Ablutions et bains rituels chez les Seereer Siin du Sénégal
p. 339-340
Texte intégral
1Note portant sur l’auteur1
2Note portant sur l’auteur2
3Note portant sur l’auteur3
4Les pratiques de bains rituels et de lavages sont largement répandues dans la médecine traditionnelle Seereer. Elles révèlent différents modes de transmission des connaissances médicales.
Le savoir populaire
5Les femmes ont une connaissance des plantes utilisées pour les lavages thérapeutiques pour les maux les plus répandus. Elles utilisent les plantes qui se trouvent à leur portée, près de la maison et des champs. Souvent les enfants sont envoyés les chercher. La cueillette ne nécessite pas de rituel spécial. Il s’agit essentiellement de feuilles et d’écorces d’arbres et d’arbustes. Elles sont utilisées en macération et en décoction, en ce cas parfois suivi d’un frottement du corps avec les feuilles tièdes. Ces connaissances transmises naturellement. Bien que certaines personnes soient réputées pour en connaître plus que d’autres, elles ne seront jamais considérées comme guérisseurs.
6Exemple : traitement de ngitas (rougeoles) avec les feuilles du ‘sob’, Tamarindus indica L. (Cesalpiniaceae) utilisées en lavage chaud puis, frotter le corps avec les feuilles tièdes.
Le savoir spécialisé d’un guérisseur
7Les lavages chez un guérisseur ont trois fonctions symboliques : ils doivent purifier et nettoyer le corps malade, ils vont "l’ouvrir" à la chance et aussi le protéger et le "fermer" contre toute mauvaise influence. Les principes de ce fonctionnement de lavage montrent les représentations du corps et de la maladie sur lesquelles est basée toute la démarche thérapeutique.
8Ainsi, ils jouent un rôle important dans toutes les activités d’un guérisseur et ils apparaissent dans la prise en charge d’un patient.
9Lors de la consultation chez le guérisseur et après la divination diagnostique, le patient doit se laver aux "canaris" (bols en terre cuite) dans la cour intérieure. Ces "canaris", installés depuis le début de l’activité du guérisseur, sont composés de divers objets selon les instructions des "pangool" : morceaux de bois, ustensiles cassés, pierres, racines, coquillages etc, auxquels le guérisseur ajoute de l’eau. Le malade se lave seul, un enfant est lavé par un de ses parents. Pieds nus, le malade se tient debout face à l’est. Parfois le guérisseur intervient : il asperge le malade ou il le touche avec les composants du ‘canari’.
10Une grande partie des plantes données par le guérisseur doivent être préparées en macération pour des lavages quotidiens. Le guérisseur cherche les plantes en respectant certaines règles et en récitant des prières. Ces connaissances font partie intégrante du savoir secret du guérisseur, savoir obtenu de ses ancêtres ou par une autre source.
11Les plantes sont données par ‘tas’ ; chaque ‘tas’ correspond à une botte de bâtons de racines, d’écorces ou de branches d’un ou plusieurs arbres, ou à une grande poignée de feuilles séchées ou d’écorces pilées. Le ‘tas’ doit macérer pendant une semaine, et chaque jour on y ajoute de l’eau fraîche. Souvent les lavages thérapeutiques s’accompagnent de certains interdits alimentaires et comportementaux. A la fin du traitement le malade doit retourner chez le guérisseur pour un bain rituel final.
12Exemple : Le saas, Acacia albida (Mimosaceae), est un arbre qui entre dans les soins de beaucoup de maladies (Kerharo et Adams, 1974). Pour le traitement d’un ‘mauvais vent’, on fait macérer les écorces et une plante parasitaire non déterminée dans de l’eau. Une partie doit être bue et une autre partie est utilisée pour le lavage.
13A la demande d’une personne, le guérisseur peut composer un lavage spécial pour obtenir un but bien précis : trouver un travail ou une épouse, protéger une personne ou un voyage, obtenir certaines faveurs. Dans un bol en terre cuite, il mélange une ou plusieurs poudre(s) végétale(s) dans de l’eau froide. Souvent cette préparation s’accompagne de prières et de gestes vers le demandeur. Il malaxe avec un bâton qui pourra servir plus tard à faire des talismans portés par la personne ; la formation d’écume est interprétée comme signe d’acceptation par les "pangool". Ensuite le malade prendra le bol pour se laver dans la cour intérieure de la maison du guérisseur. Parfois un lieu particulier doit être choisi pour le lavage : la symbolique du lieu concourt à l’efficacité du soin appliqué. Le haut d’une termitière fera que la maladie descende, un croisement de routes aidera à ce que les mauvaises forces prennent l’autre route.
14De la même façon la signification des noms vernaculaires des plantes affirme le but recherché : baan, Pterocarpus erinaceus (Fabaceae) entre dans la composition des lavages de protection. Le nom vient du mot waan = passer ; il fait passer à côté tout ce qui est mauvais.
Discussion
15Les lavages constituent un moyen thérapeutique parmi d’autres utilisés par le guérisseur. Pour réfléchir à leur mode de fonctionnement, on peut se référer à la notion de "l’efficacité symbolique". Ce terme a été employé par Lévi-Strauss pour proposer une explication des effets des rituels de guérison (Lévi-Strauss, 1958). Dans ce même sens, on peut analyser les différentes parties de lavage en fonction de leur contenu symbolique. Nous retrouvons la signification de l’eau et du bain comme élément purificateur basée sur une représentation de la maladie la décrivant comme souillant le corps. Certains noms vernaculaires des plantes utilisées et les lieux choisis pour les lavages symbolisent l’effet souhaité.
16Le rituel des lavages doit être compris en relation avec l’image du corps "ouvert" ou "fermé" surtout en ce qui concerne les protections. Ils reflètent ainsi les représentations sur le corps sain et malade (Kalis, 1997).
17En suivant les prescriptions des esprits naturels et ancestraux, le guérisseur fait le lien entre le monde visible et le monde invisible pour ainsi atteindre tous les niveaux évoqués dans l’explication du mal.
18L’amplitude du savoir d’un guérisseur montre son rôle important dans sa société en tant que médiateur entre les forces surnaturelles et les hommes. La maladie n’est pas seulement considérée comme une souffrance physique mais en même temps comme un malaise social (Zempléni, 1985). Pour remplir cette fonction de médiateur social, le guérisseur a besoin d’un lien avec le monde invisible au delà de la société. Il la trouve dans sa relation avec les "pangool" qui lui procurent l’autorité de juger des situations et d’arbitrer les conflits.
Bibliographie
Références
GRAVRAND H. (1990) La civilisation Sereer. Pangool, Dakar, Les Nouvelles Editions Africaines du Sénégal.
KALIS S. (1997) Médecine traditionnelle, Religion et Divination chez les Seereer Siin du Sénégal, Paris, L’Harmattan.
KERHARO J., ADAMS J.G. (1974) La pharmacopée sénégalaise traditionnelle ; plantes médicinales et toxiques, Paris, Éd. Vigot.
LÉVI-STRAUSS C. (1958) Anthropologie structurale, Paris, Plon.
ZEMPLÉNI A. (1985) La maladie et ses causes, Introduction, L’Ethnographie, 81, 96-97, 13-44.
Notes de fin
1 Institut für Geschichte der Medizin, Abteilng Ethnomedizin, Universität Wien (Austria)
2 Centre de Recherches Interdisciplinaires en Anthropologie, Univeristé Marc Bloch, Strasbourg, Groupe de Recherche Ethnomédecine/Anthropologie de la Santé (France)
3 Institut für Geschichte der Medizin, Abteilng Ethnomedizin, Universität Wien (Austria)
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