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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral L’analyse de deux images satellitales : La Ceja 1956 et 2006 La structure de la population Notes de bas de page

    Atlas de la vulnérabilité de l’agglomération de La Paz

    Ce livre est recensé par

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    Des populations socialement différenciées

    p. 54-58

    Texte intégral L’analyse de deux images satellitales : La Ceja 1956 et 2006 La structure de la population Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Alors que la dynamique urbaine dévoile par touches l’unité de fonctionnement de l’agglomération, l’analyse de la population met au contraire en lumière les différences sociales qui parcourent l’agglomération. Le vivre à El Alto n’est pas comparable au vivre à La Paz et la population perçoit bien ces différences. Cela se traduit dans le comportement démographique. Il est aussi intéressant de regarder ce qui se passe à la frontière entre les deux villes. De ce point de vue, le zoom sur le lieu de jonction qu’impose la topographie particulière de l’agglomération – La Ceja – montre la vie, à la fois différente et complémentaire, qui se déploie de part et d’autre des limites administratives des deux municipalités.

    L’analyse de deux images satellitales : La Ceja 1956 et 2006

    2L’analyse de deux images satellitales d’un même lieu à deux dates différentes (figure 6) montre les évolutions qu’a connues ce lieu dans un laps de temps donné et renseigne sur la dynamique en cours dans un espace. Dans cette optique, le lieu dit La Ceja mérite l’attention pour plusieurs raisons.

    3Tout d’abord, La Ceja est un lieu symbolique. Littéralement, La Ceja signifie le sourcil, terme qui traduit le fait que La Ceja constitue le rebord supérieur de la dépression creusée par la vallée du torrent Choqueyapu où la ville de La Paz a été installée en 1549. Il s’agit donc du lieu qui surplombe l’ensemble de la vallée et qui lui donne un accès à l’Altiplano et de là, au reste du pays et à la côte Pacifique. Les images satellitales de 1956 et de 2006 montrent ce point de contact entre la dépression et le plateau andin. Une rupture de pente formée depuis la bordure du plateau en direction du fond de la vallée est même très visible. La ligne de la rupture de pente qui court entre le plateau et la dépression marque ici non seulement la limite topographique abrupte (illustration 19) entre les deux principales municipalités de l’agglomération, mais aussi leurs limites administratives.

    4Cette description du lieu explique aussi pourquoi La Ceja est un lieu stratégique, à la fois du point de vue de la ville de La Paz comme de celui d’El Alto. Cette dernière, en contrôlant La Ceja, contrôle en effet la principale voie d’entrée et de sortie de toute la logistique de La Paz1. L’image de 1956 illustre assez bien cette situation. Les quelques bâtiments et infrastructures visibles, situés au nord de l’aéroport, correspondent à des éléments de logistique. Par exemple, la gare ferroviaire avec ses voies de triage et ses bâtiments pour le stockage de marchandises, notamment de produits pétroliers, est facilement repérable dans le quart gauche bas de l’image. Avec le démantèlement d’une partie du réseau ferré bolivien, cette fonction logistique auparavant attribuée à cet espace a aujourd’hui disparu, mais le quartier qui l’a remplacé et qui mélange espace résidentiel et activités industrielles, en conserve la trace dans son nom : Ferropetrol. Par ailleurs, la fonction ferroviaire a largement été remplacée par celle du transport routier, de marchandises mais surtout de passagers entre les deux villes. La Ceja est en effet le point de rupture de charge entre les différentes lignes de transport collectif qui proviennent de tous les quartiers d’El Alto et celles qui se rendent dans les principaux quartiers de La Paz.

    Illustration 19. La rupture de pente entre la bordure du plateau alténien et la dépression de la vallée Choqueyapu, qui marque la limite entre El Alto et La Paz.

    Image

    © IRD/S. Hardy

    Figure 6. La Ceja vue du ciel à deux dates : 1956 et 2006

    Image

    La Ceja, 1956
    Sources : IGM, 1956 ; 2006

    Image

    La Ceja, 2006
    Sources : IGM, 1956 ; 2006

    5On distingue également sur l’image de 1956 les principales voies qui convergeaient déjà depuis l’ouest, le sud et le sud-est du plateau vers la voie d’entrée/sortie de la ville de La Paz, aujourd’hui l’Autopista2, expliquant en partie pourquoi El Alto s’est spécialisée dans les activités liées à la logistique du transport de marchandises et de passagers. Ces principales voies sont les mêmes que celles observables en 2006, sauf qu’elles sont désormais asphaltées, élargies, équipées comme par exemple avec le péage à l’entrée/sortie de l’Autopista, tracée dans les années 1970, ou bien encore avec des rocades destinées à fluidifier les échanges de véhicules qui arrivent des différentes directions de l’Altiplano.

    6La comparaison dans le temps entre les deux images satellitales corrobore également l’idée, déjà développée, du remplissage de l’espace pacénien et alténien au fil de l’augmentation de la population. Mais elle montre aussi de manière irréfutable la spécialisation fonctionnelle de l’espace qui s’est opérée entre les deux villes.

    7En 2006, l’occupation des versants de la dépression est très distincte de celle du plateau. Les versants sont en effet occupés d’édifices de petite dimension, très majoritairement à vocation résidentielle, serrés les uns contre les autres, s’adaptant ainsi aux fortes déclivités de la topographie, tout en tentant de maintenir le plan en damier typique de La Paz. Au contraire, le plateau est occupé d’édifices de grande dimension, à vocation industrielle et logistique, entre lesquels s’insèrent parfois des édifices plus petits destinés au logement, avec des parcelles beaucoup moins ordonnées qu’à La Paz, laissant une impression d’urbanisation moins maîtrisée, d’autant plus que l’espace semble sectionné sous forme de grands îlots par les principales voies de communication.

    8Même si de prime abord ces espaces de La Paz et d’El Alto, observables à partir des images satellitales de 1956 et 2006, semblent n’avoir rien en commun, renforçant l’idée qu’il y a deux villes distinctes, séparées l’une de l’autre, l’analyse de ces images montre aussi presque paradoxalement les liens fonctionnels étroits qui se sont tissés entre ces deux villes, au fil du processus d’urbanisation de chacune d’entre elles, qui les rendent fortement dépendantes l’une de l’autre. Si de nombreux indices laissent penser que les moteurs de l’urbanisation des deux villes sont trop distincts pour les rapprocher, d’autres soulignent au contraire qu’existe, au-delà de ces processus, une logique macrospatiale fonctionnelle qui les réunit. Incontestablement, La Ceja est au cœur de l’agglomération pacénienne3.

    La structure de la population

    9L’observation des pyramides des âges des populations de La Paz et d’El Alto en 2001 précise les différences de dynamiques démographiques entre les deux municipalités de l’agglomération.

    10La distribution de la population par tranches d’âge de La Paz (figure 7) est dans l’ensemble encore de forme pyramidale, plaçant d’emblée La Paz dans la liste des villes des pays en développement où la population est jeune et nombreuse. Cependant, dans le détail, on observe que la transition démographique a été initiée. En effet, la base de la pyramide se rétrécit, indiquant une baisse, lente mais visible, du nombre des moins de 20 ans dans l’ensemble de la population, depuis le début des années 1980. À l’autre extrémité, à partir de 45 ans, la population ayant atteint cette tranche d’âge diminue rapidement, indiquant une espérance de vie à la naissance basse, propre aux pays en voie de développement. Il faut préciser que pour la grande majorité de ces populations âgées, il s’agit des premiers migrants d’origine rurale arrivés en ville suite à la réforme agraire de 1952 et qui ont donc eu des conditions de vie plutôt difficiles pendant leur jeunesse. Les cohortes de population les plus nombreuses sont donc celles comprises entre 20 et 44 ans, c’est-à-dire celles issus des parents ayant migré en ville, qui les premières ont bénéficié d’un meilleur accès à la santé et à l’éducation, ce qui s’est traduit pour elles par une diminution de leur taux de mortalité infantile, une augmentation de leur espérance de vie, sans pour autant que ces facteurs soient pris en compte par leurs parents qui ont maintenu un indice de fécondité plus élevé que les nouvelles conditions de vie en ville exigeaient. Le comportement démographique de cette tranche d’âge explique l’évolution de la population de La Paz depuis le recensement de 1992, époque à partir de laquelle elle commence elle-même à avoir des enfants, plus tardivement et en moins grand nombre (2,7 enfants par femme en 2001).

    Figure 7. Pyramide des âges, La Paz, 2001

    Image

    Source : INE, 2001

    Figure 8. Pyramide des âges, El Alto, 2001

    Image

    Source : INE, 2001

    Figure 9. Pyramide des âges, agglomération totale, 2001

    Image

    Source : INE, 2001

    11La distribution de la population par tranches d’âge d’El Alto (figure 8) n’est pas du tout comparable à celle de La Paz. Elle est de forme pyramidale, avec une base large et qui se rétrécit progressivement en montant dans les tranches d’âge supérieures. La population alténienne est jeune et très féconde. Le déclenchement de la transition démographique est encore récent. Les populations de moins de 5 ans y sont nettement plus nombreuses (105 953 individus) qu’à La Paz (93 581), tandis que les populations de plus de 40 ans y sont beaucoup moins nombreuses, pratiquement moitié moins (109 560 contre 202 036 individus). Cette situation trouve une explication dans le fait qu’El Alto héberge une part encore importante de population récemment installée en ville après avoir migré des zones rurales et minières, qui maintient des comportements démographiques en rapport avec leurs conditions de vie antérieures où la mortalité infantile était élevée et où les enfants constituaient une aide nécessaire à la survie de la famille. Par ailleurs, plus récemment installées en ville, cette population alténienne est aussi moins éduquée. Elle bénéficie d’une meilleure prise en charge médicale qui réduit fortement son taux de mortalité, notamment infantile, sans pour autant déjà bénéficier d’une scolarité plus longue qui repousserait l’âge des premières grossesses (4,2 enfants par femme en 2001), car elle est aussi nettement plus pauvre que la population pacénienne et rentre donc plus vite dans la vie active.

    12Autre différence notable dans la structure de la population par tranches d’âge entre La Paz et El Alto (figure 9) : le rapport entre les hommes et les femmes dans la population. Même si à la naissance, les garçons sont plus nombreux que les filles, l’équilibre entre les deux sexes est censé se rétablir assez vite. Or, l’observation des pyramides des âges indique que dans les tranches d’âge comprises entre 15 et 54 ans, les femmes sont nettement plus nombreuses que les hommes à La Paz qu’à El Alto. Cette situation s’explique par le marché de l’emploi. La Paz est une ville vieillissante où la demande en services augmente, ce qui est favorable à l’emploi féminin. Les femmes migrent encore vers La Paz, seules dès leur jeune âge, car elles y trouvent des emplois (dans les services aux personnes, dans le commerce, dans les emplois de bureau peu qualifiés, etc.), tandis que les hommes auraient plutôt tendance à partir vers d’autres villes du pays pour en trouver un. Le rapport homme-femme dans la ville de La Paz est donc déséquilibré au bénéfice des femmes. En revanche, la situation à El Alto est plus équilibrée, reflétant dans la majorité des cas l’installation de familles déjà constituées. Les hommes alténiens trouvent à s’employer dans les emplois peu qualifiés encore proposés par La Paz (la construction) ou destinés à La Paz, mais implantés à El Alto (les transports, l’industrie agroalimentaire), tandis que les femmes s’occupent du foyer.

    13Ces différences de structures démographiques entre les villes de La Paz et d’El Alto rendent finalement les deux municipalités assez complémentaires l’une de l’autre, comme l’indique la pyramide des âges de l’agglomération en 2001.

    14La base est large, quoi que légèrement déséquilibrée entre les hommes et les femmes au bénéfice de ces dernières. Elle reste large jusqu’à la tranche des 24 ans, laissant aux jeunes le temps de mieux se scolariser, notamment grâce aux investissements consentis par les municipalités dans la construction d’écoles. Ils peuvent même souvent étudier après l’enseignement secondaire. Parallèlement, des migrants jeunes s’installent à El Alto où les hommes peu qualifiés trouvent à s’employer dans les secteurs de l’industrie et du transport nécessaires au fonctionnement de l’agglomération.

    15À partir de 24 ans, ceux qui ne trouvent pas d’emplois dans une agglomération au dynamisme économique vacillant par rapport à d’autres villes boliviennes, la quittent pour tenter leur chance ailleurs, tandis que les femmes trouvent encore à s’y employer dans le secteur tertiaire peu qualifié. L’arrivée de migrants diminue, passé cet âge.

    16Enfin, la population de l’agglomération vieillit plutôt mieux que dans le reste du pays, traduisant une amélioration dans l’accès à la santé avec des municipalités qui ont investi pour mailler leur territoire en centres de santé de premier niveau où les soins sont souvent donnés gratuitement à la population, tout en améliorant une offre de soins plus spécialisés.

    17Dans l’ensemble, au-delà des différences, il y a bien de puissantes complémentarités démographiques entre les deux municipalités de l’agglomération.

    Notes de bas de page

    1 La vallée de La Paz est presque un cul-de-sac. Une route non apte au transport massif de passagers et de marchandises permet d’accéder à la vallée des Yungas, au nord-est. Une autre route permet, via Achocalla au sud-ouest, de remonter sur l’Altiplano, mais elle n’est également pas apte au transport massif de passagers et de marchandises. Pour le moment, seule la voie dénommée Autopista, l’autoroute, qui relie la Place Pérez Velazco située au nord du centre historique de La Paz jusqu’à La Ceja permet ces deux types de transport.

    2 Autoroute.

    3 Une preuve supplémentaire réside dans le fait qu’en 2008, pendant la rédaction de la nouvelle Constitution bolivienne, de très nombreux habitants de La Paz et d’El Alto, protestant contre une proposition de réinstaller les pouvoirs exécutif et législatif dans la capitale constitutionnelle Sucre, se sont rassemblés au point de jonction des deux villes, à savoir La Ceja. Cet événement montre que les populations et les autorités des deux villes sont tout à fait conscientes des intérêts qui les lient les unes aux autres. La perte de la principale fonction pacénienne, la capitalité, aurait des conséquences tout aussi préjudiciables pour les activités alténiennes (Hardy, 2009c).

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    2 Autoroute.

    3 Une preuve supplémentaire réside dans le fait qu’en 2008, pendant la rédaction de la nouvelle Constitution bolivienne, de très nombreux habitants de La Paz et d’El Alto, protestant contre une proposition de réinstaller les pouvoirs exécutif et législatif dans la capitale constitutionnelle Sucre, se sont rassemblés au point de jonction des deux villes, à savoir La Ceja. Cet événement montre que les populations et les autorités des deux villes sont tout à fait conscientes des intérêts qui les lient les unes aux autres. La perte de la principale fonction pacénienne, la capitalité, aurait des conséquences tout aussi préjudiciables pour les activités alténiennes (Hardy, 2009c).

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