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    Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion
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    Plan détaillé Texte intégral Méthodologie Âge, genre, origine sociale et géographique et statut matrimonial Parcours scolaire et universitaire Parcours professionnel Parcours militaire Parcours associatif Parcours politique Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    De nouvelles élites ? Une nouvelle société ? L’apport de la Résistance

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    ‘The People’s Choice’. Prosopographie des députés travaillistes élus entre 1945 et 1950

    Philippe Vervaecke

    Texte intégral Méthodologie Âge, genre, origine sociale et géographique et statut matrimonial Parcours scolaire et universitaire Parcours professionnel Parcours militaire Parcours associatif Parcours politique Conclusion Bibliographie Sources primaires Sources secondaires Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1La victoire des travaillistes1 en juillet 1945 s’est avérée assez inattendue pour nombre de contemporains.2 Dans son autobiographie, Éric Hobsbawm, alors jeune militant de 28 ans, se souvenait ainsi qu’« à l’occasion des élections de 1945, je fis même campagne à Gloucester pour le Parti travailliste, stupéfait comme tant d’autres du soutien aussi massif qu’inattendu qu’on m’exprimait sur le seuil des maisons ». 3Même étonnement pour David Lodge, le futur romancier, qui se remémore que « de façon inexplicable pour un garçon de dix ans, le pays avait voté pour que Winston Churchill, l’héroïque vainqueur de la guerre, soit remplacé au poste de Premier ministre par un Clément Atlee qui avait l’air tout sauf héroïque ».4

    2Pendant la campagne, note l’historien A. J. P. Taylor, « Churchill employa à l’encontre du Labour le même talent en termes de vitupération politique qu’il avait jusqu’alors réservé à Hitler. Son argument-massue avait été de dénoncer en la personne du professeur Harold Laski, alors président du Parti travailliste, le sinistre chef d’une future Gestapo britannique ».5 Cette rhétorique outrancière valut à Churchill d’être brocardé par certains dessinateurs de presse tels que David Low (Fig. 1) et d’être accusé par Clément Attlee d’avoir déchu de son statut de père de la nation et d’être redevenu un simple chef de parti.

    Fig. 1. David Low, Evening Standard, “Dreamland” (Au pays des rêves), 7 juin 1945

    LSE 1239, British Cartoon Archive

    Traduction de la légende : « La vie sous la Terreur d’Attlee !! Victime torturée pour avoir fait un vilain discours !!! ». Sur le livre posé au-dessus du lit, « Le thriller de la Gestapo », en référence aux allusions proférées par Churchill lors de son discours radiodiffusé du 4 juin 1945. Personnages représentés : en haut, Clément Attlee revêtu d’un uniforme de la Gestapo et Winston Churchill, assis à côté d’un micro ; dans le lit, à gauche de Churchill, son gendre, Brendan Bracken ; au centre avec le bonnet de nuit, Winston Churchill ; à droite, Max Aitken, Baron Beaverbrook, patron de presse favorable aux Tories.

    3Nonobstant ces gesticulations churchilliennes, pour la première fois depuis la fondation du parti en 1900, les travaillistes obtinrent la majorité absolue avec 393 sièges, soit 72 de plus que la barre des 321 sièges requis pour en bénéficier. Avec près de 12 millions d’électrices et d’électeurs ayant voté pour un candidat travailliste (contre 8,7 millions de voix pour les conservateurs), le Parti travailliste fut bien proche de bénéficier d’une majorité absolue des suffrages exprimés, attirant sur ses candidats 47,7 % du vote populaire, contre 36,2 % pour les Conservateurs et 11,9 % pour les deux factions du Parti libéral.

    4Observateur chevronné de la scène parlementaire, le député conservateur Cuthbert Headlam relata non sans dépit l’arrivée de ce contingent sans précédents de députés travaillistes :

    Mercredi 1er aout. La Chambre était quelque chose d’étrange à voir – pleine à craquer des petits nouveaux – les lieutenants de l’armée de l’air et tous les blancs-becs qui vont nous diriger pendant au moins les cinq prochaines années – mon cœur s’est serré lorsque j’ai découvert leurs jeunes visages enthousiastes et exaltés et les sourires de contentement de Morrison et de ses collègues du Gouvernement. Un crétin parmi nous a trouvé que c’était une bonne idée d’entonner « For He’s a Jolly Good Fellow » quand Winston est entré – et l’ennemi a répondu avec « The Red Flag ».6

    5Headlam, alors âgé de 69 ans, faisait indéniablement figure de vétéran par rapport aux nouveaux venus, dont la moyenne d’âge est de 49 ans. Pour autant, l’arrivée de cet important contingent travailliste peut-il être considéré comme l’avènement de nouvelles élites ?

    6Le programme travailliste publié en avril 1945 promet en tout cas l’émergence d’une nouvelle ère. Intitulé Let Us Face the Future, document concis de 5 009 mots, il adopte un positionnement clair : « la sécurité pour tous en cas de difficultés », promesse dont « tous les partis (…) parlent, seul le Parti travailliste y croit ». Rédigé principalement par une jeune pousse travailliste, Michael Young, avocat de 30 ans et économiste formé à la London School of Economics, le manifeste travailliste esquisse un vaste plan quinquennal de réformes dans les domaines de la protection sociale, de la santé, des retraites, des allocations chômage et de l’éducation. Il y est opportunément rappelé que « les ministres travaillistes ont pris toute leur part du fardeau et des responsabilités » en participant au gouvernement de coalition depuis 1940. Y apparaissent des mesures hardies, telles que la nationalisation de la Banque d’Angleterre et de tous les secteurs stratégiques de l’économie (charbonnages, transport routier et ferroviaire, électricité…), la création d’un système national de santé (National Health Service) ou l’abrogation du Trade Disputes and Trade Unions Act de 1927, qui, suite à la grande grève de 1926, avait interdit les piquets de grève et rendu optionnel le paiement d’une contribution financière des syndiqués au Parti travailliste. Faisant appel à l’unité de tous les progressistes, Let Us Face the Future dresse un réquisitoire contre la classe dirigeante de l’entre-deux-guerres : « Les opposants aux contrôles et à la planification souhaitent se débarrasser des contrôles par la puissance publique afin de laisser les mains libres aux profiteurs, aux privilégiés, aux riches de piller éhontément le reste de la nation tout comme ils l’ont fait dans les années 1920 », pour conclure que « cette fois-ci, la paix doit être gagnée ». Pour autant, le document n’est pas dénué d’un appel au sens du sacrifice pour redresser le pays (« Nous avons besoin que l’esprit de Dunkerque et celui du Blitz perdurent pendant quelques années »), ni exempt d’un pragmatisme réformiste qui sera la marque de fabrique du gouvernement Attlee : « Le socialisme ne peut advenir du jour au lendemain, pas plus qu’on ne peut imaginer une révolution qui se produirait sur le temps d’un week-end (…). Nous sommes les partisans de l’ordre et du progrès constructif et positif, par opposition au chaos de l’anarchie économique où chacun fait ce qui lui plaît ».7

    7De manière étonnante pour une élection aussi abondamment analysée que celle de juillet 1945, les données sur le profil collectif des députés travaillistes sont lacunaires. En 1947, un premier ouvrage de « pséphologie » (terme qui désigne l’analyse des élections) paraît chez Oxford University Press et contient quelques pages de qualification des élus et élues, mais les auteurs invitent à prendre en compte leurs résultats « avec réserves » eu égard au nombre important de cas individuels pour lesquels aucune donnée n’était disponible.8 Le profil collectif des parlementaires fait l’objet depuis 1951 d’enquêtes approfondies de la part des services de recherche du Parlement, notamment sur le profil éducatif et professionnel des élus, mais rien n’est disponible pour les parlementaires de 1945.9 Le Times et le Guardian ont produit « à chaud » une première tentative de présentation de ce contingent d’élus, mais là aussi les données ne sont que parcellaires.10

    8L’objet de ce chapitre est donc de combler ce manque et de présenter les résultats d’une analyse prosopographique systématique des 425 parlementaires composant le groupe travailliste entre 1945 et 1950. On étudiera tour à tour leur origine sociale et géographique, leur parcours éducatif et, le cas échéant, universitaire, leur statut matrimonial, leur expérience politique antérieure et postérieure (mandats locaux et nationaux, participation à des gouvernements), leurs engagements associatifs, les distinctions honorifiques qui leur ont été décernées et leur éventuelle participation aux combats de la Première et de la Seconde guerre mondiale.

    Méthodologie

    9On a pris le parti d’inclure dans l’analye la totalité des députés travaillistes élus entre juillet 1945 et février 1950. Ce qui veut dire qu’aux 393 personnes élues en début de législature ont été ajoutés tous ceux qui ont rejoint les Communes à l’occasion d’élections partielles. Le système électoral britannique ne prévoit en effet pas de suppléances, ce qui signifie qu’en cas de vacance du siège une nouvelle élection doit avoir lieu. La vacance d’un siège peut être occasionnée par un décès. C’est le cas pour 17 élus, dont 2 morts par suicide, 2 par overdose, un par noyade et 3 suite à un accident de la route). Elle est également constatée lors d’une démission (5 cas recensés, dont une éviction de la Chambre pour raisons disciplinaires), suite à une nomination (par voie héréditaire ou par titre conféré à vie) à la Chambre des Lords (6 cas) ou à un accès à des fonctions publiques incompatibles avec un mandat de parlementaire (6 cas), par exemple au sein du National Assistance Board, instance chargée de la supervision des maisons de retraite, du National Coal Board, organe de direction des houillères nationalisées ou des responsabilités au sein de l’administration de l’Empire. On relève dans ce dernier cas un député nommé gouverneur de Malte et un autre envoyé comme High Commissioner en Australie. Ce qui explique que le groupe étudié se monte au final à 425 individus.

    10Afin de bénéficier de l’information la plus complète sur chacune des personnes, on a utilisé principalement le dictionnaire biographique des parlementaires britanniques.11 La consultation du Who’s Who of British Members of Parliament a permis de connaître tant la trajectoire antérieure à l’élection que la suite de la carrière après 1950. Pour compléter ou recouper ces données, on a également eu recours à la version électronique de l’Oxford Dictionary of National Biography et aux articles nécrologiques parus dans le Times ou le Guardian, ce qui s’est avéré impératif pour les députés décédés après la publication du dictionnaire biographique des députés, paru en 1981.12

    11Ont été inclus dans le groupe étudié les rares députés ayant changé d’affiliation partisane en cours de mandat, ce qui inclut une défection vers les rangs conservateurs (Ivor Bulmer-Thomas, en 1948) et quelques intégrations au groupe travailliste en provenance de l’Independent Labour Party (James Carmichael, Janet Lee, le révérend Campbell Stephen, Charles Frederick White), du Communist Party of Great Britain (Thomas Driberg), du Parti libéral (Tom Horabin en 1947) ou de l’éphémère Commonwealth Party (Richard Acland, Janet Lee, Ronald Mackay, Ernest Millington).13 De même, on a conservé dans l’échantillon les 4 députés du Labour Independent Group (Lester Hutchinson, John Platts-Mills, Leslie Solley et Konni Zilliacus) exclus du parti en 1948 en raison de leurs sympathies procommunistes et leurs positions anti-OTAN. Les deux députés communistes, Philip Piratin et William Gallacher, ont en toute cohérence été exclus de notre échantillon.

    Âge, genre, origine sociale et géographique et statut matrimonial

    12Comme indiqué précédemment, la moyenne d’âge du groupe est de 49 ans et l’âge moyen au moment de la mort est de 75 ans et demi. Par rapport à la cuvée 1935, le rajeunissement du groupe travailliste, 56 ans en moyenne alors, est manifeste.14 Le doyen d’âge est sir Charles Edwards, 78 ans en 1945, ancien mineur, député de la circonscription galloise de Bedwellty depuis 1918 et Chief Whip de 1940 à 1942. Le benjamin, Francis Edward Noel-Baker, ancien élève de la prestigieuse Westminster School, public school la plus select du pays, premier président du Cambridge University Labour Club, propriétaire terrien en Grèce, a 25 ans lorsqu’il est élu. Dix députés ont moins de 30 ans ; 102 ont entre 30 et 40 ans ; 103 ont entre 41 et 50 ans ; 126 ont entre 51 et 60 ans ; 73 ont entre 61 et 70 ans ; 11 ont plus de 71 ans. John Horace Freeman, lui aussi alumnus de Westminster School mais aussi de Brasenose College à Oxford, futur diplomate, élu à 29 ans et décédé le 20 décembre 2014, était le dernier survivant du Parlement de 1945 et le dernier député à avoir servi sous le règne de George VI. L’avant-dernier survivant n’était autre que Michael Foot, âgé de 32 ans en 1945, dirigeant du Parti travailliste de 1980 à 1983 et mort le 3 mars 2010. Le député le plus rapidement disparu, Alfred James Dobbs, président du parti en 1942-1943 et membre du National Executive Council, organe exécutif du parti, de 1939 à 1945, détient par ailleurs le triste record du mandat le plus court de l’histoire du Parlement puisqu’il est décédé le 27 juillet 1945, soit le lendemain de son élection.

    13Au regard des moyennes d’âge des générations postérieures de députés, le groupe travailliste n’est pas particulièrement jeune. En 1951, la moyenne d’âge des députés travaillistes était légèrement supérieure (52 ans) et celle des députés conservateurs inférieure (47 ans). À l’aune de la seconde moitié du XXe siècle et du début du XXIe siècle, la cuvée 1945 est en fait assez semblable à celles qui lui succèderont. Ainsi, tous partis confondus, les plus jeunes contingents de députés s’observent en 1966 et 1970 (46 ans) et les plus vieux en 2017 et 2019 (52 ans).15

    14Si l’on observe à présent la variable de genre (Tableau 1), on constate que nous avons affaire à une population très peu féminisée, avec 22 femmes seulement parmi les 425 députés. Leur moyenne d’âge, 50 ans et demi, est un peu plus élevée que l’ensemble du groupe. La benjamine, âgée de 34 ans, se nomme Barbara Castle, trésorière du Oxford University Labour Club pendant ses études, haut fonctionnaire au ministère de l’Alimentation pendant la guerre, éminente membre des gouvernement Wilson des années 1960 et 1970 et future baronne Castle of Blackburn. Députée de Blackburn jusqu’en 1979, déléguée à l’Assemblée générale des Nations Unies en 1949-1950, députée européenne de 1979 à 1989 et nommée membre à vie (Life Peeress) de la chambre des Lords en 1990, elle a la durée de mandat la plus longue pour une femme dans l’histoire au Parlement. Le processus de féminisation du personnel parlementaire n’en est qu’à ses débuts en 1945. Détentrices du droit de vote depuis les élections de 1918, les femmes sont demeurées très sous-représentées pendant l’entre-deux-guerres, avec une seule élue en 1918 (une nationaliste irlandaise) et au mieux 15 en 1931 (dont 13 conservatrices). 1945 constitue cependant une nette avancée puisqu’avec 24 élues en tout, les députées constituent alors 3,8 % des membres des Communes. Il faudra attendre les élections de 1997 pour que la part des députées dépasse, avec 18,2 %, la barre des 10 %. Côté travailliste, ce n’est qu’en 1992 que le nombre de députées dépassera le chiffre de 21 élues de 1945, avec 37 élues cette année-là.16

    Tableau 1 : Ratio femmes/hommes

    15En termes d’origine sociale, le Tableau 2 donne à voir la part prépondérante de députés issus de la classe ouvrière, mais également une courte majorité de personnes originaires des classes aisées ou moyennes. Afin de déterminer dans quelle classe catégoriser notre échantillon, on s’est appuyé sur le métier du père et/ou de la mère des députés. Lorsque cette donnée était manquante, on a extrapolé la classe d’appartenance en se fondant sur plusieurs critères : l’âge auquel les député-e-s avaient commencé à travailler ; le type de métier exercé en début de vie professionnelle ; le fait que les personnes concernées avaient bénéficié ou pas d’une éducation secondaire ou universitaire, étant entendu que l’absence d’accès à une éducation secondaire (et a fortiori supérieure) est un marqueur assez probant d’une appartenance à la classe ouvrière.

    Tableau 2 : Origine sociale

    16Le métier le plus récurrent du père est mineur de fond (20 occurrences), avec dans certains cas une expérience de militantisme syndical, comme le père du député gallois Stephen Davies ou celui de la députée de Leeds, Alice Bacon, qui eut des responsabilités au sein de la National Union of Miners. Parmi les personnes issues de la classe ouvrière, on note des types d’occupation professionnelle du père de tous ordres : ouvrier agricole, docker, cordonnier, laitier, maçon, jardinier, cuistot au sein de la marine marchande, gardien de phare. Ainsi, le père du député de confession juive Lewis Silkin était agent d’entretien à la synagogue de Peckham ; celui de William Dobbie était forgeron ; celui de Thomas Williamson, souffleur de verre.

    17Pour les députés issus des classes moyennes et supérieures, on fait le constat d’une diversité moindre en termes de profil professionnel des parents. On trouve un nombre important d’enfants de membres du clergé protestant, avec une certaine variété d’obédiences incluant l’Église anglicane, le méthodisme et le baptisme (10 occurrences). Globalement, le type de métier exercé par les ascendants rentre dans la catégorie des professions libérales (docteurs, médecins, pharmaciens, architectes, avocats), de la haute fonction publique, de l’enseignement ou des cadres supérieurs d’entreprise.

    18Mais une autre catégorie se dégage : les enfants de députés (15 occurrences). Au sein de ce groupe, on relève le cas de Michael Foot, fils de député libéral, antécédents familiaux similaires à ceux de ses collègues George Strauss (dont le père avait également été député conservateur de 1910 à 1918 et candidat travailliste indépendant à la députation en 1918) et Charles Whyte (dont le père avait siégé aux Communes sous la même étiquette de 1918 à 1923). Roy Jenkins, futur président de la Commission européenne (1977-1981), fondateur du Parti social-démocrate en 1981, était quant à lui le fils d’Arthur Jenkins, ancien mineur, député travailliste de Pontypool de 1935 à sa mort en 1946 et secrétaire d’État à l’Éducation dans le gouvernement Attlee. Quant au père de James Carmichael, George, il fut membre fondateur de l’Independent Labour Party. Celui d’Arthur Henderson n’était autre qu’Arthur Henderson, membre fondateur et dirigeant du Parti travailliste, ainsi que ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de Ramsay MacDonald en 1924. Hugh Hutchinson était issu d’une famille de militants, avec un père actif au sein du Socialist Labour Party et une mère membre fondatrice du Communist Party of Great Britain. De façon plus incongrue, il faut souligner le background familial d’Oliver Baldwin, fils de Stanley Baldwin, Premier ministre conservateur dans l’entre-deux-guerres, et celui de Sydney Smith, dont le grand-père maternel avait été l’assistant parlementaire du leader conservateur à l’époque victorienne, Benjamin Disraeli.

    19En plus de ces 15 fils et filles de députés, on a pu trouver neuf autres cas de parents très actifs dans la vie publique et militante, par exemple David Hardman dont les deux parents militaient au sein de la Fabian Society, Freda Corbet, dont la mère était une militante de gauche très active, ou encore Thomas Burden dont le père avait été maire de East Ham. Huit membres du Parlement sont enfants de hauts fonctionnaires (dont deux pères ayant fait carrière au sein du Indian Civil Service), cinq de directeurs d’école, quatre d’officiers supérieurs, trois sont fils ou filles de médecins, deux de pharmaciens, trois d’hommes de loi. Six députés proviennent de familles aristocratiques. Parmi eux, on peut relever le cas de Thomas Skeffington-Lodge, dont la famille possédait 800 hectares de terre dans le Yorkshire. Mais le député doté du père le plus illustre est sans doute le représentant de la circonscription de Preston de 1946 à 1955, le géographe Edward Shackleton, fils du fameux explorateur polaire Ernest.

    20Il faut enfin signaler le fait qu’un certain nombre de liens familiaux ou matrimoniaux unissent des députés entre eux ou avec d’autres personnalités publiques. Florence Paton, députée de Rushcliffe de 1945 à 1950, est l’épouse de John Paton, député de Norwich de 1945 à 1964. Janet Lee, députée de Cannock dans le Staffordshire jusqu’en 1970, est mariée au ministre de la Santé Aneurin Bevan. Lucy Middleton, députée de Plymouth, est l’épouse de James, secrétaire général du parti de 1935 à 1944. Clarice Shaw, brièvement députée de Kilmarnock de 1945 à 1946 jusqu’à sa démission, est mariée à Ben Shaw, président du Parti travailliste écossais. Lucy Noel-Buxton, députée de Norwich jusqu’en 1950, est mariée à Noel Edward Buxton, député libéral puis travailliste, puis membre de la Chambre des Lords à partir de 1930, qu’elle avait rencontré alors qu’elle faisait, comme militante, campagne contre lui en soutien du candidat conservateur. Ernest Thurtle est l’époux de Lucy, fille du député et dirigeant du parti de 1932 à 1935, George Lansbury, dont la petite-fille était mariée à un autre député proche de l’establishment travailliste, John Dugdale, secrétaire particulier de Clement Attlee. Janet Adamson, députée de Dartford, était quant à elle mariée depuis 1902 à William Adamson, permanent du syndicat des transports, le Transport and General Workers’ Union et député de Cannock de 1935 à sa mort en 1945. Emrys Hughes était l’époux de la fille de Keir Hardie, membre fondateur du parti et premier dirigeant du groupe parlementaire de 1906 à 1908. L’épouse de Santo Jeger accéda plus tard à la députation et siégea pour la circonscription londonienne de Holborn de 1953 à 1959, puis de 1964 à 1979, date à laquelle elle devient membre de la Chambre des Lords. Parfois, ces liens sortent du giron travailliste. Ainsi, la femme de Douglas Johnston était la fille du député conservateur James Kidd.

    21Dans quatre cas, les membres d’une même fratrie se sont retrouvés coude à coude sur les bancs des Communes. William Paling, député de Dewsbury, est le frère de Wilfred, député de Wentworth ; Christopher Shawcross, député de Widnes, celui de Hartley, qui représente la circonscription de Saint Helens ; Santo Jeger, député de Saint Pancras, celui de Georges, député de Winchester. Deux fils de famille aristocratique, sir William et sir Edward Mallalieu, seront durablement collègues aux Communes, puisque le premier représenta Huddersfield de 1945 à 1979 et sera rejoint à la faveur d’une élection partielle par le second, qui représentera la circonscription de Brigg dans le Lincolnshire de 1948 à 1974. Un père, Philip Noel-Baker, député de Derby de 1936 à 1970, et un fils, Francis Noel-Baker, député de Brentford and Chiswick (1945-1950) puis de Swindon (1955-1969), vont se retrouver pendant près d’un quart de siècle dans la même situation. On trouve une variante de ce schéma « dynastique » avec Frederick Wise, députée de Kings Lynn de 1945 à 1950, dont le frère Frank avait siégé aux Communes entre 1929 et 1931.

    22L’ampleur de la victoire travailliste explique la grande diversité des régions d’origine des députés (Tableau 3).17 Londres, où les travaillistes font une percée électorale sans précédents, figure logiquement en tête. C’est d’autant moins étonnant qu’au-delà du fort contingent d’élus des circonscriptions londoniennes, nombre de députés élus ailleurs que dans la capitale y sont nés. Si on ajoute les 21 députés issus des comtés limitrophes de Londres, les Home Counties, c’est plus du quart du contingent travailliste qui est originaire du Grand Londres. Viennent ensuite l’Écosse et le pays de Galles, bastions historiques du parti, en particulier la Principauté galloise, ouvrière et traditionnellement non-conformiste et radicale. Le Lancashire (pour lequel il faut additionner Greater Manchester et Liverpool) et le Yorkshire, qui incluent des zones industrielles plutôt favorables aux travaillistes, se dégagent ensuite parmi les régions anglaises. Le Sud-Est, qui comprend des comtés tels que le Kent, le Sussex et le Hampshire, et les Midlands de l’Est, dont la capitale, Birmingham, est traditionnellement acquise aux tories, présentent le schéma inverse car c’est l’une des régions où les conservateurs sont parvenus à résister au raz-de-marée travailliste. Il faut cependant insister sur le fait qu’il n’y a pas de corrélation nécessaire entre le lieu de naissance et la circonscription où les candidats se présentent, comme on l’avait fait observer dans le cas de Londres.

    Tableau 3 : Région de naissance des députés travaillistes (1945-1950)

    23Une petite minorité (14 cas recensés) est née en dehors du territoire métropolitain, avec des lieux de naissance situées aux quatre coins du globe, notamment dans l’Empire britannique, comme l’Irlande dans 4 cas, la Nouvelle-Zélande (John Platts-Mills), le Canada (Francis Campbell Ross Douglas, né dans le Manitoba), le Penjab (Henry Usborne), Grenade (Hyacinth Morgan), Sainte Lucie (Sir Geoffrey de Freitas), les États-Unis (Ernest Thurtle) ou l’Australie (Ronald Mackay, natif de Nouvelle Galles du Sud). Dans quelques rares cas, le lieu de naissance est assez inattendu. Cela vaut pour le médecin de confession juive, Barnett Stross, né à Pabianice en Pologne, pour Konni Zilliacus, qui, fils d’un nationaliste finlandais en exil et d’une Américaine, vit le jour à Kobe au Japon, et pour Hartley Shawcross, né à Giessen en Allemagne alors que son père y enseignait à l’université. Ces quelques exceptions, 3,2 % du total de nos députés, s’avèrent dans la norme, une fois rapportées à la démographie britannique. Au précédent recensement de 1931, 2,7 % de la population était en effet né en dehors du territoire britannique, tandis qu’au recensement suivant de 1951, ce taux s’établissait à 4,3 %.18

    24Pour conclure sur ces premiers éléments de qualification, il convient d’évoquer le statut matrimonial des membres du groupe (Tableau 4). Au vu de la moyenne d’âge, 49 ans, une très large majorité d’entre elles et eux (87 %) était marié lors de l’élection. Un certain nombre de parlementaires, souvent les plus jeunes, se sont mariés après leur arrivée aux Communes et 8 % d’entre eux sont demeurés célibataires. Dans de rares cas, ces députés « célibataires » sont en fait des homosexuels assumés et vivant en couple, à l’instar d’Olivier Baldwin ou de Thomas George Thomas.19 Ellen Wilkinson, ministre de l’Éducation de 1945 jusqu’à sa mort en 1947, est une autre de ces célibataires endurcies ; elle eut cependant, dans les années 1930, une brève histoire d’amour avec son futur collègue aux Communes, Frank Horrabin, puis une autre relation beaucoup plus longue mais clandestine avec le ministre Herbert Morrison.

    Tableau 4 : Statut matrimonial

    Parcours scolaire et universitaire

    25Dans une nette majorité de cas (58 %, voir Tableau 5), les élus travaillistes ont bénéficié d’une éducation secondaire, alors que la scolarité n’était obligatoire que jusqu’à 12 ans au début du XXe siècle (et jusqu’à 14 ans à partir de 1918), à l’époque où la grande majorité des futurs députés (dont l’âge moyen en 1945 était de 49 ans) sortaient du primaire. On doit cependant souligner que la part significative (42 %) du groupe n’ayant pas eu accès à l’éducation secondaire atteste du fait que la classe d’origine la plus représentée est la classe ouvrière, dont les rejetons avaient tendance à commencer à travailler dès 12 ans, voire plus tôt encore. Lorsque les informations sur le tout premier métier exercé ont pu être retrouvées, on note que bon nombre des députés de classe ouvrière ont démarré leur carrière avec le statut d’apprenti. C’est le cas par exemple de John Paton, qui a débuté comme apprenti typographe (printer’s devil en anglais), de Harry Pursey, dont le premier métier a été mousse (boy seaman) avant de devenir officier de la marine marchande, puis journaliste et correspondant de guerre en Espagne en 1937, de Alfred Robens, qui a gravi tous les échelons au sein de la Manchester and Salford Co-operative Society où il avait d’abord été garçon de course (errand boy), puis employé, et enfin directeur. Une trajectoire telle que celle de David Thomas, né en 1893, est typique en ce sens qu’il commence à travailler à la mine à 13 ans en 1906. Parmi les débuts modestes dans la carrière, on peut enfin signaler les cas de Ivor Thomas, né en 1899 et dont la première occupation connue est assistant barbier (barber’s leather boy), de Tudor Watkins, mineur dès l’âge de 13 ans, de Eustace Willis, engagé dans la Royal Navy en 1919 à l’âge de 16 ans, ou encore de Evelyn Walkden, né en 1894 et recruté à l’âge de 12 ans par une coopérative avant de devenir à l’âge de 34 ans permanent du syndicat des employés du commerce et de la distribution, la National Union of Shop, Distributive and Allied Workers. Il ne faut cependant pas négliger le fait que même pour ceux que les nécessités économiques ont contraint à travailler tôt, l’existence d’un réseau dense d’éducation populaire (par exemple les Workers’s Educational Associations), de cours du soir ou d’écoles du parti et des syndicats a permis l’accès à des formes d’éducation supérieure (voir Tableau 8).

    Tableau 5 : Niveau d’éducation

    26Pour celles et ceux qui ont bénéficié d’une éducation secondaire (Tableau 6), le type d’établissement le plus fréquenté est celui des écoles dans le giron du public, mais une part non négligeable de députés (58, soit 23 % de ceux qui ont reçu une éducation secondaire) sont des anciens de public schools, signe probant d’un embourgeoisement du profil social du groupe, surtout si on ajoute les 22 alumni d’écoles indépendantes elles aussi payantes et accessibles aux seules catégories les plus aisées de la population. On retrouve toutes les public schools les plus huppées puisque l’on recense six anciens de Eton et de Winchester College, et quatre élèves de Haileybury, de Westmister School, de Rugby et de Cheltenham, trois de Wellington College et deux de Harrow, de Marlborough, de Lancing et de Mill Hill. C’est en revanche très peu comparé à la part prépondérante du passage par une public school parmi les députés conservateurs et libéraux, puisque 142 d’entre eux sur un total de 245 élus, soit 57 %, proviennent de ce type d’établissements. On compte par ailleurs 57 anciens de Eton et 13 de Harrow chez les tories et les libéraux.20 De même, l’absence de passage par un établissement du secondaire est rarissime sur les bancs de l’opposition où un seul cas de ce type est recensé. Pour revenir aux travaillistes, parmi les élèves de classe moyenne ou ouvrière les plus méritants d’un point de vue scolaire, les grammar schools, établissements sélectifs mais nettement moins onéreux que les public schools, ont constitué une véritable rampe de lancement vers des études supérieures. Au global, le groupe est en tout cas d’un niveau d’éducation bien plus élevé que l’ensemble de la population. En effet, en 1913, on comptait que seuls 5.8 % des jeunes de 14 à 16 ans étaient inscrits dans des écoles publiques secondaires. Quarante ans plus tard, en 1953, 10.7 % d’une classe d’âge passaient les O levels, équivalent du brevet des collèges, tandis que 5.5 % d’une classe d’âge étaient candidats au A level, équivalent du baccalauréat.21

    Tableau 6 : Type d’établissement secondaire fréquenté

    27Majoritairement, notre échantillon n’est pas allé dans l’enseignement supérieur (Tableau 7). Au vu de la proportion conséquente de celles et ceux qui n’ont pas eu accès à l’enseignement secondaire, on aurait pu s’attendre à ce que la part de ceux qui ont bénéficié d’une formation dans le supérieur soit plus faible encore. Un facteur explique ce taux somme toute important d’accès à l’enseignement supérieur : le recours à une formation en dehors du cadre universitaire classique, que ce soit par l’entremise de l’enseignement technique et professionnel spécialisé, comme ce fut le cas de toutes celles et tous ceux qui sont ensuite devenus enseignants du primaire ou du secondaire, ou par des cours du soir ou des formations dispensées au sein de l’éducation populaire et militante (Tableau 8)22. Près d’une quarantaine de députés sont dans ce cas, notamment, pour 13 d’entre eux, grâce au Ruskin College d’Oxford, fondé en 1899 ou, pour 11 d’entre eux, au Labour Central College de Londres, institution qui date de 1919 ou encore, dans deux cas, à Toynbee Hall à Londres, institution créée en 1884 en plein quartier populaire du East End. Enfin, une petite poignée de députés ont été formés dans des écoles militaires ou navales. Si on observe cette variable au-delà de notre période, on remarque que la part de diplômés du supérieur parmi les députés travaillistes n’est devenue majoritaire qu’à partir de 1966 alors qu’elle l’était dès 1945 pour les conservateurs (atteignant 65 % en 1951). Aujourd’hui, il n’y a plus d’écart aussi important entre les partis, puisqu’en 2019, 90 % des députés travaillistes étaient diplômés du supérieur et 88 % des députés conservateurs. Cependant, un différentiel net persiste en ce qui concerne la fréquentation d’établissements primaires ou secondaires privés, car en 2019, cela ne concernait que 14 % des députés travaillistes contre 41 % des conservateurs.23

    Tableau 7 : Part d’accès à l’enseignement supérieur

    Tableau 8 : Type d’établissement d’enseignement supérieur fréquenté

    28Pour celles et ceux qui sont allés à l’université, Oxford est la ville universitaire la plus prisée devant Londres (notamment la London School of Economics, établissement avec lequel 11 de nos députés sont associés, comme anciens étudiants, comme auditeurs libres ou comme membres du personnel enseignant) puis Cambridge, mais les établissements fréquentés sont très diversifiés et ne se résument pas à « Oxbridge », terme porte-manteau par lequel on désigne les deux villes universitaires les plus prestigieuses (Tableau 9). Indice du fort contingent de députés écossais et gallois, on trouve en bonne place des alumni d’universités de ces deux régions. Dans près de 10 % des cas de ceux qui ont fait des études à l’université, leur parcours académique les a amenés à fréquenter des établissements à l’étranger, parfois parmi les plus réputés : Yale pour Konni Zilliacus ; Princeton pour Geoffrey Bing ; Chicago pour sir William Mallalieu ; la Sorbonne pour Julian Ward Snow. Certains de ces anciens étudiants ont fréquenté jusqu’à trois établissements, comme Ernest Kinghorn, inscrits dans les universités de Leeds, de Bâle et de Lille. Si on compare à présent cette variable au reste des députés élus en 1945, on s’aperçoit que les conservateurs et les libéraux sont bien plus susceptibles d’être issus d’Oxbridge (101 sur 245) que d’autres établissements (18 sur 245).24 Là encore, ceci atteste du fait que le groupe travailliste dispose d’un capital social (et académique) moindre et que l’accès à l’enseignement supérieur pour les élites travaillistes s’est pour une large part opéré grâce à des établissements de création plus récente, ces « red-brick universities » apparues au XIXe siècle dans les grandes métropoles. Cet écart demeure dans la durée, même s’il a tendance à s’amenuiser. Ainsi, en 1951, 67 % des députés libéraux et 52 % des députés conservateurs étaient diplômés d’Oxbridge, contre 19 % des députés travaillistes. Aujourd’hui, pour la cuvée 2019, 27 % des députés conservateurs ont ce type de pedigree universitaire, contre 18% des élus travaillistes et libéraux.25

    Tableau 9 : Localisation des universités fréquentées

    Parcours professionnel

    29La diversité des parcours professionnels des candidats travaillistes a été un des arguments majeurs brandis par le parti lors de la campagne électorale, notamment dès le premier discours radiodiffusé d’Attlee le 5 juin 1945 :

    Il y a quarante ans, on pouvait en toute honnêteté appeler le parti travailliste un parti de classe qui représentait quasi-exclusivement les salariés. La base du parti demeure la classe ouvrière organisée, mais le parti est devenu au fil des ans plus ouvert socialement. Dans les rangs des députés et parmi nos candidats, vous trouverez des hommes et des femmes issus de toutes les classes sociales et de tous les milieux professionnels. Les salariés demeurent la majorité, mais nombreux sont ceux qui ont un parcours différent, qui font partie des professions libérales, qui sont des hommes d’affaires, ce qui nous offre un large éventail d’expérience. Plus de 120 de nos candidats viennent des rangs des forces armées, ce qui veut dire que la jeunesse est bien représentée.26

    30Effectivement, à la lecture du Tableau 10, on ne peut démentir cette grande diversité des profils professionnels des élus.27 Le premier groupe qui se dégage nettement est certes constitué de ceux qui sont employés par des structures syndicales, mais les professions libérales sont très bien représentées, avec de nombreux juristes, avocats et hommes de loi, ainsi de nombreux médecins. Les compétences techniques sont présentes avec un important contingent d’ingénieurs.

    Tableau 10 : Profil professionnel

    31Les affiches électorales travaillistes illustrent d’ailleurs cette attention particulière portée aux cols-blancs de classe moyenne au sein de l’électorat (Fig. 2). Les compétences intellectuelles ne sont pas en reste, avec de très nombreux journalistes, auteurs, universitaires et éditeurs. Les milieux professionnels qui gravitent autour du parti (permanent de partis, agents électoraux, employés de coopératives, enseignants d’éducation populaire) forment un sous-groupe très important où l’on retrouve bon nombre de personnes issus des classes ouvrières pour qui l’accès à ces carrières a constitué une forme de mobilité sociale ascendante.

    Fig. 2. Affiche travailliste, 1945

    Collection particulière

    Traduction du texte : Il est intelligent et il ne veut pas que sa jugeotte ne serve à rien, donc il choisit le Labour pour assurer la prospérité. Le contrôle de l’industrie à l’échelle nationale donnera davantage de marge de manœuvre aux cadres, aux techniciens et aux administrateurs

    32Les résultats que nous obtenons pour la promotion travailliste de 1945 sont peu ou prou cohérents avec ce qui a été établi pour la promotion 1951, qui comptait 40 hommes de loi et avocats, 42 enseignants, 2 militaires d’active, 9 fonctionnaires, 4 chefs d’entreprise, 24 hommes d’affaires, 33 journalistes et éditeurs, 6 permanents de parti, 35 mineurs et 73 travailleurs manuels.28 Mais en l’absence d’un mode de comptabilisation similaire et d’une nomenclature identique, la comparaison est à prendre avec précaution. Ce qui est en tout cas manifeste pour certains contemporains comme Chuter Ede, c’est que « l’on remarque à peine dans les rangs des députés tous ces syndicalistes obsolètes ».29 La visibilité des syndicalistes est moindre dans le parlement de 1945 qu’elle n’avait pu l’être à l’issue de l’élection précédente en 1935, lorsque les rescapés de la débâcle travailliste (154 élus) étaient de façon assez monochrome issus des milieux syndicaux. Cette diversité professionnelle accrue des candidats et élus travaillistes permet en tout cas aux travaillistes d’insister sur leur identité de parti trans-classe et de dépeindre leurs adversaires conservateurs comme le parti d’une seule classe, celle des nantis. Comme le fait judicieusement observer le Times, le fait qu’un nombre accru de députés travaillistes siègent sans soutien financier de la part des organisations syndicales (et que le groupe soit globalement rajeuni) pose la question de l’insuffisance du salaire annuel de 600 livres que reçoivent alors les parlementaires. En effet, un député dont le lieu de résidence est éloigné de Londres place ce dernier face à des charges financières importantes (frais de transport et de logement sur Londres, à un moment où les logements disponibles se faisaient très rares), ce qui justifierait d’après le Times que ces émoluments soient revus à la hausse.30

    33Parmi les syndicalistes, une des affiliations récurrentes est au sein de la Transport and General Workers’ Union, syndicat fondé par Ernest Bevin, l’un des hommes forts du parti et ministre des Affaires étrangères de 1945 à 1951 (17 membres recensés d’après le Guardian).31 Walter Farthing, Walter Edwards, Georges Deer, Arthur Creech-Jones, Janet Adamson, Charles Gibson, William Keenan, George Oliver, Benjamin Smith, Albert Stubbs et Percy Wells y ont tous exercé des responsabilités locales ou nationales. La National Union of Journalists compte 16 membres. La National Union of Railwaymen, syndicat de cheminots, est également très représentée, avec Percy Barstow, Alfred Balfour, Joseph Henderson, John Hynd, William McAdam, Joseph Sparks et Ivor Thomas (12 membres identifiés par le Guardian, ce à quoi il faut ajouter 9 membres de la Railway Clerks’ Association).32 Parmi les autres syndicats représentés, on note la National Union of Teachers, l’Amalgamated Union of Building Trade Workers, syndicat des ouvriers du bâtiment, l’Amalgamated Engineering Union, qui regroupe les ingénieurs, la National Union of Clerks and Administrative Workers et la National Union of General and Municipal Workers (représentée par 9 membres d’après les chiffres communiqués au Guardian par Transport House, siège de la fédération des syndicats), qui rassemblent pour la première les employés de bureau et pour la seconde les fonctionnaires municipaux.33 D’autres organisations plus spécialisées complètent le tableau, par exemple dans le domaine des assurances, la National Amalgamated Union of Life Insurance Workers, dans le secteur du vernissage au tampon, la French Polishers Union, pour les compositeurs, la London Society of Compositors, pour les employés des cinémas et théâtres, la National Association of Theatrical and Kine Employees, et pour les chauffeurs de taxi, la London Cab Drivers’ Union. L’organisation la plus omniprésente est toutefois la National Union of Miners, qui compte 39 militants, anciens militants ou responsables au sein des Communes. Pour beaucoup des députés issus de la classe ouvrière, l’accès à des responsabilités syndicales est partie intégrante d’un cursus honorum qui a mené certains d’abord à des mandats électifs locaux, on y reviendra, puis à des mandats nationaux. On peut identifier en la personne de Walter James Edwards un exemple emblématique d’une telle trajectoire. Docker, puis permanent de la Transport and General Workers’ Union, ce dernier vit sa carrière couronnée par sa nomination en tant que Lord Civil de l’Amirauté de 1945 à 1951. Comme le relève le Times dans l’article nécrologique qui lui est consacré, Edwards fut « le premier homme à entrer au Parlement directement après avoir été soutier et le seul Lord Civil qui amena à cette fonction une expérience pratique de modeste chauffeur dans la Royal Navy et de simple journalier dans les docks ».34

    34Dans la catégorie des auteurs, il convient de mettre en exergue Ellen Wilkinson à nouveau. Syndicaliste et militante aguerrie, elle est également une autrice prolifique et engagée. Ses publications incluent une analyse de la Grande Grève de 1926 parue en 1927, A Workers’ History of the Great Strike, une dénonciation précoce des exactions nazies, The Terror in Germany, publiée en 1933, et un ouvrage publié en 1935, au titre prescient, Why War?: A handbook for those who will take part in the Second World War. Douglas Jay est l’auteur d’essais, comme The Socialist Case (1937) et Who is to Pay for the War and the Peace? (1941), tout comme Hugh Hutchinson, à qui l’on doit une étude historique sur la présence britannique en Inde, The Empire of the Nabobs: A Short History of British India, publié en 1937. On compte également dans cette catégorie deux poètes, Lyall Wilkes et Hector Hughes, auteur de l’hymne national du Ghana, une poétesse, Lucy Noel-Buxton, un romancier, Israel Edelman, et un dramaturge, Benn Levy.

    35Parmi les journalistes, on trouve des collaborateurs de toute la presse plutôt classée à gauche, notamment le Daily Herald, quotidien auquel ont contribué Morgan Price, Henry Smith, Gilbert McAllister, Maurice Webb et Ernest Thurtle, et Tribune, où ont travaillé entre autres Ian Mikardo et Janet Lee, qui en a été rédactrice-en-chef. Certains ont toutefois une expérience dans des titres moins favorables aux travaillistes. C’est le cas de Evelyn St Loe Strachey, employé par le Spectator dans les années 1920, et de Ivor Bulmer-Thomas, qui a été employé par le Times dans les années 1930, tout comme Douglas Jay, qui rejoignit finalement le Daily Herald en 1937 après un passage chez The Economist au début des années 1930. Le plus expérimenté de ce groupe est sans doute Ernest Allighan, passé successivement par John Bull, où il fut rédacteur-en-chef adjoint de 1921 à 1925, puis par le Daily Express de 1928 à 1931, le Evening Standard de 1931 à 1939, le Daily Mirror de 1941 à 1944, pour finir par être recruté par le Daily Mail où il exerça de 1944 à 1946.

    Parcours militaire

    36On ne saurait, pour une génération aussi marquée par deux conflits mondiaux rapprochés, passer sous silence la part prise par notre groupe à la Première et à la Deuxième Guerre mondiale (Tableau 11). Ce qui frappe d’emblée, c’est le fait qu’une courte majorité de ces parlementaires travaillistes n’a pas eu de service d’active, ni entre 1914 et 1918, ni entre 1939 et 1945. Plusieurs facteurs permettent d’expliquer cet état de fait. Certains étaient déjà trop âgés en 1914 pour pouvoir se porter volontaires pour prendre l’uniforme ; d’autres trop jeunes pour combattre en 1914-1918 puis trop vieux en 1939-1945. Pour ceux assez âgés, le fait est que beaucoup de ces personnes avaient un statut protégé en vertu des responsabilités syndicales qu’ils occupaient. Par ailleurs, étant donné la tradition pacifiste au sein du parti, beaucoup (quinze en tout) étaient objecteurs de conscience. Certains furent d’ailleurs emprisonnés pour leur position antimilitariste, comme ce fut le cas pour Ness Edwards, pour George Deer, ou Fred Longden. Samuel Sydney Silverman fut quant à lui emprisonné trois fois pour son objection de conscience, à Preston, à Wormwood Scrubs et à Belfast.35 Certains de ces objecteurs de conscience prirent le parti de rejoindre des unités d’ambulance, par exemple Konni Zilliacus et Philip John Noel-Baker, qui devient adjudant au sein de la First British Ambulance Unit en Italie et qui se vit décerner des médailles militaires françaises, britanniques et italiennes pour sa bravoure. Philip Noel-Baker a eu un parcours assez unique qui l’a vu obtenir le Prix Nobel de la Paix en 1959 après avoir été médaillé d’argent au 1 500 mètres aux Jeux Olympiques d’Anvers en 1920. D’autres députés, tels que Frederick Cocks, Konni Zilliacus, ou Morgan Price, militèrent à l’époque au sein de l’Union for Democratic Control, organisation très critique de la manière dont la guerre était menée et qui militait pour des buts de guerre démocratiques.36 On recense en tout 80 vétérans de la Première Guerre mondiale, avec toutes les armes (artillerie, infanterie, tanks, armée de l’air, médecine militaire) et tous les terrains d’opération représentés, de la France aux Dardanelles en passant par la Mésopotamie, le Kurdistan, la Perse et le Baloutchistan. Un parcours comme celui de Denis Pritt, affecté au département de la censure postale au ministère de la Guerre, est très atypique. Leslie Haden-Guest, 68 ans en 1945 et médecin de son état, présente des états de service plus flamboyants, puisqu’il prit part non seulement à la Guerre des Boers, mais également aux deux guerres mondiales, ce qui est le cas d’une infime minorité de notre groupe (4 %).

    Tableau 11 : Participation aux deux guerres mondiales

    37Pendant la Deuxième Guerre mondiale, on trouve un autre cas de figure, à savoir des personnes mobilisées pour leur expertise dans le cadre du gouvernement de coalition, comme Evan Durbin, âgé de 39 ans en 1945, qui passa la guerre à Londres dans le département d’économie du secrétariat du Cabinet de Guerre où il côtoya Harold Wilson, futur Premier ministre. Harold Davies, universitaire de 41 ans en 1945, fut mobilisé quant à lui comme enseignant et conférencier auprès des forces armées, tout comme Gordon Lang, 52 ans en 1945 et pasteur protestant de son état. Richard Crossman, un autre universitaire de 37 ans en 1945, fut quant à lui mobilisé pour les opérations de guerre psychologique et de propagande. Barnett Janner, 53 ans en 1945, avait combattu en 14-18 et se retrouva comme beaucoup d’autres de son âge mobilisé comme acteur de la défense civile anti-aérienne (Air Raid Precautions Warden) de 1940 à 1945. Alfred Robens, 34 ans en 1945, est l’un des rares à avoir été déclaré inapte au combat. En termes de théâtres d’opérations, on retrouve la même diversité que lors de la guerre précédente, avec des soldats ayant combattu à Ceylan, en Inde, en Birmanie, à Singapour, à Aden, en Syrie, en Grèce, en Égypte. Le Times recense 126 députés travaillistes ayant combattu pendant la guerre.37 L’arme la plus représentée est l’armée de l’air, avec 18 futurs parlementaires ayant combattu au sein de la Royal Air Force, mais tous les autres corps sont présents, y compris les sous-marins, les transmissions et le génie.

    Parcours associatif

    38Avant d’aborder la trajectoire politique de notre groupe, on va à présent mettre en exergue la diversité de leurs engagements associatifs. Le premier type d’organisations auxquels nombre des députés de classe moyenne ont appartenu et où ils ont effectué leur apprentissage politique sont les associations gravitant autour du parti. Il convient de mentionner en premier lieu la Fabian Society, cercle de réflexion progressiste fondé en 1884 dont avaient alors été membres le dramaturge George Bernard Shaw, le romancier Herbert George Wells ou l’économiste Sidney Webb. La Fabian Society a fait partie des organisations fondatrices du Labour Representation Committee en 1900 mais est demeurée distincte du parti. Ce positionnement lui a permis de recruter dans les milieux de classe moyenne, notamment au sein des universités, comme par exemple à Cambridge où existait la Cambridge University Fabian Society. On relève, dans le même champ d’activités associatives, des députés actifs en tant qu’enseignants ou comme responsables dans les Workers’s Educational Associations, au Ruskin College, ou dans le réseau des Labour Colleges, fédérés au sein du National Council of Labour Colleges fondé en 1921. Dans un registre similaire, Evelyn John St Loe Strachey avait été en 1936 l’un des membres fondateurs du Left Book Club, tout à la fois maison d’édition et club de lecture qui rencontra un fulgurant succès, avec 57 000 membres en 1939. Cette organisation joua un rôle crucial dans la diffusion des idées socialistes auprès d’un large public au sein des classes moyennes. Le XYZ Club, organisation regroupant à partir de 1932 les experts financiers proches du parti, parmi lesquels, au sein de notre groupe, Hugh Gaitskell, Hugh Dalton, Douglas Jay et Evan Durbin, est un cas original de structure associative et élitaire, à laquelle on impute la paternité des projets de nationalisation de la Banque d’Angleterre que le gouvernement Attlee mit en place une fois au pouvoir. Enfin, de façon cruciale en termes d’expertise médicale qui s’avérerait utile pour les réformes du système de santé auxquelles s’attela avec succès le gouvernement Attlee, le ministre de la Santé Ernest Bevan pouvait compter sur les députés par ailleurs membres de la Socialist Medical Association, parmi lesquels Edith Summerskill et Santo Jeger, tous deux fondateurs de cette organisation en 1930.

    39Les organisations de tempérance forment un autre type de militantisme associatif répandu, en particulier chez les députés de classe ouvrière les plus âgés. C’est un indice des continuités qui existent entre le travaillisme et les milieux radicaux et libéraux de la période victorienne, puisque c’est une forme de sociabilité militante qui était classique parmi les soutiens du Parti libéral au XIXe siècle. Robert Young, député de classe ouvrière de 73 ans en 1945, offre un exemple emblématique de ce type de parcours en sa qualité de président de la National Temperance Federation à partir de 1935 et à partir de 1944 la Workers’ Temperance League. William Hall a, quant à lui, présidé en 1959 la plus ancienne des organisations de lutte contre l’alcoolisme, la United Kingdom Alliance, créé en 1853.

    40Ce type de militantisme peut parfois s’accompagner d’une implication dans la mouvance pacifiste, comme dans le cas de Rhys John Davies, 68 ans en 1945, et de Walter Ayles, 66 ans la même année. Ellen Wilkinson a par exemple milité au sein de la Women’s International League for Peace and Freedom, fondée en 1915 par des militantes suffragistes. Reginald William Sorensen est en quelque sorte un pacifiste multicartes, puisqu’il milita au sein de la Peace Pledge Union dès la création de l’organisation en 1934, du National Peace Council, organisation fédérant les associations pacifistes à partir de 1908, qu’il a présidé et de l’International Friendship League, organisation promouvant l’amitié entre les peuples depuis 1931. Victor Francis Yates fut actif au sein du Labour Peace Fellowship, créée en 1940 pour œuvrer en faveur de la paix et du socialisme. La tradition pacifiste au sein du parti se perpétuera lors de la création, en 1958, de Campaign for Nuclear Disarmament, organisation prônant le désarmement nucléaire, à laquelle prirent part, parmi nos députés, Tudor Watkins, Konni Zilliacus, Michael Foot et Richard Acland.

    41De façon complémentaire à cette sensibilité pacifiste, on trouve de nombreux cas de militantisme dans les organisations favorables à la coopération internationale ou au fédéralisme mondial. Stafford Cripps, anglican convaincu, était ainsi membre de la World Alliance to Promote International Friendship through the Churches. Sir Edward Mallalieu fut secrétaire général de la World Association of World Federalists. Lewis Silkin prit part en à la World Constituent Assembly, qui tenta en 1968 de rédiger une constitution mondiale sur des principes pacifistes et démocratiques. Henry Usborne fut membre fondateur du Parliamentary Group for World Government en 1945 puis impliqué dans la création de la World Association of Parliamentarians for World Government en 1947. Ronald Mackay créa de son côté la European Union of Federalists en 1946.

    42Le suffragisme est un type d’engagement récurrent. On a déjà signalé le cas d’Ellen Wilkinson, active au sein de cette mouvance. On peut également mentionner Muriel Nichol, qui était entre 1912 et 1914 permanente de la National Union of Women’s Suffrage Societies, et Barbara Bodichon Ayrton-Gould, militante avant 1914 de l’organisation suffragiste radicale, la Women’s Social and Political Union. Andrew Gilzean, impliqué dans les mouvements de tempérance, est un cas intéressant à ce titre, puisqu’il a été actif au sein de la Men’s Federation for Women’s Suffrage pendant la Première Guerre mondiale, preuve que militer pour le droit de vote des femmes n’était pas uniquement une affaire de femmes.

    43Enfin, notamment parmi les juristes, on remarque une forme de militantisme en faveur de la réforme du droit pénal. Kenneth Younger, une fois que ses mandats successifs de députés prirent fin en 1959, assura de 1960 à 1973 la présidence de la Howard League for Penal Reform, vénérable association fondée en 1866 et également présidée par deux autres de ses collègues travaillistes issus de la promotion 1945, George Benson et Denis Pritt. Kenneth Younger, avait auparavant été membre fondateur de la Homosexual Law Reform Society en 1958, laquelle appelait à la décriminalisation de l’homosexualité, aux côtés de personnalités comme Clement Attlee et Isaiah Berlin et de « l’hyperactiviste » Bertrand Russell. Dans la même veine militante, on n’est guère surpris de constater que le combat pour les libertés publiques ou contre l’esclavage n’est pas absent du tableau. Arthur Creech-Jones, ministre des Colonies, a ainsi été vice-président de l’Anti-Slavery Society. Geoffrey Bing est un exemple parmi d’autres de députés engagés au sein du National Council for Civil Liberties, fondé en 1934, et de la Haldane Society, qui regroupa à partir de 1930 les juristes désireux de soutenir le Parti travailliste et qui compta parmi ses membres de nombreux députés de notre promotion 1945, parmi lesquels Stafford Cripps, Clement Attlee et John Platts-Mills.

    44Parmi les 23 députés de confession juive, on relève un autre type d’activisme. Barnett Janner fut très impliqué dans la mouvance sioniste en tant que président de la Zionist Federation of Great Britain and Ireland.38 Sioniste convaincu, Maurice Orbach présida l’association Labour Friends of Israel. Il dirigea également de 1955 à 1964 un organe comparable au Conseil Représentatif des Institutions Juives, le Board of Deputies of British Jews, une vénérable organisation datant du XVIIIe siècle. Notre groupe compte également un président de l’Anglo-Israeli Archaeological Association, Samuel Segal.39

    45Enfin, en guise d’aperçu sur l’éclectisme associatif dont fait preuve notre groupe de députés, on remarque l’implication de certains d’entre eux dans des organisations plus inattendues. James Simmons, gravement blessé pendant la guerre 14-18, fut actif au sein de la British Limbless Ex-Servicemen Association, qui fédérait les mutilés de guerre. Arthur Blenkinsop vice-présida la principale association regroupant les adeptes de la randonnée, la Ramblers Association. Henry Berry fut quant à lui dans les années 1920 trésorier de l’association regroupant les jardins ouvriers, la National Allotments Society, avant de devenir président de la fédération internationale des jardins ouvriers de 1947 à 1949. On trouve en Peter Freeman un président de la Vegetarian Society de 1937 à 1942, en Joseph Reeves un président de la International Cremation Federation et en James Chuter Ede un président de la Commons, Open Spaces and Footpaths Preservation Society, organisation dédiée entre autres à la protection et à l’accessibilité pour le grand public des espaces naturels. Chez les députées, on note un engagement dans des structures spécialisées telles que la Mothercraft Training Society, association fondée en 1917 et dédiée au bien-être infantile, pour Lucy Noel-Buxton, ou pour Mabel Ridealgh au sein de la Women’s Cooperative Guild, créée en 1883 pour promouvoir les principes et pratiques coopératifs auprès des publics féminins.

    Parcours politique

    46Il nous reste avant de conclure à qualifier le parcours politique de notre groupe. C’est une variable essentielle afin de mesurer le degré d’expérience engrangée par notre groupe de députés avant que ne débute leur mandat. Les remarques acerbes de Cuthbert Headlam, député conservateur cité en introduction du chapitre, pourrait à donner à croire que les députés travaillistes sont en quelque sorte des novices, pour ne pas dire des blancs-becs. On va voir qu’il n’en est rien.

    47Tout d’abord, une nette majorité de notre groupe arrive aux Communes avec un bagage d’élu local (Tableau 12). C’est en quelque sorte un passage presque obligé dans le cursus honorum travailliste. En effet, avant d’accéder à la députation, bien des députés ont siégé dans les diverses instances électives locales (Urban District Councils, County Councils, City Councils) ou ont accédé à des postes tels que Justice of the Peace (JP), Lord Lieutenant ou Deputy Lieutenant.40 Trente-huit des députés avaient exercé les fonctions de maire avant ou pendant leur mandat parlementaire et deux autres le devinrent après 1950. Thomas Reid, diplomate de carrière, avait par ailleurs été maire de Colombo, capitale de Ceylan. Notamment pour les députés issus de la classe ouvrière, cet apprentissage par l’exécutif des collectivités locales, souvent complété par des responsabilités syndicales, fut une manière de se faire connaître des électeurs et de bénéficier d’une première expérience de la chose publique.

    Tableau 12 : Mandats électifs locaux

    48Il ne faut pas négliger le fait qu’un contingent important de nos 425 députés avaient déjà accédé à la députation avant juillet 1945. C’est le cas pour 150 d’entre eux, soit plus du tiers du groupe. Pour 192 d’entre eux, la candidature de 1945 n’est pas la première tentative pour accéder aux Communes. Dans quatre cas (Harry Wallace, Albert Stubbs, Leslie Haden-Guest, Thomas Lewis), les élus de 1945 avaient eu jusqu’à 6 candidatures infructueuses depuis 1918 avant d’accéder à la députation en 1945. Pour 287 membres de notre contingent, la carrière parlementaire se poursuivra d’ailleurs au-delà, voire bien au-delà de 1950. Pour 48 d’entre-eux, la candidature de 1945 était une première et une dernière, puisque leur carrière aux Communes prendra fin en 1950, sort que connurent un certain nombre de néo-députés de la région londonienne, où les travaillistes perdirent du terrain après le raz-de-marée de 1945. Dans quelques cas, la longévité de la carrière aux Communes sera exceptionnelle. Six députés vont ainsi siéger sans interruption jusqu’en 1983 : Julius Silverman, Harold Wilson, futur Premier ministre, Herbert Parker, Frederick Willey, Thomas George Thomas, Speaker de 1976 à 1983 et James Callaghan, un autre futur Premier ministre. Herbert Parker deviendra d’ailleurs de 1979 à 1983 « Père de la Chambre », titre qu’on octroie au plus ancien député en fonction, avec une carrière de parlementaire qui aura duré 38 ans en tout. Avant lui, c’est d’abord à David Grenfell, député de Gower de 1922 à 1959, que le titre échut, et ensuite de 1974 à 1979, ce fut au tour de George Strauss, député de Lambeth de 1934 à 1950 puis de Vauxhall de 1950 à 1979.

    49À cette expérience engrangée dans les assemblées locales et aux Communes, il faut ajouter celle acquise au sein des gouvernements successifs auxquels les travaillistes avaient pris part. Six parlementaires travaillistes ont participé au premier gouvernement MacDonald de 1924, certes dans des rôles subalternes : Clément Attlee (sous-secrétaire d’État à la Guerre), Rhys Davies (sous-secrétaire d’État à l’Intérieur), Robert Richards (sous-secrétaire d’État à l’Inde), Arthur Greenwood (adjoint du ministre de la Santé), Albert Alexander (adjoint du ministre du Commerce) et Jack Alexander (adjoint du ministre de la Guerre). Douze députés ont participé au second gouvernement MacDonald entre 1929 et 1931, notamment Herbert Morrison, ministre des Transports, et Hugh Dalton, sous-secrétaire d’État aux Affaires étrangères. Mais c’est surtout dans le gouvernement Churchill que les travaillistes vont renforcer plus encore leur connaissance directe des arcanes du pouvoir. Entre 1940 et 1945, neuf d’entre eux ont exercé des responsabilités au sein de ce gouvernement de coalition. Tout d’abord, leur chef, Clément Attlee, en tant que Premier ministre adjoint de 1942 à 1945. Mais également Ernest Bevin, tonitruant ministre du Travail et du Service national pendant toute la durée de la coalition. Herbert Morrison fut quant à lui ministre de l’Intérieur d’octobre 1940 jusqu’à la sortie des travaillistes du gouvernement en mai 1945. Hugh Dalton prit d’abord le portefeuille ministériel de la Guerre économique de 1940 à 1942 puis celui du Commerce de 1942 à 1945. William Jowitt se chargea d’abord d’un secrétariat d’État à la Justice de 1940 à 1942 avant de se voir confier le ministère de l’Assurance sociale. À Stafford Cripps revint de 1942 à 1945 la responsabilité du ministère de la Production aérienne. On retrouvera avec tous ces ténors l’ossature du premier gouvernement Attlee. On remarque que les responsabilités endossées par les membres travaillistes du gouvernement Churchill leur donnaient une précieuse légitimité dans tous les domaines de la politique intérieure. Le choix d’Attlee – sur la suggestion du roi – de confier les Affaires étrangères à Bevin allait s’avérer judicieux tant Bevin, ancien syndicaliste viscéralement anticommuniste, sut faire preuve d’un aplomb et d’une fermeté immédiate (dès la conférence de Potsdam) vis-à-vis de Staline et de son homologue soviétique aux Affaires étrangères, Viatcheslav Molotov.

    50Si on observe à présent la trajectoire antérieure à l’élection des membres de notre groupe, force est de constater que tous les parcours ne sont pas monolithiques en termes d’allégeances partisanes. En effet, dans un certain nombre de cas, l’adhésion au Parti travailliste est arrivée au terme d’un processus qui a vu les uns et les autres militer au sein d’autres structures partisanes. Pas moins de 34 députés ont été adhérents de l’Independent Labour Party (ILP), et non des moindres, puisque parmi eux on compte Aneurin Bevan, Ellen Wilkinson et Arthur Creech-Jones, tous trois membres du gouvernement, ainsi que d’autres personnalités comme Barbara Castle et Janet Lee, épouse d’Aneurin Bevan. Le père de James Carmichael avait été l’un des membres fondateurs de l’ILP et celui de Muriel Nichol avait dirigé ce parti de 1920 à 1922. L’entrée dans le giron travailliste s’est déroulée en trois temps : après la Première Guerre mondiale (c’est le cas pour Thomas Williams), en 1932 (Florence et John Paton, qui adhérèrent au Parti travailliste en 1933) lorsque l’ILP avait décidé de cesser d’être affilié au Parti travailliste et perdit en conséquence les trois quarts de ses adhérent, ou en 1945 (par exemple Charles Whyte), voire en 1947 après la mort en 1946 du dirigeant historique de l’ILP, James Maxton (à l’instar de James Griffiths et James Carmichael).

    51Parmi les vétérans de notre groupe, certains comme William Cluse avait d’abord milité dans les années 1890 au sein de la Social Democratic Federation, premier parti socialiste britannique créé en 1881. D’autres parlementaires plus jeunes eurent une trajectoire comparable. Comme Barbara Castle qui rejoignit la Socialist League fondée en 1932 suite à une scission de l’ILP ou Georges Deer et Thomas Williams, passés par le British Socialist Party, créé en 1911. Andrew Gilzean fit partie d’une autre scission de l’ILP et fonda avec d’autres le Scottish Socialist Party en 1932, qui souhaita, à la différence de l’ILP, demeurer affilié au Parti travailliste. Autre cas de figure : celles et ceux qui furent compagnons de route du Communist Party of Great Britain (CPGB), qui tenta à plusieurs reprises entre 1920 et 1924 d’être affilié au Parti travailliste. Parmi ces députés proches du CPGB au début des années 1920, on trouve Elizabeth Braddock et à nouveau Ellen Wilkinson. Certains, comme Evelyn John St Loe Strachey, demeurèrent adhérents du CPGB bien plus tardivement, puisque ce dernier ne quitta cette organisation qu’en 1940 pour des raisons qu’on devine. Ivor Bulmer-Thomas, exclu du Parti travailliste en 1947, rejoignit quant à lui le CPGB en 1949, tout comme Alfred Edwards, exclu en 1948, qui fut une nouvelle recrue du CPGB en 1948. Deux députés juifs, Ian Mikardo et Maurice Orbach, militèrent quant à eux au sein de Poale Zion, parti sioniste et marxiste, en parallèle de leur appartenance au Parti travailliste. Enfin, trois députés avaient pris part active au Commonwealth Party, créé en 1942 par opposition à la participation travailliste au gouvernement Churchill : Richard Acland, député libéral qui en était le fondateur, Ronald Mackay et Ernest Millington, les deuxpremiers rejoignant les rangs travaillistes en 1945, le troisième en 1946. Clairement, le Parti travailliste était parvenu en 1945 à fédérer la quasi-totalité des forces de gauche.

    52Un certain nombre de ces élus, dix au total, avait pour leur part fait leur apprentissage politique plus à droite de l’échiquier politique, pour beaucoup d’entre eux au sein du Parti libéral. Par exemple Arthur Irvine, candidat pour ce parti à plusieurs reprises dans les années 1930 avant d’adhérer au Parti travailliste en 1943. Thomas Macpherson avait de son côté dirigé la section du Parti Libéral de Romford dans les années 1920 avant de sauter le pas. D’autres avaient même occupé des fonctions électives au sein de ce parti, à l’instar de Barnett Janner, député libéral de Whitechapel de 1931 à 1935, période au cours de laquelle sir Edward Mallalieu siégea lui aussi aux Communes sous la même étiquette. Plus à droite encore, on trouve le cas de Denis Pritt, militant conservateur avant 1914, qui rejoignit les rangs libéraux en 1914 avant de prendre sa carte au Parti travailliste en 1918. Charles Whyte avait milité lui aussi chez les libéraux avant de rejoindre le New Party, fondé en 1931 par un travailliste en rupture de ban, Oswald Mosley, qui finit par créer en 1932 la British Union of Fascists. De façon plus intrigante encore, on relève le cas atypique de John Platts-Mills, qui devint travailliste en 1936 et avait été actif au sein d’une organisation d’ultra-droite, l’English Mistery, groupuscule antisémite datant de 1930 et gravitant sur les franges du Parti conservateur.

    53L’obtention de distinctions honorifiques est un révélateur d’une trajectoire politique couronnée par la reconnaissance. Le système politique britannique dispose d’une palette variée de marques d’honneur dont a largement bénéficié notre promotion de parlementaires. Sur ces 425 élus, 84 ont accédé à la pairie, soit près d’un député sur cinq. Ces élévations à la Chambre des Lords ont démarré dès 1945 et se sont étalées jusqu’à 1983. Ces promotions ont été facilitées par le fait que les travaillistes ont disposé des leviers institutionnels à chaque fois qu’ils ont accédé au pouvoir, de 1945 à 1951, puis de 1964 à 1970 et enfin de 1974 à 1979. Ceci a permis de rééquilibrer la physionomie d’une chambre haute jusqu’alors assez uniformément conservatrice et libérale. Cette distinction n’est pas la seule dont peut être gratifié le personnel parlementaire. Une autre fonction, très majoritairement destinée aux parlementaires, est l’obtention du titre de Privy Councillor, c’est-à-dire membre du Conseil Privé (Privy Council), qui est constitutionnellement une instance relevant de la prérogative royale et habilitée à publier des décrets. Dans notre échantillon, 84 députés finirent par obtenir ce titre, soit, là encore, près d’un député sur cinq. Leur accession à cette distinction s’étala de 1931 à 1974. Dix-neuf de ces députés furent anoblis, pour les premiers dès 1929 (année où les travaillistes étaient au pouvoir) et pour le dernier en 1983. Vingt-trois de nos vainqueurs de 1945 se virent octroyer la décoration de l’Order of the British Empire (entre 1924 et 1974) et 37 d’entre eux devinrent, entre 1931 et 1968, Commander of the British Empire. Cette génération de travaillistes fut donc couverte d’honneurs. C’est là un signe manifeste que le parti, marginalisé jusqu’alors par la domination du système politique par le duo libéral et conservateur, entra de plein pied au cœur du système politique britannique et parvint dès lors à se légitimer comme un acteur désormais central du jeu politique et institutionnel britannique. Le parti de la classe ouvrière de 1900 était donc bel et bien devenu, tout autant que ses rivaux, un authentique parti national, pleinement intégré aux institutions, processus timidement initié à partir de 1924 que la victoire éclatante de 1945 avait permis d’accélérer.

    Conclusion

    54L’arrivée à Westminster des nouveaux députés travaillistes marque un renouvellement profonde du personnel parlementaire. Le premier effet est un rajeunissement des Communes ; le second, eu égard au profil socio-professionnel qu’on a analysé, consiste en une modification inédite dans la composition de cette instance. Moins diplômés, moins susceptible d’avoir bénéficié d’une éducation dans le secondaire, beaucoup plus L’arrivée à Westminster des nouveaux députés travaillistes marque un renouvellement profonde du susceptible d’être d’extraction ouvrière, cette promotion présente des caractéristiques qui la démarque nettement de toutes celles qui l’ont précédé.

    55Pour autant, on peut également considérer que juillet 1945 est en quelque sorte un été indien pour cette troisième génération travailliste, après la première d’avant 1914 et la deuxième de l’entre-deux-guerres, dont le profil très majoritairement ouvrier et syndicaliste était le reflet d’un parti fondé par les syndicalistes et la classe ouvrière. Dès l’entre-deux-guerres, la visibilité des classes moyennes et aisées au sein des cercles dirigeants du parti s’était accrue, comme en témoignent les exemples emblématiques de Clément Attlee, chef du parti à compter de 1935 et fils de notaire, de Charles Trevelyan, fils d’aristocrate, ou de Sidney Webb, fils d’un prospère notable londonien.

    56Avec la génération 1945 arrive au pouvoir une nouvelle vague d’élus dont beaucoup sont passés par les meilleures écoles et universités du pays, notamment la London School of Economics, fondée par le même Sidney Webb. À tout prendre, c’est bien ces jeunes pousses travaillistes qui incarnent le mieux cet embourgeoisement sensible de la hiérarchie travailliste et qui préfigurent l’avènement d’un travaillisme des classes moyennes et éduquées qui, de Hugh Gaitskell à Harold Wilson en passant par James Callaghan, Michael Foot, Tony Blair et Gordon Brown, va contribuer à la disparition progressive de la main-mise syndicale sur le leadership et les instances du parti et sur sa ligne politique.41

    Bibliographie

    Sources primaires

    “LABOUR M.P.s: The professions well represented,” The Manchester Guardian, 31 juillet 1945.

    From Our Parliamentary Correspondent, “The People’s Choice,” The Times, 10 août 1945.

    Stuart Ball (ed.), Parliament and Politics in the Age of Churchill and Attlee. The Headlam Diaries 1935-1951, Cambridge, Cambridge University Press, 1999.

    Sources secondaires

    Andrew Adonis, Ernest Bevin. Labour’s Churchill, Londres, Biteback Publishing, 2021.

    Richard Cracknell, Elise Uberoi, Matthew Burton, UK Election Statistics, 1918-2022. A long century of elections, Londres, House of Commons Library, 5 décembre 2022.

    Steven Fielding, “What Did ‘The People’ Want?: The Meaning of the 1945 General Election”, The Historical Journal, vol. 35, no. 3, 1992, pp. 623–39.

    David Kynaston, Austerity Britain 1945-1951, Londres, Bloomsbury, 2007.

    R. B. McCallum et Alison Readman, The British General Election of 1945, Oxford, Oxford University Press, 1947.

    Gary McCulloch, “Labour, the Left, and the British General Election of 1945”, Journal of British Studies, vol. 24, no. 4, 1985, pp. 465–89.

    John Newsinger, “‘It Is Astonishing How Little Change Has Happened’: Orwell, the Labour Party and the Attlee Government”, Hope Lies in the Proles: George Orwell and the Left, Londres, Pluto Press, 2018, pp. 92–111

    Oxford Dictionary of National Biography, Oxford, Oxford University Press, 2004.

    Aaron Reeves, Sam Friedman, Charles Rahal et Magne Flemmen, “The Decline and Persistence of the Old Boy: Private Schools and Elite Recruitment 1897 to 2016”, American Sociological Review, vol. 82, 2017, pp. 1139-66.

    Aaron Reeves et Sam Friedman, Born to Rule: The Making and Remaking of the British Elite, Cambridge, Harvard University Press, 2024.

    Michael Stenton et Stephen Lees, Who’s Who of British Members of Parliament, vol. 4, 1945-1979. A Biographical Dictionary of the House of Commons, Brighton, Harvester Press, 1981.

    Richard Toye, Age of Hope. Labour, 1945, and the Birth of Modern Britain, Londres, Bloomsbury, 2023.

    Eve Worth, The Welfare State Generation: Women, Agency and Class in Britain since 1945, Londres, Bloomsbury, 2022.

    Eve Worth, Naomi Muggleton, Aaron Reeves, “Gendered processes of recruitment to elite higher educational institutions in mid-twentieth century Britain”, Gender and History, 2024.

    Notes de bas de page

    1 On reprend ici l’expression employée par le Times de Londres dans l’article que le quotidien a consacré à la nouvelle cuvée de députés. “The People’s Choice,” The Times, 10 août 1945.

    2 Ce, malgré que les sondages montraient depuis 1942, que le Parti travailliste serait en tête des prochaines élections. Henry Pelling, “The 1945 general election reconsidered”, Historical Journal, vol. 23, no. 2, 1980, pp. 399–414.

    3 Éric Hobsbawm, Franc-Tireur. Autobiographie, Paris, Ramsay, 2002, p. 200.

    4 David Lodge, Quite a Good Time to Be Born. A Memoir 1935-1975, Londres, Vintage, 2016, p. 88 (ma traduction).

    5 A. J. P. Taylor, English History 1914-1945, Londres, Penguin, 1965, p. 722 (ma traduction).

    6 Stuart Ball (ed.), Parliament and Politics in the Age of Churchill and Attlee. The Headlam Diaries 1935-1951, Cambridge, Cambridge University Press, 1999, p. 471-472 (ma traduction). Herbert Morrison avait été ministre de l’Intérieur du gouvernement de coalition de Churchill d’octobre 1940 à mai 1945. The Red Flag, air composé en 1889, a été l’hymne officiel du Parti travailliste dès sa création. La rentrée parlementaire du 1er août 1945 fut donc la première fois que la chanson se trouva entonnée aux Communes.

    7 Le texte, archivé avec tous les autres programmes travaillistes depuis 1900, est accessible en ligne : http://www.labour-party.org.uk/manifestos/1945/1945-labour-manifesto.shtml (Traduction personnelle).

    8 R. B. McCallum et Alison Readman, The British General Election of 1945, Oxford, Oxford University Press, 1947, p. 272.

    9 Richard Cracknell, Élise Uberoi, Matthew Burton, UK Election Statistics, 1918-2022. A long century of elections, Londres, House of Commons Library, 5 décembre 2022, pp. 34-45.

    10 “LABOUR M.P.s, “The professions well represented,” The Manchester Guardian, 31 juillet 1945; From Our Parliamentary Correspondent, “The People’s Choice”, The Times, 10 août 1945.

    11 Michael Stenton et Stephen Lees, Who’s Who of British Members of Parliament, vol. 4, 1945-1979. A Biographical Dictionary of the House of Commons, Brighton, Harvester Press, 1981.

    12 Oxford Dictionary of National Biography, Oxford, Oxford University Press, 2004. On regrette ici que notre établissement de rattachement ne soit pas doté de la version électronique du Who is Who/Who was Who, ce qui aurait permis une triple vérification.

    13 D’autres défections au profit du Parti conservateur intervinrent après 1950. C’est le cas de Evelyn Mansfield King qui rejoignit les tories en 1951 et devint membre de la Primrose League et vice-président du Monday Club (1974-1994), deux officines très à la droite du parti. Idem pour John McGovern qui, par convictions anti-communistes, soutint les conservateurs à partir de 1964 et pour Francis Noel-Baker dont le départ des rangs travaillistes fut provoqué en 1971 par son hostilité envers l’entrée du Royaume-Uni dans la Communauté économique européenne. Enfin, cas rarissime dans les annales parlementaires, Aidan Crawley, fils du chanoine de Windsor, ancien de Harrow, public school par excellence, diplômé de Trinity College à Oxford, joueur de cricket émérite, journaliste et futur président de London Weekend Television de 1967 à 1973, siégea sous l’étiquette travailliste de 1945 à 1951, démissionna du parti en 1957 et fut élu député conservateur de 1962 à 1967.

    14 From Our Parliamentary Correspondent, “The People’s Choice,” The Times, 10 août 1945.

    15 Richard Cracknell, Elise Uberoi, Matthew Burton, UK Election Statistics, 1918-2022. A long century of elections, Londres, House of Commons Library, 5 décembre 2022, p. 36.

    16 Ibid., p. 35.

    17 Cette variable a été simplifiée à des fins de lisibilité en regroupant les zones géographiques par grandes régions. Le détail du décompte par comtés de naissance aurait en effet rendu la lecture d’un diagramme peu commode, sachant que l’on dénombre 48 comtés pour la seule Angleterre, 33 pour l’Écosse, 13 pour le pays de Galles et 6 pour l’Irlande du Nord.

    18 Panikos Panayi, An Immigration History of Britain. Multicultural racism since 1800, Londres, Routledge, 2010, passim.

    19 Hugh Gaitskell, étoile montante et future dirigeant du parti, était certes marié mais entretenait des relations homosexuelles, de façon notoire avec le poète John Betjeman.

    20 R. B. McCallum et Alison Readman, The British General Election of 1945, Oxford, Oxford University Press, 1947, p. 273.

    21 Paul Bolton, Education: historical statistics, Londres, House of Commons Library, 27 novembre 2012, https://researchbriefings.files.parliament.uk/documents/SN04252/SN04252.pdf, p. 4.

    22 Dans ce tableau, le total est supérieur à 206, soit le nombre de députés ayant fait des études supérieures, car on a comptabilisé dans certains cas plusieurs types d’établissements fréquentés pour une seule et même personne.

    23 Richard Cracknell, Elise Uberoi, Matthew Burton, UK Election Statistics, 1918-2022. A long century of elections, Londres, House of Commons Library, 5 décembre 2022, p. 39.

    24 R. B. McCallum et Alison Readman, The British General Election of 1945, Oxford, Oxford University Press, 1947, p. 273.

    25 Richard Cracknell, Elise Uberoi, Matthew Burton, UK Election Statistics, 1918-2022. A long century of elections, Londres, House of Commons Library, 5 décembre 2022, p. 39.

    26 Roy Jenkins (ed.), Purpose and Policy. Selected Speeches by the Rt. Hon. Clement Attlee, Londres, Hutchinson and Co., 1947, p. 10-11 (ma traduction).

    27 Le total des métiers apparaissant dans le Tableau 10 dépasse le nombre de 425 car on a dû à de nombreuses reprises faire rentrer un seul et même individu dans plusieurs catégories, notamment parmi les syndicalistes (pour tenir compte du secteur d’emploi d’origine), les écrivains et les journalistes.

    28 Richard Cracknell, Elise Uberoi, Matthew Burton, UK Election Statistics, 1918-2022. A long century of elections, Londres, House of Commons Library, 5 décembre 2022, p. 42.

    29 Chuter Ede, Journal, 28 juillet 1945, vol. 12, BL, Add. MS 7, cité dans Gary McCulloch, “Labour, the Left, and the British General Election of 1945”, Journal of British Studies, vol. 24, no. 4, 1985, p. 487 (ma traduction).

    30 From Our Parliamentary Correspondent, “The People’s Choice,” The Times, 10 août 1945. Les députés écossais étaient particulièrement exposés à cette difficulté d’accès à un logement à Londres et certains durent recourir à l’hospitalité de militants londoniens. Ainsi, John Timmons et John Rankin furent logés chez le maire de Lambeth. Le salaire moyen annuel d’un ouvrier de l’industrie était de 300 livres environ en 1945. Office of National Statistics, Average Weekly Earnings.

    31 “Labour M.P.s. The professions well represented”, The Guardian, 31 juillet 1945.

    32 Ibid.

    33 Ibid.

    34 “Mr. W. J. Edwards. Obituary”, The Times, 16 octobre 1964.

    35 L’objection de conscience n’est pas le seul motif d’emprisonnement. Barbara Bodichon Ayrton-Gould, militante suffragiste au sein de la Women’s Social and Political Union, a été incarcérée en 1912 suite à une condamnation pour des dégradations. William John a été emprisonné à la suite des émeutes de Tonypandy de 1910. Emanuel Shinwell a connu le même sort après les émeutes de 1919 auxquelles il avait pris part à Glasgow. Idem pour William Coldrick suite à la Grande Grève de 1926.

    36 Morgan Philips Price fut même membre fondateur de l’Union for Democratic Control en 1914 en compagnie du philosophe Bertrand Russell, de l’économiste John A. Hobson, de Norman Angell, député travailliste et futur Prix Nobel de la Paix de 1933, et du journaliste E. D. Morel, qui avait dénoncé les exactions belges au Congo dans le fameux ouvrage King Leopold’s Rule in Africa, paru en 1904.

    37 From Our Parliamentary Correspondent, “The People’s Choice,” The Times, 10 août 1945.

    38 À noter qu’un de ses collègues travaillistes, Evelyn John St Loe Strachey, était quant à lui un antisioniste convaincu et un antisémite militant dans les années 1930 au sein d’une organisation dénommée Militant Christian Patriots.

    39 Les données recueillies sur le profil confessionnel des députés étant parcellaires, on ne développera pas cet élément de qualification. On a recensé quinze méthodistes (dont trois prédicateurs laïcs), dix catholiques, cinq baptistes, quatre quakers, quatre congrégationalistes (dont un diacre), cinq anglicans pratiquants, deux membres de l’Église anglicane écossaise, un de l’Église anglicane galloise et un dont les deux parents appartenaient à l’Église anglicane irlandaise, trois unitariens, trois « Christian Socialists », un spiritualiste, un adepte de l’obédience « Christian Science » et un rationaliste. Ce serait aller vite en besogne que de considérer que les travaillistes forment un groupe sécularisé, la conjonction d’une pratique religieuse et d’un engagement politique étant particulièrement prévalente parmi les députés écossais et gallois.

    40 Les JP sont des juges élus ou nommés en charge des juridictions locales. Les Lord Lieutenants et les Deputy Lieutenants, nommés par le roi ou la reine, ont essentiellement des fonctions cérémonielles et honorifiques dans le comté qu’ils et elles représentent.

    41 Neil Kinnock, fils de mineur et chef du parti de 1983 à 1992, est l’exception qui confirme la règle.

    Auteur

    • Philippe Vervaecke

      CECILLE, FLCS, ULille

      philippe.vervaecke@univ-lille.fr

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    1 On reprend ici l’expression employée par le Times de Londres dans l’article que le quotidien a consacré à la nouvelle cuvée de députés. “The People’s Choice,” The Times, 10 août 1945.

    2 Ce, malgré que les sondages montraient depuis 1942, que le Parti travailliste serait en tête des prochaines élections. Henry Pelling, “The 1945 general election reconsidered”, Historical Journal, vol. 23, no. 2, 1980, pp. 399–414.

    3 Éric Hobsbawm, Franc-Tireur. Autobiographie, Paris, Ramsay, 2002, p. 200.

    4 David Lodge, Quite a Good Time to Be Born. A Memoir 1935-1975, Londres, Vintage, 2016, p. 88 (ma traduction).

    5 A. J. P. Taylor, English History 1914-1945, Londres, Penguin, 1965, p. 722 (ma traduction).

    6 Stuart Ball (ed.), Parliament and Politics in the Age of Churchill and Attlee. The Headlam Diaries 1935-1951, Cambridge, Cambridge University Press, 1999, p. 471-472 (ma traduction). Herbert Morrison avait été ministre de l’Intérieur du gouvernement de coalition de Churchill d’octobre 1940 à mai 1945. The Red Flag, air composé en 1889, a été l’hymne officiel du Parti travailliste dès sa création. La rentrée parlementaire du 1er août 1945 fut donc la première fois que la chanson se trouva entonnée aux Communes.

    7 Le texte, archivé avec tous les autres programmes travaillistes depuis 1900, est accessible en ligne : http://www.labour-party.org.uk/manifestos/1945/1945-labour-manifesto.shtml (Traduction personnelle).

    8 R. B. McCallum et Alison Readman, The British General Election of 1945, Oxford, Oxford University Press, 1947, p. 272.

    9 Richard Cracknell, Élise Uberoi, Matthew Burton, UK Election Statistics, 1918-2022. A long century of elections, Londres, House of Commons Library, 5 décembre 2022, pp. 34-45.

    10 “LABOUR M.P.s, “The professions well represented,” The Manchester Guardian, 31 juillet 1945; From Our Parliamentary Correspondent, “The People’s Choice”, The Times, 10 août 1945.

    11 Michael Stenton et Stephen Lees, Who’s Who of British Members of Parliament, vol. 4, 1945-1979. A Biographical Dictionary of the House of Commons, Brighton, Harvester Press, 1981.

    12 Oxford Dictionary of National Biography, Oxford, Oxford University Press, 2004. On regrette ici que notre établissement de rattachement ne soit pas doté de la version électronique du Who is Who/Who was Who, ce qui aurait permis une triple vérification.

    13 D’autres défections au profit du Parti conservateur intervinrent après 1950. C’est le cas de Evelyn Mansfield King qui rejoignit les tories en 1951 et devint membre de la Primrose League et vice-président du Monday Club (1974-1994), deux officines très à la droite du parti. Idem pour John McGovern qui, par convictions anti-communistes, soutint les conservateurs à partir de 1964 et pour Francis Noel-Baker dont le départ des rangs travaillistes fut provoqué en 1971 par son hostilité envers l’entrée du Royaume-Uni dans la Communauté économique européenne. Enfin, cas rarissime dans les annales parlementaires, Aidan Crawley, fils du chanoine de Windsor, ancien de Harrow, public school par excellence, diplômé de Trinity College à Oxford, joueur de cricket émérite, journaliste et futur président de London Weekend Television de 1967 à 1973, siégea sous l’étiquette travailliste de 1945 à 1951, démissionna du parti en 1957 et fut élu député conservateur de 1962 à 1967.

    14 From Our Parliamentary Correspondent, “The People’s Choice,” The Times, 10 août 1945.

    15 Richard Cracknell, Elise Uberoi, Matthew Burton, UK Election Statistics, 1918-2022. A long century of elections, Londres, House of Commons Library, 5 décembre 2022, p. 36.

    16 Ibid., p. 35.

    17 Cette variable a été simplifiée à des fins de lisibilité en regroupant les zones géographiques par grandes régions. Le détail du décompte par comtés de naissance aurait en effet rendu la lecture d’un diagramme peu commode, sachant que l’on dénombre 48 comtés pour la seule Angleterre, 33 pour l’Écosse, 13 pour le pays de Galles et 6 pour l’Irlande du Nord.

    18 Panikos Panayi, An Immigration History of Britain. Multicultural racism since 1800, Londres, Routledge, 2010, passim.

    19 Hugh Gaitskell, étoile montante et future dirigeant du parti, était certes marié mais entretenait des relations homosexuelles, de façon notoire avec le poète John Betjeman.

    20 R. B. McCallum et Alison Readman, The British General Election of 1945, Oxford, Oxford University Press, 1947, p. 273.

    21 Paul Bolton, Education: historical statistics, Londres, House of Commons Library, 27 novembre 2012, https://researchbriefings.files.parliament.uk/documents/SN04252/SN04252.pdf, p. 4.

    22 Dans ce tableau, le total est supérieur à 206, soit le nombre de députés ayant fait des études supérieures, car on a comptabilisé dans certains cas plusieurs types d’établissements fréquentés pour une seule et même personne.

    23 Richard Cracknell, Elise Uberoi, Matthew Burton, UK Election Statistics, 1918-2022. A long century of elections, Londres, House of Commons Library, 5 décembre 2022, p. 39.

    24 R. B. McCallum et Alison Readman, The British General Election of 1945, Oxford, Oxford University Press, 1947, p. 273.

    25 Richard Cracknell, Elise Uberoi, Matthew Burton, UK Election Statistics, 1918-2022. A long century of elections, Londres, House of Commons Library, 5 décembre 2022, p. 39.

    26 Roy Jenkins (ed.), Purpose and Policy. Selected Speeches by the Rt. Hon. Clement Attlee, Londres, Hutchinson and Co., 1947, p. 10-11 (ma traduction).

    27 Le total des métiers apparaissant dans le Tableau 10 dépasse le nombre de 425 car on a dû à de nombreuses reprises faire rentrer un seul et même individu dans plusieurs catégories, notamment parmi les syndicalistes (pour tenir compte du secteur d’emploi d’origine), les écrivains et les journalistes.

    28 Richard Cracknell, Elise Uberoi, Matthew Burton, UK Election Statistics, 1918-2022. A long century of elections, Londres, House of Commons Library, 5 décembre 2022, p. 42.

    29 Chuter Ede, Journal, 28 juillet 1945, vol. 12, BL, Add. MS 7, cité dans Gary McCulloch, “Labour, the Left, and the British General Election of 1945”, Journal of British Studies, vol. 24, no. 4, 1985, p. 487 (ma traduction).

    30 From Our Parliamentary Correspondent, “The People’s Choice,” The Times, 10 août 1945. Les députés écossais étaient particulièrement exposés à cette difficulté d’accès à un logement à Londres et certains durent recourir à l’hospitalité de militants londoniens. Ainsi, John Timmons et John Rankin furent logés chez le maire de Lambeth. Le salaire moyen annuel d’un ouvrier de l’industrie était de 300 livres environ en 1945. Office of National Statistics, Average Weekly Earnings.

    31 “Labour M.P.s. The professions well represented”, The Guardian, 31 juillet 1945.

    32 Ibid.

    33 Ibid.

    34 “Mr. W. J. Edwards. Obituary”, The Times, 16 octobre 1964.

    35 L’objection de conscience n’est pas le seul motif d’emprisonnement. Barbara Bodichon Ayrton-Gould, militante suffragiste au sein de la Women’s Social and Political Union, a été incarcérée en 1912 suite à une condamnation pour des dégradations. William John a été emprisonné à la suite des émeutes de Tonypandy de 1910. Emanuel Shinwell a connu le même sort après les émeutes de 1919 auxquelles il avait pris part à Glasgow. Idem pour William Coldrick suite à la Grande Grève de 1926.

    36 Morgan Philips Price fut même membre fondateur de l’Union for Democratic Control en 1914 en compagnie du philosophe Bertrand Russell, de l’économiste John A. Hobson, de Norman Angell, député travailliste et futur Prix Nobel de la Paix de 1933, et du journaliste E. D. Morel, qui avait dénoncé les exactions belges au Congo dans le fameux ouvrage King Leopold’s Rule in Africa, paru en 1904.

    37 From Our Parliamentary Correspondent, “The People’s Choice,” The Times, 10 août 1945.

    38 À noter qu’un de ses collègues travaillistes, Evelyn John St Loe Strachey, était quant à lui un antisioniste convaincu et un antisémite militant dans les années 1930 au sein d’une organisation dénommée Militant Christian Patriots.

    39 Les données recueillies sur le profil confessionnel des députés étant parcellaires, on ne développera pas cet élément de qualification. On a recensé quinze méthodistes (dont trois prédicateurs laïcs), dix catholiques, cinq baptistes, quatre quakers, quatre congrégationalistes (dont un diacre), cinq anglicans pratiquants, deux membres de l’Église anglicane écossaise, un de l’Église anglicane galloise et un dont les deux parents appartenaient à l’Église anglicane irlandaise, trois unitariens, trois « Christian Socialists », un spiritualiste, un adepte de l’obédience « Christian Science » et un rationaliste. Ce serait aller vite en besogne que de considérer que les travaillistes forment un groupe sécularisé, la conjonction d’une pratique religieuse et d’un engagement politique étant particulièrement prévalente parmi les députés écossais et gallois.

    40 Les JP sont des juges élus ou nommés en charge des juridictions locales. Les Lord Lieutenants et les Deputy Lieutenants, nommés par le roi ou la reine, ont essentiellement des fonctions cérémonielles et honorifiques dans le comté qu’ils et elles représentent.

    41 Neil Kinnock, fils de mineur et chef du parti de 1983 à 1992, est l’exception qui confirme la règle.

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