Chapitre 4. Les Achéens en Occident
p. 219-279
Texte intégral
Ó mar salgado, quanto de teu sal
São lágrimas de Portugal!
Por te cruzarmos, quantas mães choraram,
Quantos filhos em vão rezaram!
Quantas noivas ficaram por casar
Para que fosses nosso, ó mar!
Valeu a pena? Tudo vale a pena
Se a alma não é pequena.
Quem quere passar além do Bojador
Tem que passar além da dor.
Deus ao mar o perigo e o abysmo deu,
Mas nelle é que espelhou o céu1.
Fernando Pessoa, Mar Portuguez (Mensagem).
1Après avoir étudié la frontière, son imaginaire et sa dimension ethnique, nous analyserons la culture matérielle. Il est évidemment impossible ici de prendre en compte la totalité des vestiges en contexte frontalier pour l’ensemble de l’Italie méridionale. Par conséquent, nous avons choisi trois cités : Sybaris, Métaponte et Poseidonia. Métaponte et Poseidonia constituent deux exemples parmi les territoires les mieux connus de tout le monde grec archaïque et classique, et ce sont certainement les deux principaux en Grande Grèce. Si Sybaris n’a pas livré autant de données, il s’agit cependant d’un des territoires les plus étudiés de la région. Il y a aussi une cohérence dans l’histoire de ces trois cités : Sybaris, fondation primaire, est à l’origine de l’initiative de la fondation des deux autres, à environ une centaine d’années d’intervalle. Enfin, les trois sont des cités achéennes qui partagent un même substrat culturel2. L’hypothèse d’une organisation particulièrement raisonnée des espaces urbains et ruraux des cités achéennes est notre point de départ3. C’est ainsi que ces trois cités réunies livrent la majorité des données actuellement disponibles, qu’elles sont liées entre elles par leur histoire partagée et que des parallèles, y compris d’ordre culturel et structurel, peuvent être établis.
Sybaris, le point de départ
2Comprendre les enjeux de l’histoire de la cité achéenne de Sybaris n’est pas une tâche facile car les sources écrites4 et archéologiques sont disparates et difficiles à interpréter. En tout cas, les colons s’installent au centre d’une grande plaine (fig. 9), la plus étendue d’Italie du Sud, entre les fleuves Crathis et Sybaris. Les vestiges archéologiques les plus anciens permettent de dater l’entreprise coloniale du dernier quart du viiie siècle5. La richesse de Sybaris était proverbiale et cette abondance est perceptible par l’éloge de la production de vin de Sybaris et de Thourioi, qui devait être suffisamment grande et de qualité pour permettre son exportation6. Pour ce qui relève de sa fondation, malgré la lacune dans le texte de Strabon (VI, 1, 13) qui indiquait le nom du fondateur, Oes<…> d’Hélikè7, l’origine achéenne des colons est assurée.
Fig. 9. La plaine de Sybaris.

Cliché de l’auteur.
3La tradition manuscrite sur Sybaris conditionne en grande partie l’interprétation et, pour ce qui relève du territoire de la cité, la description de Strabon est la plus pertinente :
Sybaris jouit autrefois d’une fortune si exceptionnelle qu’elle put commander à quatre nations voisines, avoir pour sujettes vingt-cinq cités et remplir de ses habitants sur le seul Crathis une enceinte circulaire de 50 stades8.
4Dans le même sens, Diodore ajoute une information sur l’octroi relativement facile de la citoyenneté sybarite :
Accordant généreusement le droit de cité, ils firent tant de progrès qu’ils passèrent pour bien plus puissants que les autres habitants de l’Italie, et leur abondante population leur assura une telle supériorité numérique que la cité comprit trois cent mille citoyens9.
5La recherche actuelle est incapable de déterminer précisément les quatre nations et les vingt-cinq cités du texte de Strabon. En revanche, à partir de la confrontation de la tradition écrite et des vestiges matériels, certains chercheurs utilisent l’expression d’« empire de Sybaris » pour parler de sa campagne et de ses relations avec les peuples indigènes de l’arrière-pays10. Aussi, les volontés d’expansion de Sybaris sont certainement à l’origine du conflit avec la cité voisine de Crotone qui, avec l’aide d’un certain nombre de sybarites exilés, détruisit totalement la cité ennemie en 511/51011. Après quelques tentatives de reconstruction de la ville, à l’incitation de Périclès d’Athènes, la nouvelle colonie panhellénique de Thourioi s’établit à l’emplacement de l’ancienne Sybaris vers 44412. L’étude de la frontière de Sybaris est ainsi intimement liée aux interactions avec les indigènes et à l’interprétation de cet « empire ».
Les populations indigènes
6Le territoire occupé par les colons achéens n’était pas désert avant leur arrivée. L’expression ἔρημος χώρα s’applique uniquement dans le sens d’une terre privée de population grecque, sans une organisation comparable à la cité-état grecque. Puisque le cas spécifique de Sybaris et de son « empire » est le point de départ des études portant sur les rapports entre Grecs et indigènes en Italie du Sud13, il convient de résumer nos connaissances sur ce sujet. Le peuple italique qui habitait la région à l’époque de la fondation de la cité grecque était appelé Œnôtres par les Grecs14. Faute de source écrite autochtone15, il est important d’employer toutes les précautions dans l’interprétation des textes grecs. Ainsi, la synthèse donnée par Strabon et inspirée d’Antiochos indique, d’une part, la complexité de la situation des peuples indigènes et, d’autre part, les amalgames que les auteurs font entre les gens d’origines diverses. En premier lieu, il faut distinguer très nettement les peuples italiques dans la chronologie. La conquête de l’Italie méridionale par les populations d’origine samnite, appelées Lucaniens, ou le sous-groupe des Brettiens, se fait uniquement dans les décennies finales du ve siècle16. Avant cette époque, les populations en contact avec les colons sont probablement les Œnôtres dont parlent Antiochos et Strabon17.
7Par ailleurs, on relève une certaine finesse dans la Géographie de Strabon, notamment dans la différenciation géographique : pour une région qui paraît être la même, le géographe mentionne le nom de deux peuples différents, les Œnôtres et les Chônes18. Dans la suite du texte, la position géographique des Chônes est indiquée plus précisément dans le territoire occupé ensuite par les colons de Siris-Polieion19. Bien qu’on ne soit pas en mesure d’identifier exactement les limites de l’occupation des terres par ces deux peuples, d’après ces passages, on aurait au moins deux populations indigènes différentes à l’époque de l’arrivée des colons, les Œnôtres et les Chônes, correspondant aux lieux d’installation, respectivement, des Achéens dans la plaine de Sybaris et des Ioniens de Siris-Polieion. Il est néanmoins important de souligner la diversité de situations rencontrées par les colons achéens à leur arrivée dans cette partie du golfe de Tarente20.
8Sans entrer dans le détail du débat relatif aux populations indigènes, l’essentiel est de remarquer leur diversité, reconnue même par les auteurs grecs, habitués à considérer comme « vides » les terres non habitées par les Grecs. Ainsi, dans l’interprétation de l’interaction entre colons et indigènes, deux types de diversités doivent être soulignés : les différentes origines des colons et la pluralité des populations indigènes en contact avec les Grecs21.
Les données archéologiques
9La recherche archéologique sur le territoire de Sybaris (fig. 10) n’est pas suffisamment avancée pour qu’on puisse établir un panorama complet de l’occupation des terres par les colons achéens22. Néanmoins, certains sites, tels notamment Francavilla Marittima et Amendolara, ont été systématiquement fouillés depuis plusieurs années et constituent des sources importantes pour l’interprétation du mode d’occupation du territoire par les colons, surtout dans leur interaction avec les populations locales.
Fig. 10. Carte des principaux sites archéologiques du territoire de Sybaris.

Élaboration de l’auteur.
10Plusieurs nécropoles présentent des vestiges archéologiques indigènes datant de l’époque précédant immédiatement l’arrivée des colons grecs23. Les données de la culture matérielle montrent que les populations installées dans ces localités étaient déjà en contact avec l’élément grec avant même la fondation de Sybaris, dans des rapports dits pré- ou proto-coloniaux24.
11Avec la fondation achéenne, l’affaiblissement du témoignage indigène dans les nécropoles mentionnées indique des rapports complexes entre les nouveaux et les anciens occupants de la plaine sybarite. On observe une interruption nette de l’occupation de certains sites à partir du dernier quart du viiie siècle, tandis que d’autres évoluent avec une plus forte influence grecque. Les deux cas les plus importants sont ceux de Francavilla Marittima (no 1) et d’Amendolara (no 3)25.
12Francavilla Marittima (no 1) a livré la majeure partie des données disponibles sur le territoire de Sybaris, soit la nécropole de Macchiabate soit le sanctuaire de Timpone della Motta, le lieu de culte le mieux connu de Sybaris26. La nécropole de l’âge du fer dans la localité Macchiabate constitue l’un des principaux témoignages de l’occupation indigène antérieure à l’arrivée des Achéens27. Ensuite, après la fondation de la cité grecque, la nécropole présente une diminution significative du nombre de tombes. En effet, on passe d’un total de 128 tombes de l’âge du fer à 53 datables entre le viie et le vie siècle av. J.-C. Une analyse plus fine de la chronologie affiche en réalité une césure nette dans les décennies finales du viiie, qui ne livre aucune tombe, puis parmi les tombes du viie, la majorité est datable à partir de la seconde moitié du siècle28. Les principaux noyaux d’époque coloniale, notamment à Uliveto et à Temparella, manifestent une certaine continuité de leur utilisation, mais avec des changements importants, dont surtout une proportion de tombes féminines trois fois supérieure aux masculines et une grande présence de sépultures d’enfants. Aussi le mobilier devient-il beaucoup plus simple : ni fibules ou autres objets lié aux vêtements, ni vases en bronze, le seul élément d’armement est la lance dans les tombes masculines et le mobilier céramique est également simplifié. Dans le même sens, un second aspect de la conquête grecque est perceptible par l’abandon des cabanes protohistoriques retrouvées dans la zone d’habitat indigène au sud de la Motta.
13M. Osanna a proposé une incorporation de l’élément indigène féminin dans la société sybarite en qualité de main-d’œuvre dépendante domestique aussi bien que dans le cadre des mariages mixtes. Néanmoins, l’interprétation de l’inclusion des femmes indigènes doit être nuancée et l’exemple de Francavilla représente une situation où les formes de mariage interethnique varient dans le temps et incluent également des relations d’alliance entre communautés29. À ce propos, deux tombes féminines de l’âge du fer présentent une situation ambivalente, avec certains éléments similaires à ceux des tombes datables du viie siècle, dans une sorte d’anticipation des situations postérieures. Cela fait penser à un processus complexe d’interaction entre populations autochtones et grecques, et cela avant même la fondation de Sybaris30. Par conséquent, ces interactions entre colons et autochtones semblent plus complexes qu’une simple conquête suivie de l’incorporation des femmes indigènes : une certaine forme d’interaction a dû avoir lieu même avant l’arrivée des Grecs. En revanche, après la fondation de Sybaris, l’établissement semble effectivement perdre son autonomie et son évolution se rattache à la domination grecque.
14En effet, dans un deuxième moment, à partir du début du vie siècle, la zone est réinvestie par les colons et livre des tombes masculines avec un mobilier typiquement grec, à l’exception de la tombe Temparella no 25 qui comporte une pointe de lance attribuée à la tradition indigène. À Uliveto, les tombes plus récentes se retrouvent dans la même zone que les anciennes, sans aucun respect de la nécropole indigène précédente. Enfin, sur les pentes inférieures de Timpone della Motta, des vestiges d’un habitat datent uniquement du vie siècle av. J.-C.31.
15Le lieu-dit Macchiabate à Francavilla montre des conséquences claires de la fondation de la cité grecque, avec une participation bien plus faible de l’élément indigène masculin, tandis que les femmes indigènes gardent un certain espace dans la nouvelle société coloniale. La majorité des chercheurs souligne la discontinuité des formes d’occupation et l’interprète dans le sens d’une communauté qui ne présente plus les membres masculins de rang élevé, une sorte de société indigène « acéphale », c’est-à-dire dominée par les colons grecs établis dans la plaine.
16Au sud de la Motta, où les cabanes protohistoriques furent abandonnées, on a retrouvé un habitat de type grec, dont une maison datable du viie siècle et connue sous le nom de casa dei Pithoi, du fait de la grande quantité de cette classe céramique trouvée lors des fouilles. La maison présente un plan rectangulaire (19,8 × 4,4 m), avec une grande pièce centrale et des pièces secondaires s’ouvrant sur un portique au sud, ce qui la rattache à la tradition grecque.
17À Francavilla, c’est le sanctuaire du sommet de la colline, à Timpone della Motta, qui concentre les discussions (fig. 11). À 278 m au-dessus du niveau de la mer, sur une terrasse étroite et allongée, il se situe à environ 15 km du centre urbain de Sybaris. Les recherches récentes ont montré l’existence d’un petit autel dont la fréquentation peut être datée entre le ixe et le viiie siècle, avant donc l’arrivée des colons grecs32. La reprise des fouilles par l’équipe hollandaise a permis d’identifier au total sept phases, allant de l’âge du bronze moyen III jusqu’aux ve et ive siècles av. J.-C., étalées sur quatre plateaux33. Les plus importants vestiges se retrouvent au sommet de la colline (plateau IV), en particulier dans la zone de l’édifice V : la première phase (Va) est représentée par une structure ovale délimitée par des poteaux, interprétée comme la maison d’un membre de l’élite autochtone. Puis, la structure se transforme en une forme allongée et absidale en bois (Vb, 26 × 9 m), en rapport avec des poids de métier à tisser de grande taille, trouvés in situ34. Le grand nombre et les dimensions de ces poids, la présence d’objets d’ornement féminin et la grande quantité de cendres ont amené les fouilleurs à proposer la réalisation de cérémonies de tissage, mais le même type d’objet trouvé à Castiglione à Ischia a été interprété comme d’usage laïc35. Ainsi, rien ne confirme un usage religieux de l’édifice V à la phase b.
Fig. 11. Francavilla Marittima. Plan du sanctuaire.

D’après Mertens 2006, p. 51, fig. 55.
18La céramique grecque la plus ancienne trouvée à Timpone della Motta est contemporaine des premières attestations provenant du centre urbain de Sybaris (dernier quart du viiie siècle), notamment des coupes de type Thapsos. Les structures à plan rectangulaire interprété comme de type grec sont au nombre de trois (édifices Ib, IIIa, Vc), toutes construites selon la même technique des poteaux en bois et datables d’environ 700 av. J.-C. Dans un deuxième temps, l’édifice III est reconstruit et comporte des fondations en pierre, gardant les mêmes dimensions (IIIb). La transformation de l’édifice V (Vd) intervient dans le milieu du viie siècle et c’est à cette phase que sont associés les pinakes en terre cuite36, ainsi qu’une grande quantité de matériel renvoyant à une divinité féminine. Ensuite, la phase de l’édifice Ve, datable dans le courant du vie siècle, semble être de dimensions plus réduites que la précédente ; un large mur connu comme « muro Schläger » a été construit à la même époque. Enfin, les dernières traces d’occupation de la zone, entre le ve et le ive siècle, sont identifiables avec les temples IIb et IV37.
19Timpone della Motta est le lieu sacré extra-urbain le plus important de la cité, où les vestiges de cinq édifices d’époque grecque ont été trouvés, dans un endroit fréquenté auparavant par les Œnôtres. L’analyse des fonctions du lieu de culte est complexe et l’attribution à la catégorie des « sanctuaires de frontière » n’est pas aisée38. Il s’agirait plutôt d’un lieu qui marque la mainmise du territoire par les Grecs en même temps que les offrandes de type indigène indiquent également une fréquentation par des populations locales. L’analyse des données archéologiques du sanctuaire montre que les rapports entre Grecs et indigènes étaient beaucoup plus nuancés que le schéma d’une simple conquête suivie de l’extermination des hommes et de la sujétion des femmes. Néanmoins, les changements dans les formes d’occupation de la zone sont importants et doivent être interprétés comme la conséquence directe de la fondation de la cité grecque. La sphère du sacré montre des relations complexes et subtiles entre les différents éléments en contact, mais en aucun cas il ne serait plausible d’interpréter les vestiges dans le sens d’une cohabitation totalement pacifique entre Grecs et autochtones.
Fig. 12. Francavilla Marittima, Timpone della Motta. Dédicace de Kléom(b)rotos à Athéna. Plaquette en bronze, 600/550. Museo Archeologico Nazionale della Sibaritide, inv. FM 64676.

D’après Paoletti 2018, p. 12, fig. 4; Dubois 2002, p. 24.
20En ce qui concerne la (ou les) divinité(s) honorée(s), les vestiges matériels datables du milieu du vie siècle, ex-voto et terres cuites architectoniques, permettent d’identifier un culte à Athéna, confirmé par la dédicace de Kléom(b)rotos, vainqueur à Olympie, à la déesse (fig. 12)39. Les offrandes plus anciennes ne comportent pas d’attributs permettant une identification plus précise qu’une divinité féminine, dite parfois « dame de Sybaris » (fig. 13)40. Le grand nombre d’objets en rapport avec l’eau, notamment des hydries de petites dimensions (hydriskai), peut être associé à une divinités des eaux, mais il reste la difficulté de l’absence de source ou de rivière, et rien ne permet de proposer l’existence d’une source dans l’Antiquité qui aurait aujourd’hui disparu. L’analyse de l’iconographie des terres cuites offertes dans le sanctuaire les rattache aux rituels de passage de la jeunesse à la vie adulte, au mariage et à l’intégration des jeunes hommes dans le corps des citoyens41.
Fig. 13. Francavilla Marittima. « Dame de Sybaris ». Terre cuite, 650/625. Trois registres figurés sont conservés : scène de choros de jeunes filles, quatre éphèbes, deux sphinx s’affrontant. Museo Archeologico Nazionale di Napoli, inv. Stg. 106.

Cliché de l’auteur, su concessione del Ministero della Cultura – Museo Archeologico Nazionale di Napoli.
21Le problème de l’identification de la divinité est lié à la possibilité d’identifier Francavilla au site de Lagaria. Selon la légende, Épéios aurait consacré les outils utilisés pour la construction du cheval de Troie dans un Athénaion à Lagaria, près de Métaponte, ou entre Thourioi et Héraclée42. L’identification de Francavilla à Lagaria a été proposée lors de la découverte, par P. Zancani Montuoro en 1974, de quelques objets en bronze et en fer (hache, fibule, burin) provenant d’un dépôt votif de la nécropole. Cette hypothèse rencontre quelques obstacles majeurs : la mise au jour des objets dans la nécropole et non dans le sanctuaire, et le peu de renseignements dans la description de Lagaria pour le rapprocher de la géographie de la colline de Francavilla43. Il semble donc difficile de soutenir cette identification44.
22Dans l’état actuel des connaissances, l’analyse des données archéologiques du territoire de Sybaris ne montre pas d’occupation grecque au-delà de Francavilla en direction de l’intérieur des terres et des montagnes du nord-ouest. L’interprétation proposée par M. Osanna45 à propos de Francavilla est la distinction entre les limites perceptibles de l’occupation grecque et la définition d’une frontière. Le chercheur signale qu’au-delà de Francavilla, on n’a découvert aucune trace d’occupation indigène et, selon sa définition, la frontière doit opposer deux entités. Ainsi, en l’absence d’indigènes, il n’y aurait aucun sens à parler de frontière et il faudrait se restreindre à une attestation des limites de l’occupation grecque, sans que ces deux notions coïncident nécessairement. Cette distinction est essentielle et fait référence au problème de la définition de la frontière et d’un « sanctuaire de frontière »46. Par conséquent, l’exemple de Francavilla expose les nuances nécessaires entre une frontière entendue comme une opposition entre peuples divers et un marqueur des limites de l’occupation par les Grecs.
23Il est tout de même hasardeux de fonder une interprétation sur un argument ex absentia, surtout quand il s’agit de la possibilité d’une fréquentation indigène. D’abord, la recherche archéologique dans la zone n’est pas suffisamment systématique. Ensuite, les traces matérielles d’une occupation indigène sont plus difficilement visibles que les vestiges liés à la culture grecque, comme les constructions en pierre ou la céramique tournée. Malgré l’absence de trace de fréquentation dans l’arrière-pays, une interprétation du rôle du sanctuaire à Timpone della Motta ne devrait pas se fonder uniquement sur cet indice. Les éléments de mixité présents à Francavilla Marittima, aussi bien dans le sanctuaire que dans la nécropole de Macchiabate, montrent des rapports très complexes entre les colons grecs et les populations locales, peut-être sous une forme « clientéliste »47. Le sanctuaire peut être interprété non seulement comme la limite visible de l’occupation directe de l’espace rural par les Grecs, mais il pouvait aussi avoir une fonction d’intermédiaire des contacts entre colons et autochtones.
24À cause de leur proximité, Timpone del Castello (no 2)48 et Timpone della Motta49 doivent être analysés en parallèle ; ils corroborent notre mise en garde sur les rôles possibles de l’Athénaion. La recherche archéologique s’est limitée à une prospection de surface qui ne donne pas suffisamment d’éléments pour une datation précise ni pour un discours plus développé. En revanche, le témoignage d’une fréquentation au sommet de la colline, à 637 m au-dessus du niveau de la mer, pourrait indiquer une fonction de contrôle d’un territoire assez étendu. En effet, il est possible de dominer la voie de communication du torrent Raganello, situé entre la plaine de Sybaris et l’arrière-pays montagneux du massif du Pollino. Malgré une chronologie mal définie, M. Osanna propose de voir le site comme partie de la redéfinition du territoire après la fondation de Thourioi. Seule une recherche plus systématique dans la zone peut préciser la chronologie et les fonctions de cet établissement. En revanche, une présence grecque à Timpone del Castello, bien que probablement postérieure à Sybaris, est un élément qui plaide pour plus de prudence avant d’avancer des interprétations concernant la frontière de la cité achéenne, y compris à l’époque archaïque.
25Amendolara (no 3)50 est le deuxième site le plus important du territoire de Sybaris, en particulier pour l’analyse des rapports entre Grecs et indigènes. Ici les données archéologiques dépeignent une réalité différente de celle à Francavilla, ce qui révèle la complexité des situations et l’impossibilité de définition d’un schéma unique pour l’interprétation de ces rapports interethniques.
26Située à presque 27 km du centre urbain de Sybaris, Amendolara est composée de deux sites avec au moins deux noyaux chacun. En premier lieu, peuvent être identifiées une nécropole dans la localité Agliastroso, et une zone d’habitat à Rione Vecchio. Ces deux noyaux présentent des traces de fréquentation du premier âge du fer, dans une fourchette chronologique qui va du ixe à la fin du viiie siècle, avec une interruption nette à la fin du viiie siècle, quand la nécropole d’Agliastroso est abandonnée. Le mobilier provient en grande partie de la découverte fortuite de tombes déjà détruites. Rione Vecchio, qui est probablement la zone d’habitat en correspondance avec la nécropole d’Agliastroso, a livré des objets du premier âge du fer, dont des fragments de vases d’impasto, d’argile à décoration pseudo-géométrique et des objets en bronze. Dans la zone de S. Sebastiano, un deuxième noyau de tombes a livré des fragments d’impasto et des objets en bronze et en fer, surtout des pointes de lance et des fibules. Seuls quelques fragments, appartenant probablement à un même vase géométrique dichrome datable dans le viie siècle, signalent une continuité de fréquentation de la zone d’habitat à Rione Vecchio après la fin du viiie siècle.
27Le deuxième noyau d’Amendolara, situé à moins de 2 km de distance du premier, est composé de deux zones de nécropole, à Mangosa et à Uomo Morto (Paladino), ainsi que d’un habitat sur la colline de S. Nicola. La nécropole s’étend sur les pentes de la colline de S. Nicola, l’une des dernières de la chaîne du Dolcedorme. La zone est divisée en deux par le canal Traviano qui coule d’est en ouest : au nord, le secteur montre une pente plus forte et est appelé Mangosa ; au sud, le secteur de l’Uomo Morto s’étend sur une superficie d’environ 120 × 20 m et a livré plus de données (fig. 14). La nécropole est artificiellement divisée en deux par la construction d’une maison moderne, de sorte que seuls quelques sondages ont été réalisés dans le secteur Paladino Est, tandis que le Paladino Ouest a fait l’objet de fouilles systématiques, entre les années 1967 et 1975, et a livré 329 tombes, entièrement publiées51. Si le Paladino Est ne révèle pas de traces d’utilisation avant le début du vie siècle, le Paladino Ouest parcourt l’ensemble de la période d’utilisation, de l’âge du fer jusqu’aux derniers temps de l’habitat, sans interruption, et suit un développement plutôt d’ouest en est, même s’il y a des retours en arrière. Certaines tombes parmi les plus récentes sont construites sur les plus anciennes, ce qui a fait penser à des enclos familiaux, bien que l’absence de murets ne permette pas de l’affirmer avec précision52.
Fig. 14. Amendolara, secteur Paladino Ouest. Plan d’ensemble de la nécropole de l’Uomo morto.

D’après La Genière 2012, pl. 1.
28Sur la colline de S. Nicola, le rituel funéraire montre peu de variations au cours de son utilisation et la forme la plus répandue est celle de la pseudo-ciste : des petits murets latéraux composés de dalles irrégulières entourent la fosse funéraire, avec une dalle dressée à l’extrémité où reposait la tête, le plus souvent à l’ouest. Même si ce mode de construction traverse les deux siècles d’utilisation, la plupart des tombes qui respectent plus fidèlement le type de la pseudo-ciste sont les plus anciennes. Les sépultures plus récentes pouvaient être faites de murets de pierres sur les côtés avec toujours une dalle dressée à la verticale pour l’extrémité où se trouvait la tête du défunt. Si nous avons décrit le type de tombe le plus répandu, il est évident qu’une nécropole utilisée pendant deux siècles présente également de nombreuses anomalies, analysées en détail par J. de La Genière53.
29La nécropole était destinée aussi bien aux adultes qu’aux enfants ou adolescents, qui occupent d’ailleurs presque la moitié des tombes, ce qui montre une forte mortalité infantile. Cette proportion doit être considérée comme un minimum, puisque les tombes d’enfant sont plus difficilement identifiables, généralement plus en surface et de construction plus légère. Lors des premières dépositions de nouveau-nés ou nourrissons, on avait recours à l’enchytrismos, c’est-à-dire l’enterrement dans un grand vase d’usage quotidien, surtout des chytrai ou ollae. En revanche, cette pratique semble disparaître à Amendolara dans le courant du viie siècle54.
30Le rituel funéraire des tombes les plus anciennes, datées du début du viie siècle, est attribué au monde indigène et paraît réservé à une élite locale. À partir de la seconde moitié du viie siècle, les objets en métal, armes dans les tombes masculines et objets de parure dans les féminines, disparaissent progressivement et, à la fin du siècle, le mobilier est composé presque exclusivement de céramique. La fréquentation du site continue d’être identifiée à un groupe indigène en rapport d’alliance ou de dépendance avec les colons grecs.
31Sur la colline de S. Nicola, la recherche archéologique a mis au jour deux terrasses occupées par des maisons datables entre la fin du premier tiers et la dernière décennie du vie siècle, à l’époque de la destruction de Sybaris par Crotone (fig. 15). Une première occupation de la zone est attestée uniquement par les fondations d’un mur, recouvertes par la construction d’une maison du vie siècle, ainsi que par quelques foyers. Sur la terrasse supérieure, les maisons sont de grandes dimensions et suivent une orientation donnée par des voies rectilignes. Les techniques de construction sont comparables aux maisons du centre urbain de Sybaris, retrouvées à Stombi. Les maisons de la terrasse inférieure ne suivent pas la même rigueur dans leur orientation, peut-être à cause de l’inclinaison plus importante de la pente à cet endroit. Les caractéristiques de l’habitat de S. Nicola semblent corroborer l’hypothèse d’un noyau de population indigène dont les rapports avec les colons grecs montrent un contexte d’alliance ou de dépendance.
Fig. 15. Amendolara. Rue de l’habitat de S. Nicola.

D’après La Genière 2012, p. 259, fig. 19.
32L’arrivée des colons à la fin du viiie siècle provoque une première déstructuration du centre indigène à Agliastroso et Rione Vecchio, dans un schéma semblable aux autres sites du territoire de Sybaris. En revanche, la particularité d’Amendolara est la persistance de l’élément indigène à proximité du site originel et traduisant des rapports d’alliance ou de dépendance. La réorganisation de la zone après la conquête grecque semble bénéficier à une partie de la population indigène, comme on le voit dans le cas de l’habitat de S. Nicola.
33Nous pouvons proposer deux hypothèses sur la particularité d’Amendolara. D’une part, cet établissement indigène se situe à une plus grande distance du centre urbain de Sybaris et cet éloignement impliquait sans doute plus de difficulté pour un contrôle direct des terres par les colons grecs. L’emprise sur un territoire plus vaste nécessitait une forme d’accord des populations indigènes. D’autre part, les groupes de population locale à Amendolara et à Francavilla ne sont pas forcément les mêmes et l’on peut supposer des rapports différents avec des populations distinctes. L’identification et la différenciation des peuples indigènes restent impossibles dans l’état actuel de la recherche archéologique. En revanche, il est fondamental de souligner la diversité du monde indigène en contact avec les colons grecs.
34Dans la partie nord du territoire de Sybaris, entre Francavilla et Amendolara, Broglio di Trebisacce (no 4) mérite notre attention55. Le site livre des vestiges de l’âge du bronze moyen (xve siècle) et de l’âge du fer (viiie siècle), puis son occupation cesse complètement à l’époque de la fondation de la colonie. Ensuite, une fréquentation de la part des Grecs est attestée par la découverte de fragments d’aryballoi et de kotylai protocorinthiens ainsi que des fragments de coupes de tradition ionienne, datables entre la moitié du viie et le vie siècle. Le matériel votif, des terres cuites du type « à plaques », des hydriskai à décoration à bandes et une tuile peinte se réfèrent à un lieu de culte fréquenté par des Grecs et des indigènes jusqu’à la fin du vie siècle, même si aucune structure d’époque coloniale n’a été trouvée. L’absence de matériel datant du ve siècle a été mise en rapport avec la destruction de la cité grecque en 510 av. J.-C. Ici encore les sources archéologiques montrent un établissement indigène profondément bouleversé par l’arrivée des colons, puis réutilisé sous d’autres formes pendant la durée de vie de Sybaris, pour enfin être abandonné quand la cité est détruite.
Fig. 16. Cozzo Michelicchio. Statuette féminine en terre cuite, 2e moitié du viie siècle av. J.-C. Cosenza, Museo Civico dei Brettii e degli Enotri, inv. 2592.

D’après Cerzoso, Vanzetti 2014, p. 417, cat. 1178, avec l’aimable autorisation du Musée.
35Les autres sites archéologiques du territoire de Sybaris sont relativement mal connus et, en majorité, ce sont des découvertes fortuites, fouillées de manière limitée et non systématique56. L’établissement de Cozzo Michelicchio (no 5)57 est un exemple qui peut se rattacher au « modèle » de Francavilla, c’est-à-dire un lieu fréquenté par les populations indigènes de l’âge du fer, qui devient un sanctuaire grec dès le milieu du viie siècle, avec des vases corinthiens d’importation, surtout des kotylai et des lécythes, et des productions locales, tels les krateriskoi, des objets votifs en terre cuite, dont des statuettes féminines de type « dédalique » (fig. 16), et en bronze, ainsi que des ornements en ambre, os ou faïence58. Des objets datables du dernier quart du viiie siècle, un pendentif et une figurine en bronze en forme de cheval, contemporains de la première phase rectiligne du temple V de Francavilla, indiquent une prise de possession du lieu par les Achéens dès l’arrivée des colons, sans que l’on puisse affirmer son caractère sacré. Le site est marqué surtout par la présence d’une série d’éléments de décoration architectonique en terre cuite peinte (fig. 17), datés de la deuxième moitié du vie siècle av. J.-C. et qui relèvent d’au moins deux, voire quatre, édifices de modules différents59. Après une interruption dans la première moitié du ve siècle av. J.-C., une série de figurines féminines en terre cuite de la seconde moitié de ce siècle, dont un exemplaire représentant Artémis Bendis, se rattache sans doute à la fondation de Thourioi, tandis que seuls quelques vases céramiques sont postérieurs à la fin du ive siècle av. J.-C. Le matériel archéologique ne permet pas une identification certaine du culte mais il converge vers une divinité féminine, peut-être Artémis. La position géographique du site, sur les premières collines de la Pollinara Superiore, en bordure de la plaine de Sybaris et dominant les vallées du Crathis et du Sybaris (actuel Coscile), indiquerait probablement une volonté de contrôle d’une partie de la plaine.
Fig. 17. Cozzo Michelicchio. Trois fragments d’une frise en terre cuite architecturale, 550/520. Cosenza, Museo Civico dei Brettii e degli Enotri, inv. 2743 et 2734.

Cliché de l’auteur, avec l’aimable autorisation du Musée.
36On retrouve le « modèle » de Francavilla à Torre Mordillo (no 6)60, situé en amont du fleuve Coscile, l’ancien Sybaris, sur un plateau faisant partie d’un ensemble de terrasses dominant la plaine, à environ 18 km du rivage marin. Sa situation géographique est un point important pour expliquer son rôle dans le contrôle des voies de communication entre le littoral et l’arrière-pays. L’établissement remonte à l’âge du bronze moyen (xviie siècle av. J.-C.) et livre des traces d’occupation ininterrompue, avec nécropole et habitat indigènes de l’âge du fer61, jusqu’aux signes d’interruption contemporains à l’arrivée des colons achéens. Ensuite, le site prend la forme d’un lieu de culte grec, avec des fragments de céramique protocorinthienne, deux oenochoés et une kotyle, datables à partir de la fin du viiie siècle. Du vie siècle, en plus de la céramique, coupes et skyphoi notamment, ont été découverts des fragments architecturaux d’un monument en pierre, sima et geison en terre cuite peinte, et des figurines féminines en terre cuite, dont deux têtes avec respectivement polos et couronne et une divinité trônant. Le site témoigne d’une longue fréquentation puisque, après une interruption pendant le ve siècle, on retrouve des vestiges d’un habitat grec du ive siècle et une enceinte fortifiée du début du iiie, construite avec des blocs irréguliers et un double parement.
37Les sites de S. Lorenzo del Vallo, S. Mauro et Castrovillari méritent également un commentaire. Les vestiges sont très maigres, résultant en majorité de découvertes sporadiques hors contexte. En revanche, malgré le petit nombre de renseignements qu’ils peuvent fournir, le matériel indique qu’il s’agirait de trois lieux de culte.
38S. Lorenzo del Vallo-Spezzano Albanese (no 7)62 est situé aux marges sud-ouest du territoire, un peu au sud de Torre Mordillo, sur la vallée de l’Esaro, et a livré, outre neuf fragments d’arula de dimensions réduites, une arula rectangulaire fragmentaire avec décoration à relief datable entre la fin du viie et le début du vie siècle av. J.-C. Pour le fragment le plus important, après une corniche décorée d’un kymation dorique à feuilles stylisées, la décoration se développe en cinq registres, de haut en bas, avec une frise de chiens qui poursuivent un lièvre, une frise avec des couples de cygnes ou de griffons qui s’affrontent, une de spirales formant une tresse, un anthémion composé d’un complexe système de palmettes et fleurs de lotus, et une frise de cavaliers au galop vers la gauche. L’analyse de l’iconographie a mené à l’identification d’un style ionien-orientalisant63.
39S. Mauro-Corigliano Calabro (no 8)64 se trouve au sud, aux marges de la plaine de Sybaris, où commencent les reliefs du plateau de la Sila. Le musée civique de Cosenza conserve des céramiques provenant probablement de ce site, mais sans contexte, comprenant des vases du corinthien ancien (viie siècle) et des vases italiotes à figures rouges du ive et du iiie siècle. Des fragments en marbre, dont le bras d’une divinité, sont datables autour de 44065.
40Sur une colline, à environ 360 m au-dessus du niveau de la mer et dominant le haut cours de l’actuel Coscile, dans la zone de S. Maria del Castello, Castrovillari (no 9) est le site le plus à l’ouest du territoire de Sybaris66. Tout le matériel retrouvé ici provient de découvertes sporadiques, sans contexte. Une nécropole de l’âge du fer est sans doute en rapport avec les fragments de céramique géométrique indigène décorée du viiie et du début du viie siècle, ce qui en fait un petit établissement protohistorique. De l’époque archaïque on compte des vases corinthiens, attiques à figures noires, des coupes de tradition ionienne et krateriskoi, ainsi que la statuette en terre cuite d’une divinité féminine du vie siècle. Une antéfixe à protomé féminine, comparable aux modèles campaniens de la première moitié du ve siècle, et des fragments de terre cuite d’époque hellénistique complètent le matériel sporadique du site.
41Il est essentiel de tenir compte de la topographie de ces petits sanctuaires, mais toute prudence est de mise avant de développer un discours sur les limites de la campagne directement sous le contrôle des Sybarites, notamment en raison du nombre réduit de sites connus et des données qu’ils livrent. Néanmoins, il est remarquable que les vestiges découverts aux marges de la plaine sybarite, notamment sur les sommets des premières collines qui l’entourent, soient tous des lieux de culte et, qu’en majorité, ils montrent des traces d’une fréquentation indigène précédente. Ce n’est pas une nouveauté que d’identifier un rôle particulier des lieux sacrés dans l’organisation des espaces ruraux des cités grecques, en métropole comme dans les colonies, et le cas de Sybaris corrobore cette interprétation.
42Pour définir la frontière de Sybaris, il est important de faire intervenir tous les types de sources. Du côté de l’archéologie, les données sont difficiles à interpréter, mais il ressort un schéma où les communautés indigènes subissent des transformations importantes avec l’arrivée des colons achéens. En revanche, ces modifications ne sont pas uniformes. Si, à Francavilla, l’établissement indigène, après une brève période sans vestiges clairs de fréquentation, se métamorphose en un sanctuaire de type grec, à Amendolara, on observe une participation plus grande d’éléments grecs à l’intérieur de la communauté indigène, à travers les constructions des maisons à la façon des Grecs ou bien dans le mobilier des tombes, qui présentent presque exclusivement des vases grecs. En analysant ces données, M. Osanna67 a suggéré une intégration du groupe établi à Amendolara au territoire directement sous le contrôle sybarite. Si cette possibilité semble quelque peu surévaluée, la référence aux quatre peuples et vingt-cinq cités soumis à Sybaris (Strabon, VI, 1, 13) rencontre ici son parallèle le plus parlant. L’importante présence d’éléments grecs à Amendolara révèle clairement une forte influence sybarite, même si le site ne semble pas entièrement intégré au territoire civique des Grecs. Malgré la mention de Diodore (XII, 9, 2) sur la générosité de l’accord du droit de cité et sur le rôle des citoyens dans les affaires de la cité, certainement anachronique à cette haute époque, on aurait ici plutôt une situation d’alliance ou de dépendance, avec un certain degré d’autonomie. En tout cas, en ce qui concerne la frontière nord de Sybaris, E. Greco a même proposé de l’identifier au cap Spulico68, ce qui constitue l’hypothèse la plus plausible dans l’état actuel de nos connaissances. En l’absence d’autres données, il est impossible de l’affirmer de façon définitive.
43Vers l’arrière-pays, une série de lieux de culte d’importance plus réduite et placés aux marges de la plaine de Sybaris marquent du moins une emprise consciente et rapide du territoire dès l’arrivée des colons (Broglio di Trebisacce no 4, Cozzo Michelicchio no 5, Torre Mordillo no 6, S. Lorenzo del Vallo no 7, S. Mauro no 8 et Castrovillari no 9). Si les vestiges de structures ne remontent pas avant le milieu du viie siècle av. J.-C., pour la majorité de ces cas, des traces d’une fréquentation sont visibles grâce à une quantité conséquente de matériel grec dès la fin du viiie. Ces objets grecs n’impliquent pas nécessairement une occupation par les colons, des populations autochtones devaient également les utiliser. En revanche, pour la plupart, il s’agit de matériel lié aux pratiques cultuelles grecques, ce qui implique au moins une grande influence voire, dans notre hypothèse, une emprise réelle des colons sur ces espaces.
44Castiglione di Paludi, situé à 28 km au sud de Sybaris sur une colline à 248 m d’altitude et à environ 9 km de la côte ionienne, mérite un bref commentaire69. Outre une nécropole de l’âge du bronze et du premier âge du fer, la localité livre des traces d’occupation de la fin du vie siècle av. J.-C., trouvées sous l’écroulement du mur sud-est d’une fortification de la fin du ive siècle70. Il s’agit des restes d’un édifice plus ancien et de matériel céramique, dont des fragments d’un cratère à figures noires, un louterion, une hydrie, une cruche et des coupelles à vernis noir et des fragments de pithos. La fourchette chronologique de ce matériel de remblai, qui oblitère l’édifice archaïque, s’étale de la fin du vie siècle au milieu du ive. Sans que les fonctions de cet établissement puissent être définies avec précision, G. Leo71 propose de le voir en « symétrie » par rapport à Timpone del Castello, puisque les deux localités ont des caractéristiques de sites naturellement fortifiés, Castiglione di Paludi au sud, Timpone del Castello au nord. En tout cas, dans l’état actuel de nos connaissances, Castiglione livre les traces les plus méridionales d’une occupation grecque aux marges de la plaine de Sybaris.
Fig. 18. Cap Traente / Capo Trionto.

Cliché de l’auteur.
45Vers le sud, aucun signe matériel ne permet une localisation précise de la frontière entre Sybaris et Crotone. En revanche, le témoignage de la tradition manuscrite permet plusieurs hypothèses. D’abord, le début du passage de Strabon72 incite à considérer le cours du Traies comme la limite entre les deux territoires. Cet argument est renforcé par un passage de Jamblique qui localise la bataille entre les deux cités achéennes aux marges du Traente (ou Traeis)73. Outre l’hypothèse d’identifier la frontière sybarite avec le Traente (fig. 18), d’autres emplacements sont possibles, soit la Punta Alice (no 10 ; fig. 19), soit le cours du Neto74.
Fig. 19. Punta Alice, vue depuis Sybaris.

Cliché de l’auteur.
46Un extrait de Thucydide renforcerait l’identification de la frontière entre Sybaris et Crotone avec une rivière75, mais au moins deux problèmes majeurs se posent. D’une part, aucun indice ne permet de localiser le fleuve Hylias mentionné par l’auteur et toute proposition d’identification reste arbitraire (Neto ou Torrente Lipuda, immédiatement au sud de la Punta Alice). D’autre part, le témoignage sur la frontière entre Thourioi et Crotone au ve siècle ne peut pas être transposé mécaniquement à une période précédente et à la cité de Sybaris.
47L’hypothèse de la Punta Alice (no 10) doit être approfondie. Strabon rapporte un récit légendaire sur la fondation des centres de Crimisa et de Chôné par Philoctète76. Le géographe situe le premier établissement dans le territoire de Crotone, tandis que le second se trouve plus loin vers l’intérieur des terres. Indépendamment de la discussion sur les sources de Strabon, sans doute du ive siècle av. J.-C., il est évident que situer à ce moment-là le centre de Crimisa dans le territoire de Crotone ne doit pas déterminer la lecture que l’on peut faire de la situation précédant la destruction de Sybaris. De plus, la tradition érudite s’enrichit des passages de Lycophron et du Pseudo-Aristote77. Selon ce dernier, Philoctète consacra les flèches d’Héraclès dans le sanctuaire d’Apollon Alaios et les Sybarites rendaient un culte au héros, probablement à l’emplacement supposé de sa tombe, à Macalla. Puis, les flèches furent prises par les Crotoniates, annexant la légende et le territoire où se trouvait le sanctuaire. Évidemment, la localisation des lieux mentionnés dans les légendes est hypothétique, seul le sanctuaire d’Apollon à Crimisa a été identifié à la Punta Alice78.
48Le matériel votif le plus ancien est daté du milieu du viie siècle et se compose de fragments de coupes de tradition ionienne de type B1 et B2, de la céramique appartenant au corinthien ancien, une coupe à figures noires provenant de Samos, amphores SOS et la tête d’un kouros en terre cuite. Malgré l’absence de structure à cette époque, ce matériel indique un lieu de culte à cet endroit.
49Pour ce qui est de sa monumentalisation postérieure, au moins deux phases de construction ont été identifiées79. Un premier temple, qui devait avoir un aspect archaïsant, sans vestibule, avec une cella très allongée (27 × 8 m), une colonnade centrale et un adyton au fond avec quatre pilastres internes, a été daté de la première moitié du vie siècle. Puis, des terres cuites architecturales sont datées de la seconde moitié du vie, avec un motif comparable aux exemplaires trouvés à Métaponte et à Caulonia. Dans une deuxième phase, au début du iiie siècle, ce premier édifice fut remplacé par un nouveau plus grand, périptère et d’ordre dorique, comportant huit colonnes en façade et dix-neuf sur les côtés longs. Des fragments d’une statue d’Apollon en marbre datable entre 440 et 430 ont été trouvés soigneusement enterrés dans l’adyton du temple le plus ancien80. Ces fragments, ainsi que l’ensemble du matériel retrouvé dans le sanctuaire, permettent l’attribution du culte indubitablement à Apollon.
50Ce sanctuaire est important, non seulement par ses vestiges archéologiques, mais aussi pour l’analyse de la tradition manuscrite. L’oracle de Delphes révélé à l’œciste Myskellos, rapporté par Diodore81, donna les limites exactes de la nouvelle cité de Crotone : le cap Lacinion (fig. 20), le cours de l’Esaro et le sanctuaire à Crimisa82. L’appartenance du sanctuaire à Crotone après 510 est incontestable, toutes les sources écrites et la majorité des vestiges archéologiques de la Punta Alice étant postérieurs à la défaite de Sybaris. En revanche, la question de la frontière avant cette date reste ouverte. D’abord, rien ne dit que la limite nord du territoire de Crotone coïncidait avec celle du sud de Sybaris. Comme on l’a vu en particulier à travers l’extrait de Platon (IX, 878b), dans la frontière entre deux cités grecques, il peut y avoir un espace intermédiaire entre deux territoires civiques et les deux limites peuvent ne pas se toucher. Néanmoins, rien n’empêche de situer la frontière entre les cités au promontoire de Punta Alice. La légende sur Philoctète et les flèches d’Héraclès mentionne la prise des armes et l’incorporation du territoire par les Crotoniates après leur victoire. Il est tentant de faire coïncider l’imaginaire des Anciens, bien que rapporté par les légendes composées a posteriori, avec le lieu du sanctuaire d’Apollon à la Punta Alice. On pourrait ainsi voir un lieu qui marquait la frontière entre les deux cités achéennes et qui fut incorporé par les vainqueurs après 510. Les accidents géographiques, en particulier rivières, caps et promontoires, jouaient donc bien un rôle fondamental dans la conceptualisation des limites. La Punta Alice et le sanctuaire de Crimisa, du point de vue géographique, se prêtent parfaitement à ce rôle, étant le point de clôture du golfe de Tarente et, comme le rapporte Diodore (VIII, 17, 1), il était impossible de le manquer.
Fig. 20. Crotone. Colonne de l’Héraion du cap Lacinion.

Cliché de l’auteur.
51L’usage des accidents géographiques majeurs et facilement reconnaissables est ainsi perceptible dans l’ensemble des sources écrites que nous avons étudiées pour le cas de la limite sud de Sybaris. Aussi est-il fondamental de distinguer clairement deux types de frontière du territoire de Sybaris, l’un par rapport aux peuples indigènes installés vers le nord et dans l’arrière-pays à l’ouest, l’autre par rapport à la cité grecque voisine, Crotone. Si les deux formes peuvent être matérialisées par des attestations liées au domaine du sacré, il existe une grande différence entre des lieux de culte d’importance locale situés au sommet de collines aux marges de la plaine et un plus grand sanctuaire placé sur un promontoire visible de loin et investi d’une construction légendaire forte.
L’« empire » de Sybaris
52La confrontation de la tradition manuscrite avec les vestiges matériels a conduit certains chercheurs à utiliser l’expression « empire de Sybaris » pour parler de sa campagne et de ses relations avec les peuples indigènes de l’arrière-pays83. Cette heureuse expression ne doit pas induire à des anachronismes et n’a rien de comparable avec les sens possibles du terme aux époques plus récentes.
53L’exégèse littéraire des mentions de cet « empire », notamment l’étude lexicale du passage de Strabon sur les quatre nations commandées et les vingt-cinq cités sujettes84, a montré qu’il s’agissait d’un modèle oriental fondé sur des « districts », avec un contrôle des forces productives et où les communautés dépendantes étaient probablement soumises à une forme de tribut mais avec une certaine liberté d’organisation interne85.
54Outre la campagne sous l’autorité directe de la cité, la constitution de cet « empire » concerne un large espace, comprenant soit des centres indépendants mais qui maintenaient des rapports étroits d’alliance, soit des communautés dans une certaine forme de dépendance. Outre les communautés autochtones intégrant cet « empire », la fondation de Métaponte vers 630 av. J.-C. peut être interprétée comme le premier mouvement important de la part de Sybaris pour assurer l’expansion de son pouvoir sur des terres situées bien au-delà des limites de sa campagne civique. Selon Strabon (VI, 1, 15), le choix de l’emplacement de la nouvelle cité achéenne, dont la fondation suivit un appel lancé par Sybaris, garantissait par la suite la possession du territoire de Siris par les Métapontins.
55Un deuxième mouvement, également vers le nord de Sybaris, est la destruction de Siris. Selon l’extrait de Justin86, cette destruction est une entreprise conjointe de Métaponte, Sybaris et Crotone et précède la bataille de la Sagra, qui opposa Crotone et Locres. La chronologie de ces batailles n’est pas bien établie, mais peut l’être dans le second quart du vie siècle, date confirmée par les données archéologiques relatives à Siris87. On a ici un mouvement conjoint de Sybaris vers le nord, au-delà de ses frontières civiques et même du site indigène allié d’Amendolara, et de Métaponte vers le sud pour s’emparer d’une partie du territoire de Siris vaincue, ce qui est démontré aussi par les sources archéologiques. En tout cas, il est possible de voir une certaine forme d’expansion de la sphère d’influence sybarite vers le nord.
56Dans les autres directions, les intérêts de Sybaris semblent être aussi expansionnistes. Tout d’abord, plusieurs établissements indigènes de l’arrière-pays montagneux, à l’ouest de la plaine de Sybaris, montrent des signes importants d’un contact intense avec les colons grecs, en particulier dans le courant du vie siècle88. Comme nous l’avons déjà remarqué, la recherche moderne fait le rapprochement de ces éléments grecs en milieu indigène avec la mention de Strabon (VI, 1, 13) sur les quatre peuples et les vingt-cinq cités sous l’autorité de Sybaris. Aussi, certains centres des Œnôtres énumérés dans les fragments de la Périégèse d’Hécatée89, vaguement localisés dans l’arrière-pays (μεσογεία), ont également été rapprochés de la mention de Strabon et de l’« empire » de Sybaris, sans même que la cité grecque apparaisse chez Hécatée. Bien que vraisemblable, la question de ce rapprochement reste insoluble.
57Au-delà des centres indigènes de l’arrière-pays, les intérêts sybarites incluaient la côte tyrrhénienne. Le mouvement le plus important et le plus éloigné géographiquement est certainement la fondation de Poseidonia vers 600 av. J.-C. Quelques années après le succès de la participation sybarite dans la fondation de Métaponte, Poseidonia est fondée sur la côte tyrrhénienne. Force est de constater que les deux nouvelles cités achéennes étaient placées à proximité de deux fleuves importants, qui servaient comme indication des limites. Strabon (VI, 1, 4) indique les limites de la Lucanie, de la Grande Grèce, de l’Italìa ou de l’Œnôtrie, mais le trait commun de cette région à plusieurs dénominations selon l’époque est la définition des démarcations, entre le Sele et le Bradano ou la cité de Métaponte dans un sens, et jusqu’au cours du Laos pour la limite sud. Le Sele et le Bradano marquent aussi la frontière entre des cités achéennes et des peuples italiques importants, les Étrusques en Campanie et les Iapyges au nord-est du Bradano. Ces mêmes repères ont été ensuite utilisés pour définir les régions augustéennes, puisque le Sele et le Bradano délimitent la région III90. Force est de remarquer la coïncidence entre ces limites et les lieux directement investis par les intérêts de l’« empire » de Sybaris, surtout par les fondations de Métaponte, de Poseidonia, puis de Laos. Sans tomber dans l’anachronisme, si les sources à disposition, en particulier écrites, sont bien postérieures aux situations qui nous intéressent, il est possible d’y voir le témoignage d’une tradition plus ancienne, remontant au moins à Antiochos de Syracuse, voire avant. D’une part, les marqueurs de limites, le Sele et le Bradano surtout, restent toujours les mêmes ; d’autre part, les mentions d’Antiochos chez Strabon, de l’Italìa ou de l’Œnôtrie ont sans doute pour but de faire état d’une situation très ancienne, certainement d’époque archaïque, peut-être même antérieure à la chute de Sybaris à la fin du vie siècle.
58La chronologie de la fondation de Laos est encore discutée, mais un passage d’Hérodote91 et les données archéologiques laissent entendre une fondation qui aurait eu lieu uniquement après la défaite sybarite face à Crotone, en 511/51092. En effet, les recherches à Petrosa di Scalea ont attesté que le site était occupé par une population indigène ayant les mêmes traits culturels que la population de Palinuro et de la vallée du Noce. Cet établissement indigène présente des signes d’abandon à la fin du vie siècle93, ce qui doit correspondre avec la fondation de Laos par les Sybarites réfugiés. La mention de Skidros par Hérodote dans le même passage est également un élément important pour tenter une reconstruction historique de Sybaris et de son « empire ».
59Un élément essentiel de ce dossier provient des données de la numismatique. Plusieurs monnaies portent le taureau sybarite avec des inscriptions faisant référence à d’autres communautés : Sirinos et Pyxoes ; Ami ou Asi ; Lainos ; So… ; Pal/Mol. L’interprétation du témoignage numismatique est difficile et on a tenté d’identifier les lieux rapportés par ces monnaies comme des allusions à Siris, Pyxunte, Aminaia (Francavilla Marittima ?), Laos, Sontini94, Palinuro et Molpa95. Aussi la chronologie de ces émissions n’est pas aisée et deux phases ont été proposées : une première série pour la légende Sirinos-Pyx dans le dernier tiers du vie siècle, une deuxième pour les légendes Sirinos-Pyxoes, Ami, So… et Pal/Mol autour de 51096. Quels que soient les lieux indiqués par ces monnaies, la numismatique corrobore la notion d’une sphère d’influence de Sybaris assez étendue, comprenant plusieurs communautés entretenant des contacts importants avec la cité achéenne. Sur ce point, la frappe de monnaie et l’adoption d’une iconographie émanant de Sybaris peuvent être vues comme un signe fort de son influence sur plusieurs centres indigènes autonomes. Malgré toute la prudence qu’exige cette documentation numismatique, elle constitue la principale source matérielle, en parallèle des textes étudiés plus haut, pour l’affirmation de l’« empire » sybarite97.
Fig. 21. Traité d’amitié entre les Sybarites et les Serdaioi. Plaque de bronze, 550-510 av. J.-C. Olympie, Musée archéologique national, inv. B 4750.

D’après E. Kunze, Olympia Bericht VII, 1961, pl. 86, 2.
60Un dernier élément est l’inscription trouvée dans le sanctuaire d’Olympie sur l’accord entre Sybaris et les Serdaioi (fig. 21), avec la garantie de Poseidonia98. Si sa lecture semble simple, son interprétation ne l’est pas. En effet, des discussions se sont développées autour de la datation du traité, des possibles localisations de ces Serdaioi et des rapports avec l’« empire » de Sybaris99. Selon la majorité des commentateurs, le plus plausible est de situer ce peuple du côté tyrrhénien, certainement au sud de Velia, peut-être à proximité de Laos. En ce qui concerne la chronologie, rien ne permet de trancher définitivement la question de savoir si le traité fut établi par les Sybarites avant la destruction de leur cité ou bien par les réfugiés qui maintenaient leur dénomination100. Cette datation amènerait à penser que l’accord avec les Serdaioi était lié à l’installation des Sybarites à Laos et à Skidros, possiblement sur un territoire octroyé par cette communauté italique. Le dossier doit être complété par les sources numismatiques : dix-sept exemplaires attribués à une émission des Serdaioi (MERD-ΣΕΡΔ) se rapprochent des monnaies de Poseidonia par leur style, malgré les différents étalons. La datation proposée entre dans une fourchette comprise entre 510 et 490101, soit une chronologie basse pour le traité. En tout cas, nous suivons l’observation de M. Lombardo sur la nécessité d’analyser les documents dans la chronologie et de manière dynamique102. La question de la frontière et de la zone d’influence de Sybaris gagne en complexité et en précision si l’on considère non seulement l’« empire » à proprement parler, mais aussi les relations d’alliance que les Sybarites réfugiés purent maintenir même après leur défaite. Dans ce sens, la frontière dans son acception la plus large est dynamique tant du point de vue topographique que chronologique.
61Sur les relations entre Poseidonia, Sybaris et les populations proches de la côte tyrrhénienne, outre le traité avec les Serdaioi, E. Greco ajoute la fondation de Velia103. L’interprétation d’un passage d’Hérodote104 amène à considérer une participation directe de Poseidonia dans la fondation phocéenne. Dans le même sens, les raisons de l’intérêt sybarite pour la fondation de Velia ont été vues comme étant liées à la route commerciale maritime de la côte tyrrhénienne105. En effet, les données archéologiques provenant des sites situés au sud de Velia montrent des échanges commerciaux très importants dans cette région106.
62Un dernier commentaire sur l’« empire » de Sybaris se rapporte aux liens entre la cité achéenne et Temesa. Tous les indices portent à croire que cette dernière se situait à proximité de l’embouchure du Savuto107. L’histoire de Temesa est mal connue et entourée de légendes108. Strabon rapporte une fondation par les Ausones et l’existence d’un sanctuaire édifié en l’honneur de Politès, l’un des compagnons d’Ulysse109. La légende explique que « les Barbares l’ayant tué par traîtrise, sa colère se déchaîna sur eux après sa mort et un oracle prescrivit aux habitants de ces lieux de lever un tribut à son profit110 », c’est-à-dire le sacrifice annuel d’une jeune fille. Ensuite, le célèbre athlète Euthymos de Locres111, descendant de Cécinos, la rivière qui marquait la frontière entre Locres et Rhegion, combattit le démon et libéra les habitants du tribut. Une version complémentaire au récit de Strabon est donnée par Pausanias, qui parle d’un tableau qu’il aurait vu et qui représentait le démon de Temesa112. Il est important de souligner l’usage d’un imaginaire fantastique pour se référer très probablement à des événements réels. Tout d’abord, l’historicité d’Euthymos de Locres, trois fois vainqueur à Olympie en 484, 476 et 472113, est assurée et nous pouvons sans doute reconnaître un usage de cette légende sur le combat contre le démon de Temesa comme une référence aux faits réels de l’histoire de la cité114. Dans un premier moment sous l’influence de Sybaris, représentée par le jeune homme, personnification du fleuve du même nom, Temesa passe ensuite sous l’hégémonie de Locres, cité d’où est originaire Euthymos. La possibilité d’identifier le fleuve Kalabros de Pausanias à l’actuel Savuto corrobore l’idée de contacts entre Sybaris et Temesa par voie fluviale. Pour compléter ce dossier, l’hérôon de Politès doit être comparé à celui de Dracon, un autre compagnon d’Ulysse, situé près de Laos (Strabon, VI, 1, 1). Un lieu de culte, le temple rectangulaire d’Imbelli, retrouvé près de Camporra San Giovanni, pourrait correspondre à cet hérôon de Politès, près de Temesa115. Ces témoignages font probablement référence à des établissements qui étaient à l’origine des centres indigènes sous l’influence de Sybaris116 et qui deviennent postérieurement des cités grecques à part entière, Laos, sous-colonie sybarite, et Temesa, d’abord sous l’emprise de Crotone, puis de Locres.
63Le corpus monétaire constitue la principale source d’information pour cette succession d’influences sur Temesa117. Les monnaies trouvées dans la région de cette cité montrent des transformations importantes. Les plus anciennes, datées de la seconde moitié du vie siècle, proviennent en grande majorité de Sybaris (36 %), suivies par celles de Métaponte (15 %). Après la chute de Sybaris et pendant la première moitié du ve siècle, les monnaies crotoniates sont largement majoritaires, avec 53 % des exemplaires trouvés, suivies par celles de Métaponte (32,8 %). La dernière phase qui nous intéresse est comprise entre la seconde moitié du ive siècle et le milieu du iiie, avec une prédominance absolue des monnaies de Locres (70 % des exemplaires). Outre les monnaies de provenance extérieure à la cité, on compte des émissions de Temesa dès l’extrême fin du vie siècle, suivant une influence crotoniate évidente par l’iconographie du trépied ainsi que par les émissions d’« alliance » entre Crotone et Temesa, où les références aux deux cités sont inscrites sur les monnaies118.
64Ce panorama de nos connaissances sur la frontière et sur les influences de Sybaris perceptibles dans une large portion de l’Italie du Sud est certainement trop succinct, mais il met en évidence plusieurs aspects. D’abord, une différence dans la définition de la frontière, quand elle se réfère aux peuples autochtones ou dans l’opposition à une autre cité grecque. Dans ce dernier cas, on remarque l’usage d’accidents géographiques facilement reconnaissables et investis d’un imaginaire riche, faisant appel à des récits légendaires, en l’occurrence de la tradition homérique avec Philoctète. Ensuite, le cas de Sybaris présente une conception nuancée et dynamique de la frontière ethnique, avec différents degrés d’emprise sur les territoires, allant de la prise de possession et la transformation de plusieurs établissements en lieux de culte grec, à la formation d’un « empire » à travers diverses formes d’alliance et de conflits, en passant par la constitution d’une forme d’hégémonie « par districts » sur des centres indigènes dépendants, perceptible notamment à Amendolara.
65En revanche, l’interprétation courante de cet aspect dynamique nous semble en partie erronée, notamment dans son appel au concept de frontier history, appliqué de façon impropre aux réalités antiques d’Italie méridionale. Contrairement aux contextes dans lesquels le concept a pu être utilisé, en Amérique du Nord ou du Sud et en Asie, les sources archéologiques ne montrent pas de progression nette dans l’espace directement contrôlé par les citoyens de Sybaris. Nous l’avons souligné, aucun vestige d’une occupation grecque n’a été trouvé au-delà des lieux de culte placés sur les collines aux marges de la plaine. Et la chronologie de la majorité de ces sites atteste la prise de possession du territoire civique dès les premiers temps de la colonie, entre l’extrême fin du viiie et la première moitié du viie siècle av. J.-C. Ces lieux doivent être considérés dans la diachronie et de façon dynamique, mais aucun indice ne permet d’affirmer une progression de la conquête grecque sur les terres indigènes, ce qui est la définition même du concept de frontier history. Ensuite, la constitution d’un « empire » sous le modèle d’hégémonies orientales « par districts » implique certes des contacts et une certaine forme de hiérarchie dans les rapports, mais les centres indigènes gardent très certainement une grande partie de leur autonomie. Bien que la chronologie des documents soit établie après la défaite de 511/510, cette autonomie indigène était symbolisée par des émissions monétaires ou par le traité d’alliance avec les Serdaioi119. En tout cas, l’« empire », dans sa notion d’hégémonie et non pas de contrôle direct, ne doit pas être comparé au processus dynamique de conquête, et donc de contrôle direct progressif, tel que l’implique le concept de frontier history. Enfin, nous avons montré et nous soutenons une vision dynamique, complexe et nuancée dans les rapports entre les colons grecs et les populations italiques. Ces rapports interethniques ou interculturels peuvent être interprétés selon d’autres modèles, comme l’approche de l’interculturalité par exemple, sans devoir faire appel à un concept qui nous semble, d’une part, problématique par son allusion à une supériorité du conquérant, d’autre part, erroné dans sa vision d’une conquête progressive de larges espaces.
66Enfin, nous avons pu indiquer les possibles dimensions du célèbre « empire » et l’on peut sans doute affirmer que les fondations de Métaponte et de Poseidonia constituent le résultat matériel le plus visible de cette volonté hégémonique sur un espace très étendu. Ces deux nouvelles cités bénéficient de l’expérience de Sybaris dans la définition et la gestion de leur propre territoire. Si l’on a pu affirmer une bonne connaissance préalable de la région où les colons sybarites s’installent, il est évident que les terres appartenant à Métaponte ou à Poseidonia étaient bien connues des colons avant l’entreprise coloniale. Leur emplacement est le résultat d’un calcul stratégique des Sybarites.
Métaponte : l’élément de comparaison
67Métaponte fait partie de la stratégie hégémonique de Sybaris, elle constitue le territoire le mieux connu du monde grec120 et peut être considérée, à plusieurs égards, comme une « colonie sœur » de Poseidonia.
Géographie, histoire et légendes
68Le centre urbain de Métaponte se situe entre les embouchures du Bradano et du Basento, au centre d’une grande plaine côtière (fig. 22). Les deux rivières forment la caractéristique essentielle du paysage de la région, puisqu’elles produisent les alluvions qui rendent la plaine très fertile. En effet, la géomorphologie de la zone de Métaponte favorise les cultures agricoles, surtout la céréaliculture, tandis que les collines en bordure de cette plaine constituent un élément supplémentaire de sa richesse naturelle. L’association de la plaine avec les collines permet une grande diversité dans l’exploitation économique du territoire, tant la culture des céréales que celle des oliviers, de la vigne et de l’élevage de plusieurs espèces animales, surtout les ovins et caprins, comme attestent les recherches zooarchéologiques récentes121.
Fig. 22. Plaine de Métaponte et vallée du Bradano. Vue depuis l’Héraion des Tables Palatines.

Cliché de l’auteur.
69La fertilité des terres et, par conséquent, la grande richesse agricole ont été reconnues dès l’Antiquité, comme le montre l’épi d’orge, emblème de la cité, représenté dans ses monnaies122. La prospérité agricole de la cité est également soulignée dans la légende selon laquelle les Pyliens étaient capables d’offrir une moisson entière en or au sanctuaire de Delphes123.
70En effet, comme dans d’autres cas, la fondation de Métaponte fait l’objet d’une construction légendaire et suppose un prétendu premier mouvement colonisateur, comme le raconte Strabon124. Cette tradition impliquerait une fondation des Pyliens conduits par Nestor au retour de Troie. Ce premier établissement aurait été ensuite détruit par des Samnites, laissant la terre abandonnée, et, dans un second temps, les Achéens seraient venus s’installer dans la région. Ce récit pose plusieurs problèmes. Premièrement, dans l’exégèse même du passage, l’époque de la destruction de Métaponte par les Samnites n’est pas claire. S’il s’agit de ce premier établissement et d’une destruction avant l’arrivée des Achéens, comment interpréter la référence aux Samnites ? L’autre possibilité serait de voir une construction littéraire où l’auteur propose, en quelques mots, le cadre général de l’histoire de la cité, de sa première fondation jusqu’à une destruction d’époque historique125. Dans ce cas, il faut admettre une confusion entre les pressions exercées par les Lucaniens et une réelle destruction. Deuxièmement, on n’a trouvé aucune trace d’une première occupation avant l’arrivée des Achéens, aussi ces récits doivent être interprétés comme une construction idéologique postérieure. La seule hypothèse valable serait de voir ici le témoignage de contacts précoloniaux dans le golfe ionien126, remontant peut-être même à l’époque mycénienne.
71En ce qui concerne la fondation historique de la cité, d’après Antiochos127, nous pouvons interpréter la création de cette nouvelle colonie, datée de 630 av. J.-C., selon une clé de lecture stratégique, en particulier pour la démarcation des limites. La haine (misos) des Achéens à l’égard des Tarentins serait à l’origine d’une volonté des premiers de contrer l’expansion territoriale des seconds. La fondation de Métaponte aurait eu pour but d’empêcher les Tarentins de s’approprier ces terres et, en même temps, elle constituait le premier mouvement visible de Sybaris pour constituer son « empire », dès la seconde moitié du viie siècle av. J.-C. De plus, l’emplacement de la cité faisait partie d’un choix stratégique par rapport à la cité voisine, Siris. Le but était de s’emparer également du territoire de cette dernière, ce qui fut effectivement le cas après l’alliance des trois cités achéennes Métaponte, Sybaris et Crotone contre Siris dans le courant du vie siècle. Le mouvement d’expansion tarentine, dans le sens contraire mais uniquement dans le courant du ive siècle av. J.-C., peut être perçu par la fondation de la colonie d’Héraclée sur l’emplacement de l’ancienne Siris128.
72L’intérêt du récit de Strabon réside dans l’idée d’une fondation issue d’une opposition entre deux cités coloniales et dans le but de s’emparer du territoire d’une troisième. Avec toute la prudence nécessaire dans l’analyse d’un texte certainement investi d’une construction idéologique postérieure aux événements, cela montre de façon évidente la préoccupation des anciens Grecs au sujet de la définition des limites entre deux cités, même dans un contexte colonial.
Les données archéologiques
73Le territoire de Métaponte (fig. 23) a fait l’objet de plusieurs études depuis l’interprétation des photographies aériennes et la découverte de lignes de division régulière de l’espace rural en 1959129. De plus, nos connaissances sur l’occupation de la campagne d’une cité grecque, en particulier en milieu colonial, se fondent largement sur l’exemple de Métaponte130, élément de référence privilégié.
Fig. 23. Carte des principaux sites archéologiques du territoire de Métaponte.

Élaboration de l’auteur.
74Plus spécifiquement, en ce qui concerne le problème de la frontière, les sites extra-urbains de Métaponte constituent une importante source de renseignements. De même que Poseidonia, la cité est mentionnée dans les descriptions géographiques comme marqueur des limites entre deux régions importantes, l’Iapygie et l’Italìa, comme l’indique Strabon131. Par conséquent, la frontière de la cité est investie d’une symbolique qui va au-delà de son territoire civique.
75Selon la datation acceptée aujourd’hui, la fondation de Métaponte eut lieu dans les années 630 av. J.-C.132. Le matériel votif le plus ancien trouvé à l’Héraion des Tables Palatines (no 1) et à l’Artémision de San Biagio della Venella (no 11), daté de la seconde moitié du viie siècle, témoigne de la contemporanéité de l’établissement de ces deux sanctuaires et du centre urbain de la colonie. Comparable à l’exemple de Poseidonia, d’après les sources archéologiques disponibles, la prise de possession du territoire de Métaponte par les colons est accomplie lors de sa fondation, par l’intermédiaire de l’installation de sanctuaires133, bien que leur évolution suive des logiques différentes.
Fig. 24. Héraion des Tables Palatines, limite du territoire de Métaponte.

Cliché de l’auteur.
76L’Héraion des Tables Palatines (no 1 ; fig. 24) se situe à environ 3 km du centre urbain de Métaponte, sur la seule élévation de terrain au bord du Bradano, dans le secteur proche de son embouchure134. Il serait excessif d’affirmer que le sanctuaire domine la région, mais il est placé dans la seule légère hauteur de la zone. La structure la plus ancienne retrouvée est l’autel, à 26 m de la façade orientale du temple. L’édifice actuellement visible fut construit au vie siècle, avec une péristasis de six colonnes par douze, il est orienté est-ouest et adopte une division tripartite pronaos-naos-adyton135. De ce temple, est aussi connue une partie de sa décoration architecturale en terre cuite. Le matériel votif le plus ancien comprend des terres cuites archaïques, des fragments de céramique corinthienne et de céramique archaïque locale, dont la datation fait encore l’objet de débats, mais peut vraisemblablement être contemporaine des premiers vestiges du centre urbain, à la fin du viie siècle136. Plus tard, les signes d’utilisation du sanctuaire incluent en particulier des têtes de statuettes féminines de type Tanagra et des monnaies romaines. Les terres cuites votives représentent une figure féminine et peuvent être mises en parallèle avec celles retrouvées dans le sanctuaire de S. Biagio alla Venella et dans le sanctuaire urbain de Métaponte. L’identification du culte à Héra est confirmée grâce à une inscription sur un vase archaïque : on lit τας Ηε, et J. Bérard a proposé de compléter l’inscription en τᾶς Ηέρας ἐμί137.
77Les limites du sanctuaire ne sont pas connues, seul un mur de temenos à 16 m au nord du temple a été trouvé. Outre le temple principal et son autel, sont connues quelques structures considérées comme une série de petits monuments archaïques identifiés grâce à la photographie aérienne138, mesurant 6 × 9 m chacun.
78L’Héraion réunit toutes les caractéristiques d’un « sanctuaire de frontière » : un grand lieu de culte monumentalisé dans le courant du vie siècle, aux bords d’une importante rivière, que la description géographique ancienne considérait comme la frontière de deux grandes régions du sud de la péninsule. Malgré leur caractère peu précis, les sources écrites permettent d’identifier le Bradano comme le marqueur de la frontière de la cité de Métaponte. En revanche, les données archéologiques semblent indiquer un comportement plus complexe et nuancé, en particulier d’après les données venant du territoire de l’actuelle Ginosa, à proximité de la rive gauche du Bradano, c’est-à-dire dans le territoire qui devait être au-delà de la frontière, voire appartenir à Tarente. Ainsi, certains sites à proximité de la rive gauche du Bradano sont à l’origine de cette mise en garde à propos du caractère frontalier de l’Héraion des Tables Palatines. Les nécropoles de Stornara (no 2), Ginosa Marina (no 3), Castellaneta Marina (no 4) et l’établissement de Contrada Pantano (no 6) montrent des caractéristiques très proches des sites contemporains retrouvés dans le territoire métapontin139. Que ce soient les techniques de construction de l’habitat ou le mobilier des tombes, les vestiges provenant de ces sites montrent une influence plus forte de Métaponte que de Tarente.
79À Stornara (no 2)140, la nécropole est composée de 67 tombes découvertes jusqu’à présent. Les sépultures respectaient l’orientation NO-SE et les inhumations étaient en position de décubitus. La typologie des tombes est homogène, représentée par des sarcophages pour le vie siècle et par des tombes à couvercle à double pente ou à fosse revêtues et couvertes de tuiles pour le ive. Parmi les tombes du ive siècle, il est intéressant de noter une tombe à fosse revêtue d’enduit et deux cas d’incinération. Une autre particularité est le nombre réduit de tombes d’enfants (dix tombes), toutes datables du ive siècle, à l’exception d’une qui contenait un lécythe attique à figures noires datable du ve. La présence d’une amphore commerciale corinthienne dans les sarcophages archaïques, pratique qui renvoie aux rites retrouvés à Métaponte, pose le problème du territoire d’appartenance de la nécropole. Selon A. De Siena, dans le territoire de Métaponte, l’utilisation d’amphores commerciales déposées dans les tombes pourrait être reliée à une identification des défunts comme des commerçants. Par conséquent, l’attribution d’une appartenance civique à une communauté de marchands dans une zone frontalière entre deux cités grecques devient très difficile, voire arbitraire. Il serait peut-être plus prudent de souligner la porosité de la frontière, où des éléments culturels et rituels peuvent facilement traverser une ligne politique. D’autre part, il est nécessaire de renforcer le caractère dynamique de toute frontière, les marqueurs de limites ne restant pas forcément immobiles durant toute une période.
80À Ginosa Marina (no 3)141, une tombe découverte en 1927 dans la localité Chiaradonna, propriété Girifalco, contenait un diadème et une boucle d’oreille en or, une pince en bronze, une pélikè à vernis noir et quelques objets en argile. Ce mobilier, datable entre le ive et le iiie siècle, est à mettre en parallèle avec la tombe de Castellaneta Marina, lieu-dit Frisino.
81Le site de Castallaneta Marina (no 4) est d’un intérêt particulier. Dans la Masseria Scollato142, sur une zone d’environ 1 500 m2, une nécropole a livré une vingtaine de tombes datables entre le ve et le iiie siècle av. J.-C. : quinze étaient regroupées en deux noyaux probablement en lien avec deux familles, les cinq autres se trouvaient dispersées dans une vaste zone. Toutes les sépultures respectaient la même orientation NO-SE, elles étaient creusées dans le terrain alluvial et presque la moitié d’entre elles étaient des dépositions d’enfants. Les tombes sont du type à fosse, avec des parois revêtues de tuiles et couvertes par une grande plaque, sauf pour une qui présentait un enduit sur les parois et le fond. À 500 m de distance, à Contrada Frisino, on a découvert la tombe à incinération d’un individu adulte. Le fait remarquable est l’absence de déposition à bustum dans le territoire de Tarente, où l’on ne connaît que des exemples de crémations indirectes. Le mobilier de la tombe est composé uniquement d’une pélikè à vernis noir datable de la seconde moitié du ive siècle av. J.-C.
82Entre les deux noyaux de tombes, une exploration de surface a révélé une concentration de fragments de tuiles, dans une zone très bouleversée par les labours agricoles qui ont détruit les vestiges antiques et ont remonté les fragments en surface. Ce matériel permet d’identifier un habitat rural de petites dimensions, à mettre sans doute en rapport avec la nécropole.
83Dans son ensemble, le mobilier retrouvé dans uniquement huit tombes est assez restreint. Les objets sont datables entre la première moitié du ive et le début du iiie siècle, ils révèlent le statut économique relativement bas de cette communauté. En revanche, la présence fréquente de pélikai, en claire opposition avec le rituel funéraire habituel à Tarente où cette forme est très rare, est un indice fort de la porosité culturelle de cette frontière. Un autre indice est la présence d’une amphore commerciale corinthienne de type A, datable entre 450 et 430 av. J.-C., déposée aux pieds d’un défunt, ce qui renvoie aux pratiques funéraires attestées à Métaponte, comme à Stornara (no 2) ; cet usage est confirmé dès le vie siècle.
84Sur le territoire de l’actuelle commune de Ginosa, dans la zone appelée Bradano SNAM143, les découvertes archéologiques invitent également à la prudence. Il s’agit de terres cuites architecturales d’un type similaire à celui des exemplaires métapontins contemporains, utilisées en remploi. Ce matériel renvoie à un probable lieu de culte, mais son remploi rend difficile l’identification topographique. Bien que bouleversés par la construction d’un établissement rural d’époque hellénistique, les vestiges attestent une structure plus ancienne dont les fonctions peuvent être sacrées et liées aux terres cuites architecturales. À proximité du lieu de découverte de ces terres cuites, suivant le tracé du méthanoduc, des tombes datables à partir de la fin du vie siècle respectent l’orientation d’une voie de circulation, probablement celle qui longeait l’Héraion des Tables Palatines.
85Dans le centre urbain de Ginosa (no 5)144, les vestiges les plus anciens datent du viiie siècle et correspondent à un établissement de l’âge du fer. Les premières attestations d’époque coloniale apparaissent au vie siècle dans l’habitat moderne de Ginosa ainsi qu’à Contrada Follerato. À Ginosa, près de l’actuel cimetière, une nécropole en usage du vie au iiie siècle comportait des dépositions en position recroquevillée, témoignage d’un rituel indigène de tradition préhistorique ignoré des populations côtières mais fréquemment utilisé dans les Pouilles et dans l’arrière-pays de l’actuelle Basilicate. À Contrada Follerato, on a identifié un centre indigène avec les vestiges d’une fortification et une grande nécropole comportant des tombes de petites dimensions datables entre le ve et le iiie siècle.
86L’établissement de Contrada Pantano (no 6)145, à 1 km du cours actuel du Bradano, était dans l’Antiquité traversé par ce fleuve. Ce site a livré deux fermes, l’une archaïque du vie siècle et l’autre d’époque romaine, sur une surface de 60 × 15 m. Dans la ferme d’époque archaïque, l’utilisation de galets pour la construction des murs renvoie aux techniques semblables utilisées dans le territoire de Métaponte. Les fouilles de sauvetage ont mis au jour trois noyaux d’habitat avec des maisons de trois pièces chacune. Les fragments céramiques : coupes ioniennes type B2, céramique à vernis noir et céramique commune, lécythe attique à figures noires datent l’occupation entre la seconde moitié du vie et la première moitié du ve siècle. Dans l’impossibilité d’élargir la zone d’intervention, l’extension totale de l’établissement n’a pu être vérifiée. Son abandon est à mettre en rapport avec les alluvions qui ont recouvert la zone d’environ 0,80 m de terres argileuses. Le même phénomène d’inondations et d’abandon consécutif des habitations est attesté sur l’autre rive du Bradano, dans le territoire de Métaponte. En effet, entre le vie et le ive siècle, la nappe phréatique s’est élevée d’environ 0,50 m, transformant la zone en marais.
87Ont également été identifiés deux dépôts votifs contenant un certain nombre de vases miniatures, des fragments de canthares à vernis noir et des fragments de figurines féminines en terre cuite. À partir de ces dépôts retrouvés à environ 20 m des fermes, on suppose l’existence d’un petit sanctuaire de campagne, distant de 5 à 6 km de Métaponte.
88À l’époque républicaine tardive, la zone est de nouveau occupée. Les recherches n’ont pas pu déterminer la présence de structures plus anciennes sous celles des iie et ier siècles av. J.-C. En revanche, l’hypothèse formulée par T. Schojer est que la ferme la plus récente se trouve exactement sur l’emplacement du sanctuaire et qu’elle aurait pu réutiliser les structures et le matériel plus anciens.
89L’interprétation de ces vestiges invite à de la nuance avant d’attribuer le statut de « marqueurs de frontière » au Bradano et à l’Héraion146. Tout d’abord, l’appartenance d’un secteur du territoire à une cité grecque plutôt qu’à une autre est difficile à déterminer sur la seule base de la culture matérielle, a fortiori quand il s’agit uniquement du mobilier de quelques tombes ou du mode de construction des structures. Il est évident que les influences culturelles et commerciales ne s’arrêtaient pas aux frontières, même si ces dernières étaient indiquées par des cours d’eau importants ou par des grands sanctuaires. Au contraire, un aspect important de la frontière à souligner est sa porosité, qui met en contact des groupes distincts en promouvant les échanges culturels et commerciaux. Les vestiges du secteur montrent en tout cas l’importance des analyses fines et d’une prudence redoublée dans le cas des sites recevant des influences d’au moins deux provenances différentes. La mixité est certainement l’aspect le plus distinctif des sites que l’on peut classer comme frontaliers, quelle que fût l’entité politique à laquelle ils appartenaient.
90Par conséquent, on doit dissocier, d’une part, une notion littéraire, voire symbolique, présente dans l’imaginaire des Anciens et transmise par la tradition érudite, et, d’autre part, les limites telles que perceptibles à travers la documentation archéologique. Si nous continuons de soutenir l’idée d’une définition du territoire de Métaponte dès l’arrivée des colons avec l’emplacement de l’Héraion, il est fondamental de nuancer les propos sur la frontière de la cité, en affirmant que les deux notions, l’une symbolique et l’autre véhiculée par la culture matérielle, ne coïncident pas forcément. Dans la mesure où l’on distingue une « idée de frontière » des possibilités d’identification sur le terrain des limites du contrôle direct des terres par les colons, les discours sur les sanctuaires en tant que représentations symboliques de cette frontière sont toujours valables. En revanche, la fonction de marqueur de frontière ne doit pas être considérée de façon stricte, comme s’il s’agissait d’une ligne à ne pas dépasser.
91Pour revenir sur la rive droite du Bradano, dans la partie du territoire qui devait appartenir à Métaponte, un autre site semble important. Un petit lieu de culte daté de la fin du viie siècle a été découvert dans la localité de Saldone (no 7)147, à 3 km au nord de l’Héraion et à environ 5 km du centre urbain de Métaponte. Plus précisément, une tête masculine de type « dédalique » en terre cuite retrouvée dans un dépôt contenant du matériel plus tardif est le vestige qui permet cette datation. Outre ce maigre témoignage d’un possible lieu de culte, le site comportait une zone d’habitat occupée entre le milieu du vie et le iiie siècle, avec trois fermes de type grec identifiées à Fattoria Musillo, Casa Musillo et Pascucci-Torraca. Les structures montrent des signes d’au moins trois phases de construction, reconnaissables grâce à des couches de décomposition de briques crues. Seize tombes ont aussi été trouvées, dont huit étaient déjà pillées, ce qui constitue une petite nécropole utilisée à partir du deuxième quart du ve siècle. Leur mobilier comportait des lécythes, des skyphoi, des pélikai à vernis noir et des pyxides, ainsi que des vases miniaturisés et un strigile. Une des tombes a livré un mobilier d’une plus grande richesse, comportant une hydrie du peintre de Pisticci, deux owl-skyphoi et deux strigiles en bronze.
92L’interprétation du site est complexe. Peut-être dans un premier temps, à la fin du viie siècle, s’agissait-il d’un petit lieu de culte dans la campagne, qui devint un petit habitat rural avec fermes et nécropole. En tout cas, sa localisation dans la vallée du Bradano est indicative de l’importance du fleuve comme voie d’accès à l’arrière-pays. Malheureusement, le caractère restreint des données empêche de pousser davantage le discours sur les fonctions de ce site.
93Toujours dans la vallée du Bradano, à environ 15 km au nord-ouest du centre urbain de Métaponte, dans une région collinaire, se trouve Cozzo Presepe (no 8)148. Il s’agit d’abord d’un centre indigène fréquenté durant tout le viie siècle, reconnaissable grâce aux traces de fonds de cabanes et qui a livré de la céramique géométrique d’importation ou d’imitation, de type corinthien ou rhodien. À la fin du viie siècle, l’habitat indigène disparaît brusquement et le site est repris par les Métapontins. Au tout début du vie siècle, les colons édifient une fortification à la place du site indigène, en utilisant des pierres irrégulières. À partir du ve siècle, à l’emplacement de l’ancienne fortification, un petit lieu de culte est constitué d’un autel et d’un dépôt votif contenant vases, statuettes, pinakes et oscilla. Au ive siècle et pendant la période hellénistique, le site comprend également une nécropole, avec nombreux fragments de céramique à figures rouges de fabrication locale. À la fin du ive siècle, une nouvelle fortification est édifiée, comportant des tours construites en briques crues sur une fondation en pierre. Enfin, le site est abandonné après la seconde guerre punique.
94En direction du nord et suivant le cours du Bradano, Cozzo Presepe apparaît comme le site le plus éloigné placé sous domination directe des Métapontins. Il est situé au sommet d’un plateau, sur une terrasse qui permet la visibilité sur une grande partie de la vallée du Bradano. C’est une position clé pour le contrôle et la défense de la plaine et, dans le même temps, la rivière dominée par ce site représente une voie de communication privilégiée entre la côte et l’arrière-pays.
95Dans la mesure où ce site atteste non seulement de la présence des Grecs, mais aussi de leur contrôle militaire direct, il se révèle de grande importance pour notre étude. L’avant-poste des Métapontins en opposition aux populations indigènes est vraisemblablement l’un des exemples les mieux connus d’une fortification grecque extra-urbaine en Grande Grèce ; il montre que les rapports entre Grecs et indigènes étaient potentiellement conflictuels. D’autre part, sa transformation en lieu de culte peut donner des indices sur la complexité et l’évolution des rapports et des échanges entre Grecs et indigènes.
96L’aspect militaire et la localisation de Cozzo Presepe le caractérisent sans aucun doute comme un site frontalier. Défense du territoire en deçà de la fortification dans un premier temps, puis lieu sacré, il garantissait l’exploitation agricole régulière de la campagne, comme l’attestent entre autres les fermes de Lago del Lupo et de Cugno del Pero.
97Lago del Lupo (no 9) est situé à environ 6 km de la ville, au centre de la plaine formée par le Bradano et le Basento, et son emplacement suit les lignes des divisions agraires du territoire dans ce secteur149. L’archéologie montre une première occupation pendant l’époque archaïque, puis une phase d’abandon avant que le site soit réutilisé durant le ive siècle. Si plusieurs fermes ont été repérées, l’habitat le mieux conservé de la campagne métapontine, appelé « fattoria Stefan », a été fouillé par A. S. Stefan en 1969, puis étudié par l’équipe de l’université du Texas à Austin150. Il a été daté de la seconde moitié du ive siècle. Son plan restitue une grande habitation de dix pièces organisées autour d’une cour et montre des similitudes avec les plans d’habitats de la Chersonèse Taurique. Il semble que son organisation suivait le schéma d’une unité de production indépendante, dont on reconnaît une cuisine et d’autres espaces qui devaient servir au stockage. Le matériel le plus ancien, datable du milieu du vie siècle, comporte des coupes de tradition ionienne ainsi que la céramique corinthienne ou corinthienne tardive.
Fig. 25. Cugno del Pero. Plan de l’habitat.

D’après Adamesteanu 1974, p. 84.
98Cugno del Pero (no 10 ; fig. 25), dans une zone de reliefs collinaires, semble être l’habitat d’occupation régulière situé le plus loin du centre urbain de Métaponte, à environ 10 km vers l’arrière-pays151. La maison était habitée aux alentours de 550 av. J.-C., ce qui constitue la plus ancienne attestation d’une ferme du territoire de Métaponte, puis elle fut abandonnée. Les structures retrouvées sont construites en pierre non travaillée et l’élévation était probablement faite de briques crues ; le plan rectangulaire restitue une habitation composée de quatre pièces et d’une superficie d’environ 225 m2. Le matériel est composé essentiellement d’objets d’usage quotidien, dont des coupes de tradition ionienne et des skyphoi à corps haut et bord évasé de production coloniale, datables entre le milieu et la fin du vie siècle.
99Vers le sud, dans la vallée du Basento, le site le plus important est le sanctuaire de San Biagio della Venella (no 11)152. En ce qui concerne la divinité honorée, l’hypothèse d’attribution du sanctuaire à Zeus est aujourd’hui écartée. D. Adamesteanu, ayant trouvé un cippe inscrit portant la mention « de Zeus Aglaios » (Διὸς Ἀγλαίȏ : fig. 26) ou « de Zeus brillant, illustre » remployé dans une tombe d’époque romaine aux alentours du sanctuaire, avait proposé cette identification pour la divinité honorée en ces lieux. La découverte plus récente d’un autre cippe avec l’inscription Διὸς Ἀγλαȏ dans la zone de l’agora153, dans le centre de Métaponte, renforce la probabilité que le premier cippe ait appartenu aussi au centre urbain et qu’il ait été déplacé et réutilisé à l’époque romaine. L’identification du culte à Artémis seule est d’autant plus certaine que la majorité du matériel retrouvé dans ce sanctuaire renvoie à son culte et les attributions à d’autres divinités sont rares et sujettes à discussion154.
Fig. 26. San Biagio della Venella. Cippe avec dédicace à Zeus Aglaios.

D’après Adamesteanu 1974, p. 65.
100L’Artémision de S. Biagio se situe à environ 6 km du centre urbain de Métaponte, sur la rive gauche du Basento, aux marges de la plaine, dans la vallée créée par le cours de la Venella et dans une zone caractérisée par la présence de cinq sources d’eau. Ici, un culte à Artémis, la déesse qui représente le passage du monde sauvage au monde civilisé, est en plein accord avec le paysage naturel du lieu, dans le secteur de transition entre la plaine côtière fertile et productrice de céréales et le début des reliefs collinaires, endroit privilégié pour l’approvisionnement en bois et où se pratiquait la chasse.
101Les premières structures sont construites au début du vie siècle, dont un sacellum-vasque pour la captation des eaux des sources ; un four découvert au nord des sources est également daté du vie siècle à partir des fragments de statuettes et de la céramique. La présence de ce four indiquerait une production artisanale près du lieu de culte. Malgré le petit nombre de structures connues, le sanctuaire est célèbre par un important ensemble comprenant les plus anciens fragments de frise figurée en terre cuite de Grande Grèce155, divers autres éléments architecturaux dont une colonne, un sima léonin et une série d’antéfixes de type tarentin représentant Artémis Bendis, Dionysos et Io, qui devaient appartenir à un sacellum du ive siècle. Plusieurs de ces fragments ont été réutilisés comme couverture d’un stipe très riche avec statuettes et objets en céramique et en bronze. La partie conservée de la frise décorative représente le départ d’un guerrier conduit par des chevaux ailés (fig. 27) ; elle est datable de la première moitié du vie siècle156. L’ensemble des témoignages confirme l’existence d’un temple construit à une époque assez haute et utilisé jusqu’au ive siècle au moins157.
Fig. 27. San Biagio della Venella. Fragment d’une frise architectonique avec scène de départ d’un guerrier. Argile moulée (36 × 20,7 cm), 650-625 av. J.-C. Métaponte, Musée archéologique national, inv. 128 746.

Clichés de l’auteur, su concessione del Ministero della Cultura – Museo Archeologico Nazionale di Metaponto.
102Le matériel le plus ancien est constitué de figurines féminines en terre cuite de type dédalique (fig. 28), datables de la seconde moitié du viie siècle. Il est contemporain et semblable à celui qu’a livré le centre urbain de la cité158. Sur de nombreux fragments de terre cuite, on remarque la représentation de la Potnia Theron sous différents types iconographiques. Parmi les offrandes de l’époque classique, Artémis Bendis concentre la majorité des représentations. Enfin, parmi une grande quantité de matériel céramique de production locale compris entre la fin du viie et la fin du ive siècle, on relève une forme complexe de louterion ou perirrhanterion (fig. 29), des bombylioi et aryballes d’inspiration corinthienne, des pyxides, des lécythes et divers types de vases miniatures.
Fig. 28. San Biagio della Venella, dépôt votif no 1. Divinité féminine en terre cuite de type ionique, 525-500. Métaponte, Musée archéologique national.

Cliché de l’auteur, su concessione del Ministero della Cultura – Museo Archeologico Nazionale di Metaponto.
Fig. 29. San Biagio della Venella. Perirrhanterion. Métaponte, Musée archéologique national.

Cliché de l’auteur, su concessione del Ministero della Cultura – Museo Archeologico Nazionale di Metaponto.
103Au iiie siècle, une ferme de 247 m2 fut construite sur les ruines du sanctuaire avec du matériel en remploi159, ce qui donne un terminus ante quem pour l’abandon de l’Artémision. De plus, on note la présence d’une petite nécropole dans le secteur. Dans une tombe féminine qui reprend une première occupation d’époque archaïque, on relève un riche mobilier comprenant, entre autres, une très belle couronne en bronze doré, décorée de feuilles de vigne et de laurier, de cigales et de sauterelles, provenant probablement d’un atelier tarentin et datable entre 330 et 320 (fig. 30)160.
Fig. 30. San Biagio della Venella. Couronne en bronze doré et éléments revêtus de feuille d’or, 2e moitié du ive siècle av. J.-C. Métaponte, Musée archéologique national, inv. 12739.

Cliché de l’auteur, su concessione del Ministero della Cultura – Museo Archeologico Nazionale di Metaponto.
104Plusieurs fonctions sont envisageables pour l’Artémision. L’hypothèse la plus prudente est d’y voir uniquement un sanctuaire champêtre, avec un culte à la fertilité et lié aux sources161. En revanche, son installation à une époque contemporaine de l’arrivée des colons dans une zone distante du centre urbain et à proximité d’une rivière importante peut indiquer des fonctions plus étendues. On peut formuler l’hypothèse que S. Biagio servait à marquer la possession du territoire au début de la colonie. Dans ce cas, un changement s’opère au vie siècle avec l’expansion métapontine, quand l’Artémision devient un sanctuaire de confins, gardant ses aspects symboliques liés au relief de transition entre la zone des plaines et celle des collines, mais ne constitue plus un lieu aussi important politiquement qu’il ne l’était lors de la fondation de la colonie. M. Osanna a raison d’affirmer que San Biagio n’est pas au départ un simple sanctuaire champêtre162. En revanche, nous croyons que ses rôles politiques et symboliques les plus forts, comme celui de marqueur de la possession d’un territoire, sont valables au mieux jusqu’au milieu du vie siècle. De ce fait, parmi les exemples étudiés, San Biagio constitue un cas exceptionnel, un lieu de culte qui aurait eu une fonction de marqueur de frontière au début de l’implantation coloniale mais qui aurait perdu cette caractéristique après l’expansion du territoire de la cité, sans doute une conséquence directe de la destruction de Siris et de l’incorporation d’une grande partie de son territoire par les vainqueurs.
105Pour continuer dans la vallée du Basento, un petit lieu de culte identifié à Masseria Avenia, à San Vito163, peut apporter des renseignements sur l’occupation du territoire par les Métapontins. Les objets votifs provenant de San Vito sont datables du milieu du vie siècle et similaires aux exemplaires contemporains de San Biagio. Ici, très près du sanctuaire, a été découverte une importante quantité de matériel datant de l’époque mycénienne. La zone, qui montre des indices de contacts avec l’élément égéen dès la période mycénienne, devient à l’époque coloniale un lieu sacré, ce qui amène à suggérer des fonctions de lieu d’échange culturel et commercial sur la longue durée mais avec une longue phase d’interruption.
106Par ailleurs, les sources archéologiques témoignent d’une occupation intensive du territoire dès le milieu du vie siècle, avec en particulier l’apparition de plusieurs sites à fonction agricole à proximité des rives du Basento, relativement éloignés du centre urbain, dans l’arrière-pays métapontin164. Ce sont des fermes qui présentent toutes des signes d’occupation à partir du milieu du vie siècle : Ponte Fabrizio, Masseria Sant’Angelo Vecchio et Sant’Angelo Grieco.
107À Ponte Fabrizio (no 12)165, dans la vallée de la Venella, près du sanctuaire de San Biagio, sur une première structure à caractère agricole datée du vie siècle vient se placer un deuxième édifice à plan simple dans la seconde moitié du ive siècle : neuf pièces se succèdent en longueur et sans cour centrale.
108À environ 8,5 km du centre urbain de Métaponte, sur la rive gauche du Basento, à Masseria Sant’Angelo Vecchio (no 13)166, on a trouvé les traces d’un mur de terrasse en usage entre le vie et le ve siècle. Sur les pentes de la colline, un dépôt de céramique votive contenant de la céramique à bandes et à vernis noir, notamment des petites coupelles, a été daté du début du ve siècle et renvoie peut-être à un culte à Héra. De plus, le site a livré un ensemble de plaques votives représentant Perséphone, Dionysos/Hadès et Zeus tenant le sceptre, toutes datées du ve siècle. Puis, à proximité du mur, une nécropole du ive siècle présente des sépultures caractérisées par des sarcophages en pierre et un petit ensemble de fours dont le matériel comprend des rebuts de plaques et de matrices d’antéfixes en terre cuite. Enfin, à la suite de travaux agricoles, une ferme du vie siècle a été identifiée. Il s’agit d’une structure construite à sec, présentant des traces de brûlé.
109Sant’Angelo Grieco (no 14) se situe à 12 km de la ville de Métaponte, sur la rive gauche de la Venella, près de la localité de Vinella167. L’habitat, certainement une ferme, montre les traces de deux phases d’occupation, une au milieu du vie siècle, l’autre au ive. Entre ces deux phases, le site a livré, outre une inscription très fragmentaire en lettres attiques, un chapiteau dorique du début du ve siècle remployé dans le bâtiment le plus récent, sans que la structure à laquelle cet élément pouvait appartenir à l’origine soit mise au jour. En tout cas, il est peu probable que ce chapiteau ait été déplacé d’une structure sacrée située à grande distance de son remploi, ce qui conduit à considérer la possibilité de voir un petit sanctuaire à Sant’Angelo Grieco.
110La localité de Vinella (no 15)168 montre des signes d’occupation uniquement à partir de la première moitié du ve siècle, avec un mobilier comprenant une amphore, un lécythe à figures noires et deux à figures rouges, un skyphos à vernis noir, une petite coupe à une seule anse et une pyxide décorée à bandes. Le site fait probablement partie du même ensemble que les témoignages identifiés pour le siècle précédent.
111Tous ces repères attestent l’occupation relativement étendue du territoire à travers des structures agricoles disséminées dans la campagne. Il est important néanmoins de remarquer des traces d’activité de culte dans au moins deux de ces sites, à Sant’Angelo Vecchio (no 13) et à Sant’Angelo Grieco (no 14). Bien qu’aucune structure ne soit mise au jour et que le témoignage du sacré soit assez faible, un certain maillage d’éléments de culte est vraisemblable.
112Les seuls signes matériels autorisant une hypothèse pour fixer une frontière au sud de Métaponte au moment de sa fondation sont les lieux de culte situés dans la vallée du Basento, notamment le sanctuaire de San Biagio alla Venella, ainsi que la destruction de l’établissement indigène d’Incoronata vers 630 av. J.-C. Ensuite, pour l’interprétation de la campagne de Métaponte, il est essentiel de recourir à la tradition manuscrite qui rapporte la destruction de Siris par les cités achéennes de Sybaris, Crotone et Métaponte169. De plus, l’archéologie confirme l’événement et en précise la chronologie, fixée dans la première moitié du vie siècle. La destruction de Siris désorganise son territoire, laissant un grand espace « vide » dans la région. Nous voyons dans ce conflit l’explication de la réussite de l’expansion territoriale de Métaponte, et probablement aussi de Sybaris.
113Par conséquent, les caractéristiques et la chronologie des vestiges retrouvés plus au sud, entre le Basento et le Cavone, permettent de proposer une expansion du territoire sous le contrôle direct de Métaponte uniquement après la chute de Siris, à partir de la première moitié du vie siècle. L’établissement de deux lieux de culte, à Incoronata et à Tinchi, confirme cette prise de possession par les Métapontins. Comme dans d’autres cas en Grande Grèce, les sanctuaires extra-urbains peuvent être interprétés comme des jalons de l’occupation d’un territoire. À Métaponte, on peut suivre ce schéma avec la perte du caractère frontalier de l’Artémision de San Biagio et l’installation de deux nouveaux sanctuaires à Incoronata et à Tinchi.
114À Incoronata (no 16), l’interprétation des vestiges de l’âge du fer n’est pas aisée et ils font l’objet de débats170. La vision traditionnelle est celle d’un centre indigène de l’âge du fer établi dès la fin du ixe siècle, qui subit une forte influence grecque à partir du début du viie, avec une grande quantité de céramique géométrique corinthienne, importée ou d’imitation locale, dont des fragments de céramique d’importation de Rhodes et d’Asie Mineure, et un perirrhanterion. Ce dernier fut produit sur place dans le troisième quart du viie siècle av. J.-C., avec un style décoratif à relief courant à Rhodes, en Crète, dans les Cyclades et à Corinthe vers 650 av. J.-C.
115Le site montre des signes de destruction à la fin du viie siècle, au moment de la fondation de Métaponte. Ce schéma a conduit à l’hypothèse d’un emporion grec en milieu indigène, qui disparaît au moment de la fondation de Métaponte.
116Après cet abandon à la fin du viie siècle, la fréquentation de la zone d’Incoronata « grecque » s’interrompt pendant une ou deux générations. Une nouvelle occupation grecque est datée à partir de la première moitié du vie siècle, mais avec un probable changement de fonction, car est établi un petit sanctuaire grec situé sur la pente sud-est de la colline, d’après les vestiges d’une partie de ses fondations171. Ont été retrouvés seulement quelques fragments de sa décoration en terre cuite, des tuiles et un dépôt votif où l’on remarque surtout des statuettes du même type que celles de San Biagio, des vases miniaturisés et des coupes de tradition ionienne. La localisation de ce lieu de culte est particulièrement intéressante : sur la rive droite du Basento, presque en position symétrique à celle de San Biagio par rapport au cours du fleuve, et sur une colline offrant une grande visibilité sur toute la vallée.
117L’établissement d’un lieu de culte à Tinchi (no 17) est à peu près contemporain de la construction du sanctuaire d’Incoronata172. Plus loin vers le sud, Tinchi est une terrasse située au centre de la zone entre le Basento et le Cavone, dans une région de bas-reliefs, aux marges de la plaine et à environ 12 km de la côte. Le site abritait un centre indigène assez important dont les signes d’occupation vont jusqu’au viiie siècle. Ensuite, D. Adamesteanu a mis au jour un petit lieu de culte, d’après la présence de pinakes. Même si l’ensemble du matériel reste encore inédit, les brèves notices confirment la fréquentation pendant la première moitié du vie siècle. Le lieu est occupé au moins jusqu’à la moitié du ve siècle, d’après une tombe à caisse datée de cette période et contenant une pélikè à figures rouges de fabrication proto-italiote attribuée au Peintre du Cyclope. D’après sa position géographique, Tinchi représente la présence grecque la plus lointaine de la ville de Métaponte en direction de l’arrière-pays au vie siècle. Il s’agit certainement d’un lieu de culte dont la fonction était celle de poste avancé aux marges de l’ἐσχατιά.
118Au-delà de Tinchi, le centre indigène de Pisticci (no 18) montre les signes d’une présence importante et continue durant l’âge du fer et pendant tout le vie siècle, sans intervention directe des Grecs173. L’établissement suit un modèle polycentrique, connu par ailleurs dans l’arrière-pays italique, comptant au moins trois secteurs d’habitat et leur nécropole associée. En effet, une zone d’habitat à Santa Maria del Casale comporte une nécropole avec plusieurs noyaux de tombes répartis dans toute la fourchette chronologique d’occupation du site. Au lieu-dit S. Leonardo en particulier, le mobilier des tombes se compose de céramique indigène, de fragments de lances en bronze et d’épées en fer dans les tombes masculines, ainsi que de riches parures en bronze pour les sépultures féminines. Entre le viie et le vie siècle, la céramique indigène, à décoration géométrique et sans décoration, et la céramique de production grecque coloniale côtoient un nombre important de vases grecs d’importation, notamment dans les secteurs de via Di Giulio et de Matino Soprano. Dans la seconde moitié du vie siècle une plus forte influence grecque se vérifie174 et, sur les pentes de la colline, ont été trouvés de nombreux fragments de vases à figures noires et rouges, et des objets en bronze. Enfin, un grand nombre de tombes découvertes dans diverses zones du centre moderne de Pisticci couvrent toute la fourchette chronologique allant du ve au ive siècle av. J.-C. Dans le tournant du siècle, les vases grecs d’importation, attiques notamment, sont remplacés par des vases de production coloniale locale175, y compris des objets d’origine apulienne. La présence indigène à Pisticci est suffisamment importante pour que M. Osanna soutienne l’impossibilité d’une occupation grecque176, non seulement sur ce site, mais aussi dans toute la zone environnante. Si l’on suit cette hypothèse, on peut proposer une fonction supplémentaire pour le sanctuaire de Tinchi, celle d’un lieu privilégié pour les échanges économiques et culturels entre Grecs et indigènes. On peut donc imaginer ce sanctuaire dans une situation d’intermédiaire entre les Métapontins et les indigènes à partir du vie siècle.
119En résumé, deux phases bien distinctes dans la définition des limites de l’occupation grecque du territoire de Métaponte peuvent être notées. À la fin du viie siècle, au moment de la fondation de la colonie, deux limites sont établies et signalées par deux sanctuaires au bord des cours d’eau : l’Héraion des Tables Palatines sur le Bradano et l’Artémision de San Biagio della Venella dans la vallée du Basento. Dans un deuxième temps, vers le milieu du vie siècle, après la destruction de Siris, Métaponte étend son contrôle dans trois directions différentes, dans un mouvement expansionniste très fort : 1/ vers le sud, par la traversée du Basento et l’occupation des terres entre ce fleuve et le Cavone, sans doute appartenant précédemment à Siris. Cette expansion peut être observée à travers l’établissement de deux sanctuaires à Incoronata et à Tinchi, mais aussi, peu de temps après, par l’augmentation du nombre de sites dispersés dans la campagne177. Il convient de souligner que, même si l’écart temporel n’est pas très important, les attestations de fréquentation des lieux de culte précèdent systématiquement l’installation des fermes178. 2/ Vers l’ouest, les traces de divisions régulières de la campagne et les habitats de Cugno del Pero et de Lago del Lupo attestent une mainmise plus intensive de la plaine comprise entre le Bradano et le Basento. 3/ Vers le nord-ouest, l’implantation d’une fortification à Cozzo Presepe montre une occupation plus avancée vers l’arrière-pays, et son caractère militaire fait penser à des rapports potentiellement conflictuels avec les populations locales.
120Comme on l’a dit précédemment, la question de l’Héraion des Tables Palatines est plus complexe, puisque les données archéologiques au-delà du Bradano invitent à intégrer ces terres dans la zone d’influence culturelle de Métaponte, en même temps que la monumentalisation du temple renforce son caractère symbolique de marqueur de frontière. En définitive, il est important de souligner la porosité de la frontière, même quand elle est symbolisée par un grand sanctuaire.
121Un autre aspect de la délimitation de l’espace est donné par les voies de communication. Tout d’abord, les voies fluviales jouent certainement un rôle fondamental dans l’accès à l’arrière-pays. L’implantation de plusieurs sanctuaires dans les deux principales vallées de la région, celles du Bradano et du Basento, n’est pas anodine179. Outre ces voies fluviales, il existe un réseau routier ancien, dont une route parallèle à la côte reprise par l’ancien Tratturo Regio et par l’autoroute actuelle, la S.S. 106 Ionica180. Les tombes datées dès la fin du vie siècle respectent un tracé routier régulier, perceptible sur un secteur assez long. Un autre tracé, appelé Basento road, suit le chemin qui part de la nécropole de Crucinia, passe par la nécropole de Pantanello et arrive à la colline de San Biagio pour continuer vers l’arrière-pays.
122Après cette expansion remarquable du territoire métapontin dans le courant du vie siècle, les limites de la domination directe de Métaponte sur sa campagne ne présentent pas de modification importante. Si la forme d’occupation des terres a pu évoluer, les limites du territoire ne montrent pas de changement.
Mode d’occupation du territoire : les divisions régulières
123Pour mieux comprendre les enjeux de la frontière de la cité, il est essentiel d’approcher la structure du territoire à l’intérieur de cet espace assez bien délimité. Tout d’abord, dans la campagne métapontine on a localisé jusqu’à présent quatorze sanctuaires appartenant au territoire de Métaponte. J. C. Carter a remarqué une impressionnante régularité dans la distribution spatiale de ces lieux de culte, tous liés à des sources ou cours d’eau181. Les écarts entre les sites suivent un intervalle régulier de trois kilomètres. On compte 3 km entre le centre urbain et l’Héraion des Tables Palatines ; de même entre l’Héraion et le sanctuaire à Saldone ; Cozzo Presepe se situe à 6 km de Saldone. Suivant la vallée du Basento, la même régularité se vérifie avec 3 km entre le centre urbain et Pantanello182 ; de même entre Pantanello et San Biagio ou entre ce dernier et Sant’Angelo Grieco. Dans cette vallée, on peut ajouter les sanctuaires moins importants de Sant’Angelo Vecchio et d’Avinella, respectivement à 2 et 1 km de San Biagio. Puisque ces lieux sont presque tous datés du milieu du vie siècle, il faut voir là une implantation pratiquement contemporaine. Par conséquent, J. C. Carter a suggéré un schéma de petits lieux de culte fréquentés par les communautés rurales et liés à la division régulière de la campagne, elle aussi datée du vie siècle. Ces sanctuaires constituent le témoignage d’une organisation de type cantonal du territoire, et ces lieux pouvaient marquer des divisions ou des sphères d’influence de certaines familles ou génè aristocratiques183.
124Il est impossible d’analyser la frontière et le territoire de Métaponte sans rappeler les traces de division régulière de l’espace rural. Ces traces ont été repérées d’abord par l’interprétation des photographies aériennes184, ensuite complétée par des fouilles stratigraphiques et, plus récemment, par des prospections. Les travaux de J. C. Carter ont donné plus de précision sur ces lignes185. Il s’agit de canaux de drainage et d’au moins une route datée de 580 av. J.-C., qui passe à travers la nécropole de Pantanello. Les canaux de drainage respectent un écart de 210 m dans la zone entre le Bradano et le Basento, et de 244 m entre ce dernier et le Cavone. Les fouilles ont daté l’ensemble du système de division régulière de la fin du vie siècle186. De plus, les données des prospections ont établi une évolution relativement claire de l’occupation du territoire de Métaponte, qui suit un schéma cyclique avec des périodes de plus grande intensité vu le nombre de sites occupés au milieu du vie siècle, puis dans la première moitié du ve ; enfin, la période d’occupation maximale par des fermes se situe au milieu du ive siècle187. La phase du ve siècle peut correspondre à un processus de « démocratisation » de la propriété foncière188. Les conjectures sur le régime politique de la cité de Métaponte sont fondées, en plus des signes de division des terres, sur le même type de division régulière dans le centre urbain ainsi que sur les grandes dimensions de l’ekklesiastérion construit au milieu du vie siècle (probablement le plus ancien monument de cette typologie), puis restructuré au milieu du v189e. D’après l’analyse des restes osseux animaux, l’intensification de l’occupation des terres est aussi perceptible par une augmentation considérable de l’utilisation des bovins, la force motrice la plus importante dans l’Antiquité, surtout pour les labours agricoles190.
125Pour ce qui est de l’occupation des terres, la dernière décennie du ve siècle constitue une phase de réduction progressive. Les résultats des prospections et des fouilles, par l’intermédiaire des données venant des nécropoles et des fermes, ont montré une diminution de la population résidant dans la campagne d’environ 25 % au moins191. Outre la quantité de vestiges, le mobilier des tombes datables de la première moitié du ive siècle présente une composition nettement moins riche que précédemment. De plus, le rituel funéraire semble aussi marquer un changement important, avec une proportion plus élevée de crémations. L’indication la plus claire d’une phase de déclin de la population est peut-être la faible proportion de tombes d’individus masculins adultes par rapport aux tombes féminines.
126Après cette phase de déclin entre la fin du ve et le début du ive siècle, les données venant de la zone rurale de Métaponte montrent une impressionnante reprise au milieu du ive siècle192, qui atteint des chiffres plus élevés que l’occupation attestée au milieu du siècle précédent. Beaucoup des vestiges du ive siècle reprennent l’emplacement d’un habitat précédent, mais ils sont de dimensions plus grandes (les superficies varient entre 200 et 400 m2). Remarquons la contemporanéité entre les signes d’une reprise dans la campagne et les aménagements urbains, comme la construction du grand théâtre à l’emplacement de l’ancien ekklesiastérion193.
127Si l’on ne connaît pas les raisons exactes de cette fluctuation de l’occupation et de l’exploitation de la campagne métapontine, il faut tout de même remarquer que la chronologie des mouvements ascendants et descendants est similaire dans d’autres cités de Grande Grèce. Les deux colonies les mieux connues, Métaponte et Poseidonia, sont mises en parallèle à plusieurs titres, y compris pour l’évolution de l’occupation de leur territoire.
128En définitive, et en accord avec J. C. Carter, le cas de Métaponte permet de souligner l’importance du territoire et de son contrôle dans un contexte colonial194. En effet, en Grande Grèce et à Métaponte surtout, les plus importants et anciens vestiges connus ont été découverts dans l’espace extra-urbain, notamment l’Héraion des Tables Palatines et l’Artémision de San Biagio. Pour une colonie, marquer son emprise sur un territoire était la priorité, avant même la monumentalisation de la ville. Comme on le verra dans les chapitres suivants, le même schéma peut être appliqué à Poseidonia, puisque la première phase de l’Héraion de l’embouchure du Sele est plus ancienne que la construction des grands temples urbains.
Notes de bas de page
1 Ô mer salée, combien dans ton sel tu contiens / De larmes versées par le Portugal ! Combien, / Te sillonnant, avons-nous fait pleurer de mères, / Combien d’enfants avons-nous fait prier en vain ! / Combien de fiancées sans époux sont restées / Pour que tu fusses nôtre, ô mer, ô mer salée ! / Dirons-nous que cela valut la peine ? Tout / Vaut la peine dès que l’âme n’est pas petite. / Qui veut passer outre le Bojador / Doit passer outre la douleur. / Dieu plaça dans la mer le péril et l’abîme, / Mais c’est d’elle qu’Il fit le seul miroir du ciel : F. Pessoa, Mer portugaise, trad. P. Quillier, Paris, 2001 (Bibliothèque de La Pléiade).
2 Malgré des campagnes de prospections réalisées par l’équipe de l’université du Texas à Austin sous la direction de J. C. Carter et par l’équipe de l’université de Rome La Sapienza sous la direction d’E. La Rocca et G. Genovese, le territoire de Crotone reste relativement mal connu : Carter, D’Annibale 1984 ; Carter 1990b ; Osanna 1992 ; Spadea 2010 ; 2014 ; La Rocca, Genovese 2017. Nos connaissances sur le territoire de Caulonia sont encore plus maigres : Facella 2010 ; Parra, Facella 2011 ; Atti Taranto 2017. Le contexte le mieux connu de Caulonia reste le sanctuaire de Punta Stilo qui a fait l’objet d’une série de publications sous la direction de M. C. Parra : Parra 2002-2017. Sur Laos : Greco, Gasparri 1995 ; Amato et al. 2016 ; Aversa 2016. Au-delà des cités achéennes, pour les quelques données concernant les territoires de Temesa et Terina, voir De Sensi Sestito 1999 ; Taliercio Mensitieri 2004 ; La Torre 2009, en particulier De Sensi Sestito 2009. Sur Rhegion, voir nos pages sur la frontière de l’Halex, ci-dessus au chapitre 3, mais aussi Cordiano, Accardo 2004 ; Mercuri 2004, p. 257-265 ; Cordiano, Accardo, Isola 2006 ; Cordiano 2014 ; Insolera 2014. Sur Locres : Sabbione 1976 ; Osanna 1992 ; Sapio 2017, et les premiers résultats des prospections récentes dans Adornato, Facella 2019. Sur Siris-Héraclée : Siritide e Metapontino 1991 ; Meo, Zuchtriegel 2014 ; Atti Taranto 2016. Sur Tarente : Atti Taranto 2001. Enfin, sur Velia et sa frontière nord, voir le chapitre 5 ci-après, sur la portion sud, voir Sud di Velia 1990, en particulier Greco G. 1990 et De Magistris 2016.
3 Greco E. 2016. Les cités achéennes représentent également le cas où les divergences entre l’organisation des métropoles et des colonies est le plus marquant. Pour une confrontation des données entre Achéens d’Occident et Achéens du Péloponnèse, voir Gli Achei 2001. Sur les Achéens du Péloponnèse, Petropoulos 2010 ; 2016 ; Pontrandolfo, Petropoulos, Rizakis 2016.
4 Greco E. 1992c, p. 465. L’ensemble des sources de tradition manuscrite sur Sybaris a été étudié en détail par Bérard 1957, p. 140-151. Voir aussi les contributions de C. Ampolo et de M. Lombardo dans Atti Taranto 1992. Corpus complet dans Guzzo 2010. Le territoire de Sybaris est le thème de recherche de la thèse de doctorat de Giovanna Leo, soutenue le 16 janvier 2010 à l’université de Paris 1 Panthéon Sorbonne, sous la direction de Michel Gras : Leo 2010. Je la remercie de sa générosité à m’avoir fait part des résultats de ses recherches encore inédites.
5 À partir de la tradition érudite, deux dates pour la fondation ont été proposées, soit dans les années 720 (Éphore), soit vers 709-708 (Eusèbe) : La Torre 2011, p. 51. Les vestiges archéologiques les plus anciens sont datables du dernier quart du viiie siècle et ne permettent pas plus de précision. Dans tous les cas, Sybaris est considérée comme la fondation la plus ancienne de l’arc ionien. Parmi une bibliographie foisonnante, voir Guzzo 2011, chap. 10, p. 209-226 ; 2013a ; 2014 ; 2016b, chap. 3, p. 61-82. Pour une « histoire possible » de Sybaris à partir des sources écrites et archéologiques, Greco E. 2013b. Voir aussi Bugno 1999 pour les refondations successives de Sybaris et de Thourioi.
6 Timée (FGrH 566 F 50) apud Athénée, XII, 519d ; Strabon, VI, 1, 14 ; Pline l’Ancien, N.H., XIV, 39.
7 Une partie des commentateurs restituent le nom du fondateur en « Is » ou « Ois », mais F. Lasserre et S. L. Radt restent plus prudents avant d’en proposer une restitution, tout en admettant que la mention à Hélikè est plausible : Strabon, F. Lasserre (trad.), 2003, p. 225-226 ; Strabons, S. L. Radt (trad.), 2007, p. 167.
8 τοσοῦτον δ’ εὐτυχίᾳ διήνεγκεν ἡ πόλις αὕτη τὸ παλαιὸν, ὡς τεττάρων μὲν ἐθνῶν τῶν πλησίον ὑπῆρξε, πέντε δὲ καὶ εἴκοσι πόλεις ὑπηκόους ἔσχε, τριάκοντα δὲ μυριάσιν ἀνδρῶν ἐπὶ Κροτωνιάτας ἐστράτευσεν, πεντήκοντα δὲ σταδίων κύκλον συνεπλήρουν οἰκοῦντες ἐπὶ τῷ Κράθιδι : Strabon, VI, 1, 13 (trad. Lasserre).
9 πολλοῖς δὲ μεταδιδόντες τῆς πολιτείας ἐπὶ τοσοῦτο προέβησαν, ὥστε δόξαι πολὺ προέχειν τῶν κατὰ τὴν Ἰταλίαν οἰκούντων, πολυανθρωπίᾳ τε τοσοῦτο διήνεγκαν, ὥστε τὴν πόλιν ἔχειν πολιτῶν τριάκοντα μυριάδας : Diodore, XII, 9, 2 (trad. Casevitz). Il est important de rappeler l’anachronisme de ce texte, qui représente la société sybarite archaïque avec un rôle du démos sans doute trop important : Giangiulio 1987a, p. 28 ; Camassa 1987, p. 639-641 ; Greco E. 2013a, p. 199.
10 Greco E. 1992c. Une exégèse de la tradition érudite et un bilan historiographique sont présents dans Aversa 2008. Voir en dernier Greco E. 2013a.
11 Dans une bibliographie très large, voir le commentaire sur cette bataille dans Lombardo 2002. L’auteur montre que la complète destruction de Sybaris de la part de Crotone fut un événement d’exception et d’excès. Sur les aspects idéologiques de l’opposition entre ces deux cités, Sybaris ayant le mauvais rôle, Esposito, Pollini 2013b.
12 Cf. Diodore, XII, 10, 2-6. Voir une analyse de l’histoire de Sybaris, de ses refondations et de Thourioi dans Bugno 1999. Enfin, au début du iie siècle av. J.-C., les Romains changent le statut de la cité et fondent la colonie de Copiae : Marino 2010.
13 Le premier à poser la question des échanges culturels entre Grecs est Paolo Orsi, dès la fin du xixe siècle. Sur ce point, voir Esposito, Leo 2006, p. 630. Pour une synthèse de la Protohistoire de la région de Sybaris, Peroni, Trucco 1994 ; Vanzetti 2013 ; Quondam 2016. Ensuite, les rapports entre Grecs et indigènes ainsi que la question de la cité et de son territoire ont été analysés, en grande mesure, à partir du cas sybarite : Atti Taranto 1961 ; Atti Taranto 1967. Sur la notion de proto-colonisation appliquée au cas de Sybaris, voir en particulier Esposito 2018.
14 φησὶ δ’ Ἀντίοχος ἐν τῷ περὶ τῆς Ἰταλίας συγγράμματι ταύτην Ἰταλίαν κληθῆναι καὶ περὶ ταύτης συγγράφειν, πρότερον δ’ Οἰνωτρίαν προσαγορεύεσθαι. […] ἔτι δ’ ἀνώτερον Οἰνωτρούς τε καὶ Ἰταλοὺς μόνους ἔφη καλεῖσθαι τοὺς ἐντὸς τοῦ ἰσθμοῦ πρὸς τὸν Σικελικὸν κεκλιμένους πορθμόν. […] μετὰ δὲ ταῦτα ἐπεκτείνεταί, φησι τοὔνομα καὶ τὸ τῆς Ἰταλίας καὶ τὸ τῶν Οἰνωτρῶν μέχρι τῆς Μεταποντίνης καὶ τῆς Σειρίτιδος· οἰκῆσαι γὰρ τοὺς τόπους τούτους Χῶνας, Οἰνωτρικὸν ἔθνος κατακοσμούμενον, καὶ τὴν γῆν ὀνομάσαι Χώνην. οὗτος μὲν οὖν ἁπλουστέρως εἴρηκε καὶ ἀρχαϊκῶς, οὐδὲν διορίσας περὶ τῶν Λευκανῶν καὶ τῶν Βρεττίων. « Dans son traité De l’Italie, Antiochos rapporte que cette région porte le nom d’Italie et que c’est elle qui fait le sujet de son étude, mais qu’elle était appelée aussi autrefois Œnôtrie. […] Dans un temps plus reculé encore, à l’en croire, les noms d’Œnôtriens et d’Italiens se seraient appliqués seulement aux peuples fixés en deçà de l’isthme, face au détroit de Sicile. […] Après cette époque, continue Antiochos, on voit les deux noms d’Italie et d’Œnôtriens s’étendre jusqu’aux territoires de Métaponte et de Siris. Et en effet, selon lui, ces lieux auraient été habités par des Chônes. Antiochos, on le voit, a simplifié à l’excès, et ses conceptions sont archaïques, puisqu’il n’est entré dans aucune distinction relativement aux Lucaniens et aux Brettiens » : Strabon, VI, 1, 4 (trad. Lasserre). Voir Bugno, Masseria 2001, en particulier les contributions de M. Torelli et G. F. La Torre. Sur les Œnôtres, Greco E. 1999a ; La Torre, Colicelli 2000 ; Lombardo 2001 ; Horsnaes 2002, p. 119-121 ; De Sensi Sestito, Mancuso 2011 ; Quondam 2014b ; Ferranti, Quondam 2015.
15 Exemple très intéressant d’inscription provenant du monde œnôtre sur la rive tyrrhénienne dans Lazzarini, Poccetti 2001 ; Pollini 2019, p. 4-6.
16 Pontrandolfo 1982 ; Guzzo 1989 ; De Sensi Sestito, Mancuso 2011. Discussion plus nuancée sur la question de l’origine des Lucaniens dans Greco, Schnapp 2019.
17 L’analyse des sources écrites sur les définitions géographiques de l’Italie du Sud à l’époque archaïque doit tenir compte aussi de la notion d’Italìa, qui semble avoir un lien très étroit avec l’expérience coloniale achéenne et l’idée d’« empire » de Sybaris : Lombardo 2001, avec bibliographie précédente ; Atti Taranto 2011. Les sources grecques du ive siècle semblent persister jusqu’à l’époque romaine, notamment chez Tite-Live : Simon 2011.
18 τῆς δ’ ἑτέρας οὐχ ἥπτοντο θαλάττης πρότερον, ἀλλ’ οἱ Ἕλληνες ἐπεκράτουν οἱ τὸν Ταραντῖνον ἔχοντες κόλπον. πρὶν δὲ τοὺς Ἕλληνας ἐλθεῖν οὐδ’ ἦσάν πω Λευκανοί, Χῶνες δὲ καὶ Οἰνωτροὶ τοὺς τόπους ἐνέμοντο. « Quant à l’autre mer, dominée par les Grecs, qui possédaient le golfe de Tarente, elle n’était autrefois touchée en aucun point par la Lucanie, et, avant l’arrivée des Grecs, il n’existait pas encore de Lucaniens : tous ces lieux étaient occupés par les Chônes et les Œnôtriens » : Strabon, VI, 1, 2 (trad. Lasserre). Voir le commentaire linguistique des noms de ces peuples dans De Simone 2001. Sur ce passage et les origines des Lucaniens, Greco, Schnapp 2019. Synthèse dans Pontrandolfo 1982.
19 τούτους γὰρ ἐπελθεῖν οἰκήτορας φεύγοντας τὴν Λυδῶν ἀρχήν, καὶ βίᾳ λαβεῖν τὴν πόλιν Χώνων οὖσαν, καλέσαι δὲ αὐτὴν Πολίειον. « Ces derniers, en effet, seraient arrivés à Siris en colonisateurs, fuyant la domination lydienne. Ils l’auraient prise de vive force alors qu’elle appartenait aux Chônes et lui auraient donné le nom de Polieion » : Strabon, VI, 1, 14 (trad. Lasserre). Malgré ce passage, voir les réticences à attribuer le statut de cité (πόλις) à Siris-Polieion dans Gras 2021.
20 Il est opportun d’ajouter que les Tarentins affrontent d’autres peuples italiques dont les noms varient dans la chronologie et la position géographique : Iapyges, Apuliens, Messapiens, Peucétiens, Dauniens. La caractéristique essentielle pour notre discours est la distinction entre ces gens et les Œnôtres, même par les sources grecques, en particulier Strabon (VI, 3, 1) : De Juliis 1988. Sur les Messapiens, voir Lamboley 1996b. À propos des Dauniens, Mazzei 2010 ; 2015.
21 Si les approches postcoloniales actuelles ont pu attirer l’attention de l’historiographie anglophone sur la prise en compte des indigènes, ce thème de recherche a animé une discussion très importante depuis les années 1960 et constitue l’un des principaux axes mis en valeur en particulier par les colloques de Tarente, depuis la première édition de 1961 (Atti Taranto 1961). Voir aussi le colloque organisé en 2006 sur l’histoire et la portée des rencontres tarentines : Atti Taranto 2006.
22 Guzzo 1982a. Notre texte sur les données archéologiques de Sybaris s’inspire de l’étude d’Osanna 1992, p. 155-166, avec fiches topographiques nos 1-40. Pour l’économie de notre sujet, nous ne traitons pas de la région après la défaite de Sybaris en 511/510, ni du territoire de la colonie de Thourioi. La rareté des données sur ces phases plus récentes mènerait à un discours beaucoup trop approximatif. Les vestiges archéologiques du territoire de Sybaris ont fait l’objet des recherches de Leo 2010. Si son travail dénombre 64 sites – certaines localités correspondant à plusieurs numéros selon les différentes zones et fonctions, comme Francavilla Marittima, cat. 26 à 28 –, notre approche, qui se concentre sur les éléments de la frontière de la cité, comprend dix sites étudiés en détail.
23 Francavilla Marittima, Macchiabate, Torre Mordillo, Ceccopesce, Castiglione, Amendolara, Cassano allo Ionio, Corgliano Serra Castello, Corigliano Cozzo Michelicchio et Rossano : Osanna 1992, p. 118 ; Quondam 2014b ; 2016.
24 Atti Taranto 1971 ; Atti Taranto 1982. Pour une synthèse des connaissances, voir Esposito 2012 ; 2018. Des échanges se produisaient également entre les diverses communautés indigènes d’Italie du Sud, en particulier entre celles qui étaient installées dans l’arc ionien et en Campanie, notamment dans la vallée du Sarno et à Pontecagnano : Guggisberg, Colombi, Joun 2018.
25 Les numéros entre parenthèses correspondent à la localisation des sites sur la carte, fig. 10.
26 Sur Francavilla Marittima, voir d’abord La Genière 1989 ; Osanna 1992, p. 159-161, no 19 ; Genovese 1999, p. 31-42. Un vif débat s’est engagé ces dernières années sur l’interprétation des données archéologiques, tant sur le sanctuaire que sur la nécropole : Maaskant-Kleibrink, Sangineto 1998 ; Papadopoulos 2003 ; Maaskant-Kleibrink 2005 ; Granese 2006 ; Maaskant-Kleibrink 2006 ; Attema 2008 ; Van der Wielen, De Lachenal 2007 ; 2008 ; Quondam 2009 ; Jacobsen, Handberg 2010a-b ; Luppino et al. 2010 ; Brocato 2011 ; 2012 ; Maaskant-Kleibrink et al. 2012 ; Colelli et al. 2013 ; Granese 2013 ; Kleibrink, Weistra 2013 ; Brocato 2014 ; Guggisberg 2014 ; 2016 ; Guggisberg, Colombi, Joun 2018.
27 Au lieu-dit Macchiabate ont été identifiés six noyaux de tombes de l’âge du fer : Cerchio Reale, Lettere, Strada, Temparella, Uliveto et Vigneto. Sur l’analyse des données des anciennes fouilles de P. Zancani Montuoro, voir Quondam 2009 ; Brocato 2012 ; 2014. Sur les phases du premier âge du fer, Ferranti, Quondam 2015. La nécropole fait l’objet de nouvelles fouilles par l’équipe de l’université de Bâle, sous la direction de M. Guggisberg, cité dans la note précédente ; voir aussi les rapports annuels des campagnes de fouilles dans Antike Kunst.
28 Selon l’analyse de Luppino et al. 2010, p. 648-649.
29 Sur les mariages mixtes en Grande Grèce, voir Esposito, Zurbach 2010, part. p. 55 sur Francavilla et les conclusions p. 66.
30 Il s’agit des tombes Temparella nos 8 et 88, appelées « tombe in discorso » : Luppino et al. 2010, p. 664-667.
31 Osanna 2000, p. 210-212 ; Luppino et al. 2010, p. 648.
32 Genovese 1999, p. 31 ; Luppino 1996b, p. 195 ; Maaskant-Kleibrink 1996, p. 198.
33 Synthèse dans Maaskant-Kleibrink 2005 ; 2006.
34 Maaskant-Kleibrink 2017. Voir aussi la publication du matériel céramique (impasto et matt-painted) : Maaskant-Kleibrink et al. 2012 ; Colelli et al. 2013 ; Maaskant-Kleibrink et al. 2013 ; Maaskant-Kleibrink 2015a-b.
35 Guzzo 2011, p. 223-224, souligne également que si les poids de métiers à tisser peuvent être liés aux contextes sacrés dans la tradition grecque, aucun parallèle n’est pour le moment connu dans le monde œnôtre. Pour les parallèles entre Francavilla Marittima et Pithécusses, Guzzo 2013b.
36 Croissant 1992 ; Mertens-Horn 1992 ; Croissant 2001.
37 Luppino 1996b.
38 Osanna 1997, p. 281. Pour la définition de sanctuaire de frontière, voir Guzzo 1987a.
39 Δο. ∙ Κλεόμροτος / ὁ Δεξιλάϝō ∙ ἀνέθεκ’ / Ὀλυνπίαι νικάσας / ϝίσο(μ) μᾶκός τε πάχος τε / τἀθάναι ἀϝέθλōν / εὐξάμενος δεκάταν. « Do. Kléom(b)rotos, le fils de Dexilawos, après sa victoire à Olympie a consacré à Athéna (cette statue) de même taille et même corpulence (que lui) après lui avoir promis le dixième de ses prix » (trad. Dubois) : SEG XXIX, 1017 ; Carmina Epigraphica Graeca, 12, 394, p. 213-214 ; Arena 1996, p. 23-24, no 2 ; Dubois 2002, p. 23-27, no 5 ; Paoletti 2018. Comme l’indique L. Dubois, le β épenthétique de Kléombrotos n’est pas noté, dans un archaïsme notoire.
40 Croissant 1992, p. 543-546.
41 Granese 2013.
42 Lycophron, Alexandra, v. 900 et 946-950 ; Ps.-Aristote, De mir. ausc., 108 ; Strabon, VI, 1, 14. Pour l’ensemble des sources écrites sur Lagaria, voir La Genière 1990 ; Colelli 2014 ; 2017. Commentaire sur la légende dans Bérard 1957, p. 334-339 ; La Genière 1987b-c ; Genovese 2009, p. 179-187.
43 Osanna 1997, p. 288, no 42. D’ordinaire, Strabon adopte un point de vue maritime, ce qui invaliderait d’avance une localisation à environ 10 km du rivage marin. Brève synthèse sur la question des possibles localisations de Lagaria dans Paoletti 2014 ; Colelli 2014. Kleibrink, Jacobsen, Handberg 2004 ; Kleibrink, Weistra 2013, continuent de soutenir cette identification.
44 J. de La Genière propose d’identifier Lagaria à Rione Vecchio d’Amendolara : La Genière 1987b ; 2010 ; 2012, p. 261.
45 Osanna 1997, p. 281 et 288-289.
46 Greco E. 1997, p. 267. Sur la définition d’un « sanctuaire de frontière », voir ci-dessous.
47 Ibid., p. 270.
48 Osanna 1992, p. 162, no 22.
49 Genovese 1999, p. 31, no 29.
50 La Genière 1984. Le repérage de vestiges archéologiques dans la localité d’Amendolara date des années 1930, lors de travaux agricoles dans la région d’Agliastroso : NSA 1931, p. 654-655 ; NSA 1939, p. 368-369, cités par La Genière 2012, p. 9. Pour une notice succincte sur le site, voir Osanna 1992, p. 163-164, no 27.
51 La Genière 2012.
52 Ibid., p. 235.
53 Ibid., p. 237-241.
54 Ibid., p. 238-239.
55 Corretti 1985 ; Peroni, Trucco 1994, vol. 1 ; Luppino 1996a, p. 223 ; Genovese 1999, p. 51. Voir aussi les rapports des campagnes de fouilles de l’équipe de l’université La Sapienza de Rome, sous la direction d’A. Vanzetti, dans les Rassegne archeologiche des actes des colloques de Tarente.
56 Pour une courte synthèse sur quelques lieux de culte du territoire de Sybaris, voir Luppino 1996a
57 Osanna 1992, p. 155, n. 4 ; Genovese 1999, p. 42-44 ; Pace 2005 ; 2012.
58 Quondam 2014a.
59 Aversa 2012, p. 110 ; 2014. Au Museo civico dei Brettii e degli Enotri de Cosenza sont conservés 21 fragments. Le style décoratif de ces terres cuites renvoie au type sicéliote, même si les exemples italiotes sont moins élaborés. En définitive, le chercheur soutient que les fragments de Cozzo Michelicchio appartiennent aux toits de quatre édifices différents, deux grands et deux plus petits.
60 Osanna 1992, p. 157-158, no 12 ; Genovese 1999, p. 46-47 ; Mollo, Smurra 2012.
61 Vagnetti, Trucco 2001. La nécropole indigène protohistorique compte plus de 230 tombes. Sur l’habitat, voir la contribution d’A. Schiappelli et, sur la nécropole, celles d’A. Vanzetti, F. Ferranti et F. Quondam dans Cerzoso, Vanzetti 2014.
62 Osanna 1992, p. 165, no 33 ; Leone 1998, p. 109-110 ; Genovese 1999, p. 47-48 ; De Cesare 2010.
63 Pesce 1935. Selon la description, l’objet mesure 30 × 38 × 19 cm.
64 Osanna 1992, p. 166, no 36 ; Leone 1998, p. 110 ; Genovese 1999, p. 44-45.
65 Jusqu’à récemment, on croyait que les fragments de terre cuite architecturales conservées dans le musée de Cosenza, commentées plus haut, provenaient de S. Mauro mais, après une révision des données d’archives, ils sont désormais attribués à Cozzo Micheliccio (no 5), voir ci-dessus.
66 Fantasia, Guzzo 1987 ; Osanna 1992, p. 164, no 28 ; Leone 1998, p. 105-106 ; Genovese 1999, p. 50.
67 Osanna 1992, p. 132-134.
68 Greco E. 1992a, p. 34.
69 Guzzo 1982b, p. 298-300 ; Lattanzi 1985, p. 430 ; Guzzo 1987b. Voir surtout la description de synthèse de Leo 2010, cat. 46.
70 À l’intérieur de cette enceinte se développait un vaste habitat composé de grandes maisons à plan rectangulaire à pastas (entre 130 et 400 m2), distribué sur deux plateaux séparés par une vallée centrale. Au sommet du plateau nord, un édifice en forme de théâtre mais sans aucun vestige d’une scène a été interprété comme un lieu d’assemblée locale. L’habitat, qui utilise les mêmes types de blocs que la muraille, paraît être un établissement nouveau entre la fin du ive et le début du iiie siècle av. J.-C. sur un espace resté vide auparavant. Le site est interprété comme un « centro cantonale » structuré selon des modèles urbains de la culture italiote : Luppino 1992, p. 173-176.
71 Leo 2010, p. 337.
72 Ἐφεξῆς δ’ ἐστὶ<ν ἐν διακοσίοις ἐνενήκοντα σταδίοις ὁ Τράεις ποταμος, εἶτ’ ἐν> διακοσίοις σταδίοις Ἀχαιῶν κτίσμα ἡ Σύβαρις δυεῖν ποταμῶν μεταξύ, Κράθιδος καὶ Συβάριδος. « Après Crotone, à 290 stades, on rencontre le cours du Traeis, puis, à 200 stades de là, Sybaris, colonie achéenne située entre deux rivières, le Crathis et le Sybaris » : Strabon, VI, 1, 13 (trad. Lasserre). Voir aussi : ἐπὶ δὲ τούτων διαφεύγοντες τὸν ἐν τῇ στάσει κίνδυνον Συβαρῖται περὶ τὸν Τράεντα ποταμὸν κατῴκησαν. « Cette année-là, les Sybarites qui avaient réussi à échapper à la guerre civile s’établirent sur les bords du fleuve Traeis ; ils y demeurèrent un certain temps, puis les Brettiens les en chassèrent et les massacrèrent » : Diodore, XII, 22, 1 (trad. Casevitz). Bérard 1957, p. 146.
73 ἀλλ’ ἐνθυμεῖσθαι διότι τὸ παράπαν οὐδ’ ἂν συνῆλθον εἰς τὴν ἐκκλησίαν, εἰ τοὺς χιλίους ἔπεισαν ἐκεῖνοι κυρῶσαι τὴν συμβουλήν. ὥστε τοῖς κατὰ τὴν ἐκείνων δύναμιν κεκωλυμένοις τῶν ἄλλων ἀκούειν οὐ προσήκειν ἐᾶν αὐτοὺς λέγειν, ἀλλὰ τὴν δεξιὰν τὴν ὑπ’ αὐτῶν ἀποδεδοκιμασμένην πολεμίαν ἐκείνοις ἔχειν, ὅταν τὰς γνώμας χειροτονῶσιν ἢ τὴν ψῆφον λάβωσιν, αἰσχρὸν εἶναι νομίζοντας, τοὺς τριάκοντα μυριάδων περὶ τὸν Τετράεντα ποταμὸν περιγενομένους ὑπὸ τοῦ χιλιοστοῦ μέρους ἐκείνων ἐν αὐτῇ τῇ πόλει φανῆναι κατεστασιασμένους, « … non, ils devaient songer que si les Pythagoriciens avaient réussi à persuader le Conseil des Mille, ils ne seraient même pas venus à l’assemblée. C’est pourquoi ceux qui avaient été empêchés, par le pouvoir des Pythagoriciens, d’écouter d’autres avis, ne doivent pas non plus les laisser parler, mais cette main droite qu’ils vous ont refusée, vous devez en faire leur ennemie, lorsque vous votez à main levée ou que vous déposez un suffrage, regardant comme une honte que vous qui avez vaincu trois cent mille hommes au fleuve de Tetraeis, soyez vaincus dans la ville même par le millième de ces gens-là » : Jamblique, Vie de Pythagore, 260 (trad. Brisson et Segonds). L’emplacement de la bataille du Traente peut être une construction postérieure en rapport avec un comportement « excessif » des Crotoniates, qui deviennent agresseurs au lieu d’être les victimes du tyran sybarite : Lombardo 2002, p. 56. Cette lecture du passage de Jamblique se fonde sur l’hypothèse que le Traente ferait partie du territoire de Sybaris et que la frontière entre les deux cités se situerait plus au sud. Bilan des connaissances sur Sybaris et le Traente dans Paoletti 2010.
74 Le cours du Neto est l’hypothèse que soutient De Juliis 1996, p. 178-180.
75 Thucydide, VII, 35, 1-2, cité ci-dessus, chapitre 3, n. 188.
76 Φιλοκτήτου δ’ ἐστὶ καὶ ἡ παλαιὰ Κρίμισσα περὶ τοὺς αὐτοὺς τόπους. Ἀπολλόδωρος δ’ ἐν τοῖς περὶ νεῶν τοῦ Φιλοκτήτου μνησθεὶς λέγειν τινάς φησιν, ὡς εἰς τὴν Κροτωνιᾶτιν ἀφικόμενος Κρίμισσαν ἄκραν οἰκίσαι καὶ Χώνην πόλιν ὑπὲρ αὐτῆς, ἀφ’ ἧς οἱ ταύτῃ Χῶνες ἐκλήθησαν, παρ’ αὐτοῦ δέ τινες σταλέντες εἰς Σικελίαν περὶ Ἔρυκα μετὰ Αἰγέστου τοῦ Τρωὸς Αἴγεσταν τειχίσαιεν. « Philoctète fonda également dans la région l’ancienne Crimissa. D’après Apollodore, qui parle de lui dans son Catalogue des vaisseaux, certains auteurs prétendaient qu’il avait fondé à son arrivée en Crotoniatide la citadelle de Crimissa et, plus loin vers l’intérieur, la ville de Chôné, qui a donné son nom à la nation des Chônes, puis qu’une expédition envoyée par lui en Sicile près d’Éryx sous la conduite du troyen Ægestos y avait construit les remparts d’Ægesta » : Strabon, VI, 1, 3 (trad. Lasserre). Commentaires dans La Genière 1987c.
77 Lycophron, Alex., 911-913 et 919-929 ; Ps.-Aristote, De mir. ausc., 107 (840a 15-26 Bekker) : παρὰ δὲ τοῖς Συβαρίταις λέγεται Φιλοκτήτην τιμᾶσθαι. κατοικῆσαι γὰρ αὐτὸν ἐκ Τροίας ἀνακομισθέντα τὰ καλούμενα Μύκαλλα τῆς Κροτωνιάτιδος, ἅ φασιν ἀπέχειν ἑκατὸν εἴκοσι σταδίων, καὶ ἀναθεῖναι ἱστοροῦσι τὰ τόξα τὰ Ἡράκλεια αὐτὸν εἰς τὸ τοῦ Ἀπόλλωνος τοῦ ἁλίου. ἐκεῖθεν δέ φασι τοὺς Κροτωνιάτας κατὰ τὴν ἐπικράτειαν ἀναθεῖναι αὐτὰ εἰς τὸ Ἀπολλώνιον τὸ παρ› αὑτοῖς. λέγεται δὲ καὶ τελευτήσαντα ἐκεῖ κεῖσθαι αὐτὸν παρὰ τὸν ποταμὸν τὸν Σύβαριν, βοηθήσαντα Ῥοδίοις τοῖς μετὰ Τληπολέμου εἰς τοὺς ἐκεῖ τόπους ἀπενεχθεῖσι καὶ μάχην συνάψασι πρὸς τοὺς ἐνοικοῦντας τῶν βαρβάρων ἐκείνην τὴν χώραν. D’ordinaire, à partir des scholies à Lycophron et des notices des compilateurs byzantins comme Tzétzès (Euphorion apud Tzétzès ad Lycophron, 911, frag. 40 Meineke, et Étienne de Byzance s. v. Μάκαλλα), les commentateurs corrigent la leçon des manuscrits Μύκαλλα en Μάκαλλα et τοῦ Ἀπόλλωνος τοῦ ἁλίου en τοῦ Ἀπόλλωνος τοῦ Ἀλαίου. Commentaires dans Bérard 1957, p. 344-345, qui identifie Timée comme la source probable du Pseudo-Aristote.
78 Chôné peut correspondre à Cirò et Pétélia à Strongoli, selon Bérard 1957, p. 345-347. La Genière 1993, p. 90-91, propose de situer Macalla, cité par Lycophron, sur les montagnes des Murges. Sur le sanctuaire d’Apollon, Giangiulio 1987b ; La Genière 1987a ; Nafissi 2000.
79 Description succincte, avec plans et reconstitution de la façade du temple, dans Seiler 1996, p. 250-254.
80 Mertens-Horn 1996, p. 261-265, avec reproduction des fragments.
81 τοῦ δὲ Κρότωνα ἀγνοοῦντος εἰπεῖν πάλιν τὴν Πυθίαν, / αὐτός σοι φράζει ἑκατηβόλος· ἀλλὰ συνίει. / οὗτος μὲν Τάφιός τοι ἀνήροτος, ἥδε δὲ Χαλκίς, / ἥδε δὲ Κουρήτων * ἡ ἱερὰ χθών, / αἵδε δ’ Ἐχινάδες εἰσί· πολὺς δ› ἐπ› ἀριστερὰ πόντος. / οὕτω σ’ οὐκ ἄν φημι Λακινίου ἄκρου ἁμαρτεῖν / οὐδ’ ἱερᾶς Κριμίσης οὐδ’ Αἰσάρου ποταμοῖο. « Mais comme celui-ci [Myscellos] ignorait l’emplacement de Crotone, la Pythie parla de nouveau : “Celui qui te parle est celui qui lance ses traits au loin ; eh bien, écoute-le. / Ici se trouve la plaine non labourée de Taphos, ici celle de Chalcis, / Ici celle de Courètes <…> la terre sacrée, / Et là les îles Échinades : et à l’Ouest de celles-ci, la vaste mer./ Ainsi je te dis que tu ne peux manquer le cap Lacinios, / Ni la Crimisa sacrée, ni le fleuve Aisaros » : Diodore de Sicile, VIII, 17, 1 (trad. Cohen-Skalli). Cette édition française (CUF) propose un classement différent des fragments des livres VI à X de Diodore : cf. Diodore de Sicile, A. Cohen Skalli (trad.), 2012, p. lxxi-lxxiii. Le tableau de correspondance, p. cx, donne VIII, 17 CUF = VIII, 14 éd. Vogel ; VIII, 22 CUF = VIII, 17 éd. Vogel.
82 Commentaire sur l’ensemble des sources écrites en rapport avec les cultes et les sanctuaires de Crotone dans Mele 1996b, p. 235-239, part. p. 237 ; Spadea 1996b, p. 247-249. Pour l’histoire de Crotone à l’époque archaïque, Giangiulio 1989.
83 Greco E. 1992c. Exégèse de la tradition manuscrite et bilan historiographique dans Aversa 2008. Voir en dernier Greco E. 2013a.
84 ὡς τεττάρων μὲν ἐθνῶν τῶν πλησίον ὑπῆρξε, πέντε δὲ καὶ εἴκοσι πόλεις ὑπηκόους ἔσχε : Strabon, VI, 1, 13.
85 Bugno 1999, p. 7-35, part. p. 26. Guzzo 2016a, p. 303, exprime une vision plus nuancée et met en doute la possibilité de comparer le système hégémonique sybarite avec l’empire perse de l’époque archaïque, notamment par l’absence, dans le premier cas, de la figure d’un roi.
86 Sed principio originum Metapontini cum Sybaritanis et Crotoniensibus pellere ceteros Graecos Italia statuerunt. Cum primum urbem Sirim cepissent, in expugnatione ejus L juuenes amplexos Mineruae simulacrum sacerdotemque deae uelatum ornamentis inter ipsa altaria trucidauerunt. Ob haec cum peste et seditionibus uexarentur. « À l’origine, les Métapontins, ligués avec ceux de Sybaris et de Crotone, voulurent chasser de l’Italie les autres Grecs. Ils prirent d’abord la ville de Siris et, pendant l’assaut, ils égorgèrent au pied des autels cinquante jeunes gens qui tenaient dans leurs bras la statue de Minerve et le prêtre de la déesse revêtu de ses insignes. Ils en furent punis par la peste et les séditions » : Justin, XX, 2, 3-5 (trad. Chambry et Thély-Chambry). Bérard 1957, p. 190 ; De Juliis 1996, p. 152-153.
87 De Juliis 1996, p. 153.
88 Osanna 1992, p. 134.
89 Hécatée, FGrH 1, 64-71 apud Étienne de Byzance, s.v. Ἀρίνθη.
90 Pline l’Ancien, N.H., III, 10, 71 et 11, 97. Nicolet 1988, p. 302.
91 Παθοῦσι δὲ ταῦτα Μιλησίοισι πρὸς Περσέων οὐκ ἀπέδοσαν τὴν ὁμοίην Συβαρῖται, οἳ Λᾶόν τε καὶ Σκίδρον οἴκεον τῆς πόλιος ἀπεστερημένοι· Συβάριος γὰρ ἁλούσης ὑπὸ Κροτωνιητέων. « Lorsque les Milésiens eurent ainsi à souffrir des Perses, les Sybarites, établis à Laos et Skidros depuis qu’ils étaient privés de leur patrie, ne leur rendirent pas la pareille pour ce qui s’était passé lors de la prise de Sybaris par les Crotoniates » : Hérodote, VI, 21 (trad. Legrand).
92 Bérard 1957, p. 146-147 ; Greco E. 1992a, p. 91-92. Bilan de nos connaissances sur Laos dans D’Andrea, Givigliano 2010 ; Aversa 2016 ; Duplouy, Munzi, Santoriello 2019.
93 Greco, Gasparri 1995, p. 24-25, no 18 et p. 73. Sur ce site, voir plus récemment Mollo 2017 ; Cocorullo 2019.
94 Sontini est cité par Pline l’Ancien, N.H., III, 15 (11), 98.
95 Greco, Gasparri 1995, p. 73-74 ; Greco E. 1992a, p. 89-93 ; De Juliis 1996, p. 180 ; Parise 2001 ; Horsnaes 2011. Sur les résultats des repérages de surface à Molpa, voir De Magistris 1995, p. 14-22, qui identifie du matériel avec une large fourchette chronologique et qui soutient l’hypothèse d’un établissement phocéen (de Velia) à Molpa, sur le col, entre le ive et le iiie siècle.
96 Taliercio Mensitieri 2001, p. 128.
97 Greco E. 1992c, p. 463-465.
98 ἁρμόχθεν οἱ Συβαρῖ/ται κ’ οἱ σύνμαχοι κ’ οἱ / Σερδαῖοι ἐπὶ φιλότατ/ι πιστᾶι κ’ ἀδόλοι ἀε/ίδιον. πρόξενοι ὁ Ζε/ὺς κ’ Ὀπόλον κ’ ὄλλοι θ/εοὶ καὶ πόλις Ποσειδα/νία : SEG XXII, 336, Musée d’Olympie, B. 4750 : « Se sont unis les Sybarites et leurs alliés et les Serdéens [Serdaioi], en amitié fidèle et confiante, pour toujours. Sont témoins Zeus, Apollon, les autres dieux et la cité de Poseidonia » (trad. Bertrand). Van Effenterre, Ruzé 1994, p. 174-177, no 42 ; Dubois 2002, p. 36-40, no 1 ; Bertrand 2004, p. 36-37, no 8 ; Nouveau choix 2005, p. 95-97, no 16. Interprétation du vocabulaire de l’inscription dans Giangiulio 1992 ; Bugno 2001, p. 322-325.
99 Greco E. 1990. Bilan des discussions dans Polosa 2000. Plus récemment, Lombardo 2008 ; Greco E. 2013a.
100 Lombardo 2008, p. 55, évoque l’analyse paléographique des formes des lettres qui plaide pour une fourchette comprise entre la dernière décennie du vie et le début du ve siècle av. J.-C., puis développe des raisonnements historiques pour proposer une datation après la défaite de 511/510. Voir aussi Dubois 2002, p. 36-38.
101 Brousseau 2010, à partir des aspects stylistiques et à cause de la technique du double relief.
102 Lombardo 2008, p. 51.
103 Greco E. 1992c ; 2000b, p. 202. Voir aussi nos commentaires sur Velia au chapitre 5.
104 Καὶ οὗτοι μὲν Φωκαιέων τοιούτῳ μόρῳ διεχρήσαντο. Οἱ δὲ αὐτῶν ἐς τὸ Ῥήγιον καταφυγόντες ἐνθεῦτεν ὁρμώμενοι ἐκτήσαντο πόλιν γῆς τῆς Οἰνωτρίης ταύτην ἥτις νῦν Ὑέλη καλέεται. Ἔκτισαν δὲ ταύτην πρὸς ἀνδρὸς Ποσειδωνιήτεω μαθόντες ὡς τὸν Κύρνον σφι ἡ Πυθίη ἔχρησε κτίσαι ἥρων ἐόντα, ἀλλ’ οὐ τὴν νῆσον. « Tel fut le sort de cette partie des Phocéens. Ceux d’entre eux qui s’étaient réfugiés à Rhegion, partant de là, se rendirent maîtres d’une ville du pays d’Œnôtrie, celle qui s’appelle aujourd’hui Hyélé. Ils colonisèrent cette ville après qu’ils eurent appris d’un homme de Poseidonia qu’en parlant de Kyrnos la Pythie avait ordonné de fonder un sanctuaire en l’honneur d’un héros de ce nom, et non pas une colonie dans l’île » : Hérodote, I, 167 (trad. Legrand). Commentaires dans Bats 1994 ; Greco E. 2000b.
105 Greco E. 1992c, p. 481.
106 Greco E. 1975 ; Sud di Velia 1990.
107 La Torre 2009.
108 Bérard 1957, p. 147-148, 307.
109 Od., X, 224. Entre autres, voir Giangiulio 1996, p. 266-268.
110 ὃν δολοφονηθέντα ὑπὸ τῶν βαρβάρων γενέσθαι βαρύμηνιν, ὥστε τοὺς περιοίκους δασμολογεῖν αὐτῷ κατά τι λόγιον : Strabon, VI, 1, 5 (trad. Lasserre).
111 Voir le chapitre précédent sur l’aspect symbolique du personnage d’Euthymos en rapport avec la frontière entre Locres et Rhegion.
112 τόδε μὲν ἤκουσα, γραφῇ δὲ τοιάδε ἐπιτυχὼν οἶδα· ἦν δὲ αὕτη γραφῆς μίμημα ἀρχαίας. νεανίσκος Σύβαρις καὶ Κάλαβρός τε ποταμὸς καὶ Λύκα πηγή, πρὸς δὲ Ἥρα τε καὶ Τεμέσα ἦν ἡ πόλις, ἐν δέ σφισι καὶ δαίμων ὅντινα ἐξέβαλεν ὁ Εὔθυμος, χρόαν τε δεινῶς μέλας καὶ τὸ εἶδος ἅπαν ἐς τὰ μάλιστα φοβερός, λύκου δὲ ἀμπίσχετο δέρμα ἐσθῆτα· ἐτίθετο δὲ καὶ ὄνομα Λύκαν τὰ ἐπὶ τῇ γραφῇ γράμματα. « Voilà ce que j’ai entendu dire mais il se trouve que j’en ai une connaissance directe pour être tombé sur le tableau que voici. C’était la copie d’un antique tableau. Il y avait un jeune homme, Sybaris, le fleuve Kalabros et la source Lyka, en outre, il y avait Héra et la cité de Temesa et, au milieu d’eux, le démon que chassa Euthymos : il était d’une couleur horriblement noire et d’un aspect totalement effrayant. En guise de vêtement, il était drapé dans une peau de loup et les lettres inscrites sur la peinture lui donnaient le nom de Lykas » : Pausanias, VI, 6, 11, texte établi par M. Casevitz, traduction et commentaires dans Rouveret 1993, p. 76-77. Voir l’opposition entre les deux textes de Strabon et Pausanias dans Prontera 1981, p. 42. Pour un commentaire sur la légende d’Euthymos, Lepore, Mele 1983 ; Visintin 1992 ; Currie 2002. Pour un commentaire sur les sources écrites à propos de Temesa, y compris cette légende, Mele 2009.
113 Moretti 1953, p. 30-32, cité par Rouveret 1993, p. 73, n. 3.
114 Selon A. Rouveret, le tableau représente « une scène mythologique relevant d’une lecture allégorique » : Rouveret 1993, p. 86.
115 La Torre 2002, p. 355-368, a daté la destruction de l’édifice dans les années 480-470 av. J.-C. et a suggéré d’y voir le signe matériel du passage de Temesa à la sphère d’influence de Locres.
116 Greco E. 1992a, p. 94.
117 Nos commentaires se fondent sur l’étude de Taliercio Mensitieri 2004. Deux mises en garde sont importantes : d’une part, le caractère fortuit et le nombre réduit des exemplaires découverts : pour la période la plus ancienne, dans la seconde moitié du vie siècle, est considéré un total de moins de 170 pièces. D’autre part, les chiffres donnés par cette étude concernent l’ensemble de la région formée par Temesa et Térine.
118 Parise 1981 ; Stazio 1981.
119 Des communautés qui, à l’époque de l’apogée de Sybaris, n’avaient pas d’autonomie seraient certainement passées sous l’autorité de Crotone après 511/510.
120 Voir la publication des prospections de l’équipe de l’université d’Austin, sous la direction de J. C. Carter : Carter, Prieto 2011. Voir aussi les autres volumes issus de ces prospections : Carter 2000 ; 2006 ; Bökönyi, Gál, Bartosiewicz 2010 ; Lapadula 2012 ; Lanza, Swift 2014. Compte tenu de ces publications exhaustives, il est inutile de reprendre le dossier de tous les sites archéologiques du territoire de Métaponte ; nous nous concentrerons sur les données en lien direct avec la question de la frontière de cette cité.
121 Bökönyi, Gál, Bartosiewicz 2010.
122 Stazio 1973.
123 Strabon, VI, 1, 15. On a essayé d’identifier l’emplacement de l’offrande à Delphes, mais la base que l’on croyait correspondre à cette offrande appartient en réalité au pilier de Prusias, dont le cheval devait se dresser dans un champ de blé. Sur le pilier de Prusias, voir A. Jacquemin et D. Laroche dans Pentazos, Déroche, Queyrel 1986, p. 785-787 ; Jacquemin 1999, cat. 365. Sur ce sujet, voir aussi Mertens-Horn 1990, p. 245-246.
124 Ἑξῆς δ’ ἐστὶ Μεταπόντιον, εἰς ἣν ἀπὸ τοῦ ἐπινείου τῆς Ἡρακλείας εἰσὶ στάδιοι τετταράκοντα πρὸς τοῖς ἑκατόν. Πυλίων δὲ λέγεται κτίσμα τῶν ἐξ Ἰλίου πλευσάντων μετὰ Νέστορος, οὓς οὕτως ἀπὸ γεωργίας εὐτυχῆσαί φασιν ὥστε θέρος χρυσοῦν ἐν Δελφοῖς ἀναθεῖναι. σημεῖον δὲ ποιοῦνται τῆς κτίσεως τὸν τῶν Νηλειδῶν ἐναγισμόν· ἠφανίσθη δ’ ὑπὸ Σαυνιτῶν. « Ensuite vient Métaponte, à 140 stades du port d’Héraclée. Elle passe pour avoir été fondée par des Pyliens revenant de Troie sous la conduite de Nestor, et l’on rapporte que la mise en culture de son territoire leur assura de tels bénéfices qu’ils firent à Delphes, figurée en or, l’offrande d’une moisson entière. Cette origine pylienne serait prouvée par le rite local du sacrifice expiatoire aux mânes des Néléides. La ville fut anéantie par les Samnites » : Strabon, VI, 1, 15 (trad. Lasserre). Selon Lasserre 2003, p. 227, la source de Strabon serait Timée. Commentaires dans Greco E.1987b, p. 133-134 ; Mele 1991.
125 Commentaire dans Musti 2005, p. 325-330, qui soutient que la source de Strabon, certainement un auteur situé entre le ive et le iiie siècle, fait un usage anachronique des populations samnites.
126 Sur les contacts pré- et protocoloniaux dans le golfe Ionien, voir Esposito 2005 ; 2012 ; 2018.
127 Ἀντίοχος δέ φησιν ἐκλειφθέντα τὸν τόπον ἐποικῆσαι τῶν Ἀχαιῶν τινας μεταπεμφθέντας ὑπὸ τῶν ἐν Συβάρει Ἀχαιῶν, μεταπεμφθῆναι δὲ κατὰ μῖσος τὸ πρὸς Ταραντίνους τῶν Ἀχαιῶν τῶν ἐκπεσόντων ἐκ τῆς Λακωνικῆς, ἵνα μὴ Ταραντῖνοι γειτνιῶτες ἐπιπηδήσαιεν τῷ τόπῳ. δυεῖν δ’ οὐσῶν πόλεων, τοῦ <μὲν> Μεταποντίου ἐγγυτέρω <τῆς δὲ Σειρίτιδος ἀπωτέρω> τοῦ Τάραντος, πεισθῆναι τοὺς ἀφιγμένους ὑπὸ τῶν Συβαριτῶν τὸ Μεταπόντιον κατασχεῖν· τοῦτο μὲν γὰρ ἔχοντας ἕξειν καὶ τὴν Σειρῖτιν, εἰ δ’ ἐπὶ τὴν Σειρῖτιν τράποιντο, προςθήσειν τοῖς Ταραντίνοις τὸ Μεταπόντιον ἐν πλευραῖς οὖσι. « Suivant Antiochos, le site abandonné aurait été colonisé ensuite par des Achéens obéissant à un appel de leurs compatriotes de Sybaris. En effet, mus par leur haine atavique des Tarentins, dont les ancêtres avaient chassé les leurs de Laconie, ceux-ci leur auraient demandé d’y venir pour empêcher leurs voisins de Tarente d’y prendre aussitôt pied. Comme les nouveaux venus avaient le choix entre deux emplacements, soit Métaponte, à bonne distance de Tarente, soit la Siritide, plus proche de cette ville, ils se décidèrent pour Métaponte sur le conseil des Sybarites, qui les persuadèrent que la possession de ce territoire leur assurait par-dessus le marché, à bref délai, celle de la Siritide, tandis que s’ils optaient pour la Siritide, ils feraient en somme cadeau de Métaponte à Tarente, puisque ces deux villes étaient situées côte à côte » : Strabon, VI, 1, 15 (trad. Lasserre). Pour l’ensemble des sources concernant Métaponte, voir Adamesteanu, Milanezi, Siciliano 1992 ; commentaires dans Bérard 1957, p. 175-185 ; Lombardo 2001, p. 265-266. Pour une synthèse des connaissances sur la cité, en particulier sur les sources archéologiques, voir De Juliis 2001 ; Guzzo 2016a, p. 368-406.
128 Greco E. 1992a, p. 224-234. Sur Héraclée, Adamesteanu, Fantasia 1989 ; Guzzo 2016a, p. 342-368.
129 Schmiedt, Chevallier 1959 ; 1960 ; Adamesteanu 1965 ; 1967.
130 Bilan des études sur le thème du territoire en Grande Grèce, avec plusieurs renvois à l’exemple métapontin, dans Atti Taranto 2000 ; voir en particulier les contributions de Carter 2000 et de De Siena 2000. Voir aussi le volume Siritide e Metapontino 1991.
131 πολεμοῦντας δ’ ὕστερον πρὸς τοὺς Ταραντίνους καὶ τοὺς ὑπερκειμένους Οἰνωτροὺς ἐπὶ μέρει διαλυθῆναι τῆς γῆς, ὅπερ γενέσθαι τῆς τότε Ἰταλίας ὅριον καὶ τῆς Ἰαπυγίας. « Les guerres qui les opposèrent plus tard aux Tarentins et aux Œnôtriens de l’intérieur auraient trouvé leur dénouement dans un accord sur la parcelle de territoire qui constituait la frontière entre l’Italie d’alors et l’Iapygie » : Strabon, VI, 1, 15 (trad. Lasserre). Nous avons déjà commenté ci-dessus l’utilisation du cours du Bradano comme indicateur des limites de la région appelée Grande Grèce (Megale Hellas), mais aussi Œnôtrie ou Lucanie (Strabon, VI, 1, 4), ainsi que de la région III de l’Italie à l’époque d’Auguste.
132 Greco E. 1992a, p. 44 ; De Juliis 2001, p. 43 ; Guzzo 2011, p. 307-310. Dans tous les cas, la chronologie établie par Eusèbe au début du viie siècle n’est pas soutenable pour Métaponte.
133 Sassu 2018 procède à une discussion sur les fonctions des sanctuaires extra-urbains en Grande Grèce, puis à une analyse des lieux de culte en dehors du centre urbain de Métaponte.
134 Osanna 1992, p. 78, no 2 ; De Juliis 2001, p. 86-96 ; De Siena 2010.
135 Mertens 2006, p. 163, 217.
136 Cette datation à la fin du viie siècle est soutenue entre autres par Osanna 1992, p. 78, no 2. Une datation de la céramique uniquement à partir du milieu du vie siècle est proposée par Lo Porto 1981, p. 36-38, et suivie par Carter 1994, p. 174-175.
137 Bérard 1936, p. 8 ; Arena 1996, p. 97, no 75.
138 Adamesteanu 1967.
139 De Siena 2000, p. 759.
140 Schojer 2001, p. 84-85.
141 Brève synthèse des découvertes anciennes à Ginosa dans Giannotta 1990. Voir aussi De Juliis 1984, p. 424, mobilier LXXXIII ; Lippolis 1992, p. 22.
142 Schojer 1997, p. 95-97 ; 2001, p. 79-80.
143 Découvertes par la Surintendance archéologique des Pouilles lors des travaux de construction du méthanoduc SNAM : De Siena 2000, p. 764-765.
144 Degrassi 1961, p. 27 ; Stazio 1967, p. 277 ; Lo Porto 1988-1989, p. 404-408.
145 Schojer 2001, p. 81-84.
146 Compte tenu de la proximité du Bradano avec le centre urbain et des données archéologiques disponibles, Carter, Prieto 2011, p. 620, proposent une extension du territoire de Métaponte au-delà du Bradano, sans qu’il soit encore possible de déterminer une limite plus précise.
147 Adamesteanu 1974, p. 81 ; Osanna 1992, p. 81-82, no 10 ; Carter 1994, p. 171 ; Notario 2001.
148 Morel 1970 ; Du Toit et al. 1983 ; Morel 1987 ; Osanna 1992, p. 82, no 11 ; Carter 1994, p. 177 ; Miller 1995, cat. LU 11 ; Barberis 1999, p. 74, no A36.
149 Carter 1991, p. 242 ; Osanna 1992, p. 81, no 9.
150 Adamesteanu 1973, p. 58 ; Guarino 1978 ; Carter 2006, p. 143-146.
151 Osanna 1992, p. 82, no 12 ; Carter 2006, p. 135-136.
152 La bibliographie sur ce site est relativement vaste : voir Osanna 1992, p. 79-80, no 4, et l’historiographie complète dans Adamesteanu, Adornato 2001. Voir aussi Torelli 2011.
153 Lo Porto 1988, p. 14 ; Osanna 1992, p. 48-52, 80 ; Arena 1996, p. 92, nos 64-65 ; Dubois 2002, nos 43-44.
154 Certains chercheurs continuent de soutenir un culte à Zeus à côté du culte à Artémis, en particulier à cause de l’identification d’une statuette en terre cuite du dieu : Mertens-Horn 1992, p. 6 et 91; De Siena 1991, p. 152, no 27. On a aussi proposé une évolution du culte, qui aurait été dans un premier temps dédié à Zeus et à Héra, puis à Artémis : De Stefano 2014. Sur quelques types de terres cuites votives féminines, voir Bilbao Zubiri 2019.
155 La frise a été datée des années 630 av. J.-C. : Mertens-Horn 1992 ; Mertens 2006, p. 47.
156 La scène a été mise en parallèle avec une épinicie de Bacchylide (Ép., 11, 11) en l’honneur d’Alexidamos de Métaponte, victorieux de la lutte dans les jeux pythiques. Le poème évoque la déesse Artémis (v. 37), raconte comment elle accompagna les Achéens dans la fondation de Métaponte (v. 113-117) et finit avec l’installation d’un lieu de culte situé près d’un bois sacré et aux marges du Kasas (v. 118-120). Ce Kasas a été identifié avec le Casuentus de Pline l’Ancien (N.H., III, 15, 3), l’actuel Basento : Torelli 2011.
157 Description des vestiges et du matériel votif dans De Juliis 2001, p. 96-107.
158 Carter 1994, p. 169.
159 Carter 1991, p. 242-243 ; De Siena 2004, p. 442-446 ; Giardino 2011, p. 1-3.
160 Métaponte, Musée archéologique national, inv. 12 739 : Orlandini 1983, p. 507-508 ; De Juliis 1984, p. 90, no 18.
161 Carter 1994, p. 169.
162 Osanna 1992, p. 51. Voir aussi les mises en garde pour l’interprétation des sanctuaires « de frontière », en particulier en ce qui concerne San Biagio, dans Carter 2006, p. 160-161 ; Sassu 2018, p. 144-147.
163 Adamesteanu 1967, p. 25 ; Atti Taranto 1982 ; Carter 1994, p. 177.
164 Les prospections de l’équipe de l’université d’Austin ont livré un nombre important d’établissements ruraux apparus pour la première fois dans la campagne de Métaponte au milieu du vie siècle av. J.-C. : Carter 2006 ; Carter, Prieto 2011, p. 563.
165 Carter 1991, p. 242 ; Osanna 1992, p. 80, no 5 ; Carter 2006, p. 137-140. Publication complète dans Lanza, Swift 2014.
166 Osanna 1992, p. 80-81, no 6 ; Carter 2006, p. 137. Publication complète dans Silvestrelli, Edlund-Berry 2016.
167 Osanna 1992, p. 81, no 8 ; Carter 1994, p. 177-178 ; 2006, p. 147-148.
168 Osanna 1992, p. 81, no 7.
169 Justin, XX, 2, 3-5, cf. Bérard 1957, p. 190. Voir l’extrait ci-dessus, n. 86.
170 Giannotta, Lombardo 1990. En fait, deux sites sont connus à Incoronata, appelés « Incoronata indigène » et « Incoronata grecque ». Pour notre propos sur la définition de la frontière de la cité grecque de Métaponte, la distinction n’est pas pertinente : Carter 1994, p. 165. Voir aussi Orlandini 1991, p. 91-94 ; Osanna 1992, p. 83, no 13 ; De Siena 2000, p. 765 ; Carter 2006, p. 55-68. De nouvelles recherches en cours, sous la direction de M. Denti (université de Rennes 2), ont rouvert les débats sur l’établissement de l’âge du fer d’Incoronata : Denti 2013a ; 2013b ; Denti, Villette 2013 ; Denti 2015 ; Bellamy, Meadeb 2016 ; Denti 2016 ; 2019.
171 Carter 2006, p. 68-78.
172 Adamesteanu 1974, p. 64-66 ; Osanna 1992, p. 83, no 17 ; Giannotta 2011.
173 Osanna 1992, p. 83-84, no 18 ; Barberis 1999, p. 75, no A40 ; Castoldi 2007 ; Bottini, Lecce 2013, p. 50-54. Le territoire compris entre Pisticci et Ferrandina fait l’objet de recherches de la part de l’université de Milan, sous la direction de M. Castoldi : Castoldi 2007.
174 L’ancienne hypothèse de voir ici l’établissement d’un phrourion est désormais abandonnée. L’ostrakon gravé sur un fragment de pithos en alphabet achéen et écriture rétrograde, daté entre le vie et le début du ve siècle av. J.-C., où l’on lit ]σ καταπύγ[ōν] et où l’adjectif καταπύγων (« infâme », « débauché ») devait se référer à un nom propre se terminant par un sigma, a été interprété comme une allusion à la pédérastie. En revanche, ce témoignage est lié uniquement à l’influence grecque et pas nécessairement à la présence d’un groupe de péripoloi dans une fortification : Tagliente, Lombardo 1985 ; Bottini, Lecce 2013, p. 54 ; Pollini 2019, p. 9-10.
175 À ce propos, il est intéressant de rappeler que le premier peintre connu de la région de Métaponte est le Peintre de Pisticci, qui tire son nom du lieu de découverte de plusieurs de ses vases, même s’il est impossible de déterminer avec précision son origine : Denoyelle 1997 ; Denoyelle, Iozzo 2009, p. 100-102. Sur la production de vases figurés à Métaponte et la question de leur diffusion, voir Silvestrelli 2015.
176 Osanna 1992, p. 54.
177 C’est un des résultats majeurs de la poursuite des prospections et études de l’équipe de l’université d’Austin : Carter, Prieto 2011.
178 Carter 2006, p. 160.
179 Carter 1994, p. 180.
180 De Siena 2000, p. 763.
181 Carter 1994, p. 180 ; 2006, p. 161-163.
182 Sur le sanctuaire de Pantanello, brève description dans Carter 1991, p. 245-249 ; 2006, p. 163-173. Désormais publication complète : Carter, Swift 2018. Sur la nécropole, publication complète : Carter 1998. Synthèse dans Carter 2006, p. 173-185.
183 Carter 2006, p. 161.
184 Schmiedt, Chevallier 1959, p. 2-5 ; 1960, p. 1-31 ; Adamesteanu 1965, p. 179-184 ; 1967, p. 3-38.
185 Outre plusieurs articles et rapports préliminaires, voir Carter 1994, p. 182 ; 2000, p. 775-776 ; 2006, p. 91-132 ; Carter, Prieto 2011, p. 1027-1051.
186 Si les premières campagnes s’étaient concentrées à Pantanello dans les années 1980, entre 2000 et 2002 de nouvelles données ont été mises au jour en particulier à Pizzica et à San Salvatore, entre le Bradano et le Basento, et à San Teodoro, entre le Basento et le Cavone : Carter, Prieto 2011, p. 1045.
187 Synthèse sur l’évolution de l’occupation du territoire, ibid., p. 621-624.
188 Selon les calculs de J. C. Carter, suivant l’emplacement des fermes et des lignes de division des terres, le lot moyen devait mesurer 16 hectares : Carter 2000, p. 784. Sur la phase du ve siècle, Carter, Prieto 2011, p. 745-773.
189 Mertens 1991, p. 129-130 ; De Juliis 2001, p. 159-167 ; Mertens 2006, p. 157-159 ; Carter, Prieto 2011, p. 779-781. Voir aussi, sur l’ekklesiastérion de Métaponte, Pollini 2020, p. 198.
190 Selon Carter 2000, p. 776, cette augmentation significative de l’utilisation des bovins a lieu à partir de 480 av. J.-C.
191 Carter 1991, p. 242-243 ; 2000, p. 784-786 ; 2006, p. 134-149 ; Carter, Prieto 2011, p. 785-798.
192 Commentaires sur l’occupation du territoire entre le ive et le iiie siècle dans Barra Bagnasco 1999, mais surtout dans Carter, Prieto 2011, p. 809-853. Une analyse de la densité d’occupation des terres entre le vie siècle et l’époque romaine impériale, avec des estimations sur le nombre d’habitants, a été rendue possible grâce aux prospections de l’université d’Austin : Carter 1990a.
193 Carter, Prieto 2011, p. 854-856.
194 Carter 2006, p. 162.
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