une structure carrée de 7,82 m de côté, interprétée comme une tour. Si l’on admet que l’unité de mesure employée était le pied dorique de 0,326 m utilisé à Poseidonia (et non le pied ionien-attique de 0,297 m retrouvé à Velia), cela fait une construction de 24 pieds de côté. Les fouilles ont montré que la structure n’avait pas été achevée, puisque le mur nord avait été uniquement dessiné sur le sol sans être édifié ; certains blocs apparus à proximité n’étaient pas finis (quatre dans le même état de travail, un cinquième semblant avoir été abandonné brusquement). Malgré l’état inachevé de la structure, elle a été interprétée comme appartenant, non pas à φρούριον, mais plutôt à un πύργος ou un φρυκτώριον, destiné donc à marquer une limite184.

    104Au sud des structures de la Punta della Carpinina, dans la localité Ortodonico-Chiusa, outre deux antéfixes à décoration de gorgone apparues lors des recherches des années 1980, des prospections plus récentes ont identifié l’angle d’une petite structure construite avec des moellons de pierre et une zone d’environ 600 m2 de dispersion de matériel : des tuiles, quelques fragments de terres cuites et de la céramique probablement liée à des activités cultuelles, comme des vases miniatures achromes et à vernis noir, des petits vases à parfum (unguentarium et aryballe), au moins une coupe de type ionien, un lécythe et une hydrie à vernis noir, la plupart fabriqués à Poseidonia185.

    105Un petit établissement à Tempa San Felice, dans la commune de Perito, à l’est de la vallée de l’Alento et en amont de son cours, sur un col culminant à 601 m d’altitude, mérite notre attention. Ont été trouvés des tuiles et un fragment de céramique datable de la fin du ive, voire du iiie siècle av. J.-C. Les terres autour ne semblent pas adaptées à l’exploitation agricole et la seule raison d’être d’un petit établissement à cet endroit serait liée au contrôle de la vallée de l’Alento. En effet, l’observation sur place a permis de confirmer une grande visibilité à partir de Tempa San Felice, ce qui a induit l’interprétation du site comme un point relais dans le contrôle du territoire de Velia186. Si la position de cet établissement est vectrice d’une fonction frontalière, le témoignage archéologique est trop exigu pour permettre d’inférer la fonction du site.

    106Au sommet de la colline Torricelli, localité de Casalvelino, les informations sont bien réduites. Aucune structure antique n’a été repérée et les murs visibles appartiennent à une construction du xe-xie siècle sans traces de blocs en remploi. Le matériel livré par le réexamen des vestiges couvre une fourchette chronologique très large, de l’âge du bronze jusqu’au ive siècle av. J.-C., avec quelques fragments d’impasto entre la fin du viie et la première moitié du vie siècle, très peu d’objets de l’époque archaïque ou du ve siècle ; la majorité des vestiges datent du ive. Si la fréquentation du lieu est attestée, outre la topographie, rien d’autre ne permet de lui attribuer une fonction militaire187. La caractéristique la plus importante est ainsi sa position dans la géographie locale, puisque cette colline, avec ses traces de fréquentation antique, domine la vallée du fleuve Alento, certainement la voie de communication la plus importante de la colonie de Velia avec son arrière-pays septentrional.

    107Dans ces trois cas, les recherches indiquent la présence au maximum de tours (πύργοι) qui peuvent avoir rempli des fonctions de surveillance, mais nous sommes loin d’un système organisé de φρούρια qui délimiterait précisément les confins de Velia. En revanche, comme nous l’avons signalé plus haut, d’autres cités, Érétrie en particulier, peuvent organiser la délimitation de leur territoire à travers un ensemble de tours qui, a fortiori, peuvent avoir des fonctions de défense mais aussi être liées aux activités agricoles. D’autre part, la datation des vestiges les situe pour la plupart au ive siècle, et les éléments de construction et d’occupation les rattachent à Poseidonia sous l’hégémonie lucanienne plutôt qu’à Velia. D’ailleurs, à partir de ces points culminants, à l’œil nu on ne voit pas la cité de Velia : de la Punta della Carpinina (784 m d’altitude) on voit Agropoli et la plaine de Poseidonia, de San Mauro La Bruca (Castelluccio, 701 m d’altitude), au sud de Velia, on voit Roccagloriosa188. Par conséquent, on peut suggérer l’existence d’un réseau de contrôle des territoires et des voies de communication de la part des Lucaniens, probablement comparable aux fortifications de l’arrière-pays lucanien, plutôt que d’un système organisé de défense de Velia.

    Moio della Civitella

    108À Moio della Civitella (fig. 42), dont le sommet culmine à 818 m et qui est la fortification la mieux préservée, un programme de recherches approfondi a été mis en place avec plusieurs sondages stratigraphiques, partiellement publiés189. La recherche archéologique a permis de mettre à l’épreuve les hypothèses proposées par E. Greco en 1975.

    Fig. 42. Moio della Civitella : plan du site et vue des fouilles.

    Plan A. Lemaire et L. Scarpa (d’après Cavassa, Munzi 2013, p. 347, fig. 2) ; cliché Centre Jean Bérard.

    109Les premières traces de fréquentation de la zone datent du dernier quart du vie siècle, mais elles se résument à du matériel céramique de tradition ionienne, des coupes B2, des coupes profondes de type Panionion, des coupelles à une anse, des amphores gréco-occidentales (ionio-massaliètes ou corinthiennes B)190. Ce matériel a été trouvé sous forme résiduelle dans des contextes plus récents. L’absence totale de structure datée de cette époque et la rareté du matériel retrouvé ne permettent pas d’avancer d’hypothèse sur la nature de l’occupation du site aux premiers temps de sa fréquentation. Malgré la rareté des signes matériels, il est important de souligner que le site est investi par les colons grecs dès les premières générations de la colonie de Velia. Sans que l’on puisse pousser davantage l’interprétation, dans le cas de Velia aussi bien qu’à Poseidonia, on peut affirmer une certaine conscience des limites du territoire de la cité dès les premiers temps de la colonie. Si, à Poseidonia, il est possible d’attribuer aux sanctuaires extra-urbains cette fonction de marqueurs de limites, à Velia le discours est moins avancé sur ces secteurs limitrophes du territoire au vie siècle.

    110Une autre remarque concerne l’absence de trace d’une fréquentation indigène du site avant l’arrivée des colons grecs. Cela veut dire que l’endroit est investi par les Grecs uniquement pour ses qualités intrinsèques, probablement pour le contrôle du territoire et des voies de communication de la cité, et non pas pour reprendre un site indigène préexistant191. Bien que l’on ne connaisse pas précisément la nature de son occupation, on pourrait dire que durant la première phase de Moio della Civitella, sa fonction doit être recherchée uniquement dans la logique émanant de la cité grecque, ce qui renforce l’idée d’un établissement aux fonctions de marqueur de l’emprise sur un territoire.

    111Après ce premier témoignage daté de la fin du vie siècle, le site subit des transformations importantes, notamment avec la construction d’une fortification dans le courant du ive siècle. Si l’implantation de la fortification en pierre est postérieure de plus d’un siècle aux premiers signes d’occupation de l’endroit, rien ne permet de vérifier la possibilité d’une fortification en matériau périssable avant le ive siècle192. Il est important de remarquer l’existence de plusieurs exemples de fortifications, urbaines pour la plupart, en matériaux périssables ou en brique crue dans certaines colonies grecques de la mer Ionienne, notamment à Sybaris et à Siris. Nous ne pouvons pas affirmer que Moio della Civitella était un poste fortifié depuis les premiers signes d’occupation du site, mais l’absence de trace matérielle d’une fortification avant le ive siècle n’interdit pas cette possibilité, qui reste, à notre avis, la plus vraisemblable.

    112Les recherches à Moio della Civitella ont livré d’autres informations. Sur le sommet de la colline, un édifice de forme et de fonction bien distinctes des autres a été identifié comme un sanctuaire et, malgré la presque totale absence de matériel céramique dans ses fondations, on a proposé de l’interpréter comme une construction contemporaine de la fortification. L’évolution postérieure de la stratigraphie de la zone permet de proposer une datation antérieure à la fin du ive siècle193. C’est en effet à ce moment que l’endroit subit des transformations qui donnent lieu à un habitat. Cet habitat, qui occupe la zone à l’intérieur de la muraille extérieure et qui semble réinvestir toute la partie interne de l’ancienne fortification, est caractérisé par une agglomération très dense et une organisation régulière de l’espace. On a pu relever une division de l’espace en îlots séparés par des ruelles et une sorte de place centrale. Entre la fin du ive et pendant tout le iiie siècle, une telle structuration de l’espace caractérise l’endroit comme un « avant-poste urbanisé194 » plus que comme une simple fortification. La continuité d’utilisation de la muraille extérieure fait penser néanmoins que la fonction de poste fortifié aurait persisté. Ces caractéristiques s’accordent bien avec l’ensemble des fortifications lucaniennes de l’intérieur des terres195, datés elles aussi du ive siècle av. J.-C. L’analyse du mobilier céramique issu des fouilles montre par ailleurs des parallèles avec les productions de Velia et de la Poseidonia lucanienne196. Dans tous les cas, il s’agit bien d’un site en contexte frontalier.

    113Bien qu’il reste encore de nombreux points sans solution définitive, Moio della Civitella est un site remarquable et certains éléments assurés permettent une vision d’ensemble. Au vie siècle, peu après la fondation de la colonie de Velia, le site montre des traces d’une fréquentation, malgré l’indéfinition de ses fonctions. Il peut s’agir soit d’un avant-poste établi par les colons grecs dans l’optique d’une emprise sur le territoire, soit (moins probablement) d’un petit établissement occupé par des populations autochtones mais sujettes à une forte influence grecque. À partir du ive siècle, il faut y reconnaître une fortification de type lucanien. Si les sources écrites témoignent de la résistance de Velia face à l’avancée militaire des Lucaniens197, la fortification de Moio peut constituer un signe matériel des fortes pressions exercées par les populations italiques stationnées à proximité de la cité grecque. Dans tous les cas, qu’il s’agisse d’un établissement grec, autochtone ou lucanien, le site constitue le plus important témoignage de la définition de la frontière nord-est de Velia, probablement dès la fin du vie, assurément au ive siècle, sans doute jusqu’au iiie siècle.

    114Cet excursus dans le temps (jusqu’à la fin du ive siècle) et dans l’espace (vers Velia) nous a semblé pertinent dans la mesure où nous sommes confrontés à une situation complexe et intimement liée à la définition de la frontière sud de Poseidonia. Le réexamen récent de certains vestiges dresse un panorama plus nuancé à propos des possibilités de détermination de la frontière de Velia. Dans le seul cas assuré d’une fortification, à Moio della Civitella, sa construction remonte uniquement au ive siècle et semble se rapprocher plutôt de la typologie des exemples lucaniens. D’autre part, la comparaison avec le monde grec égéen (Érétrie) montre que de simples tours à fonctions plutôt agricoles pouvaient aussi avoir la fonction de marqueurs de l’emprise sur un territoire. Enfin, il est important de souligner la présence de matériel de type grec datable du vie siècle, à peu d’écart de la fondation de la colonie phocéenne, dans ces sites éloignés du centre urbain. Rien ne permet de déterminer avec précision la composition ethnique de ces établissements, grecs ou autochtones, à ces périodes hautes. Toutefois, à partir de la topographie des lieux, nous sommes favorables à l’idée qu’il pourrait s’agir de petits centres indigènes soumis à une forme hégémonique de Velia comparable, bien qu’à une échelle plus réduite, au réseau d’alliances ou de dépendances de Sybaris dans son arrière-pays. Plus tard, au ive siècle, les populations lucaniennes exercent une forte pression et établissent un poste fortifié sur la colline de Moio. Si l’on a l’habitude de voir la démarcation d’une frontière de la part des colons grecs, Moio peut constituer un contre-exemple important où l’élément de force viendrait des populations italiques, lucaniennes en l’occurrence.

    115En ce qui concerne les rapports frontaliers avec Poseidonia, les éventuels marqueurs d’emprise du territoire de Velia (Punta della Carpinina, Torricelli et Moio della Civitella) n’impliquent pas nécessairement l’établissement d’une ligne de frontière. Nous avons insisté sur les différentes notions que les Grecs pouvaient avoir de la frontière et le passage de Platon analysé plus haut (IX, 878b) affirme clairement qu’une frontière ne touche pas forcément une autre, mais qu’il peut exister une zone intermédiaire entre les frontières de deux cités grecques198. Ce type d’organisation peut être proposé pour la frontière entre Poseidonia et Velia, où les limites sud de la première ne touchent pas les signes matériels de la frontière phocéenne. Pour le moment, définir les limites du territoire de Velia permet uniquement de reconnaître une partie du territoire hors de la domination de la cité achéenne, c’est-à-dire une ligne au-delà de laquelle le territoire de Poseidonia ne pouvait pas s’étendre. En revanche, aucun élément sûr ne permet d’affirmer que cette même ligne aurait été utilisée pour marquer les limites de Poseidonia.

    Le territoire aux vie et ve siècles

    116Les possibles rapports frontaliers avec Velia, fondés surtout sur les sources archéologiques, nous ramènent à la matérialité des signes d’occupation d’un territoire. Pour les données directement liées à Poseidonia199, nous allons nous concentrer sur la période comprise entre le début du vie et la fin du ve siècle av. J.-C., en analysant les données archéologiques provenant de deux contextes : les sanctuaires et les nécropoles (voir fig. 34).

    La frontière à travers le sacré : sanctuaires archaïques du territoire

    117Les sanctuaires extra-urbains peuvent jouer un rôle non seulement symbolique, mais aussi de marqueurs des limites dans l’occupation des terres200. Avec l’étude de la Punta Licosa, nous avons suggéré qu’il existait une certaine perception de la frontière, en lien avec des légendes et souvent identifiée par des accidents géographiques, ce qui constitue un imaginaire de la frontière. Ici nous nous intéresserons plus spécifiquement aux vestiges matériels. Il est important de rappeler la distinction entre ce qui peut être la frontière civique d’une cité grecque et les vestiges archéologiques fonctionnant comme marqueurs (ou seuls témoignages à notre disposition) des limites d’un espace contrôlé par cette cité.

    118Après avoir analysé le sanctuaire d’Agropoli situé au sud, nous examinerons le territoire oriental de la cité (fig. 43)201. E. Greco propose, à partir d’une citation de Diodore (IV, 22, 3)202, l’existence d’un sanctuaire d’Artémis à l’est, dont la localisation précise n’a pas encore été établie203. Bien que le passage de Diodore contienne un récit légendaire introduit dans une partie relative aux faits accomplis par Héraclès, le texte de l’historien est particulièrement pertinent pour notre réflexion. Malheureusement, la seule indication topographique donnée relève d’un très générique τῆς Ποσειδωνιατῶν χώρας πρός τινα πέτραν (« dans le territoire de Poseidonia, près d’un rocher »). La localisation la plus vraisemblable de ce rocher est à l’est, dans la région du mont Capaccio. Ces collines offrent certainement l’endroit le plus adapté à l’installation d’un culte à Artémis, déesse associée à un paysage boisé, plus propice à la chasse. En revanche, même en acceptant la proposition d’un lieu de culte à Artémis sur les collines de la partie orientale du territoire de Poseidonia, aucune donnée archéologique ne permet de placer avec certitude ce sanctuaire. Bien que cette partie du territoire ait été moins explorée par les recherches archéologiques, aucun signe matériel ne se rapporte spécifiquement à un culte à Artémis. En revanche, quelques petits lieux de culte dont la divinité honorée n’a pu être identifiée sont attestés sur les pentes du mont Capaccio. Excluant la zone du Granato (aujourd’hui siège du culte de la Madonna del Granato) plutôt liée à Héra, E. Greco propose deux endroits comme les plus probables : Acqua che Bolle, au pied du mont Capaccio, ou Getsemani, deux lieux de culte d’époque archaïque.

    Fig. 43. Carte du territoire de Poseidonia à l’époque archaïque (vie siècle av. J.-C.).

    Élaboration de l’auteur.

    119Acqua che Bolle (no 58)204 est une localité située à 2,8 km au sud-est de la muraille urbaine, dans une zone entre la plaine et les premières pentes du mont Capaccio, où l’on remarque la présence de plusieurs sources d’eau. Le premier vestige découvert à cet endroit est une inscription en alphabet achéen archaïque : τᾶς Θε ἐμι hιαρόν, « je suis consacré à la divinité » (fig. 44). L’inscription figure sur un lingot d’argent trouvé lors de travaux d’aménagement dans une propriété agricole. Le lingot est de forme irrégulière (5,3 × 4,6 cm, ép. 0,75 cm).

    Fig. 44. Lingot d’argent provenant d’Acqua che Bolle. Musée archéologique national de Paestum.

    Cliché de l’auteur, su concessione n. 18/2025 del Ministero della Cultura – Parchi Archeologici di Paestum e Velia.

    120Sur la surface non inscrite, l’objet présente quatre petits disques en argent, probablement obtenus avec une technique de martèlement à chaud. Cette technique montre que l’inscription a été réalisée uniquement après le rajout du poids des disques sur le lingot, ce qui donne un caractère d’autant plus important à ces quatre disques. A. M. Ardovino a suggéré que le poids obtenu grâce à cet ajout appartenait au système de mesure utilisé à Poseidonia au vie siècle205 : le poids mesuré est de 111,53 g, ce qui correspondrait à quinze statères ou trente drachmes dans le système phocéen, où un statère varie entre 7,56 et 7,45 g. Le poids semble avoir une importance toute particulière avant la dédicace de la plaquette à la divinité. Malgré l’absence de contexte stratigraphique, l’objet a été daté du deuxième quart du vie siècle à partir de l’analyse de l’écriture, sur la base du ductus et en comparaison avec d’autres inscriptions archaïques sur métal de Poseidonia206.

    121Lors de recherches archéologiques effectuées en 1991, M. Cipriani a retrouvé une petite nécropole de la seconde moitié du ive siècle, ainsi qu’un niveau contenant des coupes ioniennes B2, krateriskoi et coupes à vernis noir du type Bloesch C de production locale. Ce matériel votif a été trouvé dispersé hors stratigraphie, sans aucun signe de déposition volontaire, mais il peut être datable entre la seconde moitié du vie et le début du ve siècle207.

    122Les vestiges ne permettent pas de préciser la divinité honorée, mais ils témoignent avec certitude de la présence d’un lieu de culte à cet endroit, et cela dès les premiers temps de la colonie. En revanche, en procédant à des comparaisons avec trois autres plaquettes d’argent de Poseidonia, A. M. Ardovino a proposé d’identifier un culte à Déméter en ce lieu208. Deux autres plaquettes ont été trouvées dans le sanctuaire urbain méridional et, pour une quatrième plaquette, nous n’avons qu’une notice du xixe siècle, relativement peu fiable et qui situe l’endroit de découverte dans une tombe. Toutefois, cette inscription d’origine douteuse est la seule à comporter une référence plus précise, puisqu’elle mentionne : τᾶς Θε τ<ᾶ>ς παιδός ἐμι, παῖς étant interprété comme une référence à Perséphone209. La proposition est que les autres inscriptions anonymes comparables seraient dédiées à Déméter, en opposition à sa fille nommée sur cette épigraphe. A. M. Ardovino nuance l’attribution du culte à Déméter en suggérant la possibilité – qu’il trouve moins probable – d’une appartenance à Héra. Pour cela, l’élément de comparaison est un disque en argent trouvé dans l’Héraion urbain méridional et portant l’inscription : τᾶς Hρας hιαρόν. Ϝρνθι τόξ’ ἁμῖν210. Rien ne permet d’attribuer un culte avec certitude et les trois hypothèses, Déméter, Héra ou Artémis, restent valables.

    123Un dernier élément à prendre en considération est la présence d’une petite nécropole lucanienne du ive siècle à environ 7 m de distance du lieu de découverte du matériel votif, à un moment où aucun vestige sacré n’est attesté. Cette situation constitue un fait très inhabituel à Poseidonia. Nous n’avons aucun autre témoignage d’un site qui changerait de fonction, de lieu sacré à nécropole, puisque tous les autres sanctuaires grecs ont été scrupuleusement respectés pendant la période d’hégémonie lucanienne. A fortiori, les autres lieux de culte du territoire de Poseidonia restent tous en activité pendant la période lucanienne. Si l’on invalide, par manque d’élément de comparaison, une transformation de fonction du site, restent deux options : soit il s’agit de l’emplacement d’un petit centre aux fonctions multiples, sacrée et funéraire, mais dont on n’a pas trouvé les tombes plus anciennes, soit ce matériel sacré n’est pas in situ et peut être originaire d’un sanctuaire situé plus haut sur la colline. Si la deuxième solution est logiquement plus satisfaisante, elle pose le problème de la localisation originelle du lieu de culte.

    124Malgré tout, ce lieu de culte fournit deux éléments importants pour l’étude de la frontière : sa chronologie, d’après l’inscription et le matériel céramique, et sa localisation au pied du mont Capaccio. Si la position précise n’est pas assurée, il est difficile de croire que ce matériel provienne d’un sanctuaire trop éloigné. Si l’on accepte l’hypothèse d’un rôle majeur joué par les sanctuaires extra-urbains, qui définiraient les limites de l’occupation du territoire de Poseidonia, on pourrait en voir un exemple ici. Sa datation, dans le courant du vie siècle, place ce petit sanctuaire parmi les plus anciens vestiges de la colonie. À une génération d’écart environ par rapport à l’installation dans le centre urbain et à l’occupation de l’Héraion du Sele, les colons auraient établi à Acqua che Bolle un marqueur de leur emprise sur le territoire civique.

    Fig. 45. Getsemani.

    Au premier plan, structure contemporaine sur l’emplacement du sanctuaire archaïque. Au fond, les promontoires d’Agropoli, puis de Punta Tresino.

    Cliché de l’auteur.

    125Un autre petit sanctuaire champêtre au pied du mont Capaccio est celui de Getsemani (no 39), retrouvé lors des travaux de construction de l’actuel complexe religieux, entre la fin des années 1950 et le début des années 1960 (fig. 45)211. On ne connaît plus la localisation précise des vestiges antiques et tout contexte est perdu. L’étude du matériel a permis néanmoins d’établir la chronologie du site, qui montre les signes d’une fréquentation dès les périodes préhistoriques et protohistoriques : fragments de céramique d’impasto et une grande quantité de cristaux de quartz. L’occupation grecque est attestée dès les premières années de la colonie par des fragments de céramique corinthienne, de bucchero, de coupes ioniennes et de céramique à bandes de fabrication locale. Bien que ce matériel témoigne de la fréquentation du lieu dès le début du vie siècle, il ne permet pas d’établir précisément la fonction du site. La caractéristique sacrée de l’endroit ne peut être certifiée qu’à partir de la seconde moitié du vie et du début du ve siècle, grâce à quelques hydriai à bandes de moyennes et petites dimensions : cette catégorie de céramique renvoie à un culte lié à l’eau, probablement à une source. La fonction sacrée continue d’être attestée par le matériel daté des époques postérieures, notamment durant tout le ive siècle. Ce matériel comprend de nombreux fragments de skyphoi à vernis noir et quelques éléments en terre cuite : seul un exemplaire de ces terres cuites peut être rattaché à une figure féminine, mais le fragment ne présente pas d’attribut particulier permettant d’identifier la divinité honorée.

    126Les seuls éléments d’une structure en pierre sont quatre bases en calcaire, probablement destinées à soutenir les colonnes d’un portique ou d’un petit édifice. Pour compléter la description de l’endroit, il faut tenir compte également de la présence de rebuts de cuisson de quelques petits vases à vernis noir, ainsi que de distanciateurs utilisés pour la fabrication de vases. Ce dernier type de matériel conduit à penser qu’à la fin du ive siècle, un petit atelier de céramique était en relation avec les activités du sanctuaire. Les objets datables de l’époque romaine seraient liés plutôt à une petite villa rustique installée à l’emplacement du sanctuaire grec.

    127Même si l’on ne peut pas attribuer avec certitude un caractère sacré au matériel de Getsemani, il est important de noter sa chronologie. Nous avons ici la preuve d’une fréquentation de la zone collinaire à l’est du centre urbain dès les premiers temps de la colonie. La prudence est de mise pour déterminer l’identité ethnique, grecque ou autochtone, des personnes qui ont utilisé ce lieu, notamment dans ses phases plus anciennes. Dans tous les cas, le matériel grec retrouvé démontre une certaine emprise des colons sur ce secteur du territoire, soit directement, soit par l’intermédiaire de populations locales qui commencent à utiliser objets et formes de culte de type grec. Il serait tentant de voir ici le sanctuaire dédié à Artémis dont parle Diodore.

    128L’analyse des lieux de culte extra-urbains de Poseidonia à l’époque archaïque nous conduit au sanctuaire de Fonte (no 33)212. Ce lieu-dit est situé à environ 13 km au nord-est du centre urbain de la cité antique, dans la commune de Roccadaspide, sur la rive droite d’un petit ruisseau et à quelques mètres de sa source. Un sondage stratigraphique entrepris en 1964 par G. Voza a livré de nombreux fragments de matériel votif. Le matériel le plus ancien est constitué de fragments de statuettes en terre cuite, notamment des petites têtes semblables aux types les plus anciens retrouvés dans les Héraia, au sanctuaire urbain méridional et à l’embouchure du Sele, datables de la fin du viie siècle : on y retrouve le type dédalique et celui de la déesse assise trônant. Malheureusement, le matériel retrouvé dans cette couche de terrain n’est pas homogène et comporte des fragments d’époques plus récentes mélangés aux vestiges les plus anciens. Le matériel plus récent comprend des figurines en terre cuite de la déesse assise avec polos du type paestan, datable du ve siècle et renvoyant à Héra, ainsi que de nombreux fragments de céramique, notamment des petites coupelles à vernis noir et des petites assiettes à pied. Toujours dans la même couche, les fragments de céramique vont jusqu’au ive siècle ; l’on note aussi la présence d’armes en fer, ce qui renvoie à la sphère guerrière. Néanmoins, la majeure partie du matériel votif se réfère à Héra, à partir des comparaisons évidentes avec les Héraia mieux connus213. Dans une deuxième strate de terrain, le matériel est datable de l’époque romaine, entre le iie et le ier siècle av. J.-C. ; il comprend quelques petits vases en verre, de nombreuses lampes à huile en terre cuite, de nombreux petits vases votifs et des fragments de statuettes. En dépit de la grande quantité de matériel votif, aucune structure de type sacré n’a été identifiée à cet endroit. Bien que la présence d’un sanctuaire soit attestée, on ne peut pas préciser davantage le culte rendu ici. D’après sa localisation et sa chronologie, ce sanctuaire a été identifié comme un marqueur de la frontière nord-est de Poseidonia214.

    129Le caractère frontalier de l’endroit se trouve renforcée par la présence, à Boccalupo, à seulement 200 m du sanctuaire, d’un petit noyau de tombes archaïques à rattacher probablement à une présence indigène. De Boccalupo, lieu-dit qui doit être analysé en parallèle à Fonte, les archives du musée de Paestum conservent les notices de deux tombes inédites découvertes le 10 octobre 1966215. Chronologiquement homogènes, elles sont datables du milieu du vie siècle à partir de leur mobilier : bucchero campanien (cratère à colonnettes, coupe avec bord à col, bassins et amphores à vin) et coupes ioniennes B2. Ce mobilier diffère des tombes urbaines contemporaines et se rattache plutôt aux exemples de la tradition indigène campanienne. Au même endroit, deux autres tombes ont été fouillées en 1977 : une masculine et une féminine, datables du dernier quart du ive siècle ; trois autres tombes ont été identifiées mais n’ont pas été fouillées. Le principal élément à retenir ici est la grande proximité, à l’époque archaïque, d’un sanctuaire de type grec et d’une petite nécropole indigène. La prudence est de mise avant d’attribuer une identité ethnique aux populations qui fréquentaient ce lieu de culte. Toutefois, la juxtaposition du sanctuaire et de la nécropole indique une grande perméabilité entre les éléments grecs et indigènes.

    130Tempalta (no 31), à 3 km de Fonte, est le nom d’une basse colline (328 m) sise à environ 14 km au nord-est de Poseidonia216. Le site est une nécropole dont la durée d’occupation est assez longue, depuis la seconde moitié du viie siècle jusqu’à la fin du ive, avec une période d’interruption au vie. Il s’étend sur une zone d’environ 240 m et comprend au moins 23 tombes, dont une dizaine est datable de la seconde moitié du viie siècle, à la veille de la fondation de la colonie grecque. La présence indigène dans la région collinaire entourant Poseidonia est ainsi mieux attestée : ce sont des tombes à fosse, creusées directement sur le banc de roche et recouvertes de pierres. Bien que bouleversé depuis les époques anciennes, le mobilier témoigne du rituel indigène : de nombreux fragments d’ambre, des objets en fer et particulièrement des amphores d’impasto d’un type bien connu dans les nécropoles de Pontecagnano. La similitude du matériel de Tempalta avec certains exemples de Pontecagnano est un témoignage fort des contacts réguliers entre les populations installées au nord du Sele et celles de la région de Poseidonia, non seulement sur la plaine côtière mais aussi dans la zone collinaire orientale.

    131L’existence d’un noyau de population indigène à très courte distance d’un petit sanctuaire grec peut donner des arguments pour notre discours sur la frontière de Poseidonia à l’époque de l’implantation de la colonie. Malheureusement, les signes matériels ne sont pas suffisants pour qu’on établisse avec certitude la forme des contacts entre autochtones et Grecs. En revanche, la disparition de tout signe de fréquentation indigène et l’absence de trace d’occupation du site pendant tout le vie siècle semblent indiquer des rapports plutôt conflictuels. L’hypothèse la plus vraisemblable serait d’interpréter les transformations de cet établissement comme la conséquence de l’arrivée des colons, avec un déplacement des populations autochtones.

    132Après cette interruption de presque un siècle, la nécropole est réutilisée, comme l’attestent les tombes datées du ve et du ive siècle, parmi lesquelles on trouve l’un des très rares exemples de sépulture extra-urbaine du début du ve siècle. Cet exemple unique ne permet pas une analyse plus approfondie. En revanche, d’autres tombes datables de la seconde moitié du ve siècle présentent des signes divergents par rapport aux exemples contemporains retrouvés dans les nécropoles urbaines. Dans ces dernières, les dépositions sont caractérisées par une grande sobriété, avec très peu de matériel à l’intérieur des tombes. Les tombes de Tempalta, en revanche, diffèrent de ce schéma avec un mobilier bien plus riche. Ici, on pourrait être en présence d’un petit noyau de population suivant un rituel funéraire un peu différent de celui des citoyens grecs. Les éléments à disposition ne sont pas suffisants pour pousser plus loin l’analyse, mais il est envisageable qu’il s’agisse d’un noyau de population indigène hellénisée.

    133La localisation de la nécropole constitue aussi un élément essentiel qui doit être pris en considération pour soutenir cette hypothèse. C’est l’un des sites les plus à l’est du centre urbain, assez éloigné de la ville donc. Il n’est pas possible d’affirmer avec certitude si ce lieu correspondait aux limites de l’occupation de la cité grecque, mais le fait qu’il présente un rituel funéraire différent des autres est un indice fort d’une présence indigène dans cette zone. La conquête lucanienne à l’extrême fin du ve siècle amène à penser que ces signes d’anomalie par rapport aux pratiques des citoyens poseidoniates constitueraient le témoignage d’une présence indigène aux confins du territoire. Il s’agirait peut-être d’un des premiers indices de la montée en puissance des populations italiques, lucaniennes, dans leur confrontation avec les colons grecs. Il serait tentant de voir ici les premières marques de l’avancée et de la conquête progressive par les Lucaniens, dès la deuxième moitié du ve siècle, dans une sorte de mouvement de rétrécissement du territoire de la cité face aux populations italiques. Dans l’état actuel des connaissances, cette interprétation reste hypothétique. Mais l’utilisation de la nécropole pendant tout le ive siècle pourrait venir renforcer cette hypothèse. Pour la période d’hégémonie lucanienne, les sept tombes fouillées suivent le schéma habituel des tombes paestanes contemporaines : les tombes masculines présentent un mobilier composé de cratères et d’armes, ceinturon et lance ; les sépultures féminines comprennent des vases comme le lébès gamikos, la lékanè, des fibules et des monnaies. Bref, ce qui, au ve siècle, constituait une anomalie ou un caractère précurseur, devient la règle au siècle suivant, après la conquête lucanienne.

    134Sur le mont Soprano, à l’est de la plaine, une autre localité collinaire a livré du matériel permettant d’identifier un lieu de culte de type grec. La Grotta del Granato (no 38)217 est une grotte située à proximité de l’actuelle église de la Madonna del Granato, au bas de la pente nord-est de la colline. En 1940, V. Panebianco y a découvert les traces d’une présence préhistorique datée de l’époque moustérienne (Paléolithique moyen), mais aussi du matériel de l’âge du bronze. En 1963, G. Voza a pu procéder à un petit sondage de sauvetage à cet endroit, qui a livré du matériel grec archaïque daté du vie siècle : les objets les plus importants sont un amphoriskos daté du corinthien récent et une coupelle à bandes. Le matériel grec n’est pas suffisant pour préciser davantage la nature de l’établissement, mais sa caractéristique renvoie probablement à un lieu sacré.

    135Ce petit lieu de culte amène à encore plus de prudence avant de proposer un schéma général qui expliquerait l’ensemble des réalités rencontrées sur un territoire quelconque. D’un côté, à Fonte (no 33), nous sommes confrontés à un sanctuaire de type grec qui semble « côtoyer » un petit habitat indigène ; d’un autre, à Grotta del Granato (no 38), la situation correspond à un site fréquenté par des indigènes bien avant l’arrivée des Grecs, qui montre des signes d’une plus forte présence grecque à partir de la fondation de la cité. En définitive, il est essentiel de reconnaître que les différents témoignages archéologiques provenant du territoire de Poseidonia présentent des signes complexes, voire divergents.

    136Le petit sanctuaire extra-urbain de Linora (no 63)218 est situé à environ 3 km au sud des remparts de Poseidonia et à 1 km de l’actuelle ligne de côte. Une première caractéristique topographique qui diffère de la majorité des sites de Poseidonia est l’épaisse couche de terre séparant le sol archéologique ancien et le niveau de circulation actuel. La strate ancienne se retrouve en effet à 4 m en dessous d’une roche calcaire récente formée d’alluvions. Les traces qui permettent de reconnaître un lieu de culte comprennent une moitié d’antéfixe à tête de gorgone datable du milieu du vie siècle, quelques fragments de statuettes en terre cuite reproduisant une figure féminine (avec une fleur de lotus sur la poitrine) datables de la première moitié du ve siècle, de nombreux fragments de céramique corinthienne et attique archaïque à vernis noir, certains présentant des inscriptions (fig. 46). Malheureusement, de ce sanctuaire, aucune structure n’est parvenue en place ; en revanche, l’antéfixe archaïque est un témoignage incontestable d’un édifice d’une certaine importance. De même qu’à la Grotta del Granato (no 38), les recherches archéologiques à Linora ont livré des signes d’une fréquentation préhistorique du site : ce sont surtout des fragments de céramique d’impasto, dont certains de l’époque néolithique tandis que la majorité date de l’âge du bronze. Parmi les différentes formes de contacts entre les Grecs et les populations locales, Linora offre l’exemple probablement le plus évident d’une transformation due à l’arrivée des colons. Une construction de type grec, avec antéfixe à tête de gorgone, de la céramique comportant des inscriptions en grec sont des signes clairs de la conquête d’un espace par les Grecs. Ici, nous ne sommes pas sur les pentes des collines orientales de la plaine paestane, mais à quelques kilomètres à peine du centre urbain et à proximité de la mer.

    Fig. 46. Linora. Fragment de céramique archaïque avec inscription. Musée archéologique national de Paestum.

    Cliché de l’auteur, su concessione n. 18/2025 del Ministero della Cultura – Parchi Archeologici di Paestum e Velia.

    137De plus, à Linora, on a découvert deux tronçons de route, l’un d’environ 200 m de longueur, orienté nord-sud, et l’autre, plus petit, orienté nord-ouest/sud-est et croisant le précédent. Ce croisement se situe à environ 50 m du lieu de découverte de l’antéfixe archaïque et des fragments attiques. Cette proximité entre le carrefour et le lieu de culte est un indice supplémentaire sur la portée des routes et du sanctuaire. Il s’agit d’un réseau de circulation relativement important dans la partie sud du territoire de la cité ; le morceau de route orienté nord-ouest/sud-est ne reliait probablement pas cette localité au centre urbain. Par conséquent, on peut en déduire l’existence d’un réseau routier plus complexe que celui proposé jusqu’à présent. La route la plus importante, orientée nord-sud, d’une largeur de 4,60 m avec des traces bien visibles du sillon des chariots, devait être la principale voie de communication entre le centre urbain et le sud du territoire, notamment Agropoli ou la Punta Tresino. La topographie de la nécropole, certaines tombes datables du ive siècle bordant la route, fait penser à une construction de la voie dans le courant du ve siècle. Cette route constitue un argument supplémentaire en faveur de l’hypothèse d’un port maritime de la cité localisé au sud du centre urbain. De plus, si l’on poursuit le tronçon vers le sud-est, il conduit à la mer, plus particulièrement à l’embouchure du fleuve Solofrone, qui constitue une des possibilités de localisation du port de la cité. Bien que ces témoignages soient trop maigres pour multiplier les hypothèses, il convient de prendre en compte toutes les possibilités sans en écarter aucune a priori. Ce sont également des pistes pour les recherches futures.

    138Le site a aussi livré une nécropole importante. Jusqu’à présent, plus de 60 tombes ont été trouvées, toutes datés du ive siècle sauf une, datée du début du ve siècle. Ce nombre notable de tombes placées à une distance moyenne par rapport au centre urbain de la cité a suggéré l’existence d’un petit village à Linora219. En outre, cette partie méridionale du territoire de Poseidonia était beaucoup moins fertile, pratiquement improductive. E. Greco a proposé que la route ait été la « raison d’être » d’un village installé dans une partie peu fertile du territoire. Il pourrait s’agir d’un village à vocation artisanale et commerciale. En effet, on a trouvé des fragments de céramique mal cuite de la seconde moitié du vie siècle, probablement les rejets d’un atelier céramique. À proximité de la nécropole, en 1964, G. Voza avait découvert une carrière de pierre caractérisée par les restes d’un fût de colonne et des blocs à peine ébauchés.

    139La difficulté posée par cette « raison d’être » du village est la chronologie des tombes datées uniquement du ive siècle, tandis que la route et l’atelier céramique dont on peut supposer l’existence sont antérieurs. Un essai pour concilier ces différentes données a été proposé par G. Avagliano, qui suppose une réutilisation au ive siècle de tombes déjà existantes220. Les notices des fouilles de 1963 signalaient en effet de nombreux fragments céramiques datés du ve siècle, trouvés dans la couche de terre qui recouvrait les tombes du ive. Quelle que soit la motivation de l’établissement d’un village à Linora, il est certain que les 60 tombes du ive siècle constituent le signe fort d’une occupation régulière du site à cette époque. Pour la période précédente, malgré de nombreux indices de fréquentation de la zone dès le milieu du vie siècle, une seule tombe datée du ve siècle ne permet pas d’affirmer l’existence d’un village pendant cette période.

    140Pour dresser un panorama complet des sanctuaires d’époque archaïque à Poseidonia, il faut analyser aussi ceux que G. Vallet aurait classés comme suburbains221. À Poseidonia, trois exemples peuvent rentrer dans cette catégorie : Santa Venera, Stazione di Paestum et Lupata (no 66). Les deux premiers ne présentent qu’un intérêt secondaire pour notre étude sur la frontière ; nous reprenons brièvement les données acquises222.

    141À Santa Venera (no 64), l’aire sacrée témoigne d’une fréquentation dès le lendemain de la fondation coloniale, avec de nombreuses statuettes en terre cuite datables du début du vie siècle223. Vers la moitié du siècle est construit un édifice en pierre rectangulaire, d’où provient la célèbre métope archaïque d’Europe sur le taureau découverte en 1907 par V. Spinazzola. L’identité de la divinité honorée n’est attestée qu’à l’époque hellénistique : Aphrodite est identifiée grâce à des inscriptions et à l’iconographie des petites statues en marbre. L’utilisation de l’aire sacrée est confirmée jusqu’à l’époque romaine, avec une restructuration effectuée au ier siècle av. J.-C. Outre le sanctuaire, Santa Venera est aussi le lieu d’une grande nécropole urbaine, utilisée entre le ve et le ive siècle224.

    142Stazione di Paestum (no 53) est un lieu de culte attesté uniquement par du matériel votif qui inclut, pour la période archaïque, des statuettes d’une déesse nue de type dédalique et celles d’une déesse au trône semblables à celles qui ont été retrouvées dans les sanctuaires urbains225. Plus inattendu a été le riche matériel votif du ve siècle, comprenant des statuettes et des vases attiques d’importation. La petite nécropole apparue ici présente uniquement des tombes datables d’époque romaine, sans aucune trace d’une nécropole plus ancienne.

    143Cet inventaire des sanctuaires archaïques du territoire de Poseidonia permet quelques observations. Il faut noter une chronologie très haute et proche de la fondation de la cité pour une grande partie de ces lieux de culte. Il est fondamental de rester prudent avant d’affirmer trop schématiquement l’établissement d’une frontière à travers des vestiges provenant du domaine du sacré. Comme nous l’avons dit plus haut, les lieux de culte peuvent avoir plusieurs fonctions, y compris celle de médiateurs de contact entre populations d’origines différentes. Par conséquent, l’utilisation d’un matériel grec n’est pas une raison suffisante pour déterminer l’identité ethnique des populations qui les fréquentaient : la présence de vases grecs n’implique pas que les lieux, et donc le territoire en-deçà des sanctuaires, étaient contrôlés directement par les colons. En revanche, la localisation de la majorité de ces sites sur les pentes des collines qui ferment la vaste plaine agricole de Poseidonia est porteuse de signification : l’apparition de la céramique et d’autres objets qui représentent probablement une forme grecque du culte implique une certaine emprise sur le territoire. Que cette emprise passe par l’intermédiaire de certaines élites locales ou qu’elle soit directement exercée par les nouveaux arrivants est impossible à déterminer dans l’état actuel des connaissances. En définitive, l’observation de tous les éléments à disposition permet de dresser un tableau complexe et nuancé, certes, mais elle confirme des transformations sensibles dues à l’arrivée des colons grecs.

    Le schéma « morire in città »

    144À l’exception des sanctuaires extra-urbains, le territoire de Poseidonia a fourni très peu d’établissements datant de la première phase de vie de la cité. Les nécropoles dites urbaines, qui jouxtent les murailles du centre et qui ont livré des tombes datées des premières années de la colonie, apportent peu de connaissances utiles pour notre discours sur la frontière : les sépultures d’Andriuolo-Laghetto (no 52), Arcioni (no 50), Spinazzo (no 59) et Santa Venera (no 64) serviront uniquement d’éléments de comparaison226.

    145Pour revenir aux zones rurales de la cité, seules quelques petites nécropoles de la fin du vie et du début du ve siècle av. J.-C. ont été trouvées dans la périphérie du territoire, à Fravita (no 13), Pila (no 42), Boccalupo (Fonte) (no 33), Pagliaio della Visceglia (no 60), Ponte di Ferro (no 48), Tempalta (no 31), Tempa del Prete (no 62). L’absence d’une occupation systématique du territoire semble suivre un schéma plutôt commun dans le monde grec, où le paysan habitait dans la ville et non pas à la campagne. E. Greco a classé la nécropole de Tempa del Prete dans une catégorie qu’il appelle « non morire in città » et qu’il oppose aux nécropoles dites urbaines, celles qui suivent le schéma « morire in città », c’est-à-dire le schéma où les citoyens habitent et meurent en ville et sont enterrés dans les nécropoles jouxtant les murailles227. Son présupposé était que les nécropoles extra-urbaines constituent le signe matériel non périssable d’un établissement agricole228. En effet, à cause de la grande difficulté à identifier les traces matérielles de l’habitat grec dans la campagne, les nécropoles constituent le signe le plus parlant d’une occupation permanente du territoire par une catégorie sociale d’un certain niveau, celle capable d’offrir des monuments en pierre à ses morts. Le corollaire est que la rareté et la petite taille des nécropoles indiquerait une quasi-absence de citoyens domiciliés à la campagne. Il est évident que nous n’avons pas de précision sur le statut social des défunts229, notamment pour les époques les plus anciennes où le mobilier est assez réduit et ne comporte pas une grande différenciation. Aussi, l’absence probable de citoyens résidents n’implique pas nécessairement une campagne vide d’habitat, puisque les catégories sociales moins élevées laissent beaucoup moins de vestige de leur existence.

    146Toutefois, quelques commentaires sur les idées sous-jacentes à ce schéma semblent utiles. Le corollaire logique du schéma « morire in città » consiste à proposer un type particulier de culture agricole, celle des céréales. La comparaison avec Métaponte est évidente, puisque les deux colonies semblent suivre un même type d’occupation de la campagne. Le fait que le symbole de la cité de Métaponte soit un épi d’orge, représenté dans ses monnaies, est symptomatique de l’importance de cette culture. Un tel type de production agricole ne demanderait pas la présence du citoyen tout le long de l’année, mais uniquement pendant des moments relativement courts : les semailles et la récolte. Cette hypothèse est parfaitement convaincante sauf qu’elle supposerait un changement de production agricole au ive siècle, lorsque la campagne montre des signes d’une occupation permanente et diffuse à travers un ensemble de petites nécropoles. Le nouveau type de culture, requérant une activité plus intense des agriculteurs, serait celui de la vigne et de l’olivier. Si nous avons tous les signes d’une production céréalière importante dans la plaine de Poseidonia, nous n’avons aucun renseignement concernant un changement de type de production dans un second moment de l’histoire de la cité. Il faut donc dissocier les deux aspects de la question : la forme d’occupation des terres, avec un habitat dispersé et stable dans la campagne par exemple, ne préjuge pas nécessairement des types de cultures demandant davantage de main d’œuvre230.

    147Par ailleurs, la recherche actuelle s’interroge sur les schémas de production traditionnellement acceptés et souligne l’importance de la polyculture et des activités parallèles à la production des céréales231. Les exemples sont multiples, comme la pêche, la chasse, l’élevage232, l’exploitation du bois, la production de fruits et de légumes. Ces questions à propos de la multitude des activités économiques indispensables au développement d’une cité grecque soulèvent des difficultés pour le cas spécifique de Poseidonia, puisque nos connaissances actuelles proviennent presque exclusivement des nécropoles. Malgré leur nombre réduit dans le territoire, elles permettent des observations intéressantes. Parmi les attestations les plus anciennes, nous avons déjà analysé plus haut les vestiges des nécropoles situées à Boccalupo (no 33) et à Tempalta (no 31).

    148Dans la localité Fravita (no 13), une seule tombe trouvée en 1961 a été datée de l’époque archaïque à partir de l’analyse de son mobilier. La majeure partie de la nécropole est datée de la fin du ive siècle et il ne semble pas y avoir de continuité entre les deux périodes. Les tombes plus tardives rentrent dans le schéma habituel des nécropoles lucaniennes ; deux de ces monuments ont la particularité de porter un décor peint. Il est très exceptionnel d’avoir des tombes peintes dans la campagne, a fortiori à une grande distance du centre urbain – environ 80 % des tombes peintes ont été trouvées dans les nécropoles urbaines et les 20 % restants se concentrent dans quelques nécropoles proches du centre. Fravita constitue une exception aussi bien au vie siècle qu’au ive et présente, dans ce dernier cas, des signes importants de prestige. Il n’est pas possible de savoir ce qui rendait cette localité aussi spéciale, mais la proximité de la vallée du Sele peut être à l’origine de sa richesse, issue de la production agricole mais aussi des activités commerciales liées aux échanges empruntant la voie du bassin du Sele-Calore. Pour la période archaïque, à partir d’un seul monument, il ne nous semble pas avisé de tirer trop de conclusions.

    149Le site de Pagliaio della Visceglia (no 60) possède des caractéristiques assez proches de celui de Fravita : une seule tombe a été retrouvée et datée entre la fin du vie et le début du ve siècle, malheureusement déjà pillée lors de sa découverte et laissant peu d’indices hormis les deux fragments de lécythe qui ont permis sa datation. Comme dans le cas précédent, cette nécropole ne présente aucun signe d’utilisation jusqu’au milieu du ive siècle, période à laquelle sont attribuées deux autres tombes trouvées dans la localité. La nécropole est trop réduite pour permettre une analyse conséquente.

    150Ponte di Ferro (no 48) présente des caractéristiques très différentes233. La nécropole a été découverte de manière fortuite en 1983 et les premières interventions ont mis au jour 31 tombes. Puis, lors de fouilles programmées, une superficie d’environ 170 m2 a été dégagée, livrant environ 140 tombes. Le rituel funéraire diffère de l’ordinaire : les corps étaient déposés directement dans le sable, sans mobilier, sans aucun respect des orientations et avec des superpositions de tombes. Une quinzaine de sépultures sont construites avec des fragments de plaques de travertin (indiquant probablement un remploi de plaques endommagées) et couvertes par des tuiles déformées ou présentant des défauts de cuisson dans lesquelles il faut reconnaître des rebuts de fabrication. Certaines tombes d’enfants sont construites avec des coffres en tuile (larnakes) ; ailleurs, les restes sont recueillis dans des amphores (enchytrismoi). Rares sont les cas d’incinération, avec les cendres conditionnées dans des chytrai déposées directement dans le sable.

    151Une seule tombe (no 70), présente le rituel habituel de la cité de Poseidonia : elle est construite avec des plaques de travertin et une couverture plate en un dispositif employé pour un individu adulte, mais elle ne présente aucune trace de mobilier. C’est aussi le cas pour au moins 63 autres tombes, aussi bien d’adultes que d’enfants. La nécropole présente un nombre relativement élevé de squelettes d’enfant, la moyenne d’âge pour les individus adultes est basse et l’on constate des signes de malnutrition de la population.

    152Sauf pour quelques tombes d’enfants au mobilier relativement plus riche, majoritairement composé de vases de dimensions réduites, voire miniaturisés, les vases déposés dans les tombes de cette nécropole sont en majorité assez simples, achromes ou à vernis noir de très mauvaise qualité. Les objets en bronze sont presque complètement absents et des vases attiques, notamment des lécythes, ont été trouvés dans cinq tombes seulement. C’est sur la base des quelques tombes au mobilier ordinaire que l’ensemble de la nécropole a été daté, avec une seule période d’utilisation, entre la fin du vie siècle et les premières années du ve siècle av. J.-C. Il est important de signaler que cette nécropole, visiblement réservée à un groupe social inférieur, se situe à environ 850 m au nord-ouest des murailles de la cité. C’est pour le moment le seul cas de monuments construits en pierre ou en tuile appartenant à une telle couche sociale. Dès lors, cet ensemble funéraire contribue à étayer la réflexion sur la présence, à la campagne, d’un habitat régulier occupé par des groupes sociaux subalternes234. Il montre clairement que les constructions en matériaux non périssables sont faites à partir du rejet d’un matériel endommagé, probablement issu d’un atelier céramique qui devait se trouver à proximité. Il est peu probable en effet qu’on ait engagé des frais ou de l’énergie pour le déplacement à longue distance de rebuts de cuisson. La proximité de la nécropole urbaine d’Arcioni (no 50) pourrait aussi expliquer la présence de fragments de plaques de travertin : les objets endommagés et non utilisés dans cette nécropole plus riche pouvaient être facilement transportés jusqu’à Ponte di Ferro. Ponte di Ferro est un cas exceptionnel car il est difficile de repérer et d’identifier des signes matériels émanant des couches sociales inférieures ; en l’absence de matériaux non périssables disponibles à proximité pour un éventuel remploi, d’autres groupes sociaux subalternes demeurent presque invisibles.

    153Une dernière nécropole, en fonction dès la fin du vie siècle, retient l’attention : Tempa del Prete (no 62). Elle est composée d’environ 110 tombes dont la majorité date du ive siècle ; quelques exemplaires plus anciens sont datés entre la fin du vie et le début du ve siècle. Malgré le petit nombre de tombes archaïques, la grande quantité de matériel sporadique retrouvé dans le remplissage autour des tombes lucaniennes permet de soutenir l’idée d’une réutilisation d’une grande partie de la nécropole dans sa deuxième phase de fréquentation235. Un aspect remarquable de cette nécropole est la présence de la célèbre tombe du Plongeur236. Sa localisation périphérique par rapport au centre urbain et les signes abondants d’une fréquentation régulière dès le vie siècle ont fait interpréter ce site comme une sorte de village suburbain237, mis en parallèle avec Linora (no 63), situé à proximité. Les deux sites sont implantés dans un secteur du territoire considéré comme improductif en raison d’un banc rocheux proche de la surface. L’hypothèse d’une route qui relierait le centre urbain au sud du territoire où se trouverait le port (à l’embouchure du Solofrone ou à Agropoli) renforce l’idée d’un village à vocation artisanale ou commerciale à Tempa del Prete. À cette époque, en milieu achéen où les formes d’occupation du territoire suivent d’autres modèles238, ce type d’implantation connaît peu d’exemples.

    Nécropole grecque du Gaudo

    154Le territoire de Poseidonia livre très peu de traces d’occupation au cours du ve siècle et les vestiges archéologiques datant de ce siècle sont rares (fig. 47). Par conséquent, les analyses concernant cette période sont réduites et apportent peu sur l’occupation du territoire et l’évolution de la frontière de la cité. D’une part, presque tous les sites qui montrent des signes de fréquentation durant le ve siècle, notamment dans sa première moitié, présentent déjà des activités au cours de la seconde moitié du vie – ils sont commentés ci-dessus. D’autre part, plusieurs sites occupés au vie siècle ne montrent aucun signe de fréquentation durant le ve, tandis qu’ils sont réoccupés au ive siècle. Dans l’état actuel des connaissances, nous n’avons aucun élément de réponse pour expliquer ce « vide » relatif au ve siècle. Comme ces lieux montrent des traces importantes d’occupation au ive siècle, nous ne pouvons pas parler d’abandon ; la présence de vestiges importants au siècle suivant indique que des traces matérielles d’une occupation antérieure devaient être encore visibles au ive siècle.

    Fig. 47. Carte du territoire de Poseidonia à l’époque classique (ve siècle av. J.-C.).

    Élaboration de l’auteur.

    155L’histoire de la cité de Poseidonia et de la région campanienne permet de proposer une hypothèse pour expliquer cette rareté de vestiges. À l’extrême fin du ve siècle, Poseidonia est conquise par les Lucaniens, une population italique d’origine samnite239. Nombreux ont été les conflits dans la région campanienne au ve siècle240 : le début du siècle voit une volonté d’expansion de la domination étrusque dans la région, marquée notamment par la bataille de Cumes en 474 av. J.-C. L’essor du site de Fratte montre l’existence d’une population étrusque toujours très active dans la région sise au nord de Poseidonia, y compris après la défaite de Cumes241. La proximité de cet important centre de culture étrusque indique des conflits potentiels. Un autre indice d’une forte présence italique aux abords de Poseidonia est donné par l’existence de ladite « tombe princière » et de nombreux vestiges de matériel de type grec à Monte Pruno242. Les contacts entre Poseidonia et les populations italiques sont attestés bien avant la conquête lucanienne, mais il est impossible d’établir avec précision le type de rapports entretenus entre ces gens de cultures différentes. Outre les autochtones, les Grecs et les Étrusques, des Campaniens d’origine osque – mais qui semblent se distinguer des Samnites243 – s’emparent d’une part considérable de la région, dont Capoue en 423 et Cumes en 421 av. J.-C.244. Il semblerait que, au moins dès 438, les Campaniens aient eu une forme d’organisation politique suffisante pour attirer l’attention de Diodore245. Finalement, les Lucaniens devaient être dans l’arrière-pays de Poseidonia au moins au milieu du ve siècle ; ils constituaient, dès lors, une menace constante. Dès cette époque, ils s’emparent d’un vaste territoire à l’intérieur des terres qui s’étend jusqu’à la mer Ionienne. Le témoignage de Polyen (II, 10, 2 et 4) sur la menace qu’ils constituaient pour la nouvelle colonie de Thourioi, fondée vers 444 av. J.-C., souligne les conséquences de leur présence et de leur force militaire dès le milieu du siècle.

    156Dans le territoire de Poseidonia, la nécropole du Gaudo (no 47)246 a certainement livré l’indice le plus parlant des possibles conflits dans lesquels les Poséidoniates s’engagent au ve siècle. Cette nécropole est située à environ 1 km au nord des murailles de Poseidonia, sur la route qui lie le centre urbain à l’Héraion du Sele et aux populations italiques vivant au nord du fleuve. La tombe grecque la plus ancienne247 est datable entre la fin du vie et le début du ve siècle et particulièrement importantes sont les analogies que l’on peut faire entre son rituel funéraire (mobilier et cadavre incinéré) et les contextes funéraires de la région étrusco-campanienne. Dès le début du ve siècle, la nécropole montre les signes d’une utilisation stable et régulière qui dure jusqu’au ive siècle. Il faut toutefois remarquer deux modes d’utilisation différents. D’une part, jusqu’au milieu du ve siècle, les dépositions et le mobilier des tombes ne se distinguent guère du rituel pratiqué dans les nécropoles urbaines de Poseidonia. Il s’agit ici probablement d’une nécropole destinée à un petit noyau de la population qui ne participait pas à la vie politique de la cité, vu le nombre restreint de dépositions et la courte distance qui la sépare du centre urbain et de la nécropole urbaine d’Arcioni, d’utilisation contemporaine (no 50). Les citoyens avaient l’habitude de se faire ensevelir dans les nécropoles jouxtant les murailles de la cité et ils auraient pu se faire enterrer à Arcioni. D’autre part, le grand soin pratiqué dans la construction des tombes et le fait remarquable de peindre l’intérieur de quelques-unes d’entre elles indiquent une utilisation par un groupe appartenant à une strate sociale élevée, suffisamment riche pour offrir une sépulture coûteuse à ses défunts. Les peintures attestées ici se limitent plutôt à des couleurs unies ou à des bandes de couleurs, sans motif végétal ni élément figuré. Deux hypothèses vraisemblables ont été proposées pour expliquer le phénomène particulier de cette nécropole : il s’agit soit d’un groupe d’anciens citoyens marginalisés après une querelle politique, soit d’un noyau de population d’origine italique qui ne possédait pas la citoyenneté poséidoniate248. Compte tenu de la proximité des centres de culture étrusco-campanienne et du nombre élevé de signes d’interaction culturelle entre Grecs et non-Grecs à Poseidonia, nous sommes amenés, à la suite de M. Cipriani, à privilégier la seconde hypothèse.

    157Il est important de noter que la nécropole du Gaudo présente des signes d’anomalie également au ive siècle. Ici, et ce dès la première moitié du ve siècle, plus qu’un simple indice de l’interaction entre les communautés de différentes ethnies (grecque, étrusque et campanienne), les tombes du Gaudo attesteraient l’installation de populations non grecques à l’intérieur du territoire de la cité, ayant le droit d’enterrer leurs défunts dans les terres placées sous l’autorité directe de la cité et ayant un statut économique privilégié. Ce même type d’interaction culturelle peut être affirmé à Poseidonia dans le cas de la nécropole de Tempa del Prete (no 62), et plus particulièrement avec l’exemple de la tombe du Plongeur.

    158La deuxième phase d’utilisation de la nécropole, dans la seconde moitié du ve siècle, est caractérisée par un rituel funéraire divergent. Le mobilier ne se résume plus à un nombre réduit de vases, mais chaque tombe livre une plus grande quantité d’objets, y compris des armures et des armes (fig. 48). Ce mobilier se rapporte en grande mesure à la tradition que l’on rencontre dans les centres indigènes de l’arrière-pays, surtout ceux de Campanie249. L’importante présence d’armes, l’analyse de quelques ossements indiquant des individus probablement engagés dans des activités militaires (éléments auxquels on ajoute la probable datation des affrontements entre les cités grecques de Poseidonia et de Velia250), conduisent à penser à un noyau de mercenaires venus à l’aide des citoyens poséidoniates.

    Fig. 48. Nécropole du Gaudo. Armure de la tombe no 174. Musée archéologique national de Paestum.

    Cliché de l’auteur, su concessione n. 18/2025 del Ministero della Cultura – Parchi Archeologici di Paestum e Velia.

    159Outre le Gaudo, une seule nécropole a été datée du milieu du ve siècle sans que l’on puisse trouver de traces d’une occupation antérieure : Pila (no 42), située à environ 6 km au nord de Poseidonia. La nécropole est petite, comprenant uniquement quatre tombes dont la première comporte un très riche mobilier. Il s’agit probablement d’un petit noyau d’habitat agricole avec sa nécropole. Les vestiges sont trop peu nombreux pour pousser l’analyse plus loin. Néanmoins, il est important de remarquer la coïncidence entre l’extrême rareté des tombes de cette époque dans la campagne poséidoniate et la richesse des exemples découverts.

    Un nouveau sanctuaire au ve siècle : San Nicola di Albanella

    160Le seul lieu sacré du territoire de Poseidonia établi au ve siècle est le sanctuaire de San Nicola di Albanella (no 14)251. Il est situé au bas de la pente nord de la colline de S. Nicola, vers l’est par rapport à Fonte (no 33), à 16 km du centre urbain. La seule structure retrouvée dans ce lieu est un édifice rectangulaire divisé en deux pièces par un petit muret et construit avec des moellons de pierre sans tranchée de fondation (fig. 49). Cela indique que la structure ne portait pas de toit en matériau lourd comme des tuiles. De plus, les quatre foyers situés au centre de l’édifice attestent d’une activité sacrée à l’intérieur de la structure et non sur un autel extérieur. Cette caractéristique, liée à l’analyse du matériel retrouvé dans la zone sacrée (vases miniaturisés et terres cuites votives), permet d’identifier Déméter et Koré comme les divinités honorées252. Leur culte, de type chthonien, a des rapports avec le monde agricole, en particulier pour la fécondité et la καλλιγένεια253.

    Fig. 49. Plan du sanctuaire de S. Nicola di Albanella.

    D’après Cipriani 1989, fig. 5.

    161L’édifice rectangulaire est abandonné au milieu du ve siècle ; nous n’avons aucun élément pour identifier les causes de cet abandon. Le sanctuaire continue cependant d’être fréquenté ; l’activité est attestée par la grande quantité de matériel votif retrouvé dans une fosse de décharge : les objets sont datables du début du ve jusqu’à la fin du ive siècle, sans discontinuité. Une caractéristique essentielle de ce matériel est l’importante présence d’éléments masculins dans un sanctuaire dédié à Déméter et Koré. En effet, environ 20 % des terres cuites sont attribuées à des figures masculines, et ce trait est une particularité de Poseidonia par rapport aux divers sanctuaires de ces divinités dans le monde grec contemporain. Aucun indice ne permet d’expliquer cette spécificité paestane. Enfin, plusieurs vestiges (matrices de statuettes en terre cuite et restes de repas) témoignent qu’il s’agit d’un lieu regroupant une population active, qui produit et consomme sur place.

    162L’établissement de ce sanctuaire semble constituer une avancée de l’occupation du territoire poséidoniate vers l’est au ve siècle. Le lieu de culte est en effet situé au nord-est du sanctuaire de Fonte (no 33) et à l’est de la nécropole de Fravita (no 13), dans la vallée du ruisseau Cosa, sur les premières pentes des collines qui ferment au nord la plaine du Sele et qui constituent probablement les limites du territoire sous contrôle direct de Poseidonia254. San Nicola di Albanella est le vestige archéologique le plus éloigné du centre urbain de Poseidonia à cette période. Cette localisation contribue largement à enrichir le discours sur l’évolution de l’occupation du territoire et sur la frontière de la cité grecque. M. Cipriani a justement parlé de « position névralgique » pour cette zone255. En effet, on remarque que le sanctuaire se situe dans un espace privilégié du passage de la plaine vers l’arrière-pays, dans la vallée du Calore, la rivière qui pénètre l’intérieur des terres et qui met Poseidonia en contact avec des populations italiques. Le fait d’établir un sanctuaire dans une telle position ne relève certainement pas du hasard et les Poséidoniates cherchaient sans doute à marquer leur emprise sur ces terres. En revanche, avant de parler d’un poste de contrôle du territoire, il faut prêter attention aux détails géographiques. Le fait que le sanctuaire se situe au bas de la colline et non à son sommet peut indiquer que les raisons de son emplacement ne sont pas nécessairement de contrôler la voie de communication. Dans un but défensif, le plus évident serait d’installer le sanctuaire sur le sommet de la colline pour avoir un point de vue privilégié, plus adapté qu’au bas de la pente256. Bien qu’il s’agisse du site le plus éloigné et qu’il puisse marquer les limites de l’occupation du territoire par les Grecs, une interprétation plus neutre et prudente serait d’y voir uniquement un sanctuaire de campagne, lié aux activités agricoles.

    163Quelle que soit la raison d’être du lieu de culte, il représente un signe matériel fort, qui atteste une limite des terres directement contrôlées par les Grecs. Dans un deuxième niveau d’interprétation, on peut supposer une certaine avancée du territoire de la cité, qui passerait d’une forme de coexistence à Fonte au vie siècle à un contrôle direct des Grecs à S. Nicola au ve siècle. En revanche, si l’avancée de la mainmise des Poséidoniates sur le territoire peut être perçue à travers l’établissement de ce sanctuaire, il ne faut pas confondre cette forme d’occupation et de fréquentation de la campagne avec un but purement défensif. Le fait que le lieu soit actif pendant la période lucanienne de la cité conduit à y voir plutôt un lieu d’agrégation de la population locale. Il est un signe de l’occupation de l’espace, mais ses fonctions exactes ne sont pas claires.

    164Identifier le sanctuaire de San Nicola di Albanella à un lieu de rassemblement d’un noyau de population installé dans la campagne est renforcé par la présence de trois petites nécropoles à proximité257. La première, datée entre la fin du ve et le début du ive siècle, a fait connaître quelques rares tombes peintes. La datation de la nécropole, uniquement à la fin du ve siècle et non dès le début de la fréquentation du lieu sacré, doit être notée. On ne peut pas associer le sanctuaire, surtout dans la phase pendant laquelle l’édifice rectangulaire est en fonction, et la nécropole plus tardive. En revanche, la proximité d’une nécropole montrant des signes importants de prestige est un trait extraordinaire du lieu. Il est possible de penser l’endroit, en parallèle avec Monte Pruno, comme un témoignage de l’arrivée des populations lucaniennes dans l’arrière-pays de Poseidonia, justement dans la seconde moitié du ve siècle258, au moment de l’abandon de l’édifice rectangulaire. En définitive, il n’est pas aisé de tirer des conclusions sur une documentation assez réduite. Cependant, San Nicola di Albanella est certainement un point « névralgique » pour réfléchir à l’évolution de l’occupation du territoire et à la frontière de Poseidonia, notamment dans le courant du ve siècle av. J.-C.

    165Toujours dans la localité de S. Nicola, une deuxième nécropole a été découverte à environ 100 m au nord-est de la première. Ici, les sépultures suivent le schéma habituel des nécropoles lucaniennes du ive siècle, avec des tombes à ciste et couverture à double pente. Il faut ajouter au dossier les traces d’un établissement lucanien, identifié d’après la découverte de fragments de tuiles et de céramique. L’établissement est situé au nord du sommet de la colline, du côté du ruisseau Malnome. Cette localisation sur la colline est plus en accord avec les caractéristiques que l’on pourrait attendre d’un site qui contrôle un territoire. Si les vestiges de l’habitat sont trop réduits pour une analyse plus approfondie, sa présence est tout de même remarquable ; cette juxtaposition entre l’établissement et le sanctuaire est assez exceptionnelle.

    166Enfin, une troisième nécropole a été retrouvée à environ 500 m au nord-ouest du sanctuaire, de même qu’une zone comprenant quelques foyers à mi-chemin entre la nécropole et l’enceinte sacrée. Cette accumulation de vestiges, surtout au ive siècle, montre l’ampleur du site.

    167Le lieu présente deux caractéristiques notables : d’abord, il s’agit d’un des seuls témoignages d’une sorte d’expansion de l’emprise des Grecs sur le territoire au ve siècle ; puis, dès la fin du ve siècle, la richesse de certaines des tombes, comportant des motifs peints, mérite notre attention. Si nous ne sommes pas en mesure d’identifier avec plus de précision toutes les fonctions que ce site pouvait avoir, il est un maillon fondamental dans notre discours sur le territoire et la frontière de Poseidonia.

    La frontière ethnique : la tombe du Plongeur

    168Nos connaissances sur le territoire de Poseidonia à l’époque grecque reposent sur quelques sanctuaires et nécropoles, celles qui jouxtent les murailles de la cité, les nécropoles urbaines, et celles qui appartiennent à la campagne. Après avoir étudié les caractéristiques spatiales de la frontière et son rôle dans l’emprise sur le territoire civique, nous nous intéresserons maintenant à la question des identités ethniques et aux rapports entre les colons grecs et les autres populations de la cité. La tombe du Plongeur constitue à cet égard un document de choix.

    169Elle a été découverte dans la nécropole de Tempa del Prete, à environ 1,5 km au sud de la muraille de Poseidonia, à l’écart des nécropoles dites urbaines259. Comme l’a montré E. Greco260, cette marginalité topographique est une donnée essentielle. La nécropole de Tempa del Prete correspond au village du même nom et se situe à proximité de la route ancienne qui reliait Poseidonia à Agropoli. Comme le village de Linora, Tempa del Prete se trouverait donc le long d’une voie qui pouvait relier la cité et son port. Une telle localisation a pu faciliter le développement d’activités commerciales et artisanales qui compensaient la faible fertilité de terres moins propices à l’agriculture et, par conséquent, moins exploitées que celles situées au nord du centre urbain.

    170On peut supposer que les familles dont les membres étaient enterrés dans cette nécropole habitaient les villages voisins. Si l’on suit le schéma « morire in città », l’éloignement du centre urbain signifie que ces familles n’étaient pas totalement intégrées dans le corps social des citoyens poséidoniates. Pour cette raison, E. Greco a proposé d’y voir des métèques ou un statut équivalent. Il pourrait s’agir aussi de communautés caractérisées par leurs activités, des commerçants ou des artisans. Par rapport aux nécropoles urbaines contemporaines, celle de Tempa del Prete présente en effet plusieurs signes d’anomalie. La comparaison avec la nécropole du Gaudo présentée ci-dessus suggère l’existence de quelques noyaux de population d’un statut probablement différent. L’hypothèse la plus vraisemblable est sans doute qu’il s’agit, à Tempa del Prete comme au Gaudo, de noyaux de populations comprenant une forte composante italique, non intégrée au corps des citoyens grecs261.

    171La longévité de la nécropole et des villages proches est particulièrement notable262. Ces sites attestent une occupation continue de la fin du vie au ive siècle, inchangée même lors des profondes transformations survenues avec la conquête lucanienne de la cité. Par conséquent, il ne peut s’agir de groupes sociaux en ascension ou exclus de la cité par une lutte politique, auxquels les citoyens de Poseidonia auraient concédé une partie de leur territoire. Bien au contraire, la stabilité d’un noyau tout à fait particulier par rapport au reste de l’occupation du territoire renforce l’hypothèse selon laquelle il s’agirait d’un groupe non intégré à la communauté des citoyens. Dans sa communication au congrès de Tarente de 2000, E. Greco propose d’identifier les habitants de ce village avec des marchands d’origine étrusco-campanienne263. Cela pourrait être le cas du destinataire de la tombe du Plongeur.

    172À Poseidonia, aux vie et ve siècles, il était d’usage de « morire in città », selon la formule d’E. Greco264 : le citoyen poséidoniate aisé habitait généralement à l’intérieur du centre urbain et était enterré dans une nécropole à proximité des murailles. La famille de l’individu déposé dans la tombe du Plongeur avait certainement les moyens de lui offrir des honneurs coûteux : les fresques sur les parois de sa tombe265. En revanche, la marginalité topographique de la nécropole contraste fortement avec sa richesse. Tout mène à penser à un individu qui n’était pas un citoyen de Poseidonia mais un riche commerçant ou artisan.

    La découverte dans son contexte

    173La nécropole de Tempa del Prete a été découverte par P. C. Sestieri en 1953. Il a trouvé du matériel sporadique datant des vie et ve siècles et 26 tombes, dont la grande majorité a été datée de l’époque lucanienne, hormis quelques-unes du vie siècle.

    174Après ces premières découvertes, M. Napoli a fouillé la zone en juin 1968 : ses fouilles ont livré 5 tombes, dont la quatrième était celle du Plongeur. Puis, en 1969, il a mis au jour 60 autres tombes, dont 15 contenaient un mobilier permettant de les dater dans le ve et le ive siècle. En 1974, les dernières interventions dans cette zone ont permis la découverte de 21 nouvelles tombes, également datables entre le ve et le ive siècle266. Ces découvertes s’inséraient dans un programme de recherche conduit par M. Napoli, alors surintendant archéologique de la province de Salerne, et qui a porté à la connaissance de l’un des territoires les mieux documentés du monde grec colonial, comparable seulement à celui de Métaponte et à quelques colonies grecques de la mer Noire, en particulier en Chersonèse. La nécropole comporte donc actuellement 111 tombes distribuées dans une fourchette chronologique allant de la fin du vie au ive siècle, ce qui atteste de la pérennité de son occupation.

    175Le mode de construction de la tombe du Plongeur suit le schéma typique des sépultures grecques de Poseidonia267 : il s’agit d’une tombe à caisse, creusée dans le rocher, formée de cinq plaques de travertin ; le défunt était posé directement sur le banc de roche. Ce type de tombe est attesté dans le territoire de Poseidonia dans plusieurs nécropoles, depuis la plus ancienne, celle du Laghetto (no 52), datée des années 600-550 av. J.-C., fouillée par M. Napoli. Ce mode de construction est aussi attesté pour les tombes de type lucanien, aussi creusées dans le rocher. En revanche, les tombes lucaniennes présentent en majorité un couvercle à double pente au lieu d’une seule plaque.

    176À l’intérieur de la tombe du Plongeur ont été déposés un lécythe attique à vernis noir, deux aryballes dont il ne reste que les bords supérieurs, les restes d’une carapace de tortue dans laquelle on a reconnu des vestiges d’une lyre. La décoration sur les épaules du lécythe est à palmettes, de type attique ; la décoration et le profil du lécythe autorisent la datation de l’objet, et par conséquent de la tombe, vers 480 av. J.-C.

    177Avant de passer à une brève analyse du motif figuré, il faut remarquer que d’autres tombes contemporaines de la même nécropole, ainsi que certaines du Gaudo, comportaient des parois revêtues d’un enduit blanc, avec parfois une bande rouge dans la partie inférieure. Les deux meilleurs exemples sont la tombe no 1 des fouilles de 1968 à Tempa del Prete et la tombe no 314 du Gaudo268. Une autre sépulture tout à fait exceptionnelle doit également être signalée : la tombe dite « des Palmettes », de la nécropole d’Arcioni (no 781). La plaque de couverture est peinte en blanc, avec une ligne noire qui dessine un rectangle et la représentation de palmettes dans les angles. De plus, la position relative de cette tombe à l’intérieur de la nécropole, isolée de quelques dizaines de mètres des autres, contribue à renforcer sa spécificité. Il faut se garder de faire des parallèles trop schématiques, mais les deux éléments (la topographie et le motif peint sur la couverture) placent la tombe du Plongeur dans une petite série de sépultures qui véhiculent un certain savoir-faire des artisans de Poseidonia dans les premières années du ve siècle av. J.-C.269. On peut comparer ce savoir-faire avec les techniques utilisées par les artisans employés dans les constructions privées et publiques, notamment les grands temples doriques270.

    178Bien qu’étant situées dans un contexte technique partagé par d’autres monuments, les scènes figurées de la tombe du Plongeur se distinguent par leur caractère exceptionnel et unique au sein d’un petit groupe de tombes également peintes mais sans figuration humaine.

    Les peintures

    179La célébrité et le grand intérêt de la tombe du Plongeur reposent sur ses motifs figurés. L’objectif ici n’est certainement pas de faire l’exégèse des peintures du point de vue d’un historien de l’art : d’autres l’ont déjà fait271. À partir de ces analyses, le but est de proposer un commentaire sur la question des rapports interethniques observables dans le territoire de la cité.

    Fig. 50. Tempa del Prete. Tombe du Plongeur, paroi nord. Musée archéologique national de Paestum.

    Cliché de l’auteur, su concessione n. 18/2025 del Ministero della Cultura – Parchi Archeologici di Paestum e Velia.

    Fig. 51. Tempa del Prete. Tombe du Plongeur, paroi sud. Musée archéologique national de Paestum.

    Cliché de l’auteur, su concessione n. 18/2025 del Ministero della Cultura – Parchi Archeologici di Paestum e Velia.

    180Sur les deux parois longues est représentée une scène de banquet avec les convives couchés sur des lits (fig. 50-51). Chaque paroi est décorée de trois lits sur lesquels sont allongés un ou deux personnages masculins. Ceux-ci jouent au cottabe, un jeu consistant à rattraper des gouttes de vin jetées par son voisin à l’aide de sa coupe. La scène est très facilement liée à la pratique bien connue du banquet grec. Sur les deux petites parois, le banquet se poursuit : à l’est, un personnage masculin jeune se tient debout, dos à un cratère posé sur une petite table (fig. 52) ; à l’ouest, trois personnages : une joueuse d’aulos, un jeune homme nu et un homme adulte habillé (fig. 53)272. Enfin, la plaque de couverture (fig. 54) présente un jeune homme nu qui plonge dans une étendue d’eau et, à droite, une structure architecturale, l’ensemble encadré par deux arbres273.

    Fig. 52. Tempa del Prete. Tombe du Plongeur, paroi est. Musée archéologique national de Paestum.

    Cliché de l’auteur, su concessione n. 18/2025 del Ministero della Cultura – Parchi Archeologici di Paestum e Velia.

    Fig. 53. Tempa del Prete. Tombe du Plongeur, paroi ouest. Musée archéologique national de Paestum.

    Cliché de l’auteur, su concessione n. 18/2025 del Ministero della Cultura – Parchi Archeologici di Paestum e Velia.

    Fig. 54. Tempa del Prete. Tombe du Plongeur, plaque de couverture. Musée archéologique national de Paestum.

    Cliché de l’auteur, su concessione n. 18/2025 del Ministero della Cultura – Parchi Archeologici di Paestum e Velia.

    181La présence d’un décor peint distingue d’emblée cette sépulture des tombes grecques qui ne sont jamais peintes à cette époque. En dehors du domaine étrusque, les seules tombes peintes contemporaines connues se situent aux marges du monde grec. On peut citer en particulier celles de Lycie, à Elmali et à Karaburun (celle-ci représentant aussi une scène de banquet), et quelques exemples venant d’Occident : une tombe à Capoue, dont seul un dessin du début du xxe siècle subsiste, peu utilisable pour une comparaison approfondie274 ; un sarcophage de Tarente peint à l’intérieur avec une frise polychrome ; une tombe messapienne à Ugento, avec une série de rubans ondulés ; des sarcophages en terre cuite avec des frises décoratives internes, à Gela en Sicile ; à Syracuse, des sarcophages en pierre recouverts d’une peinture rouge interne275. Ces peintures occidentales, comme les tombes paestanes contemporaines déjà évoquées, sont généralement d’une couleur unie, parfois avec des bandes ou d’autres motifs tels que des palmettes, mais elles ne sont jamais figurées. Il faut également tenir compte de la spécificité de ces contextes frontaliers du monde grec, ouverts à une forte influence d’autres populations ou, à l’inverse, une communauté non grecque qui utilise des éléments culturels grecs. Ce caractère mixte est central.

    182En l’absence de comparaison directe avec les peintures de la tombe du Plongeur, les chercheurs ont emprunté leurs exemples à la céramique attique, à la céramique campanienne276, aux tombes étrusques et lucaniennes. Les tombes peintes les plus célèbres des époques archaïque ou classique viennent du monde étrusque, mais ce sont des tombes à chambre utilisées pour plusieurs dépositions, pour toute une famille. En majorité, ce sont des tombes ouvertes et rouvertes pour les funérailles des membres de la même famille ; les peintures étaient là pour être vues par les vivants à ces moments précis. Les tombes peintes à caisse et à déposition unique, dont les peintures ne sont jamais revues après les funérailles et sont donc destinées aux rituels pour un seul défunt, sont connues à Poseidonia même et dans la région étrusco-campanienne, entre Poseidonia et Capoue, mais elles datent toutes du ive siècle.

    183Certains auteurs, comme M. Napoli, ont rattaché les fresques poseidoniates à la culture grecque, en particulier aux scènes de banquet de la céramique attique. La majorité des spécialistes s’est ralliée à un autre point de vue qui souligne l’élément italique, soit étrusque, soit lucanien ou campanien.

    184Le petit nombre d’exemples de plongeons277 a amené les chercheurs à rechercher des comparaisons essentiellement pour la scène de symposion. En premier lieu, même si certains trouvent une grande affinité dans la technique et la mise en scène des fresques avec la céramique attique, cette comparaison pose problème. Les études d’O. Murray et d’A. Pontrandolfo278, appuyées sur le travail de J.-M. Dentzer, ont soutenu que le thème du banquet serait incompatible avec le contexte funéraire pour un Grec de l’époque archaïque. Les quelques exemples de rencontre entre ce thème et le monde des morts se retrouvent dans la périphérie du monde grec où il s’agit, d’après O. Murray, d’« exceptions qui confirment la règle279 ». A. Pontrandolfo suggère une comparaison entre la scène de banquet de la tombe et le mobilier des tombes grecques de même époque : l’absence de vases liés au banquet dans ces tombes tend à montrer aussi, dans le cas de Poseidonia, l’incompatibilité de ce thème avec un contexte funéraire. On remarque également l’absence du thème du banquet dans les peintures du ive siècle, ce qui nous éloigne du contexte lucanien postérieur. De notre point de vue, cela est l’exemple d’un monde mixte, qui rapproche des éléments grecs et des éléments italiques pour former une culture particulière280.

    185En ce qui concerne la scène de plongeon, les comparaisons sont très limitées : du côté grec, il existe une amphore à figures noires attribuée au Peintre de Priam, conservée au Musée national étrusque de Villa Giulia (fig. 55)281.

    Fig. 55. Amphore attique à figures noires attribuée au Peintre de Priam. Rome, Musée national étrusque, inv. 106463.

    Domaine public, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Bathing_girls_MNE_Villa_Giulia_106463.jpg

    186L’image présente quelques caractéristiques semblables à celles de la tombe du Plongeur : deux arbres encadrent la scène, un personnage plonge à partir d’une structure construite. En revanche, le contexte est complètement différent : le plongeon et le bain de plusieurs personnages féminins se déroulent dans une atmosphère qui ne peut pas être comparée à celle du Plongeur282.

    187Le deuxième exemple est celui de la peinture étrusque de la tombe de la Chasse et de la Pêche (fig. 56)283.

    Fig. 56. Tarquinia, nécropole de Monterozzi. Tombe de la chasse et de la pêche.

    Domaine public, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Tomb_of_hunting_and_fishing,_Monterozzi_necropolis,_Tarquinia,_Italy.jpg

    188Ici, les liens sont plus étroits car il s’agit du seul autre cas connu d’association entre une scène de banquet et une scène de plongeon. Toutefois, le banquet étrusque s’organise de manière différente, avec des scènes du couple d’époux difficilement comparables au banquet grec. De la même façon, les deux scènes de plongeon ne peuvent pas être comparées aussi facilement : L. Cerchiai met en rapport les deux tombes à partir d’une interprétation iconologique qui souligne l’aspect érotique commun au banquet et au plongeon, et il met en évidence l’intégration des deux thèmes dans un même système iconographique284. Malgré les possibilités de parallèle, il affirme l’appartenance de ces images à deux aires culturelles différentes mais en contact l’une avec l’autre. Pour reprendre M. Cagiano de Azevedo, « siamo dunque in Magna Grecia e la tomba è magnogreca, non greca e ancor meno etrusca285 ».

    189Comme l’a remarqué A. Rouveret, la tombe de la Chasse et de la Pêche et l’amphore du Peintre de Priam diffèrent de la tombe du Plongeur : « dans les deux cas, le plongeon ne représente qu’une petite partie d’une scène plus vaste où interviennent des personnages nombreux286 », tandis que la scène de Poseidonia concentre toute l’attention sur le seul personnage du plongeur287. Ce constat lui permet de proposer une interprétation métaphorique de cette image288. Parmi les différentes interprétations du motif figuré, nous suivons l’hypothèse d’une métaphore de la mort plutôt qu’une scène liée au domaine sportif289. L’interprétation d’A. Rouveret290 prend appui sur certains textes, en particulier d’Homère291, où l’expression « plonger dans l’Hadès » ou « dans la terre » est utilisée dans un sens métaphorique292. Dans le même sens, A. Pontrandolfo a suggéré que les portes de l’Hadès étaient marquées, à l’époque archaïque, par une seule colonne et, seulement dans un second temps, par deux colonnes293. Ainsi la structure architecturale figurée dans la scène du plongeon pourrait représenter la porte de l’Hadès ou les colonnes d’Héraclès. Quoi qu’il en soit, nous retiendrons surtout que la structure construite peut symboliser une limite et son franchissement par le plongeur, dans une métaphore du passage dans l’au-delà294.

    Interprétation

    190L’analyse du contexte archéologique de la tombe autorise à tirer des conclusions sur le faciès social de l’individu déposé et de sa communauté, afin de mieux connaître l’organisation économique, sociale, culturelle et ethnique d’une zone frontalière et de contacts entre Grecs et populations d’autres origines. La mise au point d’un cadre conceptuel au début de cet ouvrage295 peut maintenant venir en aide pour interpréter le contexte d’identité ethnique et culturelle véhiculé par cette tombe. Nous pouvons ainsi faire appel à l’œuvre d’Hérodote296 qui livre une conception de l’identité des peuples non grecs à partir de leurs coutumes et de leurs savoirs partagés.

    191En ce qui concerne le thème du plongeon, l’interprétation métaphorique de la mort et du passage vers l’au-delà repose sur une série de témoignages écrits grecs, depuis Homère et à travers toute la tradition poétique grecque, jusqu’à la philosophie et aux conceptions pythagoriciennes ou orphiques de l’existence297. Cette utilisation métaphorique peut donc se rattacher à un ensemble culturel grec. Néanmoins, l’analyse attentive des peintures montre des aspects divergents entre ces fresques et les coutumes grecques. Si le thème du banquet est grec, son usage en contexte funéraire à l’époque archaïque ne l’est sans doute pas ; si le plongeon interprété de façon métaphorique peut se rattacher à la culture érudite grecque, dans l’état actuel de la documentation, il est absent du répertoire iconographique connu pour le monde grec d’époque classique ; si la figuration humaine est courante, l’intérieur d’une tombe ne fait pas partie des supports possibles ; enfin, l’association du thème du banquet avec celui du plongeon se retrouve seulement dans un milieu non grec, le milieu étrusque de la tombe de la Chasse et de la Pêche. Nous aboutissons donc au paradoxe suivant : les élément pris séparément sont grecs, mais leur emploi et leur assemblage ne le sont guère. La juxtaposition de nombreux éléments grecs dans une combinaison qui ne correspond pas aux modèles grecs peut être interprétée comme une certaine exagération dans la volonté d’afficher son adhésion à la culture grecque. Par conséquent, l’idée d’une possible revendication volontaire de certains éléments culturels par un individu ou une communauté peut constituer une piste dans l’interprétation de toutes ces anomalies.

    192Le contexte topographique de la nécropole est le point de départ pour affirmer une identité de la communauté en dehors du cercle privilégié des citoyens grecs298. Au début du ve siècle, Poseidonia est encore une cité grecque avec tous ses signes caractéristiques. En revanche, comme toute installation coloniale, elle est en contact direct avec d’autres populations et pas seulement des communautés autochtones. Elle est particulièrement touchée par ces interférences culturelles, puisqu’elle est une cité frontalière entre la Grande Grèce et la région étrusco-campanienne au nord du Sele. De plus, la nécropole et les peintures de la tombe du Plongeur constituent un témoignage essentiel sur les contacts entre populations à l’intérieur du territoire de la cité, ce qui est exceptionnel. L’hypothèse d’identifier à Tempa del Prete, comme à Linora et au Gaudo, un groupe social aisé mais qui n’appartenait pas au cercle plus restreint des citoyens, soit des marchands ou des artisans ayant un statut comparable à celui de métèques, peut expliquer aussi l’origine de sa richesse.

    193L’individu déposé dans la tombe a adopté un cadre iconographique grec pour une représentation qui n’est pas conforme aux modèles grecs. Un autre thème iconographique pouvant se rapprocher de cette métaphore du passage est celui des Sirènes et de leur chute dans la mer (καταποντισμός). Nous avons vu plus haut combien ces figures, interprétées comme des sortes de « génies de passage », s’accordaient bien avec la thématique de la frontière et combien elles sont liées au contexte des côtes tyrrhéniennes. La représentation du plongeon doit être ainsi associée à la symbolique de la frontière.

    194Enfin, l’appartenance ethnique d’une communauté peut être perçue à travers ses mœurs et leur représentation consciente. L’analyse des images fait soutenir l’hypothèse d’une manifestation de la volonté d’être grec, dans une affirmation identitaire comparable aux « colons qui veulent passer pour plus grecs que les Grecs de métropole299 ». Le mélange inattendu d’éléments grecs dans une sorte d’exagération peut ainsi trahir le statut du défunt. D’une aisance économique certaine, l’individu n’est pas complètement intégré dans le cercle le plus élevé de la cité, mais il peut revendiquer un statut, voire une culture ou une identité, qu’il n’a pas300.

    195A. Rouveret a bien montré la circulation de certains motifs dans une sorte de koinè culturelle entre Grecs, Étrusques et Italiques, dès la haute époque archaïque301. Ici, il y a peut-être aussi un usage particulier d’un ensemble d’éléments partagés entre communautés de diverses origines.

    196L’approche de l’interculturalité peut se révéler opérante dans notre interprétation. Comme cela a été dit dans l’introduction, cette notion permet de souligner les choix personnels de certains individus qui, en contexte interculturel (comme c’est le cas à Poseidonia), ne montrent pas nécessairement le comportement attendu des membres de leur communauté. Dès lors, ce document exceptionnel peut être le résultat d’un choix particulier ne correspondant pas à une identification communautaire claire.

    197L’idée de la revendication d’un statut que l’on veut s’approprier reste une hypothèse. À Poseidonia, il importe de souligner la mixité ethnique d’une partie considérable de la population, aux statuts différents, aux degrés variables d’intégration selon les modèles sociaux, culturels ou économiques. En définitive, cette tombe serait le signe d’un fort pouvoir d’attraction de la cité grecque à cette époque.

    Le territoire au ive siècle

    198À l’extrême fin du ve siècle, un changement majeur s’opère dans la société de Poseidonia. Il est rapporté par les sources écrites et perceptible à travers l’expression identitaire d’une nouvelle élite de la cité.

    L’hégémonie lucanienne

    199Les textes sont rares et Strabon (V, 4, 13 et VI, 1, 3) constitue la principale source sur la conquête de Poseidonia par les Lucaniens302. Il faut y ajouter le fragment d’Aristoxène de Tarente évoquant la « barbarisation » de Poseidonia, devenue « tyrrhénienne ou romaine », qui a changé de langue et de coutumes303. En revanche, l’architecture des édifices du centre urbain datés de la période de la conquête lucanienne ne montre aucun saut qualitatif majeur attribuable à un changement de composition de la population304. La nouvelle élite utilise les structures préexistantes et, pour les nouvelles constructions, les techniques sont similaires. Le témoin majeur de la continuité d’utilisation des édifices préexistants est une inscription rédigée en osque sur un cippe en calcaire provenant de l’ekklesiastérion305. Sans que l’on en connaisse les modalités précises, il importe de souligner la continuité d’utilisation de l’édifice d’assemblée par les Lucaniens. Il s’agirait d’un signe, dans le centre politique, de ce qu’A. Rouveret a interprété comme la « citadinisation » des élites italiques lucaniennes306 : elles s’adaptent à une vie en cité, dans le double sens culturel et urbanistique, en absorbant des comportements propres aux Poseidoniates vaincus.

    200Toutefois, l’inscription ne contribue guère à préciser la datation et les conditions de la conquête lucanienne de Poseidonia. La numismatique peut fournir quelques éléments supplémentaires. On note un changement dans le langage figuratif ainsi que dans l’écriture de la légende des statères en argent les plus récents : on passe de Ποσειδάνια à Ποσειδώνια ; la chronologie est à situer dans le premier quart du ive siècle307. Ce nouveau type monétaire a été interprété comme l’un des signes de la nouvelle organisation de la cité sous la domination des Lucaniens.

    201Un deuxième dossier numismatique est sujet à controverse308. Quelques monnaies portent la légende paistano à côté de la tête couronnée d’un jeune homme et présentent la figure des Dioscures au revers. Leur datation et leur attribution font l’objet de discussions : certains spécialistes veulent les placer à la fin de la période lucanienne309, vers la fin du ive siècle ; d’autres voient l’utilisation de l’alphabet latin comme le signe majeur de l’appartenance à la colonie latine310. En tout cas, le nom de la cité à l’époque romaine, Paestum, n’est probablement pas d’origine latine ; il pourrait être un mélange de noms italiques, peut-être venant de Paiston311. En définitive, il est difficile de déterminer précisément quand la cité a changé de nom et il est plus prudent de lier ce changement à la conquête romaine plutôt qu’aux Lucaniens.

    202Outre ces maigres témoignages, le contexte funéraire constitue la principale source d’information sur toute l’époque lucanienne (fig. 57). En effet, pendant la dernière décennie du ve siècle av. J.-C., on constate qu’une grande transformation s’effectue dans les rituels funéraires, notamment dans les nécropoles d’Andriuolo (no 52), du Gaudo (no 47) et de Santa Venera (no 64)312.

    Fig. 57. Carte du territoire de Poseidonia à l’époque lucanienne (ive siècle av. J.-C.).

    Élaboration de l’auteur.

    203Le processus est progressif. On relève d’abord une diminution très nette du nombre de tombes datables du dernier quart du ve siècle, et ce pour l’ensemble des nécropoles de Poseidonia. Plus particulièrement dans les nécropoles urbaines mentionnées, certaines tombes de l’extrême fin du ve siècle livrent un mobilier totalement divergent de celui des tombes plus anciennes.

    204La coutume grecque – où il n’y avait pas de grande différence liée au niveau social ou au sexe des individus dans le matériel déposé dans les sépultures – est remplacée par une coutume dite « italique », où ces différences sont bien marquées par le matériel des tombes313. L’identité lucanienne transfère la stratification sociale de sa communauté au monde des morts : le premier signe en est la déposition d’armures et d’armes avec le défunt. On retrouve parfois l’armure complète (une cuirasse à trois disques, deux jambières, un casque et un ceinturon en bronze) ainsi que des armes (pointes de lance et épées). Outre les objets en métal à caractère militaire ou les fibules, les tombes lucaniennes contiennent un nombre beaucoup plus élevé de vases dont la forme semble varier selon le sexe du défunt : les vases en relation directe avec le banquet, notamment les cratères, se retrouvent plutôt dans les tombes masculines, tandis que les hydries se retrouvent dans les tombes féminines314.

    205Le phénomène le plus parlant est celui des tombes peintes lucaniennes. Elles signalent un grand prestige et sont réservées à une élite : une centaine seulement sont peintes, sur un total de plus de mille découvertes jusqu’à présent, la majorité absolue étant concentrée dans les nécropoles urbaines, surtout à Andriuolo315. Leurs motifs sont multiples316 ; on remarque en particulier la scène du retour du guerrier (fig. 58), qui renforce les valeurs militaires intimement liées à la conquête de Poseidonia par la force des armes.

    Fig. 58. Nécropole d’Andriuolo. Tombe peinte lucanienne no 58, paroi ouest. Musée archéologique national de Paestum, inv. 21 599.

    Cliché de l’auteur, su concessione n. 18/2025 del Ministero della Cultura – Parchi Archeologici di Paestum e Velia.

    206Les Lucaniens s’emparent également de Laos au début du ive siècle317 et leur expansion continue jusqu’à la moitié du siècle, quand ils arrivent aux abords de plusieurs cités grecques des côtes tyrrhénienne et ionienne, comme Thourioi. Les sources écrites confirment l’importance des valeurs guerrières perceptibles dans les peintures. En effet, leur organisation était réputée efficace en temps de guerre, avec un gouvernement central pour gérer l’armée318.

    207Au milieu du ive siècle, les Lucaniens possédaient une ville faisant office de capitale, Petelia (Strongoli), sur le territoire placé précédemment sous l’hégémonie de Crotone. Après 356 av. J.-C., leur territoire se réduisit au sud, allant désormais uniquement jusqu’aux bords du fleuve Laos, à la suite du clivage avec les Bruttiens qui occupaient la Calabre. À l’est, en revanche, leur territoire s’étendait jusqu’au fleuve Bradano.

    208Les guerres de la fin du ive et du début du iiie siècle marquèrent la complexité de la situation politique, territoriale et ethnique de l’Italie du Sud319, faite de multiples oppositions et alliances entre les peuples italiques (Lucaniens, Samnites, Bruttiens), les Grecs (en particulier les Tarentins et les Napolitains) et les Romains. Finalement, ces derniers conquirent cette région pendant le deuxième quart du iiie siècle ; la déduction de Poseidonia, devenue la colonie de droit latin appelée Paestum, date de 273 av. J.-C.320. Enfin, la cité qui constituait la grande rivale de Rome en Italie du Sud, Tarente, fut conquise en 272 av. J.-C. M. Crawford met en cause une grande partie de ce schéma321. Il soutient que les changements politiques et militaires, à partir de la conquête de Poseidonia par les Lucaniens, puis par les Romains, n’eurent pas de conséquences directes et immédiates sur les monuments dont les vestiges sont visibles aujourd’hui. Son idée est que les changements repérés par les archéologues sont le résultat d’un processus de longue durée et qui intervient indirectement. Par conséquent, il nie la possibilité de distinguer nettement, à travers les données archéologiques, les différentes phases de la vie de Poseidonia, comme les conquêtes lucanienne et romaine. Sans débattre en détail, il est important d’insister sur les acquis de la recherche à Poseidonia pendant plusieurs années. Malgré la continuité d’utilisation de la plupart des monuments du centre urbain et des sites de la campagne pendant les époques grecque et lucanienne, le territoire de la cité montre les signes incontestables d’un changement fondamental dans son mode d’occupation.

    L’occupation intensive du territoire

    209Si l’on perçoit les modifications du mode d’occupation des terres à Poseidonia au ive siècle, il faut les mettre en contexte, puisqu’il n’y a pas nécessairement de lien direct avec la conquête lucanienne. D’autres cités coloniales grecques ont subi une transformation similaire, avec une plus grande diffusion des sites disséminés dans la campagne. Le cas paradigmatique est celui de Métaponte, mais – comme cela a été rappelé ci-dessus – cet exemple est très complexe. La cité de Métaponte présente un profil cyclique dans la forme d’occupation de la campagne, alternant des moments d’intense activité et d’augmentation du nombre des fermes (au milieu du vie, dans le deuxième quart du ve et au milieu du ive siècle av. J.-C.) avec des moments de réduction322.

    210À Poseidonia, bien que l’on retrouve des signes importants d’un développement considérable vers la fin du vie siècle, en ce qui concerne l’occupation des terres et dans l’état actuel de nos connaissances, seule la phase d’intensification du ive siècle peut être mise en parallèle avec l’exemple métapontin. Le changement est perceptible avec grande netteté à partir du milieu du ive siècle. Quelques nécropoles extra-urbaines sont datables du début du siècle mais, à compter d’environ 360 av. J.-C.323, le territoire livre un nombre beaucoup plus élevé d’établissements. Toutes nos connaissances proviennent des nécropoles et les habitations qui devaient se situer à proximité n’ont pas été retrouvées. Le type le plus courant est représenté par une petite nécropole, appartenant probablement à une seule famille et utilisée pendant une ou deux générations. En l’absence de témoignage écrit précis, rien ne peut être affirmé avec certitude sur le régime politique et les formes d’organisation sociale de Poseidonia324. Par conséquent, il est également impossible de déterminer qui pouvait ou ne pouvait pas recevoir une sépulture construite en pierres, si cette pratique était plus ou moins diffuse dans la société et non réservée à une élite325.

    211Ce nouveau mode d’organisation marque un renversement de l’équilibre des forces entre la πόλις et la χώρα, entre la ville et sa campagne. E. Greco et D. Theodorescu326 ont proposé l’hypothèse de l’apparition d’une classe intermédiaire à la campagne, peut-être issue d’une redistribution des terres327, et du développement de cultures agricoles spécialisées requérant la présence du paysan tout au long de l’année sur le domaine cultivé. Si l’on considère les décorations peintes à l’intérieur des tombes comme un signe de prestige à cette époque, leur rareté dans le territoire indique la présence d’une classe intermédiaire qui avait les moyens de construire des tombes en pierre mais pas assez pour faire peindre l’intérieur, sauf rares exceptions. Néanmoins, il est important de souligner la richesse du mobilier de certaines sépultures. Sans pouvoir déterminer avec précision un statut socio-économique, il s’agissait probablement de familles relativement aisées habitant la campagne, même si, pour la plupart, elles n’atteignaient pas le sommet de la société. En revanche, les traces des classes populaires, voire subalternes, sont presque totalement absentes.

    212La grande difficulté d’interprétation résulte de la très courte durée d’utilisation de la majorité de ces établissements, pendant une ou deux générations uniquement. S’il y a eu une redistribution des terres vers le milieu du ive siècle, comme les tombes se raréfient ensuite, il faut se poser la question de ce qui pourrait expliquer ce phénomène. En effet, rien ne permet d’établir le régime d’occupation des terres ni l’évolution de la concentration ou de la distribution des terres, et aucun indice n’explique l’abandon de ces petites nécropoles après une utilisation pendant une ou deux générations. De fait, cette occupation plus intensive du territoire ne laisse pas de marques de division des terres : aucune trace n’a été trouvée, ni de l’époque grecque ni de la période lucanienne. Les seuls vestiges visibles d’une division régulière des terres à Poseidonia datent de l’époque romaine. D’après les recherches de D. Gasparri328, à partir de la photo-interprétation et des données de fouille, les traces visibles sont dues à la centuriation qui date du début de l’époque romaine, c’est-à-dire du deuxième quart du iiie siècle. Cette centuriation s’est faite selon le modèle de la strigatio : à Paestum, ce sont vingt-deux bandes parallèles et équidistantes, dont les divisions suivaient un schéma « canal-voie-canal » de 20 m de largeur dans le meilleur exemple conservé. Ces divisions de la propriété foncière s’étendent sur environ 3 000 ha, jusqu’au cours du fleuve Capodifiume à l’est et jusqu’au Sele au nord. Chaque bande de terre cultivable (strigatio) est large de 285 m, ce qui correspond à huit actus de 35,5 m. Certaines de ces divisions sont encore visibles puisqu’elles ont été reprises par des petites voies utilisées jusqu’à nos jours.

    213Pour l’analyse des sites archéologiques retrouvés dans le territoire au ive siècle, il est inutile de reprendre des descriptions détaillées et individuelles. La majorité des vestiges correspondent à une petite nécropole comportant une seule ou un nombre très réduit de tombes et brièvement occupée.

    214Une première catégorie correspond aux nécropoles datées du début de l’hégémonie lucanienne. Seul le site de Licinella (no 65) livre les traces d’une occupation qui débute à la fin du ve siècle329 ; les vases ont été retrouvés lors des explorations du xixe siècle et les informations dont nous disposons sont trop labiles pour une analyse plus approfondie de cette première phase d’occupation. La nécropole est plus importante dans une deuxième phase : au moins 91 tombes du ive siècle ont été trouvées, dont une sépulture avec décoration peinte datée des décennies finales du siècle ; les scènes représentent un quadrige conduit par un personnage masculin barbu sur la plaque sud et plusieurs personnages sur celle du nord, avec une scène de pugilat, un joueur d’aulos, un homme tenant une lance et une femme portant une hydrie sur la tête330. Un objet d’une qualité exceptionnelle provenant probablement de cette nécropole a attiré l’attention des chercheurs : un cratère représentant la folie d’Héraclès, signé par Assteas331. Outre ce bel objet et la tombe peinte, on recense une structure funéraire très rare à Poseidonia : un hérôon, découvert et fouillé par P. C. Sestieri en 1936 et en 1947332. Au total, trois structures de ce type ont été mises au jour dans le territoire, celle de Licinella et deux autres dans la nécropole du Gaudo (no 47). Ces trois vestiges sont des démonstrations évidentes de prestige et attestent l’importance de cette nécropole pour un groupe social privilégié de la société du ive siècle.

    215La nécropole de Licinella présente plusieurs signes clairs d’un certain prestige et elle est la seule dont l’utilisation commence peu après la conquête lucanienne. Ces deux éléments ne coïncident pas dans le temps, puisque les signes de richesse sont plus tardifs. Cette nécropole et celle du Gaudo sont toutes deux proches du centre urbain, mais elles sont distinctes des nécropoles dites urbaines utilisées auparavant par l’élite grecque. Elles témoignent d’un nouveau mode d’occupation de l’espace à travers le domaine funéraire et de l’emploi de marques de prestige et de stratification sociale par l’élite lucanienne.

    216La deuxième catégorie de nécropoles du ive siècle est composée de celles dont la datation n’a pu être affinée : les notices parlent uniquement de « nécropole lucanienne » ou de « nécropole du ive siècle ». Ce groupe rassemble le plus grand nombre de sites et leur distribution géographique est très étendue. Quelques-unes de ces tombes sont peintes.

    217Certaines nécropoles ont un nombre plus élevé de dépositions, distribuées entre la première moitié et la fin du ive siècle. Deux sites forment un sous-ensemble : Spina (no 51) et Fuscillo (no 61). Tous deux se situent dans des zones proches du centre urbain, à moins de 3 km des murailles et à proximité d’autres nécropoles d’utilisation antérieure et contemporaine. À Spina, les traces d’un canal de drainage, probablement plus ancien que la nécropole, ont été mises au jour. Son remplissage a livré de nombreux fragments d’amphores de transport datées entre le ive et le début du iiie siècle, donnant des indices sur la période de son abandon. Le système de drainage ne semble pas avoir de lien direct avec la nécropole et son usage n’a pas pu être mieux précisé. Il s’agit probablement de la bonification d’un établissement agricole sans rapport avec l’installation de la nécropole. Le site de Fuscillo a livré 16 tombes, toutes datables du ive siècle. Il s’agit de nouveau d’un site très proche de deux autres nécropoles, celles de Tempa del Prete (no 62) et de Spinazzo (no 59). À Fuscillo on remarque l’existence d’une carrière exploitée dans l’Antiquité, sans que l’on puisse dater plus précisément son utilisation. Peut-être s’agit-il d’une nécropole liée à l’activité de la carrière. Cependant, une tombe à chambre découverte en 1854 était décorée de peintures figurant notamment un guerrier lucanien. Le type de construction (tombe à chambre) et la présence de peintures indiquent la richesse de la famille du défunt et conviennent mal avec une nécropole destinée aux travailleurs de la carrière. D’autre part, les deux nécropoles proches ont livré des sépultures assez riches, comportant des peintures figurées ou des enduits peints en bandes de couleurs. Il est impossible de déterminer les raisons de la présence d’une tombe aussi riche à Fuscillo plutôt que dans l’une des deux autres nécropoles où les signes de prestige sont plus courants.

    218Le sous-ensemble le plus nombreux est composé de petites nécropoles utilisées par un noyau de la population très restreint. Ce type de témoignage a permis de voir un système d’occupation diffus, identifié par des nécropoles mono-familiales et utilisées pendant une ou deux générations. Les cas les plus courants sont des nécropoles comptant moins de dix dépositions : Masseria Sabatella (no 5), Chiusa del Cerro (no 6), Matinella (no 10), Scigliati (no 12), Vallone del Bagno (no 15), Cerrina (no 16), Bosco (no 18), Tempone (no 21), Riva sinistra del Calore (no 23), Tempa di Pilato (no 23), Chiusa (no 26), Magazzeno (no 27), Gueglia (no 45), Cafasso-Vanullo (no 46), Terra del Tesoro (no 49), Tempa di Lepre (no 68), Isca di S. Martino (no 69).

    219Dans ce groupe, on distingue les sites avec tombes peintes : Riva Sinistra del Calore et Cafasso-Vanullo333. Ce dernier constitue un cas unique car les cinq tombes qui y ont été découvertes sont peintes334. La tombe la plus ancienne (no 5) est datée de 370-360 av. J.-C., les plus récentes (nos 1 et 3) datent du troisième quart du siècle. Il est difficile d’expliquer une telle concentration de tombes peintes dans une petite nécropole relativement proche du centre urbain et des nécropoles urbaines plus grandes. Cafasso-Vanullo se situe à moins de 3 km des murailles de la ville. Cette zone intermédiaire entre les nécropoles urbaines et la campagne montre plusieurs exemples d’une occupation par des membres privilégiés de la communauté lucanienne. C’est une caractéristique bien distincte des époques précédentes (avant la fin du ve siècle), avec comme seul exemple Tempa del Prete (no 62 : tombe du Plongeur et quelques sépultures comportant un enduit peint avec un motif à bandes de couleurs). Le site de Riva sinistra del Calore (no 23) s’éloigne de la proche périphérie et se situe à plusieurs kilomètres au nord-est, à proximité de l’actuelle commune d’Altavilla Silentina. Les notices sur cette nécropole découverte en 1856 sont très succinctes et rapportent l’existence de quelques tombes « magnifiques ». Certaines étaient peintes en rouge et l’une d’entre elles avait une décoration figurée représentant un char, une grenade et un combat entre un coq et un serpent335. Cette localité doit être analysée avec deux autres, situées à peu de distance : Tempa di Feo et Tempa di Pilato (no 23). La première se compose uniquement de deux tombes, malgré des recherches effectuées sur une superficie d’environ 800 m2. Une des tombes comportait une décoration peinte et un mobilier de vases à figures rouges ainsi que deux ceinturons en bronze, tandis que l’autre était privée de tout mobilier et même d’enduit sur les parois. L. Viola a identifié la déposition d’un homme riche et de son serviteur336. Le site a livré aussi une citerne contenant un matériel très hétérogène et une petite structure à la fonction et à la datation indéterminées. Tempa di Pilato se caractérise par une petite nécropole très pauvre, découverte en 1861. Certaines des tombes n’étaient pas recouvertes par des dalles de travertin taillé, comme la majorité des tombes de Poseidonia, mais par des moellons de pierre locale entassés. Le mobilier était très pauvre, comportant de petits vases en céramique commune. La description est trop succincte pour tirer davantage de conclusions, mais l’existence d’une nécropole appartenant clairement à un groupe social humble doit être relevée. Le témoignage de ce type de population est très rare ; il permet d’entrevoir une occupation des terres par des individus démunis. Ces derniers ne constituaient sans doute pas la classe la plus basse de la société puisqu’ils pouvaient tout de même offrir aux défunts des sépultures construites en pierre et quelques éléments de mobilier. Cependant, la comparaison avec les autres nécropoles révèle le niveau social plus bas de cette communauté et invite à la prudence lors des tentatives d’analyse de la composition sociale des populations de la campagne.

    220L’élément essentiel est la proximité de deux petites nécropoles présentant des signes de grande richesse et des marques de frugalité. Ce secteur proche d’Altavilla Silentina, dans la région de la vallée du Calore, était certainement un endroit singulier. Il serait tentant de proposer, avec prudence, l’identification d’un lieu de passage et de commerce grâce à la proximité de la rivière, qui expliquerait la présence de deux petits noyaux de population aisée. Le caractère unique de cette zone est à souligner, lieu de confluence de divers éléments, certains propres à la campagne de Poseidonia, d’autres en rapport avec l’arrière-pays relié par la vallée du Calore.

    221Une autre catégorie d’établissement est composée par quelques très petites nécropoles à une seule tombe et dont la datation est restée relativement vague dans le ive siècle : Ponte Barizzo (no 8), Tempa S. Paolo (no 41) et Fornilli (no 44). Dans cette catégorie, on peut ajouter les sites décrits comme des « établissements », sans plus de précision ; il s’agit de traces d’occupation avec des fragments céramiques retrouvés en surface, parfois à proximité d’une très petite nécropole, comme à S. Lorenzo (no 30), Casalotti (no 32), Monte di Capaccio (no 37), Capaccio – Chiesa di S. Vito (no 43), Trentinara (no 71), S. Felice (no 75), Contrada Galeota (no 76), Contrada Galiano (no 77). Compte tenu de leurs petites dimensions et de l’absence de structure, l’analyse de ces sites est difficile et d’une portée très limitée.

    222Dans cette liste, Monte di Capaccio (no 37) est le seul à mériter notre attention. Les recherches archéologiques sur les vestiges d’époque médiévale ont révélé un grand nombre de fragments de céramique en remploi, surtout des tuiles. Le caractère des vestiges du ive siècle et leur position géographique ont conduit M. Mello à suggérer une fonction plutôt militaire pour ce site337 ; en effet, il constitue un point de vue particulièrement privilégié sur toute la plaine, mais aucun autre élément ne permet une telle affirmation. Rien, par conséquent, n’atteste une fonction militaire ou de contrôle du territoire, et aucune structure datée avant l’époque médiévale n’a été découverte. Il faut toutefois remarquer qu’il s’agit du point culminant du territoire de Poseidonia.

    223Sur d’autres sites, plusieurs vestiges ont permis une datation un peu plus précise dans les années centrales du ive siècle et ils constituent ainsi une catégorie importante. À partir des données archéologiques disponibles, c’est à partir d’environ 370 ou 360 av. J.-C. que le territoire de Poseidonia présente un nombre plus élevé d’établissements338. Cette affirmation relève de deux situations : soit plus de vestiges dans des nécropoles déjà existantes, soit de nouveaux établissements dans un espace vierge. Les petites nécropoles de ce dernier cas sont : S. Cesareo (no 9), Torre dei Raccoli (no 19), Scalareta (no 22), Quercione (no 24), Mattina Grande (no 25), Tempa Rossa (no 35), Eredita (no 72), Mattine (no 73), Muoio (no 78), Contrada Cupa (no 79). À cette liste, il faut ajouter les localités comportant une seule tombe datée du milieu du ive siècle : Laura (no 7), Tempa dell’Acero (no 29), Tempa Bianca (no 34), Contrada Vecchia (no 80), Madonna del Carmine (no 81), dont plusieurs ont livré des vases attribués aux ateliers d’Assteas et de Python339.

    224Certaines de ces nécropoles comportaient des tombes peintes : Scalareta (no 22), Tempa dell’Acero (no 29), Tempa Rossa (no 35), Quercione (no 24), avec des tombes comportant un enduit peint, notamment en rouge.

    225La localisation de ces nécropoles apporte quelques renseignements. Tempa dell’Acero, sur la rive gauche du Calore, est l’un des sites les plus au nord du territoire de la cité. Il s’agit d’une seule tombe, ce qui limite beaucoup la portée de tout commentaire sur ce lieu. Cependant, il est fondamental de remarquer la présence d’une tombe peinte à une grande distance de la cité et sans autres vestiges dans la zone environnante.

    226Tempa Rossa doit être étudié en parallèle avec une autre nécropole, située à environ 800 m au nord, Tempa Bianca (no 34), avec sa riche tombe à chambre comportant environ quarante pièces de mobilier. Les deux sites se trouvent à proximité du sanctuaire de Fonte (no 33) : Tempa Bianca est situé à seulement 500 m au nord-ouest de celui-ci340. Grâce à l’analyse de leur mobilier, notamment des objets en métal utilisés dans les foyers (broche et chenet) et des amphores à vin, V. Viola a proposé une idéologie funéraire un peu différente des coutumes locales. Son étude a rapproché ce mobilier des attestations d’un faciès italique, comme dans les tombes d’Eboli341, de Pontecagnano342 et dans la tombe princière de Monte Pruno. Les parallèles avec d’autres sépultures de Poseidonia sont rares, sauf pour les tombes no 2 (1957) et no 6 (1957) du Gaudo343. Ces éléments de comparaison montrent la complexité des rapports entre les populations de la région : on peut voir des éléments grecs dans les tombes italiques d’Eboli, Pontecagnano et Monte Pruno ou, inversement, des éléments italiques dans les tombes de Poseidonia. Plutôt que de continuer à opposer des arguments qui tentent de déterminer l’identité ethnique des groupes, Grecs ou Italiques, il est certainement plus avisé d’insister sur le caractère mixte de ces attestations.

    227Cette mixité dans la campagne de Poseidonia, notamment à proximité de Fonte (no 33), renforce l’idée d’une frontière, certes poreuse, dans ce secteur du territoire. Cette frontière peut relever de deux aspects, l’un géographique ou spatial, l’autre ethnique ou culturel, en termes de rencontre des cultures et d’échanges. Il est tentant de voir à Fonte la coïncidence de ces deux significations de la frontière, en tant que limite du contrôle du territoire par la cité et lieu d’échanges interethniques et interculturels.

    228Les descriptions des tombes de Tempa Bianca (no 34) et de Tempa Rossa (no 35) confirment, au milieu du ive siècle, le même type de mélange d’éléments d’origine diverse, comme l’on a déjà remarqué pour les sites entourant Fonte, à Boccalupo (no 33) et à Tempalta (no 31). Il semble ainsi qu’une possible ligne de frontière de Poseidonia n’ait pas beaucoup évolué dans cette partie du territoire.

    229La comparaison avec la portion nord-est, vers l’actuelle commune d’Altavilla Silentina, montre une situation différente. À Scalareta (no 22) et à Quercione (no 24), on a trouvé respectivement une tombe peinte et trois sépultures décorées d’enduit blanc, dont une avec des bandes rouges. Si l’on met ces tombes en relation avec celles de Riva sinistra del Calore et de Tempa di Feo (no 23), il est possible d’identifier une zone relativement concentrée avec quelques tombes peintes. Cette concentration renforce l’idée d’une partie charnière du territoire de la cité.

    230La localisation de ces sites sur une carte peut indiquer les limites de l’occupation intensive du territoire suivant la direction formée par le sanctuaire de San Nicola di Albanella et les collines d’Altavilla Silentina (voir fig. 57). Jusqu’au ve siècle, l’occupation du territoire peut être suivie par la localisation des sanctuaires et celui de San Nicola semble marquer la limite nord-est. Au ive siècle, outre les sanctuaires, les nécropoles sont essentielles pour établir un panorama plus complet. Ainsi, les tombes les plus riches constituent un signe particulièrement important car elles indiquent les lieux de prédilection de certains membres d’un groupe social privilégié. Si des familles moins aisées peuvent habiter des zones sans importance pour la cité, il est peu probable qu’un ensemble de membres d’une certaine élite ait choisi des endroits particulièrement éloignés sans aucune justification. La proximité de la vallée du Calore est vraisemblablement la raison d’être de ces établissements. On peut supposer que les activités dérivées de la rivière, surtout le commerce avec les populations de l’arrière-pays, rapportaient la richesse nécessaire pour la construction de tombes aussi prestigieuses. Identifier ici la frontière de la cité est une hypothèse invérifiable dans l’état actuel de la recherche, mais cela semble tout à fait plausible, surtout avec la concordance de tant d’éléments dans ce sens.

    231À l’extrême opposé géographique, une petite nécropole comportant des signes majeurs de prestige constitue le témoignage situé le plus au sud du territoire de Poseidonia, très proche du fleuve Testene. Contrada Vecchia (no 80) a livré une riche tombe peinte à chambre, avec un mobilier d’environ 65 pièces (fig. 59)344.

    Fig. 59. Contrada Vecchia d’Agropoli. Tombe à chambre no 11/1967. Musée archéologique national de Paestum.

    Cliché de l’auteur, su concessione n. 18/2025 del Ministero della Cultura – Parchi Archeologici di Paestum e Velia.

    232L’effet miroir, aux extrémités nord et sud du territoire de Poseidonia, de quelques-unes des plus riches tombes de la cité renforce notre hypothèse. Cette occupation des zones opposées est contemporaine, les deux se situent à proximité de rivières, qui signalent des voies de communications privilégiées, bien adaptées au commerce. Contrada Vecchia n’a livré qu’une seule sépulture, mais d’une grande richesse et de la typologie des tombes à chambre, ce qui constitue un fait assez rare dans le territoire de Poseidonia. De plus, à proximité, la nécropole de Muoio (no 78) a livré une dizaine de tombes contemporaines. Par conséquent, il s’agit d’un petit noyau stable ; si ses activités économiques ne peuvent pas être déterminées avec précision, il est vraisemblable de supposer un lien avec la frontière, probablement le commerce.

    233Une autre catégorie peut être définie par les établissements qui montrent des signes d’occupation uniquement à partir de la fin du ive siècle. S’y rattachent les nécropoles de Strecara (no 3), Cappa Santa (no 11), Capaccio Scalo – Campo Sportivo (no 43) ; quelques établissements comme Calidoro (no 4), Rovine di Palma (no 20), Olivella (no 28), Seude (no 36), et deux localités ayant livré chacune une seule tombe : Gromola (no 2) et S. Giuseppe di Giungano (no 67). Ces sites ont un intérêt assez limité mais ils démontrent une certaine vitalité du territoire jusqu’à la veille de la conquête romaine. Il est important de remarquer que cette dernière catégorie comprend uniquement des établissements nouvellement occupés ; le tableau d’ensemble pour la fin du ive siècle doit inclure la majorité des localités décrites précédemment, qui continuent de donner des signes d’occupation, même si souvent celle-ci s’avère moins intense que dans les années centrales du siècle.

    234Il faut également remarquer deux tombes peintes, l’une à Cappa Santa (no 11), l’autre à Capaccio Scalo – Campo Sportivo (no 43). Cette dernière se trouve dans une zone périphérique de la ville et peut être mise en relation avec la nécropole de Cafasso-Vanullo (no 46), située à courte distance. Comme dans le cas du Cafasso, au Campo Sportivo de Capaccio Scalo (no 43), il s’agit d’une très petite nécropole dans une zone relativement proche du centre urbain, mais déjà au-delà du cercle plus proche des nécropoles dites urbaines. Appartenant à un autre type de raisonnement, Cappa Santa (no 11) peut être rapprochée de Scalareta (no 22) et de Quercione (no 24), ces trois localités étant à proximité du sanctuaire de San Nicola di Albanella (no 14) ; seule Cappa Santa présente des traces d’occupation uniquement à partir de la fin du siècle.

    235Un groupe est constitué de quelques petits établissements dont la fonction n’est pas déterminée. En général, ce sont des localités où aucune structure n’a été découverte et où le matériel retrouvé n’autorisait aucune attribution : Sigliaturi (no 17), Cortigliano (no 54), Giancesare (no 56), Maida (no 57), Giungano – Campo Sportivo (no 70). En raison de leurs petites dimensions et de leur fonction indéterminée, ces établissements ne permettent aucun commentaire.

    236Une dernière nécropole mérite d’être mentionnée, celle de Spinazzo (no 59). Située immédiatement au sud de Santa Venera (no 64) et à quelque 800 m au sud des murailles, cette nécropole déjà utilisée à la fin du vie siècle a livré un ensemble très intéressant de tombes à chambre à décoration peinte, datant en majorité du début du iiie siècle. Tout d’abord, on remarque dans le mobilier de certaines tombes des caractéristiques qui le rapprochent des traditions venant du Latium ou de Sicile. Les motifs figurés peints sont bien différents des motifs lucaniens. Ici, les peintures semblent exalter les valeurs de la hiérarchie familiale, dominée par la figure du pater familias. A. Pontrandolfo a suggéré qu’il s’agissait de la consolidation d’une nouvelle élite, suivant un modèle comparable aux equites campaniens345. L’idéologie exprimée à Spinazzo serait comparable à celle des élites romaines contemporaines mais développée selon un langage figuratif déjà présent à Poseidonia. Spinazzo serait donc la marque d’une composante supplémentaire dans la mixité de la cité : l’élément romain, latin ou « romanisé ». Cette vision s’accorde avec les mentions d’une élite locale qui s’allie aux Romains lors de leur conquête de l’Italie du Sud et qui, par la suite, se retrouve présente dans les listes des sénateurs romains venant de Paestum. Paradoxalement, après la déduction de la colonie latine en 273 av. J.-C., les élites paestanes cessent la pratique de la décoration peinte à l’intérieur de leurs sépultures et on ne retrouve plus rien de comparable aux tombes peintes du Spinazzo346.

    237Capodifiume (no 40) est le seul sanctuaire du territoire à livrer des traces de fréquentation uniquement au ive siècle. D’après le matériel votif retrouvé, les premiers signes d’occupation du lieu de culte datent des premières années du ive siècle, sans que l’on puisse identifier une structure de cette époque. Un édifice quadrangulaire composé de deux salles est construit, mais à l’extrême fin du ive ou au début du iiie siècle347. Malgré ses petites dimensions, une antéfixe latérale à palmettes et un fragment de sima à protomé léonine attestent la volonté de monumentaliser et de décorer cette structure. L’analyse du matériel votif datable du début du ive siècle, notamment des figurines féminines en terre cuite, indique un culte à Déméter et Koré. En revanche, un changement semble s’opérer vers la fin du siècle, à une époque probablement contemporaine de la construction de l’édifice. Dans cette seconde phase, on a retrouvé des statuettes d’Athéna et un certain nombre de figurines d’erotes. À partir de l’analyse du matériel votif, A. Serritella propose d’identifier un changement, non seulement de divinité, mais aussi de type de culte à cet endroit. Pour la spécialiste, les figurines du début du ive siècle se rapportent à un culte de tradition grecque, comparable aux attestations contemporaines venues de Sicile ; à l’inverse, les figurines de la fin du ive et du début du iiie siècle constituent une expression des traditions tyrrhéniennes et sont comparables aux vestiges provenant de la Campanie348.

    238Il est intéressant de souligner la localisation de ce lieu de culte au pied du mont Capaccio, à proximité de la source de la rivière. Sa position en bas de la colline, et non pas en hauteur, et le fait qu’il se situe dans une zone relativement proche du centre urbain font qu’il n’y a aucune raison de lui attribuer des fonctions de contrôle du territoire, contrairement à ce que l’on peut affirmer pour certains des sanctuaires extra-urbains marqueurs d’une frontière, voire simples lieux d’échange. Il doit ainsi être interprété comme un simple sanctuaire rural.

    Éléments de réflexion

    239La première observation faite sur le territoire de Poseidonia au ive siècle concernait la question du changement du mode d’occupation du territoire. Il est fondamental de rappeler que ce changement n’est pas un phénomène spécifique à Poseidonia349. La comparaison avec Métaponte est évidente, mais ce n’est pas la seule cité à présenter cette transformation : pour se limiter au contexte colonial, on peut évoquer les cas de Gela et Agrigente en Sicile, Istros, Olbia et Chersonèse en mer Noire. Le schéma interprétatif traditionnel propose que, jusqu’à la fin du ve siècle au moins, le mode d’occupation des terres dans le monde grec est défini surtout par les villages (κῶμαι) et que les fermes isolées sont un phénomène moins fréquent. Les résultats des prospections apportent, depuis un certain temps déjà, des nuances importantes350.

    240R. Martin351 s’était préoccupé de savoir les raisons d’un tel changement de comportement dans l’occupation des terres pour l’ensemble des cités grecques énumérées ci-dessus au ive siècle. Le spécialiste de l’urbanisme grec a mis en rapport les avancées techniques de construction de l’habitat grec et les possibilités d’emploi de ces progrès par les habitants de la campagne. Selon lui, la question centrale du problème était l’approvisionnement en eau. L’acheminement de l’eau à travers des canalisations en terre cuite et la construction de citernes pour sa conservation datent du ive siècle352.

    241Un deuxième élément est l’aspect de sécurité. La forme d’habitat fortifié ainsi que des systèmes de fortins et de tours de défense apparaissent dans la seconde moitié du ive siècle353. Cela contribue à expliquer pourquoi, à ce moment, avec la création d’un système de défense dans le territoire et pas uniquement autour du centre urbain, une partie de la population pouvait habiter dans la campagne avec plus de sécurité. Dans le cas spécifique de Poseidonia, en ce qui concerne cet aspect de sécurité, notre discours doit être très prudent. D’une part, nous n’avons aucun indice de la présence d’un système de défense dans son territoire. D’autre part, le fait que la cité soit sous l’hégémonie des Lucaniens, qui étaient aussi installés à l’intérieur des terres, peut avoir joué un rôle décisif. Il ne faut pas effacer les différences entre les Lucaniens de l’arrière-pays et les populations lucaniennes installées à Poseidonia, celles qui ont pu se « citadiniser »354 ; de plus, si la nouvelle élite de la cité était d’origine lucanienne, les gens d’origine grecque continuaient d’y habiter355. Malgré toutes les différences réelles entre les gens de Poseidonia et ceux de l’arrière-pays, il devait y avoir une certaine forme d’entente entre ces deux composantes. Ensuite, cet argument sur les fortifications, pour être valable, devait se retrouver à Métaponte, cité qui, malgré les fortes pressions dues à l’avancée des populations italiques, reste grecque et présente un mode d’occupation intensif de sa campagne tout à fait comparable.

    242Enfin, l’idée de l’apparition d’une « classe intermédiaire » n’est pas vérifiable avec les éléments disponibles356. Si une augmentation, au moins relative, du niveau de vie à la campagne est perceptible au milieu du ive siècle, il est essentiel de la mettre en parallèle avec une forme d’essor économique général de la cité lucanienne. Cet essor est particulièrement visible dans les nombreuses constructions nouvelles du centre urbain, datables du ive siècle357. Enfin, dans la majorité des fouilles de ce centre, on constate une proportion des repères céramiques du ive siècle largement supérieure aux autres périodes. Ce siècle semble constituer le moment de la plus grande opulence de Poseidonia.

    243Par ailleurs, il faut peut-être considérer la possibilité d’un changement d’intérêt, et alors comparer la situation de Poseidonia avec l’ensemble des monuments funéraires grecs, qui montrent généralement l’enrichissement de ces structures, dont l’exemple le plus parlant est celui des enclos funéraires attiques du ive siècle358. Dans le cas de Poseidonia et de la majorité des autres cités de Grande Grèce, un nombre très réduit de stèles funéraires a été trouvé359, le seul exemple le mieux connu d’enclos funéraires se situe dans la nécropole de Contrada Lucifero à Locres360.

    244Dans le domaine funéraire, les signes majeurs de prestige retrouvés à Poseidonia sont les tombes peintes. Comme on l’a vu, celles-ci sont dans leur presque totalité à déposition unique et les peintures sont vues une seule fois, lors des funérailles. Les quelques tombes à chambre constituent une exception importante, avec généralement deux dépositions. Par conséquent, même ces monuments funéraires encore plus coûteux ne sont vus que deux fois. Ces tombes à chambre et les décorations peintes de certaines sépultures constituent un signe d’autant plus fort d’une démonstration de prestige car très éphémère, uniquement lors d’une ou de deux funérailles.

    245L’analyse topographique de ces nécropoles permet certaines remarques. Une première spécificité du territoire est la survivance de quelques exemples de tombes à chambre encore dans la seconde moitié du ive siècle, tandis que cette forme disparaît, à cette période, dans les nécropoles dites urbaines.

    246Puis, les tombes peintes dans le territoire méritent une attention particulière. Les rares cas connus, tous dans les années centrales du ive siècle, sont concentrés dans des secteurs spécifiques du territoire. On peut les regrouper dans deux catégories. Les unes sont dans les nécropoles de zone intermédiaire, c’est-à-dire relativement proches du centre urbain, mais distinctes des nécropoles proprement urbaines. Les autres se situent dans les zones aux extrémités du territoire de la cité, comme Tempa Rossa (no 35), Scalareta (no 22), Tempa di Feo et Riva Sinistra del Calore (no 23), Quercione (no 24) et Contrada Vecchia (no 80). A. Pontrandolfo et A. Rouveret361 avaient déjà remarqué cette concentration de tombes peintes dans les zones entourant les localités modernes d’Albanella et d’Altavilla Silentina. En ce qui concerne l’iconographie, les deux spécialistes ont souligné une distinction entre le programme décoratif des tombes peintes du territoire et celui des nécropoles urbaines contemporaines. Dans la campagne, y compris dans les nécropoles classées ici comme appartenant à la zone « intermédiaire », la scène du « retour du guerrier » est utilisée selon des modèles plus anciens et réalisée avec quelques variations propres qui ne se retrouvent pas dans les tombes des nécropoles urbaines362. Les peintures de la tombe de Contrada Vecchia constituent l’exemple majeur de cette réélaboration.

    247Il est impossible de déterminer avec précision les raisons de cette concentration de sépultures présentant des signes de grand prestige et comportant des programmes iconographiques distincts, spécifiquement aux marges extrêmes du territoire. Ces établissements semblent jalonner en quelque sorte les limites de l’occupation de la campagne. En outre, ils se situent à proximité, soit d’un sanctuaire363, soit d’une rivière, tant au nord (Tempa di Feo et Riva Sinistra del Calore) qu’au sud (Contrada Vecchia). Les rivières constituent probablement des voies privilégiées de commerce et c’est cette caractéristique qui pourrait le mieux expliquer ces signes de grand prestige. Dans les cas de proximité avec des sanctuaires, la raison doit être la même dans la mesure où, points de rassemblement, ils constituent également des lieux propices aux échanges commerciaux.

    248La fonction de rassemblement des sanctuaires extra-urbains a été soulignée par C. Ampolo364. Un passage de Démosthène présente très clairement les espaces où pouvaient se rencontrer citoyens et étrangers (des anciens citoyens en exil, dans ce cas précis) : marchés de frontière (ἀγορᾶς ἐφορίας), compétitions athlétiques, sanctuaires et fêtes panhelléniques365. Le texte fait référence à Athènes, mais il semble traduire une réalité qui peut être évoquée pour l’ensemble du monde grec, y compris le monde colonial et Poseidonia en particulier366. Aucune trace matérielle d’un marché de frontière n’a été trouvée en Grande Grèce, mais l’association entre ces marchés et les sanctuaires constitue un point fondamental. Rien ne permet d’affirmer avec certitude que des échanges commerciaux se réalisaient dans ou aux environs des sanctuaires. En revanche, les signes de grande richesse à proximité des sanctuaires ou des rivières aux confins de Poseidonia semblent constituer un élément important pour renforcer cette hypothèse.

    249Par rapport aux rivières, une inscription célèbre du milieu du ve siècle provenant de Pech-Maho367 fait état d’une transaction commerciale qui se passait sur les eaux de la rivière et non sur ses rives. Cela confirme l’importance de la zone de frontière et, dans ce cas précis, de la zone neutre entre les deux parties du territoire. La rivière est à la fois une voie de pénétration, un espace neutre et un marqueur de frontière. Sans vouloir rapprocher des réalités diverses et sans avoir à imaginer une situation aussi extrême que des transactions sur les eaux, il est important de signaler le rôle de la rivière dans les échanges commerciaux. On peut vraisemblablement supposer que les rivières des confins du territoire de Poseidonia remplissaient également un rôle majeur dans le commerce.

    250Rien n’empêche d’imaginer des propriétaires terriens habitant aux confins du territoire ou choisissant de se faire enterrer sur leurs terres et non dans les nécropoles urbaines. Mais dans ces cas, on s’attendrait à avoir ces signes de prestige disséminés dans le territoire plutôt que concentrés aux confins. Et la proximité des marchés pour écouler leur production serait certainement un élément qui valoriserait leurs terres. Comme le postulait Platon368, la valeur des terres est proportionnelle aux rendements et à la proximité de la ville, au sens évident de place du marché, pour réduire les coûts de transport des productions. Or, il n’y a aucune raison de penser que les zones de basses collines aux confins du territoire étaient plus productives que la plaine, sauf pour d’autres activités économiques telles que l’exploitation du bois. Il nous semble peu probable que ces activités aient été suffisantes pour expliquer tant de richesse sans revenir de nouveau à la proximité d’un marché.

    251La contemporanéité avec l’essor économique de la cité sous l’hégémonie lucanienne est également un élément important. Entre autres, c’est le moment de l’apogée de l’atelier céramique paestan d’Assteas et de Python, dont les vases signés ont été retrouvés uniquement à l’intérieur des tombes qui comportaient une décoration peinte369. Serait-il possible de voir un parallèle entre l’essor économique de la cité, avec une certaine surenchère des signes de prestige notamment dans les tombes, et le développement d’une strate sociale spécifique à la campagne ? Outre la thèse d’une « classe intermédiaire » à la campagne370, il faudrait aussi expliquer l’émergence d’un autre type d’élite, celle des confins du territoire ou celle se faisant enterrer dans les contrés éloignées du centre urbain, offrant à ses morts des tombes à chambre peintes selon un programme iconographique spécifique. Peut-on reconnaître le commerce du surplus économique de la cité comme la raison d’être de cette communauté qu’on peut appeler une « élite frontalière » ?

    Postiglione : un sanctuaire aux marges

    252Le petit sanctuaire de Postiglione (no 84), datable de la seconde moitié du ive siècle, mérite également notre attention371. Il se trouve à 1 km de la rive droite du Calore actuel, dans une zone de la vallée. En 1927, une fouille de sauvetage a découvert un petit dépôt de terres cuites votives, sans qu’aucune structure ne soit trouvée. Aucun travail de recherche n’a été entrepris dans cette localité.

    253Le matériel votif est relativement hétérogène dans son iconographie, présentant des figurines de la déesse au trône comparables aux exemplaires de l’Héraion du Sele, ainsi que des terres cuites d’Athéna et de l’hermaphrodite anasyromenos. Ce type d’iconographie renvoie aux rites de passages des jeunes gens et peut correspondre aux fonctions attendues d’un sanctuaire de confins. Ce matériel a été mis en rapport avec celui du sanctuaire urbain septentrional dédié à Athéna372, ainsi qu’avec celui du petit sanctuaire de Capodifiume (no 40)373.

    254Toutes les terres cuites sont de production poseidoniate et montrent une fréquentation du lieu de culte jusqu’au milieu du iiie siècle. Une monnaie en bronze d’origine campanienne et datée des années centrales du iiie siècle atteste cette occupation régulière. D’autre part, ce matériel hétérogène, provenant à la fois de Poseidonia et de Campanie, est un indice fort pour identifier cette localité comme un lieu de passage. En effet, Postiglione est dans une vallée à proximité du cours du Calore, voie de passage naturelle aux pieds des monts Alburni. La zone de Postiglione est donc propice aux rencontres de populations et aux échanges commerciaux et culturels.

    255L’absence de structure et le caractère restreint du matériel retrouvé ne permettent pas d’attribuer une fonction précise à ce lieu de culte. M. Cipriani374 propose une interprétation prudente : Postiglione ne ferait pas partie du territoire sous contrôle direct de Poseidonia et serait un lieu de culte assez simple à la portée territoriale restreinte.

    256En revanche, suivant l’hypothèse d’un rôle agrégatif important des sanctuaires de campagne, il est possible de proposer une interprétation différente. Les petites statuettes en terre cuite retrouvées dans ce dépôt votif sont très courantes dans divers milieux, aussi bien grec qu’italique, lucanien ou campanien. Ce sont principalement des statuettes de type « Tanagra » datables de la fin du ive et du début du iiie siècle qui, prises séparément, ne constituent pas une marque d’appartenance ethnique ou culturelle. Néanmoins, la présence d’un type de matériel grec dans les centres italiques est le signe d’une interaction culturelle où les élites locales montrent des indices d’adoption d’éléments grecs375.

    257Ce matériel aux marges du territoire de Poseidonia, à l’époque de l’expansion maximale de son étendue, amène à quelques hypothèses. Tout d’abord, une fonction de contrôle d’un territoire, dans le sens fort du terme, n’est pas concevable. Ce lieu de culte se situe dans une zone de vallée au point de vue très restreint : il est impossible d’imaginer le contrôle de la voie de passage à partir de cet endroit. En revanche, le caractère agrégatif et très probablement propice aux échanges commerciaux ne doit pas être sous-estimé. Il s’agit de l’attestation d’une certaine concentration de matériel poseidoniate retrouvée dans l’endroit le plus éloigné de la ville, en direction du nord-est.

    258À une moindre échelle, le rôle de ce petit lieu de culte pourrait être comparé à celui des sanctuaires de Fonte (no 33) pour le vie siècle ou de S. Nicola di Albanella (no 14) pour le ve siècle, c’est-à-dire un avant-poste subissant les intérêts de la cité de Poseidonia, peut-être contrôlé par une communauté italique soumise à l’hégémonie des populations citadines. En effet, le matériel votif de Postiglione est tout à fait comparable aux attestations de la cité de Poseidonia provenant du sanctuaire urbain septentrional et de Capodifiume (no 40). Il s’agit d’un lieu de culte, mais aussi d’échanges culturels et commerciaux, mais où l’empreinte de Poseidonia est bien reconnaissable. En tout cas, les rôles possibles de Postiglione doivent être interprétés par rapport au contexte économique de l’époque.

    259En ce qui concerne l’économie, au milieu du ive siècle les premiers signes de fréquentation de Postiglione correspondent à l’essor économique de Poseidonia et à l’intensification de l’occupation de son territoire. D’autre part, l’analyse des sites archéologiques montre une expansion très restreinte des limites d’occupation des terres au ive siècle, uniquement sous la forme de quelques petites nécropoles. Les activités économiques, notamment commerciales, fondent l’explication de la présence de certaines nécropoles montrant des signes de richesse importants aux confins du territoire. Ces mêmes activités doivent être également à l’origine de l’établissement du sanctuaire de Postiglione. Il est tout à fait plausible d’imaginer que la zone de Postiglione fonctionnait comme un lieu d’échange commercial pour les populations de la portion nord-est du territoire de Poseidonia, justement ces gens dont l’élite a pu construire des tombes à chambre et les décorer de peintures. Suggérer une fonction agrégative, peut-être commerciale, pour Postiglione renforce l’explication de l’origine d’une strate sociale si riche dans une zone aussi éloignée du centre urbain de la cité. Ce lieu de culte peut être la matérialisation de l’intensification de l’exploitation économique du territoire de Poseidonia. Il ne faut donc pas sous-estimer la présence d’un petit sanctuaire dans une voie de passage.

    Notes de bas de page

    1 Laureano et al. 1998, p. 15.

    2 Amato et al. 2009 ; Alberico et al. 2012 ; Amato et al. 2013 ; Amato 2019.

    3 Bilan préliminaire par A. Santoriello dans Longo et al. 2012, p. 295-301. Ces recherches, notamment à partir de prospections, ont donné lieu à la thèse de doctorat de F. Scelza, qui s’intéresse à un espace plus étendu comprenant non seulement le territoire de l’ancienne Poseidonia, mais aussi la région qui va de Velia jusqu’à Laos : Scelza 2015.

    4 Guy 1990, p. 67-77 ; Guy, Delezir 1987, p. 463-470. Voir aussi Lippmann-Provansal 1987, qui suggère une évolution du rivage par une combinaison de dynamiques endogènes et exogènes.

    5 Cantalupo s.d., p. 7, s’appuie sur les études de G. De Lorenzo, « Sulla causa geologica della scomparsa dell’antica città di Paestum », Rendiconto della Reale Accademia dei Lincei, Classe di Scienze Fisiche, 11, 1930, p. 1062 ss. et de G. D’Erasmo, « Il Bradisismo di Paestum », Rendiconto dell’Accademia di Scienze fisiche e matematiche di Napoli, 4, 1934, p. 3 ss. Cette interprétation se fonde sur l’observation de l’altimétrie de la terrasse rocheuse de Paestum, qui permettrait d’inférer les variations du niveau de la mer par rapport à la terre ferme. Une intense activité tectonique dans la région aurait causé le phénomène du bradyséisme, c’est-à-dire un mouvement souterrain qui produit un gonflement de la terre entraînant une élévation du niveau du sol. Ce changement de niveau aurait ainsi provoqué une avancée de la mer vers la terre ferme depuis l’Antiquité jusqu’au xviiie siècle, et, à partir de ce siècle, le mouvement se serait inversé, mais pas suffisamment pour restituer à la terre ferme les portions prises par la mer. Dans cette hypothèse, contrairement à l’interprétation admise actuellement, la ligne de côte d’aujourd’hui aurait été moins étendue qu’à l’époque antique.

    6 I. Friedlander, « Sul bradisismo della costa tirrenica meridionale », Bollettino della Società geografica italiana, s. VII, 2, 2-3, février-mars 1937, cité par Laveglia 1971, p. 9-11. L’argument prend appui sur l’analyse chimique des sédiments calcaires de formation récente qui indiquerait des microorganismes issus uniquement des eaux douces, en contradiction avec une éventuelle progression de la mer.

    7 Laureano et al. 1998, p. 18-19. Cette préoccupation sur les microrégions et l’interaction entre conditions géographiques et évolution historique doivent beaucoup à l’ouvrage de Horden, Purcell 2000. Voir en particulier le chap. VI, p. 175-230.

    8 Laureano et al. 1998, p. 34.

    9 Bevilacqua 1992, p. 17. Bien que son discours concerne l’époque moderne, ses catégories de description des formes d’exploitation agricole de l’Italie méridionale sont parfaitement appropriées pour la période antique.

    10 Horden, Purcell 2000, p. 182-224.

    11 Bevilacqua 1992, p. 19-20.

    12 Greco E. 1996b. Sur les possibilités de localisation du port de Poseidonia, voir p. 184-185. Voir aussi, plus récemment, Salzano 2022.

    13 Saint-Non 1829, p. 191-192, n. 1.

    14 Guy 1990, p. 67-77 ; Guy, Delezir 1987, p. 464-465.

    15 Outre les rapports publiés dans les Chroniques des MEFRA, voir un bilan préliminaire dans Rouveret, Theodorescu 2000.

    16 Cantalupo s.d., p. 8-9.

    17 Voza 1963, p. 227, n. 13.

    18 Lucilius, III, fr. 16 (éd. Charpin) = 126 (éd. Marx), apud Probus Ad. Verg. Georg., 3, 146 : Silarus flumen est Lucaniae, portus Alburnus et eiusdem nominis mons ad sextum a Primis Tabernis. Mentionem facit Lucilius hoc uersu : Quattuor hinc Silari ad flumen portumque Alburnum, « Le Silarus est un fleuve de Lucanie. Port Alburnus et la montagne qui porte le même nom sont au sixième mille à partir de Primae Tabernae. Lucilius les cite dans ce vers : On compte quatre mille de là jusqu’au fleuve Silarus et à Port Alburnus » (trad. Charpin).

    19 Greco E.1996a, p. 175-178 ; 1987a, p. 484.

    20 Justin, XII, 2 ; Tite-Live, VIII, 17 et 24 ; Strabon, VI, 3, 3. Discussions dans Atti Taranto 2003.

    21 Greco E. 1974-1975, p. 111 ; Fiammenghi 1985, p. 65.

    22 Greco E. 1996a, p. 175-178 ; 1982.

    23 Greco E. 1987a, p. 483. Les fouilles de la Surintendance archéologique sont encore inédites. Voir ci-dessous sur le site de Linora.

    24 Sur les vestiges découverts entre la porta Sirena et l’actuelle gare de Paestum, De Caro 2015, p. 35-53.

    25 Gasparri 1989 ; 1990.

    26 Bradford 1948, p. 16.

    27 Schmiedt, Castagnoli 1955, p. 124-135 ; Guy, Delezir 1987, p. 467-470 ; Guy 1990, p. 67-77.

    28 Gasparri 1989, p. 261-262 ; 1990.

    29 Gasparri 1989, p. 262-263.

    30 Laureano et al. 1998, p. 22-31.

    31 La Genière 1968 ; Ruby 1995. Cette question est traitée de manière plus approfondie ci-dessous, lors de la description des sites indigènes du nord du Sele, en particulier Arenosola et Pontecagnano.

    32 Sur les Dauniens, Mazzei 2010 ; 2015.

    33 D’Agostino 1987, p. 33-34.

    34 Voir à ce propos les recherches doctorales d’A. M. Desiderio : Desiderio 2019. Voir aussi Desiderio 2018 ; Desiderio, Esposito 2020.  

    35 Notre analyse de l’œuvre d’Hérodote ci-dessus, témoin direct de ces questions en Grande Grèce, a montré que ce type de définition binaire n’est pas le plus approprié.

    36 Voir la bibliographie spécialisée, depuis les colloques de Tarente (Atti Taranto 1961 et Atti Taranto 1971) jusqu’aux monographies concernant plus spécifiquement les populations italiques de Campanie et de Basilicate : Pontrandolfo 1982 ; Cerchiai 1995 ; 2010 ; Cinquantaquattro 2014. À cela, s’ajoute un nombre assez élevé d’articles scientifiques et de publications des contextes de fouille portant sur les contacts interculturels de la Campanie antique.

    37 Cipriani 2019.

    38 Greco E.1992a, p. 63-65 ; Longo 1999, p. 368. Des traces importantes d’une fréquentation dès le Néolithique ont été trouvées, notamment dans la zone de l’autel de l’Héraion I, à proximité de l’Athénaion dans le sanctuaire septentrional, mais aussi dans les fouilles récentes de la zone de l’agora : Aurino et al. 2017 ; Aurino 2019. Sur la Préhistoire et la Protohistoire de la région de Paestum, Bailo Modesti 2008.

    39 Un réexamen du matériel métallique datant d’entre le premier âge du fer et la fin du viie siècle est en cours et a déjà donné lieu à une publication préliminaire : D’Antonio 2017.

    40 Ce site est étudié plus en détail ci-dessous. Pour une liste du matériel retrouvé lors d’une prospection sur le cours du Capodifiume, y compris du matériel pré- et protohistorique, voir Skele 2002, p. 47-62.

    41 D’Agostino 1987 ; Cerchiai 1987b, p. 41-53 ; La Torre, Colicelli 2000 ; Bugno, Masseria 2001 ; Cerchiai 2010 ; 2014 ; Guzzo 2016c.

    42 D’Agostino 1987, p. 30 ; Cerchiai 2008 ; D’Agostino 2011a.

    43 Cerchiai 1987b, p. 42-43. Analyse synthétique sur les problèmes de mixité à partir des données linguistiques dans Poccetti 2014 ; sur la Campanie, p. 90-92. Synthèse sur les langues italiques en Italie méridionale dans Poccetti 2017.

    44 Cerchiai 1987b, p. 44-45 ; Pellegrino 2015. Voir également la série de publications complètes des fouilles sous le titre Pontecagnano, notamment la série Pontecagnano II, vol. 1-7, qui concerne les nécropoles.

    45 D’Agostino 1977.

    46 Outre les publications des fouilles, voir Cuozzo 2003 ; Cuozzo et al. 2005 ; Cuozzo 2015 ; Cinquantaquattro 2014.

    47 D’Agostino 1999, p. 17. Synthèse sur Pontecagnano dans le troisième quart du viiie siècle dans D’Agostino, Gastaldi 2012 et 2016. Pour le commerce étrusque à l’époque archaïque, Gras 1985, part. p. 486-488 sur Pontecagnano.

    48 Cerchiai 2013, p. 141-142.

    49 D’Agostino, Gastaldi 2012, p. 425-428.

    50 Sur ce site, qui a restitué environ 350 tombes jusqu’à présent, voir Cuozzo, Pellegrino 2016, p. 121-133.

    51 Cerchiai 2013, p. 142-143 ; 2014, p. 235-238.

    52 Cerchiai 2014, p. 238 ; Desiderio, Esposito 2020.

    53 Les sanctuaires, en particulier, montrent un nombre plus réduit de structures datables de la deuxième moitié du vie siècle : Cerchiai et al. 2005, p. 208.

    54 Sur Fratte, Greco, Pontrandolfo 1990 ; Pontrandolfo, Santoriello 2009 ; 2010 ; Pontrandolfo 2011.

    55 Cerchiai 1987b, p. 45 ; Cerchiai et al. 2005.

    56 Cerchiai et al. 2005, p. 209-213. Voir aussi les données funéraires dans Serritella 1995 ; 2013.

    57 Sur la production et la diffusion de la céramique paestane à vernis noir entre la fin du ive et la première moitié du iiie siècle av. J.-C., voir A. Serritella, dans Longo et al. 2012, p. 301-319. Voir aussi Serritella 2017b.

    58 Pour quelques observations sur les premières phases de Picentia, voir Serritella 2017a. Ces quelques lignes sur le contexte historique de Pontecagnano n’ont pas la prétention de rendre compte de l’évolution de cet important centre, mais l’objectif est de présenter un aperçu du contexte des relations de frontière entre Poseidonia et ses voisins directs. Pour une vision d’ensemble des échanges économiques en Campanie à l’époque archaïque, Maudet 2023.

    59 Mele 1996a, p. 18, argumente que la crise de tous les modèles culturels de Poseidonia (la destruction de Sybaris, la défaite des Étrusques à Cumes et la conquête des cités ioniennes en Anatolie par les Perses) a poussé la cité à se tourner vers son origine achéenne et à essayer de prendre en partie la place qu’avait Sybaris dans le contrôle de l’arrière-pays de l’Italie du Sud.

    60 Pontrandolfo 1996, p. 37.

    61 Le dossier sur l’inscription portant l’accord entre les Sybarites et les Serdaioi étudié ci-dessus, et pour lequel la cité de Poseidonia se porte garante, trouve ici tout son sens.

    62 Pontrandolfo 1996, p. 37-39.

    63 Pollini 2019.

    64 Pontrandolfo 1987b, p. 58-59 ; Arena 1996, no 33 ; Dubois 2002, p. 72-73, no 28.

    65 Pour une mise en parallèle des diverses formes de banquet dans l’Antiquité, voir Esposito 2015 ; pour le symposion grec, Murray 2018.

    66 Pontrandolfo 1987b, p. 62-63. L’autrice fait référence à une autre inscription grecque trouvée dans une tombe à Pontecagnano, qui porte le nom Dymeiada au génitif. Par rapport à l’inscription de Pontecagnano, la particularité de celle de Fratte est justement la possibilité de la lier à certaines pratiques culturelles généralement connotées de type grec, et cela dans un milieu italique.

    67 Greco E. 1987a, p. 474-475 ; Pontrandolfo 1996, p. 37 ; Cipriani 2019, p. 77.

    68 Horsnaes 1992.

    69 Ibid., p. 11, qui cite la publication du mobilier par Marzullo 1938.

    70 Les deux études fondamentales sur ce site sont La Genière 1968 et Ruby 1995.

    71 Nous suivons ici le bilan proposé par Maiello 1993.

    72 Ibid., p. 330-333.

    73 Greco E. 1990, repris par Maffettone 1992.

    74 Maffettone 1992.

    75 La Genière 1964, p. 135. Les analyses du matériel de Sala Consilina et de Palinuro permettent de renforcer les liens entre ces deux centres : Maffettone 1992, p. 23.

    76 Ibid. Voir aussi les résultats des prospections sur la zone du cap Palinuro dans De Magistris 1995, p. 54-56. Sur Palinuro, Naumann 1958 ; Naumann, Neutsch 1960. Réexamen de certains contextes par De Magistris 2016, p. 23-31 ; 2017 ; Cocorullo 2017.

    77 Greco E. 1990, p. 46. Voir aussi une synthèse des données provenant des nécropoles de ces régions, en particulier avec la prise en compte de la distribution de certaines classes et formes céramiques, dans Horsnaes 2002, p. 93-99. Sur la base des données funéraires, l’auteur identifie quatre unités culturelles, ou cantons, valables entre le vie et le ive siècle : 1. Valle Platano, avec les établissements entre Atena Lucana et Ruvo del Monte ; 2. Sala Consilina-Palinuro-Tortora ; 3. Vallées de l’Agri et du Sinni ; 4. Poseidonia et Velia.

    78 C’est justement le but du travail de Maffettone 1992.

    79 On peut rajouter à cette liste les cités achéennes de Sybaris et de Poseidonia. On pense ici au dossier relatif à l’« empire » de Sybaris : d’une part, à certaines frappes de monnaie par des centres indigènes avec le système de Sybaris (PAL-MOL, SIRINOS-PYXOES, AMI, SO). D’autre part, on se réfère à l’inscription d’Olympie sur l’accord (philìa aeidion) entre les Sybarites et les Serdaioi, sous la garantie de Poseidonia. Une hypothèse a été formulée pour situer ce peuple sur la côte tyrrhénienne, probablement à Maratea, dans la localité de Capo la Timpa : Greco E. 1990, p. 52. Voir ci-dessus nos commentaires sur Sybaris et son « empire ».

    80 Cerchiai 1996.

    81 Scheich 1995 ; Greco G. 2019a.

    82 Ferrara, Giacco 2017.

    83 Ferrara 2014, p. 197. Synthèse sur cette localité dans Greco G. 2002 ; 2010, qui mentionne la découverte de matériel datant du viiie siècle, tandis que les premières attestations d’une organisation plus articulée de l’espace datent de la seconde moitié du vie. Voir en dernier Ferrara 2019.

    84 Ferrara 2014.

    85 Voir nos discussions plus haut, ainsi que De Gennaro 2005.

    86 Ferrara 2014.

    87 Romito 2001, p. 6-9, mentionne également des monnaies, sans plus de précision, et une petite nécropole datable de l’époque romaine dans la localité Tempa del Tesoro. Ce matériel se trouve actuellement conservé à l’école élémentaire et au collège de Bellosguardo.

    88 La Genière 1964.

    89 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1951, p. 99.

    90 Ce site fait l’objet d’une analyse plus approfondie ci-dessous.

    91 Arcuri 1985.

    92 À propos du site de Grotta del Granato (no 33), voir ci-dessus.

    93 Cette cité a fait l’objet d’un congrès de Tarente : Atti Taranto 2005.

    94 Maffettone 1992, p. 18-21.

    95 Pugliese Carratelli 1987 ; Mele 1996a ; Mello 1996 ; Biraschi 2012b ; pour l’époque romaine, Torelli 1987.

    96 À l’exception de l’Héraion du Sele qui n’a pas été inclus ; les références à l’Héraion se limitent ici à de brèves allusions. Compte tenu de son importance pour notre étude, le chapitre 6 est entièrement consacré à ce sanctuaire.

    97 Strabon, V, 4, 13, cf. Van Effenterre 1980.

    98 Μετὰ δὲ τὴν Καμπανίαν καὶ τὴν Σαυνῖτιν μέχρι Φρεντανῶν ἐπὶ μὲν τῇ Τυρρηνικῇ θαλάττῃ τὸ τῶν Πικέντων ἔθνος οἰκεῖ, μικρὸν ἀπόσπασμα τῶν ἐν τῷ Ἀδρίᾳ Πικεντίνων, ὑπὸ Ῥωμαίων μετῳκισμένων εἰς τὸν Ποσειδωνιάτην κόλπον, ὃς νῦν Παιστανὸς καλεῖται, καὶ ἡ πόλις ἡ Ποσειδωνία Παιστός, ἐν μέσῳ τῷ κόλπῳ κειμένη. Συβαρῖται μὲν οὖν ἐπὶ θαλάττῃ τεῖχος ἔθεντο, οἱ δ’ οἰκισθέντες ἀνωτέρω μετέστησαν, ὕστερον δὲ Λευκανοὶ μὲν ἐκείνους, Ῥωμαῖοι δὲ Λευκανοὺς ἀφείλοντο τὴν πόλιν. Ποιεῖ δ’ αὐτὴν ἐπίνοσον ποταμὸς πλησίον εἰς ἕλη ἀναχεόμενος : Strabon, V, 4, 13 (trad. Lasserre). Pour un commentaire philologique de ce passage, voir Strabons, S. L. Radt (trad.), 2007, p. 136-137. Dans son commentaire, S. Radt insiste sur l’opposition (antithèse) entre les deux parties de la sentence, Συβαρῖται μὲν οὖν, d’une part, et οἱ δ’ οἰκισθέντες, d’autre part. S. Radt propose d’expliquer cette oposition par l’écart entre le premier établissement et celui définitif : les Poseidoniates auraient perdu la mémoire que ces premiers occupants étaient également des Sybarites. Le commentateur ne fait en revanche aucune mention à la valeur topographique d’ἀνωτέρω.

    99 Tréziny 1992, p. 53.

    100 Sestieri 1950, p. 181 ; ces particules pouvaient avoir une valeur à la fois temporelle et spatiale, cf. Greco E. 1974-1975, p. 112.

    101 Tréziny 1992, p. 51.

    102 Dans le passage immédiatement après, cf. Strabon, VI, 1, 1. Voir ci-dessous.

    103 Aristote, Politique, V, 3, 11 = 1303a.

    104 Solin, II, 10. Pugliese Carratelli 1990a, p. 22. Pour l’association des Trézéniens aux Doriens, voir Hérodote, VII, 99 ; cf. Tréziny 1992, p. 58, n. 74.

    105 Parmi les inscriptions les plus anciennes, voir le cippe dédié à Chiron : Arena 1996, p. 50, no 25, ainsi que l’inscription τᾶς Θε ηιαρόν ἐμι provenant du sanctuaire urbain méridional, ou bien l’inscription τᾶς Θε ἐμι ἱαρόν retrouvée dans la localité Acqua che Bolle : Ardovino 1986, p. 17 et 92 ; Arena 1996, p. 46-47, nos 20-21.

    106 Tréziny 1992, p. 60.

    107 Sestieri 1950, p. 181.

    108 Προσεχεῖς δὲ τούτοις εἰσὶ πάλιν Οἰνώτριοι / μέχρι τῆς Ποσειδωνιάδος ὠνομασμένης, / ἥν φασι Συβαρίτας ἀποικίσαι προτοῦ, « Attenant à ces derniers, viennent à leur tour les Œnôtres jusque dans la région dite de Poseidonia, où les gens de Sybaris, dit-on, ont établi jadis leurs colons » : Ps.-Scymnos, 247-249 (trad. Marcotte).

    109 Strabon, VI, 1, 1 ; cf. Maiuri 1951, p. 275-276.

    110 Tréziny 1992, p. 54

    111 Cipriani 2001, avec bibliographie antérieure ; Greco E. 2019.

    112 Pugliese Carratelli 1990c, p. 231.

    113 Zancani Montuoro 1954, p. 181-183 ; Greco E. 1974-1975. Cette localisation est largement admise actuellement : Cipriani, Pontrandolfo 2010b ; Cipriani 2012 ; Longo 2017.

    114 Fiammenghi 1985.

    115 Coppe a filetti en italien : Cipriani 2012, p. 148 et pl. XXIXd. Il s’agit d’un réexamen plus récent de l’ensemble des fragments céramiques découverts dans les années 1980, qui a pu remonter la datation de ce matériel précédemment considéré comme contemporain des premières attestations dans le centre urbain et dans le sanctuaire de l’embouchure du Sele.

    116 Voir ci-dessus.

    117 Greco E. 1974-1975. En effet, à Agropoli, en l’absence d’un témoignage plus ancien que les autres attestations de la cité, le chercheur avait nuancé ses hypothèses, qui s’avèrent actuellement confirmées par le réexamen du matériel.

    118 Fiammenghi 1985, p. 66.

    119 Des fouilles systématiques visant à la constitution d’un atlas monumental complet des vestiges actuellement visibles de la ville de Poseidonia-Paestum ont débuté en 1974 sous la direction d’E. Greco et D. Theodorescu. Depuis 1982, une convention de coopération entre plusieurs institutions italiennes et françaises a permis une connaissance approfondie du centre urbain de cette cité ; voir les volumes parus dans la Collection de l’École française de Rome, no 42. Outre le programme franco-italien, dans le cadre des projets européens une collaboration entre la Surintendance archéologique et l’université de Salerne s’est intéressée à la porte orientale (Porta Sirena), au tronçon oriental des remparts et à la zone immédiatement à l’extérieur des murailles : Cipriani, Pontrandolfo 2010a. Actuellement, des recherches sont en cours dans plusieurs secteurs de la ville, à travers des collaborations avec l’université de Salerne et l’université de Naples L’Orientale, en particulier dans le sanctuaire urbain septentrional et dans la zone de l’ancienne agora grecque ; synthèse récente dans Longo 2019.

    120 Sestieri 1976, p. 30. La reprise des travaux semble confirmer la datation de l’édifice vers 580-570 av. J.-C. : Longo et al. 2019 ; Tornese 2022, malgré les réticences émises par Rescigno 2017 concernant l’identification de l’édifice auquel appartenaient ces terres cuites architectoniques.

    121 Cette hypothèse était soutenue par les interprétations traditionnelles d’E. Pais, Storia della Sicilia e della Magna Grecia, Turin-Palerme, 1894, p. 527 ss. ; G. Giannelli, Culti e miti della Magna Grecia, Florence, 1963, p. 122 ; E. Ciaceri, Storia della Magna Grecia, I, Milan-Rome, 1927, p. 280 ss. ; Bérard J. 1957, p. 215 ; Mauri 1951, p. 274, cités par Mello 1967, p. 407, n. 16.

    122 Strabon, VI, 1, 1.

    123 Mello 1967, p. 411-412.

    124 Voza 1963, p. 227.

    125 Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 44-45 ; De Caro 2015, p. 99-106.

    126 Napoli 1966, p. 246.

    127 Voir ci-dessus ; Guy 1990.

    128 Mello 1967.

    129 Les exemples énumérés par M. Mello sont : VII, 3, 15 (plus à l’intérieur) ; XI, 5, 8 (plus au nord) ; XIII, 1, 25 et 1, 32 (plus à l’intérieur) ; XV, 3, 3 (plus au nord) ; un passage en particulier (I, 3, 22) utilise ce terme dans le sens de « plus au sud » : Mello 1967, p. 409.

    130 Sestieri 1952, p. 247-252.

    131 Τροιζὴν, πόλις Πελοποννήσου. Ἔστι καὶ ἄλλη Τροιζὴν ἐν Μασσαλίᾳ τῆς Ἰταλίας, ἣν Χάραξ Τροιζηνίδα χώραν φησί, « Il existe aussi une autre Trézène en Massalie italienne, que Charax appelle le territoire de Trézène » : Charax, fr. 55 apud Steph. Byz., trad. inédite d’A. Piqueux. Τροιζὴν δὲ πόλις οὐκ ἄσημος, ὑπερκειμένη θαλάσσης πεντεκαίδεκα στάδια, ἧς πρόκειται νησίδιον· καλεῖται δὲ ἀπὸ Τροιζῆωος, υἱοῦ Πέλοπος. ἡ δ’ αὐτή ποτε καὶ Ἀφροδισιὰς καὶ Σαρωνία καὶ ἢ Ποσειδωνία ἢ Ποσειδωνίας, ὡς ἱερά, φασί, Ποσειδῶνος· καὶ Ἀπολλωνιὰς δέ. ἔστι δέ, φασί, καὶ ἑτέρα ἐν Ἰταλίᾳ Μασσαλιωτική, « Trézène n’est pas une ville inconnue ; elle surplombe la mer de quinze stades, dans laquelle elle s’avance comme un îlot. Elle tire son nom de Troezènes, fils de Pélops. Comme Aphrodisias, Saronia, Poseidonia et Poseidonias, elle-même était autrefois consacrée, dit-on, à Poseidon, comme aussi Apollonias. Il en existe aussi une autre Trézène, dit-on, en ‘Italie Massaliote’ » : Eustathe, Ad Iliad. II, v. 561, trad. inédite d’A. Piqueux.

    132 Aristote, Politique, V, 3, 11 = 1303a.

    133 Lafon et al. 1985, p. 68.

    134 Ibid., p. 53.

    135 Ibid. ; Tréziny 1992, p. 54.

    136 Lafon et al. 1985, p. 57.

    137 ἀκτὴν δὲ τὴν προὔχουσαν εἰς Ἐνιπέως Λευκωσία ῥιφεῖσα τὴν ἐπώνυμον πέτραν ὀχήσει δαρόν, ἔνθα λάβρος Ἲς γείτων θ’ ὁ Λᾶρις ἐξερεύγονται ποτά : Lycophron, Alexandra, v. 722-725 (éd. Mascialino, Teubner), trad. Tréziny 1992, p. 45, à partir de l’édition de C. von Holzinger, Leipzig, 1895 (réimpr. Hildesheim, 1973).

    138 <ἀκτὴν δὲ>· Ἐνιπεὺς ὁ Ποσειδῶν τιμᾶται παρὰ Μιλησίοις <προὔχουσαν> δὲ <ἀκτὴν> τὴν προκειμένην εἰς θάλασσαν. λέγει δὲ τὸ Ποσείδειον ἄκρον. <Λευκωσία> δὲ ὀνομάζεται ἡ σειρὴν ἀφ’ ἧς καὶ ἡ νῆσος ὠνομάσθη Λευκωσία <πέτραν> δὲ νῦν καλεῖ τὴν νῆσον. εἰς τὸ Ποσίδειον ἱερὸν τέθαπται ἐκριφεῖσα ἡ Λευκωσία ἡ σειρήν : Scholies de Tzetzès, eis ton lukofrona scolia ’Isaakiou grammatikou tou Tzetzou, v. 722-725, édition du Thesaurus Linguae Graecae, Scholia in Lycophronem, trad. inédite d’A. Piqueux. Commentaires de cette scholie dans Zancani Montuoro 1954, p. 173-179 ; Tréziny 1992, p. 46-50. Voir aussi Giangiulio 1996, p. 257-258 ; Biraschi 2012a, p. 314-318.

    139 Tréziny 1992, p. 47.

    140 De Magistris 1995, p. 57-60 et fig. 66, avec bibliographie précédente.

    141 Pour l’hypothèse d’un lieu de culte sur l’îlot Licosa, voir De Magistris 2016, p. 20.

    142 H. Tréziny montre également que l’épithète Énipeus, non seulement constitue une allusion à Poséidon, mais a aussi une valeur expressive, dans une forme poétique, pour indiquer « un cap dangereux pour la navigation », puisque la forme ἐνιπή signifie « menace » : Tréziny 1992, p. 46.

    143 ἔστι δ’ οὖν ἀπὸ τοῦ Ποσειδίου τοῦ Μιλησίων καὶ τῶν Καρικῶν ὅρων μέχρι Φωκαίας καὶ τοῦ Ἕρμου τὸ πέρας τῆς Ἰωνικῆς παραλίας, « le littoral ionien s’étend donc du Poséidion des Milésiens et des frontières des Cariens jusqu’à Phocée et l’Hermos » : Strabon, XIV, 1, 2 ; τοῦ δὲ Νηλέως ἐπὶ τῷ Ποσειδίῳ βωμὸς ἵδρυμα δείκνυται, « on peut voir sur le Poséidion une construction sacrée, l’autel de Nélée » : Strabon, XIV, 1, 3, trad. inédite d’A. Piqueux. Ἡ δὲ τῶν Ἰασέων πόλις κεῖται μὲν ἐπὶ τῆς Ἀσίας ἐν τῷ κόλπῳ τῷ μεταξὺ κειμένῳ τοῦ τῆς Μιλησίας Ποσειδίου καὶ τῆς Μυνδίων πόλεως, προσαγορευομένῳ ***, παρὰ δὲ τοῖς πλείστοις Βαργυλιητικῷ συνωνύμως ταῖς περὶ τὸν μυχὸν αὐτοῦ πόλεσιν ἐκτισμέναις, « Iasos est une cité d’Asie située sur le golfe qui se trouve entre le Poséidion de Milet et la cité de Myndos, et qu’on appelle <…> le plus souvent golfe de Bargylia, du nom des villes établies sur ses bords » : Polybe, XVI, 12, 1 (trad. Weil et Cauderlier).

    144 Sauf la mention de Tréziny 1992, p. 46-47, qui n’a pourtant pas développé davantage ce rapprochement.

    145 Breglia, Moleti 2014, p. 93-94, en revanche, rapprochent cette mention du Poséidon de Thessalie, d’après Od., XI, 250-259, avec une association à Pélias d’Iolcos et Nélée de Pylos, par conséquent au Péloponnèse et aux Achéens. Il nous semble plus simple, dans une interprétation plus « politique », de relier le Poséidon Énipeus à Milet et aux liens d’amitié ou alliance entre les Sybarites et les Milésiens.

    146 Zancani Montuoro 1954.

    147 Fiammenghi 1985, p. 64-66.

    148 Zancani Montuoro 1954.

    149 Parthax (FGrHist 825 F 1) apud Hérodien (περὶ μον. λεξ-P. mon. lšx., 1, XIX, 9 ; 2, 2 p. 925 Lentz) définit l’Is comme un large fleuve. À ce propos, voir Fusillo 1991, p. 242-243 ; Biraschi 2012a, p. 332-334.

    150 Plus proche du promontoire, la localité Semaforo di Licosa se situe sur un petit col de 184 m d’altitude, où se trouve une structure moderne de l’époque des Bourbons. Partant de l’idée que les constructions modernes auraient effacé les traces antiques, E. De Magistris propose de situer ici le Poséidonion : De Magistris 2016, p. 45-46, no 18. Cette hypothèse nous semble très faible en l’absence de tout vestige antique sur place.

    151 Sestieri 1950, p. 183-184. Voir Gallo 2010.

    152 P. C. Sestieri avait proposé cette localisation sur la base de la découverte d’un mur de terrassement qu’il croyait être d’époque grecque archaïque : Sestieri 1952, p. 251. Comme il a été rappelé ci-dessus, la recherche archéologique plus récente a montré que ce mur date de l’époque romaine et que n’ont été trouvés que quelques repères céramiques de la période grecque : Lafon, et al. 1985.

    153 Hérodote, VI, 21.

    154 Voir ci-dessus sur l’« empire » de Sybaris.

    155 Malgré les incertitudes sur la localisation du sanctuaire de Poséidon, d’autres ont proposé de voir à la Punta Licosa la limite sud du territoire de Poseidonia, en particulier Tréziny 1992, p. 49, qui soutient la localisation du Poséidonion à la Punta Licosa.

    156 Pour l’ensemble des références à cette sirène, Biraschi 2012a, p. 336-342, avec bibliographie précédente.

    157 Dans la scholie à ce passage, Timée est identifié comme la source de Lycophron : φησὶ Τίμαιος Διότιμον τὸν Ἀθηναίων ναύαρχον παραγενόμενον ἐς Νεάπολιν, κατὰ χρησμὸν θῦσαι τῇ Παρθενόπῃ καὶ δρόμον ποιῆσαι λαμπάδος· διὸ καὶ μέχρι τοῦ νῦν τῆς λαμπάδος ἀγῶνα <ἐτησίως> τελεῖσθαι παρὰ τοῖς Νεαπολίταις, « Selon Timée, Diotime, le navarque des Athéniens, venu à Naples, obéissant à un oracle, fit un sacrifice à Parthénopé et institua une course aux flambeaux c’est pourquoi, aujourd’hui encore, les Napolitains célèbrent <chaque année> le concours aux flambeaux », Timée, FGrH 566 F 98 apud Schol. Lycophr. 732-737, p. 147 Leone (trad. Lachenaud). Puis, l’allusion à Diotime et à son expédition à Naples permet de situer l’événement en 433 av. J.-C. Par conséquent, nous sommes bien dans une tradition qui doit remonter au moins au ve siècle av. J.-C.

    158 Συνεχὲς δ’ ἐστι τῇ Πομπηίᾳ τὸ Συρρεντὸν τῶν Καμπανῶν, ὅθεν πρόκειται τὸ Ἀθήναιον, ὅ τινες Σειρηνουσσῶν ἀκρωτήριον καλοῦσιν· ἔστι δὲ ἐπ’ ἄκρῳ μὲν Ἀθηνᾶς ἱερόν, ἵδρυμα Ὀδυσσέως. διάπλους δ’ ἐνθένδε βραχὺς εἰς Καπρέας νῆσον. κάμψαντι δὲ τὴν ἄκραν νησῖδές εἰσιν ἔρημοι πετρώδεις, ἃς καλοῦσι Σειρῆνας. ἐκ δὲ τοῦ πρὸς Συρρεντὸν μέρους ἱερόν τι δείκνυται καὶ ἀναθήματα παλαιὰ τιμώντων τῶν πλησίον [τὸν] τόπον. μέχρι μὲν δεῦρο ἔχει τέλος ὁ κόλπος ὁ κρατὴρ προσαγορευόμενος, ἀφοριζόμενος δυσὶν ἀκρωτηρίοις βλέπουσι πρὸς μεσημβρίαν, τῷ τε Μισηνῷ καὶ τῷ Ἀθηναίῳ. ἅπας δ’ ἐστὶ κατεσκευασμένος τοῦτο μὲν ταῖς πόλεσιν, ἃς ἔφαμεν, τοῦτο δὲ ταῖς οἰκοδομίαις καὶ φυτείαις, αἳ μεταξὺ συνεχεῖς οὖσαι μιᾶς πόλεως ὄψιν παρέχονται., « Surrentum, cité campanienne de laquelle se détache le sanctuaire d’Athéna, appelée par certains auteurs promontoire des Sirénusses, est contiguë à Pompéi. À la pointe du promontoire s’élève un temple d’Athéna bâti par Ulysse. De là à l’île de Capri la traversée est courte. Sitôt le cap doublé, se présentent des petites îles désertes et rocheuses qu’on appelle les Sirènes. Du côté de Surrentum, en revanche, on aperçoit un sanctuaire, avec de très anciens monuments votifs, l’endroit étant vénéré des habitants de la région. C’est là que se termine le golfe connu sous le nom de Cratère. Il est délimité par deux promontoires orientés vers le sud, le cap Misène et celui du sanctuaire d’Athéna, et paré sur toute sa longueur soit des cités que nous avons énumérées, soit, dans les espaces intermédiaires, de résidences et de plantations qui se touchent toutes et offrent ainsi d’un bout à l’autre l’aspect d’une seule ville » : Strabon, V, 4, 8 (trad. Lasserre). Commentaire philologique dans Strabons, S. L. Radt (trad.), 2007, p. 125-126. Dans ses notes, F. Lasserre identifie les sources de Strabon comme étant Artémidore (cf. Pline l’Ancien, N.H., III, 62) et Timée pour le nom du promontoire des Sirénusses (cf. Ps.-Aristote, Mir. Ausc., 103, 839a 26). Pour une analyse plus approfondie de toute la tradition écrite, notamment la plus ancienne, Breglia Pulci Doria 1987 ; Mele 2014, p. 22-30. Sur les difficultés de localisation de ces légendes dans la géographie tyrrhénienne, Giangiulio 1996, p. 264.

    159 Sur les plus anciennes attestations des légendes sur les sirènes dans la région des Li Galli, Seirenoussai ou Seirenes dans les sources grecques, qui doivent remonter au moins au viie siècle d’après une tradition conservée chez Épiménide (FGrHist 457 F6a), Mele 2014, p. 22-30 ; Cerchiai 2017.

    160 Sur ce passage de Strabon, voir Federico 2010, avec une discussion en profondeur comprenant l’analyse du toponyme Seirenoussai et ses rapports aux trois petits îlots Li Galli.

    161 Guzzo 1992, p. 151. Sur les objets liés au culte à Athéna retrouvés à la Punta della Campanella, voir Russo, Lejeune, Prosdocimi de Rivera 1990 ; De Caro 1992 ; Russo 1992.

    162 Russo 1992, p. 202 ; Breglia Pulci Doria 1998.

    163 Comme on l’a vu ci-dessus, cet établissement pourrait être un centre indigène sous une forte influence grecque, dont la caractéristique la plus importante serait de permettre des contacts commerciaux et culturels plus aisés entre la côte, les Grecs en particulier, et les populations de l’arrière-pays installées dans le Vallo di Diano.

    164 Greco E. 1992b, p. 164-167.

    165 Distinction confirmée par Cerchiai 2017, même si l’auteur insiste sur les liens forts entre Athéna et les sirènes, avec une primauté de culte pour la déesse.

    166 En revanche, il faut bien suivre Federico 2010, p. 273, quand il souligne les contradictions entre la tradition qui identifie Li Galli comme étant les sirènes pétrifiées, la nature sacrée d’un culte à la Punta della Campanella et le caractère héroïque du culte à Neapolis autour de la tombe de la sirène Parthénope.

    167 Mele 1985 ; Greco E. 1985. Mele 2014, p. 27, attribue une tradition spécifique à la sirène Parthénope, originale et très fortement liée à la cité de Neapolis. Sur la fondation de Neapolis, notamment les premières attestations dès la fin du viiie siècle, Giampaola, D’Agostino 2005. Sur la question des limites urbaines de Neapolis, Lerosier 2020.

    168 L’hypothèse d’E. Greco commentée plus haut situe une des sirènes à Molpa, près du cap Palinuro, sous l’autorité de Velia. Ces indications de localisation, issues de la tradition érudite et légendaire, sont évidemment hypothétiques et aucun vestige archéologique ne permet plus de précision.

    169  Federico 2010 ; Mele 2010 ; 2014, p. 27.

    170 Sur les représentations d’êtres hybrides à travers les âges, Linant de Bellefonds, Rouveret 2017.

    171 Breglia Pulci Doria 1987, part. p. 81-86 ; Giangiulio 1996, p. 263-265.

    172 Sur l’importance des fleuves dans la géographie antique à l’époque hellénistique, Lamboley 1992.

    173  ἐντεῦθεν δ’ ἐκπλέοντι <πρὸς νότον ἐπὶ> τὸν κόλπον νῆσος Λευκωσία, μικρὸν ἔχουσα πρὸς τὴν ἤπειρον διάπλουν, ἐπώνυμος μιᾶς τῶν Σειρήνων, ἐκπεσούσης δεῦρο μετὰ τὴν μυθευομένην ῥῖψιν αὐτῶν εἰς τὸν βυθόν. τῆς δὲ νήσου πρόκειται τὸ ἀντακρωτήριον ταῖς Σειρηνούςσαις ποιοῦν τὸν Ποσειδωνιάτην κόλπον. κάμψαντι δ’ ἄλλος συνεχὴς κόλπος, ἐν ᾧ πόλις ἣν οἱ μὲν κτίσαντες Φωκαιεῖς Ὑέλην οἱ δὲ Ἔλην ἀπὸ κρήνης τινὸς οἱ δὲ νῦν Ἐλέαν ὀνομάζουσιν, « En gagnant de là la haute mer en direction du sud, on passe l’île de Leucosia, à faible distance de la terre. Elle porte le nom de l’une des Sirènes, qui aurait été rejetée là après qu’elles se furent toutes précipitées, selon la légende, dans les profondeurs de la mer. En face de l’île se dresse le promontoire qui fait pendant aux Sirénusses et délimite le Golfe Posidoniate. Passé ce cap commence un autre golfe, contigu au précédent, sur lequel est bâtie une ville que les Phocéens, ses fondateurs, avaient appelée Hyélé, alors que d’autres lui ont donné le nom d’Elé, qui est celui d’une source, et qu’on nomme aujourd’hui Élée » : Strabon, VI, 1, 1 (trad. Lasserre).

    174 Pour l’histoire de la cité, Vecchio 2017. Bilan des connaissances sur Velia dans Atti Taranto 2005. On note toutefois l’absence d’une contribution spécifiquement consacrée au territoire de la colonie.

    175 Autrefois, on classait Velia ou Rhegion (actuelle Reggio Calabria) dans une catégorie de « colonie sans territoire », hypothèse qui avait déjà fait l’objet d’une objection d’E. Greco en 1982 : Greco, Schnapp 1982, p. 209. Pour Rhegion, la localisation d’un sanctuaire consacré à Poséidon au nord de la ville pourrait constituer un signe fort de son emprise sur le territoire : Mercuri 1998. Voir ci-dessus sur le territoire et la frontière de Rhegion.

    176 Vision d’ensemble dans Greco E. 1975.

    177 Ces recherches ont été publiées dans le volume Sud di Velia 1990 ; voir en particulier la synthèse de Greco G. 1990.

    178 De Magistris 2016, p. 39.

    179 D’Angiolillo 2017.

    180 Greco, Schnapp 1982, p. 209.

    181 De Magistris 2016, p. 37-38, site no 14 pour la première localité Castelluccio, site no 17 pour la seconde ; voir la description du matériel retrouvé, dix fragments comprenant tuiles, antéfixes et céramique, p. 105.

    182 Amphores type MGS IV et amphores puniques Ramón T-6.1.2.1 : ibid., p. 42, no 17.

    183 Greco E. 1975, p. 83, n. 1.

    184 De Magistris 2016, p. 39-41, no 15.

    185 Ibid., p. 32-34, no 9, avec catalogue du matériel p. 96-100, fig. 59-65.

    186 Ibid., p. 48-51, no 20. Voir fig. 26, p. 50, pour l’analyse de la visibilité depuis cette localité, et p. 107 pour le catalogue du matériel.

    187 Ibid., p. 41-42, no 16.

    188 Ibid., p. 42-43, et fig. 20.

    189 Greco, Schnapp 1983. La reprise des données et l’analyse de l’ensemble du matériel sont en cours de publication. Premier bilan de ces études dans Bats et al. 2010.

    190 Greco, Schnapp 1982, p. 210 ; Bats et al. 2010, p. 174.

    191 Comme on l’a vu ci-dessus, les cas des colonies achéennes de Sybaris et Métaponte montrent que plusieurs des avant-postes de leur territoire reprennent des sites antérieurement occupés par des populations locales.

    192 Sur les fortifications en Grande Grèce, Tréziny 1982.

    193 Greco, Schnapp 1983, p. 409.

    194 Ibid., p. 405.

    195 De Gennaro 2005.

    196 Cavassa, Munzi 2013.

    197 Notamment Strabon, VI, 1, 1.

    198 Voir ci-dessus à propos de ce passage.

    199 L’analyse ici est largement tributaire des publications dirigées par E. Greco, en particulier : Greco E. 1979a ; Greco, Stazio, Vallet 1987a ; Greco E. 1987a. Voir aussi De Caro 2015 ; Scelza 2015, p. 247-298, qui s’appuie sur les données des prospections sur le territoire de Poseidonia.

    200 En particulier sur l’expérience coloniale en Occident, voir Polignac 1995, p. 118-126.

    201 Synthèse partielle dans Pollini 2013.

    202 Ταῦτα μὲν οὖν ἔπραξε περὶ ἐκείνους τοὺς τόπους. ἐντεῦθεν δ’ ἀναζεύξας κατήντησε τῆς Ποσειδωνιατῶν χώρας πρός τινα πέτραν, πρὸς ᾗ μυθολογοῦσιν ἴδιόν τι γενέσθαι καὶ παράδοξον. τῶν γὰρ ἐγχωρίων τινὰ κυνηγὸν ἐν τοῖς κατὰ τὴν θήραν ἀνδραγαθήμασι διωνομασμένον ἐν μὲν τοῖς ἔμπροσθεν χρόνοις εἰωθέναι τῶν ληφθέντων θηρίων τὰς κεφαλὰς καὶ τοὺς πόδας ἀνατιθέναι τῇ Ἀρτέμιδι καὶ προσηλοῦν τοῖς δένδρεσι, τότε δ’ οὖν ὑπερφυῆ κάπρον χειρωσάμενον καὶ τῆς θεοῦ καταφρονήσαντα εἰπεῖν ὅτι τὴν κεφαλὴν τοῦ θηρίου ἑαυτῷ ἀνατίθησι, καὶ τοῖς λόγοις ἀκολούθως ἔκ τινος δένδρου κρεμάσαι ταύτην, αὐτὸν δέ, καυματώδους περιστάσεως οὔσης, κατὰ μεσημβρίαν εἰς ὕπνον τραπῆναι· καθ’ ὃν δὴ χρόνον τοῦ δεσμοῦ λυθέντος αὐτομάτως πεσεῖν τὴν κεφαλὴν ἐπὶ τὸν κοιμώμενον καὶ διαφθεῖραι, « Voilà donc ce qu’il [Héraclès] a fait dans ces régions-là. Après avoir levé le camp, il arriva dans la région de Poseidonia, près d’un rocher où les mythes racontent qu’il se passa quelque chose de singulier et d’étrange : un chasseur parmi les indigènes s’était rendu célèbre par des actes courageux à la chasse, dans des époques antérieures où il était en usage de consacrer à Artémis la tête et les pieds des bêtes sauvages prises et de les clouer aux arbres ; or, un jour où il avait donc capturé un sanglier d’une taille prodigieuse, il dit, parce qu’il méprisait la déesse, qu’il se consacrait à lui-même la tête de la bête, et accompagnant ses propos, il suspendit la tête à un arbre. Puis, comme à midi l’atmosphère devenait brûlante, il sombra dans le sommeil. Pendant ce temps, le lien se délia de lui-même et la tête tomba sur le chasseur assoupi et le tua » : Diodore de Sicile, IV, 22, 3, (trad. Bianquis). Commentaire dans Biraschi 2012a, p. 292-293.

    203 Greco E. 1987a, p. 480-481.

    204 Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 39 ; Cipriani 2012, p. 163-164.

    205 Ardovino 1980, p. 52-53.

    206 Ibid., p. 52 ; SEG XXXII, 1027 ; Giacomelli 1988, p. 29, no 14 ; Arena 1996, p. 46, no 20 ; Dubois 2002, p. 64, no 20 ; Biraschi 2012a, p. 297-298, pl. xxxiii c.

    207 Ardovino 1993, p. 288 ; Cipriani 2012, p. 163-164.

    208 Sur Déméter à Poseidonia, voir Ardovino 1986, p. 92.

    209 Ardovino 1980, p. 53-54 ; IG XIV, 665 ; Giacomelli 1988, p. 31, no 16 ; Arena 1996, p. 47-48, no 22 ; Dubois 2002, p. 64-65, no 21 ; Biraschi 2012a, p. 298-299.

    210 Restitution de Biraschi 2012a, p. 300. Pour d’autres hypothèses de restitution de l’inscription et commentaires : SEG XII, 412 ; XXIX, 982 ; Ardovino 1980, p. 53-54 ; Giacomelli 1988, p. 27, no 12 ; Arena 1996, p. 45, no 19 ; Dubois 2002, p. 62-63, no 18.

    211 Avagliano 1986c, p. 63-64 ; Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 32-33 ; Cipriani 2012, p. 152-154 ; De Caro 2015, p. 140-145.

    212 Voza 1964, p. 366 ; Avagliano 1986b, p. 65-66 ; Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 30-31 ; Cipriani 2012, p. 155-158. Voir désormais De Caro 2015, p. 153-173, avec la reprise de tout le matériel provenant de ce sanctuaire.

    213 À ce propos, il faut rappeler la présence d’armes dans le sanctuaire du Sele, ce qui confirme la compatibilité entre l’élément guerrier et un Héraion poseidoniate : voir le chapitre 6.

    214 Avagliano 1986b, p. 65 ; Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 30 ; Greco E. 1987a, p. 482.

    215 Un résumé de ces notices a été donné dans Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 31. Voir aussi De Caro 2015, p. 173.

    216 Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 29-30 ; De Caro 2015, p. 173.

    217 Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 32.

    218 Greco E. 1979a, p. 14, n. 8 ; Avagliano 1986a, p. 61-62 ; Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 41 ; Avagliano 1992, p. 139-151 ; Cipriani 2012, p. 149-151, pl. xxxi-xxxii.

    219 Greco E. 1982 ; 1987a, p. 483 ; Scafuro 2022.

    220 Avagliano 1992, p. 142.

    221 Vallet 1967.

    222 Le petit sanctuaire de Lupata a été étudié ci-dessus.

    223 Cipriani 1986b, p. 59-60 ; Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 41-44 ; Pedley 2000, p. 65-66. Pour une description complète du sanctuaire de Santa Venera, avec les résultats des fouilles, Pedley 1993 ; De Caro 2015, p. 53-61. Pour l’analyse des terres cuites, Ammerman 2002. En dernier, Torelli 2020.

    224 Voir la publication des anciennes fouilles de la nécropole : Scafuro 2019.

    225 Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 38.

    226 Pour une synthèse sur les nécropoles dites urbaines du sud de la ville, notamment Spinazzo et Santa Venera, voir Scafuro 2022. L’analyse complète des tombes les plus riches, celles qui ont reçu une décoration peinte, est faite dans Pontrandolfo, Rouveret 1992.

    227 Greco E. 1982. La même thèse a été reprise dans un article plus récent analysant d’autres colonies de Grande Grèce : Greco E. 2000c.

    228 Greco E. 1982, p. 52.

    229 Sur les difficultés à déterminer les statuts sociaux des personnes à partir des sources archéologiques, Pollini 2018.

    230 Sur la question de la démographie et, par conséquent, du mode d’occupation des campagnes grecques, voir les analyses sur la Grèce égéenne, notamment à partir des données provenant de prospections, d’Alcock, Cherry 2004, et les commentaires de Rousset 2004 et Brunet 2007.

    231 La synthèse de Horden, Purcell 2000, part. chap. 6, p. 175-230, souligne la multitude d’activités nécessaires à la survie de la cité antique.

    232 Chandezon 2003, sur les inscriptions qui mentionnent l’élevage, montre l’importance de cette activité économique.

    233 Avagliano 1985 ; Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 35-36 ; Cipriani 2001, p. 374-375.

    234 Sur la possibilité d’identifier des couches sociales subalternes à partir des données provenant de cette nécropole, Esposito, Pollini 2013c. Plus récemment, Contursi 2022 ; Zuchtriegel 2022. Commentaire plus large sur les catégories subalternes dans Zuchtriegel 2017b.

    235 Avagliano 1987.

    236 En raison de son importance, cette tombe est commentée en détail ci-dessous.

    237 Greco E. 1987a, p. 483.

    238 Greco E. 2000c. Ce point est particulièrement pertinent pour l’analyse de la tombe du Plongeur, trouvée dans cette nécropole et commentée plus loin.

    239 Strabon, VI, 1, 3 : « Les Lucaniens sont de souche samnite. Après avoir vaincu à la guerre les Posidoniates et leurs alliés, ils entrèrent en possession de leurs villes » (trad. Lasserre). Voir les commentaires sur les sources littéraires concernant les Lucaniens dans Horsnaes 2002, p. 123-129. Sur les Lucaniens, Pontrandolfo 1982 et, plus récemment, Cazanove, Duplouy 2019. Sur l’origine des Lucaniens, Greco, Schnapp 2019.

    240 Le sujet ne fait pas l’objet de notre étude et une description succincte suffit pour fonder notre hypothèse d’une intensification des conflits dans la région de Poseidonia dès le milieu du ve siècle. Voir en particulier Pontrandolfo, D’Agostino 1987 ; De Juliis 1996, p. 200-202 et 230-238 ; Musti 2005, p. 241-242.

    241 À Fratte, une tombe a livré une olpè inscrite en caractères achéens datée du premier quart du ve siècle, indiquant au moins des contacts entre Poseidonia (d’après l’alphabet de l’inscription) et la population étrusque de Fratte. Ce témoignage contredit l’idée que les contacts entre Poseidonia et les cités étrusques étaient forcément conflictuels ; voir ci-dessus.

    242 Cette localité est étudiée plus haut, dans la 1re partie de ce chapitre.

    243 D’Agostino 1974.

    244 Pour Capoue : Tite Live, IV, 37, 1-2 et XXVIII, 28, 6 ; pour Cumes : Diodore, XII, 76, 4.

    245 Diodore, XII, 31, 1.

    246 Cipriani 2000, p. 197-218.

    247 Nous intéressent ici uniquement les données archéologiques datant de l’époque de la colonie grecque de Poseidonia. Dans un cadre plus large, cette nécropole est très importante pour la période préhistorique, en particulier pendant la seconde moitié du IIIe millénaire, et l’on parle justement d’une culture du Gaudo qui se serait étendue jusqu’à la Calabre et la Basilicate et dont l’un des centres les plus remarquables serait Buccino. Le groupement attesté par la nécropole préhistorique du Gaudo fut probablement le premier à quitter les grottes situées dans les zones montagneuses et à s’installer dans la plaine, sans une protection naturelle donnée par l’environnement : Laureano et al. 1998, p. 26 ; Skele 2002.

    248 Cipriani 2000, p. 211.

    249 Plus particulièrement, les populations de la côte méridionale : ibid.

    250  διὸ καὶ πρὸς Λευκανοὺς ἀντέσχον καὶ πρὸς Ποσειδωνιάτας καὶ κρείττους ἀπῄεσαν καίπερ ἐνδεέστεροι καὶ χώρᾳ καὶ πλήθει σωμάτων ὄντες, « Aussi put-elle [Velia] tenir tête tant aux Lucaniens qu’aux Poseidoniates et finalement en triompher, bien qu’elle leur fût inférieure sous le double rapport de l’étendue de son territoire et du nombre de ses soldats » : Strabon, VI, 1, 1 (trad. Lasserre). Dans ce passage, rien ne dit que les affrontements entre les deux cités ont eu lieu dans la seconde moitié du ve siècle, mais cette datation reste la plus probable. Velia est fondée en 540 av. J.-C. avec l’accord des Poseidoniates, si l’on en croit la tradition rapportée par Hérodote (I, 167), commentée brièvement ci-dessus. Les affrontements entre les deux cités doivent être placés un certain temps après la fondation de Velia et avant la conquête lucanienne de Poseidonia, c’est-à-dire après le milieu du vie et avant le dernier quart du ve siècle ; le milieu du ve siècle s’accorde parfaitement avec ces deux conditions.

    251 Cipriani 1986a, p. 67-73 ; 1989 ; Cipriani, Ardovino 1989-1990 ; Cipriani 2012, p. 158-163 ; De Caro 2015, p. 176-180 ; 2022.

    252 Selon M. Torelli, un rôle fondamental doit être accordé aux sanctuaires de confins dédiés aux divinités féminines, en particulier à Déméter, en ce qui concerne l’intégration entre les cultures grecque et italique : Torelli 1997, p. 702-705.

    253 Cipriani 1986a, p. 71.

    254 Cipriani, Ardovino 1989-1990, p. 339.

    255 Cipriani 1986a, p. 67.

    256 Voir ci-dessus au sujet des théories de Platon sur les douze villages de sa cité idéale et les fonctions défensives des sanctuaires installés sur les points les plus élevés du territoire.

    257 C’est l’interprétation de S. De Caro, qui propose de voir le sanctuaire en tant que lieu d’agrégation d’un groupe, une sorte de village organisé et montrant des signes importants de hiérarchisation : De Caro 2022.

    258 Dans ce sens, voir Cipriani, Rouveret 2019, p. 709-710.

    259 Sur le contexte de la découverte, Greco E. 2018b.

    260 Greco E. 1982.

    261 La discussion est très complexe sur le « droit à la sépulture », pour reprendre l’expression utilisée par Bérard R.-M. 2021. Spécifiquement sur ce problème, dans le contexte des colonies grecques d’Occident, Bérard R.-M. 2018. Si l’autrice croit plutôt à une relative ouverture des nécropoles urbaines à l’ensemble de la population des colonies occidentales, l’existence de certaines nécropoles plus éloignées et avec de nombreux signes d’anomalie, comme Tempa del Prete, serait un contre-exemple important.

    262 Synthèse sur la nécropole de Tempa del Prete dans Cipriani 2020.

    263 Greco E. 2000c, p. 188.

    264 Greco E. 1982, p. 53.

    265 Sur l’aspect aristocratique de la tombe du Plongeur, Zuchtriegel 2020. Dans ce contexte élitaire, il est intéressant de souligner l’importante présence d’éléments liés à la pratique musicale : représentations d’instruments de musique sur les peintures (aulos, lyre, barbitos), mais aussi restes d’une lyre dans le mobilier. Voir à ce propos Bellia 2014 et les contributions de S. Hagel, F. Pelosi et S. Sarti dans Meriani, Zuchtriegel 2020.

    266 Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 40-41. Commentaire récent et analyse du mobilier des tombes des fouilles de 1953, 1968/1969 et 1974, dans Cipriani 2020.

    267 Napoli 1969 ; 1970.

    268 Voir aussi les tombes 210, 232, 310, 312, 314, 320 du Gaudo, ainsi qu’une vingtaine de tombes de Santa Venera, qui possédaient uniquement un enduit blanc : Zuchtriegel 2020.

    269 Cipriani 2020, p. 108. Il est également important de comparer la tombe du Plongeur à d’autres tombes peintes tardo-archaïques apuliennes : D’Angelo 2020.

    270 Zuchtriegel 2018a ; 2020 ; Lubritto et al. 2020.

    271 Rouveret 1974.

    272 Cette paroi pose des problèmes d’interprétation : ses rapports avec le contexte du banquet sont peu clairs. Cette scène, la seule dont le sens de lecture est de gauche à droite, a été interprétée par certains dans un contexte sportif ; contre cette hypothèse, Warland 1999. Il est plus probable qu’il s’agit d’un couple arrivant au banquet, peut-être sans avoir été invité, selon l’interprétation de Murray 2020, p. 202-203, ou, plus généralement, d’une scène de komos, selon Bianchi-Bandinelli 1970-1971. Discussion récente dans Heinemann 2020, p. 233-234.

    273 Bilan historiographique dans Cipriani, Pontrandolfo 2018 ; Oddo 2018. Commentaire récent sur les interprétations possibles des images représentées dans Zuchtriegel 2018b.

    274 En dernier lieu, Rescigno, Averna 2018.

    275 Rouveret 1976b, p. 102-103 ; 1976a.

    276 Comparaison très séduisante du style des peintures avec la céramique campanienne contemporaine dans Ermini 1994. Voir aussi Parise-Badoni 1968-1969.

    277 Voir Heinemann 2020 pour les quelques représentations, dans la céramique figurée, où un personnage se jette la tête la première, sans que cela puisse véritablement être comparable au plongeon qui nous intéresse.

    278 Pontrandolfo s.d., p. 18 ; Murray 1988 ; Pontrandolfo 1995b.

    279 Murray 1988, p. 239-241 ; 2018.

    280 Voir Verger 2020 pour des scènes de symposion « aux marges du monde grec ».

    281 Rome, Museo Nazionale Etrusco di Villa Giulia, inv. 106463. Cf. J. D. Beazley, Paralipomena, Oxford, 1971, 146.8 Ter, disponible en ligne sur le site des Beazley archives : www.beazley.ox.ac.uk/record/26988E77‑4580-42A1‑817C-DCDB314F1B7A (vase n. 351080).

    282 Pour une analyse minutieuse, Rouveret 1976b, p. 121-122.

    283 Descriptif, avec images et bibliographie, dans la base en ligne ICAR (Iconographie et Archéologie pour l’Italie préromaine) : http://icar.huma-num.fr/. Pour un court inventaire des tombes étrusques à mettre en rapport avec celle du Plongeur, voir Pallottino 1970-1972.

    284 Cerchiai 1987a.

    285 Cagiano de Azevedo 1972, p. 270.

    286 Rouveret 1976b, p. 122.

    287 En effet, dans la tombe de Paestum, la force de l’image est le focus sur le seul plongeur, qui semble suspendu dans l’espace et dans le temps. Pour reprendre l’expression de Claude Lanzmann, dans son recueil de chroniques La Tombe du divin plongeur (2012, p. 12), « ce n’est peut-être pas une chute, il paraît planer ». Pour le journaliste et écrivain, le personnage semble « plonger sans fin dans l’espace entre la vie et la mort. Plongée poignante, car il est véritablement dans le vide, sa chute ne s’arrêtera peut-être jamais, on ne comprend ni d’où il s’est élancé, ni où il s’abîmera ». Commentaire dans Pontrandolfo 2016 ; Rouveret 2020, part. p. 71.

    288 Plusieurs commentateurs ont rapproché les scènes des courants de croyances à mystère, comme l’orphisme et le pythagorisme, sans que l’on puisse l’affirmer de façon définitive : Bottini 1992 ; 2000, p. 130-132 ; 2016.

    289 Slater 1976, p. 423-425 ; Holloway 1977, p. 554-555 ; Slater 1977, p. 555-557 ; Holloway 2006.

    290 Rouveret 1974 ; 1976b ; 1987 ; 2020.

    291 Od., X, 513 ; XII, 383 ; XII, 413 ; XXIV, 11 ; Il., III, 322 ; VII, 131 ; XI, 263 ; XII, 385 ; XVI, 745-750. Commentaire sur Plutarque dans Ampolo 1993b.

    292 Rouveret 1976b, p. 125.

    293 Pontrandolfo s.d., p. 21 ; sur la structure comme étant les colonnes d’Hercule, voir D’Agostino 1982 ; contre cette hypothèse et pour une représentation d’un tremplin, Ermini 1994.

    294 Cette structure pose d’évidentes difficultés d’interprétation. Si l’on adopte un regard réaliste, il est impossible d’y voir un plongeoir, le jeune homme semblant venir de plus haut.

    295 Gruzinski, Rouveret 1976, part. p. 163 ; Torelli 1977. Pour rappel, l’un des principaux apports de la notion d’ethnicité est la prise en compte de l’expression matérielle d’une identité ethnique perçue ou supposée et volontairement revendiquée, dans un contexte historique et spatial défini : Jones 1997 ; Hall 1997. Malgré toutes les difficultés d’application du concept à partir de sources archéologiques, cette idée est particulièrement intéressante.

    296 Voir ci-dessus. Parmi plusieurs textes, voir en particulier, Hérodote, III, 98-100 ; IV, 168-171.

    297 Somville 1979 ; Guzzo 1991, p. 123-128 ; Bottini 1992, p. 85-91.

    298 Dans une interprétation opposée, Zuchtriegel 2018a et 2020 propose d’y voir l’expression de l’appartenance du défunt aux cercles aristocratiques des citoyens de Poseidonia.

    299 Montel 2010. Pour d’autres exemples des particularités des Grecs des milieux coloniaux, voir Costanzi, Dana 2020.

    300 Les arguments pour identifier le défunt comme appartenant aux communautés indigènes du Vallo di Diano sur la base de la forme du cratère représenté sur la plaque orientale semblent assez faibles : Robinson 2011. Si l’on peut soutenir l’hypothèse que le défunt n’était pas un citoyen poseidoniate, il semble quelque peu arbitraire de vouloir identifier plus précisément ses origines ethniques, a fortiori à partir d’un seul élément iconographique d’interprétation complexe.

    301 Rouveret 2014b.

    302 A. Pontrandolfo a bien souligné, à la table ronde du colloque de Tarente de 2014, que nous sommes tributaires des récits écrits, qui conditionnent en large mesure les interprétations des données archéologiques : se non avessimo il supporto delle fonti scritte non saprei riconoscere i Lucani, dai Sanniti, dai Brettii ; fondamentalmente ritengo sia il confronto dinamico delle interpretazioni ricavate dall’esame dei realia con quelle ricavate da altre serie documentarie, in primo luogo la lingua e la scrittura : Atti Taranto 2014, p. 549.

    303 Διόπερ Ἀριστόξενος ἐν τοῖς Συμμίκτοις συμποτικοῖς: ὅμοιον, φησί, ποιοῦμεν Ποσειδωνιάταις τοῖς ἐν τῷ Τυρρηνικῷ κόλπῳ κατοικοῦσιν. οἷς συνέβη τὰ μὲν ἐξ ἀρχῆς Ἕλλησιν οὖσιν ἐκβεβαρβαρῶσθαι Τυρρηνοῖς ἢ Ῥωμαίοις γεγονόσι, καὶ τήν τε φωνὴν μεταβεβληκέναι τά τε λοιπὰ τῶν ἐπιτηδευμάτων, ἄγειν δὲ μίαν τινὰ αὐτοὺς τῶν ἑορτῶν τῶν Ἑλληνικῶν ἔτι καὶ νῦν, ἐν ᾗ συνιόντες ἀναμιμνήσκονται τῶν ἀρχαίων ἐκείνων ὀνομάτων τε καὶ νομίμων, καὶ ἀπολοφυράμενοι πρὸς ἀλλήλους καὶ ἀποδακρύσαντες ἀπέρχονται, « Ainsi affirme Aristoxène dans ses Symmikta sympotika : Nous faisons comme les gens de Poseidonia, d’origine grecque mais barbarisés, devenus Tyrrhéniens ou Romains, ayant changé leur langue et les autres coutumes ; ils gardent toutefois encore de nos jours l’une des fêtes helléniques, pendant laquelle ils se réunissent et évoquent les anciens noms et usages, et se séparent après avoir plaint les uns les autres, les larmes aux yeux » : fragment des Σύμμικτα συμποτικά (fr. 124 Wehrli), apud Athénée, XIV, 632a. Les problèmes de ce fragment sont variés, en particulier sa datation (avant ou après 273 av. J.-C.) ; le texte fait référence aux Tyrrhéniens (Étrusques) et aux Romains, mais il ne mentionne pas les Lucaniens. Peut-on néanmoins faire le rapprochement entre la « barbarisation » de Poseidonia et la conquête lucanienne ? Malgré les difficultés, ce fragment contribue à montrer la prise de Poseidonia par les populations italiques. Commentaires dans Asheri 1999 ; Frisone 2011 ; Biraschi 2012a, p. 329-331.

    304 Greco, Theodorescu 1996, p. 184.

    305 [σ]τατ[ι]ς [----ι]ες / ιουϜηι [----] α| ναρηι / α[----] fεδ[ / βρατηις δατας. Musée archéologique national de Paestum, inv. 134 740. Retranscrit en latin : Statius […]ius. Joui […]anari dicauit [?] gratiae datae : Greco, Theodorescu 1983, p. 79. Voir aussi Greco, Pontrandolfo s.d., p. 152 ; Rix 2002, Lu 14 ; Biraschi 2012a, p. 307-308 ; Pollini 2018.

    306 Rouveret 2012.

    307 Taliercio Mensitieri 1987, p. 165-166.

    308 Pour les monnaies de Poseidonia, ibid. ; Taliercio Mensitieri 2012.

    309 Pontrandolfo 1983 ; Greco, Theodorescu 1996, p. 406.

    310 Crawford 2006, p. 64. Il faut noter également la controverse portant sur l’alphabet utilisé sur ces monnaies. Le courant qui les date au ive siècle transcrit le nom de la cité en alphabet grec, tandis que M. Crawford souligne l’usage de l’alphabet latin. Asheri 1999, p. 368, suggère que ces monnaies pouvaient avoir comme but de renforcer les rapports commerciaux avec des populations grecques, mais aussi italiques, et surtout avec les Romains.

    311 Certains rapprochent le nom Paestum d’un possible Παιστός grec, comparable au toponyme crétois Φαιστός/Παιστός : Pugliese Carratelli 1987, p. 21 ; 1990a, p. 224. Il est plus probable que le changement de nom est survenu avec la conquête romaine. Pour essayer de l’expliquer et en reprenant l’hypothèse de G. Pugliese Carratelli sur une origine plus ancienne du toponyme Παιστός, Zuchtriegel 2017a propose de voir une volonté, de la part des Romains, de récupérer un passé plus lointain, avant l’arrivée des Grecs, par un toponyme qui pourrait être issu d’une tradition autochtone.

    312 Pontrandolfo 1987a, p. 241.

    313 Pontrandolfo, Rouveret 1996, p. 159.

    314 Le rapport entre le mobilier funéraire et le sexe des défunts est certainement plus complexe que ne le montraient les recherches anciennes. Aujourd’hui il est important de questionner certaines attributions mécaniques, comme l’association des armes pour les hommes et les bijoux pour les femmes. Commentaires d’ordre méthodologique dans Esposito, Pollini 2021.

    315 Pontrandolfo, Rouveret 1992, p. 17. Voir aussi Pontrandolfo 1987a, p. 248 ; Rouveret 1987 ; Pontrandolfo, Rouveret 1996 ; Pontrandolfo s.d. Pour les quelques tombes peintes découvertes aux confins du territoire de la cité, Pollini 2009.

    316 D’abord une distinction doit être faite entre les peintures avec figuration humaine et celles à motifs géométriques ou végétaux : Rouveret 1987 ; Pontrandolfo, Rouveret 1992 ; 1996. D’Angelo 2017 compare les tombes peintes de Poseidonia avec celles d’autres sociétés italiques, notamment en Campanie et en Daunie. Sur les liens entre ces peintures et les identités italiques, D’Angelo 2019.

    317 Probablement autour de 390 av. J.-C., si l’on en croit la source de Diodore (XIV, 101, 3) : Asheri 1999, p. 365.

    318 Posseggono un’organizzazione del territorio con città (Poseidonia e Laos), e fortini a protezione dei confini che servono da punti di rifugio. Hanno un governo centrale che stipula alleanze, definisce riscatti, tratta paci, mobilita eserciti : Mele 1996a, p. 68.

    319 L’édition de 2003 des congrès de Tarente a eu pour thème l’expédition d’Alexandre le Molosse, qui est probablement arrivé aux frontières de Poseidonia en 334/333 : Atti Taranto 2003.

    320 Tite-Live, Periochae, 14.

    321 Crawford 2006.

    322 Carter, Prieto 2011, p. 563-565.

    323 Greco E. 1987a, p. 403 ; Greco, Theodorescu 1996, p. 192.

    324 Pour une discussion sur les régimes politiques des cités achéennes de Grande Grèce, Gallo 2001.

    325 Bérard R.-M. 2018 interprète de façon plutôt ouverte la possibilité d’accès aux espaces funéraires en Grande Grèce, qui ne seraient donc pas réservés à une élite.

    326 Greco, Theodorescu 1996, p. 192.

    327 C’est aussi l’idée de D. Asheri, qui insiste sur la possibilité d’une redistribution des terres. Il affirme que, dans le contexte colonial d’Occident à l’époque archaïque, la prolifération de l’habitat dans la campagne serait un signe d’une expansion de la colonisation grecque. L’arrivée d’un supplément de population grecque, des époikoi, venant de la métropole ou d’autres cités, est normalement la cause de cette expansion. Dans le cas de Poseidonia, il faut beaucoup de prudence avant d’établir des comparaisons un peu hasardeuses, puisque la cité est sous l’hégémonie lucanienne à l’époque de cette diffusion de l’habitat rural. Le spécialiste suggère d’ailleurs une « colonisation » italique, et non grecque, qui expliquerait le mouvement migratoire vers Poseidonia dans le deuxième quart du ive siècle : Asheri 1999, p. 366.

    328 Gasparri 1989 ; 1990. Voir aussi Longo et al. 2012, p. 295-298, et 298-301 pour un système comparable d’organisation des terres dans la région au nord du Sele, dans la plaine de Pontecagnano.

    329 Il faut rappeler les signes d’anomalie de la nécropole du Gaudo (no 47), avec des indices d’une présence italique dès le milieu du ve siècle au moins. Voir en particulier une tombe assez exceptionnelle du Gaudo, dont le mobilier permet la datation dans le ve siècle : Cipriani 2004.

    330 Pontrandolfo, Rouveret 1992, p. 240-241 et 371.

    331 Musée archéologique national de Madrid, inv. 11094. Le vase a été découvert lors des fouilles organisées par le marquis de Salamanque en 1864 : Pontrandolfo 1986, p. 134-136, no 33 ; Trendall 1989, p. 198-200 et fig. 355 ; Denoyelle, Iozzo 2009, p. 186-187, fig. 260.

    332 Sestieri 1948.

    333 Pontrandolfo, Rouveret 1992, p. 277-293 et 393-400.

    334 La superficie des recherches archéologiques a été ensuite élargie, sans aucun résultat.

    335 Mustilli 1937, p. 151.

    336 Viola 1893.

    337 Mello 1980, p. 294.

    338 Très bonne synthèse dans Greco, Theodorescu 1996, p. 192.

    339 Sur l’importance de ces peintres et leurs ateliers, Denoyelle, Iozzo 2009.

    340 Viola 1998, p. 85-88.

    341 Cipriani 1990.

    342 Tombes 5921 et 5892 de Pontecagnano, citées dans Viola 1998, p. 86, n. 120.

    343 Pontrandolfo, Rouveret 1992, p. 259-260, 380-385 et 458. Le mobilier de la tombe no 2 (1957) de la nécropole du Gaudo est aussi comparé à celui de la tombe de Marcellina à Laos, de la tombe de Cariati, ainsi que des tombes à chambre contemporaines de Canosa (Pouilles).

    344 Bottini, Greco 1974-1975 ; Pontrandolfo, Rouveret 1992, p. 246-248 et 372-376.

    345 Pontrandolfo 1987a, p. 257-264.

    346 D’Angelo 2017, propose de dater ces tombes juste après la déduction, comme signe d’un processus progressif d’intégration des élites locales au nouveau statut de la cité, devenue romaine.

    347 Serritella 2002, p. 20.

    348 Ibid., p. 26.

    349 Greco E. 2000c, p. 188-189, parle d’une « explosion » d’établissements dans le territoire à l’époque classique.

    350 Alcock, Cherry 2004 ; Rousset 2004 ; Brunet 2007.

    351 Martin 1978, p. 589.

    352 R. Martin avait daté ces dernières avancées techniques uniquement de l’époque hellénistique.

    353 Martin 1978, p. 589.

    354 Rouveret 2012.

    355 Voir le fragment d’Aristoxène sur la barbarisation de Poseidonia commenté ci-dessus, qui insiste sur la permanence d’une communauté grecque, celle qui se lamente de sa soumission aux Barbares.

    356 Greco, Theodorescu 1996, p. 192. Remarques méthodologiques sur les difficultés à déterminer les statuts sociaux à partir des seules données archéologiques, dans Pollini 2018.

    357 Voir notamment les résultats des recherches de la mission franco-italienne, publiés dans la collection de l’École française de Rome, série no 42, Poseidonia-Paestum, avec cinq volumes publiés.

    358 Koeller 2010 ; Marchiandi 2011.

    359 Pontrandolfo 1994. Voir Bièvre-Perrin 2023.

    360 Elia 2010 ; Elia, Meirano 2010.

    361 Pontrandolfo, Rouveret 1992, p. 18.

    362 Ibid., p. 459.

    363 C’est le cas de Tempa Rossa, proche de Fonte, ou de Scalareta et Quercione, proches de San Nicola di Albanella.

    364 Ampolo 1997, p. 454-458. Sur la place des activités économiques dans les sanctuaires grecs, voir en particulier Chandezon 2000.

    365 L’orateur commente une loi de Dracon sur l’homicide, republiée en 409-408 av. J.-C. (IG, I3 104) : ἵνα δὴ μὴ τοῦτ’ ᾖ μηδ’ ἀπέραντοι τῶν ἀτυχημάτων αἱ τιμωρίαι γίγνωνται, ἔγραψεν “ἐάν τις τὸν ἀνδροφόνον κτείνῃ ἀπεχόμενον” φησὶν “ἀγορᾶς ἐφορίας” τί τοῦτο λέγων; τῶν ὁρίων τῆς χώρας· ἐνταῦθα γάρ, ὥς γ’ ἐμοὶ δοκεῖ, τἀρχαῖα συνῇσαν οἱ πρόσχωροι παρά θ’ ἡμῶν καὶ τῶν ἀστυγειτόνων, ὅθεν ὠνόμακεν “ἀγορὰν ἐφορίαν”, « Pour éviter cela, pour que les actes malheureux n’entraînent pas de vengeances sans fin, le législateur prononce : “si quelqu’un tue le meurtrier qui se tenait à l’écart des marchés de frontière”. Que désigne-t-il par-là ? Les limites du pays : car c’est là, je pense, que les peuples voisins se rencontraient jadis, venant de chez nous ou des pays limitrophes ; d’où l’appellation “marché de frontière” » : Démosthène, Contre Aristocrate, 39 (trad. Humbert et Gernet).

    366 Ampolo 1997, p. 457, insiste sur le fait que les marchés de frontières athéniens existaient aux époques plus anciennes et traduisaient une réalité des échanges commerciaux avant le ive siècle (probablement déjà disparus dès l’époque d’Aristophane), quand ces échanges étaient moins réglementés. En revanche, la chronologie des formes d’échange commercial et des lois athéniennes n’a pas d’équivalent direct dans les réalités rencontrées à Poseidonia.

    367 SEG XXXVIII, 1036 ; XLI, 891, commentée p. 461.

    368 En parlant de la division des lots de terre en parts égales pour les citoyens, Platon précise la nécessité de couper les lots en deux, une portion proche du centre et une autre éloignée. Le critère du rendement des terres est fondamental pour garantir l’égalité entre les citoyens : μηχανᾶσθαι δὲ καὶ ἐν τοῖς δίχα τμήμασι τὸ νυνδὴ λεγόμενον φαυλότητός τε καὶ ἀρετῆς χώρας, ἐπανισουμένους τῷ πλήθει τε καὶ ὀλιγότητι τῆς διανομῆς, « Par ailleurs, il faut s’arranger pour assurer dans les deux parts cette proportion de bonne terre et de terre médiocre dont nous parlions à l’instant, en compensant les différences d’étendue par les différences de rendement » : Lois, 745d (trad. Brisson et Pradeau).

    369 Pontrandolfo, Rouveret 1992, p. 459.

    370 Greco, Theodorescu 1996, p. 192.

    371 Cipriani 1994.

    372 Ibid., p. 34-36.

    373 Serritella 2002, p. 26.

    374 Cipriani 1994.

    375 Pontrandolfo 1982.

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    1 Laureano et al. 1998, p. 15.

    2 Amato et al. 2009 ; Alberico et al. 2012 ; Amato et al. 2013 ; Amato 2019.

    3 Bilan préliminaire par A. Santoriello dans Longo et al. 2012, p. 295-301. Ces recherches, notamment à partir de prospections, ont donné lieu à la thèse de doctorat de F. Scelza, qui s’intéresse à un espace plus étendu comprenant non seulement le territoire de l’ancienne Poseidonia, mais aussi la région qui va de Velia jusqu’à Laos : Scelza 2015.

    4 Guy 1990, p. 67-77 ; Guy, Delezir 1987, p. 463-470. Voir aussi Lippmann-Provansal 1987, qui suggère une évolution du rivage par une combinaison de dynamiques endogènes et exogènes.

    5 Cantalupo s.d., p. 7, s’appuie sur les études de G. De Lorenzo, « Sulla causa geologica della scomparsa dell’antica città di Paestum », Rendiconto della Reale Accademia dei Lincei, Classe di Scienze Fisiche, 11, 1930, p. 1062 ss. et de G. D’Erasmo, « Il Bradisismo di Paestum », Rendiconto dell’Accademia di Scienze fisiche e matematiche di Napoli, 4, 1934, p. 3 ss. Cette interprétation se fonde sur l’observation de l’altimétrie de la terrasse rocheuse de Paestum, qui permettrait d’inférer les variations du niveau de la mer par rapport à la terre ferme. Une intense activité tectonique dans la région aurait causé le phénomène du bradyséisme, c’est-à-dire un mouvement souterrain qui produit un gonflement de la terre entraînant une élévation du niveau du sol. Ce changement de niveau aurait ainsi provoqué une avancée de la mer vers la terre ferme depuis l’Antiquité jusqu’au xviiie siècle, et, à partir de ce siècle, le mouvement se serait inversé, mais pas suffisamment pour restituer à la terre ferme les portions prises par la mer. Dans cette hypothèse, contrairement à l’interprétation admise actuellement, la ligne de côte d’aujourd’hui aurait été moins étendue qu’à l’époque antique.

    6 I. Friedlander, « Sul bradisismo della costa tirrenica meridionale », Bollettino della Società geografica italiana, s. VII, 2, 2-3, février-mars 1937, cité par Laveglia 1971, p. 9-11. L’argument prend appui sur l’analyse chimique des sédiments calcaires de formation récente qui indiquerait des microorganismes issus uniquement des eaux douces, en contradiction avec une éventuelle progression de la mer.

    7 Laureano et al. 1998, p. 18-19. Cette préoccupation sur les microrégions et l’interaction entre conditions géographiques et évolution historique doivent beaucoup à l’ouvrage de Horden, Purcell 2000. Voir en particulier le chap. VI, p. 175-230.

    8 Laureano et al. 1998, p. 34.

    9 Bevilacqua 1992, p. 17. Bien que son discours concerne l’époque moderne, ses catégories de description des formes d’exploitation agricole de l’Italie méridionale sont parfaitement appropriées pour la période antique.

    10 Horden, Purcell 2000, p. 182-224.

    11 Bevilacqua 1992, p. 19-20.

    12 Greco E. 1996b. Sur les possibilités de localisation du port de Poseidonia, voir p. 184-185. Voir aussi, plus récemment, Salzano 2022.

    13 Saint-Non 1829, p. 191-192, n. 1.

    14 Guy 1990, p. 67-77 ; Guy, Delezir 1987, p. 464-465.

    15 Outre les rapports publiés dans les Chroniques des MEFRA, voir un bilan préliminaire dans Rouveret, Theodorescu 2000.

    16 Cantalupo s.d., p. 8-9.

    17 Voza 1963, p. 227, n. 13.

    18 Lucilius, III, fr. 16 (éd. Charpin) = 126 (éd. Marx), apud Probus Ad. Verg. Georg., 3, 146 : Silarus flumen est Lucaniae, portus Alburnus et eiusdem nominis mons ad sextum a Primis Tabernis. Mentionem facit Lucilius hoc uersu : Quattuor hinc Silari ad flumen portumque Alburnum, « Le Silarus est un fleuve de Lucanie. Port Alburnus et la montagne qui porte le même nom sont au sixième mille à partir de Primae Tabernae. Lucilius les cite dans ce vers : On compte quatre mille de là jusqu’au fleuve Silarus et à Port Alburnus » (trad. Charpin).

    19 Greco E.1996a, p. 175-178 ; 1987a, p. 484.

    20 Justin, XII, 2 ; Tite-Live, VIII, 17 et 24 ; Strabon, VI, 3, 3. Discussions dans Atti Taranto 2003.

    21 Greco E. 1974-1975, p. 111 ; Fiammenghi 1985, p. 65.

    22 Greco E. 1996a, p. 175-178 ; 1982.

    23 Greco E. 1987a, p. 483. Les fouilles de la Surintendance archéologique sont encore inédites. Voir ci-dessous sur le site de Linora.

    24 Sur les vestiges découverts entre la porta Sirena et l’actuelle gare de Paestum, De Caro 2015, p. 35-53.

    25 Gasparri 1989 ; 1990.

    26 Bradford 1948, p. 16.

    27 Schmiedt, Castagnoli 1955, p. 124-135 ; Guy, Delezir 1987, p. 467-470 ; Guy 1990, p. 67-77.

    28 Gasparri 1989, p. 261-262 ; 1990.

    29 Gasparri 1989, p. 262-263.

    30 Laureano et al. 1998, p. 22-31.

    31 La Genière 1968 ; Ruby 1995. Cette question est traitée de manière plus approfondie ci-dessous, lors de la description des sites indigènes du nord du Sele, en particulier Arenosola et Pontecagnano.

    32 Sur les Dauniens, Mazzei 2010 ; 2015.

    33 D’Agostino 1987, p. 33-34.

    34 Voir à ce propos les recherches doctorales d’A. M. Desiderio : Desiderio 2019. Voir aussi Desiderio 2018 ; Desiderio, Esposito 2020.  

    35 Notre analyse de l’œuvre d’Hérodote ci-dessus, témoin direct de ces questions en Grande Grèce, a montré que ce type de définition binaire n’est pas le plus approprié.

    36 Voir la bibliographie spécialisée, depuis les colloques de Tarente (Atti Taranto 1961 et Atti Taranto 1971) jusqu’aux monographies concernant plus spécifiquement les populations italiques de Campanie et de Basilicate : Pontrandolfo 1982 ; Cerchiai 1995 ; 2010 ; Cinquantaquattro 2014. À cela, s’ajoute un nombre assez élevé d’articles scientifiques et de publications des contextes de fouille portant sur les contacts interculturels de la Campanie antique.

    37 Cipriani 2019.

    38 Greco E.1992a, p. 63-65 ; Longo 1999, p. 368. Des traces importantes d’une fréquentation dès le Néolithique ont été trouvées, notamment dans la zone de l’autel de l’Héraion I, à proximité de l’Athénaion dans le sanctuaire septentrional, mais aussi dans les fouilles récentes de la zone de l’agora : Aurino et al. 2017 ; Aurino 2019. Sur la Préhistoire et la Protohistoire de la région de Paestum, Bailo Modesti 2008.

    39 Un réexamen du matériel métallique datant d’entre le premier âge du fer et la fin du viie siècle est en cours et a déjà donné lieu à une publication préliminaire : D’Antonio 2017.

    40 Ce site est étudié plus en détail ci-dessous. Pour une liste du matériel retrouvé lors d’une prospection sur le cours du Capodifiume, y compris du matériel pré- et protohistorique, voir Skele 2002, p. 47-62.

    41 D’Agostino 1987 ; Cerchiai 1987b, p. 41-53 ; La Torre, Colicelli 2000 ; Bugno, Masseria 2001 ; Cerchiai 2010 ; 2014 ; Guzzo 2016c.

    42 D’Agostino 1987, p. 30 ; Cerchiai 2008 ; D’Agostino 2011a.

    43 Cerchiai 1987b, p. 42-43. Analyse synthétique sur les problèmes de mixité à partir des données linguistiques dans Poccetti 2014 ; sur la Campanie, p. 90-92. Synthèse sur les langues italiques en Italie méridionale dans Poccetti 2017.

    44 Cerchiai 1987b, p. 44-45 ; Pellegrino 2015. Voir également la série de publications complètes des fouilles sous le titre Pontecagnano, notamment la série Pontecagnano II, vol. 1-7, qui concerne les nécropoles.

    45 D’Agostino 1977.

    46 Outre les publications des fouilles, voir Cuozzo 2003 ; Cuozzo et al. 2005 ; Cuozzo 2015 ; Cinquantaquattro 2014.

    47 D’Agostino 1999, p. 17. Synthèse sur Pontecagnano dans le troisième quart du viiie siècle dans D’Agostino, Gastaldi 2012 et 2016. Pour le commerce étrusque à l’époque archaïque, Gras 1985, part. p. 486-488 sur Pontecagnano.

    48 Cerchiai 2013, p. 141-142.

    49 D’Agostino, Gastaldi 2012, p. 425-428.

    50 Sur ce site, qui a restitué environ 350 tombes jusqu’à présent, voir Cuozzo, Pellegrino 2016, p. 121-133.

    51 Cerchiai 2013, p. 142-143 ; 2014, p. 235-238.

    52 Cerchiai 2014, p. 238 ; Desiderio, Esposito 2020.

    53 Les sanctuaires, en particulier, montrent un nombre plus réduit de structures datables de la deuxième moitié du vie siècle : Cerchiai et al. 2005, p. 208.

    54 Sur Fratte, Greco, Pontrandolfo 1990 ; Pontrandolfo, Santoriello 2009 ; 2010 ; Pontrandolfo 2011.

    55 Cerchiai 1987b, p. 45 ; Cerchiai et al. 2005.

    56 Cerchiai et al. 2005, p. 209-213. Voir aussi les données funéraires dans Serritella 1995 ; 2013.

    57 Sur la production et la diffusion de la céramique paestane à vernis noir entre la fin du ive et la première moitié du iiie siècle av. J.-C., voir A. Serritella, dans Longo et al. 2012, p. 301-319. Voir aussi Serritella 2017b.

    58 Pour quelques observations sur les premières phases de Picentia, voir Serritella 2017a. Ces quelques lignes sur le contexte historique de Pontecagnano n’ont pas la prétention de rendre compte de l’évolution de cet important centre, mais l’objectif est de présenter un aperçu du contexte des relations de frontière entre Poseidonia et ses voisins directs. Pour une vision d’ensemble des échanges économiques en Campanie à l’époque archaïque, Maudet 2023.

    59 Mele 1996a, p. 18, argumente que la crise de tous les modèles culturels de Poseidonia (la destruction de Sybaris, la défaite des Étrusques à Cumes et la conquête des cités ioniennes en Anatolie par les Perses) a poussé la cité à se tourner vers son origine achéenne et à essayer de prendre en partie la place qu’avait Sybaris dans le contrôle de l’arrière-pays de l’Italie du Sud.

    60 Pontrandolfo 1996, p. 37.

    61 Le dossier sur l’inscription portant l’accord entre les Sybarites et les Serdaioi étudié ci-dessus, et pour lequel la cité de Poseidonia se porte garante, trouve ici tout son sens.

    62 Pontrandolfo 1996, p. 37-39.

    63 Pollini 2019.

    64 Pontrandolfo 1987b, p. 58-59 ; Arena 1996, no 33 ; Dubois 2002, p. 72-73, no 28.

    65 Pour une mise en parallèle des diverses formes de banquet dans l’Antiquité, voir Esposito 2015 ; pour le symposion grec, Murray 2018.

    66 Pontrandolfo 1987b, p. 62-63. L’autrice fait référence à une autre inscription grecque trouvée dans une tombe à Pontecagnano, qui porte le nom Dymeiada au génitif. Par rapport à l’inscription de Pontecagnano, la particularité de celle de Fratte est justement la possibilité de la lier à certaines pratiques culturelles généralement connotées de type grec, et cela dans un milieu italique.

    67 Greco E. 1987a, p. 474-475 ; Pontrandolfo 1996, p. 37 ; Cipriani 2019, p. 77.

    68 Horsnaes 1992.

    69 Ibid., p. 11, qui cite la publication du mobilier par Marzullo 1938.

    70 Les deux études fondamentales sur ce site sont La Genière 1968 et Ruby 1995.

    71 Nous suivons ici le bilan proposé par Maiello 1993.

    72 Ibid., p. 330-333.

    73 Greco E. 1990, repris par Maffettone 1992.

    74 Maffettone 1992.

    75 La Genière 1964, p. 135. Les analyses du matériel de Sala Consilina et de Palinuro permettent de renforcer les liens entre ces deux centres : Maffettone 1992, p. 23.

    76 Ibid. Voir aussi les résultats des prospections sur la zone du cap Palinuro dans De Magistris 1995, p. 54-56. Sur Palinuro, Naumann 1958 ; Naumann, Neutsch 1960. Réexamen de certains contextes par De Magistris 2016, p. 23-31 ; 2017 ; Cocorullo 2017.

    77 Greco E. 1990, p. 46. Voir aussi une synthèse des données provenant des nécropoles de ces régions, en particulier avec la prise en compte de la distribution de certaines classes et formes céramiques, dans Horsnaes 2002, p. 93-99. Sur la base des données funéraires, l’auteur identifie quatre unités culturelles, ou cantons, valables entre le vie et le ive siècle : 1. Valle Platano, avec les établissements entre Atena Lucana et Ruvo del Monte ; 2. Sala Consilina-Palinuro-Tortora ; 3. Vallées de l’Agri et du Sinni ; 4. Poseidonia et Velia.

    78 C’est justement le but du travail de Maffettone 1992.

    79 On peut rajouter à cette liste les cités achéennes de Sybaris et de Poseidonia. On pense ici au dossier relatif à l’« empire » de Sybaris : d’une part, à certaines frappes de monnaie par des centres indigènes avec le système de Sybaris (PAL-MOL, SIRINOS-PYXOES, AMI, SO). D’autre part, on se réfère à l’inscription d’Olympie sur l’accord (philìa aeidion) entre les Sybarites et les Serdaioi, sous la garantie de Poseidonia. Une hypothèse a été formulée pour situer ce peuple sur la côte tyrrhénienne, probablement à Maratea, dans la localité de Capo la Timpa : Greco E. 1990, p. 52. Voir ci-dessus nos commentaires sur Sybaris et son « empire ».

    80 Cerchiai 1996.

    81 Scheich 1995 ; Greco G. 2019a.

    82 Ferrara, Giacco 2017.

    83 Ferrara 2014, p. 197. Synthèse sur cette localité dans Greco G. 2002 ; 2010, qui mentionne la découverte de matériel datant du viiie siècle, tandis que les premières attestations d’une organisation plus articulée de l’espace datent de la seconde moitié du vie. Voir en dernier Ferrara 2019.

    84 Ferrara 2014.

    85 Voir nos discussions plus haut, ainsi que De Gennaro 2005.

    86 Ferrara 2014.

    87 Romito 2001, p. 6-9, mentionne également des monnaies, sans plus de précision, et une petite nécropole datable de l’époque romaine dans la localité Tempa del Tesoro. Ce matériel se trouve actuellement conservé à l’école élémentaire et au collège de Bellosguardo.

    88 La Genière 1964.

    89 Zancani Montuoro, Zanotti Bianco 1951, p. 99.

    90 Ce site fait l’objet d’une analyse plus approfondie ci-dessous.

    91 Arcuri 1985.

    92 À propos du site de Grotta del Granato (no 33), voir ci-dessus.

    93 Cette cité a fait l’objet d’un congrès de Tarente : Atti Taranto 2005.

    94 Maffettone 1992, p. 18-21.

    95 Pugliese Carratelli 1987 ; Mele 1996a ; Mello 1996 ; Biraschi 2012b ; pour l’époque romaine, Torelli 1987.

    96 À l’exception de l’Héraion du Sele qui n’a pas été inclus ; les références à l’Héraion se limitent ici à de brèves allusions. Compte tenu de son importance pour notre étude, le chapitre 6 est entièrement consacré à ce sanctuaire.

    97 Strabon, V, 4, 13, cf. Van Effenterre 1980.

    98 Μετὰ δὲ τὴν Καμπανίαν καὶ τὴν Σαυνῖτιν μέχρι Φρεντανῶν ἐπὶ μὲν τῇ Τυρρηνικῇ θαλάττῃ τὸ τῶν Πικέντων ἔθνος οἰκεῖ, μικρὸν ἀπόσπασμα τῶν ἐν τῷ Ἀδρίᾳ Πικεντίνων, ὑπὸ Ῥωμαίων μετῳκισμένων εἰς τὸν Ποσειδωνιάτην κόλπον, ὃς νῦν Παιστανὸς καλεῖται, καὶ ἡ πόλις ἡ Ποσειδωνία Παιστός, ἐν μέσῳ τῷ κόλπῳ κειμένη. Συβαρῖται μὲν οὖν ἐπὶ θαλάττῃ τεῖχος ἔθεντο, οἱ δ’ οἰκισθέντες ἀνωτέρω μετέστησαν, ὕστερον δὲ Λευκανοὶ μὲν ἐκείνους, Ῥωμαῖοι δὲ Λευκανοὺς ἀφείλοντο τὴν πόλιν. Ποιεῖ δ’ αὐτὴν ἐπίνοσον ποταμὸς πλησίον εἰς ἕλη ἀναχεόμενος : Strabon, V, 4, 13 (trad. Lasserre). Pour un commentaire philologique de ce passage, voir Strabons, S. L. Radt (trad.), 2007, p. 136-137. Dans son commentaire, S. Radt insiste sur l’opposition (antithèse) entre les deux parties de la sentence, Συβαρῖται μὲν οὖν, d’une part, et οἱ δ’ οἰκισθέντες, d’autre part. S. Radt propose d’expliquer cette oposition par l’écart entre le premier établissement et celui définitif : les Poseidoniates auraient perdu la mémoire que ces premiers occupants étaient également des Sybarites. Le commentateur ne fait en revanche aucune mention à la valeur topographique d’ἀνωτέρω.

    99 Tréziny 1992, p. 53.

    100 Sestieri 1950, p. 181 ; ces particules pouvaient avoir une valeur à la fois temporelle et spatiale, cf. Greco E. 1974-1975, p. 112.

    101 Tréziny 1992, p. 51.

    102 Dans le passage immédiatement après, cf. Strabon, VI, 1, 1. Voir ci-dessous.

    103 Aristote, Politique, V, 3, 11 = 1303a.

    104 Solin, II, 10. Pugliese Carratelli 1990a, p. 22. Pour l’association des Trézéniens aux Doriens, voir Hérodote, VII, 99 ; cf. Tréziny 1992, p. 58, n. 74.

    105 Parmi les inscriptions les plus anciennes, voir le cippe dédié à Chiron : Arena 1996, p. 50, no 25, ainsi que l’inscription τᾶς Θε ηιαρόν ἐμι provenant du sanctuaire urbain méridional, ou bien l’inscription τᾶς Θε ἐμι ἱαρόν retrouvée dans la localité Acqua che Bolle : Ardovino 1986, p. 17 et 92 ; Arena 1996, p. 46-47, nos 20-21.

    106 Tréziny 1992, p. 60.

    107 Sestieri 1950, p. 181.

    108 Προσεχεῖς δὲ τούτοις εἰσὶ πάλιν Οἰνώτριοι / μέχρι τῆς Ποσειδωνιάδος ὠνομασμένης, / ἥν φασι Συβαρίτας ἀποικίσαι προτοῦ, « Attenant à ces derniers, viennent à leur tour les Œnôtres jusque dans la région dite de Poseidonia, où les gens de Sybaris, dit-on, ont établi jadis leurs colons » : Ps.-Scymnos, 247-249 (trad. Marcotte).

    109 Strabon, VI, 1, 1 ; cf. Maiuri 1951, p. 275-276.

    110 Tréziny 1992, p. 54

    111 Cipriani 2001, avec bibliographie antérieure ; Greco E. 2019.

    112 Pugliese Carratelli 1990c, p. 231.

    113 Zancani Montuoro 1954, p. 181-183 ; Greco E. 1974-1975. Cette localisation est largement admise actuellement : Cipriani, Pontrandolfo 2010b ; Cipriani 2012 ; Longo 2017.

    114 Fiammenghi 1985.

    115 Coppe a filetti en italien : Cipriani 2012, p. 148 et pl. XXIXd. Il s’agit d’un réexamen plus récent de l’ensemble des fragments céramiques découverts dans les années 1980, qui a pu remonter la datation de ce matériel précédemment considéré comme contemporain des premières attestations dans le centre urbain et dans le sanctuaire de l’embouchure du Sele.

    116 Voir ci-dessus.

    117 Greco E. 1974-1975. En effet, à Agropoli, en l’absence d’un témoignage plus ancien que les autres attestations de la cité, le chercheur avait nuancé ses hypothèses, qui s’avèrent actuellement confirmées par le réexamen du matériel.

    118 Fiammenghi 1985, p. 66.

    119 Des fouilles systématiques visant à la constitution d’un atlas monumental complet des vestiges actuellement visibles de la ville de Poseidonia-Paestum ont débuté en 1974 sous la direction d’E. Greco et D. Theodorescu. Depuis 1982, une convention de coopération entre plusieurs institutions italiennes et françaises a permis une connaissance approfondie du centre urbain de cette cité ; voir les volumes parus dans la Collection de l’École française de Rome, no 42. Outre le programme franco-italien, dans le cadre des projets européens une collaboration entre la Surintendance archéologique et l’université de Salerne s’est intéressée à la porte orientale (Porta Sirena), au tronçon oriental des remparts et à la zone immédiatement à l’extérieur des murailles : Cipriani, Pontrandolfo 2010a. Actuellement, des recherches sont en cours dans plusieurs secteurs de la ville, à travers des collaborations avec l’université de Salerne et l’université de Naples L’Orientale, en particulier dans le sanctuaire urbain septentrional et dans la zone de l’ancienne agora grecque ; synthèse récente dans Longo 2019.

    120 Sestieri 1976, p. 30. La reprise des travaux semble confirmer la datation de l’édifice vers 580-570 av. J.-C. : Longo et al. 2019 ; Tornese 2022, malgré les réticences émises par Rescigno 2017 concernant l’identification de l’édifice auquel appartenaient ces terres cuites architectoniques.

    121 Cette hypothèse était soutenue par les interprétations traditionnelles d’E. Pais, Storia della Sicilia e della Magna Grecia, Turin-Palerme, 1894, p. 527 ss. ; G. Giannelli, Culti e miti della Magna Grecia, Florence, 1963, p. 122 ; E. Ciaceri, Storia della Magna Grecia, I, Milan-Rome, 1927, p. 280 ss. ; Bérard J. 1957, p. 215 ; Mauri 1951, p. 274, cités par Mello 1967, p. 407, n. 16.

    122 Strabon, VI, 1, 1.

    123 Mello 1967, p. 411-412.

    124 Voza 1963, p. 227.

    125 Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 44-45 ; De Caro 2015, p. 99-106.

    126 Napoli 1966, p. 246.

    127 Voir ci-dessus ; Guy 1990.

    128 Mello 1967.

    129 Les exemples énumérés par M. Mello sont : VII, 3, 15 (plus à l’intérieur) ; XI, 5, 8 (plus au nord) ; XIII, 1, 25 et 1, 32 (plus à l’intérieur) ; XV, 3, 3 (plus au nord) ; un passage en particulier (I, 3, 22) utilise ce terme dans le sens de « plus au sud » : Mello 1967, p. 409.

    130 Sestieri 1952, p. 247-252.

    131 Τροιζὴν, πόλις Πελοποννήσου. Ἔστι καὶ ἄλλη Τροιζὴν ἐν Μασσαλίᾳ τῆς Ἰταλίας, ἣν Χάραξ Τροιζηνίδα χώραν φησί, « Il existe aussi une autre Trézène en Massalie italienne, que Charax appelle le territoire de Trézène » : Charax, fr. 55 apud Steph. Byz., trad. inédite d’A. Piqueux. Τροιζὴν δὲ πόλις οὐκ ἄσημος, ὑπερκειμένη θαλάσσης πεντεκαίδεκα στάδια, ἧς πρόκειται νησίδιον· καλεῖται δὲ ἀπὸ Τροιζῆωος, υἱοῦ Πέλοπος. ἡ δ’ αὐτή ποτε καὶ Ἀφροδισιὰς καὶ Σαρωνία καὶ ἢ Ποσειδωνία ἢ Ποσειδωνίας, ὡς ἱερά, φασί, Ποσειδῶνος· καὶ Ἀπολλωνιὰς δέ. ἔστι δέ, φασί, καὶ ἑτέρα ἐν Ἰταλίᾳ Μασσαλιωτική, « Trézène n’est pas une ville inconnue ; elle surplombe la mer de quinze stades, dans laquelle elle s’avance comme un îlot. Elle tire son nom de Troezènes, fils de Pélops. Comme Aphrodisias, Saronia, Poseidonia et Poseidonias, elle-même était autrefois consacrée, dit-on, à Poseidon, comme aussi Apollonias. Il en existe aussi une autre Trézène, dit-on, en ‘Italie Massaliote’ » : Eustathe, Ad Iliad. II, v. 561, trad. inédite d’A. Piqueux.

    132 Aristote, Politique, V, 3, 11 = 1303a.

    133 Lafon et al. 1985, p. 68.

    134 Ibid., p. 53.

    135 Ibid. ; Tréziny 1992, p. 54.

    136 Lafon et al. 1985, p. 57.

    137 ἀκτὴν δὲ τὴν προὔχουσαν εἰς Ἐνιπέως Λευκωσία ῥιφεῖσα τὴν ἐπώνυμον πέτραν ὀχήσει δαρόν, ἔνθα λάβρος Ἲς γείτων θ’ ὁ Λᾶρις ἐξερεύγονται ποτά : Lycophron, Alexandra, v. 722-725 (éd. Mascialino, Teubner), trad. Tréziny 1992, p. 45, à partir de l’édition de C. von Holzinger, Leipzig, 1895 (réimpr. Hildesheim, 1973).

    138 <ἀκτὴν δὲ>· Ἐνιπεὺς ὁ Ποσειδῶν τιμᾶται παρὰ Μιλησίοις <προὔχουσαν> δὲ <ἀκτὴν> τὴν προκειμένην εἰς θάλασσαν. λέγει δὲ τὸ Ποσείδειον ἄκρον. <Λευκωσία> δὲ ὀνομάζεται ἡ σειρὴν ἀφ’ ἧς καὶ ἡ νῆσος ὠνομάσθη Λευκωσία <πέτραν> δὲ νῦν καλεῖ τὴν νῆσον. εἰς τὸ Ποσίδειον ἱερὸν τέθαπται ἐκριφεῖσα ἡ Λευκωσία ἡ σειρήν : Scholies de Tzetzès, eis ton lukofrona scolia ’Isaakiou grammatikou tou Tzetzou, v. 722-725, édition du Thesaurus Linguae Graecae, Scholia in Lycophronem, trad. inédite d’A. Piqueux. Commentaires de cette scholie dans Zancani Montuoro 1954, p. 173-179 ; Tréziny 1992, p. 46-50. Voir aussi Giangiulio 1996, p. 257-258 ; Biraschi 2012a, p. 314-318.

    139 Tréziny 1992, p. 47.

    140 De Magistris 1995, p. 57-60 et fig. 66, avec bibliographie précédente.

    141 Pour l’hypothèse d’un lieu de culte sur l’îlot Licosa, voir De Magistris 2016, p. 20.

    142 H. Tréziny montre également que l’épithète Énipeus, non seulement constitue une allusion à Poséidon, mais a aussi une valeur expressive, dans une forme poétique, pour indiquer « un cap dangereux pour la navigation », puisque la forme ἐνιπή signifie « menace » : Tréziny 1992, p. 46.

    143 ἔστι δ’ οὖν ἀπὸ τοῦ Ποσειδίου τοῦ Μιλησίων καὶ τῶν Καρικῶν ὅρων μέχρι Φωκαίας καὶ τοῦ Ἕρμου τὸ πέρας τῆς Ἰωνικῆς παραλίας, « le littoral ionien s’étend donc du Poséidion des Milésiens et des frontières des Cariens jusqu’à Phocée et l’Hermos » : Strabon, XIV, 1, 2 ; τοῦ δὲ Νηλέως ἐπὶ τῷ Ποσειδίῳ βωμὸς ἵδρυμα δείκνυται, « on peut voir sur le Poséidion une construction sacrée, l’autel de Nélée » : Strabon, XIV, 1, 3, trad. inédite d’A. Piqueux. Ἡ δὲ τῶν Ἰασέων πόλις κεῖται μὲν ἐπὶ τῆς Ἀσίας ἐν τῷ κόλπῳ τῷ μεταξὺ κειμένῳ τοῦ τῆς Μιλησίας Ποσειδίου καὶ τῆς Μυνδίων πόλεως, προσαγορευομένῳ ***, παρὰ δὲ τοῖς πλείστοις Βαργυλιητικῷ συνωνύμως ταῖς περὶ τὸν μυχὸν αὐτοῦ πόλεσιν ἐκτισμέναις, « Iasos est une cité d’Asie située sur le golfe qui se trouve entre le Poséidion de Milet et la cité de Myndos, et qu’on appelle <…> le plus souvent golfe de Bargylia, du nom des villes établies sur ses bords » : Polybe, XVI, 12, 1 (trad. Weil et Cauderlier).

    144 Sauf la mention de Tréziny 1992, p. 46-47, qui n’a pourtant pas développé davantage ce rapprochement.

    145 Breglia, Moleti 2014, p. 93-94, en revanche, rapprochent cette mention du Poséidon de Thessalie, d’après Od., XI, 250-259, avec une association à Pélias d’Iolcos et Nélée de Pylos, par conséquent au Péloponnèse et aux Achéens. Il nous semble plus simple, dans une interprétation plus « politique », de relier le Poséidon Énipeus à Milet et aux liens d’amitié ou alliance entre les Sybarites et les Milésiens.

    146 Zancani Montuoro 1954.

    147 Fiammenghi 1985, p. 64-66.

    148 Zancani Montuoro 1954.

    149 Parthax (FGrHist 825 F 1) apud Hérodien (περὶ μον. λεξ-P. mon. lšx., 1, XIX, 9 ; 2, 2 p. 925 Lentz) définit l’Is comme un large fleuve. À ce propos, voir Fusillo 1991, p. 242-243 ; Biraschi 2012a, p. 332-334.

    150 Plus proche du promontoire, la localité Semaforo di Licosa se situe sur un petit col de 184 m d’altitude, où se trouve une structure moderne de l’époque des Bourbons. Partant de l’idée que les constructions modernes auraient effacé les traces antiques, E. De Magistris propose de situer ici le Poséidonion : De Magistris 2016, p. 45-46, no 18. Cette hypothèse nous semble très faible en l’absence de tout vestige antique sur place.

    151 Sestieri 1950, p. 183-184. Voir Gallo 2010.

    152 P. C. Sestieri avait proposé cette localisation sur la base de la découverte d’un mur de terrassement qu’il croyait être d’époque grecque archaïque : Sestieri 1952, p. 251. Comme il a été rappelé ci-dessus, la recherche archéologique plus récente a montré que ce mur date de l’époque romaine et que n’ont été trouvés que quelques repères céramiques de la période grecque : Lafon, et al. 1985.

    153 Hérodote, VI, 21.

    154 Voir ci-dessus sur l’« empire » de Sybaris.

    155 Malgré les incertitudes sur la localisation du sanctuaire de Poséidon, d’autres ont proposé de voir à la Punta Licosa la limite sud du territoire de Poseidonia, en particulier Tréziny 1992, p. 49, qui soutient la localisation du Poséidonion à la Punta Licosa.

    156 Pour l’ensemble des références à cette sirène, Biraschi 2012a, p. 336-342, avec bibliographie précédente.

    157 Dans la scholie à ce passage, Timée est identifié comme la source de Lycophron : φησὶ Τίμαιος Διότιμον τὸν Ἀθηναίων ναύαρχον παραγενόμενον ἐς Νεάπολιν, κατὰ χρησμὸν θῦσαι τῇ Παρθενόπῃ καὶ δρόμον ποιῆσαι λαμπάδος· διὸ καὶ μέχρι τοῦ νῦν τῆς λαμπάδος ἀγῶνα <ἐτησίως> τελεῖσθαι παρὰ τοῖς Νεαπολίταις, « Selon Timée, Diotime, le navarque des Athéniens, venu à Naples, obéissant à un oracle, fit un sacrifice à Parthénopé et institua une course aux flambeaux c’est pourquoi, aujourd’hui encore, les Napolitains célèbrent <chaque année> le concours aux flambeaux », Timée, FGrH 566 F 98 apud Schol. Lycophr. 732-737, p. 147 Leone (trad. Lachenaud). Puis, l’allusion à Diotime et à son expédition à Naples permet de situer l’événement en 433 av. J.-C. Par conséquent, nous sommes bien dans une tradition qui doit remonter au moins au ve siècle av. J.-C.

    158 Συνεχὲς δ’ ἐστι τῇ Πομπηίᾳ τὸ Συρρεντὸν τῶν Καμπανῶν, ὅθεν πρόκειται τὸ Ἀθήναιον, ὅ τινες Σειρηνουσσῶν ἀκρωτήριον καλοῦσιν· ἔστι δὲ ἐπ’ ἄκρῳ μὲν Ἀθηνᾶς ἱερόν, ἵδρυμα Ὀδυσσέως. διάπλους δ’ ἐνθένδε βραχὺς εἰς Καπρέας νῆσον. κάμψαντι δὲ τὴν ἄκραν νησῖδές εἰσιν ἔρημοι πετρώδεις, ἃς καλοῦσι Σειρῆνας. ἐκ δὲ τοῦ πρὸς Συρρεντὸν μέρους ἱερόν τι δείκνυται καὶ ἀναθήματα παλαιὰ τιμώντων τῶν πλησίον [τὸν] τόπον. μέχρι μὲν δεῦρο ἔχει τέλος ὁ κόλπος ὁ κρατὴρ προσαγορευόμενος, ἀφοριζόμενος δυσὶν ἀκρωτηρίοις βλέπουσι πρὸς μεσημβρίαν, τῷ τε Μισηνῷ καὶ τῷ Ἀθηναίῳ. ἅπας δ’ ἐστὶ κατεσκευασμένος τοῦτο μὲν ταῖς πόλεσιν, ἃς ἔφαμεν, τοῦτο δὲ ταῖς οἰκοδομίαις καὶ φυτείαις, αἳ μεταξὺ συνεχεῖς οὖσαι μιᾶς πόλεως ὄψιν παρέχονται., « Surrentum, cité campanienne de laquelle se détache le sanctuaire d’Athéna, appelée par certains auteurs promontoire des Sirénusses, est contiguë à Pompéi. À la pointe du promontoire s’élève un temple d’Athéna bâti par Ulysse. De là à l’île de Capri la traversée est courte. Sitôt le cap doublé, se présentent des petites îles désertes et rocheuses qu’on appelle les Sirènes. Du côté de Surrentum, en revanche, on aperçoit un sanctuaire, avec de très anciens monuments votifs, l’endroit étant vénéré des habitants de la région. C’est là que se termine le golfe connu sous le nom de Cratère. Il est délimité par deux promontoires orientés vers le sud, le cap Misène et celui du sanctuaire d’Athéna, et paré sur toute sa longueur soit des cités que nous avons énumérées, soit, dans les espaces intermédiaires, de résidences et de plantations qui se touchent toutes et offrent ainsi d’un bout à l’autre l’aspect d’une seule ville » : Strabon, V, 4, 8 (trad. Lasserre). Commentaire philologique dans Strabons, S. L. Radt (trad.), 2007, p. 125-126. Dans ses notes, F. Lasserre identifie les sources de Strabon comme étant Artémidore (cf. Pline l’Ancien, N.H., III, 62) et Timée pour le nom du promontoire des Sirénusses (cf. Ps.-Aristote, Mir. Ausc., 103, 839a 26). Pour une analyse plus approfondie de toute la tradition écrite, notamment la plus ancienne, Breglia Pulci Doria 1987 ; Mele 2014, p. 22-30. Sur les difficultés de localisation de ces légendes dans la géographie tyrrhénienne, Giangiulio 1996, p. 264.

    159 Sur les plus anciennes attestations des légendes sur les sirènes dans la région des Li Galli, Seirenoussai ou Seirenes dans les sources grecques, qui doivent remonter au moins au viie siècle d’après une tradition conservée chez Épiménide (FGrHist 457 F6a), Mele 2014, p. 22-30 ; Cerchiai 2017.

    160 Sur ce passage de Strabon, voir Federico 2010, avec une discussion en profondeur comprenant l’analyse du toponyme Seirenoussai et ses rapports aux trois petits îlots Li Galli.

    161 Guzzo 1992, p. 151. Sur les objets liés au culte à Athéna retrouvés à la Punta della Campanella, voir Russo, Lejeune, Prosdocimi de Rivera 1990 ; De Caro 1992 ; Russo 1992.

    162 Russo 1992, p. 202 ; Breglia Pulci Doria 1998.

    163 Comme on l’a vu ci-dessus, cet établissement pourrait être un centre indigène sous une forte influence grecque, dont la caractéristique la plus importante serait de permettre des contacts commerciaux et culturels plus aisés entre la côte, les Grecs en particulier, et les populations de l’arrière-pays installées dans le Vallo di Diano.

    164 Greco E. 1992b, p. 164-167.

    165 Distinction confirmée par Cerchiai 2017, même si l’auteur insiste sur les liens forts entre Athéna et les sirènes, avec une primauté de culte pour la déesse.

    166 En revanche, il faut bien suivre Federico 2010, p. 273, quand il souligne les contradictions entre la tradition qui identifie Li Galli comme étant les sirènes pétrifiées, la nature sacrée d’un culte à la Punta della Campanella et le caractère héroïque du culte à Neapolis autour de la tombe de la sirène Parthénope.

    167 Mele 1985 ; Greco E. 1985. Mele 2014, p. 27, attribue une tradition spécifique à la sirène Parthénope, originale et très fortement liée à la cité de Neapolis. Sur la fondation de Neapolis, notamment les premières attestations dès la fin du viiie siècle, Giampaola, D’Agostino 2005. Sur la question des limites urbaines de Neapolis, Lerosier 2020.

    168 L’hypothèse d’E. Greco commentée plus haut situe une des sirènes à Molpa, près du cap Palinuro, sous l’autorité de Velia. Ces indications de localisation, issues de la tradition érudite et légendaire, sont évidemment hypothétiques et aucun vestige archéologique ne permet plus de précision.

    169  Federico 2010 ; Mele 2010 ; 2014, p. 27.

    170 Sur les représentations d’êtres hybrides à travers les âges, Linant de Bellefonds, Rouveret 2017.

    171 Breglia Pulci Doria 1987, part. p. 81-86 ; Giangiulio 1996, p. 263-265.

    172 Sur l’importance des fleuves dans la géographie antique à l’époque hellénistique, Lamboley 1992.

    173  ἐντεῦθεν δ’ ἐκπλέοντι <πρὸς νότον ἐπὶ> τὸν κόλπον νῆσος Λευκωσία, μικρὸν ἔχουσα πρὸς τὴν ἤπειρον διάπλουν, ἐπώνυμος μιᾶς τῶν Σειρήνων, ἐκπεσούσης δεῦρο μετὰ τὴν μυθευομένην ῥῖψιν αὐτῶν εἰς τὸν βυθόν. τῆς δὲ νήσου πρόκειται τὸ ἀντακρωτήριον ταῖς Σειρηνούςσαις ποιοῦν τὸν Ποσειδωνιάτην κόλπον. κάμψαντι δ’ ἄλλος συνεχὴς κόλπος, ἐν ᾧ πόλις ἣν οἱ μὲν κτίσαντες Φωκαιεῖς Ὑέλην οἱ δὲ Ἔλην ἀπὸ κρήνης τινὸς οἱ δὲ νῦν Ἐλέαν ὀνομάζουσιν, « En gagnant de là la haute mer en direction du sud, on passe l’île de Leucosia, à faible distance de la terre. Elle porte le nom de l’une des Sirènes, qui aurait été rejetée là après qu’elles se furent toutes précipitées, selon la légende, dans les profondeurs de la mer. En face de l’île se dresse le promontoire qui fait pendant aux Sirénusses et délimite le Golfe Posidoniate. Passé ce cap commence un autre golfe, contigu au précédent, sur lequel est bâtie une ville que les Phocéens, ses fondateurs, avaient appelée Hyélé, alors que d’autres lui ont donné le nom d’Elé, qui est celui d’une source, et qu’on nomme aujourd’hui Élée » : Strabon, VI, 1, 1 (trad. Lasserre).

    174 Pour l’histoire de la cité, Vecchio 2017. Bilan des connaissances sur Velia dans Atti Taranto 2005. On note toutefois l’absence d’une contribution spécifiquement consacrée au territoire de la colonie.

    175 Autrefois, on classait Velia ou Rhegion (actuelle Reggio Calabria) dans une catégorie de « colonie sans territoire », hypothèse qui avait déjà fait l’objet d’une objection d’E. Greco en 1982 : Greco, Schnapp 1982, p. 209. Pour Rhegion, la localisation d’un sanctuaire consacré à Poséidon au nord de la ville pourrait constituer un signe fort de son emprise sur le territoire : Mercuri 1998. Voir ci-dessus sur le territoire et la frontière de Rhegion.

    176 Vision d’ensemble dans Greco E. 1975.

    177 Ces recherches ont été publiées dans le volume Sud di Velia 1990 ; voir en particulier la synthèse de Greco G. 1990.

    178 De Magistris 2016, p. 39.

    179 D’Angiolillo 2017.

    180 Greco, Schnapp 1982, p. 209.

    181 De Magistris 2016, p. 37-38, site no 14 pour la première localité Castelluccio, site no 17 pour la seconde ; voir la description du matériel retrouvé, dix fragments comprenant tuiles, antéfixes et céramique, p. 105.

    182 Amphores type MGS IV et amphores puniques Ramón T-6.1.2.1 : ibid., p. 42, no 17.

    183 Greco E. 1975, p. 83, n. 1.

    184 De Magistris 2016, p. 39-41, no 15.

    185 Ibid., p. 32-34, no 9, avec catalogue du matériel p. 96-100, fig. 59-65.

    186 Ibid., p. 48-51, no 20. Voir fig. 26, p. 50, pour l’analyse de la visibilité depuis cette localité, et p. 107 pour le catalogue du matériel.

    187 Ibid., p. 41-42, no 16.

    188 Ibid., p. 42-43, et fig. 20.

    189 Greco, Schnapp 1983. La reprise des données et l’analyse de l’ensemble du matériel sont en cours de publication. Premier bilan de ces études dans Bats et al. 2010.

    190 Greco, Schnapp 1982, p. 210 ; Bats et al. 2010, p. 174.

    191 Comme on l’a vu ci-dessus, les cas des colonies achéennes de Sybaris et Métaponte montrent que plusieurs des avant-postes de leur territoire reprennent des sites antérieurement occupés par des populations locales.

    192 Sur les fortifications en Grande Grèce, Tréziny 1982.

    193 Greco, Schnapp 1983, p. 409.

    194 Ibid., p. 405.

    195 De Gennaro 2005.

    196 Cavassa, Munzi 2013.

    197 Notamment Strabon, VI, 1, 1.

    198 Voir ci-dessus à propos de ce passage.

    199 L’analyse ici est largement tributaire des publications dirigées par E. Greco, en particulier : Greco E. 1979a ; Greco, Stazio, Vallet 1987a ; Greco E. 1987a. Voir aussi De Caro 2015 ; Scelza 2015, p. 247-298, qui s’appuie sur les données des prospections sur le territoire de Poseidonia.

    200 En particulier sur l’expérience coloniale en Occident, voir Polignac 1995, p. 118-126.

    201 Synthèse partielle dans Pollini 2013.

    202 Ταῦτα μὲν οὖν ἔπραξε περὶ ἐκείνους τοὺς τόπους. ἐντεῦθεν δ’ ἀναζεύξας κατήντησε τῆς Ποσειδωνιατῶν χώρας πρός τινα πέτραν, πρὸς ᾗ μυθολογοῦσιν ἴδιόν τι γενέσθαι καὶ παράδοξον. τῶν γὰρ ἐγχωρίων τινὰ κυνηγὸν ἐν τοῖς κατὰ τὴν θήραν ἀνδραγαθήμασι διωνομασμένον ἐν μὲν τοῖς ἔμπροσθεν χρόνοις εἰωθέναι τῶν ληφθέντων θηρίων τὰς κεφαλὰς καὶ τοὺς πόδας ἀνατιθέναι τῇ Ἀρτέμιδι καὶ προσηλοῦν τοῖς δένδρεσι, τότε δ’ οὖν ὑπερφυῆ κάπρον χειρωσάμενον καὶ τῆς θεοῦ καταφρονήσαντα εἰπεῖν ὅτι τὴν κεφαλὴν τοῦ θηρίου ἑαυτῷ ἀνατίθησι, καὶ τοῖς λόγοις ἀκολούθως ἔκ τινος δένδρου κρεμάσαι ταύτην, αὐτὸν δέ, καυματώδους περιστάσεως οὔσης, κατὰ μεσημβρίαν εἰς ὕπνον τραπῆναι· καθ’ ὃν δὴ χρόνον τοῦ δεσμοῦ λυθέντος αὐτομάτως πεσεῖν τὴν κεφαλὴν ἐπὶ τὸν κοιμώμενον καὶ διαφθεῖραι, « Voilà donc ce qu’il [Héraclès] a fait dans ces régions-là. Après avoir levé le camp, il arriva dans la région de Poseidonia, près d’un rocher où les mythes racontent qu’il se passa quelque chose de singulier et d’étrange : un chasseur parmi les indigènes s’était rendu célèbre par des actes courageux à la chasse, dans des époques antérieures où il était en usage de consacrer à Artémis la tête et les pieds des bêtes sauvages prises et de les clouer aux arbres ; or, un jour où il avait donc capturé un sanglier d’une taille prodigieuse, il dit, parce qu’il méprisait la déesse, qu’il se consacrait à lui-même la tête de la bête, et accompagnant ses propos, il suspendit la tête à un arbre. Puis, comme à midi l’atmosphère devenait brûlante, il sombra dans le sommeil. Pendant ce temps, le lien se délia de lui-même et la tête tomba sur le chasseur assoupi et le tua » : Diodore de Sicile, IV, 22, 3, (trad. Bianquis). Commentaire dans Biraschi 2012a, p. 292-293.

    203 Greco E. 1987a, p. 480-481.

    204 Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 39 ; Cipriani 2012, p. 163-164.

    205 Ardovino 1980, p. 52-53.

    206 Ibid., p. 52 ; SEG XXXII, 1027 ; Giacomelli 1988, p. 29, no 14 ; Arena 1996, p. 46, no 20 ; Dubois 2002, p. 64, no 20 ; Biraschi 2012a, p. 297-298, pl. xxxiii c.

    207 Ardovino 1993, p. 288 ; Cipriani 2012, p. 163-164.

    208 Sur Déméter à Poseidonia, voir Ardovino 1986, p. 92.

    209 Ardovino 1980, p. 53-54 ; IG XIV, 665 ; Giacomelli 1988, p. 31, no 16 ; Arena 1996, p. 47-48, no 22 ; Dubois 2002, p. 64-65, no 21 ; Biraschi 2012a, p. 298-299.

    210 Restitution de Biraschi 2012a, p. 300. Pour d’autres hypothèses de restitution de l’inscription et commentaires : SEG XII, 412 ; XXIX, 982 ; Ardovino 1980, p. 53-54 ; Giacomelli 1988, p. 27, no 12 ; Arena 1996, p. 45, no 19 ; Dubois 2002, p. 62-63, no 18.

    211 Avagliano 1986c, p. 63-64 ; Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 32-33 ; Cipriani 2012, p. 152-154 ; De Caro 2015, p. 140-145.

    212 Voza 1964, p. 366 ; Avagliano 1986b, p. 65-66 ; Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 30-31 ; Cipriani 2012, p. 155-158. Voir désormais De Caro 2015, p. 153-173, avec la reprise de tout le matériel provenant de ce sanctuaire.

    213 À ce propos, il faut rappeler la présence d’armes dans le sanctuaire du Sele, ce qui confirme la compatibilité entre l’élément guerrier et un Héraion poseidoniate : voir le chapitre 6.

    214 Avagliano 1986b, p. 65 ; Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 30 ; Greco E. 1987a, p. 482.

    215 Un résumé de ces notices a été donné dans Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 31. Voir aussi De Caro 2015, p. 173.

    216 Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 29-30 ; De Caro 2015, p. 173.

    217 Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 32.

    218 Greco E. 1979a, p. 14, n. 8 ; Avagliano 1986a, p. 61-62 ; Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 41 ; Avagliano 1992, p. 139-151 ; Cipriani 2012, p. 149-151, pl. xxxi-xxxii.

    219 Greco E. 1982 ; 1987a, p. 483 ; Scafuro 2022.

    220 Avagliano 1992, p. 142.

    221 Vallet 1967.

    222 Le petit sanctuaire de Lupata a été étudié ci-dessus.

    223 Cipriani 1986b, p. 59-60 ; Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 41-44 ; Pedley 2000, p. 65-66. Pour une description complète du sanctuaire de Santa Venera, avec les résultats des fouilles, Pedley 1993 ; De Caro 2015, p. 53-61. Pour l’analyse des terres cuites, Ammerman 2002. En dernier, Torelli 2020.

    224 Voir la publication des anciennes fouilles de la nécropole : Scafuro 2019.

    225 Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 38.

    226 Pour une synthèse sur les nécropoles dites urbaines du sud de la ville, notamment Spinazzo et Santa Venera, voir Scafuro 2022. L’analyse complète des tombes les plus riches, celles qui ont reçu une décoration peinte, est faite dans Pontrandolfo, Rouveret 1992.

    227 Greco E. 1982. La même thèse a été reprise dans un article plus récent analysant d’autres colonies de Grande Grèce : Greco E. 2000c.

    228 Greco E. 1982, p. 52.

    229 Sur les difficultés à déterminer les statuts sociaux des personnes à partir des sources archéologiques, Pollini 2018.

    230 Sur la question de la démographie et, par conséquent, du mode d’occupation des campagnes grecques, voir les analyses sur la Grèce égéenne, notamment à partir des données provenant de prospections, d’Alcock, Cherry 2004, et les commentaires de Rousset 2004 et Brunet 2007.

    231 La synthèse de Horden, Purcell 2000, part. chap. 6, p. 175-230, souligne la multitude d’activités nécessaires à la survie de la cité antique.

    232 Chandezon 2003, sur les inscriptions qui mentionnent l’élevage, montre l’importance de cette activité économique.

    233 Avagliano 1985 ; Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 35-36 ; Cipriani 2001, p. 374-375.

    234 Sur la possibilité d’identifier des couches sociales subalternes à partir des données provenant de cette nécropole, Esposito, Pollini 2013c. Plus récemment, Contursi 2022 ; Zuchtriegel 2022. Commentaire plus large sur les catégories subalternes dans Zuchtriegel 2017b.

    235 Avagliano 1987.

    236 En raison de son importance, cette tombe est commentée en détail ci-dessous.

    237 Greco E. 1987a, p. 483.

    238 Greco E. 2000c. Ce point est particulièrement pertinent pour l’analyse de la tombe du Plongeur, trouvée dans cette nécropole et commentée plus loin.

    239 Strabon, VI, 1, 3 : « Les Lucaniens sont de souche samnite. Après avoir vaincu à la guerre les Posidoniates et leurs alliés, ils entrèrent en possession de leurs villes » (trad. Lasserre). Voir les commentaires sur les sources littéraires concernant les Lucaniens dans Horsnaes 2002, p. 123-129. Sur les Lucaniens, Pontrandolfo 1982 et, plus récemment, Cazanove, Duplouy 2019. Sur l’origine des Lucaniens, Greco, Schnapp 2019.

    240 Le sujet ne fait pas l’objet de notre étude et une description succincte suffit pour fonder notre hypothèse d’une intensification des conflits dans la région de Poseidonia dès le milieu du ve siècle. Voir en particulier Pontrandolfo, D’Agostino 1987 ; De Juliis 1996, p. 200-202 et 230-238 ; Musti 2005, p. 241-242.

    241 À Fratte, une tombe a livré une olpè inscrite en caractères achéens datée du premier quart du ve siècle, indiquant au moins des contacts entre Poseidonia (d’après l’alphabet de l’inscription) et la population étrusque de Fratte. Ce témoignage contredit l’idée que les contacts entre Poseidonia et les cités étrusques étaient forcément conflictuels ; voir ci-dessus.

    242 Cette localité est étudiée plus haut, dans la 1re partie de ce chapitre.

    243 D’Agostino 1974.

    244 Pour Capoue : Tite Live, IV, 37, 1-2 et XXVIII, 28, 6 ; pour Cumes : Diodore, XII, 76, 4.

    245 Diodore, XII, 31, 1.

    246 Cipriani 2000, p. 197-218.

    247 Nous intéressent ici uniquement les données archéologiques datant de l’époque de la colonie grecque de Poseidonia. Dans un cadre plus large, cette nécropole est très importante pour la période préhistorique, en particulier pendant la seconde moitié du IIIe millénaire, et l’on parle justement d’une culture du Gaudo qui se serait étendue jusqu’à la Calabre et la Basilicate et dont l’un des centres les plus remarquables serait Buccino. Le groupement attesté par la nécropole préhistorique du Gaudo fut probablement le premier à quitter les grottes situées dans les zones montagneuses et à s’installer dans la plaine, sans une protection naturelle donnée par l’environnement : Laureano et al. 1998, p. 26 ; Skele 2002.

    248 Cipriani 2000, p. 211.

    249 Plus particulièrement, les populations de la côte méridionale : ibid.

    250  διὸ καὶ πρὸς Λευκανοὺς ἀντέσχον καὶ πρὸς Ποσειδωνιάτας καὶ κρείττους ἀπῄεσαν καίπερ ἐνδεέστεροι καὶ χώρᾳ καὶ πλήθει σωμάτων ὄντες, « Aussi put-elle [Velia] tenir tête tant aux Lucaniens qu’aux Poseidoniates et finalement en triompher, bien qu’elle leur fût inférieure sous le double rapport de l’étendue de son territoire et du nombre de ses soldats » : Strabon, VI, 1, 1 (trad. Lasserre). Dans ce passage, rien ne dit que les affrontements entre les deux cités ont eu lieu dans la seconde moitié du ve siècle, mais cette datation reste la plus probable. Velia est fondée en 540 av. J.-C. avec l’accord des Poseidoniates, si l’on en croit la tradition rapportée par Hérodote (I, 167), commentée brièvement ci-dessus. Les affrontements entre les deux cités doivent être placés un certain temps après la fondation de Velia et avant la conquête lucanienne de Poseidonia, c’est-à-dire après le milieu du vie et avant le dernier quart du ve siècle ; le milieu du ve siècle s’accorde parfaitement avec ces deux conditions.

    251 Cipriani 1986a, p. 67-73 ; 1989 ; Cipriani, Ardovino 1989-1990 ; Cipriani 2012, p. 158-163 ; De Caro 2015, p. 176-180 ; 2022.

    252 Selon M. Torelli, un rôle fondamental doit être accordé aux sanctuaires de confins dédiés aux divinités féminines, en particulier à Déméter, en ce qui concerne l’intégration entre les cultures grecque et italique : Torelli 1997, p. 702-705.

    253 Cipriani 1986a, p. 71.

    254 Cipriani, Ardovino 1989-1990, p. 339.

    255 Cipriani 1986a, p. 67.

    256 Voir ci-dessus au sujet des théories de Platon sur les douze villages de sa cité idéale et les fonctions défensives des sanctuaires installés sur les points les plus élevés du territoire.

    257 C’est l’interprétation de S. De Caro, qui propose de voir le sanctuaire en tant que lieu d’agrégation d’un groupe, une sorte de village organisé et montrant des signes importants de hiérarchisation : De Caro 2022.

    258 Dans ce sens, voir Cipriani, Rouveret 2019, p. 709-710.

    259 Sur le contexte de la découverte, Greco E. 2018b.

    260 Greco E. 1982.

    261 La discussion est très complexe sur le « droit à la sépulture », pour reprendre l’expression utilisée par Bérard R.-M. 2021. Spécifiquement sur ce problème, dans le contexte des colonies grecques d’Occident, Bérard R.-M. 2018. Si l’autrice croit plutôt à une relative ouverture des nécropoles urbaines à l’ensemble de la population des colonies occidentales, l’existence de certaines nécropoles plus éloignées et avec de nombreux signes d’anomalie, comme Tempa del Prete, serait un contre-exemple important.

    262 Synthèse sur la nécropole de Tempa del Prete dans Cipriani 2020.

    263 Greco E. 2000c, p. 188.

    264 Greco E. 1982, p. 53.

    265 Sur l’aspect aristocratique de la tombe du Plongeur, Zuchtriegel 2020. Dans ce contexte élitaire, il est intéressant de souligner l’importante présence d’éléments liés à la pratique musicale : représentations d’instruments de musique sur les peintures (aulos, lyre, barbitos), mais aussi restes d’une lyre dans le mobilier. Voir à ce propos Bellia 2014 et les contributions de S. Hagel, F. Pelosi et S. Sarti dans Meriani, Zuchtriegel 2020.

    266 Greco, Stazio, Vallet 1987a, p. 40-41. Commentaire récent et analyse du mobilier des tombes des fouilles de 1953, 1968/1969 et 1974, dans Cipriani 2020.

    267 Napoli 1969 ; 1970.

    268 Voir aussi les tombes 210, 232, 310, 312, 314, 320 du Gaudo, ainsi qu’une vingtaine de tombes de Santa Venera, qui possédaient uniquement un enduit blanc : Zuchtriegel 2020.

    269 Cipriani 2020, p. 108. Il est également important de comparer la tombe du Plongeur à d’autres tombes peintes tardo-archaïques apuliennes : D’Angelo 2020.

    270 Zuchtriegel 2018a ; 2020 ; Lubritto et al. 2020.

    271 Rouveret 1974.

    272 Cette paroi pose des problèmes d’interprétation : ses rapports avec le contexte du banquet sont peu clairs. Cette scène, la seule dont le sens de lecture est de gauche à droite, a été interprétée par certains dans un contexte sportif ; contre cette hypothèse, Warland 1999. Il est plus probable qu’il s’agit d’un couple arrivant au banquet, peut-être sans avoir été invité, selon l’interprétation de Murray 2020, p. 202-203, ou, plus généralement, d’une scène de komos, selon Bianchi-Bandinelli 1970-1971. Discussion récente dans Heinemann 2020, p. 233-234.

    273 Bilan historiographique dans Cipriani, Pontrandolfo 2018 ; Oddo 2018. Commentaire récent sur les interprétations possibles des images représentées dans Zuchtriegel 2018b.

    274 En dernier lieu, Rescigno, Averna 2018.

    275 Rouveret 1976b, p. 102-103 ; 1976a.

    276 Comparaison très séduisante du style des peintures avec la céramique campanienne contemporaine dans Ermini 1994. Voir aussi Parise-Badoni 1968-1969.

    277 Voir Heinemann 2020 pour les quelques représentations, dans la céramique figurée, où un personnage se jette la tête la première, sans que cela puisse véritablement être comparable au plongeon qui nous intéresse.

    278 Pontrandolfo s.d., p. 18 ; Murray 1988 ; Pontrandolfo 1995b.

    279 Murray 1988, p. 239-241 ; 2018.

    280 Voir Verger 2020 pour des scènes de symposion « aux marges du monde grec ».

    281 Rome, Museo Nazionale Etrusco di Villa Giulia, inv. 106463. Cf. J. D. Beazley, Paralipomena, Oxford, 1971, 146.8 Ter, disponible en ligne sur le site des Beazley archives : www.beazley.ox.ac.uk/record/26988E77‑4580-42A1‑817C-DCDB314F1B7A (vase n. 351080).

    282 Pour une analyse minutieuse, Rouveret 1976b, p. 121-122.

    283 Descriptif, avec images et bibliographie, dans la base en ligne ICAR (Iconographie et Archéologie pour l’Italie préromaine) : http://icar.huma-num.fr/. Pour un court inventaire des tombes étrusques à mettre en rapport avec celle du Plongeur, voir Pallottino 1970-1972.

    284 Cerchiai 1987a.

    285 Cagiano de Azevedo 1972, p. 270.

    286 Rouveret 1976b, p. 122.

    287 En effet, dans la tombe de Paestum, la force de l’image est le focus sur le seul plongeur, qui semble suspendu dans l’espace et dans le temps. Pour reprendre l’expression de Claude Lanzmann, dans son recueil de chroniques La Tombe du divin plongeur (2012, p. 12), « ce n’est peut-être pas une chute, il paraît planer ». Pour le journaliste et écrivain, le personnage semble « plonger sans fin dans l’espace entre la vie et la mort. Plongée poignante, car il est véritablement dans le vide, sa chute ne s’arrêtera peut-être jamais, on ne comprend ni d’où il s’est élancé, ni où il s’abîmera ». Commentaire dans Pontrandolfo 2016 ; Rouveret 2020, part. p. 71.

    288 Plusieurs commentateurs ont rapproché les scènes des courants de croyances à mystère, comme l’orphisme et le pythagorisme, sans que l’on puisse l’affirmer de façon définitive : Bottini 1992 ; 2000, p. 130-132 ; 2016.

    289 Slater 1976, p. 423-425 ; Holloway 1977, p. 554-555 ; Slater 1977, p. 555-557 ; Holloway 2006.

    290 Rouveret 1974 ; 1976b ; 1987 ; 2020.

    291 Od., X, 513 ; XII, 383 ; XII, 413 ; XXIV, 11 ; Il., III, 322 ; VII, 131 ; XI, 263 ; XII, 385 ; XVI, 745-750. Commentaire sur Plutarque dans Ampolo 1993b.

    292 Rouveret 1976b, p. 125.

    293 Pontrandolfo s.d., p. 21 ; sur la structure comme étant les colonnes d’Hercule, voir D’Agostino 1982 ; contre cette hypothèse et pour une représentation d’un tremplin, Ermini 1994.

    294 Cette structure pose d’évidentes difficultés d’interprétation. Si l’on adopte un regard réaliste, il est impossible d’y voir un plongeoir, le jeune homme semblant venir de plus haut.

    295 Gruzinski, Rouveret 1976, part. p. 163 ; Torelli 1977. Pour rappel, l’un des principaux apports de la notion d’ethnicité est la prise en compte de l’expression matérielle d’une identité ethnique perçue ou supposée et volontairement revendiquée, dans un contexte historique et spatial défini : Jones 1997 ; Hall 1997. Malgré toutes les difficultés d’application du concept à partir de sources archéologiques, cette idée est particulièrement intéressante.

    296 Voir ci-dessus. Parmi plusieurs textes, voir en particulier, Hérodote, III, 98-100 ; IV, 168-171.

    297 Somville 1979 ; Guzzo 1991, p. 123-128 ; Bottini 1992, p. 85-91.

    298 Dans une interprétation opposée, Zuchtriegel 2018a et 2020 propose d’y voir l’expression de l’appartenance du défunt aux cercles aristocratiques des citoyens de Poseidonia.

    299 Montel 2010. Pour d’autres exemples des particularités des Grecs des milieux coloniaux, voir Costanzi, Dana 2020.

    300 Les arguments pour identifier le défunt comme appartenant aux communautés indigènes du Vallo di Diano sur la base de la forme du cratère représenté sur la plaque orientale semblent assez faibles : Robinson 2011. Si l’on peut soutenir l’hypothèse que le défunt n’était pas un citoyen poseidoniate, il semble quelque peu arbitraire de vouloir identifier plus précisément ses origines ethniques, a fortiori à partir d’un seul élément iconographique d’interprétation complexe.

    301 Rouveret 2014b.

    302 A. Pontrandolfo a bien souligné, à la table ronde du colloque de Tarente de 2014, que nous sommes tributaires des récits écrits, qui conditionnent en large mesure les interprétations des données archéologiques : se non avessimo il supporto delle fonti scritte non saprei riconoscere i Lucani, dai Sanniti, dai Brettii ; fondamentalmente ritengo sia il confronto dinamico delle interpretazioni ricavate dall’esame dei realia con quelle ricavate da altre serie documentarie, in primo luogo la lingua e la scrittura : Atti Taranto 2014, p. 549.

    303 Διόπερ Ἀριστόξενος ἐν τοῖς Συμμίκτοις συμποτικοῖς: ὅμοιον, φησί, ποιοῦμεν Ποσειδωνιάταις τοῖς ἐν τῷ Τυρρηνικῷ κόλπῳ κατοικοῦσιν. οἷς συνέβη τὰ μὲν ἐξ ἀρχῆς Ἕλλησιν οὖσιν ἐκβεβαρβαρῶσθαι Τυρρηνοῖς ἢ Ῥωμαίοις γεγονόσι, καὶ τήν τε φωνὴν μεταβεβληκέναι τά τε λοιπὰ τῶν ἐπιτηδευμάτων, ἄγειν δὲ μίαν τινὰ αὐτοὺς τῶν ἑορτῶν τῶν Ἑλληνικῶν ἔτι καὶ νῦν, ἐν ᾗ συνιόντες ἀναμιμνήσκονται τῶν ἀρχαίων ἐκείνων ὀνομάτων τε καὶ νομίμων, καὶ ἀπολοφυράμενοι πρὸς ἀλλήλους καὶ ἀποδακρύσαντες ἀπέρχονται, « Ainsi affirme Aristoxène dans ses Symmikta sympotika : Nous faisons comme les gens de Poseidonia, d’origine grecque mais barbarisés, devenus Tyrrhéniens ou Romains, ayant changé leur langue et les autres coutumes ; ils gardent toutefois encore de nos jours l’une des fêtes helléniques, pendant laquelle ils se réunissent et évoquent les anciens noms et usages, et se séparent après avoir plaint les uns les autres, les larmes aux yeux » : fragment des Σύμμικτα συμποτικά (fr. 124 Wehrli), apud Athénée, XIV, 632a. Les problèmes de ce fragment sont variés, en particulier sa datation (avant ou après 273 av. J.-C.) ; le texte fait référence aux Tyrrhéniens (Étrusques) et aux Romains, mais il ne mentionne pas les Lucaniens. Peut-on néanmoins faire le rapprochement entre la « barbarisation » de Poseidonia et la conquête lucanienne ? Malgré les difficultés, ce fragment contribue à montrer la prise de Poseidonia par les populations italiques. Commentaires dans Asheri 1999 ; Frisone 2011 ; Biraschi 2012a, p. 329-331.

    304 Greco, Theodorescu 1996, p. 184.

    305 [σ]τατ[ι]ς [----ι]ες / ιουϜηι [----] α| ναρηι / α[----] fεδ[ / βρατηις δατας. Musée archéologique national de Paestum, inv. 134 740. Retranscrit en latin : Statius […]ius. Joui […]anari dicauit [?] gratiae datae : Greco, Theodorescu 1983, p. 79. Voir aussi Greco, Pontrandolfo s.d., p. 152 ; Rix 2002, Lu 14 ; Biraschi 2012a, p. 307-308 ; Pollini 2018.

    306 Rouveret 2012.

    307 Taliercio Mensitieri 1987, p. 165-166.

    308 Pour les monnaies de Poseidonia, ibid. ; Taliercio Mensitieri 2012.

    309 Pontrandolfo 1983 ; Greco, Theodorescu 1996, p. 406.

    310 Crawford 2006, p. 64. Il faut noter également la controverse portant sur l’alphabet utilisé sur ces monnaies. Le courant qui les date au ive siècle transcrit le nom de la cité en alphabet grec, tandis que M. Crawford souligne l’usage de l’alphabet latin. Asheri 1999, p. 368, suggère que ces monnaies pouvaient avoir comme but de renforcer les rapports commerciaux avec des populations grecques, mais aussi italiques, et surtout avec les Romains.

    311 Certains rapprochent le nom Paestum d’un possible Παιστός grec, comparable au toponyme crétois Φαιστός/Παιστός : Pugliese Carratelli 1987, p. 21 ; 1990a, p. 224. Il est plus probable que le changement de nom est survenu avec la conquête romaine. Pour essayer de l’expliquer et en reprenant l’hypothèse de G. Pugliese Carratelli sur une origine plus ancienne du toponyme Παιστός, Zuchtriegel 2017a propose de voir une volonté, de la part des Romains, de récupérer un passé plus lointain, avant l’arrivée des Grecs, par un toponyme qui pourrait être issu d’une tradition autochtone.

    312 Pontrandolfo 1987a, p. 241.

    313 Pontrandolfo, Rouveret 1996, p. 159.

    314 Le rapport entre le mobilier funéraire et le sexe des défunts est certainement plus complexe que ne le montraient les recherches anciennes. Aujourd’hui il est important de questionner certaines attributions mécaniques, comme l’association des armes pour les hommes et les bijoux pour les femmes. Commentaires d’ordre méthodologique dans Esposito, Pollini 2021.

    315 Pontrandolfo, Rouveret 1992, p. 17. Voir aussi Pontrandolfo 1987a, p. 248 ; Rouveret 1987 ; Pontrandolfo, Rouveret 1996 ; Pontrandolfo s.d. Pour les quelques tombes peintes découvertes aux confins du territoire de la cité, Pollini 2009.

    316 D’abord une distinction doit être faite entre les peintures avec figuration humaine et celles à motifs géométriques ou végétaux : Rouveret 1987 ; Pontrandolfo, Rouveret 1992 ; 1996. D’Angelo 2017 compare les tombes peintes de Poseidonia avec celles d’autres sociétés italiques, notamment en Campanie et en Daunie. Sur les liens entre ces peintures et les identités italiques, D’Angelo 2019.

    317 Probablement autour de 390 av. J.-C., si l’on en croit la source de Diodore (XIV, 101, 3) : Asheri 1999, p. 365.

    318 Posseggono un’organizzazione del territorio con città (Poseidonia e Laos), e fortini a protezione dei confini che servono da punti di rifugio. Hanno un governo centrale che stipula alleanze, definisce riscatti, tratta paci, mobilita eserciti : Mele 1996a, p. 68.

    319 L’édition de 2003 des congrès de Tarente a eu pour thème l’expédition d’Alexandre le Molosse, qui est probablement arrivé aux frontières de Poseidonia en 334/333 : Atti Taranto 2003.

    320 Tite-Live, Periochae, 14.

    321 Crawford 2006.

    322 Carter, Prieto 2011, p. 563-565.

    323 Greco E. 1987a, p. 403 ; Greco, Theodorescu 1996, p. 192.

    324 Pour une discussion sur les régimes politiques des cités achéennes de Grande Grèce, Gallo 2001.

    325 Bérard R.-M. 2018 interprète de façon plutôt ouverte la possibilité d’accès aux espaces funéraires en Grande Grèce, qui ne seraient donc pas réservés à une élite.

    326 Greco, Theodorescu 1996, p. 192.

    327 C’est aussi l’idée de D. Asheri, qui insiste sur la possibilité d’une redistribution des terres. Il affirme que, dans le contexte colonial d’Occident à l’époque archaïque, la prolifération de l’habitat dans la campagne serait un signe d’une expansion de la colonisation grecque. L’arrivée d’un supplément de population grecque, des époikoi, venant de la métropole ou d’autres cités, est normalement la cause de cette expansion. Dans le cas de Poseidonia, il faut beaucoup de prudence avant d’établir des comparaisons un peu hasardeuses, puisque la cité est sous l’hégémonie lucanienne à l’époque de cette diffusion de l’habitat rural. Le spécialiste suggère d’ailleurs une « colonisation » italique, et non grecque, qui expliquerait le mouvement migratoire vers Poseidonia dans le deuxième quart du ive siècle : Asheri 1999, p. 366.

    328 Gasparri 1989 ; 1990. Voir aussi Longo et al. 2012, p. 295-298, et 298-301 pour un système comparable d’organisation des terres dans la région au nord du Sele, dans la plaine de Pontecagnano.

    329 Il faut rappeler les signes d’anomalie de la nécropole du Gaudo (no 47), avec des indices d’une présence italique dès le milieu du ve siècle au moins. Voir en particulier une tombe assez exceptionnelle du Gaudo, dont le mobilier permet la datation dans le ve siècle : Cipriani 2004.

    330 Pontrandolfo, Rouveret 1992, p. 240-241 et 371.

    331 Musée archéologique national de Madrid, inv. 11094. Le vase a été découvert lors des fouilles organisées par le marquis de Salamanque en 1864 : Pontrandolfo 1986, p. 134-136, no 33 ; Trendall 1989, p. 198-200 et fig. 355 ; Denoyelle, Iozzo 2009, p. 186-187, fig. 260.

    332 Sestieri 1948.

    333 Pontrandolfo, Rouveret 1992, p. 277-293 et 393-400.

    334 La superficie des recherches archéologiques a été ensuite élargie, sans aucun résultat.

    335 Mustilli 1937, p. 151.

    336 Viola 1893.

    337 Mello 1980, p. 294.

    338 Très bonne synthèse dans Greco, Theodorescu 1996, p. 192.

    339 Sur l’importance de ces peintres et leurs ateliers, Denoyelle, Iozzo 2009.

    340 Viola 1998, p. 85-88.

    341 Cipriani 1990.

    342 Tombes 5921 et 5892 de Pontecagnano, citées dans Viola 1998, p. 86, n. 120.

    343 Pontrandolfo, Rouveret 1992, p. 259-260, 380-385 et 458. Le mobilier de la tombe no 2 (1957) de la nécropole du Gaudo est aussi comparé à celui de la tombe de Marcellina à Laos, de la tombe de Cariati, ainsi que des tombes à chambre contemporaines de Canosa (Pouilles).

    344 Bottini, Greco 1974-1975 ; Pontrandolfo, Rouveret 1992, p. 246-248 et 372-376.

    345 Pontrandolfo 1987a, p. 257-264.

    346 D’Angelo 2017, propose de dater ces tombes juste après la déduction, comme signe d’un processus progressif d’intégration des élites locales au nouveau statut de la cité, devenue romaine.

    347 Serritella 2002, p. 20.

    348 Ibid., p. 26.

    349 Greco E. 2000c, p. 188-189, parle d’une « explosion » d’établissements dans le territoire à l’époque classique.

    350 Alcock, Cherry 2004 ; Rousset 2004 ; Brunet 2007.

    351 Martin 1978, p. 589.

    352 R. Martin avait daté ces dernières avancées techniques uniquement de l’époque hellénistique.

    353 Martin 1978, p. 589.

    354 Rouveret 2012.

    355 Voir le fragment d’Aristoxène sur la barbarisation de Poseidonia commenté ci-dessus, qui insiste sur la permanence d’une communauté grecque, celle qui se lamente de sa soumission aux Barbares.

    356 Greco, Theodorescu 1996, p. 192. Remarques méthodologiques sur les difficultés à déterminer les statuts sociaux à partir des seules données archéologiques, dans Pollini 2018.

    357 Voir notamment les résultats des recherches de la mission franco-italienne, publiés dans la collection de l’École française de Rome, série no 42, Poseidonia-Paestum, avec cinq volumes publiés.

    358 Koeller 2010 ; Marchiandi 2011.

    359 Pontrandolfo 1994. Voir Bièvre-Perrin 2023.

    360 Elia 2010 ; Elia, Meirano 2010.

    361 Pontrandolfo, Rouveret 1992, p. 18.

    362 Ibid., p. 459.

    363 C’est le cas de Tempa Rossa, proche de Fonte, ou de Scalareta et Quercione, proches de San Nicola di Albanella.

    364 Ampolo 1997, p. 454-458. Sur la place des activités économiques dans les sanctuaires grecs, voir en particulier Chandezon 2000.

    365 L’orateur commente une loi de Dracon sur l’homicide, republiée en 409-408 av. J.-C. (IG, I3 104) : ἵνα δὴ μὴ τοῦτ’ ᾖ μηδ’ ἀπέραντοι τῶν ἀτυχημάτων αἱ τιμωρίαι γίγνωνται, ἔγραψεν “ἐάν τις τὸν ἀνδροφόνον κτείνῃ ἀπεχόμενον” φησὶν “ἀγορᾶς ἐφορίας” τί τοῦτο λέγων; τῶν ὁρίων τῆς χώρας· ἐνταῦθα γάρ, ὥς γ’ ἐμοὶ δοκεῖ, τἀρχαῖα συνῇσαν οἱ πρόσχωροι παρά θ’ ἡμῶν καὶ τῶν ἀστυγειτόνων, ὅθεν ὠνόμακεν “ἀγορὰν ἐφορίαν”, « Pour éviter cela, pour que les actes malheureux n’entraînent pas de vengeances sans fin, le législateur prononce : “si quelqu’un tue le meurtrier qui se tenait à l’écart des marchés de frontière”. Que désigne-t-il par-là ? Les limites du pays : car c’est là, je pense, que les peuples voisins se rencontraient jadis, venant de chez nous ou des pays limitrophes ; d’où l’appellation “marché de frontière” » : Démosthène, Contre Aristocrate, 39 (trad. Humbert et Gernet).

    366 Ampolo 1997, p. 457, insiste sur le fait que les marchés de frontières athéniens existaient aux époques plus anciennes et traduisaient une réalité des échanges commerciaux avant le ive siècle (probablement déjà disparus dès l’époque d’Aristophane), quand ces échanges étaient moins réglementés. En revanche, la chronologie des formes d’échange commercial et des lois athéniennes n’a pas d’équivalent direct dans les réalités rencontrées à Poseidonia.

    367 SEG XXXVIII, 1036 ; XLI, 891, commentée p. 461.

    368 En parlant de la division des lots de terre en parts égales pour les citoyens, Platon précise la nécessité de couper les lots en deux, une portion proche du centre et une autre éloignée. Le critère du rendement des terres est fondamental pour garantir l’égalité entre les citoyens : μηχανᾶσθαι δὲ καὶ ἐν τοῖς δίχα τμήμασι τὸ νυνδὴ λεγόμενον φαυλότητός τε καὶ ἀρετῆς χώρας, ἐπανισουμένους τῷ πλήθει τε καὶ ὀλιγότητι τῆς διανομῆς, « Par ailleurs, il faut s’arranger pour assurer dans les deux parts cette proportion de bonne terre et de terre médiocre dont nous parlions à l’instant, en compensant les différences d’étendue par les différences de rendement » : Lois, 745d (trad. Brisson et Pradeau).

    369 Pontrandolfo, Rouveret 1992, p. 459.

    370 Greco, Theodorescu 1996, p. 192.

    371 Cipriani 1994.

    372 Ibid., p. 34-36.

    373 Serritella 2002, p. 26.

    374 Cipriani 1994.

    375 Pontrandolfo 1982.

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    Pollini, Airton. « Chapitre 5. Poseidonia : la cité à la frontière et la frontière de la cité ». In Frontières en Grande Grèce. Naples: Publications du Centre Jean Bérard, 2025. doi:10.4000/14kce.
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