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    Plan détaillé Texte intégral La fédération républicaine et l'antibriandismeLa fédération républicaine et le pacifisme des années 1930 Notes de bas de page Auteur

    L'idée de paix en France et ses représentations au xxe siècle

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    La fédération républicaine, Louis Marin et l'idée de paix pendant l'entre-deux-guerres

    Jean Vavasseur-Desperriers

    p. 165-172

    Texte intégral La fédération républicaine et l'antibriandismeLa fédération républicaine et le pacifisme des années 1930 Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1La Fédération républicaine, dans les Parlements de l'entre-deux-guerres, était souvent présentée comme l'émanation de la droite conservatrice, proche, par les thèmes de sa propagande, de la Droite ligueuse antiparlementaire, mais participant au jeu parlementaire, en apportant notamment sa contribution aux formules d'« Union nationale », mises en œuvre autour des partis de centre droit. Cette formation à dominante catholique - nombre de ses membres devaient lire L'Écho de Paris et adhérer à la Fédération nationale catholique - fut dirigée à partir de 1925 par un député lorrain, Louis Marin, parlementaire depuis 1905. Républicain attaché au régime, Marin incarna une droite intransigeante en politique extérieure, fort minoritaire en milieu parlementaire : ainsi, en 1919, il émit un vote hostile au traité de Versailles, contrairement d'ailleurs à la majorité des membres de son parti et de son groupe. Dans les années 1920, Louis Marin figura comme le principal opposant à la politique menée par Aristide Briand, en s'élevant notamment contre les traités de Locarno de 1926, mais aussi, dans les années suivantes, en condamnant le règlement des dettes interalliées et l'aménagement des réparations dues par l'Allemagne. La situation nouvelle apparue dans les années 1930 ne fut pas sans embarrasser ce leader intransigeant, qui sut imposer ses options à son parti, non sans mal, alors que le groupe parlementaire, l'Union républicaine démocratique, constamment tiraillée par les conflits internes, à propos notamment de la politique extérieure, finit par éclater en 1932, Marin restant à la tête d'un groupe plus compact, mais moins nombreux, jusqu'en 1940.

    2Deux question essentielles se posent sur ce thème de la paix : l'attitude à l'égard de la politique « briandiste » dans les années 1920, la nature et la signification du pacifisme dans les années 1930.

    La fédération républicaine et l'antibriandisme

    3On connaît les principes du « briandisme ». Il s'agissait d'une politique tendant à mettre en œuvre la réintégration de l'Allemagne dans le concert des nations sur un pied d'égalité - l'entrée de l'Allemagne dans la Société des nations manifestait cette volonté de façon éclatante -, complétée par la mise en place d'un système de pactes de garantie mutuelle, assorti d'une procédure d'arbitrage obligatoire. Politique réaliste et pragmatique, le briandisme n'en supposait pas moins une rupture avec la conception de l'ordre international qui avait présidé aux traités d'après-guerre, fondée sur l'opposition entre la nation coupable et vaincue, l'Allemagne, et les puissances victimes et victorieuses, dont la France était la principale.

    4Tout cela, Louis Marin, et derrière lui, une majorité de son parti, le contestaient avec véhémence, ce qui leur valait d'être traités de « bellicistes » par une classe politique majoritairement briandiste, depuis le centre droit poincariste jusqu'aux socialistes.

    5Les conceptions de la Fédération républicaine appellent quatre types de remarques :

    61 - Louis Marin et son parti manifestaient à coup sûr un patriotisme non dénué d'agressivité, soulignant la responsabilité majeure de l'Allemagne dans le déclenchement et les origines lointaines du premier conflit mondial. Marin, en tant que professeur d'ethnographie - il présidait la Société d'ethnographie, et dirigeait l'École d'anthropologie -, estimait, écrit Flerman Lebovics, que « chaque nation possède un génie particulier, une combinaison de psychologie nationale et de circonstances historiques, qui lui impose une mission historique à remplir »1 Cette conception, selon laquelle chaque nation se caractérise par un certain nombre de traits de mentalité collective dont il est vain d'attendre un changement, était reprise par le programme de la Fédération républicaine : « La Fédération républicaine rappelle qu'un peuple ne change ni de mentalité, ni de tempérament », estimait le programme du parti en 19312. La nature allemande faisait l'objet d'appréciations particulièrement sévères. Invoquant les « leçons » de l'histoire - Tacite, Frédéric le Grand, le pangermanisme -, le bulletin du parti, La Nation, expliquait au milieu des années 1920, au moment de la signature de Locarno, que cet état d'esprit belliqueux n'était pas seulement celui des élites allemandes, mais était partagé par toute la population. Le pangermanisme, pouvait-on y lire en octobre 1926, n'était plus « la doctrine professée par une caste d'intellectuels et de hobereaux, mais l'opinion raisonnée de l'immense majorité des Allemands qui, depuis des années, n'ont plus d'autre souci que de soustraire la patrie allemande aux obligations du traité de Versailles »3.

    7Aux yeux des pamphlétaires du parti, Stresemann, le complice de Briand, n'était qu'un « pacifiste de commande », le « pangermaniste nouveau modèle ». Rien de plus naturel par conséquent, que la poussée hitlérienne du début des années 1930. Au lendemain des élections de juillet 1930, Camille Blaisot, vice-président du parti, écrivait : « L'Allemagne nous apparaît aujourd'hui telle que nous l'avons toujours jugée, c'est-à-dire incorrigible dans son orgueil de race, implacable dans la persistance de son esprit guerrier ». Un autre commentateur estimait que la politique extérieure avait joué un grand rôle dans les élections, Hitler n'ayant jamais caché sa « haine féroce de la France ». Intervenant à la tribune de la Chambre, Marin déclarait n'être pas étonné, après avoir vu son programme et son action, que « le parti Hitler » recrute « surtout dans les rangs populaires », signifiant par là qu'il interprétait la victoire nazie essentiellement comme une poussée du germanisme dans les masses4. Dans cette fraction de l'opinion nationaliste française, le sentiment dominant était bien celui de la méfiance à l'égard de l'Allemagne, par-delà tout autre type de considérations.

    82 - Cette situation impliquait donc la nécessité d'une politique d'alliances et d'un vigoureux effort d'armement, s'inscrivant d'ailleurs dans la tradition de la Realpolitik, menée notamment dans les années précédant la Grande Guerre. Au contraire des pacifistes qui dénonçaient l'implacable engrenage des alliances comme responsable du déclenchement du premier conflit mondial, la Fédération républicaine se félicitait de l'effort entrepris avant 1914, notamment du vote de la loi des trois ans, alors approuvé par le parti, qui seul avait permis le salut de la patrie menacée. Elle n'en était que plus virulente dans sa dénonciation de Locarno. Il s'agissait là d'une « dangereuse mystification ». C'est par un retour à la politique d'équilibre et au jeu des alliances que nous préserverons l'ordre établi en 1918 », expliquait en 1926 le publiciste ultranationaliste Georges Ducrocq, ami de Marin et fondateur du journal La Nation5. Toute la question était de trouver des alliés continentaux. Marin et son parti se méfiaient en effet des Anglo-Saxons, soupçonnés de céder à des sentiments « germanophiles », et sévèrement critiqués par le parti après leur refus d'accorder une garantie défensive à la France et surtout de revenir sur le règlement des dettes interalliées, contractées par la France à l'occasion de la Grande Guerre auprès de la finance anglo-saxonne.

    9Il fallait donc, de préférence, s'orienter vers les pays d'Europe orientale, membres de la Petite Entente, et surtout vers l'Italie. Dès 1926, le parti prôna le rapprochement avec l'Italie, et cette attitude devait rester une constante de la Fédération jusqu'en 1940. Les raisons de cette attitude italophile étaient d'ailleurs purement réalistes. L'Italie garde le Brenner, la France garde le Rhin : ainsi pouvait se résumer l'argumentation du parti en la matière6. L'idéologie en l'espèce ne jouait guère de rôle. Le régime fasciste ne provoquait ni répulsion - à titre personnel, Marin le considérait comme un régime transitoire, le seul régime valant à ses yeux étant le régime parlementaire -, ni attraction - encore que certains membres de la Fédération eûssent manifesté un certain intérêt pour le « corporatisme » italien. En tout état de cause, cette priorité donnée à la conclusion d'alliances rejoignait la tradition diplomatique de l'avant-guerre. Il faut relever toutefois que sur ce sujet, le « briandisme » ne constituait pas une rupture totale. La pratique de Briand se bornait à ajouter une dimension supplémentaire, la sécurité collective, à la vieille tradition des alliances.

    103 - Pour autant, ces prises de position ne signifient nullement un rattachement à des doctrines « bellicistes », comme les en accusaient souvent leurs adversaires. Le programme du parti exprimait un point de vue parfaitement sincère quand il proclamait son souci de paix et de rayonnement pacifique : « La France ne menace personne ; elle n'ambitionne aucune conquête. La paix et le rayonnement moral, qui sont notre idéal, cadrent avec les besoins de l'humanité. Notre nationalisme éclairé est la première condition de l'internationalisme réaliste, fondé sur l'idée de construction et non de négation des patries. Nous servirons la sécurité, la grandeur française et la paix du monde par le même effort, comme la victoire de nos armées a assuré le triomphe du droit »7. Référence universaliste, évocation d'un système international placé sous le régime du droit, ces conceptions relevaient d'un point de vue très traditionnel, celui du patriotisme défensif.

    11Dans le même esprit, les parlementaires du parti approuvèrent en mars 1929 le pacte Briand-Kellog, sur la renonciation généralisée du recours à la guerre. C'est « une immense espérance », déclara alors à la tribune de la Chambre Louis Duval-Arnould, au nom de l'Union républicaine démocratique, la guerre est « une catastrophe », la guerre agressive, « un crime ». Les hommes de sa génération, dit-il, avaient vécu la guerre de 1870 : ils estimaient n'avoir pas le droit de repousser une possibilité, si ténue soit-elle, d'éviter le retour de tels événements. Cette prise de position traduisait bien un état d'esprit général, commun à l'ensemble des Français. Comme l'ensemble de la population, les hommes de la Fédération avaient souffert de la guerre - bon nombre de leurs parlementaires avaient été blessés, gazés ou endeuillés lors du conflit. Par ailleurs, le modèle social prôné par le parti, qui faisait le plus grand éloge de la famille et du labeur pacifique, facteurs primordiaux dans l'édification de la civilisation, restait totalement étranger à la culture guerrière, même si la Fédération dénonçait avec la plus grande indignation les « menées » antimilitaristes. À cet égard, le parti ne se distinguait guère du « pacifisme » général ambiant, malgré la vigueur des déclarations condamnant les « abandons » briandistes.

    124 - Mais l'idée d'un ordre international fondé sur le droit n'était pas exclue des perspectives de la Fédération. « Sans la force, la justice n'est rien ; sans la justice, la force ne peut s'imposer durablement », déclarait Marin dans son discours sur Locarno. « Le règne de la paix par le droit prime le règne de la paix par la force. Il faut avoir la force, mais le droit se place encore au-dessus ». Cette conception, toutefois, ne pourrait s'imposer dans les consciences qu'au terme d'un processus de longue durée. « Les révolutions de cet ordre sont semblables à celles de la nature et n'opèrent qu'avec lenteur. La paix du droit ne descend pas sur la terre, d'un seul coup, dans une illumination subite, car elle est le terme d'une longue évolution »8. Ce point de vue s'éloignait d'ailleurs quelque peu de la notion essentialiste des peuples défendue par Marin ethnographe et incluait l'idée d'un évolution tendue vers le progrès, plus proche de la doctrine républicaine pure que du conservatisme traditionaliste souvent professé par les hommes de la Fédération.

    13Ces vues, cependant, débouchaient sur une conclusion fort peu briandiste, malgré les apparences. Louis Marin, en effet, repoussait l'idée d'une régulation internationale par une assemblée comme la Société des nations, dont les décisions ne pourraient être que de nature politique. Il disait sa confiance dans une organisation de type judiciaire. « L'organisation juridique [c'est-à-dire « judiciaire »] est la formule de l'avenir », disait le programme du parti9. Marin se déclarait, au cours du débat sur Locarno, partisan du recours à la Cour permanente de La Haye, formée de juristes. Ces derniers, en effet, représentaient non les gouvernements, c'est-à-dire des intérêts politiques, mais les « grandes doctrines juridiques », c'est-à-dire les principes même de la justice, situés au-dessus de ces intérêts. Cette doctrine rejoignait l'idée défendue de longue date par le parti dans le domaine de l'organisation politique intérieure, la création d'une Cour suprême, instance régulatrice, chargée de vérifier la conformité des lois à la loi fondamentale. Fort peu réaliste sur le plan politique, cette proposition tendait à la mise à l'écart par l'ensemble des nations du « fautif », du « voyou », du « mauvais sujet », en l'espèce l'Allemagne. Elle impliquait la conviction sous-jacente que la France, qui défendait une juste cause, ne pourrait que recevoir gain de cause d'un tribunal indépendant et de bonne foi. Cette conception d'un ordre international s'éloignait donc d'une vision des rapports internationaux fondés avant tout sur une politique de conciliation, telle que pouvait la concevoir le briandisme.

    La fédération républicaine et le pacifisme des années 1930

    14Le pacifisme caractérisa les années 1930, mais cette attitude prolongea celle des années 1920. La Fédération républicaine, pourtant caractérisée dans la période précédente par la fermeté de ses positions vis-à-vis de l'Allemagne, ne fut pas épargnée par la vague pacifiste. Il convient de tenter de cerner les raisons de cet état d'esprit, et d'en marquer les limites.

    151 - L'évolution de la situation allemande ne surprit pas les hommes de la Fédération, comme on l'a vu plus haut. L'arrivée au pouvoir d'Hitler et de son parti sembla confirmer les pires craintes qu'ils avaient pu éprouver et paraître a posteriori justifier leurs appréhensions. De nombreux articles du bulletin du parti décrivaient avec un grand luxe de détails la mainmise des hitlériens sur le pays : ainsi, l'autodafé du10 mai 1933 était-elle décrite de façon précise ; tandis que les persécutions frappant les opposants politiques, communistes et pacifistes, et les juifs, étaient évoquées avec beaucoup de minutie 10. Plusieurs dirigeants du parti dénoncèrent le caractère antichrétien de l'hidérisme. Parmi eux, le député alsacien Alfred Oberkirch souligna, au congrès du parti en 1933, que ces nouvelles doctrines étaient « en opposition formelle avec l'humanisme et l'universalité de la doctrine chrétienne qui est restée comme le climat de toutes les démocraties et qui subsiste comme base essentielle de ce que nous appelons la civilisation occidentale ». Oberkirch dénonçait, dans la même intervention, le racisme, le prussianisme et le retour au paganisme11. Mais les dirigeants de la Fédération soulignaient que cette évolution était conforme à la « mauvaise » nature allemande, les hitlériens prenant la succession d'autres dirigeants qui, ne valant guère mieux, avaient su, tout au plus, se montrer plus hypocrites.

    162 - Ces constatations auraient dû, normalement, renforcer le zèle patriotique défensif du parti et pousser la Fédération à une attitude intransigeante de « résistance » au cours des crises qui ébranlèrent l'ordre international à partir de 1936. Il n'en fut rien. La remilitarisation de la Rhénanie fut, certes, perçue comme la conséquence inéluctable des abandons briandistes et comme l'expression de l'expansionnisme germanique. Mais la Fédération se refusa à cette occasion à envisager toute action militaire préventive, se bornant à prôner un rapprochement avec la Grande-Bretagne et l'Italie. L'Anschluss ne provoqua qu'une demande de protestation officielle contre la violation des traités. Durant la crise de Munich, la Fédération, tout en mettant en valeur la continuité du comportement allemand - « quels que soient ses chefs, le peuple allemand sera avec lui pour la violence, le dol et l'accaparement »12 -, mit son espoir dans un règlement pacifique et approuva les accords, non seulement par un vote a posteriori de ses parlementaires, mais aussi par leur intervention au cours de la crise.

    17Cette attitude a été analysée de longue date, en particulier par William Irvine dans French conservatism in crisis : cette attitude modérée, très nouvelle, s'expliquerait par la crainte d'une révolution intérieure que les communistes pourraient déclencher à l'occasion d'une guerre extérieure. La leçon de la Première guerre mondiale n'avait pas été oubliée. Cette prise de position n'était pas nouvelle. À la fin de 1935, la Fédération avait adopté une position hostile à la prise de sanctions contre l'Italie, qui se lançait alors à la conquête de l'Éthiopie, elle-même membre de la SDN. Un des dirigeants de la Fédération, Victor Perret, vice-président national du parti et président de la fédération du Rhône, expliqua alors le refus de son groupement de courir le risque d'un conflit. Il déclarait refuser la guerre d'abord et essentiellement parce que la défense du sol national n'était pas en cause. Mais aussi, ajoutait-il, parce que « la guerre a toujours été le meilleur auxiliaire de la révolution ». Dès la formation du Front populaire, le lien établi entre le risque de guerre extérieure et la révolution intérieure formait la trame des discours des hommes de la Fédération. Celle-ci accusait le « Front commun » de vouloir le déclenchement de la guerre en poursuivant cet objectif. « Le Front commun veut la révolution. Elle est son programme avoué ; il est logique qu'il trouve le moyen le plus rapide de la faire »13. Cette thèse était constamment avancée : les partisans de l'intervention en Espagne étaient également crédités de la même intention : « La révolution espagnole est soudoyée par Moscou, qui n'a jamais cessé de poursuivre ses buts de révolution mondiale »14. Pendant la crise de Munich, le parti dénonça les « fauteurs de guerre », accusés de propager de fausses nouvelles, « les meneurs étrangers, hommes de main connus, la plupart condamnés de droit commun », qui poignardaient la France dans le dos, le « clan international », fauteur de révolution mondiale15.

    18Au printemps de 1939 seulement, se dessina une orientation favorable à la résistance à Hitler, au lendemain de la destruction de la Tchécoslovaquie. Encore ne faisait-elle pas l'unanimité dans le parti. C'est le pacte germano-soviétique qui refit provisoirement l'unité, les deux ennemis, allemand et soviétique, se trouvant dans le même camp.

    193 - On ne saurait toutefois exclure d'autres facteurs :

    20- Le degré d'impréparation du pays a joué un rôle réel dans cette attitude. William D. Irvine se demande si, lors du congrès de la fin de 1938, tenu au lendemain des accords de Munich, cet argument en fut qu'un simple prétexte : « Il semblait plus honorable », écrit-il, « de présenter l'abandon de la Tchécoslovaquie comme le résultat de la faiblesse stratégique de la France et non comme une tactique nécessaire en vue de préserver l'ordre social »16. On peut affirmer toutefois que cette raison ne fut pas qu'un simple prétexte, le parti mettant l'accent sur les insuffisances de la préparation militaire, qu'il n'envisageait d'ailleurs que sous un angle parfaitement classique.

    21- Il faut insister sur la raison essentielle, le risque des souffrances endurées, la peur d'un affaiblissement démographique, très vive dans un parti intéressé par les questions familiales et démographiques. Voici comment Victor Perret évoquait cette crainte dans La Nation du 24 septembre 1938 : « La terreur qu'inspirent à tous les peuples sans exception les conséquences d'une guerre généralisée, qui, avec les armements meurtriers modernes, menacerait de faire s'écrouler les régimes comme la civilisation elle-même, n'est-elle pas émouvante, aussi, et ne nous apparaît-elle pas comme une force mystérieuse invisible, échappée de l'au-delà, où repose dans le silence éternel l'âme des poilus qui, il y a vingt ans à peine, sacrifiaient leur vie à l'idéal sacré de la patrie ? »17

    22Ainsi l'image de la Fédération républicaine, formation antibriandiste dans les années 1920, virant au pacifisme par esprit conservateur dans les années 1930, appelle-t-elle une double nuance. Le refus du briandisme ne peut, en aucun cas, être assimilé à un nationalisme belliciste, l'attitude de la Fédération n'étant qu'une variante, au demeurant peu réaliste et peu adroite, du patriotisme défensif. Quant aux prises de position dans les années 1930, elles ne s'expliquent pas seulement comme une manifestation de notables apeurés par le spectre de la révolution. Elles procèdent également d'un sentiment plus général et très répandu, lié au souvenir de l'hécatombe de 1914-1918.

    Notes de bas de page

    1 H. Lebovics, La Vraie France. Les enjeux de l'identité culturelle, Paris, Belin, 1995, p. 54.

    2 La Nation, 29 août 1931.

    3 La Nation, 2 octobre 1926.

    4 La Nation, 4 octobre 1930.

    5 La Nation, 24 avril 1926.

    6 La Nation, 24 avril 1926.

    7 La Nation, programme du parti, 29 août 1931.

    8 Journal Officiel, Débats, Chambre, 1926, p. 1041 et suivantes.

    9 La Nation, 29 août 1931.

    10 La Nation, 8 avril, 22 avril, 20 mai 1933.

    11 La Nation, 30 juin 1934.

    12 La Nation, 17 septembre 1938.

    13 La Nation, 21 décembre 1935.

    14 La Nation, 1er août 1939.

    15 La Nation, 17 septembre 1938.

    16 W D. Irvine, French conservatism in crisis, Bâton Rouge, Louisiana Press University, 1979.

    17 La Nation, 24 septembre 1938.

    Auteur

    • Jean Vavasseur-Desperriers

      Lille 3 - CRHEN-O

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    L'épuration en Belgique et dans la zone interdite (1944-1949)

    L'épuration en Belgique et dans la zone interdite (1944-1949)

    Robert Vandenbussche (dir.)

    2017

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    Les socialistes septentrionaux et leurs alliances, de la libération à la fin des années 1960

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    1 H. Lebovics, La Vraie France. Les enjeux de l'identité culturelle, Paris, Belin, 1995, p. 54.

    2 La Nation, 29 août 1931.

    3 La Nation, 2 octobre 1926.

    4 La Nation, 4 octobre 1930.

    5 La Nation, 24 avril 1926.

    6 La Nation, 24 avril 1926.

    7 La Nation, programme du parti, 29 août 1931.

    8 Journal Officiel, Débats, Chambre, 1926, p. 1041 et suivantes.

    9 La Nation, 29 août 1931.

    10 La Nation, 8 avril, 22 avril, 20 mai 1933.

    11 La Nation, 30 juin 1934.

    12 La Nation, 17 septembre 1938.

    13 La Nation, 21 décembre 1935.

    14 La Nation, 1er août 1939.

    15 La Nation, 17 septembre 1938.

    16 W D. Irvine, French conservatism in crisis, Bâton Rouge, Louisiana Press University, 1979.

    17 La Nation, 24 septembre 1938.

    L'idée de paix en France et ses représentations au xxe siècle

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    Vavasseur-Desperriers, J. (2001). La fédération républicaine, Louis Marin et l’idée de paix pendant l’entre-deux-guerres. In A.-R. Michel & R. Vandenbussche (éds.), L’idée de paix en France et ses représentations au xxe siècle. Villeneuve d’Ascq: Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.irhis.1781
    Vavasseur-Desperriers, Jean. « La fédération républicaine, Louis Marin et l’idée de paix pendant l’entre-deux-guerres ». In L’idée de paix en France et ses représentations au xxe siècle, édité par Alain-René Michel et Robert Vandenbussche. Villeneuve d’Ascq: Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion, 2001. doi:10.4000/books.irhis.1781.
    Vavasseur-Desperriers, Jean. « La fédération républicaine, Louis Marin et l’idée de paix pendant l’entre-deux-guerres ». L’idée de paix en France et ses représentations au xxe siècle, édité par Alain-René Michel et Robert Vandenbussche, Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion, 2001, https://doi.org/10.4000/books.irhis.1781.

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    Michel, A.-R., & Vandenbussche, R. (éds.). (2001). L’idée de paix en France et ses représentations au xxe siècle. Villeneuve d’Ascq: Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.irhis.1756
    Michel, Alain-René, et Robert Vandenbussche, éd. L’idée de paix en France et ses représentations au xxe siècle. Villeneuve d’Ascq: Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion, 2001. doi:10.4000/books.irhis.1756.
    Michel, Alain-René, et Robert Vandenbussche, éditeurs. L’idée de paix en France et ses représentations au xxe siècle. Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion, 2001, https://doi.org/10.4000/books.irhis.1756.
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