Dans le sol africain, de l’eau

p. 130-131

Résumé

D’après l’Unicef, plus de 2 000 enfants, principalement africains, meurent chaque jour faute d’accès à l’eau potable. Un problème que les investissements internationaux n’ont jusque-là pas réussi à résoudre.


Texte intégral

130 % des Africains n’ont pas accès à l’eau potable au sud du Sahara, et ce malgré la construction de dizaines de milliers de puits et forages depuis des décennies. 40 % des forages réalisés n’aboutissent pas à la découverte d’eau, ou alors en quantité insuffisante pour répondre à la demande. Ce constat a amené à s’interroger sur l’efficacité de l’approche utilisée pour localiser les forages

Prospection aquifère par résonance magnétique.

© IRD/J.-M. Vouillamoz

2En Afrique, 40 % du sous-sol est constitué de roches anciennes et dures. Réputées non poreuses, elles sont censées laisser circuler l’eau lorsqu’elles sont fracturées. Ces zones sont généralement recherchées en surface par différentes techniques, dont l’analyse des images aériennes, ou des mesures in situ de résistivité électrique des terrains.

3Pour évaluer cette approche, en 2012 le projet GRIBA a été déployé dans trois pays dont le sous-sol est constitué de roches anciennes : le Bénin, le Burkina Faso et l’Ouganda. Après analyse des résultats de nombreux forages réalisés depuis des décennies, et d’expérimentations sur plusieurs nouveaux sites, il apparaît que la source d’eau potable principale ne se trouve pas dans les fractures mais dans des zones souterraines où les roches sont altérées et réduites dans un état proche du sable. Il s’agit d’une découverte majeure : l’eau souterraine ne doit pas seulement être recherchée dans les zones de fracturation.

Forage équipé d’une pompe, Bénin.

© IRD-Projet Griba

••• Une nouvelle approche permet de mieux localiser l’eau potable souterraine •••

4En 2015, les chercheurs sont allés plus loin en proposant une méthodologie permettant de caractériser, depuis la surface, ces zones d’altération sableuses, invisibles car situées en profondeur. Deux instruments sont nécessaires : l’un, usuel, permet de mesurer la résistivité électrique en deux dimensions et de détecter les zones d’altération sableuses. L’autre, la RMP, développé par l’IRD, permet de connaître le volume d’eau disponible et d’estimer le débit qui pourrait être pompé. L’établissement de seuils de prélèvements pérennes est ainsi à portée et le Bénin est en train de s’équiper pour tester cette approche à grande échelle.

« Ces travaux, menés en partenariat avec l’RD, ont permis aux chercheurs béninois juniors et seniors d’être formés à la mise en œuvre de cette nouvelle approche de prospection des eaux souterraines en zone de socle. En outre, la population et les autorités connaissent désormais l’état de la réserve en eau souterraine dans les localités prospectées. Finalement, les décideurs politiques ont pris conscience de l’efficacité de cette nouvelle approche et l’intègrent dorénavant dans le cahier des charges des appels d’offre pour l’alimentation en eau potable au Bénin. »
Professeur Nicaise Yalo, université d’Abomey-Calavi, Bénin


Le texte seul est utilisable sous licence Creative Commons - Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International - CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.