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  • Antoine-Laurent de Jussieu (1748-1836)
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    Plan détaillé Texte intégral Notes et observations des traducteurs Traduction 1 : Prologue du Genera Plantarum Traduction 2 : Introduction du Genera Plantarum Traduction 3 : Thèse de médecine d’Antoine-Laurent de Jussieu Notes de bas de page Notes de fin

    Antoine-Laurent de Jussieu (1748-1836)

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Jussieu dans le texte

    p. 572-659

    Texte intégral Notes et observations des traducteurs Traduction 1 : Prologue du Genera Plantarum Traduction 2 : Introduction du Genera Plantarum Introduction à l’Histoire des Plantes Les règnes de la nature La Botanique Parties et fonctions des plantes Les différences entre les parties Les caractères Les espèces et les variétés Les genres Nomenclature et description Classes et systèmes La méthode de Tournefort Le système de Linnæus L’utilité limitée des systèmes Le Véritable But de la Science La méthode naturelle Les obstacles à la méthode naturelle La première manière pour atteindre la même chose La connaissance certaine des espèces La liaison générique des espèces voisines Les lois naturelles des affinités Les familles naturelles Les classes naturelles Une autre manière d’atteindre la méthode naturelle Les classes primaires tirées de l’embryon Les classes secondaires [Déduction] à partir de la situation respective des étamines et du pistil, ou de l’insertion des étamines Les différents modes d’insertion des étamines La première distribution des classes en fonction des lobes de l’embryon et de l’insertion des étamines Une autre division des classes, en plus grand nombre, fondée sur la corolle La méthode ainsi déduite, telle qu’elle est cultivée dans le Jardin de Paris Évaluation de cette méthode La disposition des familles dans les classes et des genres dans les familles Les principaux avantages de la méthode naturelle Conclusion Traduction 3 : Thèse de médecine d’Antoine-Laurent de Jussieu Notes de bas de page Notes de fin

    Texte intégral

    Notes et observations des traducteurs

    1Antoine-Laurent de Jussieu écrivait le latin avec beaucoup de facilité ; l’Introduction du Genera plantarum est rédigée avec une grande élégance, dans une prose tres classique, bien construite. Devant le dilemme du traducteur entre traduction source oriented ou target oriented, nous avons opté pour la première solution, tant la phrase littéraire du xviiie siècle est imprégnée de la phrase latine. Nous avons cherché à coller au plus près du texte latin, quitte à produire parfois une musique légèrement déplacée de la langue française ; seuls les termes et expressions utilisés en France à la fin de l’Ancien Régime ont été repris afin d’éviter tout anachronisme.

    Introduction du Genera Plantarum

    Image

    Incipit de l’introduction de Jussieu Antoine-Laurent de1789 — Gener aplantarum : secundum ordines naturales disposita, juxta methodum in Horto Regio Parisiensi exaratam, anno M.DCC. LXXIV. Paris : Hérissant &Barrois.

    Cliché MNHN.

    2Comme garde-fou de notre travail, nous avons utilisé les deux mémoires de Jussieu présentés à l’Académie des sciences en 1773 et 1774, son article publié en 1824, qui est un résumé du texte de l’Introduction, et la traduction anglaise proposée par Stevens, avec laquelle nous sommes globalement en accord (Jussieu 1777, 1778, 1824 ; Stevens 1994). Le dictionnaire de Nicolas Magniez a permis d’adapter la traduction à son contexte temporel, et l’ouvrage de Ventenat a servi de guide fidèle pour la traduction de la terminologie botanique (Magniez 1750 ; Ventenat 1799).

    3Le mot classification — qui vient du latin classis, classe et facere, faire — n’existe pas à l’époque moderne1. Si Lamarck semble avoir été l’un des premiers à l’utiliser en 1783 lorsqu’il évoque « les classifications méthodiques ou systématiques », le terme ne devient d’usage courant parmi les naturalistes que dans la dernière décennie du xviiie siècle (Lamarck 1783 : 441 ; Hoquet 2008 : 32-33). Il apparait quatre fois dans le Genera Plantarum sous la plume des médecins qui rédigent en français le compte rendu de l’ouvrage pour le compte de la Société royale de médecine, mais, en revanche, il n’est pas utilisé par les botanistes qui rédigent l’avis de l’Académie royale des sciences2 . Bien évidemment, Jussieu qui rédige en latin ne l’utilise pas non plus. Les botanistes, pourtant en pointe dans la recherche taxonomique, semblent avoir eu du mal à s’approprier le terme puisqu’on ne retrouve que quatre occurrences seulement de ce nouveau vocable chez Ventenat en 1799 (Ventenat 1799). Au sens strict, parler de l’histoire de la classification pour cette période apparait donc comme un contresens et un anachronisme, qui peut refléter une vision essentialiste d’un concept transmis inchangé depuis Aristote jusqu’à Candolle. Pour paraphraser Foucault, nous pourrions dire que jusqu’à la fin du xviiie siècle les classifications n’existent pas, il existe seulement des êtres à distribuer dans des classes distinctes.

    4Distribution [distributio] est en effet le terme utilisé par Cesalpino dans sa dédicace pour décrire sa démarche de mise en ordre — littéralement réduire en ordres [in ordines redigantur] — de l’ensemble des plantes qu’il a pu observer et décrire durant ses trente années d’activité botanique (Cesalpino 1583). Cesalpin joue sur le sens d’ordre qui renvoie à la file de soldat, à la centurie de l’armée de César, et file la métaphore militaire « comme les rangs d’une armée distribués dans leurs classes respectives ». Cette image sera largement reprise par Tournefort, Linné et Jussieu. Ray un siècle plus tard préfère utiliser le terme de division [divisio] lorsqu’il explicite son entreprise d’ordonnancement du monde végétal, aux chapitres XXVI et XXVII de l’Historia Plantarum (Ray 1686). Tournefort, dans son style direct, reprend quant à lui l’idée de réduction dans ses Élemens de botanique, se fixant comme objectif de « réduire chaque espèce sous son véritable genre » et « réduire ces mêmes genres sous certaines classes » (Tournefort 1694 : avertissement, 2). Lorsqu’il écrit en latin pour communiquer avec l’Europe savante, il utilise différentes périphrases pour décrire son activité : répartition de la multitude de plantes en genres [plantarum multido in genera classesque digeratur], méthode pour établir les classes des plantes [de methodo classium plantarum instituenda] ou système de disposition des plantes par classes [rationem plantarum per classes disponendarum] (Tournefort 1700 : 2, 65, 66). La lecture de ces différentes formes lexicales étendues évoque aisément la nomenclature botanique non stabilisée des polynômes prélinnéens, que Tournefort se plaît à moquer par ailleurs3. En 1708, le secrétaire de l’Académie royale des sciences, Bernard Le Bouyer de Fontenelle (1657-1757) prononce l’éloge de Tournefort4 dans lequel, comme à son habitude, il fait œuvre d’historien et opère une reconstruction du travail du savant (Fontenelle 1730). Pour qualifier l’œuvre du démonstrateur de botanique du Jardin du roi, il introduit le terme de système, déjà présent dans le vocabulaire scientifique pour désigner un ensemble de propositions ordonnées constituant une doctrine cohérente du monde, comme le système de Newton (Rey 1995 II : 2069). Fontenelle utilise à six reprises le mot, montrant ainsi qu’il l’établit comme un élément essentiel du vocabulaire de l’histoire naturelle. Linné, le grand législateur de la botanique, se doit de définir de manière concise et précise ce qui est l’objet de son activité scientifique et entérine en 1736 le terme de système [systematum], pour décrire les diverses classifications mises en œuvre en Europe, par les Méthodiques systématiques orthodoxes [Methodici Systematici orthodoxi] de Césalpin jusqu’à lui, qui ont travaillé principalement à la disposition des plantes en phalanges précises [dispositione plantarum in certas phalanges] (Linné 1736 : 2)5. Au-delà de la métaphore militaire reprise de Cesalpino et de la disposition des plantes déjà vue chez Tournefort, deux termes sont homologués par Linné dans le champ scientifique, méthode et système, qui feront florès au xviiie siècle jusqu’à devenir caractéristiques du débat épistémologique entre les différents naturalistes qui souhaitent ordonner le monde vivant. Enfin, dans l’effervescence du développement de l’histoire naturelle, deux autres termes, déjà employés par Fontenelle dans son éloge, vont être régulièrement utilisés pour recouvrir le concept de classification : distribution et arrangement.

    5Il est assez difficile de donner une définition spécifique à ces deux derniers vocables, souvent employés dans un sens identique. Daubenton, par exemple, parle d’« arrangement méthodique » alors qu’Adanson utilise l’expression « distribution méthodique ». Chez Ventenat distribution apparait dix-huit fois avec le sens de classification et arrangement cinq fois avec la même signification. On peut cependant remarquer que le terme arrangement désigne plus généralement un résultat, à savoir un système de classification (un système est un arrangement, une méthode est un arrangement) alors que distribution désigne préférentiellement l’action de classer (classement). Le terme distribution est également utilisé pour définir un résultat lorsqu’il s’agit de caractériser un état donné dans la nature, hors action humaine consciente, par exemple la distribution générale des êtres (la série continue des êtres), la distribution des vaisseaux dans le corps humain. Jussieu utilise également ces deux termes dans le Genera Plantarum ; « distributio » a été traduit par distribution et « ordinatio » par arrangement.

    6En utilisant le terme « ordines » pour désigner les familles de plantes, Jussieu reprend le terme utilisé par Linné et par son oncle Bernard de Jussieu. C’est également une manière de se différencier d’Adanson et de son ouvrage Familles des Plantes. Pour des raisons de clarté, et conformément à l’usage des botanistes contemporains de Jussieu, nous avons choisi de traduire « ordo » par famille. Ainsi la traduction complète du titre du Genera plantarum : secundum ordines naturales disposita, juxta methodum in Horto Regio Parisiensi exaratam, anno M.DCC. LXXIV est : Les Genres des plantes disposés en familles naturelles, selon la méthode exposée dans le Jardin du roi de Paris en 1774.

    Traduction 1 : Prologue du Genera Plantarum

    7Traduction française de Jussieu Antoine-Laurent de 1789 — Genera plantarum : secundum ordines naturales disposita, juxta methodum in Horto Regio Parisiensi exaratam, anno M.DCC. LXXIV. Paris : Hérissant & Barrois (pp. 3-4) par Manon Vidal, révisée par Gilles Geneix. Dans le texte et les notes, les ajouts entre crochet relèvent des traducteurs. Les notes infrapaginales ajoutées au texte original débutent par la mention [Ndt].

    8Prologue

    [3] Quelle que difficulté qu’il y ait à ramener à son véritable but une science trop longtemps arbitraire et solitaire, il apparaîtra que la division des plantes en genres et en familles présentée aujourd’hui, bien qu’élaborée avec beaucoup de soins, doit être sensiblement complétée par les observations et réflexions répétées des Botanistes présents et futurs. Une doctrine systématique plus facile avait toujours prévalu, et la recherche de la méthode naturelle, plus difficile, avait souvent été négligée. Mais à présent, sous un arrangement d’une quinzaine de classes, définies sans aucun esprit de système, mais liées les unes aux autres selon la loi de la Nature, une centaine de familles sont prêtes à servir, chacune d’elles renfermant plusieurs genres, les uns tout à fait naturels, les autres reconnus. Leur disposition mutuelle s’avère naturelle, lorsqu’elle découle de leurs affinités ; mais parfois, elle s’y conforme moins, non par défaillance des lois naturelles, mais par une mauvaise interprétation de ces dernières. En mettant plusieurs fois à l’épreuve cette évaluation des caractères, on rendra plus certain l’arrangement des genres, tantôt universel, tantôt partiel, et sans doute différent de l’arrangement actuel, sans que l’Auteur ne s’y oppose en aucune manière. Il se tiendra en effet pour satisfait d’avoir pu, en rétablissant les lois de la Nature, détourner beaucoup de Botanistes d’une science des systèmes et les mener sur la voie de la science de la nature.

    9Il a ajouté beaucoup de genres à ceux de Linnæus : certains ont déjà été proposés par divers Auteurs, d’autres lui sont propres, et beaucoup d’autres, nouveaux, ont été découverts et créés lors du voyage botanique de Commerson, l’infatigable voyageur.

    10Ce dernier était dur à la tâche et d’une intelligence pénétrante, versé dans la botanique et la zoologie et avide de nouveautés. [Dans son voyage] ordonné par Louis XV et conduit par Bougainville, en 1767 et 1768, il parcourut les rives du Brésil, de Buenos-Aires, de Magellan, des îles Tahiti, de Nouvelle-Bretagne, de Buru6, de Java, de Rodrigues, et d’autres îles voisines. Interrompant sa navigation, il demeura cinq ans sur l’île Maurice. Il entreprit une Phytologie et une Zoologie complètes de l’île Bourbon toute proche, et dans l’intervalle se rendit deux fois à Madagascar. Sur ces trois îles, il collecta, décrivit et eut soin de dessiner les plantes et les animaux, avec le soutien et l’appui de D. Poivre, le très estimable intendant de la colonie, qui lui avait offert l’hospitalité et l’avait délivré de tous frais. [4] De son si grand périple et de son labeur assidu, on devait espérer tirer quelque chose d’utile ; mais, après le retour en France du meilleur des intendants, détesté de son successeur, écœuré, atteint d’une maladie incurable et épuisé par les veilles prolongées, il mourut bientôt, en l’an 1773, sans avoir pu mettre en ordre ses découvertes dans un système général. Le Roi ordonna que ses collections, transportées à Paris, soient conservées au Cabinet7 d’Histoire naturelle ; la plupart cependant disparurent pendant le voyage, des manuscrits ayant été soustraits, de même que des plantes tahitiennes. De l’herbier de Commerson, environ trois mille espèces distinctes ont été réunies et traitées soigneusement par l’Auteur de ce présent ouvrage qui les présente soigneusement ; de ce qu’il reste des descriptions, ou le plus souvent des plantes séchées, il tira plus de soixante caractères génériques, disposés chacun à leur place dans la série des familles, jusqu’à ce qu’en temps opportun réapparaissent ses nombreuses espèces nouvelles, élaborées en silence.

    11Certains genres péruviens de Dombey sont ajoutés à cet ouvrage, ceux qu’il envoya lui-même à l’Auteur pour communication, durant son voyage. Le reste, le plus neuf et le plus ardemment désiré des Botanistes, sera publié postérieurement par Dombey ou par un autre éditeur.

    12[L’Auteur] n’a pas non plus négligé les genres de Forskal, Forster et Aublet, dont un grand nombre ont été omis dans le système de Linnæus ; peut-être faudra-t-il en supprimer certains après un examen ultérieur, ou bien devront-ils être incorporés à des genres voisins ; de là vient que leurs noms ne sont pas encore changés, bien qu’ils soient populaires8.

    13À leur tour, les genres et leurs synonymes sont distingués de l’énumération des caractères qui les suit par un astérisque, et une abréviation est ajoutée selon l’usage typographique pour chaque nom d’Auteur : seule la première syllabe est citée, comme pour Dillenius, Haller, Brown, etc., ou bien uniquement la première lettre pour les noms qui reviennent le plus souvent, comme Tournefort, Linnæus, Vaillant, Plumier (Pl.), Linnæus fils Suppl. (LS), etc. Des éléments tirés du Cabinet de l’Auteur sont également indiquées, comme les dessins de Plumier non publiés par Burmann, ou les dessins non gravés de Luçon par Camel, dont les descriptions sont consignées dans le vol. 3 de l’Historia de Ray.

    14L’enchainement des genres est devenu banal de nos jours, beaucoup d’ouvrages ont vu le jour ces derniers temps dans différentes régions, et l’on peut se procurer certains d’entre eux, déjà célèbres par le nom de leurs Auteurs, d’une utilité certaine pour l’avancement de la science et enrichis des tout derniers genres découverts, dont l’absence dans le présent [ouvrage] laisse comme présager la nécessité d’en donner une seconde édition. C’est pourquoi ce travail, dédié à tous les Botanistes, est écrit en latin, mais il devra par la suite être présenté dans un ouvrage distinct en français, selon le souhait de beaucoup de nos compatriotes.

    Traduction 2 : Introduction du Genera Plantarum

    15Traduction française de Jussieu Antoine-Laurent de 1789 — Genera plantarum : secundum ordines naturales disposita, juxta methodum in Horto Regio Parisiensi exaratam, anno M.DCC. LXXIV. Paris : Hérissant & Barrois (pp. i-lxxii) par Manon Vidal, révisée par Gilles Geneix. Dans le texte et les notes, les ajouts entre crochet relèvent des traducteurs. Les notes infrapaginales ajoutées au texte original débutent par la mention [Ndt].

    Introduction à l’Histoire des Plantes

    16Prologue

    On désigne sous le nom d’histoire naturelle la science qui explore et explique la nature des Animaux, des Végétaux et des Minéraux. Elle classe largement, qu’elle examine chaque corps séparément ou qu’elle retienne tout à la fois, et ne se fixe aucune limite précise. Étroitement liée aux autres sciences, tantôt, en éclaireuse, elle porte ses lumières à ceux qui hésitent, tantôt elle tire du travail de ceux qui l’ont précédée les moyens d’entreprendre plus utilement et de résoudre plus heureusement des recherches importantes. Elle considère les multiples formes de corps, le tissu des organes, ou la manière remarquable dont tous les éléments sont liés, et parcourant différentes régions de la terre, différents lieux reculés, elle reconnaît partout le type particulier et l’origine. Parmi les espèces individuelles, comme dans un monde en réduction, elle admire la structure harmonieuse des parties et l’heureuse collaboration des forces ; ensuite, s’élevant dans un ambitieux effort, elle examine la totalité du globe terrestre lui-même, dont tantôt les révolutions journalières et annuelles, tantôt les phénomènes périodiques, dévoilent partout une harmonie invariable et une unique force motrice modérée par l’éternelle loi de la Divine Volonté. Sans doute, les différentes parties des corps, de même que tous les corps dans le monde, sont conduites par un perpétuel mouvement interne. La collision perpétuelle d’éléments qui s’attirent et s’opposent et la dissolution des anciens liens qui s’ensuit, et la création de nouveaux, agitent la masse des Minéraux. Les innombrables Plantes qui ornent la terre de leur variété inépuisable, en étant sujettes à différentes variations durant leur croissance, renaissent ou reverdissent chaque année. Les Animaux exercent des fonctions similaires au cours de leur vie et, préservés par l’action réciproque des solides et des fluides, et renouvelés peu à peu par la nourriture, sont prolongés constamment par une forme de transfusion successive de leur souffle vital.

    17Cette science, observatrice de la nature, qui est concernée par les multiples recherches de formes, de structures, d’actions et de lieux, est non seulement magnifique mais aussi excessivement étendue, au point que l’intelligence humaine ne peut la saisir à moins qu’elle ne soit répartie entre plusieurs branches. La Nature, un terme ambigu qui doit être compris principalement selon deux sens, signifie parfois une masse très générale d’êtres ou la condition universelle de la terre, et parfois [ii] fait référence à la structure d’un corps simple et à son mode particulier d’existence. Celui qui, trop confiant en lui-même, ose entreprendre l’étude de la nature au premier sens, détournera les esprits par un grand appareil et les charmera par un splendide discours et d’habiles paroles9 ; cependant, pour celui qui explore sincèrement les choses de la nature, un petit échantillon et une connaissance incomplète de celles-ci ne suffiront pas. Il doit d’abord comprendre la nature des corps simples entièrement en toutes ses parties, laquelle est principalement déterminée par leur composition élémentaire et leur structure organique. C’est une science double, qui distingue bien éléments et organes, une partie calculant la nature, le nombre, la proportion et les affinités respectives entre les éléments, l’autre mesurant la structure, le nombre, l’arrangement, la prééminence et l’action réciproque des organes. L’ancienne division de la nature en trois Règnes — Animal, Végétal et Minéral — doit donc être rejetée. Plus récemment, on lui a plus correctement substitué la division entre le Règne organisé et le Règne inorganisé, ce dernier comprenant seulement les Minéraux, et le premier embrassant les Êtres Animaux et Végétaux.

    Les règnes de la nature

    18La nature inorganique des Minéraux est déterminée par l’assemblage d’éléments se mêlant en des combinaisons variables, dont l’agrégation fait naître, croître et mène à sa perfection un corps minéral. Lorsque ces éléments se séparent, ce dernier est détruit à son tour, et par une nouvelle combinaison donne naissance à de nouveaux corps, non pas contemporains du premier mais faits de ses débris, ce qui est tout à fait différent du corps organique que nous définirons ci-dessous. La Minéralogie se borne à l’examen de la forme et de la position respective des Minéraux. La Chimie va plus loin, en séparant par analyse les principes des corps, en découvrant leur nombre et en examinant la variété de leurs affinités respectives, et en concurrençant la nature elle-même grâce à l’art fructueux de la Synthèse.

    19Différente des précédentes, la science qui étudie la nature des corps organisés ne se consacre pas à découvrir en eux ces principes qui regardent la Chimie, mais s’attache par-dessus tout à connaître leur forme, leur assemblage et leur mode de vie. L’être organique est composé de solides et de fluides qui exercent les uns sur les autres une action réciproque, parmi lesquels les uns, solides et très simples, sont dites similaires, les autres, faites de ces substances similaires, sont dites organiques ; les fluides coulent dans les vaisseaux des solides ou restent à l’intérieur de leurs cellules. Il naît d’un autre être de la même espèce, se développe comme son prédécesseur, se fortifie en incorporant [intussusceptis]10 les principes nutritifs, subit diverses transformations du début à la fin, donne naissance à un être [iii] semblable à lui-même, persiste au-delà et, finalement, une fois le temps habituel écoulé, meurt. Par conséquent, son histoire et sa nature sont exprimées ensembles par la structure et l’action des parties organiques, et c’est pourquoi la connaissance des organes et de leurs fonctions engendre la vraie science du Règne organique.

    20Un appareil commun soutient les vies des Animaux et des Végétaux, bien que plus simple dans les Végétaux, lesquels principalement n’ont ni nerfs, ni muscles, ne sentent rien et ne bougent pas spontanément. Il y a donc une science commune à ces deux groupes, qui étudie leur organisation et leur vie, qui énumère les ressemblances et les différences causés par la similitude ou la différence de leurs modes de vie respectifs, et établit à partir de là une série naturelle dans laquelle les organismes sont placés côte à côte lorsqu’ils sont similaires, écartés l’un de l’autre lorsqu’ils sont différents, de manière à ce que, par cet arrangement certain et immuable des êtres, leurs affinités ou leurs dissemblances soient visibles, et qu’une fois quelques-uns connus, la connaissance de leurs voisins s’en trouve facilitée. Suivant ce qui a été dit, l’Animal est un corps organique qui vit, sent et bouge ; une Plante, au contraire, est un corps organique capable de vie, mais dépourvu de mouvement et de sensation. On a assez parlé des analogies et des différences entre les deux : il ne serait pas approprié de pousser plus loin la recherche sur les Animaux, ce qui est le propos des Zoologistes ; à présent, nous devons porter toute notre attention à l’histoire des Plantes qui est la principale raison de cette étude.

    La Botanique

    21La science des Plantes, appelée Botanique ou Phytologie, est celle qui se renseigne sur la nature des Végétaux, c’est-à-dire qui détermine le nombre, la texture, l’action, le caractère remarquable, la situation unique ou partagée, la forme, la proportion et les différences réciproques de leurs organes, et de là déduit les caractères propres à les définir et à les distinguer. Cette désignation plus aisée des plantes constitue le plus haut degré d’achèvement de la science moderne, laquelle s’appuie totalement sur la sélection et l’arrangement de caractères particulièrement appropriés et évidents, mais qui est moins concernée par le reste. À partir de ces prémisses, la véritable science, consacrée à l’étude de l’organisation entière, ne se limite pas à un échantillon de caractères, mais est tenue d’examiner l’ensemble des aspects de tous les organes et d’exposer, de préférence avec précision, leur structure et leur action.

    Parties et fonctions des plantes

    22Les parties les plus simples ou similaires des plantes, dites fibres ou utricules, les mêmes que dans les Animaux, croissent ensemble de différentes manières pour former un tissu utriculaire, des membranes ou des vaisseaux, gonflés de suc nutritif, de leur propre suc ou bien d’air. De leur assemblage prend forme la moelle centrale, le bois tout autour et l’écorce extérieure. Les organes les plus grands et les plus parfaits [iv] sont faits de tels assemblages, certains, comme les racines, la tige et la feuille, favorisant la vie de la plante ; d’autres, comme la fleur ou le fruit, sont essentiels pour la propagation des espèces, tous concourant à un organe général ou à une plante entière, dont on a intérêt à étudier en priorité la structure, l’arrangement et l’usage.

    23La racine, enfoncée dans la terre, se développe vers le haut jusque dans la tige : la moelle complètement formée de tissu utriculaire occupe l’axe des deux11. Des couches ligneuses l’entourent, épaissies de faisceaux longitudinaux de vaisseaux et de fibres liées entre elles par du tissu utriculaire ; l’écorce forme une enveloppe, lâche assemblage de fibres, de vaisseaux et de différentes séries d’utricules placées presque parallèlement et, pour ainsi dire, réticulaire, humide et succulent dans la racine, mou et semblable à une membrane dans une plante herbacée, plus sec et souvent fissuré dans une plante arborescente. La racine, à la manière des veines lactées, absorbe avidement le suc préparé dans la terre, débarrassé des particules plus grossières, semblable au chyle des animaux, et l’envoie dans les vaisseaux de la tige pour qu’ils le transportent plus haut, en abondance dans la plante la plus jeune, en plus petite quantité dans la plus ancienne, en raison de la quantité accrue de solides et du diamètre décroissant des vaisseaux. Une partie de ce suc, transportée entre l’écorce et le bois, se concentre d’un côté pour former l’aubier à l’extérieur, et de l’autre côté le liber, ou couche corticale intérieure. L’autre partie, continuant son cheminement le long des vaisseaux, disperse des particules plus collantes — tantôt douces ou visqueuses, tantôt résineuses ou amères — dans les utricules ou glandes, puis, s’avançant plus loin, envoie davantage de substances fluides, à travers la membrane et principalement les pores respiratoires des feuilles [spiracula]. En effet, les feuilles possèdent une double série de vaisseaux, à la fois sur leurs surfaces interne et externe, ouverts à travers de fins orifices, et les deux sont couverts d’une membrane double qui se sépare aisément après macération. Les pores logés sur la surface supérieure évacuent l’excès de sucs par leur force propre et sous l’attraction du Soleil : c’est pourquoi on voit toujours la surface supérieure des feuilles dirigées vers l’air libre, de manière à ce que même renversée à cause du retournement de son pétiole, la feuille se retourne doucement face au Soleil. Les pores cachés sur l’avers de la feuille, souvent couvert de poils, absorbent dans l’atmosphère la rosée matinale et vespérale, laquelle, une fois absorbée, fait le chemin inverse jusqu’à la racine et lui sert de nourriture. Ainsi, le suc voyage perpétuellement de la racine aux [v] feuilles et des feuilles à la racine, imitant la circulation dans les Animaux et remplissant le même office pour les Végétaux. Parmi les vaisseaux, des tubes roulés en spirale, semblables à la trachée des Vermes12, concourent à l’alternance de ces montées et descentes, remplis de l’air entré par les orifices des racines et des feuilles qui, par expansion et contraction réciproques, élaborent le suc, comme dans la respiration animale, ce qui, dit-on, favorise la circulation.

    24Les actions susdites des organes décrits suffisent à restaurer les plantes et à soutenir leur mouvement vital ; en outre, d’autres parties et fonctions sont particulièrement dédiées à leur multiplication et à leur propagation. On mentionnera ici, mais seulement en passant, les manières de propagation les plus connues des Jardiniers, telles que les boutures et les marcottes s’enracinant dans le sol, les stolons qui poussent de la partie inférieure de la tige, les greffes et les bulbilles des Allium ou Narcissus ; plus généralement, la propagation est assurée par l’union des sexes. En effet, aussi longtemps que la sève irrigue les différentes parties du Végétal de sa rosée nourrissante, les fleurs, dégagées de leur bourgeon, présentant leurs organes sexuels dans une enveloppe appropriée qui les entoure doublement ou, plus rarement, de manière unique, préparent la voie pour la prochaine génération d’individus. L’enveloppe externe, appelée calice, plus solide que l’enveloppe interne, prolongement de l’épiderme du pédoncule floral, et par conséquent souvent de la même couleur verte, entoure les autres parties de la fleur. À l’intérieur du calice se trouve la corolle13, dans la continuité du liber du pédoncule floral ; il s’agit d’une autre enveloppe, parfois avortée, souvent d’une autre couleur que le vert, d’un seul tenant ou composée de nombreuses petites feuilles ou pétales, communément identifiée à la fleur en raison de sa plus grande visibilité. Elle est placée juste à côté des organes sexuels que constituent les organes mâles en périphérie, ou étamines, et l’organe femelle au centre, ou pistil. Les étamines, dont la corolle est un appendice, ayant la même durée et lui étant parfois reliées, nées ensemble du même point et tombant ensemble après fécondation, portent les anthères, ou follicules, lourdement chargés de la semence du pollen et souvent soutenus par un filament. Les parties du pistil sont les ovaires, contenant les rudiments de graines, comme un utérus ; le style, comparable au vagin, tubuleux et souvent capillaire, émergeant le plus souvent au sommet de l’ovaire, parfois absent ; le stigmate, à l’extrémité du style ou placé sur l’ovaire si le style est manquant, souvent collant et humide. Qu’ils partagent la même couche ou qu’ils soient placés à différents endroits14, les étamines et le pistil concourent ensemble à la même fin. En effet, aussitôt arrivées à maturité, les anthères s’ouvrent avec élasticité et le pollen émis s’accroche au stigmate visqueux, baignant les ovules d’une pluie fertile. [vi] En vérité, celle-ci consiste en d’innombrables globules, très petits et de formes variables, qui quand ils sont placés sur l’eau, courent sur ce fluide, gonflent et, se fendant par le côté, laissent échapper une matière huileuse qui se propage comme un nuage mais ne se mêle pas à l’eau ; on doit la considérer comme un véritable esprit séminal15 qui, à lui seul, fertilise. Délivrées de leur poids, les étamines flétries tombent bientôt en même temps que la corolle qui constitue pour elles un véritable appendice autant qu’un chemin détourné pour le suc nourricier, jusqu’à ce que ce dernier, oubliant cette précédente voie, coule plus utilement dans le jeune fruit. Ensuite, le fruit ou péricarpe gonfle et parfois s’épaissit, les utricules enflant sous l’abondance de suc. À l’intérieur de ce fruit, le fœtus conçu croît en secret. Le suc, affaibli pour fournir une nourriture adaptée à ce fruit délicat, pénètre dans les ovules et les conduit jusqu’à la taille qu’il convient. Une fois la croissance achevée, la sève à l’intérieur durcit et devient solide, non pas en une fois comme dans la classe vivipare des Animaux, mais selon des alternatives de croissance et d’incubation à l’intérieur du péricarpe. Bientôt, le fruit devient sec et, s’ouvrant généralement, révèle la graine mûre fixée à son réceptacle intérieur, parfois cachée dans une noix dure comme un os ou une coquille, ou dans un arille, substance coriace ou succulente. La graine elle-même, très souvent couverte de sa propre double membrane, est marquée à l’extérieur par le hile, c’est-à-dire un ombilic ou un reste du cordon par lequel la graine était attachée à son réceptacle16 ; à l’intérieur, on voit le corculum17 ou abrégé de la plante, composé de la plumule ascendante, de la radicule descendante et du cotylédon ou lobe latéral, qui peut être simple ou double. Tantôt il se trouve isolé dans la graine, ce qui est le cas le plus fréquent, tantôt il est accompagné d’un périsperme, un corps distinct l’entourant partiellement ou totalement et de nature différente, peut-être utile pour en protéger l’intérieur.

    25Ce n’est pas tout : la graine, maîtresse d’elle-même, commençant sa nouvelle vie, est unie au sein fertile de la terre ; des orifices sont alors ouverts, les petites membranes adoucies se fendent, les lobes se séparent, tandis qu’en dessous la radicule relâchée fait entrer les sucs à l’intérieur, la plumule ascendante croît jusqu’à devenir une tige dont les lobes fourniront la nourriture. Graduellement, ces lobes se changent en feuilles séminales qui protègent la plantule de tous les chocs possibles, et transmettent et accumulent la sève, sans laquelle cette plante faiblirait et déclinerait, tirée tantôt de leur propre succion, tantôt de la radicule la plus vigoureuse. La moelle, plus abondante, est couverte d’une écorce délicate, les fibres en étant quasiment absentes. Mais les nouvelles feuilles se développent et les feuilles séminales tombent ; la succion de la racine est accrue par le commencement de la transpiration, l’humidité la pénètre ; en se soulevant, un faisceau de fibres conique sépare la moelle de l’écorce et forme une couche ligneuse au sommet de laquelle se trouve [vii] le bourgeon, source de nouvelles pousses. Au retour du printemps, une sécrétion organique, insoluble dans l’eau, se dépose entre l'écorce et le bois, constituant le commencement des fibres. Enroulées en cylindres ou en spirales, ces fibres constituent une série infinie de vaisseaux ; chaque année, de nouveaux faisceaux, de nouvelles couches sont construits sur les précédents ; l'écorce se renforce en même temps qu’elle s’étend ; les bourgeons des extrémités sont repoussés sur les côtés pour produire des rameaux. Une fois le travail de nutrition complètement achevé, la plante grandit et s’épanouit, produit des branches luxuriantes au beau feuillage, se pare de fleurs et produit des fruits, espoir d'une nouvelle génération. Mais graduellement, par le mélange des principes terreux, les vaisseaux souples se durcissent de fibres plus compactes et, obstrués, refusent l’accès à la sève ; dorénavant, les solides commandent aux fluides ; ces derniers sont suspendus, arrêtés, à mesure que les premiers se raidissent ; trop compressée, la moelle est détruite ; l’obstruction des faisceaux de vaisseaux continuant, les racines et les branches périssent et tombent. L'air pénètre à l'intérieur de ce corps mutilé ; les vicissitudes d’humidité et de sécheresse, détruisent le tissu utriculaire qui consolidait les fibres ; les molécules terreuses, privées de ce lien, se séparent, se décomposent et tombent en poussière ; c’est ainsi que les Végétaux meurent.

    26Telles sont les différentes époques d’accroissement et de décroissement des plantes, toujours les mêmes pour chacune et toujours immuables. Les fonctions qui seront exposées un peu plus loin sont seulement des extraits, d’après des expériences choisies et approuvées d’Auteurs, et d’après leurs divers systèmes de la nature, du développement et de l’action des parties [des plantes] ; plusieurs organes de moindre importance seront laissés de côté pour être mentionnés plus tard, en temps utile. Certaines fonctions animales font défaut dans les plantes du fait de l’absence des organes correspondants — telles que l’action des sens, le mouvement spontané, la digestion préliminaire et l'excrétion de solides — sans lesquels les plantes peuvent néanmoins vivre et maintenir quand même leurs fonctions vitales, signe évident de leur différence essentielle. D’après ce qui a été dit, on peut raisonnablement conclure à leur nature organique ainsi qu’à leurs affinités avec les Animaux et à leur sujétion, déjà présentée, aux lois de la physique.

    Les différences entre les parties

    27Les parties énumérées, bien qu’elles remplissent toutes les mêmes fonctions, diffèrent dans les plantes en fonction de leur situation respective, de leur nombre et de leur forme, de leur structure interne et externe et de leur durée, lesquelles principales différences doivent à présent être relevées et définies une à une, de manière à ce que, une fois cela correctement passé en revue, les plantes puissent être, à leur tour, facilement distinguées selon un vocabulaire approprié.

    28[viii] La racine, cette partie de la plante qui descend jusque dans la terre et y puise la sève, est perpendiculaire quant à sa position, lorsqu’elle descend droite, ou horizontale ou rampante, s’étendant latéralement et transversalement, parfois stolonifère, produisant de petites tiges ici et là. Quant à son nombre, elle est simple, branchue ou bien fasciculée, composée de plusieurs faisceaux serrés. Quant à sa structure et à sa forme, elle est fibreuse ou capillaire, avec des petites racines fibreuses ou semblables à des cheveux ; tubéreuse, au corps arrondi et compact, avec un intérieur utriculaire et moins fibreux ; turbiné, en forme de cône épais renversé, ou fusiforme, longue, épaisse en haut et plus fine en bas, ou mordue, longue et tronquée en-dessous, ou noueuse, enflée avec plusieurs courts interstices. Quant à sa durée, elle est annuelle quand elle disparaît chaque année, ou pérenne quand elle survit plus longtemps, l’herbacée est tendre et la ligneuse plus solide. Certaines racines sont des parasites des arbres ou s’implantent sur les murs, d'autres sont aquatiques. Le bulbe ne doit pas être considéré comme une racine ; plus précisément, il constitue la partie la plus souterraine d’une tige squameuse ou pourvue d’une base gainée de feuilles, souvent gonflé, squameux ou turbiné d’où partent en-dessous des racines18.

    29La tige, cette partie de la plante qui émerge au-dessus de la terre (plus rarement, elle peut presque être absente) portant les feuilles, les fleurs et le fruit, est nue ou feuillue, entière quand elle est très peu divisée, simple quand elle est rameuse au sommet, ou composite, divisée à sa base et cespiteuse ; alterne, avec des rameaux placés tantôt d’un côté tantôt de l’autre de la tige, opposée, avec des bourgeons naissant de deux points opposés de la tige, verticillée, quand beaucoup de bourgeons sont disposés en forme d’anneau, ou dichotome, lorsqu’elle se divise toujours en deux parties. Sa forme peut être terète, c’est-à-dire dénuée d’angles, ou ancipitée, avec deux angles opposés, ou triquètre, triangulaire, quadrangulaire… trigone, tétragone… polygone selon le nombre de ses angles ou facettes. Sa surface peut être striée, parcourue de lignes, sillonnée, creusée de sillons, glabre, toute lisse, tomenteuse, comme un tissu, velue, avec des poils épars et mous, rude, avec des poils rigides, scabre, parsemée de poils courts et raides, aiguillonnée, avec des pointes piquantes issues de l’écorce, ou épineuse, lorsque ces dernières proviennent du bois19. Sa direction peut être droite, tombante ou rampante, flexueuse par intervalles, grimpante sur les supports les plus proches, volubile, roulée en spirale sur elle-même, soit dextrogyre, quand elle suit la course du soleil, soit sénestrogyre, quand elle suit le sens inverse du soleil, ou sarmenteuse, ligneuse, rampante et presque nue. La [tige] herbacée a une durée annuelle, celle des arbres, ligneuse, est généralement pérenne, mais elle l’est moins pour les arbustes, et encore moins pour les arbrisseaux. En outre, pour certaines [plantes], elle porte un nom différent, à savoir le tronc pour un arbre, [ix] la hampe pour certaines herbes dont la tige, issue de la racine, porte des fleurs mais pas de feuilles, le chaume pour les Graminées, fistuleux et garni de plusieurs nœuds, le pied épais des Champignons, et le caudex, racine élevée continue sous la forme d’une colonne cylindrique, couronnée d’une touffe de feuilles rangées circulairement et par étages, pour les Dragonniers, les Yuccas, les Agaves et les Palmiers.

    30Les feuilles constituent l’organe principal de la transpiration et de l’inspiration ; elles sont presque toujours présentes et rarement absentes, tantôt pétiolées, quand elles sont attachées par un pétiole nu ou plus rarement par une aile, tantôt sessiles, quand elles en sont dépourvues, nues à la base ou stipulées, quand elles sont entourées de membranes ou écailles nommées stipules ; elles diffèrent premièrement par leur attache, leur situation, leur direction, leur durée, leur structure simple ou composée, leur foliation ou leur développement initial. À partir de là, on découvre un grand nombre de caractères utiles pour les distinguer, qu’on ne pourra recenser entièrement ici, mais dont on choisira seulement les plus remarquables, les autres ayant été plus soigneusement rappelés et définis ailleurs. 1° Quant à leur lieu d’insertion, les feuilles sont radicales, caulinaires, raméales ou florales. 2° Quant à leur situation, à la fois individuelle et par rapport aux autres feuilles, elles peuvent êtres amplexicaules, perfoliées ou engainantes lorsqu'elles entourent la tige entièrement ou partiellement à sa base ou la couvrent comme une gaine, décurrentes, prolongées des deux côtés à la base de la tige pour former des ailes, alternes, placées sans ordre tantôt d’un côté tantôt de l’autre de la tige, opposées, poussant par paires des deux côtés de la tige avec leurs bases parfois connées, verticillées lorsque trois ou plus se font face en forme d’anneau, distiques lorsqu’elles sont disposées en deux rangs opposés, souvent fasciculées ou nombreuses et densément entassées, imbriquées lorsqu’elles se recouvrent les unes les autres. 3° Quant à leur direction, elles sont élevées, horizontales, pendantes, appliquées contre la tige ou ouvertes, courbées en-dedans, réfléchies, droites ou obliques. 4° Quant à leur durée, elles sont tombantes, persistantes ou toujours vertes. 5° Quand à leur structure, la majorité sont simples ou solitaires et non divisées au-dessus du pétiole : leur forme est linéaire, subulée, lancéolée, hastée, sagittée, deltoïde ou triangulaire, rhomboïde ou à quatre angles inégaux, cordiforme, obcordée, réniforme ou orbiculaire. Le bord est entier, cilié, épineux, denté, garni de pointes séparées les unes des autres, serré quand ces dernières sont rapprochées, crénelé quand elles sont arrondies, sinué, lobé, quand les lobes aigus ou obtus divisent le sinus, palmé quand les lobes se rassemblent en un point unique, pennatifide, oblong, avec les deux côtés profondément sillonnés et fréquemment lobés, ronciné, presque pareil, avec des lobes aigus et recourbés en arrière. La pointe est aigüe, acuminée, obtuse, tronquée, émoussée, échancrée. La surface supérieure ou inférieure est brillante, lisse, [x] tomenteuse, laineuse, verte ou blanchie, hirsute ou velue avec des poils distincts, hispide, hérissée de soies rigides et éparses, scabre avec des pointes rugueuses, ponctuée avec des pointes non saillantes parfois transparentes, aiguillonnée avec des épines éparses, veinée avec des petites nervures apparentes entrelacées en un réseau ample, rugueuse avec des portions où les nervures sont saillantes, nervée avec des nervures la parcourant sans interruption de la base au sommet, aveinée ou énervée, sans aucune veine ni nervure. L’expansion est plane, convexe, concave, plissée, ondée, crépue, charnue, canaliculée. La substance est membraneuse, molle, coriace, plus solide, terète ou cylindrique, semiterète, fistuleuse ou tubuleuse, épaisse, charnue, triquètre, polymorphe et épaisse comme dans les Mésembryanthèmes. Les feuilles composées sont faites de plusieurs folioles attachées au même pétiole, dites conjuguées avec deux folioles, ternées avec trois, quintées ou digitées avec cinq ou plus émergeant comme des doigts du même point du pétiole, pédiaires20 quand les folioles sont attachées intérieurement comme des doigts à un pétiole bifide, imparipennées quand les différentes folioles croissent de chaque côté d'un pétiole commun avec une foliole terminale impaire ; paripennées, la même chose mais sans foliole impaire ; bijuguée, trijuguée… selon que deux ou trois folioles sont présentes de chaque côté de la penne. Les feuilles recomposées, ou deux fois composées, comme les précédentes, sont bigéminées, biternées, bipennées avec les pennes pennées. Les feuilles surcomposées, ou trois fois composées, comme les précédentes, sont trigéminées, triternées, tripennées avec les pennes bipennées. Les feuilles multipartites sont faites de très nombreuses folioles. 6° En fonction de leur mode de foliation ou de leur premier développement qui peut avoir lieu à l’intérieur ou à l’extérieur d’un bourgeon, chacune des jeunes feuilles a sa manière particulière d’être pliée : convolutée, avec le bord d’un côté roulé vers l'intérieur et enveloppant l’autre en spirale, involutée, avec chaque bord incurvé séparément en spirale, révolutée avec chaque bord roulé extérieurement en spirale des deux côtés, cochléiforme avec le sommet enroulé en spirale jusqu’à la base, condupliquée avec chaque côté plié une fois et les bords parallèles l’un à l’autre, plissée, ondulée avec plusieurs plis. En ce qui concerne leur situation respective, les jeunes feuilles sont convolutées, avec l’une enroulée autour de l’autre en-dessous d’elle, involutées ou révolutées avec chacune roulée séparément vers l’intérieur ou vers l’extérieur, chevauchantes avec l’une condupliquée et recouvrant l'autre, obvolutée lorsqu’elles sont repliées avec les bords d’une feuille compris alternativement entre les bords d’une autre, imbriquées lorsqu’elles sont plates et couchées les unes sur les autres.

    31À présent que les différences majeures des racines, des tiges et des feuilles ont été exposées de manière sommaire, nous devons nous pencher sur les dispositions et structures variées de la fleur et du fruit. En étudiant l’inflorescence ou la [xi] disposition des fleurs, nous devons rendre compte de leur situation, de leur attache, de leur direction et de leur nombre ainsi que de leur situation respective, aussi bien que de leurs parties annexes. 1° Quant à leur situation21, les fleurs sont radicales, caulines ou raméales, directement sur les rameaux, terminales, placées au sommet de la branche ou de la tige, axillaires, placées dans l’angle formé par la feuille et la tige, supra- ou extra-axillaires, quand elles poussent sans ordre, ou éparses. 2° Quant à leur attache, elles sont pédicellées, croissant depuis un pédicelle ou un tronc propre, ou sessiles, dépourvues de pédicelles. 3° Quant à leur direction, elles sont droites ou déclinées, horizontales ou penchée, souvent en avant, rarement obliques ou renversées, certaines d’entre elles suivant sans cesse le Soleil par une courbure diurne de leur pédicelle. 4° Quant à leur nombre, elles sont dites solitaires ou assemblées, fasciculées avec des pédicelles distincts, ou naissant ensemble à deux, trois ou plus sur un pédoncule commun. 5° Quant à leur situation respective, celles qui sont disposées en anneau autour de la tige sont dites verticillées ; celles, sessiles, qui sont groupées sur un réceptacle commun, parfois aussi agrégées à l’intérieur d’un calice commun, sont dites capitées ; d’autres, sessiles ou subsessiles, croissant ici et là sur le rachis ou pédoncule commun en forme d’axe, sont dites en épi, et parfois distiques ou arrangées par paires, détournées ou disposées d’un seule côté, ou spiralées quand leur épi est roulé en spirale, ou amentacées quand leur épi est plus épais et doux comme la queue d’un chat, portant des fleurs unisexuelles et sans pétales, sur lesquelles on reviendra ; d’autres, en grappe, sont semblables à celles en épi mais chacune d’entre elle est issue d’un pédicelle séparé, avec les pédicelles presque égaux, portant une ou plusieurs fleurs ; d’autres, en corymbes, diffèrent de celles en grappe par leurs pédicelles du bas qui deviennent peu à peu plus longs et se redressent jusqu’à égaler en hauteur les pédicelles les plus hauts ; d’autres, en panicule, ont plusieurs pédoncules divisés de diverses manières, s’élevant inégalement, de manière lâche ou plus serrée ; d’autres, ombellées, avec des pédicelles presque égaux se joignant en un même point du pédoncule, comme un parasol ; d’autres, en cyme, sont des grappes ou des corymbes jointes par leur base en ombelle ; quelques-unes seulement sont dites en spadice, principalement dans les Palmae et les Aroideae22, pédoncule simple ou rameux, portant des fleurs en épi ou en panicules à l’intérieur d’une spathe ou membrane enveloppante.

    32En outre, les fleurs sont parfois nues, parfois enveloppées par le calice, ou ceintes, au bout du pédicelle, par une bractée ou écaille florale ; elles sont simples ou multiples, latérales ou embrassantes, colorées ou vertes, persistantes ou caduques ; suivant la variété de leur forme et de leur structure, elles se voient parfois attribuer un nom différent. Dans la plupart des Ombellifères et quelques autres plantes, les multiples feuilles disposées en verticille autour du pédoncule s’appellent un involucre ; [xii] la glume des Graminées est à l’extérieur du calice, exactement semblable à lui, et souvent bivalve ; la spathe des Liliacées et les fleurs en spadices, gaine le pédicelle ou le pédoncule à la base, enserrant les jeunes fleurs, et peut être simple, fendue ou multipartite.

    33Les parties de la fleur mentionnées ci-dessus sont les organes sexuels et leurs enveloppes ou Périanthes, ces derniers étant connus sous les noms23 de calice et corolle, et les premiers sous ceux d’étamines et pistil, lesquels diffèrent chacun dans leur structure et leur disposition que nous allons à présent examiner plus attentivement.

    34Le calice, enveloppe externe de la fleur aussi appelé plus proprement Périanthe, est un prolongement de l’écorce du pédoncule floral, rarement absent, placé pour servir de protection aux organes sexuels. Il commence au support du pistil, il le recouvre en tout ou en partie, comme une peau, semi-supérieur ou supérieur24 quand le limbe supérieur est libre, inférieur quand le limbe est distinct et séparé de son point d’origine ; bientôt caduc à l’éclosion de la fleur, ou tombant plus tard avec la corolle, ou persistant au-delà ; simple ou caliculé, ceint d’un calicule externe souvent plus petit ; polyphylle, composé de plusieurs folioles distinctes, définies ou plus rarement indéfinies25, et disposées sur un, deux ou plusieurs rangs, ou monophylle et alors multipartite, avec les laciniures jointes seulement à la base, ou entier s’il n’est pas du tout divisé, ou encore entier à la base mais au limbe divisé. Sa base peut être courte, oblongue ou très longue, ventrue avec une gorge serrée, ou en godet avec une gorge ouverte, tubuleuse ou cylindrique, turbinée ou de forme conique, infundibuliforme si elle est plus longue, ouverte si elle est plutôt plate. Le limbe est connivent, droit, ouvert, réfléchi, entier, [xiii] crénelé, denté, lacinié de manière aiguë ou multifide, faiblement lobé, les lobes, parfois irréguliers, en nombre défini ou indéfini, égaux ou inégaux26. On donne un autre nom à certains calices particuliers : le périchèse des Mousses, tout à fait différent de leur coiffe, la bourse membraneuse des Champignons, entourant souvent, comme le calice, le jeune champignon, les écailles dans certaines Amentacées, à la place du calice absent, et la réunion des différents calices des fleurs agrégées.

    35La corolle, enveloppe interne, continuité du liber du pédoncule, très souvent colorée, absente27 dans certaines plantes, mais présente dans la plupart, s’épanouit avant la fécondation ; ensuite, elle est le plus souvent tombante avec les étamines, plus rarement caduque, c’est-à-dire plus éphémère que ces dernières, parfois marcescente quand elle persiste, et alors participe davantage à la nature du calice qu’à celle des pétales ; elle diffère en outre 1° Quant à sa situation, [selon qu’elle est] périgyne, insérée sur le calice ou sur la partie qui entoure l’ovaire, ou épigyne, insérée sur le pistil, ou hypogyne, insérée sous lui ; [xiv] alternée avec les parties du calice ou plus rarement opposée. 2° Quant au nombre de ses parties, selon qu’elle est polypétale avec un nombre défini ou, plus rarement, indéfini de pétales composés d’un onglet et d’une lame, ou monopétale, sur le même mode que le calice monophylle, parfois profondément multipartite, entier en forme de tube et avec un limbe lobé de manière définie ou indéfinie, crénelé, denté, cilié ou plus rarement entier. 3° Quant à sa forme, selon qu’elle est régulière avec ses parties opposées toutes similaires et à égale distance du centre, telle une cloche, un entonnoir, un cylindre, une roue, une coupe, une étoile, une croix, etc. ; ou irrégulière avec une structure et un écartement inégaux des parties opposées, personée, dont la forme évoque un visage, labiée, corniforme, papilionacée ou polymorphe, anomale. 4° Quant à ses proportions, selon qu’elle est grande, moyenne ou petite, [c’est-à-dire] plus grande, égale ou plus petite en taille que le calice et les étamines. 5° Quant à sa couleur, certes souvent variable pour beaucoup, mais immuable pour bien d’autres. 6° Quant à l’addition, occasionnelle seulement, d’autres parties, telles qu’une glande, une fossette, un éperon, un appendice, une écaille, une soie, etc.

    36L’étamine, organe mâle des Végétaux, est composée de l’anthère proprement dite, folliculaire, emplie de pollen, tantôt sessile, tantôt soutenue par un filament, et dont on doit prendre en compte 1° La situation ou l’insertion de l’étamine entière, tantôt périgyne, insérée sur le calice, ou épipétale insérée sur la corolle, tantôt épigyne, insérée sur le pistil, ou hypogyne, en-dessous, tantôt attachée au disque glanduleux qui émerge d’entre la base du pistil et la partie inférieure du calice ; tantôt, opposée ou alternée au calice ou à la corolle, tantôt entièrement séparée d’eux. 2° La situation de l’anthère, tantôt droite au sommet du filament, tantôt mobile ou versatile si chacune de ses extrémités est libre, ou quasiment ombiliquée, parfois adnée au côté [du filament], ou parfois légèrement saillante. 3° La structure extérieure de l’anthère, ronde, ovoïde, oblongue, sagittée, bicorne, surmontée de deux soies, arquée, réniforme, didyme, munie d’appendices, etc. : la structure intérieure, souvent biloculaire, plus rarement uni- ou multiloculaire, très souvent déhiscente sur la longueur, quelquefois poreuse au sommet, ou avec une seule valve s’ouvrant de la base au sommet, ou transversalement bivalve. 4° La structure du filament, souvent capillaire, parfois plat, cunéiforme, denté, velu, écailleux, glanduleux, etc. 5° La liaison des parties qui se produit parfois, comme la réunion des anthères en une unique gaine, ou le rassemblement des filaments en un unique organe semblable à un anneau, un godet, un tube ou une colonne, ou leur gonflement en un faisceau double [xv] ou multiple à deux, trois ou davantage d’anthères. 6° Le nombre d’étamines variant de un à douze, ou à un nombre défini supérieur à douze, ou à un nombre indéfini, d’où des plantes dites monandres, diandres, … dodécandres, icosandres ou polyandres. 7° La proportion des filaments, égale ou non entre eux, et égale aux parties environnantes, ou plus longue, saillante, ou plus courte. 8° L’avortement de certaines étamines ou de la totalité. 9° Le pollen finalement, ou vésicule séminale contenant l’esprit28, se présente toujours sous la même forme pour chacune29, sphérique, ovoïde, didyme, anguleux, tuberculé, en roue, etc., aussitôt déformé après expulsion de l’esprit, et servant aux Abeilles pour fabriquer la cire.

    37Le pistil, ou partie femelle, placé au centre de la fleur et sur le réceptacle floral, est constitué de l’ovaire, du style et du stigmate. L’ovaire est simple, monogyne, ou multiple, polygyne ; tantôt supère, avec le calice en-dessous, tantôt infère, poussant en profondeur et faisant corps avec le calice, ou parfois semi-infère, lorsqu’il est partiellement uni à la base ; parfois placé sur un disque glanduleux, ou entouré par ce disque, ou couvert d’une glande similaire au-dessus ; le plus souvent sessile, parfois monté sur un stipe ; avorté dans certaines fleurs. Pour les fleurs monostyles, le style est simple, entier ou divisé à son extrémité, et il est multiple pour les fleurs polystyles, voire parfois absent ; il est généralement inséré au sommet de l’ovaire, parfois sur son côté, plus rarement à sa base ; il est tombant ou persistant ; variable en longueur, direction, épaisseur et forme ; très rarement staminifère. Le stigmate ne manque jamais sur un ovaire fertile ; il est parfois sessile et repose sur lui, plus souvent placé au sommet du style, simple ou multiple, tombant ou persistant, variable également en longueur, épaisseur et forme.

    38Les quatre parties énumérées ci-dessus constituent ensemble une fleur complète, laquelle devient incomplète si l’une d’elles manque. Dans cette dernière catégorie se trouvent les fleurs apétales ou acalicées, dénuées de corolle pour les premières, de calice pour les secondes, ou unisexuelles, femelles ou mâles selon qu’elles sont dépourvues d’étamines ou de pistil, c’est-à-dire le contraire des fleurs bisexuelles, hermaphrodites, ou neutres, comme un eunuque. La majorité des plantes, cependant, sont hermaphrodites, chacune de leur fleur étant complètement bisexuelle ; certaines sont androgynes ou monoïques, pourvues à la fois de fleurs mâles et de fleurs femelles distinctes ; certaines sont dioïques, porteuses d’un seul sexe, mâle ou femelle ; d’autres, plus rares, sont polygames, chargées de fleurs hermaphrodites, mâles et femelles mêlées tout à la fois ; quelques-unes sont cryptogames, avec des organes sexuels imperceptibles en raison de leur très petite taille, et par conséquent moins connues. [xvi]

    39Certaines fleurs, luxuriantes en raison d’une culture plus soigneuse et d’une sève plus abondante, multiplient leurs enveloppes ; c’est néanmoins rarement le cas pour le calice, mais plus souvent pour la corolle, parfois monopétale, ou plus fréquemment polypétale. Les fleurs sont soit pleines ou complètement stériles, avec toutes leurs étamines avortées, soit fertiles ou multiples, avec quelques étamines non avortées. C’est la raison pour laquelle les variétés qui brillent dans les jardins et sont les plus recherchées des amateurs sont dédaignées par les Botanistes à cause de leur organisation corrompue, et sont négligées par la science à moins de confirmer que, par la fréquente conversion des étamines en corolle, il existe une étroite analogie entre ces deux organes30.

    40Dans le fruit qui succède à l’ovaire, on distingue le péricarpe contenant, et la graine contenue. Le péricarpe, communément identifié au fruit et occasionnellement manquant, les graines restant alors nues, est simple ou multiple, libre, adhérent ou semi-adhérent, sa situation et son nombre dépendant de l’ovaire. Il varie en outre : 1° Sa forme peut être sphérique, ovée, tronquée, turbinée, conoïde, anguleuse, comprimée, orbiculaire, vésiculeuse, ailée, articulée, etc. 2° Sa surface peut être cylindrique, sinueuse, striée, sillonnée, lisse, rude, tomenteuse, velue, hérissée, tuberculée31, épineuse, etc. 3° Sa substance peut être membraneuse, coriace, osseuse, charnue, pulpeuse ou succulente. 4° Soit il n’y a pas de déhiscence, quand le fruit est entier ; soit celle-ci est partielle, au sommet [du péricarpe], sur le côté ou à la base, par des dents ou des pores ; soit elle est complète et transversale au fruit, circumscissile, la valve supérieure étant simple et en forme d’opercule ; soit elle est placée perpendiculairement, bivalve, trivalve, … multivalve, parfois élastique. 5° La disposition interne du fruit peut être uniloculaire, biloculaire, … multiloculaire, avec une cloison, arrangée de diverses manières en loges séparées ; [cette cloison] est très souvent perpendiculaire, et seulement rarement transverse, opposée ou parallèle aux valves, continue ou attachée à elles, entière ou divisée ; la columelle, axe central en forme de roue, est parfois présente et distincte de la cloison, mais plus souvent absente ; le placenta est simple ou multiple, central ou latéral, attaché aux parois, libre ou appliqué à la cloison. 6° Le nombre de graines contenues dans chaque loge peut être unique ou multiple, selon que le fruit ou la loge est monosperme, disperme, … oligosperme avec peu de graines, polysperme avec de nombreuses graines. 7° En raison des conditions précédentes, on attribue au fruit des noms variés : capsule, s’il est membraneux, coriace ou crustacé ; silique s’il est bivalve et capsulaire, avec une suture séminifère de chaque côté ; légume, similaire à une silique, mais avec une unique suture séminifère ; brou32, [xvii] s’il est osseux ; baie, s’il est juteux, pulpeux ou charnu et empli de graines distinctes ; pome, s’il est charnu, solide, abritant une capsule ; drupe, s’il est charnu et disposé autour d’un noyau ; strobile ou cône, s’il soutient un ensemble de fleurs amentacées, avec beaucoup de graines ou de noix et d’écailles mêlées, le tout densément serré pour former une tête ou un cône. 8° En outre, l’involucre floral, le pédoncule, le calice, le réceptacle du pistil, se gonflent parfois de sève et contrefont ce qu’on appelle communément un fruit, devenant vraiment comestibles dans les Ficus, Cassuvium33, Morus, Fragaria, etc.

    41La graine, œuf végétal, abrégé de la future plante, est nue et placée sur le réceptacle du pistil, ou plus souvent enveloppée par le péricarpe et attachée à son placenta soit par un cordon ombilical, soit sessile, soit, si la liaison est rompue, blottie dans la pulpe. [La graine] est constituée de l’embryon et de ses propres téguments et diffère à l’extérieur : 1° quant à sa direction, droite, inclinée ou inversée ; 2° quant à sa forme, sa taille et sa surface, très variables ; 3° quant à son hile situé au sommet, à la base ou sur le côté, plus ou moins large ou étroit ; 4° quant à son arille ou enveloppe externe facilement détachable, présente ou absente, monosperme ou plus rarement di- ou trisperme ; 5° quant à ses enveloppes propres, très souvent doubles, parmi lesquelles l’enveloppe interne est fine et l’enveloppe externe membraneuse ou coriace, cartilagineuse ou calleuse, ailée ou marginée.

    42L’intérieur de la graine, d’importance première et essentielle, véritable petite plante appelée embryon, est toujours pourvue d’une radicule et d’une plumule uniques, mais est dotée d’un lobe ou cotylédon, souvent double et opposé, parfois un seul, latéral, plus rarement aucun : ce qui donne lieu à la distinction des embryons acotylédones, monocotylédones, dicotylédones34. La radicule s’avance un peu au-delà des lobes, elle est droite ou courbée sur les lobes, tantôt montante et visant le sommet du fruit, tantôt descendante, tournée vers le pédoncule. Les lobes sont fins ou plutôt épais, plats ou partiellement voire totalement courbés, convolutés ou ridés. L’embryon entier est solitaire à l’intérieur de ses tuniques (il est très rarement triple, comme dans Citrus aurantium35) ; l’embryon peut être entouré par le périsperme, corps épais et hétérogène36 d’une substance farineuse, charnue, cornée ou ligneuse, ou [xviii] peut entourer le périsperme soit partiellement, soit être seulement placé à son côté ; ou bien le périsperme, occupant presque tout l’intérieur, peut recéler l’embryon dans une petite cavité.

    43Aux parties des plantes ci-dessus énumérées, nous devons rapidement ajouter à présent certaines autres moins essentielles : les bractées florales, les stipules des feuilles, et les excroissances épineuses ou aiguillonnées, déjà présentées ; les bourgeons des fleurs et des feuilles, considérés séparément ou ensemble, acceptés pour la plupart des arbres, mais refusés aux herbes37 ; les vrilles roulées en spirales, simples ou rameuses, utiles pour lier les plantes grimpantes à leur support ; les poils fonctionnant comme des vaisseaux excrétoires ; les sèves colorées des plantes, laiteuses, jaunes, rouge sang, etc. ; les glandes propres à sécréter les sèves. Nous ne devons pas non plus manquer de mentionner l’inégale germination des graines, plus ou moins prompte ou lente, très facilement accomplie après la maturation dans certaines plantes, plus précoce par nécessité dans d’autres, peut-être selon l’état de l’embryon ; tantôt importante et vigoureuse, en l’absence de périsperme, tantôt très délicate et se flétrissant aussitôt à l’intérieur d’un périsperme desséché. Nous ne devons donc pas non plus omettre le fait que les périodes de floraison, fructification et foliation ne sont pas les mêmes dans les différentes plantes : brèves et circonscrites dans certaines, plus longues dans d’autres. Nous devons aussi rappeler l’éclosion journalière à des heures prédéterminées de certaines fleurs qui se montrent à la manière d’une horloge de Flore38 ; et le déploiement matinal des feuilles dans certaines plantes que suit leur contraction au soir, imitant le sommeil. L’irritabilité de certaines parties d’autres plantes doit aussi être élucidée et vérifiée par des expériences complémentaires. Néanmoins, il n’est pas utile de développer davantage les parties et fonctions moins connues et partiellement négligées dans la pratique de la botanique.

    Les caractères

    44Certains signes externes de distinction peuvent être déduits des differentiae39 nombreuses et généralement externes entre les parties ci-dessus mentionnées, mais ceux qui expriment l’arrangement de la structure intérieure, connus sous le nom de caractères, fournissent les indications sûres à propos de l’organisation des Végétaux et donc de leur nature. En outre, ces caractères, véritable but des recherches des Botanistes, étant nécessaires à la distinction et à la définition des plantes, se distinguent par leur nombre, leur valeur et leurs affinités respectives. Tout d’abord, les caractères les plus simples, considérés en eux-mêmes, forment des composés à partir de la réunion de plusieurs caractères ; de l’agrégation des caractères composés, résulte les caractères généraux ; finalement en embrassant toutes les parties et tous les modes des Végétaux, on compose le caractère universel, déterminant ainsi l’habitus40 extérieur unique propre à chaque plante, et par conséquent sa [xix] nature extérieure manifeste ; de là, on tient les plantes les plus similaires dans leur habitus pour semblables de caractère et de nature, et vice versa. En outre, dans la série des fonctions, certaines sont supérieures aux autres, faisant avancer les mécanismes de développement et de propagation ; c’est pourquoi leurs organes sont considérés comme primaires et leurs caractères propres sont justement placés devant tous les autres. Néanmoins, lorsque dans les organes primaires, le nombre, la forme et les proportions des parties, ainsi que d’autres causes similaires, contribuent moins à l’exercice de la fonction principale, ou s’ils changent alors que l’organe lui-même ne varie pas, alors les signes déduits de ces modes sont moins tenus pour valables, eu égard à leur instabilité. Les caractères, inégaux en importance, sont donc ordonnés selon la valeur de l’organe en question et l’importance de leurs variations, certains étant inconstants et variés, d’autres plus constants, et d’autres très constants ou essentiels, et lorsqu’on compare les plantes, on ne doit pas y recourir sans distinction mais dans cet ordre. En outre, beaucoup d’entre eux ne sont pas du tout ou très peu en rapport [cognati], même dans la même plante, et chacun est plus ou moins séparé des autres, comme si chacun était fait selon sa propre loi ; d’autres, au contraire, principalement pour la fleur et le fruit, réunis par des affinités respectives et choisis dans la série des caractères les plus constants ou essentiels, travaillent ensemble ou sont liés l’un à l’autre, de manière à ce que l’existence d’un seul annonce toujours ou très souvent celle d’un autre : ainsi, un ovaire infère suppose toujours un calice monophylle, et une corolle monopétale indique très souvent qu’elle porte des étamines, généralement en nombre déterminé. Bien des exemples confirmeront ce jugement à l’avenir, et il sera vite manifeste au vu d’un grand nombre d’indications, que l’on doit retirer une très grande utilité de leur dissemblance.

    Les espèces et les variétés

    45Les caractères connus sont employés pour déterminer les plantes, et ils indiquent les ressemblances ou différences, selon le plus ou moins grand degré d’accord entre elles toutes. Seules les plantes qui se ressemblent dans toutes leurs parties ou par le caractère universel, nées d’autres pareilles ou donnant naissance à d’autres semblables, sont autant d’individus constituant ensemble une espèce proprement dite, terme dont on a usé faussement par le passé, à présent plus correctement défini comme la succession pérenne d’individus entièrement semblables, perpétuée au moyen de la génération. Cette uniformité généralement constante dans la série des êtres, est parfois subvertie un moment par le hasard ou la main de l’homme, lorsque certains individus varient à cause du sol, du climat, des maladies ou de la culture, certains différant du premier41 par leurs fleurs multiples, pleines, mutilées ou prolifères, leurs feuilles variablement luxuriantes ou déformées, leur couleur inaltérée [xx] ou pénétrée insensiblement de rouille ou de suie, ou leurs organes élargis par un afflux plus copieux de sucs. La durée de ces variétés dépend de celle de leurs causes ; et lorsque celles-ci cessent d’exercer leur influence, la reproduction par graines ramène les variétés à leur espèce primordiale, si d’autres causes ne l’empêchent pas. Le vrai fondement de la botanique, son objet principal, est cette espèce pure [nativa]42, soigneusement définie et dûment circonscrite ; elle en examine tous les caractères, elle les compare avec ceux d’autres espèces représentées de la même manière, et de cette comparaison, qui fait connaitre l’organisation et la nature de chacune, elle déduit leurs divers degrés d’affinité.

    Les genres

    46On ne peut disposer d’une connaissance aussi parfaite des espèces tant que ces dernières n’ont été pas réunies, pour aider la mémoire, d’abord en faisceaux43 selon leurs affinités, et de là en assemblages composés de la réunion de plus petits faisceaux. Ces faisceaux plus simples, appelés genres, embrassent les espèces liées par beaucoup de points, se distinguant par un petit nombre d’autres, et sont ainsi conformes non pas par leur caractère universel, mais par leur caractère général. Leur association générique exige une sélection sûre au sein des caractères spécifiques, non arbitraire, mais basée sur de solides principes, de manière à ce que chaque genre contienne toutes les espèces qui sont véritablement congénères, sans jamais mélanger les espèces disparates.

    47Par le passé, il n’existait pas de principes pour cette constitution générique, et parce que l’habitus de plantes qui apparaissait un peu similaires n’était pas examinée, et des plantes n’ayant que peu à voir entre elles se retrouvaient rangées sous le même nom. Les Anciens, en effet, généralement plus versés dans la médecine que dans la botanique, ont présenté la vertu et non le caractère des plantes dans de nombreux ouvrages somptueusement expliqués, mais hors de notre propos actuel, et dont il serait superflu de recenser les grands mérites ici, car ces hommes si érudits, mais dans d’autres matières, ne servirent que très peu voire pas du tout la science que nous élucidons présentement. Pour celui qui, néanmoins, brûle de les connaître, le meilleur ouvrage à consulter est l’Isagoge44 de Tournefort, dans lequel ce dernier énumère les Auteurs un à un et assigne à chacun son tribut d’éloges. Dans le même ouvrage, il rappelle également leurs successeurs qui ont fourni un labeur continu pour décrire les plantes, mais qui, en raison du manque de principes et d’une ignorance de certains organes primaires, ont produit des descriptions très souvent imparfaites, et formulé des distributions45 toujours défectueuses, basées sur le lieu, les qualités, la structure, ou un habitus mal compris ; on doit cependant hautement les recommander pour leurs indications utiles, pour certaines désignations46 et pour leurs histoires [xxi] des espèces connues, ainsi que pour leurs synonymies47 des Anciens.

    48Pendant ce temps, la science, assujettie à aucune loi, garda le silence, indécise, jusqu’à ce que les Botanistes comprennent qu’elle reposait avant tout sur l’étude des caractères, l’enchaînement des espèces au sein des genres, puis l’ordonnancement des genres, et que dans la constitution des genres et des familles, certains caractères devaient être employés avant les autres. Néanmoins, cette doctrine ne prévalut pas immédiatement. Gesner le premier proclama, que les signes principaux devaient justement être tirés des organes de la fructification, ce qui fut par la suite approuvé par Cesalpino et Colonna. Morison rétablit ce principe, négligé pendant un temps, et Ray, Rivinus et leurs contemporains l’adoptèrent ; Tournefort, plus récemment, le démontra point par point. Ayant examiné les diverses parties des plantes, il affirma que les traits génériques résidaient avec certitude dans la fleur et le fruit, et à partir de là il bâtit tous ses genres, à savoir, les genres primaires caractérisés par la seule fructification, et ceux secondaires qui ont un caractère autre qu’une structure similaire de fructification. À quelques exceptions près, la cohorte des Botanistes qui lui ont succédé a accepté par convention cette loi promulguée, et la stabilité des nombreux genres souvent naturels.

    49Dans son énumération des caractères et des organes floraux, Tournefort dédaigna les parties du pistil et les étamines, qu’il tenait pour des tuyaux excréteurs48, bien que Camerarius, Cesalpino, Grew et Malpighi aient déjà publié sur le sexe des plantes, ce que pressentaient déjà les Anciens. Au début de notre époque (1702), Burckhard expliqua longuement dans une lettre à Leibnitz, la structure et la fonction des organes sexuels ; ensuite, Geoffroy souligna les formes variées du pollen mâle ; Vaillant, ignorant l’opinion de Burckhardt, publia officiellement une description de l’action des sexes ; [xxii] ce sont finalement les observations de Needham et de B. de Jussieu qui firent connaître la déhiscence du pollen et l’émission de l’esprit séminal. À partir de là, le pistil et les étamines, davantage pris en considération, firent découvrir des traits que Linnæus plaça judicieusement dans ses caractères génériques. Ayant considérablement augmenté le nombre de caractères génériques à l’intérieur de la fleur, il décréta que tous devaient être tirés des organes de la fructification, et non d’autres parties, ce qui restreignit la loi posée par ses prédécesseurs. Rejetant par conséquent les genres secondaires de Tournefort, et reforgeant tout le reste, il ajouta des traits utiles tirés des étamines et du pistil, tira en outre du calice, de la corolle et du fruit quelques traits auparavant négligés, et ayant ordonné les parties en fonction de leur nombre, de leur forme, de leur proportion et de leur position, il créa une série uniforme et élargie de genres, parfois nouveaux, parfois révisés, qui fut bien accueillie par les Botanistes et qui est à présent généralement acceptée.

    50Cette règle de constitution des genres, très utile en l’état actuel de la science, semble néanmoins, encore maintenant, arbitraire et vague, c’est pourquoi elle n’est pas entièrement suffisante pour la constitution des genres véritablement naturels, quoique Linnæus ait toujours jugé ses séparations entre genres comme naturelles et facilement accommodables à tout arrangement. En effet, certaines parties et relations dans la fructification sont données pour plus importantes que d’autres, et par conséquent les caractères sont de valeur inégale, certains étant primaires car essentiels, d’autres seulement secondaires car généraux, et d’autres, de dernier rang, variables pour la plupart, certainement pas tous parfaitement adaptés à la désignation des genres. En outre, certains sont dispersés en-dehors de la fructification, et avec une plus grande valeur que ceux de dernier rang mentionnés ci-dessus, ils doivent leur être de loin préférés ; parfois ils sont égaux aux caractères généraux et rendus aux genres secondaires de Tournefort pour une partie d’entre eux ; souvent conformes à d’autres qui sont véritablement naturels, ils sont parfois utiles à la définition des familles elles-mêmes et sont pour cela d’un usage qui compte pour la science de la botanique. Les règles de Linnæus sont donc artificielles car elles n’expriment ni l’inégalité au sein des caractères floraux, ni la valeur de certains caractères extra-floraux. En revanche, les genres de Tournefort sont préférables, car ils s’avèrent plus fidèles aux genres naturels ; la plupart peuvent en fait être admis définitivement, un petit nombre revu, et pris ensemble, ils fournissent à présent une base utile à la science.

    Nomenclature et description

    51Une fois les espèces identifiées sur la base des caractères et classées en genres, un autre travail commence pour le Botaniste, à savoir la désignation du genre et de l’espèce par un nom approprié et leur définition par une description complète, de manière à ce que chaque espèce puisse être différenciée de toutes les autres par son nom et sa description. Cette partie de la science, bien que ne constituant pas véritablement une science [xxiii], contribue néanmoins beaucoup à son avancement ; c’est pourquoi il ne faut pas la mépriser, mais plutôt y travailler plus soigneusement, de manière à ce qu’au moyen d’un langage plus aisé, l’ensemble des Botanistes puisse s’instruire plus rapidement de leurs observations et de leurs réflexions respectives. À cet égard, on ne peut rien tirer d’utile de nos Auteurs anciens, qui très souvent ne produisirent ni descriptions adéquates, ni dénominations fixes, si bien que beaucoup de plantes tenues pour médicinales ne sont aujourd’hui plus du tout connues, faute de description précise. Des hommes plus versés dans la botanique leur ont succédé, mais qui ne s’appuyaient pas encore sur une nomenclature aux principes clairement définis, et qui, ne sachant encore se tenir dans un juste milieu, étaient soit trop brefs soit trop excessifs dans leur description des plantes. Ne promurent pas plus la science ceux qui, assemblant nom et description, désignèrent les plantes par une définition atteignant la longueur d’une phrase entière et qui, trop prolixes pour dénommer l’espèce, échouaient de même à décrire la plante : c’est ainsi que la nomenclature défectueuse du siècle précédent, bien qu’acceptée par Tournefort49, entrava le progrès de la science. L’œuvre de Linnæus y a grandement remédié : en libérant les plantes des chaines des phrases botaniques, il fournit à chacune un seul double nom, l’un générique et substantif, l’autre adjectif ou spécifique, plaçant en outre les caractères dans une description adéquate à l’aide de mots significatifs, et tirant beaucoup de peu de mots par un style technique. En outre, il transmit ces règles de nomenclature et de description, qui sont pour la plupart excellentes et propres à être généralement acceptées, même si certaines sont peut-être à revoir50 et ne sont pas sacrées en elles-mêmes. Selon son sage arrangement, le nom générique [xxiv] doit être immuable51 et simple ; il ne doit pas être double ou composé52 improprement de deux parties, ni démesurément long, barbare ou déplaisant à l’oreille53 ; il doit nommer54 plutôt que signifier55, être unique au genre qu’il désigne et ne pas être d’usage commun56 avec un autre corps ; l’addition ou le retrait de la moindre syllabe [xxv] ne doit pas le rendre similaire ou comparable57 à un autre. Le nom des espèces doit être aussi simple que facile, mais également significatif ; en particulier, il doit être tiré d’un caractère solide, distinguant l’espèce de ses congénères et ensuite véritablement spécifique58. En cas d’absence de caractère, il doit alors être élaboré sur une autre base, par exemple le sol, la région, le climat, la durée, la couleur, le goût, l’odeur, l’usage, etc., et appelé péjorativement trivial59.

    52Une description est partielle ou universelle. Cette dernière est le propre des Monographes qui décrivent une plante unique, ou des voyageurs qui hésitent devant un végétal d’un genre inconnu ; elle examine chaque partie en détail et dans un ordre uniforme (sans rien omettre), à savoir : la racine, la tige, les feuilles, l’inflorescence, le calice, la corolle, les étamines, le pistil, le fruit et les graines, tout cela en tenant compte de leur fonction60, leur position, leur nombre, leur liaison, leur forme et leur proportion, à quoi il faut ajouter l’habitus, le pays, le sol, le nom vernaculaire et l’usage. La description partielle, plus courante, décrit les caractères génériques ou spécifiques dans le même ordre, tantôt plus longuement dans les dissertations et précis de phytographie61, tantôt plus brièvement, en indiquant seulement de manière générale les principaux signes distinctifs, telle l’esquisse des genres dans le système tout récent de Linnæus, avec des phrases descriptives ajoutées au nom spécifique. Ces descriptions courtes des Botanistes pèchent souvent par une sélection impropre des caractères, une omission des caractères essentiels, une absence de caractères comparables ou des indications insuffisantes, et il faut donc les reprendre encore et encore. On doit leur substituer non sans profit les synonymies ou noms divers conférés à la même plante par les Auteurs, principalement les premiers62, [xxvi] qui, tel le fil d’Ariane, révèlent le travail de nos prédécesseurs, exposent les erreurs à éviter, clarifient leurs mérites et font la part du travail de chacun.

    53L’Ichniographie ou représentation des plantes par les moyens de la gravure sur cuivre, est aussi grandement utile à l’étude ; lorsqu’elle n’est pas trompeuse mais simple et conforme à la nature, elle est plus efficace que les descriptions pour exprimer l’habitus. Les images des Anciens étaient généralement erronées, celles des Contemporains sont plus précises ; à partir d’elles, il est possible de distinguer certaines plantes auparavant mélangées sous le même nom, ou de découvrir rapidement de nouvelles plantes pas encore décrites. Ainsi, par les moyens d’une nomenclature commode, d’une description précise, d’une synonymie fiable et d’images claires, on peut parvenir à une solide désignation des plantes et en confirmer la connaissance tant spécifique que générique.

    Classes et systèmes

    54Les principes édictés par les Botanistes, et qui ont prévalu dans la constitution des espèces, ont également été utiles à la création des classes de genres, selon la même règle, mais plus restreinte. En effet, de même que la constitution des genres est tirée des caractères particuliers des espèces, de même la série des classes s’établit à partir des caractères primaires des séries de genres. Ainsi, les caractéristiques des espèces sont présentes dans toutes les parties, tandis que celles des genres se trouvent dans certaines seulement, et celles des classes seulement dans un très petit nombre. Dans son avancement, la science fait usage des caractères à la fois les plus simples et les plus remarquables : la fructification dans son ensemble fournit la désignation des genres, mais seule une partie fournit celle des classes, selon la loi pressentie par Cesalpino, partiellement suivie par Morison, établie plus fermement par Tournefort, confirmée par d’autres, et finalement promulguée plus strictement par Linnæus. Cette règle de division était inconnue des Anciens, qui observaient moins les organes et déduisaient plutôt les arrangements de l’habitus, la situation, la durée, l’époque de la floraison, l’usage médicinal, etc.63 [xxvii] Dès que l’importance de la fructification fut connue des véritables Botanistes, chacun choisit la partie de celle-ci qui lui semblait la plus remarquable ou la plus adaptée à la multiplication des caractères particuliers. Les sexes n’étant pas encore connus, certains donnèrent la préférence au fruit, d’autres au calice, et d’autres encore à la corolle, chacun créant pour lui-même une méthode à sa façon, organisée différemment de celle des autres, mais toujours véritablement systématique.

    55L’utilité d’une méthode réside en cela que les genres, assemblant des espèces similaires, sont à leur tour groupés en sections désignées selon des caractéristiques secondaires, elles-mêmes ensuite agrégées en classes composées de quelques sections et définies par un signe primaire et très simple, de manière à ce que, grâce à cet arrangement, on puisse facilement distinguer [les plantes] par un caractère donné et leur attribuer un nom propre sans hésitation. De la même manière, on repère vite un soldat dans une armée une fois qu’on connaît son régiment, son escadron, sa compagnie et son peloton64. Mais ces distributions méthodiques des plantes ne sont valables que tant qu’elles sont jugées naturelles, faciles et uniformes : 1° Les Botanistes qui obéissent consciencieusement à la nature dans leur assemblage d’individus et d’espèces, sont rouges de honte de trop s’éloigner d’elle dans leur rapprochement des genres, parmi lesquels se trouvent beaucoup de séries naturelles entre toutes et les plus communément acceptées ; certains parlent de familles naturelles, d’autres de fragments naturels. Par un commandement tacite de la nature, toute méthode qui en préserve certaines dans leur intégrité est d’autant plus parfaite qu’elle en admet un grand nombre. 2° Néanmoins, leur désir de clarifier la science et de réduire leur étude éloigne souvent les Méthodistes de la nature : puisqu’ils privilégient une connaissance facile à une connaissance plus universelle, ils préfèrent surtout nommer les plantes, plutôt que les connaître dans leur intégralité. De là vient que tous recherchent dans leur système des divisions qui ne soient ni confuses ni ambiguës, mais très distinctes, claires et intelligibles, reposant sur des signes évidents et invariants. 3° En outre, il doit être fait l’éloge d’un système dont toutes les divisions primaires sont tirées du même organe, et toutes les divisions secondaires d’un autre, de telle sorte que, ses groupements, circonscrits, solides, et découlant librement d’un seul critère, n’admettent que rarement voire jamais d’exceptions.

    56[xxviii] Tels sont les préceptes de la composition systématique, certes arbitraires et en partie contraire à la nature, mais utiles à une science jusqu’à présent incertaine, et qu’en suivant soit de près soit de loin, chacun interprète diversement selon ses besoins. Entre-temps, bien d’autres systèmes ont été produits, tous dignes d’éloges et témoignant certainement du talent et de l’érudition de leurs Auteurs ; pas un seul, cependant, ne se conforme totalement aux règles précédentes, mais tous s’en démarquent plus ou moins. D’une part, s’attachant aux diverses parties [de la plante], ils en dévoilent les différentes formes et les multiples affinités, pour le plus grand profit de la science ; d’autre part, ils démontrent pourtant clairement la faiblesse et les défauts d’une science artificielle lorsqu’ils s’appuient sur les principes instables d’une loi arbitraire. On pourrait confirmer la vérité de l’assertion précédente en les jugeant tous un par un, mais il n’est pas utile de s’appesantir sur chacun pour les juger ou les discuter65 : évitons de pousser trop avant un discours que l’on devrait abréger et convertir plus utilement en d’autres méditations. Qu’il suffise d’examiner les systèmes de deux des plus excellents d’entre eux, à savoir Tournefort et Linnæus ; l’utilité et la valeur de toute la doctrine systématique pourront ainsi être jugées avec certitude grâce à une exposition fidèle, une comparaison respective et une considération attentive le leurs contributions, dont la connaissance intégrale révélera les avantages et les inconvénients.

    La méthode de Tournefort

    57Tournefort, Professeur au Jardin66 [xxix] à Paris de 1683 à 1708, qui le premier a formé des genres plus convenables, fut également le premier à exposer une méthode générale correctement définie, surpassant de loin et pour longtemps les précédentes, et acceptée entièrement par les Botanistes. Soucieux de clarifier son opinion, et pour cela d’arranger les plantes de manière commode et uniforme, il posa les fondements de son arrangement sur la corolle (ou la fleur comme il l’appelle), naturellement plus frappante et plus claire pour le profane, et qui fournit un grand nombre de caractères facilement observables : elle est ainsi soit clairement présente ou absente, simple ou bien composée, c’est-à-dire multiple à l’intérieur d’un calice commun, monopétale ou polypétale, régulière ou irrégulière. Cependant, ne s’écartant pas encore tout à fait des anciens Auteurs, il plaça en premier la vieille distinction entre herbes et arbres, si bien qu’il ne se s’attachait pas strictement à une unique partie, et qu’à partir de là il définit dix-sept classes d’herbes et cinq d’arbres. Dans les deux [groupes], la première division distingue [les plantes] pourvues d’une corolle, ou plantes pétalées, et celles qui en sont privées ou apétales ; la seconde divise [les plantes] pétalées en simples ou en composées ; la troisième divise les simples en monopétales ou en polypétales ; la quatrième distingue ces deux types selon leur caractère régulier ou irrégulier ; la cinquième division est dérivée de leurs diverses formes. Il existe une autre raison de distinguer les Apétales des Composées, qui seront rappelées plus tard.

    58Parmi les plantes herbacées pétalées simples dont on a parlé, dans la première classe, sont les corolles monopétales régulières Campaniformes, en forme de cloche ouverte, tubulée ou globuleuse ; dans la deuxième classe, les Infundibuliformes régulières, en forme d’entonnoir, de soucoupe ou de roue ; dans la troisième les Anomalae irrégulières, avec une forme qui varie grandement, [la corolle] précédée d’un fruit capsulaire ; dans la quatrième sont les Labiatae irrégulières, avec un limbe [de la corolle] quasi bilabié et de plus un fruit nu tétrasperme ; dans la cinquième sont les corolles polypétales régulières Cruciformes, ou tétrapétales avec les pétales disposés en croix ; dans la sixième sont les Rosaceae, le plus souvent à cinq pétales, parfois plus ou moins, disposés comme dans une Rose ; dans la septième les Umbelliferae rosacées à cinq pétales, avec des pédoncules uniflores réunis en ombelle, et au fruit nu, inférieur et disperme ; dans la huitième sont les Caryophylleae polypétales et régulières, avec de longs pétales onguiculés sortant du fond du calice tubulaire comme pour le Dianthus ou Caryophyllus, comme on l’appelle plus couramment ; dans la neuvième sont les Liliaceae, ou semblables au Lis, tri- ou hexapétales ou simplement sexfidées67, toujours avec un fruit triloculaire, qui peut être supérieur ou inférieur ; dans la dixième sont les Papilionaceae polypétales et irrégulières, possédant des pétales dissemblables (étendard, aile, carène) qui imitent le papillon, et avec un fruit supérieur [xxx] légumineux ; dans la onzième, sont les Anomalae non pas papilionacées mais multiformes et qui ne peuvent être définies autrement. Aux corolles simples succèdent les corolles composées, monopétales et unies dans un calice commun, chacune avec son propre ovaire fixé sur le thalamus ou réceptacle commun ; dans la douzième classe sont toutes les Flosculosae aux corolles tubulaires au limbe quinquéfide68 ; dans la treizième, sont toutes les Ligulatae, à la corolle tubulaire divisée à partir du sommet, formant une ligule ; enfin dans la quatorzième sont les Radiatae, c’est-à-dire avec les fleurs centrales flosculeuses et les fleurs périphériques ligulées en rayon. Ensuite viennent les Apetalae ; certaines, les Stamineae, sont dans la quinzième classe, dotées d’une fleur (calice et étamines) et d’un fruit ; d’autres, Flore carentes69, mais dotées d’un fruit, sont dans la seizième classe ; d’autres encore, Flore et fructu carentes70, sont dans la dix-septième classe. Les arbres associés aux buissons sont dans la dix-huitième classe des Stamineae, quand ils sont simplement apétales ; dans la dix-neuvième sont les Amentaceae apétales avec des fleurs à étamines disposées en épis sur un chaton ou axe commun ressemblant à une queue de chat, dans la vingtième sont les Monopetalae, dans la vingt-et-unième les Rosaceae régulières et polypétales, dans la vingt-deuxième les Papilionaceae irrégulières et polypétales. Les divisions des classes sont déterminées tantôt par la forme de la corolle, tantôt par la disposition des fleurs, plus rarement par l’habitus de la plante, plus souvent par le fait que le fruit est inférieur ou supérieur, simple ou multiple, en baie ou capsulaire, uni- ou multiloculaire, mono- ou polysperme.

    59Voilà comment est obtenue cette méthode qui repose sur des principes simples et des signes évidents, facilitant ainsi l’arrangement et l’étude des plantes ; en certaines occasions, elle est entièrement fidèle à la nature, admettant un certain nombre de familles véritablement naturelles parmi ses classes, telles les Labiatae, les Cruciformes, les Umbelliferae, les Papilionaceae, les Compositae, etc., dont beaucoup forment même des sections entières d’autres classes. Mais elle est aussi plus simple que les autres [méthodes], et pour cette raison présente plusieurs vices 1° En raison de la décomposition impropre effectuée entre les herbes et les arbres, circonscrite par aucune limite précise, qui dissocie des genres voisins dans les Rosaceae, les Papilionaceae et les Compositae, et sépare des espèces congénères dans les Aralia, Bupleurum, Salix, Rubus, Datura, Senecio, Genista, Coronilla et de très nombreux autres genres en partie herbacés, en partie arborescents ou arbustifs ; ces genres et groupes naturels doivent être rassemblés sans distinction entre les herbes et les arbres, bien que cette méthode ne le montre pas. 2° En raison d’une disposition parfois définie vaguement et pas toujours uniforme, par exemple, on compte au nombre des apétales une classe [xxxi] à laquelle manque une fleur mais pourvue d’une graine71 ; les Caryophylleae et les Liliaceae sont définies seulement par leur habitus et une certaine ressemblance, et certaines Liliaceae (Hyacinthus, Narcissus, Gladiolus), certainement pas polypétales, sont mêlées aux [genres] voisins polypétales d’une manière approuvée par la loi de la nature, mais contraire au système ; 3° En raison d’un choix impropre des caractères les moins importants de la corolle, les plus remarquables étant négligés, comme la position invariable de la corolle, rarement employée pour définir les sections, alors que sa forme définit diverses classes dans les Campanulatae, Infundibuliformes, Anomalae, etc. ; il sépare ainsi souvent les [genres] voisins, Campanula et Lobelia, Rubia et Rubeola, Cerinthe et Pulmonaria, etc., et associe des plantes qui ne vont pas ensemble, Aralia et Asparagus, Lobelia et Aristochia, Butomus et Helleborus, Viola et Orchideae, Paris et Cruciferae, etc. ; 4° Par l’énumération de seulement un très petit nombre de caractères, en mentionnant ceux-ci si systématiquement qu’ils suffisent tout au plus à définir et nommer les espèces, et en omettant tous les autres ; 5° Par l’intégration erronée de l’enveloppe florale, pourtant clairement secondaire, parmi les organes primaires, à égalité avec les caractères des classes, alors que les organes sexuels, à savoir les étamines et le style, véritablement primaires, sont complètement omis, et ne sont pas même employés pour définir les sections.

    Le système de Linnæus

    60Comme mentionné p. xxj., Tournefort, ignorant l’action des organes sexuels, dédaigna les étamines ; si leur efficacité évidente avait été connue plus tôt, comme elle l’a été plus tard, elle aurait été mise à profit par les botanistes qui auraient contribué au perfectionnement des genres et à la constitution des classes. Burckhard avait remarqué que les caractères des étamines étaient utiles à la description des classes et concentra ses recherches sur elles. Linnæus, Professeur à Uppsala de 1741 à 1778, ayant affirmé l’importance des organes sexuels, alla plus loin et bâtit ce qu’il appelait lui-même un système sexuel, dans lequel les caractères des sections sont très souvent tirés du pistil, et ceux des classes toujours des étamines. De ces dernières, il examina le nombre, la proportion, la liaison respective et leur réunion avec le pistil, leur dissimulation et parfois leur situation : de la furent tirées vingt-quatre classes, simples ou multipartites en fonction du nombre d’ovaires ou de styles.

    61Ainsi, les onze premières classes avec un nombre défini d’étamines (de une à douze, il n’en existe pas de onze) sont désignées à la manière gréco-romaine, à savoir Monandria, Diandria, Triandria, Pentandria, Hexandria, Heptandria, Octandria, Enneandria, Decandria, Dodecandria. Les suivantes, Icosandria [xxxii] ont beaucoup d’étamines, souvent vingt, insérées sur le calice ; les Polyandria qui s’en rapprochent ont un nombre d’étamines important et indéfini, non insérées sur le calice. Ensuite, suivant les proportions des étamines, les plantes tétrandres et hexandres, dotées de deux ou quatre étamines plus longues que les deux autres, sont placées respectivement, sous les noms de Didynamia et Tetradynamia, dans les classes quatorze et quinze. Après cela, la liaison des étamines est considérée, avec les filaments réunis en un, deux ou plusieurs corps, dont on tire trois classes, à savoir Monadelphia, Diadelphia et Polyadelphia ; des anthères réunies croissant en un cylindre, on tire une unique classe, celle des Syngenesia. Vient ensuite celle des Gynandria, dans laquelle les étamines croissent avec le pistil ou sont fixées sur lui. Ensuite, dans les classes suivantes de la série des fleurs hermaphrodites ou bisexuelles, viennent celles qui produisent des fleurs unisexuelles mâles ou femelles, qui tantôt sont mélangées sur la même plante comme dans les Monœcia, tantôt sont portées par différentes plantes, comme dans les Diœcia, ou qui parfois sont mêlées à des [fleurs] hermaphrodites, comme dans les Polygamia. Enfin, sont rassemblées dans les Cryptogamia seulement les plantes dont les fleurs et donc les étamines, en raison de leur petitesse, ne sont pas encore ou très peu connues, et dont les fonctions sexuelles sont également obscures. Les différentes sections des classes sont pour la plupart définies en fonction du nombre d’ovaires ou de styles, par une désignation commune aux uns et aux autres, appelées Monogynia, Digynia, Trigynia, Tetragynia, Pentagynia… Polygynia. Parfois elles sont distinguées par la variété de leurs fleurs polygames ; par les graines qui sont soit gymnospermes, nues, soit angiospermes, recouvertes d’un péricarpe ; par le fruit, siliqueux ou siliculeux ; le nombre des étamines lui-même n’est pas utilisé, puisqu’il désigne en priorité la classe.

    62Dans ce système, comme dans le précédent, certaines parties sont dignes d’éloges, d’autres doivent être réfutées. Plus précis, plus fidèle et davantage attaché à un principe unique que les autres, il tire tous les caractères qui déterminent l’appartenance à une classe d’une unique partie, et [ces classes] sont si clairement définies et délimitées qu’elles sont comprises sans effort, et que toutes les plantes peuvent être classées avec ordre et reconnues sans l’aide d’un instructeur. En outre, certaines de ces classes, comme les Tetradynamia, les Monadelphia, les Diadelphia et les Syngenesia, sont presque entièrement naturelles. Mais 1° Le système dépend parfois des organes les plus petits, donc les plus difficiles à observer même avec une loupe72 et une aiguille à dissection, défaut cependant pardonnable, dans la mesure où il n’induit qu’un désagrément et la peur de se tromper. 2° En outre, selon l’arbitraire propre aux systèmes, avec des classes multipliées, [Linnæus] s’emploie à tirer toutes leurs désignations d’une unique partie ; [xxxiii] alors, lorsque les caractères solides viennent à manquer, il ajoute indistinctement aux caractères essentiels des caractères variables auxquels il recourt très souvent, ces derniers étant les plus nombreux, généralement au détriment des premiers. Ainsi, déduisant les traits primaires, peu stables, du nombre et de la proportion des étamines, il en vient à rapprocher des plantes disparates dans les mêmes sections : dans les Diandria, Piper et Jasminum, dans les Triandria, Tamarindus et Iris, dans les Tetrandria, Rubia et Euonymus, dans les Pentandria, Primula et Coffea, Ulmus et Cicuta, dans les Hexandria, Berberis et Hyacinthus, dans les Octandria, Tropaeolum et Erica, dans les Decandria, Malpighia et Alsine, dans les Polyandria, Chelidonium et Tilia, etc. A d’autres endroits, il sépare des plantes didynames voisines de plantes tétrandres, Chlora de Gentiana, Blitum de Chenopodium, Erica d’Andromeda, Centunculus d’Anagallis, Canarina de Campanula, Myosurus de Ranunculus, Sibbaldia de Potentilla, Sempervivum de Sedum, Cassine d’Ilex, les Labiatae diandres des didynames, les Gramineae triandres des hexandres, etc. 3° Ainsi, non seulement il a séparé dans son système les genres semblables en tout point excepté par leur nombre d’étamines, mais réciproquement il n’a pas voulu séparer des espèces congénères comme les Convallaria, Polygonum, Rivinia, Verbena, Gentiana, Valeriana, Rubia, Lepidium, Geranium, Cerastium, Linum, Tillaea, etc., dont son système ne veut pas rompre la très étroite proximité et se retrouve par conséquent défiguré par les exceptions, et moins conforme. 4° De même, bien que cela soit beaucoup plus rare, une différence du nombre d’étamines peut caractériser différentes fleurs de la même plante, comme les Monotropa, Chrysosplenium, Adoxa, Trientalis, Disandra, Ruta et d’autres, ce qui les rend difficiles à classer, et ce qui confirme l’instabilité du caractère des étamines. 5° Dans certaines plantes, comme les Bignonia, Gratiola, Chelone, etc., les étamines sont stériles ou supprimées par une abortion chronique qui modifie l’arrangement de ces plantes. 6° Les Gynandria diffèrent très peu des classes mentionnées ci-dessus (spécialement des Monandria) et doivent idéalement y être refondées ; elles incluent en outre très peu de plantes véritablement gynandres. 7° Comme beaucoup de plantes monoïques et dioïques, ainsi que toutes les plantes polygames, sont considérées comme telles uniquement en raison de l’avortement de leurs parties, alors qu’elles devraient être véritablement associées aux plantes hermaphrodites, ce qui serait plus correct, les classes principales ne devraient pas reposer sur la séparation des sexes.

    L’utilité limitée des systèmes

    63À partir de là, s’il fallait juger supérieure une méthode facile et tout à fait fidèle à la Nature, celle de Tournefort l’emporterait sur les autres, parce qu’elle bouleverse moins les affinités naturelles, qu’elle utilise les signes les plus évidents, et qu’elle est plus aisée à parcourir. [xxxiv] L’arrangement du système de Linnæus est parfois laborieux, les désignations parfois difficiles, et des rapprochements sont très souvent établis entre des plantes dissemblables. Mais si ce système était plus circonscrit, plus sûrement défini, reposant sur des signes consciencieusement élaborés et tirés d’une partie primaire unique, il pourrait s’enorgueillir d’une armée considérable de Végétaux, placés de manière ordonnée sous l’autorité de ces signes et s’en écartant rarement ; enrichi par une description et une nomenclature meilleures, tantôt génériques, tantôt spécifiques, et doté de nombreux avantages, il emporterait l’assentiment de presque tous les Botanistes. Mais ces systèmes construits arbitrairement présentent une science fausse, non naturelle, vouée non pas à la connaissance approfondie des plantes, mais seulement à en donner une définition concise et une dénomination certaine. Ils doivent donc être considérés comme des préludes botaniques, des répertoires bien ordonnés, des indexes non alphabétiques, certains plus commodes que d’autres, dans lesquels, suivant les signes choisis par les Botanistes pour faciliter leurs propres investigations et communiquer entre eux, les plantes sont disposées selon un arrangement convenu jusqu’à pouvoir, la réflexion avançant, être distribuées plus heureusement, au sein d’une série véritablement naturelle.

    Le Véritable But de la Science

    64Suivant ce qui précède, les parties et fonctions des plantes sont désormais connues, ainsi que les differentiae des parties et les caractères qui en découlent. Les désignations et appellations des espèces et des genres ont également été étudiées, ainsi que les moyens les plus aptes à les perfectionner. D’une part, personne ne peut se dispenser d’un arrangement des plantes, d’autre part, cet arrangement systématique s’est révélé jusqu’à présent arbitraire et imparfait, artificiel et non naturel, en aucun cas approprié au dévoilement des véritables affinités, et ouvrant seulement l’utile perspective d’une science plus vraie. Il faut à présent considérer celle-ci sous un jour nouveau : elle est sujette aux lois, non factices mais immuables, que la Nature a clairement gravées sur les plantes, et qui sont évidentes pour tout observateur attentif. Une définition73 incorrecte, ou pour le moins vague, de la science a longtemps abusé le Botaniste ; [xxxv] elle s’est attachée seulement à désigner et nommer les plantes ; elle a sélectionné uniquement les caractères nécessaires à cette désignation en omettant le reste et, trop souvent ambiguë et contradictoire dans sa manière de déterminer et de nommer les genres et les espèces, elle a été considérée par le profane comme une science purement nomenclatrice, plus particulièrement adaptée à l’exercice de la mémoire qu’à celui de l’esprit. Cependant, le sincère contemplateur de la nature qui cherche à la connaître par les plantes, doit examiner et révéler leur entière organisation ; à cette fin, il doit rechercher tous les caractères, en rappelant ceux négligés par la méthode, et diriger ses recherches de telle manière qu’en n’omettant rien, il découvre les affinités respectives de toutes les plantes, et parvienne à en avoir une connaissance absolue.

    La méthode naturelle

    65Cet arrangement si longtemps désiré74, de loin supérieur à tout autre, le seul véritablement uniforme et simple, toujours conforme aux lois des affinités, est la méthode dite naturelle, qui associe les plantes de tous genres par des liens indissolubles, et procède pas à pas du simple au composé75, du plus petit au plus grand, en une série continue, comme une chaîne dont les anneaux représenteraient autant d’espèces ou faisceaux d’espèces, ou comme une carte de géographie76 sur laquelle les espèces, comme des pays, seraient distribuées en territoires, provinces et royaumes. D’une part, puisqu’elle ne permet la liaison de chaque anneau qu’avec deux de ses voisins, [la chaîne] circonscrit les affinités des plantes ; de l’autre, [la carte] les étend et démontre que les espèces individuelles, ainsi que les groupements de genres et de classes, sont également voisins de nombreux autres qui les entourent. Quoi qu’il en soit, [xxxvi] les principaux Botanistes passés et présents reconnaissent, plus ou moins explicitement, l’existence et la valeur de la remarquable union naturelle entre les plantes qu’établit cette méthode : leurs travaux visent à son étude et leurs classes systématiques l’imitent, bien que leurs résultats malheureux ne fassent souvent que démontrer la difficulté de la tâche.

    66Parmi les divers Auteurs qui qui se sont acharnés, avec succès, à étudier la méthode naturelle, les principaux sont Linnæus, Bernard de Jussieu et Adanson. En 1738, Linnæus, le premier, publia ses fragments naturels (dans les Class. Plant.) et les révisa ensuite à plusieurs reprises, sans pour autant ajouter de nouveaux principes à leur construction et à leur arrangement. En 1759, [Bernard de] Jussieu organisa le jardin royal de Trianon selon les familles naturelles qu’il avait soigneusement élaborées depuis longtemps déjà, mais, n’étant pas sûr de lui, il n’en avait jamais parlé77 ailleurs que dans des conversations privées ; même plus tard, il n’osa pas les faire imprimer, estimant ne pas les avoir assez éprouvées lui-même. En 1763, Adanson publia ses Familles de plantes selon les principes exposés dans sa préface. Chacun de ces Auteurs doit recevoir le tribut d’éloges qui lui revient, bien qu’il ne soit pas utile d’expliquer ou de juger ici leurs contributions, car il convient d’abord d’exposer les lois de la méthode naturelle qui, une fois convenablement examinées et consignées pour la postérité, permettront de juger plus équitablement les travaux de ces hommes, et par conséquent de faire plus clairement émerger leurs mérites.

    Les obstacles à la méthode naturelle

    67La méthode naturelle, le meilleur et véritable but de la science, fut et est toujours partiellement méconnue des Botanistes, en raison du manque de connaissance de toutes les plantes à arranger, et des principes de cet arrangement. 1° Une série continue d’êtres ne peut pas être réellement établie sans que tous soient déjà connus. Les voyages botaniques favorisent tous les jours les découvertes, mais il y a probablement bien plus d’êtres exotiques à découvrir que déjà découverts, et il est vain d’espérer atteindre la connaissance absolue de tout ce qui existe. Mais, bien que toutes les régions de la terre n’aient pas encore été explorées, les autres78 ont tout de même été soigneusement relevées sur des cartes par les Géographes, chacune à son propre emplacement. Bien que de nombreux anneaux de la chaîne manquent, dispersés au loin, beaucoup peuvent être facilement reliés en différents points de la chaîne, à laquelle de nouveaux anneaux intermédiaires sont ajoutés à divers moments, et sont distingués par des intervalles de moins en moins nombreux. [xxxvii] C’est pourquoi la méthode doit être élaborée de manière à imiter une chaîne ou une carte, en dépit du manque de genres exotiques. 2° La difficulté des recherches sur les principes naturels ne constitue pas un obstacle ; en effet, ils sont inséparables des plantes et facilement visibles pour tout observateur ; ils sont explicables selon deux manières de procéder qui vont être décrites tour à tour, de sorte que l’une soit la confirmation de l’autre.

    La première manière pour atteindre la même chose

    68Le premier procédé, et le plus commun, est de progresser du simple et du connu jusqu’au composé et à l’inconnu, et de tirer, sans effort important, les véritables principes de la méthode naturelle d’une série uniforme et concise d’observations et de propositions.

    La connaissance certaine des espèces

    69Ainsi, il s’agit d’abord de connaître l’espèce, définie par ses propres signes, collection d’êtres semblables au plus haut point, qui ne doit jamais être divisée, mais simple par un consentement unanime, simple suivant la loi primaire la plus connue de la Nature qui établit que dans une même espèce doivent être réunis les végétaux ou individus semblables au plus haut point dans toutes leurs parties et qui sont toujours similaires en une série continue de générations, de manière à ce que chaque individu soit l’illustration véritable de toute l’espèce, passée, présente et future.

    La liaison générique des espèces voisines

    70La même loi qui réunit des individus complètement semblables en une espèce unique détermine encore, selon le même principe, la liaison des espèces similaires. En effet, de la même manière et sans contestation, les espèces semblables dans le plus grand nombre de leurs caractères doivent être rapprochées, et celles qui diffèrent en beaucoup de signes doivent par conséquent être séparées. Ce premier procédé d’établissement de liens montre la première manière de juger les affinités, celle qui permet d’examiner toutes les espèces à assembler dans le même faisceau. De là un genre est constitué, assemblage d’espèces similaires, dont on ne peut cependant tirer ni définition certaine, ni précepte précis de construction, spécialement dans la méthode naturelle. S’il existe un tel précepte, il diffère beaucoup des principes systématiques, et n’assigne pas de limites strictes aux genres mais, en préservant les affinités, connecte toutes les espèces par un lien imperceptible ; il les assemble ensuite, pour la construction de la science, en genres distincts enrichis à volonté par un nombre plus ou moins grand d’espèces, et [séparés] par des coupures presque arbitraires, qui peuvent être dites véritablement naturelles tant qu’elles ne séparent pas les espèces voisines ni ne bouleversent la série dans son ensemble. En outre, beaucoup de traces de la Nature ne sont pas dissimulées mais demeurent gravées çà et là, ne se cachant pas de l’observateur ; elles sont de la plus grande utilité pour atteindre les autres [traces] et dévoiler la marche de l’ensemble. [xxxviii] Sans doute, il existe des genres incontestablement naturels entre tous, tels Aconitum, Delphinium, Ranunculus, Scabiosa, Geranium, Gentiana, Valeriana, Rosa, etc., dont l’examen particulier fait apparaître le véritable mode de construction générique, ce qui permet d’en constituer d’autres avec certitude en suivant leur exemple. Ainsi Rosa est un genre d’arbuste avec les feuilles alternes et stipulées, le calice urcéolé79, quinquéfide, pentapétale et polyandre, les pétales et les étamines insérés dans la gorge du calice, polygyne avec les ovaires également dissimulés dans le calice, chacun doté d’un style latéral et d’un stigmate simple, la graine complètement recouverte par un calice baccien, l’embryon des graines droit, et sans périsperme. Les espèces conformes à la désignation précédente [appartiennent] à un seul genre et diffèrent entre elles : selon que le calice est ovoïde ou globuleux, lisse ou échiné, avec ses divisions en partie appendiculées et en partie nues, ou très rarement complètement nues ; selon la forme, la couleur et la taille des pétales ; selon la forme et le nombre des graines ; selon la tige, élevée ou prostée, inerme ou aiguillonnée ; selon les feuilles pinnées ou très rarement simples ; selon le nombre et la forme des folioles ; selon les fleurs solitaires ou en sub-corymbes, etc. Valeriana, est un autre genre herbacé, à feuilles opposées, aux fleurs en corymbe, avec le calice supérieur, la corolle épigyne, monopétale et tubulaire avec un limbe quinquéfide, les étamines épipétales en nombre défini, l’ovaire simple, inférieur et monostyle, le fruit sub-monosperme, l’embryon droit et montant, et sans périsperme. Ses differentiae spécifiques sont constituées de la tige, élevée ou prostée, des feuilles, de formes variables, simples ou pinnées, du corymbe des fleurs dense ou lâche, du calice entier ou denté, de la corolle éperonnée ou gibbeuse à la base, du limbe régulier ou irrégulier, des étamines et des stigmates en nombre variable, et du fruit tantôt pappeux et monosperme, tantôt loculaire, bi- ou trisperme et denté à son extrémité. Ce genre peut être divisé en deux selon le fruit, ou rester indivisé : ses différentes espèces ne peuvent être séparées l’une de l’autre dans la série naturelle.

    71À partir de ce dénombrement des caractères de Rosa et Valeriana, il peut être conclu de façon certaine que 1° les mêmes caractères ne sont pas toujours génériques, et que certains, comme la position des parties, sont extrêmement constants dans les genres, tandis que d’autres, comme la forme et le nombre, etc., sont parfois stables, parfois variables. 2° beaucoup de caractères tirés de la fructification, ainsi que certains autres tirés d’autres parties, sont similaires dans les espèces d’un même genre ; 3° la plupart des caractères non tirés de la fructification, et certains autres qui lui sont propres, peuvent varier dans ces espèces. [xxxix] Cependant, tous ces caractères ne méritent pas d’être mis sur le même pied que les autres : la position des feuilles l’emporte en effet dans Rosa sur la forme du calice, tandis qu’elle prévaut sur le nombre d’étamines dans Valeriana. 4° En dépit de la valeur très variable de certains caractères, d’autres sont alternativement constants ou variables, et d’autres plus constants encore ; c’est pourquoi il convient de les ranger différemment en fonction de leur constance et, dans leur dénombrement, il faut non pas les énumérer mais les pondérer, de manière à ce que chacun se voie attribuer son propre rang et qu’un seul caractère constant ait une valeur égale ou supérieure à plusieurs caractères variables.

    Les lois naturelles des affinités

    72À ce principe, confirmé par l’observation et à placer parmi les véritables règles de la nature, il faut ajouter une règle plus ancienne qui établit que doivent être rapprochées les plantes semblables dans le plus grand nombre de leurs caractères ; sur ces deux principes, convenablement expliqués et étendus, repose entièrement la loi de distribution naturelle des plantes. Si un caractère est égal [en valeur] dans plusieurs espèces, il est constamment uniforme dans le genre ; s’il est égal dans quelques-unes seulement, il est parfois valable ; s’il est égal dans très peu d’espèces, il est employé uniquement pour définir l’espèce : ainsi, la position des feuilles, à ranger parmi les caractères semi-stables, sert parfois à la désignation du genre, au même titre que les signes semi-stables de la fructification. La triple division des caractères n’est cependant pas suffisante ; chacune comprend plusieurs degrés, difficilement définissables, et ce sera donc le principal travail du Botaniste, qui suit la marche de la Nature, que de mesurer la valeur de tous ces caractères, de donner à chacun sa position immuable80 ; mais seule une réflexion approfondie sur les genres véritablement naturels et leur association respective pourra établir un arrangement gradué de caractères.

    Les familles naturelles

    73Une fois les espèces voisines réunies dans leur genre naturel, simple ou composé, les genres analogues doivent être reliés et assemblés en familles de la même manière et selon la même règle. La nature bienveillante place ouvertement sous nos yeux des exemples de ce genre d’assemblage, à savoir des familles véritablement naturelles et généralement avouées, souvent entières dans les méthodes des Systématiciens, tels que les Gramineae, Liliaceae, Labiatae, Compositae, Umbelliferae, Cruciferae, Leguminosae. De même que seuls les caractères remarquables des espèces doivent être employés pour constituer des genres, il convient d’user prioritairement pour nommer les familles, non pas de tous les signes génériques, mais seulement des plus constants. Plus l’arrangement des plantes est général, moins on utilise de signes pour leur définition ; en accord avec ce principe inviolable, [xl] sont considérés comme prépondérants ceux qui, remarquables et de plus grande valeur, équivalent à plusieurs autres de moindre valeur. Cet axiome, soutenu par la raison, est également confirmé par l’observation répétée et tout particulièrement par l’étude attentive des familles susdites.

    74Les multiples caractères déjà mentionnés au cours de cette introduction, et qui devront être passés en revue, se distinguent par leur différence évidente et leur valeur diverse.

    751° Les caractères primaires sont essentiels, toujours constants dans toutes les familles [primarii uniformes], et tirés d’organes essentiels tels que l’insertion des étamines ou leur disposition par rapport au pistil, la situation de la corolle staminifère, ou le nombre des lobes de l’embryon. Ce dernier est toujours unilobé dans les Gramineae et Liliaceae, alors qu’il est bilobé dans les autres. Les étamines sont uniformément hypogynes dans les Gramineae et les Cruciferae, épigynes dans les Umbelliferae, périgynes dans les Liliaceae et les Leguminosae, épipétales dans les Labiatae et les Compositae, les [Labiatae] étant pourvues d’une corolle hypogyne et les [Compositae] d’une [corolle] épigyne.

    762° Les caractères secondaires sont généraux, presque constants dans toutes les familles [secondarii subuniformes], variables seulement par exception, et tirés d’organes non essentiels, à savoir la présence ou l’absence du périsperme, du calice ou de la corolle quand elle ne porte pas les étamines, la structure de la corolle considérée comme monopétale ou polypétale, la situation relative du calice et du pistil, la nature du périsperme s’il y en a un. Ainsi, la corolle a très souvent la même forme au sein d’une même famille ; elle n’existe pas dans les Gramineae et Liliaceae, elle est monopétale dans les Labiatae et Compositae, polypétale dans les Umbelliferae, Cruciferae et Leguminosae ; elle est quelquefois monopétale dans les Leguminosae, et parfois absente, comme dans les Cruciferae. Ainsi le calice, qui existe pour la plupart des plantes, est en revanche clairement absent dans Caltha et quelques autres ; il est supérieur à l’ovaire dans les Umbelliferae et Compositae, inférieur dans les Gramineae, Labiatae, Cruciferae et Leguminosae, il est tour à tour supérieur ou inférieur dans les Liliaceae. Le périsperme des graines est farineux dans les Gramineae, corné dans les Liliaceae, ligneux dans les Umbelliferae, absent dans les Labiatae, Compositae et Cruciferae ; dans les Leguminosae, il est parfois absent, plus rarement partiellement présent, charnu et imitant une épaisse membrane interne de la graine ; cela en fait un signe ambigu qui fluctue, dans la recherche de nouvelles familles, entre un [caractère] primaire et secondaire. La même chose peut être dite, éventuellement, de la situation de l’embryon à l’intérieur de la graine et de celle de la graine à l’intérieur du fruit, qui sont des signes généralement stables mais parfois douteux et à examiner avec attention.

    77[xli] 3° Les caractères tertiaires sont semi-uniformes [tertiarii semiuniformes], tantôt constants dans les familles, tantôt variables, parfois tirés d’organes essentiels, parfois d’autres non essentiels ; tels sont le calice mono- ou polyphylle, l’ovaire simple ou multiple, le nombre, la proportion et la liaison des étamines, la déhiscence du fruit et son nombre de loges, la position des feuilles et des fleurs, la nature de la tige arborescente ou herbacée, et d’autres caractères analogues ou plus triviaux qui, chacun séparément ne peut servir qu’à déterminer des genres, mais dont l’ensemble peut contribuer également à définir des familles. Il demeure nécessaire d’instituer une gradation entre eux, certains étant plus ou moins constants que d’autres. Mais nous ne pouvons pousser plus avant leur évaluation sans être à présent éclairé par une recherche sur les quelques familles les plus connues.

    78Cela ne peut qu’aider à conclure ce qui est déjà à notre portée : sans doute existe-t-il des cohortes distinctes de caractères, dont chacune possède son propre degré d’importance générale, mais elles ne sont pas clairement circonscrites, puisque leurs extrémités se rejoignent et qu’elles sont comme rabattues ; à l’avenir, une fois le nombre de familles véritablement naturelles augmenté, le champ d’observation élargi, les méthodes d’examen multipliées et une évaluation plus précise ainsi établie, elles seront plus convenablement définies et divisées en différents [groupes].

    79En attendant, si nous admettons la division tripartite des caractères génériques, il existe des degrés différents d’affinités pour les genres, c’est-à-dire qu’aucune [affinité] ne peut être tirée de la plupart des [caractères] mineurs semi-uniformes, qu’une [affinité] médiocre peut être tirée des caractères plus constants, qu’une certaine [affinité] peut être tirée des [caractères] presque uniformes, et qu’une [affinité] majeure peut être tirée des caractères uniformes. Dans l’établissement des familles véritablement naturelles, il faut qu’il y ait un critère différent pour chaque rang : les genres doivent être certainement conformes dans les caractères primaires, ils doivent aussi l’être généralement dans les caractères secondaires et plus ou moins souvent dans les caractères tertiaires les plus constants, et parfois dans ceux qui sont les plus instables. Ainsi, dans la famille des Cruciferae, les caractères primaires uniformes sont les étamines hypogynes et l’embryon à deux lobes. Les caractères secondaires sont l’absence de périsperme, l’existence d’un calice inférieur à l’ovaire, la corolle hypogyne et polypétale, la radicule descendante de l’embryon, et les semences insérées à un double placenta latéral et opposé. Les caractères tertiaires sont le calice tétraphylle caduque, quatre pétales alternes avec le calice, six étamines tétradynames, l’ovaire simple, le fruit siliqueux, biloculaire et bivalve, les feuilles alternes, les fleurs non axillaires ; cependant, il arrive que le calice soit parfois persistant, que les fleurs soient diandres ou tétrandres par abortion, que le fruit uni ou triloculaire ne s’ouvre pas, que les feuilles soient opposées [xlii] et les fleurs axillaires ; de là, nous pouvons voir que, dans une famille, les caractères tertiaires sont moins constants que d’autres, néanmoins, en variant séparément et non pas tous ensembles, ils ne rompent pas le caractère général de la famille. À ceux-là peuvent être ajoutés quelques caractères inférieurs, qualifiés de quaternaires [quartarii inferiores], qui sont communs à certains genres au sein d’une famille et adaptés seulement à la formation de sections81 : par exemple, le fruit, long, siliqueux et dépourvu de style dans certaines [Cruciferae], ou court, siliculeux et doté d’un unique style dans d’autres. Grâce à cette répartition des caractères, la désignation des Cruciferae s’obtient facilement. Quiconque étudie les autres familles connues selon la même méthode, percevra la même progression de valeur dans les caractères ; et une fois affirmée la règle établissant leur valeur relative, lorsqu’il examinera les nouvelles familles à décrire, il estimera toujours plus prééminents les caractères les plus généraux, en reconnaissant la force de chacun. C’est la seule règle gouvernant la construction des familles, la seule manière de découvrir les affinités, à la recherche desquelles le Botaniste sincère sacrifie tous ses soins.

    Les classes naturelles

    80De même que les espèces sont réunies en genres par un lien naturel, et les genres regroupés en familles, de même les familles voisines dans la série continue sont rassemblées dans une même classe. La Nature, en effet, ne déviant pas de la loi qu’elle a établie, assemble toujours des fascicules variés de plantes en faisceaux plus larges, qu’elle agrandit graduellement par des liaisons répétées, et qu’elle rassemble enfin en une seule et même étreinte. Puisqu’il faut placer dans la distribution générale les caractères les plus forts en premier, les caractères tertiaires, impropres à fournir une désignation solide, contribuent moins à la définition des classes et se retrouvent à bon droit précédés par les caractères secondaires, et plus sûrement par les caractères primaires, qui sont universels et uniformes dans toutes les plantes. Mais les caractères secondaires varient parfois, tandis que les primaires sont tenus pour constants ; ainsi leurs valeurs respectives sont inégales, et ce sont les caractères primaires [des familles] qui doivent seuls servir à définir les divisions primaires. Ils sont tirés de l’embryon de la graine, des étamines, du pistil, et de la corolle staminifère. Possèdent-ils la même force et existe-t-il une égalité absolue entre ces quatre organes, ou bien la valeur des organes et celle des caractères primaires qui en sont tirés diffèrent-elles ?

    Une autre manière d’atteindre la méthode naturelle

    81En cherchant une solution plus facile à cette question, il est utile de revenir quelques instants sur ce qui précède dans un ordre inverse, en procédant non du simple au composé, mais du composé au simple, de manière à ce que, par un raisonnement serré et un grand nombre d’observations accumulées, nos constatations précédentes soient confirmées, que l’inégalité entre ces caractères apparaisse de plus en plus évidente, et que les plus importants d’entre eux l’emportent [xliii]. Les familles naturelles susdites, à présent admises, contribuent grandement à cet examen ; les règles botaniques à édicter sont mises à l’épreuve pour chaque famille naturelle, et doivent être conservées avec soin aussi longtemps qu’elles n’entrent en contradiction avec aucune d’entre elles, mais doivent être rejetées sans hésiter si elles s’avèrent incompatibles avec ne serait-ce qu’une seule de ces familles.

    821° Les caractères qui sont toujours, ou parfois, instables dans les familles ne sont d’aucune utilité dans la définition des divisions primaires, car tout caractère qui varie dans le particulier ne peut avoir de valeur dans le général. Ainsi sont écartées toutes les parties qui, parfois voire très souvent, sont dissemblables au sein des genres d’une même famille, telles que la racine, la tige, et les feuilles. Les Liliaceae offrent des racines tubéreuses et des racines chevelues. Les Compositae ont des feuilles alternes et opposées, simples et pinnées. On voit dans les Leguminosae et les Umbelliferae des tiges herbacées et d’autres arbustives ou arborescentes. Ainsi, parmi les plantes, il ne faut pas plus distinguer les herbes des arbres que Mus d’Elephas parmi les Êtres vivants quadrupèdes, ou Trochilus de Struthio parmi les Oiseaux. La non-existence de la tige ou des feuilles dans certaines plantes devient pour ces parties un nouveau motif d’exclusion.

    832° Ce sont les seules parties de la fructification, et surtout les plus essentielles, qui peuvent donner les caractères principaux ; ainsi, le calice et la corolle doivent encore être écartés, parce que ces deux enveloppes de la fleur peuvent manquer ensemble ou séparément dans une plante, sans que pour cela elle soit moins parfaite ou moins propre à se reproduire. En outre, leurs caractères remarquables sont aussi parfois incertains, avec dans une même famille des corolles monopétales ou polypétales, des calices supérieurs ou inférieurs, monophylles ou polyphylles.

    843° À l’exclusion du calice et de la corolle, les organes sexuels sont à juste titre prééminents, car ils sont nécessaires pour la propagation de l’espèce et par là même essentiels ; si quelquefois l’avortement a supprimé ces organes dans un individu particulier, c’est un être dénaturé qui a manqué l’objet de sa destination, une monstruosité qui ne peut faire exception dans l’ordre général. Les vrais organes de la fleur parfaite s’unissent pour la génération de la graine de la future plantule qui commence dans la germination une nouvelle vie, et n’est censée être parfaite que lorsqu’elle a produit un autre individu semblable à elle.

    854° Une fois leur travail accompli, les étamines tombent en même temps que les styles, puisqu’elles n’étaient utiles que dans la mesure où elles contribuaient à la fécondation de la graine cachée à l’intérieur du fruit. Cette graine, ou plus correctement, l’embryon caché à l’intérieur, premier rudiment de la jeune plante, est cette [xliv] partie spéciale et très générale du Végétal, à la forme, l’alimentation et la protection de laquelle contribuent tous les autres organes de la fructification, avant de se dessécher. La reproduction des êtres est le complément des ouvrages de la Nature, le plus haut point où elle puisse atteindre. L’appareil de la fécondation, l’importance des organes sexuels et l’utilité des fleurs qui les entourent, et la chute de tous ces organes après fécondation ou maturation, tout annonce que la graine formée à si grands frais est la partie essentielle par excellence, et établit que les divisions primaires des Végétaux doivent être tirées de [la graine] ou de l’embryon, qui en est la partie essentielle.

    Les classes primaires tirées de l’embryon

    86Du nombre des parties de l’embryon p. xvii et de son mode de germination est tirée une première division en trois classes, à savoir les Acotylédones, les Monocotylédones et les Dicotylédones, déjà rendue célèbre par certains Auteurs, négligée par d’autres, et utilisée en particulier dans le jardin de Trianon. Immuable82 et naturelle, elle est néanmoins absente des Fragmenta  de Linnæus et également des Familles d’Adanson, qui présentent tous deux un arrangement où les Monocotylédones et les Dicotylédones sont parfois mélangés. Mais toutes ces familles sont-elles constituées chacune séparément par la Nature sans considération de leurs affinités respectives ? Ou bien, au contraire, sont-elles toutes réunies par un lien commun à leur classe, de manière à constituer une série continue ? Les familles les plus approuvées, désignées d’abord par la structure de leur embryon, révèlent l’existence de classes et la prééminence de l’embryon lui-même ; elles montrent aussi, par le même signe, l’évidente parenté de beaucoup [de plantes] voisines, et finalement une singulière analogie avec [xlv] les Animaux, dont l’incubation est similaire à la germination des Végétaux. Le cœur, le premier à vivre et à s’animer dans le fœtus animal, définit par sa structure les différentes classes des Animaux, chacune comprenant un grand nombre de familles. Dans les Quadrupèdes, les Cetaceae et les Aves, il est composé de deux ventricules et d’un pareil nombre d’oreillettes, celui des Pisces et des Reptilia n’a qu’un ventricule et une oreillette, dans les Vermes et les Insectae, il n’y a qu’un seul ventricule, mais dénué d’oreillettes ; dans chacun il ne varie jamais, et son développement et son mouvement ininterrompu accroissent ces différences, annoncées par l’ajout de signes extérieurs secondaires, de manière à ce que chaque classe puisse aisément être distinguée par son propre habitus. De la même manière, l’embryon, première partie de la plante à vivre, désigne les principaux arrangements ; il est analogue aux oreillettes du cœur par son lobe double, unique ou absent, et une fois la germination accomplie, des signes extérieurs suppléent son caractère éphémère et constituent l’habitus propre à chaque classe. Ces deux organes primaires, qui constituent l’être entier des Animaux comme des Végétaux à partir des premiers moments après la fertilisation, embrassent leur organisation entière, d’abord compressée puis se déployant sous leur élan vital, et les caractères forment comme un tout avant d’être divisés et dispersés à mesure que le fœtus grandit. Ainsi, de la même manière que le cœur ou l’embryon, les familles qui sont véritablement conformes par un grand nombre de caractères sont liées ensemble par un seul, et ainsi se trouve confirmée la première division des Animaux et des Végétaux, tirée du premier organe formé ; la distinction générale entre plantes Acotylédones, Monocotylédones, et Dicotylédones reste donc correcte et incontestable.

    87Les Acotylédones, qui sont les plus simples dans leur structure, forment la première et la moindre portion de la chaîne. Elles sont suivies des Monocotylédones plus nombreuses et mieux organisées ; les Dicotylédones qui succèdent ont une organisation plus complète et sont en nombre beaucoup plus considérable. Ces classes ne seront pas strictement circonscrites de manière systématique, car elles sont mutuellement unies sans aucun intervalle par des genres ambigus, selon la loi de la Nature. Et ce n’est pas tout : l’étendue de ces classes exige, au sein de chacune, des divisions secondaires également liées entre elles, dont les caractères soient de même essentiels et généraux.

    Les classes secondaires

    88L’embryon, partie primaire des Végétaux, qui définit les premières classes en fonction du nombre de ses lobes, révèle-t-il en outre d’autres caractères solides [xlvi] qui permettraient également de désigner les classes secondaires ? Dans toute plante, la germination est toujours identique : dans les plantes congénères elle est souvent semblable, tandis que dans les plantes éloignées elle se présente sous diverses formes. On peut en voir des exemples surtout dans les Monocotylédones, dont le caractère général sera donné plus bas p. 21. Bien que certaines Monocotylédones soient à peine différentes dans la fructification, elles diffèrent dans la germination, comme dans la famille des Asphodeli p. 51 ; en outre, la germination n’étant pas tenue pour clairement uniforme dans les limites des Dicotylédones, on ne peut en déduire de signes solides, à moins d’examiner au préalable chaque [groupe] attentivement. Les autres caractères principaux de cet organe sont la situation de l’embryon dans la graine et la situation de celle-ci dans le fruit83. L’embryon est parfois dépourvu de périsperme, et en possède un en d’autres occasions : il y est alors central ou latéral, petit, moyen ou grand ; il émet en outre sa radicule en direction du hile, ou la fait sortir dans la direction opposée ; il produit généralement des lobes droits, plus rarement courbés, pliés ou ridés. La graine est attachée à l’intérieur du fruit sur un réceptacle central ou latéral, haut ou tombant, elle est sessile ou fixée par des liens. Tous ces signes sont véritablement conformes l’un à l’autre dans certaines familles ; dans d’autres, cependant, ils n’ont pas été suffisamment explorés, et peuvent même sembler parfois a priori opposés. Ainsi, tant que le mode de germination de toutes [les plantes], ainsi que la situation de l’embryon ou l’insertion de la graine ne seront pas mieux connus par des observations répétées et certaines, il est impossible d’en déduire des caractères stables84.

    [Déduction] à partir de la situation respective des étamines et du pistil, ou de l’insertion des étamines

    89Le choix des parties qui doivent, à défaut de la graine, servir de base aux subdivisions n’est pas incertain ; il est déterminé en faveur des organes sexuels, par le rapport immédiat qu’ils ont avec la graine, rapport fondé sur leur influence dans sa formation, sur la nécessité de leur existence antérieure. Comme dans l’économie végétale ils n’ont de valeur qu’en unissant leurs forces, [xlvii] de même leur concours est nécessaire dans l’ordre naturel pour former des caractères solides. On a vu p. xxiii combien, dans une seule famille, le nombre, la proportion et la réunion des étamines peuvent varier, et pp. xl, xli que les signes les plus stables ne doivent pas être tirés de l’ovaire supérieur ou inférieur, simple ou multiple, uni- ou multiloculaire, etc. C’est pourquoi, ceux-ci étant laissés de côté, il reste un caractère essentiel à découvrir, commun aux deux organes, qui certes est unique, véritablement primaire et clairement uniforme dans les familles connues ; ce caractère unique est la situation des étamines relativement au pistil, autrement dit l’insertion des étamines ; il n’a pas été saisi par le plus grand nombre des Botanistes. Linnæus, qui dans son système considère les étamines sous tous les points, parait faire moins de cas de leur attache, qu’il ajouta à sa définition générique ; Adanson en fait un usage plus constant dans les caractères de ses Familles.

    Les différents modes d’insertion des étamines

    90La situation respective des étamines et du pistil est triple ; les étamines sont placées au-dessus ou au-dessous du pistil, ou bien elles l’entourent : de là cette triple insertion principale des étamines, épigyne, lorsqu’elles sont insérées sur le pistil, hypogyne, insérées en-dessous, ou périgynes, insérées sur le calice ou sur la partie qui entoure le pistil. Jamais dans une famille, encore moins dans un individu isolé, on n’a vu ces insertions se confondre dans une même série85 : l’épigynie des étamines définit toujours les Umbelliferae, l’hypogynie les Cruciferae et les Gramineae, et la périgynie les Leguminosae et les Liliaceae.

    91À ces règles, s’ajoute une quatrième insertion, à savoir épipétale, ou sur la corolle. Elle définit parfois des familles entières, telles que les Labiatae et les Compositae. D’autres fois, elle se confond indifféremment avec l’une des trois insertions principales susdites, dans une même famille, un même genre ou, ce qui est plus singulier, une même fleur. Ainsi, dans les Leguminosae, les étamines sont périgynes, mais dans Mimosa et Trifolium, genres de cette famille, elles sont parfois épipétales ; ainsi dans la fleur de Dianthus et les genres voisins, on observe cinq étamines épipétales et cinq hypogynes. [xlviii] Cette différence s’explique par la grande affinité de la corolle avec les étamines car, comme on l’a dit p. v, vi, xvi, [la corolle] en constitue un véritable appendice et comme une partie luxuriante, issue du même réceptacle. Lorsque la corolle n’adhère pas aux étamines, c’est de peu d’importance ; mais lorsqu’elle pousse en-dessous des étamines, elle devient alors, pour ainsi dire, staminifère et nécessaire. Dans ce cas, elle peut être regardée simplement comme un support intermédiaire, compatible avec chacune des trois insertions principales ; son existence devient alors nécessaire, sa propre insertion se substitue à celle des étamines, et fait office de caractère essentiel. De là l’insertion des étamines à la corolle est censée la même que l’insertion des étamines à la partie qui soutient la corolle. Ainsi la corolle chargée des étamines doit avoir trois insertions aussi dissemblables entre elles, que le sont les trois insertions correspondantes des étamines, à savoir hypogyne, épigyne ou périgyne, ces trois types d’insertion ne se trouvant jamais mélangés au sein d’une même famille, les Labiatae étant toujours hypogynes et les Compositae épigynes.

    92Par conséquent, le double mode général d’insertion de la corolle doit être attentivement noté : l’insertion est immédiate, toutes les fois que les étamines adhèrent immédiatement aux trois points déjà mentionnés, elle est médiate, lorsque la corolle, portant les étamines, est insérée elle-même à l’un des trois points. Ces deux insertions se trouvent quelquefois confondues dans une même famille, et même dans la même fleur. On juge ainsi qu’elles sont clairement semblables. Cependant86 ce sont les mêmes, à la fois par leur origine et par leur point d’insertion. Ainsi, dans Trifolium, qui se distingue par sa périgynie immédiate, certaines espèces présentent une insertion médiate, c’est-à-dire une corolle staminifère elle-même périgyne ; dans la fleur du Dianthus, on observe cinq étamines hypogynes immédiates, alternant avec cinq pétales, à la fois staminifères et hypogynes. C’est pourquoi les trois insertions principales diffèrent entièrement l’une de l’autre et ne sont jamais réunies dans les familles ; lorsqu’elles sont seules, elles sont rarement doubles ou mélangées, bien que présentant des affinités respectives87.

    La première distribution des classes en fonction des lobes de l’embryon et de l’insertion des étamines

    93Une fois l’insertion des étamines examinée et ses lois établies, la première distribution des classes mentionnées ci-dessus peut être aisément déduite. Dans les Acotylédones, les organes sexuels sont peu apparents, et la situation des étamines est cachée : [les Acotylédones] n’offrent ainsi pas de signes caractéristiques pour une classe et doivent pour le moment rester indivises. Les Monocotylédones sont divisées en trois classes en fonction du mode d’insertion — épigyne, hypogyne ou périgyne — en dépit du fait que la corolle en soit toujours absente88. De la même manière, la division en trois classes des Dicotylédones est déduite du triple mode d’insertion des étamines, chaque division comprenant soit les étamines insérées sur un unique point de la fleur, soit la corolle staminifère fixée sur le même point. [xlix] Ainsi sont établies les sept classes secondaires, définies par les caractères uniformes des organes essentiels.

    94Ce dernier arrangement des Végétaux est confirmé par une division semblable en sept dans les Animaux p. xlv, fondée exactement de la même manière sur les caractères principaux tirés des parties primaires. Ainsi les Quadrupèdes et les Aves, semblables par leur cœur à deux ventricules et deux oreillettes, diffèrent par leurs organes sexuels dont la structure détermine dans les premiers une génération vivipare, dans les seconds une génération ovipare. Ces organes diffèrent clairement dans les Reptilia et les Pisces, qui se ressemblent pour le reste par leur cœur à un ventricule et une oreillette. C’est donc de manière tout à fait appropriée, comme des branches poussant d’un même tronc, que les deux parties du Règne organique s’accordent dans leur plan et leur progression, lesquels sont simples, constants et certainement égaux ; ainsi les principes assignés à l’une [des deux parties] conviennent à l’autre, et à partir des leurs principaux organes fonctionnant de la même manière, des divisions primaires et secondaires peuvent être déduites89. Dans l’une ou l’autre, les organes inférieurs, ou les modes inférieurs des organes supérieurs, ne sont pas aptes à définir les classes de la Nature : au mieux, seuls peuvent en être tirés les caractères tertiaires, qui égarent hors du chemin naturel tout Méthodiste qui se fonde sur eux, à moins qu’il ne sélectionne par chance des traits associés à des organes essentiels, si bien qu’en prenant un signe inférieur, il atteint un caractère primaire sans le savoir.

    95Ni cette inégalité des caractères, ni le rejet des caractères instables et la prééminence des caractères stables, ni l’importance de l’embryon et des organes sexuels, ni l’affinité des genres similaires et des familles conformes à ces signes ou parties primaires, n’ont échappé à l’attention de l’Auteur distingué de la distribution de Trianon, Bernard de Jussieu. Les familles qu’il a assemblées sont en général véritablement naturelles et en accord avec les principes rappelés ci-dessus ; elles sont distribuées selon une division en sept classes décrite ci-dessus, suivant la structure de l’embryon, l’insertion des étamines et la corolle qui porte les étamines. Il n’indique en effet aucune séparation entre les classes, comme s’il n’admettait pas les classes mais seulement les familles ; mais dans sa correspondance privée, il prôna toujours les caractères mentionnés au-dessus, et en outre, sa considération pour la série qu’il a proposée garantissait assez qu’il avait bien en tête de relier ses familles par un lien commun. Plus simple que toutes les autres méthodes, et plus proche de la nature, cette distribution conserve en grande partie les familles dans leur intégrité, mais tend vers une série continue, si bien que son Auteur la décrit comme non strictement méthodique [l] ni divisée en classes strictement circonscrites, et [pour cela] elle facilite moins la tâche des Botanistes. Pour que la recherche des genres et des espèces puisse s’effectuer plus clairement et plus aisément, il est préférable de disposer d’un très grand nombre de classes, elles-mêmes bien limitées.

    96Le manque de caractères essentiels fait cependant obstacle à la multiplication des classes. C’est pourquoi ces caractères remarquables, dont chacun équivaut à lui seul à la réunion de tous les autres et définit séparément les classes, parfaitement désignées par un tel signe unique, sont clairement considérés comme naturels. Quand, au contraire, les signes primaires manquent, d’autres signes subséquents sont employés ; [ces derniers] doivent être alors réunis en grand nombre et leur force combinée, de manière à ce qu’en acquérant plus de valeur, ils puissent approcher celle des caractères primaires. Mais auparavant, il faut déterminer leur véritable valeur, ce qui est d’autant plus difficile que beaucoup semblent égaux au premier regard ; et entretemps, toute division supplémentaire des classes cesse, dans la mesure où ces signes simples ne peuvent y mettre fin.

    Une autre division des classes, en plus grand nombre, fondée sur la corolle

    97Néanmoins, comme les Botanistes font un usage intensif de ces très nombreuses classes, il convient à présent d’en produire une définition solide, en employant des caractères secondaires p. xl, et en préservant autant que possible la loi de la nature ainsi que les familles naturelles qu’on ne peut briser qu’au détriment de la science. Parmi ces caractères déjà énoncés, il en est qui tiennent de si près aux essentiels, qu’ils semblent partager leur immutabilité : tels sont l’existence et l’insertion de la corolle qui porte les étamines. Les autres caractères voisins des primaires et ne participant qu'à demi à leur immutabilité, réputés caractères généraux p. xl, quoiqu’ils varient quelquefois par exception, sont la corolle considérée comme monopétale ou comme polypétale, ou son intégrité et sa situation lorsqu’elle ne porte pas les étamines. Il résulte des observations suivantes que la corolle monopétale porte ordinairement les étamines, tandis que la polypétale n’en porte presque jamais, et que son insertion est généralement la même que celle des étamines ; c’est pourquoi, à quelques exceptions près, on peut déduire l’insertion des étamines, de l’insertion et du nombre des parties de la corolle.

    98Ainsi la corolle peut-elle, en raison de son affinité avec les étamines, fournir des signes auxiliaires, grâce auxquels les nouvelles classes ou les divisions des classes précédentes, qui ne sont pas étrangères à la nature, peuvent être définies. Cette observation explique pourquoi le système de Linnæus est moins naturel que celui de Tournefort : Linnæus ne recueillit d’un organe essentiel que des caractères tertiaires ; Tournefort tira d’un organe secondaire des caractères secondaires et, en distinguant les corolles apétales, monopétales et polypétales, il suivit, sans le savoir, l’une des divisions tirées de l’insertion des étamines. Le sexe des plantes n’étant pas adopté de son temps90, il avait négligé l’organe des étamines [li], et leur rapport avec la corolle, d’où il aurait tiré des caractères plus solides. Le moment est venu de suppléer à ce qu’il a omis : son travail nous indique un moyen simple de multiplier les classes, sans nous écarter de l’ordre et des lois de la nature.

    99C’est ici qu’il faut rappeler les deux modes d’insertion des étamines indiquées p. xlviii, l’insertion immédiate et l’insertion médiate, qu’il est utile de distinguer avec le plus grand soin l’une de l’autre, et qu’il ne faut plus confondre comme dans la division en sept parties91. Rares sont les exemples d’association de ces deux insertions dans la même famille ou la même fleur p. xlvii, et ce d’autant plus qu’ ordinairement, quand l’insertion change, la structure de la corolle est également modifiée ; ainsi, quand la corolle du Fraxinus, [genre] très étroitement voisin des plantes monopétales, perd ses étamines, elle devient polypétale ou disparaît complètement ; ainsi dans les Leguminosae, [la corolle] est polypétale et ne porte pas les étamines, mais dans certaines légumineuses [du genre] Trifolium, elle est monopétale et porte également les étamines ; la réunion des pétales précède, pour ainsi dire, l’insertion des étamines sur les pétales. De cette observation dérive naturellement le principe suivant : lorsque la corolle est monopétale, elle porte ordinairement les étamines92 ; ou pour le dire autrement : la corolle qui porte les étamines est ordinairement monopétale. Cette sympathie frappante dans ces deux caractères permet de les unir, et de décider, qu’à quelques exceptions près, l’un suffit pour annoncer l’autre ; d’où il est naturel de conclure que la corolle monopétale désigne généralement l’insertion médiate.

    100Cette insertion suppose toujours une corolle ; l’insertion immédiate, au contraire, n’exige point la présence de cette enveloppe : des familles entières, comme les Gramineae, en sont dépourvues ; d’autres, tels que les Cruciferae, les Umbelliferae, les Leguminosae, en ont une. Il est rare dans une famille apétale de trouver des plantes qui ont une corolle. Le Ceratonia dans les Leguminosae, la Cardamine impatiens dans les Cruciferae, en offrent un exemple. Généralement, il n’existe pas non plus de familles partiellement pétalées et partiellement sans corolle. Ces très rares exceptions, donc, n’empêchent pas de séparer les familles qui ont une corolle des apétales, dans le but de multiplier encore le nombre de classes, [à condition de] ne pas négliger l’insertion des étamines, qui est soit essentiellement immédiate, ou simplement immédiate. Ainsi l’absence de corolle ou de support intermédiaire [lii], dans les Apetalae, détermine clairement et sûrement une insertion immédiate. Mais dans les plantes pétalées, l’insertion simplement immédiate peut parfois devenir médiate, parce que la corolle tient au même point que les étamines qui en sont néanmoins distinctes ; ces dernières croissent93 parfois à la base de la corolle, comme si elle les portait.

    101Les plantes naturellement apétales ne se chargent jamais de pétales. Les plantes pétalées, au contraire, perdent quelquefois leur corolle ; en de rares occasions, elles passent de polypétales à monopétales, comme dans Trifolium, Saponaria, Cotyledon, etc., ou bien, beaucoup plus rarement, de monopétales à polypétales, comme dans Fraxinus. De là, la corolle n’existe jamais dans l’insertion essentiellement immédiate ; dans celle qui est simplement immédiate, [la corolle] existe ordinairement, mais peut quelquefois manquer, et à l’observation, elle est alors très souvent polypétale94. Ainsi, en général, la corolle monopétale et l’insertion médiate, la corolle polypétale et l’insertion simplement immédiate, et l’absence de corolle et l’insertion absolument immédiate, sont considérés comme des caractères analogues, dont les uns annoncent les autres ; par conséquent, au caractère intérieur et à l’appellation toute neuve tirés de l’insertion, peuvent être plus commodément et plus sûrement substitués le caractère plus évident, et le nom plus accepté, de plantes monopétales, polypétales et apétales. Ainsi, une autre méthode, qui diffère légèrement de la division en sept [classes] de Trianon, se décrit facilement ; elle inclut beaucoup de classes, préserve l’intégrité des familles naturelles, présente les principaux caractères que Tournefort [a tiré] de la corolle, et, en outre, est fondée sur le caractère solide de l’insertion des étamines. [liii]

    La méthode ainsi déduite, telle qu’elle est cultivée dans le Jardin de Paris

    1021° La division initiale entre Acotylédones, Monocotylédones et Dicotylédones reste inchangée.

    1032° Les Acotylédones restent indivisibles jusqu’à ce que leur organisation soit parfaitement connue. Leurs organes sexuels sont invisibles, et souvent diclines95; ce qui rend l’insertion difficile à observer, et par conséquent les divisions en classes impossibles.

    1043° Les Monocotylédones n’ont pas de corolle et donc qu’un seul mode d’insertion, à savoir l’insertion absolument immédiate ; ainsi comme leur division tripartite ne peut être augmentée, elles seront divisées en trois classes suivant que l’insertion est hypogyne, périgyne ou épigyne ; ces classes qui regroupent peu de familles ne réclament pas d’autres subdivisions.

    1054° Les Dicotylédones, qui sont environ dix fois plus nombreuses [que les Acotylédones et les Monocotylédones réunies], exigent véritablement un plus grand nombre de classes, fournies aisément par la corolle ; c’est ici que l’on commence à s’écarter un peu de l’ordre de Trianon ; il convient d’abord de considérer les différents modes d’insertions, et de là, distinguer les plantes monopétales, apétales ou polypétales.

    1065° Les Apétales, étant plus simples avec un organe absent, sont placées les premières et suivent immédiatement les Monocotylédones qui sont toutes apétales. Elles sont de même divisées en trois, selon l’insertion immédiate des étamines épigyne, périgyne ou hypogyne.

    1076° Dans les Monopétales qui suivent, les étamines sont souvent épipétales et changent à peine leur insertion propre ; on leur substitue la triple insertion de la corolle qui porte les étamines, hypogyne, périgyne ou épigyne. De plus, il faut remarquer que dans l’insertion épigyne, en distinguant les plantes qui ont les anthères réunies de celles qui les ont libres, on définit correctement la série nombreuse des Compositae : ainsi les Monopétales fournissent aisément quatre classes.

    1087° Les Polypétales sont divisées par rapport aux trois points d’insertion des étamines, épigyne, hypogyne ou périgyne, ou par l’insertion de la corolle elle-même, qui très souvent ne porte pas les étamines, et qui tient ordinairement au même point qu’elles.

    1098° Il faut joindre une dixième classe aux Dicotylédones, qui comprend les plantes irrégulières, diclines, exemptes de suivre les lois de l’insertion, dans la mesure où les organes sexuels sont séparés et résident dans différentes fleurs. Les fleurs mâles ont les étamines attachées au calice, ou à une écaille qui en tient lieu, ou à un pivot particulier qui s’élève du fond du calice. On ne peut tirer aucun avantage de ces différentes insertions, parce qu’elles ne déterminent pas la situation respective des sexes séparés96. Toutefois, ces plantes diclines achèvent notre arrangement, comme celui de Trianon ; [liv] elles sont soit différentes de toute autre classe, soit quand les étamines sont attachées au calice ou à une partie du calice, elles se rapprochent de la [classe] des polypétales périgynes, bien que la corolle soit généralement absente. Les véritables plantes diclines ne doivent pas être confondues avec les fausses diclines, dont [la séparation des organes sexuels] est occasionnée par un simple avortement, et qui sont versées chacune dans la série des familles déjà mentionnées, auprès des hermaphrodites qui leur sont voisines.

    Évaluation de cette méthode

    110Cette méthode97, en multipliant les classes, promeut l’étude de la science, et ce n’est que dans cette mesure qu’elle est préférable à celle de Trianon, avec laquelle elle s’accorde pour le reste par la division primaire en fonction de l’embryon, l’absence de division des Acotylédones, la triple section des Monocotylédones, l’observation attentive de l’insertion des étamines, et la préservation de l’intégrité des familles naturelles. Cependant, pour la clarification de la science, elle augmente les classes des Dicotylédones de trois à onze par une division plus poussée ; en raison du manque de caractères essentiels, elle emploie des caractères généraux faibles, sujets aux exceptions, et ainsi, du fait de leur inconstance, elle se retrouve forcée d’inclure des exceptions que l’arrangement de Trianon élude. Ainsi, certaines plantes monopétales et apétales très voisines se glissent dans les familles polypétales : Mimosa, Trifolium et Ceratonia dans les Leguminosae ; Cotyledon dans les Sempervivae ; Trianthemum dans les Portulaceae ; et Tetragonia dans les Ficoideae ; les espèces apétales ou polypétales se trouvent ainsi plus rarement mélangées dans les familles monopétales, par exemple Fraxinus dans les Jasmineae ; ou bien des plantes monopétales sont déplacées dans des [groupes] apétales, comme par exemple Plantago dans les Amaranthi. Ce défaut de la méthode proposée, reposant sur des caractères quelque peu variables, est inévitable : mais il est beaucoup plus rare ici que dans ces systèmes [lv] dont la présente méthode se distingue, dans la mesure où elle est complètement étrangère aux contradictions évidentes, car généralement elle ne bouleverse pas les véritables affinités entre les genres. Mais dans la mesure où, dans son propre arrangement des familles dicotylédones, elle tire les caractères primaires de la corolle — monopétale, polypétale ou absente — et les caractères secondaires de l’insertion des étamines, elle peut éventuellement s’éloigner de la série naturelle, en préférant un signe seulement général à un signe essentiel, et en séparant généralement les insertions analogues, telles celles issues du même point [divisées] en médiate ou immédiate, absolue ou simple. Si la précédente division ternaire des Dicotylédones, fondée sur l’insertion des parties, était rétablie, une fois les plantes apétales, monopétales et polypétales examinées tour à tour et placées dans chacune de ces trois classes, [ces trois divisions] pourraient être mélangées dans un ordre de classes modifié : ainsi les Onagrae seraient jointes aux Campanulaceae, les Amaranthi aux Caryophylleae, etc., comme dans l’arrangement de Trianon. Dans une certaine mesure, cet arrangement serait préférable si, en multipliant les classes tout en obéissant aux règles de la nature, il donnait régulièrement la préférence aux caractères primaires plutôt qu’aux caractères secondaires. Mais de cette manière, les exceptions mentionnées n’auraient pas suivi, ce qui est pourtant utile, et on n’obtiendrait pas de meilleur arrangement des classes, qui resterait le même dans les deux systèmes, en étant seulement organisé différemment. Changer leurs séries paraît donc de peu d’utilité, d’autant plus que cela bouleverserait les divisions de Tournefort, fondées en priorité sur la corolle et approuvées par la majorité des Botanistes.

    La disposition des familles dans les classes et des genres dans les familles

    111Quel que soit l’arrangement conservé de ces mêmes classes, ils assemblent beaucoup de familles reliées par un caractère commun à leur classe, essentiel ou général ; de la même manière, beaucoup de genres se trouvent reliés en une succession quelconque, par des signes inférieurs, secondaires ou tertiaires, et sont ainsi présentés non pas séparément mais collectivement, acquérant plus de valeur par leur assemblage. Ainsi déduit-on les définitions des familles, plus ou moins longues, en fonction du nombre de caractères communs aux genres regroupés. Mais plus elles sont longues, plus il est difficile de concevoir rapidement les familles, et plus il est facile de concevoir les genres, et vice versa : lorsque beaucoup de caractères communs sont réunis dans une même famille, il n’en reste que très peu qui conviennent à la fois pour rappeler les genres et les distinguer. Une fois que des sections embrassant les genres voisins sont instituées au sein de chaque famille, il s’ensuit une distribution plus précise des genres, déterminée par le caractère propre [lvi] à la section donnée ; celui-ci permet, une fois isolé, de dégager une définition générique plus courte et plus simple. En outre, parmi les caractères communs aux familles, aux sections et aux genres, sont récapitulés non seulement ceux que la fructification fournit, mais aussi bien d’autres, tirés de l’inflorescence p. x, des feuilles et de la tige, qu’il ne faut en aucun cas négliger puisqu’il sont considérés comme communs aux genres voisins. Tournefort en a admis certains dans ses genres secondaires ; Linnæus les a strictement exclus de toute définition générique, contrevenant ainsi à la règle de la Nature la plus établie, qui institue que les caractères servant à désigner les familles sont souvent étroitement liés et doivent a fortiori être employés pour les genres.

    Les principaux avantages de la méthode naturelle

    112De tout ce que l’on vient de dire, il convient de conclure sur les avantages de la méthode naturelle, à savoir 1° Son arrangement, défini par beaucoup de caractères, est parfois d’emploi plus difficile que l’arrangement systématique qui en utilise peu ; mais l’arrangement systématique, bien que plus rapide, est imparfait, alors que le naturel, bien que plus lent, conduit à un degré de connaissance plus qu’appréciable.

    1132° La désignation naturelle des genres est plus facile que dans la méthode systématique, car elle nécessite moins de caractères, les autres [caractères], les plus forts, étant placés d’abord dans la classe ou la section ; de cette manière, une fois que les Gramineae sont définies en détail p. 28 et que des sections y sont ajoutées, une glume bivalve, un calice univalve avec un sommet entier et des fleurs en épi, complètent la définition d’Alopecurus p. 29.

    1143° Cependant, puisque la désignation naturelle des genres exprime tous les caractères communs tirés soit de la fructification ou d’autres parties, ou alors résulte des caractères déjà exprimés dans la famille, elle est plus complète et plus parfaite que la désignation systématique qui, bien qu’elle soit étendue, produit généralement des définitions incomplètes : dans les longues [descriptions] de genres de Linnæus, l’insertion des étamines, la structure interne du fruit et de la graine, ainsi que tout caractère extra-floral, sont ainsi fréquemment omis.

    1154° Selon la loi de la nature, les plantes dissemblables ne sont jamais mélangées ou les plantes voisines jamais séparées, comme il arrive dans les systèmes qui proclament que les espèces congénères doivent parfois être dispersées dans des familles très différentes. Beaucoup de genres mélangés de cette sorte se trouvent dans les écrits des Anciens, mais également dans les ouvrages d’Auteurs plus récents98 ; [lvii] même Linnæus, du fait de son excessif respect pour une loi arbitraire, n’a pu l’éviter ; cependant son travail présente la plupart du temps les meilleurs assemblages génériques.

    1165° Une plante inconnue ne peut être rangée dans un système, à moins qu’elle ne présente un caractère d’une classe et, surtout, une fleur parfaitement finie. Dans la méthode naturelle, en revanche, beaucoup de caractères sont admis, souvent auxiliaires des caractères primaires, et quand certains disparaissent, d’autres qui persistent et constituent l’habitus de la plante, suffisent à déterminer sa famille et son genre ; ainsi, les feuilles opposées sur un arbuste, reliées entre elles par une seule stipule au milieu, indiquent très souvent le caractère des Rubiaceae p. 196 ; des feuilles alternes, engainantes à la base, révolutées en dessous quand elles sont jeunes, indiquent les Polygoneae p. 82.

    1176° Outre ces caractères auxiliaires mineurs, d’autres plus importants, tout à fait proches, s’observent dans la même plante ; ils sont très souvent, voire toujours, liés ensemble, comme on l’a déjà établi p. xix, et seront exposés soigneusement plus loin dans les observations sur chaque classe. Plus ils sont nombreux à être associés, plus ils semblent constants, car un changement de l’un entraîne souvent un changement de l’autre, et l’altération d’un grand nombre est plus difficile que celle de quelques-uns. Ainsi, une corolle monopétale requiert un calice monophylle ainsi que, pour la plupart, des étamines épipétales en nombre défini, qui, lui étant attachées, ne se multiplient pas indéfiniment à moins qu’elles ne croissent d’abord à la base. Le changement d’une corolle polypétale qui ne porte pas les étamines en une corolle monopétale qui porte les étamines, est plus aisée dans les Leguminosae que dans les Papaveraceae parce que les premières ont déjà un calice monophylle et des étamines en nombre défini jointes à la base, tandis que les secondes ont un calice polyphylle et des étamines en nombre indéfini et insérées séparément. Des difficultés similaires peuvent être expliquées de manière très satisfaisante, si les affinités des caractères sont observées, et que la règle, selon laquelle beaucoup de caractères voisins changent difficilement, reste à l’esprit.

    1187° La méthode naturelle n’enseigne pas seulement une connaissance complète des caractères et des affinités, mais indique en même temps les vertus des plantes, pour le plus grand avantage de la médecine et de l’art alimentaire. Puisque chaque petite partie de Végétal [lviii] possède son propre principe simple, la liaison de toutes ces petites parties en organes produit une sorte de principe mélangé, qui est toujours le même dans les organes qui sont les plus similaires ; il ne diffère pas, comme l’expérience le prouve, dans les plantes de la même espèce, ou disposant d’une organisation complètement semblable, à moins que le terrain d’origine et les proportions variées des sucs, entre montagnes et prairies, jardins et forêts, aient produit un léger changement externe ou interne. Les espèces d’un même genre99, presque semblables par les caractères et les organes, ont la même conformité dans les vertus : ainsi Salvia est un bon céphalique, Anchusa est pectorale, Cochlearia antiscorbutique, Euphorbia cathartique, et Rubia diurétique et tinctoriale. Un rapport plus profond se révèle graduellement en assemblant les genres voisins, qui sont reliés par beaucoup d’organes importants ; les genres, un peu semblables l’un à l’autre en vertu, sont conjoints, et l’observation confirme que cette vertu est, en fait, généralement uniforme100 dans les familles vraiment naturelles, ou dans les sections de familles naturelles. Ainsi, généralement les Gramineae sont nutritives et farineuses ; les Cruciferae luttent diversement contre le scorbut ; les Labiatae sont aromatiques et amères, l’amertume des unes permettant de lutter contre les maux d’estomac, et l’arôme des autres contre les maux de tête. La vertu remarquable des Liliaceae, Leguminosae, Compositae et Umbelliferae est moins bien définie, ou [est déterminée] par le même principe dominant, différemment modifié, suivant ses combinaisons avec d’autres principes. Si, cependant, certaines espèces sont faussement unies ensemble dans un genre, ou [lix] si les genres eux-mêmes ne sont pas regroupés correctement, il s’ensuit un désaccord dans leurs vertus : la Ficaria qui n’a rien de nuisible, diffère en effet de la caustique Ranunculus, p. 223, comme Fumaria, qui tempère l’amertume des humeurs, des Papaveraceae narcotiques, p. 237. Il existe en outre les plus étroites affinités entre les caractères et les vertus, si étroites que les uns annoncent pour ainsi dire les autres, et qu’à partir des vertus connues de certains Végétaux, nous pouvons déduire avec une quasi-certitude les vertus inconnues [des espèces] voisines. De cette manière, la science naturelle multiplie les remèdes appropriés et une nourriture salutaire, concourt à la promotion des arts, et en les perfectionnant soigneusement, elle dépasse de loin la science systématique ou artificielle, moins fructueuse.

    119Suivant ce qui vient d’être dit, il est évident que tous les travaux qui contribuent à l’étude de la méthode naturelle sont d’une extrême importance : celui qui a correctement assemblé un grand nombre d’espèces en de véritables genres, et [ensuite] regroupé ces genres en familles, ou qui, entreprenant une tâche encore plus grande, a défini une série de familles, partielle ou universelle, n’a pas œuvré en vain. En effet, toute véritable affinité, qu’elle soit déjà connue ou qu’elle reste à découvrir dans l’avenir, restera inchangée sans aucun recul pour la science : ainsi, beaucoup de genres de Tournefort, et davantage encore de genres de Linnæus, ne seront jamais bouleversés ; ainsi certains groupements de genres dans le système de Linnæus et bien d’autres, particulièrement naturels, dans la méthode de Tournefort, ne doivent surtout pas être séparés ; ainsi dans chaque système, il existe ici et là d’excellentes associations de plantes qui ne doivent en aucun cas être détruites. Linnæus a rendu un grand service à la science en assemblant ses « Fragmenta », dans lesquels se trouvent plus d’associations de plantes voisines que dans aucun autre système. Cependant, les lois gouvernant leur construction et leur distribution sont jusqu’à présent restées inconnues, en raison d’un manque de démonstration claire, et elles ne doivent pas être tirées de l’étude de cet arrangement, car ce dernier présente des caractères peu fiables101 qui n’obéissent à aucune loi. Il assimile par exemple beaucoup de caractères, en mélangeant indifféremment ceux qui sont primaires, secondaires et tertiaires, et en admettant à peine une différence entre eux. Adanson, l’auteur des Familles, [lx] a élaboré plus précisément ses familles, corrompues par un petit nombre de caractères incertains et enrichies par un grand nombre de groupements de genres fixes ; mais comme il n’a admis que certains caractères généraux et non pas les essentiels, il n’a établi aucune loi pour distinguer [ces caractères] et par conséquent, il n’a pas divisé en classes son arrangement de familles presque arbitraire, si bien que l’organisation générale de son système, comme celle du système de Linnæus, est difficile à saisir. Néanmoins, des organes essentiels et importants apparaissent dans les plantes p. xliii, dont les caractères primaires p. xl, xliv, xlvii sont extraits afin d’assembler [les plantes] en familles toujours uniformes ; de plus, comme un caractère primaire équivaut à un grand nombre de caractères secondaires et tertiaires p. xxxix, les familles doivent être assemblées selon un caractère de cette nature p. xliv ; l’arrangement du jardin de Trianon est supérieur à celui, déjà mentionné, des « Fragmenta » et des Familles102 ; en suivant généralement les lois décrites ci-dessus, il révèle souvent des familles améliorées, et une fois celles-ci établies, il autorise proprement leur répartition en classes ou est en pleine conformité avec [l’arrangement] qui sera établi à l’avenir.

    Conclusion

    120À présent que nous disposons d’une définition sûre de l’Histoire naturelle, de la science organique et de la Botanique, que les parties, les fonctions, les differentiae et les caractères des plantes ont été expliqués, que l’espèce a été définie et des règles plus appropriées pour nommer et décrire [les plantes] ont été proposées, que les préceptes arbitraires de la construction des genres et des classes ont été présentés, et certains arrangements systématiques de plantes, spécialement les plus importants d’entre eux, décrits et dûment examinés, il apparaît clairement que tous les systèmes, quels qu’ils soient, sont utiles pour nommer les plantes, mais que, moins conformes à la Nature, ils passent du statut usurpé de science véritable à celui de prélude à la Botanique et de table103 méthodique. [lxi] Une science naturelle s’apprête à leur être substituée : elle cherche à découvrir non seulement les noms des Végétaux mais aussi leur nature, et étudie leur organisation104 entière et la totalité de leurs caractères ; soutenue par des principes clairs et simples, elle révèle la série naturelle, ou méthode, ordonnée en fonction des affinités, de manière à ce que les Végétaux voisins soient associés par un très grand nombre de caractères, et que dans le dénombrement de ces derniers, certains soient distingués comme étant de plus grande valeur que les autres. En outre, certains exemples très bien connus de genres et de familles véritablement naturels sont ajoutés selon ces lois des affinités qu’ils viennent confirmer ; ils sont utiles à la constitution de nouveaux genres et de nouvelles familles pour le même décompte, et nécessaires à l’établissement d’un calcul plus précis des caractères. Ils servent maintenant à distinguer clairement les caractères tour à tour uniformes, subuniformes105, semi-uniformes, ou jamais uniformes c’est-à-dire uniquement spécifiques. En outre, l’évaluation respective des [caractères] uniformes est désormais plus fermement établie ; les divisions primaires tirées de l’embryon ont été confirmées par de multiples observations ; la valeur des organes sexuels est étayée, de même que la distribution issue de leur situation respective. L’étroite affinité des étamines et de la corolle, dont est tirée la règle particulière des insertions, est justifiée, et constitue une source de nouvelles divisions. Une classe regroupant des familles est définie par un petit nombre de caractères primaires ; une famille réunissant des genres conformes est définie par des caractères semi-uniformes, en nombre important ou indéfini, parfois constants, parfois variables, ce qui rend leur évaluation respective plus difficile. Mais le [caractère] qui demeure constant dans de nombreuses familles sera considéré comme le plus puissant. Ainsi, en premier lieu, il faut multiplier les familles unanimement considérées comme véritablement naturelles [lxii], et par la suite faire le calcul des caractères, où chacun se voit attribué le rang de valeur qu’il mérite en fonction du nombre de familles dans lesquelles il est constant : de cette manière, avec soixante familles constituées, la structure de l’embryon, du plus haut degré de constance, surpasse soixante fois le limbe des feuilles, souvent variable et à peine uniforme d’une famille à l’autre. Les Botanistes, artisans d’une multiplication adaptée des familles et d’un calcul durable des caractères, méritent les louanges du public, bien que cet heureux évènement puisse ne pas arriver de sitôt. La science, renonçant aux règles arbitraires et obéissant à celles de la nature, en faisant désormais ses premiers pas sur un chemin encore vierge, progresse d’abord d’un pas lent, mais ferme, sans un regard en arrière, et par la suite, elle se fortifie plus rapidement, à mesure que les Botanistes unissent leurs forces. Les arrangements passés en revue ne demeurent pas encore parfaits dans toutes leurs parties, et ne seront pas davantage achevés à court terme, tous devant être réunis pour n’en former qu’un seul. Bernard de Jussieu avait jugé [son arrangement] imparfait car, comme il était fréquemment brisé par des espaces vides, il admettait certaines liaisons encore à découvrir, et car des parties incertaines devaient être clarifiées par des observations répétées. Notre illustre oncle, pour qui les nobles mœurs des temps anciens semblaient s’allier parfaitement au savoir des temps futurs, n’avait pas cru avoir découvert la méthode naturelle, mais seulement un chemin permettant de progresser vers ce but, que les Botanistes devraient explorer plusieurs fois avant qu’il ne soit dévoilé aux commençants. Entre-temps, il avait souhaité présenter une autre distribution dans un jardin public, légèrement systématique mais ne subvertissant toutefois pas les familles naturelles, et qui faciliterait la recherche grâce à des classes établies et multipliées. Ainsi, à l’école de Paris, fut élaborée cette méthode dans laquelle les familles et les caractères primaires de la graine et des organes sexuels étaient préservés, ainsi que les divisions primaires pratiques de Tournefort. Heureux l’auteur qui, en pensant d’abord au travail des véritables Botanistes, a expliqué les lois naturelles des affinités et transmis à la postérité une définition précise des familles et des genres et qui, en songeant également aux commençants, a distribué les familles et les genres selon une méthode qui s’appuie soit sur les caractères les plus certains, soit sur d’autres caractères à la fois généraux et évidents : il aura publié un ouvrage utile aux uns et aux autres, et offert à la postérité un monument consacré à l’ensemble de ses propres recherches et dédié à son oncle, avec un cœur reconnaissant et respectueux. [lxiii]

    Classes et familles

    Image

    Les 15 classes et les 100 familles de la classification naturelle de Jussieu. Dernières pages de l’introduction de Jussieu Antoine-Laurent de 1789 — Genera plantarum: secundum ordines naturales disposita, juxta methodum in Horto Regio Parisiensi exaratam, anno M.DCC. LXXIV. Paris: Hérissant & Barrois, pp. lxxj-lxxij.

    Cliché MNHN

    Traduction 3 : Thèse de médecine d’Antoine-Laurent de Jussieu

    121An Œconomiam animalem inter et vegetalem analogia ? Proponebat Parisiis Antonius Laurentius de Jussieu
    Traduction française de la thèse quodlibétaire de physiologie (Paris : Quillau, 1770, 12 p.) par Manon Vidal, révisée par Gilles Geneix. Dans le texte et les notes, les ajouts entre crochet relèvent des traducteurs. Placées à l’origine dans la marge, les notes numérotées par ordre alphabétique sont d’Antoine-Laurent de Jussieu. Les notes infrapaginales ajoutées au texte original débutent par la mention [Ndt].

    122[1]

    À DIEU TRES BON, TRES GRAND, UN ET TRIPLE, A LA VIERGE MERE DE DIEU ET A SAINT LUC,
    Patron des Médecins Orthodoxes106.
    THESE DE MEDECINE A SOUTENIR AU MATIN LORS DE DISPUTES QUODLIBETAIRES107 dans l’École de médecine du Jeudi vingt-deux du mois de Novembre, l’an du Seigneur 1770.
    SOUS LA PRESIDENCE DE M. CHARLES JACQUES LOUIS COQUEREAU108, Docteur en Médecine.

    Y a-t-il une analogie entre l’économie animale et l’économie végétale ?

    123Naître de l’incubation de l’œuf, se nourrir de l’afflux de suc, croître, se développer, propager l’espèce, décroître, vieillir, mourir : telles sont les phases communes aux Animaux et aux Végétaux ; telle est la loi naturelle de chacun d’eux, que ni le pouvoir des hommes, ni le changement de lieu, ni le temps qui passe ne peut jamais pervertir, mais qui restera inviolée, stable, immuable et perpétuelle pour toute la suite des siècles. Que l’on considère leur aspect extérieur, ou que l’on regarde leur assemblage intime à la lumière du flambeau de l’expérience, c’est toujours, aux yeux de ceux qui recherchent, le commerce mutuel entre les divers corps de chaque règne, leur mutuelle cohérence qui apparaîtra. Comme la foule des jeunes gens brille, éclaboussée des couleurs de la rose, la fleur a aussi son ornement, le fruit sa beauté ; quand un champ verdoyant abonde ainsi de mille fleurs, l’esprit et les yeux en sont agréablement chatouillés. On voit comme l’Animal et la Plante, soumis aux variations de température, tantôt languissent, tantôt se raniment presque et, réveillés par le regard bienveillant du Soleil, sentent une force nouvelle envahir leurs parties. Quand la fleur a accompli son devoir, elle se dépouille de son liquide naturel et succombe en fléchissant la tête. Les Animaux aussi observent la même règle, et du moment où ils saluent le seuil de la vie, jusqu’à ce qu’ils dépérissent, brisés par les tremblements de l’âge sénile, ils suivent des destins de toutes sortes, qui ne diffèrent pas de ceux des Plantes. Entreprendre de fouiller les replis des Végétaux, dans le déploiement de leur structure et l’établissement de leurs fonctions, est un travail difficile embarrassé de multiples difficultés. Beaucoup s’y sont certes évertué, et la Nature s’en est souvent joué, elle qui ne sait pas dévoiler son secret. La forme et l’assemblage de leurs fibres, le corps utriculaire dont ils sont revêtus, la nature et le parcours du fluide dont ils sont gonflés, le mécanisme de leur accroissement et de leur génération sont autant de sujets qui excitent l’esprit des Physiciens. Questionnant avidement la Nature, ils n’ont épargné aucun moyen, n’ont négligé aucune expérience, si bien que cette économie devient mieux connue. Et la situation des Animaux n’est pas complètement différente : la Physiologie avançant jusqu’à présent d’un pas incertain, repose généralement sur des fondements systématiques, par lesquels elle explique a priori tous les phénomènes. Si l’on étudiait avec application l’architecture du corps humain, combien de prodiges se produiraient devant nos yeux stupéfaits ! Quelle perfection dans ce tissu de fibres ! Quelle concorde [2] dans cet amas d’organes ! Parmi ces corps solides, certains, tels des poutres, procurent la stabilité, d’autres disséminent partout le mouvement et la vie. Les fluides transportés par les vaisseaux circulent et se distribuent dans les organes appropriés selon divers arrangements. Il est bon que ces effets ne restent pas inconnus du Physicien, mais quand ce dernier entreprend d’en chercher les causes, il est souvent berné par les vains rêves d’une intelligence extravagante qu’il ne craint pas quelquefois de présenter comme vrais. Pour qu’éclate plus facilement l’accord entre les Animaux et les Plantes, il n’est rien de plus approprié que d’effectuer des comparaisons entre chacun, une fois des exemples choisis à partir des espèces plus connues, comme l’homme et l’arbre109, d’exposer la structure et les fonctions de chacun isolément, d’opérer des rapprochements et d’en tirer des conclusions.

    124II.

    125L’assemblage des végétaux est constitué de solides et de fluides et la Plante est issue et se développe de leur action mutuelle. Le suc la nourrit, le bois l’affermit, l’écorce la protège. La racine lui fournit son aliment ; les feuilles exhalent la sève superflue, absorbent le nécessaire ; de nouvelles fleurs préludent à la naissance des fruits ; comme dans un utérus, le fruit s’y réchauffe jusqu’à maturation. Mais déploies-en les secrets et, d’une main habile, scrute ses tréfonds. L’arbre est fixé par des racines, enfoncées perpendiculairement dans la terre, ou bien poussant latéralement et subdivisées en filaments ; bientôt, s’élevant de la terre, la racine se change en tronc. La moelle, complètement formée de leur tissu utriculaire, occupe l’axe des deux. Des couches ligneuses l’entourent, formées par des faisceaux longitudinaux de fibres liées entre elles par du tissu utriculaire. Vient enfin l’enveloppe de l’écorce faite de fibres et entremêlée de différentes séries parallèles d’utricules(a), comme un filet lâche, irrégulier, facilement extensible. Plus tendre à l’intérieur, on l’appelle alors liber, elle durcit à l’extérieur et se fissure quand elle est trop tendue. Les utricules corticaux pénètrent souvent le bois, et dès lors connus sous le nom d’insertions, atteignent la moelle dont ils tirent peut-être leur origine110. Les fibres, enroulées en spirale, forment de très fragiles vaisseau(b), visibles soit dans le liber, soit dans le bois récent, et qui gonflent du suc propice à leur nutrition. Ce suc aqueux, limpide, doucereux, généralement homogène, perlant des fissures et des plaies, est produit dans les entrailles de la terre par une humeur qui dissout une certaine quantité de sels et de terre, avec un mélange de molécules élémentaires d’air et de feu. Ainsi chargé, il s’éclaircit sous l’effet de la chaleur et, changé en vapeur, est sucé par la racine. Mais d’où vient cette succion ? Est-ce une loi de capillarité ? Est-ce par l’action de valvules, comme dans les veines lactées des Animaux ? Est-ce par une attraction interne, ou par une pression externe ? Le suc est-il absorbé par le tissu spongieux des racines, ou bien pénètre-t-il dans les trachées vides de la racine, sous la pression de l’air ? Qui éclaircira ces questions ? Retirées dans d’obscures ténèbres, elles se cachent et se cacheront longtemps. C’est la racine coupée(c) qui montre clairement la plus grande force de succion, l’œil est témoin qu’elle vide rapidement l’eau du vaisseau111 auquel elle est reliée ; ou bien encore ce gonflement des pois(d) plongés dans l’eau, dont le vaisseau, bien que de fer, éclate112. Même un coin de bois, introduit dans la fente d’une pierre, gonfle tellement sous l’effet de l’humidité qu’il dissocie complétement la pierre. Pour nous, a depuis longtemps disparu le ventricule près du collet de la racine, inventé par les anciens, dans lequel l’humeur, une fois triturée, réalise l’accroissement de la plante. Le suc n’est pas nettoyé dans l’écorce de la racine, mais il en est tiré pur comme le chyle113. Alors, par l’action mutuelle de succion et d’échauffement(e), au travers des vaisseaux prolongeant les racines, il est évacué vers le haut, par un mouvement durable(f) et puissant(g), principalement au retour du Printemps : la terre frappée par les feux du Soleil114 ouvre son sein et la Nature riante en retire ses dons. [3] Grâce à l’abondant afflux de sève, les bourgeons sortent de l’écorce, une fois leurs minces enveloppes rompues, et croissent en une charmante profusion de branches. Ces branches, divisées en ramilles, se couvrent de denses frondaisons qui non seulement conservent une ombre salutaire et font l’ornement de l’arbre, mais évacuent aussi la sève superflue. En effet, les Plantes abritent une transpiration imperceptible telle que, tout compte fait, les Corona Solis115 (h) transpirent dix-sept fois plus que l’homme. [Cette transpiration] se produit par des pores, peu nombreux sur les branches et le tronc, innombrables sur les feuilles. Les feuilles sont en effet constituées d’une double série de vaisseaux, au-dessus et au-dessous, ouverts par de petits passages, et leur membrane double116, facile à rompre après macération, est couverte par les deux [systèmes de vaisseaux]. Les pores placés au-dessus évacuent l’excès de liqueur, grâce à l’attraction du Soleil ; d’où vient que le côté supérieur(i) des feuilles se présente face à ce dernier ou du moins à l’air libre, et que si l’on le retournait, il reviendrait lentement vers le Soleil grâce à la torsion du pétiole. La transpiration dépend de la chaleur et des surfaces, c’est pourquoi elle se fait plus abondante sous un soleil d’été et avec un grand nombre de feuilles. Et de fait, quand le Soleil est caché par les nuages, ou disparait pendant la nuit, les pores cachés à l’arrière de la feuille, et souvent concentrés autour de poils, absorbent la rosée qui s’élève de la terre et qui, pompée à l’intérieur, est envoyée jusqu’à la racine. D117 Bonnet (k)a mis en lumière deux sortes de pores : en effet, lorsqu’il humecta la partie supérieure de feuilles posées à la superficie de l’eau contenue dans des vases, elles vécurent longtemps, et elles périrent dans le cas inverse, certainement du fait de l’existence et de la situation des pores. La descente de la sève, comme aussi sa montée, est complètement arrêtée par une incision dans la partie humide118 que ce soit en haut ou en bas [de l’arbre] et un bourrelet se crée peu à peu au-dessus et en-dessous de la ligature(l) de l’écorce ; le même phénomène de succion de l’eau se produit [lorsque l’on coupe une branche], tantôt dans le reste de branche attaché à l’arbre(m), tantôt dans la branche sectionnée(n). Elle se répand même latéralement, peut-être par l’action des utricules ; même déraciné, un arbre(o) conserve sa force, aussi longtemps qu’il est greffé par ses branches à deux autres arbres, dont il reçoit la sève. Et la sève, se tarit-elle sous l’effet du Soleil par les mêmes vaisseaux du sommet [des branches], une fois que le manque de chaleur l’a fait descendre et refluer(p), soumise à un mouvement oscillatoire, comme dans un thermomètre ? La sève qui monte et celle qui descend suivent-elles des [vaisseaux] différents(q) ? C’est ce que suggérerait le bourrelet évoqué précédemment. Un arbre retourné, planté en terre(r), voit ses branches produire des racines, et ses racines se charger de feuilles. De même, la racine extraite de la terre(s) s’enorgueillit d’une nouvelle frondaison, bien qu’elle reste fixée à l’arbre. Ceux-ci visent au but, mais de loin. D de la Hire(t) avait en outre admis que des valvules119, que l’injection120 n’avait pas encore dévoilées, favorisaient le double flux. En effet, D. Duhamel(u) et Bonnet(v) ont examiné les plantes par injections, et ils ne transportèrent la couleur dans les fibres pas plus loin qu’un demi-pied, celle-ci s’arrêtant au niveau des nœuds. Seul D. La Baisse(x) affirme avoir fait parvenir les couleurs jusqu’aux feuilles, mais on ne lui accorde à juste titre aucun crédit121. L’odeur et le goût(y) pénètrent plus profondément, atteignent les branches et les feuilles, mais ne dépassent pourtant pas les pédoncules des fruits. Ainsi, bien que l’existence de deux types de vaisseaux soit admise par l’esprit, elle n’est pas démontrée dans les faits, et les partisans de la circulation de la sève n’en tirent donc pas un argument décisif. Parmi eux, certains, pour résoudre la difficulté, ont admis que la montée de la sève se faisait par l’écorce, et sa descente par les vaisseaux : mais il existe des arbres qui vivent sans écorce(z) 122. D’autres affirment que la sève est transportée par les vaisseaux de l’écorce et du bois, et redescend par les utricules jusqu’à la racine. Mais à quoi servent les systèmes parfaits auxquels les arguments font défaut ? Une chose est détruite par une autre, et aucun espoir de vérité n’a jamais brillé parmi tant de nuages. Outre les vaisseaux porteurs de sève, on observe dans le bois d’un arbre plus jeune la présence de tubes en spirale, semblables aux trachées des vers123, qui contiennent l’air admis par les pores de la racine(E) et des feuilles et facilement extrait par une pompe à air ou une analyse chimique124. [Cet air] permet l’expansion de la sève et l’union définitive des parties constituantes, et favorise, dit-on, son écoulement125. [4] Grew en témoigne(a), la sève pénètre au printemps et à l’automne les trachées aériennes qui jouent alors le rôle de vaisseaux. L’air, comprimé, s’échappe en pénétrant jusqu’au bout des feuilles, ou bien, mettant sa nature de côté, se mélange à la sève, comme on en admet l’origine, et contribue à la solidité des parties(b). Tandis que, par un mouvement perpétuel mais irrégulier, la sève irrigue les différentes parties de l’arbre de sa rosée nourrissante, les bourgeons, soit nus, soit couverts d’une corolle ou d’un calice, préparent peu à peu leurs fleurs, et dévoilent les étamines cachées à l’intérieur avec le pistil. [Les étamines organes] mâles, portent l’anthère chargée d’une poudre séminale et soutenue par le filet. [Le pistil organe] femelle contient les ovules, se prolonge le plus souvent par le style et se termine par le stigmate à son extrémité. Qu’ils partagent la même couche ou qu’ils soient placés à différents endroits126, ils concourent ensemble à la même fin. En effet, aussitôt arrivées à maturité, les anthères s’ouvrent avec élasticité et le pollen émis s’accroche au stigmate ou au pistil, baignant les ovules d’une pluie fertile. A l’intérieur de ce fruit, les fœtus conçus croissent en secret. Le suc, affaibli pour fournir une nourriture adaptée à ce fruit délicat, pénètre dans les ovules et les conduit jusqu’à la taille qu’il convient. En même temps le fruit grandit et épaissit même dans chacun d’eux, la preuve en est du poirier, du prunier, etc. dont l’augmentation de la masse par le soleil est due à la turgescence des utricules et à l’apport de la sève de part et d’autre par des vaisseaux très peu denses. Tandis que, par le travail d’incubation, la gélatine de l’ovule s’est durcie jusqu’à devenir solide, le fruit devient sec et, s’ouvrant généralement, révèle la graine mûre cachée par une enveloppe osseuse, coriace, membraneuse. Là où la terre la reçoit en son sein fertile, les orifices s’ouvrent, les petites membranes adoucies se fendent, les Lobes se séparent, et tandis que la Radicule dégagée fait entrer les sucs, la Plumule, que nourrissent les lobes, croît à l’intérieur. Graduellement, ces lobes se changent en feuilles séminales qui protègent la plantule de tous les chocs possibles, et transmettent et accumulent la sève, tirée tantôt de l’humidité de l’air, tantôt de la radicule la plus vigoureuse. En effet, la moelle, plus abondante, est couverte d’une écorce délicate, les fibres en étant quasiment absentes. Mais les nouvelles feuilles se développent : la succion de la racine est accrue par le commencement de la transpiration, l’humidité la pénètre ; en se soulevant, un faisceau de fibres conique sépare la moelle de l’écorce et forme une couche ligneuse au sommet de laquelle se trouve le bourgeon, source de nouvelles pousses ; chaque année, de nouveaux faisceaux(c), de nouvelles couches sont construits sur les précédents ; l’écorce se renforce en même temps qu’elle s’étend ; les bourgeons des extrémités sont repoussés sur les côtés, et se forme le début d’un autre faisceau, d’où pousse une branche ; une fois le travail de nutrition plus heureusement achevé, le tronc grandit, il s’élève dans les airs, il produit des branches luxuriantes en un feuillage dense. Quoi de plus ! Un rejeton naît, semblable à son père, que la plume badine de Zéphire a jadis brisé quand il était un frêle arbrisseau, et qui à présent, grand arbre aux racines profondément enfoncées, soutient sans bouger les vents qui l’assaillent de toutes parts. Le mécanisme de sa croissance ne se dévoile pas facilement à celui qui le cherche. Au retour du printemps, quand la sève abonde, une sécrétion organique, insoluble dans l’eau(d), se dépose entre l’écorce et le bois, qui lie les deux une fois sèche et, quand rien ne s’interpose, constitue le commencement des fibres. Naît-elle des vaisseaux de l’écorce, ou de ceux du bois ? Le lambeau d’écorce détaché(e) produit une couche ligneuse à l’intérieur127 ; et un arbre dont on a ôté l’écorce(f) retrouve une nouvelle écorce. Pénètre-t-elle de la racine au sommet, par le vide entre l’écorce et le bois, ou bien du sommet à la racine ? Auparavant, les données [à notre disposition] ne le disaient pas. En outre, en greffant128 deux arbres différents, de nouvelles couches sont formées [entre le greffon et le porte greffe], et quelle que soit la partie par laquelle [le greffon] touche l’intérieur de l’arbre, il produit une petite lame ligneuse distincte de celles [du porte greffe](g). Peut-être est-ce plutôt le suc plus visqueux qui, par les vaisseaux tantôt du bois, tantôt de l’aubier, déposé dans les utricules, se répand grâce à eux dans ce vide. De là vient la source de sécrétion ou mucilage qui, grâce à l’action de la nature, mélangé à des molécules de terre, [5] prend la forme de fibres ou d’utricules. Enroulées en cylindres ou en spirales, les fibres constituent une série infinie de vaisseaux qu’une aiguille plus frêle déchire facilement. Elles sont fixées au bois ou à l’écorce, selon qu’elles s’ajoutent à celui-ci ou à celle-là ; en effet, comme le note Grew(h), une partie part dans le bois, l’autre dans l’écorce. Une opération semblable se joue entre la moelle et le bois, d’où la moelle, trop comprimée par les couches de bois intérieures, repousse vers l’écorce les insertions avec lesquelles elle est généralement continue(i). Graduellement, par le mélange des principes terreux, les vaisseaux se durcissent de fibres plus compactes et, obstrués, refusent l’accès à la sève. L’obstruction des faisceaux de vaisseaux continuant, les racines et les branches périssent et tombent. L’air pénètre à l’intérieur de l’arbre mutilé ; les vicissitudes d’humidité et de sécheresse détruisent le tissu utriculaire qui consolidait les fibres ; les molécules terreuses, privées de ce lien, se séparent, se décomposent et tombent en poussière. C’est ainsi que le Poète a chanté le Chêne creux : si on ne le coupait pas, fragile, il s’écroulerait de lui-même et écraserait les imprudents de son poids peu commun.

    126III.

    Un nouveau champ s’ouvre au Physicien : la structure et l’action du corps humain présentent une matière de recherche plus féconde. Ceci résulte [de la nature] des solides et des fluides : pour établir la nature des solides, il ne sert à rien de revenir au principe de la fibre que l’esprit conçoit à peine, mais il suffit d’atteindre la fibre simple rendue accessible par le microscope, celle de l’éléphant ne différant pas de celle de la souris. La Fibre est celle qui se prolonge en un fil ténu (peut-être un vaisseau), la Lame celle qui compense sa faible longueur par sa largeur129. De leur lâche entrelacement se développe le tissu cellulaire réparti dans tout le corps, dont il unit toutes les parties et fait fonction de lien, et se forme souvent d’une liqueur exhalante [produite] près d’endroits plus éloignés130. Ses cellules contiennent de la graisse, une liqueur huileuse qui s’épaissit facilement, déposée par les artérioles, repompée par les veines, qui imprègne les fibres, protège les vaisseaux, emplit les pores, étend la peau et l’embellit. Ce tissu, à partir du moment où il est comprimé131, devient membranes, vaisseaux et gaines132, en fonction des différentes directions et textures des fibres. Les muscles, moteurs du corps, sont formés par des faisceaux de fibres. À partir de ces fibres, avec un tissu cellulaire empli de molécules terreuses, les os se forment133 ; bien qu’ils préservent la fermeté de la masse du corps par leur rigidité, ils participent également avec flexibilité à sa mobilité par différentes articulations. Mais cette masse inerte resterait immobile, si le sang, qui la parcourt continument par les vaisseaux, n’irriguait ses parties de sa rosée bénéfique. En effet, expulsé du ventricule gauche du cœur jusqu’aux extrémités par le biais des artères, il revient en de riches ondes dans [le ventricule] droit par le chemin bien connu des veines, et de là pénétrant les vaisseaux des poumons, regagne le gauche revitalisé, prêt à recommencer ce circuit dans un nouvel élan. Ce mouvement est confirmé par les gonflements provoqués par les ligatures des vaisseaux, les injections, la structure du cœur, les valvules des veines, les expériences sur des animaux vivants, le microscope, la transfusion, etc. ; et l’oscillation chez les mourants, due à l’atonie des valvules, ne l’infirme pas. Cette force de circulation prend son origine dans un stimulus encore mal connu qui commence par une excitation contractant le cœur, est favorisée par le ressort des contractions artérielles, puis s’accroît. Le sang ainsi emporté dans un fort mouvement diffuse partout sa chaleur de manière égale, s’échauffe lui-même, et, s’il était rapidement étalé, il s’écoulerait par la voie qu’il a parcourue, ou bien pourrirait s’il était vicié ; mais le chyle, liqueur lactée et doucereuse, lui fournit toujours un nouveau matériau, issu des aliments résolus dans le ventre. En effet, les aliments absorbés par la bouche, bien broyés par les dents, dissous sous l’afflux de salive, déglutis par l’action de la langue et des muscles, [6] sont précipités jusqu’au ventre à travers l’œsophage. Là, les solides, plus équitablement mélangés aux fluides, sont remués par le mouvement de l’estomac et des parties voisines, sont déchiquetés et séparés par expansion de l’air sous l’effet de la chaleur, et changés en chyme, s’acheminent par la valvule du pylore, vers le duodénum, et s’enrichissent bientôt d’un mélange de bile et de suc pancréatique. La partie la plus grossière du chyme, après avoir parcouru le conduit intestinal, solidifiée en excréments, est évacuée par l’anus. La partie délicate, le chyle à proprement parler, est absorbé par les vaisseaux lactés et conflue jusqu’à [la veine] sous-clavière par le canal thoracique. Mêlé au sang, il est en même temps poussé dans l’intérieur du cœur et se glisse dans les capillaires pulmonaires où un sang neuf s’élabore. En effet, l’air, par l’alternance de l’inspiration et de l’expiration, admis dans les vésicules pulmonaires puis à l’inverse vidés, tantôt gonfle les vaisseaux placés sur les parois des vésicules, tantôt les relâche, agite le sang par un frottement perpétuel, sépare les [éléments] trop liés, rend chaque partie semblable à une autre par un mélange intime134. Pendant ce temps, le sang, battu135, traverse les veines pulmonaires et le cœur, et se rend de nouveau dans l’ensemble des capillaires artériels. Ainsi la circulation produit-elle l’hématose136, et la respiration pourvoit aux deux phénomènes. Et à présent, le sang137 [rouge] est constitué de globules, de sérum et des parties fibreuses observables dans du [sang rouge] nouvellement tiré. [Ce dernier] fournit par analyse chimique un sérum abondant, par les alkalis fixe138 et volatil139, une huile fétide roussâtre, du sel marin et de la terre, à laquelle est mélangée une portion de fer qui est attirée par l’aimant140. Sa couleur pourpre est due au phlogistique141 de fer, et non à la rencontre de six globules blancs142. La quantité de sang dépend de l’âge, de la taille et du tempérament. Comme l’eau tumultueuse qui, en dévalant des vallons à travers les rochers, gagne en limpidité et se débarrasse de ses impuretés, le sang chargé de sucs hétérogènes, en parcourant successivement chaque glande du corps, y rejette séparément des humeurs variées, aqueuses ou visqueuses, amères ou inflammables143. Certaines, inutiles, sont éliminées à l’extérieur, d’autres, utiles, sont absorbées. Le mécanisme de la sécrétion n’est expliqué ni par la fermentation, ni par la disposition des pores, ni par une liqueur analogue ; le diamètre ne compense pas les circonvolutions des vaisseaux : c’est plutôt la vitesse du sang qui importe, et par conséquent la distance par rapport au cœur, l’angle des divisions des artères [dans chaque organe]144. Savoir si les glandes sont vésiculaires ou vasculaires importe peu. Très nombreuses, elles sont cachées dans différentes parties [du corps] : ainsi, vers le côté gauche du ventre, la rate recueille le sang voué à la production de la bile ; le foie, dans lequel se répand même le sang [rouge] épais issu de l’épiploon145, sépare la bile çà et là dans sa partie droite. Les reins fixés dans les lombes excrètent de l’urine à partir du sang pur, laquelle, précipitée dans la vessie par un double chemin, est évacuée par l’urètre. Cérumen dans les oreilles, mucus dans le nez, salives dans les parotides et le pancréas, huile [sous cutanée] dans l’aine et les aisselles, l’humeur est sécrétée. Le fer excessif du sang [rouge] gagne les airs par les pores de la peau sous forme d’une transpiration insensible ; si elle devient plus abondante, on parle de sueur. En effet, la peau, enveloppe du corps, est constituée de couches plus épaisses de tissus cellulaire, l’épiderme placé en-dessous, est percé d’innombrables pores par lesquels les extrémités artérielles éliminent l’humeur interne, et celles des veines absorbent l’humeur externe. [L’épiderme] est même percé de poils qui ne sont des pousses ni osseuses ni végétales146, mais de corne pure, la même structure que les ongles, et [ils sont] également des canaux excrétoires particuliers. Outre les sécrétions déjà énumérées, il en existe d’autres et de plus grande importance, dont dépendent les sensations et la génération. En effet, dans la tête se trouve le cerveau, siège des sensations147, admirable ouvrage de la puissance divine, qui abrite les organes premiers des sens, mène également dans la partie corticale l’esprit subtil du sang et la réunit dans la partie médullaire. De là provient l’origine des nerfs qui procurent aux membres sentiments et force, par le pouvoir desquels les esprits animaux148, comme la substance même de la lumière, peuvent aller et venir, tantôt [7] porter les missions de l’esprit aux parties, d’où provient le mouvement animal ; tantôt, de retour vers le cerveau, avertir l’esprit des mouvements de l’extérieur, d’où proviennent les sens149. Par leur intermédiaire, les membres se ploient et se raidissent à volonté, jusqu’à ce que le sommeil, plus paisible, maîtrise les corps épuisés par le travail qui tient éveillé. En ce qui concerne la génération, la semence, à partir du sang transportée par les vaisseaux spermatiques, est séparée dans les testicules masculins150, déposée dans les vésicules séminaires, jaillit mêlée à l’humeur de la prostate, est introduite dans la matrice assoiffée et féconde l’œuf tombé au même moment de l’ovaire151. Le fœtus naît-il uniquement de la semence masculine ou du mélange des deux ? Qui réglera cette question ? Certains concèdent l’existence d’une semence féminine, d’autres la nient, plus justement. Les vers spermatiques de Leeuwenhoek, autrement appelés corps élastiques ou molécules organiques152, ne sont adaptés qu’à la [semence] masculine. Le vers admis dans la matrice se glisse-t-il dans la petite fente de l’ovule qui, aussitôt close, en interdit l’accès aux autres ? Le fœtus est-il fabriqué par l’attraction de particules153, ou bien à partir de molécules organiques qui vivent séparément et créent un corps organisé en se conjuguant154 ? Ou bien la semence masculine ajoute-t-elle au germe, déjà caché dans l’ovule mais imparfait, un stimulus qui vient contracter son petit cœur et le mettre en mouvement155 ? Devant le degré d’importance de telles supputations, l’esprit s’arrête, indécis, et ne progresse plus qu’en titubant. L’ovule, quelle que soit la manière dont il a été fécondé, émet de petits flocons mous qui embrassent les petits vaisseaux de la matrice, et le sang menstruel en surplus qui s’écoulait hors de l’utérus, absorbé en de meilleurs endroits, fournit une liqueur séreuse à l’œuf afin de nourrir le fœtus. La matière de ce dernier, d’abord gélatineuse, durcit, prend forme, et comme si elle se dégageait peu à peu, au battement de son petit cœur, exhibe une petite forme animale, à la vilaine tête, au corps grêle et aux tout petits membres. La liqueur, arrivant en abondance par le placenta et le cordon, bientôt le lait, ensuite le sang afflue dans le fœtus qui croit, caché par des membranes, se développe, se perfectionne. En effet, le cœur bat plus vigoureusement, les vaisseaux et les membres s’allongent, la poitrine se dilate, l’abdomen s’agrandit, les parties molles se sculptent et les os se solidifient, les muscles se dessinent, les membranes se déploient, les organes se développent, la peau s’étend. Alors la matrice s’emplit, dilatée par l’accroissement de la masse [du fœtus], les viscères sont comprimés ; le fœtus atteint son développement aux alentours du neuvième mois, serré dans son étroite prison il culbute sur la tête156 et, grâce à la matrice et aux efforts de la mère, gagne la sortie : d’où les douleurs de l’enfantement et le ténesme157. Les enveloppes se déchirent, les eaux s’écoulent, l’orifice de la matrice s’ouvre, et le fœtus, la tête en avant, glisse dans le vagin, immédiatement suivi du placenta et des lochies158. La matrice, délivrée de son lourd fardeau, retrouve son état primitif, et le sang, oubliant le chemin précédant, est dévié vers les mamelles de l’accouchée, d’où le nouveau-né tète un lait pur. La respiration commence dès la naissance, le sang pénètre les poumons, les tubes et pores inutiles se bouchent159, et la circulation auparavant imparfaite se perfectionne. Le sang, envahissant les parois souples des vaisseaux en un mouvement ininterrompu, les prolonge jusqu’à ce qu’elles durcissent peu à peu, augmentées par des molécules terreuses issues d’une nourriture solide, et parviennent à réprimer l’impétuosité du cœur : c’est la fin de la croissance. Le chyle compense la dissipation des fluides160 et, à partir du sang artériel, les vaisseaux appropriés sécrètent une humeur plus visqueuse qui, diffusée au milieu des fibres et du tissu cellulaire, s’épaissit161. Dans le même temps, la terre se dépose davantage dans les cellules des os162 ; devant l’augmentation de la masse des solides, les vaisseaux se durcissent, rétrécissent et s’obstruent ; les nerfs s’assourdissent, les muscles deviennent tendineux, les humeurs diminuent et se corrompent ; la force de la circulation faiblit : c’est le décroissement. Peu à peu, la chaleur naturelle se retire, les fonctions se perdent, les sens s’émoussent, tout se raidit, l’assemblage affaibli succombe, et la petite flamme de la vie s’éteint finalement. Mais la ruine de la vieillesse est rare, [8] et le plus souvent la mort prend possession d’un être pas encore mûr, par un quelconque accident. Telles sont les destinées humaines ; tel est le terme de ses peines.

    127IV.

    128Pour celui qui examine les caractéristiques évoquées ci-dessus des Animaux et des Végétaux, il sera clair que celles des uns ne diffèrent guère de celles des autres. Ils naissent en effet tous de solides et de fluides. Les faisceaux de fibres sont liés aux uns comme aux autres par un tissu et non par un gluten163, et le tissu cellulaire du corps humain correspond au tissu utriculaire164 de l’arbre. Le suc nourricier est transporté par des vaisseaux propres à cet usage jusqu’aux extrêmes limites. Le tronc ou les os soutiennent la structure de chacun, mais les seconds sont flexibles les uns par rapport aux autres, prêts au mouvement, alors que le premier, rigide et fixé à la terre, ne se meut pas de lui-même. L’écorce, enveloppe de l’arbre, rivalise sans mal avec les différentes couches de peau. De même que la peau génère les poils et les ongles, l’écorce elle aussi produit souvent des épines(k) qui, comme les plumes d’oiseau, ont leur propre moelle, leur propre bois, leur propre écorce. Plusieurs plantes se couvrent d’un duvet qui ressemble à des poils et dont l’utilité n’est pas absurde. Pourtant, bien que la structure apparaisse simple chez les plantes, ainsi que l’enchaînement des fonctions, elle est plus embrouillée chez les Animaux165. En effet, tandis que la digestion humaine s’accomplit grâce à l’appareil des organes, la terre remplit pour les plantes les fonctions de l’estomac, et l’approvisionne en suc chargé de sels et de terre soluble166 ; une fois débarrassé de ses particules les plus grossières, les racines, comme les veines lactées, l’absorbent avidement par une certaine force et le transmettent aux vaisseaux pour qu’il soit transporté plus haut. Donc, puisqu’il n’y a pas d’ingestion de solides dans les plantes, il n’y a point d’excrétion de solides. Ce suc nouveau, semblable au chyle quoique ni lacté ni issu d’une telle variété de substances, s’ajoute au suc existant, s’écoule par les vaisseaux, et prend la nature du sang167. Le sang [rouge] de l’homme est pourtant teinté d’une couleur pourpre et composé de plusieurs principes ; mais le suc [des plantes] est tel qu’il est la plupart du temps transparent et à peine homogène, rouge dans la Sanguinaria et le Millepertuis, blanc dans le Tithymalus168, jaune dans la Chélidoine, etc. : en outre, par analyse chimique de certains végétaux, il dévoile des principes presque toujours identiques à ceux du sang. Il y a une très grande abondance de suc et de sang : le suc abonde dans les arbustes, le sang abonde chez les enfants, et en raison de la diminution du diamètre des vaisseaux, il se raréfie peu à peu en chez les individus plus âgés des uns et des autres, dans une proportion donnée. De même que le sang, parcourant les artères, distribue tantôt l’urine ou la semence, tantôt la salive ou la bile aux glandes et aux cellules, et élimine ensuite le fer superflu par les pores de la peau, de même le suc, transportés tantôt dans les vaisseaux en spirale du bois, tantôt dans ceux de l’écorce, dépose les particules les plus visqueuses dans les utricules ou les glandes, et élimine les fluides dans la continuité du chemin des vaisseaux, principalement par les ouvertures de l’écorce et des feuilles. L’autopsie dévoile les glandes des animaux, qui soit absorbent une humeur particulière à l’intérieur, soit la rejettent à l’extérieur. Dans les plantes, il y a même des glandes remarquables qui soit exsudent un liquide suave par des pores très fins, comme les nectaires169 des fleurs, soit le laissent goutter par un conduit ouvert, comme dans les feuilles de Triumphetta170, Ketmia171 etc. ; aucune résorption n’apparaît dans celles-ci puisqu’elle ne serait d’aucune utilité en l’absence de digestion intérieure. La petitesse des organes [des plantes] a trompé des yeux plus clairvoyants et n’a rien révélé à celui qui cherche, si ce n’est un assemblage spongieux. Ils se forment peut-être à partir des utricules, où le suc, déposé, s’épaissit lentement, comme dans les arbres résinifères, gummifères, la moelle sucrée du roseau etc., et, en fonction de la nature de ses composants, présente un goût suave, amer ou piquant, et subit des sorts divers : la résine sous l’effet de la chaleur, les huiles essentielles sous l’effet de l’air et la gomme sous l’effet de l’eau, etc.172 La composition est-elle identique dans les glandes des Animaux ? La sécrétion [9] est-elle la même ? Si l’on recherchait la nature de l’humeur transpiratoire dans l’un et l’autre, elle est aqueuse, avec cependant une certaine quantité de sel et beaucoup d’huile pour l’homme, ce qui permet aux chiens de reconnaître facilement leur maître de celui des autres. Le Végétal aussi répand une odeur particulière à chaque espèce(l), agréable ou désagréable, par laquelle la plante se distingue : le Lis dégage ainsi une odeur suave, la Rue une mauvaise odeur. La sueur s’écoule goutte à goutte de la peau chaude de l’homme, s’écoule pareillement, en été, de la plante recouverte d’une membrane transparente, une humeur qui obscurcit les parois de sa tunique, et qui une fois récoltée rend légèrement l’odeur de la plante, vite évaporée. Plus l’homme transpire, plus il a besoin d’aliments : plus la transpiration est importante, plus la succion de la racine est importante(m). Lorsqu’elle diminue, l’homme gonfle d’humeurs qui se répandent souvent en hydropisie ; celle-ci augmentant, il s’assèche excessivement et sombre dans le marasme173. Ainsi, lorsque la transpiration des plantes est insuffisante, la plante se gonfle de suc, s’amollit et se fragilise, mais elle est moins savoureuse, comme la chicorée, recouverte de terre174 : le Mûrier lui-même, quand il est dépouillé de ses feuilles pour nourrir les Vers à soie, a la transpiration des organes affaiblie, arrêtée, et souffre souvent de maladies. Si [la transpiration] est excessive, elle est nocive, surtout quand la plante se retrouve incapable de recevoir le suc, l’apport de la racine lui faisant défaut(n). D’où vient qu’elle diminue heureusement dans les [plantes les] plus savoureuses, afin qu’elles s’humidifient, et qu’elle augmente dans les plus humides, pour les rendre savoureuses. De la même manière, par un usage prudent des choses non naturelles175, le Médecin la provoque ou l’arrête chez un malade, pour écarter le mal qui le menace ou le dissiper s’il est déjà installé. Mais on ne la trouverait pas aussi utile chez les plantes qu’à la circulation sanguine de l’homme. En effet, le sang, s’écoulant du cœur, tantôt dévale en un fleuve plein, tantôt, onde incertaine, s’égaye dans les méandres des vaisseaux, se hâtant vers les extrémités des artères ; bientôt diffusé dans les veinules par une route inconnue, il reprend plus tard le chemin du cœur, enrichi par son parcours. Puisque les veinules confluent en veines, elles renouvellent le sang par l’humeur tirée de la respiration des pores de la peau et des membranes. Le suc végétal est plus calme, il ne se perd pas en détours et ne réalise pas un circuit ; mais il s’élève en ligne droite par des tubes longitudinaux depuis la racine jusqu’aux extrémités. Pendant ce temps, l’humeur176 de l’atmosphère, absorbée par les pores avides des feuilles, est conduite jusqu’à la racine par des tubes descendants peut-être différents des précédents177. Le suc ascendant se disperse-t-il dans les airs après son parcours178, ou bien reflue-t-il par un mouvement d’oscillation179 ? Est-ce qu’une partie se glisse, par une route inconnue, dans les vaisseaux descendants, et revient en même temps vers le tronc ? La circulation du sang est utile à sa résorption qu’elle favorise ; cependant, cette excrétion doit être considérée comme plus simple car elle n’emprunte par des tubes différents ni des routes inconnues. En outre, font défaut un cœur et des vaisseaux élastiques capables de donner au suc un mouvement d’impulsion et de répulsion. Le suc se moque des ligatures, ou bien l’arbre gonfle d’un seul bloc, comme enfle un doigt qu’a longtemps comprimé le cercle resserré d’un anneau. Mais qu’en est-il pour nous ! Si le suc reflue, il subit le sort des esprits animaux ; et les nerfs ne correspondent pas mal avec les fibres ligneuses, l’expansion des papilles [nerveuses] avec celle des feuilles. Bien plus, pourvu que la descente du suc, identique à la circulation, ait apporté ses bienfaits, elle répondra à notre questionnement : le suc, en affluant, nourrit feuilles, fleurs, fruits, et son reflux apporte leur nourriture aux racines. Les Plantes n’ont point de poumons, mais la condensation et la dilatation mutuelle de l’air, son entrée et sa sortie, font office de respiration, agitent le suc et favorisent son écoulement. L’accord est plus heureux avec la génération : en effet, les [individus] mâles, femelles, les hermaphrodites se comptent dans l’un et l’autre règne ; les hermaphrodites, qui pourtant sont rares parmi les animaux, abondent parmi les plantes, peut-être pour ne pas nuire, par défaut du mouvement progressif, à la propagation. Et ce n’est pas tout : en quoi est-il interdit de comparer les anthères aux testicules, les filets [des anthères] aux vaisseaux spermatiques ou déférents, la matrice au pistil, l’orifice de la matrice au [10] stigmate, le vagin au style ou à la corolle ? De même que la semence masculine s’échappe dans l’orifice de la matrice avec beaucoup de force en un mouvement presque convulsif, de même, une fois ses carcans rompus, la poussière [séminale des plantes] se porte avec vivacité sur le stigmate visqueux. Ces deux semences sont de même nature : les animalcules séminaux, et les poussières des anthères se retrouvent de diverses manières dans différentes familles d’animaux et de plantes(o). Les uns et les autres, quand ils sont baignés de fluides, sont agités d’un mouvement rapide ; et de même qu’il apparaît dans l’animalcule d’après les observations de Leeuwenhoek(p), de même la poussière, se fend par le côté, émet une matière gélatineuse(q) qui s’élève comme un nuage et court sur l’eau sans s’y mêler. Cet esprit séminal180 est tel qu’il est le seul à être admis et à féconder ; il jaillit dans un fluide, d’où vient que l’orifice de la matrice et le stigmate sont toujours humides. La semence, chez les animaux comme chez les végétaux, agit comme un stimulus, conférant une forme et un mouvement à la matière brute et informe déjà contenue dans la matrice(I). Certains conçoivent de nombreux rejetons en une seule fois, d’autres moins, d’autres un seul. Parmi les œufs, certains ne sont pas fécondés, d’autres, avortés, meurent, le restant connaît une meilleure croissance. Chaque semence, chaque fœtus a sa propre enveloppe, son propre placenta, son propre cordon, souvent le même pour deux, souvent deux pour un seul. Pendant ce temps, [la semence et le fœtus] se développent, un suc gélatineux affluant par les vaisseaux de la matrice et du péricarpe(r), et grandissent peu à peu jusqu’à maturation des œufs. Dans les vivipares, les œufs croissent uniquement à l’intérieur de la matrice et y incubent ; dans les ovipares, ils croissent à l’intérieur, incubent à l’extérieur ; en revanche, dans les plantes, la croissance et l’incubation se déroulent à l’intérieur du péricarpe, mais l’un après l’autre. A l’achèvement plus ou moins rapide ou tardif de l’incubation, le fœtus de l’un et de l’autre jaillit à la rupture naturelle ou artificielle des enveloppes, et commence à mener une vie nouvelle, qu’il suce le lait nourricier ou qu’il tire, en germant, sa nourriture de la terre. Comme un enfant soustrait aux soins maternels, vite ravi par un destin prématuré, à moins qu’une main affectueuse ne rappelle son âme fugitive en lui donnant le sein, de même, ses lobes ou feuilles séminales arrachés, la plantule est affaiblie par l’intempérie de l’air, desséchée par la chaleur du soleil, et bientôt, privée de suc, languit, décline et périt. L’assemblage des deux s’amollit en raison des nombreux manques de tissu cellulaire et de solides par rapport aux fluides ; mais le début de la respiration d’une part, et celui de la transpiration d’autre part, favorisent l’accroissement. Par le travail de circulation [dans l’animal] et de succion [dans la plante], tous les points du corps sont parcourus par une humeur nutritive qui, pressée dans les interstices des fibres, se transforme en solide par une force vitale181. Celui-ci est le gluten de l’homme(s), origine des fibres ; celui-là le mucus des arbres, déjà mentionné ci-dessus, principe du bois et de l’écorce. Ils tirent leur origine de la lymphe animale et du suc végétal qui s’accordent non seulement dans leur manière d’agir mais aussi par leur nature et leurs principes constitutifs. En effet, les deux sont constitués d’un mucilage abondant, doux, qui fermente facilement et hautement nutritif, soluble dans l’eau et d’un caractère légèrement salin, comme il apparaît dans la partie gélatineuse des Animaux, les substances farineuses et les gommes des arbres : cependant, la digestion animale ajoute un caractère particulier à la lymphe. [11] Les fibres animales et végétales sont le produit de la lymphe et du suc, l’analyse des principes nous l’enseigne de manière incontestable, dans la mesure où les os eux-mêmes, dans la machine de Papin182, reprennent avec souplesse leur qualité gélatineuse première, et où dans les fabriques de papier les étoffes tissées à partir d’écorce de chanvre redeviennent183 un mucilage pur. Pourquoi tarder à comparer les os au bois, le périoste à l’écorce, et aux insertions [du parenchyme des plantes] les fibrilles cellulaires du périoste(t) enfoncées dans la structure des os avec les vaisseaux ? L’accroissement osseux, semblable à celui de l’arbre, est constitué de couches, ce qui demeure établi par la légère teinture rouge des petites lames osseuses après ingestion de Rubia184 (u). La cause de la croissance des végétaux, une fois dévoilée, permettra d’attribuer la formation [des os] au périoste ou au gluten intermédiaire185. Et il n’est pas plus utile de s’appliquer à expliquer l’analogie de la décroissance des deux : ce sont aussi, déjà, les solides qui commandent aux fluides : ces derniers, suspendus, s’arrêtent, les premiers, compacts, se durcissent. D’où vient que l’ordre des fonctions se retrouve subverti et que ce qu’on a dit auparavant au sujet de l’homme peut se dire des plantes, par hypothèse : dès notre naissance nous mourons, et notre fin dépend de notre origine.

    129V.

    Au-delà des accords attribués à l’animal et à la plante, il ne semble pas absurde d’en ajouter d’autres qui, bien que mineurs, conjugués aux précédents, étayent notre propos et lui donnent un nouvel éclairage. Je passerais en effet sous silence l’origine des maladies, causées tantôt par un mouvement anormal des fluides, tantôt par une mauvaise constitution des solides, si les blessures ne se solidifiaient pas naturellement de la même manière, par un écoulement de gluten ou de mucus au milieu qui, en durcissant, borde d’abord la zone de la blessure(a), et peu à peu la recouvre entièrement. L’air libre et le toucher, empêchant la coagulation du mucus, sont néfastes aux uns et aux autres. Quand un rejeton est greffé à un autre arbre, il s’enracine dans le liber humide auquel il ravit sa nourriture et se dresse en une branche ; une expérience plaisante nous enseigne ainsi que les trop courtes narines(b) se réparent à partir du bras186 ; une autre qu’un ergot de coq implanté(c) sur sa propre crête, croît et grandit mieux, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur187. Les loupes188 et les exostoses189 correspondent aux tumeurs visibles principalement sur le tronc des arbres, les squirres190 et les calculs aux concrétions pierreuses des fruits. Pourquoi revenir sur le mélange des espèces ou des genres dans chacun des règnes, d’où naît une progéniture neutre191 ou stérile, ou un nouvel individu capable de procréer et dont les descendants connaîtront le même destin : et la réunion de fœtus n’est pas rare parmi les animaux et les plantes. De même que chez l’homme les tempéraments varient en fonction de la quantité et de la nature des solides et des fluides192, de même parmi les plantes, certaines sont gonflées du fluide déposé dans leurs utricules entassés, d’autres admettent moins de suc dans leur structure plus étroite. Les uns, du fait d’une transpiration plus abondante, font une respiration volumineuse, les autres, moins dotées en qualités, une [transpiration] principalement aqueuse et facile à nourrir ; d’où vient que les plantes parasites causent un léger dommage à l’arbre, en particulier les utriculeuses193. Les végétaux se multiplient et se propagent par boutures, mais pas les animaux, si l’on excepte le polype et d’autres [animaux] de ce genre, auquel il faut attribuer cette propriété naturelle qu’est la fabrication de leurs propres cellules. En effet, le tissu cellulaire renaît partout facilement ; ainsi un rameau riche d’utricules et des portions de tubercules s’enracinent mieux ; la peau rasée ou brûlée se rénove ; les pinces des écrevisses, et la perte mêmes des os se réparent. De cela on déduit de bon droit une analogie des animaux avec les plantes qu’infirme pourtant une certaine différence. En effet, l’animal se transporte de lui-même d’un lieu dans un autre, il recherche une nourriture éloignée, il la porte à la bouche, la broie, la digère ; la plante, fixée au sol et immobile, se nourrit uniquement du suc de la terre sur laquelle elle se trouve. Mais l’absence de mouvement et de circulation est compensée par une succion continuelle et une plus grande abondance de suc absorbé. [12] En outre, la racine abandonne toujours un sol stérile pour rechercher, en modifiant son déploiement, des lieux plus riches où absorber jusqu’à épuisement la liqueur appropriée. On peut même voir plusieurs plantes qui déploient leurs pétales194 le jour et les referment la nuit, comme pour s’abandonner au sommeil. Il y en a aussi qui, captives de leur amour du Soleil, parcourent tous les jours un demi-cercle en le suivant, comme la fleur de l’Héliotrope195. Le Mimosa se rétracte au toucher ; certaines étamines de l’Opuntia, plutôt par la force de l’irritabilité que par la force élastique, s’écartent en réaction à un contact. Cette force, si elle correspondait à celle d’irritabilité des Animaux, soutiendrait notre analogie par des arguments encore plus certains ; mais de plus obscures œuvres de la Nature n’ont pas encore été dévoilées. Celle-ci a en effet établi des limites certaines qu’il n’est pas donné à l’esprit humain de dépasser. L’Animal différera toujours de la Plante sur beaucoup de points ; en effet il accélère ou retarde son mouvement à volonté, dilate ou contracte son corps à volonté, etc. : entre la disposition du plus humble des animalcules et du plus parfait des végétaux196 la différence et la dissemblance sont aussi grandes que l’excellence donnée sur le reste des animaux à l’ouvrage le plus parfait du Créateur, l’homme bien sûr, qui, détenteur d’une part du souffle divin, occupe la plus haute place parmi les créatures vivantes. C’est pourquoi, une fois énumérés les points d’accords unanimes, ceux que l’on a rapportés ci-dessus nous suffisent à conclure avec raison :

    130Il y a donc bien une analogie entre l’économie animale et l’économie végétale.

    131MAITRES DOCTEURS ARGUMENTEURS

    M. Philippe QUERENET.
    M. Charles-Louis-François ANDRY, Professeur désigné de Chirurgie en langue Française.
    M. Mathieu-Thomas LA CASSAIGNE, Professeur désigné des Universités.
    M. François PORTIER DE LA HOUSSINIERE.
    M. Jean-Baptiste-Alexandre MAIGRET.
    M. Joseph PHILIP, Professeur des Universités.
    M. Louis-Marie POUSSE, Chevalier et Censeur Royal.
    M. Antoine CASAMAJOR, Censeur Royal.
    M. Raymond DE LA RIVIERE.

    132ANTOINE-LAURENT DE JUSSIEU, Lyonnais, Docteur en Médecine à Reims, et également Bachelier de la très Utile Faculté de Médecine de Paris, a présenté à Paris cette Thèse dont il est l’Auteur, l’Année de l’Accomplissement du Salut de l’Homme197 1770.
    DE SIX HEURES A MIDI.

    Notes de bas de page

    1 Le terme apparait pour la première fois en 1780 (Rey 1995 I : 431).

    2 Les trois médecins de la Société Royale de Médecine sont Dieudonné Jeanroy (1743-1816), Étienne Louis Geoffroy (1725-1810) et Jean-Noël Hallé (1754-1822), et les botanistes de l’Académie des sciences Lamarck, René Louiche Desfontaines (1750-1833) et Auguste Denis Fougeroux de Bondaroy (1732-1789) (Jussieu 1789 : 5-11, 12-24).

    3 Ainsi, la gentiane jaune (Gentiana lutea en nomenclature linnéenne) était désignée au début du xviiie siècle sous trois vocables différents, Gentiana corollis quinquefidis rotatis verticillatatis, calcybus spathaceis – Gentiana floribus lateralibus confertis pedunculatis, corollis rotatis – Gentiana major lutea (Linné 1753 I : 227).

    4 Tournefort décède à 53 ans, le 28 décembre 1708, des suites d’un accident de la voie publique, où il a été serré contre un mur par l’essieu d’une charrette.

    5 Le Fundamenta botanica de 1736 servira de base au Philosophia botanica, publié en 1751, qui en est une version étendue et commentée.

    6 [Ndt] Ile de Bouro (Indonésie).

    7 [Ndt] Jussieu a écrit « Historiae Naturalis Museum ». Cabinet est la traduction courante de museum au xviiie siècle. Lorsque les savants attachés au Jardin du roi élaborent en 1790 leur projet de réforme de l’institution et l’adressent à l’Assemblée nationale, ils se nomment collectivement « Officiers du Jardin des plantes et du Cabinet d’Histoire naturelle ». Le Muséum d’Histoire Naturelle est créé par décret de la Convention le 10 juin 1793.

    8 [Ndt] En référence aux noms vernaculaires repris par Fusée-Aublet.

    9 [Ndt] Probablement une allusion à Buffon.

    10 [Ndt] L’intussusception. Terme souvent utilisé par Buffon qui décrit le mode de croissance des êtres vivants : les substances incorporées à l’organisme ne le sont pas par simple juxtaposition, comme pour les cristaux, mais par imbibition de la matière organique déjà présente, qui incorpore les nouveaux éléments en son sein. Conception de la physiologie de la nutrition reprise par Haller et Vicq d’Azyr.

    11 Cette brève ébauche de la structure végétale est partiellement tirée de notre ancienne thèse soutenue devant la faculté de médecine de Paris en 1771 et intitulée An Œconomiam Animalem inter Vegetalem analogia ?

    12 [Ndt] Sixième classe du règne animal selon Linné, qui comprenait tous les êtres encore mal connus : les vers intestinaux, les mollusques nus, les mollusques à coquille, les coraux, éponges et anémones de mer.

    13 [Ndt] En 1773, Jussieu avait déjà fait remarquer, dans son mémoire sur l’Examen de la Famille des Renoncules, qu’il n’existait pas de définition correcte du calice et de la corolle, souvent confondus. Lamarck dans sa Flore Françoise s’était plaint que la corolle soit « une partie très mal déterminée ». Jussieu normalise enfin la définition de la corolle, à la grande satisfaction des botanistes.

    14 [Ndt] Selon que les fleurs sont hermaphrodites, monoïques ou dioïques.

    15 [Ndt] Aura seminalis. Comme dans sa thèse de médecine, Jussieu maintient la théorie d’Acquapendente et de Harvey de l’esprit séminal, reprise au XVIIIe siècle par Vaillant et Haller notamment. Il ne tient pas compte des derniers travaux de Spallanzani qui détruit cette théorie avec ses expériences sur le sperme de crapaud dont la traduction française par Senebier parait en 1785, Expériences pour servir à l’histoire de la génération des animaux et des plantes. Bonnet qui travaille étroitement avec Spallanzani a confirmé ces résultats : « c’est la liqueur séminale elle-même qui pénètre le Germe ; et non la simple odeur de cette liqueur, l’aura seminalis, comme l’avoient cru de grands Physiologistes, et en particulier l’illustre Haller. La fécondation artificielle a démontré rigoureusement à Mr. Spallanzani, que l’odeur la plus concentrée du sperme est dans l’impuissance absolue de féconder le Germe. » (Bonnet 1781 : 283).

    16 [Ndt] Le placenta.

    17 [Ndt] L’embryon.

    18 [Ndt] Jussieu explicite la nature correcte du bulbe.

    19 [Ndt] Ici Jussieu fait une distinction claire entre un aiguillon provenant des tissus superficiels d’un organe et une épine qui fait corps avec un organe.

    20 [Ndt] Le terme actuel est pédalé.

    21 [Ndt] Sur la tige.

    22 [Ndt] Araceae.

    23 À ceux-là, Linnæus ajoute celui de Nectaire pour désigner les parties des fleurs parfois voisines des organes susdits et très diverses dans leur structure, à savoir les glandes, les soies, les squamules, les appendices, les tubercules, les fossettes, les sillons, les rejets [propagules] éperonnés et cornus, etc. On doit rejeter de la science botanique ce nom trop vague, propre à rendre confus les descriptions et les caractères, rebaptiser plutôt en fonction de chacun de leurs organes les parties désignées comme nectaires, et les appeler désormais uniquement par leur propre nom.

    24 Le calice n’est pas le pistil, comme l’affirme Tournefort, et ne lui est pas non plus vraiment supérieur, comme le dit Linnæus, mais il le recouvre entièrement dans sa partie inférieure en même temps qu’il croît (voir Act. Paris. 1773, p. 223). Cependant, on admet ici le terme de Linnæus, agréé par les Botanistes, sa définition seule ayant été changée.

    25 [Ndt] En nombre déterminé ou indéterminé.

    26 [Ndt] En longueur.

    27 L’enveloppe de la fleur, tant qu’elle est unique, est appelée calice par certains, corolle par d’autres, suivant une loi arbitraire. Tournefort, lui-même hésitant, ne résout pas le problème dans son Isagoge p. 72, appelant la même partie corolle dans la Tulipe et la Jacinthe, calice dans le Narcisse et l’Iris. Il estime cependant qu’on doit la tenir pour un calice lorsqu’elle se trouve être l’enveloppe propre de la graine, ou pour des pétales lorsqu’elle se flétrit et tombe, qu’elle ait une durée brève ou plus longue. Linnæus, tout aussi ambigu, tantôt admet le calice de l’Hellébore comme une corolle, et ses pétales, tout à fait voisins des pétales des Ranunculaceae, comme des nectaires, tantôt affirme que le même organe est une corolle dans les Rheum et un calice dans les Rumex, en dépit de leur degré d’affinité. D’autres ne furent pas plus heureux dans la définition de la corolle. Pourtant, si l’on évalue attentivement son origine, sa grande parenté avec les étamines, sa fonction, son déclin facile après la fécondation et son aspect plus ordinaire dans la plupart des fleurs, alors on définirait comme corolle cette enveloppe de la fleur qui, recouverte par le calice ou très rarement nue, est une continuité du liber du pédoncule et non de son épiderme ; non persistante mais tombant ordinairement avec les étamines, elle entoure ou couronne le pistil, mais ne fait jamais corps avec lui, et présente le plus souvent ses divisions disposées alternativement avec les étamines lorsqu’elles sont en nombre égal. Ces caractères, considérés ensemble, distinguent plus certainement la corolle, qui de ce fait est décidée pour les fleurs ambiguës par analogie avec les fleurs de même nature. Le périanthe nu du Narcisse, adné à l’ovaire et n’alternant pas ses lobes avec les étamines, constitue donc véritablement un calice, comme le montre Tournefort lui-même, et par conséquent, il est certain qu’il en est de même pour la Jacinthe et pour toutes les autres Liliaceae les plus proches du Narcisse.

    28 [Ndt] L’esprit vital, l’esprit séminal.

    29 [Ndt] Des espèces.

    30 [Ndt] C’est ce que présentera Goethe en 1790 dans son Essai sur la métamorphose des plantes dans lequel il reconnaît, entre autres, une homologie entre les feuilles et les parties florales.

    31 [Ndt] Couverte de pointes.

    32 [Ndt] Une noix.

    33 [Ndt] Anacardium.

    34 Un très petit nombre de plantes, dont les graines sont dotées de deux lobes multipartites, palmés et imitant un verticille, sont en outre dites Polycotylédones, ce qui est incorrect, comme on l’observe plus bas dans les Pinus, classe 15, famille 5, p. 411-415 [Référence au corps du texte du Genera Plantarum].

    35 [Ndt] La polyembryonie est un caractère courant dans les Citrus.

    36 [Ndt] Distinct des enveloppes et de l’embryon.

    37 [Ndt] Jussieu reprend ici l’idée de John Ray (1623-1705) selon laquelle les herbes n’ont pas de bourgeons.

    38 [Ndt] Linné a dressé une table des heures auxquelles s’ouvrent, s’épanouissent et se referment les principales fleurs à Uppsala, qu’il a nommé « horloge de Flore ».

    39 [Ndt] C’est Conrad Gessner (1516-1565) qui le premier établit le concept d’un élément variable, differentia, qui pourrait caractériser les plantes.

    40 [Ndt] Apparence générale ou port d’un végétal.

    41 [Ndt] Du premier de leur espèce [primigenio] – le type spécifique.

    42 [Ndt] Jussieu affirme sa conception essentialiste de l’espèce, seul produit de la nature.

    43 [Ndt] Cette analogie avec un faisceau, fasciculus, pour désigner un regroupement de taxons a été utilisée par Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708).

    44 [Ndt] En 1694, Tournefort publie ses Éléments de Botanique ou méthode pour connoître les plantes. Il traduit le livre sous le titre de Institutiones rei herbariae (1700), auquel il rajoute l’Isagoge in rem herbariam (Introduction à la botanique). Dans ce texte Tournefort expose à la fois une histoire de la botanique et une description de sa propre méthode.

    45 [Ndt] Au sens de classification.

    46 [Ndt] Désignation de certains genres.

    47 [Ndt] Par exemple Gaspard Bauhin (1560-1624) dans son ouvrage Pinax theatri botanici (1623) établit une synonymie : pour chaque plante décrite, il indique les références des anciennes descriptions et figures, et précise les noms déjà attribués.

    48 Les éléments étrangers dans la fleur, reçus par les étamines comme par des vaisseaux excréteurs, sont déposés sur les pointes (anthères) comme sur des organes digestifs. Tournef. Isag. p. 68. 70. Ailleurs, pourtant, Tournefort pressent quasiment le sexe des plantes, lorsqu’il déclare au sujet des plantes dioïques : Est-ce que ces corpuscules qui s’échappent des fleurs sont transportés sur les fruits délicats naissant au loin, pour les exciter à leur propre croissance comme au sortir de leur torpeur ? Ainsi … on affirme … au sujet des Palmiers mâles et femelles que le rameau de la fleur mâle est inséré sur une spathe femelle durant tout le temps où la spathe est ouverte ; la fleur mâle épanouie répand une poudre sans laquelle les dattes deviennent âpres et de goût désagréable. Ibid. p. 69.

    49 Celui-ci, estimant néanmoins que la nomenclature doit être amendée, affirme dans son Isag. pag. 63-64 : Certains noms sont comme des définitions, dont le premier mot est le genre, le reste exprime differentiae… Les noms doivent être brefs… beaucoup de noms plus prolixes peuvent à peine s’énoncer sans reprendre son souffle… C’est une chose de nommer une plante, mais une autre de la décrire.

    50 Ainsi, tantôt il rejette officiellement le vocabulaire non tiré de source grecque ou latine, tantôt il l’accepte plus facilement. De même, excluant les noms vernaculaires, bien qu’ils ne sentent pas le barbare, puisqu’ils sont acceptés depuis l’Antiquité et issus du latin, il supprime Adhatoda, Calaba, Ceïba, Guazuma, Isora, Ketmia, Mançanilla [Hippomane], Guanabana, Guaïava, Papaya, Sapota, Tapia [Crateva] etc. auxquels, se détournant d’ailleurs du principe qu’il avait édicté et recourant à d’autres sources, il substitue Mammea, Basella, Yucca, Hura, Tulipa, Curcuma, Genipa, etc.

    51 Celui qui établit un genre nouveau est tenu de lui donner un nom et un nom générique digne, et il n’est pas permis d’en changer, quoiqu’un autre convînt mieux. Cette loi a été édictée par Linnæus Phil. Bot. n. 218. 243, et approuvée par l’ensemble des Botanistes. Cependant, le législateur lui-même enfreignit souvent sa loi, et d’autres l’ont fait à sa suite. En effet, Il n’y a aucune raison manifeste de substituer des noms nouveaux ou plus anciens à tous ceux que Tournefort a donnés et consacrés, tels que Abutilon, Acacia, Balsamina, Buglossum, Brunella, Bugula, Caprifolium, Casia, Cassida, Cataria, Elychrysum, Lappa, Mandragora, Pimpinella, Rapuntium, Sphondylium, Stramonium, Syringa, Tamariscus, Tamnus, Terebinthus, Thymelea etc. La restitution de certains de leurs emplois vulgaires a paru opportune mais doit cependant être menée avec parcimonie, afin de ne pas transmettre au censeur lui-même la tache du délit.

    52 Tels que Corona Solis, Virga aurea, Dens Leonis, Lingua cervina, Lauro-cerasus, Corallodendron.

    53 Tels que Hypophyllocarpodendron, Stachyarpagophora, Jabotapita. Nous empruntons à présent à Aublet et à d’autres des noms similaires qui sont trop rudes et qui devront par la suite être allégés, pourvu qu’ils résultent de la constitution certaine de ces genres.

    54 Étant donné que le nom générique ne signifie pas nécessairement quelque chose, il peut être arbitrairement 1° poétique, comme Adonis, Narcissus, Hyacinthus, Amaryllis, Circaea ; 2° divin ou royal, comme Serapias, Atropa, Mercurialis, Lysimachia, Artemisia, Helenium ; 3° tiré de celui d’inventeurs ou de découvreurs, comme Nicotiana, Cinchona, Sarracenia ; 4° tiré de celui de protecteurs des Botanistes, comme Eugenia, Borbonia, Bignonia, Cliffortia ; 5° tiré de celui de grands voyageurs, comme Banisteria, Lippia, Gundelia, Commersonia, Dombeya ; 6° tiré de celui des plus grands Botanistes, comme Gesneria, Columnea, Cesalpinia, Bauhinia, Morisonia, Tournefortia, Plumeria, Dillenia, Linnaea, Jussiea, Halleria, Adansonia, Jacquinia etc. Ce type d’appellation d’abord rarement admis par Tournefort, est devenu honorifique ; mais le nombre a cru à l’infini en raison de l’abus qu’en a fait Linnæus, à tel point que le prestige de telles appellations s’est logiquement avili et qu’on les accorde aujourd’hui à n’importe quel Botanophile.

    55 D’où il convient de supprimer Gloriosa, Mirabilis, Impatiens qui, en vérité, sont des adjectifs, ce qui les rend moins appropriés que des substantifs. Phil. Bot. n. 235.

    56 Tels qu’Ephemerum, Onagra, Elephas, Auricula, Sagitta, Bursa.

    57 Certains noms comparatifs ont une syllabe au début, tels Linagrostis, Pseudodictamnus, Chamecerasus etc., d’autres l’ont à la fin, tels Asteroïdes, Plantaginella, Myrtillus, Salicaria, Alsinastrum, Juncago, etc.

    58 Tels que Fumaria vesicaria, Fumaria bulbosa, Pyrola umbellata, Pyrola uniflora, Hordeum distichum, Hordeum hexasticum.

    59 Tels que Veronica arvensis, Eryngium maritimum, Circaea Lutetiana, Leucoïum Vernum, Iva annua, Lamium album, Mentha piperita, Viola odorata, Anchusa officinalis, Satureïa hortensis, Myagrum sativum, Pastinaca oleracea.

    60 [Ndt] Littéralement « raison d’exister ».

    61 [Ndt] Candolle définit la phytographie comme « l’art de décrire les plantes de la manière la plus utile aux progrès de la sciences » (Candolle 2013 : 19).

    62 Celui qui, quand il cite les Auteurs, omet des informations essentielles et utiles dont il a connaissance, leur nuit autant qu’à la science et à lui-même. Ainsi fauta Linnæus, Prince de la Botanique comme Tournefort, qui négligeant trop souvent la synonymie de ce dernier, et changeant ses dénominations, attira tous les regards sous prétexte d’égaler celui qu’il n’avait pu éclipser, tant il était jaloux de recueillir tous les lauriers !

    63 Linnæus appelle Orthodoxes les Auteurs qui établissent leur méthode sur la fructification : ils sont alors Fructistes, Calicistes, Corollistes, ou Sexualistes. [Il appelle] Hétérodoxes ceux qui rangent les Végétaux à partir d’un autre principe : Alphabétaires, s’ils se basent sur l’ordre alphabétique, Rhizotomes, sur la structure de la racine, Phyllophiles, sur la forme des feuilles, Physionomistes sur l’habitus, Chroniqueurs, sur l’époque de floraison, Topophiles, sur la localisation, Empiriques, sur l’usage médicinal, Pharmaciens, selon l’ordre des Pharmacopées. Phil. Bot. n. 25-31.

    64 [Ndt] Cette image est créée par Cesalpino pour qui la démarche botanique vise à ce que tous les types de plantes « puissent être rangés selon un certain ordre […] comme une grande armée dans son camp […] répartis en compagnie » (Cesalpino 1583 : 2). Elle est reprise par Tournefort dans ses Élémens de botanique, ou Méthode pour connoître les plantes.

    65 Linnæus en énumère quinze (Class. Plant.), arrangés suivant l’organe qui détermine principalement la méthode. C’est du fruit que Cesalpino a tiré ses caractères principaux en 1583, Morison en 1680, Ray en 1682, Christoph. Knaut en 1687, Hermann en 1690, Boerhaave en 1710 ; du calice, Magnol en 1720, Linnæus en 1737 ; de la corolle Rivinus en 1690, Tournefort en 1694, Christian Knaut en 1716, Ruppius en 1718, Pontedera en 1720, Ludwig en 1737 ; des étamines et du sexe des plantes, Linnæus en 1735. Chacun de ces systèmes sont décrits dans l’ouvrage mentionné ci-dessus, de manière à être aisément compris. Adanson mentionne les mêmes systèmes (Famil. Plant.), et en ajoute d’autres plus récents élaborés par Royen en 1740, Haller en 1742, Morandi en 1744, Seguier en 1745, Wachendorf en 1747, Heister en 1748, Gleditsch en 1749, Allioni en 1762 etc., auxquels il ajoute ses propres nombreuses sortes de distribution, certainement dans l’idée de prouver, et par l’exemple et par la règle, que l’on peut facilement en tirer de multiples arrangements arbitraires.

    66 [Ndt] Le Jardin royal des Plantes médicinales ou Jardin du roi.

    67 [Ndt] Divisé en six.

    68 [Ndt] Fendu en cinq jusque vers le milieu.

    69 [Ndt] Sans fleur.

    70 [Ndt] Sans fleur ni fruit.

    71 [Ndt] La classe des Flore carentes.

    72 [Ndt] Littéralement avec un œil armé, oculo armato. Voir le chapitre L’observation – « l’œil armé » pour une discussion de la question de l’observation chez les naturalistes du XVIIIe siècle.

    73 La partie principale de la Botanique concerne la connaissance correcte des plantes… Connaître les plantes n’est pas autre chose semble-t-il que d’avoir sous les yeux les noms qui leur sont correctement attribués. Tourn. Isagog. p. 1… La Botanique est la partie de la science naturelle dont les ressources permettent plus avantageusement et sans trop d’effort, de connaître les Plantes et de les garder en mémoire. Boerh. Hist. 16… La Botanique est la science naturelle qui transmet la connaissance des Végétaux. Linn. Phil. Bot. n. 4.

    74 Plus les Classes sont naturelles, mieux elles valent, toutes choses égales… Le travail actuel des plus grands Botanistes doit se pencher sur cette question et s’acharner à la résoudre. Ainsi la méthode naturelle est et sera l’ultime but des Botanistes. Linn. Phil. Bot. n. 206. La première et la dernière recherche en Botanique est la méthode naturelle. Cette dernière est regardée comme peu de choses par des Botanistes moins doctes, mais elle a toujours été fort estimée des plus savants, bien qu’elle ne soit pas encore découverte… J’ai moi-même longtemps travaillé à l’établir, j’ai obtenu quelques découvertes, je n’ai pu la terminer et je persévérerai tant que je vivrai. Linn. Class. pag. 485.

    75 [Ndt] Terminologie dérivée d’Aristote. Les « simples » signifient les groupes connus dont la légitimité est bien établie par les botanistes. Les « composés » sont les groupes complexes, pas encore connus, et que le botaniste va devoir former.

    76 La nature ne fait pas de sauts. Toutes les plantes se tiennent par des affinités, comme les Territoires sur une Carte de géographie. Linn. Phil. n. 77.

    77 Mais pour faire connaître tout le travail d’un si grand homme et le comparer à celui des autres, ces familles que nous avons rappelées seront rapportées ici à la fin de cette introduction, tels qu’il les présenta dans le jardin de Trianon et dans le catalogue élaboré de sa propre main.

    78 [Ndt] Les terres inconnues.

    79 [Ndt] Se dit d’un organe creux, plus ou moins arrondi et nettement resserré à son orifice.

    80 [Ndt] Dans la hiérarchie des caractères.

    81 [Ndt] Groupes de genres.

    82 Quelques Auteurs nient la constance de ce caractère, et arguent que les plantes dicotylédones sont parfois congénères des monocotylédones. Ainsi, le Melocactus unilobé est correctement associé au Cactus bilobé par Linnæus, et le Juncus bilobé aux Liliaceae unilobées par Adanson ; ce dernier fait de même voisiner l’Orobranche et la Pedicularis bilobée. Mais ces assertions doivent être confirmées par une observation répétée. Il me semble pour ma part que le Juncus, dont la feuille primaire est simple au moment de la germination, est entièrement unilobé, portant à son extrémité l’enveloppe persistante de la graine (voir plus bas Monocotyl. obs. p. 12), et embrassant le reste des jeunes feuilles dans sa base engainante. De même, la germination douteuse des Aroïdeae et de Cuscuta doit être reconnue, ainsi que celle de Ranunculus glacialis L., qui selon certains ne produit qu’une unique feuille séminale, et qu’il serait peut-être plus juste de considérer dans sa seconde année, lorsqu’elle est monophylle et apte à la procréation, plutôt que dans sa première, alors qu’elle est unilobée et en cours de germination.

    83 Il paraît que c’est ce caractère que Linnæus avait en vue lorsqu’il dit : « Que ceux qui veulent faire la clé de la méthode naturelle sachent qu’aucune considération générale n’est si essentielle que la situation des parties, notamment celle de la graine, et dans la graine celle de l’embryon, qui peut soit perforer longitudinalement la graine, l’envelopper de tous côtés, ou reposer à son côté ; il se trouve soit à l’extérieur des cotylédons, soit à l’intérieur ; soit à la base, contre la base, à son côté, ou au sommet de la graine ; la base de la graine est cette petite cicatrice à laquelle la graine fut fixée sur le péricarpe ou sur son propre réceptacle. Ainsi est bâtie la méthode du grand Cesalpino. » Linn. Class. plant. p. 487.

    84 [Ndt] Cette question avait déjà été soulevée par Jussieu dans son premier mémoire « Examen de la famille des Renoncules » (Jussieu 1777 : 222).

    85 Il existe une autre espèce d’insertion, quelquefois difficile à déterminer : quand les étamines sont fixées à l’endroit où le calice supérieur se sépare de l’ovaire inférieur, ou bien où le réceptacle de l’ovaire supérieur se sépare du calice inférieur, si bien qu’il est difficile de dire si elles sont épigynes ou périgynes, ou bien périgynes ou hypogynes. C’est comme si les étamines étaient portées sur un disque saillant, situé entre le support et le calice, qui parait une production de l’un ou de l’autre. Dans ce cas on se décide par analogie, d’après l’insertion des plantes congénères.

    86 [Ndt] « De plus » serait plus approprié.

    87 [Ndt] Cette phrase est très obscure. Jussieu semble dire que parfois les différentes insertions paraissent être réunies, mais que cela n’a pas vraiment d’importance.

    88 [Ndt] L’insertion des étamines ne peut donc jamais être médiate.

    89 [Ndt] Contrairement au travail de mise en ordre du vivant, la zoologie développe une préséance épistémologique sur la botanique dans la recherche des structures et des fonctions, ou plus précisément, la physiologie animale fournit un modèle d’intelligibilité à la physiologie végétale. Le principe d’analogie animal/végétal, rapporté à l’importance primordiale des organes considérés, constitue un élément essentiel du régime de preuve mis en œuvre par Jussieu.

    90 [Ndt] Notamment par Tournefort lui-même.

    91 [Ndt] La classification de Trianon ou la division secondaire proposée pp. xlviij-xlix, à savoir les Acotylédones, les Monocotylédones – épigyne, hypogyne ou périgyne – et les Dicotylédones – épigyne, hypogyne ou périgyne.

    92 Les filets des étamines sont distincts de la corolle polypétale, mais sont insérés sur la corolle monopétale, à l’exception des anthères bicornes. Vaillant l’a observé dans les Monopétales. Suite à la dissection de 2000 espèces, Pontedera a découvert que les fleurs monopétales portaient des étamines insérées sur la corolle, et que les fleurs polypétales [portaient les leurs] sur le réceptacle. Linn. Phil. Bot. n. 108.

    93 N’importe quelle insertion épipétale d’étamines, habituelle dans les Monopétales, inhabituelle dans les Polypétales, n’est peut-être rien d’autre qu’une réunion des bases des étamines et de la corolle, bases qui ne sont pas distinctes mais étroitement unies et se rejoignent en un même point d’insertion, au service de la même protection. D’où se confirme l’analogie de cette insertion avec les autres ; à l’inverse, cette triple insertion de la corolle qui porte les étamines [a des modes] très distincts.

    94 Les fleurs polypétales portent des étamines distinctes des pétales. De rares exceptions existent cependant : la Statice pentapetala a des filets qui se prolongent sur l’onglet des pétales… Les Lychnis attachent très souvent leurs étamines alternes aux onglets des pétales. Linn. Phil. Bot. n. 108… Les fleurs monopétales ont des étamines séparées de la corolle dans les Bicornes, Erica, Andromeda, etc., ibid, de même dans les Plumbagines et les Campanulaceae. Mais, comme indiqué plus loin, p. 92, 154. 163, il ne faut pas détruire, à cause de ce petit nombre d’exceptions, la concordance qui existe entre les plantes polypétales et l’insertion simplement immédiate.

    95 [Ndt] Se dit d’une plante qui a des fleurs unisexuées, mâles et femelles, portées par un même pied ou par des pieds différents.

    96 [Ndt] C’est-à-dire la position relative des étamines et du pistil.

    97 Un tableau en est fourni plus loin, p. lxxi. Cette méthode a été mise à jour pour la première fois en 1774 à l’École du Jardin royal de Paris, et ses principes ont été transcrits au même moment dans une publication académique (Act. Acad. Paris. 1774 p. 175), dans laquelle est exposée une série d’arguments semblable à ceux présentés ici. Cette méthode fut récemment légèrement amendée, cependant ses principes n’ont pas changé : si elle fut jadis distribuée selon quatorze classes, elle en compte à présent quinze avec l’ajout de la classe des Apétales aux étamines épigynes, que confirme la germination de l’embryon bilobé des Aristolochiae. En outre, certaines familles passent d’une classe à l’autre, grâce à une meilleure connaissance de l’insertion des étamines dans chacune d’elles ; certaines sont subdivisées grâce à un caractère suffisamment distinct ; de nouvelles sont entièrement constituées.

    98 En raison de l’absence de corolle et de la présence d’un ovaire supérieur ou inférieur, D. Jacquin ajouta une petite plante [de la famille] des Rubiaceae au Peplis (voir plus bas p. 333), suivi en cela par Linnæus, qui ailleurs ajouta au Nyctanthus un arbre congénère au Guettarda p. 207. Son fils dans son Supplementum réunit malencontreusement le nouveau Tabernaemontana p. 145 au Chiococca et Serissa au Lycium p. 209. Thunberg, dans la Flora Japonica, nomma Cornus un arbre doté d’un ovaire supérieur.

    99 Les plantes qui ont du rapport par le genre en ont également par les vertus ; celles qui font partie d’une famille naturelle se rapprochent également par leurs vertus etc. Linn. Phil. Bot. n. 337.

    100 Les feuilles des Gramineae constituent une bonne pâture pour le bétail et les chevaux ; les petites graines sont bonnes pour les oiseaux, les grosses pour les hommes … Les Umbelliferae, dans des lieux secs, sont aromatiques, échauffantes et stimulantes ; dans les lieux humides elles sont vénéneuses, etc. … Les Verticillatae (Labiatae) sont odorantes, nervines, résolutives et stimulantes etc. … Les Siliquosae (Cruciferae) sont aqueuses, âcres, incisives, abstergentes et diurétiques ; le dessèchement diminue leurs vertus … Les feuilles des Papilionaceae (Leguminosae) fournissent un fourrage pour les chevaux et le bétail, les graines sont propres à la nourriture de divers animaux ; elles sont farineuses et flatuleuses… La syngénésie des Compositae, d’usage courant dans la Médecine, est généralement amère. Ibid. n. 338. 342. 347. 348. 350. 351.

    101 Il associe dans les « Fragmenta » Commelina et Ixia, Dioscorea et Menispermum, Gentiana et Hypericum, Melianthum et Pinguicula, Lycium et Catesbaea, Convolvulus et Campanula, Gardenia et Vinca, Guettarda et Hippomane, Sideroxylum et Viburnum, Spigelia et Oldenlandia, Hesbenstretia et Scabiosa, etc.

    102 On dénombre 58 [familles] dans les « Fragmenta » de Linnæus, autant dans les Familles d’Adanson, 65 familles à Trianon, et tout récemment 100 à Paris. D. Lamarck les a disposées dans son Dict. Encycl. 2. p. 32, en fonction des lobes de l’embryon, de la nature de la corolle, polypétale, monopétale ou absente, de la situation des étamines et de leur organisation complète ou incomplète, simple ou entière. Sa distribution systématique mérite vraiment nos éloges [cette référence au travail de Lamarck est la seule du Genera Plantarum. Persuadé du bien-fondé de sa théorie, Antoine-Laurent de Jussieu n’ouvre pas de polémique avec le rédacteur du Dictionnaire de botanique de l’Encyclopédie méthodique qui ne reconnait pas le principe de subordination des caractères.]

    103 De même qu’une table complète commodément n’importe quel livre en présentant brièvement le plan de son contenu, de même, dans l’usage botanique, un ordre systématique ou une table méthodique est utile parce qu’elle présente une distribution facile des plantes dans laquelle se retrouvent aisément celles que l’on cherche. J’ai disposé arbitrairement, suivant le même type de méthode (infra p. 416), une suite de genres, dont la position est incertaine, jusqu’à ce que leurs véritables affinités soient connues. Notre intention était d’ajouter une [table] semblable à l’ouvrage tout entier, de manière à ce que les genres, dont la définition complétée par celle des familles, est trop difficile à comprendre pour les commençants, soient nommés avec certitude à l’aide de cet index d’un petit nombre de caractères forts : mais, dans l’urgence de la publication de cet ouvrage, le temps nous a manqué pour mettre au point cette table pourtant nécessaire, dont nous poursuivons continuellement l’élaboration afin qu’elle puisse servir en temps opportun, séparément ou en accompagnement d’une éventuelle nouvelle édition.

    104 Ce n’est pas en raison du nombre d’êtres à arranger, mais en raison du nombre d’organes à rechercher avec soin et à évaluer dans chacun d’eux, que la difficulté à établir les affinités et à achever les arrangements augmente : la science des Animaux et principalement des Quadrupèdes, semblable pour le reste, est donc plus difficile car, embrassant un grand nombre d’organes, elle exige un calcul souvent beaucoup plus long.

    105 [Ndt] Presque constants.

    106 [Ndt] Dès 1640, le doyen de la faculté de médecine de Paris, Guillaume Duval ( ?-1646), défenseur de la foi catholique, impose aux bacheliers cette épigraphe : « Deo optimo maximo uni et trino, virgini deiparoe et sancto Lucoe orthodoxorum médicorumpatrono » (Delage 1913 : 44).

    107 [Ndt] A la faculté de médecine, la thèse est qualifiée de quodlibétaire car les étudiants doivent répondre à une question quelconque par une réponse affirmative ou négative.

    108 [Ndt] Charles Jacques Louis Coquereau (1744-1796), médecin et homme de lettres, proche de la famille Jussieu. Coquereau a suivi les cours de botanique de Bernard et éditera en 1771, avec l’aide d’Antoine-Laurent la Bibliothèque physique de la France, à la suite de la mort prématurée de son auteur Louis-Antoine-Prosper Hérissant (1745-1769).

    109 [Ndt] Choix d’inspiration aristotélicien qui sélectionne les êtres les plus conformes à la nature.

    110 [Ndt] Jussieu reprend le terme de Grew qui, dans Anatomy of plants, décrit les insertions du parenchyme de l’écorce, traversant le corps ligneux et se réunissant au centre pour former la moelle (Grew 1675a).

    111 [Ndt] Récipient pour les liquides, mot employé particulièrement en sciences.

    112 [Ndt] Jussieu fait référence aux diverses expériences conduites dans les années 1720 par Stephen Hales et rapportées dans Vegetable staticks (Hales 1727). L’ouvrage est traduit par Buffon en 1735 sous le titre de Statique des végétaux (Hales 1735). Dans la première expérience, Hales sectionne une racine principale de poirier à environ 75 cm de profondeur et la relie de manière hermétique par un tuyau de verre à un récipient rempli d’eau. Il peut ainsi mesurer la quantité d’eau absorbée par la racine et mesurer la variation de pression dans le tuyau. Concernant l’expérience du pot de fer rempli de pois et d’eau, Hales ne dit pas que la dilatation des pois fait céder le récipient en fer mais qu’elle permet de soulever le couvercle sur lequel est posé une masse de 184 livres.

    113 [Ndt] La recherche d’analogies entre le monde végétal et le monde animal pousse les physiologistes à s’interroger sur la localisation de la fonction digestive chez les plantes. Pour certains Physiciens du végétal comme Duhamel du Monceau, les plantes ne possèdent pas de cavité digestive, les racines sont analogues aux veines lactées et la préparation de la sève s’effectue dans le sol. En revanche, pour d’autres tel que Nicolas Sarrabat de la Baisse, le principal estomac de la plante se situe à l’insertion de la tige sur la racine. C’est cette théorie que Jussieu réfute prenant parti pour Duhamel du Monceau.

    114 [Ndt] Hales compare le soleil au cœur des plantes.

    115 [Ndt] Helianthus annuus, Tournesol.

    116 [Ndt] Jussieu reprend ici la correction apportée par Saussure en 1762, dans ses Observations sur l’écorce des feuilles et des pétales. L’enveloppe de la feuille n’est pas une simple membrane, mais une véritable écorce possédant elle-même son épiderme.

    117 [Ndt] D. est l’abréviation de dominus et signifie maître Bonnet ou monsieur Bonnet.

    118 [Ndt] Jussieu fait référence à l’écorce de l’arbre où circule une grande partie de la sève suivant Duhamel du Monceau.

    119 [Ndt] De la Hire, tente de répondre à la question : par quel effet mécanique la sève est-elle toujours forcée de monter des racines au sommet de la plante ? Selon lui, et reprenant une idée de Malpighi, cette ascension est favorisée par la présence de valvules ligneuses dans les « tuyaux montans et descendans ».

    120 [Ndt] De produit colorant.

    121 [Ndt] Jussieu reprend à son compte les conclusions de Duhamel du Monceau concernant les erreurs méthodologiques de La Baisse.

    122 [Ndt] Un seul contre-exemple suffit à Jussieu pour infirmer une thèse, dans une attitude très « poppérienne » dont il ne se départira jamais. Il ne questionne ni ne remet en cause cette observation de 1709, rapportée par l’Académie des sciences, d’un Orme des Tuileries qui bien que dépouillé au printemps de son écorce avait vécu tout un été avant d’être arraché.

    123 [Ndt] C’est Malpighi qui le premier a associé cette observation à la trachée des insectes.

    124 [Ndt] Suivant les expériences de Hales.

    125 [Ndt] Pour Hales, l’air n’est pas seulement un principe nutritif, au même titre que le soufre, le sel volatil, l’eau et la terre ; par son élasticité il est également à l’origine du mouvement de la sève.

    126 [Ndt] Selon que les plantes sont hermaphrodites, monoïques ou dioïques.

    127 [Ndt] Jussieu fait référence à l’expérience de Duhamel du Montceau qui, après avoir enlevé des morceaux d’écorce, recouvre le cylindre ligneux d’une lame d’étain battu avant de remettre l’écorce dans sa position initiale. Il constate qu’au bout d’un certain temps, se forme entre l’étain et l’écorce des couches ligneuses, « aussi épaisses que si l’écorce avait été immédiatement appliquée sur le bois ».

    128 [Ndt] Par écussonnage.

    129 [Ndt] Jussieu reprend les termes d’Albrecht von Haller dans les Primae lineae physiologiae et les Elementa physiologiae corporis humani (Haller 1747, 1757). « Le Tissu cellulaire est composé en partie de fibrilles, et en partie d’un nombre infini de petites lames, qui par leur direction différente entrecoupent de petits espaces, forment de petites aires, unissent toutes les parties du corps humain et font la fonction d’un lien large et ferme, sans priver les parties de leur mobilité ». Traduction Pierre Tarin (Haller 1752).

    130 [Ndt] Jussieu fait référence ici à la théorie récente de Haller suivant laquelle la liqueur exhalante du fœtus, issue de la poitrine ou de l’abdomen, produit des filets et des lames. Cf. article « Fœtus » du Supplément à l’Encyclopédie (Haller 1777a).

    131 [Ndt] Par l’action des muscles et du liquide qui les étend.

    132 [Ndt] Tunicae : « Membranes propres » ou « gaines » suivant la traduction de Haller par Tarin.

    133 [Ndt] « Pour s’éloigner de la nature fluide, il suffit que la quantité des particules fluides diminuent, et que les éléments terreux s’attirent avec plus de force. » (Haller 1777a : 71) . Diderot dans les Eléments de physiologie synthétise : « les muscles figurent les os, donc antérieurs aux os » (Diderot 2004 : 186).

    134 [Ndt] Dans cette proposition, Jussieu veut signifier que, par action de la compression de l’air dans les poumons, le sang perd en épaississement car il est divisé en molécules plus petites, et se mêle intimement avec le chyle et la lymphe qui le renouvellent et le rendent plus fluide. A la question de savoir si l’air pénètre dans le sang lors de la respiration, question qui fait largement débat, Jussieu en suivant Haller, répond par la négative.

    135 [Ndt] Le sang est souvent qualifié de battu, fouetté, agité, pour décrire le sang enrichi en oxygène.

    136 [Ndt] Action par laquelle le chyle se convertit en sang.

    137 [Ndt] Jussieu emploie le terme cruor (du grec kréas viande) utilisé par Haller, pour signifier le sang cru, rouge, qui coule hors du corps, par opposition à sanguis, utilisé précédemment, le sang intérieur.

    138 [Ndt] La potasse.

    139 [Ndt] L’ammoniaque.

    140 [Ndt] Vincenzo Menghini (1704-1759), médecin et chimiste italien, a découvert vers 1745 la présence de fer dans le sang en réduisant expérimentalement du sang en cendres, puis en utilisant la lame aimantée d’un couteau pour en extraire les particules de fer. Haller admettait la présence de fer dans le sang.

    141 [Ndt] Selon la doctrine de Stahl, développée par Rouelle, le phlogistique est associé au feu. Le feu ou la chaleur est l’instrument des réactions chimiques, le phlogistique en tant qu’élément explique la combustion (un corps qui brûle libère du phlogistique).

    142 [Ndt] Leeuwenhoek avait observé que les globules rouges étaient formés de six globules blancs (ou jaunes). Haller et d’autres observateurs « modernes » démontrent l’erreur de Leeuwenhoek : il n’existe que des globules rouges, et c’est le fer qui donne leur couleur aux globules. Cf article « Sang » du Supplément à l’Encyclopédie rédigé par Haller (Haller 1777b : 723).

    143 [Ndt] Selon la classification de Haller (Haller 1747 : 63-64).

    144 [Ndt] Jussieu reprend la théorie proposée par l’anatomiste hollandais Frederik Ruysch (1638-1731).

    145 [Ndt] L’épiploon ou omentum est le nom donné à deux replis du péritoine, membrane qui tapisse les parois de l’abdomen et enveloppe les viscères abdominaux.

    146 [Ndt] Les poils sont peut-être les seuls éléments communs visibles entre les végétaux et les animaux ; il est naturel que Jussieu s’y intéresse particulièrement, notamment dans cette thèse qui recherche les analogies. Il en conclut toutefois qu’ils sont de structure et de composition différentes.

    147 [Ndt] Au XVIIIème siècle, deux doctrines s’opposent quant à la nature du cerveau. La première, proposée par Malpighi défend une conception folliculaire du cerveau, considéré en quelque sorte comme un viscère. Ruysch de son côté soutient que le cerveau possède une texture vasculaire ; le cerveau est en conséquence le lieu unique du sensorium commune, selon la formulation aristotélicienne. Jussieu écrit sentationum sedes, le siège des sensations, prenant parti pour la seconde hypothèse. Il s’oppose ainsi à Buffon pour qui le cerveau ne serait pas le lieu des sensations.

    148 [Ndt] Spiritus animales : il s’agit selon Descartes, des particules matérielles produites dans le sang et qui en constituent la partie la plus subtile (Jussieu évoque précédemment l’esprit subtil du sang). Les esprits animaux circulent dans les nerfs, agissent sur les muscles, et déterminent le mouvement ; la sensation est un mouvement de ces esprits.

    149 [Ndt] Ainsi Jussieu présente les deux capacités de l’organisme, irritabilité et sensibilité, telles que définies par Haller. L’irritabilité exprime une certaine faculté de l’organisme à réagir à une stimulation extérieure et peut être assimilée à l’excitabilité. Toutefois, l’organisme présente également des parties sensibles à travers lesquelles l’esprit (Haller dit l’âme) entre en contact avec le monde extérieur.

    150 [Ndt] Les ovaires sont également nommés testicules féminins.

    151 [Ndt] Jussieu suit Haller très précisément.

    152 [Ndt] Les molécules organiques sont à la base de la théorie de la vie de Buffon qui conteste l’animalité des vers spermatiques.

    153 [Ndt] Selon la théorie de la génération de Maupertuis. (NDT)

    154 [Ndt] Selon la théorie de la génération de Buffon.

    155 [Ndt] A l’opposé des thèses épigénétiques de Maupertuis et de Buffon, Bonnet, qui a découvert la parthénogénèse et Haller (progressivement) défendent une conception oviste de la génération. Prenant comme hypothèse de départ la préexistence des germes contenue dans l’œuf, elle ne fait jouer à la semence mâle qu’un rôle d’activateur et de nutrition.

    156 [Ndt] Haller contrairement à Boehmer et Onymos soutient l’idée selon laquelle l’enfant culbute dans la matrice.

    157 [Ndt] Le ténesme est une contracture douloureuse souvent accompagnée d’une sensation de brûlure au niveau de l’anus.

    158 [Ndt] Les lochies sont composées de caillots de sang, de débris de membrane placentaire et des suintements des plaies du vagin et du col de l’utérus.

    159 [Ndt] Référence aux différentes voies postulées par Haller mais non identifiées qui permettent « au suc nourricier » de passer de la mère au fœtus par le nombril.

    160 [Ndt] Théorie hallérienne par excellence.

    161 [Ndt] Jussieu ne reprend que partiellement la théorie de la conception des fibres développée par Haller. En particulier, il ne considère pas que cette humeur visqueuse, élément fluide de la fibre, que le médecin naturaliste suisse dénomme gluten, soit la cause de son adhésion.

    162 [Ndt] Toutes les parties du corps sont composée d’un mélange d’éléments terrestres et de gluten. C’est la différence de proportion qui donne à ces parties leur caractère dur ou mou. En vieillissant le gluten devient plus sec et plus terreux.

    163 [Ndt] Jussieu apporte l’explication de son refus partiel de la théorie du gluten d’Haller. Pour Duhamel du Monceau, c’est le tissu cellulaire qui apporte la cohésion aux faisceaux de fibres (La physique des arbres p. 20). Or il ne peut y avoir qu’une seule explication à ce mécanisme commun aux animaux et aux végétaux et dans la hiérarchie épistémologique du jeune botaniste, et probablement de son oncle, Duhamel du Monceau prime sur Haller.

    164 [Ndt] Il s’agit de la dénomination de Malpighi ; le tissu utriculaire correspond au parenchyme décrit par Grew.

    165 [Ndt] Jussieu propose une vision mécaniste de l’économie animale et végétale qui permet d’expliquer et de rendre compte de cet enchaînement des fonctions ; même si ces fonctions physiologiques animales sont « embrouillées », il ne les conçoit pas encore en termes d’interdépendance et d’interaction, conception centrale de sa pensée vitaliste future.

    166 [Ndt] Ce que l’Abbé Rozier nommera humus dans son Cours complet d’agriculture (1781).

    167 [Ndt] Cette conception du mélange de la sève montante et du suc contenu dans les feuilles pour former l’élément nutritif analogue au sang a été élaborée par Malpighi.

    168 [Ndt] Euphorbia.

    169 [Ndt] Selon la dénomination de Linné.

    170 [Ndt] Triumfetta, genre de plante tropicale de la famille des Malvaceae.

    171 [Ndt] Hibiscus, famille des Malvaceae.

    172 [Ndt] Dans ce développement, Jussieu reprend les éléments du septième Système d’Adanson, Sucs, Résines et Sels, Famille des Plantes, p. ccxxix.

    173 [Ndt] Marasme est un terme médical qui signifie « un desséchement général et un amaigrissement extrême de tout le corps ; c’est la dernière période de la maigreur, de l’atrophie et de la consomption » (Encyclopédie, volume 10, p. 68).

    174 [Ndt] Pour la faire blanchir et lui retirer son amertume. La perte d’amertume et d’odeur forte est expliquée par l’absence de grande transpiration lorsque la plante est enterrée. Cf. Rozier, Cours complet d’agriculture, tome 8, p. 236.

    175 [Ndt] Rerum nonnaturalium : hygiène. Référence au traité particulier d’hygiène d’Avicenne, de Correctione sex rerum non naturalium. Ces six éléments sont l’air ambiant, le repos et l’exercice, la nourriture et la boisson, le sommeil et la veille, les évacuations (du corps) et les humeurs (qui ne doivent pas être évacuées), les affections de l’âme.

    176 [Ndt] L’emploi par Jussieu du terme ambigu humor démontre toutes les interrogations des physiciens du végétal quant au rôle des feuilles. Absorbent-elles la rosée, l’humidité de l’air, comme l’explique Bonnet, ou reçoivent-elles, comme les poumons, l’air de l’atmosphère ainsi que l’affirme Duhamel à la suite de Grew ?

    177 [Ndt] S’il y a une sève ascendante et une humeur descendante et que la sève ascendante ne suit pas un circuit comme indiqué précédemment, il existe forcément une seconde voie pour la sève descendante. Mais Jussieu est prudent, ni Bonnet ni Duhamel n’ont osé affirmer l’existence de ces deux voies distinctes de circulation.

    178 [Ndt] Selon les thèses de Hales.

    179 [Ndt] Ou celles de Bonnet.

    180 [Ndt] Aura seminalis. Après les interrogations précédentes sur les mécanismes de fécondation, Jussieu prend ouvertement parti pour la théorie oviste et reprend avec Vaillant et Haller l’explication de l’aura seminalis élaborée par Fabrice d’Acquapendente (1537-1619), De formatione ovi et pulli, 1621 et confirmée par son élève William Harvey (1578-1657).

    181 [Ndt] Vis vitae. Par l’usage du terme « force vitale », Jussieu ne fait pas [encore] une profession de foi vitaliste mais renvoie plutôt à la notion d’irritabilité développée par Haller, qui correspond à une propriété du gluten de la fibre musculaire, sujet d’ailleurs développé dans la phrase suivante.

    182 [Ndt] C’est en 1679 que Papin invente sa machine nommée « Digesteur » ou marmite autoclave. Elle est constituée d’un épais et étroit cylindre de fonte scellé par un couvercle et protégé par une soupape, permettant une importante montée en pression (entre 8 et 20 bars). Grâce à cette machine il obtient notamment de la gélatine à partir d’os soumis à une forte pression et portés, en présence d’eau, à une température de 120-130°C.

    183 [Ndt] Jussieu fait ici un jeu de mot avec revolvuntur, qui signifie également relire, feuilleter un livre, le dérouler.

    184 [Ndt] Duhamel a coloré en rouge les os d’une poule en incorporant de la garance (Rubia tinctorum) à sa nourriture.

    185 [Ndt] Jussieu ne tranche pas dans la controverse qui oppose Duhamel et Haller, suivi par Bonnet, concernant les causes de la formation des os. Le premier soutient que l’os n’est que le périoste ossifié, alors que le second soutient que l’os se solidifie par évaporation du gluten.

    186 [Ndt] « M. Dubois en 1742, soutint en thèse de médecine, et dont il démontra la possibilité par l’expérience, que l’on pouvoit allonger les nez trop courts, avec des morceaux de chair enlevés au bras ». François Rozier, Cours d’Agriculture, tome I, 1781.

    187 [Ndt] En d’autres termes, cette expérience fournit un exemple de véritable greffe.

    188 [Ndt] Lupia : tumeur enkystée.

    189 [Ndt] Exostosis : tumeur formée par une production anormale de substance osseuse.

    190 [Ndt] Scyrrus : tumeur dure.

    191 [Ndt] Ce terme s’appliquait par exemple aux abeilles ouvrières qui étaient considérées sans sexe.

    192 [Ndt] Suivant Stahl et Haller.

    193 [Ndt] Les plantes utriculeuses pénètrent les interstices utriculeux de l’écorce comme le gui par exemple.

    194 [Ndt] Jussieu, reprenant Tournefort, utilise le terme ancien de folium (feuille car les pétales sont considérés comme les feuilles des fleurs), plutôt que le terme moderne de petalum.

    195 [Ndt] Autre nom du Tournesol.

    196 [Ndt] Sur l’échelle des êtres.

    197 [Ndt] Traduction de l’acronyme A.R.S.H., Anno Reparatae Salutis Humanae.

    Notes de fin

    (a) Malpighi, Anatomie des plantes p. 3. t. 3. t. 7.

    (b) Cinquante fois plus fin qu’un crin de cheval. Grew. Anatomie des troncs eph. nat. cur. 1678. 1679, p. 141.fois plus fin qu’un crin de cheval. Grew. Anatomie des troncs eph. nat. cur. 1678. 1679, p. 141.

    (c) Hales, Statique des végétaux, p. 73. f. 10.

    (d) Ibid. p. 87. et 181 f. 37

    (e) L’influence de la chaleur est prouvée par les Arbres qui fleurissent dans les intérieurs chauffés, pendant que l’hiver sévit.

    (f) Hales, Statique des végétaux, p. 41.

    (g) Le suc de la vigne monte jusqu’à 40 pieds dans le conduit adapté une fois le rameau coupé, voyez Hales, Statique des végétaux, 93. f. 17 et suivant.

    (h) Hales, Stat. vég. P. 3. 1. I.

    (i) Bonnet Rech. sur l’usage des feuilles, 2e. mém. P. 77, t. 3. et suiv.

    (k) Ibid. Ier. mém. P. 4. T. 2. F. I et suiv.

    (l) Duhamel, phys. des arb. 2. p. 103 tab. 14, f. 129.

    (m) Hales, st. vég. P. 84. F. 14.

    (n) Ibid. p. 80. F. 12.

    (o) Ibid. p. 115. F. 4.

    (p) Ib. P. 126.

    (q) Dodart, Hist. de l’Acad. des sc. de Paris, 1709. p. 44.

    (r) Duh. Phys. des arb. 2 p. 115. t. 15. f. 143. et suiv.

    (s) Hal. St. Vég. 114. f. 23.

    (t) Hist. De l’Ac. des Sc. t. 2, 1693. P 154.

    (u) Phys. des arb. 2. p. 230.

    (v) Rech. sur l’us. des feuilles, 5e. mém. 226.

    (x) Dissert. sur la circulation de la sève.

    (y) L’esprit de vin camphré. L’eau de fleurs d’oranger. La décoction de fleurs de sureau. Voyez Hales, Stat. végét. p. 37. f. 6.

    (z) Hist. de l’Ac. des Sc. 1709 p. 50.

    (E) Grew. Théorie des végét. troncs, eph. cité ci-dessus, p. 260.

    (a) Ib. p. 257.

    (b) Voyez la thèse de notre illustre Maître 1769. L’air contribue-t-il à la solidité des parties du corps humain ?

    (c) Duhamel, phys. des. arb. 2. p. 5, c. 9. f. 72.

    (d) Ib. 2. p. 44. t. 8. f. 68.

    (e) Ib. 2. p. 37. t. 5, f. 45 et suivants.

    (f) Ib. 2. p. 42. t. 7. f. 67 et suivants.

    (g) Duhamel, phys. des. arb. 2. p. 32. t. 3. f. 33.

    (h) Anat. compar. des rac. eph. n. 1678. 1679. p. 242.

    (i) D’où vient que la moelle est souvent dans les plus jeunes [insertions], et qu’il n’y en a pas ou très peu dans les plus vieilles.

    (k) Dans la Rose, la Rue et la plupart des épineux, ce sont des éléments de l’écorce ; elles adhèrent rarement au bois comme dans les Berbéris, les Gleditsia, etc.

    (l) Analogie tirée des plantes, cet effluve odorant n’est pas attribué sans raison à la sécrétion glanduleuse dans chacun.

    (m) Hal. statiq. vég. p. 85. f. 15. I id. p. 96.

    (n) C’est pourquoi on taille les frondaisons d’un arbre déplacé, afin qu’il ne transpire pas plus que ce qu’il peut recevoir de sa racine.

    (o) Certaines figures de poussières sont visibles dans Mém. Acad. de Par. 1711. p. 234.

    (p) Démonstration des secrets de la nature, p. 306.

    (q) De Julien, Mém. Acad. de Par. 1739 p. 246. Needham, nouv. découv. microsp. p. 67.

    (I) Alors que l’œuf est contenu dans le péricarpe des Plantes, c’est seulement au moment de la conception qu’il descend dans la matrice de la femme ; à moins que l’on admette que des œufs sont dès l’origine implantés dans les parois de la matrice, qui, correctement fécondés forment un fœtus, mal fécondés forment une masse ou un germe bâtard, en enflant sous l’effet de la seule chaleur forment des hydatides gonflés de sérum tels qu’en émettent souvent les vierges. L’analogie en serait plus grande, la conception s’expliquerait plus aisément. Mais il serait utile d’arrêter [l’idée] des rudiments d’œufs préalablement [implantés] dans la matrice, et d’attaquer le système des ovaires, défendu par des forces lourdes, étayé par des arguments valides, par des [arguments] encore plus certains. Tel est l’ouvrage, tel est le labeur. Le labeur viendra-t-il à bout de tout cela ?

    (r) Le péricarpe est un pistil fécondé, ou des fruits dont le calice assume souvent les fonctions.

    (s) Haller, pr. lia. physiol. ed. 3. p. 4. n. 13. & p. 419. n. 903.

    (t) Ibid. p. 414. n. 919.

    (u) Duhamel, Mém. Acad. Sc. Paris. 1739. p. I. 1743. p. 87.

    (a) Duhamel, Phys. des arb. 2. p. 54. t. 9. f. 76. et suiv.

    (b) Voyez Thèse M. Dubois D. M. p. 1742. peut-on réparer les courtes narines à partir du bras ?

    (c) Duhamel, Mém. Acad. Sc. Paris. 1746. pag. 319. t. 19.

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    1 Le terme apparait pour la première fois en 1780 (Rey 1995 I : 431).

    2 Les trois médecins de la Société Royale de Médecine sont Dieudonné Jeanroy (1743-1816), Étienne Louis Geoffroy (1725-1810) et Jean-Noël Hallé (1754-1822), et les botanistes de l’Académie des sciences Lamarck, René Louiche Desfontaines (1750-1833) et Auguste Denis Fougeroux de Bondaroy (1732-1789) (Jussieu 1789 : 5-11, 12-24).

    3 Ainsi, la gentiane jaune (Gentiana lutea en nomenclature linnéenne) était désignée au début du xviiie siècle sous trois vocables différents, Gentiana corollis quinquefidis rotatis verticillatatis, calcybus spathaceis – Gentiana floribus lateralibus confertis pedunculatis, corollis rotatis – Gentiana major lutea (Linné 1753 I : 227).

    4 Tournefort décède à 53 ans, le 28 décembre 1708, des suites d’un accident de la voie publique, où il a été serré contre un mur par l’essieu d’une charrette.

    5 Le Fundamenta botanica de 1736 servira de base au Philosophia botanica, publié en 1751, qui en est une version étendue et commentée.

    6 [Ndt] Ile de Bouro (Indonésie).

    7 [Ndt] Jussieu a écrit « Historiae Naturalis Museum ». Cabinet est la traduction courante de museum au xviiie siècle. Lorsque les savants attachés au Jardin du roi élaborent en 1790 leur projet de réforme de l’institution et l’adressent à l’Assemblée nationale, ils se nomment collectivement « Officiers du Jardin des plantes et du Cabinet d’Histoire naturelle ». Le Muséum d’Histoire Naturelle est créé par décret de la Convention le 10 juin 1793.

    8 [Ndt] En référence aux noms vernaculaires repris par Fusée-Aublet.

    9 [Ndt] Probablement une allusion à Buffon.

    10 [Ndt] L’intussusception. Terme souvent utilisé par Buffon qui décrit le mode de croissance des êtres vivants : les substances incorporées à l’organisme ne le sont pas par simple juxtaposition, comme pour les cristaux, mais par imbibition de la matière organique déjà présente, qui incorpore les nouveaux éléments en son sein. Conception de la physiologie de la nutrition reprise par Haller et Vicq d’Azyr.

    11 Cette brève ébauche de la structure végétale est partiellement tirée de notre ancienne thèse soutenue devant la faculté de médecine de Paris en 1771 et intitulée An Œconomiam Animalem inter Vegetalem analogia ?

    12 [Ndt] Sixième classe du règne animal selon Linné, qui comprenait tous les êtres encore mal connus : les vers intestinaux, les mollusques nus, les mollusques à coquille, les coraux, éponges et anémones de mer.

    13 [Ndt] En 1773, Jussieu avait déjà fait remarquer, dans son mémoire sur l’Examen de la Famille des Renoncules, qu’il n’existait pas de définition correcte du calice et de la corolle, souvent confondus. Lamarck dans sa Flore Françoise s’était plaint que la corolle soit « une partie très mal déterminée ». Jussieu normalise enfin la définition de la corolle, à la grande satisfaction des botanistes.

    14 [Ndt] Selon que les fleurs sont hermaphrodites, monoïques ou dioïques.

    15 [Ndt] Aura seminalis. Comme dans sa thèse de médecine, Jussieu maintient la théorie d’Acquapendente et de Harvey de l’esprit séminal, reprise au XVIIIe siècle par Vaillant et Haller notamment. Il ne tient pas compte des derniers travaux de Spallanzani qui détruit cette théorie avec ses expériences sur le sperme de crapaud dont la traduction française par Senebier parait en 1785, Expériences pour servir à l’histoire de la génération des animaux et des plantes. Bonnet qui travaille étroitement avec Spallanzani a confirmé ces résultats : « c’est la liqueur séminale elle-même qui pénètre le Germe ; et non la simple odeur de cette liqueur, l’aura seminalis, comme l’avoient cru de grands Physiologistes, et en particulier l’illustre Haller. La fécondation artificielle a démontré rigoureusement à Mr. Spallanzani, que l’odeur la plus concentrée du sperme est dans l’impuissance absolue de féconder le Germe. » (Bonnet 1781 : 283).

    16 [Ndt] Le placenta.

    17 [Ndt] L’embryon.

    18 [Ndt] Jussieu explicite la nature correcte du bulbe.

    19 [Ndt] Ici Jussieu fait une distinction claire entre un aiguillon provenant des tissus superficiels d’un organe et une épine qui fait corps avec un organe.

    20 [Ndt] Le terme actuel est pédalé.

    21 [Ndt] Sur la tige.

    22 [Ndt] Araceae.

    23 À ceux-là, Linnæus ajoute celui de Nectaire pour désigner les parties des fleurs parfois voisines des organes susdits et très diverses dans leur structure, à savoir les glandes, les soies, les squamules, les appendices, les tubercules, les fossettes, les sillons, les rejets [propagules] éperonnés et cornus, etc. On doit rejeter de la science botanique ce nom trop vague, propre à rendre confus les descriptions et les caractères, rebaptiser plutôt en fonction de chacun de leurs organes les parties désignées comme nectaires, et les appeler désormais uniquement par leur propre nom.

    24 Le calice n’est pas le pistil, comme l’affirme Tournefort, et ne lui est pas non plus vraiment supérieur, comme le dit Linnæus, mais il le recouvre entièrement dans sa partie inférieure en même temps qu’il croît (voir Act. Paris. 1773, p. 223). Cependant, on admet ici le terme de Linnæus, agréé par les Botanistes, sa définition seule ayant été changée.

    25 [Ndt] En nombre déterminé ou indéterminé.

    26 [Ndt] En longueur.

    27 L’enveloppe de la fleur, tant qu’elle est unique, est appelée calice par certains, corolle par d’autres, suivant une loi arbitraire. Tournefort, lui-même hésitant, ne résout pas le problème dans son Isagoge p. 72, appelant la même partie corolle dans la Tulipe et la Jacinthe, calice dans le Narcisse et l’Iris. Il estime cependant qu’on doit la tenir pour un calice lorsqu’elle se trouve être l’enveloppe propre de la graine, ou pour des pétales lorsqu’elle se flétrit et tombe, qu’elle ait une durée brève ou plus longue. Linnæus, tout aussi ambigu, tantôt admet le calice de l’Hellébore comme une corolle, et ses pétales, tout à fait voisins des pétales des Ranunculaceae, comme des nectaires, tantôt affirme que le même organe est une corolle dans les Rheum et un calice dans les Rumex, en dépit de leur degré d’affinité. D’autres ne furent pas plus heureux dans la définition de la corolle. Pourtant, si l’on évalue attentivement son origine, sa grande parenté avec les étamines, sa fonction, son déclin facile après la fécondation et son aspect plus ordinaire dans la plupart des fleurs, alors on définirait comme corolle cette enveloppe de la fleur qui, recouverte par le calice ou très rarement nue, est une continuité du liber du pédoncule et non de son épiderme ; non persistante mais tombant ordinairement avec les étamines, elle entoure ou couronne le pistil, mais ne fait jamais corps avec lui, et présente le plus souvent ses divisions disposées alternativement avec les étamines lorsqu’elles sont en nombre égal. Ces caractères, considérés ensemble, distinguent plus certainement la corolle, qui de ce fait est décidée pour les fleurs ambiguës par analogie avec les fleurs de même nature. Le périanthe nu du Narcisse, adné à l’ovaire et n’alternant pas ses lobes avec les étamines, constitue donc véritablement un calice, comme le montre Tournefort lui-même, et par conséquent, il est certain qu’il en est de même pour la Jacinthe et pour toutes les autres Liliaceae les plus proches du Narcisse.

    28 [Ndt] L’esprit vital, l’esprit séminal.

    29 [Ndt] Des espèces.

    30 [Ndt] C’est ce que présentera Goethe en 1790 dans son Essai sur la métamorphose des plantes dans lequel il reconnaît, entre autres, une homologie entre les feuilles et les parties florales.

    31 [Ndt] Couverte de pointes.

    32 [Ndt] Une noix.

    33 [Ndt] Anacardium.

    34 Un très petit nombre de plantes, dont les graines sont dotées de deux lobes multipartites, palmés et imitant un verticille, sont en outre dites Polycotylédones, ce qui est incorrect, comme on l’observe plus bas dans les Pinus, classe 15, famille 5, p. 411-415 [Référence au corps du texte du Genera Plantarum].

    35 [Ndt] La polyembryonie est un caractère courant dans les Citrus.

    36 [Ndt] Distinct des enveloppes et de l’embryon.

    37 [Ndt] Jussieu reprend ici l’idée de John Ray (1623-1705) selon laquelle les herbes n’ont pas de bourgeons.

    38 [Ndt] Linné a dressé une table des heures auxquelles s’ouvrent, s’épanouissent et se referment les principales fleurs à Uppsala, qu’il a nommé « horloge de Flore ».

    39 [Ndt] C’est Conrad Gessner (1516-1565) qui le premier établit le concept d’un élément variable, differentia, qui pourrait caractériser les plantes.

    40 [Ndt] Apparence générale ou port d’un végétal.

    41 [Ndt] Du premier de leur espèce [primigenio] – le type spécifique.

    42 [Ndt] Jussieu affirme sa conception essentialiste de l’espèce, seul produit de la nature.

    43 [Ndt] Cette analogie avec un faisceau, fasciculus, pour désigner un regroupement de taxons a été utilisée par Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708).

    44 [Ndt] En 1694, Tournefort publie ses Éléments de Botanique ou méthode pour connoître les plantes. Il traduit le livre sous le titre de Institutiones rei herbariae (1700), auquel il rajoute l’Isagoge in rem herbariam (Introduction à la botanique). Dans ce texte Tournefort expose à la fois une histoire de la botanique et une description de sa propre méthode.

    45 [Ndt] Au sens de classification.

    46 [Ndt] Désignation de certains genres.

    47 [Ndt] Par exemple Gaspard Bauhin (1560-1624) dans son ouvrage Pinax theatri botanici (1623) établit une synonymie : pour chaque plante décrite, il indique les références des anciennes descriptions et figures, et précise les noms déjà attribués.

    48 Les éléments étrangers dans la fleur, reçus par les étamines comme par des vaisseaux excréteurs, sont déposés sur les pointes (anthères) comme sur des organes digestifs. Tournef. Isag. p. 68. 70. Ailleurs, pourtant, Tournefort pressent quasiment le sexe des plantes, lorsqu’il déclare au sujet des plantes dioïques : Est-ce que ces corpuscules qui s’échappent des fleurs sont transportés sur les fruits délicats naissant au loin, pour les exciter à leur propre croissance comme au sortir de leur torpeur ? Ainsi … on affirme … au sujet des Palmiers mâles et femelles que le rameau de la fleur mâle est inséré sur une spathe femelle durant tout le temps où la spathe est ouverte ; la fleur mâle épanouie répand une poudre sans laquelle les dattes deviennent âpres et de goût désagréable. Ibid. p. 69.

    49 Celui-ci, estimant néanmoins que la nomenclature doit être amendée, affirme dans son Isag. pag. 63-64 : Certains noms sont comme des définitions, dont le premier mot est le genre, le reste exprime differentiae… Les noms doivent être brefs… beaucoup de noms plus prolixes peuvent à peine s’énoncer sans reprendre son souffle… C’est une chose de nommer une plante, mais une autre de la décrire.

    50 Ainsi, tantôt il rejette officiellement le vocabulaire non tiré de source grecque ou latine, tantôt il l’accepte plus facilement. De même, excluant les noms vernaculaires, bien qu’ils ne sentent pas le barbare, puisqu’ils sont acceptés depuis l’Antiquité et issus du latin, il supprime Adhatoda, Calaba, Ceïba, Guazuma, Isora, Ketmia, Mançanilla [Hippomane], Guanabana, Guaïava, Papaya, Sapota, Tapia [Crateva] etc. auxquels, se détournant d’ailleurs du principe qu’il avait édicté et recourant à d’autres sources, il substitue Mammea, Basella, Yucca, Hura, Tulipa, Curcuma, Genipa, etc.

    51 Celui qui établit un genre nouveau est tenu de lui donner un nom et un nom générique digne, et il n’est pas permis d’en changer, quoiqu’un autre convînt mieux. Cette loi a été édictée par Linnæus Phil. Bot. n. 218. 243, et approuvée par l’ensemble des Botanistes. Cependant, le législateur lui-même enfreignit souvent sa loi, et d’autres l’ont fait à sa suite. En effet, Il n’y a aucune raison manifeste de substituer des noms nouveaux ou plus anciens à tous ceux que Tournefort a donnés et consacrés, tels que Abutilon, Acacia, Balsamina, Buglossum, Brunella, Bugula, Caprifolium, Casia, Cassida, Cataria, Elychrysum, Lappa, Mandragora, Pimpinella, Rapuntium, Sphondylium, Stramonium, Syringa, Tamariscus, Tamnus, Terebinthus, Thymelea etc. La restitution de certains de leurs emplois vulgaires a paru opportune mais doit cependant être menée avec parcimonie, afin de ne pas transmettre au censeur lui-même la tache du délit.

    52 Tels que Corona Solis, Virga aurea, Dens Leonis, Lingua cervina, Lauro-cerasus, Corallodendron.

    53 Tels que Hypophyllocarpodendron, Stachyarpagophora, Jabotapita. Nous empruntons à présent à Aublet et à d’autres des noms similaires qui sont trop rudes et qui devront par la suite être allégés, pourvu qu’ils résultent de la constitution certaine de ces genres.

    54 Étant donné que le nom générique ne signifie pas nécessairement quelque chose, il peut être arbitrairement 1° poétique, comme Adonis, Narcissus, Hyacinthus, Amaryllis, Circaea ; 2° divin ou royal, comme Serapias, Atropa, Mercurialis, Lysimachia, Artemisia, Helenium ; 3° tiré de celui d’inventeurs ou de découvreurs, comme Nicotiana, Cinchona, Sarracenia ; 4° tiré de celui de protecteurs des Botanistes, comme Eugenia, Borbonia, Bignonia, Cliffortia ; 5° tiré de celui de grands voyageurs, comme Banisteria, Lippia, Gundelia, Commersonia, Dombeya ; 6° tiré de celui des plus grands Botanistes, comme Gesneria, Columnea, Cesalpinia, Bauhinia, Morisonia, Tournefortia, Plumeria, Dillenia, Linnaea, Jussiea, Halleria, Adansonia, Jacquinia etc. Ce type d’appellation d’abord rarement admis par Tournefort, est devenu honorifique ; mais le nombre a cru à l’infini en raison de l’abus qu’en a fait Linnæus, à tel point que le prestige de telles appellations s’est logiquement avili et qu’on les accorde aujourd’hui à n’importe quel Botanophile.

    55 D’où il convient de supprimer Gloriosa, Mirabilis, Impatiens qui, en vérité, sont des adjectifs, ce qui les rend moins appropriés que des substantifs. Phil. Bot. n. 235.

    56 Tels qu’Ephemerum, Onagra, Elephas, Auricula, Sagitta, Bursa.

    57 Certains noms comparatifs ont une syllabe au début, tels Linagrostis, Pseudodictamnus, Chamecerasus etc., d’autres l’ont à la fin, tels Asteroïdes, Plantaginella, Myrtillus, Salicaria, Alsinastrum, Juncago, etc.

    58 Tels que Fumaria vesicaria, Fumaria bulbosa, Pyrola umbellata, Pyrola uniflora, Hordeum distichum, Hordeum hexasticum.

    59 Tels que Veronica arvensis, Eryngium maritimum, Circaea Lutetiana, Leucoïum Vernum, Iva annua, Lamium album, Mentha piperita, Viola odorata, Anchusa officinalis, Satureïa hortensis, Myagrum sativum, Pastinaca oleracea.

    60 [Ndt] Littéralement « raison d’exister ».

    61 [Ndt] Candolle définit la phytographie comme « l’art de décrire les plantes de la manière la plus utile aux progrès de la sciences » (Candolle 2013 : 19).

    62 Celui qui, quand il cite les Auteurs, omet des informations essentielles et utiles dont il a connaissance, leur nuit autant qu’à la science et à lui-même. Ainsi fauta Linnæus, Prince de la Botanique comme Tournefort, qui négligeant trop souvent la synonymie de ce dernier, et changeant ses dénominations, attira tous les regards sous prétexte d’égaler celui qu’il n’avait pu éclipser, tant il était jaloux de recueillir tous les lauriers !

    63 Linnæus appelle Orthodoxes les Auteurs qui établissent leur méthode sur la fructification : ils sont alors Fructistes, Calicistes, Corollistes, ou Sexualistes. [Il appelle] Hétérodoxes ceux qui rangent les Végétaux à partir d’un autre principe : Alphabétaires, s’ils se basent sur l’ordre alphabétique, Rhizotomes, sur la structure de la racine, Phyllophiles, sur la forme des feuilles, Physionomistes sur l’habitus, Chroniqueurs, sur l’époque de floraison, Topophiles, sur la localisation, Empiriques, sur l’usage médicinal, Pharmaciens, selon l’ordre des Pharmacopées. Phil. Bot. n. 25-31.

    64 [Ndt] Cette image est créée par Cesalpino pour qui la démarche botanique vise à ce que tous les types de plantes « puissent être rangés selon un certain ordre […] comme une grande armée dans son camp […] répartis en compagnie » (Cesalpino 1583 : 2). Elle est reprise par Tournefort dans ses Élémens de botanique, ou Méthode pour connoître les plantes.

    65 Linnæus en énumère quinze (Class. Plant.), arrangés suivant l’organe qui détermine principalement la méthode. C’est du fruit que Cesalpino a tiré ses caractères principaux en 1583, Morison en 1680, Ray en 1682, Christoph. Knaut en 1687, Hermann en 1690, Boerhaave en 1710 ; du calice, Magnol en 1720, Linnæus en 1737 ; de la corolle Rivinus en 1690, Tournefort en 1694, Christian Knaut en 1716, Ruppius en 1718, Pontedera en 1720, Ludwig en 1737 ; des étamines et du sexe des plantes, Linnæus en 1735. Chacun de ces systèmes sont décrits dans l’ouvrage mentionné ci-dessus, de manière à être aisément compris. Adanson mentionne les mêmes systèmes (Famil. Plant.), et en ajoute d’autres plus récents élaborés par Royen en 1740, Haller en 1742, Morandi en 1744, Seguier en 1745, Wachendorf en 1747, Heister en 1748, Gleditsch en 1749, Allioni en 1762 etc., auxquels il ajoute ses propres nombreuses sortes de distribution, certainement dans l’idée de prouver, et par l’exemple et par la règle, que l’on peut facilement en tirer de multiples arrangements arbitraires.

    66 [Ndt] Le Jardin royal des Plantes médicinales ou Jardin du roi.

    67 [Ndt] Divisé en six.

    68 [Ndt] Fendu en cinq jusque vers le milieu.

    69 [Ndt] Sans fleur.

    70 [Ndt] Sans fleur ni fruit.

    71 [Ndt] La classe des Flore carentes.

    72 [Ndt] Littéralement avec un œil armé, oculo armato. Voir le chapitre L’observation – « l’œil armé » pour une discussion de la question de l’observation chez les naturalistes du XVIIIe siècle.

    73 La partie principale de la Botanique concerne la connaissance correcte des plantes… Connaître les plantes n’est pas autre chose semble-t-il que d’avoir sous les yeux les noms qui leur sont correctement attribués. Tourn. Isagog. p. 1… La Botanique est la partie de la science naturelle dont les ressources permettent plus avantageusement et sans trop d’effort, de connaître les Plantes et de les garder en mémoire. Boerh. Hist. 16… La Botanique est la science naturelle qui transmet la connaissance des Végétaux. Linn. Phil. Bot. n. 4.

    74 Plus les Classes sont naturelles, mieux elles valent, toutes choses égales… Le travail actuel des plus grands Botanistes doit se pencher sur cette question et s’acharner à la résoudre. Ainsi la méthode naturelle est et sera l’ultime but des Botanistes. Linn. Phil. Bot. n. 206. La première et la dernière recherche en Botanique est la méthode naturelle. Cette dernière est regardée comme peu de choses par des Botanistes moins doctes, mais elle a toujours été fort estimée des plus savants, bien qu’elle ne soit pas encore découverte… J’ai moi-même longtemps travaillé à l’établir, j’ai obtenu quelques découvertes, je n’ai pu la terminer et je persévérerai tant que je vivrai. Linn. Class. pag. 485.

    75 [Ndt] Terminologie dérivée d’Aristote. Les « simples » signifient les groupes connus dont la légitimité est bien établie par les botanistes. Les « composés » sont les groupes complexes, pas encore connus, et que le botaniste va devoir former.

    76 La nature ne fait pas de sauts. Toutes les plantes se tiennent par des affinités, comme les Territoires sur une Carte de géographie. Linn. Phil. n. 77.

    77 Mais pour faire connaître tout le travail d’un si grand homme et le comparer à celui des autres, ces familles que nous avons rappelées seront rapportées ici à la fin de cette introduction, tels qu’il les présenta dans le jardin de Trianon et dans le catalogue élaboré de sa propre main.

    78 [Ndt] Les terres inconnues.

    79 [Ndt] Se dit d’un organe creux, plus ou moins arrondi et nettement resserré à son orifice.

    80 [Ndt] Dans la hiérarchie des caractères.

    81 [Ndt] Groupes de genres.

    82 Quelques Auteurs nient la constance de ce caractère, et arguent que les plantes dicotylédones sont parfois congénères des monocotylédones. Ainsi, le Melocactus unilobé est correctement associé au Cactus bilobé par Linnæus, et le Juncus bilobé aux Liliaceae unilobées par Adanson ; ce dernier fait de même voisiner l’Orobranche et la Pedicularis bilobée. Mais ces assertions doivent être confirmées par une observation répétée. Il me semble pour ma part que le Juncus, dont la feuille primaire est simple au moment de la germination, est entièrement unilobé, portant à son extrémité l’enveloppe persistante de la graine (voir plus bas Monocotyl. obs. p. 12), et embrassant le reste des jeunes feuilles dans sa base engainante. De même, la germination douteuse des Aroïdeae et de Cuscuta doit être reconnue, ainsi que celle de Ranunculus glacialis L., qui selon certains ne produit qu’une unique feuille séminale, et qu’il serait peut-être plus juste de considérer dans sa seconde année, lorsqu’elle est monophylle et apte à la procréation, plutôt que dans sa première, alors qu’elle est unilobée et en cours de germination.

    83 Il paraît que c’est ce caractère que Linnæus avait en vue lorsqu’il dit : « Que ceux qui veulent faire la clé de la méthode naturelle sachent qu’aucune considération générale n’est si essentielle que la situation des parties, notamment celle de la graine, et dans la graine celle de l’embryon, qui peut soit perforer longitudinalement la graine, l’envelopper de tous côtés, ou reposer à son côté ; il se trouve soit à l’extérieur des cotylédons, soit à l’intérieur ; soit à la base, contre la base, à son côté, ou au sommet de la graine ; la base de la graine est cette petite cicatrice à laquelle la graine fut fixée sur le péricarpe ou sur son propre réceptacle. Ainsi est bâtie la méthode du grand Cesalpino. » Linn. Class. plant. p. 487.

    84 [Ndt] Cette question avait déjà été soulevée par Jussieu dans son premier mémoire « Examen de la famille des Renoncules » (Jussieu 1777 : 222).

    85 Il existe une autre espèce d’insertion, quelquefois difficile à déterminer : quand les étamines sont fixées à l’endroit où le calice supérieur se sépare de l’ovaire inférieur, ou bien où le réceptacle de l’ovaire supérieur se sépare du calice inférieur, si bien qu’il est difficile de dire si elles sont épigynes ou périgynes, ou bien périgynes ou hypogynes. C’est comme si les étamines étaient portées sur un disque saillant, situé entre le support et le calice, qui parait une production de l’un ou de l’autre. Dans ce cas on se décide par analogie, d’après l’insertion des plantes congénères.

    86 [Ndt] « De plus » serait plus approprié.

    87 [Ndt] Cette phrase est très obscure. Jussieu semble dire que parfois les différentes insertions paraissent être réunies, mais que cela n’a pas vraiment d’importance.

    88 [Ndt] L’insertion des étamines ne peut donc jamais être médiate.

    89 [Ndt] Contrairement au travail de mise en ordre du vivant, la zoologie développe une préséance épistémologique sur la botanique dans la recherche des structures et des fonctions, ou plus précisément, la physiologie animale fournit un modèle d’intelligibilité à la physiologie végétale. Le principe d’analogie animal/végétal, rapporté à l’importance primordiale des organes considérés, constitue un élément essentiel du régime de preuve mis en œuvre par Jussieu.

    90 [Ndt] Notamment par Tournefort lui-même.

    91 [Ndt] La classification de Trianon ou la division secondaire proposée pp. xlviij-xlix, à savoir les Acotylédones, les Monocotylédones – épigyne, hypogyne ou périgyne – et les Dicotylédones – épigyne, hypogyne ou périgyne.

    92 Les filets des étamines sont distincts de la corolle polypétale, mais sont insérés sur la corolle monopétale, à l’exception des anthères bicornes. Vaillant l’a observé dans les Monopétales. Suite à la dissection de 2000 espèces, Pontedera a découvert que les fleurs monopétales portaient des étamines insérées sur la corolle, et que les fleurs polypétales [portaient les leurs] sur le réceptacle. Linn. Phil. Bot. n. 108.

    93 N’importe quelle insertion épipétale d’étamines, habituelle dans les Monopétales, inhabituelle dans les Polypétales, n’est peut-être rien d’autre qu’une réunion des bases des étamines et de la corolle, bases qui ne sont pas distinctes mais étroitement unies et se rejoignent en un même point d’insertion, au service de la même protection. D’où se confirme l’analogie de cette insertion avec les autres ; à l’inverse, cette triple insertion de la corolle qui porte les étamines [a des modes] très distincts.

    94 Les fleurs polypétales portent des étamines distinctes des pétales. De rares exceptions existent cependant : la Statice pentapetala a des filets qui se prolongent sur l’onglet des pétales… Les Lychnis attachent très souvent leurs étamines alternes aux onglets des pétales. Linn. Phil. Bot. n. 108… Les fleurs monopétales ont des étamines séparées de la corolle dans les Bicornes, Erica, Andromeda, etc., ibid, de même dans les Plumbagines et les Campanulaceae. Mais, comme indiqué plus loin, p. 92, 154. 163, il ne faut pas détruire, à cause de ce petit nombre d’exceptions, la concordance qui existe entre les plantes polypétales et l’insertion simplement immédiate.

    95 [Ndt] Se dit d’une plante qui a des fleurs unisexuées, mâles et femelles, portées par un même pied ou par des pieds différents.

    96 [Ndt] C’est-à-dire la position relative des étamines et du pistil.

    97 Un tableau en est fourni plus loin, p. lxxi. Cette méthode a été mise à jour pour la première fois en 1774 à l’École du Jardin royal de Paris, et ses principes ont été transcrits au même moment dans une publication académique (Act. Acad. Paris. 1774 p. 175), dans laquelle est exposée une série d’arguments semblable à ceux présentés ici. Cette méthode fut récemment légèrement amendée, cependant ses principes n’ont pas changé : si elle fut jadis distribuée selon quatorze classes, elle en compte à présent quinze avec l’ajout de la classe des Apétales aux étamines épigynes, que confirme la germination de l’embryon bilobé des Aristolochiae. En outre, certaines familles passent d’une classe à l’autre, grâce à une meilleure connaissance de l’insertion des étamines dans chacune d’elles ; certaines sont subdivisées grâce à un caractère suffisamment distinct ; de nouvelles sont entièrement constituées.

    98 En raison de l’absence de corolle et de la présence d’un ovaire supérieur ou inférieur, D. Jacquin ajouta une petite plante [de la famille] des Rubiaceae au Peplis (voir plus bas p. 333), suivi en cela par Linnæus, qui ailleurs ajouta au Nyctanthus un arbre congénère au Guettarda p. 207. Son fils dans son Supplementum réunit malencontreusement le nouveau Tabernaemontana p. 145 au Chiococca et Serissa au Lycium p. 209. Thunberg, dans la Flora Japonica, nomma Cornus un arbre doté d’un ovaire supérieur.

    99 Les plantes qui ont du rapport par le genre en ont également par les vertus ; celles qui font partie d’une famille naturelle se rapprochent également par leurs vertus etc. Linn. Phil. Bot. n. 337.

    100 Les feuilles des Gramineae constituent une bonne pâture pour le bétail et les chevaux ; les petites graines sont bonnes pour les oiseaux, les grosses pour les hommes … Les Umbelliferae, dans des lieux secs, sont aromatiques, échauffantes et stimulantes ; dans les lieux humides elles sont vénéneuses, etc. … Les Verticillatae (Labiatae) sont odorantes, nervines, résolutives et stimulantes etc. … Les Siliquosae (Cruciferae) sont aqueuses, âcres, incisives, abstergentes et diurétiques ; le dessèchement diminue leurs vertus … Les feuilles des Papilionaceae (Leguminosae) fournissent un fourrage pour les chevaux et le bétail, les graines sont propres à la nourriture de divers animaux ; elles sont farineuses et flatuleuses… La syngénésie des Compositae, d’usage courant dans la Médecine, est généralement amère. Ibid. n. 338. 342. 347. 348. 350. 351.

    101 Il associe dans les « Fragmenta » Commelina et Ixia, Dioscorea et Menispermum, Gentiana et Hypericum, Melianthum et Pinguicula, Lycium et Catesbaea, Convolvulus et Campanula, Gardenia et Vinca, Guettarda et Hippomane, Sideroxylum et Viburnum, Spigelia et Oldenlandia, Hesbenstretia et Scabiosa, etc.

    102 On dénombre 58 [familles] dans les « Fragmenta » de Linnæus, autant dans les Familles d’Adanson, 65 familles à Trianon, et tout récemment 100 à Paris. D. Lamarck les a disposées dans son Dict. Encycl. 2. p. 32, en fonction des lobes de l’embryon, de la nature de la corolle, polypétale, monopétale ou absente, de la situation des étamines et de leur organisation complète ou incomplète, simple ou entière. Sa distribution systématique mérite vraiment nos éloges [cette référence au travail de Lamarck est la seule du Genera Plantarum. Persuadé du bien-fondé de sa théorie, Antoine-Laurent de Jussieu n’ouvre pas de polémique avec le rédacteur du Dictionnaire de botanique de l’Encyclopédie méthodique qui ne reconnait pas le principe de subordination des caractères.]

    103 De même qu’une table complète commodément n’importe quel livre en présentant brièvement le plan de son contenu, de même, dans l’usage botanique, un ordre systématique ou une table méthodique est utile parce qu’elle présente une distribution facile des plantes dans laquelle se retrouvent aisément celles que l’on cherche. J’ai disposé arbitrairement, suivant le même type de méthode (infra p. 416), une suite de genres, dont la position est incertaine, jusqu’à ce que leurs véritables affinités soient connues. Notre intention était d’ajouter une [table] semblable à l’ouvrage tout entier, de manière à ce que les genres, dont la définition complétée par celle des familles, est trop difficile à comprendre pour les commençants, soient nommés avec certitude à l’aide de cet index d’un petit nombre de caractères forts : mais, dans l’urgence de la publication de cet ouvrage, le temps nous a manqué pour mettre au point cette table pourtant nécessaire, dont nous poursuivons continuellement l’élaboration afin qu’elle puisse servir en temps opportun, séparément ou en accompagnement d’une éventuelle nouvelle édition.

    104 Ce n’est pas en raison du nombre d’êtres à arranger, mais en raison du nombre d’organes à rechercher avec soin et à évaluer dans chacun d’eux, que la difficulté à établir les affinités et à achever les arrangements augmente : la science des Animaux et principalement des Quadrupèdes, semblable pour le reste, est donc plus difficile car, embrassant un grand nombre d’organes, elle exige un calcul souvent beaucoup plus long.

    105 [Ndt] Presque constants.

    106 [Ndt] Dès 1640, le doyen de la faculté de médecine de Paris, Guillaume Duval ( ?-1646), défenseur de la foi catholique, impose aux bacheliers cette épigraphe : « Deo optimo maximo uni et trino, virgini deiparoe et sancto Lucoe orthodoxorum médicorumpatrono » (Delage 1913 : 44).

    107 [Ndt] A la faculté de médecine, la thèse est qualifiée de quodlibétaire car les étudiants doivent répondre à une question quelconque par une réponse affirmative ou négative.

    108 [Ndt] Charles Jacques Louis Coquereau (1744-1796), médecin et homme de lettres, proche de la famille Jussieu. Coquereau a suivi les cours de botanique de Bernard et éditera en 1771, avec l’aide d’Antoine-Laurent la Bibliothèque physique de la France, à la suite de la mort prématurée de son auteur Louis-Antoine-Prosper Hérissant (1745-1769).

    109 [Ndt] Choix d’inspiration aristotélicien qui sélectionne les êtres les plus conformes à la nature.

    110 [Ndt] Jussieu reprend le terme de Grew qui, dans Anatomy of plants, décrit les insertions du parenchyme de l’écorce, traversant le corps ligneux et se réunissant au centre pour former la moelle (Grew 1675a).

    111 [Ndt] Récipient pour les liquides, mot employé particulièrement en sciences.

    112 [Ndt] Jussieu fait référence aux diverses expériences conduites dans les années 1720 par Stephen Hales et rapportées dans Vegetable staticks (Hales 1727). L’ouvrage est traduit par Buffon en 1735 sous le titre de Statique des végétaux (Hales 1735). Dans la première expérience, Hales sectionne une racine principale de poirier à environ 75 cm de profondeur et la relie de manière hermétique par un tuyau de verre à un récipient rempli d’eau. Il peut ainsi mesurer la quantité d’eau absorbée par la racine et mesurer la variation de pression dans le tuyau. Concernant l’expérience du pot de fer rempli de pois et d’eau, Hales ne dit pas que la dilatation des pois fait céder le récipient en fer mais qu’elle permet de soulever le couvercle sur lequel est posé une masse de 184 livres.

    113 [Ndt] La recherche d’analogies entre le monde végétal et le monde animal pousse les physiologistes à s’interroger sur la localisation de la fonction digestive chez les plantes. Pour certains Physiciens du végétal comme Duhamel du Monceau, les plantes ne possèdent pas de cavité digestive, les racines sont analogues aux veines lactées et la préparation de la sève s’effectue dans le sol. En revanche, pour d’autres tel que Nicolas Sarrabat de la Baisse, le principal estomac de la plante se situe à l’insertion de la tige sur la racine. C’est cette théorie que Jussieu réfute prenant parti pour Duhamel du Monceau.

    114 [Ndt] Hales compare le soleil au cœur des plantes.

    115 [Ndt] Helianthus annuus, Tournesol.

    116 [Ndt] Jussieu reprend ici la correction apportée par Saussure en 1762, dans ses Observations sur l’écorce des feuilles et des pétales. L’enveloppe de la feuille n’est pas une simple membrane, mais une véritable écorce possédant elle-même son épiderme.

    117 [Ndt] D. est l’abréviation de dominus et signifie maître Bonnet ou monsieur Bonnet.

    118 [Ndt] Jussieu fait référence à l’écorce de l’arbre où circule une grande partie de la sève suivant Duhamel du Monceau.

    119 [Ndt] De la Hire, tente de répondre à la question : par quel effet mécanique la sève est-elle toujours forcée de monter des racines au sommet de la plante ? Selon lui, et reprenant une idée de Malpighi, cette ascension est favorisée par la présence de valvules ligneuses dans les « tuyaux montans et descendans ».

    120 [Ndt] De produit colorant.

    121 [Ndt] Jussieu reprend à son compte les conclusions de Duhamel du Monceau concernant les erreurs méthodologiques de La Baisse.

    122 [Ndt] Un seul contre-exemple suffit à Jussieu pour infirmer une thèse, dans une attitude très « poppérienne » dont il ne se départira jamais. Il ne questionne ni ne remet en cause cette observation de 1709, rapportée par l’Académie des sciences, d’un Orme des Tuileries qui bien que dépouillé au printemps de son écorce avait vécu tout un été avant d’être arraché.

    123 [Ndt] C’est Malpighi qui le premier a associé cette observation à la trachée des insectes.

    124 [Ndt] Suivant les expériences de Hales.

    125 [Ndt] Pour Hales, l’air n’est pas seulement un principe nutritif, au même titre que le soufre, le sel volatil, l’eau et la terre ; par son élasticité il est également à l’origine du mouvement de la sève.

    126 [Ndt] Selon que les plantes sont hermaphrodites, monoïques ou dioïques.

    127 [Ndt] Jussieu fait référence à l’expérience de Duhamel du Montceau qui, après avoir enlevé des morceaux d’écorce, recouvre le cylindre ligneux d’une lame d’étain battu avant de remettre l’écorce dans sa position initiale. Il constate qu’au bout d’un certain temps, se forme entre l’étain et l’écorce des couches ligneuses, « aussi épaisses que si l’écorce avait été immédiatement appliquée sur le bois ».

    128 [Ndt] Par écussonnage.

    129 [Ndt] Jussieu reprend les termes d’Albrecht von Haller dans les Primae lineae physiologiae et les Elementa physiologiae corporis humani (Haller 1747, 1757). « Le Tissu cellulaire est composé en partie de fibrilles, et en partie d’un nombre infini de petites lames, qui par leur direction différente entrecoupent de petits espaces, forment de petites aires, unissent toutes les parties du corps humain et font la fonction d’un lien large et ferme, sans priver les parties de leur mobilité ». Traduction Pierre Tarin (Haller 1752).

    130 [Ndt] Jussieu fait référence ici à la théorie récente de Haller suivant laquelle la liqueur exhalante du fœtus, issue de la poitrine ou de l’abdomen, produit des filets et des lames. Cf. article « Fœtus » du Supplément à l’Encyclopédie (Haller 1777a).

    131 [Ndt] Par l’action des muscles et du liquide qui les étend.

    132 [Ndt] Tunicae : « Membranes propres » ou « gaines » suivant la traduction de Haller par Tarin.

    133 [Ndt] « Pour s’éloigner de la nature fluide, il suffit que la quantité des particules fluides diminuent, et que les éléments terreux s’attirent avec plus de force. » (Haller 1777a : 71) . Diderot dans les Eléments de physiologie synthétise : « les muscles figurent les os, donc antérieurs aux os » (Diderot 2004 : 186).

    134 [Ndt] Dans cette proposition, Jussieu veut signifier que, par action de la compression de l’air dans les poumons, le sang perd en épaississement car il est divisé en molécules plus petites, et se mêle intimement avec le chyle et la lymphe qui le renouvellent et le rendent plus fluide. A la question de savoir si l’air pénètre dans le sang lors de la respiration, question qui fait largement débat, Jussieu en suivant Haller, répond par la négative.

    135 [Ndt] Le sang est souvent qualifié de battu, fouetté, agité, pour décrire le sang enrichi en oxygène.

    136 [Ndt] Action par laquelle le chyle se convertit en sang.

    137 [Ndt] Jussieu emploie le terme cruor (du grec kréas viande) utilisé par Haller, pour signifier le sang cru, rouge, qui coule hors du corps, par opposition à sanguis, utilisé précédemment, le sang intérieur.

    138 [Ndt] La potasse.

    139 [Ndt] L’ammoniaque.

    140 [Ndt] Vincenzo Menghini (1704-1759), médecin et chimiste italien, a découvert vers 1745 la présence de fer dans le sang en réduisant expérimentalement du sang en cendres, puis en utilisant la lame aimantée d’un couteau pour en extraire les particules de fer. Haller admettait la présence de fer dans le sang.

    141 [Ndt] Selon la doctrine de Stahl, développée par Rouelle, le phlogistique est associé au feu. Le feu ou la chaleur est l’instrument des réactions chimiques, le phlogistique en tant qu’élément explique la combustion (un corps qui brûle libère du phlogistique).

    142 [Ndt] Leeuwenhoek avait observé que les globules rouges étaient formés de six globules blancs (ou jaunes). Haller et d’autres observateurs « modernes » démontrent l’erreur de Leeuwenhoek : il n’existe que des globules rouges, et c’est le fer qui donne leur couleur aux globules. Cf article « Sang » du Supplément à l’Encyclopédie rédigé par Haller (Haller 1777b : 723).

    143 [Ndt] Selon la classification de Haller (Haller 1747 : 63-64).

    144 [Ndt] Jussieu reprend la théorie proposée par l’anatomiste hollandais Frederik Ruysch (1638-1731).

    145 [Ndt] L’épiploon ou omentum est le nom donné à deux replis du péritoine, membrane qui tapisse les parois de l’abdomen et enveloppe les viscères abdominaux.

    146 [Ndt] Les poils sont peut-être les seuls éléments communs visibles entre les végétaux et les animaux ; il est naturel que Jussieu s’y intéresse particulièrement, notamment dans cette thèse qui recherche les analogies. Il en conclut toutefois qu’ils sont de structure et de composition différentes.

    147 [Ndt] Au XVIIIème siècle, deux doctrines s’opposent quant à la nature du cerveau. La première, proposée par Malpighi défend une conception folliculaire du cerveau, considéré en quelque sorte comme un viscère. Ruysch de son côté soutient que le cerveau possède une texture vasculaire ; le cerveau est en conséquence le lieu unique du sensorium commune, selon la formulation aristotélicienne. Jussieu écrit sentationum sedes, le siège des sensations, prenant parti pour la seconde hypothèse. Il s’oppose ainsi à Buffon pour qui le cerveau ne serait pas le lieu des sensations.

    148 [Ndt] Spiritus animales : il s’agit selon Descartes, des particules matérielles produites dans le sang et qui en constituent la partie la plus subtile (Jussieu évoque précédemment l’esprit subtil du sang). Les esprits animaux circulent dans les nerfs, agissent sur les muscles, et déterminent le mouvement ; la sensation est un mouvement de ces esprits.

    149 [Ndt] Ainsi Jussieu présente les deux capacités de l’organisme, irritabilité et sensibilité, telles que définies par Haller. L’irritabilité exprime une certaine faculté de l’organisme à réagir à une stimulation extérieure et peut être assimilée à l’excitabilité. Toutefois, l’organisme présente également des parties sensibles à travers lesquelles l’esprit (Haller dit l’âme) entre en contact avec le monde extérieur.

    150 [Ndt] Les ovaires sont également nommés testicules féminins.

    151 [Ndt] Jussieu suit Haller très précisément.

    152 [Ndt] Les molécules organiques sont à la base de la théorie de la vie de Buffon qui conteste l’animalité des vers spermatiques.

    153 [Ndt] Selon la théorie de la génération de Maupertuis. (NDT)

    154 [Ndt] Selon la théorie de la génération de Buffon.

    155 [Ndt] A l’opposé des thèses épigénétiques de Maupertuis et de Buffon, Bonnet, qui a découvert la parthénogénèse et Haller (progressivement) défendent une conception oviste de la génération. Prenant comme hypothèse de départ la préexistence des germes contenue dans l’œuf, elle ne fait jouer à la semence mâle qu’un rôle d’activateur et de nutrition.

    156 [Ndt] Haller contrairement à Boehmer et Onymos soutient l’idée selon laquelle l’enfant culbute dans la matrice.

    157 [Ndt] Le ténesme est une contracture douloureuse souvent accompagnée d’une sensation de brûlure au niveau de l’anus.

    158 [Ndt] Les lochies sont composées de caillots de sang, de débris de membrane placentaire et des suintements des plaies du vagin et du col de l’utérus.

    159 [Ndt] Référence aux différentes voies postulées par Haller mais non identifiées qui permettent « au suc nourricier » de passer de la mère au fœtus par le nombril.

    160 [Ndt] Théorie hallérienne par excellence.

    161 [Ndt] Jussieu ne reprend que partiellement la théorie de la conception des fibres développée par Haller. En particulier, il ne considère pas que cette humeur visqueuse, élément fluide de la fibre, que le médecin naturaliste suisse dénomme gluten, soit la cause de son adhésion.

    162 [Ndt] Toutes les parties du corps sont composée d’un mélange d’éléments terrestres et de gluten. C’est la différence de proportion qui donne à ces parties leur caractère dur ou mou. En vieillissant le gluten devient plus sec et plus terreux.

    163 [Ndt] Jussieu apporte l’explication de son refus partiel de la théorie du gluten d’Haller. Pour Duhamel du Monceau, c’est le tissu cellulaire qui apporte la cohésion aux faisceaux de fibres (La physique des arbres p. 20). Or il ne peut y avoir qu’une seule explication à ce mécanisme commun aux animaux et aux végétaux et dans la hiérarchie épistémologique du jeune botaniste, et probablement de son oncle, Duhamel du Monceau prime sur Haller.

    164 [Ndt] Il s’agit de la dénomination de Malpighi ; le tissu utriculaire correspond au parenchyme décrit par Grew.

    165 [Ndt] Jussieu propose une vision mécaniste de l’économie animale et végétale qui permet d’expliquer et de rendre compte de cet enchaînement des fonctions ; même si ces fonctions physiologiques animales sont « embrouillées », il ne les conçoit pas encore en termes d’interdépendance et d’interaction, conception centrale de sa pensée vitaliste future.

    166 [Ndt] Ce que l’Abbé Rozier nommera humus dans son Cours complet d’agriculture (1781).

    167 [Ndt] Cette conception du mélange de la sève montante et du suc contenu dans les feuilles pour former l’élément nutritif analogue au sang a été élaborée par Malpighi.

    168 [Ndt] Euphorbia.

    169 [Ndt] Selon la dénomination de Linné.

    170 [Ndt] Triumfetta, genre de plante tropicale de la famille des Malvaceae.

    171 [Ndt] Hibiscus, famille des Malvaceae.

    172 [Ndt] Dans ce développement, Jussieu reprend les éléments du septième Système d’Adanson, Sucs, Résines et Sels, Famille des Plantes, p. ccxxix.

    173 [Ndt] Marasme est un terme médical qui signifie « un desséchement général et un amaigrissement extrême de tout le corps ; c’est la dernière période de la maigreur, de l’atrophie et de la consomption » (Encyclopédie, volume 10, p. 68).

    174 [Ndt] Pour la faire blanchir et lui retirer son amertume. La perte d’amertume et d’odeur forte est expliquée par l’absence de grande transpiration lorsque la plante est enterrée. Cf. Rozier, Cours complet d’agriculture, tome 8, p. 236.

    175 [Ndt] Rerum nonnaturalium : hygiène. Référence au traité particulier d’hygiène d’Avicenne, de Correctione sex rerum non naturalium. Ces six éléments sont l’air ambiant, le repos et l’exercice, la nourriture et la boisson, le sommeil et la veille, les évacuations (du corps) et les humeurs (qui ne doivent pas être évacuées), les affections de l’âme.

    176 [Ndt] L’emploi par Jussieu du terme ambigu humor démontre toutes les interrogations des physiciens du végétal quant au rôle des feuilles. Absorbent-elles la rosée, l’humidité de l’air, comme l’explique Bonnet, ou reçoivent-elles, comme les poumons, l’air de l’atmosphère ainsi que l’affirme Duhamel à la suite de Grew ?

    177 [Ndt] S’il y a une sève ascendante et une humeur descendante et que la sève ascendante ne suit pas un circuit comme indiqué précédemment, il existe forcément une seconde voie pour la sève descendante. Mais Jussieu est prudent, ni Bonnet ni Duhamel n’ont osé affirmer l’existence de ces deux voies distinctes de circulation.

    178 [Ndt] Selon les thèses de Hales.

    179 [Ndt] Ou celles de Bonnet.

    180 [Ndt] Aura seminalis. Après les interrogations précédentes sur les mécanismes de fécondation, Jussieu prend ouvertement parti pour la théorie oviste et reprend avec Vaillant et Haller l’explication de l’aura seminalis élaborée par Fabrice d’Acquapendente (1537-1619), De formatione ovi et pulli, 1621 et confirmée par son élève William Harvey (1578-1657).

    181 [Ndt] Vis vitae. Par l’usage du terme « force vitale », Jussieu ne fait pas [encore] une profession de foi vitaliste mais renvoie plutôt à la notion d’irritabilité développée par Haller, qui correspond à une propriété du gluten de la fibre musculaire, sujet d’ailleurs développé dans la phrase suivante.

    182 [Ndt] C’est en 1679 que Papin invente sa machine nommée « Digesteur » ou marmite autoclave. Elle est constituée d’un épais et étroit cylindre de fonte scellé par un couvercle et protégé par une soupape, permettant une importante montée en pression (entre 8 et 20 bars). Grâce à cette machine il obtient notamment de la gélatine à partir d’os soumis à une forte pression et portés, en présence d’eau, à une température de 120-130°C.

    183 [Ndt] Jussieu fait ici un jeu de mot avec revolvuntur, qui signifie également relire, feuilleter un livre, le dérouler.

    184 [Ndt] Duhamel a coloré en rouge les os d’une poule en incorporant de la garance (Rubia tinctorum) à sa nourriture.

    185 [Ndt] Jussieu ne tranche pas dans la controverse qui oppose Duhamel et Haller, suivi par Bonnet, concernant les causes de la formation des os. Le premier soutient que l’os n’est que le périoste ossifié, alors que le second soutient que l’os se solidifie par évaporation du gluten.

    186 [Ndt] « M. Dubois en 1742, soutint en thèse de médecine, et dont il démontra la possibilité par l’expérience, que l’on pouvoit allonger les nez trop courts, avec des morceaux de chair enlevés au bras ». François Rozier, Cours d’Agriculture, tome I, 1781.

    187 [Ndt] En d’autres termes, cette expérience fournit un exemple de véritable greffe.

    188 [Ndt] Lupia : tumeur enkystée.

    189 [Ndt] Exostosis : tumeur formée par une production anormale de substance osseuse.

    190 [Ndt] Scyrrus : tumeur dure.

    191 [Ndt] Ce terme s’appliquait par exemple aux abeilles ouvrières qui étaient considérées sans sexe.

    192 [Ndt] Suivant Stahl et Haller.

    193 [Ndt] Les plantes utriculeuses pénètrent les interstices utriculeux de l’écorce comme le gui par exemple.

    194 [Ndt] Jussieu, reprenant Tournefort, utilise le terme ancien de folium (feuille car les pétales sont considérés comme les feuilles des fleurs), plutôt que le terme moderne de petalum.

    195 [Ndt] Autre nom du Tournesol.

    196 [Ndt] Sur l’échelle des êtres.

    197 [Ndt] Traduction de l’acronyme A.R.S.H., Anno Reparatae Salutis Humanae.

    (a) Malpighi, Anatomie des plantes p. 3. t. 3. t. 7.

    (b) Cinquante fois plus fin qu’un crin de cheval. Grew. Anatomie des troncs eph. nat. cur. 1678. 1679, p. 141.fois plus fin qu’un crin de cheval. Grew. Anatomie des troncs eph. nat. cur. 1678. 1679, p. 141.

    (c) Hales, Statique des végétaux, p. 73. f. 10.

    (d) Ibid. p. 87. et 181 f. 37

    (e) L’influence de la chaleur est prouvée par les Arbres qui fleurissent dans les intérieurs chauffés, pendant que l’hiver sévit.

    (f) Hales, Statique des végétaux, p. 41.

    (g) Le suc de la vigne monte jusqu’à 40 pieds dans le conduit adapté une fois le rameau coupé, voyez Hales, Statique des végétaux, 93. f. 17 et suivant.

    (h) Hales, Stat. vég. P. 3. 1. I.

    (i) Bonnet Rech. sur l’usage des feuilles, 2e. mém. P. 77, t. 3. et suiv.

    (k) Ibid. Ier. mém. P. 4. T. 2. F. I et suiv.

    (l) Duhamel, phys. des arb. 2. p. 103 tab. 14, f. 129.

    (m) Hales, st. vég. P. 84. F. 14.

    (n) Ibid. p. 80. F. 12.

    (o) Ibid. p. 115. F. 4.

    (p) Ib. P. 126.

    (q) Dodart, Hist. de l’Acad. des sc. de Paris, 1709. p. 44.

    (r) Duh. Phys. des arb. 2 p. 115. t. 15. f. 143. et suiv.

    (s) Hal. St. Vég. 114. f. 23.

    (t) Hist. De l’Ac. des Sc. t. 2, 1693. P 154.

    (u) Phys. des arb. 2. p. 230.

    (v) Rech. sur l’us. des feuilles, 5e. mém. 226.

    (x) Dissert. sur la circulation de la sève.

    (y) L’esprit de vin camphré. L’eau de fleurs d’oranger. La décoction de fleurs de sureau. Voyez Hales, Stat. végét. p. 37. f. 6.

    (z) Hist. de l’Ac. des Sc. 1709 p. 50.

    (E) Grew. Théorie des végét. troncs, eph. cité ci-dessus, p. 260.

    (a) Ib. p. 257.

    (b) Voyez la thèse de notre illustre Maître 1769. L’air contribue-t-il à la solidité des parties du corps humain ?

    (c) Duhamel, phys. des. arb. 2. p. 5, c. 9. f. 72.

    (d) Ib. 2. p. 44. t. 8. f. 68.

    (e) Ib. 2. p. 37. t. 5, f. 45 et suivants.

    (f) Ib. 2. p. 42. t. 7. f. 67 et suivants.

    (g) Duhamel, phys. des. arb. 2. p. 32. t. 3. f. 33.

    (h) Anat. compar. des rac. eph. n. 1678. 1679. p. 242.

    (i) D’où vient que la moelle est souvent dans les plus jeunes [insertions], et qu’il n’y en a pas ou très peu dans les plus vieilles.

    (k) Dans la Rose, la Rue et la plupart des épineux, ce sont des éléments de l’écorce ; elles adhèrent rarement au bois comme dans les Berbéris, les Gleditsia, etc.

    (l) Analogie tirée des plantes, cet effluve odorant n’est pas attribué sans raison à la sécrétion glanduleuse dans chacun.

    (m) Hal. statiq. vég. p. 85. f. 15. I id. p. 96.

    (n) C’est pourquoi on taille les frondaisons d’un arbre déplacé, afin qu’il ne transpire pas plus que ce qu’il peut recevoir de sa racine.

    (o) Certaines figures de poussières sont visibles dans Mém. Acad. de Par. 1711. p. 234.

    (p) Démonstration des secrets de la nature, p. 306.

    (q) De Julien, Mém. Acad. de Par. 1739 p. 246. Needham, nouv. découv. microsp. p. 67.

    (I) Alors que l’œuf est contenu dans le péricarpe des Plantes, c’est seulement au moment de la conception qu’il descend dans la matrice de la femme ; à moins que l’on admette que des œufs sont dès l’origine implantés dans les parois de la matrice, qui, correctement fécondés forment un fœtus, mal fécondés forment une masse ou un germe bâtard, en enflant sous l’effet de la seule chaleur forment des hydatides gonflés de sérum tels qu’en émettent souvent les vierges. L’analogie en serait plus grande, la conception s’expliquerait plus aisément. Mais il serait utile d’arrêter [l’idée] des rudiments d’œufs préalablement [implantés] dans la matrice, et d’attaquer le système des ovaires, défendu par des forces lourdes, étayé par des arguments valides, par des [arguments] encore plus certains. Tel est l’ouvrage, tel est le labeur. Le labeur viendra-t-il à bout de tout cela ?

    (r) Le péricarpe est un pistil fécondé, ou des fruits dont le calice assume souvent les fonctions.

    (s) Haller, pr. lia. physiol. ed. 3. p. 4. n. 13. & p. 419. n. 903.

    (t) Ibid. p. 414. n. 919.

    (u) Duhamel, Mém. Acad. Sc. Paris. 1739. p. I. 1743. p. 87.

    (a) Duhamel, Phys. des arb. 2. p. 54. t. 9. f. 76. et suiv.

    (b) Voyez Thèse M. Dubois D. M. p. 1742. peut-on réparer les courtes narines à partir du bras ?

    (c) Duhamel, Mém. Acad. Sc. Paris. 1746. pag. 319. t. 19.

    Antoine-Laurent de Jussieu (1748-1836)

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    Geneix, Gilles. « Jussieu dans le texte ». Antoine-Laurent de Jussieu (1748-1836), Publications scientifiques du Muséum, 2022, https://doi.org/10.4000/books.mnhn.13391.

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    Geneix, Gilles. Antoine-Laurent de Jussieu (1748-1836). Publications scientifiques du Muséum, 2022, https://doi.org/10.4000/books.mnhn.13186.
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