Augustin, La Cité de Dieu
p. 143-144
Texte intégral
Augustin, saint Augustin (Aurelius Augustinus, 13 novembre 354 - 28 août 430), est né à Thagaste en Numidie. D’origine modeste, il poursuit cependant des études qui le mèneront à enseigner pendant treize ans. C’est à Milan qu’il reçoit l’illumination et se fait baptiser par Ambroise, la nuit pascale du 23 avril 387. En 388, il retourne dans son pays, où il est choisi comme prêtre par l’évêque Valérius et les fidèles, en 391 ; cinq ans plus tard, il lui succède sur le siège d’Hippone, où il meurt en août 430. Son œuvre est immense, plus de 110 ouvrages et de 200 lettres ; mis à part son autobiographie qui raconte sa vie jusqu’en 387, elle est entièrement consacrée à son ministère et sa vocation théologique. Son grand œuvre, La Cité de Dieu, est la dernière grande apologie du christianisme ; écrite après la prise de Rome par Alaric en 410, elle se présente comme une théologie chrétienne de l’Histoire, en 22 livres qui sont achevés en 426.
63. Incertitudes sur la mort de Valentinien
Mox tyranni Maximi extinctor Valentinianum puerum imperii sui partibus, unde fugatus fuerat, cum misericordissima ueneratione restituit, eoque siue per insidias siue quo alio pacto uel casu proxime extincto alium tyrannum Eugenium, qui in illius imperatoris locum non legitime fuerat subrogatus, accepto rursus prophetico responso fide certus oppressit, contra cuius robustissimum exercitum magis orando quam feriendo pugnauit.
Peu après, il [Théodose] tua le tyran Maxime et, avec un respect empreint de la plus grande compassion, il rétablit Valentinien encore enfant dans la partie de l’Empire d’où il avait été expulsé. Puis, ce jeune prince ayant succombé dans un guet-apens ou accidentellement, ou d’une autre façon, Théodose abattit un autre tyran, Eugène, illégitimement choisi pour remplacer cet empereur. Et assuré dans sa foi par une nouvelle réponse prophétique, il combattit la très puissante armée d’Eugène plus par la prière que par l’épée.
(Augustin, La Cité de Dieu, V, 26)
1Ce texte est en fait inséré dans un ensemble qui constitue un véritable éloge de Théodose le Grand, présenté comme le modèle de l’empereur chrétien. Les événements évoqués retracent à grands traits les rapports entre Théodose et Valentinien II ; celui-ci, âgé de treize ans, doit fuir la Gaule devant l’usurpateur Maxime en 383, puis abandonner aussi l’Italie à la fin de 387 ; c’est en 388 que Maxime sera éliminé par Théodose. Ce dernier rétablit alors Valentinien II sur le trône d’Occident, et quand en 391 Théodose quitte Milan, Valentinien est déjà sous la tutelle d’Arbogast. C’est le 15 mai 392 que meurt mystérieusement Valentinien II, et le 22 août 392 qu’Eugène, soutenu et poussé par Arbogast, usurpe le pouvoir impérial. La bataille finale entre Théodose et Eugène se livre près d’Aquilée sur la rivière Froide (la Wippach), les 5 et 6 septembre 394. Avant la bataille, Théodose aurait eu en songe la vision de saint Jean l’Évangéliste et de saint Philippe qui lui prédisaient la victoire. La suite du texte décrit les miracles divins qui viennent à l’aide de Théodose durant la bataille191. Si le nom de Vienne n’apparaît pas dans le texte, c’est qu’Augustin s’attache surtout à Théodose, si bien que la mort de Valentinien n’est qu’un prétexte à le faire apparaître comme son vengeur, comme il a été celui de Gratien. On notera simplement qu’Augustin laisse planer le doute sur la manière dont Valentinien est mort et qu’il se garde d’évoquer le rôle d’Arbogast, qui a été placé aux côtés de Valentinien par Théodose lui-même.
Bibliographie
Références
Auteur et œuvre
Duval 1971, no 281 ; Quasten 1987, p. 442‑590 (plus spécialement p. 466‑473 à propos de La Cité de Dieu) ; Brill Online, s.v. « Augustinus, Aurelius (Augustine) » [K. Pollmann] ; É. Gilson, Introduction à l’étude de saint Augustin, Études de philosophie médiévale XI, Paris, 1943 ; G. Bardy, Saint Augustin, l’homme et l’œuvre, Bibliothèque augustinienne, Paris, 1946 ; H.‑I. Marrou, Saint Augustin et la fin de la culture antique, Paris, 1958 ; Paschoud 1967, p. 234‑275 ; P.R.L. Brown, La vie de saint Augustin, Paris, 1971 ; Inglebert 1996, p. 395‑494.
Éditions
Œuvres de saint Augustin, vol. 33. La Cité de Dieu, livres I-V, Impuissance sociale du paganisme, texte de la 4e édition de B. Dombart et A. Kalb, introduction générale et notes par G. Bardy, traduction française de G. Combès, Bibliothèque augustinienne, Paris, 1959, p. 754‑757. Trad. revue.
Voir également, Saint Augustin, The City of God against the pagans, vol. II, Books IV‑VII, éd. W.M. Green, Loeb classical library, Cambridge (Mass.)-Londres, 1963, p. 268‑269.
Texte
Sur Théodose et la bataille de la rivière Froide, A. Brasseur, « Le songe de Théodose le Grand », Latomus 2, 1938, p. 190‑195 ; Y.‑M. Duval, « L’éloge de Théodose dans La Cité de Dieu (V, 26, 1) », Recherches Augustiniennes IV, 1966, p. 135‑179 ; dossier sur la bataille par Fr. Paschoud, Zosime, Histoire nouvelle, tome II, CUF, Paris, 1979, Appendice C, p. 475‑500. Sur Théodose, Maraval 2009, p. 201‑213 et 261‑278.
Notes de bas de page
191 Voir Philostorge (65).
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