Casimir Destombe
Ancien fermier bonduois-Association Musée de Bondues
p. 195-196
Texte intégral
la répression dans le nord-pas-de-calais
1 J’avais 15 ans en 1940. Mes parents étaient agriculteurs à la ferme de la Folie, dite aussi ferme du Fort, située en face du fort Lobau et du terrain d’aviation. Notre activité principale dans la résistance était le renseignement.
2 Je me souviens de quelques faits ayant des policiers pour acteurs :
3 1. Suite à un vol de poules et de lapins, nous avons fait appel à Julien Braems, garde champêtre, de la Police d’État (il arborait la francisque sur son képi). Il est venu constater le larcin et, en faisant le tour du petit bosquet qui se trouvait derrière la ferme, il a trouvé une mitraillette allemande qu’un bonduois avait volée à l’occupant et cachée là. Aussitôt, le garde avait attaché l’arme sur le porte bagage de son vélo. Ma mère est intervenue, lui demandant ce qu’il allait en faire. « La porter à la Kommandantur ! » répondit-il.
4 Ma mère lui expliqua alors que nous en avions besoin pour la résistance et Braems la lui donna : « Tenez la voilà, je n’ai rien vu, je ne sais rien ! »
5 Je l’ai cachée dans des ballots de paille et nous avons demandé à Natalis Dumez, notre chef direct, co-fondateur de la Voix du Nord clandestine, ce que nous devions faire de cette arme...
6 - « Allez la porter à Jules Nautour (l’autre co-fondateur du journal Voix du Nord) ». Ce que je faisais en compagnie de Madame Parmentier, notre relais pour les mouvements militaires de l’occupant. A pied tout d’abord, puis avec le tramway « J » à partir du Pont de Marcq.
7 Jules Nautour, à qui nous avons remis la mitraillette, était aussi dans la Police.
8 2. À la ferme, nous employions des réfractaires au Service du Travail Obligatoire et nous leur fournissions de « vraies fausses cartes d’identité » que nous procurait Monsieur Kervarec, commissaire spécial à la Préfecture de Lille.
9 Ces jeunes se vieillissaient ou se rajeunissaient pour échapper au STO (normalement en 1943 les jeunes de 20 à 22 ans devaient partir en Allemagne). Ainsi, leurs papiers étaient en règle et ils pouvaient travailler sur l’exploitation agricole.
10 Ce sont là deux épisodes qui rappellent des actes courageux de policiers ; à leur manière et à leur niveau, ils ont participé à la grande aventure de la résistance. Il n’était pas évident de braver l’occupant, même par de petits faits. Bien sûr, à la Libération, on dénombra beaucoup plus de policiers résistants !...
11 À Bondues, on connaissait certains sympathisants, mais nous ignorions qu’ils faisaient partie de la résistance (Pierre Say, Henri Bonte). La discrétion pour soi et l’ignorance des autres étaient les premières des conditions de sécurité. Ma mère n’a pas toujours respecté à la lettre cette ligne de conduite, ce qui lui valut d’être condamnée à six mois de prison en septembre 1940... Cela ne la détourna pas pour autant de la résistance. Elle a obtenu un certificat d’appartenance à la Résistance Intérieure Française (RIF) à la date du 15 juin 1940, dès l’installation de l’occupant donc.
12 Madame Parmentier, Messieurs Dumez et Nautour furent déportés. Nautour n’est pas revenu de son camp de la mort.
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