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    Plan détaillé Texte intégral 1. Une première approche 2. Éléments d’interprétation 3. Pour une herméneutique du droit à la différence Notes de bas de page Auteur

    L'image de l'autre dans l'Europe du Nord-Ouest à travers l'histoire

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Rapport à autrui et citoyenneté

    Gilles Ferréol

    p. 59-67

    Texte intégral 1. Une première approche 2. Éléments d’interprétation 3. Pour une herméneutique du droit à la différence Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Ouvrons un dictionnaire, Le Grand Larousse encyclopédique par exemple : l’étranger désigne celui « qui est d'une autre nation ; par extension : qui n’est pas de la famille, n’appartient pas au même groupe..., qui n’est pas de même nature... ». Poursuivons notre lecture : est étrange ce qui est « hors de l'ordinaire, étonnant, singulier ». Ces premières indications attirent notre attention sur plusieurs problématiques1, comme celles relatives :

    • à l’altérité et aux ambivalences (ouverture et enrichissement/fermeture et figure du bouc émissaire) ;
    • à la dialectique du proche et du lointain ;
    • aux rapports entre particularismes et valeurs universelles.

    2Les écrits de Paul Ricœur et d’Emmanuel Lévinas, ceux plus anciens de Georg Simmel, nous fournissent, sur tous ces thèmes, d’utiles points de repère. Les débats ayant trait aux identités et aux représentations méritent, à cet égard, un examen attentif. Le questionnement porte alors sur le racisme et l'immigration, les relations interethniques et les conflits de culture, les jeunes et les banlieues. La redéfinition du lien social s’accompagne, dans cette perspective, d’une réflexion sur l’idée de citoyenneté. Doit-on, sous cet angle, raisonner en termes d’« accommodation » (École de Chicago des années vingt) ou d'« assimilation » (tradition durkheimienne) ? Les politiques de peuplement peuvent-elles se substituer aux politiques de main-d'œuvre ? Plus généralement, comment lutter efficacement contre les risques de « précarisation » ou de « dualisme » ?

    3Autant d’interrogations qui seront ici abordées en référence à un certain nombre de recherches ayant trait à l’intégration et à l’exclusion2.

    1. Une première approche

    4Si, comme le rappelle A. Memmi, le refus de l’altérité va de pair avec « la valorisation de différences réelles ou imaginaires, au profit de l'accusateur et au détriment de sa victime, afin de légitimer une agression ou un privilège »3, la compréhension des phénomènes de xénophobie ou de ségrégation n’est cependant pas immédiate et nécessite une confrontation entre sociologues, anthropologues, géographes et historiens4. Dans un ouvrage important coordonné au milieu des années quatre-vingt par A. Béjin et J. Freund, onze auteurs de sensibilités et d’horizons très divers ont été ainsi sollicités5.

    5Pour A. de Benoist, le racisme véhicule des opinions si disparates qu’il « prend les allures d’un mythe difficile à cerner »6. Le terme même a une résonance péjorative, un contenu flou et répond à une logique inflationniste, génératrice de stéréotypes. Il n’est donc guère surprenant qu’en certaines circonstances, dilution rime avec insignifiance : « Si tout le monde est raciste, personne ne l'est »7. Quelle que soit la définition retenue, plusieurs croyances prédominent : inégalité des races, supériorité d'ordre biologique, légitimité de visées hégémoniques, préservation d’un idéal de « pureté » ou d’« authenticité » avec, si besoin est, recours à l’épuration, à l’eugénisme ou à l’expertise. Les lois sur la « citoyenneté du Reich » en sont une parfaite illustration et correspondent à une division du travail entre techniciens et propagandistes : en multipliant les possibilités de promotion, ajoute M. Pollak, le pouvoir en place a d'abord misé sur l'« intérêt bien compris » des différentes parties prenantes.

    6Les variantes utilisées incarnent une pensée de la décadence (menaces de submersion, dangers du métissage) ou célèbrent au contraire les mérites de la sélection naturelle (« La race n’est pas tant un acquis à consolider qu'un objectif à atteindre et une réalité à faire naître »8. D’autres clivages sont à mentionner. On peut, sur ce plan, distinguer racisme d'exclusion et racisme de domination, racisme proprement dit et théorie raciale... Selon le point de vue envisagé (de K. Pearson à H. Chamberlain, ou de J. A. Gobineau à V. Courtet), des divergences se font jour. N’oublions pas, par ailleurs, que des nuances s’imposent (voir l’encadré ci-après,)9 et que toute hiérarchie ne se résume pas aux « seules catégories de l’exploitation ou du mépris »10.

    Image

    7La méfiance s’impose également vis-à-vis des discours en termes de ruses, de soupçons ou de décodages : « N'y a-t-il pas là le risque de tomber dans un raisonnement circulaire du type : la preuve qu’ils sont racistes, c'est qu'ils proclament qu’ils ne le sont pas ? »11 ; la filiation avec le totalitarisme n’est en outre jamais parfaite.

    8L’approche développée par P.-A. Taguieff se réfère, quant à elle, explicitement à la méthodologie wébérienne de l’idéaltype. Elle se présente comme un « inventaire systématique de traits définitionnels » : rejet de l’universel, fixité des appartenances individuelles, postulat d’incommunicabilité, lois de l’hérédité, mixophobie. Si l'ensemble de ces présupposés doit être à juste titre questionné sans complaisance, encore faut-il être vigilant et dénoncer avec vigueur un certain nombre de « fictions » : exaltation d'un monde sans préjugés, amour absolu de la paix et de l’humanité, rhétorique de la conspiration ou de l’orchestration... Sans cette remise en cause, aveuglement, fanatisme ou ressentiment peuvent réapparaître.

    9L’antiracisme, poursuit A. Béjin, obéit, dans ses ressorts les plus « mondains », à des motivations très disparates : expiation, angoisse, hypocrisie... Ses porte-parole, souvent choyés par les médias, font parfois preuve d’incohérence car ils nous demandent d’admettre simultanément des assertions de toute évidence contradictoires. Perçue comme dangereuse lorsqu’elle est appliquée aux mouvements de capitaux ou de marchandises, la doctrine du « laisser faire, laisser-passer » est par contre jugée recevable quand elle a trait aux déplacements de population. Dans ces conditions, estime J. Freund, on entretient l’équivoque et la confusion. La suspicion s’installe et confine parfois à l’obsession. On oublie du même coup que si la liberté a besoin de « garde-fous », la surveillance des « miradors » lui est fatale12. La mobilisation des talents et des bonnes volontés ne saurait suffire car, comme l'écrit P. A. Gloor, imprécations et conjurations « appartiennent au même mode que le fléau quelles sont censées combattre »13.

    10La fascination qu’exercent sur l’esprit humain de tels amalgames est telle qu’on peut être honnête homme, ne pas manquer de courage et se rallier pourtant à des procédés aussi fallacieux. Face à ce piège sans issue, peut-être serait-il opportun de méditer à nouveau le vieil adage scolastique : Distinguere sed non separare. Si distinguer signifie articuler le réel en vue d’une meilleure compréhension de l’altérité, séparer implique fréquemment le refus ou l’exclusion de ce qui n’a pas notre agrément. Ces deux mouvements sont antagonistes : moins on est disposé à connaître, souligne C. Polin, plus on est enclin à condamner.

    11Alors que notre civilisation - qualifiée de « postmoderne » - est confrontée à une sorte de « néo-tribalisme » (le vocable est de M. Maffesoli,14), dans les sociétés de type holiste prédomine un « modèle de parité » susceptible d’assurer une « régulation spontanée ». La coexistence n’est rendue possible que par adaptations, ajustements ou compensations. D’une certaine façon, le système de castes (théorie des équivalences, endogamie, corporatisme...) reprend à son compte cette nécessité de gérer conjointement obligations et privilèges. En dépit de ses imperfections, cette forme d'organisation - remarque A. Daniélou - a permis pour une large part d’éviter les génocides et de faire cohabiter durablement cultures, modes de vie ou religions15. La situation sur le continent africain (de la traite des Noirs à l’apartheid) est probablement plus complexe : peut-on par exemple, se demande R. Breton, distinguer en toutes circonstances « pratiques racistes » et « coutumes claniques » ? Aux États-Unis, l'émancipation des minorités est inscrite dans la législation. Elle s’explique par la prospérité économique et la mobilité sociale. Si, pour les descendants des Pilgrims, la bannière étoilée confère à tout un chacun une sorte de « supra-humanité », les résistances à la montée des ethnies sont toujours aussi vivaces, bien que plus sournoises. Ce conflit entre « haine raciale » et « obéissance démocratique » serait, d’après T. Molnar, une constante de l’histoire américaine.

    12S’il y a donc autant de « racismes » que de peuples ou de psychologies, l’étude de ces spécificités suppose un combat sans merci contre les dogmatismes et, plus fondamentalement, une « satire de l'esprit mai tourné »16.

    2. Éléments d’interprétation

    13Dès l’instant où les bons sentiments ne peuvent se substituer au travail de la pensée, il importe - au-delà de protestations indignées ou de rassemblements symboliques - de pouvoir répliquer de manière efficace à des affirmations la plupart du temps non fondées, approximatives ou mensongères. Ce programme de recherche constitue le fil directeur d’une publication plus récente en deux volumes, placée sous la direction de P.-A. Taguieff17.

    14Il s’agit, d’emblée, de dénoncer « amalgames polémiques et clichés de propagande ». Prendre au mot l’argumentation xénophobe, précise A. Duraffour, requiert alors non pas une « diabolisation de l'ennemi » mais une discussion critique approfondie18. Sont mobilisés, dans cette optique, données quantitatives, rappels historiques et comparaisons internationales. Plusieurs thèmes sont ainsi abordés : naturalisation et seuils de tolérance, coûts de la protection sociale, école et système éducatif, chômage et emploi, religion et intégrisme, rapport au logement et à la propriété, insécurité et délinquance. Les débats relatifs à l’immigration clandestine ou au code de la nationalité font notamment l’objet d’un examen minutieux tant de la part des juristes (J. Costa-Lascoux) et des économistes (A. Cordero) que des politologues (P. Weil) et des démographes (J. Vallin). Le résultat de ces différentes investigations met en lumière un certain nombre de sophismes ou de contre-vérités.

    15Une fois cette réfutation effectuée, le questionnement porte sur les garanties judiciaires, l’impact des actions de formation et le rôle des médias. Faut-il, en particulier, pratiquer la censure, débattre en public, se rétracter... ? Doit-on de même faire appel à la police, et dans quelles circonstances ? Que penser, par ailleurs, des tentatives de « sociothérapie » ? Toutes ces interrogations nécessitent un éclairage adéquat.

    16Premier axe de réflexion : les métamorphoses du discours raciste. On est, en effet, passé progressivement de l’invective au sous-entendu, de l’inégalité à la différence, de la race à la culture. Conséquence : par une stratégie habile d’euphémisation, des propos antisémites peuvent apparaître comme « acceptables », voire « légitimes ». Notons toutefois avec N. Mayer que « le rejet des Arabes, des Musulmans et des Immigrés est beaucoup plus répandu que celui des Juifs ». Ces derniers, davantage insérés, « offrent moins de prise à la discrimination »19.

    17Quelles que soient ces évolutions, constate M. Wieviorka20, beaucoup parmi nous continuent d’interpréter le monde « dans un sens qui se polarise sur des boucs émissaires, sur un Autre qu’il convient de tenir à l'écart, de mieux exploiter ou d’éliminer ». Dans ce contexte, un défi est lancé au législateur : « Comment trouver un équilibre entre le respect des droits des individus et les modes d’expression collective, sans que ceux-ci annihilent les premiers ? » Pour J. Costa-Lascoux, « l'alternative se précise entre une Europe des citoyens et une Europe des minorités »21. L’intégration, par suite, ne peut plus être conçue comme une sorte de voie moyenne entre assimilation et insertion, mais comme un processus spécifique d’ajustement réciproque fondé sur l’adhésion à des règles de fonctionnement et à des valeurs communes. Si tel n’était pas le cas, les politiques qui s’en inspirent seraient « à l'image de ces maquettes de bateaux enfermés dans des bouteilles et qui ne voient jamais la mer ».

    18Cessons ici, recommande S. Bonnafous, de « parler flou » et de « viser bas » car « à ce jeu, ce sont toujours les démagogues qui l'emportent »22. Basée sur des rapports de voisinage au sein de communautés locales ou d’associations de quartier, l’analyse des relations interethniques nous livre, à cet égard, de précieux enseignements. Les réactions que l’on observe sont ambivalentes : on rencontre tout à la fois de l’agressivité et de la dépendance, de la passivité et de la révolte, sans qu’il y ait une réelle adhésion à tel ou tel projet. C’est ainsi, l'étude d’H. Vieillard-Baron l’atteste, que si les logiques qui ont conduit les Antillais, les Maghrébins et les Turcs chaldéens à s’implanter à Sarcelles étaient au départ fort différentes, elles se rejoignent dorénavant avec l’effondrement du mythe du retour et l’installation dans le pays d’accueil23. Les formes d’enracinement et les stratégies identitaires ne sont évidemment pas les mêmes selon le milieu d’origine. Certains préfèrent l’intériorisation, la surenchère ou le contournement ; d’autres, la dénégation, le retrait ou au contraire l’action collective24.

    19Face à l’intifada des banlieues, à l’imagerie de la peur et à la montée des intolérances, la mise en place des dispositifs de prévention s'avère délicate. Pour C. Bachmann et L. Basier, l’intendance organisationnelle renâcle ; la justice est mal en point, l’école aussi. Quant au travail social, il a peine à se renouveler25.

    20B. Stora conclut26 : « Si, désormais, ne se constitue pas une dynamique d’intégration sur une base républicaine, le risque est celui d’une libanisation, d’une opposition entre les Français de souche et les autres. Au grand bonheur des islamistes, prêchant résolument l’intégrisme communautaire. » Chez les jeunes, de Brixton aux Minguettes, l'« hypodoxie » (c’est-à-dire la raréfaction des référentiels et des projets à long terme) est lourde de menaces, de même que la « galère »27, les « frustrations »28 ou les « cultures sur macadam »29. Les témoignages dont on dispose montrent bien cette difficulté à se situer et font état d’« adhésions à éclipses ». Selon les lieux, les moments ou les interlocuteurs, la ZUP est perçue soit comme une patrie qu’il convient de défendre bec et ongles contre ceux qui voudraient s’y aventurer, soit comme une zone sinistrée caractérisée par le béton et les larmes. Les institutions elles-mêmes sont vécues tantôt comme des repoussoirs, tantôt comme des points d’ancrage, la « rage » étant cette violence pure qui explose périodiquement sans jamais se fixer de véritable but. Toutes ces évolutions peuvent être rattachées à la « décomposition du système d’action de la société industrielle », à la « rupture d’un mode d’intégration séculaire » et à l'« épuisement du mouvement ouvrier ». S’il n’existe d’identité que sous un mode historique (continuité temporelle) et conflictuelle (confrontation du même et de l’autre), le renouvellement de certaines problématiques, comme celles touchant à la socialisation, à l’ethnicité ou à l’acculturation, nous invite à valoriser davantage la dimension contextuelle30.

    21Les « tabous de l’altérité », pour reprendre une formulation de S. Beaud et G. Noiriel, n’ont donc pas disparu, les hommes politiques étant « passés maîtres dans l'art de jouer sur les mots, d’entretenir les ambiguïtés du vocabulaire pour mobiliser les électorats les plus larges et les plus hétérogènes »31. Quel type de « sociabilité », dès lors, promouvoir ? Les marges de manoeuvre sont en ce domaine très étroites ; méfions-nous en particulier des « effets pervers » : en montrant du doigt une communauté à intégrer, perçue comme posant problème, « on contribue à sa ségrégation, on alimente les préjugés xénophobes et l'on risque de conforter l'identité d’un groupe que l'on veut dissoudre »32.

    22D’où, une fois encore, la question : comment articuler particularismes et citoyenneté ? Celle-ci, nous indique J. Leca, requiert tout à la fois un statut juridique, un attachement à certains idéaux ainsi qu’un ensemble de qualités morales et de rôles spécifiques. Deux conceptions s'opposent ici : « La première, exprimée par Jean Bodin, insiste sur la dimension privée ; la seconde, qui remonte à Aristote, sur la dimension publique »33. D’un côté, la conformité aux lois en échange de protection des droits et des libertés ; de l’autre, la participation permanente et régulière aux activités politiques. Entre les deux, les mécanismes de la représentation et de la corporation (au sens hégélien du terme, c’est-à-dire les groupements socioprofessionnels). Confronté à ces risques de fragmentation ou d’anomie, l’État-Nation est en quête de nouvelles médiations.

    23Quelle que soit la solution adoptée (contrat d’association, îlots communautaires, « alternance des codes »...), il est sûr que cette précieuse formule n’apparaîtra pas de la simple exhumation des points de repère et des collectivités d’hier : « dans l'engouement culturaliste contemporain, on raisonne trop souvent en termes de retrouvailles, alors qu’il s'agit d’inventer »34.

    3. Pour une herméneutique du droit à la différence

    24L’« appel de la fraternité », l'« urgence de la détresse » renvoient en ce domaine à la problématique de l’injonction et de la transgression, de l’impératif et de l’interdit. Avec, en toile de fond, « les limites que l'homme s’impose et se reconnaît pour exister humainement ».

    25Si « Je est un autre » si « l'être n’est jamais sa propre raison d'être » et si « le monde est le monde de notre vie à tous », alors « ce n'est pas l'ordre qui nous constitue, c’est nous qui le constituons »35, la promotion de valeurs universelles étant à même de favoriser l’apprentissage des différences. À l'opposé, certains penseurs de la « postmodernité » tendent à accréditer la thèse selon laquelle « ce qui nous intéresse avant tout est le différend insoluble plutôt que le dialogue, le dissentiment plutôt que l'accord, l'indécidabilité plutôt que la décision, la singularité et l'incommensurabilité plutôt que l'existence ou la recherche d’un point commun »36.

    26Ce refus d’une « communauté communicationnelle », pour parler comme K.-O. Apel, nous semble très dommageable car ceux qui défendent cette position ne conçoivent la rationalité que sous l’angle de sa perversion instrumentale, et se refusent à admettre que nous puissions parvenir à une compréhension intersubjective et donc à la formation d’un consensus.

    27En adhérant à de tels présupposés, on perdrait alors de vue l'un des principaux enseignements de la rhétorique pérelmanienne : « Seule l'existence d’une argumentation, qui ne soit ni contraignante ni arbitraire, accorde un sens à la liberté humaine, condition d’un choix raisonnable »37. On méconnaîtrait également que, le temps d’un dialogue, « il n’y a plus ni Juif, ni Grec ; ni esclave, ni affranchi ; ni homme, ni femme » (Paul, Épître aux Galates, III, 28).

    28Le principe d’universalité, tel qu'il est appréhendé ou formalisé par des auteurs aussi différents que J. Rawls, F. Jacques ou J. Habermas (on pourrait, bien entendu, en citer beaucoup d’autres), ne mérite pas selon nous pareil discrédit et doit être au contraire conforté, qu’il s’agisse d'une « approche contractualiste », d’une « philosophie de l’interlocution » ou d’une « éthique de la discussion » :

    Auteur

    Cadre théorique

    Type de problématique

    J. Rawls
    (Théorie de la justice, trad. fr.. 1987, 1re éd. en langue anglaise : 1971)

    Approche contractualiste
    (recherche du maximun sous voile d’ignorance)

    Les principes du choix social et, partant, les principes de la justice sont eux-mêmes l’objet d’un accord originel

    F. Jacques
    (Dialogiques. II : L'Espace logique de l'interlocution, 1985)

    Philosophie de l'interlocution
    (lien dialogique)

    Le dialogue n’est ni impossible, comme le voudraient les partisans de l’incommensurabilité des théories, ni superflu, comme le croient les tenants de l’universalité des règles de méthode

    J. Habermas
    (Morale et communication, trad. fr., 1986, 1er éd. en langue allemande : 1983)

    Éthique de la discussion
    (communauté communicationnelle)

    Une norme ne peut prétendre à la validité que si toutes les personnes qui peuvent être concernées sont d'accord ou pourraient l’être, après discussion, sur la validité de cette norme

    29La reconnaissance de cette « herméneutique du droit à la différence » implique qu’« après s’être épuisé à ressasser et à dénoncer », l’antiracisme ne se contente plus de formules incantatoires mais « s'efforce de connaître et d’agir », sous peine de sombrer « dans le dérisoire, le futile et le désuet »38. À une époque où « les peurs remplacent les projets », ce coup de semonce n’est sans doute pas inutile. Il ne peut en tout cas laisser indifférent d’autant que, comme l’écrit P. Ricoeur, « si nous ne pouvons pas nous abstraire de ce que nous sommes, nous ne pouvons pas non plus abandonner la pensée de l'universel », d’un universel « inchoactif » ou « contextuel » mettant l’accent sur la « force de la conviction »39.

    Notes de bas de page

    1 É. BLONDEL, « Le concept philosophique d'étranger », dans L’Étranger en France et en Allemagne (ouvrage collectif sous la direction de C. BRUCKER), Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1991, p. 25-31.

    2 G. FERRÉOL, sous la direction de, Intégration et exclusion dans la société française contemporaine. Lille, Presses Universitaires de Lille, 1992.

    3 A. MEMMI, Le Racisme. Description, définition, traitement. Paris, Gallimard, 1982.

    4 M. WIEVORKA, sous la direction de, Racisme et modernité, Paris, La Découverte, 1992.

    5 A. BÉJIN et J. FREUND. sous la direction de, Racismes-Antiracismes, Paris, Klincksieck, 1986.

    6 Id., p. 203.

    7 Id., p. 228.

    8 Id., p. 217.

    9 P. A. TARGUIEFF, La Force du préjugé. Essai sur le racisme et ses doubles. Paris, La Découverte, 1988, 2 t., t. 1, p. 255.

    10 A. BÉJIN et J. FREUND, op. cit., 1986, p. 212.

    11 Id. p. 242.

    12 Id., p. 34

    13 Id., p. 120.

    14 Id., p. 91.

    15 Id., p. 51.

    16 Id., p. 35.

    17 P. A. TARGUIEFF, sous la direction de, Face au racisme, tome I : Les Moyens d'agir ; tome II : Analyses, hypothèses, perspectives, Paris, La Découverte, 1991.

    18 Id., t. I, p. 123-124.

    19 Id., t. 2, p. 72.

    20 M. WIEVORKA, op. cit., 1992, p. 75.

    21 Ibid., p. 130-131.

    22 Ibid. p. 153.

    23 H. VIEILLARD-BARON, Le Risque du ghetto dans l'agglomération parisienne. Thèse de doctorat en géographie, Paris I, novembre 1990, 4 tomes.

    24 I. LÉONETTI-TABOADA, « Stratégies identitaires et minorités », Migrants-Formation, 1991, no 86, septembre, p. 54-73.

    25 C. BACHMANN et L. BASIER, Mise en images d’une banlieue ordinaire. Paris, Syros, 1968.

    26 in P.-A. TAGUIEFF, op. cit., 1991, tome II, p. 222.

    27 F. DUBET, La Galère, Jeunes en survie. Paris, Minuit, 1987.

    28 O. GALLAND, Sociologie de la jeunesse. L'entrée dans la vie. Paris, A. Colin, 1991.

    29 J. HURSTEL, Jeunes au bistrot, culture au macadam, Paris, Syros, 1984.

    30 M. WIEVIORKA, sous la direction de, Racisme et xénophobie en Europe. Une comparaison internationale, Paris, La Découverte. 1994.

    31 in P.-A. TAGUIEFF, op. cit., 1991, tome II, p. 261

    32 Ibid., p. 280-281

    33 Ibid., p. 320

    34 C. CAMILLERI, « Communautés, immigration, intégration », Migrants-formation, septembre 1991, no 86, p. 19-31

    35 G. GOSSELIN, Une éthique des sciences sociales. La limite et l'urgence, Paris, L'Harmattan, 1992, p. 167

    36 J. BOUVERESSE, Rationalité et cynisme, Paris, Minuit, 1984, p. 128.

    37 C. PERELMAN, en collaboration avec L. OLBRECHTS-TYTECA, Traité de l’argumentation. La nouvelle rhétorique. Paris, PUF, 1958, tome II, p. 682.

    38 P.-A. TAGUIEFF, sous la direction de, op. cit., 1991, tome I, p. 35-37 ; P.-A. TAGUIEFF, Les fins de l'antiracisme. Essai, Paris, Michalon, 1995.

    39 P. Ricoeur, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990, p. 279 et sqs.

    Auteur

    • Gilles Ferréol

      Université de Lille I - METIS/CLERSE

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    1 É. BLONDEL, « Le concept philosophique d'étranger », dans L’Étranger en France et en Allemagne (ouvrage collectif sous la direction de C. BRUCKER), Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1991, p. 25-31.

    2 G. FERRÉOL, sous la direction de, Intégration et exclusion dans la société française contemporaine. Lille, Presses Universitaires de Lille, 1992.

    3 A. MEMMI, Le Racisme. Description, définition, traitement. Paris, Gallimard, 1982.

    4 M. WIEVORKA, sous la direction de, Racisme et modernité, Paris, La Découverte, 1992.

    5 A. BÉJIN et J. FREUND. sous la direction de, Racismes-Antiracismes, Paris, Klincksieck, 1986.

    6 Id., p. 203.

    7 Id., p. 228.

    8 Id., p. 217.

    9 P. A. TARGUIEFF, La Force du préjugé. Essai sur le racisme et ses doubles. Paris, La Découverte, 1988, 2 t., t. 1, p. 255.

    10 A. BÉJIN et J. FREUND, op. cit., 1986, p. 212.

    11 Id. p. 242.

    12 Id., p. 34

    13 Id., p. 120.

    14 Id., p. 91.

    15 Id., p. 51.

    16 Id., p. 35.

    17 P. A. TARGUIEFF, sous la direction de, Face au racisme, tome I : Les Moyens d'agir ; tome II : Analyses, hypothèses, perspectives, Paris, La Découverte, 1991.

    18 Id., t. I, p. 123-124.

    19 Id., t. 2, p. 72.

    20 M. WIEVORKA, op. cit., 1992, p. 75.

    21 Ibid., p. 130-131.

    22 Ibid. p. 153.

    23 H. VIEILLARD-BARON, Le Risque du ghetto dans l'agglomération parisienne. Thèse de doctorat en géographie, Paris I, novembre 1990, 4 tomes.

    24 I. LÉONETTI-TABOADA, « Stratégies identitaires et minorités », Migrants-Formation, 1991, no 86, septembre, p. 54-73.

    25 C. BACHMANN et L. BASIER, Mise en images d’une banlieue ordinaire. Paris, Syros, 1968.

    26 in P.-A. TAGUIEFF, op. cit., 1991, tome II, p. 222.

    27 F. DUBET, La Galère, Jeunes en survie. Paris, Minuit, 1987.

    28 O. GALLAND, Sociologie de la jeunesse. L'entrée dans la vie. Paris, A. Colin, 1991.

    29 J. HURSTEL, Jeunes au bistrot, culture au macadam, Paris, Syros, 1984.

    30 M. WIEVIORKA, sous la direction de, Racisme et xénophobie en Europe. Une comparaison internationale, Paris, La Découverte. 1994.

    31 in P.-A. TAGUIEFF, op. cit., 1991, tome II, p. 261

    32 Ibid., p. 280-281

    33 Ibid., p. 320

    34 C. CAMILLERI, « Communautés, immigration, intégration », Migrants-formation, septembre 1991, no 86, p. 19-31

    35 G. GOSSELIN, Une éthique des sciences sociales. La limite et l'urgence, Paris, L'Harmattan, 1992, p. 167

    36 J. BOUVERESSE, Rationalité et cynisme, Paris, Minuit, 1984, p. 128.

    37 C. PERELMAN, en collaboration avec L. OLBRECHTS-TYTECA, Traité de l’argumentation. La nouvelle rhétorique. Paris, PUF, 1958, tome II, p. 682.

    38 P.-A. TAGUIEFF, sous la direction de, op. cit., 1991, tome I, p. 35-37 ; P.-A. TAGUIEFF, Les fins de l'antiracisme. Essai, Paris, Michalon, 1995.

    39 P. Ricoeur, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990, p. 279 et sqs.

    L'image de l'autre dans l'Europe du Nord-Ouest à travers l'histoire

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    Jessenne, J.-P. (éd.). (1996). L’image de l’autre dans l’Europe du Nord-Ouest à travers l’histoire. Villeneuve d’Ascq: Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion. https://doi.org/10.4000/books.irhis.1493
    Jessenne, Jean-Pierre, éd. L’image de l’autre dans l’Europe du Nord-Ouest à travers l’histoire. Villeneuve d’Ascq: Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion, 1996. doi:10.4000/books.irhis.1493.
    Jessenne, Jean-Pierre, éditeur. L’image de l’autre dans l’Europe du Nord-Ouest à travers l’histoire. Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion, 1996, https://doi.org/10.4000/books.irhis.1493.
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