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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral The prehistorian’s point of view (J.-P.D.) The sociologist’s point of view (S.Ma) The ethnologist’s point of view (S.B.) In conclusion (J.-P.D.) Notes de bas de page Auteurs

    Nomad lives

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Conclusion

    Nomads and nomadisms, comparative views of an archaeologist, a sociologist and an ethnologist

    Conclusion : nomades et nomadismes, regards croisés d'un archéologue, d'une sociologue et d'un ethnologue

    Serge Bahuchet, Jean-Paul Demoule et Sylvie Mazzella

    p. 545-553

    Résumé

    Au terme de cet ouvrage, force est de constater que la notion même de nomade fait débat selon les angles d’approche et les champs disciplinaires. Pour le conclure, il nous a semblé intéressant de l’engager à travers le regard croisé d’un archéologue (Jean-Paul Demoule), d’une sociologue (Sylvie Mazzella) et d’un ethnologue (Serge Bahuchet) que nous remercions d’avoir accepté de relever ce défi. À la principale question qui leur a été posée et à laquelle tous ont répondu : « qu’est-ce qu’être nomade selon vous ? (selon votre discipline) », s’en sont agrégées d’autres qui ont globalement guidées les réponses apportées par chacun : « comment envisagez-vous la distinction entre semi-nomades (nomadisme flexible) et semi-sédentaires ? Voyez-vous un lien entre nomades préhistoriques, sub-actuels, actuels et «nomades du futur» ? Quel avenir pour le nomadisme et les nomades ? ».

    Le point de vue du préhistorien (J.-P. Demoule)
    Quant au nomadisme, d’un point de vue de préhistorien, je partirai de cette savoureuse citation d’André Leroi-Gourhan dans Le geste et la parole, et dont je ne me suis jamais lassé : « L’homme aurait-il possédé une denture râpante et un estomac de ruminant que les bases de la sociologie eussent été radicalement différentes. Apte à consommer les plantes herbacées, il eut pu, comme les bisons, former des collectivités transhumantes de milliers d’individus ». En effet, les humains sont des primates, et en tant que tels se nourrissent, comme le dit encore Leroi-Gourhan, de « produits charnus », fruits, racines, viande, etc., lesquels sont dispersés dans la nature. À partir de là, l’éthologie des primates, l’archéologie et l’ethnologie nous suggèrent que les humains ont pu pratiquer ou pratiquent toujours trois formes de nomadisme.

    Le premier serait celui, classique chez les primates, de se déplacer régulièrement au sein d’un territoire donné mais limité, au gré de ses besoins et des ressources saisonnières, en rayonnant néanmoins à partir d’un habitat fixe. Ainsi des chimpanzés, qui se nourrissent d’animaux et de végétaux présents sur leur territoire, et s’en vont dormir la nuit dans des sortes de nids installés sur des arbres. La vie des australopithèques, et sans doute des Homo erectus, n’a guère dû être très différente. Mais on doit aussi à André Leroi-Gourhan, sur le site de Pincevent (première fouille archéologique à laquelle, encore étudiant, j’ai participé et où j’ai ainsi rencontré Claudine Karlin), d’avoir montré, au-delà des parcours journaliers, la saisonnalité des déplacements de ces chasseurs de rennes magdaléniens d’il y a quelque 12 000 ans. L’implantation chaque année de ces campements semble bien avoir correspondu aux grandes chasses aux rennes, animal lui-même migrateur, sinon nomade, la période pouvant être elle-même déterminée par l’étude de la dentition des rennes abattus. La présence d’outils en silex exogène était aussi l’indice de tels déplacements, tandis que les limons déposés chaque année par les crues de la Seine scellaient à chaque fois les vestiges, confirmant leur caractère saisonnier.
    On ne dispose évidemment pas à chaque fois d’informations aussi détaillées sur les habitats du paléolithique. Dans les grottes, notamment, la succession rapide, même distante dans le temps, d’occupations sans dépôts naturels intermédiaires comme à Pincevent, fait obstacle à l’estimation de déplacements, si ce n’est la présence de matières premières exogènes — ce qui est attesté dès le paléolithique moyen au moins. On se souvient sans doute que dans les années 1970, Lewis Binford avait interprété, contre François Bordes, les différents faciès culturels du Moustérien comme autant d’activités différentes d’une même population nomade. En réalité, c’est l’interprétation de Bordes, certes moins « moderne », qui était la bonne ou du moins la plus plausible, même si les deux débatteurs mirent chacun, à la longue, un peu « d’eau dans leur vin ».
    Quant aux périodes ultérieures, on pourrait rapprocher cette première forme de nomadisme de celle, dès le néolithique, des paysans traditionnels, en principe sédentaires dans leur village mais qui chaque jour vont cultiver leurs champs et en ramènent leur récolte. Et est-ce finalement différent des mouvements pendulaires contemporains, qui voient les travailleurs quitter, chaque jour aussi, leur domicile éloigné afin de rejoindre le lieu du travail censé assurer leur nourriture ? Notons cependant qu’il peut y avoir des variantes. Ainsi de l’agriculture sur brûlis, où une communauté paysanne défriche par le fer et le feu un certain territoire, le cultive tant que les sols donnent des rendements satisfaisants puis, les sols épuisés, du moins selon les techniques du moment, abandonne ce territoire pour en défricher un nouveau, et tout cela de manière cyclique.
    Symétriquement, il y a eu aussi des chasseurs-cueilleurs sédentaires, en général liés à des biotopes aquatiques, riches en poissons, coquillages, voire mammifères marins, que ce soit au bord de la mer, de fleuves ou de lagunes. On connaît bien les sociétés japonaises du Jômon, qui se perpétuèrent ainsi pendant plus de dix millénaires et créèrent parmi les plus anciennes poteries du monde. Mais on peut citer aussi le mésolithique de Scandinavie, des grands fleuves d’Ukraine ou du Danube. Et l’ethnologie a bien documenté en ce sens les Amérindiens de la côte nord-ouest des États-Unis et du Canada.

    Par ailleurs, avec Homo erectus, certains humains, il y a quelque deux millions d’années, commencèrent à s’éloigner insensiblement du berceau africain, ce qui peut être considéré comme une seconde forme de nomadisme, c’est à dire une migration très lente, unidirectionnelle et définitive. En se répandant peu à peu dans toute l’Eurasie, bien qu’en assez petit nombre, de l’Indonésie aux îles Britanniques, les groupes d’erectus s’installèrent à chaque fois sur un territoire donné, au sein duquel ils reprirent leur type usuel de nomadisme, celui décrit précédemment. Ce nomadisme lent, qui est une forme de migration, fut ensuite celui des Homo sapiens qui quittèrent à leur tour l’Afrique il y a sans doute un peu moins de 200 000 ans. Ce fut encore plus tard celui des premiers agriculteurs qui, par le boom démographique provoqué par ce nouveau mode de vie, s’éloignèrent de leurs foyers d’invention originels, pour se répandre sur l’ensemble de la planète, absorbant, repoussant, voire massacrant les chasseurs-cueilleurs indigènes dans les nouveaux territoires occupés — et mettant fin au nomadisme de ces derniers. Et ce fut le cas de bien d’autres migrations ultérieures, des conquêtes de l’empire romain aux migrations bantous, et de l’invasion des Amériques par les Européens aux grandes navigations polynésiennes, sans parler des réfugiés politiques, économiques ou climatiques contemporains.
    Enfin le troisième type de nomadisme est celui qui vient le plus spontanément à l’esprit, celui des derniers nomades connus qui, du Sahara à la Sibérie en passant par l’Asie centrale, pratiquent un mode de vie itinérant, lié à la fois à l’élevage et à des conditions environnementales très particulières — tel que Claudine Karlin a pu l’étudier chez les éleveurs de rennes Yakoutes et Dolganes de Sibérie. S’il subsiste encore, mais de moins en moins, c’est aussi parce que ces sociétés occupent des espaces peu propices à l’agriculture traditionnelle.

    VOn pourrait ainsi considérer que les humains seraient par excellence des primates nomades — et nos sociétés contemporaines le prétendent parfois. À y regarder de plus près, la longue trajectoire de l’histoire humaine plaide pourtant pour le contraire. La plupart des sociétés de chasseurs-cueilleurs parcouraient des trajets importants, qu’ils soient quotidiens ou saisonniers. Cela s’est réduit notablement avec le néolithique, quand apparaissent les maisons « en dur » où les humains commencent à se confiner, au sein de villages qu’entourent champs et prairies : il n’est désormais plus nécessaire d’aller plus loin pour se nourrir. Les humains s’y entassent avec les animaux domestiques, mais aussi avec les animaux « commensaux » (rats et leurs puces, blattes, cafards, pigeons, etc.), animaux porteurs de maladies, favorisées par ces concentrations sédentaires.
    Puis le boom démographique provoqué par l’agriculture sédentaire mène à l’émergence des premières villes. La nourriture est désormais apportée aux citadins dans les boutiques des commerçants et leurs trajets sont raccourcis d’autant. L’écriture, inventée alors pour gérer ces communautés humaines de plus en plus nombreuses, permet aussi de correspondre à distance. Avec les temps modernes enfin, le processus s’accélère. Les maisons individuelles font place aux immeubles. Les communications sont de plus en plus rapides : imprimerie, relais de poste, télégraphe Chappe, morse, télégrammes, pneumatiques, téléphone, radio, télévision, informatique. Les travailleurs manuels diminuent en nombre au profit des machines, des robots et du secteur tertiaire des services — soit 75 % des travailleurs dans la France contemporaine. Finalement, le télétravail s’impose peu à peu, tandis que les distractions sur écran enferment chaque individu dans sa bulle. Même le sport se confine, dans des salles ad hoc, chez soi sur un vélo d’appartement, ou en « joggant » autour de son pâté de maison. Le commerce en ligne se généralise, bientôt livré par des drones. Et même la guerre se fait à distance, missiles et drones contrôlés depuis des salles enterrées à des milliers de kilomètres des champs de bataille. Des tendances que le confinement de 2020 dû au covid-19 n’a finalement fait qu’accélérer.
    Dans le même temps, les derniers nomades amorcent leur irrémédiable disparition, soit au milieu des sédentaires (Tsiganes ou Roms, transhumants des Balkans, etc.) soit dans les lieux les moins hospitaliers du globe, éleveurs de rennes du Grand Nord, Touaregs du Sahara, Mongols des steppes. Quant aux malheureux réfugiés contemporains, politiques, économiques ou climatiques, leur but n’est que de pouvoir se sédentariser à nouveau, mais dans des lieux plus sûrs.

    Le point de vue de la sociologue (S.Mazzella)

    Le qualificatif de nomade est l’objet d’une réactualisation dans les sciences humaines et sociales où il constitue l’un des termes qui permettent de rendre compte d’une diversification inédite des mobilités dans le monde. En sociologie, ce contexte a donné naissance à différents courants de recherche, dont une socio-anthropologie transnationale des migrations qui privilégie l’espace de circulation et met en évidence la capacité d’action du migrant.
    Si le nomadisme est lié à l’origine à la protohistoire, il faut sans doute retenir deux idées pour comprendre l’usage extensif actuel : le nomade se définit principalement par rapport à un mode existant de territorialisation auquel il est lié et dont il s’émancipe. L’espace du nomade est défini par rapport à l’espace du sédentaire qu’il parcourt et relie, en même temps que, littéralement, il le transgresse (il passe à travers).
    La culture et l’économie du sédentaire et du nomade ne s’opposent pas, elles ont le même substrat et sont interdépendantes sur un même territoire, « une société à racines et une société à pattes » comme l’écrit Christian Grataloup. En revanche, le nomade se posant où il peut, est vécu, à tort ou à raison, comme une menace pour l’agriculteur, nécessitant un lieu d’accès protégé et défendu collectivement. Même si les Empires nomades, au destin court et malheureux, sont rares (Genghis Khan…), la perception des nomades comme destructeurs et invasifs perdure à travers les siècles.
    L’usage du terme de nomadisme en sociologie des migrations est à la fois extensif et parcimonieux. Le terme a du mal à trouver sa place dans une société post-agricole. La difficulté vient du fait que dans un monde dominé par une organisation en États-nations, même affaiblis, et dans une société « post-moderne » de la civilisation urbaine, le nomadisme perd ses deux caractéristiques originelles. Dans une partition cartographique stato-nationale, sans no man ’s-land, l’homme mobile ne parcourt plus les territoires interstitiels de l’espace sédentaire mais ne fait que franchir des frontières. Surtout le citadin n’est plus issu de sa terre où il naît et meurt comme ses ancêtres, c’est un déraciné en sa propre maison. La figure emblématique de la civilisation urbaine, que Georg Simmel analyse, est celle de l’étranger par laquelle le lointain se fait proche et le proche lointain.
    Comme le terme de nomadisme, celui de diaspora tend à se disperser en s’étendant et peut éclairer les difficultés concernant la catégorienomade. Attaché à la condition juive, l’individu diasporique s’est vécu des siècles durant comme « étranger et résident » dans un statut secondaire menacé d’errance. Ce statut, que les Juifs ont payé très durement, bien avant la Shoah, leur a cependant assuré une résilience millénaire par la création d’un espace interstitiel, administratif et symbolique, dans les Empires multiethniques. La recomposition de l’Europe en États-nations a débouché sur des revendications de droits des minorités qui permettent une adaptation de la formule diasporique. Elles ont pu s’appliquer à d’autres identités dispersées, caractérisées par la langue, la culture et/ou la religion, comme celle des Arméniens ou des Irlandais.
    Mais peut-on appliquer au nomadisme cette extension historique et sémantique de la diaspora ? En un sens, oui. Le nomadisme, comme le phénomène de diaspora, doit être problématisé non seulement loin des clichés et des amalgames plus ou moins consciemment discriminatoires et quelquefois assassins mais à l’aune d’un triple mouvement d’urbanisation, d’ordre mondial stato-national, de mondialisation libérale.
    Arrêtons-nous à quelques exemples précis. Mohamed Mahdi observe dans le Haut-Atlas oriental une diminution progressive du nombre de nomades. Comme leurs homologues partout ailleurs, les nomades subissent l’influence de la culture mondiale. Mais, constate-t-il, les nomades perpétuent sous des modalités diverses et variables un mode de production pastoral, un genre de vie nomade et une culture matérielle (élevage et production dérivée) et immatérielle (connaissance de la nature et d’une médecine naturelle, langue, activités rituelles et artistiques). Il faut distinguer l’activité pastorale, la transhumance, « une forme de nomadisme assagi » pour reprendre l’expression de Fernand Braudel, du genre de vie nomade qui implique des parcours irréguliers concernant l’ensemble du groupe. Pour les uns les déplacements sont liés à une de leurs activités économiques insérée dans un mode de vie agro-urbain ; pour les seconds, en voie de disparition, les déplacements sont le socle mobile de leur genre de vie. Le nomadisme devient ainsi pour ces agriculteurs-éleveurs, une référence culturelle, « un patrimoine » qui peut légitimer l’appellation de semi-nomade, moins pour leur horizon d’attente que pour leur passé révolu…
    Prolongeons l’analyse sur l’étude de deux lieux communs des « nomanologues » : les migrants de l’espace saharien et les Roms d’Europe. Concernant le Sahara, Olivier Pliez évoque le traité de nomadologie des philosophes Deleuze et Gattari : « qu’est-ce que les nomades du désert ont à voir avec la nomadologie ?... rien ». Il dénonce ainsi des amalgames et des clichés : le Sahara n’est pas un espace lisse et ne saurait être réduit à une zone grise incontrôlée et incontrôlable. C’est un espace parcouru de migrants internationaux qui doivent franchir difficilement des frontières. Ce ne sont pas de « nouveaux nomades » ni dans leur itinéraire ni dans leur mode de vie. Loin des clichés orientalistes ou post-coloniaux, le Sahara est urbain, mais d’une manière différente. En fait, ce sont les villes nouvelles, les Saharatown, qui incarnent un système en réseau où les nomades d’hier sédentarisés et les migrants d’aujourd’hui se croisent et se côtoient, redéfinissant les fonctions urbaines. Trois logiques s’entrelacent : l’enracinement des résidents dans les villes créées par les États (logique nationale et urbaine) ; l’influence sur l’espace urbain des migrants qui traversent le Sahara du Sud au Nord pour travailler (logique migratoire) ; la participation de ces villes au commerce mondial (logique transnationale). Ces différentes logiques voient émerger une civilisation dans laquelle la ville, Saharatown, s’impose comme un point d’ancrage.
    Frappé d’un stigmate discriminant, l’imaginaire nomade s’applique parfois à quelques groupes diasporiques qui maintiennent une singularité et une liberté (langue, culture et/ou religion) dans des espaces perçus comme homogènes, et qu’il s’agit donc de désigner comme menaçants, si possible en les regroupant tous artificiellement sous la catégorie juridique de « Gens du voyage », peut-être bientôt de « Français itinérants », ou « sédentaires mobiles » (Ingrid Sénépart). Ou pire avec la catégorie raciale de « Tsiganes ». C’est le cas des Roms, en France, comme en Europe, qui sont perçus et désignés comme nomades, alors qu’ils sont depuis longtemps sédentarisés. Il existe bien un nomadisme des Roms mais extrêmement minoritaire (3 à 4 % des Roms d’Europe) comme pour d’autres groupes comme les Travellers et les Yéniches, mais totalement absent d’autres populations assimilées à tort aux Roms, comme par exemple les Balkano-Égyptiens ou les Beás-Rudars (population roumanophone elle aussi ostracisée en Europe centrale). Pour eux comme pour les Roms, c’est bien la marginalisation sédentaire qui est le trait commun.
    En Europe, une dizaine de peuples ont en commun d’être dispersés dans un grand nombre de zones où ils sont minoritaires. Ces divers peuples peuvent avoir gardé un mode de vie plus ou moins mobile, mais c’est l’éclatement en un territoire qui reste leur dénominateur commun : les Roms, les Balkano-Égyptiens (de langue albanaise), les yiddichophones, les Saami (appelés Lapons) … Pour la sociologie, le nomadisme semble attaché à une époque archaïque de l’histoire de l’humanité, ou à des espaces interstitiels échappant aux grands mouvements de la postmodernité et qu’il semble délicat de réactualiser sans une problématisation et une redéfinition qui puisse le rendre compatible avec les grandes caractéristiques de notre époque. Le risque le plus grand est bien celui de l’essentialisation, de l’enfermement identitaire dans une mêmeté figée. Migrants ou citadins, transnationaux ou exilés, sédentaires ou (semi-) nomades, comme le rappelle Jean-Paul Demoule, citant Lucien Febvre et François Crouzet : nous sommes tous des sang-mêlés.

    Le point de vue de l'ethnologue (S. Bahuchet)

    Dans l’ethnologie classique, une catégorie socio-économique a été définie, celle des « pasteurs nomades », des peuples qui vivent de l’élevage de bétail en déplaçant les troupeaux sur de très vastes distances, souvent à l’échelle d’un sous-continent. Par contraste, les chasseurs-cueilleurs qui se déplacent eux-aussi mais sur des surfaces considérablement plus restreintes, et fréquemment dans des limites connues, sont décrits comme des « populations mobiles ». Les groupes sociaux changent de lieu d’établissement des campements, mais avec des retours dans les mêmes zones selon l’alternance de saisons. Il y a une forte variabilité parmi les peuples qui se déplacent. Les pasteurs nomades sont souvent aussi de grands commerçants, avec des routes de commerces qui unissent des régions distantes. Les groupes archétypaux les plus connus sont les Touaregs dont les caravanes de camélidés traversent le Sahara, ou les groupes de l’Himalaya. Leurs itinéraires sont articulés autour des points d’eau et des pâturages.
    L’anthropologue Aparna Rao avait défini une catégorie socio-économique particulière pour des groupes qui ne vivent pas d’élevage ou de chasse et de cueillette, mais de services, et qu’elle a nommé « péripatétiques » (par exemple les Tsiganes). Les sociétés de ce type pourraient être qualifiées « d’itinérants », comme les forains européens. Le style économique n’implique pas nécessairement la forme de mobilité. Il y a des chasseurs-cueilleurs-pêcheurs qui ne sont pas mobiles mais sédentaires (les groupes de la côte de Colombie Britannique), comme il y a des éleveurs qui sont mobiles et pas nomades car se déplaçant eux-aussi dans des espaces limités (par exemple les éleveurs de rennes sibériens ou les Saami).
    La distinction entre semi-nomades (ou nomadisme flexible) et semi-sédentaires est très ténue. Les styles de vie diffèrent par l’organisation spatiale et temporelle, dans les cycles écologiques. L’accès aux ressources vitales conditionne les déplacements et les points d’installation. Par exemple, jusqu’au début du siècle dernier, les agriculteurs sur brûlis des forêts équatoriales déplaçaient leurs champs tous les ans, au cours de l’année ils installaient divers habitats secondaires en forêt pour la chasse ou la pêche, mais au bout de plusieurs années, ils déplaçaient entièrement leur village pour recommencer le même mode de vie plus loin. Une partie de ce que l’on a imaginé être des grandes migrations (par exemple, « l’expansion bantoue » en Afrique sub-saharienne) résultait probablement d’un simple déplacement décennal des villages !
    Il y a certainement beaucoup d’analogies entre les modes de vie du passé et les modes de vie subactuels décrits par les ethnographes ou les voyageurs, car les fondements écologiques sont similaires. Il faut prendre en compte un aspect fondamental des économies mobiles ou nomades, c’est celui des relations entre sociétés différentes. Il est certain que les relations interethniques ont été elles-aussi similaires, ne serait-ce qu’au moment des expansions agricoles, qui portent des groupes d’agriculteurs ou d’éleveurs à rencontrer des groupes de chasseurs-cueilleurs dont certains adopteront l’économie de production et d’autres non.
    Depuis le milieu duXXe siècle, il est indéniable que les États modernes détestent les populations mobiles, et font tout pour les sédentariser. Le mouvement est très net dans les zones tropicales, où les pouvoirs coloniaux avaient comme politique de fixer les villages mobiles des agriculteurs sur brûlis, voire en les déplaçant pour les regrouper le long des routes. Ils ont aussi cherché par tous les moyens à sédentariser les chasseurs-cueilleurs comme les Pygmées — mouvement qui se poursuit actuellement. En ce qui concerne les pasteurs nomades, les frontières des États sont devenues très fortes, voire étanches et empêchent les grands déplacements. De plus l’accroissement de l’agriculture (et l’extension des parcs nationaux !) crée des conflits croissants envers les éleveurs de bovins transhumants (par exemple les Peuls en Afrique centrale). Rappelons que les sécheresses de la seconde moitié du XXe siècle dans le Sahel ont fortement mis en péril les pasteurs nomades, et provoqué des dramatiques émigrations vers le sud, avec perte et abandon des troupeaux.
    Que penser des forains de France, qui ont de moins en moins d’endroit où installer leurs camps de caravanes ? In fine, on retrouve partout le même mépris, la même crainte ou peur (ne sont-ils pas tous des voleurs de poules ?), et la même haine que les sédentaires portent aux nomades, aux mobiles, quel que soit le nom qu’on leur donne : serait-ce provoqué par l’envie cachée de la liberté que procure un détachement du champ inéluctablement fixe ?

    Pour conclure (J.-P. Demoule)

    Un premier enseignement de ce regard croisé entre ethnologie, sociologie et archéologie serait sans doute la variété des modes de vie et de déplacements des Homo sapiens à travers le temps et l’espace. Cette variété n’est pas seulement liée à des contraintes environnementales, car si l’agriculture n’est pas vraiment possible dans le Grand Nord ou au milieu du Sahara, des choix autres que le nomadisme, sous ses diverses formes, auraient pu tout aussi bien être faits, à environnements comparables, dans bien des régions du monde. Un autre enseignement est celui des définitions, qui ne sont pas exactement les mêmes dans les trois champs disciplinaires, mais aussi parce que les situations étudiées ne sont pas non plus identiques. Quoi de comparable, à première vue, entre les déplacements des campements magdaléniens, les trajets pendulaires des travailleurs des mégalopoles contemporaines, les forains traditionnels ou les transhumants des Balkans ? Mais cette variété à première vue irréductible fait au contraire tout l’intérêt des comparaisons possibles. Elles éclairent en effet la trajectoire des sociétés sapiens sur la très longue durée, conduisent à s’interroger sur les choix, heureux ou malheureux sur le long terme, et à rechercher leurs logiques passées, mais aussi à venir.

    Texte intégral The prehistorian’s point of view (J.-P.D.) Original nomadism Slow nomadism and herding nomadism Towards confinement The sociologist’s point of view (S.Ma) Nomadism: a nomadic notion The ethnologist’s point of view (S.B.) A few notes from the ethno(eco)logist In conclusion (J.-P.D.) Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    1After finishing this work, it is clear that the very notion of nomad is subject to debate depending on the angle of approach and the disciplinary field. To conclude this volume, it seemed interesting to tackle the question through the comparative views of an archaeologist (Jean-Paul Demoule), a sociologist (Sylvie Mazzella) and an ethnologist (Serge Bahuchet), whom we thank for agreeing to taking up the challenge. The main question they were asked and to which they answered was: “what do you think being a nomad is about? (depending on your field)”, after which other questions came up and generally guided the answers given by each of them: “how do you comprehend the distinction between semi-nomadic (flexible nomadism) and semi-sedentary? Do you see a connection between prehistoric nomads, nomads from the recent past, current and “future nomads”? What does the future hold for nomadism and nomads?”

    2The editors

    The prehistorian’s point of view (J.-P.D.)

    3To tackle nomadism from a prehistorian’s point of view, I shall begin with this delicious quote from Le geste et la parole by André Leroi-Gourhan, that I have never tired of: “If humans had been equipped with rasping teeth and with a ruminant's stomach, the foundations of sociology would have been radically different. Had we been able to eat herbaceous plants, we might, like bisons, have formed seasonally migrating herds composed of thousands of individuals.” Effectively, humans are primates and as such, they eat, as Leroi-Gourhan also says, “fleshy food”, fruits, roots, meat, etc. which are scattered around in nature. On this basis, the ethology of primates, archaeology and ethnology suggest that humans could have practised or still practise three types of nomadism.

    Original nomadism

    4The first would be classic primate nomadism, the fact of regularly moving within a given but limited territory, depending on seasonal needs and resources, radiating out from a fixed habitat. In this way, chimpanzees, who eat animals and plants on their territory, spend their nights sleeping in sorts of nests in trees. The life of Australopithecus, and probably Homo erectus, must not have been very different. But André Leroi-Gourhan is also responsible for showing on the Pincevent site (which is the first archaeological excavation that I participated in, while I was still a student, and where I met Claudine Karlin), not just daily routes, but also the seasonality of the movements of these Magdalenian reindeer hunters some 12,000 years ago. The settlement of these camps each year seems to have corresponded to the great reindeer hunts —a migratory animal itself, if not nomadic— and the season can be determined by the study of the slaughtered reindeer teeth. The presence of exogenous flint tools was also a marker of such movements, while the silts deposited each year by the rise of the river Seine sealed the vestiges each time, confirming their seasonal character.

    5Obviously, we do not always have access to such detailed information on Palaeolithic camps. In caves, especially, the quick succession, even if they are distant in time, of occupations with no intermediary natural deposits, like in Pincevent, is an obstacle to estimating movements, apart from the presence of exogenous raw materials —which is proven at least from the Middle Palaeolithic era onwards. Many will recall that in the 1970s, Lewis Binford interpreted, contrary to François Bordes, the various cultural features of the Mousterian as so many different activities of one nomadic population. Actually, Bordes’ interpretation, though less “modern”, appears to have been the correct or at least the most plausible one, even though both debaters put, in the long run, a little “water in their wine”.

    6As for later periods, we might compare this first type of nomadism with that of traditional farmers, starting in the Neolithic era, who were supposedly sedentary in their village but went to farm their fields and brought back their crops. And is that actually any different from contemporary commuting where workers also leave their home on a daily basis, in order to reach their work place which is supposed to bring them food? However, let us note that there can be variants. Such as slash and burn agriculture, where a farming community clears a certain territory with iron and fire, cultivates it for as long as productivity is satisfactory and then, once the soil is depleted, depending on the prevailing techniques, abandons this territory to go and clear a new one, in a cyclic manner.

    7Symmetrically, there have also been sedentary hunter-gatherers, usually connected to aquatic biotopes, rich in fish, seashells and even marine mammals, by the sea, rivers or lagoons. We can cite the well-known Japanese Jōmon societies, who existed for over ten thousand years and created some of the most earliest potteries in the world. But we can also mention the Scandinavian Mesolithic, the great rivers of Ukraine or the Danube. And ethnology has also left us records of Native Americans on the north-western coast of the United States and Canada.

    Slow nomadism and herding nomadism

    8In addition, with Homo erectus, humans started to imperceptibly move away from the African cradle a couple of million years ago, which can be considered as another type of nomadism, i.e., a very slow, unidirectional and definitive migration. By gradually scattering throughout Eurasia in small numbers, from Indonesia to the British Isles, groups of erectus settled on a given territory where they went back to their usual type of nomadism, as described above. This slow nomadism, which is a type of migration, was later that practised by Homo sapiens, who also left Africa, probably a little less than 200,000 years ago. Later again, with the demographic boom caused by the new farming way of life, farmers moved away from their original centres of invention to scatter around the entire planet, absorbing, pushing out or even massacring indigenous hunter-gatherers in the occupied territories —and thus putting an end to the latter’s nomadism. And this was the case for many other later migrations, from the conquests of the Roman Empire to the Bantu migrations and from the invasion of the Americas by the Europeans to the great Polynesian navigations, not to mention contemporary political, economic and climatic refugees.

    9Finally, the third type of nomadism is the one that comes most spontaneously to mind, that of the last known nomads who, from the Sahara to Siberia and Central Asia, live an itinerant lifestyle, connected to farming and very specific environmental conditions —such as the Siberian Yakuts and Dolgan reindeer hunters studied by Claudine Karlin. The reason that they still exist today, though they are becoming increasingly rare, is also because these societies occupy regions that are not very suitable for traditional agriculture.

    Towards confinement

    10We might consider humans as the ultimate nomadic primates —and our contemporary societies tend to argue as such. But if we take a closer look, the long trajectory of human history says otherwise. Most hunter-gatherer societies covered long distances, either on a daily or seasonal basis. This distance was considerably reduced with the advent of the Neolithic, when “permanent” houses appeared where humans began to confine themselves, in villages surrounded by fields and pastures. It was no longer necessary to go further for food. Humans lived in close contact with domestic animals, as well as with “commensal” animals (rats and their fleas, cockroaches, pigeons, etc.), animals carrying diseases fostered by sedentary concentrations.

    11Then the demographic boom caused by sedentary agriculture led to the emergence of the first cities. Food was brought to city-dwellers in shops and their journeys became way shorter. Writing was then invented to manage these growing human communities, allowing them to communicate remotely. Finally, with modern times, the process accelerated. Individual houses were replaced with buildings. Communication became increasingly faster: printing, postal services, Chappe’s telegraph, Morse code, telegrams, pneumatic letters, telephone, radio, television, computer science. The number of manual workers decreased in favour of machines, robots and the tertiary sector —which accounts for 75% of contemporary French workers. Ultimately, remote working gradually emerged while entertainment on screens locked each individual in a bubble. Even sports are now being confined, in gyms, at home on an exercise bike, or “jogging” around the block. Online business is becoming widespread as well as drone deliveries. Even war is being waged remotely with missiles and drones controlled from underground rooms thousands of miles from the battlefields. These trends were confirmed and accelerated with the 2020 lockdown due to Covid-19.

    12Simultaneously, the last nomads are beginning to irremediably disappear, either merging with sedentary people (Tziganes or Romani, Balkans transhumants, etc), or in less hospitable places in the world, reindeer herders of the Great North, Tuaregs of the Sahara, Mongols of the steppes. As for unfortunate contemporary political, economic or climatic refugees, their aim is only to become sedentary again, but in safer places.

    The sociologist’s point of view (S.Ma)

    Nomadism: a nomadic notion

    13The term “nomad” is being updated by human and social sciences where it is one of the words encompassing an unprecedented diversification of types of mobilities in the world. In sociology, this context has given birth to various lines of research, including a transnational socio-anthropology of migrations that favours circulation space and brings to light migrants’ capacity for action.

    14Nomadism is originally linked to prehistory, but it is important to bear in mind two ideas in order to understand its current extensive use: nomads are mainly defined by their relationship to an existing type of territorialisation to which they are connected and from which they have freed themselves. The nomadic space is defined in relation to the sedentary space it crosses and connects, while at the same time literally transgressing it (going through it).

    15Sedentary and nomadic culture and economy are not opposed, they share the same foundation and are interdependent on the same territory, “a society with roots and a society with legs”, as Christian Grataloup (2017) wrote. However, since nomads settle wherever they can, they are considered —rightly or wrongly— as a threat to farmers who need a collectively protected and defended area. Nomadic Empires with short and unfortunate fates are rare (Genghis Khan…), yet the perception of nomads as destructive and invasive elements persists throughout the centuries.

    16The use of the word “nomadism” in the sociology of migrations is both extensive and parsimonious. The word struggles to find its place in a post-agricultural society. This difficulty stems from the fact that, in a world dominated by a nation-state organisation, even if it has been weakened, and in a “post-modern” society of urban civilisation, nomadism is losing two of its original characteristics. In a state-national cartographic partition, with no “no man’s lands”, mobile humans no longer travel through interstitial territories of sedentary space, but only cross borders. Especially city-dwellers who no longer live and die on the land where they were born as they ancestors did, they are uprooted from their own home. The emblematic figure of urban civilisation analysed by Georg Simmel is that of the foreigner through whom distance becomes near and proximity becomes distant (Simmel 1979).

    17Just like the term “nomadism”, the word “diaspora” tends to drift and extend, and can elucidate difficulties concerning the nomad category1. In relation to the Jewish condition, the diaspora individual has spent centuries living like a second-class “foreigner and resident”, constantly threatened by wandering. This status, that the Jews paid a high price for, well before the Shoah, has given them a thousand-year-old resilience through the creation of an interstitial, administrative and symbolic space, in multi-ethnic Empires. The reshaping of Europe into nation-states has led to claims for minority rights leading to the adaptation of the diaspora model. These rights were applied to other scattered identities, characterised by language, culture and/or religion, such as the Armenians or the Irish.

    18But can we apply nomadism to this historic and semantic extension of the diaspora?

    19In a sense, yes. Nomadism, just like the diaspora trend, must be problematised not only far from more or less consciously discriminatory and sometimes fatal clichés and conflations, but in the light of a triple urbanisation movement —global, state-national and liberal globalisation.

    20Let us consider a few specific examples.

    21Mohamed Mahdi observes a progressive decrease in the number of nomads in the Oriental High Atlas (Mahdi 2018a). Like their counterparts everywhere else, nomads are being influenced by global culture. But he also notes that nomads perpetuate, in diverse and variable ways, a pastoral production mode, a nomadic way of life and a material (farming and farming-based production) and immaterial (knowledge about nature and natural medicine, language, ritual and artistic activities) culture. We need to differentiate between pastoral activity, transhumance, “a type of chastened nomadism” to use Fernand Braudel’s expression, of the nomadic way of life that involves irregular routes for the entire group. For some, movements are related to economic activities in an agro-urban way of life. For others, who are endangered, movements are the mobile basis of their type of life. Thus, for these farmers-breeders nomadism becomes a cultural reference, a “heritage” that can legitimate the semi-nomadic designation, less for their expected horizon than for their bygone past…

    22Let us continue the analysis with the study of two places well known to “nomanologists”: the migrants in the Sahara area and the Romani of Europe.

    23For the Sahara, Olivier Pliez mentions the nomadology treaty of philosophers Deleuze and Gattari: “what do nomads from the desert have to do with nomadology?... nothing” (Pliez 2011). He goes on to condemn conflations and clichés: the Sahara is not a smooth area and cannot be reduced to an out-of-control grey area. It is a space travelled by international migrants who must cross borders with great difficulties. They are not “new nomads”, neither in terms of their itinerary or their way of life. Far from orientalist or post-colonial clichés, the Sahara is urban, but in a different way. In actual fact, new cities, Saharatowns, incarnate a networked system where the settled nomads of yesterday and the migrants of today meet and mix, redefining urban functions. There are three intertwining logics: the integration of residents in cities created by the States (national and urban logic); the influence of migrants crossing the Sahara from south to north to work (migratory logic) on the urban space; the participation of these cities in global trade (transnational logic). These various logics are faced with the emergence of a civilisation in which the city, Saharatown, emerges as a point of anchorage.

    24Nomads are often stigmatised, and the nomadic imagination is sometimes applied to some diaspora groups who maintain a certain singularity and freedom (language, culture and/or religion) in areas perceived as homogenous. They are to be considered threatening, and if possible, grouped artificially under the legal category of “Travelling Community”2, maybe soon “Itinerant French people”, or “mobile sedentary people” (Ingrid Sénépart). Or worse, with the racial category of “Tziganes”. This is the case for the Romani, in France and in Europe, who are perceived and designated as nomads whereas they have been sedentary for a long time3. There is such a thing as Romani nomadism, but it is extremely minor (3 to 4% of the Romani in Europe), like for other groups such as the Travellers and the Yenish, but totally absent from other populations wrongly associated with the Romani, such as the Balkan Egyptians or the Boyash (Romanian-speaking population which is also ostracised in central Europe). For them, like for the Romani, sedentary marginalisation is commonplace.

    25In Europe, about ten peoples are scattered over a large number of areas where they are minorities. These various peoples may have maintained a more or less mobile way of life, but their common denominator is that they are scattered across a territory: the Romani, the Balkan Egyptians (Albanian-speaking), the Yiddish-speaking, the Saami (called Lapps)…

    26In sociology, nomadism seems attached to an ancient era of the history of mankind, or to interstitial spaces that escape the great movements of post-modernity and which it seems tricky to update without a problematisation and a redefinition that might make it more compatible with the great characteristics of our time. The main risk is that of essentialisation, identity isolationism in a fixed sameness. Migrants or city-dwellers, transnational or exiles, sedentary or (semi-)nomadic, as Jean-Paul Demoule reminds us, quoting Lucien Febvre and François Crouzet: we are all half-bloods.

    The ethnologist’s point of view (S.B.)

    A few notes from the ethno(eco)logist

    27Traditional ethnology refers to a socio-economic category of “nomadic pastors”, peoples who live off livestock farming by moving herds over very large distances, often at the scale of a sub-continent. In contrast, hunter-gatherers who also move but over considerably more limited surfaces, and often within known boundaries, are described as “mobile populations”. Social groups set up camp in different places but come back to the same areas depending on the seasons. There is high variability among these peoples who move. Nomadic pastors are often also traders, with trade routes connecting distant regions. The most famous archetype groups are the Tuaregs, and their processions of camelids cross the Sahara (cf. Bernus 1981), or Himalayan groups. Their itineraries revolve around water points and pasturelands.

    28The anthropologist Aparna Rao (1985, 1987) defined a specific socio-economic category for groups who do not live off farming or hunting and gathering, but rather off services, which she called “peripatetic” (for instance, the Tziganes). These types of societies could be considered “itinerant”, such as European travellers. The type of mobility is not necessarily dependent on the economic way of life (cf. Casimir & Rao 1992). There are hunter-gatherer-fishermen who are not mobile but sedentary (groups from the coast of British Columbia, cf. Testard 1982), just as there are herders who are mobile and not nomadic, for they also move within limited areas (for instance, Siberian reindeer herders or the Saamis).

    29The difference between semi-nomadic (or flexible nomadism) and semi-sedentary is very tenuous. The spatial and temporal organisation of lifestyles differs within ecological cycles. Access to vital resources governs movements and settlement points. For instance, up until the beginning of the last century, slash and burn farmers of the equatorial forests moved their fields every year. Throughout the year they would set up various secondary dwellings in the forest to hunt or fish, but after several years, they would move their village entirely to start the same lifestyle again further away (cf. Bahuchet 1997). Part of what we imagine as the great migrations (for instance, “Bantu expansion” in Sub-Saharan Africa) was probably the result of simply moving villages on a ten-yearly basis!

    30There are probably many analogies between the past and present lifestyles described by ethnographers or travellers, as the ecological bases are similar. However, we need to consider a fundamental aspect of mobile or nomadic economies, that of relations among different societies. Undoubtedly, interethnic relations were also similar, even if only during the agricultural expansions that pushed groups of farmers or herders to meet groups of hunter-gatherers, some of whom went on to adopt the production economy while others did not (cf. Gregg 1988).

    31Since the middle of the twentieth century, it is undeniable that modern States detest mobile populations and do everything in their power to get them to settle down. This movement is clear in tropical areas, where colonial powers endeavoured to settle mobile slash and burn farmers’ villages, or even to move them in order to group them along roads. They also tried in every possible way to get hunter-gatherers such as the Pygmies to settle down —and this impetus is still active to this day. As for nomadic pastors, State borders have become very robust, even airtight, and prevent great movements (cf. Bernus 1982). Furthermore, the development of agriculture (and the extension of national parks) creates growing conflicts towards transhumant bovine herders (for instance the Fula in central Africa). The droughts of the second half of the twentieth century in the Sahel strongly endangered nomadic pastors, and caused tragic emigrations southwards, with the loss and abandonment of herds.

    32What should we think about itinerants in France, who have less and less places to set up their caravan camps? Ultimately, the same contempt is found everywhere, the same doubt or fear (aren’t they all chicken thieves?), and the same hatred that sedentary people have for nomads, mobiles, whatever they are called. Could this stem from the hidden jealousy for freedom that the detachment from the ineluctably static way of life brings?

    In conclusion (J.-P.D.)

    33The first lesson we can from this comparison of the views between ethnology, sociology and archaeology would probably be the variety of lifestyles and movements of Homo sapiens throughout time and space. This variety is not only related to environmental constraints, for if agriculture is not really possible in the Great North or in the middle of the Sahara, choices other than nomadism, in various forms, could have been made, in comparable environments, in many regions of the world. Another lesson is that of definitions, which are not exactly the same in each of the three disciplinary fields, but also because the situations studied are not identical either.

    34How can we compare, at first glance, the movements between Magdalenian camps, the commuting of workers in contemporary megalopolises, traditional itinerants or transhumant peoples in the Balkans? For this variety that seems intransigent at first sight is actually very interesting to compare. It highlights the long-term trajectory of sapiens societies, raises questions about choices, right or wrong in the long run, and incites us to look for past as well as future logics.

    Notes de bas de page

    1 Another notion requiring a review of its meaning is that of autochthony, often used but rarely questioned, as the archaeologist François Quantin highlights (Quantin 2020).

    2 And sometimes even physically in locations provided for them to gather to render them invisible (read in this volume, Les Tsiganes nomades nous échappent-ils? about the Saint-Menet camp in Marseille).

    3 Marcel Courthiade, Les Rroms dans le contexte des peuples européens sans territoire compact, http://www.sivola.net/download/Peuples%20sans%20territoire%20compact.pdf

    Auteurs

    • Serge Bahuchet

      Ethnologist, professor of Ethnobiology at the MNHN - UMR 7206 – Eco-anthropologie (team Diversité et évolution culturelles, DivEC), Muséum national d’Histoire naturelle, Département "Homme et Environnement" - Musée de l’Homme, 17, place du Trocadéro, 75016 Paris (France)

    • Jean-Paul Demoule

      Archaeologist, Professor emeritus of European protohistory at the University of Paris I Panthéon-Sorbonne, Honorary member of the Institut universitaire de France, Former president of INRAP - UMR 8215 – Trajectoires : de la sédentarisation à l'état, Institut d'Art et Archéologie, 3 rue Michelet, 75006 Paris

    • Sylvie Mazzella

      Sociologist, Director of Research (DR2) at the CNRS & Director of the institut Sociétés en mutation en Méditerranée (MESOPOLHIS - Aix-Marseille université, CNRS, LAMES UMR 7305, Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme, 5 rue du Château de l'horloge, BP 647 Cedex 2, 13094, Aix-en-Provence

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    Bahuchet, S., Demoule, J.-P., & Mazzella, S. (2021). Conclusion. In A. Averbouh, N. Goutas, & S. Méry (éds.), Nomad lives. Paris: Publications scientifiques du Muséum. Consulté à l’adresse https://books.openedition.org/mnhn/11965
    Bahuchet, Serge, Jean-Paul Demoule, et Sylvie Mazzella. « Conclusion ». In Nomad Lives, édité par Aline Averbouh, Nejma Goutas, et Sophie Méry. Paris: Publications scientifiques du Muséum, 2021. https://books.openedition.org/mnhn/11965.
    Bahuchet, Serge, et al. « Conclusion ». Nomad Lives, édité par Aline Averbouh et al., Publications scientifiques du Muséum, 2021, https://books.openedition.org/mnhn/11965.

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    Averbouh, A., Goutas, N., & Méry, S. (éds.). (2021). Nomad lives. Paris: Publications scientifiques du Muséum. Consulté à l’adresse https://books.openedition.org/mnhn/10035
    Averbouh, Aline, Nejma Goutas, et Sophie Méry, éd. Nomad Lives. Paris: Publications scientifiques du Muséum, 2021. https://books.openedition.org/mnhn/10035.
    Averbouh, Aline, et al., éditeurs. Nomad Lives. Publications scientifiques du Muséum, 2021, https://books.openedition.org/mnhn/10035.
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