Les fortifications anglaises de Guînes au XVIe siècle
The English fortifications of Guînes in the 16th century
Résumés
Les fouilles archéologiques préventives menées en 2021 sur l’angle oriental de la fortification du bourg, à Guînes, couplées aux textes et documents cartographiques disponibles, ont permis de renouveler les connaissances sur le système défensif de la ville au XVIe siècle et, plus particulièrement, durant l’occupation anglaise.
The preventive archaeological excavations carried out in 2021 on the eastern corner of the town fortification, in Guînes, coupled with the available texts and cartographic documents, have made it possible to renew knowledge of the town's defensive system in the 16th century and, more particularly, during the English occupation.
Entrées d’index
Mots-clés : Guînes, Pas-de-Calais, Époque moderne, XVIe siècle, occupation anglaise, Pale, fortification, bastion, matériau, chantier de construction, techniques de construction, ingénieur, architecte, archéologie, iconographie, cartographie, John Rogers, Richard Lee
Keywords : Guînes, Pas-de-Calais, Early modern period, 16th century, English occupation, Pale, fortification, bastion, material, construction site, construction techniques, engineer, architect, archaeology, iconography, cartography, John Rogers, Richard Lee
Texte intégral
1. Introduction
1En 1558, lorsque le duc de Guise, à la tête des forces françaises, se présente devant Guînes (fig. 1) tenu par les Anglais, il trouve un bourg réputé inexpugnable1, puissamment protégé par des fossés, des boulevards et des courtines bastionnées. Aujourd’hui, il ne subsiste quasiment plus aucune trace de ces ouvrages dans le paysage urbain alors que Guînes constituait une pièce majeure de la défense du Pale anglais et de Calais. Les données des dernières opérations archéologiques, confrontées à une riche iconographie moderne, ont permis de renouveler nos connaissances sur le sujet2. Les fouilles archéologiques préventives de la rue du Petit-Moulin, réalisées en 2021, et qui ont porté sur l’angle oriental de la forteresse, ont été, en particulier, une source d’information d’un grand intérêt pour étudier les techniques de construction, les matériaux employés ainsi que les choix architecturaux adoptés par les Anglais.
Fig. 1. Localisation régionale de Guînes

© N. Majchrzak, DA-CD 62
2Pour comprendre ces choix, il apparait nécessaire, avant de présenter les fortifications anglaises du XVIe siècle, d’évoquer le passé militaire du bourg et le contexte politique du Pale anglais. Car, lorsque Guînes passe dans le giron de la couronne anglaise en 1352, le bourg est déjà une place forte dotée de nombreux ouvrages défensifs hérités de quatre siècles d’histoire souvent mouvementés : une motte castrale du Xe siècle, une enceinte villageoise du XIIe siècle et un château philippien du début du XIIIe siècle (fig. 2). Les Anglais trouveront des solutions pour les intégrer pleinement dans le nouveau dispositif défensif.
Fig. 2. Localisation des principales opérations archéologiques et restitution schématique des tracés des fortifications

© N. Majchrzak, DA-CD 62
2. Le passé militaire de Guînes
2.1. La motte de Guînes, le premier ouvrage défensif
3La motte de Guînes est le plus ancien ouvrage défensif conservé du bourg. Le chroniqueur Lambert d’Ardres attribue sa construction à Sifrid, un guerrier danois, à la fin du Xe siècle3. Ce dernier prend possession des terres exploitées par un vassal de l’abbaye Saint-Bertin de Saint-Omer, érige une motte, l’actuelle tour de l’Horloge, et l’entoure de haies vives ainsi que d’un double fossé. Dans son état actuel, la motte forme un relief tronconique de 10 m de haut, de 45 m sur 55 m de côté à sa base et 20 m de côté à son sommet (fig. 3). Elle est située au nord du bourg carolingien, dans un secteur peu élevé (cote NGF 10 m) et de nature humide ou marécageux (fig. 2). Un sondage réalisé en 1998 par Jean-Claude Routier (Afan), au pied de la motte, a mis en évidence la base du tertre artificiel installée sur le substrat crayeux4. Le premier donjon devait certainement être en bois et entouré d’une palissade en bois (les haies vives ?). Selon Lambert d’Ardres, il est remplacé par une tour en pierre et une chapelle adjacente par Baudouin II5.
Fig. 3. Vue de la motte de Guînes prise depuis le sud

© J.-M. Willot, DA-CD 62
2.2. La fortification du bourg
4Dans ses chroniques, Lambert d’Ardres signale l’absence de murailles et de fossés autour de Guînes lors de l’arrivée de Sifrid. Il évoque l’acquisition par ce dernier de terres auprès du fermier–bailleur de l’abbaye de Saint-Bertin pour « achever le fossé »6. Il est difficile de déterminer s’il mentionne une simple délimitation du bourg, sa mise en défense ou celle d’une basse-cour attenante à la motte.
5Il est plus probant que la fortification de la « Haute Ville » ou du « Vieux Bourg » ait été opérée au XIIe siècle, plus spécifiquement sous l’égide de Baudouin II (1135-1205), comte bâtisseur à l’origine de nombreux travaux défensifs d’ampleur. En effet, Lambert d’Ardres attribue à ce dernier la mise en défense du bourg avec la construction d’une muraille et de tours pour protéger les entrées, la Haute porte au sud-ouest et la porte d'Ardres, à l'est7 (fig. 2).
6Si Lambert d’Ardres emploie le terme de muraille de pierre – muro lapideo –, cette dernière n'apparaît pas sur les représentations de Guînes du XVIe siècle. Le bourg y est figuré ceinturé d’un fossé, parfois doublé, ainsi que d’un talus surmonté d’une haie ou d’une palissade, proche du système fossoyé de la motte du Xe siècle décrit dans les chroniques8.
7Le talus, encore partiellement visible dans le paysage urbain de Guînes, a été étudié lors d’un diagnostic archéologique réalisé en 2005 à l’emplacement du front occidental du vieux bourg9. Il est constitué de remblais, qui ont livré de la brique et des tuiles, installés sur un niveau daté des XIVe-XVe siècles grâce au mobilier céramique. Large à sa base de 18 m, sa hauteur a été estimée entre 4 et 5 m en s’appuyant sur la déclivité des remblais. Le talus est bordé par un fossé large de 5 à 7 m et profond de 1,50 m au maximum. Il est possible, comme le souligne le responsable de l’opération, que le talus mis au jour dans ce secteur du bourg ait été élevé lors de la période anglaise10. Il peut s’agir d’une réfection ou d’un rempart de terre venu renforcer un talus primitif localisé hors de l’emprise du périmètre étudié. En effet, sur un plan de Guînes de 1541, la ville haute est protégée à cet emplacement par deux levées de terre11.
8Au sud, le talus est également discernable sous la forme d’un relief de 6 m de haut et 9 m de large qui matérialise actuellement des limites parcellaires12 (fig. 2 et 4). En 2012, un diagnostic archéologique, réalisé devant la levée de terre, a dégagé un fossé large de 10 m qui n'a pas pu être attribué avec certitude au système défensif13.
Fig. 4. Vue des vestiges du talus sud du bourg préservé à l’arrière des parcelles donnant sur le boulevard Delannoy

© J.-M. Willot, DA-CD 62
9Enfin, en 1861, des éléments maçonnés de la courtine ont été dégagés sur 16 m de haut dans une propriété située à proximité de la porte d'Ardres14.
10Les bourgs dotés de portes en pierre et de tronçons de courtine maçonnée associés à des levées de terre ne manquent pas. À titre d’exemple, la défense d’Ardres est renforcée par Arnould de Guînes, au début du XIIIe siècle, par un talus précédé par un grand fossé15. À Audruicq, le diagnostic archéologique réalisé à l’emplacement de la haute-cour du château en 2019 a mis en évidence l’usage de la pierre pour les tours du châtelet du château et de la terre pour la courtine16. À Guînes, il n’a malheureusement pas été possible de distinguer les constructions médiévales des aménagements anglais du XVIe siècle17.
2.3. La forteresse philippienne
11Lambert d’Ardres ne fait aucune mention de la construction de la forteresse, un chantier qu’il n’aurait pas manqué de relater s’il avait été entrepris au moment de la rédaction des chroniques. Elle s’opère sans doute durant la première moitié du XIIIe siècle18. À la même époque, des forteresses philippiennes sont édifiées dans les villes voisines de Saint-Omer (vers 1212, par le prince Louis, futur roi Louis VIII), de Boulogne (entre 1227 et 1231, par le comte de Boulogne, Philipe Hurepel) et de Calais (vers 1228 également, par le comte Philipe Hurepel).
12La place forte de Guînes a totalement été rasée dans la seconde moitié du XVIe siècle, mais grâce à une iconographie du XVIe siècle, très détaillée, et des observations archéologiques réalisées dans la cour du château en 2021, il est possible d’en restituer la structure générale19 (fig. 2). Le géoréférencement des représentations modernes, qui mêlent vues en plan et cavalières, ne peut pas aboutir à un résultat très précis. Toutefois, il a le mérite d’aider à dresser un plan du château qui a laissé son empreinte sur l’urbanisation du secteur. En complément de ces données cartographiques, les sondages archéologiques ont précisé l’environnement avant sa fondation, son emprise et le mode de construction de la plateforme.
Fig. 5. Profil altimétrique du bourg

© N. Majchrzak, DA-CD 62
13La forteresse a été construite dans une zone marécageuse (autour de la cote de 7 m NGF), en limite du plateau calcaire présent à l’est (fig. 5). Les sondages de la place Foch ont établi que cette dernière correspond en grande partie à l’emprise de la cour du château, tandis que les parcelles et les édifices actuels ont été dressés au-dessus de la courtine et des bâtiments (fig. 6). Il a pu être observé également que la plateforme a été créée à l'aide d’argile et de craie du substrat, provenant sans doute du creusement des fossés défensifs et déposés sur 2 à 4 m de haut. Un dernier niveau de craie damée épais de 10 à 20 cm a constitué le sol de la cour régulièrement réchappé (fig. 7).
Fig. 6. Les découvertes archéologiques dans la cour du château comtal (diagnostic de la place Foch 2021)

© N. Majchrzak, DA-CD 62
Fig. 7. Vue des remblais de la plateforme de la cour du château et du sol de cour

© J.-M. Willot, DA-CD 62
14L’iconographie de la première moitié du XVIe siècle figure le château modifié par les Anglais (cf. infra). Néanmoins, la configuration générale de la forteresse au début de l’époque moderne ne devait pas différer outre mesure de celle d’origine. Elle est dotée d’une cour de plan rectangulaire (environ 90 sur 120 m), protégée par une enceinte, et de 11 tours circulaires ou à gorge ouverte. Au sud-est, une porte avec châtelet protège l’accès vers une deuxième place forte polygonale pourvue de courtines et d’édifices20. Il est probable que cette partie du château ait été la résidence seigneuriale qui verrouille l’accès de la forteresse. D’ailleurs, les nombreuses ornières dans le sol de la cour du château témoignent d’une circulation importante vers le châtelet. L’ensemble de ces éléments fait de la forteresse de Guînes un ouvrage très comparable à celui de Calais, également de plan rectangulaire, aux dimensions proches et doté d’une résidence comtale détachée21.
15À la fin du Moyen Âge, Guînes est donc déjà une place forte d’envergure à la mesure de son statut de siège du comté. La couronne anglaise ne s’y trompe pas, car, 5 années après Calais, elle prend le bourg castral qui devient rapidement une pièce maîtresse de la défense du Pale.
3. La période anglaise et la fortification du Pale
16À la suite de la prise de Calais, Édouard III fixe une garnison dans la ville et entame une modernisation de ses fortifications. Les courtines du fort Risban, qui protège le port, sont renforcées, et le fort Nieulay est érigé afin de sécuriser les écluses installées pour inonder l’arrière-pays22. Mais la couronne anglaise, qui convoite un territoire plus vaste, prend d’autres places fortes pour constituer un véritable cordon de sécurité autour de la ville. Le Pale de Calais, d’environ 350 km², est créé et devient l’un des territoires les plus densément fortifiés du continent (fig. 8 et 9)23.
Fig. 8. Carte des principales places fortes du Pale anglais (XIVe siècle – XVIe siècle)

© N. Majchrzak, DA-CD 62
Fig. 9. Copie contemporaine d’une carte anglaise du Pale

© Archives départementales du Pas-de-Calais, cpl1414
17En dehors d’épisodiques éclats militaires, le Pale traverse une période relativement calme durant le XVe siècle marquée par une politique de valorisation économique de la possession et de confortation des fortifications. La montée des tensions après l’entrevue du camp du Drap d’Or, notamment la reprise des guerres d’Italie, conduit Henri VIII à renforcer la défense du Pale. Le roi, qui prend conscience de l’inadaptation des places fortes à l’usage de l’artillerie, engage des fonds pour rénover, moderniser ou construire des fortifications à compter de 153524.
18Si, dans un premier temps, les travaux consistent à restaurer l’existant, il s’avère que les mesures sont insuffisantes face à la montée des tensions. Un programme plus ambitieux est lancé dès 1540 qui comprend, outre la modernisation des fortifications de Calais, de Guînes et de Hames, l’édification d’une dizaine de boulevards25. Ces fortifications de terre forment un véritable cordon défensif aux marges du Pale, de Calais à Vieille-Église en passant par Guînes (fig. 8 et 9). Les boulevards ou bastions, essentiellement constitués de terre, ont été majoritairement installés le long des cours d’eau et dans des zones marécageuses sans doute pour faciliter l’inondation des fossés ou de larges étendues autour des ouvrages26. La prise de Boulogne en 1544 illustre également cette volonté de sécuriser rapidement le territoire : une ceinture de forteresses est dressée en un temps record autour de la ville et sur la frange littorale du territoire, comprenant la tour d’Ordre, le grand fort au Mont-Lambert, le fort du cap Gris-Nez et celui d’Ambleteuse.
19Guînes, en première ligne au sud du Pale face à Ardres, autre ville de garnison fortifiée, mais française, joue un rôle majeur dans le dispositif nouvellement mis en place. Les moyens engagés pour renforcer la place forte dans la première moitié du XVIe siècle ont été à la hauteur des enjeux.
4. La modernisation des fortifications de Guînes
20La modernisation des fortifications de Guînes peut être appréhendée finement grâce à une documentation historique riche et variée. Les plans du bourg conservés à la British Library offrent en particulier des vues détaillées de la forteresse et de la ville haute à des stades différents de l’avancée des travaux27. Ils viennent en complément des informations livrées par les correspondances des maîtres-maçons et la comptabilité du chantier28. Les différents ouvrages défensifs sont mentionnés ainsi que les matériaux employés, leur provenance et les corps de métier. Les chroniques du siège des Français, mené en 1558, écrites par Arthur lord Grey of Wilton, fils du dernier capitaine anglais de la forteresse, et François Rabutin, outre leur intérêt concernant les pratiques militaires de l’époque, ont également aidé à identifier certains aménagements défensifs29.
21Les ingénieurs en charge des travaux sont connus. Richard Lee, en charge de la défense du Pale depuis 1536, dresse le plan d’un projet de fortification de Guînes en 1541. Accaparé par les travaux de Calais, il est suppléé par John Rogers qui produit les plans par la suite et dirige le chantier sous sa responsabilité30. Une logistique d’envergure est mise en place sur une courte période, une vingtaine d’années (cf. infra), afin de puiser les matières premières autour du bourg, de les transformer, puis de les acheminer sur site et les mettre en œuvre. Pour ce faire, de nombreux corps de métier sont représentés : outre les manœuvres (labourers), les ouvriers (workmen) sont, de fait, des carriers, des chaufourniers, des bûcherons des charbonniers, des charpentiers, des forgerons, des briquetiers ou des maçons31. Ainsi, la craie est exploitée en carrière sur la colline proche de Fiennes et autour d’une chapelle (non localisée)32. La pierre calcaire extraite localement est employée pour la construction, concassée pour le fourrage des maçonneries ou en blocs de parement, mais également pour être transformée en chaux dans six fours a minima. La chaux obtenue est utilisée pour le mortier dont la préparation est assurée par les manœuvres qui alimentent les fours, éteignent la chaux-vive et réalisent le mélange. Outre la chaux, le sable nécessaire pour la charge du mortier provient de couches géologiques tertiaires qui sont accessibles sur le sommet des contreforts de la boutonnière boulonnaise ou sous forme de buttes résiduelles au pied des mêmes reliefs, au sud-ouest de Guînes33. Une carrière de sable, qui est, d’ailleurs, mentionnée sur une carte anglaise à proximité de Pihen-lès-Guînes, pourrait être l’un de ces sites d’extraction34. Un sable alluvial a également été employé qui proviendrait de l’érosion d’une formation schisteuse de la boutonnière, dont les emplacements connus à ce jour sont localisés hors des frontières du Pale, au sud de Pihen-lès-Guînes à proximité de Ferques (fig. 10). Une dernière carrière est mentionnée à Sandpitt (non localisée). Le sable est également employé dans les briqueteries, certainement comme dégraissant. La forêt de Fiennes est exploitée pour son bois de chauffe et la production de charbon qui alimentent les fours, mais sans doute aussi comme bois de construction. Enfin, des briqueteries sont bien attestées sans qu’il soit possible de les localiser ou d’en estimer le nombre35.
Fig. 10. Localisation des ressources exploitées par les Anglais lors des travaux de modernisation des fortifications

© A. Beauchamp, DA-CD 62
22Les matériaux ne sont pas uniquement produits sur place : un grand nombre traversent le Channel et sont débarqués à Calais. Certains sont transportés jusqu’à Guînes. Ainsi, une pierre (maydstone) est employée à Guînes, mais c’est aussi probablement le cas de pièces manufacturées et d’autres matériaux de construction (bois)36.
23La ville-haute est concernée par les travaux (fig. 11). Des tombereaux de terre sont amenés pour les talus (rampere of the town) et des travaux sont réalisés dans les fossés37. Même s’il n’a pas été possible de mesurer la nature et l’ampleur des transformations des fortifications médiévales, le vieux bourg reste essentiellement protégé par des levées de terre palissadées ou surmontées de taillis, des fossés parfois doublés et des portes maçonnées38.
Fig. 11. Le vieux bourg en 1541

© British Library, Collection Cotton, Ms Augustus I, volume ii, f° 23
24En revanche, l’ancien donjon en pierre construit par Baudouin II est transformé durant cette période. Des observations archéologiques réalisées sur la motte ont permis de retrouver une partie des murs d’un bâtiment et de la courtine qui est percée d’embrasures de tirs39. Ces découvertes sont concordantes avec la vue du château de 1540 et le plan du bourg de 1541 (fig. 12)40. Le mur de chemise est représenté avec des ouvertures qui correspondent certainement aux bouches à feu mises au jour. Au centre, le mur dégagé lors du diagnostic appartient vraisemblablement au petit édifice qui remplace le donjon esquissé sur le plan et la vue cavalière. La motte a été indubitablement transformée en plateforme de tir, une pratique observée ailleurs plus tardivement lors de l’intégration de certaines mottes urbaines lors de la modernisation des fortifications, à l’instar de la motte Sithieu de Saint-Omer devenue un cavalier au début du XVIIe siècle41.
Fig. 12. Vue du donjon et du château depuis le vieux bourg

© A View of the Keep and Part of the Walls of the Castle of Guines, 1540, British Library, Collection Cotton, Ms Augustus I, volume ii, f° 12
25En dehors de l’ancienne motte, les efforts de modernisation ont principalement été portés sur la forteresse philipienne. Un plan conservé à la British Library et daté de 1540 dévoile une forteresse déjà pourvue de boulevards sur les quatre côtés ainsi que de deux bastions, dont l’un, dans l’angle occidental, est d’un plan polygonal très similaire à celui du fort Risban modernisé à la même période42. La basse-cour est protégée par un mur et une unique tour d’angle circulaire. En revanche, les bastions au plan tréflé sont figurés encore à l’état de projet. Les travaux sont aboutis quatre années plus tard43 si on se réfère au plan cavalier de 1545 qui représente des fortifications supposées achevées (fig. 13)44. Le document comporte d’ailleurs des différences notables avec le plan de 154045. La courtine du château est apparemment modifiée au nord-est et au sud-est avec la construction de deux tours à gorge ouverte percées de bouches de tir. Des boulevards ont été créés sur trois côtés, protégés par trois bastions tréflés. Les nouveaux ouvrages sont également pourvus de bouches de tir sur un à deux niveaux et certainement d’une ligne d’assise de larmiers pour les bastions. La basse-cour est flanquée au sud-est d’une seconde extension connectée à la résidence comtale. Ce réduit défensif est isolé du reste de la forteresse par des murs percés sur deux niveaux d’ouvertures de tir et bordés, de chaque côté, de fossés. Les angles de la basse-cour et du réduit sont renforcés de bastions carrés. C’est précisément l’angle oriental du réduit défensif qui a pu être étudié lors d’un diagnostic en 2018 et plus largement lors d’une fouille sur 1 000 m² en 202146 (fig. 14).
Fig. 13. Plan de la forteresse de Guînes, attribué à John Rogers

© The gateway of Guînes castle, 1545, British Library, Collection Cotton, Ms Augustus I, volume ii, f° 52
Fig. 14. Vue verticale du bastion en cours de fouille

© Département du Pas-de-Calais
5. Les courtines, le bastion d’angle oriental et les douves du réduit défensif : bilan des campagnes archéologiques
26Les fouilles archéologiques préventives menées en 2021 ont mis au jour les murs défensifs oriental et septentrional du réduit, respectivement larges de 2,50 m et 3,20 m, doublés d’un massif large de 2,50 à 3 m et long de 8 à 9 m au contact du bastion (fig. 15 et 16). Ce dernier, dont deux flancs et une face ont pu être étudiés, est de plan carré (23 m de côté) et constitué de murs larges de 5,20 à 6 m enserrant un espace remblayé avec, au centre, un plot de maçonnerie de calcaire de 2 sur 2,30 m de côté. Il se détache de près de 25 m de l’angle formé par les courtines. Un batardeau, partiellement dégagé sur 2,30 m de large, ferme les douves devant la face occidentale du bastion. Le long du bastion, il est percé d’un canal large de 0,50 m doté d’un système de fermeture à simple vantail coulissant verticalement dans des rainures.
Fig. 15. Plan général des fortifications mises au jour en 2018 et 2021

© O. Dewitte, DA-CD 62
Fig. 16. Plan détaillé du bastion

© DA-CD 62
5.1. L’environnement et ses conséquences lors du chantier
27Construire cet ensemble a certainement été une gageure. Le secteur, à l’origine situé en périphérie du bourg et vierge d’occupation, était marécageux. Le terrain, en plus d’être inondé, était accidenté avec une déclivité marquée de plus d’1 m d’est en ouest. Le sous-sol était peu compact, instable, constitué de lits de tourbe et de limon vaseux qui se sont accumulés sur environ 2 m d’épaisseur au-dessus de la roche calcaire sénonienne. Actuellement, de nombreuses sources sourdent en permanence, une contrainte qui devait également se présenter à l’époque. Cet environnement a nécessité une adaptation des techniques et des modes de fondation qui a pu être partiellement identifiée lors de la fouille47. Les constructeurs n’ont pas cherché à atteindre systématiquement le socle crayeux. À l’ouest, la tranchée de fondation de la courtine a été creusée sur 1 m de profondeur dans les niveaux tourbeux (fig. 17 et 18). En revanche, à l’est, les tranchées du bastion et des murs défensifs connectés sont plus profondes (autour de 2 m) et entaillent la roche calcaire48.
Fig. 17. Vue vers l’est de l’enceinte nord-est du réduit défensif : à droite, les niveaux organiques et tourbeux du marais antérieur à l’enceinte

© J.-M. Willot, DA-CD 62
Fig. 18. Vue des fondations de l’enceinte nord-est, côté intramuros, installées dans les niveaux tourbeux

© J.-M. Willot, DA-CD 62
28Les tranchées de fondation du bastion, dont le fond était situé à 1 m sous le niveau de la mer, devaient être immanquablement inondées même en période de basse nappe. Dans l’angle du massif et de la courtine orientale, des pieux équarris de forme carrée ou rectangulaire (de 15 à 30 cm de côté) ont été installés contre la paroi intérieure de la tranchée (fig. 16 et 19), soit de manière très rapprochée formant un rideau de palplanches (côté massif), soit espacés probablement pour maintenir des planches ou un clayonnage (côté courtine). Ces installations ont, non seulement, consolidé les parois, mais également étanchéifié la tranchée le temps de maçonner les fondations. Des fascines ont aussi été posées sur le sol aux abords de la fondation pour faciliter la circulation et le travail.
Fig. 19. Les pieux installés le long de la tranchée de fondation de la rampe sud du bastion

© J.-M. Willot, DA-CD 62
5.2. Les techniques de construction
29La base de la courtine occidentale, large de 2,70 m, est constituée, sur une hauteur de 1 m, de blocs de calcaire grossièrement équarris, non assisés et noyés dans un mortier à chaux compact (fig. 18). Ce socle supporte une maçonnerie en briques posées en assise régulière, alternant la boutisse et le carreau, et formant des caissons comblés de blocs et de cassons de calcaire. Un ressaut de maçonnerie large de 0,15 m a été aménagé côté intérieur.
30À l’est, les fondations du mur et du bastion, respectivement larges de 3,70 m et 5,80 m, ont été observées côté intérieur. La maçonnerie du massif est entièrement constituée de briques en parement avec un fourrage de blocs de calcaire (fig. 20). La partie basse du mur défensif oriental est accolée au massif. Elle a été montée sur 2 m de haut et avec un ressaut intérieur de 0,50 m avec des blocs de calcaire et des lits de briques. Au-dessus des blocs de calcaire, les assises en briques du bastion et du mur sont maçonnées de concert (fig. 21).
Fig. 20. La fondation du massif contre la courtine orientale : à gauche, les remblais apportés au-dessus de la tranchée de fondation pour rehausser le terrain

© J.-M. Willot, DA-CD 62
Fig. 21. Les fondations de la courtine orientale contre le massif du bastion

© J.-M. Willot, DA-CD 62
31Les blocs calcaires sont de dimensions très variables et aucun module en particulier ne se dégage des pierres employées dans les différentes parties des murs. En revanche, la brique est calibrée avec des dimensions uniformes (de 22 à 23 cm de long, de 10 à 11 cm de large et de 4 à 5 cm d’épaisseur) qui signalent l’usage d’un gabarit. Une pierre grésée, soigneusement taillée et présentant un chanfrein simple ou double, a été également employée dans certaines parties des élévations49.
32Les analyses du mortier prélevé sur les murs de la fortification ont révélé que c’est un mortier de chaux non hydraulique qui a été employé, alors que des qualités permettant une prise en milieu humide rapide étaient plutôt attendues. Il a été fabriqué rapidement, sans doute à même le sol, conduisant à des pollutions avec des éléments exogènes comme du charbon, des cailloux ou de la terre cuite. La chaux étudiée est de mauvaise qualité (combustion mal conduite) et le mélange semble parfois bâclé.
33Le mortier des joints des parements extérieurs est, en revanche, plus fin avec une charge en sable plus importante et des agrégats grossiers inexistants. Particulièrement soigné, il est beurré ou marqué avec un outil fin (fig. 22). Enfin, les parements extérieurs, observés sur 1 à 2 m de haut par endroit, présentent un fruit très léger (moins de 2 % pour la courtine occidentale), voire inexistant (courtine orientale).
Fig. 22. Vue du parement extérieur de la courtine orientale

© J.-M. Willot, DA-CD 62
5.3. Des enceintes ou des remparts
34Des remblais ont été apportés à l‘arrière des courtines et à l’intérieur du bastion, alors que les maçonneries étaient dressées sur une hauteur de 2 m (à l’ouest) à 4 m (à l’est et à l’intérieur du bastion) (fig. 23 et 24)50. Ils forment des couches régulières de 0,30 à 0,50 m d’épaisseur, constituées, pour les deux premiers mètres, de tourbes mélangées à de l’argile et des cassons de calcaire et de briques. Les remblais supérieurs étaient du limon damé, mêlé d’argile et de cassons de calcaire et de briques. Un niveau général final de craie et de limon, épais de 0,10 à 0,20 m, a, sans doute, servi de sol de circulation à l’arrière des murs51. Le remblaiement avait plusieurs intérêts. En rehaussant le terrain, il permettait à la fois de rattraper un niveau de circulation général qui était plus élevé au sud (côté basse-cour et château), d’exonder l’espace et, surtout, de conforter les ouvrages.
Fig. 23. Les remblais à l’intérieur des fortifications

© J.-M. Willot, DA-CD 62
Fig. 24. Coupe schématisée avec projections des remblais et des maçonneries

© DA-CD 62
35Cette partie des fortifications est dessinée avec détails sur le plan de la forteresse de 1545 (fig. 13). Le mode de représentation est celui adopté pour des levées de terre (couleur et traits), mode qui est clairement différencié de celui employé pour les maçonneries, notamment celles en briques (le bastion, en rouge). Les murs en briques mis au jour ne sont pas figurés sur le tracé de cette ligne de fortification en terre. À l’opposé, lors de la fouille, aucun témoignage archéologique direct d’un terre-plein formant un rempart avec les murs n’a été mis en évidence52. En revanche, dans les angles avec le bastion, le niveau de circulation, situé au-dessous de l’arase des murs, est bien resté identique de la construction à la destruction des fortifications. Il est difficile, sur la base de ces découvertes, de déterminer la nature du front défensif, un rempart ou une enceinte, peut-être les deux suivant les secteurs. Le mur ou le rempart était peut-être garni d’une ou plusieurs lignes d’assise de larmiers, d’ouvertures ou d’un crénelage comme semblent l’indiquer les blocs grésés retrouvés dans les remblais de démolition de la fortification qui présentent une face chanfreinée53.
5.4. La tour d’angle, un bastion
36Le bastion adopte les formules défensives inhérentes à ce type ouvrage (fig. 16). De dimensions déjà imposantes (530 m²), il est armé de terre et en saillie pour couvrir les courtines54. Sur le plan de 1545, son accès s’effectue par l’angle intérieur grâce une rampe de terre qui n’a pas été mise en évidence lors de la fouille.
37Un réseau de galeries, accessible du massif nord grâce à une descenderie, a été aménagé sur 30 m de long dans le mur du flanc ouest et de la face nord du bastion (fig. 25 et 26). La galerie occidentale dispose de deux renfoncements, de 0,50 sur 1,20 m de côté et conservés sur 0,50 m de haut au maximum (fig. 16 et 27). Ils correspondent très vraisemblablement à l’emplacement de niches de tir, surélevées de 0,50 m au minimum et qui percent le mur sur 2,50 m de long55.
Fig. 25. Vue de la galerie dans le flanc ouest du bastion

© J.-M. Willot, DA-CD 62
Fig. 26. L’escalier d’accès à la galerie du bastion : à droite de l’escalier, l’embrasure du passage vers le réseau situé sous la rampe

© J.-M. Willot, DA-CD 62
Fig. 27. Un renforcement de la galerie occidentale pour l’accès à une fente de tir

© J.-M. Willot, DA-CD 62
38Il est difficile de définir précisément la configuration des ouvertures de tir et du type d’embrasure ou de percement de tir (pour des armes à feu ?). La largeur réduite de l’accès à la niche (1,20 m) laisse peu de place pour deux tireurs. Cependant, des niches de tir étroites sont courantes jusqu’au début du XVIe siècle, adaptées pour un tireur et des armes à feu portatives légères56. La galerie de la face nord qui s’interrompt devant le batardeau est dotée de percements identiques, mais l’arasement des maçonneries, plus important de ce côté, a détruit une grande partie de leurs traces.
39Ce réseau communique par un passage situé à gauche de l’escalier avec deux autres couloirs de 4 m de long localisés sous le massif (fig. 16). Deux ouvertures placées à leur extrémité couvrent le flanc nord du bastion et la courtine. En revanche, le troisième renfoncement, qui donne vers l’intérieur de la forteresse, a sans doute une fonction différente, de stockage, de ventilée (évacuation des fumées de tir) ou de puits de lumière57.
40Il est fort probable que le flanc sud et la face est du bastion disposaient d’un réseau de galeries similaire, mais qui a disparu lors de la destruction de la fortification. Dans ce cas de figure, il serait à l’origine situé à un niveau de circulation supérieur. Une hauteur d’eau des douves plus importante de ce côté, possible grâce au batardeau, peut expliquer ce décalage entre les niveaux de circulation (fig. 28)58. Les galeries sont conservées sur 0,70 m de haut au maximum. Toutefois, quelques aménagements sont encore visibles. Le passage entre les réseaux du flanc ouest et du massif est fermé par une porte dont il subsiste, dans le tableau, une pierre en grés dans laquelle un gond était certainement scellé (fig. 29)59. Les angles des maçonneries des couloirs sont chanfreinés et enrichis pour certains d’une brique avec bec (fig. 30).
Fig. 28. Vue du batardeau et du canal des douves occidentales : à droite, le bastion

© J.-M. Willot, DA-CD 62
Fig. 29. Vue verticale de l’embrasure du passage vers la galerie, sous le massif, et de la pierre avec l’ancrage d’un gond

© J.-M. Willot, DA-CD 62
Fig. 30. Vue d’un angle des murs de la galerie occidentale orné d’une brique à bec

© J.-M. Willot, DA-CD 62
5.5. Les fossés
41Les fossés n’ont pas pu être totalement explorés en profondeur, en raison des remontées des sources, et en plan, car les contrescarpes sont situées hors emprise de la fouille. Néanmoins, grâce à des sondages réalisés en 2017, 2018 et 2021, il est possible de proposer une profondeur de creusement pour les douves nord et est60. Côté oriental, le fossé entaille la roche crayeuse sur près d’1 m (cote NGF 0 m). Coté septentrional, la roche est apparue sous les niveaux de démolition des fortifications à la cote NGF 0,50 m. Au moment des travaux du XVIe siècle, les terrassements réalisés dans le marais sont donc peu profonds, autour de 3,50 m au nord comme à l’est. La gestion des eaux, rendue possible grâce au batardeau, a sans doute permis d’augmenter les hauteurs d’eau dans les fossés. Si les fossés du secteur fouillé, marécageux, ont probablement été ennoyés aisément, côté du vieux bourg, les fossés ont apparemment été plus difficilement inondés (à hauteur de genoux)61.
6. Conclusion : un modernisme marqué par les pratiques anglo-saxonnes
42La modernisation des fortifications du Pale entreprise dans le second tiers du XVIe siècle offre un aperçu des pratiques poliorcétiques de la couronne anglaise. Les maitres d’œuvre anglo-saxons, notamment Richard Lee et John Roger, ont été probablement en contact avec les ingénieurs italiens mandatés par Henri VIII lors des premières campagnes de fortifications insulaires62. Les deux ingénieurs, dont on peut suivre le parcours et les choix architecturaux grâce aux plans qu’ils ont produits, se détachent néanmoins très tôt des procédés défensifs du continent inspiré du modèle italien. À ce titre, le bastion tréflé, en forme de fleur ou de marguerite, est un exemple de la spécificité de la poliorcétique des Tudor mise en œuvre sur le littoral anglais, mais également dans le Pale.
43Les fortifications de Calais, puis celles de Guînes sont renforcées respectivement sous la direction de Richard Lee et de John Rogers par des boulevards protégés par un ou plusieurs de ces bastions tréflés. Un modèle que John Rogers applique plus tard à Kingston Upon Hul (fig. 31)63. Le bastion carré en saillie, employé pour protéger les angles nord des murs de Guînes, est également adopté ultérieurement à Portsmouth par John Rogers (fig. 32)64. Conjointement, les Anglais mettent aussi en pratique les flanquements en as de pique ou des bastions à orillon. Cette architecture, déjà éprouvée à l’époque et diffusée sur le continent, est privilégiée pour les forts construits ou renforcés autour de Boulogne après sa prise en 1544 (la tour d’Ordre, le fort d’Ambleteuse, le fort du Mont-Lambert ou Boulogneberg, le fort du cap Gris-Nez)65. Il ressort de ces choix peut-être moins un tâtonnement pour trouver la bonne formule qu’une adaptation à la fortification à défendre. Les ingénieurs Richard Lee et John Rogers semblent plutôt retenir au mitan du XVIe siècle le plan carré en saillie pour les angles des remparts des villes ou des bourgs, les bastions tréflés pour les fortifications détachées et les flanquements en as de pique ou à orillons pour les forts.
Fig. 31. Plan des fortification de Kingston Upon Hull

© Wenceslaus Hollar, University of Toronto, Wenceslaus Hollar Digital Collection
Fig. 32. Plan de la ville de Portsmouth attribué à John Rogers

© British Library
44La fouille du bastion d’angle oriental du réduit défensif de Guînes a permis d’observer dans le détail les techniques de construction, la gestion des contraintes du site et les choix architecturaux. Ces découvertes illustrent de nombreux principes constructifs liés à la poliorcétique du feu. Concevoir un réduit défensif isolé du reste de la forteresse par des fossés et des murs annonce les ouvrages avancés, mais connectés, développés par la suite dans l’architecture bastionnée. La brique qui absorbe les tirs d’artillerie plus efficacement que la pierre a été largement employée pour les murs. La terre est également un matériau exploité pour taluter ou armer les ouvrages. Les fossés sont peu profonds, mais l’environnement marécageux du secteur a certainement été mis à profit pour éloigner les assaillants des fortifications. Enfin, le matériel d’une garnison stationnée sur place, retrouvé dans le canal du batardeau et dans les douves, signale un large usage de l’artillerie pour défendre le bourg (fig. 33)66.
Fig. 33. Le veuglaire retrouvé dans les douves dans l’angle du bastion et de la courtine nord

© N. Majchrzak, DA-CD 62
45Si, indubitablement, les fortifications de Guînes ont été conçues pour résister à l’artillerie, des procédés indissociables des fortifications modernes plus abouties sont encore absents. Ainsi, l’angle saillant du bastion observé lors de la fouille n’est pas renforcé par un chainage en pierre. Le parement des murs des courtines et du bastion ne présente pas de fruit et n’est pas ponctuellement consolidé par des pierres scellées dans la maçonnerie en brique. Les murs ne sont pas contrebutés par des massifs qui permettent d’ancrer la maçonnerie dans un talus : il n’est pas certain que les courtines étudiées soient complétement remparées et protégées par un parapet.
46Les ingénieurs privilégient plutôt des maçonneries plus larges qui accueillent plusieurs niveaux de tir, depuis des galeries ou des ouvertures à un niveau inférieur et des embrasures de tir au niveau supérieur. Ce principe de feu étagé, qui est un héritage de tradition médiévale, n’a pas été observé pour la courtine. En revanche, il a été adopté pour le bastion qui est défendu par au moins deux niveaux de tirs. Le massif carré situé au centre de l’ouvrage avancé a pu servir de plateforme de tir découvert. Enfin, le choix d’un bastion carré à flancs droits n’est pas la solution optimale pour couvrir parfaitement tous les côtés de la fortification à la différence du bastion à orillons ou en as de pique pourtant connu des ingénieurs.
47Il ressort des résultats de la fouille que les ingénieurs ont certainement opté pour ce type d’ouvrage en fonction des priorités et des contraintes, notamment l’urgence des travaux et la nécessité de doter des fronts davantage exposés de fortifications plus élaborées (boulevards et bastions à l’est et au sud, face au vieux bourg). La présence du marais a certainement été déterminante dans ce choix, car il permettait d’inonder une large zone au nord et à l’ouest devant des secteurs défendus uniquement par des murs et des bastions d’angle saillants.
Bibliographie
Agostini, Dewitte 2022 : AGOSTINI (H.), DEWITTE (O.), « Une forteresse méconnue en pays Brédenarde : le château d’Audruicq (Pas-de-Calais) », dans : Byhet (Th.) [dir.], Projet collectif de recherche Les places fortes des Hauts-de-France, Rapport de la deuxième année (2021) de la triennale 2020-2022, DRAC-SRA Hauts-de-France, Lille, 2022, p. 169-179.
Barrois 2017 : BARROIS (J.), Guînes, Construction de 12 logements, rue du Petit Moulin, Étude géotechnique G2 – AVP, NSO 17.214, Pièce n° 001, 1ère édition, Saint-Omer, 2017.
Buchon 1884 : BUCHON (J.-A.-C.), Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire de France, avec notices biographiques, C. Delagrave, Paris, 1884.
Byhet 2021 : BYHET (Th.), « La fortification de terre dans l’architecture défensive moderne en Europe occidentale. 1. Quelques témoignages littéraires du XVIe siècle », Carnet Hypothèses Les places fortes des Hauts-de-France, ISSN 2741-4701, mis en ligne le 26 février 2021. URL : https://placesfortes.hypotheses.org/1535
Byhet 2022 : BYHET (Th.) [dir.], Projet collectif de recherche Les places fortes des Hauts-de-France, Rapport de la deuxième année (2021) de la triennale 2020-2022, DRAC-SRA Hauts-de-France, Lille, 2022.
Cercy 2012 : CERCY (Chr.), Guînes, Boulevard Delannoy, Le Couvent, Rapport de diagnostic archéologique, Inrap Nord-Picardie, Amiens, 2012.
Cuchet 1788 : CUCHET (G.-J.) [éd.], Mémoires de François de Rabutin, Collection universelle des mémoires particuliers relatifs à l’histoire de France : 39, Chez Cuchet, Paris, 1788.
Curveiller 2020 : CURVEILLER (St.), « Le Calaisis anglais de 1347 à 1558 : un territoire d’exception », dans : Suttor (M.) [éd.], Les espaces frontaliers de l’Antiquité au XVIe siècle, Artois Presses Université, Arras, 2020, p. 159-178.
Gerbino, Johnston 2009 : GERBINO (A.), JOHNSTON (St.), « The Paper Revolution : The Origin of Large-Scale Technical Drawing under Henry VIII », dans : Gerbino (A.), Johnston (St.), Compass and Rule: Architecture as Mathematical Practice in England 1500-1750, Yale University Press, New Haven and London, 2009, p. 31-44.
Godefroy-Ménilglaise 1855 : GODEFROY-MÉNILGLAISE (D.-Ch.) [éd.], Chronique de Guînes et d’Ardres, par Lambert, curé d’Ardre (912-1203), revue sur huit manuscrits avec notes, cartes géographiques, glossaires et tables, Société des Antiquaires de la Morinie, Libraires de le Société de l’Histoire de France, Jules Renouard & Cie, Paris, 1855.
Haigneré 1882 : HAIGNERÉ (D.), « Guînes », dans : Haigneré (D.), Dictionnaire historique et archéologique du Département du Pas-de-Calais, Arrondissement de Boulogne, Tome 3, Commission départementale des Monuments Historiques, Arras, 1882.
Henton 2006 : HENTON (AL.), Guînes, Les Remparts, Rapport de diagnostic archéologique, Inrap Nord-Picardie, Amiens, 2006.
Lenoir 2001 : LENOIR (L.), À la découverte des anciennes fortifications de Calais, Nord Patrimoine Éditions, Cambrai, 2001.
Louf s.d. : LOUF (J.), Les remparts et les portes du vieux Guisnes, s.é., s.d.
Malpas Grey Egerton 1867 : MALPAS GREY EGERTON (Ph. de), A Commentary of the Services and Charges of William Lord Grey of Wilton, K.G., by his Son Arthur Lord Grey of Wilton, K.G., The Camden Society, Londres, 1867.
Mesqui 1993 : MESQUI (J.), Châteaux et enceintes de la France médiévale. De la défense à la résidence, Tome 2, Picard, Paris, 1993.
Munby 2014 : MUNBY (J.), « The Field of Cloth of Gold: Guînes and the Calais Pale Revisited », English Heritage Historical Review, 9 (2014), p. 29-63.
Nichols 1846 : NICHOLS (J. C.) [éd.], The Chronicle of Calais in the Reigns of Henry VII and Henry VIII to the year 1540, Camden Society, Londres, 1846.
Perreau, Lefranc 2005 : PERREAU (FR.), LEFRANC (G.), Mottes castrales et sites fortifiés médiévaux du Pas-de-Calais, Mémoires de la Commission départementale d’histoire et d’archéologie du Pas-de-Calais : 36, Arras, 2005.
Romier 1910 : ROMIER (L.), « Lettres de Giovanni Dalmatio au cardinal Farnèse (1558-1559) », Bibliothèque de l'école des chartes, 71 (1910), p. 311-331.
Routier 2018 : ROUTIER (J.-Cl.), « Entre Moyen Âge et Modernité : les embrasures de bouches à feu du château de Montcavrel aux remparts de Montreuil et dans la motte de Guînes », dans : Byhet (Th.), Aubry (Chr.) [dir.], Places fortes des Hauts-de-France, Volume 1 : Du littoral à l’arrière-pays (Pas-de-Calais et Somme), Actualités et recherches inédites, Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion : 57, Collection : Histoire et littérature du Septentrion, l’Institut de recherches historiques du Septentrion, Villeneuve d’Ascq, 2018. URL : http://books.openedition.org/irhis/1344
Routier, Mangeon 1999 : ROUTIER (J.-Cl.), MANGEON (G.), Motte de la Tour de l’Horloge, Rapport de diagnostic archéologique, AFAN Nord-Picardie, Service régional de l’archéologie Nord-Pas-de-Calais, Amiens-Villeneuve d’Ascq, 1999.
Routier, Segers 1993 : ROUTIER (J.-Cl.), SEGERS (B.), La Motte de la Cuve à Guînes (Motte de la Tour de l’Horloge), Rapport de sondage archéologique, Service régional de l’archéologie Nord-Pas-de-Calais, Villeneuve d’Ascq, 1993.
Saint-Génois 1782 : SAINT-GÉNOIS (J. de), Monumens anciens essentiellement utiles à la France, aux provinces de Hainaut, Flandre, Brabant... et autres pays limitrophes de l'empire, Chez Saillant, Paris, 1782.
Sandeman 1908 : SANDEMAN (G. A. C.), Calais under English Rule, B. H. Blackwell, Oxford, 1908.
Shelby 1967 : SHELBY (R.), John Rogers: Tudor Military Engineer, Oxford University, The Clarendon Press, Oxford, 1967.
Shelby 1969 : SHELBY (R.), « Guînes Castle and the development of English bastioned fortifications », Château Gaillard, 3 (1969), p. 139-143.
Soulat, Portet 2023 : SOULAT (J.), PORTET (N.), Guînes, rue du Petit Moulin (Pas-de-Calais), Étude du mobilier (métal, bois, cuir et lithique), Rapport d’études, LandArc, Fleurance, 2023.
Turpyn 1846 : TURPYN (R.), The Chronicle of Calais in the Reigns of Henry VII and Henry VIII to the Year 1540, Camden Society, Londres,1846.
Willot 2018a : WILLOT (J.-M.), « L’apport de l’archéologie préventive à la connaissance de sites castraux régionaux. Les exemples de la motte Sithiu et du château comtal de Saint-Omer et du château d’Hardelot. Intérêt et limites de l’approche », dans : Byhet (Th.), Aubry (Chr.) [dir.], Places fortes des Hauts-de-France, Volume 1 : Du littoral à l’arrière-pays (Pas-de-Calais et Somme), Actualités et recherches inédites, Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion : 57, Collection : Histoire et littérature du Septentrion, l’Institut de recherches historiques du Septentrion, Villeneuve d’Ascq, 2018. URL : http://books.openedition.org/irhis/946
Willot 2018b : WILLOT J.-M [dir.], AGOSTINI (H.), DEWITTE (O.), MEURISSE-FORT (M.), Guînes, Rue du Petit Moulin, Rapport de diagnostic archéologique, Direction de l’archéologie du département du Pas‑de‑Calais, Dainville, 2018.
Willot 2021 : WILLOT (J.-M.) [dir.], AGOSTINI (H.), DEWITTE (O.), MAJCHRZAK (N.), MEURISSE-FORT (M.), Guînes, Place Foch, Rapport de diagnostic archéologique, Direction de l’archéologie du département du Pas‑de‑Calais, Dainville, 2021.
Willot 2025 : WILLOT (J.-M.) [dir.], AGOSTINI (H.), BEAUCHAMP (A.), DEWITTE (O.), MAJCHRZAK (N.), Les fouilles du bastion de Guînes (rue du Petit Moulin), un témoignage de la poliorcétique anglaise du XVIe siècle sur le continent, Rapport final d’opération de fouille, Direction de l’archéologie du Pas‑de‑Calais, Dainville, 2025, à paraître.
Notes de bas de page
1Qualificatif employé par Giovanni Dalmatio en mission à la cour de France pour le compte du cardinal Farnèse (Romier 1910, p. 313). Le chroniqueur François de Rabutin signale qu’à la suite de la prise de Calais, le siège de Guînes est privilégié à celui de Gravelines, car la forteresse est considérée comme stratégiquement plus importante (Buchon 1884, p. 730).
2Nous tenons à souligner que cet article a bénéficié de nombreux travaux récents et de qualité d’archéologues et chercheurs qui sont cités en référence : Julian Munby, chercheur et ancien responsable de l’archéologie du bâti à Oxford Archaeology, est notamment l’auteur d’une synthèse sur le sujet (Munby 2014) ; Christine Cercy et Alain Henton, archéologues-chercheurs à l’Institut national de recherches archéologiques préventives, ont réalisé d’excellentes analyses des fortifications du bourg de Guînes dans le cadre de leur rapport de diagnostic (Henton 2006, Cercy 2012) ; Thomas Byhet (DRAC-SRA Hauts-de-France), responsable scientifique du projet collectif de recherche Les places fortes des Hauts-de-France, a abordé dans le détail et à travers les sources littéraires et iconographiques les fortifications en terre du Pale (Byhet 2021).
3Godefroy Ménilglaise 1855, p. 22.
4Routier, Segers 1993, p. 65-66, Routier, Mangeon 1999, p. 124-125 et Routier 2018. Des premiers niveaux de motte argileux ont livré un fragment de céramique du Xe siècle. Ils sont recouverts par des remblais hétérogènes datés du XIIIe au XVIe siècle qui sont venus tapisser les pentes du tertre durant l’usage de la motte.
5Entre 1181 et 1188 (Godefroy Ménilglaise 1855, p. 164). La pétrification des mottes dès la fin du XIIe siècle est un mouvement généralisé dans la région (Perreau, Lefranc 2005, p. 25).
6Godefroy Ménilglaise 1855, p. 22 et 30.
7Godefroy Ménilglaise 1855, p. 164.
8The Portuguese plan of the town and castle of Guînes, 1541, attribué à Diogo Telles (British Library, Collection Cotton, Ms Augustus I, vol. ii, folio 23). Il est difficile de déterminer sur la représentation pourtant détaillée des fortifications du vieux bourg si les talus sont surmontés d’une haie ou d’une palissade.
9Lieu-dit Les Remparts (Henton 2006).
10Henton 2006, p. 12-13.
11Voir note 8.
12Cercy 2012, p. 21.
13Cercy 2012, p. 26-27.
14Information de Jacques Louf (Louf s.d.), reprise par Christine Cercy lors de son étude (Cercy 2012, p. 18-21).
15Godefroy Ménilglaise 1885, p. 376-380.
16Agostini, Dewitte 2022, p. 174.
17Le choix d’un d’ouvrage défensif en terre pour défendre le vieux bourg, au XIIIe siècle comme au XVIe siècle, découle peut-être, dans les deux cas de figure, d’une même volonté d’optimisation du chantier grâce une économie de matériaux de construction (terre et bois ou végétaux), faciles et rapides à mettre en œuvre. L’inondation des fossés était de plus aisée grâce aux marais présents à l’ouest et au nord.
18Les chroniques s’arrêtent vers 1203, peu de temps avant le décès de Baudouin II. Le comte Arnould III mentionne la forteresse lorsqu’il renouvèle en 1248 l’hommage-lige à Robert d’Artois (Saint-Génois 1782, p. 566-567).
19Willot 2021.
20Cette partie de la forteresse possède un plan et une organisation intérieure très similaires à ceux du château comtal de Boulogne.
21La forteresse de Guînes entrerait dans la catégorie des châteaux de plan rectangulaire avec la résidence détachée dans un angle. Très similaire, le château de Calais, de 100 m de côté environ, est, lui, doté d’une tour maîtresse.
22Lenoir 2001, p. 21 et 42.
23Curveiller 2020.
24Richard Lee, ingénieur du roi, a été en charge des travaux durant sept années (Shelby 1967, p. 8 et Sandeman 1908, p. 38).
25Shelby 1967, p. 8-9, Munby 2014, p. 44-46 et Byhet 2021. Les Anglais ne différencient pas les bastions des boulevards qui sont qualifiés de bulwarke (Shelby 1967, p. 9, note 4). Les fortifications étaient vraisemblablement similaires à celles construites en Angleterre, dans le Kent ou les Downs : des boulevards circulaires en terre, sans parement pour beaucoup, avec remparts et fossés (Byhet 2021).
26Ces fortifications sont principalement en terre, habillées d’un parement maçonné (Shelby 1967, p. 136 et Byhet 2021).
27Jusqu’à très récemment, la collection était, en partie, consultable en ligne sur le site de la British Library : elle ne l’est plus désormais. Quelques plans et vues ont été publiés par Julian Munby (Munby 2014). Une copie fidèle, éditée en 1856, du plan anglais – The gateway of Guînes castle, 1545 (British Library, Collection Cotton, Ms Augustus I, volume ii, f° 52) – est consultable aux Archives départementales du Pas-de-Calais, Vue de la ville et du château de Guînes vers la fin du XVe siècle, d'après un plan de la Tour de Londres, 4J439/101.
28La correspondance et la comptabilité de l’année 1541 ont été éditées notamment par John Cough Nichols (Nichols 1846, p. 199-208).
29Cuchet 1788, p. 164-174 et Malpas Grey Egerton 1867, p. 18-39.
30Shelby 1967, p. 5 et 10-12.
31Ces artisans et ouvriers, pour beaucoup, viennent certainement d’Angleterre comme ceux dépêchés par la couronne dès 1535 pour réparer les murs défensifs (Shelby 1967, p. 5 et 9).
32Les deux carrières sont citées soit à proximité d’un lieu nommé La Chapelle (besides the Chappell), soit sur la colline de Fiennes (Fynes hill) (Nichols 1846, p. 200-201). Il est peu probant que The Chappell soit le hameau situé entre Gravelines et Vieille-Église (L’Église ou Saint-Omer-Capelle) dans la plaine maritime. Il s’agit peut-être du Mont Capels figuré sur une carte du Pale de 1550 attribuée à Thomas Petit (A colored chart of Calais and the country round it, as far as Ardres, Guines and Gravelines, drawn probably by Thomas Petit, about 1550, British Library, Collection Cotton, Ms Augustus I, volume ii, f° 71) et éditée dans l’ouvrage de John Gough Nichols (Nichols 1846, p. 28-29). Le hameau serait localisé sur les reliefs, à moins de 10 km à l’est de Guînes, qui sont constitués de la craie du Sénonien. La carrière du Mont de Fiennes est probablement celle figurée sur la carte du Calaisis sous domination anglaise à proximité de Fiennes (Carte du Calaisis sous la domination des Anglais de 1346 à 1556, reproduction de F. Cottel, Archives départementales du Pas-de-Calais, CPL 1414, 1876).
33L’étude des mortiers par Axel Beauchamp a pu déterminer la nature du sable (tertiaire et alluviale) et confronter ces résultats aux cartes historiques et géologiques pour localiser les potentiels sites d’extraction (Willot 2025).
34British Library, Collection Cotton, Ms Augustus I, volume ii, f° 71.
35Nichols 1846, p. 200-201. En 1541, 800 000 briques sont convoyées en un mois sur site (Nichols 1846, p. 200).
36Nichols 1846, p. 201-202. Il s’agit certainement de blocs provenant des carrières de Maidstone qui ont fourni les pierres du Kent pour de nombreux ouvrages en Angleterre.
37Nichols 1846, p. 200 et Shelby 1969.
38Voir le plan The Portuguese plan of the town and castle of Guînes, 1541, attribué à Diogo Telles, (British Library, Collection Cotton, Ms Augustus I, volume ii, f° 23).
39Shelby 1969, Routier, Segers 1993 et Routier 2018.
401540 (British Library, Collection Cotton, Ms Augustus I, volume ii, f° 12) et The Portuguese plan of the town and castle of Guînes, 1541, attribué à Diogo Telles, (British Library, Collection Cotton, Ms Augustus I, volume ii, f° 23).
41Willot 2018a.
42Plan of Guînes castle (Plate C), attribué à John Rogers, 1540 (British Library, Collection Cotton, Ms Augustus I, supplement 2).
43En 1541, les fossés et le Porton’s bulwark, côté sud-est de la forteresse, sont en chantier (Turpyn 1846, p. 199-202).
44The gateway of Guînes castle, 1545 (British Library, Collection Cotton, Ms Augustus I, volume ii, f° 52).
45Voir note 42.
46Willot 2018b. Le rapport de la fouille menée en 2021 est en cours de rédaction (Willot 2025).
47Les observations archéologiques ont essentiellement porté sur les parois intérieures des tranchées de fondation en raison des remontées d’eau du côté des douves qui ont empêché toute investigation profonde.
48La profondeur de la tranchée de fondation a été déterminée grâce aux résultats des études de sol qui ont percé les maçonneries jusqu’à la base et les données de la fouille (Barrois 2017, p. 27-31).
49Sa provenance, les carrières du Boulonnais ou du Kent, n’a pas pu être identifiée.
50La succession de niveaux de piétinement et de construction (mortier) signale un remblaiement concomitant à l’érection des murs.
51Ce sol était situé à la côte NGF de 5,50 m en moyenne au sud, proche des niveaux de circulation environnants actuels.
52Le terre-plein a pu disparaitre lors de la destruction des murs.
53Sur le plan de 1545, une partie des murs de la haute-cour et du boulevard, côté vieux bourg, est crénelée. De même, des lignes de larmiers sont présentes dans les parements des bastions et des boulevard (The gateway of Guînes castle, c. 1545, British Library, Collection Cotton, Ms Augustus I, volume ii, f° 52).
54L’accès aux galeries a permis d'estimer la hauteur du bastion qui ne devait pas dépasser les 4 à 5 m au-dessus du niveau de circulation du réduit.
55Le niveau d’eau actuel est situé à environ 1 m au-dessous du sol du renforcement.
56Mesqui 1993, p. 309-313 et 319-321.
57Une ouverture de tir de revers est peu probante, car elle s’ouvrirait dans les remblais de contrebutement intérieur.
58Après la disparition des fortifications, les fossés ont servi de vivier et de réservoir pour la chute d’eau d’un moulin jusqu’à la fin du XXe siècle. Actuellement, le bief coule à 3,50 m au-dessus du niveau des sources.
59Le percement dans la pierre était rectangulaire, peu adapté pour recevoir la tige d’un verrou. Aucune crapaudine n’a été repérée sur le seuil. Des éléments de pentures et de gonds ont été retrouvés dans le canal du batardeau qui signalent la présence de fermetures de baies ou de portes dans la fortification.
60Les informations sont tirées des résultats des sondages mécanisés lors du diagnostic archéologique (Willot 2018b) et de la fouille, complétés par ceux des sondages de sol (Barrois 2017).
61Lors du siège de 1558, les Français tentent de traverser le fossé du boulevard Mary large de 7 m (24 pieds) et avec de l’eau à hauteur des genoux (… nor in depth above a man's kneese…) (Malpas Grey Egerton 1867, p. 19).
62Henri VIII fait appel à des ingénieurs étrangers, italiens et portugais, au début de la campagne de modernisation des fortifications en Angleterre et sur le continent (Shelby 1967, p. 132 et 143). Le siège de Boulogne en 1544 est supervisé par un ingénieur italien, Girolomo da Treviso (Shelby 1967, p. 54).
63La rive gauche de l’estuaire Humber est défendue par un boulevard garni de plusieurs bastions dont l’un de plan tréflé (Kyngeston of Hull by Wenceslaus Hollar, University of Toronto, Wenceslaus Hollar Digital Collection et Plan of Hull fortifications, British Library, Collection Cotton, Ms Augustus I, supplement 4).
64Les travaux sont attribués à John Rogers (Gerbino, Johnston 2009) : A plan of the fortifications of the town of Portsmouth,1540-1545 (British Library, Collection Cotton, Ms Augustus I, volume i, f° 81).
65John Rogers est un acteur majeur des travaux (Shelby 1967, p. 54 et 60-85).
66Sur 29 pièces d’armement découvertes, 26 sont liés à l’artillerie (veuglaire, boulets, affûts, corroie, moule à balle, boite à poudre, etc.). L’étude du mobilier a été réalisée par Jean Soulat et Nicolas Portet du laboratoire LandArc (Soulat, Portet 2023).
Auteur
-
Jean-Michel Willot
Chef du Service d'archéologie préventive, responsable d’opérations, Direction de l’archéologie du département du Pas-de-Calais
willot.jean.michel@pasdecalais.fr
Le texte seul est utilisable sous licence Creative Commons - Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International - CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Se vêtir à la cour en Europe 1400-1815
Cultures matérielles, cultures visuelles du costume dans les cours européennes
Isabelle Paresys et Natacha Coquery (dir.)
2011
Les lettrés de la République
Les enseignants de la Faculté des Lettres de Douai puis Lille sous la Troisième République (1870-1940)
Jean-François Condette
2006
Héros militaire, culture et société (XIXe-XXe siècles)
Claude d'Abzac-Épezy et Jean Martinant de Préneuf (dir.)
2012
Archives, archivistes, archivistique dans l'Europe du Nord-Ouest du Moyen Âge à nos jours
Entre gouvernance et mémoire
Martine Aubry, Isabelle Chave et Vincent Doom (dir.)
2007
Les Cardinaux de la Renaissance et la modernité artistique
Frédérique Lemerle, Yves Pauwels et Gennaro Toscano (dir.)
2009
Élites et sociabilité au XIXe siècle
Héritages, identités
Hervé Leuwers, Jean-Paul Barrière et Bernard Lefebvre (dir.)
2001
Bède le Vénérable
Entre tradition et postérité
Stéphane Lebecq, Michel Perrin et Olivier Szerwiniak (dir.)
2005
De Georges Clemenceau à Jacques Chirac : l'état et la pratique de la Loi de Séparation
Robert Vandenbussche (dir.)
2008
4000 bourgeois de Lille au xive siècle
Le premier Registre aux Bourgeois (1291-1355). Édition et commentaire
Martine Aubry
1999
Un ministre artésien dans la crise du 16 mai
La correspondance entre Auguste et Lucie Paris (16 mai - 23 novembre 1877)
Jean-Marc Guislin
2002
