L’instrument de musique électrique : une merveilleuse machine
Electrical music instrument: a marvelous machine
p. 429-442
Résumés
The conception of a musical instrument (shape, sound, play) is to be put in touch with the imagination of period. We examine which myths are at work in the creation of the electroacoustic instruments, from the end of the 18th century until the middle of the 20th century.
La conception d’un instrument de musique (forme, timbre, jeu) est à mettre en rapport avec les imaginaires d’une époque. Le but de cet article est d’examiner quels mythes sont à l’œuvre dans la création des instruments électroacoustiques, de la fin du xviiie siècle jusqu’au milieu du xxe siècle.
Entrées d’index
Mots-clés : musique, électroacoustique, mythe, musique des sphères, théremin
Keywords : music, electroacoustic, myths, music of the spheres, theremin
Texte intégral
1La musique, qui n’est pas chose matérielle, a une propension à devenir métaphore. Elle représente l’harmonie1 : celle des états, celle de la nature et celle des corps. Sous l’Ancien Régime en effet, et même au-delà, elle devient le modèle de l’ordre et de la solidité d’un État2. Du coup, l’instrument de musique devient un objet philosophique. C’est ainsi que l’orgue, au xviie siècle, par son organisation hiérarchisée, fait image de la puissance divine, du souffle divin, de l’ascension vers l’au-delà et par conséquent, du pouvoir royal.
2On attribue à la musique la capacité d’agir sur les corps et les âmes, en générant chez un auditeur des émotions « à l’état pur », totalement immatérielles. Il faut dire que la musique elle-même est en passe de devenir « pure » : débarrassée des bruits, du langage et séparée de la danse. On sait depuis l’Antiquité qu’elle adoucit les mœurs, mais aussi qu’elle entraîne les soldats au combat ; au xviiie siècle, elle soigne, emporte vers le sublime, mais aussi fait entrevoir le plus intime de l’âme en révélant des sentiments qui n’avaient pas même de nom3 : telle l’étrange vibration des cordes dans les premiers forte piano, qui ressemble tant aux incertitudes de l’âme dans le xviiie siècle finissant.
3En ce même siècle, en relisant Descartes, on rêvait au corps comme un instrument de musique et aux nerfs comme à des cordes. On chercha donc à jouer des corps, à la manière chinoise, pour leur redonner l’harmonie qu’avait ôtée la maladie. Et lorsqu’on commença à soigner, dès 1750, par l’électricité, les vapeurs et autres dissonances corporelles, c’est-à-dire à « exciter les passions, les assoupir, les faire succéder les unes aux autres [...] altérer ou rétablir, en ébranlant les nerfs, le jeu des esprits animaux4 », l’analogie allait de soi : musique et électricité produisaient des effets semblables. D’où ce qu’on nomma au xviiie siècle « électrisation musicale » et la mise au point d’instruments électriques, ce qu’on se propose d’étudier ici, jusqu’au milieu du xxe siècle.
4À la suite des expériences de l’abbé Nollet dans les années 1740, l’électricité fut l’objet d’une très grande curiosité et rejoignit les interrogations sur la musique et sur ses effets merveilleux dont on parlait depuis des siècles5, du fait de l’immatérialité des deux mediums produits dans le cadre d’une performance : on donnait à voir l’électricité de même qu’on donnait à entendre la musique. En outre, l’onde était la forme algébrique du son, comme l’avaient montré Euler puis d’Alembert, et par suite de la sensation ; puisque l’électricité était également un phénomène ondulatoire (suivant Fourier, Martinville, puis Helmholtz), les deux « fluides » étaient analogues : l’électricité, dans la sensation, était semblable à la musique. Il y avait une poésie de l’onde qui était comme une entrée dans les mondes supranormaux. Et lorsque l’intérêt pour l’énergie fut à son comble6, dans les années 1780, un imaginaire commun se forgea, celui de la propagation ; le nouveau principe, l’« énergie », semblait gouverner le monde et expliquer la sympathie ou l’antipathie des éléments. L’individu était traversé par les ondes musicales ou électriques qui généraient une émotion et qui pouvaient troubler l’organisation du corps dans un sens positif, ou négatif, comme il l’était par la foudre. L’électricité produisait ces effets merveilleux, tels que l’Antiquité les avait imaginés : guérisons ou mouvements spontanés. Du reste, dans les sociétés éclairées de l’Ancien Régime où alternaient expériences de physique et concerts, on sentait bien une identité de sensations : écouter le virtuose du chant ou celui de l’électricité, cela revenait au même ; on était de la même façon « pincé, secoué, frappé7 ». Il y a lieu de penser que, pour une part, l’esthétique musicale en fut modifiée : écouter la musique qui échappait à la raison, dite justement « naturelle », c’était entrer en contact avec l’universel, le fluide cosmique, plus aisément que par le biais des pratiques magiques. Le plaisir de la musique était probablement une affaire de polarités8. Bref, la nature prenant le visage d’un fluide universel, la musique en recueillait une nouvelle définition ; elle renouait, dans sa phrase, avec l’énergie du monde. Et lorsque la Révolution utilisera la musique, c’est bien dans l’image électrique qu’elle représentera la communication : toute la musique révolutionnaire se donne comme une « électrisation9 ».
Merveilleux instruments
5Le xviiie siècle a aimé construire des « machines philosophiques », destinées à rendre visibles des faits imaginaires ; par sa forme ou par ce qu’elle produit, la machine offre une image particulière du monde. L’une des plus célèbres, hors le canard de Vaucanson, est le clavecin des couleurs de Louis Castel, conçu dès 1725, qui a donné le coup d’envoi à la construction d’un certain nombre d’engins de ce genre. Le premier instrument de musique utilisant l’électricité serait celui du bohémien Prokop Divisch, vers 1748, vaste instrument à cordes frappées chargées de l’électricité fabriquée dans des bouteilles de Leyde10. Puis y eut en 1785 le clavecin magnétique de l’abbé Bertholon où l’attraction magnétique « fait mouvoir des battants de fer suspendus en équilibre entre des timbres, tellement choisis et disposés entre eux, qu’on peut entendre des tons qui [ont] des rapports connus et des suites de tons qui forment une mélodie agréable11 ». Mais auparavant, en 1761, il y avait eu le spectaculaire et amusant clavecin électrique du père Delaborde12, qui prétendait faire oublier celui de Castel, jugé alors trop intellectuel. C’était un châssis de bois muni d’un clavier de seize touches et dix feintes, qui étaient reliées à des verges établissant un contact (l’électricité était précédemment fabriquée dans un globe), et déclenchant un timbre qui battait tout le temps qu’on pressait la note. Musique rudimentaire sans doute, mais qui représentait parfaitement le cheminement de la sensation entre la touche-organe du sens et les timbres-cerveau. On pouvait suivre ce parcours par les aigrettes de feu le long des verges. C’était, de nuit, paraît-il, un spectacle merveilleux. La comparaison avec l’orgue apparaît souvent dans les commentaires. En effet, il s’agissait aussi, métaphysiquement, d’illustrer les insuffisances de la métaphore cartésienne : l’âme n’est pas un souffle divin, mais une électricité, les esprits animaux « cet agent vraiment suranné », sont remplacés par « la matière électrique, principalement dans le cerveau, dans la moelle épinière, dans les nerfs13 ». L’instrument de musique électrique en apportait la preuve.
6Allons plus avant dans l’histoire des instruments électriques et plaçons-nous dans les dernières décennies du xixe siècle ; en 1877, Thomas Edison et Charles Cros viennent de trouver le moyen (non électrique) de conserver le son par gravure mécanique14, ce qui fait qu’on va pouvoir entendre de la musique hors du concert. L’électricité n’avait été jusque-là que la source d’énergie destinée à faire mouvoir des timbres, des clochettes ou des cordes. On découvrit que, par certains dispositifs, elle pouvait générer du son avec un agent-interprète, et plus tard sans interprète (ce qui va être très perturbant pour le public), grâce à l’oscillateur15, au tube vide16, au disque phonique17. Dans la lampe à arc, découverte en 1809 puis perfectionnée, on avait noté un bruit résiduel, comme si l’appareillage électrique produisait une musique. Et depuis l’invention de l’Harmonic Telegraph ou Musical Telegraph de Gray en 1876, qui envoyait sur les fils téléphoniques des vibrations créées à partir d’un petit clavier de 2 octaves avec des possibilités de variations, on pouvait transmettre de la musique par un fil, en faisant varier l’intensité des courants électriques et en transformant l’oscillation électrique en oscillation acoustique. William Duddel trouve en 1899 le moyen de gérer ces sons, en agissant sur le voltage, ce qui faisait varier les fréquences, et en modifiant la quantité d’harmoniques, ce qui transformait les timbres ; on pouvait donc fabriquer des sons nouveaux ; il installa un petit clavier et mit ainsi au point le premier instrument de musique électroacoustique.
7Un grand nombre d’instruments ont été inventés dans la période allant de la fin du xixe siècle au milieu du xxe18. À mesure que la science de l’électricité progressait, les instruments se perfectionnaient et la création musicale se transformait ; en effet, les compositeurs trouvèrent un aliment dans les démarches scientifiques. Il faudrait citer les nombreux compositeurs avant-gardistes du début du xxe siècle comme Edgard Varèse (1883-1965), Henry Cowell (1897-1965) et bien sûr John Cage (1912-199219) qui ont recouru occasionnellement à l’instrument électrique ou électronique, et ceux qui s’en sont fait une spécialité comme Oskar Sala (1910-2002), joueur de trautonium20. D’une manière générale, deux directions vont toujours s’opposer : d’une part, on cherche à restituer le plus fidèlement une musique instrumentale (Bach, Chopin, Beethoven, Saint-Saëns) et d’autre part on cherche à inventer des sons nouveaux, inouïs, c’est-à-dire ceux que la musique européenne n’a pas retenus. Le cinéma, dans la période d’entre-deux-guerres, en Europe21, en Russie22 et aux États-Unis, va, dès l’apparition de la piste optique, être un fort demandeur de ces sons nouveaux, propres à épauler une action ou une émotion cinématographiques, particulièrement précieux pour les films de science-fiction, et va assurer la diffusion des instruments électro-acoustiques, lesquels deviendront peu à peu des instruments à part entière, dignes de se produire en concert. Quant à la musique électroacoustique, à la suite de Pierre Schaeffer, elle devient une discipline en tant que telle, avec des formes écrites, une lutherie spécifique, des compositeurs, une esthétique propre, produisant ainsi une accoutumance du public23.
Nouvelles esthétiques
8En quoi ces nouvelles directions modifièrent-elles l’esthétique musicale ? Cela permet certes la création d’une « nouvelle oreille », d’une nouvelle façon d’écouter. Toutefois, plutôt que de poser une manière inédite de concevoir et d’entendre la musique, elles fortifièrent d’anciennes conceptions. En particulier ce qu’on appelait depuis Pythagore la « musique des sphères », – très ancien sujet de spéculations – y trouva un nouveau point d’ancrage, donnant périodiquement lieu à des créations originales24. Cette musique était apparue comme un modèle absolu, généré par la nature et par le mouvement des astres, une sorte de musique du monde, si l’on reprend les termes de Boèce, dont la musique humaine ne donnait qu’un reflet approximatif. Ainsi était justifiée l’harmonie, notion essentielle, une sorte d’archi-métaphore, qui déterminait que le bon, le beau, le juste étaient déposés dans un phénomène naturel. De tels sons ne pouvaient être conçus que purs25, sans la moindre scorie, sans matérialité et en outre non articulés, comme un bruissement incessant, sans début ni fin, sans phrases – un continuo –, totalement différent d’une articulation musicale par laquelle on avait associé la musique à un langage, qui pouvait devenir en fin de compte un ostinato. La musique générée par l’électricité trouvait en elle-même sa propre justification, sans référence extérieure, sans recours à la mathématique, sans système philosophique préalable, comme une expression à l’état pur – une utopique pureté musicale ! L’audion piano de Lee De Forest, en 1915, fut le premier instrument utilisant des tubes vides26. Une telle fabrication sonore produisait des sons nouveaux27, avec très peu d’harmoniques : la musique produite sur le pianorad en 1926 paraissait d’une pureté absolue, plus que les flûtes d’or ou les cordes les plus épurées, et ce son ne ressemblait à aucun son d’instrument connu ; les notes en étaient très claires et très distinctes.
9C’est bien ce que certains instruments électriques du début du xxe siècle purent réaliser : le telharmonium de Thaddeus Cahill en 1897, par exemple, en finit avec les sons fixes, les gammes et inventa une musique nouvelle, dont nous n’avons pas conservé d’enregistrements, qu’on nomma musique de « l’éther28 », mot qui désignait alors un lieu indéterminé de circulation des « ondes », qu’elles soient magnétiques, électriques ou qu’il s’agisse des esprits des morts, comme le pensait Edison. D’où l’intérêt du compositeur Ferruccio Busoni pour cet instrument, qui note dans son essai de 1907, Entwurf einer neuen Ästhetik der Tonkunst29, que, grâce à la machine de Cahill, « l’essence naturelle et primitive de la musique a été restaurée ». C’était une énorme machine de 300 tonnes qui utilisait une roue phonique par note et une autre pour des harmoniques ; on restait dans le domaine classique avec Chopin ou Bach. On pensa même utiliser les fils du téléphone pour transmettre la musique au plus loin à partir d’une centrale.
10Un monde sonore nouveau s’ouvrait, en dehors des principes de l’harmonie, de la nature harmonique du monde, même si l’on jouait sur les instruments nouveaux des œuvres anciennes. « Le musical n’est pas dans la nature ou si peu. Mais les bruits, grands et pressants comme ils sont, base plus familière de notre vie que les rayons même du soleil, enfin nous allons les refaire, nous y recoucher, et, grâce à cet appareil, travailler dans l’os même de la nature » écrit Henri Michaux30, dont les rapports étroits avec la musique sont bien connus et qui possédait chez lui, nous dit Florence Huybrecht31, un instrument à ondes Martenot, son « compagnon », seul apte à entonner le chant de ses souffrances. C’est ainsi la théorie musicale qui est revisitée : la musique se fait avec les bruits du monde32 et non avec les quelques intervalles sélectionnés depuis les Grecs, qui pour le futuriste Luigi Russolo ont considérablement amoindri les possibilités de la musique33. Ce furent Week-end de John Cage en 1930, puis Imaginary Landscape n°1, œuvre de Live electronic music composée pour deux phonographes à variateurs de vitesse, piano et cymbale chinoise, en 1939, qui posait une nouvelle manière de jouer, assez semblable à ce que l’on nomme aujourd’hui une performance : un jeu live sur le temps senti différemment34, et l’utilisation de matériaux aléatoires. D’une manière générale, la musique emprunta une voie mystique représentée par l’éther, l’onde, le cristal, direction vers laquelle tendait toute cette époque, ce qui sera largement vérifié avec Olivier Messiaen et ses pièces pour ondes Martenot.
11Outre le telharmonium, il faut aussi mentionner deux instruments voisins pourvoyeurs de nouvelles musiques, qui, au contraire, ont été popularisés. C’est d’abord le theremin puis la croix sonore, pour laquelle il y eut des compositeurs spécifiques. La machine de Lev Sergueievitch Termen, alias Léon Theremin35, construite en Russie en 1917 (et plus tard fabriquée en série) porta aussi le nom d’éthérophone, son de l’éther. L’anecdote raconte que l’ingénieur Termen, passant devant un récepteur radio, déclencha un parasite ; comme il était également violoncelliste, il choisit d’étudier ce nouveau son plutôt que de le faire disparaître. Le theremin était comme une voix céleste, infiniment pure, et le corps de l’instrumentiste en jouait par ses déplacements ; en apparence, le dispositif est simple : le son est produit par un oscillateur et le son continu monodique est transformé à volonté par le déplacement entre une antenne à droite qui fait varier la fréquence et un cercle de métal à gauche qui modifie l’enveloppe, c’est-à-dire le volume. Lev Termen jouait en faisant évoluer ses mains autour du cercle et autour de l’antenne ; les films d’époque montrent la magie de cet instrument36. Ainsi, le corps de l’instrumentiste faisait partie de l’instrument, un peu comme un corps musical, et l’on pouvait créer du son sans toucher l’instrument. On désirait finalement se séparer de la matière, et rêver d’une existence et d’une activité humaine débarrassées de tout aspect matériel, en cohérence avec le spiritisme qui passionnait cette époque, pour faire de la musique sans instrument. Lev Termen ira plus loin en mettant au point en 1932 le terpsitone, plate-forme musicale électrifiée qui permet aux danseurs de contrôler le son non plus seulement par la main mais par tous les mouvements de leur corps.
12La croix sonore (une sphère surmontée d’une croix) se jouait comme le theremin, utilisant la capacité des corps à contrôler l’oscillation des fréquences, dans ce cas en remuant les mains hors de l’espace central de la croix, changeant par ces gestes la hauteur et le volume de l’instrument. Les gestes comme ceux d’un rituel complétaient l’apparence inhabituelle du jeu et renforçaient le côté ésotérique et mystique de l’inventeur compositeur Nicolas Obukhov. Dans les années 1930, il composa de nombreuses pièces pour croix sonore et ondes Martenot, en particulier son œuvre maîtresse Le Livre de Vie, exploitant les effets de glissando que la croix sonore pouvait produire. Il perfectionna son instrument jusqu’en 1934 et présenta ensuite deux autres instruments, le cristal, une sorte de piano dont les marteaux frappaient une rangée de sphères de cristal et l’éther, instrument au son à peine audible, mais générant une ambiance mystique. Le clavier tel qu’il est connu aujourd’hui s’est imposé par la suite, ce qui fait que le le theremin et la croix sonore, instruments sans toucher direct, étaient des exceptions ; les ondes Martenot, au reste, ne sont guère qu’un theremin muni d’un clavier, mais qui a donné naissance à un autre type de jeu. Le clavier en effet permet d’ajuster le son émis : on peut trouver une équivalence entre une touche et une fréquence si bien qu’on peut en jouer et surtout on peut l’enseigner en utilisant une méthode. Mais comme la pression sur la touche diffère de celle d’un instrument traditionnel à clavier, piano ou clavecin (et par suite l’imagination de ce qui continue la note), l’appareillage électrique génère de nouveaux types de touchers, si bien qu’une nouvelle musique peu à peu s’est inventée à travers ces innovations instrumentales. De fait, ces instruments permettaient de trouver des sons encore inconnus, plus inattendus encore que ceux du theremin (qui reste cependant leur modèle) ou des ondes Martenot, et de pénétrer dans la matière sonore en la recréant en dehors de toute tradition. On multiplia les claviers, les oscillateurs, on installa des cellules photoélectriques. Ce que créait le clavier était un univers sonore nouveau, une autre atmosphère et entre les deux guerres, il y eut grâce à lui une extraordinaire profusion d’inventions sonores.
Changer le monde
13Le rapport à l’espace se trouvait modifié largement : le telharmonium, déjà cité, dont la masse occupait un très large espace et dont la musique s’écoutait dans une autre pièce, ou pouvait être transmise par fil, perturbait la disposition habituelle du concert37 et donc la métaphore ancienne de l’État comme concert. Le régime soviétique, qui donnait alors une grande place à la science, trouva dans cet instrument une métaphore de son action sur les peuples : on pouvait à partir d'un générateur communiquer une énergie en tous lieux, comme une révolution générale. Et sur l’incitation de Lénine, au titre de la diffusion des savoirs, Termen parcourut la Russie pour présenter son instrument qui apparaît alors comme une véritable métaphore de la cohésion et de l’énergie des peuples38. Le peuple russe s’enthousiasma pour ces nouvelles technologies. Lazar Lissitzky, créateur de machines scéniques électriques, pensait lui aussi que la nouvelle créativité allait se répandre comme un circuit électrique. Des projets utopiques naquirent de ce courant de pensée, comme celui d’Ivan Leonidov et de son architecture de bâtiments d’acier et de verre destinés aux intellectuels, reliés entre eux par un système global de communication39. En 1921, c’est la création de l’Institut national pour les sciences musicales (GIMN), où Arseny Avraamov lance son projet d’« acoustique topographique » : des systèmes électro-acoustiques, embarqués sur des aéroplanes, suffisamment puissants pour pouvoir couvrir le territoire de son40.
14Une autre obsession de cette période est la superposition du visuel et du sonore pour produire une synesthésie, ce qui a pour effet de troubler les sens et de contredire la réalité41. Le piano optophonic de Vladimir Baranoff Rossiné génère des sons et projette des motifs renouvelables sur un mur ou sur le plafond en dirigeant une lumière brillante à travers une série de disques de verre, peints par l’inventeur, qui promenait dans le pays son appareil avec filtres, miroirs et lentilles42. Tous ces dispositifs étaient contrôlés par un clavier ; les variations d’intensité lumineuse des disques et des filtres étaient assurées par une cellule photoélectrique fixant la hauteur avec un seul oscillateur. L’instrument produisait un son continu variable accompagné par les projections d’un kaléidoscope rotatif.
15Les exemples de ces instruments électroacoustiques furent nombreux et seuls quelques-uns de ces prototypes peuvent être qualifiés d’instruments de musique : les ondes Martenot, l’orgue Hammond, le theremin, encore commercialisé aujourd’hui mais qui reste un amusement de société. Telle est la loi des imaginaires, qui construit des machines étroitement liées à l’esprit d’une époque, qui retombent ensuite dans le néant. C’est le principe des merveilles. L’oreille humaine – et il faudrait dire plutôt le goût du public – s’habitue malaisément à l’inouï et au fond la notion d’harmonie, qui détermine le beau et l’acceptable, est restée très solide. Les instruments électriques ont bousculé le système dans lequel la performance musicale s’accomplit jusqu’au xixe siècle : l’instrument/l’instrumentiste/le concert/l’auditeur. Mais ils ont réactivé les éléments métaphoriques liés à la musique en rêvant d’une extension dans l’espace, avec une dimension mystique, d’une multiplicité des sons, d’une énergie démultipliée et ils sont introduit un nouvel imaginaire : l’immanence du son.
16Aujourd’hui, le synthétiseur modulaire analogique (1964) donne un gain de place intéressant sans innovations sonores43, et le numérique, depuis 1983, offre la possibilité de réglages multiples, de synthèses, de collages et de combinaisons sonores à l’infini. Tout cela étend les possibilités, et n’est plus senti comme merveilleux ; ces machines travaillent sur la production du son plutôt que sur le son lui-même. Il ne s’agit que de multiplier les possibilités de produire du son, des rythmes, des synthèses sonores. L’appareil métaphorique s’est bien affaibli. Toutefois, un autre imaginaire musical se met en place dans le présent siècle. C’est une musique « électrique » puisqu’elle utilise les ressources du synthétiseur et du numérique pour élaborer des sons, mais qui renoue avec le merveilleux dans la mesure où elle est épaulée par une rêverie sur l’espace, non plus de l’au-delà, mais simplement de la nature, et la performance musicale (assez analogue à celle des plasticiens). Voici l’une de ces performances musicales : Christine Groult, formée au Groupe de recherches musicales dans les années 1970, a collecté dans le cadre d’une résidence d’artistes dans le Trégor (Côtes d’Armor) un ensemble de bruits unissant le solide et le liquide (la mer et la vase, l’air et les herbes, ou la pierre et la vague, etc.), ce qu’elle complète par des lectures de physique pour comprendre et analyser ces phénomènes ; elle note par exemple la floculation de la vase et la suspension de ces flocons, phénomène variable selon les turbulences de l’eau, ou bien la résistance du sable emporté par l’eau, ce qu’elle met en rapport avec des possibilités musicales et des nuances ; ces variations d’énergie naturelle deviennent peu à peu des expressions musicales. Toutes ces séquences sont enregistrées. L’œuvre est jouée dans le site même de l’enquête, une sorte de théâtre naturel en bord de mer, où le spectateur-auditeur peut retrouver visuellement les éléments de la composante sonore (oiseaux, flots, vase, vent, etc.). Est installé un acousmonium de 32 haut-parleurs, une disposition de concert acousmatique, et quelques îlots sonores avec instruments traditionnels (percussions, saxophone, pierres sonores). La console est l’instrument sur lequel Christine Groult va jouer son œuvre Eaux mêlées (2021) ; c’est un ensemble d’ordinateurs et de jeux d’orgues ; elle fait intervenir les enregistrements, module les hauteurs, les volumes, et les lieux de surgissement du son, ce qui fait du concert une véritable scénographie, à la fois dramatique et poétique. C’est une performance visuelle et sonore, un son en mouvement : une merveilleuse machine musicale électrique.
Notes de bas de page
1Ce qui était empirique en matière d’harmonie est devenu scientifique avec les écrits du mathématicien Joseph Sauveur (1653-1716), de Jean-Philippe Rameau avec ses écrits théoriques : Traité de l’harmonie réduite à ses principes naturels (1722), Nouveau système de musique théorique (1726), La Génération harmonique (1737), Démonstration du principe de l’harmonie servant de base à tout art musical (1750), etc.
2Voir Claude Jamain, L’Imaginaire de la musique au siècle des Lumières, Paris, Champion 2003.
3Par exemple : Les Langueurs tendres, Livre II, ordre 6 de François Couperin (1717).
4Journal de Trévoux. Mémoires pour l'histoire des sciences & des beaux-arts, 1751, p. 119 : « Assemblée Publique de la Société Royale de Lyon, sur l’utilité que la médecine peut retirer de la musique ». En 1750, Monsieur Olivier, devant l’Assemblée publique de la Société royale de Lyon, rend compte de ses expériences, effectuées à l’aide d’un aveugle : les vibrations de la musique ont la capacité de régler la circulation du sang, de rétablir le jeu des esprits animaux, et de fortifier les organes.
5Ces effets sont recensés dans Histoire de la musique et de ses effets depuis son origine jusqu’à présent (Paris, Cochart, 1715) de Jacques Bonnet et Pierre Bourdelot, réédité à plusieurs reprises au cours du xviiie siècle.
6Voir Michel Delon, L’Idée d’énergie au tournant des Lumières (1770-1820), Paris, PUF, 1988.
7Journal de Trévoux, op. cit., 1761, p. 264.
8Il y a dans la proposition de définition de Tressan une image qui associe la mélodie et le magnétisme : « J’entends donc [...] un fluide subtil, élancé d’une sphère d’activité par une force jaillissante, j’entends un fluide composé d’atomes élémentaires, similaires et de la plus grande ténuité possible, desquels chaque atome est une petite sphère d’activité qui tend à l’équilibre avec les atomes de même nature qui l’approchent, sans que jamais deux de ces atomes puissent se trouver réunis forcément jusqu’au point de contact, sans faire les plus grands efforts, pour se repousser mutuellement. » (Louis Tressan, Essai sur le fluide électrique considéré comme agent universel, Paris, Buisson, t. I, 1786, p. 96).
9À vrai dire, on en reste au registre métaphorique. La matière musicale n’en est pas transformée, et il n’y a ni instruments, ni principes nouveaux. Les manifestations musicales prennent de l’ampleur et cherchent à occuper l’espace ouvert, comme à l’occasion des fêtes de la Révolution. Voir Fabre d’Olivet, « Des effets de la Révolution sur la musique », L’Invisible, journal politique, littéraire et moral, n° 1, 1797, p. 3.
10Prokop Divisch (1698-1765) s’intéresse aux phénomènes électriques et à leur influence sur les peuples, particulièrement à la foudre et construit un appareil pour modifier la météo et remédier à ses effets néfastes, que le clergé interdit bientôt. Mais il invente aussi un instrument de musique aux sonorités multiples (introuvable s’il a jamais existé), le Denis d’or, instrument de 790 cordes, électrifiées ; l’instrumentiste qui les frappait pouvait recevoir une décharge électrique.
11Décrit dans La Nature ou Journal d’histoire naturelle, t. IX, Paris, Périsse, 1789, p. 321-332.
12Jean-Baptiste Delaborde, Le Clavecin électrique avec une nouvelle théorie du mécanisme et des phénomènes de l’électricité, Paris, Guérin, 1761.
13Journal de Trévoux, op. cit., 1761, p. 264.
14Il y aura ensuite l’enregistrement électrique (l’onde sonore est amplifiée par l’onde électrique), puis viendra la bande magnétique, invention allemande qui migre vers les États-Unis à la fin de la Seconde Guerre mondiale, puis la numérisation dans les années 1980.
15L’oscillateur est un instrument électrique qui produit une vibration à une fréquence donnée.
16Le tube à vide était utilisé dans les technologies de la radio. Mais De Forest découvrit qu’il était possible de produire des sons audibles par un processus connu sous le nom d’hétérodyne (on se bornera à préciser que ce système repose sur la multiplication des fréquences). Ce sont des lampes triodes qui vont avoir l’intérêt de transmettre un son presque pur (alors que l’arc électrique, utilisé précédemment, l’altérait considérablement) De Forest a compris l’avenir de l’effet hétérodyne et en 1915, et crée l’audion piano. Ce fut la méthode la plus couramment utilisée pour produire des sons électroniques jusqu’à l’arrivée du transistor dans les années 1960. Plusieurs autres instruments emploient ce dispositif, le theremin, les ondes Martenot, le sphäraphon et le pianorad. Le tube à vide est le premier type de synthèse audio jusqu’à l’invention du circuit intégré dans les années 1960.
17C’est un disque de métal tournant dans un champ magnétique produisant des variations dans un signal électrique.
18Voir sur ce point le travail de Simon Crab, musicien expérimental, qui anime depuis 1995, sur la toile, le projet 120 Years of Electronic Music. Electronic Musical Instruments, 1870-1990 [lien vers le site internet de Simon Crab, consulté le 22 octobre 2025]. On citera l’electronde de Martin Taubann (1929), l’ondium Péchadre de Henri Camille Péchadre (1930).
19Varèse utilise les ondes Martenot dans Nuit (inachevé), des bandes magnétiques dans Désert (1954) et Poème électronique (1958). Cowell compose pour le Rhytmicon, construit par Termen (1930). Cage utilise l’électronique dans Fontana mix (1958), Where are we going ? (1960), Electronic music for piano (1964), Sculptures musicales (1989).
20Le trautonium (inventé par Trautwein en 1930) est le premier instrument à intégrer une unité de réverbération à fil magnétique. Une version plus élaborée de cet instrument sera utilisée pour la musique du film Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock. Voir sur ces matières, Michel Chion, La Musique électroacoustique, Paris, PUF, coll. « Que sais-je », 1990.
21En France en particulier, puisque Schaeffer lui-même a développé une « pensée de l’image » (publications sur le cinéma dès le milieu des années 1940 dans La Revue du cinéma).
22De nombreuses recherches dans les années 1920 ont lieu en Russie sur le son des films ; en 1929, Mikhail Tsekhanovski, cinéaste expérimental, participe à la production du premier film parlant soviétique Piatiletka. Il pose la question : « Et si nous prenions une de ces frises de la Grèce antique ou de l’Égypte ancienne comme bande son ? Peut-être entendrions-nous quelque musique archaïque inconnue ? » (Comme si les formes et les silhouettes des vases pouvaient être considérées comme des ondes capables de générer du son). Sont créées également les premières bandes son électroniques. Yevgeny Scholpo étudiait alors les nouvelles techniques de musique sans interprète. On travaille aussi sur la possibilité de générer de la musique par des formes découpées. Arseny Avraamov achève la première bande son synthétique ou artificielle en 1930. Voir dans Lénine, Staline et la musique, catalogue d’exposition, Cité de la musique, Paris, Fayard 2010, l’article de Smirnov et Pchelkina « Les Pionniers russes de l’art du son. Expérimentations musicales ».
23On renvoie sur ces points au livre de Laurent de Wilde, Les Fous du son. D’Edison à nos jours, Paris, Grasset, 2016.
24Voir Dominique Proust, L’Harmonie des sphères, Paris, Seuil, 2001.
25Qui sont caractérisés a priori par l’absence d’harmoniques, bien que l’afflux d’harmoniques cause le même effet.
26« C’étaient des sons semblables au violon, au violoncelle, aux bois, aux cuivres et d’autres sons ressemblant à rien de jamais ouï par une oreille humaine jusqu’à aujourd’hui. » (Lee De Forest, Autobiography. The Father of Radio, Chicago, Wilcox & Follett Cie, 1950, p. 331-332).
27John Chowning, inventeur de la synthèse FM disait qu’il était probablement la première personne à avoir jamais entendu de tels sons et ce qu’il entendait était quelque chose d’une musique jamais entendue par quiconque sur cette planète.
28Le telharmonium était en gros un ensemble de 145 dynamos arrangées employant des axes associés à des inducteurs pour produire les courants alternatifs de fréquences audio différentes. Ces signaux étaient contrôlés par un ensemble de claviers sensibles à la vitesse (sept octaves, 36 notes par octave accordable aux fréquences entre 40-4000Hz) et des contrôles. L’ensemble pesait deux cents tonnes. Le « Telharmonic Hall » ouvre en 1906.
29D’après Reynold Weidenaar, Magic Music from the Telharmonium, Londres, The Scarecrow Press, 1995 (p. 254), Busoni proposa alors un degré d’un sixième de ton qui pourrait permettre la formation d’un degré d’un tiers de ton sans le cadre du demi-ton habituel. Avec le telharmonium et l’article « New Music for an Old World » de Ray Stannard Baker, en juillet 1906, dans Mc Clure’s Magazine, le problème de la réduction des degrés est résolu parce qu’on peut graduer l’octave à l’infini en appuyant sur une manette : « Nehmen wir es uns doch vor, die Musik ihrem Urwesen zurückgefuhren; befreien wir sie von architecktonischen, akustischen und ästetischen Dogmen » Engageons-nous donc à restaurer la musique dans son état primitif ; libérons-la des dogmes de construction, d’acoustique et d’esthétique » note-t-il (Entwurf einer neuen Ästhetik des Tonkunst, Leipzig, Insel Verlag, 1907, cité sur la 2e édition de 1916, p. 44-45).
30Henri Michaux, Passages [1950], Paris, Gallimard, 1998, p. 18. Il fait allusion à l’invention d’un appareil mécanique produisant la synthèse des voix humaines par combinaison d’un certain nombre de sons fixes. « L’inspiré pourra, la voix qui est en lui, la jeter toute crue, toute “comme elle est”, et différente de la sienne, dans cet instrument de délices futures et l’opposer diaboliquement à d’autres non moins particulières, non moins exaltantes propres à lui, à ses personnages, enfin il émettra ses voix. »
31Florence Huybrechts, « Mélomanie, musicographie, “composition” : le phénomène musical chez Henri Michaux », Textyles, n° 40, 2011, p. 113-132 [lien DOI vers l’article].
32Ainsi la pièce « 4’33 », donnée en 1952 est l’écoute des bruits ordinaires dans un temps de concert.
33Luigi Russolo, Futurista, L’Arte dei rumori, Milan, Edizioni futuriste di « Poesia », 1916, p. 9-10.
34Tous les principes musicaux se trouvent contredits : le temps musical qui n'est plus chiffrable, l’origine du son devenu diffus et la texture sonore imprévisible.
35C’est un ingénieur de génie, constructeur de quantité d’appareils produisant ou détectant du son. Remarqué par Lénine en 1922, il émigre aux États-Unis en 1927, est enlevé en 1938 par les agents du NKVD ; au goulag, il construit de nombreux instruments électroniques qui seront utilisés pendant la guerre. Le rhytmicon, premier instrument générateur de rythmes (à partir d’une découverte de Joseph Schillinger, et mis au point en collaboration avec le compositeur Henry Cowell) mais aussi The Thing pour espionner l’ambassade des États-Unis à Moscou.
36Il faut voir les documents d’époque : Termen présentant son instrument [lien vers le site YouTube, consulté le 22 octobre 2025] et aux États-Unis, Clara Rockmore [lien vers le site YouTube, consulté le 22 octobre 2025].
37Par la suite comme l’indique Pierre Couprie, on put distinguer dans la musique électroacoustique un espace interne, inscrit dans le son (stéréophonie, biphonie, réverbération, échos, filtres) générant une spatialisation des effets de déplacement et de profondeur, et un espace externe (par une mise en espace particulière des haut-parleurs), qui générait pour le public une dimension d’architecture visuelle. Le premier concert usant d’un dispositif de spatialisation sonore fut donné en 1955 par Schaeffer et Poullain. (La Musique électroacoustique en concert : histoire et perspectives. L’Observatoire des pratiques musicales. Méthodes et enjeux, Actes de la journée d’étude du 28 avril 2001, Paris, Observatoire Musical français, Université de Paris Sorbonne, série Conférences et séminaires n°11, 2001, p. 43-52 [lien vers l’archive ouverte HAL, consulté le 22 octobre 2025].
38Il se produira ensuite aux États-Unis avec Clara Rockmore, sa muse musicale, mais l’accueil sera mauvais. Termen multiplie ensuite les projets les plus fous, et disparaît brutalement en 1938, enlevé par le KGB. Il réapparaît dans les années 1960, miraculé du goulag. C’est un certain Robert Moog qui construit et commercialise l’instrument aux États-Unis.
39Voir Andrei Smirnov et Lubov Pchelkina, « SON Z 1917-1939, Expérimentations sonores et musique électro acoustique dans la Russie du début du xxe siècle », Magazine Palais n° 7. D’une révolution à l’autre, Jeremy Deller (dir.), exposition Palais de Tokyo, 2008, p. 73.
40L’un de ses projets était La Symphonie des sirènes, grande performance donnée dans le port de Bakou, où les sirènes des usines et des bateaux, en 1922, constituaient un orchestre dirigé par lui-même, pour célébrer l’anniversaire de la révolution.
41Depuis la fameuse lettre de Nicolas Poussin à Chantelou en 1655, qui associe les couleurs et les tons musicaux, en passant par le clavecin des couleurs du père Castel au xviiie siècle, jusqu’à Scriabine et son Prométhée (1910) et Kandinsky pour qui l’abstraction est un équivalent de la musique.
42Il met au point un appareil de vision colorée qui lui permet de donner des « concerts visuels » en 1916. Avec le piano optophonique (Moscou 1924), la musique est transformée en art visuel, et la peinture n’est plus « sourde-muette ». Voir le catalogue Collection art moderne – La collection du Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Brigitte Leal (dir.), Paris, Centre Pompidou, 2006.
43Le dynaphone, inventé en 1927-1928 par René Bertrand, créait des combinaisons de sons. Varèse qui a fait la promotion de cet instrument écrivait : « Le Dynaphone (inventé en 1927-28) est un instrument de musique à oscillations électriques semblable au Theremin, et aux instruments électriques de Givelet et ceux de Martenot. Mais son principe et son utilisation sont complètement différents ; la ressemblance est superficielle. Les résultats techniques recherchés sont les suivants : 1.– obtenir des fondamentaux ; 2.– charger les fondamentaux avec certaines séries d’harmoniques pour obtenir des timbres qui produiront des sons nouveaux ; 3.– élaborer des sons nouveaux par la combinaison de deux ou plusieurs dynaphones ; 4.– augmenter la gamme de l’instrument pour atteindre les hautes fréquences qu’aucun autre instrument ne peut produire avec l’intensité voulue » (Joël Chabade, Electric Sound. The Past and Promise of Electric Music, Prentice Hall, Upper Saddle River, New Jersey, 1997, p. 33).
Auteur
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Claude Jamain
Université de Lille
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