La difficile trajectoire des Forces unies de la jeunesse patriotique (1943–1945). L’impossible CNR juvénile d’une Résistance qui « tapote la joue » des jeunes
Texte intégral
Introduction
1Jeunesse et Résistance sont deux mots qu’on associe volontiers. De fait, les historiens ont montré la place littéralement disproportionnée que les générations montantes ont occupée dans cette France du refus1. Qu’on considère la France libre ou la Résistance intérieure, l’âge moyen dépasse rarement 25 ans et diminue encore à partir de 19432. Le trait est particulièrement accusé si on considère les maquisards, surtout après la mise en place du Service du travail obligatoire (STO) et encore davantage après le débarquement : les hommes des maquis de 1943-1944 ont une petite vingtaine d’années en moyenne avec un fort contingent de garçons dans leur deuxième décennie d’existence3.
2Sur le plan symbolique, la jeunesse n’est pas davantage négligeable dans l’univers résistant face à un pouvoir vichyste à l’incarnation octogénaire, au discours paternaliste et nourrissant des ambitions pour enrôler la jeune génération. Pour la Résistance, la jeunesse peut être le vecteur et le visage de ce renouveau pour lequel on se bat. Jusqu’à rejoindre le Marc Bloch de L’Étrange Défaite ?
Ce n’est pas aux hommes de mon âge qu’il appartiendra de reconstruire la patrie. La France de la défaite aura eu un gouvernement de vieillards. Cela est tout naturel. La France d’un nouveau printemps devra être la chose des jeunes4.
3En tout cas, la jeunesse a fait l’objet d’un nombre assez limité d’approches historiennes pour la période de l’Occupation. Les travaux au spectre le plus large ont paru dans les années 1980 ; ils se sont, pour l’essentiel, concentrés sur les politiques mises en œuvre par Vichy en direction de la jeunesse et la mise au jour de la jeune « faune de la collaboration » (Jacques Decour)5.
4L’étude des organisations juvéniles de la Résistance et, plus encore, de leurs projets pour la France nouvelle à construire, est restée pour le moins limitée.
5Les grandes études monographiques consacrées aux mouvements résistants, quand elles envisagent la dimension juvénile – ce qui n’est pas systématique –, n’abordent guère les organisations de jeunesse dont ceux-ci se dotent pourtant souvent6. Comme toujours dans l’assez maigre historiographie contemporaine de la jeunesse, ce sont les étudiants qui ont été le moins négligés à travers les travaux du Groupe d’études et de recherche sur les mouvements étudiants (GERME) et, plus encore, la thèse d’Alain-René Michel consacrée à la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC)7. Malgré l’importance de ces apports relativement récents, on conserve pourtant l’impression que l’intérêt pour les Résistants jeunes (et considérés sous cet angle) non seulement reste faible dans l’historiographie mais tend même à décliner, surtout si on compare la situation présente aux ouvrages pionniers initiés par le Comité d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale (CH2GM) voire à l’entreprise rivale dirigée par Henri Noguères8.
6Un ouvrage doit cependant être explicitement mentionné en ce qu’il prend pour objet central la Résistance et les enjeux éducatifs : Les Enfants de la défaite de Jean-François Muracciole9. Mobilisant une vaste documentation, il se concentre toutefois, pour l’essentiel, sur la France libre dont l’auteur est un connaisseur érudit de sorte que Daniel Virieux pouvait avancer que demeurait la « soif d’une synthèse de même ampleur sur [les projets éducatifs et culturels] de la Résistance intérieure10 ».
7Près d’un quart de siècle plus tard, le constat n’est pas devenu caduc. Faute de travaux significatifs réalisés depuis lors, on ne trouve aucune trace dans les dernières synthèses de l’objet de la présente contribution : les Forces unies de la jeunesse patriotique (FUJP).
8Les sources existent pourtant pour écrire l’histoire de ce qui se voulut un Conseil national de la Résistance (CNR) des jeunes même si, en l’espèce, les difficultés traditionnellement attachées aux archives des structures de jeunesse sont ici redoublées par celles de la clandestinité11. Cependant, par-delà les organisations juvéniles elles-mêmes, les structures aînées peuvent apporter leurs ressources à côté de fonds personnels.
9Ici, nous avons surtout mobilisé les archives liées à la sphère communiste, en particulier les très riches fonds Jacques-Duclos, Raymond-Guyot, Guy-Besse et Jean-Pronteau12. Loin d’éclairer la seule action de ce bord politique-ci de la Résistance, ces fonds ont l’avantage de garder la trace de positions prises par d’autres et de certains échanges entre formations. En outre, les témoignages rassemblés par le CH2GM ont pu être consultés via les Archives nationales (AN)13 de même que, grâce à la Bibliothèque nationale de France (BNF), les publications émanant de la plupart des organisations de jeunesse rassemblées dans les FUJP ainsi que certains éléments émanant des archives de la surveillance. D’autres sources existent cependant. Étudiées, elles ne manqueront pas d’affermir, compléter ou, le cas échéant, amender voire réviser le propos qui va suivre et qui vise à comprendre pourquoi les FUJP, malgré qu’elles en eussent, ne parvinrent pas à s’imposer comme un CNR de la jeunesse.
Les organisations de jeunesse sous l’Occupation : une préoccupation marginale pour la Résistance (1940-1942) ?
10Dans la France des années 1930, les mouvements de jeunesse ne sont pas des phénomènes anecdotiques : la Belle Époque et les lendemains de la Première Guerre mondiale ont vu l’affirmation du scoutisme ; la fin des années 1920 et le début des années 1930, la naissance des mouvement juvéniles spécialisés d’action catholique ; le Front populaire, l’essor des Auberges de jeunesse et le tournant « de masse » de la Jeunesse communiste (JC). À eux tous, ces mouvements encadrent plusieurs centaines de milliers de jeunes, avec une caractéristique commune (plus ou moins affirmée selon les cas) : ce sont des organisations de jeunes animées par des jeunes14. Les chrétiens dominent ; les laïcs ne sont pas négligeables, notamment dans le mouvement ajiste ; sur le plan politique, seuls les JC ont un écho vraiment significatif.
11Ce premier âge d’or des mouvements de jeunesse est interrompu par la guerre15. Les JC sont interdites dès 1939, les Jeunesses socialistes (JS) se laissent un temps entraîner par le nouveau pouvoir. Celui-ci crée de nouvelles structures pour encadrer la jeunesse (Chantiers de jeunesse, Auberges de la jeunesse française, Camarades de la Route…) ; les mouvements collaborationnistes le font également – avec un moindre succès16. Surtout, plane le projet d’une organisation unique de la jeunesse placée sous le contrôle de Vichy mais les hommes de Pétain eux-mêmes sont divisés sur le sujet. Ce spectre ainsi que les volontés de contrôle contribuent à tendre les relations avec les mouvements confessionnels qui, maintenus dans la légalité, continuent d’avoir un écho certain – et même des subventions fortes et croissantes.
12Du côté de la Résistance, l’appel à la jeunesse ne relève pas de l’évidence. Olivier Wieviorka parle même d’un « relatif désintérêt17 ». Pierre Giolitto pointe pour sa part une certaine méfiance vis-à-vis de jeunes jugés « bavards et imprudents par tempérament »18. De fait, les grands mouvements de jeunesse des années 1930 sont loin de s’engager unanimement dans la Résistance – ce qui aurait pu ancrer cette sensibilité à la question jeune dans le camp de la Résistance. En outre, les structures résistantes qui se créent ont rarement au cœur de leur culture organisationnelle, de leurs objectifs prioritaires et de leurs pratiques d’action la volonté d’encadrer et mobiliser spécifiquement les jeunes. Sur ce plan, les communistes se distinguent et, au moins jusqu’à l’été 1942, la préoccupation d’organiser des groupes spécifiques de jeunes semble surtout venir de leurs rangs. Tandis que, sur le plan de la Résistance communiste armée, l’été 1941 voit l’affirmation des Bataillons de la jeunesse, au même moment, les manifestations juvéniles (notamment étudiantes) accélèrent la création de structures nouvelles19. À l’automne 1941, le Front national de la jeunesse est ainsi opérationnel. Déclinaison juvénile du Front national, il rassemble très majoritairement des communistes et est surtout implanté en zone occupée. Au printemps 1942, le Front patriotique de la jeunesse (FPJ) est créé dans la même zone20. Les JC parviennent à y entraîner certains jeunes chrétiens issus de la JOC et de la JEC même si la direction reste assurée par eux21.
13Hors des rangs communistes, l’année 1942 est marquée par plusieurs réorganisations des structures juvéniles (avec, semble-t-il, une nette prédominance étudiante), en particulier en zone sud. Ainsi, à l’été, Vincent Planque, chef régional de Combat et animateur d’un groupe de jeunes résistants, propose aux étudiants qui ont formé à Lyon les Forces universitaires de Libération de fusionner au sein des Forces unies de la jeunesse (FUJ)22.
La multiplication des structures juvéniles et la marche à l’union (1943)
14Mais l’année décisive, c’est indubitablement 1943. L’instauration du STO avec la loi du 16 février transforme brutalement les hommes des cohortes démographiques concernées en un public stratégique pour la Résistance. Quelle formation résistante pense différemment du FN quand celui-ci estime qu’« aucun problème n’est aujourd’hui plus urgent que celui de la lutte contre les déportations23 » ? Une certaine concurrence est même perceptible dans ce qui peut prendre l’allure d’une course de vitesse entre les communistes et les autres. La direction des Mouvements unis de la Résistance (MUR) écrit en ce sens en mars 1943 : « Sans moyens action organisation déportation réfractaires passera mains communistes24. »
15Cela n’exclut en rien le renforcement d’une dynamique unitaire dont témoigne d’ailleurs la création des MUR rassemblant quelques semaines plus tôt Combat, Franc-Tireur et Libération-Sud. Dans la foulée, les FUJ en deviennent officiellement la branche cadette25.
16Priorité soudaine de la Résistance, les jeunes sont aussi plus disponibles qu’ils ne l’avaient jamais été jusqu’alors, brutalement confrontés à des choix lourds.
17Fleurissent ainsi les groupements juvéniles résistants. En zone Nord, l’Organisation civile et militaire (OCM) se dote en 1943 d’une branche jeunesse26. C’est le jéciste Charles Verny, étudiant en droit et adjoint du responsable OCM de région parisienne, qui est chargé en janvier par la direction nationale de l’OCM de la créer et la coordonner27. À l’image de l’organisation aînée, l’OCM-J touche surtout les milieux aisés et, en l’espèce, les étudiants de l’université de Paris. Elle ne tarde toutefois pas à s’élargir, à revendiquer 5 000 adhérents et publier plusieurs journaux.
18Les chrétiens actifs dans les mouvements spécialisés sont également interpellés par le STO et la politique mise en œuvre par Vichy. C’est cette même année 1943 que sont ainsi créés les Jeunes chrétiens résistants (JCR), bientôt renommés Jeunes chrétiens combattants (JCC). L’ancien député MRP André Denis rapportait ainsi en 1995 qu’à l’occasion du conseil national de l’Association catholique de la jeunesse française (ACJF) tenu à la Pentecôte 1943, une rencontre clandestine avait été organisée. Celui qui est alors un permanent de la JOC se lie avec Gilbert Dru, Maurice-René Simonnet et d’autres jeunes responsables chrétiens dont René Laurin pour créer les JCR/JCC dont il devient un des dirigeants en zone Sud28. Dans un témoignage donné au lendemain de la guerre, René Laurin rapporte pour sa part les tensions avec une ACJF attachée à des Équipes chrétiennes dispersées dans différents mouvements29. Les dates sont quelque peu incertaines, mêlant parfois l’idée, la décision et la mise en œuvre. En tout cas, à l’automne 1943, les JCC sont opérationnels30.
19En même temps que de nouveaux mouvements apparaissent, grandit le souci de coordination et d’unité. Sur le modèle du CNR créé en mai, la jeune Résistance cherche son unité.
20Il faut cependant plusieurs mois pour parvenir à la formule souhaitée. En zone Nord, sur ce qui fut longtemps le modèle du FN, le FPJ entend d’abord rassembler à lui seul : à l’été 1943, il accueille, dans une option fédérale, catholiques et protestants patriotes ainsi que l’OCM-J31. En zone Sud, les FUJ avancent plus vite encore. Dans leur organe daté d’avril 1943, les FUJ annoncent un rassemblement très large : jeunes des MUR, FPJ, JCR, JC, Libre France32. Dans ses mémoires, Léo Figuères (membre du triangle de direction de la JC en zone Sud à partir de 1941) se réjouit de l’union réalisée au sein des FUJ dès le printemps 194333.
21Pourtant, les difficultés sont nombreuses. Une lettre de Hubert (Léo Figuères) à la direction nationale de la JC, en date du 30 septembre 1943, regrette que personne n’ait pu participer au rendez-vous organisé avec le FUJ le 15 septembre : « vous auriez pu prendre contact avec un responsable gaulliste de nos amis qui vous aurait fourni les moyens de prendre contacts pour constitution d’un comité des forces unies en zone nord34. » Et Hubert de se réjouir qu’au Sud, les FUJ soient définitivement constituées (c’est-à-dire qu’elles incluent également les communistes), un travail étant mené pour l’élargir aux chrétiens.
22A contrario, une lettre de la direction nationale de la JC adressée début octobre à la direction de la zone sud juge différemment l’élargissement des FUJ :
Nous ne pouvions concevoir (sans vous en avoir donné l’autorisation et n’en ayant jamais été avertis par vous) que la Fédération [de la JC] et le FPJ étaient également adhérents, sur le plan national, aux FUJ.
23Cette « confusion infiniment regrettable » compliquerait les discussions entamées depuis l’été avec la direction de l’ACJF en zone Nord, notamment avec des « éléments de la JOC »35. Elle risque aussi de brader la place acquise par la JC et le FPJ en zone Nord au bénéfice des jeunes des MUR. De fait, les liaisons N-S restent difficiles au sein de la JC – le même courrier indique que la dernière venue à Paris d’un responsable JC de la zone Sud date de juillet 1943 et que la précédente datait de 1942.
24Reste qu’au Nord, au sein du FPJ, comme au Sud au sein des FUJ, les principales organisations juvéniles de la Résistance sont coordonnées à partir du milieu de l’année. Des initiatives plus ou moins ajustées visent le même but, parmi les JC comme parmi les autres formations : Charles Verny, pour l’OCM-J explique avoir entrepris des discussions avec les FUJ comme avec le FPJ pour hâter l’union36.
25Reste le saut national. C’est chose faite en octobre 1943 avec la création des Forces unies de la jeunesse patriotique dont le nom dit bien l’alliance entre le FPJ et les FUJ. Un courrier adressé le 15 novembre 1943 par les FUJP au CNR évoque la réalisation de cet événement un mois et demi plus tôt, ce qui permet de situer cela au tout début du mois d’octobre37.
26Dans l’élan, une déclinaison étudiante nationale est également créée : l’Union des étudiants patriotes (UEP) associant, pour l’essentiel, les mêmes structures mais également Défense de la France38.
Une reconnaissance précoce, une place incertaine
27En janvier 1944 paraît sur deux pages le premier numéro de l’organe des FUJP : Le Jeune Combattant39. La tonalité est claire : « L’union est faite : en avant ! » FUJ et FPJ ont fusionné ; ils ont reçu en outre l’apport des jeunes chrétiens résistants de sorte que les FUJP ainsi créées « rassemblent maintenant la totalité des groupements de jeunes résistants. »
28René Laurin, un des principaux responsables des Jeunes Chrétiens combattants explique même (en 1945) que la création des JCC (primitivement dénommés Jeunes Chrétiens résistants) obéissait pour une part à la volonté de figurer dans cette union juvénile en train de s’organiser « comme un petit CNR40. »
Comparons cependant les FUJP avec le CNR lui-même
29Pour ce qui est des mouvements, la plupart sont en effet présents (Combat, Franc-Tireur et Libération-Sud à travers les jeunes des MUR ; le Front national à travers le FPJ ; l’OCM à travers l’OCM-J) mais trois manquent à l’appel : Libération-Nord, Ceux de la Résistance (CDLR) et Ceux de la Libération (CDLL). Une étude serrée de ces mouvements serait nécessaire pour conclure avec davantage de fermeté. Provisoirement, on peut cependant émettre l’hypothèse que CDLR et CDLL n’avaient peut-être aucune organisation de jeunesse affiliée ou que celle-ci était intégrée aux FUJP. C’est ce que laisse penser en tout cas France libre, au moins pour ce mouvement-ci puisque l’organe des CDLL évoque en septembre 1944 les FUJP comme cette structure rassemblant « la totalité des mouvements de jeunesse de la Résistance41. »
30Le silence – tel du moins qu’il nous est apparu à partir d’une approche de la presse42 – de Libération-Nord est plus difficile à comprendre, d’autant que le thème de la jeunesse est présent dans les colonnes du journal qui lui est lié. En janvier 1944, le long éditorial de la première page, « Notre jeunesse », n’a pas un mot pour les FUJP43. Pas davantage le long article à destination des « jeunes de la classe 44 » en juin44. Il est vrai que Libération a des mots parfois distants à l’égard des jeunes. Ainsi dans un article de l’automne 1943 : « Aux "Bleus" » de la Résistance45 »
Une grande partie de ce numéro de Libération est consacrée à la mort de très jeunes Français. Par suite de la mobilisation de la main-d’œuvre et de l’organisation du service obligatoire du travail, un nombre de plus en plus grand de jeunes rejoignent en effet les maquis et les organisations clandestines. Cette force ardente et neuve apporte à l’armée de la résistance un regain de combativité. […] Mais il convient de mettre en garde les bleus de la Résistance contre le mépris qu’ils affichent de la plus élémentaire prudence. […] Que nos jeunes camarades apprennent donc – avant que ce soit à leurs dépens – à tenir leur langue dans les lieux publics, à ne pas se vanter devant n’importe qui, à ne pas fournir de renseignements sur leur organisation à des inconnus, même s’ils paraissent animés des meilleures intentions.
31Charles Verny dit également la crainte de la direction de l’OCM vis-à-vis de jeunes trop portés à la fougue mais cet état d’esprit aurait poussé, dans ce cas-ci, à la création d’une branche juvénile autonome de nature à sécuriser l’activité des aînés46…
32Hormis – sous réserve d’inventaire plus systématique – Libération-Nord, tous les mouvements du CNR semblent bien être liés aux FUJP ou, à tout le moins, les reconnaître.
33En revanche, contrairement au CNR, les organisations politiques sont absentes dans les FUJP à l’exception des JC. Les Jeunesses socialistes (JS) ne sont pas représentées, pas plus que les Jeunesses radicales, les Jeunesses laïques et républicaines, les Jeunesses démocrates populaires, la Jeunesse républicaine démocratique française ou les Jeunesses de la Fédération républicaine. Les travaux sont trop rares sur ces mouvements pour tenter d’apporter une conclusion définitive. Même les JS, de loin les plus étudiées de cet ensemble, ont vu les approches se concentrer avant 1939 et après 194447. Tentons malgré tout quelques hypothèses.
- La plupart de ces mouvements, à droite et jusqu’aux radicaux, sont relativement faibles et précaires : les formations aînées de cette portion du spectre politique ne se convertissent vraiment à l’idée de l’organisation de jeunesse que dans les années 1930, non sans rapidement connaître des heurts avec leur structure cadette48. Dans la tourmente de la guerre et de l’Occupation, la priorité aura-t-elle été d’en reconstituer une ?
- Les heurts et les fragilités caractérisent singulièrement les JS et les Jeunesses radicales, notamment dans les années 1930. Quelles forces ont-elles pu trouver pour un nouveau départ dans les pires conditions49 ? Noëlline Castagnez n’évoque-t-elle pas pour les JS de la Libération la nécessité de tout reconstruire50 ?
- La désorganisation et la crise des formations adultes auxquelles ces organisations sont liées n’a-t-elle pas entravé un possible essor de celles-ci au sein de la Résistance ?
34Autrement dit, nous inclinons à penser que l’absence de toute organisation de jeunesse politique hors des JC au sein des FUJP n’invalide pas son caractère de CNR juvénile, d’autant qu’à la différence du Conseil aîné, les FUJP comptent en leur sein des chrétiens disposant d’une certaine audience. Si le CNR, par sa composition même, voulait donner à voir l’unité des mouvements résistants mais aussi une légitimité nationale à travers la participation de figures résistantes liées aux anciennes organisations structurant la vie politique française avant la guerre, les FUJP nous semblent marcher sur les mêmes pas : les structures résistantes sont là, les pôles de référence de l’avant-guerre tendent à l’être à travers les chrétiens liés à l’ACJF mais aussi certaines figures des Auberges de jeunesse.
35En tout cas, on n’a trouvé aucune trace de mise en cause de la représentativité des FUJP au sein de la Résistance – y compris dans la presse de Libération-Nord.
36En outre, le courrier au CNR déjà cité indique que la création des FUJP n’est intervenue qu’après accord avec « Reclus », « délégué du Centre » – Jacques Bingen, alors délégué du CFLN51 –, qui, de concert avec « Cervières » a également convenu d’allouer 500 000 F de budget à la nouvelle structure52. Cependant, si courrier il y a, c’est précisément parce qu’il semble exister quelques désaccords entre la Délégation et les FUJP. En l’occurrence, « Reclus » souhaite que celles-ci ne se dotent pas de conseil national ni d’un quelconque comité représentatif : « Il importe que la jeunesse ne crée pas un État dans l’État. » Les FUJP doivent demeurer « un groupement des moyens d’actions de jeunesse. »
37Le courrier des jeunes se termine ainsi :
Nous demandons à nos amis et à nos chefs du CNR de bien vouloir donner leur avis sur toutes ces choses, et les prions de bien vouloir nous faire connaître d’urgence leur décision. Nous assurons le CNR de notre obéissance.
38Résumons : reconnaissance immédiate – et même préalable – de la Délégation ; ambiguïtés quant au rôle dévolu aux FUJP considéré de manière plus étroite par la Délégation que par les FUJP elles-mêmes ; relation privilégiée avec le CNR.
39Ce dernier aspect est précocement et durablement sensible dans la trajectoire des FUJP. Si on se reporte à nouveau au premier numéro du Jeune combattant, on y trouve la reproduction des deux motions adoptées à l’unanimité par le Comité national des FUJP réuni le 12 décembre 1943. La première – qui est aussi le plus longue – est adressée au CNR ; la seconde, au CFLN. Les deux mentionnent l’« aide », l’« appui », le « soutien » du CFLN ; la seconde dit le « total dévouement » des FUJP pour le CFLN. Les mots pour le CNR marquent une différence : « camarades et amis du Conseil national de la Résistance, […] vous saurez guider nos pas, discipliner nos élans. Sous votre direction, inspirés de votre exemple, nourris de votre enseignement… ».
40Par-delà les mots, il y a les gestes, eux aussi dissymétriques. Reprenons la première motion :
« C’est avec une grande joie que nous avons accueilli votre Président qui a bien voulu diriger les travaux de notre premier Comité national. »
41Dans le monde de la Résistance, c’est bien le CNR qui est pour les FUJP l’instance de référence. Celles-ci se veulent déclinaison juvénile de celui-là, sans exclure même quelque lien de subordination. D’autres courriers – notamment – disent même la volonté des FUJP d’adhérer ès qualités au CNR. Ce dernier est en outre souvent sollicité comme intercesseur avec le Centre, comme en janvier 1944, lorsque les FUJP disent leur difficulté à animer leur campagne de solidarité en direction des réfractaires au STO, faute d’argent reçu53.
42Les FUJP gagnent en tout cas des galons d’organisme représentatif de la jeunesse, y compris auprès d’Alger. Promesse est faite dès novembre par Jacques Bingen que trois représentants des FUJP siègent à Alger – mais la concrétisation n’advient pas. En accord avec le CNR, les FUJP finissent par obtenir un siège à l’Assemblée consultative sur le quota dévolu à la Résistance intérieure, un de ses sièges se trouvant non pourvu54. À la Libération, le GPRF a les mots les plus doux (même si, formellement, ceux-ci n’engagent qu’à peu) : « Aucune décision importante ne saurait […] être prise concernant les questions de jeunesse sans que votre secrétariat national ait été au préalable consulté55. » En novembre 1944, la nouvelle Assemblée consultative provisoire compte cette fois six délégués des FUJP – autant que Combat, Franc-Tireur, Libération-Nord, Libération-Sud ou l’OCM56.
43Reste que, sur le fond, des problèmes ne cessent de se poser. Ils sont essentiellement de deux ordres. D’abord, le CFLN souhaite associer d’une manière ou d’une autre les mouvements officiels ou leurs représentants, ce qui revient à ne pas considérer les FUJP comme le seul interlocuteur légitime en matière de jeunesse. Ensuite, il apparaît clairement qu’Alger n’entend pas fonder sa politique en matière de jeunesse sur la base des échanges avec les FUJP ou les propositions que celles-ci formulent.
Des crises éclatent en ce sens au printemps et à l’été 1944.
44Le décret du 27 mai 1944 institue un Conseil provisoire de la jeunesse – en vue, notamment, de formuler un avis pour les agréments des organisations de jeunesse ouvrant la voie à de possibles subventions. Celui-ci est composé de représentants du Scoutisme français, de la Fédération des œuvres laïques, de l’ACJF, du Conseil protestant de la jeunesse française, de membres désignés par l’Assemblée consultative… Aucune place n’a été réservée aux FUJP jusqu’au décret du 26 juillet qui finit par leur en concéder57.
45Au printemps 1944, c’est une crise autrement retentissante qui survient. Le 20 avril, le secrétariat central des FUJP écrit au CNR et aux membres de l’Assemblée consultative :
Le Secrétariat central des FUJP exprimant l’opinion de toute la jeunesse résistante de France, regrette vivement que l’Assemblée consultative d’Alger ait pris récemment (d’ailleurs à une infime majorité) la décision de refuser le droit de vote aux jeunes gens et aux jeunes filles ainsi qu’aux soldats de 18 à 21 ans. Il s’étonne en outre qu’une telle décision ait pu intervenir sans que les organisations de la jeunesse résistante aient été consultées. La jeunesse patriote de France ressent cette décision comme une grave injustice. […] C’est pourquoi nous vous demandons de tout faire pour que cette question soit remise en discussion à l’Assemblée consultative58.
46Les semaines qui suivent gardent cette tonalité, l’Assemblée ne faisant nul mouvement pour se dédire. Les FUJP apparaissent comme un organisme qui n’est ni écouté ni considéré comme un interlocuteur sérieux quand il s’agit de traiter de questions touchant les jeunes eux-mêmes. Le dissensus est patent59.
47Dans la foulée, le secrétariat national des FUJP s’alarme de la volonté des équipes de René Capitant de s’employer à « rassembler les éléments d’une politique de la jeunesse pour l’après-guerre » sur la base d’une commission dirigée par un « fonctionnaire de Vichy » et comprenant aussi bien FUJP que mouvements officiels. Les FUJP avec lequel le projet n’a pas été discuté préalablement refusent d’y participer et constituent une commission d’étude propre se fixant le même objectif sous le nom bientôt trouvé de Charte de la jeunesse60.
48Des gestes d’apaisement suivent bientôt comme l’habilitation du secrétariat national des FUJP à remplir auprès du Délégué général la fonction dévolue pour les autres départements aux commissions du CNR. En outre, Alexandre Parodi, en qualité de Délégué général du CFLN, demande explicitement à André Basdevant, chargé de mission à la Jeunesse, d’« établir des contacts très étroits avec les FUJP »61.
49Reste que l’ambiguïté initiale tend à poursuivre longuement les FUJP : organisme clairement reconnu par le CNR comme par le CFLN pour mener un certain nombre d’actions, il peine à être considéré comme interlocuteur légitime et unique au-delà de ce cadre.
Un sous-marin communiste ?
50Les maigres traces des FUJP qu’on trouve dans l’historiographie depuis les années 199062 pourraient apporter à cela une explication immédiate : les FUJP seraient un sous-marin communiste63. Pour Didier Fischer, si les FUJP « se voulaient être chez les jeunes le pendant du CNR pour les adultes […] le degré de contrôle était tel que le [sic] FUJP resta seulement représentatif d’une jeune résistance communiste64. » Philippe Buton le dit avec un peu plus de nuances lorsqu’il présente les FUJP comme une « organisation de masse principalement utilisée par le PCF ». Si, au sens strict, elles « ne sont pas communistes, leur indépendance à l’égard du PCF n’en est pas moins fortement réduite65. »
51Pourtant, on l’a vu, les FUJP rassemblent des formations qui n’ont rien de communiste. Il n’est que de penser à l’OCM-J qui compte parmi ses principaux dirigeants Jacques Briffaut, chef de la région A pour l’OCM-J, mais aussi agent de liaison d’un haut cadre de l’OCM, Pierre Pène. Ce dernier, dans les mémoires qu’il rédige alors qu’il est inspecteur général des Ponts et Chaussées après avoir occupé différentes tâches de conseiller dans des cabinets gaullistes ou auprès du prince de Monaco, rapporte que, sous l’Occupation, membre du comité directeur de l’OCM, il est habité comme ses camarades par une grande méfiance à l’endroit des communistes66. Cette orientation de l’OCM est par ailleurs attestée et bien connue. La citation de Clemenceau en première page de toutes les livraisons d’Avenir, organe de l’OCM-J, ne plaide pas pour une singularité juvénile en la matière67.
52Surtout, on trouve la trace de vifs débats au sein des FUJP. Charles Verny, pour l’OCM-J, en témoigne explicitement : d’un côté, les communistes, partisans de « l’action immédiate » et, de l’autre, le camp emmené par l’OCM-J « qui ne souhaitait d’actions que dans le cadre des ordres reçus68. » En ce sens, on peut citer par exemple une lettre du fonds Duclos regrettant que l’appel à la manifestation étudiante du 28 avril 1944 contre le STO n’ait été porté que par les étudiants communistes face au refus exprimé au comité parisien puis au Comité national de l’UEP par les Étudiants de l’OCM, des Étudiants catholiques combattants, Défense de la France jugeant pareille initiative « inopportune et dangereuse »69.
53L’exemple le plus frappant est toutefois sans doute donné par les JCC lors de la polémique autour du droit de vote à 18 ans. Les JCC – dont le représentant était absent lors de la décision prise par les FUJP de soutenir cette évolution du droit électoral, y compris contre l’avis exprimé par Alger – se désolidarisent ouvertement de leurs camarades. Leur comité central écrit aux mêmes destinataires que le secrétariat national des FUJP :
Jeunes gens et jeunes filles de 18 ans ne disposent pas d’une maturité politique suffisante pour prendre en toute connaissance de cause cette décision à la fois grave et délicate qu’est le suffrage électoral. […] Attendons les prises de position des futures assemblées représentatives de la volonté populaire. Jusque-là, abstenons-nous de revendications qui nous attireraient de la part de nos ennemis de trop faciles accusations de démagogie70.
Le texte est même publié dans le journal des JCC71.
54C’est ainsi peu dire que les FUJP ne rassemblent pas que des organisations peuplées de communistes avec des noms différents facticement peints sur la façade.
55Ajoutons que sur le plan de la direction, les communistes ne sont pas dans une position très avantageuse. Le secrétariat national, dès le départ, est composé par un représentant de l’OCM-J, des JCC, des JC et des jeunes des MUR72. En outre, ès qualités, le CFLN et le CNR y siègent. Ce secrétariat n’est pas une structure de pure forme. C’est lui qui valide les expressions publiques des FUJP, de la motion au contenu du journal73. Sur le plan de la répartition des responsabilités, les JC sont loin de disposer de tous les postes-clés : le responsable aux relations avec le CNR est par exemple le JCC René Laurin (« Raymond Lassalle »)74. Surtout, celui que le secrétariat désigne pour représenter les FUJP à l’Assemblée d’Alger est encore un JCC : Pierre Gauthier (« Boissière »)75.
56Cependant, quatre éléments tendent à établir une relation singulière entre FUJP et communistes.
- Le premier, même s’il peut s’expliquer comme on l’a vu plus haut, tient au fait que les JC sont la seule organisation de jeunesse politique au sein des FUJP.
- Le second tient aux réalités locales, par-delà le petit cercle des directions nationales. Prenons le cas du Var étudié par Jean-Marie Guillon. La poussée communiste y est forte à partir de 1942. La JC s’y déploie nettement à compter de 1943. Sans équivalent. Dès lors, elle « fournit l’essentiel des forces assez réduites des FUJP »76. Quand Jacqueline Sainclivier présente les FUJP d’Ille-et-Vilaine comme une « organisation satellite » du PCF, on peut penser que cela relève de la même logique77. D’autant que, dès la création des FUJP, les consignes des JC sont claires : là où il y a un groupe de JC, il doit y avoir un comité FUJP ; tous les JC doivent obligatoirement être membres des comités FUJP ; les JC doivent prendre l’initiative d’éditer un abondant matériel au nom des FUJP78. Le témoignage de Pierre Fougeyrollas plaide dans le sens d’une active mise en œuvre de ces consignes, le jeune communiste parcourant l’Indre, la Creuse, la Haute-Vienne, la Gironde ou le Puy-de-Dôme pour y créer le plus grand nombre de structures FUJP ou y faire admettre des représentants (communistes) au titre des FUJP dans les comités de Libération79.
57Ajoutons que, contrairement au secrétariat national et à sa représentation fixe (OCM-J, jeunes des MUR/MLN, JCC, JC), la vie des FUJP aux échelons local et départemental intègre souvent nombre de structures dominées par les communistes. En Isère, les témoignages sont assez nombreux, à commencer par celui d’Annie Kriegel : là, les FUJP étaient « truffées de représentants d’organisations communistes plus ou moins déguisées » de sorte que « les rares représentants d’autres obédiences, jeunes catholiques de la JOC, jeunes de l’Armée secrète, étaient donc submergés dès le départ80. » Catherine Claude ne dit pas autre chose à Claude Collin : aux réunions de direction des FUJP d’Isère, il y avait, selon son souvenir, deux gaullistes, une communiste au titre de l’Union de la jeunesse juive (UJJ), une autre au titre du Mouvement national contre le racisme (MNCR) et un communiste pour la JC, soit une majorité de fait de JC81.
58Il est vrai cependant que la situation peut varier, d’une région à l’autre. Les riches archives de Guy Besse nuancent ainsi l’idée d’une hégémonie universelle des JC au sein des FUJP. Dans le Rhône, c’est le JCC Gilbert Dru qui dirige l’UEP jusqu’à ce qu’il soit abattu à l’été 194482. En septembre, Guy Besse recense environ 3 000 FUJP dans le département dont 1 000 JC83. Par endroits, le rapport est extrêmement défavorable aux JC : ainsi, à Villeurbanne, les JLN sont 1 300 quand les JC ne sont que 30084. C’est sans doute ce genre de configurations locales qui amène – imprudemment – René Hostache à avancer d’une manière générale dans son ouvrage de 1958 que les mouvements non communistes « disposent au sein des FUJP des effectifs les plus nombreux85 ».
59Reste que très présents dans ces structures unitaires, les JC ne manquent pas d’y faire entendre une voix qui peut s’avérer très pressante. Le JCC responsable de la région Île-de-France s’émeut ainsi des attaques subies lors d’une réunion du secrétariat parisien des FUJP. Il y aurait été traité de « boche » par la représentante des JC pour s’être élevé contre le droit de vote à 18 ans et avoir refusé les termes de « plumitif hitlérien » dans un avertissement des FUJP d’Île-de-France au rédacteur d’un article du journal national de l’OCM-J qui comportait cette appréciation : « les communistes pourraient avoir des chefs plus jeunes et plus propres qu’André Marty86. »
60Au total – sous réserve d’inventaire plus systématique –, même si l’adhésion directe aux FUJP – proposée par les JC – a été refusée, la structure unitaire apparaît, localement et départementalement, de plus en plus souvent dominée par les JC qui travaillent méthodiquement à leur implantation sur tout le territoire87.
- Les débats importants touchant la jeunesse au sein de la Résistance ne sont pas si nombreux pendant la guerre et force est de constater que sur certaines questions marquantes, un axe FUJP-PCF se dessine. Ainsi, en ce qui concerne le droit de vote à 18 ans, revendication des FUJP (hors JCC), la proposition est portée à Alger par le communiste Fernand Grenier. Après le refus essuyé à l’Assemblée et les courriers adressés par les FUJP aux diverses formations résistantes, on ne s’étonne pas de noter les courriers de réponse chaleureux émanant du Front national comme du PCF88. Soutien du PCF et du FN aux FUJP donc. Dans l’autre sens, Michel Pigenet indique que le comité d’Île-de-France des FUJP ne manque pas de reprendre les analyses et propositions du PCF en matière militaire, notamment en ce qui concerne la « colonne Fabien »89. FUJP et PCF tendent ainsi à porter des propositions de plus en plus convergentes.
- C’est justement cette dimension qu’il faut prendre en compte : celle du temps. La situation aux FUJP n’est pas si favorable aux JC à l’automne 1943. Elle le devient de plus en plus, y compris au sein du secrétariat central. Après l’arrestation de Charles Verny, le 4 avril 1944, c’est Jean Pronteau qui y représente l’OCM-J et s’affirme comme la principale figure de ce mouvement90. D’abord en liaison avec Combat et l’AS, ce dernier se rapproche du PCF à la fin de l’année 1943 par l’intermédiaire de Francis Crémieux puis de Georges Sadoul. « Contrôlé » en mars 1944, c’est un communiste sûr qui se trouve ainsi à la tête de l’OCM-J à partir du mois suivant91. À l’été, c’est Pierre Noël (« Caminade »), responsable des JLN, qui tombe. Pierre Hervé, secrétaire général du MLN, le remplace par Guy de Boysson, figure du mouvement des Auberges de jeunesse mais également adhérent clandestin du PCF. À la Libération, Guy de Boysson est même nommé secrétaire général des FUJP92. Demeure bien les JCC mais René-Georges Laurin et Maurice-René Simonnet y apparaissent plus conciliants pour les communistes que Pierre Gauthier – d’ailleurs bientôt activement poussé vers la sortie par Guy de Boysson93. Si on considère les six députés FUJP de l’Assemblée consultative de l’automne 1944, deux sont officiellement communistes mais deux autres le sont également, ne laissant qu’un petit tiers de la représentation juvénile aux non communistes – en l’occurrence, deux jeunes chrétiens. L’étape ultime est presque caricaturale. Lorsqu’au printemps 1945, les communistes décident de créer l’Union de la jeunesse républicaine de France (UJRF) et d’y fondre la JC, presque tous les dirigeants des FUJP (dernière mouture) la rejoignent, à commencer par Guy de Boysson. Quant au Jeune combattant, l’organe des FUJP, il devient le principal organe de la presse sportive communiste94.
61On comprend ainsi la fortune de l’association FUJP-PCF. Cependant, on croit l’avoir montré, celle-ci fait à la fois fi de l’espace – il y a des variations géographiques – et, plus encore, du temps – l’hégémonie des JC au sein des FUJP est progressivement conquise plutôt que constitutivement acquise. Si on veut bien les considérer depuis leur conception et sans réduction à certaines configurations locales, les FUJP furent bien autre chose qu’un sous-marin communiste grossièrement repeint.
Conclusion
62Nous n’avons présenté ici qu’une esquisse de l’histoire nationale des FUJP, concentrée sur les enjeux de structure et d’appareil. À l’évidence, l’histoire des FUJP reste à faire, celle de ses actions – contre le STO ou sur le plan militaire –, celle de ses acteurs et de leur géographie, celle de ses revendications – en particulier, sous la forme de cette charte de la jeunesse qui se voulut le pendant juvénile du programme du CNR.
63Reste à ce stade à s’interroger sur le sens de l’indubitable oubli dans lequel les FUJP ont sombré. Plusieurs hypothèses nous paraissent pouvoir être soutenues pour le comprendre.
64En premier lieu, la fin des FUJP met gravement en difficulté la mémoire de la structure. C’est d’abord la trop grande réussite des communistes au sein des FUJP qui parviennent à en conquérir progressivement la direction à la base comme au sommet au point de tenter de transférer tout le capital acquis par la structure à la nouvelle organisation qu’ils lancent au printemps 1945 et qui ne tarde pas à devenir une JC élargie : l’UJRF95.
65Pour autant, dès avant cette date, on peut considérer que les FUJP ont déjà trouvé leur fin. Le 27 décembre 1944 est en effet créée l’Union patriotique des organisations de jeunesse qui signe le dépassement et la défaite des FUJP96. Dès leur création, celles-ci furent en effet confrontées à deux questions jamais nettement tranchées en leur faveur par une Résistance unanime :
- Sont-elles légitimes pour représenter la jeunesse – autrement dit, que faire des organisations de jeunesse demeurées légales ?
- Sont-elles légitimes pour porter une voix globale dépassant le seul cadre d’aspects plus ou moins techniques – autrement dit, peuvent-elles porter des revendications de nature politique, aspirer à jouer un certain rôle dans la vie de la cité, détenir quelque pouvoir ?
66La création de l’UPOJ au siège du Scoutisme français répond clairement aux deux questions :
- Les FUJP ne seront pas le cadre du rassemblement de la jeunesse pour la période nouvelle ; il faut faire toute leur place aux grands mouvements demeurés légaux.
- Il n’y aura ni presse de l’UPOJ, ni direction nationale à proprement parler ; la structure sera de pure coordination et prendra des décisions sur la base de l’unanimité – ce qui exclut nécessairement, vu la composition de l’UPOJ, toute prise de position même faiblement politique. Il en va de même dans le monde étudiant avec la création de l’UPOE au siège de l’UNEF en février 194597.
67Plus profondément, cette place toujours précaire et mal acquise des FUJP ne traduit-elle pas un rapport particulier de la Résistance à la jeunesse par-delà les images d’Épinal ? Sans nul doute, la Résistance eut le visage de la jeunesse à travers ses nombreux bataillons. Mais y eut-il tant de « généraux imberbes » ? Pour être plus jeunes que Pétain, les principaux chefs de la Résistance ne furent jamais des jeunes. Sur les photos du CNR ou du GPRF, sur la cime de la Résistance, on ne discerne finalement ni de Hoche ni de Saint-Just – sans parler même d’éventuels pendants féminins. Il n’est pas bien sûr que la Résistance ait été unanimement décidée à réserver à la jeunesse la place que Bloch imaginait pour elle dans la nouvelle France à construire. Au-delà du droit de vote à 18 ans refusé, le programme même du CNR, dans ses silences, ne trahit-il pas cet oubli ou, à tout le moins, cette non unanimité ?
68Un oubli qui, en lisant le « point de vue sur les FUJP » d’Annie Kriegel rédigé à la fin de l’année 1944 prend peut-être même la couleur d’une occasion manquée :
La question de la jeunesse est à l’ordre du jour. On ne parle que de nous. On nous abreuve de promesses. […] Mais comme le gouvernement précédent a affiché cette même tendresse, il est normal que nous marquions quelque défiance et que nous attendions les premières réalisations. La première, ce serait une réalisation d’ordre moral : que l’on cesse de nous considérer avec une condescendance sympathique et nous croirons alors que quelque chose a changé. On nous a pour lors assez tapoté la joue98.
Notes de bas de page
1 Olivier Wieviorka, « La Résistance, une affaire de jeunes ? », in Jean-William Dereymez (dir.), Être jeune en France (1939-1945), Paris, L’Harmattan, coll. « Mémoires du XXe siècle », 2001, pp. 242-253.
2 Jean-François Muracciole, Les Français libres. L’autre Résistance, Paris, Tallandier, 2009, pp. 65-68.
3 Fabrice Grenard, Les Maquisards. Combattre dans la France occupée, Paris, Vendémiaire, coll. « Résistance », 2019, pp. 378-380.
4 Marc Bloch, L’Étrange Défaite. Cité par François Bédarida, « Préface », in Jean-William Dereymez (dir.), Être jeune en France…, op. cit., p. 11.
5 Wilfred Douglas Halls, Les Jeunes et la politique de Vichy, Paris, Syros, 1988 [1e éd. Oxford/Londres, Clarendon Press/Oxford University Press, 1981] ; Pierre Giolitto, Histoire de la jeunesse sous Vichy, Paris, Perrin, 1991 (hormis le chapitre 15).
6 Laurent Douzou, La Désobéissance. Histoire du mouvement Libération-Sud, Paris, Odile Jacob, 1995 ; Alya Aglan, La Résistance sacrifiée. Le mouvement Libération-Nord, Paris, Flammarion, 1999 ; Cécile Vast, « Une histoire des Mouvements unis de Résistance (de 1941 à l’après-guerre). Essai sur l’expérience de la Résistance et l’identité résistante », thèse de doctorat en histoire sous la direction de François Marcot, Université de Franche-Comté, 2008. Daniel Virieux tend à faire exception avec des développements plus substantiels : « Le front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France. Un mouvement de Résistance. Période clandestine (mai 1941–août 1944) », thèse de doctorat en histoire sous la direction de Claude Willard, Université Paris-8 Vincennes Saint-Denis, 1996.
7 Pour le GERME, en particulier le dossier « L’UNEF, les étudiants pendant la guerre de 1939-1945 et sous l’Occupation : attentismes, collaborations et résistances », Les Cahiers du GERME, n° 25, 2005, pp. 39-121 ; Alain-René Michel, La JEC Jeunesse étudiante chrétienne face au nazisme et à Vichy (1938-1944), Villeneuve-d’Ascq, PUL, coll. « Politiques », 1988.
8 Par exemple, une place enviable est réservée aux enjeux juvéniles dans René Hostache, Le Conseil national de la Résistance. Les institutions de la clandestinité, Paris, PUF, coll. « Esprit de la Résistance », 1958 ; Arthur Calmette, L’« O.C.M. » Organisation civile et militaire. Histoire d’un mouvement de Résistance de 1940 à 1946, Paris, PUF, coll. « Esprit de la Résistance », 1961 ; Henri Noguères, Histoire de la Résistance en France de 1940 à 1945, Paris, Robert Laffont, coll. « L’histoire que nous vivons », 1967-1981.
9 Jean-François Muracciole, Les Enfants de la défaite. La Résistance, l’éducation et la culture, Paris, Presses de Sciences-Po, 1998.
10 Voir le compte rendu de Daniel Virieux : Le Mouvement social, n° 194, 2001, pp. 95-98.
11 Jean-Philippe Legois, Éliane Lochot, Mathias Gardet (dir.), « Archives des jeunesses, jeunesses des archives », La Gazette des archives, n° 235, 2014.
12 Jacques Duclos est la pointe sommitale de la Résistance communiste ; Raymond Guyot dirige la Jeunesse communiste ; Guy Besse a des fonctions dirigeantes parmi les étudiants communistes et les structures étudiantes résistantes ; Jean Pronteau siège à la direction des Forces unies de la jeunesse patriotique. Le fonds Jacques-Duclos est déposé au Musée de l’histoire vivante (MHV–Montreuil) ; le fonds Raymond-Guyot est aux Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (AD93–Bobigny) ; le fonds Guy-Besse est à l’Institut d’histoire sociale (IHS–Nanterre) ; le fonds Jean-Pronteau relève de l’Institut d’histoire du temps présent, il est désormais déposé à l’Humathèque du campus Condorcet.
13 Dans la mesure où ils étaient disponibles, ce qui s’est révélé assez rare, une forte proportion de documents étant indiquée « en déficit ». Archives nationales (AN), 72AJ/57, dossier n° 6.
14 Antoine Prost, « Jeunesse et société dans la France de l’entre-deux-guerres », Vingtième siècle. Revue d’histoire, n° 13, 1987, pp. 41-43 ; Lucette Heller-Goldenberg, « Histoire des auberges de jeunesse en France des origines à la Libération », thèse de doctorat en histoire sous la direction d’André Nouschi, Université de Nice, 1985 ; Gérard Cholvy, Histoire des organisations et mouvements chrétiens de jeunesse en France. XIXe-XXe siècle, Paris, Cerf, coll. « Histoire », 1999 ; Cédric Meletta, « Une biennale de l’engagement militant : le Front populaire de la jeunesse de Paris (1935-1937) », Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 74, 2004, pp. 7-13 ; Susan Whitney, Mobilizing Youth. Communists and Catholics in interwar France, Durham, Duke University Press, 2009.
15 Claire Andrieu, « Démographie, famille, jeunesse », in Jean-Pierre Azéma, François Bédarida (dir.), La France des années noires, t. 1, De la défaite à Vichy, Paris, Seuil, 1993, pp. 453-487.
16 Les Jeunesses populaires françaises (branche juvénile du parti de Doriot mise sur pied en 1942) ne semblent pas avoir compté plus de 3 000 adhérents sous l’Occupation. Antoine Godet, « "Les jeunes avec Doriot !" : étude d’une jeunesse fasciste française », Siècles. Revue du Centre d’histoire « Espaces et Culture », n° 47, 2019 [en ligne : http:// journals.openedition.org/siecles/5496].
17 Olivier Wieviorka, art. cit., p. 245.
18 Pierre Giolitto, op. cit., p. 496.
19 Fabrice Grenard, « Gilbert Brustlein et les Bataillons de la jeunesse. Été 1941 », in Le choix de la Résistance. Histoire d’hommes et de femmes. 1940-1944, Paris, PUF, 2021, pp. 231-253 ; Daniel Virieux, thèse citée, pp. 129-130.
20 Nous suivons ici la chronologie établie par Daniel Virieux, les dates de création du FPJ proposées par les sources ultérieures étant relativement disparates. Dans un texte proposant, postérieurement, l’histoire de la constitution des FUJP, le FPJ est présenté comme une création de mars 1941. AD93, fonds Raymond-Guyot, 283J5 (cité par Marc Giovaninetti, « 50 ans au cœur du système communiste : Raymond Guyot, un dirigeant du PCF », thèse de doctorat en histoire sous la direction de Jacques Girault, Université Paris-13, 2009, p. 426). On trouve la même date dans Le Jeune Patriote, mars 1944. À l’inverse, les archives de la préfecture de police, à l’été 1945, indiquent que le FPJ est une association créée illégalement en février 1943. Archives de la préfecture de police de Paris (APPP), 77W855/279726, AS du FPJ, juillet 1945.
21 Ibid., p. 266 ; Daniel Virieux, « Forces unies de la jeunesse patriotique », in François Marcot, Bruno Leroux, Christine Levisse-Touzé (dir.), Dictionnaire historique de la Résistance. Résistance intérieure et France libre, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2006, pp. 186-187.
22 René Hostache, op. cit., pp. 348-350 ; AN, 72AJ/46, témoignage de Vincent Planque recueilli par Marie Granet, 8 décembre 1956.
23 Cité par Daniel Virieux. Thèse citée, p. 359.
24 bid., p. 292.
25 René Hostache, op. cit., pp. 348-350.
26 Arthur Calmette, op. cit., pp. 125-127.
27 AN, 72AJ/67, témoignage de Charles Verny recueilli par Louis Lecorvaisier, 26 mars 1946.
28 Le MRP vous parle, n° 65, 1995 ; Le MRP vous parle, n° 93, 2002 ; Éric Belouet, André Caudron, « André Denis », Le Maitron. Dictionnaire biographique. Mouvement ouvrier, mouvement social [en ligne] ; Bernard Giroux, « Dictionnaire biographique des responsables nationaux et des aumôniers de la JEC (1929-1975) », in Bernard Barbiche, Christian Sorrel (dir.), La Jeunesse étudiante chrétienne. 1929-2009, Lyon, LARHRA, coll. « Chrétiens et sociétés – documents et mémoires », 2011, pp. 99-248.
29 AN, 72AJ/59, témoignage de René Laurin recueilli par Anne-Marie Étaix, 6 juillet 1945.
30 Alain-René Michel, op. cit., pp. 237-238.
31 Le Jeune Patriote, 1er septembre 1943.
32 Forces unies de la jeunesse, n° 6, avril 1943.
33 Léo Figuères, Jeunesse militante (Chronique d’un jeune communiste des années 30-50), Paris, Éditions sociales, coll. « Souvenirs », 1971, p. 146.
34 Lettre du 30 septembre 1943 citée par Daniel Virieux, thèse citée, p. 377.
35 MHV, A1, fonds Jacques-Duclos, lettre du secrétariat de la fédération nationale de la JC à la direction de la JC en zone Sud, 8 octobre 1943.
36 Charles Verny, témoignage cité.
37 Humathèque, fonds Jean-Pronteau, JP6, courrier du secrétariat des FUJP au bureau du CNR, 15 novembre 1943. Un autre courrier (certes, plus tardif), adressé cette fois à l’OCM-J, date cependant la création de la fin du mois d’octobre. Une chronologie très fine reste sans doute difficile, d’autant qu’il faudrait préciser plus exactement ce qu’il faut entendre par « création », entre accord et mise en œuvre matérialisée par tel fait, tel événement. MHV, fonds Jacques-Duclos, A1, lettre du secrétariat national des FUJP à l’OCM-J, 20 janvier 1944.
38 Jacques Varin, « Les étudiants communistes, des origines à la veille de Mai 1968 », Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 74, 2004, p. 40 ; Id., « De la Résistance au syndicalisme étudiant », Les Cahiers du GERME, n° 25, 2005, pp. 99-100 ; Id., « De la Résistance au syndicalisme étudiant », Les Cahiers du GERME, n° 33, 2021, p. 76.
39 Le Jeune Combattant, n° 1, janvier 1944.
40 Témoignage cité. Le texte conservé n’est pas de la main de René Laurin. Il ne reprend pas directement ses mots. Il est une synthèse à la troisième personne d’un entretien entre Anne-Marie Étaix et lui. C’est en ce sens que nous croyons pouvoir lire FUJP quand la lettre du texte d’Étaix donne FUJ.
41 France libre, n° 182, 10 septembre 1944. Le traitement accordé aux FUJP et à leurs revendications est meilleur encore quelques jours plus tard. Voir en particulier ce long article en première page qui fait suite à une conférence de presse des FUJP : « Les jeunes demandent la parole », France libre, n° 184, 12 septembre 1944.
42 L’organe de Libération-Nord a été numérisé par la BNF mais il est impossible à cette date d’y rechercher automatiquement des mots. Le silence dont nous parlons ici est peut-être dû davantage au lecteur qu’aux rédacteurs.
43 Libération, n° 64, 25 janvier 1944.
44 Libération, n° 182, 19 juin 1944.
45 Libération, n° 151, 19 octobre 1943.
46 Témoignage de Charles Verny cité.
47 Citons en ce sens les travaux de Noëlline Castagnez, Virgile Cirefice, Christian Delporte ou même Jean-William Dereymez (qui, à travers le cas isérois, pousse la borne aval jusqu’aux premiers mois de 1940). L’autrice des travaux les plus amples, Christine Bouneau, aborde peu la période de l’Occupation. Quant à la thèse de Cédric Meletta consacrée aux JLR, elle s’arrête en 1939 : « La fédération des jeunesses laïques et républicaines : un apprentissage politique et civique dans la France de l’entre-deux-guerres (1924-1939) », thèse de doctorat en histoire sous la direction de Gilles Le Béguec, Université Paris-X Nanterre, 2005.
48 Gilles Le Béguec, Cédric Meletta, (dir.), « Jeunes et sages », Recherches contemporaines, n° 6, 2000-2001, pp. 141-224. En particulier, les contributions de Gilles Le Béguec et de Rosemonde Sanson. Sur les JDP, une évocation dans Rosane Dujardin-Thoumin, « Le Parti démocrate populaire », Revue du Nord. Histoire & archéologie. Nord de la France, Belgique, Pays-Bas, n° 290-291, 1991, p. 438.
49 Pour les tensions entre JR et parti radical, voir les chapitres 7 et 8 de Serge Berstein, Histoire du parti radical, t. 2, Crise du radicalisme. 1926-1939, Paris, PFNSP, coll. « Académique », 1982.
50.Noëlline Castagnez-Ruggiu, « La SFIO et ses mouvements de jeunesse de 1945 à 1956 », in Giovanni Orsina, Gaetano Quagliarello (dir.), La formazione della classe politica in Europe (1945-1956), Manduria, Piero Lacaita, coll. « La classe politica », 2000, p. 203.
51 Jean-Pierre Besse, « Jacques Bingen », Le Maitron. Dictionnaire biographique. Mouvement ouvrier, mouvement social [en ligne].
52 Humathèque, fonds Jean-Pronteau, JP6, courrier du secrétariat des FUJP au bureau du CNR, 15 novembre 1943. Pour sa part, René Hostache souligne le rôle tenu par la mission de Jean-Louis Fraval (membre du cabinet d’André Philip présent en France au printemps et à l’été 1943) dans la création des FUJP. René Hostache, op. cit., p. 351.
53 « Depuis le 1er novembre, nous avons touché en tout et pour tout la somme de 300 000 F du Centre. » MHV, fonds Jacques-Duclos, A1, lettre du secrétariat national des FUJP au CNR, 20 janvier 1944.
54 René Hostache, op. cit., p. 354 ; Humathèque, fonds Jean-Pronteau, JP6, lettre du secrétariat central des FUJP au président du CNR, s.d.
55 France libre, n° 184, 12 septembre 1944.
56 Voir la Table alphabétique (nominative et méthodique) des impressions de l’Assemblée consultative provisoire dans les archives de l’Assemblée nationale [en ligne : https://www2.assemblee-nationale.fr/static/histoire/assemblee-consultative-provisoire/tables_liste_delegues.pdf]. Voir aussi Humathèque, fonds Jean-Pronteau, JP8, séances du secrétariat national des FUJP, 18 et 27 octobre 1944.
57 Voir en particulier les échanges entre le ministère de l’Éducation nationale et le secrétariat des FUJP. Humathèque, fonds Jean-Pronteau, JP9. Voir également Pierre Giolitto, op. cit., pp. 496-498 ; Jean-François Muracciole, op. cit., pp. 301-304.
58 MHV, fonds Jacques-Duclos, A1, lettre du secrétariat central des FUJP au CNR, 20 avril 1944.
59 Humathèque, fonds Jean-Pronteau, JP6. Voir les procès-verbaux de secrétariat de mai et juin 1944 ainsi que les courriers adressés sur le sujet au CNR en tant que tel, aux formations qui en sont membres…
60 AN, 72AJ/57, lettre du secrétariat national des FUJP au ministre de l’Éducation nationale du GPRF, 1er juillet 1944. Voir aussi la lettre au CNR adressée le même jour. Ibid. Voir également les procès-verbaux de secrétariat national des FUJP des 15 et 19 juin 1944. Humathèque, fonds Jean-Pronteau, JP6.
61 René Hostache, op. cit., p. 354.
62 Rappelons par exemple, pour en donner idée, qu’il y a une entrée JOC et JEC mais aucune notice FPJ, FUJ ni FUJP dans Michèle et Jean-Paul Cointet (dir.), Dictionnaire historique de la France sous l’Occupation, Paris, Tallandier, 2000.
63 Cela prend pourtant à rebours les travaux des années 1950 et 1960 qui tendaient à minimiser la place des communistes dans les FUJP. René Hostache, op. cit., p. 355.
64 Didier Fischer, « Les étudiants et la Résistance ou les itinéraires d’une refondation », Les Cahiers du GERME, n° 33, 2021, p. 61.
65 Philippe Buton, Les lendemains qui déchantent. Le Parti communiste français à la Libération, Paris, PFNSP, 1993, p. 51.
66 Pierre Pène, Récit après infarctus. 1939-1946, tapuscrit inédit, p. 13 [en ligne : http://pierrepeneetfamille.free.fr/recits_resistance/apres_infarctus.pdf].
67 Le premier numéro paraît en août 1943. Voir la collection numérisée par Gallica. Voir également les éléments recueillis dans les années 1950 lors de l’enquête de Paul Roux-Fouillet pour la BNF en vue d’établir un catalogue des journaux clandestins. La correspondance avec Claude Desjardins, alors actif au Parisien libéré mais fondateur des journaux de l’OCM-J apporte des éléments. BNF, RES G-1470 BIS.
68 Témoignage de Charles Verny cité.
69 MHV, fonds Jacques-Duclos, A1, lettre du comité directeur du FNE au secrétariat national des FUJP, 5 mai 1944.
70 MHV, fonds Jacques-Duclos, A1, lettre du comité central des Jeunes chrétiens combattants, s.d.
71 Nouvelle jeunesse, 15 juin 1944.
72 Toutes les sources s’accordent sur ce point. Seuls les noms des structures changent quand celles-ci évoluent : ainsi les Jeunes chrétiens résistants deviennent Jeunes chrétiens combattants et les Jeunes des MUR deviennent Jeunes de la Libération nationale (JLN) quand les MUR deviennent MLN.
73 Voir par exemple : Humathèque, fonds Jean-Pronteau, JP6, secrétariat du 20 juillet 1944.
74 Humathèque, fonds Jean-Pronteau, JP6, courrier du secrétariat des FUJP au bureau du CNR, 15 novembre 1944.
75 Humathèque, fonds Jean-Pronteau, JP6, lettre du secrétariat central des FUJP au président du CNR, s.d. ; JP8, secrétariat du 5 septembre 1944.
76 Jean-Marie Guillon, « La Résistance dans le Var : essai d’histoire politique », thèse de doctorat d’État en histoire sous la direction d’Émile Temime, Université Aix-Marseille I, 1989, troisième partie, chapitre 4 [en ligne : http://www.var39-45.fr/theseJMG/].
77 Jacqueline Sainclivier, L’Ille-et-Vilaine. 1918-1958. Vie politique et sociale, Rennes, PUR, coll. « Histoire », 1996, chapitre 6 [en ligne : https://books.openedition.org/pur/9032?lang=fr]. Interrogée par Claude Collin, Denise Meunier dit également cette centralité communiste dans les FUJP de Seine-Inférieure : « Je veux vous aider. » Propos recueillis les 7, 8 juin et 26 novembre 2010 par Denise Meunier, mis en forme par Claude Collin, Guerres mondiales et conflits contemporains, n° 260, 2015, pp. 129-130.
78 MHV, A1, fonds Jacques-Duclos, lettre du secrétariat de la fédération nationale de la JC à la direction de la JC en zone Sud, 8 octobre 1943.
79 Pierre Fougeyrollas, François George, Un philosophe dans la Résistance, Paris, Odile Jacob, 2001, pp. 47-87.
80 Annie Kriegel, Ce que j’ai cru comprendre, Paris, Robert Laffont, coll. « Notre époque », 1991, p. 206.
81 Claude Collin, Jeune combat. Les jeunes juifs de la MOI dans la Résistance, Grenoble, PUG, coll. « Résistances », 1998, p. 100.
82 IHS, fonds Guy-Besse, 379, projet d’article de Jean-Marie Domenach pour le journal de l’UEP, s.d.
83 IHS, fonds Guy-Besse, 379, JC – direction régionale, 16 septembre 1944.
84 Il est vrai que dans d’autres cas, comme dans le quartier des Brotteaux, à Lyon, les FUJP sont exclusivement composés de communistes – tous adhérents à la CGT, précise le carnet de Guy Besse.
85 René Hostache, op. cit., p. 355.
86 Humathèque, fonds Jean-Pronteau, JP5, lettre du régional JCC Île-de-France à la direction nationale des JCC, s.d.
87 Sur la question de l’adhésion directe, le refus des JCC est catégorique : Pierre Gauthier menace même d’un départ de son organisation si celle-ci entrait en vigueur. Humathèque, fonds Jean-Pronteau, JP8, lettre de Pierre Gauthier aux FUJP, 7 octobre 1944.
88 MHV, fonds Jacques-Duclos, A1, lettre du comité directeur du FN au secrétariat central des FUJP, 12 juillet 1944 ; lettre du comité central du PCF au secrétariat central des FUJP, 20 août 1944.
89 Michel Pigenet, « Les jeunes communistes de la région parisienne et la guerre à la Libération », in Jacques Girault (dir.), Des communistes en France (années 1920-années 1960), Paris, Publications de la Sorbonne, coll. « Histoire de la France aux XIXe et XXe siècles », 2002, pp. 477-487.
90 Témoignage de Charles Verny cité.
91 Archives nationales du PCF, dossier biographique de Jean Pronteau. Certains au PCF s’inquiètent cependant de son parcours et une enquête est diligentée en novembre 1944.
92 Archives nationales du PCF, dossier biographique de Guy de Boysson. Voir aussi : Humathèque, fonds Jean-Pronteau, JP9, lettre de Guy de Boysson au ministre de l’Éducation nationale, 30 octobre 1944.
93 Humathèque, fonds Jean-Pronteau, JP8, comité national des FUJP, 23 février 1945.
94 Évelyne Combeau-Mari, « Miroir-Sprint, levier de promotion de la presse communiste française à la Libération », in Michaël Attali, Évelyne Combeau-Mari (dir.), Le Sport dans la presse communiste, Rennes, PUR, coll. « Histoire », 2013, pp. 103-117.
95 Non sans pertes du côté des jeunes résistants non communistes. Pour le FPJ, voir par exemple, la note des RG sur le FPJ de juillet 1945 déjà citée. Sur l’UJRF, on se permet de renvoyer à L’Union de le jeunesse républicaine de France. 1945-1956. Entre organisation de masse de jeunesse et mouvement d’avant-garde communiste, Paris, L’Harmattan, 2009.
96 AD93, fonds Raymond-Guyot, 283J5, rapport de Léo Figuères sur l’UPOJ, 9 janvier 1945. Marc Giovaninetti, thèse citée, p. 468.
97 Jacques Varin, « De la Résistance au… », art. cit., p. 77.
98 Annie Kriegel, op. cit., p. 257
Auteur
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Guillaume Roubaud-Quashie
CHS, Paris-1 Panthéon-Sorbonne, CNRS
groubaudquashie@gmail.com
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