Conclusion générale
p. 163-164
Texte intégral
1De l’étude de ces fortifications médiévales précoces, ressort d’abord la diversité de ces installations tant dans leur conception que dans leur mode de défense. La nécessité d’une protection efficace transparaît dans tous les cas et ne pouvait pas être uniquement symbolique ; les conflits armés devaient être fréquents même s’ils se déroulaient à l’échelle locale. Le point commun est le perchement qui protège par la difficulté d’accès. Il était tout à fait inutile d’ériger des mottes artificielles dans une topographie où les reliefs sont extrêmement nombreux et offrent des hauteurs de plusieurs dizaines de mètres. La plupart étaient des éperons barrés par un fossé comme à La Moutte d’Allemagne, La Moutte de Valensole, Notre-Dame à Allemagne voire Le Castellet sur la même commune bien que ce site soit plus récent. À Gaubert, la faible hauteur, une douzaine de mètres, était compensée par un exceptionnel escarpement, à-pic rocheux inaccessible à l’ouest et très forte pente à l’est. Ce n’était pas le cas à Niozelles, pourtant désigné Roca par les textes, où la fortification avait été établie sur un relief de 9 m de hauteur assez facile d’accès pour un piéton. C’est peut-être ce qui a poussé les occupants à construire une enceinte maçonnée polygonale dès la fin du Xe s. et d’en faire ainsi une manière de château-fort avec son donjon central. La topographie et les matériaux disponibles à proximité jouèrent sans doute un rôle important dans l’organisation des constructions. À Niozelles, le calcaire affleure et fournit à la fois les pierres nécessaires aux constructions ainsi qu’à la production de chaux. Sur le plateau de Valensole, en revanche, seuls des galets sont immédiatement disponibles. Il est possible qu’ils aient permis de produire de la chaux, mais il paraît avoir été nécessaire d’utiliser une grande quantité de bois pour réaliser les édifices. Le grès assez tendre de Gaubert rendait possible le creusement de ces nombreux trous de poteaux pour réaliser ce castrum de bois dont certains murs pouvaient aussi comporter de la terre comme nous l’avons dit. Ce site a pu être abandonné au profit d’une fortification érigée au village actuel de Gaubert mais rien n’est moins sûr.
2On ne cesse d’être étonné par la rapidité avec laquelle la plupart de ces sites subirent des transformations radicales puis furent abandonnés. C’est d’ailleurs ce que montrent une nouvelle fois, dans un parallèle étonnant avec La Moutte, les premières campagnes sur le site de Notre-Dame, le castrum Archazoscum, qui présente les mêmes types de constructions qu’à La Moutte et deux états successifs enterrés tour à tour. Partant de là, sans y voir de véritables hésitations, on comprend qu’à ses débuts, la conception du château n’était pas encore arrêtée. On semble avoir procédé par essais en suivant des logiques qui ne correspondent pas toujours aux nôtres. Il est dès lors possible de mettre ces résultats dans une perspective plus générale de la recherche castrale en rapprochant La Moutte et La Roca de Niozelles d’autres sites bien connus. Ainsi la motte de Mirville (Le Maho 1983) a subi plusieurs transformation et rehaussements comme ce fut le cas également sur le site de Husterknupp (Herrnbrodt 1958) en Allemagne. À Doué-La-Fontaine, site dont les débuts sont plus anciens et les occupants plus prestigieux, ont été mis au jour d’importantes modifications transformant une aula en motte castrale (De Boüard 1973-74). Au-delà de ces remaniements structurels, le mobilier mis au jour sur ces sites provençaux les insère dans le cadre plus global de la recherche sur l’habitat élitaire. C’est le cas notamment de Charavines (Colardelle, Verdel 1993) où certains objets sont identiques dans leurs fonctions mais également dans leur fabrication et où les modes de vie paraissent très proches de ceux de La Moutte. La même observation vaut pour le site d’Andone (Bourgeois 2009) bien que les résidents y étaient d’un rang plus élevé que nos anonymes provençaux.
3On a dit que La Moutte et Notre-Dame ont été ensevelis avant une première transformation puis complètement enterrés au moment de leur abandon. De même sur le site de Saint-Marc, il semble qu’à l’endroit où l’on s’accorde à placer l’ancien château, un vaste remblai soit venu en ensevelir les vestiges. Ces énormes travaux de terrassement révèlent des intentions impérieuses dont le sens précis nous échappe mais que les prochaines campagnes de fouilles parviendront peut-être à mettre en lumière.
Auteur
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Daniel Mouton
Chercheur associé au Laboratoire d’Archéologie Médiévale et Moderne en Méditerranée (LA3M), UMR 7298, Aix-Marseille Université (AMU), CNRS, MMSH Aix-en-Provence. Directeur de la fouille programmée de La Moutte, Allemagne-en-Provence. mouton@mmsh.univ-aix.fr
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