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    Plan détaillé Texte intégral Un système de santé sous influence Le système de soins : une organisation entre public et privé Les logiques d’implantation de l’offre de soins à Ouagadougou La dynamique de l’offre de soins à travers le temps Notes de bas de page Auteurs

    Ouagadougou (1850-2004)

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Les structures de soins

    Maud Harang et Benoît Varenne

    p. 95-105

    Texte intégral Un système de santé sous influence Le système de soins : une organisation entre public et privé Les logiques d’implantation de l’offre de soins à Ouagadougou • L’offre publique : une couverture sanitaire égalitaire • L’offre privée lucrative : des logiques d’implantation guidées par la rentabilité • Le secteur confessionnel : une réponse aux attentes des plus démunis La dynamique de l’offre de soins à travers le temps • L’empreinte coloniale • De 1961 à 1983, la lutte contre les grandes endémies domine la politique sanitaire • De 1984 à 1990, la densification de la carte sanitaire privilégiée • De 1991 à 2004, des changements dans la continuité Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    1Les chapitres précédents ont mis en évidence des oppositions spatiales caractéristiques de la capitale burkinabé. Ainsi, les quartiers marqués par une forte densité de la population et du bâti, bénéficiant d’un certain nombre de structures sociales de base, côtoient des quartiers plus défavorisés.

    2En réponse à ces disparités spatiales constatées également dans le domaine de la santé, l’État a privilégié la densification de la couverture sanitaire pendant plusieurs années. La législation a contribué au renforcement de l’offre de soins en autorisant la création d’établissements privés. Ainsi, en ville, l’accessibilité physique ne se pose plus comme une contrainte à l’amélioration de l’état de santé des populations. Cependant, face à la multitude des recours possibles, on aboutit finalement à une mauvaise utilisation des services, à des retards dans la prise en charge des problèmes de santé, à des problèmes de référencement ou encore de suivi des patients.

    Un système de santé sous influence

    3Les systèmes de santé des pays d’Afrique de l’Ouest, hiérarchisés et fortement centralisés, sont encore marqués par le poids de l’héritage colonial malgré de nombreuses réformes entreprises depuis la déclaration d’Alma-Ata en 1978 qui décrétait alors la promotion des soins de santé primaires comme stratégie fondamentale en matière de santé1. Au Burkina Faso comme dans la plupart des pays francophones de la sous région, la fin des années quatre-vingt marque un tournant. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) décide de faire du recouvrement des coûts et du recours aux médicaments essentiels génériques, l’axe principal de son action. Ceci à conduit à lancer un mouvement fondamental de soins de santé primaires y compris dans les milieux urbains délaissés jusqu’alors. L’Initiative de Bamako était née2.

    4Le Burkina Faso adopte les principes de cette nouvelle stratégie en 1992 et un long processus de développement marqué par trois étapes essentielles s’ensuit. En 1993, 53 districts sanitaires (au nombre de 55 aujourd’hui) sont créés et une politique pharmaceutique nationale est engagée en 1994 avec la création de la Centrale d’achat des médicaments essentiels génériques (CAMEG) chargée de mettre à la disposition des populations des médicaments essentiels. Onze directions régionales de la santé (désormais au nombre de treize) sont mises en place en 1996 dans le cadre de l’accompagnement de la politique de décentralisation engagée par le gouvernement, qui sont placées à la tête des régions sanitaires regroupant les districts.

    5Ces engagements politiques interviennent au début dans un contexte de profonds changements économiques initiés par les accords de Bretton Woods3 qui marquent l’avènement des Programmes d’ajustement structurel (PAS)4 dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne et dont la conséquence principale est le désengagement des états des secteurs productifs et concurrentiels.

    6Aujourd’hui pourtant, en milieu rural comme en ville, les performances du système de soins demeurent décevantes. L’évocation du seul taux d’utilisation des services de santé du pays estimé à 0,2 contact par habitant et par an suffit à démontrer la véracité du constat.

    Le système de soins : une organisation entre public et privé

    7Le système de santé burkinabè est marqué par l’intervention de multiples partenaires agissant dans des domaines variés et souvent dans le cadre de programmes verticaux. Concernant l’offre de soins dits modernes, le territoire est soumis pour l’essentiel aux interventions publiques ; le secteur privé est apparu récemment dans le paysage sanitaire burkinabè et il est géographiquement peu représenté, à l’exception des villes.

    8Ouagadougou relève de la région sanitaire du Centre. Les quatre districts sanitaires qui la composent couvrent les 30 secteurs urbains de la capitale et les villages périurbains inclus dans la région administrative. Ces derniers ne seront pas considérés dans notre présente analyse ciblée sur le milieu urbain stricto sensu. Pour de multiples raisons liées à la croissance urbaine très disparate, les districts sanitaires gèrent des populations de tailles différentes : les districts sanitaires de Pissy et du Secteur 30 ont la responsabilité d’un plus grand nombre de secteurs urbains que ceux de Kossodo et de Paul VI (Figure 13).

    9L’organisation pyramidale sanitaire publique comprend quatre niveaux. Le Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) représente le premier niveau de soins ou premier contact (Tableau 5).

    Figure 13 - LES DISTRICTS SANITAIRES URBAINS (2004)

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    Élaboration : Harang M., Paris X-IRD
    Sources : ministère de la Santé, Direction régionale de la santé de Ouagadougou, 2004

    10Il est, en théorie, composé d’un dispensaire, d’une maternité et d’un dépôt pharmaceutique, l’ensemble étant dirigé par un infirmier. Il offre à ses usagers un Paquet minimum d’activités (PMA) qui inclut un ensemble de prestations curatives, préventives et promotionnelles. On compte 18 CSPS à Ouagadougou en 2004 (Illustration 34).

    11Dans le cas d’une prise en charge impossible par le CSPS, le malade est orienté vers une structure de premier niveau de référence : le Centre médical avec antenne chirurgicale (CMA). Cette structure est dirigée par un médecin-chef et dispose outre des fonctions d’un CSPS, d’une quarantaine de lits d’hospitalisation, d’un bloc opératoire et d’un laboratoire de base. Un CMA est théoriquement présent dans chacun des 55 districts sanitaires nationaux et il en existe quatre dans la capitale.

    Tableau 5 - L’OFFRE PUBLIQUE ET PRIVÉE PAR NIVEAU DE SOINS À OUAGADOUGOU (2004)

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    Sources : enquêtes Cadot E., 2002 et Harang M., 2004

    12Le deuxième niveau de référence est constitué par les Centres hospitaliers régionaux (CHR). D’une capacité de 200 lits, ces derniers offrent des services spécialisés et sont en théorie présents dans chacune des 13 régions sanitaires du pays. Dans les deux grandes villes du pays, Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, ce niveau de référence est absent, les malades étant transférés dans les Centres hospitaliers universitaires (CHU), dernier échelon de référence. Le Burkina Faso en compte trois dont deux dans la capitale, Ouagadougou.

    13Parallèlement aux établissements de soins publics, une offre privée s’est développée qui regroupe une offre de soins à but non-lucratif. Les soins offerts correspondent approximativement à ceux fournis dans les établissements de l’État. Ainsi, il existe une relative équivalence entre les différents échelons privés et la pyramide sanitaire publique.

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    Illustration 34
    Le CSPS de Nagrin
    Quartier périphérique en cours de lotissement au sud de la ville

    14Le premier contact dans le secteur privé est constitué par les cabinets de soins infirmiers, au nombre de 92, dans la capitale, en 2004. Le responsable est un infirmier qui a généralement quitté le secteur public, qui a été mis en disponibilité (pour une période déterminée), ou qui est à la retraite. Les infirmiers retraités sont d’ailleurs les plus représentés. Ces agents de santé privés s’installent le plus souvent au sein même de leur concession, libérant un des bâtiments donnant sur la rue pour recevoir les patients (Illustrations 35 et 36).

    15Cette stratégie leur permet d’assurer des gardes le week-end et la nuit. Ces dernières ne sont assurées que depuis peu et dans certains CSPS seulement, faute de moyens matériels et humains.

    16Les pratiques des polycliniques au nombre de cinq en 2004 correspondent en partie au deuxième niveau de référence de la hiérarchie publique, les niveaux intermédiaires étant représentés par les cliniques (18) et les cabinets médicaux généralistes (38) ou spécialistes (24).

    17Les cliniques et les polycliniques sont les seules à dispenser des soins hospitaliers, avec une capacité d’accueil de trois à cinq lits par spécialité pour les premières, de cinq à dix lits pour les secondes.

    18De nombreux textes officiels déterminent le cadre d’action des acteurs de la santé mais comme il n’existe pas de concordance entre le découpage administratif délimitant les provinces et le découpage sanitaire délimitant les districts, cette situation engendre des difficultés d’organisation et de fonctionnement des structures de soins. Enfin, sur le plan administratif, des relations hiérarchiques et opérationnelles mal définies participent aux insuffisances du système de santé.

    Les logiques d’implantation de l’offre de soins à Ouagadougou5

    19La localisation des équipements de soins se pose en termes de polarisation de l’espace sanitaire et elle impose une différenciation du territoire. L’idée d’un privilège urbain de l’offre de soins s’exprime par la diversité et la concentration des structures sanitaires dans les villes. Ceci est particulièrement frappant à Ouagadougou où le plateau technique est le plus important du pays et la densité médicale la plus forte. Cependant, l’accessibilité aux soins reste problématique. Elle ne se pose plus réellement en termes de distance mais d’un point de vue culturel, économique ou social.

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    Illustration 35
    Un cabinet de soins infimiers (secteur 15)

    • L’offre publique : une couverture sanitaire égalitaire

    20La répartition de l’offre de soins publique traduit une volonté de justice sociale en termes d’accessibilité qui a conduit l’État burkinabè à souscrire à des principes fondés sur la multiplication du nombre d’établissements assurant les soins de base.

    21Le nombre des formations publiques de premier contact a connu une progression constante depuis les années quatre-vingt. Leur apparente dispersion - chaque Ouagalais de la zone lotie réside à moins de deux kilomètres d’une structure -, respecte les normes imposées en termes de distance minimale, d’aire de responsabilité, de couverture théorique par rapport à une population de référence (Planche 26). Les seuils définis par les textes officiels permettent également de délimiter la zone d’intervention du personnel médical lors des campagnes de prévention ou de vaccination.

    22Si la couverture sanitaire de Ouagadougou s’est densifiée au cours des décennies, les normes définies par celles-ci ne sont plus respectées. En effet, d’une part les secteurs centraux de la capitale les plus anciennement lotis ont perdu 24 % de leur population en dix ans et d’autre part, le dynamisme démographique des quartiers périphériques a contraint les autorités à y renforcer le nombre des établissements.

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    Illustration 36
    Un cabinet de soins infimiers (secteur 12)

    L’OFFRE DE SOINS PUBLIQUE, PRIVÉE ET CONFESSIONNELLE (2004)

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    Sources : couverture aérienne de Ouagadougou au 1/20 000, 1998 ; scène SPOT5 de Ouagadougou, novembre 2002 ; fond de carte IGB, 2002 ; DASU-DGUT, 2003 ; relevés de terrain Cadot E., 2003 et Harang M., 2004

    23Le centre-ville dispose d’équipements offrant en outre des services plus étendus, allant des soins de santé de base à des consultations médicales, grâce à la présence assez ancienne de deux centres médicaux, le CM de Samandin et le dispensaire urbain (Planche 27).

    24En périphérie, l’offre publique a été renforcée par l’implantation relativement récente des CMA de Paul VI, du secteur 30, de Pissy et de Kossodo. D’un point de vue géographique, ces centres occupent une position centrale au sein du district à l’exception de celui du district de Kossodo, plus proche des quartiers non-lotis. Le troisième niveau de référence est représenté par le Centre hospitalier universitaire de Yalgado Ouedraogo, sis sur l’ancien site colonial, et le centre hospitalier pédiatrique Charles de Gaulle implanté au croisement d’axes de circulation majeurs de la ville.

    25À l’image des équipements en eau ou en électricité, l’offre publique de soins ignore les zones non-loties dont les populations, selon leur situation, peuvent même recourir aux structures du milieu rural, parfois plus proches.

    • L’offre privée lucrative : des logiques d’implantation guidées par la rentabilité

    26En 2004, les structures privées sont trois fois plus nombreuses que les structures publiques du fait d’un rythme de croissance très élevé depuis 1990. L’expression de la libéralisation de l’offre de soins s’est particulièrement illustrée entre 2000 et 2004 puisque les trois quarts des structures ouvertes au cours de cette période appartiennent au secteur privé. Par ailleurs, certains domaines comme les soins dentaires ou ophtalmologiques en dépendent de plus en plus.

    27L’observation de la répartition géographique des établissements privés révèle l’existence de logiques d’implantation très différentes de celles des structures publiques. Il existe en effet, des zones de fortes concentrations des structures, particulièrement dans les quartiers centraux, au détriment une nouvelle fois des périphéries (voir planche 26). Les responsables du secteur privé privilégient ainsi les localisations en centre-ville, siège de quartiers dynamiques, polarisants, accessibles et mieux desservis par le réseau routier. La logique d’équité qui régit l’offre publique fait place dans le privé à une logique de rentabilité et l’absence de législation précise relative à l’implantation de nouvelles structures participe à cette situation.

    28Les stratégies d’implantation des formations privées diffèrent cependant selon leur rang dans la pyramide du secteur privé. Les cabinets de soins infirmiers misent sur leur développement en répondant à une demande de soins de proximité qui les amènent à se distribuer dans l’ensemble de la ville régulière. Les polycliniques et les cliniques sont contraintes à des implantations périphériques en raison du manque d’espaces libres constructibles assez vastes pour asseoir leurs activités. La plupart de ces structures ont alors opté pour des périphéries offrant un cadre de vie de bonne qualité et regroupant des populations aisées tout en laissant l’opportunité d’un agrandissement comme à la Patte d’oie ou à Ouaga 2000 où leur nombre s’accroît.

    29La concurrence entre les formations sanitaires privées peut être sévère, comme à Gounghin où elles sont plus de huit à se partager l’espace. Les panneaux publicitaires, support d’une stratégie commerciale, témoignent de leur forte concurrence dans la capitale (Illustration 37).

    30Contrairement au secteur public, quelques structures privées ont investi des zones irrégulières, à la recherche de nouvelles clientèles en attente d’une offre de soins de proximité.

    31Ces stratégies différenciées révèlent l’attraction de certains territoires urbains. Les structures de soins ne peuvent plus être considérées comme de véritables équipements mais comme des services associés à des territoires. À cet égard, les marges urbaines non-loties fonctionnent comme des repoussoirs et constituent des formes de « déserts médicaux ».

    • Le secteur confessionnel : une réponse aux attentes des plus démunis

    32L’implantation des formations sanitaires confessionnelles ne reflète pas de logique spatiale particulière, leur répartition est assez uniforme (voir planche 26). Au moment de leur installation, leur préférence allait aux quartiers irréguliers défavorisés, voir même insalubres. Le centre médical Saint-Camille a ainsi été construit près d’un marigot au départ.

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    Illustration 37
    La concurence de l’offre privée

    LES PRINCIPALES STRUCTURES DE SOINS (2004)

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    Élaboration : Harang M., Paris X-IRD
    Sources : couverture aérienne de Ouagadougou au 1/20 000, 1998 ; scène SPOT5 de Ouagadougou, novembre 2002 ; fond de carte IGB, 2002 ; DASU-DGUT, 2003 ; relevés de terrain Cadot E. et Harang M., 2004

    33Si certaines structures privées non-lucratives sont dirigées par des organisations non gouvernementales (ONG) spécialisées en santé ou par des associations, la majorité est gérée par des communautés religieuses. À Ouagadougou, les plus importantes structures confessionnelles appartiennent à l’Église catholique, la communauté musulmane ayant investi plus tardivement dans le domaine de la santé. Leurs structures de soins jouissent cependant aujourd’hui d’une bonne renommée et affichent de fortes activités comme le dispensaire Ridwane, le centre médical islamique de la Patte d’oie et le centre médical Ahmadyya. Enfin, les églises protestantes sont en plein essor et dirigent de plus en plus d’établissements sanitaires, la structure la plus connue étant sans conteste le centre médical Schiphra, placé sous la responsabilité des Assemblées de Dieu.

    34Ces structures tiennent une place particulièrement importante dans le paysage médical de la capitale en termes d’activité. La perception de ces établissements par la population, qui leur accorde un grand crédit, justifie en partie leur fréquentation. Une meilleure accessibilité financière, un bon accueil, un personnel soignant dévoué sont les atouts de ces formations qui constituent une alternative aux structures privées à but lucratif, inaccessibles financièrement aux plus pauvres, alternative aussi au rejet social ou culturel de certaines structures publiques.

    35La faiblesse des moyens financiers a d’ailleurs contraint les autorités politiques à rechercher des alternatives auprès des acteurs privés confessionnels pour accroître la couverture sanitaire. Plusieurs structures confessionnelles sont intégrées à la pyramide sanitaire publique. Ces structures sont liées par des conventions de collaboration avec le ministère de la Santé et répondent ainsi aux besoins de santé des populations du district lorsque celui-ci est dépourvu d’une structure publique de ce rang. Il s’agit des centres médicaux de Saint-Camille et de Schiphra dans les districts sanitaires du Secteur 30 et de Kossodo. De la même façon, le centre Paul VI financé par le Vatican et parrainé par l’Archidiocèse de Ouagadougou a ouvert en 1985. Il répond à l’absence de centre de santé dans le quartier de Tampouy où il a pris le rang de CMA.

    La dynamique de l’offre de soins à travers le temps

    36Les politiques sanitaires successives ont façonné l’offre de soins sur le territoire burkinabè. À Ouagadougou, elle est le reflet des logiques spatiales imposées par les différents pouvoirs qui se sont succédé, contribuant à l’émergence de disparités socio-spatiales de santé.

    • L’empreinte coloniale

    37Au début de la colonisation, l’offre de soins est fortement dépendante de l’organisation administrative de la colonie. Il existe une étroite relation entre la médecine dispensée par l’Administration coloniale, essentiellement des soins curatifs, et la répartition de la population blanche, concentrée dans les chefs-lieux administratifs. Après plusieurs années d’incertitude entre 1914 et 1924, liée à la mobilisation du personnel pour servir la métropole en guerre, Ouagadougou bénéficie progressivement, par sa fonction de capitale de colonie, d’une présence permanente de professionnels de santé dépendant tant de l’Administration que du domaine confessionnel. Entre 1924 et 1931, les changements sont significatifs puisque l’on passe de six à quinze médecins européens auxquels s’ajoutent six médecins africains. Les établissements se répartissent alors entre des dispensaires, des hôpitaux et des maternités (Planche 28). Ces services s’ouvrent peu à peu aux populations locales tandis que l’Assistance médicale indigène (AMI), officiellement créée le 8 février 1905, passe d’un service mobile globalement peu efficace au regard du nombre de médecins en exercice, à un service fixe installé dans des dispensaires, moins coûteux en personnel et en moyens financiers. Quelques activités mobiles ont cependant conservées pour faire face à certaines pathologies comme la maladie du sommeil. Les grandes campagnes de lutte contre les grandes endémies, qui seront organisées à partir des années soixante-dix, y trouvent leurs racines.

    38À cette même époque, la communauté catholique met en place ses premières structures de soins. La Mission catholique crée son premier dispensaire en 1913 qui devient en 1931 le dispensaire Jean-Louis Goarnisson, du nom du Père Blanc médecin qui a beaucoup œuvré pour la lutte contre la maladie du sommeil notamment. Ce dispensaire localisé près de la Cathédrale, existe toujours.

    39Outre les Pères Blancs très présents dans le secteur de la santé (huit dispensaires construits en 1932), les Musulmans et les Assemblées de Dieu interviennent également, mais plus tardivement.

    40Quelques établissements subsistent aujourd’hui qui correspondent aux infrastructures installées au cœur de la ville lotie avant 1960. Deux structures sont construites en dehors de la zone lotie : le centre confessionnel des Assemblées de Dieu (actuel centre médical Schiphra) fondé par des missionnaires américains en 1955 au nord des barrages et un dispensaire isolé dans le village de Tampouy, devenu aujourd’hui un quartier urbain.

    L’ÉVOLUTION DE L’OFFRE DE SOINS (1931-2003)

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    Élaboration : Harang M., Paris X-IRD
    Sources : couverture aérienne de Ouagadougou au 1/20 000, 1998 ; scène SPOT5 de Ouagadougou, nov. 2002 ; fond de carte IGB, 2002 ; DASU-DGUT, 2003 ; relevés de terrain Cadot E., 2003 et Harang M., 2004

    • De 1961 à 1983, la lutte contre les grandes endémies domine la politique sanitaire

    41À l’Indépendance, l’organisation du système de santé ne rompt pas avec la politique coloniale et les soins curatifs et hospitaliers restent privilégiés. Cependant, les conséquences des grandes endémies sur l’état de santé des populations sont telles que de grands programmes internationaux sont mis en place pour lutter contre les maladies, particulièrement l’onchocercose, accusée d’avoir dépeuplé les vallées des Volta.

    42Dans la capitale, la politique sanitaire se concrétise par la création de 20 dispensaires en 20 ans au bénéfice des quartiers lotis de Dapoya, Samandin, Gounghin, Ouidi, Larlé et Kalgondin. Ce réseau de dispensaires est complété par les trois maternités de Pogbi, Yennenga et Gounghin. Le CM Saint-Camille entretient déjà une excellente réputation et enregistre une forte affluence : les soins presque gratuits et la renommée des frères italiens en font la structure phare du moment. Le dispensaire urbain enregistre également une forte activité du fait de sa position centrale au secteur 3.

    43La première pierre du nouvel hôpital qui succède à l’hôpital colonial, est posée en 1958 et le bâtiment est officiellement inauguré en 1962. À la fin des années soixante-dix, 28 médecins y exercent.

    44À la suite de la conférence d’Alma-Ata qui visait à « la santé pour tous d’ici l’an 2000 », la Haute-Volta, à l’image d’autres pays africains et sous l’impulsion de la Banque mondiale, souscrit à ce principe mais tarde à le mettre en œuvre en raison de la forte instabilité politique qui affecte le pays à cette même période.

    • De 1984 à 1990, la densification de la carte sanitaire privilégiée

    45L’instauration de l’État révolutionnaire en 1983 est synonyme de nombreux changements. Dans le domaine de la santé, ces changements se concrétisent par la multiplication des structures de soins de base : des Postes de santé primaires (PSP) sont construits dans chaque village de même que des CSPS, pour des aires de 15 000 à 20 000 personnes. C’est l’époque des slogans mobilisateurs comme « un PSP = un village ». Malgré la volonté de rapprocher la population des soins dits modernes grâce aux agents de santé communautaire (ASC), les PSP ferment rapidement faute de disponibilités financières, les soins étant alors gratuits, et par manque de mobilisation villageoise.

    46La politique de santé fait de la mère et de l’enfant son objectif principal. La sensibilisation à la vaccination est privilégiée avec l’aide de l’UNICEF et ce, malgré la volonté affichée du pouvoir politique de rompre avec toute forme de pouvoir néocolonial. Ainsi, le Burkina Faso se fixe pour la fin des années quatre-vingt, l’objectif de vacciner 100 % des populations cibles contre les maladies endémo-épidémiques grâce au Programme élargi de vaccination (PEV). Ce programme débute en 1984 par une « opération commando » de grande envergure, dont l’ambition est de vacciner plus d’un million d’enfants de zéro à quatorze ans contre la rougeole, la fièvre jaune et la méningite.

    47À Ouagadougou, une attention particulière est donnée aux soins maternels avec la création d’une maternité sur chaque nouveau site. À mesure de l’accroissement des lotissements, les formations sanitaires apparaissent dans les périphéries à l’image des CSPS des secteurs 19, 21 et 28. Le secteur public s’équipe par ailleurs de cliniques spécialisées comme l’Office de santé des travailleurs (OST), la Clinique de promotion de la santé familiale, privilèges des secteurs centraux.

    48À cette époque, seuls quelques cabinets privés de soins infirmiers et médicaux sans grande envergure sont ouverts, établis le plus souvent sur le lieu de résidence du soignant. Ces établissements, où exercent plus ou moins légalement quelques médecins, intéressent les populations aisées.

    49À la fin des années quatre-vingt, Ouagadougou conserve toujours la première place au niveau national, en ce qui concerne le nombre des structures sanitaires. La capitale recense 33 formations sanitaires et des établissements d’envergure nationale comme l’hôpital et l’OST. Cependant, la qualité des soins reste relative puisque dépendante d’équipements qui font parfois défaut comme l’eau, l’électricité ou même les lits. Malgré les efforts de formation et de recrutement, le manque de personnel constitue le handicap majeur des formations sanitaires.

    50Dix années après la mise en œuvre de l’objectif stratégique de « la santé pour tous d’ici l’an 2000 », le constat d’échec est général sur le continent. Les systèmes nationaux de santé ne sont guère parvenus à répondre aux besoins des populations. Une nouvelle conception des soins de santé primaires est donc proposée en 1987 : l’Initiative de Bamako.

    • De 1991 à 2004, des changements dans la continuité

    51Comme ceux d’Alma-Ata, les principes de l’Initiative de Bamako sont mis en place tardivement au Burkina Faso du fait de la réduction des budgets alloués au secteur de la santé, des programmes d’ajustements structurels et de la privatisation des services publics. La nouvelle politique entraîne la multiplication des formations sanitaires, notamment par l’ouverture du secteur privé qui prend une relative importance.

    52Le découpage par district sanitaire, fruit de la décentralisation du système de santé, est appliqué dès 1996 et dote les districts urbains de Pissy et de Kossodo d’un CMA, en périphérie des secteurs 17 et 26. Les secteurs 16, 23 et 27 nouvellement lotis bénéficient de la création d’un CSPS et contribuent à l’extension de la couverture sanitaire de Ouagadougou de telle sorte que le principe d’un CSPS par secteur soit pour ainsi dire satisfait. Cette nouvelle politique vise à la promotion de la qualité des soins et pour ce faire, elle sollicite la responsabilisation des populations par la mise en place de comités de gestion chargés du recouvrement des coûts, la consultation étant devenue payante. Parallèlement, la politique du Cercle d’Or, récompense remise aux structures de soins d’après des critères d’accueil, de propreté, de prise en charge des soins, permet un meilleur contrôle de la qualité des soins.

    53Les cabinets de soins infirmiers du secteur privé se densifient dans les quartiers centraux favorisés comme au quartier des 1 200 logements et le long des axes de communication, tandis que les périphéries se voient renforcées en structures publiques. La frange est de la ville rattrape ainsi son retard en équipements sanitaires avec près de 40 ouvertures de structures dont certaines appartiennent au secteur public. Plusieurs cliniques et polycliniques de grande envergure ouvrent également en périphérie, le secteur 14 semblant être le lieu privilégié de cet essor. On relève par ailleurs l’existence de nombreux cabinets de soins clandestins.

    54La multiplication et le maintien des établissements sont toutefois conditionnés par la présence du personnel soignant. Avec la pénurie de médicaments, le manque de personnel soignant reste toujours, en effet, la principale entrave au fonctionnement adéquat des formations sanitaires, malgré la situation privilégiée de la capitale qui concentre 48 % des médecins et 36 % des attachés de santé. Cette concentration reste malgré tout en deçà des besoins expliquant la double, voire la triple activité de certains médecins qui exercent à la fois dans un établissement public et dans une structure privée.

    55À la suite des politiques d’ajustements structurels engagées à partir de 1991, de nombreux changements sont intervenus dans le paysage sanitaire burkinabè à l’instar des autres pays de la région ouest-africaine. La réduction continue des investissements publics dans la santé et la montée en puissance des acteurs privés ont modifié l’offre de soins.

    56Bien que la santé ait été retenue parmi les OMD visant à réduire durablement la pauvreté au Burkina Faso, la fréquentation des établissements de soins publics reste faible et la densité des services offerts ne semble pas permettre de répondre à la demande de soins.

    Notes de bas de page

    1 En septembre 1978, 134 pays signent la déclaration finale d’Alma-Ata qui fixe pour objectif la santé pour tous à l’an 2000, en réclamant l’instauration d’un ordre mondial et des rapports entre le Nord et le Sud plus justes. Pour se faire, les soins de santé primaires pour permettre l’accès de tous à un niveau de santé acceptable sont notamment promus.

    2 Adoptée en 1987, l’Initiative de Bamako vise à favoriser l’accès aux soins de santé primaires pour l’ensemble de la population dans les pays en voie de développement. En l’absence de l’assurance maladie et selon le principe « la santé n’a pas de prix mais elle a un coût », des systèmes de mutuelle sont mis en place et les revenus des consultations et de la vente de médicaments sont gérés par un comité de gestion dont les membres sont désignés par la communauté.

    3 Le 20 juillet 1944, les délégués de 44 pays signent à Bretton Woods (New Hampshire) les accords qui créent le système de l’étalon de change-or et qui font du dollar américain la seule monnaie de réserve convertible en or. Ces accords ont ainsi instauré un système monétaire international d’après-guerre reposant sur la convertibilité des devises, la stabilité des taux de change et le libre-échange. Pour atteindre ces objectifs, deux organismes ont été fondés : le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque internationale pour la reconstruction et le développement, ou Banque mondiale.

    4 À partir de 1977, le contexte international change. La crise pétrolière a divisé durablement le front des pays du Sud. Les régimes sont décrédibilisés par l’absence de libertés. Les déséquilibres macroéconomiques sont structurels. En 1979, le G7 invite la Banque mondiale et le FMI à mettre en œuvre des programmes d’ajustement structurel. Le modèle de développement de l’ajustement structurel préconise l’ajustement des économies au marché mondial. Il propose la libéralisation et la réduction du rôle des États dans l’économie. La priorité est donnée à l’exportation, à l’exploitation effrénée des ressources, à la libéralisation des échanges, à l’investissement international et aux privatisations, à la flexibilité et à la pression sur les salaires ainsi qu’à la réduction des systèmes publics de protection sociale, à la réduction des dépenses budgétaires considérées comme improductives qui se traduit par la réduction des budgets de santé et d’éducation, à la dévaluation des monnaies.

    5 Parallèlement au système officiel de l’offre de soins modernes étatique ou privée, il existe une offre traditionnelle mais aussi des activités clandestines, très prisées aussi bien pour des raisons financières que culturelles. Ces pratiques représentent une part importante des activités de soins dispensées dans la capitale, mais elles ne seront pas abordées dans ce chapitre.

    Auteurs

    • Maud Harang

      Géographe, doctorante en géographie de la santé de l’Université Paris X-Nanterre.
      En considérant la santé comme un révélateur des formes urbaines, elle cherche à montrer qu’à Ouagadougou, où elle travaille entre 2002 et 2005 en accueil à l’unité de recherche CTEM, le système de soins est un élément structurant l’espace. Elle a soutenu sa thèse en décembre 2007.

    • Benoît Varenne

      Odontologiste, doctorant en santé publique de l’Université Paris VI-Jussieu.
      Accueilli au sein de l’unité de recherche CTEM depuis fin 2002, il travaille sur la santé orale des populations urbaines après avoir réalisé de nombreux travaux dans la région sud-ouest du Burkina, en milieu rural et semi-urbain. Il a soutenu sa thèse en avril 2007.

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    1 En septembre 1978, 134 pays signent la déclaration finale d’Alma-Ata qui fixe pour objectif la santé pour tous à l’an 2000, en réclamant l’instauration d’un ordre mondial et des rapports entre le Nord et le Sud plus justes. Pour se faire, les soins de santé primaires pour permettre l’accès de tous à un niveau de santé acceptable sont notamment promus.

    2 Adoptée en 1987, l’Initiative de Bamako vise à favoriser l’accès aux soins de santé primaires pour l’ensemble de la population dans les pays en voie de développement. En l’absence de l’assurance maladie et selon le principe « la santé n’a pas de prix mais elle a un coût », des systèmes de mutuelle sont mis en place et les revenus des consultations et de la vente de médicaments sont gérés par un comité de gestion dont les membres sont désignés par la communauté.

    3 Le 20 juillet 1944, les délégués de 44 pays signent à Bretton Woods (New Hampshire) les accords qui créent le système de l’étalon de change-or et qui font du dollar américain la seule monnaie de réserve convertible en or. Ces accords ont ainsi instauré un système monétaire international d’après-guerre reposant sur la convertibilité des devises, la stabilité des taux de change et le libre-échange. Pour atteindre ces objectifs, deux organismes ont été fondés : le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque internationale pour la reconstruction et le développement, ou Banque mondiale.

    4 À partir de 1977, le contexte international change. La crise pétrolière a divisé durablement le front des pays du Sud. Les régimes sont décrédibilisés par l’absence de libertés. Les déséquilibres macroéconomiques sont structurels. En 1979, le G7 invite la Banque mondiale et le FMI à mettre en œuvre des programmes d’ajustement structurel. Le modèle de développement de l’ajustement structurel préconise l’ajustement des économies au marché mondial. Il propose la libéralisation et la réduction du rôle des États dans l’économie. La priorité est donnée à l’exportation, à l’exploitation effrénée des ressources, à la libéralisation des échanges, à l’investissement international et aux privatisations, à la flexibilité et à la pression sur les salaires ainsi qu’à la réduction des systèmes publics de protection sociale, à la réduction des dépenses budgétaires considérées comme improductives qui se traduit par la réduction des budgets de santé et d’éducation, à la dévaluation des monnaies.

    5 Parallèlement au système officiel de l’offre de soins modernes étatique ou privée, il existe une offre traditionnelle mais aussi des activités clandestines, très prisées aussi bien pour des raisons financières que culturelles. Ces pratiques représentent une part importante des activités de soins dispensées dans la capitale, mais elles ne seront pas abordées dans ce chapitre.

    Ouagadougou (1850-2004)

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    Harang, M., & Varenne, B. (2008). Les structures de soins. In F. Fournet, A. Meunier-Nikiema, & G. Salem (éds.), Ouagadougou (1850-2004). Marseille: IRD Éditions. https://doi.org/10.4000/books.irdeditions.901
    Harang, Maud, et Benoît Varenne. « Les structures de soins ». In Ouagadougou (1850-2004), édité par Florence Fournet, Aude Meunier-Nikiema, et Gérard Salem. Marseille: IRD Éditions, 2008. doi:10.4000/books.irdeditions.901.
    Harang, Maud, et Benoît Varenne. « Les structures de soins ». Ouagadougou (1850-2004), édité par Florence Fournet et al., IRD Éditions, 2008, https://doi.org/10.4000/books.irdeditions.901.

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    Fournet, F., Meunier-Nikiema, A., & Salem, G. (éds.). (2008). Ouagadougou (1850-2004). Marseille: IRD Éditions. https://doi.org/10.4000/books.irdeditions.870
    Fournet, Florence, Aude Meunier-Nikiema, et Gérard Salem, éd. Ouagadougou (1850-2004). Marseille: IRD Éditions, 2008. doi:10.4000/books.irdeditions.870.
    Fournet, Florence, et al., éditeurs. Ouagadougou (1850-2004). IRD Éditions, 2008, https://doi.org/10.4000/books.irdeditions.870.
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