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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral 1. Introduction 2. La destruction des symboles marials durant l’occupation anglaise (1544-1550) 3. L’aménagement des boulevards défensifs anglais à Boulogne : les boulevards Clément et Notre-Dame 4. La restauration des symboles marials aux XVIe et XVIIe siècles 5. Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Places fortes des Hauts-de-France – 5 –

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    Table des matières

    Ruines mariales et boulevards anglais à Boulogne aux XVIe et XVIIe siècles

    Marian ruins and English bulwarks in Boulogne in the 16th and 17th centuries

    Thomas Byhet

    Résumés

    De 1544 à 1550, le siège, puis l’occupation anglaise vont transformer profondément la topographie de Boulogne. Afin de sécuriser sa conquête, le roi Henri VIII ordonne que la ville et son territoire soient puissamment fortifiés. Mais le financement ne suit pas et l’état-major doit parer au manque de matériaux en puisant dans les monuments de la ville. Deux ouvrages défensifs construits par les ingénieurs anglais sont les témoins de cette intense campagne de fortification, des errances financières de la couronne anglaise et des destructions irrémédiables causées à la parure architecturale boulonnaise au milieu du XVIe siècle.

    From 1544 to 1550, the siege and then the English occupation profoundly transformed the topography of Boulogne. To secure his conquest, King Henry VIII ordered that the city and its territory be heavily fortified. However, funding was lacking, and the general staff had to compensate for the lack of materials by drawing on the city's monuments. Two defensive works built by English engineers bear witness to this intense fortification campaign, the financial mismanagement of the English crown, and the irreparable destruction caused to Boulogne's architectural adornment in the middle of the 16th century.

    Entrées d’index

    Mots-clés : Boulogne-sur-Mer, Pas-de-Calais, époque moderne, XVIe siècle, XVIIe siècle, 1544, siège de Boulogne, occupation anglaise, église Notre-Dame, oratoire, fortification, fort, boulevard, haute-ville, basse-ville, boulevard Clément, boulevard Notre-Dame

    Keywords : Boulogne-sur-Mer, Pas-de-Calais, Early modern period, 16th century, 17th century, 1544, First Siege of Boulogne, English occupation, Our Lady’s church, oratory, fortification, fort, bulwark, upper town, lower town, Clement’s bulward, Our Lady’s bulwark

    Texte intégral 1. Introduction 2. La destruction des symboles marials durant l’occupation anglaise (1544-1550) 3. L’aménagement des boulevards défensifs anglais à Boulogne : les boulevards Clément et Notre-Dame 4. La restauration des symboles marials aux XVIe et XVIIe siècles 5. Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1. Introduction

    1En 1619, la découverte d’une effigie de Notre-Dame de Boulogne, lors de travaux effectués dans la basse-ville, rappelle aux Boulonnais que l’occupation anglaise, de 1544 à 1550, s’est accompagnée de la destruction de nombreux monuments, et parmi lesquels se trouvent plusieurs ouvrages d’architecture et de sculpture consacrés à la Vierge nautonière. Les chroniqueurs et historiens, contemporains ou non, ont cherché à expliquer ces faits par la haine que les Anglais portaient à Notre-Dame de Boulogne. En réalité, les destructions répondent à des motifs plus prosaïques : le besoin d’espace et la recherche de matériaux pour la création de deux boulevards défensifs dans les haute et basse-ville de Boulogne.

    2. La destruction des symboles marials durant l’occupation anglaise (1544-1550)

    2Au Moyen Âge, Boulogne est le centre de l’un des pèlerinages les plus importants de la chrétienté, celui dédié à la Vierge Marie. La tradition, remontant peut-être au XIIIe siècle1, rapporte que dans la première moitié du VIIe siècle, à une date qui varie selon les sources, une nacelle, c’est-à-dire une barque sans voiles, poussée par des anges, accoste sur le rivage de la Liane : à l’intérieur de l’esquif, se trouve une statue de la Vierge (fig. 1).

    Fig. 1. Accostage de la nacelle miraculeuse sur le rivage de la Liane : dans la barque, se trouve la statue en bois de la Vierge Marie

    © Bibliothèque nationale de France–Bibliothèque de l'Arsenal, Ms-5126 réserve, f° 6r

    3Le miracle s’accompagne de la construction d’un lieu de culte dans la haute-ville, l’église Notre-Dame, qui accueille l’image miraculeuse et dont le plan évolue durant plusieurs siècles (fig. 2). La propagation de la légende attire les pèlerins en grand nombre et le sanctuaire devient l’un des plus fréquentés, à la faveur également des nombreux miracles attribués à la Vierge. Toutefois, la renommée de l’église n’empêche pas sa dévastation, voire même sa destruction partielle, lors des conflits qui ont émaillé le Boulonnais au cours du XVIe siècle.

    Fig. 2. Restitution 3D de l’église Notre-Dame de Boulogne au Moyen Âge vue en direction du nord-ouest : de gauche à droite, le grand portail de l’église, la tour carrée du transept, le chœur et la chapelle Notre-Dame

    © Héritage Virtuel 3D–Ville de Boulogne-sur-Mer, 2018-2025

    4Ainsi, lors du siège de la ville, du mois de juillet au mois de septembre 1544, mais plus particulièrement au mois d’août, l’artillerie anglaise occasionne de nombreux dégâts à l’église Notre-Dame (fig. 3). Les mardi 5 et jeudi 7 août, le rempart qui longe l’église, le « rempart Notre-Dame », est fortement canonné2. Dans la semaine du 11 au 17 août, les Anglais concentrent leurs tirs sur la tour de transept de l’église, qui sert aussi de clocher3. Les jeudi 14 et vendredi 15, elle est atteinte4, comme en témoigne le prêtre Aléame5 Morin, réfugié en la haute-ville et témoin oculaire de ces destructions :

    Le jeudy ensuivant, nuict de l’Assomption de Marie, et le jour (…) le clochier de l’église fust quasi mise à plat. [Les Anglais] firent grand damage à la prédicte église (…) Ils battirent si bien la tour et le clochier, qu’il n’y demeura rien (…)6.

    Fig. 3. À gauche, représentation du siège de Boulogne en 1544 (détail) : l’armée anglaise a pris position au nord-est de la haute-ville (Highe Bouilloigne) dont on devine le château à l’arrière-plan – à droite, vue de l’église Notre-Dame pilonnée par l’artillerie anglaise : le clocher s’est effondré et la charpente de la toiture a pris feu

    © James Basire, The Siege of Boulogne by Henry VIII, 1544, 1788–Royal Academy of Arts, Londres

    5Le samedi 16, un projectile tombe à l’arrière de l’église, fait des victimes et attire la foule7. Le mardi 19, dans la soirée, la nef est détruite et la tour finit par s’effondrer8, mais sans que la voûte qui la soutient ne s’écroule, retenant même les cloches. Cet effondrement tire les larmes du prêtre Morin :

    Après soleil couchant, à huict ou neuf heures, ce jour fust tresbuchant le clocher, dont je pleure (…) la voulte de la tour ne fust de rien gastée. Elle receut ses cloches, tant estoit bien voultée9.

    6Après la prise de la ville, le dimanche 14 septembre 1544, et tout au long des années qui vont suivre, l’occupant va mettre à mal une église fortement ruinée, en la transformant en une forge et en un arsenal10. Chroniqueurs et historiens contemporains attestent de ce fait, à l’exemple de Guillaume Paradin qui rapporte que les Anglais en ont fait (…) un magazin de Vulca(i)n et sanguinaire officine de Mars11, ou du lieutenant de Boulogne, William, Lord Grey, qui, le 14 février 1547, estime que les vivres qu’il doit recevoir pourront facilement être entreposés dans l’église Notre-Dame et l’abbaye voisine, après réparations des lieux12.

    7Un autre monument, en lien avec l’apparition mariale, a également subi les outrages de l’envahisseur : la montjoie13 Notre-Dame. Cet oratoire, dédié à la Vierge nautonière, était situé sur le port, à l’endroit même où, selon la tradition, la barque s’était autrefois immobilisée sur le rivage : il est détruit à une date qui n’est pas connue durant l’occupation anglaise, mais qui peut être cernée, comme nous le verrons par ailleurs. Au XVIIe siècle, dans son Histoire de l’ancienne image de Nostre Dame de Boulongne, le capucin Alphonse de Montfort relate a posteriori les faits et décrit brièvement l’image qui décorait l’oratoire (fig. 4) :

    Ces infidelles [les Anglais] aussi poussez de ce mesme esprit [de sacrilège] mirent en pièces une image de la Vierge avec un navire & quatre anges dedans, qu’ils trouvèrent au port de Boulongne, qui estoit là de tout temps pour mémoire de l’arrivée de son image miraculeuse lors qu’elle vint d’Orient14.

    Fig. 4. Soldats anglais mettant à bas une montjoie dédiée à Notre-Dame au XVIe siècle

    © Artiste inconnu, Le roi Édouard VI et le Pape, ca. 1575 (détail), National Portrait Gallery, Londres, 17/1278

    8Cette montjoie renvoie à un autre monument, plus ancien, dont l’existence est attestée au Moyen Âge15 : un « pel », c’est-à-dire un poteau, planté sur la grève, immédiatement après l’accostage de la barque miraculeuse (fig. 5). Ce poteau existait encore au XVe siècle si l’on en croit l’anonyme de La manière de la fondation et augmentation de l'église Nostre Dame en Boullongne16 :

    Les bourgois et manans de la ville de Boullongne sur la mer, pour le grant miracle quilz avoient veu, et adfin de mémore d’icelluy, plantèrent et misrent un pel au lieu par où la glorieuse Vierge arriva17, et ancores y est comme il est notoire : car plusieurs gens l’y ont veu et moy mesme. Ce pel fut planté et assis au plus prez de l’eaue ; mais toutes voies pour l’eure présente on parchoit évidamment que l’eaue s’est retraite et n’aproce pas le pel de si prez que au tempz qu’il y fut mis premiers18.

    Fig. 5. Plantation d’un pel sur le rivage de la Liane au point d’accostage de la nacelle miraculeuse

    © Bibliothèque nationale de France–Bibliothèque de l'Arsenal, Ms-5126 réserve, f° 12r

    9Si la montjoie traduit peut-être la pétrification ultérieure de ce premier mémorial en bois, elle était placée à un endroit plus proche de la Liane à l’époque moderne que le poteau médiéval : en effet, l’anonyme du XVe siècle indique bien que ce poteau était déjà bien éloigné du rivage à son époque.

    3. L’aménagement des boulevards défensifs anglais à Boulogne : les boulevards Clément et Notre-Dame

    10Plusieurs chroniqueurs et historiens, ceux contemporains des faits précédents, comme ceux les relatant ultérieurement, ont expliqué le saccage des symboles marials par des motifs religieux et par la haine que les Anglais portaient à l’image de Notre-Dame de Boulogne. Il est vrai que l’avènement de l’Anglicanisme, en 1534, a été suivi d’une vague importante d’iconoclasme conduisant à la destruction des sculptures dans les lieux de culte anglais19. Aussi, en 1544, la portée symbolique de l’image sacrée de Notre-Dame de Boulogne n’était pas la même pour les Anglicans, d’un côté, et pour les Catholiques, de l’autre. Après la conquête, la statue de la Vierge nautonière, qui trônait dans l’église, est outragée, puis subtilisée et envoyée en Angleterre20. La portée des destructions a même été exagérée : Francis Godwin évoque ainsi l’anéantissement complet de l’église Notre-Dame après l’entrée du roi Henri VIII dans la ville conquise21. Or, nous venons de le voir, seul le clocher a été abattu lors du siège et l’église a été transformée en arsenal durant l’occupation (fig. 6).

    Fig. 6. L’église Notre-Dame sous la bannière royale anglaise en 1549 : le clocher écrêté semble doté d’une plateforme défensive

    © Anonyme, Bologna in Francia, 1549–Bibliothèque nationale de France, département Cartes et plans, GE DD-627 (80 RES)

    11En réalité, les textes, contemporains ou non, précisent, en plus du périmètre réel des dommages, le véritable motif des démolitions. Celui-ci est principalement stratégique. Après la prise de la ville, Henri VIII doit s’assurer que l’occupation de Boulogne est durable afin d’asseoir une base territoriale stable et nécessaire à l’expansion de ses futures conquêtes : le roi souhaite occuper tout le Boulonnais jusqu'à Étaples et la Canche, au sud22. Légèrement modernisées avant 1544, les fortifications de Boulogne étaient en piteux état après le siège23. Après la conquête, haute-ville, basse-ville et territoire alentour connaissent une frénésie de travaux de fortification, destinés à les renforcer et à les défendre des troupes françaises installées sur la rive gauche de la Liane, à Outreau et Le Portel (fig. 7). Dans son étude sur Les fortifications de Boulogne sous l'occupation anglaise, publiée en 1958, l’historien Pierre Héliot a bien décrit l’ensemble de ces travaux dans la ville conquise, secteur par secteur24. Plusieurs ouvrages ont été rénovés ou complétés, d’autres ont été construits de neuf : le financement de ces travaux, l’importation des matériaux et le recours aux pionniers25 ont nécessité une part active du Trésor anglais, mais celle-ci s’est rapidement tarie et l’activité s’est mise à stagner26.

    Fig. 7. La ville de Boulogne assiégée par les troupes françaises en 1549 (détail) – Positions anglaises : 1. fort de la Tour d’Ordre ; 2. fort du Paradis ; 3. haute-ville ; 4. basse-ville – Positions françaises : en 5. fort d’Outreau

    © Anonyme, Bologna in Francia, 1549–Bibliothèque nationale de France, département Cartes et plans, GE DD-627 (80 RES)

    12Parmi les ouvrages aménagés durant l’occupation anglaise, deux nous intéressent plus particulièrement : le boulevard Clément, ou Clement’s bulwark, et le boulevard Notre-Dame, ou Our Lady’s bulwark. Rappelons ici la définition du mot « boulevard » qui désigne à l’époque moderne un ouvrage de fortification avancé, d’abord élevé en terre gazonnée, puis maçonné, qui protège murs et points faibles27.

    Fig. 8. Plan de la ville de Boulogne sous occupation anglaise en 1546 : en 1. localisation du boulevard Clément dans la basse-ville ; en 2. localisation du boulevard Notre-Dame dans la haute-ville ; les flèches rouges indiquent les orientations de surveillance et de tir des boulevards (vers la campagne pour le boulevard Notre-Dame et en amont de la Liane pour le boulevard Clément)

    © British Library, Collection Cotton, Ms Augustus I, volume 2, n° 77

    13Le boulevard Clément prend place à l’angle sud-ouest de la basse-ville fortifiée par les Anglais (fig. 8, n° 1). La date exacte de sa construction n’est pas connue, mais il est cité dès la fin du mois de mars 1546 dans une lettre du Conseil de Boulogne adressée au Conseil à Londres : il y est désigné sous le nom de « boulevard en pierre, du côté du port » (the Stone bulwark upon the Haven side)28. Il prend, par la suite, le nom de « Clément », qui est, peut-être, celui du premier capitaine qui en avait alors la charge29. En août 1548, dans une lettre du maître-artilleur du fort de la tour d’Odre (le Old Man des Anglais), Ninian Sanderson, on apprend que huit canonniers sont affectés à la défense du boulevard30. Il est encore mentionné en juin 154931, mais n’est toujours pas achevé à cette date, comme l’indique un passage de L’advis de la qualité de ceulx qui sont dedans Boullongne, rapport probablement rédigé par un espion à la solde des Français :

    Du costé devers Monstreulx, ilz [les Anglais] ont faict un boulovart en troys poinctes, tout de pierre, lequel n'est encores achevé, et est nommé le Belovart de Clément, et le capitaine dudit boulovart se nomme Mr Coffu, lequel a iiiixx soldatz, lesquelz sont tous picards, lesquels estoient habitans d'auprès de Boulloigne, et sont à présent angloys jurez ; et a esté ledit cappitaine toujours nourry là depuis la guerre, et a ledit cappitaine quelque expérience du faict de la guerre32.

    14Ce boulevard, entièrement maçonné, affecte donc un plan triangulaire : établi sur le port, le long de la Liane, il surveille les mouvements ennemis qui pourraient survenir depuis le sud et en amont du fleuve33. Il peut accueillir un nombre conséquent de soldats si l’on en croit l’espion qui y signale la présence, en 1549, de Picards, au nombre de 80, placés sous les ordres du capitaine Coffu34 : ayant trahi leur patrie, le comportement de ces soldats, qui habitaient, il y a peu encore, des villages proches Boulogne, est blâmé plus encore que celui des Anglais.

    15Après le retour de la ville à la couronne française, en 1550, le boulevard subsiste. Désormais, dans les textes de la seconde moitié du XVIe siècle, Il apparaît sous le nom d’Éperon35, en raison de son plan qui présente un angle saillant (fig. 9) : en 1564, un pan de mur tombe du fort de l’Espron36 ; en juillet 1571, en l’honneur de l’entrée à Boulogne du duc de Longueville, gouverneur de Picardie, on tire un feu d’artifice depuis ce petit fort nommé l’Esperon séant sur le rivaige37 ; en septembre 1590, il est dénommé, dans un acte municipal, boullevert de l’Esperon, fort de l’Esperon ou, plus simplement, l’Esperon38 ; et, en 1596, dans la description que fait Guillaume Le Sueur de Boulogne, il est compris dans les deux à trois esperons que compte la muraille de ce côté de la ville39.

    16Au XVIIe siècle, l’Éperon sera intégré dans les jardins du couvent des Capucins, comme nous le verrons ci-dessous. Au XVIIIe siècle, l'Éperon ne semble plus qu'un souvenir dans la topographie urbaine, comme l'indique ce témoignage : en 1743, dans une convention passée entre la municipalité de Boulogne et des négociants, est mentionné le prolongement d’un quai à construire, au midi et vers l’aval, à la fosse l’Épron (…) où était originairement un bastion40.

    Fig. 9. Le fort de l’Éperon (cercle rouge) à l’extrémité sud-ouest de la basse-ville au début du XVIIe siècle

    © Claude Chastillon, La petite ville de Boulogne sur Mer, non daté–Bibliothèque des Annonciades, Boulogne-sur-Mer, Portefeuille 46 n° 16

    17Le boulevard Notre-Dame est établi dans la haute-ville sur les ruines du sanctuaire marial (fig. 8, n° 2). Les sources textuelles le mentionnant sont légèrement plus tardives que celles qui concernent le boulevard Clément : aussi, la date de son aménagement demeure inconnue. À la prise de la ville, les Anglais investissent une église dont le clocher a été fortement endommagé par les tirs d’artillerie. Comme l’indique, en 1550, Guillaume Paradin, dans la version francisée de son Histoire de nostre temps, l’arasement de cette tour favorise, par la suite, l’installation d’une plateforme de tir élevée qui, à n’en pas douter, devait offrir une vue dégagée sur la ville et ses proches alentours :

    Mais si ne peut [Oudard du Biez] tant faire, que les ennemis [les Anglais] ne fortifiassent la ville, faisant des fors & des plattes formes ès principaux bastiments comme en l’église Nostre Dame (…)41.

    18Mais c’est l’espion anonyme qui, en 1549, a produit un rapport, déjà cité plus haut, sur l’état de la ville de Boulogne qui est le plus précis sur cet ouvrage défensif :

    Le clocher de l'esglize Notre-Dame, ilz [les Anglais] ont rempliz de terre dedans jusques au dessus, et là dessus ilz ont faict une plateforme où sont assizes quatre pièces d'artillerye de fonte, une demye coullevrine, ung sacre, une moyenne et ung faulcon. Et là dessus, ilz ont faict ung parpect de boys pour retenir la pièce quant elle reculle. Depuis, au boullovart de Notre-Dame jusques à la tour Flamingue, ilz ont tout réparé la batterye de Mr l'admyral d'Angleterre de terre et de fagotz et non de pierre, et ainsi ilz ont réparé jusques au château42.

    19Sur les ruines du clocher, comblé de terre, les Anglais ont posé une plateforme limitée sur son pourtour par un parapet de bois : c’est cet aménagement, équipé de plusieurs pièces d’artillerie, qui porte le nom de « boulevard de Notre-Dame »43. Ce boulevard connaît une existence éphémère après 1550 : il disparaît vraisemblablement lors des campagnes de restauration du sanctuaire mises en place dans les décennies qui suivent la reprise de la ville.

    4. La restauration des symboles marials aux XVIe et XVIIe siècles

    20Le 24 mars 1550, la signature du traité d’Outreau met fin à six années d’occupation anglaise. Un mois plus tard, le 25 avril, jour de la saint Marc, le gouverneur de Boulogne, Edward Clinton, remet les clés de la ville à François de Montmorency, sieur de La Rochepot, lieutenant-général de la Picardie et représentant du roi de France, contre le versement de 400 000 écus44. Le 15 mai, Henri II fait son entrée solennelle dans la cité, puis se rend à l’église Notre-Dame pour rendre grâce à la Vierge45.

    21Afin de recevoir le roi du mieux qu’il le peut, l’abbé de Notre-Dame, Jean de Rebinghes, fait nettoyer et décorer le sanctuaire quelques jours avant l’entrée d’Henri II : il parvient à aménager dans les ruines de l’église une chapelle avec de la toille et des cordages en forme de tentes, suspendues sur six piliers de bois, la nécessité présente ne luy permettant point d’en faire davantage46.

    22Quelques mois plus tard, la statue de la Vierge est de retour sur les terres boulonnaises : envoyé en otage en Angleterre, avec plusieurs autres seigneurs français, pour assurer la bonne marche du traité, Louis III de la Trémoille, vicomte de Thouars, parvient à convaincre le roi Édouard VI de rendre l’image sainte et, à son retour de captivité, la fait porter en procession jusqu’à l’église Notre-Dame47.

    23L’année 1550 voit aussi l’émergence des premiers travaux de reconstruction de l’église : le roi Henri II accorde cent chênes issus des forêts de Boulogne et des sommes d’argent conséquentes pour restaurer le sanctuaire48. En 1551, c’est François de Raisse, seigneur de la Hargerie, conseiller et maître d’hôtel du roi, qui donne une somme de 6 000 francs pour réparer la couverture de l’église49.

    24Malheureusement, ces travaux sont presque menés en pure perte, puisqu’en 1567, l’église est de nouveau vandalisée et incendiée par les Huguenots, maîtres de la ville durant 8 mois, tandis que la statue de la Sainte-Vierge disparaît, emportée par des soldats flamands et jetée dans l’un des puits du château de Honvault, au nord de Boulogne : « redécouverte » en 1607, l’image sainte ne reprendra sa place dans le sanctuaire qu’en 1630, après une enquête longue et minutieuse confirmant l’authenticité de la relique50.

    25Douze ans après la découverte de l’image sainte, des travaux menés dans la basse-ville ont une répercussion sur le décor extérieur de l’église Notre-Dame, dans la haute-ville : ces travaux sont liés au couvent des Capucins. Cette communauté de religieux obtient la permission de s’installer à Boulogne le 6 juin 1618. La première pierre de leur église, dédiée au saint Sauveur, est posée le 22 juillet 1619 par l’évêque de Boulogne, Claude Dormy : le lieu de culte, doté également d’une chapelle Notre-Dame, ne sera consacré que le 29 mai 1635 par l’évêque Jean Dolce51.

    Fig. 10. À gauche, localisation du couvent des Capucins (rectangle rouge) dans la basse-ville de Boulogne au XVIIIe siècle ; à droite, localisation de l’Éperon (cercle rouge) dans le couvent des Capucins

    © Anonyme, Plan de Boulogne, non daté–Bibliothèque nationale de France, département Cartes et plans, GESH18PF35DIV5P10

    26Les Capucins s’installent sur un vaste terrain situé dans l’angle sud-ouest de la basse-ville, le long de la liane et l’abri des fortifications (fig. 10 et 11) : en dehors des bâtiments conventuels, la majeure partie de ce terrain est occupée par des jardins et un bois. Mais, surtout, le couvent englobe, dès son installation et dans son périmètre, le fort de l’Éperon construit durant l’occupation anglaise52.

    Fig. 11. Localisation du couvent des Capucins dans la trame urbaine actuelle de la ville de Boulogne : en rouge, extension maximale du couvent selon les plans de Boulogne (selon ces plans, la moitié orientale du couvent – en tramé – peut être retranchée du couvent) ; en jaune, cadastre du XIXe siècle ; en bleu, tracé des fortifications ; en 1. localisation du fort de l’Éperon ; en 2. localisation des bâtiments conventuels du couvent

    © Géoportail, 2025–Bibliothèque nationale de France, département Cartes et plans, GESH18PF35DIV5P10–Archives départementales du Pas-de-Calais, 3 P 160/83, section B2, 1808-1813–Dao : Th. Byhet, 2025

    27Et c’est en travaillant plus particulièrement dans ce secteur que la découverte suivante est faite : en démontant l’un des murs de l’ouvrage défensif, on met au jour la statue de la Vierge qui décorait la montjoie Notre-Dame détruite par les Anglais après la prise de la ville en 1544. Le chanoine Daniel Haigneré place cette découverte en 1619, aux premiers moments de la construction du couvent, et suppose logiquement que la montjoie devait s’élever à cet endroit, au lieu-dit Le Petit Rivage, avant sa destruction53. Voilà qui donne le motif de la destruction de ce symbole marial durant l’occupation anglaise : la récupération de matériaux pour la construction du boulevard Clément, matériaux dont les Anglais manquaient cruellement. Dans son Histoire de l'ancienne image de Nostre Dame de Boulongne, publiée en 1634, le père capucin Alphonse de Monfort ne dit pas mieux en donnant la relation suivante de la découverte :

    [Les Anglais] s’en servirent au lieu de blocailles (car elle estoit faicte de pierre avec son navire) pour mettre aux fondemens d’un boulevart, qu’on voit encore dans le couvent des Capucins, d’où depuis quelques années cette image ayant esté retirée (…) enfermée parmy les pierres & le ciment54.

    28La sculpture n’est pas restée entre les mains des Capucins : en 1627, Gilles Folie, grand vicaire, chanoine et curé de Boulogne, la récupère et la fait poser au-dessus du grand portail de l’église Notre-Dame55, dans la haute-ville (fig. 2 et 12). Dans son Histoire de Nostre-Dame de Boulogne, publiée en 1681, Antoine Le Roy, archidiacre et chanoine de Notre-Dame, précise :

    Il y a cela de remarquable en cette image, qu’ayant esté jettée par les Anglois dans les fondemens d’un boulevard, qui fait maintenant partie du jardin des Pères Capucins, elle en fut tirée quatre vingts ans après aussi saine et entière qu’on la voit aujourd’huy56.

    Fig. 12. À gauche, vue du moulin l’Abbé à Saint-Martin-Boulogne, XIVe siècle : à droite, bloc sculpté représentant la barque miraculeuse inséré au-dessus de l’une des portes du moulin : ce bloc fait penser à celui découvert dans les maçonneries du fort de l’Éperon en 1619 et placé au-dessus du grand portail de Notre-Dame de Boulogne en 1627

    © Photographies : L. Manganello, 2012

    29À travers ce témoignage, Antoine Le Roy donne la date de destruction de la montjoie, à savoir l’année 1547, date vraisemblablement approximative, mais qui correspond aux données connues de l’aménagement du boulevard Clément, comme nous l’avons vu plus haut.

    5. Conclusion

    30L'occupation anglaise de Boulogne entre 1544 et 1550 a eu des conséquences non négligeables sur le patrimoine architectural et religieux de la ville. Les fortifications imposées par Henri VIII, à l’exemple des boulevards Clément et Notre-Dame, ont non seulement modifié le paysage urbain, mais ont également entraîné la destruction ou la profonde altération de monuments emblématiques de la ville médiévale, tels que la montjoie et l’église Notre-Dame. Après l’occupation et ses destructions, vient le temps de la reconstruction qui affecte les anciens boulevards. Si le boulevard Notre-Dame disparaît rapidement avec la restauration de l’église, le boulevard Clément demeure, englobé dans le couvent des Capucins et ses jardins : sa disparition doit être concomitante de l’urbanisation galopante et des restructurations survenues dans la basse-ville entre la fin du XVIIIe siècle et le XIXe siècle57.

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    Notes de bas de page

    1Enlart 1899, p. 168.

    2Morand 1866, p. 16, strophes 19 et 20.

    3Morand 1866, p. 20, strophes 42 et 43. Voir aussi Halle 1550, f° 259 : And within two dayes after, the kyng rode about al the toune, within the walles, and then commaunded that our Lady Church of Bullein should be defaced and plucked doune, where he appoynted a Mount to made, for the great force and strength of the toune.

    4Le Roy 1681, p. 119-120 et Haigneré 1864, p. 162.

    5Ce prêtre est aussi connu sous le nom d’Antoine Morin (Deseille 1885-1886, p. 221-222 et 326).

    6Morand 1866, p. 19, strophes 35 et 36.

    7Morand 1866, p. 20, strophe 41.

    8Loigny 1647, p. 266 et Rosny 1906, p. 396.

    9Morand 1866, p. 22, strophes 52 et 53.

    10Loigny 1647, p. 269.

    11Paradin 1550, p. 137, repris par Le Roy 1681, p. 126, Haigneré 1864, p. 166 et 1890, p. 290, Deseille 1885-1886, p. 520, Lefebvre 1894, p. 153 et Héliot 1958, p. 23-24. Vulcain est le dieu romain de la forge et le patron des forgerons.

    12Turnbull 1861, p. 302, n° 29 et Héliot 1958, p. 24.

    13Au Moyen Âge, on appelle « montjoie » un oratoire placé le long des chemins, au croisement des routes ou à un emplacement significatif : cet oratoire peut être composé d’une colonne portant une sculpture religieuse ou d’une pile percée d’une niche abritant une image pieuse (Irigoin 1935).

    14Montfort 1634, p. 120. Voir aussi Lefebvre 1894, p. 153-154.

    15Haigneré 1863, p. 14.

    16Bibliothèque nationale de France–Bibliothèque de l'Arsenal, Ms-5126 réserve.

    17Au XIXe siècle, ce lieu était encore identifié au « fonds Notre-Dame », situé au sud de la porte des Degrés et connu sous le nom de « sablon Notre-Dame » au Moyen Âge (Haigneré 1863, p. 14, n. 2, 1880, p. 32-33, 1881, p. 137 et 1884, n° 98, p. 90-96).

    18Voir note 16, f° 13r°, repris par Haigneré 1863, p. 45 et Clauzel-Delannoy 2004, p. 200-201.

    19Cachaud 2014 et Murphy 2019, p. 226-227.

    20Le Roy 1681, p. 125, Haigneré 1864, p. 74 et Lefebvre 1894, p. 153.

    21Loigny 1647, p. 269 et Héliot 1958, p. 23.

    22Gairdner, Brodie 1908, p. 338-339, n° 685.

    23Héliot 1958, p. 5-6.

    24Héliot 1958.

    25Soldat employé aux travaux de terrassement ou à l'aménagement des positions défensives.

    26Héliot 1958, p. 7 et suivantes.

    27Viollet-le-Duc 1859, p. 219-220 et Pérouse de Montclos 2011, p. 590, s. v. « Boulevard ».

    28Gairdner, Brodie 1908, p. 226, n° 481. Un « nouveau boulevard en pierre en cours de construction au sud-ouest de la Basse-Boulogne » (The new bulwark of stone that is making on the south west part of Bace Bolloyn) est cité le 10 juillet 1545 dans une lettre de Thomas Lord Poynings adressée au roi Henri VIII. Le Lord demande également que davantage de pionniers soient envoyés « pour aider Rogers à construire le boulevard en pierre de la Basse-Boulogne » (to help Rogers in making up the stone bulwark at Bace Bolloin) (Gairdner, Brodie 1905, p. 568-569, n° 1160). Enfin, dans une lettre écrite le 16 juillet 1545 et adressée à Henri VIII, Thomas Poynings évoque le « nouveau boulevard en pierre (situé) à l'extrémité de la basse-Boulogne (et près de l'eau) » (the new stone bulwark at the end of Bace Bulloin ... by the water side) (Gairdner, Brodie 1905, p. 583-584, n° 1200). La terminologie employée pour ce boulevard ressemble à celle utilisée pour le boulevard Clément. Pierre Héliot pense, au contraire, qu’il désigne le fort que les Anglais nomment Young Man et les Français Maison-Rouge (Héliot 1958, p. 11).

    29Dans une dépêche anglaise datée du 4 décembre 1545 et adressée au roi Henri VIII, Henry Howard, comte de Surrey, cite un capitaine italien, nommé Clement, dans le récit d’une escarmouche entre Anglais et Français sur la colline d’Outreau (Gairdner, Brodie 1907, p. 466, n° 929).

    30Turnbull 1861, p. 352-353, n° 164.

    31Haynes, Cecil 1740, p. 109.

    32Français 3127, f° 42v et Haigneré 1869a, p. 436-437.

    33Le boulevard Clément est particulièrement bien représenté sur le Colored plan of Boulogne and the country round it, dessiné vers 1545 (British Library, collection Cotton, Augustus I, volume 2, n° 53) : le boulevard, dont la forme triangulaire, très prononcée, s'enfonce dans l'eau de la Liane, dispose, sur ce plan, de trois armes à feu.

    34Victor-Jules Vaillant propose d’y lire, probablement avec raison, le nom Coffin ou Coffyn (Vaillant 1898, p. 354).

    35Gabriel Abot de Bazinghen (1822, p. 107, n. 2) et Camille Enlart (1899, p. 250 et n. 1) identifient le fort Clément au fort du Petit-Paradis : pour Enlart, le Petit-Paradis aurait reçu ce nom à cause des sculptures religieuses encastrées dans ses maçonneries. Mais la localisation exacte du Petit-Paradis, qui n’est jamais cité sous ce nom dans les dépêches anglaises du XVIe siècle, demeure problématique. Edmond Rigaux (1900, p. 114-115), qui identifie le fort du Petit-Paradis à un petit fort nouveau cité en 1550, le situe à l’extrémité septentrionale des actuelles rues du Pot d’Étain et de l’Amiral Bruix, emplacement de l’ancien lieu-dit Le Petit Paradis comme l’indiquait une rue portant ce nom et qui a, depuis, disparu. Il rejoint en cela l’identification du chanoine Daniel Haigneré qui identifie le fort du Petit-Paradis au bastion de Mr Pouynes, cité, en 1549, dans le rapport de l’espion anonyme (Haigneré 1869a, p. 435-436) : ce fort occupait la partie centrale de la basse-ville et donnait sur le rivage. Pierre Héliot (1958, p. 27 et 32) identifie le fort du Petit-Paradis au fort Rouge (le Young Man des Anglais), ouvrage défensif situé entre le fort de la tour d’Ordre et la basse-ville, plus au nord : il se base sur les propos du lord-protecteur, Edward Seymour, duc de Somerset, qui, le 10 novembre 1547, lors d’un entretien avec Odet de Selve, ambassadeur de France, portant sur l’état des fortifications de la ville de Boulogne, cite l’existence d’ung aultre [fort] qu’on nomme le Petit Paradis entre ladicte Tour [d’Ordre] et la citadelle, qui occupait l’angle nord-ouest de la basse-ville fortifiée (Lefèvre-Pontalis 1888, p. 237 et n. 3). Dans ce cas, le fort du Petit-Paradis serait identique au fort du Paradis représenté sur les vues du XVIe siècle, à l’exemple de Bologna in Francia, éditée vers 1549, et La figure de Boulongne ensemble des fortz et places circonvoysines, éditée par Pierre Haultin, en 1550. En réalité, il conviendrait de privilégier, à ce jour, l’hypothèse Haigneré-Rigaux.

    36Deseille 1884, p. 136 (voir également p. 142 pour une mention en 1627 dans une concession de terres vaines et vagues estans proche de ceste ville, entre l’Esperon et la Magdelaine).

    37Morand 1859, p. 149-150 et Deseille 1884, p. 7 et 1885-1886, p. 496, note 1.

    38Rosny 1896, p. 295, 297 et 298.

    39Deseille 1878-1879, p. 2.

    40Magnier 1870-1872, p. 187.

    41Paradin 1550, p. 137 et Haigneré 1890, p. 290. Pour un témoignage contemporain de Paradin, voir aussi celui d’Arnoul Le Ferron (1550, p. 184) : Ecclesiam etiam ipsam complanantes ibi propugnaculum extruxere. Voir aussi Héliot 1958, p. 23.

    42Haigneré 1869a, p. 433-434. Voir aussi Héliot 1958, p. 24.

    43Pierre Héliot contredit les propos de l’espion en plaçant ce « boulevard » sur les ruines de la chapelle de la Vierge, placée à l’extrémité du chœur de l’église, entre la tour et le rempart : « En réalité, l'ennemi se contenta de raser la chapelle de la Vierge, plantée comme de nos jours entre le chœur et le rempart, et c'est son emplacement qu'on offrit à l'ouvrage » (Héliot 1958, p. 24). Il reprend les propos d’Antoine Le Roy qui, dans son Histoire de Nostre-Dame de Boulogne, place le boulevard sur les ruines de la chapelle (Le Roy 1681, p. 126 et 130. Voir aussi Montfort 1634, p. 122, Bertrand 1828, p. 101, Hautefeuille, Bénard 1860, p. 246-247, Haigneré 1864, p. 166 et 168-169 et Lefebvre 1894, p. 153). Si la position du boulevard sur le clocher permettait d’avoir une vue dégagée, celle de la chapelle ne devait offrir qu’un espace étriqué entre le chœur et le rempart.

    44Le Roy 1681, p. 129 et Haigneré 1864, p. 168.

    45Le Roy 1681, p. 129 et Haigneré 1864, p. 168.

    46Le Roy 1681, p. 130, Haigneré 1864, p. 168-169 et Lefebvre 1894, p. 158.

    47Le Roy 1681, p. 131-132 et 138-140, Haigneré 1864, p. 77-78 et Lefebvre 1894, p. 159-160 et 163-164.

    48Le Roy 1681, p. 132 et Haigneré 1864, p. 171.

    49Le Roy 1681, p. 138-140, Haigneré 1864, p. 176-180 et Lefebvre 1894, p. 162.

    50Lottin 2014a, p. 129-131 et 139.

    51Le Roy 1681, p. 179, Van Drival 1852, p. 128, n. 1, Morand 1859, p. 126, Hautefeuille, Bénard 1860, p. 424, n. 1, Haigneré 1869b, p. 512 et 571, Deramecourt 1884, p. 222-223 et Lefebvre 1891, p. 103.

    52Van Drival 1852, p. 128, n. 1,

    53Haigneré 1863, p. 14, n. 3.

    54Montfort 1634, p. 120 et Lefebvre 1894, p. 154.

    55Montfort 1634, p. 121, Haigneré 1863, p. 14, n. 3 et 1864, p. 225 et Lefebvre 1894, p. 215.

    56Le Roy 1681, p. 190.

    57Sur l’évolution urbaine de Boulogne aux époques médiévale, moderne et contemporaine, voir Héliot 1932, p. 91-104.

    Auteur

    • Thomas Byhet

      Ingénieur d’études, Direction régionale des affaires culturelles Hauts-de-France, Pôle patrimoines et architecture, Service régional de l’archéologie, IRHiS UMR 8529 (Université de Lille, CNRS)

      thomas.byhet@culture.gouv.fr

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    1Enlart 1899, p. 168.

    2Morand 1866, p. 16, strophes 19 et 20.

    3Morand 1866, p. 20, strophes 42 et 43. Voir aussi Halle 1550, f° 259 : And within two dayes after, the kyng rode about al the toune, within the walles, and then commaunded that our Lady Church of Bullein should be defaced and plucked doune, where he appoynted a Mount to made, for the great force and strength of the toune.

    4Le Roy 1681, p. 119-120 et Haigneré 1864, p. 162.

    5Ce prêtre est aussi connu sous le nom d’Antoine Morin (Deseille 1885-1886, p. 221-222 et 326).

    6Morand 1866, p. 19, strophes 35 et 36.

    7Morand 1866, p. 20, strophe 41.

    8Loigny 1647, p. 266 et Rosny 1906, p. 396.

    9Morand 1866, p. 22, strophes 52 et 53.

    10Loigny 1647, p. 269.

    11Paradin 1550, p. 137, repris par Le Roy 1681, p. 126, Haigneré 1864, p. 166 et 1890, p. 290, Deseille 1885-1886, p. 520, Lefebvre 1894, p. 153 et Héliot 1958, p. 23-24. Vulcain est le dieu romain de la forge et le patron des forgerons.

    12Turnbull 1861, p. 302, n° 29 et Héliot 1958, p. 24.

    13Au Moyen Âge, on appelle « montjoie » un oratoire placé le long des chemins, au croisement des routes ou à un emplacement significatif : cet oratoire peut être composé d’une colonne portant une sculpture religieuse ou d’une pile percée d’une niche abritant une image pieuse (Irigoin 1935).

    14Montfort 1634, p. 120. Voir aussi Lefebvre 1894, p. 153-154.

    15Haigneré 1863, p. 14.

    16Bibliothèque nationale de France–Bibliothèque de l'Arsenal, Ms-5126 réserve.

    17Au XIXe siècle, ce lieu était encore identifié au « fonds Notre-Dame », situé au sud de la porte des Degrés et connu sous le nom de « sablon Notre-Dame » au Moyen Âge (Haigneré 1863, p. 14, n. 2, 1880, p. 32-33, 1881, p. 137 et 1884, n° 98, p. 90-96).

    18Voir note 16, f° 13r°, repris par Haigneré 1863, p. 45 et Clauzel-Delannoy 2004, p. 200-201.

    19Cachaud 2014 et Murphy 2019, p. 226-227.

    20Le Roy 1681, p. 125, Haigneré 1864, p. 74 et Lefebvre 1894, p. 153.

    21Loigny 1647, p. 269 et Héliot 1958, p. 23.

    22Gairdner, Brodie 1908, p. 338-339, n° 685.

    23Héliot 1958, p. 5-6.

    24Héliot 1958.

    25Soldat employé aux travaux de terrassement ou à l'aménagement des positions défensives.

    26Héliot 1958, p. 7 et suivantes.

    27Viollet-le-Duc 1859, p. 219-220 et Pérouse de Montclos 2011, p. 590, s. v. « Boulevard ».

    28Gairdner, Brodie 1908, p. 226, n° 481. Un « nouveau boulevard en pierre en cours de construction au sud-ouest de la Basse-Boulogne » (The new bulwark of stone that is making on the south west part of Bace Bolloyn) est cité le 10 juillet 1545 dans une lettre de Thomas Lord Poynings adressée au roi Henri VIII. Le Lord demande également que davantage de pionniers soient envoyés « pour aider Rogers à construire le boulevard en pierre de la Basse-Boulogne » (to help Rogers in making up the stone bulwark at Bace Bolloin) (Gairdner, Brodie 1905, p. 568-569, n° 1160). Enfin, dans une lettre écrite le 16 juillet 1545 et adressée à Henri VIII, Thomas Poynings évoque le « nouveau boulevard en pierre (situé) à l'extrémité de la basse-Boulogne (et près de l'eau) » (the new stone bulwark at the end of Bace Bulloin ... by the water side) (Gairdner, Brodie 1905, p. 583-584, n° 1200). La terminologie employée pour ce boulevard ressemble à celle utilisée pour le boulevard Clément. Pierre Héliot pense, au contraire, qu’il désigne le fort que les Anglais nomment Young Man et les Français Maison-Rouge (Héliot 1958, p. 11).

    29Dans une dépêche anglaise datée du 4 décembre 1545 et adressée au roi Henri VIII, Henry Howard, comte de Surrey, cite un capitaine italien, nommé Clement, dans le récit d’une escarmouche entre Anglais et Français sur la colline d’Outreau (Gairdner, Brodie 1907, p. 466, n° 929).

    30Turnbull 1861, p. 352-353, n° 164.

    31Haynes, Cecil 1740, p. 109.

    32Français 3127, f° 42v et Haigneré 1869a, p. 436-437.

    33Le boulevard Clément est particulièrement bien représenté sur le Colored plan of Boulogne and the country round it, dessiné vers 1545 (British Library, collection Cotton, Augustus I, volume 2, n° 53) : le boulevard, dont la forme triangulaire, très prononcée, s'enfonce dans l'eau de la Liane, dispose, sur ce plan, de trois armes à feu.

    34Victor-Jules Vaillant propose d’y lire, probablement avec raison, le nom Coffin ou Coffyn (Vaillant 1898, p. 354).

    35Gabriel Abot de Bazinghen (1822, p. 107, n. 2) et Camille Enlart (1899, p. 250 et n. 1) identifient le fort Clément au fort du Petit-Paradis : pour Enlart, le Petit-Paradis aurait reçu ce nom à cause des sculptures religieuses encastrées dans ses maçonneries. Mais la localisation exacte du Petit-Paradis, qui n’est jamais cité sous ce nom dans les dépêches anglaises du XVIe siècle, demeure problématique. Edmond Rigaux (1900, p. 114-115), qui identifie le fort du Petit-Paradis à un petit fort nouveau cité en 1550, le situe à l’extrémité septentrionale des actuelles rues du Pot d’Étain et de l’Amiral Bruix, emplacement de l’ancien lieu-dit Le Petit Paradis comme l’indiquait une rue portant ce nom et qui a, depuis, disparu. Il rejoint en cela l’identification du chanoine Daniel Haigneré qui identifie le fort du Petit-Paradis au bastion de Mr Pouynes, cité, en 1549, dans le rapport de l’espion anonyme (Haigneré 1869a, p. 435-436) : ce fort occupait la partie centrale de la basse-ville et donnait sur le rivage. Pierre Héliot (1958, p. 27 et 32) identifie le fort du Petit-Paradis au fort Rouge (le Young Man des Anglais), ouvrage défensif situé entre le fort de la tour d’Ordre et la basse-ville, plus au nord : il se base sur les propos du lord-protecteur, Edward Seymour, duc de Somerset, qui, le 10 novembre 1547, lors d’un entretien avec Odet de Selve, ambassadeur de France, portant sur l’état des fortifications de la ville de Boulogne, cite l’existence d’ung aultre [fort] qu’on nomme le Petit Paradis entre ladicte Tour [d’Ordre] et la citadelle, qui occupait l’angle nord-ouest de la basse-ville fortifiée (Lefèvre-Pontalis 1888, p. 237 et n. 3). Dans ce cas, le fort du Petit-Paradis serait identique au fort du Paradis représenté sur les vues du XVIe siècle, à l’exemple de Bologna in Francia, éditée vers 1549, et La figure de Boulongne ensemble des fortz et places circonvoysines, éditée par Pierre Haultin, en 1550. En réalité, il conviendrait de privilégier, à ce jour, l’hypothèse Haigneré-Rigaux.

    36Deseille 1884, p. 136 (voir également p. 142 pour une mention en 1627 dans une concession de terres vaines et vagues estans proche de ceste ville, entre l’Esperon et la Magdelaine).

    37Morand 1859, p. 149-150 et Deseille 1884, p. 7 et 1885-1886, p. 496, note 1.

    38Rosny 1896, p. 295, 297 et 298.

    39Deseille 1878-1879, p. 2.

    40Magnier 1870-1872, p. 187.

    41Paradin 1550, p. 137 et Haigneré 1890, p. 290. Pour un témoignage contemporain de Paradin, voir aussi celui d’Arnoul Le Ferron (1550, p. 184) : Ecclesiam etiam ipsam complanantes ibi propugnaculum extruxere. Voir aussi Héliot 1958, p. 23.

    42Haigneré 1869a, p. 433-434. Voir aussi Héliot 1958, p. 24.

    43Pierre Héliot contredit les propos de l’espion en plaçant ce « boulevard » sur les ruines de la chapelle de la Vierge, placée à l’extrémité du chœur de l’église, entre la tour et le rempart : « En réalité, l'ennemi se contenta de raser la chapelle de la Vierge, plantée comme de nos jours entre le chœur et le rempart, et c'est son emplacement qu'on offrit à l'ouvrage » (Héliot 1958, p. 24). Il reprend les propos d’Antoine Le Roy qui, dans son Histoire de Nostre-Dame de Boulogne, place le boulevard sur les ruines de la chapelle (Le Roy 1681, p. 126 et 130. Voir aussi Montfort 1634, p. 122, Bertrand 1828, p. 101, Hautefeuille, Bénard 1860, p. 246-247, Haigneré 1864, p. 166 et 168-169 et Lefebvre 1894, p. 153). Si la position du boulevard sur le clocher permettait d’avoir une vue dégagée, celle de la chapelle ne devait offrir qu’un espace étriqué entre le chœur et le rempart.

    44Le Roy 1681, p. 129 et Haigneré 1864, p. 168.

    45Le Roy 1681, p. 129 et Haigneré 1864, p. 168.

    46Le Roy 1681, p. 130, Haigneré 1864, p. 168-169 et Lefebvre 1894, p. 158.

    47Le Roy 1681, p. 131-132 et 138-140, Haigneré 1864, p. 77-78 et Lefebvre 1894, p. 159-160 et 163-164.

    48Le Roy 1681, p. 132 et Haigneré 1864, p. 171.

    49Le Roy 1681, p. 138-140, Haigneré 1864, p. 176-180 et Lefebvre 1894, p. 162.

    50Lottin 2014a, p. 129-131 et 139.

    51Le Roy 1681, p. 179, Van Drival 1852, p. 128, n. 1, Morand 1859, p. 126, Hautefeuille, Bénard 1860, p. 424, n. 1, Haigneré 1869b, p. 512 et 571, Deramecourt 1884, p. 222-223 et Lefebvre 1891, p. 103.

    52Van Drival 1852, p. 128, n. 1,

    53Haigneré 1863, p. 14, n. 3.

    54Montfort 1634, p. 120 et Lefebvre 1894, p. 154.

    55Montfort 1634, p. 121, Haigneré 1863, p. 14, n. 3 et 1864, p. 225 et Lefebvre 1894, p. 215.

    56Le Roy 1681, p. 190.

    57Sur l’évolution urbaine de Boulogne aux époques médiévale, moderne et contemporaine, voir Héliot 1932, p. 91-104.

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    Byhet, Thomas, et Christine Aubry, éd. Places fortes des Hauts-de-France – 5 –. Villeneuve d’Ascq: Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion, 2025. doi:10.4000/14hlp.
    Byhet, Thomas, et Christine Aubry, éditeurs. Places fortes des Hauts-de-France – 5 –. Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion, 2025, https://doi.org/10.4000/14hlp.
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