Les Sereer des Terres neuves
p. 335-338
Texte intégral
Au début de l’opération de colonisation des Terres neuves, les Sereer ont dû s’installer dans un milieu inconnu et plutôt hostile.
1. Installation précaire des migrants à Keur Daouda en 1974.

2. Récipients divers disposés dans l’attente du camion-citerne : le problème de l’eau était particulièrement difficile avant le creusement des puits-forages.

Une fois installés sur les Terres neuves, les Sereer ont élargi leur espace agricole et développé les cultures commerciales.
3 Les défrichements progressent par le feu, sur des sols de plateau couverts d’une forêt sèche.

4 Les défrichements sont favorisés par l'activité des charbonniers peuls venus du Fouta Djallon guinéen. Ici, combustion d’une meule de charbon de bois.

5 La culture du coton était, au début, imposée aux colons. Mal acceptée, elle a maintenant totalement disparu.

Les migrants ont adopté l’équipement agricole et privilégié la culture de l’arachide.
6. Autour de l’habitat, la culture continue du mil avec apport de fumure se pratique comme dans le Sine, mais sur des surfaces plus restreintes.

7. À la récolte de l’arachide, le vannage des gousses avant la mise en sacs est un travail long et exclusivement féminin.

8. La culture attelée bovine, associée à un matériel lourd, fut elle aussi imposée. Elle est parfaitement maîtrisée : l’attelage est mené par un homme seul.

Les colons sereer ont constitué d’importants troupeaux de bovins.
9. Parcage des animaux pour la nuit, sur des parcelles qui seront semées en mil, bénéficiant de la fumure.

10. Le marché hebdomadaire du village-centre de Méréto a pris beaucoup d’importance, notamment pour les transactions sur les bovins.

Figure 1 Évolution spatiale du Bassin arachidier.

d'après Lake et Toure, L'expansion du Bassin arachidier, Amira brochure no 48, Paris 1985
1L’émigration des Sereer vers les Terres neuves s’inscrit dans le vaste mouvement d’expansion du Bassin arachidier vers l’est du pays, commencé dès la fin du xixe siècle, qui fut essentiellement le fait de la paysannerie wolof, animée par l’Islam confrérique, notamment le mouridisme (fig. 1). Les Sereer n’y ont participé que tardivement, avec beaucoup de réticences et grâce à l’impulsion des pouvoirs publics.
2Au recensement de 1988, on ne comptait que 18 500 Sereer ruraux dans le département de Kafrine et 9 100 dans le département de Tambacounda, soit respectivement 2,56 % et 1,26 % de la population sereer rurale totale (723 000 personnes) (Chap. 1, p. 61 : tabl. v). Les déplacements vers les Terres neuves sont donc loin d’avoir apporté une solution suffisante à l’accroissement de la charge humaine dans les terroirs du Sine ; ils ont néanmoins le mérite d’un élargissement de l’espace agricole des Sereer et induisent des mouvements spontanés.
3Il sera essentiellement question de l’évolution du Projet de colonisation des « Terres neuves de Koumpentoum », au Sénégal oriental, initié en 1972 et dont le déroulement au cours des trois premières années avait fait l’objet d’une étude d’accompagnement de l’Orstom. La situation dans les « anciennes Terres neuves » du département de Kafrine sera également évoquée, par une rapide étude dans un village « revisité » près de vingt ans après une première enquête.
4Par comparaison avec les évolutions constatées dans le Sine, l’accent sera mis sur l’adaptation des migrants sereer à leur nouveau milieu : adoption de pratiques culturales extensives permises par la disponibilité en terres et qui assure une meilleure rémunération du travail ; accentuation des disparités économiques entre exploitations ; maintien de relations très solides avec les lieux d’origine et mise en place de stratégies familiales multilocales.
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