La lutte contre l’obsolescence des villes fortifiées picardes au XVIe siècle : l’adoption du système remparé
The fight against obsolescence of Picardy fortified cities in the 16th century : the adoption of the rampart system
Résumés
Le développement de l’artillerie à poudre et la montée des hostilités avec les Habsbourg contraignent les villes fortifiées de la frontière picarde à adapter leurs fortifications médiévales devenues obsolètes. Pour cela, elles adoptent, dans les deux premiers tiers du XVIe siècle, un nouveau système défensif empirique, largement basé sur l’usage de la terre. Il vise à la fois à diminuer l’impact des batteries de brèches des assaillants, en particulier en les éloignant, et à permettre une défense active disposant de contre-batteries efficientes. Ce système, reposant en grande partie sur une combinaison fossé-rempart, génère des travaux de terrassement de grande ampleur, auxquels les villes doivent se confronter bien malgré elles. À travers les archives des échevinages apparaissent, en particulier, le contexte d’émergence de ce système remparé et les problématiques rencontrées tant pour son financement que pour sa mise en œuvre, éclairant le processus d’élaboration de ce véritable tournant dans l’art de la fortification.
The development of gunpowder artillery and the rise of hostilities with the Habsburgs forced the fortified towns of the Picardy border to adapt their medieval fortifications which had become obsolete. For that, in the first two thirds of the 16th century, they adopted a new empirical defensive system, largely based on the use of the earth. It devoted to reduce the impact of the attackers' breaching batteries, in particular by moving them away, and to enable active defense with efficient counter-batteries. This system, based largely on a ditch/rampart combination, generated large-scale earthworks, which the towns had to face despite themselves. Through the communal archives, in particular, the context of emergence of this rempared system and the problems encountered both for its financing and for its implementation appear, illuminating the process of development of this real turning point in the art of the fortification.
Entrées d’index
Mots-clés : Picardie, XVIe siècle, fortification, rempart, fossé, fausse-braie, artillerie, maîtrise d’œuvre, financement
Keywords : Picardy, 16th century, fortification, rampart, ditche, fausse-braie, artillery, project management, financing
Texte intégral
1. Introduction
1Au XVIe siècle, au sein des villes de la frontière picarde, on assiste à l’avènement d’un phénomène initié dès le siècle précédent : l’adoption du système remparé. À cette époque, le développement de l’artillerie à poudre oblige les places fortifiées médiévales à réévaluer l’efficience de leur défense pour faite face à ce que Nicolas Faucherre a qualifié de « crise du boulet métallique »1. Cette adaptation contrainte ne constitue en réalité que la première étape d’une évolution défensive vers le système bastionné. Pour autant, elle n’en incarne pas moins un tournant majeur. C’est en quelque sorte une course contre l’obsolescence qui s’engage pour les places fortes à partir de la seconde moitié du XVe siècle. La Picardie constitue alors une frontière mouvante qui préoccupe constamment le pouvoir royal, en particulier dans le contexte géopolitique du XVIe siècle et de conflit quasi permanent avec les Habsbourg. Les paroxysmes que sont les crises majeures de 1536-1538 et 1557 en témoignent (fig. 1 et 2). C’est donc assez logiquement que cette province incarne l’un des principaux laboratoires de cette véritable lutte des villes contre le déclassement défensif, bénéficiant en cela, notamment, des premières expériences rapportées par les guerres d’Italie.
Fig. 1. La frontière picarde lors de la crise de 1536-1537

© Dao : É. Lallau, 2018
Fig. 2. La frontière picarde lors de la crise de 1557

© Dao : É. Lallau, 2018
2Le dépouillement des sources textuelles, en particulier les archives des échevinages, permet de mieux comprendre le contexte d’émergence de ces grands travaux défensifs et d’en appréhender l’organisation, le financement et la maîtrise d’œuvre. Ce sont ces questions qui seront abordées ici, de manière non exhaustive, en mettant l’accent sur les grands travaux de terrassements, de la conception des remparts à leur corollaire que constitue l’agrandissement des fossés défensifs.
2. Le système remparé : définition et principes
3Les murailles des villes fortes médiévales se caractérisent par leur hauteur importante et leur épaisseur relativement restreinte. Elles sont conçues dans l’optique de conférer un aspect symbolique et ostentatoire à l’ensemble, d’empêcher escalade et échelade, et de résister aux engins de jet mécaniques. À compter de la fin du XVe siècle, elles ne suffisent plus à protéger les villes, le simple mur devenant obsolète face au tir de brèche. Le rempart est une des premières solutions choisies pour prémunir les places fortes des nouvelles formes de siège.
4Le terme même de « rempart » apparaît dans les textes à compter de la fin du XVe siècle et son emploi se systématise au cours du XVIe siècle. Les mentions antérieures emploient pour désigner l’enceinte les termes de « murs », de « murailles », de « forteresse » ou de « fortifications », mais jamais celui de « rempart ». L’utilisation actuelle de ce terme pour désigner des enceintes fortifiées antérieures à la fin du XVe siècle constitue donc une forme d’anachronisme inapproprié, le mot lui-même ayant été inventé postérieurement et, justement, pour qualifier un nouveau type de fortification.
5Le terme découle peut-être du mot « emparer » qui, au sens large, renvoie au fait de mettre en défense une place en la fortifiant. Cela aurait donné le verbe « remparer », qualifiant l’action de « ré-emparer », c’est-à-dire de fortifier de nouveau. Une autre origine pourrait être le mot italien « riparare »2. On « réparait » les murs médiévaux pour les adapter à l’artillerie à poudre, euphémisme qui désigne des aménagements radicaux et un tout nouveau type d’enceinte fortifiée. Toutefois, cette origine italienne est peu probable, car le vocabulaire ultramontain dans la fortification, tels les termes de « ravelin » ou de « bastion », n’apparaît dans les textes qu’à la fin du XVIe siècle.
6Au contraire de la muraille, réalisée en maçonnerie sur toute son épaisseur, du moins au Moyen Âge occidental3, le rempart est essentiellement constitué d’un important massif de terre. Initialement, il était systématiquement « revêtu », c’est-à-dire contenu de part et d’autre par un mur de pierres ou de briques à l’épaisseur limitée, le mur extérieur étant le plus souvent celui de la courtine de la fortification médiévale préexistante au rempart. Ces murs permettent de maintenir le volume des terres, générant ainsi un terre-plein plus ou moins large selon les cas de figure. Progressivement, à mesure que l’on tend vers une architecture bastionnée, on trouve des remparts dits « gazonnés », défendus par des fraises4 ou des palissades du côté de la campagne. Au XVIe siècle, c’est encore le mur qui prime et les terres du rempart ne sont perçues que comme un renfort de celui-ci. À partir du XVIIIe siècle, le rempart de terre devient l’élément le plus important, le mur n’apparaissant plus que comme une simple écorce de protection contre les intempéries et permettant de soutenir le rempart.
7Le rempart présente plusieurs avantages. Tout d’abord, en matelassant les murs d’enceinte par un puissant apport de terre, les tirs d’artilleries de brèche des assiégeants sont mieux absorbés. En effet, un mur résiste bien mieux à un impact répété s’il s’appuie à l’arrière sur un volume de terre plutôt que sur du vide. En outre cela épaissit considérablement l’ouvrage à abattre, allongeant de fait la durée du battement en brèche. Un autre avantage est que le rempart peut être aisément creusé, ce qui autorise l’aménagement de retranchements, tels des casemates. Enfin, le terre-plein ainsi constitué permet de disposer des contre-batteries au sommet des courtines pour répliquer aux assiégeants. Les villes disposent alors de plateformes suffisamment larges pour manipuler des pièces d’artillerie efficientes et non portables, ce qui s’avère évidemment impossible du haut de simples murailles. Cette volonté est parfaitement résumée par l’Advys sur le fait des fortifications de la ville de Paris, réalisé le 23 mars 15135. Ce dernier recommande de faire par dedans la ville tout au portour et joignant les murs d’icelle bons et larges rempares de terre jusques à dix ou douze toises sur la haulteur du hault des avant-murs qui y sont de présent et qu’il n’est point de meilleure muraille que lesd(ites) terres ; aussi ad ce que l’on y puisse charrier et tourner les pièces d’artillerie et y aller à pié et à cheval la lance au poing, se mestier est, pour la deffence d’iceulx murs…
8Les pièces d’artillerie sont le plus souvent acheminées par des rampes d’accès aménagées du côté de la ville et donnant sur le réseau viaire. À mesure de l’évolution de l’artillerie et avec la systématisation des chargements par la gueule, les remparts se sont faits plus larges afin de pouvoir permettre le recul nécessaire au rechargement des bouches à feu.
9La mise en place du système remparé ne consiste pas en la simple création de remparts, lesquels ne constituent qu’un des éléments de la modernisation. En effet, son corollaire immédiat est l’agrandissement et l’élargissement des fossés défensifs afin d’éloigner les batteries de brèche ennemies au maximum. De fait, la prise – et donc la défense – des fossés devient un enjeu majeur de la guerre de siège au XVIe siècle. On voit ainsi apparaître, peu à peu, des organes de défense de ces fossés, à l’image des fausse-braies, moineaux ou encore des boulevards d’artillerie à galerie de contremine active pour permettre des tirs en enfilade sur les fonds des fossés. Si le remplacement des courtines par les remparts devient une nécessité, pour les mêmes raisons, le dérasement des anciennes tours défensives, dont les élévations vulnérables incarnent désormais un danger pour les défenseurs, n’est pas une préoccupation moins importante. Ainsi, alors que certaines tours d’artillerie aux murs épais sont construites ex nihilo et à grands frais à partir du XVe siècle, d’autres tours médiévales sont parallèlement abaissées et remplies de terre afin de créer des plateformes en saillie des murs défensifs pour y disposer des canons, tout en « matelassant » ainsi des structures creuses devenues trop vulnérables. À la défense des fossés, s’ajoutent encore les boulevards d’artillerie, puis, peu à peu, les premiers ravelins et bastions.
3. Le financement des fortifications
10L’adaptation des villes et places fortes à l’artillerie à poudre nécessite des aménagements lourds et coûteux. Le poids financier de ces travaux est supporté par le trésor royal, mais aussi, en grande partie, par les municipalités et les contribuables. Il s’agit d’une mouvance générale et les voies de financement de ces travaux de fortification ne différent guère fondamentalement d’une place forte à une autre, bien que des nuances existent. Pour comprendre le contexte d’émergence du système remparé picard, il est nécessaire de bien appréhender les ressources financières mises à contribution, tant pour l’entretien constant des fortifications que pour leur amélioration.
3.1. L’entretien des fortifications
11Quelques distinctions s'imposent en préambule. Les fortifications des villes, qui nous intéressent particulièrement, et celles des châteaux, citadelles et autres forteresses situées au sein des ensembles fortifiés urbains ne relèvent pas d’une même juridiction. En effet, les travaux réalisés au sein des châteaux royaux ou princiers des villes fortifiées sont à la charge du roi ou des princes en ayant la propriété, et non des communes. Certaines municipalités savent bien le rappeler, à l’instar des échevins6 d’Abbeville qui, en 1523, décident que la ville ne contribuera pas à la réfection d’un pan de mur écroulé auprès du château, considéré que c’est de l’enclos dudit chasteau et que (…) c’est à faire au Roy à le reffaire à ses despens7. Malgré tout, en cas de menace immédiate, le roi peut contraindre les communes et leurs habitants à travailler à des parties de l’ensemble fortifié qui ne sont pas de leur ressort.
12En second lieu, il convient de distinguer le financement du simple entretien des fortifications de celui des grands travaux d’aménagement des villes fortifiées. En effet, les coûts ne sont pas les mêmes, l’origine des fonds non plus. En théorie, les communes doivent assurer l’entretien des enceintes urbaines et en supporter les dépenses. Toutefois, elles peinent souvent à se procurer les fonds nécessaires et peuvent alors céder à la tentation de laisser les choses péricliter. Cela n’étant ni dans leur intérêt, ni dans celui du roi qui ne peut admettre l’affaiblissement de l’une de ses villes – d’autant plus s’il s’agit d’une place frontière –, des « arrangements » voient le jour. Ces derniers résultent presque toujours de supplications et de doléances de la part des villes face à l’énormité des dépenses.
13Pour aider les communes à entretenir leurs murs, le roi accorde généralement une augmentation des droits d’octroi8, à la condition, toutefois, que le revenu en soit consacré à l’entretien desdites fortifications. Ainsi, le 26 septembre 1461, des lettres royales sont accordées aux habitants de Chauny leur octroyant pour 6 ans le droit de percevoir une surtaxe ou crue de 20 deniers tournois par minot sur tout le sel qui sera vendu par le grenetier à sel de Coucy-le-Château par-dessus le droit royal de gabelle et le droit marchand, pour en employer le produit à l’entretien des ponts, des fossés et des murailles de la ville9. Une telle faveur est accordée à de nombreuses villes, telle Laon qui jouit dès le milieu du XVe siècle d’un octroi de deux sous parisis levés sur chaque minot de sel vendu à son grenier pour aider aux réparations des murailles10, droit reconductible et renouvelé tous les 6 ans au moins jusqu’en 154411. Dans la même ville, le roi renonce en 1536 à la somme de 800 livres tournois lui étant due sur le droit de huitième du vin vendu en détail ainsi que 200 livres tournois sur la ferme du vin vendu en gros, afin de subvenir aux besoins des habitants de Laon pour l’entretien des murs et fortifications de leur ville12. Les habitants de Corbie bénéficient en 1532 de l’octroi reconductible de 2 sous 6 deniers tournois, par forme d’aide, sur chaque minot de sel vendu au grenier dudit lieu, outre le droit de gabelle du roi et celui du marchand, pour employer les deniers en provenant aux réparations et fortifications de ladite ville13. Enfin, Montdidier jouit d’un octroi de deux sous sur chaque minot de sel (vendu au grenier de la ville) pour être employé aux fortifications14 dont on trouve mention en 1465 et 1478. Ce type de financement est donc courant et parfois pérenne, constituant de fait pratiquement un impôt permanent au profit des municipalités.
14D’autres sources royales de revenus peuvent être consenties, comme le don royal à la ville de Marle de tous les droits de relief de fiefs et arrière-fiefs qui adviendront au roi au bailliage de Vermandois, pendant six ans, pour en employer le produit à leurs fortifications15. Un autre moyen récurrent d’aider les cités est de leur accorder des marchés et foires franches, à l’instar des villes de Nesle16 et de Beauvais17, ou encore telle la foire franche que François Ier donne à Coucy à la fin des années 153018.
15Lorsque la menace se fait plus pressante et que les fortifications sont jugées trop dégradées, le roi peut consentir à des décharges d’impôts plus exceptionnelles, notamment sur la taille, à condition que les cités concernées procèdent rapidement aux réparations adéquates, comme Péronne en mai 151519 ou Montdidier en 159020. Pour s’assurer que les dons et octrois dont bénéficient les places fortes sont bien utilisés à leurs fortifications, François Ier instaure, dès mars 1515, un office de contrôleur pour surveiller l’emploi des deniers royaux dans chaque ville concernée21. Ce dernier, controlleurs par commission, devait controller les officiers des villes et les contraindre d’employer les deniers d’icelles, suivant les ordonnances de sa Majesté22. Ces « contrôleurs-vérificateurs », qui se sont, en quelque sorte, emparés de la surveillance des comptes municipaux, sont plusieurs fois supprimés et réinstitués par la suite.
16Afin d’éviter que le trésor royal ne soit trop affecté par des dons directs, le roi, et avant lui les princes, préfèrent autoriser les communes à lever de nouveaux impôts et de nouvelles taxes dont le produit doit être employé à l’entretien de leurs fortifications. Ces conditions, le plus souvent accordées – à partir du XVe siècle – aux places fortes des contrées frontalières, incitent les villes à maintenir leurs défenses en état et sécurisent de la sorte l’intégralité du royaume de France. Ainsi, en juin 1520, François Ier demande au parlement d’enregistrer et d’entériner les lettres données jadis par Louis XI aux maïeur et eschevins d’Amiens, lesquelles les autorisaient à lever telles aides qu’ils jugeront à propos pour l’entretien de leurs fortifications23, ce qui révèle une grande liberté d’action pour la ville. L’imposition sur les ventes de marchandises est la plus répandue. Par exemple, en 1557, Henri II accorde aux habitants de Guise, afin qu’ils puissent entretenir leurs remparts, de lever deux deniers tournois sur chaque pot de vin vendu au détail pendant 10 ans24. Ce type d’arrangement existe aussi au XVe siècle entre les grands seigneurs et les communes25 et n’est pas réservé aux seuls territoires relevant du roi de France, comme le montrent les lettres de Charles Quint accordant en 1537 à la ville de Gravelines l’autorisation de doubler les impôts levés sur les vins et cervoises consommés dans ladite ville, pour les deniers en être employés au paiement des aides et aux frais d’entretien des fortifications26.
17Ces aides à l’entretien des fortifications n’interviennent pas systématiquement ou ne sont pas suffisantes et, bien souvent, les villes doivent se débrouiller seules pour subvenir aux coûts importants de cet entretien. Afin de limiter leurs dépenses, elles entreprennent régulièrement de louer – ou de concéder contre entretien – à des particuliers des portions de remparts ou de fossés leur appartenant. À Amiens, en 1463, la ville consent ainsi une remise de quatre années de sa location du fossé entre les portes de Longuemaisière et Saint-Firmin à Simon de Conti, chanoine, en échange de quoi il doit prendre à sa charge le curage dudit fossé27. À Abbeville, en mai 1527, la ville concède gracieusement à Antoine de Lestocq, argentier, le droit de pêche et de tonture des bos des fossés de la porte du Bois à la porte Saint-Gilles pour une durée de 17 ans, mais ce dernier doit s’engager à faire le curage dudit fossé28. À Beauvais, en 1566, pour tirer quelque profit des tours, boulevards, loges et greniers des portes, on décide qu’ils seront mis en location, à la charge que la Ville pourra les reprendre quand elle voudra29. Ce choix pragmatique des communes leur permet de se décharger d’entretiens coûteux et de s’assurer quelques rentrées pécuniaires. Les remparts représentent aussi une surface importante intra muros pouvant être utilisée à bien des usages. On trouve notamment dans les archives de nombreuses mentions de moulins établis sur les remparts30, dont la location peut être rentable.
3.2. Les grands travaux
18Lorsque de grands travaux s’avèrent nécessaires, ce qui est le cas pour toutes les cités fortifiées de la frontière picarde, les coûts dépassent largement les capacités de financement de ces places. La royauté, consciente de cette situation, contribue soit par des subventions directes31 (tel est, par exemple, le cas de Chauny en 1523, à qui le roi offre 400 livres pour ses fortifications32), soit par des exemptions d’impôts occasionnelles (donc par des dépenses fiscales), à l’instar de ce qui est déjà pratiqué pour l’entretien des fortifications (cf. supra). Coucy bénéficie, par exemple, de ce second moyen en 1536, par le biais d’une décharge royale de 800 livres sur sa recette ordinaire, pour en employer le produit à ses fortifications33. Ce cas de figure est très fréquent et, parfois, la multiplication des octrois permet d’absorber une partie des coûts des nouvelles fortifications. Ainsi, dans les années 1470, le roi octroie à la ville de Beauvais pour être utilisés aux travaux de défense 12 deniers parisis sur chaque queue de vin entrant dans l’Élection de Beauvais ou en sortant, le douzième du prix de chaque pot de vin vendu en détail dans cette ville, et 20 sols et 4 deniers tournois sur toutes les marchandises qui y seront transportées par les marchands forains34. Le plus souvent, le monarque accorde aux villes une partie du produit des aides, comme en 1474 à Amiens, qui est alors autorisée à prélever 1 200 livres tournois sur les deniers des aides de la ville et de l’Élection pour convertir et employer ès repparacions et fortificacions d’icelle ville35. En 1587, il donne à Beauvais 1 500 écus à prendre sur l’imposition des draps pour les employer, là encore, aux fortifications36. Contrairement aux dons directs, qui sont occasionnels et viennent soit remédier à l’urgence, soit récompenser la fidélité de certaines places, les remises sur les aides sont plus répandues. Mais les sommes ainsi collectées ne représentent qu’une faible part des fonds nécessaires à la fortification des places.
19Dans le domaine du financement des fortifications, le règne de François Ier marque un changement important. Bien que le pouvoir royal ait toujours eu une certaine implication dans l’entretien des places fortes, « traditionnellement, la tâche principale revenait aux autorités locales, comme lors du grand mouvement de fortification urbaine qui débute au milieu du XIVe siècle »37. Néanmoins, l’évolution relativement rapide de la fortification au XVIe siècle et les lourdes transformations engendrées par le développement d’une artillerie à poudre de plus en plus performante accentuent les coûts et rendent d’autant plus nécessaire l’interventionnisme royal.
20Au début du règne de François Ier, l’effort financier concédé par le roi reste peu visible, « car les frais des réparations et fortifications sont souvent confondus au sein de l’Extraordinaire des guerres »38. Toutefois, on voit se développer dès les années 1520 d’importantes levées de fonds sous forme de tailles39, non seulement sur les villes frontières, mais aussi sur l’ensemble des villes de « l’intérieur » du royaume, afin d’en employer le produit à la fortification des villes-frontières40. Les communes sont alors généralement taxées en fonction de leur opulence et du nombre de leurs contribuables41. Les sommes levées sont réparties entre les commis au paiement des réparations et fortifications des places frontières. La répartition des fonds s’effectue selon les urgences et les travaux à privilégier en fonction des décisions du conseil royal, lequel s’appuie notamment sur les doléances des villes et les exigences des gouverneurs militaires des provinces, à savoir ceux d’Île-de-France et de Picardie en ce qui concerne la frontière nord-est. Si l’effort principal s’est porté au début du règne de François Ier sur les provinces méridionales et la Bourgogne, les places du nord-est deviennent l’objet de toutes les attentions à partir des années 153042.
21Les places frontalières sont elles-mêmes largement mises à contribution pour alimenter la trésorerie de « l’extraordinaire des guerres », laquelle sert également à financer l’entretien des gens de guerre. Par exemple, le roi exige de Chauny43, en 1541, 330 livres, 8 sols et 9 deniers pour sa part contributive dans les frais de travaux de fortifications à rétablir pour la défense des villes frontières et places fortes du royaume et précise que nous ayons entreprins de faire réparer et fortiffier nos villes de frontières et place-fortes en telle et si bonne seureté et deffense que doresnavant nosdicts subjects puissent vivre en bon repos et transquillité en nostre royaume44.
22Les villes picardes peuvent, parfois, sur autorisation royale et après en avoir fait la demande expresse, utiliser leur contribution à leurs propres fortifications. Ainsi, en 1497, Abbeville demande au roi de pouvoir consacrer à ses propres défenses une partie des 3 deniers de l’extraordinaire45 et, à Beauvais, en 1523, une lettre patente autorise les habitants à affecter aux fortifications de leur ville l’aide par eux octroyée au roi pour le payement des gens de guerre46, aide qui relève de la même trésorerie. Toujours à Beauvais, en 1555, 4 000 livres (sont) prélevées sur les deniers patrimoniaux de la ville pour fortifier les villes frontières de Picardie, Luxembourg et Champagne47, mais la ville obtient de les employer à ses propres besoins. Enfin, en 1533, les communes sont autorisées à lever des deniers dont moitié (doit) être portée au coffre du Louvre, sauf pour les villes frontières, qui (doivent) conserver la totalité de cette imposition et l’appliquer à leurs fortifications, mais comme plusieurs communes (n’ont) rien versé au Louvre et quelques places frontières (ont) négligé leurs fortifications, on envoie commission aux baillis et sénéchaux afin qu’ils puissent enquêter sur l’usage qui en a été fait48. Les dotations sont très inégales, les places de la première ligne picarde étant logiquement privilégiées de façon à verrouiller les frontières du royaume49.
23Outre ce système, le roi peut exiger des villes de nouvelles dépenses importantes pour leurs fortifications lorsque la situation militaire le demande, c’est-à-dire lors des phases de reprise des hostilités. L’exemple de Beauvais est, en ce sens, éloquent. En effet, l’étude partielle des délibérations communales montre que plusieurs ordres de levées importantes sont prononcés entre 1544 et 1557, soit plus de 3 000 livres tournois entre 1544 et 154650, puis 4 000 livres tournois en 1555 (cf. supra), et 4 000 livres tournois en 155751. Toutes ces sommes doivent être consacrées aux fortifications de la ville. En outre, entre 1550 et 1554, alors que la ville paye déjà 6 785 livres tournois au trésorier de l’extraordinaire pour l’entretien des hommes de pied, le roi lui impose une dépense supplémentaire de 1 000 livres tournois pour se fortifier52. Enfin, en 1567-1568, en plein troubles, Beauvais est contrainte de dépenser 6 000 livres tournois par mois pour ses fortifications53.
24Évidemment, les dons et octrois ne suffisent guère à faire face à ces lourdes dépenses. Les communes sont alors contraintes de trouver l’argent en faisant notamment assiette sur leurs habitants, comme à Abbeville en 152254 et 152455 ou à Beauvais en 1567-1568, où les 6 000 livres tournois levés par mois pour les fortifications sont prélevées par tiers sur l’évêché, le chapitre et les habitants56. En 1557, à Amiens, les contribuables doivent verser chaque semaine leur contribution sous peine de la voir majorée57, les chefs de porte défaillants étant plus spécialement menacés d’un recouvrement forcé. Le fonctionnement du versement de la cotisation est d’ailleurs explicité par une ordonnance communale d’août 1557. En voici un extrait particulièrement éloquent : Et que partant les contribuables ausdicts ouvraiges, payeront en argent leur cottisation : sçavoir celluy ou ceulx qui doibvent livrer ung homme par jour, deux solz six deniers, aussy par jour (…) et seront recœulis les deniers par gens notables, quy seront déléguez par les chefs de portes de chacune paroisse, ausquelz les dicts chefz de portes, escades et femmes vefves seront tenuz porter les deniers de leur cottisation par chacune sepmaine, en dedens le jœudy pour faire payement par le receveur général de la paroisse le samedy (…). Et affin qu’il n’y ayt faulte de payement des ouvriers, chacun jour de samedy, avons ordonné et ordonnons que, si aucun ou aucuns chefz de portes ou escades, n’ont faict dilligence de mettre les deniers de la cotisation de leur porte ou escadde, en dedans ledict jour de jœudy par chacune sepmaine, ès mains du receveur général de leur paroisse, en ce cas, ledict receveur général poulra faire exécuter le chef de porte ou escade deffailant (…). Et pour le regard des doyen, chanoines et chapitre de l’église Nostre-Dame, et autres gens d’église et de relligion, ensemble des bendes privilégiées de ladicte ville, sera délégué ung homme notable pour recevoir les deniers en général de leurs congrégations, ausquelz senblablement seront tenuz lesdicts doyen, chanoines et chappitre, ou leur délégué, et les dicts autres gens d’église ou de relligion, ensemble les cappitaines de chacune des dictes bendes58, porter les deniers de la cottisation de leurs bendes, en dedans ledict jour de jœudy59.
25Les contribuables peuvent aussi payer directement leur cotisation en nature, en travaillant aux travaux de fortification. Riches et pauvres ne sont pas taxés de la même façon par souci d’équité60. Les confréries de métier sont également soumises à ce tribut61, tout comme les diverses compagnies d’arbalétriers, couleuvriniers, archers, etc., lesquelles prétendent bien souvent, à tort, en être exemptées62. Les nobles et le clergé sont eux-mêmes mis à contribution, ce contre quoi ils regimbent régulièrement. À Soissons, les habitants adressent plusieurs doléances au roi Henri II, en lui exposant que le plus grand nombre d’entre eux ne vivant que du fruit de leur travail, payant les impôts, les subsides et emprunts, et que les revenus communaux s’élevant à peine à cent livres il leur (est) impossible de réparer et d’entretenir les murailles, les portes et les autres défenses (…) tandis que les nobles et les gens d’Église, propriétaires de beaucoup de maisons et jouissant des droits de cens et de redevances sur les autres, (refusent) de contribuer aux dépenses de la clôture de la ville. Le roi réagit par des lettres patentes du 26 août 1550, en ordonnant que les nobles et prêtres ayant leur maison dans la ville et y faisant demeure soient imposés comme les autres habitants63.
26Les exemples de mauvaise volonté du clergé sont, à vrai dire, récurrents. En 1471, à Amiens, les religieux de Saint-Jean-lès-Amiens portent réclamation contre l’assiette faite sur eux par le chapitre de 25 francs à la contribution du clergé aux travaux de fortifications, se prétendant ne pas être sujets des évêque et chapitre, et offrant de payer 20 francs et de mettre leurs chevaux à disposition de la ville64. Dans la même ville, en 1477, les gens d’église refusent de contribuer aux travaux de fortification, malgré un accord préalablement établi65 et, en 1488, pour les y contraindre malgré eux, le lieutenant du bailli d’Amiens fait saisir leur vaisselle affin de paiement pour leur contribution aux fortifications66. Un peu plus tard, en 1523, François Ier fait requérir nostre amé et féal conseiller l’évesque dudict Amiens, les doyen et chappitre dudict lieu, abbez, prieur et aultres gens d’église d’icelle ville, de voulloir contribuer aux ouvraiges et fortifications, chacun selon leur faculté et puissance67, sans leur fixer d’obligation formelle, selon leur bon vouloir. Évidemment, tous n’ont pas joué le jeu et la ville accepte la même année les contributions de l’évêque et des prêtres des diverses paroisses, mais refuse celles du chapitre, considérées comme insuffisantes68. Le roi réagit en autorisant le bailli à en saisir les biens temporels si nécessaire69. Malgré ses protestations et manquements réguliers, le clergé finit généralement par participer sous peine de voir ses biens confisqués. Les refus de paiement ne sont pas, au reste, l’apanage des gens d’église et on en trouve dans les archives de nombreuses mentions, y compris parmi les classes les plus aisées, mais ces frondes ne durent généralement pas longtemps.
27En dépit des aides royales et des divers impôts assis sur le peuple, les villes peinent encore bien souvent à remplir leur obligation de fortification. Lorsque le péril est imminent, elles ont souvent recours à l’emprunt, ne pouvant taxer la population plus que de raison, mais aussi pour des questions de rapidité et de moindre coût de recouvrement. Des échevins peuvent alors être commis pour aller par les maisons des habitans (…) riches et aisez pour sçavoir ce qu’ilz vouldront volluntairement prester à la ville pour continuer des ouvrages commencés et permettre le paiement des ouvriers, comme c’est le cas à Amiens en 156570 et 156671. Ces emprunts ne sont de toute évidence pas obligatoires, mais les villes comptent sur la sensibilisation à leurs propres intérêts des habitants pour les obtenir.
28On compte également sur les dons gratuits. Ainsi, à Amiens toujours, les échevins ont entrepris, en 1555, de se transporter les ungs par devers les doyen et chappitre d’Amiens, autres par devers les abbez de ladicte ville, autres par devers les chefz de portes, autres par devers les femmes vesves, riches et oppulentes, pour sçavoir quelz dons gratuiz ilz avoient délibérez de faire, adfin de faire besongner aux fossés (…)72. L’évergétisme73 n’est pas la plus grande source de financement, loin s’en faut, mais on en trouve des exemples concrets74.
29Les travaux peuvent également être financés par les capitaines et gouverneurs des places fortes, lesquels savent pertinemment que le remboursement des frais par le trésor royal est incertain. Si cela arrive parfois75, le plus souvent la majorité des sommes dépensées ne sont pas récupérées, à l’instar des travaux menés à Doullens par Jean de Mailly dans les années 152076. Cette « évergétisme contraint » permet, toutefois, à leurs auteurs de s’attirer les faveurs royales, sans compter que le siège et la prise de leur place peuvent leur causer un préjudice personnel important. En temps de guerre, les villes n’hésitent pas non plus à souscrire à des emprunts auprès d’autres cités. Les exemples sont, là aussi, très nombreux. Ainsi, Péronne va quérir des deniers à Corbie en 1558 pour ses fortifications77, et le capitaine de Coucy, Philippe de Longueval, supplie en 1536 la ville de Paris de bien vouloir lui prêter d’urgence des pièces d’artillerie et trois cens livres pour réparer des choses fort nécessaires à la ville et chasteau de Coussy78.
30Enfin, souvent en dernier recours, afin de pouvoir procéder aux travaux indispensables à la bonne tenue défensive des villes, ces dernières, en manque de liquidités immédiates, peuvent être amenées à « vendre des rentes ». Il s’agit là, en réalité, d’une autre forme d’emprunt, la rente étant l’intérêt du capital emprunté. Les raisons poussant les villes à engager une telle démarche, peu avantageuse à terme, sont bien exprimées dans une ordonnance de Louis XI autorisant la ville d’Amiens à vendre 200 livres de rente rachetable pour payer ses dettes et les travaux à effectuer urgemment aux fortifications. Dans ce document, daté de 1470, on apprend que les maire et échevins se sont résolus à cette alternative pour éviter de nouvelles tailles dont la pluspart des deniers qui en isteroient tourneroient aux gaiges des sergens, officiers et collecteurs d’icelles, par quoy haynnes, dommaiges et inconvéniens s’en pourroient ensievir en ladicte ville et la dépopulacion des habittans d’icelle ; et aussy s’ilz faisoient lesdictes tailles, il y en a en nostre dicte ville pluseurs, qui se dient nobles et les aultres officiers, qui sont les plus riches, jusqu’au nombre de deux ou trois cens et plus, qui ne vouldroient riens payer, et par ainsi convendroit que le povre et simple pœuple portast tous le fais, ce qui ne se pourroit faire79. La ville, qui avait déjà adopté cette solution en 143280, continue à le faire en 155481, tandis qu’elle est en vigueur dans d’autres villes fortifiées82. Il nous semble que cette formule de financement, laquelle peut s’avérer coûteuse sur le long terme, mais permet de disposer rapidement de liquidités, est rarement privilégiée, et que cette option n’est retenue qu’en cas d’extrême nécessité.
31Pour résumer, il apparaît clairement que les villes doivent assumer l’entretien de leurs fortifications et qu’une grande partie des coûts des grands chantiers leur revient. Le roi participe le plus souvent indirectement en accordant des dons et octrois, des dispenses temporaires de tailles ou des autorisations exceptionnelles de levées d’impôt. À compter du XVIe siècle, toutes les villes du royaume consacrent une partie de leurs revenus à la fortification des places frontalières. Les villes picardes peuvent bien souvent appliquer leurs contributions à leurs propres défenses. La répartition des financements est très inégale et les villes de première ligne concentrent la majorité du produit de cette imposition. Les places fortes plus en retrait sont fort mal dotées. En cas de crise militaire imminente, les villes doivent accélérer leurs travaux de mise en défense et donc trouver urgemment les fonds nécessaires à cet effet. On fait alors assiette sur le peuple, les trois ordres étant concernés, et on a recours à l’emprunt et, si possible, à l’évergétisme.
32Bien souvent, l’épuisement de leurs ressources pécuniaires oblige les villes à ralentir ou interrompre les ouvrages commencés. Malgré l’aide de la Couronne, de nombreuses communes se sont largement endettées, parfois sur plusieurs décennies, afin de pourvoir à leur sécurité et satisfaire aux exigences royales.
4. De la conception à la réalisation des travaux de fortifications
4.1. La maîtrise d’ouvrage
33Pour l’entretien et les réparations des enceintes urbaines, le maître d’ouvrage est presque toujours la commune. Elle réalise les travaux à ses frais – ou grâce aux dons et octrois dont elle bénéficie, ce qui revient au même –, et sur des terrains dont elle est propriétaire83. On parle de maîtrise d’ouvrage urbaine84, ce qui renvoie à une notion juridique. Elle est exercée par les conseils urbains, constitués essentiellement du maire et des échevins85. On y trouve aussi parfois des représentants des gens d’église ou des corps de métiers, lesquels peuvent avoir leur mot à dire, en tant que contributeurs, sur l’emploi des deniers municipaux. Les villes délèguent le plus souvent un personnage chargé à la fois de dresser l’inventaire des travaux à réaliser et d’en faire rapport au conseil urbain, mais aussi d’exercer le suivi et de veiller au bon déroulement de ces derniers. Ce délégué de l’échevinage est généralement qualifié de « maître des ouvrages » et est gagé par la ville elle-même.
34Ce qualificatif de « maître des ouvrages » ne doit pas être strictement entendu au sens actuel du terme. En effet, ce personnage n’est pas le commanditaire des travaux, à proprement parler. Il n’est jamais le maître d’ouvrage. En revanche, il exerce parfois certaines fonctions relevant déjà de la maîtrise d’œuvre, à savoir le suivi des travaux, la répartition des fonds et la coordination des différents corps de métier. Le maître des ouvrages est, en quelque sorte, un responsable administratif. Il ne doit pas être confondu avec les maîtres des ouvrages de maçonnerie, charpenterie, etc., lesquels sont, quant à eux, des experts et non des administratifs. Parfois, plusieurs personnages se partagent cette fonction comme c’est le cas à Abbeville en 151586. On les rencontre un peu partout dans les archives des échevinages : à Péronne en 151887 ou encore à Amiens dès 141788 et au moins jusqu’en 154089.
35Le maître des ouvrages procède à des tournées d’inspection des murs de la ville, le plus souvent à la demande des maires et échevins90, dans le but de décider ce qu’il convient de faire en fonction des urgences. Lors de ces « visitations », il est souvent accompagné de représentants du conseil urbain, afin de juger directement des travaux prioritaires, lesquels seront ensuite décidés par l’échevinage, voire l’assemblée communale. Habituellement, le maître des ouvrages dispose d’une enveloppe fixe qu’il doit appliquer à l’entretien et aux réparations des fortifications. À Amiens, en 1465, ce crédit a exceptionnellement été porté à 600 livres91, mais, la même année, il est réduit à 160 livres (…) afin de payer l’aide du Roi92. Sur quoi le conseil, bien conscient des difficultés que le maître d’ouvrage va rencontrer pour exercer sa charge, décide qu’il va seulement retenir les pons des portes de la ville et ramurer ce qu’il pora93. L’année suivante, son crédit a été rétabli en considération de la remise de la taille accordée par le roi94. Cet exemple montre bien que les maîtres des ouvrages disposent de dotations fixes d’une année à l’autre pour l’entretien des fortifications, ce qui les contraint à établir des priorités et à les étaler dans le temps. En outre, leurs crédits sont visiblement une variable d’ajustement des comptes de la ville : lorsque la taille augmente, la commune peut décider de négliger ses murs en réduisant ces crédits.
36Les municipalités de villes frontalières ne décident pas toujours des travaux de fortification à réaliser, car le roi ou le gouverneur de la province peuvent ordonner d’effectuer certains ouvrages. Les gouverneurs de l’Île-de-France ou de la Picardie, ou leurs lieutenants, tiennent un rôle important dans la fortification de la frontière nord du royaume. Ils visitent directement, ou font visiter par leurs lieutenants, les villes fortifiées de leur juridiction, et, en fonction de leurs constatations, exigent des villes la mise en œuvre des réparations et ouvrages nécessaires. Ainsi, en 1536, après avoir visité les fortifications de Chauny, Jean Sanguin, lieutenant du gouverneur de l’Île de France, demande à la ville de réaliser divers travaux95. Ces officiers s’expriment au nom du roi, lequel peut d’ailleurs directement formuler certaines demandes. François Ier et Henri II se sont particulièrement souciés des fortifications picardes, effectuant diverses tournées d’inspection de celles-ci qui ont mené à des campagnes successives de renforcement défensif.
37Le roi et les gouverneurs militaires de province délèguent aux villes et à leur gouverneur-capitaine la conduite des travaux. Ces derniers, bien souvent des militaires de carrière dépositaires de l’autorité royale, sont généralement les mieux placés et les plus efficaces pour faire procéder aux aménagements nécessaires. Ainsi, en 1553, Jean de Lisle, capitaine de Beauvais, ordonne à sa ville de faire faire, suivant l’avis de Jean Baptiste Porcelle, ingénieur du Roi, une terrasse à la poterne Sainte-Marguerite pour couvrir la ville96. À Coucy, c’est le capitaine Philippe de Haraucourt qui faict besongner journellement aux travaux de la ville en 153697 et, en 1552, Anthoine de Bayencourt, (…) bailly, cappitaine et gouverneur de Coucy, est commis par le roy nostre sire pour ordonner de la fortification et ouvrages effectués sur la porte de Laon98.
38Ce schéma est récurrent dans toutes les places fortes de la frontière. En 1544, Jean d’Estrées, Claude d’Humières et François de Bocqueaux, capitaines de Roye, obtiennent une commission royale pour diriger l’achèvement des fortifications de Roye et commander les corvées nécessaires dans les comté et élection de Clermont et les prévôté et élection de Noyon99, et, dans les années 1520, à Doullens, Jean de Mailly plaide la cause des fortifications urbaines et en dirige les ouvrages100, etc.
39Les villes collaborent étroitement avec leurs gouverneurs dans la conduite des grands travaux, mais ces derniers régentent les chantiers. Ainsi, en 1554 et 1557, à Beauvais, le capitaine Jean de Lisle donne des ordres directs aux divers entrepreneurs chargés des ouvrages sans passer par l’échevinage101. Sans engager réellement les travaux, il encadre au moins leur mode de réalisation, conformément à ses fonctions de capitaine-gouverneur en charge de la sûreté de la place.
40Les gouverneurs de province peuvent également désigner d’autres personnages que les capitaines urbains pour veiller à l’intendance des fortifications des villes, à l’instar de Gilles Duchemin, seigneur du Quesnel-Aubry, qui est commis par le gouverneur de l’île de France102à la superintendance des fortifications de Beauvais en 1555103. En effet, les capitaines ne sont pas tous dotés des compétences nécessaires pour assurer ce rôle, pour lequel leur loyauté peut être sujette à caution. C’est pourquoi on fait alors appel à des personnages plus coutumiers de ces problématiques. Parfois, le roi nomme lui-même ces superintendants, tel Jérôme Bellarmato à qui il confie en 1541 la charge d’avoir l'œil, regard et superintendance tant sur les fortifications de la ville et havre104, que sur les bastimens, maisons et édifices qui s’y feroient, afin de rendre la ville et havre en telle perfection de fortification, commodité et ornement de maisons que nous l'avons toujours désiré105. Ces « superintendants » constituent, en quelque sorte, des ingénieurs en chef ayant autorité sur tout autre ingénieur ou maître d’œuvre.
4.2. L’attribution des travaux
41Les travaux sont exécutés par des maîtres artisans, maçons, charpentiers, menuisiers, couvreurs et autres, qui établissent au préalable des devis de réparations devant être validés auprès de la ville par le biais du maître des ouvrages. Bien souvent, les villes disposent d’artisans spécifiques dévolus à ces travaux publics, lesquels sont assermentés. Il s’agit généralement d’un maître maçon, voire d’un maître charpentier. Ainsi, on trouve à Laon, entre 1509 et 1511, un maître maçon « sermenté » de la ville106, tout comme à Boulogne en 1552107. Ces artisans exercent la maîtrise d’œuvre urbaine en ayant la « responsabilité de la conservation et de l’inspection des bâtiments communaux, de la surveillance des chantiers, de l’approvisionnement des matériaux (…). Praticien, il (intervient) non seulement directement sur le chantier, (trace) les plans, (donne) les modèles, (dirige) les ouvriers, mais se (rend) encore en carrière pour choisir les pierres »108. Comme le souligne A. Salamagne, par leur pérennité, ces maîtres d’œuvre de la ville ont « une connaissance réelle du milieu local, des contraintes géologiques des sols aux matériaux », mais leur expérience permet aussi « de contrôler les devis et de vérifier le bien-fondé des prix demandés par les fournisseurs »109. Cette figure communale est choisie par l’échevinage pour ses compétences techniques110. Parfois, ces maîtres artisans peuvent être délégués par les villes pour exercer les attributions de « maître des ouvrages », comme cela semble être le cas de Jean Masselin à Laon au début du XVIe siècle111.
42Les maîtres artisans agissent comme des entrepreneurs publics et disposent d’équipes d’artisans et de manœuvres travaillant sous leurs ordres. La ville privilégie les contrats avec ces artisans dont elle connait l’efficacité. Ces derniers y trouvent naturellement leur compte puisqu’ils exercent de fait un certain monopole, du moins aussi longtemps qu’ils donnent satisfaction. Toutefois, dans le cadre de travaux d’entretien, mais surtout pour assurer la conduite de nouveaux ouvrages défensifs, les conseils urbains ouvrent les marchés à d’autres entrepreneurs privés. Généralement, ils font adjuger les travaux à exécuter au rabais, au moins disant (ou moins offrant)112. L’enchère se fait le plus souvent à la bougie ou à main levée. La nature du chantier importe peu et on retrouve des mises en adjudication au rabais de curages113 et d’approfondissements de fossés114, de constructions de fausses-braies115 ou de moineaux116, de travaux aux boulevards117, bastions, remparts118, etc. L’intérêt majeur de ce système est que la mise en concurrence des entrepreneurs privés entraîne évidemment une baisse des prix des marchés, ce qui permet donc à la ville de réduire ses coûts. L’entrepreneur, souvent maître artisan, est sommé de tenir les délais, libre à lui de gérer son chantier avec les travailleurs de son choix et de sous-traiter.
43La mise en adjudication des chantiers de fortification a néanmoins ses défauts. Les entrepreneurs sont incités à réduire leurs coûts en rognant sur la quantité et la qualité des matériaux, sur les salaires des ouvriers, sur la durée nécessaire aux chantiers, etc. S’ils doivent respecter un cahier des charges relativement précis, certains entrepreneurs peu scrupuleux trouvent le moyen d’accroître leur marge au détriment de l’ouvrage. Ainsi, ils n’hésitent pas à employer de préférence des « étrangers » plutôt que des locaux, car ils peuvent se permettre de les payer moins cher, tandis que les villes exigent que les pauvres et inactifs de leur juridiction soient rétribués décemment. En effet, pragmatiques, ces dernières profitent de leur besoin en main d’œuvre et de la nécessité de développer leurs défenses pour y faire travailler les populations pauvres et inactives, luttant ainsi contre la paupérisation des plus indigents. L’emploi de travailleurs extérieurs compromet cette volonté.
44Pour contrecarrer cette pratique, certains marchés ne sont conclus qu’à la condition que ne soient employés que des travailleurs locaux, mais c’est alors sur le salaire de ces derniers que les entrepreneurs rognent. C’est le cas à Amiens, en 1563, sur l’atellier entrepris par Jehan Morel dict de Naux et aultres, allendroit du jardin Mademoisselle d’Orival. En effet, lesdits entrepreneurs ayans pris ledict ouvrage au rabaiz, à la charge d’y employer les habitans d’icelle ville et faulx bourgs et non aultres, ont pour leur prouffict tellement négligé l’expédition dudict ouvrage, donnans XVI ou XVII deniers du cent de mérelles aux hostiers, au lieu qu’il leur en appartenoit loyaulment et que mesdicts sieurs119 leur eussent baillé deux carollus ou deux solz sy l’ouvrage eus esté faict par leurs mains ; que au lieu d’avoir ce faict en dedans trois ou quatre moys, ils y ont esté ung an entier, et ancoires, ilz ont délaissé l’ouvrage à moictié faict120.
45À travers cet exemple, on voit clairement quels sont les biais que peut engendrer la mise en adjudication des travaux de fortification : main d’œuvre exploitée et sous-payée, délais non respectés, ouvrages inachevés ou de mauvaise facture. Pour éviter le sous-paiement des ouvriers, surtout en temps de disette, et alors que les villes entreprennent spécialement certains ouvrages de fortification pour y faire travailler les pauvres, la mise en adjudication au rabais peut être proscrite, comme pour les travaux du boulevard des Rabuissons à Amiens, en 1565121. Conscients des problèmes que peut occasionner ce type de marché, les échevins, méfiants, multiplient les visites de contrôle sur les ouvrages en cours. Par exemple, en 1420, ceux d’Amiens élisent une commission pour surveiller les travaux faits à la porte de Longuemaisière par Hue Poullette, maçon122 et, en 1540, ils en nomment une autre pour veiller aux travaux faits aux remparts par Maître Robert de Louvencourt123, lequel a obtenu le chantier de l’approfondissement du fossé après adjudication au rabais. Des sanctions peuvent également être prises à l’encontre des fautifs, telle la prise de corps124.
46Pour les villes, le meilleur moyen de lutter contre toutes ces dérives reste encore de mener les ouvrages en régie avec les entrepreneurs de leur choix. Ces derniers ont tout intérêt à ne pas être trop gourmands afin de se ménager de nouveaux marchés dans l’avenir. Ils reviennent plus chers, mais les délais sont mieux respectés et le travail de meilleure qualité. Les villes passent donc volontiers par l’ouvrage à journée (régie) et non à tâche (marché). Cependant, en temps de difficultés financières, cette solution ne peut être privilégiée.
47Pendant le règne de François Ier, les bouleversements de la poliorcétique et les changements radicaux que cela implique en termes de fortification des places déterminent un basculement. Jusque-là, la maîtrise d’œuvre était du ressort de maîtres maçons, agissant comme des conducteurs de travaux responsables d’équipes d’artisans et de manouvriers. Dès lors, elle devient le fait d’ingénieurs, véritables techniciens de la fortification. Ces derniers sont capables de construire des ensembles fortifiés ou de perfectionner des ouvrages déjà en place selon les apports techniques les plus récents. Ces ingénieurs viennent d’abord d’Italie où une révolution dans l’art de la fortification s’est effectuée à l’orée du XVIe siècle, dans le grand laboratoire que sont les guerres d’Italie. La maçonnerie laisse place à la terre comme élément prépondérant des fortifications. Le développement du flanquement systématique et réciproque des organes de défense, qui va conduire peu à peu à la naissance de l’architecture bastionnée, requiert des compétences que ne possèdent pas les maîtres artisans. En effet, comme le précise E. de Crouy-Chanel, la transition vers un système bastionné repose sur deux mouvements contradictoires « l’un, de conceptualisation, c’est-à-dire d’abstraction de la matérialité du terrain pour en dégager une idée pure exprimée géométriquement ; et l’autre, de concrétisation, c'est-à-dire d’accommodement de cette idée conceptuelle aux contraintes du lieu. La première étape est inaccessible aux simples artisans, la seconde est étrangère aux amateurs en chambre. Pour résoudre cette contradiction, il ne fallait rien moins qu’inventer un type social nouveau, l’ingénieur »125.
48François Ier, puis Henri II, engagent de nombreux ingénieurs, la plupart italiens, qui viennent travailler aux fortifications picardes. Certains noms reviennent régulièrement, tels Antonio da Castello126 ou Marcone127 à Thérouanne en mars 1538, Hiéronimus Germanico à Amiens en 1553128, Jean-Baptiste Porcelle à Beauvais en 1553-1554129, Bernardin Bellarmato à Amiens en 1565130, etc. Tous sont ingénieurs du roi. Ils assurent des visites pour estimer les travaux à effectuer, établissent des devis, conseillent les gouverneurs et les villes et dressent des pourtraict des ouvrages, c’est-à-dire des plans, comme Franseque131 ou Antonio da Castello132 à Amiens. Ces ingénieurs sont très présents sur la frontière picarde dans les années 1520-1550 et sont envoyés d’une place à une autre en fonction des besoins. Comme l’a montré E. de Crouy-Chanel, l’emploi d’ingénieurs ultramontains est surtout lié à « une insuffisance manifeste de l’offre locale imposant le recours aux ingénieurs étrangers »133. Cette insuffisance est liée au statut social même de la figure de l’ingénieur, car dans les premiers temps « la profession d’ingénieur reste une carrière non pas souhaitable, mais même inconcevable pour la bonne bourgeoisie ou la petite noblesse, celle à même de donner à ses enfants l’éducation minimale requise »134. Le remplacement progressif des ingénieurs italiens par des Français est sans doute moins le résultat d’une recherche de loyauté plus assurée que de l’évolution sociale du statut de la profession liée étroitement au développement forcé d’une expertise nationale au fur et à mesure de la généralisation du système bastionné. Si l’origine des ingénieurs évolue donc, leur emploi dans l’élaboration des travaux de fortifications reste la règle.
4.3. La main d’œuvre
49Ces grands travaux de fortification de terre ont requis une main d’œuvre plus ou moins qualifiée, mais surtout relativement importante. Il apparaît clairement que la main d’œuvre est très fréquemment levée par corvées royales ou publiques, surtout en cas d’urgence militaire. Les exemples le prouvant ne manquent pas. C’est le cas à Amiens en 1415135, en 1544136 et en 1557137, entre 1552 et 1555 à Boulogne138, ou encore à Laon139 et Beauvais140 en 1636, alors que les Espagnols viennent de franchir la Somme. À Coucy, en 1536, pour réparer des choses fort nécessaires à la ville et chasteau de Coussy, le capitaine Philippe de Haraucourt fait appel aux villageois alentour, depuis quinze jours ou trois sepmaines et les y faict besongner journellement141. Là encore, la corvée répond à une situation d’urgence et semble davantage marquer l’exception que l’usage courant.
50La corvée constitue une sorte d’impôt en nature qui requiert, semble-t-il, une autorisation royale. Ainsi, à Roye, le 29 août 1544, Jean d’Estrées et les capitaines de la ville sont contraints de demander une commission royale afin de commander les corvées nécessaires dans les comté et élections de Clermont et les prévôté et élection de Noyon142. Mais l’initiative de l’utilisation de cet impôt revient le plus souvent au roi lui-même, comme c’est le cas à Beauvais, en 1636, lorsque Louis XIII ordonne par lettres de faire travailler aux fortifications à corvées les habitants des villages voisins de la ville143. Théoriquement, cette obligation touche l’ensemble du tiers-état, y compris la bourgeoisie. Ainsi, en août 1589, pour les fortifications d’Amiens, il a esté avisé en assemblée publicque des habitans d’icelle que chacun habitant, à son tour, et par quartier, feroit le service personnel ausdictes fortiffications144. Bien qu’il ne s’agisse pas ici d’une corvée royale à proprement parler, mais davantage d’une décision de nécessité publique, les bourgeois ne sont pas épargnés. Toutefois, tout bourgeois a alors la possibilité d’engager à sa place ung homme capable si ses finances le lui permettent. En revanche, il ne lui est pas permis de se faire remplacer par des enfants, comme cela est clairement stipulé à Abbeville en 1512145. Il en va de même lors des corvées royales.
51Les bourgeois peuvent aussi en être exemptés pour des raisons parfois originales. Ainsi, à Laon, en 1636, le marquis de La Force, maréchal des camps et armées du Roi, ordonne que les travaux de fortification s’effectuent à l’aide de 300 paysans, employés de préférence aux bourgeois dont la corvée n’est qu’amusette mettant les paysans en désordre146. Cette mention exprime clairement la faible compétence de la bourgeoisie dans l’exécution des grands travaux, ce pourquoi est privilégiée la levée de travailleurs dans les milieux paysans. Néanmoins, lorsque la situation l’exige, les bourgeois restent mis à contribution. En 1557, quelques jours après la chute de Saint-Quentin, l’échevinage d’Amiens ordonne ainsi que sans aucun égard à la qualité des personnes, chaque porte fournirait par jour pendant un mois, quatre ouvriers pour travailler aux remparts147.
52La population doit se tenir prête à accomplir son devoir de corvée aux fortifications et cela implique que les corvéables aient le matériel nécessaire. Ainsi, le 11 août 1557, les travailleurs d’Amiens n’ayant pas d’outils doivent au moins se munir de hottes148. Plus tard, en mai 1591, une ordonnance exige de tous les habitants de cette même ville qu’ils aient en leur maison une pelle, ung picq et une hotte, pour eulx servir à travailler par eulx à la fortification de ladicte ville quand il leur sera commandé149, le tout à leurs frais. Cette main d’œuvre n’est guère utile pour les travaux très spécialisés qui nécessitent l’emploi d’ouvriers chevronnés, mais s’avère indispensable pour tout ce qui a trait de près ou de loin à du terrassement, c’est-à-dire à l’aménagement de fossés, de cavaliers, de levées de terre et de chemins couverts, ou à l’édification de plateformes d’artillerie et de remparts.
53L’obligation de corvée ne touche pas tout le monde simultanément, mais le plus souvent s’effectue sous forme de rotation des travailleurs afin que l’économie locale ne soit pas trop affectée par cette ponction de main d’œuvre150. Lorsque la situation l’exige, le clergé peut également être mis à contribution, non seulement financièrement (cf. supra), mais également physiquement. En effet, en plus d’être parfois contraint au guet, celui-ci peut être obligé de travailler aux fortifications comme c’est le cas à Amiens en 1415151, bien qu’une telle mesure reste tout à fait exceptionnelle. La main d’œuvre réquisitionnée pour les divers travaux de fortification ne provient pas exclusivement des places fortes elles-mêmes, mais de juridictions plus larges. Ainsi, à Coucy, en 1536, on fait travailler aux remparts les habitants des villages alentour (cf. supra). C’est le cas un peu partout ailleurs : le 12 août 1476, un mandement royal assujettit aux réparations des fossés d’Amiens les habitants du pays entre Amiens et Beauvais, jusqu’à mi-chemin des deux villes, et ceux du pays à quatre lieues autour d’Amiens152 ; à Montdidier en décembre 1590, les habitants des villages voisins (sont) mandés pour travailler aux fortifications153 ; enfin, à Beauvais, en 1636, la réquisition touche là encore les habitants des villages voisins154.
54En plus, de cette main d’œuvre corvéable, les villes peuvent réquisitionner certains prisonniers communaux, à l’image de Paris qui emploie les détenus du Châtelet entre 1532 et 1533 pour approfondir les fossés de l’enceinte septentrionale155. Cette option, certainement rare, présente l’avantage de profiter d’une main d’œuvre gratuite et pouvant rapidement être levée. En revanche, cela suppose la mise en place de moyens de surveillance et il n’est pas sûr que ce type de population soit d’une grande efficacité.
55Si le système de corvée est largement utilisé en période de conflit imminent en raison de son coût réduit et de la profusion de la main d’œuvre, il en va généralement différemment en temps normaux. En effet, la corvée ne peut constituer un usage pérenne sous peine de mécontenter les contribuables et de perturber l’économie. En temps de paix relative, les travaux de fortification procurent de nombreux emplois et constituent une aubaine pour de nombreux travailleurs désœuvrés. Ainsi, à côtés des ouvriers spécialisés, tels les maçons, charpentiers et autres, on voit se développer des professions liées aux grands aménagements défensifs des places : ce sont les manouvriers et les pionniers. Ces terrassiers se répartissent en fonction de spécialités bien définies. Les picqueurs sont chargés d’attaquer les sols à l’aide de pics, de pioches et de houes156, et ce, quelle que soit la nature du substrat ; les pelleurs extraient les terres qu’ils chargent dans des hottes ; les hottiers transportent les terres jusqu’aux remparts, terrasses d’artillerie et autres endroits où les remblais sont utiles. À ces travailleurs, s’ajoutent d’autres qui créent des fascines, des claies, des gabions, des ponts volants, des plateformes souples en bois, des engins de levage, etc.
56Les travaux de fortifications jouent un rôle actif dans l’économie locale en permettant la subsistance de nombreuses familles, à tel point que des règlements imposent d’employer de préférence les habitants de la ville et des alentours aux étrangers, comme cela est requis par l’échevinage d’Amiens le 17 avril 1544157. Déjà, deux ans plus tôt, le même échevinage avait ordonné que si il y aucuns ouvriers qui ne soyent de la ville, ils seront cassez158. Le plus souvent, ces références aux « étrangers » qualifient dans les faits des pionniers français travaillant de manière itinérante au gré des besoins des villes, et non pas des extras nationaux à proprement parler. Ce sont des gens extérieurs au bailliage. Certains entrepreneurs peu scrupuleux engagent de préférence les travailleurs étrangers, car ces derniers coûtent moins cher et permettent d’accroître leur marge de profit (cf. supra). Ce danger est notamment mis en avant par l’échevinage d’Amiens en août 1565, lequel souligne alors que les entrepreneurs ne chercheroyent que le meilleur marchié (…) et y employer159 pour leur proufict plustost les estrangers que les habitans160.
57Lorsque la main d’œuvre locale vient à manquer, ce sont ces « étrangers » qui suppléent aux besoins des places fortes. Ils peuvent également suivre les armées en campagne pour assurer les aménagements de sièges, de cavaliers, de levées de terre ou encore de tranchées d’approche. Parfois, le roi lui-même fait venir cette main d’œuvre d’autres contrées du royaume. C’est ainsi qu’en 1544-1545, pour parer à l’urgence militaire et à une pénurie locale de travailleurs, François Ier fait levez en l’élection du bas pays d’Auvergne161 400 pionniers pour les envoyer travailler aux fortifications de Beauvais. Une aide peut aussi être apportée d’une ville à une autre pour aider à l’avancement des fortifications, surtout en temps de guerre et parce que la défense de la ville amie sert les intérêts de celle qui la secourt. Pour ces raisons, Chauny accorde l’envoi en 1555-1556 d’un certain nombre de travailleurs en la ville de Guyse pour y pionnier162 et, à Amiens, en 1557, Monseigneur de Villebon, lieutenant pour le roi en Picardie, propose aux travailleurs désœuvrés voulant aller travailler de leurs bras à Corbie, de s’y transporter au plus tôt, avec leurs outils163. Pour ces derniers, qui passent donc à un statut « d’étrangers », cette possibilité d’emploi constitue une aubaine en des temps difficiles.
58Peuvent figurer dans la main d’œuvre utilisée les habitants imposés pour ces travaux qui, faute de moyens suffisants, choisissent de payer leur contribution en nature. L’impôt est alors remplacé par des journées de travail gratuites aux fortifications jusqu’à ce que le montant de la participation requise soit atteint. On trouve la trace de telles pratiques notamment à Amiens où, en 1557, une ordonnance prescrit à tous ceux qui veulent payer en nature leur contribution aux ouvrages des fortifications, d’aller se faire inscrire à l’hôtel-de-ville164.
59Très vite, les grands chantiers de fortification deviennent un enjeu important pour lutter contre la paupérisation des populations, notamment en période de disette. Les villes entreprennent certains travaux d’aménagement en dehors de toute urgence, dans le but explicite d’y faire travailler les pauvres de la ville contre salaires. Ces chantiers permettent ainsi à la population la plus indigente de subsister. À Amiens, la construction du boulevard des Rabuisons est anticipée en 1565 pour y employer le pauvre pœuple, affin qu’il ayt moyens d’y gaigner son pain, considéré la chereté du blé et que le mestier de sayeterie a bien peu de cours maintenant en icelle ville, (…) et aussy est raisonnable de bailler gaignage suffizant au pauvre pœuple, pour avoir moyen de achepter du pain pour son vivre et quy se vend cher pour le jour d’huy165. De même, à Noyon, en 1524-1525, les pauvres travaillent aux remparts contre salaire166. Amiens manifeste déjà ce souci des indigents en décembre 1544167, mais aussi en août 1557, en pleine crise militaire. L’échevinage décide alors que toutes paouvres personnes et jœunes enfans au-dessus de l’aage de seize ans, ayant moyen de vivre (…) seront receuz à besongner et porter la hotte ausdicts ouvraiges. En outre, puisque ces pauvres sont payés à la tâche, et tributaires pour cela des piqueurs et pelleurs, il est défendu à ces derniers de cesser l’œuvre au précédent le son de la cloche qui sera désinée en chacun attellier pour ce regard (…) à celle fin que lesdictes paouvres personnes ne chomment et ne perdent temps168.
60Ce souci des habitants les plus nécessiteux pèse lourdement sur les dépenses municipales, et les villes peinent à trouver les financements adéquats, s’en remettant alors à la générosité de certains notables169. En temps de guerre, le recours au travail des pauvres résulte d’une démarche beaucoup moins altruiste et devient obligatoire sous peine de sanctions lourdes. Ainsi, à Amiens toujours, en 1568, l’échevinage ordonne à tous mendians valides et à tous aultres qui sont oisifz avant ceste ville, tant hommes, femmes que jeunes enfans170, d’eulx trouver présentement, pour besongner à la fortiffication d’icelle ville (…) sans estre oysifz et vacabondz avant icelle ville, sur peine du fouet et du bannissement171. On observe le même phénomène à Montidier, en 1597, durant le siège d’Amiens où l’échevinage fait travailler de force les pauvres aux fortifications. Leur nombre (est) si considérable qu'on (est) obligé de les enrégimenter172.
61Pour les travaux de fortification, il est fait appel indifféremment aux deux sexes. Néanmoins, il semble que le rôle des femmes soit cantonné à porter les hottes173, tandis que les piqueurs et pelleurs sont tous des hommes. Ainsi, à Coucy, le compte des travaux de la porte de Laon de 1552 montre que la totalité des femmes qui y est mentionnée tient cette fonction174. De même, à Laon en 1585-86, les 90 femmes qui travaillent aux fortifications sont employées exclusivement au terrassement et, vraisemblablement, plus spécifiquement au port de hottes175. Si les hommes peuvent accéder à des fonctions physiquement plus difficiles, il leur est tout à fait permis d’être employés comme simples hottiers.
62Il est difficile de déterminer si le sexe constitue un prétexte discriminatoire en termes de paiement : les femmes étant cantonnées à un rôle peu qualifié, elles jouissent par conséquent d’un revenu moindre. Les « garçons », terme faisant référence aux adolescents mâles, sont, à l’instar des femmes, chargés uniquement de porter les hottes, comme à Coucy en 1552176. Femmes, filles et garçons sont rétribués pour un même rôle de la même manière à Coucy, en 1552, comme à Amiens, en 1557177. Les hommes, en revanche, occupent des fonctions de manouvriers, de piqueurs et de pelleurs qui sont mieux rétribuées et dont l’accès aux femmes et aux jeunes garçons est, semble-t-il, proscrit.
63L’âge autorisé des travailleurs varie selon les mentions. Ainsi, alors qu’en septembre 1557, l’échevinage d’Amiens interdit à tout enfant tant filz que filles, au dessoubz de l’aage de seize ans178 de travailler à la hotte aux fortifications, onze ans plus tard, il ordonne, entre autres, aux jeunes enfants pauvres d’y travailler179. Toutefois, la limitation de l’âge du travail aux fortifications semble avoir été le plus souvent la règle, surtout pour les jeunes filles. Les ouvriers qualifiés, tels les maçons ou les charpentiers, sont naturellement les mieux soldés. Les piqueurs constituent a priori les pionniers les mieux payés, touchant deux sols et six deniers par jour en août 1557, à Amiens, tandis que les pelleurs sont rétribués 2 sols tournois180. Le paiement des hottiers se faisant alors à la tâche, il est difficile de comparer leurs revenus journaliers avec les autres pionniers, puisque tout dépend de la cadence de travail. Des différences de rémunération peuvent aussi avoir lieu entre ouvriers hommes effectuant une même tâche selon leur état marital. Ainsi, à Amiens, en 1542, les ouvriers travaillant à la hotte aux fossés de la ville sont mieux payés lorsqu’ils sont mariés que simple aspirant au mariage181. On fait donc distinction entre les chefs de famille ayant plusieurs bouches à nourrir et les célibataires.
64La rétribution du travail peut s’effectuer de deux façons : à la journée ou à la tâche. Parfois, les deux systèmes cohabitent. Le choix varie en fonction de l’époque, du lieu, et, surtout, de l’urgence des travaux et de l’état des finances. Les archives communales de la ville d’Amiens permettent d’avoir un regard précis sur l’alternance de ces choix et les enjeux qui en découlent. Le plus souvent, les ouvriers hottiers sont payés non pas à la journée, mais à la tâche. Pour chaque hotte remplie, ils reçoivent un méreau, jeton en métal ayant un équivalent en numéraire. À partir du XVe siècle, il existe des méreaux de diverses valeurs, l’ouvrier pouvant, à la fin de son labeur, échanger lesdits jetons contre monnaie sonnante et trébuchante. L’échange des méreaux en véritable monnaie s’effectue généralement à proximité du chantier, parfois dans une maison édifiée à cet effet, comme c’est le cas à Amiens, dans les années 1560, pour la construction du boulevard des Rabuissons182. Le paiement des hottiers à la journée semble avoir été écarté dans la majorité des cas pour plusieurs raisons. La première concerne la vitesse d’exécution des travaux. En effet, en travaillant à la journée, les hottiers ont un moindre rendement comme le prouve un arrêté de l’échevinage d’Amiens du 14 octobre 1563 concernant les ouvriers hottiers qui besongnent à l’ouvraige (…) des fossés d’entre la porte de Noyon et la grosse tour de la Hay. Ces derniers travaillant alors à journées et non à mérelles, les échevins constatent que le plus souvent ilz se reposent183. Aussi, pour prévenir ce genre d’attitude contreproductive, il est alors décidé que on les fera besongner à mérelles, et qu’il leur en sera baillé trois solz du cent184.
65De cette façon, la perspective pour l’ouvrier de gagner davantage d’argent l’entraîne à travailler plus vite, ce qui est bénéfique pour l’avancement des travaux. La seconde raison d’un tel choix réside dans le fait que la main d’œuvre employée est hétérogène et que sa productivité varie. En effet, il est évident qu’un homme dans la force de l’âge est plus endurant qu’un adolescent, et que, de fait, il convient de les rétribuer tous deux au travail exécuté. Ainsi, à Beauvais, il est décidé en 1550-1554 que les pionniers besongneront aux méraulx, parce qu’il est trop difficile de sçavoir s’ils tiennent tous journée entière185. Puisque les ouvriers sont payés à la hotte effectuée, il convient de réglementer la capacité des hottes utilisées comme c’est le cas à Amiens en 1545186 et en 1557, lorsque l’on donne ordre aux ouvriers travaillant aux fortifications d’avoir des hottes de suffisantes grandeur, du jauge de celle qui leur sera montrée, sous peine de quoi on fera défense aux bailleurs de mérelles de leur en distribuer187. Pour payer les ouvriers, les entrepreneurs privés ayant remporté les marchés des grands travaux doivent donc se doter d’une grande quantité de méreaux en en empruntant souvent à la ville188. Les villes s’en procurent en effet en masse, à l’instar de Roye où, en 1602, Gabriel Graval est rétribué de soixante sols pour pour avoir livré et marqué de la marque de la ville trois mille mérels, pour livrer aux hostières par chacun jour besoignant, à raison de deux sols pour cent189.
66Si le choix du paiement des hottiers à la tâche semble avoir été privilégié en période troublée devant l’urgence de renforcer les fortifications, cette option n’a pas été toujours retenue. Ainsi, à Amiens les ouvriers hottiers sont payés à la journée en mars 1472190 et en décembre 1542191, et à Coucy, en 1552, on les paye 15 deniers à la journée192. Le travail à la tâche mène généralement à une plus grande rapidité d’exécution, les travailleurs accroissant leur gain journalier par une productivité plus élevée. Si les ouvrages sont ainsi menés à terme plus promptement, cela suppose toutefois de disposer de bonnes réserves financières pour le paiement des ouvriers. De fait, si le travail à la tâche est privilégié en temps de guerre, il est souvent abandonné en temps calme, lorsque les choses pressent moins, ce qui a pour avantage de mieux « ventiler » les dépenses. En ce qui concerne les piqueurs et les pelleurs, il semble que leur rémunération soit exclusivement prise en compte à la journée, ce qui est logique puisqu’il est bien plus laborieux de quantifier le travail effectué. Si la hotte constitue un jalon sûr, il est effectivement plus difficile de compter les pelletées effectuées ou le volume de terre piquée, d’autant plus que la pénibilité de ces tâches varie en fonction de la nature des sols. Enfin, le paiement des ouvriers spécialisés, tels les maçons, est réalisé en fonction des toisés réalisés, la valeur de la toise variant selon la difficulté de la tâche et l’épaisseur des maçonneries.
67Ponctuellement, lorsqu’un siège est imminent, les effectifs de travailleurs peuvent être renforcés par les soldats en garnison afin d’accélérer l’achèvement d’ouvrages nécessaires. La quantité de main d’œuvre fluctue évidemment en fonction de l’ampleur des ouvrages à réaliser. À Coucy, le recreusement des fossés de la porte de Laon et l’établissement du rempart de ce front fortifié en 1552 donnent un aperçu des besoins en main d’œuvre pour ce qui, a priori, a constitué un des plus gros chantiers d’adaptation de la forteresse à l’artillerie à poudre. Moins de 400 travailleurs des deux sexes193 y besognant durant quatre mois à la journée ont ainsi permis de mener à bien ces travaux imposants, toute cette main d’œuvre étant, semble-t-il, issue des environs immédiats de la place. Cela montre que les grands travaux peuvent être menés à bien en un temps record avec des moyens en hommes raisonnables et, surtout, en s’appuyant sur les ressources locales. En réalité, il apparaît que le véritable moteur des grands travaux – mais aussi son principal obstacle – est la capacité de financement et non pas la main d’œuvre. Cependant, dans certains cas, la pénurie de main d’œuvre peut se faire sentir, notamment lorsque l’insécurité règne. Ainsi, en 1536, les villageois qui travaillaient aux fortifications de Coucy se sont enfuis194, harcelés par les soldats tant « amis » qu’ennemis, laissant les ouvrages en cours inachevés. La bonne exécution des travaux de fortification requiert donc, outre des moyens financiers suffisants, ordre, discipline et sécurité.
5. La mise en place du système remparé au sein des villes frontalières picardes
68Avec l’arrivée de l’artillerie à poudre, les villes fortifiées ont tout d’abord réagi d’une façon relativement uniforme dans leur stratégie protectrice. Construire des fortifications neuves est dispendieux, aussi conservent-elles au maximum les enceintes antérieures en se contentant de les adapter au mieux. Le remparement des murs résulte en grande partie de ce pragmatisme financier. C’est là une solution à moindre coût qui permet une réponse rapide et relativement efficace.
69De fait, les villes se sont largement appuyées sur leurs anciennes murailles pour constituer les remparts. Elles peuvent remparer de trois façons distinctes. Premièrement, en matelassant l’arrière des courtines et en ajoutant un mur de soutènement intra muros, ce qui semble avoir été la solution la plus souvent mise en œuvre. C’est le cas à Noyon, en 1522, où la commune de concert avec le contrôleur des ouvrages et ces Messieurs du chapitre, après avoir visité les remparts de Noyon décide qu’on élèverait une muraille de brique à l’entour de la ville par dedans pour tenir les terraulx195. Cette première option entraîne une perte d’espace au sein de la ville et occasionne d’importantes destructions du bâti préexistant à proximités des murs (cf. infra), mais le tracé extérieur des fortifications reste inchangé, le revêtement extérieur du rempart étant assuré par la courtine médiévale. En outre, la conservation des courtines permet des économies de temps et de matériel, tandis que la ville reste protégée tout au long de la durée des travaux, ce qui a son importance.
70La seconde solution consiste à remparer vers l’extérieur, soit en utilisant l’ancienne muraille comme mur de soutènement interne, soit en la noyant dans l’épaisseur du rempart196. Plus coûteuse, cette solution permet de gagner du terrain sur la campagne et de sauvegarder le bâti existant à proximité des murs. Cela permet aussi d’élaborer une maçonnerie extérieure plus appropriée à la nouvelle utilisation de l’enceinte urbaine. On peut ainsi construire avec des pierres plus dures, édifier un talus d’escarpe plus adapté, ajouter un cordon197. Cela peut aussi être l’occasion d’édifier des redans de flanquement abritant des casemates de tir, comme à Coucy198. En plus du coût supplémentaire que ce type de remparement implique, il faut ajouter qu’il ne peut être mis en place partout, à moins de réaliser, au préalable, d’importants travaux de terrassement. En effet, les murs d’enceintes des ensembles fortifiés médiévaux, du moins les places de hauteur, suivent généralement les lignes de rupture topographique afin d’optimiser les défenses en les plaçant sur les points dominants. De fait, élargir le périmètre fortifié d’une place en prenant sur les pentes naturelles est peu opportun, dans le sens où cela risque d’affaiblir la structure. Pour les villes de « plaine », bien souvent, cela nécessite le comblement des fossés défensifs. Il est possible d’y remédier par de gros travaux d’aménagement préalables, mais cela entraîne naturellement des dépenses importantes.
71Enfin, la dernière solution est d’adopter un système hybride, avec un remparement tantôt interne, tantôt externe, en fonction des possibilités techniques, ce qui est le cas pour le rempart attenant à la tour Leray, à Coucy, en 1552 (fig. 3)199.
Fig. 3. Un exemple de remparement d’une courtine médiévale – L’évolution de la tour Leray à Coucy-le-Château d’après les données de fouille : à gauche, la tour dans son état du XIIIe siècle ; à droite, la tour et le rempart attenant mis en place en 1552. On notera, dans ce cas, le remparement à la fois par l’extérieur et l’intérieur

© P.-É. Sautereau, AMVCC, 2017
72Les maçonneries de revêtement du rempart peuvent être constituées de différents matériaux. À Noyon, la brique est privilégiée200, tout comme à Montreuil, tandis qu’à Roye, on construit en grès201 et, à Coucy, en calcaire.
5.1. La gestion des « terreaux »
73Les puissants remblais requis par les remparts nécessitent un approvisionnement colossal. La question de la provenance des terres de remparement, communément appelées « terreaux » dans les textes, se pose donc. Dans ce domaine, les bâtisseurs font preuve d’un pragmatisme certain. En effet, pour pourvoir à ces besoins, on mène presque systématiquement, parallèlement aux ouvrages du rempart, des travaux de curage, de creusement ou d’agrandissement des fossés. Les terres et autres matériaux202 issus de ces fossés sont alors déposés au fur et à mesure sur les remparts pour combler l’intervalle entre les deux murs de revêtement et constituer ainsi le terre-plein.
74Ce processus de construction est formellement attesté à Roye en 1538, où les manouvriers ont besongnié, pionné et manouvré aux fossez et rempars (…), (à) thouer théraulx dedans lesdictz fossez, mener lesdictz theraulx dedans les baraulx de l’engin pour mectre sur lesdictz rempars, comme à mener et conduire iceulx theraulx et iceulx baraulx sur lesdictz rempars203. On le retrouve également à Beauvais en 1555204 et, à Coucy, en 1552, il est clairement mis en œuvre205. Pour cette place, non seulement le compte de travaux est explicite, mais la fouille du rempart Leray entre 2015 et 2017 a permis de tester la stratigraphie du rempart alors mis en place, mettant en évidence une stratigraphie inversée (fig. 4 et 5). Ainsi, la couche la plus profonde, limoneuse et riche en mobilier, relève du curage préalable du fossé, tandis que la partie sommitale de la plateforme est constituée de substrat remanié, provenant du recreusement concomitant des fossés de la porte de Laon206. Un estat (…) des réparations nécessaires à faire esdites villes et places207 pour la fortification et seureté d’icelles208, réalisé en février 1544, montre que cette pratique est systématiquement préconisée. Ainsi, les terres issues du curage et de l’approfondissement des fossés doivent servir aux remparts et/ou plateformes à Montreuil-sur-Mer209, à Corbie210, Péronne211 ou encore à Saint-Quentin où il est dit qu’il faut nectoyer et aparfondir les fossez le long de lad(ite) muraille, et tirer les terres et vuidanges au dedans pour rehaulser et eslargir lesd(its) rempars212.
Fig. 4. Fouille programmée de la tour Leray et du rempart attenant à Coucy-le-Château de 2015 à 2017

© É. Lallau, 2015-2017
Fig. 5. Sondage du rempart de la tour Leray à Coucy et sa stratigraphie inversée : les terres issues du curage du fossé de la porte de Laon, très riche en mobilier du XVIe siècle, se trouvent en dessous du substrat issu de son approfondissement, ici, du sable vert du Cuisien

© É. Lallau, 2015-2017
75Le transport des terres est effectué par des hottiers (cf. supra) qui déversent leur charge dans les volumes à remplir. Le plus souvent, on remblaie depuis les parties hautes des structures à combler. De fait, afin de faciliter l’accès aux hottiers, certains aménagements sont nécessaires : on arrange les sentiers menant aux fossés et on construit des ponts volants, des passerelles, etc. Ainsi, à Amiens, en 1561, on décide que le blocus de terre estant joingnant le fossé entre ladicte tour Orguilieuze et la porte S(ain)t Pierre, du costé des champs, sera levé et osté, et les terres, pierres et croyons en procédans portez à la hotte sur ledict pont des Célestins pour la couverture d’icellui. Et pour ce faire, sera faict ung pont sur des basteaulx audict fossé, au-devant de la porte Sainct-Pierre ; aussi sera deuement réparée la doulve du fossé du costé de la ville adfin que les hottiers puissent aller plus facillement le long d’icelle jusques environ une canonnière estant assez prez dudict pont des Célestins, auquel endroict sera encores faicts ung aultre pont de bois et cloyes pour monter sur les rampars, et pour ce faire fauldra desmassonner le hault de la muraille faisant la courtine des rampars213. L’acheminement des terres se révèle ici particulièrement complexe et les maîtres d’œuvre essayent de mettre en place des solutions pragmatiques. En 1552, à Coucy, on utilise des clayes à fère (…) pontz vollans pour aller et monter les hottiers et hottières portant terres des fossez de dans les tours et corps de logis estans à la dicte porte qui va à Laon pour en faire et construire la dicte grande plattefforme214. Ces exemples suffisent à montrer que le transport des terres par les hottiers exige une logistique particulière.
76Ce travail de comblement s’avère long, difficile et coûteux dans la durée. En outre, l’accessibilité des zones à remparer n’est pas garantie pour les hottiers. Afin d’aider au remplissage des volumes depuis les parties sommitales, il semble que les bâtisseurs se soient équipés d’appareils mécaniques qui, à défaut d’être convenablement décrits, sont au moins largement mentionnés par les sources textuelles. Il en est question à Amiens où, en novembre 1521, on fait démonter la roe quy a servy à faire les fossez de la porte de Beauvais215. Les habitants de Châlons cherchent, en 1525, à construire ung angin de bois pour tirer la terre des fossez dedans la ville pour faire rempars et envoient pour cela un charpentier à Reims pour veoir la manière desdits angins pour en faire selon le lieu des fossez de la ville216. En 1538, à Roye, l’on mène les théraulx dedans les baraulx de l’engin pour mectre sur lesdictz rempars217, ce qui fait, là aussi, sans aucun doute référence à un engin de levage. Dans un devis du 19 novembre 1534, Hugues Fournel, entrepreneur des travaux de Doullens, précise que les travaux en cours sur les fortifications consistent à faire les desblais des fondacions en telle profondeur et largeur qui sera trouvé raisonnable pour fonder la maçonnerie et vuider les fossez en telle profondeur et largeur qui luy sera devisé, en lui livrant deux engins pour tirer les terres dedans le chasteau (…)218. À Amiens, en 1542, il est question de pionniers besongnans au-devant de l’engain de la porte de Montrescu219 et, l’année suivante, il y a un engain que a faict faire Mr Jehan Aux Cousteaux, assis sur les rampars de ladicte ville du costé de Duriaulme220. Toujours dans cette ville, en 1544, deux mentions se veulent plus explicites. Le 17 avril est achevé en diligence l’engain de la grand roue pour à l’ayde d’iceluy faire le rempart advisé estre faict entre la porte de Noion et la tour de la Haye, ainsi qu’un autre engin despièça encommenché entre la porte de Montrescu et la porte de la Haultoye, pour à l’ayde d’icelluy haster l’ouvraige des fossez et rempars221. Enfin, le 15 mai, l’échevinage ordonne une visite de la grande roue sur le rempart entre la porte de Noyon et la grosse tour de la Haye222. L’usage de ces engins ne fait aucun doute : ils aident aux ouvrages des fossés et à l’élaboration des remparts et plateformes. On peut logiquement penser qu’ils servent au transport des déblais des fossés vers les remparts. Ils sont, de toute évidence, placés au sommet des courtines, des tours ou des portes et acheminent les matériaux sur les remparts et plateformes. Ils semblent s’apparenter à des grandes roues de levage ou à des grues, de type cage à écureuil (fig. 6). Ces machines viennent régulièrement compléter ou remplacer le travail des hottiers et permettent a priori un gain de temps considérable sur l’ouvrage des fossez et rempars.
Fig. 6. Exemple de roue de levage du XVIe siècle

© Pieter Brueghel l’Ancien, La Tour de Babel, 1563, Kuntshistorisches Museum de Vienne, détail
77L’élaboration de remparts ou de plateformes constitue aussi une aubaine pour les communes qui en profitent pour se purger de leurs détritus et de divers dépotoirs tout en engageant leurs habitants à se débarrasser d’un maximum d’immondices. En effet, il est courant, voire obligatoire, que les habitants amènent sur les remparts leurs déchets afin de remplir les volumes nécessaires. Cette pratique semble quasiment systématisée. Ainsi, à Beauvais, une ordonnance du lieutenant du capitaine (entre 1538 et 1544) exige que soient portés sur les remparts, et particulièrement sur la plateforme de la tour des Grés, les immondices de la ville, terreaulx, groyns et chapelles223. À Amiens, en 1538, la commune mande à tous les barotiers224 de mener les téreaux et immondices de la ville sus la muraille, et spécialement entre la porte de la Haultoie et la tour de Guyencourt pour remplir le fossé225 fait dedens la ville226. Toujours à Amiens, une nouvelle ordonnance de 1558 commande à ceulx qui ont des terreaux devant leurs maisons qu’ils les enlèvent sous huitaine et les portent à leur dépens à la forteresse et plate-forme encommencée à faire au lieu que on dict le Marchié aux Pourcheaux, et non ailleurs227 et, en 1591, on porte des décombres aux fortifications228. À Abbeville, le même phénomène est avéré en 1524229, tout comme à Boulogne en 1550, alors que la ville ordonne aux habitants de nettoyer chacun devant son huys et de porter les immondices sups les ramparts, chacun en droict soy tenir les rues nettes230. De même, à Chauny en 1636, les habitants doivent enlever de leurs maisons les boues et immondices et les faire porter sur l’éperon situé au-devant du pont Royal231. À Coucy enfin, la mise en terrasse de la tour Leray, s’est largement faite avec des déchets issus d’une forge comme l’a montré la fouille232.
78Des mesures sont prises pour faciliter la collecte de ces déchets et leur transport sur les remparts. À Abbeville, existe un préposé à l’enlèvement des immondices des rues de la ville en 1525, lequel doit les amener sur les murailles aux endroits désignés. Chaque maison paye quatre sous à cet effet, lesquels servent de gages audit préposé233. À Boulogne, le système est encore plus perfectionné comme le montrent les mesures prises par la ville pour l’enlèvement des boues et immondices en 1555234. Un préposé conduisant un bleneau235 grant et profond doit passer les lundis et vendredis dans les rues avec un cheval équipé d’une sonnette. Les habitants ont l’obligation de réserver dans une bonne grande mande236, avec une pelle dedens, leurs immondices, cendrées, lechives et aultres choses semblables pour que le tout soit ensuite déchargé sur le rempart depuis le château jusqu’à la Porte-Gayole, pour servir à la réfection dudit rempart.
79Il semble évident que l’apport de déchets sur les remparts sert tant à combler les volumes qu’à reconstituer, par des apports réguliers, les terre-pleins qui se tassent avec le temps. En effet, le maintien des terres des remparts et plateformes ne va pas sans poser de problèmes. D’une part, il faut lutter contre les poussées latérales que le volume de terre, gonflé par les aléas climatiques, exerce sur les maçonneries de revêtement au risque de les faire céder. D’autre part, le tassement des remblais d’aménagement du terre-plein constitue un autre problème. Plusieurs solutions sont envisagées et adoptées face à ces risques. Tout d’abord, les murs de soutènement peuvent être équipés de contreforts internes, noyés dans la masse du rempart, lesquels assurent une plus grande résistance auxdits murs. On peut également soutenir le tout par le biais d’arcs de décharge ou en aménageant des arches du côté de la ville en ce qui concerne les plateformes237.
80Comme ces formules ne peuvent être mises en application systématiquement pour des raisons techniques et/ou financières, les bâtisseurs imaginent diverses manières de lier les terres. Ils peuvent ainsi positionner des palissades dans les terres du rempart comme à Beauvais, en 1523, où un marché est passé entre la ville et des ouvriers terrassiers pour remplir le boulevard et rempart de la porte de Bresles et faire, à l’intérieur, des palissades afin de soutenir les terreaux238. On utilise aussi des fascines ou des claies qu’on noie dans les terres afin d’assurer une certaine cohésion de celles-ci. On pratique cette technique à Coucy, en 1552, lors les travaux de remparement et de mise en plateforme de la porte de Laon durant lesquels certains ouvriers sont occupés à faire faissiner et coupper pieulx et verges aux bois du Montoire appartenant au roy, distant du dict Coucy de demy lieue, pour les y amener et servire les dictes faissines et coupper dedans les terres portées dedans icelles tours et corps de logis pour les lyer239. En 1543, à Hesdin, il est requis de faire faire 10 000 fagotz à des bocherons dont une partie servant pour remparer240, tout comme à Corbie, la même année, où 50 000 fagots doivent être confectionnés, notamment pour remparer241. On retrouve l’emploi de fascines dans plusieurs cas de réparation de rempart, comme à Beauvais en 1567242 ou à Guise en 1578243.
81En plus d’améliorer la cohésion des terres, l’usage de palissades, de fascines ou de claies a également une utilité défensive. En effet, sans ces liants, toute brèche ouverte sur le mur de revêtement du rempart peut entraîner un déversement des terres contenues vers l’extérieur, générant ainsi une sorte de rampe d’accès que les assaillants peuvent mettre à profit pour pénétrer dans la place. Ce danger est ainsi écarté. Malgré l’usage de ces divers liants, les terres finissent toujours par connaître un certain tassement, ce qui nécessite donc des apports supplémentaires de terre. Nous l’avons vu, les immondices des villes sont largement utilisées pour cela.
5.2. Les dimensions des remparts
82La largeur du rempart n’est pas standardisée. Elle dépend de l’importance stratégique du secteur, de la nature des pièces d’artillerie qui doivent y être mises et de la possibilité de prendre sur l’espace urbain pour leur réalisation. Par exemple, en 1536, à Chauny, les remparts édifiés doivent avoir 21 pieds de largeur244, soit un peu plus de 6 m, et on les élargit à 20 pieds la même année à Noyon (cf. infra), mais ce gabarit n’est pas appliqué partout. À Paris, l’advys sur le fait des fortifications de la ville, réalisé le 23 mars 1513245, recommande de faire par dedans la ville tout au portour et joignant les murs d’icelle bons et larges rempares de terre jusques à dix ou douze toises sur la haulteur du hault des avant-murs qui y sont de présent, soit un rempart d’une vingtaine de mètres de largeur. À Coucy, par exemple, le rempart présente des dimensions très variées. Il est d’environ 7 m dans le secteur de la tour Leray (fig. 3) et il est beaucoup plus puissant de part et d’autre de la porte de Laon, front fortifié principal barrant l’éperon servant d’assiette à la ville, avoisinant les 16,50 m par endroits. La largeur dépend clairement de l’exposition du front.
83En outre, dans de nombreux cas, on constate que les remparts sont élargis dans le temps. En effet, le principe même du rempart est de pouvoir y manipuler des pièces d’artillerie, souvent lourdes et de gros calibres. À la fin du XVe siècle et au début du XVIe siècle, la plupart des canons, tels les veuglaires, se chargent encore par la culasse. Aussi, l’espace nécessaire à leur emploi reste-t-il relativement limité. En revanche, avec la généralisation au XVIe siècle des canons à chargement par la gueule, il en va autrement puisqu’il faut dorénavant reculer la bouche à feu sur le rempart pour la recharger. On peut estimer que pour cela les desservants doivent disposer au minimum de trois longueurs d’affût, et encore doit-on conserver un espace de circulation.
84Pour ces raisons, les remparts les plus archaïques, de la fin du XVe siècle ou du début du XVIe siècle, sont déjà obsolètes au milieu du XVIe siècle pour l’utilisation des pièces de gros calibres à chargement de gueule. Cette évolution de l’armement et la nécessité de renforcer les défenses contre les tirs de brèche conduit donc les villes à élargir leurs remparts au cours du XVIe siècle. On en trouve de nombreuses traces. En 1536, les maire et échevins de Noyon constatent qu’en plusieurs lieux entour les murailles n’y (a) aucuns rempars, et (sont) les établissemens fort estroictz, insistant en disant qu’en cas de danger on n’y pourrait placer que ung homme de front246. Noyon s’est dotée de remparts en 1522, soutenus par un revêtement de briques du côté de la ville247, mais ce témoignage révèle bien que le remparement reste ponctuel et encore très insuffisant. Pour remédier au peu de largeur des remparts, il est donc proposé d’en faire de vingt-quatre pieds de large depuis la muraille, dont l’on prendra six ou huit pieds pour l’estalu248, soit un rempart d’un peu plus de 7 m, dont 2 m de talus. Après délibération, la ville opte finalement pour un choix moins ambitieux et résout que le rempart aurait vingt pieds249, dont il y en aura six pour l’estalu, depuis l’avant mur250, et que pour obéir aux lettres du roi, tous les édifices situés dans cet espace disparaitraient251. À Amiens, on note également de nombreux élargissements de remparts, à l’instar de ceux situés entre la porte de Noyon et la tour de la Haye en 1544252, et, plus globalement, les mentions d’expropriation de terrains pour raisons d’élargissement de remparts (cf. infra) abondent entre 1539 et 1564253.
5.3. Le dérasement et la mise en plateforme des tours
85Le corollaire du remparement des enceintes urbaines est le dérasement de leurs tours. En effet, les tours doivent être mises de niveau avec les remparts, ce qui implique souvent un démantèlement partiel de celles-ci sur au moins un à deux étages et la construction de plateformes sommitales (fig. 3). Ce dérasement est nécessaire pour ne pas gêner les tirs de l’artillerie placée sur les remparts. De plus, le saillant des tours permet, grâce à la mise en place de ces plateformes à leur sommet, d’y placer des pièces pouvant flanquer l’enceinte. En outre, pourquoi conserver des élévations inutilisables pour l’artillerie à poudre et potentiellement dangereuses pour les défenseurs du fait du risque d’éclatement et d’effondrement des maçonneries ?
86Il en va de même pour les tours de porte et leur corps de logis. La mise en terrasse de ces organes défensifs devient pratiquement systématique au cours du XVIe siècle et les textes en gardent de nombreuses traces. Ainsi, en 1523, les officiers du roi décident de mettre à terrasse et s’en servir de plateforme la grosse tour de Guyencourt de la ville d’Amiens254, tout comme les tours du Kay et de la Haye dont les combles sont démantelés pour ce faire à partir de 1524255. En 1536, il en va de même pour la tour du Vidame256. On retrouve ce phénomène partout, comme à Chauny en 1536257 ou à Beauvais vers la même période258, mais aussi à Coucy avec la mise en plateforme de la porte de Laon et de ses deux tours flanquantes en 1552259. Les tours situées sur des sections remparées sont systématiquement découronnées et mises en terrasse, ce qui s’effectue, le plus souvent, de façon concomitante avec l’établissement du rempart lui-même. En effet, l’aménagement du rempart peut condamner l’accès à certaines tours et il est plus facile et pragmatique de remblayer l’ensemble en une même campagne de travaux, comme c’est le cas à Coucy (fig. 3 et 4)260.
87La création de plateformes sommitales sur les tours et les portes préexistantes peut s’effectuer de deux façons. Le schéma le plus courant et le moins onéreux est d’agir comme pour les remparts, c’est-à-dire en remplissant le volume désormais ouvert des structures, avec des terres tassées et liées par des fascines ou autres procédés (cf. supra). Les tours sont alors remblayées sur toute leur hauteur, de niveau avec les remparts attenants et se confondant avec ceux-ci. Elles sont ainsi plus résistantes aux tirs d’artillerie et on peut installer à peu près convenablement des pièces lourdes sur la plateforme sommitale. Néanmoins, cette disposition entraîne la condamnation des salles inférieures des tours et des portes, lesquelles peuvent s’avérer utiles pour servir de corps de garde, de dépôt de munition, ou encore de casemate de tir pour armes légères. Afin d’éviter cette perte d’espace utile, il ne peut être question de créer une plateforme sommitale sur plancher. En effet, le poids des pièces d’artillerie et les vibrations engendrées par les tirs auraient immanquablement occasionné une fragilisation de la structure et son effondrement rapide. En outre, les tours et portes étant partiellement dérasées et décoiffées, les planchers de bois ne peuvent résister aux intempéries.
88Une autre solution est alors envisagée. Celle-ci consiste à construire une voûte en remplacement du plancher au niveau du dernier étage. En effet, une voûte est mieux à même de supporter le poids d’une plateforme d’artillerie par la répartition des poussées sur l’épaisseur des maçonneries. Cette technique est notamment utilisée à Coucy pour la tour de la porte de Soissons261. Ce type d’aménagement est évidemment difficile à mettre en œuvre sur des tours prévues à l’origine pour être planchéiées et a un coût important. C’est pourquoi cette solution est plus rarement adoptée que celle de la massification, et systématiquement pour des tours de défenses de première importance.
5.4. Les cavaliers et plateformes
89Le remparement ne concerne pas toujours l’intégralité du tracé des villes fortifiées. Pour des raisons souvent liées aux finances, certaines zones moins exposées peuvent être délaissées, du moins provisoirement. Ces secteurs, tout comme d’autres déjà remparés, mais nécessitant un renforcement défensif, peuvent alors être dotés de plateformes pour la mise en place de contre-batteries. Le terme de plateforme renvoie dans les textes à des réalités différentes. Parfois, il fait simplement référence au terre-plein du rempart et il est très souvent usité pour qualifier les terrasses d’artillerie des tours et des portes. Néanmoins, dans la majorité des cas, la plateforme désigne en vérité un cavalier. Le cavalier est une plateforme élevée au-dessus du niveau du rempart ou de la courtine permettant de contrebattre l’artillerie des assiégeants et de renforcer des secteurs clés. Il se présente sous la forme d’une terrasse de terre, soit talutée, soit revêtue, aux dimensions peu standardisées. Sa conception est proche de celle du rempart à proprement parler.
90On en trouve de nombreuses mentions textuelles dans les archives municipales des villes picardes aux XVIe et XVIIe siècles et le développement de ce type de structures va généralement de pair avec la mise en terrasse des tours et les phénomènes de remparement des places. Ainsi, Noyon dispose dans les années 1520 de quatre plateformes de 50 à 60 pieds de large érigées à divers endroits de la ville262. À Chauny, ce sont deux plateformes de 60 pieds de largeur qui sont édifiées à l’arrière des tours de la Madeleine et Carrée en 1536263. Les archives amiénoises gardent également la trace de plusieurs structures de ce type. En 1536, une plateforme est en cours de construction près de la tour aux diables264 et il est décidé d’en construire une autre à l’endroit de ladicte tour du Vidame, par dedens la ville, d’une largeur de 80 pieds par bas et 40 pietz de hault ou plus265. En 1540, il est question de plateformes entre les portes de la Hotoie et de Beauvais266, et on trouve mention en 1543 d’une plateforme du jardin des Archers267 ou encore du Marché aux Pourceaux en 1558268, etc. Cette solution défensive est donc largement répandue. Ces plateformes sont généralement équipées de rampes pour permettre d’y monter de grosses pièces d’artillerie.
5.5. La mise en service pour l’artillerie des remparts et plateformes
91Remparts, plateformes sommitales d’artillerie et cavaliers sont équipés de divers dispositifs afin de permettre l’usage de canons et d’assurer la sécurité des servants. Alors que disparaissent peu à peu les mâchicoulis et le crénelage, trop fragiles, voire dangereux pour les défenseurs, un parapet haut de deux à trois assises maçonnées est préservé la plupart du temps au sommet des tours et remparts. Celui-ci sert à la fois de garde-corps et de protection contre les tirs (surtout de petits calibres). Les pièces d’artillerie, ainsi protégées, tirent à travers l’épaisseur du parapet, dans des embrasures aménagées. Au moment du tir, la gueule de l’arme se situe à hauteur du nu du mur de revêtement extérieur. Par la suite, avec le développement de l’architecture bastionnée, les parapets s’épaississent et on fait davantage appel à l’emploi de terre dans leur confection. Dans le cas d’adaptations d’enceintes urbaines médiévales, le parapet est néanmoins réduit à sa plus stricte expression. Cependant, il est nécessaire et les villes travaillent régulièrement à leur élaboration. Ainsi, en 1557, à Noyon, des manouvriers besognent à la courtine et au parapet élevés au bout de la plate forme de la porte du Wez, afin de couvrir les souldars269 et, la même année, Amiens juge nécessaire de s’en doter en toute diligence270. Ces parapets, d’une faible hauteur, sont insuffisants pour assurer la protection des servants, car, bien souvent, sous l’effet des tirs, la pierre éclate et peut occasionner des blessures chez les défenseurs de la place. En outre, ces derniers ne sont pas non plus à l’abri de coups d’embrasures.
92Pour remédier à cela, on voit apparaître dès le début du XVIe siècle des gabions en osier tressé, lesquels sont remplis de terre. Ils sont généralement disposés sur les remparts et plateformes, le long des parapets, à l’endroit où les pièces sont mises en action. Ce dispositif, que les assiégeants utilisent aussi pour défendre leurs approches et les batteries de siège, est mieux à même d’amortir les balles et les éclats occasionnés par les tirs (fig. 7). En outre, il cache à la vue les mouvements des défenseurs. Un système de fermeture à ventail de bois permet d’obstruer l’ouverture pendant les temps de recharges. Rapidement, les villes adoptent le gabion et, en période de conflit, elles s’en procurent en urgence. Abbeville en fabrique 50 en 1524 pour les placer sur ses murailles271, Noyon en confectionne en 1554272, Amiens en 1557273, tout comme Laon en 1595274. En 1552, Coucy utilise des pieulx et verges à faire gabions pour couvrir l'artillerye qui sera cy après mise tant sur la plateforme275 que sur les aultres remparts de la dicte ville de Coucy, pour la garde et défense d'icelle276. En août 1557, en pleine invasion, l’un des premiers préparatifs requis pour la mise en défense de cette même place consiste à mectre plusieurs parsonnaiges à faire gabions et iceulx dresser au lieu où ilz doibvent demeure et à remplir ceux-ci de la vuydange des terres les lieux où il sera besoing de profonder277. Ajoutons que les gabions peuvent également servir à combler provisoirement une brèche, comme on le voit à Beauvais en 1567278.
Fig. 7. Exemple de gabion à claies du XVIIe siècle

© B. Vassalieu, Recueil du reiglement général de l’ordre et conduite, de l’artillerie tant pour marcher en campagne que pour placer et dresser batteryes aux sièges et autres affaires, 1613, Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français 592, f° 43 v°, extrait
93Enfin, les terre-pleins des remparts et des plateformes d’artillerie ne permettent pas l’utilisation de pièces d’artillerie lourdes sans un aménagement préalable du sol. En effet, le remblai gêne le roulement des affûts, surtout en cas d’intempéries. Les pièces s’enlisent facilement et leur maniement devient incommode. Pour éviter cela, il est possible de daller les terre-pleins et terrasses, mais ce choix coûteux est loin d’être systématique. La solution la plus courante reste la confection de planchers de roulement souples démontables – du fait des intempéries, ils ne peuvent être pérennes –, lesquels sont mis en place lorsque se fait entendre le « bruit de la guerre ». Ils ne couvrent pas l’intégralité des remparts, mais uniquement les emplacements de tir des pièces lourdes. Leur largeur n’est pas très importante, mais leur longueur dépasse largement la taille de l’affût afin de pouvoir faire rouler les pièces d’artillerie vers l’arrière pour le recul et le rechargement. Ils peuvent être équipés de madriers anti-recul. Chaque pièce dispose sans doute de son propre plancher comme semble le montrer l’iconographie disponible (fig. 8). Les batteries de siège utilisent un dispositif similaire. Les traces de la confection de tels planchers dans les archives des villes picardes sont rares. Néanmoins, en 1585-1586, on en construit à Laon, près de la plateforme de Saint-Étienne pour y manœuvrer commodément 5 pièces d’artillerie279, et l’iconographie conforte leur existence. À Coucy, la fouille archéologique menée sur la tour Lhermitte a révélé les restes d’un tel plancher de roulement associé à une bouche à feu et datant de la Fronde280.
Fig. 8. Batterie de siège en action au début du XVIIe siècle

© B. Vassalieu, Recueil du reiglement général de l’ordre et conduite, de l’artillerie tant pour marcher en campagne que pour placer et dresser batteryes aux sièges et autres affaires, 1613, Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français 592, f° 45v° et 46r°
5.6. La contrainte de l’expropriation
94En faisant évoluer leurs anciennes fortifications vers un système remparé, les villes acceptent de sacrifier une partie de leur espace intra muros. En effet, non seulement elles condamnent les salles de certaines tours mises en terrasse, mais, en plus, la construction des remparts et leur élargissement entraînent la destruction du bâti préexistant se trouvant contre ou dans le voisinage des murailles. Les mentions relatives aux remparements effectués à Noyon, en 1536, indiquent même que les destructions des maisons situées à proximité résultent d’un ordre royal et que la commune y est contrainte281.
95Les villes entreprennent ainsi l’expropriation d’habitants contre « récompenses », c’est-à-dire dédommagements. De nombreux propriétaires de terrains, de jardins ou de maisons devant être démolies sont concernés. À Péronne, en 1528, on trouve la trace d’une indemnité versée par la ville pour avoir pris un terrain pour les fortifications282. Les archives de la ville d’Amiens montrent, quant à elles, de multiples cas d’expropriations entre 1538 et 1568283. On compte, en effet, plus d’une quarantaine de cas sur cette période uniquement pour les travaux des remparts284, dont plus d’une vingtaine concernent l’élargissement de ces derniers. À cela s’ajoutent au moins quatre expropriations pour l’aménagement de plateformes et a minima cinq pour des travaux aux fossés (fig. 9). La nature des dédommagements consentis par la ville peut être relativement variée, mais, en règle générale, il s’agit d’une compensation pécuniaire. L’assemblée municipale envoie des commis pour convenir des « récompenses » en fonction de la valeur estimée de la maison ou du terrain comme on le constate à Amiens ou à Beauvais285. À Amiens, dès 1539, la ville tient un registre des indemnités accordées pour terrains pris pour les remparts286.
Fig. 9. Inventaire et nature des expropriations liées aux fortifications à Amiens au XVIe siècle d'après les archives communales

© É. Lallau, 2018, d’après Durand 1894
96Le dédommagement peut aussi prendre d’autres aspects. Ainsi, à Beauvais, en 1568, les maire et pairs baillent au propriétaire d’une maison située sur les remparts et devant être abattue pour fortifier la ville, une masure prinse en la place nommée place du Franc-Mûrier, près les Jacobins (…), à la charge d’y bâtir et de leur payer chaque année 4 livres 6 deniers tournois de surcens ou rente propriétaire287. En 1552, à Soissons, c’est la compagnie des archers qui reçoit en échange de deux pièces de vignes englobées dans les fortifications, un terrain situé entre l'église de Saint-Remy et la tour Massé, où elle établit son jardin d’entraînement288. Ces expropriations, et surtout les compensations qu’elles entraînent, constituent une charge financière supplémentaire et non négligeable pour les villes. C’est pourquoi, lorsque la chose est possible, elles délaissent certains secteurs moins exposés, se contentant d’aménagements d’appoint moins onéreux.
6. Chronologie de l’adoption du système remparé
97Il est difficile d’établir une chronologie précise de l’adoption du système remparé par les villes et places fortes de la frontière picarde du fait de la non-exhaustivité du récolement des sources survivantes et de l’aspect lacunaire et peu précis des mentions pouvant y faire référence. En outre, l’archéologie ne s’intéresse à ces questions que depuis peu et, à notre connaissance, la fouille de remparts des XVe-XVIe siècles pouvant apporter des éléments de connaissance chronologique sur la mise en place du phénomène remparé n’a pas ou peu été pratiquée. Selon toute logique, cette solution défensive, relativement aisée à mettre en œuvre, s’est développée parallèlement à la mise en place de la batterie de brèche, technique impliquant une logistique complexe qui ne sera au point qu’à compter de la fin du XVe siècle. Au préalable, la priorité a été donnée à la réalisation de boulevards de portes et de tours d’artillerie. Comme la frontière picarde est en paix de 1493 à 1512, on peut donc envisager un développement du système remparé après la reprise des hostilités dans le premier quart du XVIe siècle. Néanmoins, cette supposition reste à conforter par des preuves tangibles, tant écrites qu’archéologiques, qui sont malheureusement peu nombreuses.
6.1. Les remparts
98Au XVe siècle, en dépit d’une première phase certaine d’adaptation des courtines, on dispose de très peu d’éléments pouvant faire référence à des remparements en Picardie. Ce constat peut s’expliquer par différentes causes. Tout d’abord, par une conservation moindre des archives de cette époque, surtout en ce qui concerne la première moitié du XVe siècle. Ensuite, ce type d’aménagement est resté assez précaire dans les premiers temps, n’étant mis en place que de façon modeste et relativement ponctuelle. De fait, son coût, la main d’œuvre employée et les temps de travaux ont été plus limités et ont donc laissé moins de traces écrites. Enfin, la dernière raison, et peut-être la plus importante, concerne la lecture même des mentions écrites anciennes. Ce type d’aménagement a effectivement pu être décrit succinctement par les textes sous des termes autres, tels que « réparations des murs », « travaux aux murs ou murailles », etc., sans autres précisions. Le terme de rempars n’a pas été adopté uniformément dès le XVe siècle, et ce n’est qu’au XVIe siècle que son emploi est devenu systématique. Aussi, chercher les traces de remparement dans les textes pour le XVe siècle en s’appuyant sur la simple utilisation du mot rempars ou de l’un de ses dérivés relève d’une démarche complétement biaisée. Ce phénomène explique néanmoins, peut-être, l’indigence des données relatives à la conception de remparts pour le XVe siècle. En outre, il faut prendre garde aux confusions terminologiques comme le montre l’exemple d’Amiens où, en 1451, devant la menace d’une reprise des hostilités de la part des Anglais, la ville exprime sa volonté de emparer la forteresse en plusieurs lieux, et par espécial deverz les portes de Montrescu, Saint-Pierre et Gayant289. A priori, il s’agit là, en vérité, d’un simple renforcement des défenses (cf. supra, voir verbe « emparer ») et non de la construction d’un rempart au sens strict.
99La discrétion des textes pour le XVe siècle ne prouve cependant par l’absence de ce type d’aménagements. Ils sont vraisemblablement restreints dans un premier temps, cantonnés à des secteurs clefs. En revanche, la multiplication des mentions au XVIe siècle pourrait certes être en partie liée à une meilleure conservation des sources écrites et surtout à la systématisation des comptes communaux, mais l’exemple d’Amiens, entre autres, contredit quelque peu cette hypothèse. Cela résulte en réalité d’une véritable explosion de ce type de travaux. Une première vague peut clairement être observée dans les places de la frontière picarde dans les années 1520-1530, et même dès les années 1510. Reims envoie ainsi un charpentier à Laon et Saint-Quentin en 1513 pour veoir les rempars qu’on y faisoit290, ce qui suggère bien qu’il s’agit d’un phénomène nouveau dont la mise en œuvre n’est pas encore bien appréhendée par les villes. Paris se dote de remparts au même moment, en mars 1513, comme le montre un avis rendu sur la fortification de la ville préconisant de faire par dedans la ville tout au pourtour et joignant les murs d’icelles bons et larges rempares de terres jusques à dix ou douze toises sur la haulteur du hault des avant-murs qui y sont de présent, et qu’il n’est point de meilleure muraille que lesd(ites) terre291.
100Avec l’accroissement des hostilités entre Charles Quint et François Ier, la fortification des villes frontières s’est vite avérée un enjeu important. Les deux antagonistes incitent les municipalités à se doter de défenses adaptées et, surtout, à procéder au remparement de leurs murailles. Ainsi, alors que Le Quesnoy se dote de remparts à partir de 1523-1524292, Noyon entame les siens en 1522 en se dotant d’une muraille de brique à l´entour de la ville par dedans pour tenir les terraulx293. En 1525, on y travaille encore294. Leur description et leur épaississement en 1536 montrent toutefois que ces premiers ouvrages sont relativement modestes (cf. supra).
101Dès le 14 décembre 1518, le roi adresse des lettres aux maire et pairs de Beauvais leur ordonnant de faire continuer les travaux de fortifications de leur ville qui est ville frontière et l’une des clefs de nostre royaume295. Plus tard, à une date malheureusement non précisée, les habitants de Beauvais reçoivent l’autorisation de démolir les constructions de particuliers dans le voisinage des murs et fortifications de leur ville, afin de les réparer296 et de les mettre en état de défense297. La ville travaille en 1523 à remplir de terreaux le boulevard et le rempart de la porte de Bresles298 et il est très probable qu’Amiens, qui construit des boulevards et met alors certaines tours en terrasse, procède de même. En 1527, les archives de Péronne font état de travaux aux environs des rempars299, alors qu’il n’était jusque-là question que des murailles, signe probable que ce type d’aménagement avait alors déjà été entrepris. Le 25 août 1536, après inspection des remparts par un ingénieur et un commissaire d’artillerie, il est ordonné à la ville de Chauny de faire les remparts de 21 pieds de largeur et d’établir des plates formes aux tours Madeleine, Bourgeoise, Carrée, etc.300. La même année on élargit les remparts de Noyon à 20 pieds de large301 et le gouverneur de Coucy doit entreprendre des travaux d’urgence devant la menace espagnole et obtient pour ce faire un prêt de la ville de Paris de trois cens livres tournois (…), pour faire ramparer en la ville et chasteau de Coussy302. Toujours en 1536, en septembre, sont faits à Amiens les rempars d’entre la porte de la Haultoye et la tour de Guyencourt303 et on travaille sur le rempart entre la porte de Beauvais et de la Haultoie304. La multiplication des mentions de travaux aux remparts en 1536 fait clairement écho à l’urgence militaire sur la frontière du fait des reprises des hostilités (fig. 2).
102À Roye, en avril 1538, le roi ordonne le paiement des salaires de 10 pionniers et manouvriers utilisés pour faire les fondacions de la nouvelle muraille que l’on veult faire, ensembles mandes et autres choses nécessaires à porter théraulx et grez305, puis, à compter du 28 octobre de la même année, il est question du rôle de 13 pionniers et manouvriers qui ont besongnie, pionné et manouvré aux fossez et rempars de la ville de Roye, (à) thouer théraulx dedans lesdictz fossez, mener lesdictz théraulx dedans les baraulx de l’engin pour mectre sur lesdictz rempars, comme à mener et conduire iceulx théraulx et iceul baraulx sur lesdictz rempars306. À Montreuil, à la suite de la prise de la ville par les Impériaux en 1537 et de sa destruction partielle, François Ier fait entamer des travaux importants en vue de la doter d’une nouvelle enceinte urbaine. Plus de 4 000 ouvriers travaillent à son élaboration et, en 1542, les remparts sont dans un parfait état de solidité307.
103Les travaux de remparement font également l’objet de plusieurs mentions dans les années 1540, quoique moins nombreuses et concernant souvent des élargissements, ce qui pourrait indiquer qu’après une première vague d’adaptation, la plupart des villes étaient déjà équipées de ce type d’aménagement défensif. Néanmoins, en 1540, on rempare encore à Ardres308 et, en 1544, Amiens poursuit ses travaux d’élargissement des remparts309.
104En 1544, dans l’état des réparations et ouvrages à faire dans les villes et places fortes frontalières de Picardie, d’Artois et du Boulonnais310, on constate que la plupart des villes sont déjà largement dotées de remparts, mais que certaines sections doivent encore être parachevées, voire entamées. C’est le cas au château d’Hesdin, à Montreuil-sur-Mer ou encore à Corbie, derrière le Four de l’abbaie et au lieu-dit Vauret311. À Péronne, il est préconisé d’élargir et de rehausser les remparts commencés312 et, à Saint-Quentin, il est prévu de nectoyer et aparfondir les fossez le long de la (…) muraille, et tirer les terres et vuidanges au dedans pour rehaulser et eslargir lesdits rempars313. Pour autant, l’essentiel est déjà accompli.
105C’est également vers cette époque que Montdidier entreprend de grands travaux de fortification sous la houlette de son capitaine, le sieur de la Châtaigneraie, comme on l’apprend dans des lettres patentes ultérieures d’Henri II, datées du 2 mars 1552. D’après celles-ci, au temps que feu le sieur de la Chasteneraie estant lors nostre lieutenant en nostre ville de Montdidier par l'espace de huit à neuf ans, iceux habitants pour mettre ladite ville de Montdidier en plus grande seureté et meilleure deffense auroient derechef eslargi les fossés, augmenté les remparts, reédiffié les tours et forteresses, coupé et abatu les arbres de leurs jardins, près et héritages allentour d'icelle ville, et d'iceux fait et dressé plusieurs autres belles plattes formes314. La Châtaigneraie étant mort en juillet 1547, l’augmentation des remparts a donc été réalisée avant.
106L’avènement d’Henri II et le risque d’hostilité sur la frontière picarde relancent la politique de fortification des places fortes picardes et, dans les années 1550, on constate un regain de travaux de remparement. Ainsi, outre Coucy qui se dote de plateformes d’artillerie et qui rempare les abords de la porte de Laon en 1552315, on porte des terres et immondices sur les remparts à Boulogne en 1550316 et, en 1555, les terres du fossé de la porte de Bresle de Beauvais servent à la fois à la construction du nouveau boulevard de cette même porte et à l’aménagement du rempart attenant317. De manière générale, si les mentions de travaux sont relativement nombreuses sous le règne d’Henri II, la nature de ceux-ci n’est pas toujours bien spécifiée. A priori, à la fin de ce règne, l’intégralité des places fortifiées anciennes de la frontière picarde a déjà terminé le gros des travaux de remparement des courtines médiévales. Cela ne veut pas dire que les aménagements dans ce domaine ont subitement cessé. Des élargissements de rempart, des réparations, des renforcements ponctuels seront réalisés jusqu’au XVIIe siècle sur les places frontalières, mais les travaux les plus significatifs de remparement datent sans aucun doute des deux premiers tiers du XVIe siècle.
6.2. L’aménagement des fossés
107La protection des fossés, déjà importante auparavant, devient primordiale après l’arrivée de l’artillerie à poudre, car, qui tient les fossés, tient la place. Les fossés vont non seulement faire l’objet d’un soin particulier pour leur entretien, mais vont également être progressivement dotés d’ouvrages supplémentaires jusqu’à l’apparition des systèmes bastionnés. Hormis la création de boulevards d’artillerie protégeant les fonds de fossés, l’adaptation des fossés à l’artillerie à poudre s’est traduite par des agrandissements-élargissements ou l’édification de fausse-braies et de moineaux (caponnières). Les mentions d’agrandissements-élargissements de fossés impliquent d’ailleurs presque systématiquement des travaux de remparement ou de création de plateforme concomitants, ce qui en filigrane donne donc des éléments de datation supplémentaires pour ces aménagements.
6.2.1. L’entretien des fossés en temps de paix ou de guerre
108L’entretien de leurs fossés a toujours constitué une préoccupation majeure pour les places fortifiées. Pour des raisons défensives, voire de salubrité publique, il est important de veiller à ce qu’ils ne soient pas comblés par les boues, les ravinements ou les dépôts d’ordure. Ce dernier point est un véritable problème, les fossés servant bien souvent de décharges aux riverains, et ce, en dépit des règlements communaux l’interdisant. Les archives municipales conservent de nombreux jugements rendus à l’encontre de contrevenants, comme c’est, par exemple, le cas de plusieurs habitants de Laon condamnés entre 1494 et 1496 pour avoir jeté des immondices dans les fossés318. Mais ces mesures sont insuffisantes pour empêcher un phénomène qui, bien souvent, s’opére nuitamment.
109Dans un même souci de préservation, la plupart des villes interdisent aux propriétaires d’animaux de les laisser paître dans les fossés, sous peine d’amende et de confiscation. Le pâturage des bêtes peut, en effet, accélérer l’érosion des fossés, notamment des parois. L’échevinage d’Abbeville prononce une ordonnance en ce sens dès la fin du XIVe siècle319. Là encore, ces prohibitions sont souvent peu dissuasives et les villes envisagent alors d’approfondir les fossés ou effectuent divers aménagements pour éviter que le bétail n’y accède. C’est le cas à Amiens où l’échevinage ordonne, le 21 mars 1560, d’approffondir les fossez de la Haultoye pour éviter que le bétail n’y entre320 ou, encore, à Laon, en 1484, où des travaux de terrassement sont effectués devant la porte de Crahaut pour empêcher l’accès des fossés aux chevaux, tandis que des barrières sont mises en place pour interdire le passage au bétail321.
110Si le comportement des habitants joue donc un rôle important dans la dégradation des fossés urbains, l’érosion naturelle y a aussi sa part. Le phénomène de ravinement des parois peut difficilement être évité, sauf à maçonner les contrescarpes, ce qui permet de soutenir les terres de façon pérenne, tout en limitant l’accumulation des boues en fond de structure. Cette option est néanmoins coûteuse et, pour cette raison, n’est pas toujours privilégiée. Les archives des villes picardes conservent quelques mentions de ces contrescarpes maçonnées. On en établit une, par exemple, devant la porte du Limaçon à Beauvais, en 1568, parallèlement à l’agrandissement des fossés322.
111Malgré les mesures de prévention, l’entretien des fossés nécessite des curages réguliers, qui sont presque toujours à la charge des villes323. Pour limiter leurs dépenses, celles-ci louent parfois à des particuliers des portions de fossés en échange de leur entretien. Amiens fait ainsi remise, en 1463, au chanoine Simon de Conti de quatre années de sa location du fossé entre les portes de Longuemaisière et Saint-Firmin, pour faire le curage dudit fossé324, tandis qu’Abbeville, en 1527, fait don à Antoine de Lestocq de la pêche et de la tonture des bos des fossés de la porte du Bois à la porte Saint-Gilles pour une durée de 17 ans, à la charge de faire le curage des fossés325.
112Si l’on trouve de nombreuses mentions de curage et de nettoiement des fossés dans les archives des communes picardes tout au long de l’Époque moderne, on constate, toutefois, que la plupart des références correspondent à des périodes de crise politique et militaire. Abbeville entreprend, par exemple, le curage d’une grande partie de ses fossés en 1525-1526326, tout comme Péronne à la même période327, tandis qu’Amiens fait de même en 1566-1567328. Ce constat s’explique aisément. Les villes ayant la charge financière de l’entretien des fossés repoussent ces opérations jusqu’à ce qu’elles y soient contraintes par un mandement exprès ou l’imminence d’un danger.
6.2.2. Les élargissements et approfondissements des fossés
113Comme le précise N. Faucherre, « avec la progression rapide de l’artillerie à poudre à boulet métallique dans le courant du XVe siècle, liée à sa capacité révolutionnaire de pratiquer des tirs rasants, le combat s'éloigne : on est brusquement capable de superposer des coups au but en tir tendu jusqu'à 80 m »329. Afin d’éviter l’acheminement de pièces d’artillerie pouvant faire brèche et le comblement des fossés en cas d’attaque, ces derniers sont peu à peu élargis et approfondis. Cela a pour effet de compliquer la tâche des assiégeants qui, dès lors, doivent employer des moyens considérables en homme et en temps, donc en argent, pour combler les fossés ou s’en emparer, le tout sous le feu des organes de défenses des places. Il s’agit donc d’aménagements fortement dissuasifs.
114Le surcreusement des fossés peut être remplacé ou complété par un rehaussement de la contrescarpe « qui (permet) de dissimuler le pied de l’enceinte au tir de la batterie »330. L’élargissement et l’approfondissement des fossés, lesquels vont le plus souvent de pair – du moins à compter du XVIe siècle –, exigent des moyens importants, tant en main d’œuvre que financièrement. Ce ne sont pas là des travaux d’appoint, mais des aménagements ambitieux s’inscrivant dans une politique globale de modernisation défensive. Ces agrandissements sont, nous l’avons vu, presque systématiquement entrepris de façon concomitante à la conception de remparts et/ou de plateformes d’artillerie.
115La chronologie de ces aménagements de fossé sur la frontière picarde est donc sensiblement identique à celle de la construction des remparts. Les archives communales des villes frontalières en ont largement conservé la trace, mais il est difficile d’apporter une analyse exhaustive, car de nombreuses mentions de « travaux aux fossés » peuvent renvoyer dans les faits à ce type d’adaptation sans pour autant l’exprimer clairement. Si au XVIe siècle, élargissement et approfondissement de fossés fonctionnent le plus souvent ensemble, il n’en va pas de même au siècle précédent où seuls les approfondissements de fossés sont régulièrement attestés. Ainsi, à Amiens, dès 1415, on délibère d’envoier ouvrer aux fossés de la ville par paroisses, pour iceux réparer et aparfondir ès lieux plus nécessaires331, mais ce ne sont là que menues réparations. À Amiens toujours, des lettres royales exigent des habitants l’approfondissement des fossés de la ville en 1476332 et, en avril 1478, on envisage d’approfondir le fossé de l’environ de la tour de Guyencourt333. En 1488, il y est encore question d’approfondissement de fossés334, notamment devant la porte de Noyon, tandis qu’à Laon, en 1470, on fait de même devant la poterne Dalais335.
116Au début du XVe siècle, la plupart des fossés urbains présentent encore un profil caractéristique fait de creusements et de levées de terre successifs, formant avant-fossés et arrière-fossés. La fouille du Carrousel du Louvre à Paris a montré qu’il en allait ainsi pour l’enceinte de Charles V336, mais ce n’est là qu’un exemple parmi d’autres. Si ces fossés sont adaptés à la défense des places jusqu’au XIVe siècle, le développement de l’artillerie à poudre change la donne. Comme le met en évidence N. Faucherre, le maintien d’un avant-fossé au XVe siècle offre à l’assaillant « une tranchée toute prête sur la contrescarpe, parallèle au front attaqué de surcroît »337, ce qui est, évidemment, inacceptable. Dès lors « le comblement des avant-fossés pour créer un glacis en faible pente vers l’extérieur afin de dégager le découvert des tirs depuis le corps de place semble systématique dans le courant du XVe siècle »338. C’est le cas à Dijon en 1471339 ou encore à Troyes, en 1513, où le conseil municipal décide de remplir des faulx fossez pour doubte des sièges340. Ce constat prévaut également pour les villes de la frontière picarde et il est probable que certaines « réparations » réalisées aux fossés dans la seconde moitié du XVe siècle concernent le comblement des avant-fossés médiévaux et l’aménagement de ce type de glacis.
117Si durant tout le XVe siècle, les archives municipales conservées des villes picardes ne mentionnent pas d’élargissement de fossés, on les trouve, en revanche, en abondance à partir des années 1530-1540. Les travaux menés dans les fossés de Roye en 1538 ont ainsi vraisemblablement consisté en l’élargissement de ces derniers341. L’état des réparations et ouvrages à faire dans les villes et places fortes frontalières de Picardie, d’Artois et du Boulonnais, réalisé en février 1544342, révèle que Boulogne doit alors eslargir et parfondir le fossé encommencé contre et à l’opposite de la porte de Gayole et faire le fossé a l’entour du boullevart de Dunes, qui sera de cinquante-trois toises de longueur, sur dix toises de largeur et cinq de parfondeur, revenant à quatorze cens toises quarrées de vuidange343. Ce même document montre qu’Ardres s’apprête à achever l’eslargissement du fossé du boullevart de Loyseporte (…) pour éviter à ce que ledit fossé, qui facillement pourroit estre comblé, ne le soit344 et doit élargir le fossé du boulevard de la porte Haulte dont la vuidange desquelles terres se fera par le dehors de lad(ite) ville pour haulser le bort des fossez d’icelle345. Cette dernière mention confirme que les terres extraites des fossés ne sont pas toujours employées en intérieur pour la conception des remparts ou des plateformes d’artillerie, mais peuvent assez pragmatiquement être utilisées en extérieur pour rehausser la contrescarpe par une levée de terre346. Cela a un double intérêt : protéger davantage la base des remparts contre les tirs de brèche et mettre en place un éventuel chemin couvert à l’arrière de la levée de terre afin de défendre l’approche des fossés.
118En réaction à la reprise des hostilités avec l’Espagne et aux raids du comte de Rœulx dans le Vermandois (fig. 2), la ville de Coucy travaille à l’élargissement des fossés de la porte de Laon entre le 16 août et le 15 décembre 1552 (fig. 10)347.
Fig. 10. Vue des fossés devant la porte de Laon à Coucy, élargis en 1552, avec au centre le boulevard d’artillerie à galerie de contremine active édifié entre 1536 et 1540

© É. Lallau, 2015
119Au même moment, Amiens fait de même depuis la porte de la Hotoie jusqu’à la tour du Vidame348. Pour cette ville, on observe, par ailleurs, une grande campagne d’agrandissement des fossés à partir de cette année 1552, laquelle dure au moins jusqu’en 1563 et implique un certain nombre d’expropriations (fig. 9). Ainsi, en juillet 1557, ce sont les fossés devant la porte de Noyon qui sont diligemment élargis et approfondis et la masse de terre estant devant icelle, levée et portée sur le rempart, entre ladicte porte de Noyon et celle de Paris349 ; en janvier 1558, sont mis en adjudication au rabais le nectoyement, eslargissement et apparfondissement du fossé estant vis-à-vis de la porte de Sainct-Pierre de ceste ville350 ; en juin de la même année, les fossés de la porte de la Hautoie351 sont approfondis ; en 1561, on y procède à l’élargissement et à l’approfondissement du fossé devant l’éperon de Guyencourt352, de celui entre la porte de Noyon et la tour de la Haye353, et du fossé entre la porte Saint-Pierre et la tour Orgueilleuse354 ; en 1563, le fossé entre le pont au Change et le pont Baraban est approfondi et élargi355, tandis que celui allant de la porte de Noyon jusqu’à la plateforme Saint-Louis est nettoyé et surcreusé356, etc. Amiens est loin d’être un exemple unique, à l’instar de Beauvais, où, en 1568, les fossés devant la porte de Limaçon, à Beauvais, sont élargis357. Ce phénomène d’élargissement des fossés semble donc généralisé sur la période 1530-1570. Coûteux, il n’a souvent été entrepris, au même titre que les remparts, que devant l’imminence d’un conflit et dans une certaine urgence.
120Ainsi, si l’approfondissement des fossés n’est pas un fait nouveau au XVIe siècle, il semble en revanche que les travaux d’élargissement, du moins sur la frontière picarde, se soient développés progressivement dans la première moitié du XVIe siècle, avec sans doute un pic ou une accélération autours des années 1540-1560.
6.2.3. Les fausses-braies
121Corollaire du renforcement du rôle défensif des fossés, le développement de l’artillerie à poudre a entraîné l’apparition d’un aménagement spécifique : la fausse-braie. Pour N. Faucherre, ce terme définit « une enceinte basse enveloppant une partie ou la totalité du corps de place »358, enceinte complétement remparée. A. Salamagne qualifie, quant à lui, les fausses-braies de « courtines à l’élévation réduite précédant celle du corps de place en doublant leur puissance de feu »359. Selon ce dernier, la braie correspond originellement à la partie basse d’un mur d’escarpe et la fausse-braie360 désigne successivement « un mur de contrescarpe, puis une fortification basse externe au corps de la place »361.
122En contradiction avec ce dernier, nous croyons que la braie constitue un mur de chemise distinct du mur principal, lequel présente une fonction de sas et de protection contre la sape. La fausse-braie, quant à elle, est une braie remplie de terre, remparée en somme. En définitive, il s’agit d’un rempart bas disposé en avant du corps de place qui peut à la fois servir de plateforme d’artillerie, telles les fausses-braies équipées de canonnières du château de Bannegon (Cher)362, et renforce surtout la base des courtines par un doublement de l’escarpe. Elle peut être associée, ou non, à un rempart à proprement parler. La fausse-braie s’élève donc depuis les fossés et monte au niveau du sommet de la contrescarpe, voire un peu au-dessus. Le terre-plein que forme la fausse-braie est souvent flanqué par des embrasures disposées dans le saillant des tours, le château de Brest (XVe siècle) étant un très bon exemple de ce type d’agencement. En outre, l’escarpe de la fausse-braie est elle-même généralement flanquée par les tours du corps de place, les boulevards, des moineaux ou des caponnières. Il s’agit notamment pour les défenseurs d’empêcher que la fausse-braie ne facilite les échelades en saccadant l’élévation à franchir. Ce dispositif gêne considérablement la sape, voire le tir de brèche au pied des courtines, pour peu que l’assaillant ait pris possession des fossés, en épaississant nettement la largeur à abattre. De plus, en cas de brèche pratiquée dans le mur d’enceinte et d’écroulement de ce dernier, la fausse-braie permet de conserver une escarpe, comme c’est le cas lors du siège de Metz en 1552363. E. de Crouy-Chanel souligne que le développement de fausse-braies sur la frontière picarde est loin d’avoir été systématique, peut-être parce que ce dispositif pose des problèmes de flanquements364.
123Ce qui est certain, c’est que les archives communales picardes conservent relativement peu de traces de ce type d’aménagement. À Château-Thierry, Fr. Blary a mis en évidence la création de fausses-braies à proximité de certaines portes dès le XIVe siècle (vers 1360)365, ce qui semble bien précoce au regard du faible danger que représente encore l’artillerie de siège à l’époque. Il pourrait en fait davantage s’agir de braies ayant été remblayées, et donc transformées en fausses-braies, ultérieurement. À Douai, des fausses-braies sont plus assurément construites en 1476-1477 entre la porte Saint-Éloi et la tour des Hours, ainsi qu’entre la tour des Dames et la porte de sortie des eaux366. Dans les places françaises, c’est plus flou. Un commandement est fait aux habitants de Boulogne, en 1552, de besongner par corvées aux brayes et fossés de la ville367, mais la mention est vague et il peut tout aussi bien s’agir là d’un travail sur l’escarpe ou la contrescarpe du fossé, que de l’édification d’une fausse-braie. Toutefois, l’État des places de Picardie réalisé en février 1544 montre que cette même ville possède alors des fausses-braies au moins depuis le boullevart de la tour Nostre-Dame jusques à celluy de Flamengue368 et qu’on envisage de faire le pan de mur des faulses brayes depuis la tour de Gayette jusques à la myvoie de la porte des Degrez tirant à la tour Francoise369. De nombreuses places sont pourvues de fausses-braies au XVIe siècle, comme La Capelle qui en est dotée en 1594370, mais les dates de construction sont rarement connues. Il est donc très difficile de tenter d’établir une chronologie de leur édification sur la frontière picarde en s’appuyant uniquement sur les seules mentions textuelles, d’autant plus que la diffusion de ce type d’ouvrage semble assez étendue. L’étude archéologique du bâti semble plus fiable pour répondre à cette problématique, l’analyse typo-chronologique des embrasures de tir vouées au flanquement de ces fausses-braies étant notamment une bonne solution à envisager.
6.3. La mise en terrasse des portes et des tours et la création de plateformes
124Quelques rares données montrent que, dès le début du XVe siècle, certaines tours et portes sont déjà mises en terrasse, à l’image d’Amiens où, dès 1413, l’échevinage se résout à faire mettre à terrasse la portelette des Arcs371. Pour autant, dans ce domaine aussi, les aménagements semblent assez modestes et très ponctuels ou, du moins sont-ils peu renseignés. Il faut attendre le début du XVIe siècle pour constater une accélération des mises en terrasse des tours et des portes. Ce phénomène est bien observable à Amiens où, en 1523-1524, les officiers royaux font effectuer des travaux à la tour de Guyencourt pour icelle mettre à terrasse et s’en servir de plateforme372. En 1536, on édifie une plateforme sur la porte de Paris373 et, en 1539, il est question de « terrasses » à la porte de Gayant374. En 1544, la porte neuve de la ville de Saint-Quentin est déjà équipée d’une terrasse d’artillerie sur voulsure375. À Beauvais, on parle de la plateforme de la tour des Grès, autour de 1540376, et, en 1553, Jean de Lisle demande aux maire et pairs de faire faire, suivant l’avis de Jean Baptiste Porcelle, ingénieur du Roi, une terrasse à la poterne Sainte-Marguerite377. Plus tard, en 1568 et 1569, y est mentionnée une plateforme à la tour de Bar378.
125De nombreuses plateformes d’artillerie ou cavaliers sont également construits durant cette période. Ainsi, à Chauny, en 1536, le lieutenant du gouverneur de l’Île-de-France, Jean Seguin, ordonne d’établir deux plateformes, l’une à la tour Madeleine, l’autre à la Tour Carrée, de 60 pieds de largeur379. À Noyon, à la même époque, ce sont quatre plateformes d’artillerie de 50 à 60 pieds de large qui sont érigées à divers endroits de la ville380, tandis que vers 1525, à Doullens, les fortifications de la ville sont délaissées malgré les protestations du gouverneur et des habitants, pendant que le roi fait procéder à l’installation de terrasses d’artillerie revêtues de grès au nouveau château381. Une fois de plus, l’étude des archives d’Amiens permet d’avoir un bon aperçu chronologique de l’édification de telles plateformes. En février 1536, on apprend ainsi qu’une plateforme a été commencée près de la tour aux diables382 et, en août de la même année, il est décidé de faire à l’endroict de ladicte tour du Vidame, par dedens la ville, une grande plateforme de la largeur de IIIIXX pietz par bas et XL pietz de hault ou plus si l’affaire le requiert383. En 1540, plusieurs plateformes dedens la ville existent entre les portes de la Hotoie et de Beauvais384, tandis qu’on édifie une plateforme au jardin des Archers en octobre 1543385. En février 1545, une commission communale doit décider avec les canonniers du roi s’il est neccessité faire une plateforme derrière ladicte tour de la Haye386, ce qui est le cas, car les travaux sont entamés en avril de la même année387. Au même moment, sont édifiées des plateformes entre la tour de la Haye et la porte de Noyon388. En novembre 1550, le vidame reçoit une indemnité pour pour le dommage causé au jardin dit du Vidame, en faisant une plateforme389 puis, en février 1558, il est question d’une plate-forme encommencée à faire au lieu que on dict le Marchié aux Pourcheaux390. Enfin, entre 1560 et 1561, est construite la plateforme Saint-Louis391.
126Grâce à un état dressant l’inventaire des vivres, munitions, artillerie et des réparations nécessaires de certaines villes frontières de Picardie, Artois et Boulonnais, daté de février 1544392, il est possible d’avoir un bon aperçu des plateformes déjà existantes à cette époque et des projets en cours. On constate ainsi qu’il y a alors au moins quatre plateformes-cavaliers achevées à Boulogne, deux à Ardres, huit à Montreuil, trois au château de Doullens, quatre à Corbie, une au château de Péronne et cinq dans la ville, sept à Saint-Quentin, quatre à Landrecies, une à Guise, et trois à La Capelle (fig. 11). Trois sont en cours d’achèvement à Corbie et quatre à Saint Quentin393. En outre, une plateforme supplémentaire doit être édifiée à Corbie, ainsi que deux à Guise.
Fig. 11. Inventaire et état des plateformes d'artillerie de certaines places picardes en 1543, d'après l’état dressé en février 1544

© É. Lallau, 2018, d’après Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français 5195
127Cet inventaire prouve qu’en 1543-1544 les places fortes picardes se sont déjà largement équipées de plateformes d’artillerie et que cette phase de dotation est en voie d’achèvement si l’on en croit le nombre limité de projets en cours. Toutefois, contrairement aux travaux de remparement, la constitution de plateformes semble avoir été plus progressive et plus durable, même si l’on pressent une multiplication de ce type d’aménagement dans les deux premiers tiers du XVIe siècle. La formule est plus pérenne et on édifie régulièrement de nouvelles plateformes d’artillerie lorsque l’éminence d’un conflit se fait sentir. Ainsi, les guerres de la Ligue entraînent, par exemple, la construction de la plateforme Saint-Étienne à Laon en 1585-1586394, ou encore d’une nouvelle plateforme entre les portes de Noyon et de Paris à Amiens en 1591395.
7. Conclusion
128L’adaptation à l’artillerie des villes fortes de la frontière picarde s’est mise en place peu à peu à partir du milieu du XVe siècle et connaît une accélération nette et tangible tout au long du XVIe siècle. Ce processus, déjà nécessaire au temps des conflits avec le duc de Bourgogne, devient indispensable avec les guerres contre les Habsbourg du siècle suivant. Ce phénomène de modernisation est certes général sur toute la frontière, mais il reste inégalitaire, les places de premières lignes étant logiquement mieux dotées financièrement et plus diligemment pourvues.
129Ainsi, après une première phase d’aménagements entamée dès Louis XI, ce sont surtout les règnes de François Ier et d’Henri II qui marquent une véritable politique de grands travaux d’adaptation des places fortes picardes à une artillerie de siège toujours plus puissante. Cette modernisation se caractérise essentiellement par l’adoption d’un nouveau système de défense s’adaptant du mieux possible aux fortifications préexistantes. Celui-ci, que nous qualifions de système remparé, intègre largement l’utilisation de la terre à des fins défensives et marque le point de départ de l’évolution de l’art de la fortification vers le système bastionné. Très largement adopté sur la frontière nord-est dans les deux premiers tiers du XVIe siècle, ce système n’est pas incarné par la seule construction de remparts à l’arrière de courtines devenues obsolètes, mais se caractérise aussi par l’agrandissement des fossés – dont les terres servent régulièrement à l’édification desdits remparts – et la conception d’ouvrages de flanquements pour leur protection (boulevard, caponnières, moineaux, fausse-braies, etc.), par l’aménagement de plateformes d’artillerie intra et extra muros ou, encore, par le dérasement des tours et des portes et leur mise en terrasse.
130Tous ces aménagements d’ampleurs sont mis en œuvre de façon relativement concomitante, comme une réponse uniforme et unanime à une même menace. Ils génèrent de nouvelles problématiques auxquelles les villes doivent se confronter, du financement à la conception des travaux, en passant par l’immense main d’œuvre nécessaire pour leur élaboration. Ces nouvelles fortifications restent toutefois perfectibles. À la différence de places fortes créées ex nihilo, elles demeurent, en effet, contraintes par une topographie et un urbanisme hérités du Moyen Âge et ne résultent bien souvent que d’une somme de mesures juxtaposées qui n’assurent pas une cohésion optimale de l’ensemble. Cette re-fortification des villes picardes a fait l’objet d’une réflexion continue mettant particulièrement en lumière son lien avec le perfectionnement de l’arme à feu épaulée, prépondérante dans la défense des ouvrages avancés des places, surtout les fossés. Ainsi, ce sont les avancées technologiques en ce sens qui permettent l’amélioration des ouvrages de flanquement avec l’apparition des moineaux et caponnières, mais aussi des boulevards à galeries de contremine équipées d’embrasures multiples qui ont pour fonction de couvrir les fonds de fossés, à l’image de celui de la porte de Laon à Coucy396.
131En définitive, si les places picardes se sont déjà équipées d’aménagements défensifs d’appoint au XVe siècle, tels les boulevards de portes ou les tours d’artillerie, les grands travaux de modernisation sont clairement mis en œuvre dans les deux premiers tiers du XVIe siècle, souvent en prévision de conflits à venir ou en réaction tardive à ces derniers, sorte de prise de conscience des faiblesses initiée par un climat de panique. C’est durant cette période que les villes fortes picardes connaissent leur plus grande métamorphose. Pour autant, ces places poursuivent leur mutation et leur modernisation au gré des conflits de la fin du XVIe siècle – telles les guerres de la Ligue – et tout au long du XVIIe siècle, et ce, jusqu’au traité des Pyrénées, en 1659, qui recule la frontière nord du royaume à peu près dans ses limites actuelles.
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Notes de bas de page
1Faucherre 1991, p. 11.
2Réparer.
3On peut rencontrer des murailles de pisé, d’adobe, de bois ou en divers matériaux périssables suivant les lieux et les époques.
4Rangées de pieux.
5Bonnardot 1883, p. 198.
6Les échevins sont, sous l’Ancien Régime, des magistrats communaux dont les attributions peuvent s’apparenter à celles de nos actuels conseillers municipaux. Le terme d’échevin est surtout en usage dans le nord de la France ou à Paris. Dans le sud, les échevins sont parfois désignés sous l’appellation de jurats (Bordeaux), de capitouls (Toulouse) ou de consuls (Lyon, Montpellier). L’échevinage est constitué d’un mayeur (maire), parfois d’un lieutenant du maire et d’un nombre d’échevins variant selon les municipalités en fonction de leur importance démographique et de l’activité marchande et artisanale (la ville de Tours possède ainsi 100 échevins avant 1589). Par exemple, à Saint-Quentin, au milieu du XVIe siècle, l’échevinage est constitué d’un maire, de 13 échevins et 11 jurés (Lemaire 1904, p. 67).
7Ledieu 1902, p. 154, cote BB 63, 10 avril 1523.
8L’octroi est un impôt spécifique sur les marchandises entrant dans une ville qu’il ne faut pas confondre avec l’octroi dans son sens général, lequel qualifie un don.
9Souchon 1926, p. 4 et 5, cotes AA 11 et AA 13.
10Matton, Dessein 1885, cote AA 15.
11Matton, Dessein 1885, cote AA 19.
12Marichal 1896, tome 7, p. 213, référence 24 265.
13Marichal 1888, tome 2, p. 356, référence 5 558, 20 mars 1532.
14De Beauvillé 1857, p. 543 et 564.
15Marichal 1888, tome 2, p. 103, référence 4 357, 22 décembre 1531.
16Marichal 1896, tome 7, p. 200, référence 25 254 : Lettres confirmant aux habitants de Nesles en Picardie la franchise de leur marché hebdomadaire, moyennant qu'ils entretiendront les fortifications de leur ville qui est à la frontière du royaume. Saint-Arnoult, mars 1545.
17Rose 1887, p. 18, cote BB 18. En 1555, à l’occasion de sa visite à Beauvais, Henri II accorde à la ville un franc marché le premier samedi de chaque mois pour l’aider notamment à financer l’entretien et la construction de ses fortifications.
18Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français, 14 368, Protocolle ou Formulaire de la chancellerie royale sous le règne de François Ier, f° 59 et 60.
19Gigot 1937, f° 118, 4 août 1515.
20De Beauvillé 1857, p. 265 : Les habitants de Montdidier demeureront quittes s'il plaist à Sa Majesté des tailles des années passées sans qu'ils puissent estre inquiétés, et pour cette année selon le don qui en a esté fait pour pouvoir continuer les fortifications et paiement de ce qui en est deub, et descharger à l'advenir d'icelles, comme les autres villes frontières en considération de leur ruine et pauvreté (1590).
21Marichal 1887, tome 1, p. 29 : Création en toute ville, cité et forteresse du royaume, desquelles y a deniers, communs, dons et octrois par nous et nos prédécesseurs donnés, à convertir es réparations et fortifications des dites villes, d'un contrôleur chargé de contrôler les officiers des villes et les contraindre d'employer lesdits deniers auxdites réparations et fortifications, Paris, mars 1515.
22Loyseau 1613, livre 5, p. 594.
23Durand 1891, p. 51, 20 juin 1520.
24De Sars 1933, p. 4, cote AA 13, 13 janvier 1557.
25De Cleene 1900, p. 1, cote CC 1 : Jean de Luxembourg prorogeant l’octroi précédent accordé à la ville de Gravelines par Bonne de Bar, comtesse de Saint-Pol, le 28 septembre 1415, et de L. De Luxembourg, du 12 août 1452, autorisant les impôts sur les vins et cervoises, pour les deniers en provenant être employés à la réédification et entretien des fortifications.
26De Cleene 1900, p. 1, cote CC 1.
27Durand 1894, p. 175, 28 mars 1463.
28Ledieu 1902, p. 159, 1er mai 1527.
29Rose 1887, p. 20, cote BB 23.
30Haigneré, Deseille 1884, p. 4 : Faict un chemyn à la guialle pour porter les immondices de la ville en une grande fosse, près le moulin à vent qui est assis sur le rempars de ladite Guialle (Boulogne, 1563-1564).
31Citons, par exemple le cas du financement du premier boulevard de la porte Montrescu à Amiens par Louis XI en 1471. Voir Crouy-Chanel 2014, p. 135.
32Souchon 1926, p. 10, 17 novembre 1523.
33Marichal 1889, tome 3, p. 374, référence 9 234 : Deux lettres de décharge adressées audit François Viard, de 400 livres chacune, fournies sur la recette ordinaire de Coucy, suivant les lettres missives du roi, écrites de Valence, le 4 septembre 1536, et autres au sire de Haraucourt, lieutenant au gouvernement de Coucy, ou à son commis, pour employer aux fortifications dudit lieu, Fontainebleau, 21 août 1537. Peut-être faut-il lire « décharge » dans son sens comptable, soit un ordre de paiement donné au trésorier valant décharge dans ses comptes, auquel cas il s’agirait d’un don.
34Rose 1887, p. 13, cote BB 10 : Délibération de la commune (1473-1481).
35Durand 1891, p. 46, 21 juin 1474.
36Rose 1887, p. 25, cote BB 34.
37Hamon 1994, p. 36.
38Hamon 1994, p. 36.
39Comme le montre P. Hamon, ces levées sont bien plus conséquentes dans les années 1540 et notamment après la crise de 1544 (Hamon 1994, p. 37).
40Marichal 1894, tome 6, référence 20 515 : Lettres ordonnant aux villes d'envoyer aux coffres du-Louvre le produit de leurs octrois, destiné à la fortification des villes frontières. Paris, 30 décembre 1532.
41Marichal 1895, tome 7, référence 23 525 : Lettres ordonnant la levée sur plusieurs villes de Picardie, pour être employées aux réparations des fortifications des villes frontières, de diverses sommes, savoir : pour Amiens, 1 500 livres tournois ; Beauvais, 1 500 livres ; Laon, 500 livres ; Senlis, 300 livres ; Compiègne, 400 livres. Amboise, 29 mars 1517.
42Hamon 1994, p. 37.
43Qui, comme Coucy, relève du gouvernement militaire d’Île-de-France.
44Poissonnier 1880, p. 305-306.
45Ledieu 1902, p. 133, 4 août 1497.
46Marichal 1892, tome 5, p. 594, référence 17 717.
47Rose 1887, p. 18, cote BB 18.
48Marichal 1889, tome 3, p. 75, référence 7 826.
49Marichal, 1905, tome 8, référence 31 028 : À Pierre de Lagrange, commis à tenir le compte des réparations et fortifications des places de Picardie, 60 000 livres, pour employer au fait de sa commission durant la présente année, savoir à Thérouanne, 6 000 livres ; à Boulogne, 3 000 livres ; à Montreuil, 12 000 livres ; à Doullens, 18 000 livres ; à Péronne, 3 000 livres ; à Guise 15 000 livres, et aux autres places dudit pays, ainsi qu'il sera avisé par M. de La Rochepot, 3 000 livres. Janvier 1539.
50Rose 1887, p. 16, cote BB 15 : Nouvelle levée de 1 000 livres tournois, puis de 2 000 livres tournois pour les travaux de défense.
51Rose 1887, p. 18, cote BB 19.
52Rose 1887, p. 18, cote BB 17.
53Rose 1887, p. 21, cote BB 25.
54Ledieu 1902, p. 153 : Assemblée pour délibérer sur le fait de la fortifficacion de la ville affin de résister contre les ennemis du royaulme. A esté délibéré que au-devant du pont des Prez se fera un bastillon de bois et de terre, et que le fossé depuis la porte Saint-Gilles jusques à la tour Guerard se approfondira de la haulteur que mesdicts sieurs délibèreront ensemble, et que les deniers qu’il conviendra avoir pour fournir ausdictes fortifficacions, mais que la ville se trœuve court se prendront et asserront particullierement sur les habitans de la ville, tant gens d’église, noble que le commun (…) (septembre 1522).
55Ledieu 1902, p. 157, 11 mars 1524 : Après délibération pour décider où l’on prendra deniers pour faire les fortiffications, il est décidé qu’il sera fait assiette sur le peuple.
56Rose 1887, p. 16, cote BB 25 : Après réclamations, le chapitre obtint par lettres patentes de ne payer qu’un quart des deniers consacrés aux fortifications.
57Durand 1891, p. 127 : Ordonnance de l’échevinage sur ce que plusieurs contribuables aux travaux des fortifications négligent de verser chaque semaine leur part de contribution, si bien que les ouvriers ne peuvent être payés régulièrement le samedi, ordonnant que tous les contribuables en retard devront se libérer dès le lendemain, à peine d’être taxé au double (10 septembre 1557).
58Il s’agit des capitaines des compagnies de couleuvriniers, arquebusiers, etc.
59Durand 1891, p. 125, 17 août 1557.
60Durand 1894, p. 21 : Taille de 4 sous sur les plus pauvres et de 24 sous sur les plus riches pour payer les réparations des fossés (échevinage d’Amiens du 17 mars 1415).
61Durand 1894, p. 358 : L’échevinage d’Amiens demande aux officiers du bailliage leur consentement pour povoir vendre les calices et ornemens apartenans aux confrairies de ceste ville (…) pour les deniers procédans d’icelle vente estre emploiez èsdicts ouvraiges et fortiffications (10 juillet 1554). Calices et joiaulx des confréries vendus pour emploier aux fortifications de la ville (15 août 1544).
62Durand 1891, p. 58 : Lettres patentes pour contraindre tous les habitants d’Amiens à faire la garde et contribuer aux emprunts, sur ce qu’un certain nombre d’habitans, notamment les archers couleuvriniers, arquebusiers et arbalétriers s’en prétendoient exempts (6 octobre 1569).
63Leroux 1839, p. 165.
64Durand 1894, p. 204, 2 juillet 1471. Il est peu probable qu’ils y aient gagné au change et il faut plutôt voir dans cette réclamation un problème de reconnaissance de leur autonomie vis-à-vis de l’évêché.
65Durand 1894, p. 225, 2 septembre 1477.
66Durand 1894, p. 255, cote BB 15, 2 octobre 1488.
67Durand 1891, p. 52-53, 15 février 1523.
68Durand 1894, p. 326, 14 décembre 1523.
69Durand 1891, p. 52-53.
70Durand 1891, p. 494, 3 décembre 1565.
71Durand 1891, p. 495 et 500, 24 janvier et 24 octobre 1566.
72Durand 1891, p. 399, 7 mars 1555.
73Ce terme est un euphémisme en ce qui concerne la contribution du clergé, ce dernier faisant mine de l’accorder volontairement afin de signifier qu’il n’est pas soumis à une obligation fiscale.
74De Sars 1933, p. 19, cote CC 14 : Don volontaire de 20 écus par Antoine de Blondel, vicomte de Vadencourt, conseiller au Parlement de Paris, demeurant alors à Guise, pour la réparation des fortifications.
75Marichal 1890, tome 4, référence 13 761 : Mandement à Pierre Sanson, commis au payement de l'extraordinaire des guerres, de rembourser au duc de Vendôme, lieutenant général en Picardie, une somme de 450 livres tournois qu'il avait dépensée pour la réparation et fortification de « quelques remparts à l’entour de nostre ville de Guise (Évreux, 3 avril 1543).
76Delgove 1865, p. 102.
77Gigot 1937, f° 76 v°, 20 mars 1558.
78Tuetey 1886, p. 258-259, référence 319, 5 août 1536.
79Durand 1891, p. 43, 5 avril 1470.
80Durand 1894, p. 50, 23 mars 1432.
81Durand 1894, p. 397, cote BB 29, 20 septembre 1554 : Rentes sur la ville dont les deniers principaulx ont esté employez à la fortiffication d’icelle.
82Ledieu 1902, p. 145. À Abbeville, le 17 janvier 1513, la ville délibérait de vendre 200 livres tournois de rente dont le produit sera consacré aux travaux de fortifications.
83Ou qu’elle rachète par expropriation forcée (cf. infra).
84Les seigneurs possèdent leur propre maître des ouvrages pour l’ensemble de leur domaine, dont les châteaux urbains. Les ducs d’Orléans en disposent d’un qui est responsable de l’ensemble de la seigneurie de Coucy, à l’instar de Laurens Terrier en 1497. C’est ce dernier, maistre des ouvraiges de lad(ite) terre et seignourie dud(it) Coucy, qui certifie alors la teneur des ouvrages faits au château de Coucy (Archives nationales, R4-203).
85Salamagne 2001a, p. 221-222. A. Salamagne met en évidence quelques nuances dans l’exercice de la maîtrise d’ouvrage dans les villes des Pays-Bas : « Dans les villes des Pays-Bas, le commanditaire ou maître d’ouvrage était le magistrat urbain, même si celui-ci délégua à des massards, receveurs, argentiers – élus ou nommés – la responsabilité financière de l’engagement des dépenses ».
86Ledieu 1902, p. 147-148 : Le procureur de la ville fait ensuite connaître qu’il serait urgent d’eslire quelque notable personnage congnoissant en ouvragez pour entendre avecq les maistres des ouvragez à recevoir les mactière nessessaires et qu’il convient avoir pour édifier ung grand et sumptueuse tour (…) (14 avril 1515).
87Gigot 1937, f° 49 : Ordre aux maîtres des ouvrages de visiter les murailles de la ville (…) (12 janvier 1518).
88Durand 1894, p. 26 : Recette du receveur des rentes pour ladite année, baillée au maître des ouvrages pour les travaux de la ville (10 décembre 1417).
89Durand 1894, p. 342 : Rapport par le maître des ouvrages et le clerc des comptes, du voyage par eux fait (…) (29 septembre 1540).
90Par exemple, le 9 mars 1525, l’échevinage d’Abbeville délibérait que visitacion se fera autour de la muraille de ceste ville pour veoir et cognoistre comme l’on porra fortiffier ladite ville (Ledieu 1902, p. 157).
91Archives municipales d’Amiens, BB 10, f° 14 v°, considéré qu’il y a de grans et somptueux affaires en lad(ite) ville, et est sans en ce comprendre sa ferme et droit des cauchies sur lesqueles il convient qu’il paye le clerc, le varlet des ouvrages, le machon de la ville et autres fraix.
92Durand 1894, p. 184, 11 mars 1465 n.st. (BB 10, fol° 28).
93Durand 1894, p. 184, 11 mars 1465 n.st. (BB 10, fol° 28).
94Durand 1894, p. 184, 26 mars 1465.
95Souchon 1926, p. 12, cote BB 15 : Visite des fortifications par Jean Sanguin, lieutenant du gouverneur de l’île de France. Il demande de faire 2 plates-formes, l’une à la tour Madeleine, l’autre à la Tour carrée, de 60 pieds de largeur ; de faire au-dessous de la Tour carrée, au coin du fossé, ung moyneau bactant à la porte Hamoise, d’un costé, et a la poterne, de l’autre ; d’achever les remparts et avant-murs (18 juillet 1536).
96Rose 1887, p. 118, cote EE 13.
97Tuetey 1886, p. 258-259, référence 319.
98Prioux 1858, p. 320.
99Marichal 1890, tome 4, p. 146, référence 14 123.
100Delgove 1865, p. 102.
101Rose 1887, cote EE 14 : Ordonnance par laquelle le sieur de Marivaux, conformément à un ordre d’Henri II, permet aux entrepreneurs dudit boulevard de démolir l’ancien et de se servir des pierres qui en proviendront (1554) et Lettre du sieur de Marivaux à Nicolas Hardouin par laquelle il ordonne à cet entrepreneur d’employer un plus grand nombre d’ouvriers à besongner aux fossés entre la porte de Paris et la poterne Sainct-André (1557).
102À savoir l’amiral Gaspard de Coligny.
103Leblond 1921, p. 80.
104On parle ici de la nouvelle ville du Havre.
105Beck 2001, p. 21.
106Matton, Dessein 1885, cote CC 39 : Allocation faites à Jean Masselin, maître maçon « sermenté » de la ville, de 4 livres parisis pour avoir été de 1509 à 1511 avec le procureur du clergé et les gouverneurs de la ville, visiter les tours, tournelles, gués et fontaines, avoir toisé et reçu les travaux de maçonnerie et de chaussées faits dans ce laps de temps.
107Haigneré, Deseille 1884, p. 134 : Réclamation du maître maçon de la ville.
108Salamagne 2001a, p. 226.
109Salamagne 2001a, p. 228 et 233.
110Salamagne 2001a, p. 233.
111Matton, Dessein 1885, cote CC 39 : Allocation faites à Jean Masselin, maître maçon « sermenté » de la ville, de 4 livres parisis pour avoir été de 1509 à 1511 avec le procureur du clergé et les gouverneurs de la ville, visiter les tours, tournelles, gués et fontaines, avoir toisé et reçu les travaux de maçonnerie et de chaussées faits dans ce laps de temps.
112Durand 1894, p. 435 : Mardi prochain l’on baillera au rabaiz et moins offrant le haulsement des murailles faisans la ceincture de la ville (…) (3 avril 1560).
113Ledieu 1902, p. 157 : Ordonnance (de l’échevinage d’Abbeville) portant adjudication au rabais du curage des fossés et des travaux à exécuter aux fortification (24 avril 1525).
114Durand 1894, p. 339, Archives municipales d’Amiens, cote BB 24 : Raprofondissement du fossé de la porte de la Haultoye baillié au rabaiz à Mr Robert de Louvencourt, à VII sous III deniers la toise (Amiens, 4 mars 1540).
115Haigneré, Deseille 1884, p. 134 : Adjudication des travaux de la muraille des braies (échevinage de Boulogne, 1552-1555).
116Durand 1891, p. 128 : Avis de la mise en adjudication au rabais de faire ung moisneau au fons du fossé (…) (Amiens, 12 septembre 1557).
117Rose 1887, cote EE 14 : Adjudication au rabais, faite en 1555, du transport sur ledit boulevard et sur le rempart des terres extraites du fossé (Beauvais, 1555).
118Durand 1891, p. 175 : Adjudication de la réparation de la couverture de 32 échauguettes qui sont sur les remparts et de la façon de 4 nouvelles (Amiens, 9 octobre 1591).
119C’est-à-dire les échevins.
120Durand 1894, p. 492.
121Durand 1894, p. 492 : Observation de Jean Dippre, échevin, à ce sujet, que l’ouvrage quy se présente maintenant se faict présentement spéciallement pour y employer le pauvre poeuple, affin qu’il ayt moyens d’y gaigner son pain, considéré la chéreté du blé et que le mestier de sayeterie a bien peu de cours maintenant en icelle ville, à ceste cause, n’est d’advis bailler ledict ouvrage au rabaiz, parce que audict ouvrage ne fault recevoir que les pauvres habitans de ceste ville et fauxlbourgs, et aussy est raisonnable de bailler gaignage suffizanz au pauvre pœuple, pour avoir moyen de achepter du pain pour son vivre, et quy se vend cher pour le jour d’huy ; que sy tel ouvrage se bailloyt au rabaiz, les entrepreneurs ne chercheroyent que le meilleur marchié et ne donneroyent gaignage suffizant au pauvre pœuple, ce quy fut plus à considérer que nulle aultre chose (23 août 1565).
122Durand 1894, p. 34, 5 novembre 1417.
123Durand 1894, p. 341, 19 août 1540.
124Durand 1894, p. 440, cote BB 34 : Prinse de corps de aucuns maçons (…) qui avoyent besongnié avec Jacques Ternisien à la ceincture des rampars au-devant de la platteforme S(ain)t-Loys qui depuis est tombée et ruynée, au moyen que l’ouvrage est deffectif (Amiens, 14 novembre 1560).
125Crouy-Chanel 2007, p. 22.
126Marichal 1905, tome 8, p. 39, référence 29 608 : À Antoine Du Castel, italien, 22 livres en don, pour l’aider à supporter la dépense d’un voyage de Moulins à Thérouanne, pour visiter les fortifications de ladite ville et voir les fortifications faites et à faire en cette place et autres de la frontière de Picardie.
127Marichal 1905, tome 8, p. 39, référence 29 595 : À Marcone, ingénieur italien, 135 livres en don pour supporter la dépense qu’il aura à faire, en ce présent mois de mars, de Moulins à Thérouanne, où le roi l’envoie pour aviser à la fortification de ladite ville.
128Durand 1894, p. 390 : Visite faite des fortifications, sur des lettres du maréchal duc de Bouillon, par le sieur Ihiéronime Germanico, ytalien, pour sçavoir se les ouvraiges encommencés estoyent nécessaires et quelz autres ouvraiges estoit besoing y faire (4 mai 1553).
129Rose 1887, p. 17, cote BB 17, et p. 118, cote EE 13.
130Durand 1894, p. 489 : Sur la requête présentée par Zacharie de Cellers et Jean Bullant, leur a esté taxé vingt livres tournois sur les aydes, pour huict jours qu’ilz ont vacqué avec ledict sieur Bernardin Bellearmato, ingénieulx du Roy, pour le faict de la fortiffication d’icelle ville, et spéciallement pour ung bolvert que Mgr de Sénarpont a faict merquer et fiheronner par advis dudict ingénieulx (…) (24 mai 1565).
131Durand 1894, p. 327 : Sur ce que « dernièrement que le Roy a esté en ceste ville, il a veu et viseté les ouvrages d’icelle ville et entre autres, l’ouvrage du bolvert de la porte de Montrescu, et a esté d’advis de oster le commenchement du moineaux estant à la pointe d’icellui bolvert, et de le achever selon le pourtrait qu’il en a fait faire par le sieur Franseque ytalien estant avec luy, ordonné qu’il sera fait selon le dessin dudit « Esmier Francisque » (12 mai 1524).
132Durand 1894, p. 337 : Le sieur Anthoine Decastel, Ytalien, commis par le Roy pour avoir le regard sur tous les ouvrages de Picardie, est venu en ceste ville, suivant les lettres à luy escriptes, a veu et visité divers jours les ouvrages de ladicte ville, et signamment la plateforme et rempans quy se font entre la tour de Guyencourt et la porte de la Haultoie, et de ce faict quelque pourtraict (3 juin 1539).
133Crouy-Chanel 2007, p. 23.
134Crouy-Chanel 2007, p. 23.
135Daire 1757, p. 227.
136Durand 1894, p. 358 : le 17 juillet 1544, une décision de l’échevinage contraint les habitants des faubourgs et banlieue de travailler par corvées aux fortifications.
137Durand 1891, p. 125 : Comme pour donner ordre à la fortification de ceste ville, qui nous a esté expressément commandé par le Roy nostre dit seigneur, faire en toute dilligence pour résister à l’ennemy, ayons par le conseil et advis de plusieurs notables, advisé de faire besongner à corvée les habitans d’icelle.
138Haigneré, Deseille 1884, p. 134.
139Matton, Dessein 1885, cote CC 521.
140Rose 1887, p. 31, cote BB 41.
141Tuetey 1886, p. 258-259, référence 319.
142Marichal 1890, référence 14 123.
143Rose 1887, BB 41, p. 31.
144Durand 1891, p. 173.
145Ledieu 1902, p. 142 : On pourra se faire remplacer, excepté par des enfants (26 juin 1512).
146Matton, Dessein 1885, cote CC 521.
147Durand 1894, p. 410.
148Durand 1891, p. 125.
149Durand 1891, p. 175.
150Durand 1891, p. 173 : Comme pour la nécessité des affaires de ladicte ville et le besoin qu’elle a d’estre fortifiée, ait esté avisé en assemblée publicque des habitans d’icelle que chacun habitant, à son tour, et par quartier, feroit le service personnel ausdictes fortiffications (30 novembre 1589).
151Daire 1757, p. 227 : Ordre royal daté du 5 août 1415 au capitaine de la ville de contraindre les gens d’église de travailler aux Fossés & aux Fortifications de la place.
152Durand 1894, p. 221. Voir aussi pour l’année 1575, la cote AA 15, p. 142 : Villages assignez et baillez à la ville d’Amiens pour travailler à corvées aux réparations, etc.
153De Beauvillé 1857, p. 247, 1er décembre 1590.
154Rose 1887, BB 41, p. 31.
155Faucherre 1999, p. 200.
156On parle parfois de « houer » les terres.
157Durand 1894, p. 356 : Les habitants de la ville devront être employés aux ouvrages de préférence aux étrangers.
158Durand 1894, p. 351, 7 décembre 1542.
159(Aux fortifications).
160Durand 1894, p. 492.
161Rose 1887, BB 15.
162Souchon 1926, CC 8, p. 63.
163Durand 1891, p. 125, 27 août 1557.
164Durand 1891, p. 125, 18 août 1557.
165Durand 1894, p. 492.
166De La Fons 1848, p. 164.
167Durand 1894, p. 360 : Travaux à faire aux fossés entre la porte de Noyon et la tour de la Haye, pour donner du travail au nombre considérable de pauvres qui mendient dans la ville (9 décembre 1544).
168Durand 1891, p. 125.
169Durand 1894, p. 495 : Échevinage d’Amiens : Emprunt pour suppléer au défaut de fonds pour les travaux du boulevard des Rabuisons afin d’occuper les indigents (24 janvier 1566). Durand 1894, tome 2, p. 495, le 21 mars 1566. Durand 1894, tome 2, p. 500, cote BB 38 : Nicolas Delessau, commis du greffier de la ville, Estienne Cardon et plusieurs autres eschevins sont allés durant 8 jours par les maisons des plus notables habitans d’icelle ville, pour sçavoir s’ilz vouloyent prester volluntairement à ladicte ville, pour avoir moyen de continuer les ouvrages et fortiffications affin de y employer le pauvre pœuple quy mouroyt de faim (24 octobre 1566).
170On notera que, dans les situations d’urgence, l’âge des enfants utilisés aux fortifications importe peu.
171Durand 1894, p. 154, cote AA 16.
172De Beauvillé 1857, p. 273 : Le 13 juin, on ordonna à tous les mendiants de se trouver sur l'esplanade du Prieuré pour être marqués, et avoir à reconnaître le commandant qui leur serait donné, avec injonction à ceux qui ne seraient ni enrôlés ni marqués de sortir sans délai de la ville, sous peine du fouet. Ces recrues de nouvelle espèce furent réparties en trois compagnies : la première avait une enseigne jaune, la seconde une enseigne verte, et la troisième une enseigne colombine ; il y avait cinquante hommes par compagnie, le nombre des invalides était de vingt-quatre.
173Peut-être aussi à constituer des claies et fascines.
174Prioux 1858, p. 317.
175Matton, Dessein 1885, cote CC 111.
176Prioux 1858, p. 317.
177Durand 1894, p. 351 : En parlant des ouvraiges des fossez de ladicte ville, qui se font présentement à la hotte, il a esté ordonné qu’il sera paié pour la journée du manouvrier marié XX deniers et XII deniers pour la journée des compaignons à marier (7 décembre 1542).
178Durand 1891, p. 127, 7 septembre 1557.
179Durand 1891, p. 154, cote AA 16.
180Durand 1891, p. 125, 17 août 1557.
181Durand 1894, p. 411 : L’on payera aux jœunes garsons besongnans au fossé de la porte de Noyon, prez et du costé de la tour de la Haye, et aux filles besongnans preez du jardin des Archers, deux carolus pour chacun cent de mérelles qu’ilz gaigneront à porter la hotte ausdicts atteliers (3 septembre 1557).
182Archives municipales d’Amiens, cote BB 39, f° 98 v° : Vente des matériaux qui restent d’une platte maison couverte d’esteulle qu’ils (les échevins) avoyent fait construire hors cette ville prez et au-devant du boulevard des Rabuissons pour en icelle faire le change des mérelles des hottiers besongnans aux fortiffications audict endroict. Voir Demailly 1910, p. 158-159, n° 186.
183Durand 1894, cote BB 36, p. 476.
184Durand 1894, cote BB 36, p. 476. Soit 3 sols toutes les cent hottes.
185Rose 1887, cote BB 17, p. 18.
186Durand 1894, cote BB 25, p. 364 : Quantité de terre que doivent contenir les hottes de ceulx qui travaillent aux fossez de la ville (11 décembre 1545).
187Durand 1891, p. 127, 7 septembre 1557.
188Durand 1894, cote BB 36, p. 482 : Sur ce qu’il a esté dict que (…) Messieurs feirent prest à Jehan Morel dict de Naux et aultres ses compaignons, de grande quantité de mérelles quy appartenoyent à la ville pour leur en pouvoir ayder pour payer les hottiers qui besongnoyent à l’eslargissement du fossé d’entre les pontz au change et Barraba (27 juillet 1564).
189Coët 1880, p. 130.
190Durand 1894, cote BB 11, p. 207 : Bolvert de la porte de Monstrescu (…) ilz feront faire l’ouvrage à journée et non pas à tasque (10 mars 1472).
191Durand 1894, cote BB 24, p. 351, 7 décembre 1542.
192Prioux 1858, p. 317.
193127 manouvriers, 212 hottiers, 2 charretiers, 2 artisans concepteurs de claies et leurs serviteurs, un charpentier et un paveur (cf. supra).
194Tuetey 1886, p. 258-259. Le capitaine Haraucourt demande alors de l’aide au Bureau de la ville de Paris, précisant qu’il a besoin de réparer des choses fort nécessaires à la ville et chasteau de Coussy, par ce que les gens des villages, depuis quinze jours ou trois sepmaines, les y ay faict besongner journellement et n'y peuvent plus venir comme ilz ont faict, à cause qu'ilz sont travaillez de noz gens d'armes et gens de pied, et la pluspart s'enfuyent du pays, et ne les scait on où trouver pour les faire venir besongner car ilz sont tous fuitifz de leurs maisons, tant pour les ennemys que pour noz gens.
195De La Fons 1848, p. 164, avril 1538.
196Il ne s’agit pas ici de fausse-braies, aménagement que nous aborderons ultérieurement (cf. infra).
197Moulure généralement de forme semi-circulaire en saillie située sur la partie haute de l’escarpe, voire de la contrescarpe.
198Lallau 2018.
199Lallau 2018.
200Les fondations étaient, néanmoins, constituées d’assises de pierre.
201De Beauvillé 1860, p. 239 : (…) ensembles mandes et autres choses nécessaires à porter théraulx et grez (1538).
202Le terme de terreau ne renvoie pas qu’à de la terre, mais également à toute sorte de matériaux de remblai.
203De Beauvillé 1860, p. 238, 28 octobre 1538.
204Rose 1887, p. 118, cote EE 14 : Adjudication au rabais, faite en 1555, en présence du maire et du maître des forteresses par Gilles Duchemin, seigneur du Quesnel-Aubry, commis par le gouverneur de l’Île de France à la superintendance des fortifications de Beauvais, du transport sur ledit boulevard et sur le rempart des terres extraites du fossé.
205Prioux 1858.
206Lallau 2018 et 2020, et Galmiche, Lallau 2021.
207Des villes de frontières et places fortes de Picardie, Artois et Boullenois.
208Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français 5195.
209Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français 5195, f° 39 : Et oultre, conviendra faire les fraiz nécessaires pour les vuidanges des terres des fossez qu’il fault eslargir et aparfondir, aussi pour les remplaiges desd(ites) terres aux rempars, platesformes et ailleurs ou il sera besoing.
210Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français 5195, f° 69 r° et 69 v° : Et oultre seroit très requis continuer, depuis lad(ite) plateforme de la tour du Roy jusques a lad(ite) porte d’Ancre, les rempars encommencez, de la plus grande haulteur et largeur que faire se pourra ; et prendre pour ce faire les terres au dehors les murs d’icelle ville ; et en ce faisant eslargir et aparfondir les fossez ; qui pourront revenir à deux mil toises quarrées de widanges et remplaiges. Aussi est de nécessité suivant ledit marché fait par mond(it) (seigneur) de Vandosme avec icelluy Becquet, de aparfondir de six piez et eslargir de trois toises les fossez d’icelle ville, depuis lad(ite) porte à l’Imaige jusques au lieu [fo 69 v°] nommé le Vauret ; et en ce faisant regecter les terres sur les rempars estans a l’endroit et les eslargir et haulser ainsi qu’il sera besoing ; qui reviendroit a environ trois mil toises quarrées de vuidanges et remplaiges.
211Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français 5195, f° 76 v° : Il est besoing et de nécessité (…) faire aparfondir et eslargir les fossez d’icelle, et tirer les terres desd(its) fossez au dedans pour aussi eslargir et rehaulser les rempars encommencez.
212Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français 5195, f° 97 v°.
213Durand 1894, p. 447, cote BB 35, 24 septembre 1561.
214Prioux 1858, p. 316.
215Crouy-Chanel 2014, p. 452 : d’après Archives municipales d’Amiens, BB 22, f° 45.
216Crouy-Chanel 2014, p. 452 : d’après Archives municipales de Châlons-sur-Marne, E suppl. 4780, f° 140, dans Collet 1993, p. 21.
217De Beauvillé 1860, p. 239.
218De Beauvillé 1860, p. 232 et Delgove 1865, p. 103.
219Durand 1894, p. 351, cote BB 24, 7 décembre 1538.
220Durand 1894, p. 354 : L’engain (…) se pourrit et gatte à deffaulte que on le ne faict besoingner, aussi la ville décide-t-elle d’y faire travailler au rabais (17 septembre 1543).
221Durand 1894, p. 356.
222Durand 1894, p. 356.
223Rose 1887, p. 16, cote BB 14, 1538-1544.
224Terme désuet qualifiant des voituriers ou, dans ce cas, plus probablement des conducteurs de tombereau.
225Selon toute vraisemblance, le terme de fossé désigne ici le volume à remplir entre les deux murs de soutènement du rempart.
226Durand 1894, p. 333, cote BB 23, 22 août 1538.
227Durand 1891, p. 129, 23 février 1558.
228Durand 1891, p. 174 : Ordonnance de porter les décombres sur les fortifications, au-dessus de la plateforme commencée entre la porte de Noyon et la porte de Paris (20 août 1591).
229Ledieu 1902, p. 157, cote BB 63 : L’on portera les immondices de la ville sur la muraille (28 mars 1524).
230Haigneré, Deseille 1884, p. 133.
231Souchon 1926, p. 25, cote BB 19, 12 août 1636.
232Lallau 2018.
233Ledieu 1902, p. 157, cote BB 63, 7 juin 1525.
234Haigneré, Deseille 1884, p. 135.
235Sorte de tombereau.
236Grand panier ou corbeille à deux mains.
237Durand 1894, p. 337, cote BB 23 : Pour soustenir les terrasses et rempans quy se font à la porte de la Haultoie, l’on fera en dilligence une arche de pierre par dedens la ville, pour eslargir le froncq de devant icelle porte (8 mai 1539).
238Rose 1887, cote EE 13, p. 117.
239Prioux 1858, p. 316.
240Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français 5195, f° 5 : Plus fault ce qui sera necessaire pour le paiement des bocherons qui feront dix mil fagotz pour servir aux fours, brasserie, et remparer (25 janvier 1543).
241Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français 5195, f° 65v° : Fagotz pour servir aux fours, boisser (?) et remparts, cinquante milliers (11 février 1543).
242Rose 1887, p. 21, cote BB 24 : Les maire et échevins font faire des gabions et des fascines et réparer les brèches des murailles.
243De Sars 1933, p. 17, cote CC 7 : Abatage dans les bois de Bohéries pour faire des fascines employées aux réparations du rempart du grand faubourg.
244Souchon 1926, p. 12, cote BB 5, 25 août 1536.
245Bonnardot 1883, p. 198.
246De La Fons 1848, p. 165.
247De La Fons 1848, p. 164.
248De La Fons 1848, p. 166. Le terme « estalu » renvoie au talus du revêtement externe.
249Soit approximativement 6 m.
250Le parapet.
251De La Fons 1848, p. 167.
252Durand 1894, p. 356, cote BB 24 : Travaux d’élargissement des remparts entre la porte de Noyon et la tour de la Haye montant à 1027 toises (3 avril 1544).
253Durand 1894, cote BB 23 à BB 36. On trouve dans les registres de l’échevinage d’Amiens des mentions d’expropriations de jardins, de maisons ou de terrains pour élargissement de remparts aux dates suivantes : 10 juillet 1539, 29 janvier 1545, 5 mars 1545, 22 octobre 1545, 13 octobre 1547, 7 juin 1548, 12 septembre 1555, 11 mars 1556, 21 mai 1556, 4 septembre 1556, 13 octobre 1556, 22 octobre 1556, 29 juillet 1557, 14 avril 1557, 28 octobre 1558, 19 janvier 1559, 26 janvier 1559, 15 juin 1559 et 6 juillet 1559.
254Durand 1894, p. 327, 14 décembre 1523 et 18 avril 1524.
255Crouy-Chanel 2015, p. 100.
256Durand 1894, p. 331, cote BB 22, 6 septembre 1536.
257Souchon 1926, p. 12, cote BB 5 : Jean Sanguin, accompagné d’un commissaire d’artillerie ordonne de faire les remparts de 21 pieds de largeur et d’établir des plates formes aux tours Madeleine, Bourgeoise, Carrée, etc. (25 août 1536).
258Rose 1887, p. 16, cote BB 14 : déliberation de la commune, 1538-1544 – Ordonnance faite par le lieutenant du capitaine pour faire porter sur les remparts, et particulièrement sur la plate-forme de la tour des Grés.
259Prioux 1858.
260Lallau 2020.
261Bernard 2005.
262De La Fons 1848, p. 16.
263Souchon 1926, p. 12, cote BB 15, 18 juillet 1536.
264Durand 1894, p. 330, cote BB 23, 17 février 1536.
265Durand 1894, p. 330, cotte BB 23, 31 août 1536.
266Durand 1894, p. 339, cote BB 24, 26 janvier 1540.
267Durand 1894, p. 354, cote BB 24, 13 octobre 1543.
268Durand 1891, p. 129, 23 février 1558.
269De La Fons 1848, p. 184.
270Durand 1894, p. 411, cote BB 30 : Mons(ieur) le maïeur a remonstré qu’il estoit de nécessité de faire faire en toute dilligence pour la seuretté de ceste ville plusieurs gabions, artifices, parapetz et autres choses nécessaires pour l’artillerie et autres munitions de guerre (2 septembre 1557).
271Ledieu 1902, p. 157, cote BB 63, 6 avril 1524.
272De La Fons 1848, p. 176 : On fait des gambions de côté de la porte du Wez pour fermer la ville.
273Durand 1894, p. 411, cote BB 30.
274Matton, Dessein 1885, cote CC 481 : Acquit des comptes de Charles Delancy.
275De la porte de Laon.
276Prioux 1858, p. 316.
277Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français 6 910, f° 181 et 184.
278Rose 1887, p. 21, cote BB 24 : Les maire et échevins font faire des gabions et des fascines et réparer les brèches des murailles.
279Matton, Dessein 1885, cote CC 111 : Comptes des deniers d’octroi rendus par Innocent Labiche.
280Lallau, Gérardin 2016.
281De La Fons 1848, p. 167 : (…) pour obéir aux lettres du roi, tous les édifices situés dans cet espace disparaitraient.
282Gigot 1937, f° 358, 6 juillet 1528.
283Durand 1894, cotes BB 23 à BB 38. Notons que les registres de délibération de l’échevinage d’Amiens sont lacunaires entre 1527 et 1535, ce qui ne permet donc guère de connaître la situation précise des travaux menés aux fortifications sur cette période.
284Par exemple, le 3 juillet 1539, une indemnité est demandée pour la démolition de deux maisons pour les remparts, entre la porte de la Hotoie et la tour de Guyencourt et, le 10 juillet 1539, récompense à sire Jehan Hier pour maisons démolies pour l’élargissement des remparts entre la porte de la Hotoie et la tour de Guyencourt (Durand 1894, p. 337 cote BB 23).
285Durand 1894, p. 453, cote BB 35 : Commis envoyés par l’assemblée communale d’Amiens pour convenir de la récompense de Jehan Pecqueraine pour une maison sur lui prise pour la plateforme du Marché aux Pourceaux (29 janvier 1562). Rose 1887, p. 119, cote EE 20 : Sentence des maire et pairs aux termes de laquelle une maison, sise près des remparts de la porte de Paris et pouvant préjudicier à la défence de la ville (de Beauvais), est cédée à celle-ci, moyennant une indemnité fixée à 150 livres par des experts (Beauvais, 1626).
286Durand 1894, p. 336, cote BB 23, ordonnance du 17 avril 1539.
287Rose 1887, p. 120, cote EE 20. L’année suivante, des lettres identiques concernant la démolition de deux maisons situées près de la porte de Paris révèlent la donation en échange et aux mêmes conditions de deux masures place du Franc-Mûrier.
288Leroux 1839, p. 125.
289Durand 1894, p. 120, cote BB 7 : Registres des délibérations de l’échevinage.
290Crouy-Chanel 2014, p. 452. D’après Archives municipales de Reims, fonds ancien, R 429, f° 141 v° dans Collet 1993, p. 12.
291Crouy-Chanel 2014, p. 452. D’après Registre des délibérations de la ville de Paris, I, p. 198-199.
292Salamagne 2011, p. 693.
293De la Fons 1848, p. 164.
294De la Fons 1848, p. 182.
295Marichal 1887, p. 159, référence 908.
296C’est-à-dire probablement de les remparer, surtout si le « m » a été élidé.
297Marichal 1896, p. 426, réf. 25 424.
298Rose 1887, p. 117, cote EE 13.
299Gigot 1937, f° 101, 11 septembre 1527.
300Souchon 1926, BB 5, p. 12.
301De la Fons 1848, p. 167. Ils devaient initialement être élargis à 24 pieds de large, mais après délibération entre les divers acteurs on conclut que le rempart aurait vingt pieds, dont il en y aura six pour l’estalu, depuis l’avant mur, et que pour obéir aux lettres du roi, tous les édifices situés dans cet espace disparaitraient.
302Tuetey 1886, p. 262, référence 321.
303Durand 1894, p. 331, cote BB 23 : Registres des délibérations de l’échevinage.
304Durand 1894, p. 330.
305De Beauvillé 1860, p. 239. Ces travaux sont localisés entre la tour Billart jusques au-devant de l’huys Antoine Bauduin.
306De Beauvillé 1860, p. 238.
307Le Fils 1860, p. 236.
308Durand 1894, p. 342, cote BB 24 : Rapport par le maître des ouvrages et le clerc des comptes de la ville d’Amiens, du voyage par eux fait sur l’ordre à eux donné, en la ville d’Ardre, pour visiter les fossés et rempars quy sont à faire audit lieu, et pour faire lesdicts fossés et remaprs bien et deuement, de telle largeur et parfondeur qu’il y sera advisé par le Roy ou ses commis en dedens le derrain jour d’avril prochain venant (29 septembre 1540).
309Durand 1894, p. 356 : Travaux d’élargissement des remparts entre la porte de Noyon et la tour de la Haye, montant à 1027 toises (3 avril 1544).
310Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français 5195, Estat des vivres et artillerie et municions servans à icelle, trouvez en municion es villes de frontière et places fortes de Picardie, Arthois et Boullenois, et d'autres vivres, artillerie, municions et artifices, que demandent d'augmentacion les cappitaines desd(ites) villes et places ; aussi des reparacions nécessaires à faire esd(ites) villes et places pour la fortifficacion et seureté d'icelles, 1543.
311Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français 5195, f° 69 : Aussi est de nécessité suivant ledit marché fait par mond(it) (seigneur) de Vandosme avec icelluy Becquet, de aparfondir de six piez et eslargir de trois toises les fossez d’icelle ville, depuis lad(ite) porte à l’Imaige jusques au lieu [fo 69 v] nommé le Vauret ; et en ce faisant regecter les terres sur les rempars estans a l’endroit et les eslargir et haulser ainsi qu’il sera besoing ; qui reviendroit a environ trois mil toises quarrees de vuidanges et remplaiges.
312Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français 5195, f° 76 v° : Il est besoing et de necessité (…) faire aparfondir et eslargir les fossez d’icelle, et tirer les terres desd(its) fossez au dedans pour aussi eslargir et rehaulser les rempars encommencez.
313Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français 5195, f° 97 v°.
314De Beauvillé 1857, chapitre VII, section 5.
315Galmiche, Lallau 2021.
316Haigneré, Deseille 1884, p. 133.
317Rose 1887, p. 118, cote EE 14.
318Offenstadt 2013, p. 86, d’après Archives communales de Laon, cote CC 404, extrait des registres de la prévôté de la cité.
319Thierry 1870, p. 208 : Item, des bestes, que cascuns et cascune les tiengne en droit luy, en telle manière que elles ne faicent dommage à aultruy ne ès fros ne ez fossés de le ville. Et que nulz ne avale ès fossés de le ville, pour nulle cose faire, sur dix solz parisis sans riens pardonner. Et les bestez qui prinses y seront perdues à chaux qui ce feront, et que chascun mette warde à ses bestes.
320Durand 1894, cote BB 33 (fol° 81), p. 435.
321Offenstadt 2013, p. 86, d’après Archives communales de Laon, cote CC 401, mandement du 8 février 1484 : et pour avoir fait ung trenchez et fossé au-devant de la porte a Crehault pour deffendre les chevaulx à passer sur les fossés (…).
322Rose 1887, cote EE 20, p. 119.
323Nous ne reviendrons pas ici sur la maîtrise d’œuvre ou sur le financement de ces travaux, sujets déjà abordés précédemment (cf. supra).
324Durand 1894, cote BB 9, p. 175, 28 mars 1463.
325Ledieu 1902, p. 159, 1er mai 1527.
326Ledieu 1902, p. 157-159, février 1525, 24 avril 1525 et 30 juillet 1526.
327Gigot 1937, f° 172 v°, f° 232, f° 277-278 et f° 370, 2 octobre 1522, 17 avril 1524, 11 juillet 1524, 28 août 1524, 19 avril 1525, 25 avril 1525 et 6 avril 1529.
328Durand 1894, cote BB 38, p. 498 et 501, 22 août 1566 et 20 mars 1567.
329Faucherre 1999, p. 198.
330Crouy-Chanel 2014, p. 453 : « L’assiégeant se (trouve) ainsi placé devant le dilemme ou d’ouvrir une brèche trop haute pour qu’elle soit d’un accès aisé, ou d’amener des pièces jusqu’au bord du fossé pour battre le pied de l’enceinte, ce qui (implique) des approches longues et dangereuses ».
331Durand 1894, cote BB 2, p. 18, 5 juillet 1515.
332Durand 1894, cote BB 12, p. 224 : lettres du 14 décembre 1475 et 27 février 1476.
333Durand 1894, cote BB 13, p. 227, 1er avril 1478.
334Durand 1894, cote BB 15, p. 256 : Contenant que, dès le mois d’octobre de l’an mil IIIIc LXXIIII, il avoit esté mandé par feu de noble mémoire le roy Loïs derrain trépassé (…) de aller devers luy au Pont Chamois, affin de recevoir la somme de XIIc l. que ledit seigneur avoit ordonné estre baillie, pour l’aparfondissement des fossez environ la porte de Noion et ailleurs en ladite ville d’Amiens, où il estoit allé pour avoir lesdis deniers, ce que, de prime fache il ne avoit peu avoir, et avoit rapporté sa commission pour en tenir le compte (…).
335Offenstadt 2013, p. 86, d’après Archives communales de Laon, cote CC 15, f° 28 (1470-1471).
336Faucherre 1999, p. 198.
337Faucherre 1999, p. 198.
338Faucherre 1999, p. 198.
339Faucherre 1999, p. 198 : « À Dijon, en 1461, le maître de l’artillerie ducale François de Surienne, dit l’Aragonais, réclame le comblement des deux avant-fossés créés par la ville en 1368. Le magistrat fait donc établir en 1471 un glacis à leur place ». Voir aussi Archives municipales de Dijon, cote H 131, publié par Richard 1944, p. 42 : Le plus neccessaire est de remplir et condempner le second fossé tant du rempartiment des premiers fossez que rabatre les douhes qui respondent sur le chemin et ordonner que les curées de la ville y soient mises tellement que la douhe dehors desdictz fossez se treuve en pente tellement que les ennemis ne s’y puissent targer.
340Faucherre 1999, p. 198.
341De Beauvillé 1860, p. 238.
342Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français 5195.
343Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français 5195, f° 19 v°.
344Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français 5195, f° 29 r°.
345Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français 5195, f° 29 r°.
346Ou dos d’âne.
347Galmiche, Lallau 2021.
348Durand 1894, cote BB 27, p. 385, 22 septembre 1552. En réaction à ces mêmes raids, Coucy travaille à l’élargissement des fossés de la porte de Laon entre le 16 août et le 15 décembre 1552 (Galmiche, Lallau 2021).
349Durand 1894, cote BB 30, p. 408, échevinage du 15 juillet 1557.
350Durand 1891, cote AA 14, p. 129-130, échevinage du 29 janvier 1558.
351Durand 1894, cote BB 32, p. 415, 30 juin 1558. Ce fossé sera de nouveau approfondi en 1560 pour éviter que le bétail n’y entre (cf. supra).
352Durand 1894, cote BB 34, p. 343, 27 mars 1561.
353Durand 1894, cote BB 34, p. 446, 3 juillet 1561.
354Durand 1894, cote BB 34, p. 447, 11 septembre 1561.
355Durand 1894, cote BB 35, p. 470, échevinage du 23 mars 1563.
356Durand 1894, cote BB 36, p. 474, échevinage du 29 juillet 1563 : Nettoiement et approfondissement du fossé de la porte de Noyon vers la tour de la Haye, à la plateforme S(ain)t-Louis, par Robert Morel, maçon.
357Rose 1887, cote EE 20, p. 119.
358Faucherre 1991, p. 106.
359Salamagne 2001b, p. 86.
360Le terme faulse renvoie à l’extérieur, du côté des fossés.
361Salamagne 2001b, p. 86.
362Cette utilisation comme plateforme d’artillerie peut difficilement être mise en évidence (y compris par les textes), sauf cas d’exception, et il est plus que probable que cela n’a pas vraiment été la règle.
363Crouy-Chanel 2014, p. 453.
364Crouy-Chanel 2014, p. 453.
365Blary 2013, p. 223 et 270.
366Salamagne 2001b, p. 49, d’après Archives municipales de Douai, cote CC 234, f° 105 et 114 v°.
367Haigneré, Deseille 1884, p. 134.
368Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français 5195, f° 19 v° : Oultre, fault rehaulser sur les vielz fondemens le pan de mur des faulses brayes depuis le boullevart de la tour Nostre-Dame jusques à celluy de Flamengue, de deux toises de hault sur quatre piez d’espoisseur ; revenant le tout à quatorze toises de maconnerie.
369Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français 5195, f° 19 v° : (…) contenant quarante toises, d’une toise de hault sur trois piez d’espoix ; et revient le tout à vingt toises de maconnerie.
370Lesquelles sont prises lors du siège de la place par la Ligue et le comte de Mansfeld (Le Long 1783, p. 456).
371Durand 1894, p. 12, 4 avril 1413.
372Durand 1894, p. 327, cote BB 23, 14 décembre 1523 et 18 avril 1524.
373Durand 1894, p. 330, cote BB 23, 17 février 1536 : Délibérations de l’échevinage.
374Durand 1894, p. 336, cote BB 23, 20 mars 1539 : Délibérations de l’échevinage.
375Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français 5195, f° 91.
376Rose 1887, p. 16, cote BB 14.
377Rose 1887, p. 117, cote EE 13.
378Rose 1887, p. 118, cote EE 15.
379Souchon 1926, BB 5, p. 12, 25 août 1536.
380De La Fons 1848, p. 16.
381Delgove 1865, p. 102.
382Durand 1894, p. 330, cote BB 23, 17 février 1536.
383Durand 1894, p. 330, cote BB 23, 31 août 1536, et p. 331, 6 septembre 1536.
384Durand 1894, p. 339, cote BB 24.
385Durand 1894, p. 354, cote BB 24.
386Durand 1894, p. 361, 26 février 1545.
387Durand 1894, p. 361, 9 avril 1545.
388Durand 1894, p. 362, 4 mai 1545.
389Durand 1894, p. 376, 13 novembre 1550.
390Durand 1891, p. 129, 23 février 1558.
391Durand 1894, p. 434, 436 et 446, 15 mai 1560, 20 juin 1560 et 3 juillet 1561.
392Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français 5195.
393Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français 5195, f° 98 v° : Et quant aux quatre platesformes que l’on fait de présent en lad(ite) ville pour la fortifficacion et seureté d’icelle : assavoir la première joignant la grosse tour du couppement, la deux(ième) près le viel marché, la troisième près la tour Dame Eude, et la quatr(ième) et derrenière au moulin à vent près la tour Billon (…).
394Matton, Dessein 1885, CC 111.
395Durand 1891, p. 175, 20 août 1591.
396Galmiche, Lallau 2021.
Auteur
-
Étienne Lallau
Directeur de la cellule archéologique du département du Lot, TRACES, UMR 5608, équipe Terrae – Archéologie et histoire des sociétés médiévales méridionales
etienne.lallau@lot.fr
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