Christian de Stavelot
p. 287-289
Texte intégral
On ne sait presque rien de Christian de Stavelot (IXe s., mort après 880), Christianus Stabulensis, moine bénédictin de l’abbaye de Stavelot, en Belgique, peut-être originaire d’Aquitaine (c’est à tort qu’on l’a parfois assimilé à Christian Druthmar d’Aquitaine, moine à Corbie).
1On lui a attribué, sans doute à tort, des esquisses de commentaires des Évangiles de Luc et Jean ; celui qu’il a écrit (ca 864‑865) sur Matthieu (Expositio in Matthaeum Euangelistam) dénote l’influence de « l’école d’Auxerre », alors florissante et représentée par Haymon et Heiric. Très soucieux de pédagogie, il accorde une grande importance au commentaire linguistique et historique qu’il puise à des sources variées qui dénotent la grande étendue de sa culture.
126. À propos de Matthieu, II, 21‑22 : Archélaos
« Venit in terram Israhel. » Omnes Iudaei Israhel uocantur, Iuda autem una tribus.
« Audiens autem quod Archelaus regnaret in Iudaea pro Herode patre suo timuit illo ire. » Post mortem Herodis imperator regnum eius inter Archelaum et fratres eius, id est Herodem et Philippum et Lisaniam, diuisit et caput regni Ierusalem Archelao tradidit, qua paruo tempore fruitus est, quia imperator propter insolentiam morum eius accusatum a Iudaeis Vienna, quae est in Burgundia ciuitas, exilio religauit et regnum eius Pilato commendauit, non tamen dedit nec nomen regium permisit habere. Ideo dicit quia noluit ire in illum locum quo Archelaus regnabat, quoniam deus, qui monuit eum diuertere in aliam partem, preuidebat quod ipse eiusdem uoluntatis foret cuius et pater. Fratres autem eius non adeo dilexerant patrem pro interfectione parentum ; idcirco diuertit in Galileam, ubi Herodes regnabat.
« Il entra dans la terre d’Israel. » Le terme Israel désigne l’ensemble des Juifs, mais Juda désigne une seule tribu.
« Cependant, apprenant qu’Archélaos régnait sur la Judée, à la place de son père Hérode, il eut peur de s’y rendre. » En effet, après la mort d’Hérode [le Grand], l’empereur partagea son royaume entre Archélaos et ses frères, à savoir Hérode [Antipas], Philippe et Lysanias, et confia la capitale du royaume, Jérusalem, à Archélaos ; il en profita peu de temps, parce que, après qu’il eut été accusé par les Juifs pour son arrogance, l’empereur le relégua en exil à Vienne, une cité de Burgondie, et il confia le royaume à Pilate, sans toutefois le lui donner et sans l’autoriser à porter le titre de roi. Il [Mathieu] s’exprime en ces termes parce qu’il [Joseph] refusa d’aller là où régnait Archélaos, car Dieu, qui l’exhorta à se diriger vers une autre région, prévoyait que lui aussi [Archélaos] aurait la même intention que son père. Mais ses frères n’avaient pas d’affection pour leur père qui avait fait assassiner les membres de leur famille ; c’est pourquoi II [Joseph] se dirigea en Galilée, où régnait Hérode.
(Christian de Stavelot, Liber generationis, C 2)
2Un des soucis principaux de l’auteur était de donner les éclaircissements historiques nécessaires à la bonne compréhension du texte sacré. Suivant une méthode usuelle, Christian de Stavelot cite le texte de l’Évangile verset par verset (entre guillemets) suivi du commentaire (voir aussi le texte 110). Ce faisant, il commet une erreur : Lysanias est un dynaste qui ne fait pas partie de la famille royale hasmonéenne et gouvernera la principauté ituréenne d’Abilène jusque sous Caligula461 (16 et 114). On notera l’expression étrange utilisée pour qualifier le rôle de Pilate, qui n’a d’ailleurs été envoyé en Judée qu’en 26 de notre ère, bien après la disgrâce d’Archélaos ; en revanche, d’autres sources notent la volonté d’Auguste de ne plus accorder le titre royal aux descendants d’Hérode.
Références
Auteur et œuvre
DHGE 14, s.v. « Druthmar (Christian ou Chrétien de Stavelot, dit) », avec bibliographie, col. 1519‑1524 [A. d’Haenens] ; Brunhölzl 1991, p. 137‑138 et 296‑297 ; M.L.W. Laistner, « A ninth-century commentator on the Gospel according to Matthew », HThR 20, 1927, p. 129‑149 (repris dans The intellectual heritage of the early Middle Ages, Itaca, 1957, p. 216‑236 [réimpr., New York, 1966]).
Éditions
Expositio super librum generationis, éd. R.B.C. Huygens, CCCM 224, Turnhout, 2008, p. 109. Trad. G. Lucas.
Voir également, Christian de Stavelot (sub nomine Christianus Druthmarus, Corbeiensis monachus), Expositio in Matthaeum Euangelistam, PL 106, 1851, col. 1289B.
127. À propos de Matthieu, XXVII, 66 : le châtiment des ennemis du Seigneur
Postquam uero conualuerunt mala in eum, accepit ille cultellum quasi ad purgandum pomum et occidit se ipsum et sic obiit. Archelaus uero filius eius in Vienna exilio religatus obiit, Herodes quoque tetrarcha, Herodis filius, qui Iohannem decollauit et Pilato in passione consensit, Lugduno exiliatus est. Herodes alius nepos Herodis, Aristoboli filius, qui Iacobum fratrem sancti Iohannis decollauit, per quinque dies a uermibus in uentre commestus obiit. Pilatus uero propria se manu interfecit.
Après que le mal se fut accru en lui [Hérode le Grand], il se saisit d’un petit couteau comme s’il voulait éplucher une pomme, et se donna la mort ; c’est ainsi qu’il périt. Quant à Archélaos, son fils, il périt relégué en exil à Vienne ; et le tétrarque Hérode [Antipas], fils d’Hérode, qui fit décapiter Jean et s’était mis d’accord avec Pilate lors de la Passion, fut aussi exilé, à Lyon ; un autre Hérode [Hérode Agrippa], petit-fils d’Hérode [le Grand], fils d’Aristobule, qui fit décapiter Jacques, le frère de saint Jean, périt les entrailles mangées par la vermine. Quant à Pilate, il se tua de sa propre main.
(Christian de Stavelot, Liber generationis, C 27)
3Cet extrait du commentaire porte sur le verset final du chapitre XXVII (v. 66) où Matthieu rapporte que les Juifs, craignant que l’annonce de la résurrection du Christ ne cache une supercherie, ont obtenu de Pilate l’autorisation de surveiller le tombeau du Christ, illi autem abeuntes munierunt sepulcrum. Le chapitre XXVIII ouvre sur la résurrection du Christ. Dans cet extrait, qui est une sorte de digression, l’auteur met l’accent sur ce qui unit ces personnages, le châtiment divin. Ce thème est largement développé par Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique, tant à propos d’Hérode le Grand que de Pilate462 C’est probablement ce point commun entre Pilate et Archélaos, exilé à Vienne, avoir été tous deux ennemis de Dieu, qui a contribué à donner naissance plus ou moins confusément à la présence et à la mort de Pilate à Vienne.
Références
Éditions
Expositio super librum generationis, éd. R.B.C. Huygens, CCCM 224, Turnhout, 2008, p. 523‑552. Trad. G. Lucas.
Voir également, PL 106, 1851, col. 1498B.
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