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    Plan détaillé Texte intégral Historique des organisations paysannes Une forte dynamique d’organisation Des réponses partielles et fragiles aux crises Conclusion : un mouvement associatif dynamique mais peu engagé dans les grandes productions

    À la croisée des pouvoirs

    Ce livre est recensé par

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    Émergence de réponses collectives

    p. 155-167

    Texte intégral Historique des organisations paysannes Les associations pionnières La floraison des associations Une fédération départementale Une forte dynamique d’organisation Des réponses partielles et fragiles aux crises Conclusion : un mouvement associatif dynamique mais peu engagé dans les grandes productions

    Texte intégral

    1Bignona est sans doute l’un des départements du Sénégal où la dynamique d’organisation des producteurs est la plus forte, tant à l’échelle locale que départementale (Berthomé et Mercoiret, 1992).

    2Les groupements infra-villageois, formés le plus souvent au niveau des quartiers ou villages, sont en effet affiliés, dans leur très grande majorité, à l’une des neuf organisations fédératives qui se partagent le territoire et qui se sont fédérées en 1988 au sein de Cord. Ce mouvement associatif paysan s’est cependant constitué par étapes successives.

    Historique des organisations paysannes

    Les associations pionnières

    3La plus ancienne association du département, l’Ajac (Association des jeunes agriculteurs de Casamance) a été créée en 1974, mais elle fait partie d’un mouvement plus vaste qui touche toute la Casamance (régions de Ziguinchor et de Kolda) et qui rassemble plus de 600 groupements villageois, soit environ 40 000 membres. L’Ajac est membre fondateur de la Fongs (Fédération des organisations non gouvernementales du Sénégal) qui regroupe la plupart des organisations paysannes sénégalaises. Dans le département de Bignona, l’Ajac a constitué une fédération départementale qui regroupe aujourd’hui quatre unions locales (une par arrondissement), 66 groupements et 5 417 membres, en majorité des femmes. L’Ajac est implantée dans tout le département et elle s’est développée au départ sans « concurrence » de la part d’autres structures associatives ; son projet initial était sans doute d’être l’unique organisation représentative de la paysannerie de la région. Mais l’Ajac, qui disposait de peu de moyens au départ, laissera de l’espace pour des initiatives plus localisées.

    Figure 10 – Évolution des organisations paysannes dans le département de Bignona (1974-1992)

    Image

    4C’est ainsi qu’émerge en 1982 à partir d’un groupement de jeunes l’Entente de Kabiline, soutenue par le Gopec dans le village de Kabiline : suite à des échanges avec l’Entente de Bamba-Thialène, les animateurs du groupement de Kabiline adoptent une approche du développement local, s’ouvrent aux « anciens » et incitent les jeunes et les femmes des villages voisins à s’organiser et à les rejoindre. L’Entente prend son autonomie dès 1982 et commence à diversifier ses activités et ses partenaires. Elle conservera des liens privilégiés avec Bamba-Thialène dans le cadre de « l’Inter-Entente ». L’Entente de Bamba-Thialène, devenue entre-temps l’Entente de Koumpentoum, est l’une des plus anciennes organisations paysannes du Sénégal. Son premier animateur, Mamadou Cissokho, a été depuis président de la Fongs puis du Roppa (Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles d’Afrique de l’Ouest) en 2000. En 1984, pour se conformer à la structuration préconisée au sein de la Fongs, l’Entente de Kabiline se scinde en deux unions : l’Entente de Diouloulou, et l’Entente de Tendouck, encore appelée « Jimuuten », chacune d’elles correspondant à un arrondissement. Les groupements de l’arrondissement de Diouloulou constituent 12 sous-comités (ou groupements), regroupant 878 membres dont 575 femmes et les groupements de l’arrondissement de Tendouck forment 8 sous-comités et comptent 500 adhérents environ.

    Dans un contexte difficile, les organisations paysannes expriment leur volonté de compter d’abord sur elles-mêmes pour résoudre les problèmes auxquels sont confrontés les paysans.

    5S’inspirant de l’exemple des précédentes associations, naît en 1983 le Cadef (Comité d’action pour le développement du Fogny), qui regroupe, au milieu des années 1990, 3 600 adhérents, dont 2 250 femmes, dans 49 groupements appartenant à 38 villages de l’arrondissement de Sindian.

    6Ces organisations affirment dès le départ, et pour la première fois dans le département, leur autonomie par rapport aux organismes de développement et à l’administration avec lesquels elles entretiennent cependant des relations plus ou moins denses et chaleureuses. Dans un contexte difficile, marqué par la sécheresse et une efficacité toute relative des interventions de développement, les organisations paysannes expriment leur volonté de compter d’abord sur elles-mêmes pour résoudre les problèmes auxquels sont confrontés les paysans. Elles trouvent des partenaires extérieurs pour soutenir leur projet, dans certains services techniques mais surtout auprès des ONG du Sud et du Nord.

    La floraison des associations

    7Le désengagement de l’État conduit bientôt à une floraison de nouvelles organisations fédératives paysannes. La faiblesse du dispositif d’intervention en matière de développement rural entre 1985 et 1989 et l’option officiellement affirmée par le gouvernement dans le cadre de la Nouvelle politique agricole de « transfert des responsabilités » aux producteurs organisés ont favorisé l’émergence de ces organisations fédératives.

    8Le Yamakeuye est créé en 1987, avec l’appui du chef du centre d’expansion rurale de Tenghory. Les responsables annoncent 52 groupements (dont 40 opérationnels), 4 058 adhérents dont 2 377 femmes dans des villages de l’arrondissement de Tenghory pour l’essentiel, mais avec une tendance au « recrutement » dans les arrondissements de Sindian (et un peu de Tendouck), ce qui a été à l’origine de « tensions » locales avec les autres organisations (Cadef et le Jimuuten).

    9L’Union des groupements Gopec et l’Amicar (Amicale des anciens du centre Cara d’Affiniam, qui forme et installe des jeunes) sont des structures créées l’une et l’autre par les organismes promoteurs de ces groupements (le Gopec et le Cara dès le début des années 1980, mais elles ne deviennent opérationnelles qu’en 1988 quand elles s’émancipent de leur tutelle). Regroupement d’entreprises de jeunes dispersées sur tout le département, l’Amicar conserve un caractère d’amicale mais les groupements de base ont souvent joué un rôle actif dans la dynamisation de leur milieu (au niveau villageois tout au moins), si bien que leur audience est plus large que le noyau d’origine (1 500 adhérents répartis en 24 groupements). L’Union des groupements Gopec a évolué de la même manière. Bien que seules trois entreprises (sur la trentaine lancées par le Gopec) aient survécu, les groupements se sont maintenus et ont élargi leur base (vingt groupements réunissant 1 000 adhérents environ).

    10Créée en 1987, la Fédération départementale des groupements de promotion féminine (FGPF) occupe une place à part dans le paysage organisationnel. Elle est l’échelon départemental de la Fédération nationale constituée à l’initiative des pouvoirs publics. Elle fédère des groupements féminins de base créés, pour certains, dès les années 1970 à la faveur d’interventions des services étatiques. Depuis plus de dix ans, cette structuration est étroitement liée à la mise en œuvre de la politique des Nations unies en faveur des femmes (allégement des travaux, soutien aux initiatives économiques). Tous les groupements féminins du département sont membres de la FGPF (328) : 150 groupements réunissant environ 8 750 femmes ne sont affiliés qu’à la FGPF alors que les autres sont aussi affiliés à une autre organisation membre de Cord (Ajac, Cadef par exemple).

    11Le Comité d’action pour le développement de la ville de Bignona, créé en 1988, a une envergure plus modeste. Il réunit et coordonne 3 groupements féminins et 96 adhérents qui mènent des activités agricoles péri-urbaines et artisanales.

    12Les dynamiques associatives locales ne sont pas coupées de l’échelon national, puisque trois associations sont membres de la Fongs : l’Ajac et l’Entente de Diouloulou en tant que membres fondateurs, et le Cadef.

    Une fédération départementale

    Les responsables d’organisations prennent conscience qu’ils peuvent sortir de leurs territoires locaux où ils mènent leurs actions et s’affirmer comme des acteurs à part entière.

    13Créée en mars 1988, à l’initiative de quelques responsables d’associations intervillageoises, Cord, qui fédère neufs associations de taille et de compétences variables, a pris rapidement de l’importance et s’est consolidée autour de quelques actions structurantes. Cord a identifié deux enjeux auxquels elle tente d’apporter des réponses concrètes. Le premier a trait à « la prise de parole » (Hirschman, 1972) des paysans dans une période où se redéfinit le dispositif d’appui au milieu rural. Le désengagement de l’État se traduit dans le département par l’affaiblissement puis la disparition de la Somivac dont la présence n’a jamais été très prégnante ; les services techniques étatiques souffrent d’un manque total de moyens et certains n’ont plus de programmes clairs. Les responsables d’organisations prennent conscience qu’ils peuvent sortir de leurs territoires locaux où ils mènent leurs actions et s’affirmer comme des acteurs à part entière. Mais malgré les incitations de la politique officielle, cette prise de parole et de responsabilités n’est en rien automatique.

    14En second lieu, la création de Cord répond au besoin plus largement partagé de chercher des solutions à des problèmes communs, mais qui peuvent être difficilement appréhendés au niveau d’une seule association. Il s’agit par exemple de la question lancinante des débouchés pour les produits maraîchers et fruitiers ou de la recherche de financements durables permettant aux associations de travailler davantage dans le long terme. Les organisations progressent également dans l’analyse des problèmes à résoudre, de leur complexité et découvrent la nécessité d’élargir leur champ d’action à des domaines « abandonnés » par l’État (notamment l’amélioration de grandes cultures et de l’élevage). Base économique principale des familles paysannes, elles n’ont pourtant pas été au centre des préoccupations de la majorité des intervenants privés, dont les actions se sont situées aux marges des systèmes de production.

    Une forte dynamique d’organisation

    15Selon les estimations effectuées sur la base de recensements nominatifs, les neufs organisations membres de Cord totalisent 409 groupements et 25 000 adhérents environ. Elles représentent la très grande majorité de la population active du département de Bignona, évaluée à 158 000 habitants dont 37 % ont entre 15 et 49 ans (fig. 11).

    Si elles sont très largement majoritaires dans les groupements de base, souvent mixtes, les femmes demeurent sous-représentées dans les instances de décision.

    16La grande majorité des adhérents sont des femmes. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer. D’après la structure démographique, dans la tranche d’âge 15-49 ans, les femmes sont plus nombreuses que les hommes (36 650 contre 31 376), sans doute du fait de l’exode rural qui touche plus largement les hommes que les femmes (dans la tranche d’âge des plus de 50 ans, l’écart n’est plus que 1 000). Les organisations ont toutes et de manière dominante — dans leurs premières actions au moins — soutenu le maraîchage, qui continue à être l’activité principale de la majorité des groupements. Enfin, et peut-être surtout, les femmes du département font preuve d’une capacité de mobilisation bien plus importante que les hommes (Dardé, 1995). Cependant, si elles sont très largement majoritaires dans les groupements de base, souvent mixtes, les femmes demeurent sous-représentées dans les instances de décision.

    17Les organisations ont poussé leurs ramifications dans tout le département. Les zones à faible densité de groupements sont celles où la population est également peu nombreuse pour des raisons historiques et de contraintes naturelles (les îles du Karone ou la forêt des Kalounayes). Il s’agit également de zones marginales du fait de leur enclavement où l’organisation des populations accuse un certain retard : à la frontière de la Gambie, dans les Narangs à l’ouest et au nord-est du Fogny.

    Figure 11 – Localisation des groupements membres de Cord-Bignona

    Image

    18Si chaque association a son aire d’élection – hormis pour la FGPF et l’Ajac qui ont une assise départementale –, il est rare qu’une association dominante ne soit pas concurrencée sur son propre terrain par une autre association ; ainsi le Cadet et le Yamakeuye dans le Fogny, l’Ajac, le Jimuuten et l’Amicar dans le Boulouf, l’Ajac et l’Entente dans le Diouloulou, etc.

    Si chaque association a son aire d’élection, il est rare qu’une association dominante ne soit pas concurrencée sur son propre terrain par une autre.

    19Deux dynamiques interviennent au sein des associations qui recherchent une plus grande efficacité dans leurs actions. La première consiste à former des niveaux opérationnels relativement proches des groupements sur une base territoriale. Les organisations qui n’avaient pas au départ d’assise territoriale affirmée se restructurent dans ce sens, (Ajac) mais des coordinations locales entre groupements affiliés à diverses organisations sont aussi envisagées (comité de liaison Karembenor, dans les Kalounayes). Il existe aussi des zones controversées où les villages se partagent entre plusieurs associations, et où des groupements, refusant ce zonage, adhèrent à une association éloignée. À la suite d’un conflit interne, ils peuvent parfois adhérer à une association concurrente ou à plusieurs associations.

    20La seconde, au niveau départemental cette fois, consiste à s’organiser en fédération. Cette initiative des responsables des associations provient d’une prise de conscience des intérêts et besoins communs. Elle constitue une motivation plus forte que les rivalités entre telle ou telle association.

    21La dynamique associative dans le département de Bignona est riche d’enseignements sur l’émergence d’un mouvement rassemblant les producteurs d’une même région. Au-delà de la dimension « groupement » qui représente l’échelon privilégié par les opérateurs pour nouer des relations avec les producteurs, les responsables des groupements ont ressenti le besoin de dépasser cet échelon au niveau duquel les choix en termes d’actions demeurent limités et peuvent se révéler concurrentiels. En effet, si le développement du maraîchage et de l’arboriculture en contre-saison constitue une réponse pertinente au manque de revenus pour un nombre important de groupements, il est clair qu’une extension de ces activités à l’échelle du département crée des surproductions difficilement gérables au niveau des groupements ou même d’une seule association. De même, les concurrences territoriales entre associations, ou la concurrence des opérateurs vis-à-vis des groupements, contribuent à susciter ou à entretenir des rivalités entre groupements et associations. Ces états de tension sont difficilement gérables au niveau des seuls groupements, voire même au niveau des associations. La dimension fédérative de Cord permet de dépasser ces contradictions ; les objectifs communs apparaissent souvent plus fédérateurs et permettent de dépasser les « tensions locales ».

    Des réponses partielles et fragiles aux crises

    22Si toutes les organisations démontrent une grande capacité de mobilisation de leurs adhérents et ont des responsables bénévoles, seules les associations les plus anciennes et les plus expérimentées, et qui ont su nouer des relations durables avec des partenaires extérieurs leur permettant de mobiliser un minimum de moyens financiers, ont à leur actif des réalisations notables.

    23Le degré de structuration interne des associations est plus ou moins fort ; les niveaux d’organisation ont été choisis par les paysans eux-mêmes ou reprennent le découpage administratif des tutelles (FGPF) ; quant aux formes d’organisation, elles reprennent souvent – ou elles s’en inspirent – des formes bureaucratiques d’organisation diffusées par l’encadrement. Dans certains cas, des spécificités culturelles locales sont prises en compte de manière explicite dans l’organigramme et les processus de prise de décision. Dans les organisations qui se réfèrent au mouvement associatif et qui sont les plus anciennes, l’organisation interne évolue afin de s’adapter à des besoins nouveaux. Ces évolutions traduisent de la part de ces associations une maturité certaine et des objectifs et stratégies différenciés. Ainsi l’Entente de Diouloulou et Jimuuten privilégient la recherche de la viabilité économique des petites entreprises en séparant au plan organisationnel les activités associatives des activités économiques. La création des secteurs au Cadef, des unions locales à l’Ajac et des sous-comités dans les deux Entente vont dans le sens d’une plus grande décentralisation et d’une certaine autonomisation de la base. Certaines organisations ont fait le choix de se doter d’un appareil interne d’animation (« auto-encadrement ») qui peut jouer, lorsqu’il est compétent et bénéficie d’un soutien en matière de formation, un rôle efficace dans l’appui aux initiatives de base (Ajac, Diouloulou, Cadef, etc.). Cet appareil interne accroît les capacités de l’organisation à la réflexion prospective, à la définition de priorités, à la négociation avec l’extérieur. Il induit cependant des charges et n’est pas exempt d’un risque de « bureaucratisation ».

    24À cette diversité organisationnelle correspondent des réponses tout à la fois fortement stéréotypées sur lesquelles pèse le poids des systèmes d’intervention – fussent-ils étatiques ou non gouvernementaux – et des initiatives fort hétérogènes au plan de l’efficacité et des compétences techniques.

    25De manière dominante, les associations et les groupements ont fondé leur légitimité vis-à-vis de leurs adhérents à travers le développement du maraîchage et de l’arboriculture, et ce essentiellement depuis le milieu des années 1970 après les premiers épisodes de sécheresse. Les groupements se sont développés comme support collectif de stratégies fondamentalement individuelles permettant grâce à des productions de contre-saison de pallier les insuffisances des productions d’hivernage régulièrement sinistrées par les sécheresses. Les CER, le Pidac, les projets et de nombreux organismes d’intervention ont soutenu, impulsé et favorisé ces stratégies par des investissements collectifs permettant de structurer le groupement (puits, clôtures, matériel d’exhaure) et la distribution de petit outillage individuel selon des modalités variables (prêt, don, crédit...). La quasi-totalité des groupements actuellement fédérés dans les associations a son origine dans un bloc maraîcher qui a acquis au fil du temps une forte valeur symbolique.

    26De ce fait, certaines associations ont développé des compétences particulières dans le domaine du maraîchage et de l’arboriculture. C’est notamment le cas de membres de l’association Amicar qui ont des compétences professionnelles spécialisées (techniques culturales, greffage...). Ces capacités techniques sont loin d’être largement répandues, car dans la pratique la majorité des groupements sont souvent créés à partir d’un don de grillage et d’un puits, sans qu’une formation technique complète systématiquement la dotation initiale.

    27Plusieurs associations se sont consacrées à la promotion de micro-entreprises rurales avec des succès pour le moins contrastés. C’était notamment la philosophie d’intervention des programmes Gopec qui avaient pour cible des jeunes d’origine rurale à qui l’on demandait de former un groupement afin de bénéficier d’un crédit d’équipement pour se lancer dans des activités à fort investissement en capital. Les projets Gopec étaient fondés sur le postulat plus ou moins explicite que les jeunes seraient susceptibles de maîtriser les « techniques modernes » et que c’est sur eux et par un transfert massif de technologie que devraient se faire les transformations du milieu rural. Ces projets se caractérisaient par un niveau d’investissement et de technicité élevés auquel ne correspondait pas toujours une formation appropriée. Les risques économiques combinés à une maîtrise imparfaite de ces techniques expliquent dans une large mesure des résultats inégaux. L’acquis le plus notable, outre un nombre fort limité de succès, réside dans la dynamique de réflexion que les nombreux échecs ont suscitée et qui a débouché sur la création de l’Union des groupements Gopec.

    28D’autres associations ont incité et favorisé le développement de micro-entreprises qui tendent à devenir autonomes après une période d’assistance et qui, dans certains cas, contribuent à financer l’émergence d’entreprises similaires dans d’autres villages. Après des débuts parfois difficiles et des comptes pas faciles à équilibrer, ces micro-entreprises s’orientent globalement et progressivement vers une meilleure maîtrise de la gestion.

    29La disponibilité des intrants au plus près des unités de production est un facteur favorable à leur utilisation. À l’inverse, la non-disponibilité de ces produits à proximité décourage leur emploi par les coûts et le temps supplémentaires induits pour se les procurer. Plusieurs organisations paysannes ont ainsi mis en place des structures légères et décentralisées pour l’approvisionnement de leurs adhérents en facteurs de production. Cependant, ces initiatives concernent surtout le maraîchage et très peu les « grandes cultures ».

    30La commercialisation, ou, plus largement, la recherche d’une meilleure valorisation des productions de contre-saison, demeure une préoccupation majeure pour la majorité des cultivateurs fortement engagés dans le maraîchage et qui sont de ce fait confrontés à des phénomènes de surproduction. En la matière, la tentation demeure grande pour les associations de vouloir se substituer soit aux commerçants, soit aux transporteurs professionnels. Certaines expériences s’étant soldées par des échecs commerciaux cuisants, les responsables des associations se montrent actuellement prudents dans ce secteur d’activités. Ils tentent de l’aborder autrement par la transformation des produits, la planification des périodes de production pour produire lorsque les prix sont favorables et enfin par la constitution d’une inter-profession.

    Jeunes et moins jeunes autour d’un aménagement global de terroir rizicole à Thionck Essyl

    Image

    31La dégradation des rizières affecte quasiment la totalité des vallées du département soumises à la réduction du disponible en eau, à la salinisation et à l’ensablement. La construction de digues ou de barrages dont on peut gérer, au niveau local, l’ouverture et la fermeture de vannes de manière concertée représente une réponse pertinente à la dégradation du milieu naturel. Une association, le Cadef, s’est spécialisée, avec divers appuis depuis 1986, dans la construction et la mise en œuvre de cette innovation qui permet de reconquérir des portions non négligeables de terroir.

    32Dans un contexte technique différent – réhabilitation des rizières de mangrove dans le nord-ouest du département –, l’Entente de Diouloulou a entrepris en 1992 la construction d’une grande digue de ceinture et d’aménagements secondaires destinés à améliorer la gestion de l’eau du village de Kabiline. L’Entente de Tendouck (Jimuuten) a récemment entrepris des aménagements pour réhabiliter une importante vallée touchée par les remontées salines à Thionck-Essyl. Dans le domaine de la riziculture, une fois les capacités de production du milieu restaurées, il devient envisageable d’améliorer les techniques de production : préparation du sol au tracteur, utilisation raisonnée de variétés améliorées, repiquage à bonne date, fumure adaptée... C’est l’expérimentation en vraie grandeur (24 ha) menée à bien par l’équipe du Cadef sur le site du barrage de Banny. Cette expérience montre le rôle clé de la maîtrise par les populations de la gestion des ressources naturelles. Le contrôle des lames d’eau, les lâchers d’eau pour favoriser le dessalement des terres produisent des effets visibles qui rendent possible par la suite l’amorce d’un processus de réhabilitation de la riziculture. Cependant, l’amélioration des conditions physiques de la production agricole ne constitue pas une préoccupation centrale des associations paysannes, qu’il s’agisse des grandes cultures ou des productions maraîchères.

    33Indissociables des actions plus techniques, de multiples activités à caractère social sont développées par plusieurs associations sur des thèmes variés. L’Entente de Diouloulou a mené à bien la construction d’une maternité à Kabiline et d’une case de santé, gérées respectivement par une matrone et par un secouriste. D’autres associations mènent des actions sur des thèmes tels que l’alphabétisation intensive, le théâtre, le sport, l’hygiène collective au niveau des villages...

    Conclusion : un mouvement associatif dynamique mais peu engagé dans les grandes productions

    Très peu d’organisations affrontent directement les problématiques centrales des systèmes de production de la région.

    34Depuis les années 1960, la Basse Casamance subit une déprise agricole massive, conséquence d’une tendance forte amplifiée par les crises climatiques des trente dernières années. Les réactions à cette déprise agricole conditionnèrent dans un premier temps les comportements individuels et plus particulièrement le recours à la migration temporaire ou permanente. À partir des années 1980, un mouvement inverse s’engagea, dû à la combinaison de plusieurs facteurs mais fortement amplifié par les politiques de désengagement de l’État conduites à partir de 1985 avec la mise en œuvre de la Nouvelle politique agricole. L’État laissa alors ouvert le champ économique et institutionnel qui fut progressivement occupé dans le département de Bignona par un mouvement paysan fédérant des organisations aux parcours variés.

    35Au-delà de leur incontestable dynamisme, les activités des organisations paysannes laissent apparaître un bilan mitigé en terme de développement agricole. La majorité des associations développe en effet des activités relativement stéréotypées qui concernent surtout les « marges des systèmes de production ».

    36La recherche de coordinations avec les autres acteurs de l’environnement économique est fragile et pâtit du contexte de récession économique caractérisé dans le secteur agricole par la faiblesse des cultures de rente. Les conditions de crédit désincitatives et l’absence de perspectives rémunératrices dans le secteur agricole rendent compte de la modicité des encours des paysans auprès des organismes officiels de crédit.

    37Très peu d’organisations affrontent directement les problématiques centrales des systèmes de production de la région : comment les stabiliser et les sécuriser dans un environnement naturel fortement dégradé et avec des producteurs ne disposant pas de ressources monétaires pour investir dans des techniques de production ou de protection du milieu ?

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    Étude comparée de contrats agraires (Mexique)

    Jean-Philippe Colin (dir.)

    2003

    Jardins au désert

    Jardins au désert

    Évolution des pratiques et savoirs oasiens (Jérid tunisien)

    Vincent Battesti

    2005

    Le coton des paysans

    Le coton des paysans

    Une révolution agricole (Côte-d’Ivoire 1880-1999)

    Thomas J. Bassett

    2002

    Les deux visages du Sertão

    Les deux visages du Sertão

    Stratégies paysannes face aux sécheresses (Nordeste, Brésil)

    Marianne Cohen et Ghislaine Duqué

    2001

    Les orphelins de la forêt

    Les orphelins de la forêt

    Pratiques paysannes et écologie forestière (Les Ntumu du Sud-Cameroun)

    Stéphanie Carrière

    2003

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    Bosc, P.-M. (2005). Émergence de réponses collectives. In À la croisée des pouvoirs. Marseille: IRD Éditions. https://doi.org/10.4000/books.irdeditions.10063
    Bosc, Pierre-Marie. « Émergence de réponses collectives ». In À la croisée des pouvoirs. Marseille: IRD Éditions, 2005. doi:10.4000/books.irdeditions.10063.
    Bosc, Pierre-Marie. « Émergence de réponses collectives ». À la croisée des pouvoirs, IRD Éditions, 2005, https://doi.org/10.4000/books.irdeditions.10063.

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    Bosc, P.-M. (2005). À la croisée des pouvoirs. Marseille: IRD Éditions. https://doi.org/10.4000/books.irdeditions.10048
    Bosc, Pierre-Marie. À la croisée des pouvoirs. Marseille: IRD Éditions, 2005. doi:10.4000/books.irdeditions.10048.
    Bosc, Pierre-Marie. À la croisée des pouvoirs. IRD Éditions, 2005, https://doi.org/10.4000/books.irdeditions.10048.
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