Annexe 4. Fleur de soufre ou soufre candi ?
p. 223-224
Texte intégral
AD BDR, 410 U 16. Rapport de vérification
et évaluation des dommages et intérêts,
15 février 1812.
1« Nous disons que le sieur Vernet, fabriquant de souffre de cette ville de Marseille, y a deux fabriques. La première est sise dans une maison n° 45 au grand chemin d’Aix à l’extrémité du faubourg. C’est dans cette maison que le dit sieur Vernet a ses entrepos et fait le siège principal de son commerce. La fabrique se trouve au rez-de-chaussée, au fond et à couchant d’un grand magasin par lequel il faut passer pour arriver à la dite fabrique. Là, sont plusieurs chaudières découvertes pour la fonte du souffre en canon et deux chaudières à fleur de souffre. La seconde fabrique est sise derrière la première dans une rue appelée Malaval, maison n° 9. On arrive à cette seconde fabrique en traversant la maison et un long jardin au fond duquel elle est située. Nous avons trouvé ces deux fabriques en pleine activité, ainsi que Monsieur le juge de paix les trouva le 19 avril, jour de son audit dans la deuxième fabrique, pour trois chambres à fleur de souffre. Nous disons quant aux chaudières découvertes qu’elles ne servent qu’à fondre et à purifier le souffre brut pour le mettre en canon et que l’on ne peut par leur moyen imiter les souffres liquides et candis des sieurs Porry, Signoret, Boffe et compagnie pour lesquels ils ont un brevet d’invention et ce n’est que par le moyen des chambres à fleur de souffre qu’on peut y parvenir ainsi que nous allons le démontrer tout à l’heure. Nous n’avons donc pu nous rendre raison, quoiqu’ait pu nous dire le sieur Vernet sur la cessation des feux de ces chaudières découvertes, des motifs véritables qui l’ont portés à cesser ces feux puisque les vérifications requises par les sieurs Porry, Boffe et Compagnie ne portaient que sur la sublimation opérée dans les chambres voûtées à fleur de souffre, seul et unique moyen pour faire des candis et des liquides et non sur les chaudières découvertes pour la fonte du souffre. Ces chambres voûtées pour faire la fleur de souffre avec les chaudières et fourneaux contigus sont les mêmes dont se servent généralement tous les fabriquants Tout l’appareil pour la fabrication de la fleur de souffre ou du candi consiste en deux corps contigus à voûtes fermés hermétiquement avec une ouverture de communication intérieure. Dans le premier corps se trouve la chaudière qui reçoit le souffre brut par une porte de chargement pratiqué sur le côté, au dessous est le fourneau dont la bouche se trouve dans un lieu aéré. Ces porte et bouches à feu ont été libres et les scellés n’y ont pas été apposés. Le second corps est la chambre qui reçoit la fleur de souffre ; il est adossé comme nous l’avons dit au premier corps avec lequel il paraît n’en faire qu’un. Sa seule communication est une ouverture intérieure pratiquée au dessus de la chaudière. C’est dans ce second corps ou chambre à fleur de souffre que se trouve la porte pour retirer la matière fabriquée et c’est sur ces portes qui doivent être fermées pendant la durée de l’oppération que les scellés ont été apposés. La chaudière mise en ébulition par l’action d’un feu vif dans le commencement de l’opération mais ensuite modéré, chasse les vapeurs ou fumées qui ne pouvant s’échapper ailleurs que par l’ouverture de communication dont nous avons parlé se répandent dans la chambre qui en état de fraîcheur reçoit les vapeurs sur ses parois, sur son sol vaporisent et forment la fleur de souffre. « On peut par le même appareil fabriquer et obtenir du souffre liquide et candi, au lieu de fleur de souffre et il y a peu à faire pour imiter les procédés des sieurs Porry, Signoret, Bosse et Compagnie brevetés. Pour parvenir à ces procédés il faut faire un feu vif et continuel sous la chaudière pendant plusieurs jours. Ensuite, il faut modérer le feu lorsque la chaudière est en ébulition pour obtenir la fleur de souffre ; autant il faut accélérer son action pour obtenir du candi ou du liquide L’ébulition devient alors telle que les vapeurs poussées en plus grande quantité et continuellement dans la chambre, l’échauffent et tombent en liquide au lieu de tomber en sublimation et en fleur de souffre. « Il suit de cette démonstration que le sieur Vernet ne pouvait être surpris en contravention par Monsieur le juge de paix accédant au requis de ses adversaires, parce que les opérations de la sublimation en pleine activité à l’arrivée de ce magistrat sur les lieux n’étaient commencées que depuis 24 heures ; les chaudières fraîches encore ne pouvaient avoir le degré de chaleur nécessaire pour opérer la conversion de la vapeur de souffre en liquide et en candi ; il fallait plus de temps pour y parvenir. Le sieur Vernet pouvait donc continuer les opérations sans crainte de tomber en flagrant délit en modérant l’action du feu pour conférer à ces deux chambres le degré de fraîcheur nécessaire pour faire de la fleur de souffre. En l’état où les choses ont été trouvées par Monsieur le juge de paix à l’ouverture des chambres à fleur, n’y ayant dedans que de cette matière et conséquemment point de contravention, il n’a pas pu se dispenser de condamner les sieurs Porry, Signoret, Bosse et Compagnie aux dommages en conformité des lois qui régissent cette matière. »
Auteur
-
Annick Riani
Docteur en histoire Service Monuments et Patrimoine historique – ville de Marseille, Division Archéologie
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