Chapitre 9. Les itinéraires des đồng nát : un marquage fluide de leurs territoires

Marine Litou

p. 187-195


Texte intégral

1Les đồng nát effectuent le même itinéraire deux à trois fois par jour, avec parfois des variantes soit dans les alentours de leur dortoir, leur quartier d’ancrage, soit dans un quartier qu’elles ont choisi et vers lequel elles se déplacent tous les jours. Dans ce second cas, elles comptent sur un quartier où les ressources en déchets sont importantes et où il leur sera très difficile de trouver un logement abordable, comme c’est le cas dans les quartiers huppés du centre-ville, tel Truc Bach (arrondissement de Ba Đình).

Des itinéraires pour se rapprocher des habitants

2L’itinéraire a pu être hérité de la mère, de la belle-mère ou de la tante, pour les plus jeunes, ou d’une parente. Dans les zones péricentrales, les distances à parcourir sont plus grandes, car la densité résidentielle est plus faible : telle đồng nát rencontrée effectue 100 km par jour, tout en circulant un peu au hasard des rues dans le périmètre des bãi qu’elle connaît.

3Chaque đồng nát organise son itinéraire familier autour de plusieurs pôles : 1) les bãi qu’elle connaît dans le voisinage ; 2) un réseau de connaissances qu’elle a tissé au fur et à mesure de ses déambulations et qui peut légèrement évoluer avec le temps : il faut avoir certaines connaissances des endroits et des gens pour pouvoir gagner plus d’argent ; 3) des pôles commerciaux et d’entreprises avec lesquels elle a des liens et qui l’appellent quand ils ont de gros volumes à lui vendre, dans ce cas la đồng nát doit adapter l’itinéraire aux commandes du jour où elle se laisse aller au hasard des rues de son secteur ; 4) et son dortoir.

4La production de déchets varie selon les moments de la semaine ou de l’année (fêtes, vacances des étudiants dans les quartiers de résidences universitaires), des chantiers émergent de-ci de-là et obligent les đồng nát à adapter leur itinéraire saisonnièrement.

5Nous présentons ci-après le suivi de trois itinéraires effectués par des đồng nát dans trois quartiers différents (centre-ville, péricentre, périurbain), réalisé en 2016 par Marine Litou et Nguyễn Tien Tam. Ils montrent la diversité des sources de déchets pour les đồng nát, l’importance d’avoir un réseau de clients et d’être bien traitée car ce métier est dur ; il fait l’objet d’une réelle stigmatisation et nécessite une bonne capacité de négociation des prix.

Photo 1. Les itinéraires des đồng nát se sont rallongés avec l’utilisation du vélo (2021).

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© Nội-Pictures/F. Carlet-Soulages

Des itinéraires dans trois quartiers

Centre-ville

6Madame Hương a 53 ans au moment de l’enquête. Originaire de Nam Định, mariée avec six enfants, elle est venue à Hà Nội avec son mari et une de ses filles étudiantes après avoir été đồng nát pendant vingt-trois ans dans sa province d’origine. Elle habite dans une chambre près de l’université de sa fille, avec celle-ci et son mari, et fait le trajet tous les jours vers le quartier de Hào Nam, dans l’arrondissement de Đống Đa, pour faire la collecte des déchets. C’est loin et fatigant. Elle a commencé dans cet arrondissement car c’est là que sa cousine lui a montré l’itinéraire. Elle attend que sa fille ait terminé ses études pour déménager dans son quartier de parcours. Elle ne vend ses déchets qu’à un seul bãi car elle s’entend bien avec les gérants. Elle couvre le même secteur, mais pas nécessairement par le même itinéraire. Elle le fait varier en fonction des demandes du jour ou au hasard quand elle n’a pas de source particulière prévue dans la journée. Elle travaille seule, mais elle a des contacts.

7Elle achète ou récupère des cartons, de la ferraille, des plastiques et circule à vélo. Mais quand son chargement est assez important, elle retourne à pied jusqu’au bãi en poussant son vélo. Ses sources d’approvisionnement sont les habitants, les commerces, les femmes de ménage, la fouille des tas d’ordures.

8Voici l’itinéraire de la collectrice suivie le 19 juin 2016 (voir carte 1).

1. Départ du bãi de Hào Nam. Madame Hương s’arrête à peine une centaine de mètres plus loin, au niveau d’un ensemble de commerces (opticien et pharmacie) devant lesquels sont déposés des cartons qu’elle a repérés. Elle échange quelques mots avec un homme et les mets de côté. Finalement, elle est repérée et d’autres personnes viennent lui apporter des déchets. La femme de ménage qui avait mis de côté les cartons vient pour les peser (elle ramène sa propre balance, alors que la collectrice en utilise une traditionnelle). La collectrice lui paie directement en fonction du poids. Elle ne cherche pas à négocier ici, car elle a une relation strictement commerciale avec la femme de ménage qui est assez exigeante en termes de prix. Elle n’est d’ailleurs pas dans une relation permanente avec celle-ci qui vend ses déchets aussi à d’autres đồng nát. Premier retour au bãi : 16 kg de cartons, 2,5 kg de plastique, 6 cannettes, soit 72 000 VNĐ de vente avec 36 000 VNĐ de marge.

2. Après avoir vendu son premier chargement au bãi, elle repart dans la direction opposée et s’arrête quelques centaines de mètres plus loin. Madame Hương n’est pas arrivée ici par hasard, on l’a informée qu’il y avait des déchets à collecter. Une collectrice de ses connaissances, qui est en relation directe avec le gérant d’un magasin de vêtements, a été appelée pour aller y récupérer des déchets. Néanmoins, occupée à faire du ménage, elle a appelé madame Hương pour qu’elle y aille à sa place. Il s’agit essentiellement de grands sacs remplis de plastiques, de quelques cartons et de barres en aluminium posés sur le trottoir devant le magasin. Les employés amènent des objets au fur et à mesure. La collectrice doit attendre quelques minutes qu’ils lui amènent de nouveaux produits. Elle dit ressentir ainsi le peu de considération que les employés du magasin ont pour les collectrices par rapport au temps qu’ils mettent à lui apporter les déchets. Cela traduit, selon elle, un sentiment de supériorité à son égard. Madame Hương fait un premier tri sur place. Après avoir trié et pris ce qui l’intéresse, elle laisse le reste sur le trottoir (bois, etc.). Un nettoyeur de rues d’Urenco lui fera d’ailleurs une remarque lors de son passage en lui disant qu’il faut qu’elle aille jeter ces déchets au point de ramassage des ordures et non pas le long de la route, car ce n’est pas son travail à lui de ramasser cela. Cependant, elle continue son itinéraire sans ramasser ces déchets, mais elle se fait rattraper par l’éboueur qui l’obligera à aller déposer ces ordures au point de ramassage d’Urenco. Madame Hương explique que certains éboueurs et nettoyeurs de rues d’Urenco mettent la pression aux đồng nát pour qu’elles ne laissent pas de déchets dans la rue. Pourtant, les magasins paient une taxe pour le ramassage des ordures et le nettoyage des rues, et c’est donc à eux de nettoyer le trottoir après elle. Cela révèle donc simplement une certaine défiance de quelques employés municipaux à l’égard des collectrices. Une fois tous les déchets apportés au bãi, la collectrice fait un deuxième tri pour séparer les bouteilles en plastique, les emballages plus fins, puis le papier et le carton pour les catalogues. La jeune fille (qui est de la famille), présente au bãi depuis quelques jours, aide la collectrice à trier les déchets à l’extérieur du bãi. Elles sautent sur les sacs plastiques pour tasser les matériaux à l’intérieur. Deuxième retour au bãi : 11 kg de plastique, 2 kg d’aluminium, 26 cartons, soit 180 000 VNĐ de vente avec 103 000 VNĐ de marge.

Carte 1. Itinéraire de madame Hương dans un quartier de Đống Đa en 2016.

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Réalisation : Marine Litou, Cathy Chatel, Cessma ; Éric Opigez, Ceped.
Source : JEAI Recycurbs-Viet, 2016.

3. Alors que nous repartions dans la même direction, la collectrice s’arrête dans un magasin (type supérette) devant lequel sont déposés des cartons. Le tout pèse 6 kg, la collectrice paie. De retour au bãi, elle dépose directement les cartons sur le sol et reçoit son argent. Troisième retour au bãi : 6 kg de cartons achetés 13 000 VNĐ devant la supérette, revendus 16 000 VNĐ, soit une marge de 3 000 VNĐ. 

4. Madame Hương repart à nouveau dans la même direction et s’arrête devant un garage. Il y a quelques sacs déposés. Un homme l’interpelle et lui propose de lui donner un des sacs (rempli de déchets recyclables) si elle amène l’autre sac au point de dépôts des ordures d’Urenco à 50 m, ce qu’elle accepte.

5. La collectrice continue ensuite son tour dans un quartier type KTT et récupère des cartons posés en tas dans une petite rue.

6. Puis, elle s’arrête devant un magasin de cosmétique devant lequel sont entreposés des cartons. La propriétaire sort pour négocier. La đồng nát lui propose 2 000 VNĐ le kilogramme, mais son interlocutrice ne veut pas vendre ses déchets à ce prix, elle monte donc à 3 000 VNĐ. La propriétaire dit ensuite à la đồng nát qu’elle a plus de produits que cela, mais qu’elle ne souhaite pas vendre à son prix. Dans tous les cas, elle n’ira pas chercher plus de produits. Cela a pour but de faire pression sur la đồng nát pour qu’elle accepte d’acheter plus cher que ce qui était prévu. Cela illustre de nouveau les différentes formes de pression auxquelles les đồng nát peuvent être confrontées pendant l’exercice de leur activité. Dans la même rue, une dame l’interpelle pour l’informer que le lendemain elle pourra venir chercher des papiers qu’elle va demander à ses petits-enfants, étudiants, de rassembler. Quatrième retour au bãi : un sac donné.

9La đồng nát retourne toujours au même bãi. Il y a réellement une relation de confiance entre elle et les gérants du bãi, car ils ne contrôlent pas le poids sur la balance quand elle l’annonce. Son bénéfice de la matinée est d’environ 150 000 VNĐ.

10Madame Hương fait aussi des ménages. Par l’intermédiaire de ses employeurs, elle achète ou reçoit gratuitement les déchets recyclables. Elle a développé des relations amicales avec certains éboueurs d’Urenco.

Péricentre : Hà Đông

11Madame Hài est originaire d’un village périurbain de Hà Nội. Elle vient travailler entre vingt et vingt-cinq jours par mois dans le quartier de Quang Trung (Hà Đông). Elle part en bus de chez elle à 6 h, arrive à 6 h 45 à Quan Trung où commence sa collecte. Elle reste généralement en ville jusqu’à 11 h, voire 12 h. Elle circule à pied et réalise un itinéraire plus court que ses consœurs à vélo (voir carte 2).

12Premier arrêt au bãi. Au moment où nous la rencontrons, vers 7 h 30 au niveau du bãi, elle revient pour vendre des déchets récupérés dans un magasin de vêtements du marché Vô qui est un de ses contacts permanents. Elle y a acheté pour 20 000 VNĐ de déchets (plastique, cartons), qu’elle revend 30 000 VNĐ au bãi. Le propriétaire repèse les cartons pour déterminer la somme à donner à la collectrice.

1. Nous prenons son itinéraire en cours de route vers le magasin Kem & Sua Vinamilk. Elle emprunte la charrette du bãi car elle doit ramener de gros volumes de déchets : 75 kg de cartons et 2,6 kg de plastique achetés 180 000 VNĐ. De retour au bãi de la rue Bế Văn Đàn, elle vend l’ensemble pour 230 000 VNĐ et se fait une marge de 50 000 VNĐ.

2. La collectrice repart et s’arrête au niveau d’une supérette dans laquelle elle achète 6 kg de cartons pour 12 000 VNĐ. Elle récupère également quelques emballages de médicaments.

3. Nous partons de l’autre côté de la nationale 6. La collectrice passe devant un magasin de coffres-forts qui n’a pas de déchets à vendre à ce moment-là. Elle entre dans un magasin de vêtements à côté, où elle récupère pour 5 000 VNĐ de déchets, puis dans un autre où elle achète pour 6 000 VNĐ de cartons (3 kg) et 1 000 VNĐ de plastique.

13Deuxième arrêt au bãi. Nous nous arrêtons dans un bãi différent. La đồng nát semble bien connaître ses gérants également. Ils ont récemment failli se faire expulser de leur local, mais ils ont réussi à faire changer d’avis les autorités. Ils viennent du district rural de Quôc Oai, à une vingtaine de kilomètres. La collectrice reçoit 42 000 VNĐ pour l’ensemble de sa vente, cela revient donc à une marge de 18 000 VNĐ.

4. Nous repartons de nouveau vers un local dont les propriétaires sont des contacts permanents de la collectrice. Elle pose ses paniers au croisement de la nationale 6 et de la rue qui mène au marché Liên Hiêp, puis rentre dans plusieurs magasins. Elle ramasse également des sacs pleins de déchets valorisables qui avaient été déposés par les propriétaires d’un magasin d’accessoires pour moto. Elle achète cela pour 6 000 VNĐ (cartons) et 5 000 VNĐ (plastique). L’ensemble de son chargement lui coûte 37 000 VNĐ.

Carte 2. Itinéraire de madame Hài dans le péricentre en 2016.

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Réalisation : Marine Litou, Cathy Chatel, Cessma ; Éric Opigez, Ceped.
Source : JEAI Recycurbs-Viet, 2016.

14Troisième arrêt au bãi. Retour au premier bãi (rue Bế Văn Đàn), la collectrice vend ses déchets pour 55 000 VNĐ et se fait une marge de 18 000 VNĐ.

15Il est 11 h, madame Hài a donc fini sa matinée avec une marge totale de 96 000 VNĐ.

Périurbain : Gia Lâm

16Madame Hương a 44 ans et est originaire de la province de Thanh Hóa. Elle loue une chambre chez un particulier, non loin du bãi où elle vend sa collecte. Elle est arrivée dans ce village périurbain quatre ans plus tôt, lorsque sa fille a intégré l’institut d’agriculture tout proche. Auparavant, en plus de la collecte, elle faisait des ménages dans l’arrondissement de Từ Liêm. Elle collecte tout ce qu’elle trouve avec des volumes variant de 2 à 300 kg. Elle parcourt entre 20 et 30 km par jour à vélo. Elle s’annonce en chantant et dit que seuls les collecteurs qui achètent de l’électroménager ont des haut-parleurs. Elle a cinq ou six contacts permanents qui l’appellent par téléphone pour qu’elle passe acheter leurs déchets ; ce sont tous des commerces. Il y a une saisonnalité de la collecte des déchets : vers la fin de l’année avant le Têt et avant les vacances d’été, il y a beaucoup plus de déchets à collecter.

17Son itinéraire dans la commune de Trâu Quỳ n’est pas le même tous les jours, mais il reste dans les limites de la commune (voir carte 3). Elle a peu à peu été intégrée dans le réseau de collectrices, car au début elle ne connaissait personne dans cette commune.

18Madame Hương part de son logement à 7 h.

1. Elle est interpellée par une connaissance en train de faire des travaux qui lui demande d’aller chercher des matériaux dans la maison voisine. Elle y collecte de la ferraille : une antenne TV et un portant. Elle les dépose dans une maison à quelques mètres, chez une autre connaissance. Elle ne porte donc pas directement tous les objets de sa collecte au bãi. Puis, elle s’arrête devant un chantier de construction et demande aux ouvriers s’ils ont des matériaux à vendre ils lui disent de repasser plus tard.

2. Madame Hương s’arrête ensuite dans une résidence étudiante (sans étage) dont les occupants mettent en commun leurs déchets pour les vendre.

3. Puis, la collectrice va directement trouver la propriétaire d’une salle de sport avec restaurant qui lui vend plusieurs types de déchets. Celle-ci les empile sur le trottoir, puis elle compte les cannettes une par une et pèse le carton et le plastique à l’aide d’une balance qui lui est fournie par la propriétaire. Les deux femmes discutent du prix, négocient et finalement la collectrice réussit à obtenir le prix d’achat de 100 cannettes pour 110 comptées. Elle achète 11 kg de plastique, 26 kg de cartons et 110 cannettes pour une valeur totale de 105 000 VNĐ.

19Première vente au bãi. Elle revend les déchets pour 150 000 VNĐ, avec une marge de 45 000 VNĐ. Le prix d’achat des matières aux particuliers est fixé selon les prix de vente aux entreprises de recyclage. Ainsi, la marge de la collectrice est déterminée selon sa capacité à négocier avec les vendeurs de déchets.

4. Elle repasse au troisième point de collecte pour récupérer un sac de plastique qu’elle n’avait pas pu mettre sur son vélo au précédent chargement, puis elle prend un itinéraire différent. Elle entre directement dans un couloir qui mène à une habitation et en sort avec un sac rempli de plastique. Au cours de l’itinéraire, elle s’annonce en chantant dans les rues.

5. Elle s’annonce devant une maison en interpellant directement les propriétaires à qui elle est habituée à acheter des déchets. Le monsieur lui apporte un pied en ferraille qu’elle achète pour seulement 4 000 VNĐ, alors que celui-ci pèse une quinzaine de kilogrammes. Elle sait que ce monsieur ne négocie pas et est assez gentil, elle tente donc d’acheter le moins cher possible.

6. Elle s’arrête devant une salle de jeux vidéos dont elle connaît les propriétaires. Elle collecte les déchets (cartons et plastique), puis les trie et les pèse toute seule à côté du local. Elle utilise une balance romaine pour le plastique et le carton. Elle compte les cannettes. Les propriétaires lui font confiance. Elle vient ici tous les deux à trois jours, c’est le propriétaire qui l’appelle au téléphone. La collectrice adapte donc son itinéraire du jour pour passer là quand elle est assez proche et qu’elle sait qu’elle peut compléter son chargement avec les déchets de la salle de jeux.

20Deuxième vente au bãi. Elle retourne au bãi vendre le produit de sa collecte et croise une éboueuse d’Urenco qui passe avec sa charrette devant le bãi ; elle échange quelques mots avec la propriétaire du bãi et les collectrices présentes. Elle a un grand sac blanc attaché à son chariot dans lequel elle met les déchets récupérés des sacs d’ordures ou donnés par les habitants qu’elle viendra vendre au bãi quand elle aura fini sa tournée.

7. Madame Hương s’enfonce dans une ruelle et interpelle une étudiante dans une résidence étudiante de cinq ou six étages. Les étudiants collectent les déchets ensemble dans de grands sacs plastiques. L’argent ainsi gagné va dans une cagnotte commune avec laquelle ils achètent à manger et à boire. La collectrice lui a acheté le sac de déchets plastiques pour 5 000 VNĐ.

8. Puis, madame Hương retourne sur le chantier croisé en début d’itinéraire. Elle y achète une cinquantaine de sacs de ciment à 100 VNĐ l’unité. L’ouvrier lui demande de repasser dans l’après-midi.

9. Enfin, la collectrice aperçoit un tas de déchets de papiers devant une maison dont elle connaît le propriétaire. Elle demande si cela est à vendre, le monsieur lui demande pour combien elle l’achèterait, mais finalement la transaction n’a pas lieu. La collectrice expliquera après que ce propriétaire est « dur en affaire » et qu’il ne vend pas si ce n’est pas son prix. On peut donc supposer qu’il existe véritablement un jeu de négociation pour les prix d’achat et de vente entre les habitants, les commerces et les collectrices. Certaines sources sont plus « faciles » dans le commerce que d’autres. Les collectrices doivent donc développer un certain esprit de négociation et une rationalité économique dans l’achat ou non de déchets.

Carte 3. Itinéraire de madame Hương dans le périurbain en 2016.

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Réalisation : Marine Litou, Cathy Chatel, Cessma ; Éric Opigez, Ceped.
Source : JEAI Recycurbs-Viet, 2016.

21Troisième vente au bãi. Madame Hương retourne au bãi pour vendre son chargement.

10. Madame Hương fait un long parcours avant de trouver une source de déchets et s’éloigne du bãi. La collectrice s’enfonce dans une petite rue pour entrer dans une autre résidence universitaire. De la même manière, les étudiants collectent leurs déchets ensemble et les lui revendent.

11. Enfin, elle s’arrête dans une supérette avec laquelle elle a un contact permanent. Elle y récupère un nombre important de cartons et de plastiques. C’est le dernier chargement de la matinée.

22Quatrième vente au bãi. Juste après cela, elle rentre au bãi pour la dernière fois de la matinée, il est 11 h.

23Pendant la matinée, madame Hương a collecté 90 kg de cartons, 20 kg de plastique et 160 cannettes. En tout, elle a vendu pour environ 200 000 VNĐ au bãi. Elle obtient une marge d’environ 100 000 VNĐ. Ainsi, sa marge est équivalente à 50 % du prix de vente.

24Ces différents itinéraires réalisés par ces trois collectrices montrent combien les négociations des prix avec les habitants ou commerçants sont âpres et l’importance d’avoir des contacts auprès de différents vendeurs pour diversifier les sources et donc les ressources. La circulation ne suffit pas pour y accéder. Les avantages liés à l’expérience et à l’intégration dans un réseau de đồng nát sont : l’accès à plus de sources de déchets du fait que la đồng nát ait un contact privilégié avec des habitants, des commerces ou des femmes de ménage ; la récupération des objets de la collecte d’autres đồng nát quand elles ne sont pas disponibles (et inversement) ; elles sont plus entraînées à l’observation et au repérage visuel de sources de déchets ; elles sont de bonnes négociatrices, ce qui leur permet d’adapter leur comportement à leurs interlocuteurs et ainsi de tirer les prix à la hausse quand cela est possible ; et enfin, les relations de longue date avec les gérants de bãi leur offrent certains avantages comme le fait de pouvoir y rester pour se reposer (Litou, 2016).


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