Indonésie
Une méga coalition pour un développement en marche forcée
p. 206-235
Entrées d’index
Mots-clés : Indonésie, politique, développement, société civile, terrorisme, islam, armée, complotisme, revendication, Papouasie, libéralisme économique, ressources naturelles, environnement, coopération
Keywords : Indonesia, politics, development, civil society, terrorism, army, conspiracy, claim, Papua, economic liberalism, natural resources, environment, cooperation
Texte intégral
1La démocratie indonésienne, jeune d’à peine une vingtaine d’années, semble toujours hésiter entre un développement encouragé par une forte demande populaire et une restriction des libertés individuelles, poussée par le traditionalisme religieux et la culture militaire héritée de l’ancien régime. Le retour du débat politique et citoyen qui s’est incarné dans les récentes élections accrédite à première vue une vivacité démocratique en plein renouveau. Le 17 avril 2019, pour la première fois dans l’histoire du pays, se sont tenues le même jour des élections générales pour élire le président et le vice-président, les membres de l’Assemblée consultative du peuple (MPR) et les représentants des organes législatifs locaux. Seize partis y ont participé. À l’opposé de cette démocratie à l’œuvre, la réélection du président Joko Widodo (dit Jokowi), après un premier mandat décevant pour les militants démocrates qui l’avaient initialement soutenu, s’est immédiatement signalée par des accommodements spectaculaires avec son opposition lors du renouvellement du cabinet ministériel, par des épisodes de répression brutale des mouvements sociaux et par une révision du Code pénal marquant un net recul des libertés fondamentales. Symptôme majeur de ce tournant autoritaire, la mise sous tutelle de la Commission pour l'éradication de la corruption (KPK), principal organe de lutte contre la corruption et symbole d’une forme d’indépendance de la justice.
2Contrairement aux aspirations démocratiques initialement portées par Jokowi, en partie sacrifiées au profit de la nomination de six ministres issus des rangs de l’armée, les programmes développementalistes du Président sont conservés, avec le maintien ou la nomination de plusieurs ministres provenant du monde de l’entreprise. Ceux-ci viennent renforcer une gestion économique solide, avec une politique d’investissement libérale qui porte ses fruits pour l’ambitieux programme d’infrastructures de l’équipe présidentielle. Les projets de développement, bien que novateurs, s’orientent toutefois tous azimuts, portés autant par des initiatives d’État que par des acteurs privés étrangers et des magnats proches du pouvoir couvant des conflits d’intérêts1. Les mesures sociales se poursuivent, mais les inégalités persistent et sont de plus en plus visibles. Outre les problèmes de justice sociale posés par les méthodes néolibérales cartellaires qu’endosse l’équipe gouvernementale, de graves complications environnementales se profilent à court terme ou bien sont déjà en cours. De la faible réponse judiciaire face aux feux de forêts qui touchent l’Archipel aux pressions exercées sur l’Union européenne pour contourner les restrictions imposées à l’exportation de l’huile de palme, le pays est peu sensible à la catastrophe environnementale qui le submerge.
3De nombreux segments minoritaires de la société souffrent des politiques déployées, à commencer par la population de Papouasie occidentale, victime d’un accroissement des violences à son égard. Plus largement, les manifestations records qui ont eu lieu à partir du mois de septembre montrent que le modèle hybride proposé par Jokowi, qui tente de faire cohabiter développement économique, identités régionales et religions, le tout sous la pression des militaires et des caciques de l’ancien régime, est loin de faire consensus.
Politique : de nombreux accommodements au détriment de l’esprit démocratique
4La vie politique indonésienne a été rythmée par les élections présidentielles et législatives du mois d’avril et la désignation d’un nouveau cabinet ministériel, sur fond de vives tensions. Celles-ci se sont exprimées tout d’abord entre les deux grandes factions des élites en lice, qui se sont finalement entendues sur une méga coalition, aux termes d’arrangements plus politiciens qu’idéologiques ou programmatiques. Une troisième voix s’est manifestée haut et fort, celle de la société civile qui, au-delà d’antagonismes irréductibles, manifeste sa volonté d’une plus grande justice sociale, de la liberté d’expression et du respect des choix citoyens.
Une élection aux enjeux démocratiques transversaux
5Le 17 avril 2019 se tenaient les élections présidentielles avec environ deux cents millions d’inscrits, auxquels il fallait ajouter les 245 000 candidats pour 20 000 sièges dans le cadre d’élections législatives et d’élections locales. Avec une participation de près de 80 %, dopée par des pressions politico-médiatiques exercées sur les abstentionnistes, les 810 000 bureaux de vote ont été saturés au point de voir la mort d’épuisement de plus de 500 volontaires chargés de l’organisation des scrutins et du dépouillement des bulletins2.
6Le 21 mai 2019, la Commission des élections générales (KPU) a déclaré la réélection du président sortant Joko Widodo, avec plus de 55 % des voix. Jokowi a obtenu la majorité des votes dans 21 des 34 provinces, ainsi que la majorité des voix des électeurs résidant à l’étranger (73,31 %). Sa domination a été particulièrement marquée dans les régions majoritairement non musulmanes, telles que Bali (91,68 %), Sulawesi Nord (77,24 %), les Petites Iles de la Sonde orientales (88,57 %) et la Papouasie occidentale (90,66 %). Il a également bien réussi dans les régions ethniquement javanaises, principalement dans le Centre et l’Est de Java. En revanche, comme lors du précédent scrutin, son rival Prabowo Subianto a gagné dans la plupart des provinces de Sumatra ainsi qu’à Banten et Java Ouest, où la politisation de l’islam est très forte3. Concernant les élections législatives, le Parti démocratique indonésien de lutte (PDI-P) a remporté les élections au Conseil représentatif du peuple avec 19,33 %, suivi du Parti du mouvement pour la Grande Indonésie (Gerindra) avec 12,57 %, puis du Parti des groupes fonctionnels (Golkar) avec 12,31 %, du Parti du réveil national (PKB) avec 9,69 %, du Parti national démocrate (Nasdem) avec 9,05 % et du Parti de la justice et de la prospérité (PKS) avec 8,21 %.
7Jokowi a annoncé le 23 octobre les premières nominations au sein des 34 ministères, ainsi que celles du procureur général et du directeur du Comité d’investissements. Le Président a invoqué la nécessité de garantir la stabilité politique et de mener à bien dans les meilleurs délais ses réformes de développement, notamment infrastructurelles, pour procéder à une coalition élargie entre 18 personnalités non partisanes et 18 membres de six partis politiques, avec, par ordre décroissant du nombre de représentants : le Parti démocratique indonésien de lutte (PDI-P), le parti des Groupes fonctionnels (Golkar), le Parti du réveil national (PKB), le Parti national démocrate (Nasdem), le Parti du mouvement pour la Grande Indonésie (Gerindra) et le Parti pour l’unité et le développement (PPP). Seuls trois partis restent dans l’opposition, le Parti de la justice et de la prospérité (PKS), le Parti du mandat national (PAN) et le Parti démocrate. Ce cabinet inclusiviste ainsi que l’ultra majorité dont bénéficie la coalition à l’assemblée (74 % des sièges) laissent très peu de place aux contre-pouvoirs et hypothèquent finalement la liberté de Jokowi pour mener à terme ses ambitions développementalistes. Ses principaux opposants, dorénavant membres du gouvernement, ne se priveront probablement pas de lui rappeler leurs principales critiques héritées du premier mandat, particulièrement son ouverture économique à la Chine, qui vient se heurter aux fondamentaux anticommunistes de la nation indonésienne. Le Président devra également affronter les critiques d’une partie de la société civile, qui s’est sentie trahie au cours de son exercice précédent.
8Concentrée sur le développement économique, l’administration de Jokowi a manqué à certains de ses engagements dans d’autres domaines, favorisant le renforcement populaire et populiste de Prabowo Subianto, son rival direct lors des élections présidentielles de 2014 et de 2019, représentant du courant autoritaire hérité du régime du président Suharto, dit de l’Ordre Nouveau. Les débats électoraux de 2019 sur l’égalité sociale, le rôle de l’islam dans la vie publique, la politique monétaire et la corruption se sont déroulés sur fond de cyber guerre et de fake news dans les médias sociaux, et d’affrontement physique entre les militants des candidats respectifs.
La dérive autoritaire des corps d’État
9Un point de débat central a concerné l’influence croissante de l’armée (TNI) dans les décisions politiques gouvernementales, avec la nomination de six ministres issus des rangs militaires, alors que l’administration précédente n’en comportait que quatre. Face au projet controversé de créer des équivalences entre grades de l’armée et échelons dans la fonction publique, plusieurs groupes de la société civile ont dénoncé une réapparition de la dwifungsi (la double fonction civile et militaire) des forces armées4, une des caractéristiques de l’Ordre Nouveau.
10La police domine également de plus en plus les différentes fonctions de l’administration civile, l’ex-chef de la police Tito Karnavian ayant été nommé ministre des Affaires intérieures. De nombreux postes ministériels et institutions d’État, y compris celui de président de la Commission pour l’éradication de la corruption (KPK), sont occupés par des officiers de police5. En 2018, la TNI et la police nationale (Polri) ont signé un protocole d’accord stipulant que cette dernière pouvait désormais compter sur le soutien de l’armée pour faire face aux manifestations et aux grèves, et pour sécuriser les activités des communautés locales et du gouvernement dans le pays6. Les rôles accrus de la police et de l’armée marquent un revirement majeur par rapport à plusieurs lois et décrets votés durant la Reformasi, visant à réduire le pouvoir des forces de sécurité en raison de leur implication dans les violences, particulièrement les violences politiques. Amnesty International fait état de brutalités physiques commises par la police contre des étudiants participant à des manifestations en mai 2019. Le rapport de la Commission nationale des droits de l’homme (Komnas HAM) indique que lors de celles-ci, dix personnes ont été tuées par balles par les autorités, bien que l’utilisation d’armes létales soit interdite sur les manifestants. De plus, 32 personnes ont été portées disparues et des dizaines d’autres ont été blessées par l’utilisation excessive de gaz lacrymogène7.
11Un autre exemple de dérive sécuritaire du gouvernement de Jokowi est illustré par sa volonté de révision du Code pénal (RKUHP). Ce projet controversé, en préparation depuis de nombreuses années, pourrait impliquer un empiètement sur les libertés individuelles par sa proposition de limitation de l’accès à la contraception, de condamnation des relations entre personnes du même sexe, d’interdiction de vie commune pour les couples non mariés et de criminalisation pour insulte au Président. Ce nouveau Code pénal intégrerait également le droit coutumier. L’application des Codes pénaux locaux pourrait dès lors menacer la stabilité juridique en provoquant des contradictions dans les réglementations et accroître le nombre de détenus dans les institutions correctionnelles, déjà surpeuplées, à travers une sur-criminalisation des citoyens au niveau local.
12Autre signe de la reprise en main des élites sur les organes liés à la protection citoyenne, la signature par le Conseil représentatif du peuple (DPR) du projet de révision de loi sur la Commission pour l’éradication de la corruption (KPK), qui la place sous l’autorité du pouvoir exécutif, lui faisant perdre de facto son indépendance. Les actions de la KPK, organisme emblématique de la Reformasi, et d’une efficacité notoire, ont mis en cause de nombreuses élites politiques, dont celles issues de la police, de la justice et du Parlement8.
13Enfin, un risque de régression démocratique subsiste en raison de l’intégration progressive de la morale islamique conservatrice et de l’hyper-nationalisme réactionnaire dans le discours et la pratique politiques indonésiens. Cette intégration a été une caractéristique croissante des concurrences entre oligarchies, qui a eu pour effet de favoriser des traits antilibéraux dans la démocratie indonésienne9.
Le renouveau de la revendication sociale ?
14Les manifestations massives qui se sont déroulées au cours des mois de septembre et octobre, sans précédent depuis 1998, s’accompagnent d’exigences nouvelles dans le corps citoyen indonésien. Les revendications s’affirment dans un contexte historique qui a vu le progressisme et le militantisme dit de gauche éradiqués en 1965, avec l’irruption de l’Ordre Nouveau et le massacre des membres supposés du Parti communiste indonésien (PKI), ainsi que de ses organisations populaires, culturelles et féministes satellites.
15Ces manifestations s’inscrivent dans une vague de mobilisations initiées lors de la fête du Travail, puis lors des émeutes des 21 et 22 mai pour contester le résultat des présidentielles – après les accusations de fraude électorale portées par Prabowo et son équipe de campagne. Lors de ces dernières manifestations, les revendications ont été très diverses et parfois antagonistes, incluant la demande de condamnation des responsables des feux de forêt qui ont frappé Sumatra et Kalimantan, la contestation du pouvoir des élites, de la corruption, de l’empiètement sur les libertés individuelles, des injustices économiques et sociales10, de la criminalisation des militants, et de la violation des droits humains, particulièrement en Papouasie occidentale. Face à ces revendications, les autorités ont choisi la réponse répressive, occasionnant plusieurs victimes et disparitions. Malgré la diversité des appartenances des militants, le gouvernement s’est efforcé de décrédibiliser les mobilisations en dénonçant des manipulations, la circulation de fake news, les manœuvres de « provocateurs » et d’une nébuleuse « anarcho-syndicaliste »11.
16Depuis le milieu des années 2000, la discussion politique indonésienne est dominée par des questions concernant les mobilisations islamistes ou les identités communautaires, et elle laisse souvent de côté le volet des droits civiques. Cette année, les manifestations signalent des aspirations nouvelles concernant le respect de la liberté d’expression et des droits citoyens. Les mouvements de protestation, dont les causes profondes résonnent avec une critique mondialisée des élites, pourraient encourager la naissance d’une nouvelle classe politique indonésienne, extérieure à l’élite existante12 et aux patronages ordinaires.
Sécurité : une gestion inégale des risques
17Les manœuvres inclusivistes du camp présidentiel pour équilibrer entre elles les différentes pressions politiques et sociales, et donc pour limiter leur portée, s’appuient fortement sur les politiques de sécurité. En effet, les dispositifs sécuritaires permettent une maîtrise affermie des mouvements militants, dans leur diversité et par-delà leurs antagonismes : les groupes islamistes contestataires, les mouvements activistes issus de la société civile au sens large, et les pôles régionalistes, voire indépendantistes, comme en Papouasie occidentale.
L’antiterrorisme comme levier du rééquilibrage des relations avec l’islam et l’armée
18Après trois années de pressions exercées par les groupes islamistes de l’opposition dans la rue, les urnes et les réseaux sociaux, la coalition mise en place par Jokowi permet de contenter leurs principaux alliés et de les priver ainsi de leurs soutiens politiques. L’élection de Ma’ruf Amin à la vice-présidence facilite en outre l’alliance avec les factions conservatrices de l’organisation musulmane Nahdlatul Ulama, majoritaire, et avec les oulémas bureaucrates du Conseil des oulémas d’Indonésie (MUI). Tout en reconquérant l’électorat musulman, cette alliance favorise la division des pôles de contestation au sein de l’arène islamiste. Ces pôles sont morcelés entre groupes miliciens, comme le Front des défenseurs de l’islam (FPI), les organisations salafistes telles la Wahdah Islamiyah ou le Hizbut Tahrir Indonesia (dont les réseaux sont vivaces malgré sa situation de clandestinité) et les partis islamistes, tels le Parti de la justice et de la prospérité (PKS), dont les scores ont néanmoins été en hausse aux dernières élections législatives, avec 8,21 % contre 6,79 points en 2014.
19Pour faire contrepoids à l’islamisme politique, le gouvernement a également entrepris un rapprochement avec les militaires, comme l’illustre la nomination du général à la retraite Fachrul Razi à la tête du ministère des Affaires religieuses, généralement dévolu à des proches du Nahdlatul Ulama. Cet ancien commandant adjoint en 1999-2000 fut le Commissaire principal de plusieurs compagnies d’État, l’un des fondateurs du parti Hanura de Wiranto (en baisse aux législatives avec 1,54 % contre 5,26 % en 2014), puis le dirigeant d’un groupe de campagne pro-Jokowi rassemblant des officiers militaires retraités. La stratégie d’alliance avec les militaires se conjugue à celle, déjà engagée depuis 2017, d’amalgamer islamisme militant et terrorisme afin de légitimer un contrôle accru des affaires religieuses et des libertés individuelles, particulièrement au sein du fonctionnariat13. À ce titre, et comme ce fut le cas par le passé, le nouveau ministre de la Défense, Prabowo Subianto, se trouve dans une position complexe pour contenter ses récents alliés islamistes tout en mettant en œuvre la politique de lutte contre le terrorisme, discriminante pour les groupes militants.
20La rhétorique sécuritaire antiterroriste est appuyée par l’attaque au couteau le 10 octobre dernier de Wiranto, le ministre coordinateur des Affaires politiques, légales et de sécurité. Les deux attaquants arrêtés ont été identifiés comme un couple marié, membres de la Jamaah Ansharut Daulah (JAD), affiliée à l’EI. Ce groupe a été désigné responsable d’attaques suicides l’an dernier contre des églises à Surabaya, qui ont fait 28 morts et 57 blessés. Après l’attaque de Wiranto, 27 personnes suspectées d’être des militants islamistes radicalisés ont été arrêtées, et des armes blanches, des produits chimiques et des explosifs ont été saisis. Plus tôt dans l’année, le 22 janvier, Wiranto avait annoncé l’annulation de la libération du chef spirituel de la JI, Abu Bakar Ba’asyir, l’un des responsables de l’attentat de Bali en 2002 qui fit 202 victimes. Celui-ci, condamné en 2011 à quinze années d’emprisonnement pour son implication dans un camp d’entraînement terroriste à Aceh, reçut en janvier un aval pour une liberté conditionnelle pour des raisons humanitaires et de santé. Cette décision fut finalement annulée car Ba’asyir en refusa les termes juridiques et idéologiques.
21La menace terroriste est affaiblie mais persistante. Outre les attaques régulières perpétrées ces dernières années, surtout contre des églises, de nombreux petits groupes ont été interpelés pour avoir fomenté des attaques lors du jour de l’indépendance, à Noël, au réveillon du Nouvel An, ainsi que durant des manifestations contre le gouverneur de Jakarta en novembre 2016 et contre la victoire de Jokowi en mai 2019. La coalition pro-EI agrégée autour de la JAD a été affaiblie par plus de 300 arrestations entre les attentats de Surabaya en mai 2018 et le mois de décembre de la même année. Mais des petits groupes comme Lion of Allah, Ansharul Kholaqoh, 554, ainsi que plusieurs cellules indépendantes de la JAD, viennent concurrencer les groupes plus anciennement établis et reconnus14, comme la Jemaah Ansharut Tauhid (JAT), fondée par Abu Bakar Ba’asyir, et le Mujahidin Indonesia Timur en Indonésie orientale.
22Certains groupes, comme la Jamaah Ansharusy Syariah (JAS, une dissidence de la Jemaah Islamiyah), ont abandonné partiellement la clandestinité et accru leur participation aux processus politiques démocratiques. Ils visent à établir une république indonésienne de la charia (NKRI Bersyariah) en courtisant les partis, en participant aux élections et manifestations politiques, et en opérant un lobbying auprès des gouvernements et parlements15.
Le complotisme au cœur des luttes d’influence
23Le bras de fer engagé entre les différents candidats à la présidentielle a été marqué par le détournement de l’information et par la mobilisation de rhétoriques complotistes. En janvier, une polémique a éclaté autour d’une information mensongère concernant la découverte de sept containers provenant de Chine, prétendument remplis de 10 millions de bulletins de vote marqués en faveur du président sortant. À son tour en février, le Président a dénoncé des manœuvres de consultants étrangers visant à manipuler l’opposition, les incitant selon lui à véhiculer une propagande de haine. Les influences exogènes sont citées de façon récurrente par les politiciens des différents partis, qui pointent des menaces pour l’autonomie et l’intégrité territoriale du pays. Certaines entreprises étrangères, comme la compagnie minière américaine Freeport, sont dénoncées pour les monopoles qu’elles forment pour l’exploitation des ressources nationales avec la connivence de certains fonctionnaires. Les travailleurs immigrés sont aussi incriminés, particulièrement la main-d’œuvre chinoise, la plus nombreuse.
24En mai, le porte-parole de la police, Muhammad Iqbal, a révélé qu’un complot d’assassinat programmé pour les manifestations contre les résultats des présidentielles des 21 et 22 mai, avait été déjoué par la police. Les attaques auraient visé Wiranto, le ministre des Affaires maritimes, Luhut Pandjaitan, le chef des Renseignements, Budi Gunawan, et le conseiller présidentiel du renseignement, Gories Mere. Six personnes ont été interpellées et quatre d’entre elles, identifiées comme les gardes du corps de l’ancien général de l’armée, Kivlan Zen, très proche de Prabowo, ont pointé la responsabilité de Zen. Le 11 juin, la police l’a publiquement mis en cause, ainsi qu’un membre du parti islamique PPP, Habil Marati.
25Les théories complotistes drainent avec elles des formes de désignation disqualificatoires pour les personnalités publiques. Au cours de son précédent mandat, le Président avait, par exemple, dû se défendre contre les allégations de crypto-christianisme, de communisme ou encore de favoritisme pro-chinois. Pour afficher des signes de conformité, il s’est appuyé sur des symboles de souveraineté. Le 16 juillet, le parlement a voté unanimement une loi restreignant l’attribution des visas de recherche pour les étrangers. Les condamnations à la peine capitale sont également un instrument efficace pour publiciser la fermeté de l’État et l’indépendance souveraine des acteurs de la justice. Le nombre de condamnations à mort sous le premier mandat de Jokowi représente une augmentation de 236,6 % par rapport à la moyenne des présidences antérieures, soit 221 condamnations (dont 50 étrangers). En comparaison avec les mandats de son prédécesseur, Susilo Bambang Yudhoyono, les exécutions ont doublé (3,6 personnes par an)16. Les motifs de condamnation et d’exécution sont nombreux mais la majorité des personnes sont condamnées pour meurtre ou narcotrafic.
26Au-delà de leurs impacts délégitimant, les théories conspirationnistes se conjuguent avec des politiques discriminatoires, comme l’illustre le cas de la Papouasie occidentale, en prise avec une actualité tragique.
Un dispositif répressif contre les revendications politiques en Papouasie occidentale
27Depuis le 15 août dernier, la Papouasie occidentale est en proie à de nombreuses manifestations et à leur violente répression. Les principaux acteurs des mobilisations ont des revendications diverses, du respect des droits des peuples autochtones à l’indépendance, mais tous s’accordent pour s’opposer aux politiques menées par les gouvernements indonésiens successifs : élections truquées, spoliation des ressources locales, violences et injustices quotidiennes figurent au rang des principaux arguments déployés par les dirigeants locaux.
28Cet enchaînement de violences trouve sa source dans l’agression17 d’étudiants papous à Surabaya par les membres de groupes ultranationalistes, tels le Forum de communication des retraités et des membres de l’armée et de la police d’Indonésie (FKPPI) et les Jeunesses du Pancasila (Pemuda Pancasila), et des organisations miliciennes islamistes, comme le Front des défenseurs de l’islam (FPI)18. Le 16 août, ces groupes encouragèrent l’encerclement d’un dortoir universitaire, jetèrent des pierres sur le bâtiment et proférèrent des insultes racistes à l’encontre des étudiants papous. Ces violences furent suivies par la projection de gaz lacrymogène par la police et l’arrestation brutale de 43 étudiants papous au motif de velléités indépendantistes.
29Le 1er septembre, alors qu’Internet était toujours verrouillé, les autorités ont déployé plus de 6 000 militaires dans la région et plusieurs représentants gouvernementaux ont accusé des activistes étrangers de diffuser des informations mensongères dans les médias. Des ressortissants australiens ont été expulsés, les entrées dans la région ont été bloquées et un mandat d’arrêt a été lancé contre l’activiste Veronica Koman. Les semaines suivantes, les arrestations ont continué à cibler des activistes et des étudiants. Au total, la répression aurait fait des dizaines de victimes – sans qu’il y ait de décompte officiel – dans un climat qualifié par nombre d’observateurs d’impunité totale.
30Malgré les dispositions volontaristes affichées par le gouvernement dès 2014, la Papouasie occidentale continue de souffrir de graves problèmes de développement, de gestion des ressources écologiques et de non-respect des droits humains. Face à l’envenimement de la situation, les revendications initiales dénonçant les discriminations et le racisme envers la communauté papoue ont abouti à la demande d’un référendum d’autodétermination, souhaité par une partie des militants depuis plusieurs années.
Économie : un plus grand libéralisme économique et des pressions accrues sur les ressources naturelles
31Économiquement, le pays maintient des indicateurs positifs, avec une croissance autour de 5 % et une inflation passée de 8 % en 2013 à 3 %. Le programme d’infrastructures, qui se poursuit à grands pas, ainsi que la gestion des ressources naturelles (pétrolières, gazières, forestières, maritimes) montrent que le pays ne mise pas seulement sur son modèle économique nationaliste19. Les grandes entreprises d’État comme Pertamina ou le fournisseur d’énergie PLN ont souffert cette année de leurs lourdeurs bureaucratiques, de leurs faiblesses techniques et technologiques, et d’investissements défaillants. La nomination du réformiste Erick Thohir à la tête du ministère des Entreprises d’État annonce dans ce secteur un probable renouveau. Sur le volet international, l’Indonésie est soucieuse d’accroître son rayonnement en profitant de ses caractéristiques physiques et de sa position géographique. Mais, dans leur empressement, ses dirigeants en viennent à négliger l’écosystème, atout pourtant essentiel sur le long terme.
D’ambitieux projets de développement
32Au début de son premier mandat, Jokowi avait supprimé des milliards $US de subventions à l’industrie du gaz et du pétrole pour les consacrer à d’ambitieux projets d’infrastructures, en encourageant l’investissement privé (du fait d’un important endettement de l’État) et en finançant des compagnies d’État. Cette orientation se confirme avec la direction renouvelée du ministère des Compagnies d’État par Erick Thohir, ancien directeur de campagne de Jokowi, qui, au niveau local, a mobilisé l’univers des supporters de football, secteur dans lequel il a investi massivement à titre privé. Thohir aura la difficile tâche de remettre à flot les 142 compagnies d’État, dont seulement une quinzaine sont rentables, en particulier à cause de pratiques de fraude et de corruption chroniques. En deux mois seulement, il a procédé à de nombreuses réorganisations institutionnelles, a structuré un inspectorat pour superviser les actions du ministère, et a renouvelé les postes clés, afin de positionner son ministère comme « la locomotive du développement national »20. C’est dans cette perspective que l’ancien gouverneur de Jakarta, Basuki Tjahaja Purnama a été nommé commissaire en chef de la compagnie pétrolière Pertamina, avec pour tâches de réduire les importations de pétrole et de développer les raffineries, tout en accélérant le développement du secteur des énergies renouvelables. Il dit viser à terme une production axée sur 100 % de biocarburants.
33Sur le plan infrastructurel, de grands projets se sont poursuivis (routes, trains, aéroports), qui devraient accroître la compétitivité indonésienne, tout en injectant des milliards $US dans l’économie. Le projet le plus ambitieux reste celui envisagé fin avril du déménagement de la capitale. Jakarta est aujourd’hui la troisième plus grande métropole du monde et dépasse les 35 millions d’habitants dans la conurbation Jabodetabek (Jakarta, Bogor, Depok, Tangerang, Bekasi). Ce déménagement est jugé nécessaire car la ville est surpeuplée, menacée par la hausse du niveau de la mer et située, comme la plupart des îles de la Sonde, sur une zone sismique. Le transfert est prévu à l’horizon 2024 dans la province de Kalimantan Est, pour un coût de 32,7 milliards $US, financé à hauteur de 19 % par le budget de l’État, à 26 % par le secteur privé et à 56 % par des partenariats public-privé. Ni consultation publique ni étude environnementale ne seraient à l’ordre du jour21.
34Le numérique est un autre secteur fort de l’économie que l’Indonésie est sur le point de dominer en Asie du Sud-Est. En 2019, sa valeur marchande est estimée à 40 milliards $US et devrait être multipliée par trois à l’horizon 2025, soit 130 milliards $US. Le commerce en ligne et la livraison sont les moteurs de cette économie. Le secteur profite de la mise en place de moyens de paiement numériques souvent innovants, dont peuvent bénéficier les 152 millions d’utilisateurs internet. Ce secteur est le deuxième le plus financé d’Asie du Sud-Est derrière celui de Singapour, avec 1,8 milliard $US d’investissements au premier semestre 201822. Sa croissance reste limitée par le manque d’infrastructures et de compétences, mais le gouvernement achève la construction d’un réseau haut débit et encourage la création de « villages numériques ».
Une corrélation éludée entre développementisme et dégâts environnementaux
35Les orientations économiques du pays rejaillissent sur ses politiques environnementales. Par exemple, le modèle énergétique continue de reposer largement sur le charbon, également produit d’exportation, alors que 7 méga centrales de plus de 1 000 mégawatts, pour un investissement total de 17 milliards $US, sont en cours de construction à Java et Sumatra. En revanche, les immenses ressources renouvelables sont très peu exploitées et durant les cinq dernières années leur industrie a chuté au-dessous du niveau de la plupart des autres pays sud-est asiatiques. La régulation n° 50 introduite en 2017 par le ministère de l’Énergie et des Ressources minérales génère une volatilité des prix du kilowatt, ainsi que des complexités et incertitudes pour les producteurs afin d’obtenir des financements et accréditations. Réticent à développer cette industrie, le ministère dit craindre l’accroissement du déficit des comptes courants, les infrastructures et équipements nécessaires à la production d’énergie renouvelable étant en grande partie des biens à importer23.
36Mais l’un des dossiers les plus polémiques, y compris sur la scène internationale, est celui de l’huile de palme. En mars, après la publication d’un texte réglementaire européen, le pays, conjointement à la Malaisie et la Colombie, a menacé l’Union européenne d’une guerre commerciale, puis, en décembre, il a porté plainte contre l’UE devant l’OMC. L’UE est le deuxième importateur d’huile de palme brute et la moitié de ses importations (4 millions de tonnes) est utilisée pour les biocarburants. Le cours de cette matière première avait déjà chuté de 15 % en 2018 alors que les pays producteurs faisaient pression contre une directive européenne recommandant une réduction de l’utilisation de l’huile de palme dans les biocarburants, pour un arrêt total à l’horizon 2030.
37La culture de ces palmiers est la cause principale des incendies de forêt qui ont ravagé l’Indonésie cette année, surtout entre juillet et octobre, et intoxiqué les populations locales. Les petits producteurs et l’agriculture sur brûlis sont souvent pointés du doigt par les médias locaux, mais les grandes corporations (y compris des compagnies singapouriennes et malaisiennes) jouent un rôle crucial. Des milliers de personnes (militaires, policiers, officiers civils) sont intervenues pour éteindre les incendies. Alors que les superficies dédiées à cette culture ont augmenté de 75 % depuis 2012, occasionnant la déforestation de 50 millions d’hectares, les sanctions à l’égard des incendiaires sont très faibles, du fait de la corruption et de la mauvaise gouvernance24. En outre, l’application des Accords sur les pollutions de l’air transfrontalières (AATHP) signés au sein de l’ASEAN se heurte au principe de non-interférence dans les affaires internes des États membres25.
38En contrepoint, le problème de la gestion des déchets trouve une réponse affermie du gouvernement, qui a renvoyé cette année plusieurs containers aux pays exportateurs, tels les États-Unis, l’Australie, le Japon, et plusieurs pays d’Europe, dont la France. Le problème de ces déchets a acquis une grande visibilité depuis que la Chine a arrêté les importations de rebuts plastiques au début de l’année 2018, puis à partir de mai 2019, lorsque la convention de Bâle a inscrit les déchets plastiques comme dangereux. L’Indonésie, comme plusieurs pays sud-est asiatiques, reçoit des déchets en vue de les recycler, malgré un déficit d’infrastructures, mais de nombreux containers sont contaminés par des déchets toxiques, des ordures ménagères et autres produits non recyclables. Une interdiction d’importation a été prononcée en juin 2018, mais les portes d’entrée sur le territoire sont mal surveillées et les déchets arrivent encore sous de fausses déclarations. Face à la médiatisation internationale du phénomène, qui pointe autant les défaillances des systèmes de contrôle des pays exportateurs que des connivences avec les autorités des pays récepteurs, l’Indonésie a voulu donner des signaux de sa souveraineté, en renvoyant les containers aux importateurs et en les menaçant de sanctions économiques26.
Coopérations internationales : accroissement du rôle régional et multiplication des bilatéralismes
39L’Indonésie maintient le cap qu’elle s’est fixée dès 2014 pour accroître son influence internationale, la ministre des Affaires étrangères, Retno LP. Marsudi, ayant, par ailleurs, été reconduite à son poste. Au niveau suprarégional, l’Indonésie est le seul pays de l’ASEAN à faire partie du G20 et elle représente le groupe Asie-Pacifique auprès du Conseil de sécurité de l’ONU depuis le 1er janvier 2019. Toutefois, elle n’est qu’en onzième position des 25 pays d’Asie-Pacifique en termes d’influence militaire, diplomatique, économique et culturelle27. Elle dispose de grandes ressources exploitables pour les deux prochaines décennies, un potentiel économique et démographique important. Elle se maintient également à un rang moyen grâce à son influence diplomatique. Mais celle-ci est essentiellement adossée au rôle de l’Indonésie dans la sécurité géopolitique et géoéconomique régionale, alors même que les capacités militaires et les réseaux de défense du pays sont relativement faibles.
40Le pays est très impliqué au sein de l’ASEAN dans la lutte transnationale contre le terrorisme au travers de plusieurs programmes de coopération, dont la Our Eyes Initiative, initiée en 2018 et visant à intensifier les échanges de renseignement stratégique contre-terroriste. Néanmoins, comme l’a manifesté la réunion de travail qui s’est tenue en février, les coopérations sont limitées par des cultures organisationnelles distinctes, des rivalités internes au sein des agences, ainsi qu’une défiance des pays liée à la défense de leurs intérêts souverains28. Cet aspect a été à l’agenda au mois d’avril avec un affrontement en mer de Chine méridionale entre des navires indonésiens et vietnamiens. Lors du Sommet de l’ASEAN en juin, Jokowi et le Premier ministre vietnamien, Nguyen Xuan Phuc, ont mis à l’ordre du jour la délimitation des zones économiques exclusives (ZEE) respectives dans les eaux contestées.
41Contrairement aux multilatéralismes, qui permettent au pays d’acquérir une influence diplomatique considérable, les relations bilatérales manifestent des déséquilibres significatifs des projets de coopération en défaveur de l’Indonésie. Le pays est une terre d’investissement pour la Chine, le Japon, les États-Unis, et Singapour, qui sont aussi ses principaux partenaires commerciaux. Mais l’Archipel profite relativement peu des retombées d’investissement et n’investit pour sa part que faiblement à l’étranger. Avec la Chine, un accord de coopération dit « partenariat stratégique global » est mis en œuvre depuis 2014 pour accroître l’influence régionale et mondiale des deux pays. Cet objectif a été réaffirmé au mois d’octobre, lorsque les deux partenaires ont renouvelé leur désir de renforcer les coopérations en matière d’investissement, de commerce et de formation professionnelle. Pour leur part, les États-Unis, outre les intérêts économiques de leurs compagnies implantées en Papouasie occidentale et des coopérations militaires entreprises de longue date avec l’armée indonésienne, ont récemment publié un document actualisé sur leur stratégie dans la région indopacifique. Réajustant la doctrine entreprise sous le président Obama en 2017, ils ambitionnent de faire contrepoids à l’influence grandissante de la Chine dans cette région, au sein de laquelle l’Indonésie joue un rôle stabilisateur.
42Finalement, les dynamiques actuelles indiquent que le pays s’efforce de renforcer son rôle régional, essentiellement en prenant appui sur son influence multilatérale. Il multiplie les bilatéralismes afin de limiter sa dépendance vis-à-vis de chacun de ses partenaires. Il mise ainsi sur un équilibre des influences qu’exercent sur lui ceux de ses partenaires qui sont engagés dans une guerre commerciale (Chine et États-Unis) et des luttes d’influence (Japon et Corée du Sud).
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43Pour débuter son second mandat, le président Joko Widodo a pris des dispositions radicales afin d’équilibrer les pressions auxquelles il a été soumis de façon croissante durant le premier quinquennat. Le rapprochement avec des élites issues des organes de sécurité, l’importance grandissante de certaines valeurs d’un islamisme bon teint dans la vie politique, une ouverture accrue des ressources nationales au marché, sont autant d’effets des concessions accordées par le camp présidentiel. Toutefois, si les mesures d’accommodement permettent une relative dépolarisation de l’action politique au sein des coalitions gouvernementales et parlementaires en comparaison du premier quinquennat, elles ne signifient pas pour autant une neutralisation des aspirations au niveau des bases militantes : les manifestations aux objectifs antagonistes qui ont eu lieu dès l’annonce des résultats des élections en ont témoigné.
44Les projets de reprise en main du pays, portés par une partie des élites politiques et militaires s’opposent aux revendications d’une grande partie de la population, qui aspire à réinvestir les processus démocratiques. Les formes et la violence de ces revendications dépendront notamment de la liberté qu’on leur laissera à s’exprimer. Ainsi, les prochaines élections locales, qui auront lieu en septembre 2020 dans 270 régions, verront peut-être l’expression populaire d’une jeunesse plus mobilisée pour la défense de ses droits civiques, 40 % des électeurs ayant entre 17 et 35 ans.
Annexe
Fiche Indonésie
Nom officiel : République d’Indonésie
Capitale : Jakarta
Superficie : 1 913 579 km²
Population : 271 066 000 hab.
Langue officielle : Bahasa Indonesia (Indonésien)
Données politiques
Nature de l’État : république unitaire
Nature du régime : démocratie, régime présidentiel
Suffrage : universel (à partir de 17 ans)
Chef de l’État : président Joko Widodo (2014-2019 ; réélu octobre 2019)
Vice-président : Ma’ruf Amin (depuis octobre 2019)
Ministre des Affaires étrangères : Retno Lestari Priansari Marsudi (depuis octobre 2014)
Ministre de la Défense : Prabowo Subianto (depuis octobre 2019)
Président de l’Assemblée nationale (MPR-RI) : Bambang Soesatyo (depuis octobre 2019)
Échéances : élections régionales en 2020 et élections présidentielles en 2024
Indicateurs démographiques et sociologiques
Principaux groupes ethniques (CIA-The World Factbook, est. 2010) : Javanais (40,1 %), Soundanais (15,5 %), Malais (3,7 %), Batak (3,6 %), Madourais (3 %), Betawi (2,9 %), Minangkabau (2,7 %), Bugis (2,7 %), Bantenois (2 %), Banjar (1,7 %), Balinais (1,7 %), Acehnais (1,4 %), Dayak (1,4 %), Sasak (1,3 %), Chinois (1,2 %), autres (15 %)
Religions (BPS, est. 2010) : musulmans (87,18 %), protestants (6,96 %), catholiques (2,91 %), hindous (1,69 %), bouddhistes (0,72 %), confucianistes (0,05 %), autres (0,05 %), non spécifiés (0,06 %)
Chronologie
JANVIER 2019
19 - Depuis près de trois mois, des centaines de réfugiés Afghans, Somaliens, et Soudanais vivent sur le trottoir devant le centre de détention de Kalideres, à Jakarta, dont le manque d’espace ne permet pas leur accueil. Le gouvernement s’efforce de leur offrir un emplacement en lien avec le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés et l’Organisation internationale pour les migrations.
22 - L’annonce de la libération possible d’Abu Bakar Ba’asyir, condamné en 2011 à 15 années d’emprisonnement pour son implication dans le camp d’entraînement terroriste de Jantho et considéré comme chef spirituel du groupe responsable de l’attentat de Bali en 2002 suscite un certain émoi en Australie, pays d’où provenait la majorité des victimes de l’attentat de Bali en 2002 (88 des 202 morts).
MARS 2019
10 - Une étude récente a dressé un tableau inquiétant de la sécurité des femmes dans l’ASEAN, plaçant l’Indonésie au deuxième rang des pays les plus dangereux pour les femmes de la région Asie-Pacifique.
AVRIL 2019
23 - L’ancien ministre des Affaires sociales et ancien président intérimaire du Golkar, Idrus Marham, est condamné à trois ans de prison pour son implication dans une affaire de corruption liée à la construction d’une centrale électrique à Riau. La Commission anticorruption a ensuite mis en examen le directeur général de la compagnie nationale d’électricité (PLN), Sofyan Basir, pour la perception de commissions illicites dans la même affaire.
MAI 2019
1 - Les rassemblements annuels marquant la Fête internationale des travailleurs ont pris une tournure violente dans plusieurs villes. Le chef de la police nationale, Tito Karnavian, a déclaré que les émeutes étaient déclenchées par un groupe dit « anarcho-syndicaliste ». La police a arrêté environ 600 personnes et des centaines de manifestants ont été victimes d’actes violents. Certains ont été déshabillés, tondus et battus par la police.
21-25 - La Commission des élections générales (KPU) annonce les résultats définitifs des élections générales du 17 avril, qui donne vainqueur le ticket Joko Widodo-Ma’ruf Amin. L’opposition dénonce des fraudes structurelles et systématiques et les jours suivants, des émeutes contestant les résultats font 8 morts et environ 700 blessés, dont 79 graves. Le 25, Prabowo pose un recours auprès de la Cour constitutionnelle.
28 - Le porte-parole de la police, Muhammad Iqbal, révèle qu’un complot visant à assassiner « quatre personnalités nationales », à l’occasion des manifestations du 21 au 22 mai, a été déjoué par la police.
JUIN 2019
27 - La Cour constitutionnelle (MK) rejette le recours déposé par l’équipe de campagne du ticket Prabowo Subianto-Sandiaga Uno et proclame officiellement Jokowi en tant que nouveau président.
JUILLET 2019
1 - À l’occasion de la journée de la police, l’association de défense des droits de l’homme KONTRAS dresse le bilan annuel de l’action des forces de l’ordre : 643 cas reportés de violences, 651 morts, 247 blessés (violences et tortures) et 856 arrestations (arbitraires). KONTRAS souligne la faiblesse des mécanismes de surveillance et de contrôle de la police et remet en question son impartialité et sa neutralité politique.
27 - La police de Kraksaan, Probolinggo, Java Est arrête deux personnes pour possession de livres « gauchistes ». Les actions de répression arbitraire et politique sont exercées dans d’autres villes et sont critiquées car elles violent l’article 28 de la Constitution sur la garantie de la liberté d’expression.
AOÛT 2019
2 - Plusieurs régions du pays font face à d’importants incendies. La sécheresse qui sévit aggrave la situation, tandis que plus de 5 000 personnes (militaires, policiers, officiers civils) sont mobilisés et plus de 61 millions de litres d’eau déversés.
20 - De nombreuses manifestations ont lieu dans des villes de Java et de Papouasie occidentale. Elles subissent une violente répression et se poursuivent tout le mois suivant.
SEPTEMBRE 2019
12 - L’ancien président indonésien (1998-1999), Bacharuddin Jusuf Habibie, décède à l’âge de 83 ans. Le président Jokowi décrète un deuil national de trois jours.
12 - Le président Jokowi signe la lettre approuvant le projet de révision de la loi sur la Commission anticorruption (KPK). De nombreuses voix s’insurgent contre ce projet, dont l’abrogation devient le principal mot d’ordre des manifestations pro-démocratie.
23 - Le projet de révision du Code pénal, qui comprend des dispositions considérées comme allant à l’encontre des droits de l’homme, suscite les manifestations les plus massives depuis 1998. Le 30 septembre, suite à la demande de Jokowi, le parlement indonésien suspend la ratification de ce Code pénal.
OCTOBRE 2019
2 - Puan Maharani, ancienne ministre de la Coordination du développement humain et de la culture et fille de Megawati Soekarnoputri, présidente du Parti démocratique indonésien de lutte (PDI-P), est élue à la Chambre des représentants pour la législature 2019-2024, ce qui en fait la première femme présidente du Conseil représentatif du peuple.
NOVEMBRE 2019
12 - Un étudiant universitaire de 24 ans se fait exploser devant le quartier général de la police de Medan, blessant six personnes. La police nationale déclare que l’étudiant était un kamikaze solitaire, bien que les autorités enquêtent toujours sur ses liens éventuels avec l’organisation État islamique.
24 - ST Burhanuddin prend ses fonctions comme juge suprême. L’un des dossiers phares dont il s’occupera est celui de la fondation Supersemar, dont 320 millions $US sont en passe d’être récupérés après onze années de bataille juridique. Fondée en 1974 par le président Suharto, cette entité avait pour vocation de financer l’éducation en Indonésie, mais l’argent servit à alimenter les caisses de ses entreprises familiales.
28 - Après avoir passé deux ans en Arabie Saoudite, Habib Rizieq Shihab, le dirigeant du FPI, déclare qu’il souhaite retourner immédiatement en Indonésie.
DÉCEMBRE 2019
6 - L’ancien adjudant du président Joko Widodo, l’inspecteur général Listyo Sigit Prabowo, est nommé à la tête du Département des enquêtes criminelles de la police (Bareskrim). L’un de ses cas prioritaires est celui de Novel Baswedan, enquêteur de la KPK qui fut victime d’une attaque à l’acide le 11 avril 2017.
10 - Une manifestation a lieu devant le tribunal de district de Jakarta Sud pour exiger la libération de six militants papous soupçonnés de trahison. Les accusés ont été arrêtés après avoir hissé le drapeau de l’étoile du matin lors d’une manifestation devant le Palais d’État, au centre de Jakarta, en août dernier.
11 - Le ministre de l’Éducation et de la Culture, Nadiem Anwar Makarim, confirme que l’examen national en 2020 sera le dernier et que le gouvernement introduira désormais un nouveau système d’évaluation des élèves, basé sur les pratiques internationales, telles celles du Programme international pour le suivi des acquis scolaires (PISA).
Portraits
Saras Dewi
Saraswati Putri Dewi, connue sous le nom de Saras Dewi, est une universitaire, activiste et poétesse indonésienne. Après avoir quitté le monde du spectacle en tant que chanteuse, elle se consacre totalement aux activités académiques, aux droits de l’homme et à la littérature. Elle est aujourd’hui chargée de cours à l’Université d’Indonésie sur l’éco-féminisme, la philosophie écologique, la philosophie orientale, la philosophie de la littérature et la phénoménologie. Saras a publié de nombreux articles dans diverses revues indonésiennes et internationales réputées. Ses œuvres comprennent une anthologie de poèmes, Jiwa Putih (Ȃme blanche), des livres de philosophie Hak Azasi Manusia (Les droits de l’homme) et Cinta Bukan Cokelat (L’amour n’est pas du chocolat). Ses dernières publications sont sa thèse, intitulée Ekofenomenologi (Ecophénoménologie), et une anthologie de poèmes, Kekasih Teluk (Les amants de la baie).
Au-delà de ses écrits, dans lesquels s’exprime sa conscience sociale, Saras est engagée dans des mouvements citoyens, comme le mouvement de préservation du Centre de documentation de la littérature H. B Jassin ou la lutte contre le projet de réhabilitation de la baie de Benoa (Bali Tolak Reklamasi Teluk Benoa), une méga infrastructure touristique qui menace l’équilibre écologique et spirituel de la vie balinaise. Elle se bat également aux côtés des agricultrices du mont Kendeng, dans le centre de Java, pour préserver leurs terres contre l’industrie du ciment. Son travail dans le monde littéraire a été marqué par des sélections successives en tant que membre du jury du prestigieux prix littéraire indonésien Khatulistiwa Literary Award. Elle est également membre du comité directeur du festival littéraire de l’ASEAN, qui promeut la discussion et la sensibilisation à l’importance de la communication littéraire entre les pays de la région.
Nadiem Anwar Makarim
À 35 ans, le nouveau ministre de l’Éducation et de la Culture, Nadiem Makarim, est le plus jeune ministre du gouvernement. Formé dans de prestigieuses universités d’Angleterre et des États-Unis, ce natif de Singapour a rejoint le pays familial pour y mettre à profit ses compétences de gestion et les réseaux politiques établis de longue date par sa famille, proche de Prabowo. En 2010, il fonde l’entreprise de transport à moto Gojek et en 2015, s’inspirant des succès de Grab et d’Uber, il lance une application smartphone. L’ascension rapide de l’entreprise attire des dizaines d’investissements privés, dont ceux de Visa et de Mitsubishi Motors. En passe de devenir la première startup indonésienne dont la valeur dépasse les 10 milliards $US (classée decacorn), Gojek a évolué en un gigantesque réseau commercial comprenant une vingtaine de services, dont ceux de livraison et de courses en ligne, et se déployant dans d’autres pays, comme le Vietnam, la Thaïlande, Singapour et les Philippines.
Mais ce système, qui se prévaut d’être le « produit des enfants de la nation » (Karya Anak Bangsa), concurrence un marché anciennement établi, selon des marquages territoriaux, des normes tacites, des conflits et des solidarités locaux. Il vient aussi déstabiliser l’organisation assez égalitaire des filières de mototaxis, les ojek, structurées de façon peu formelle. Menaçant les relations que les ojek ont établies avec les clients, il occasionne en outre des dommages indirects sur le réseau microéconomique des garagistes et équipementiers divers, et polarise l’implantation des vendeurs de rue qui gravitent ou s’installent à proximité des gares d’ojek et de gojek. Ces perturbations ont occasionné de nombreux conflits violents et la contestation contre les plateformes a été portée autant par les chauffeurs de taxi voiture et moto que par ceux de minibus, eux aussi autoentrepreneurs.
Enfin, le « partenariat entrepreneurial » et la pseudo-autonomie promus par Gojek, liés à l’absence de véritable politique de transports publics et vantés par la classe politique progressiste, véhiculent un modèle de travail salarial précaire, qui ne permet pas aux deux millions de chauffeurs d’accroître leurs qualifications ni d’espérer une quelconque promotion.
Arrêt sur image

Les défaillances structurelles du système carcéral
© Stéphane Roland
Confronté à la surpopulation et à l’insuffisance financière chroniques de son système carcéral, le gouvernement annonçait en 2018 le nombre de 250 000 personnes détenues dans l’Archipel, pour une capacité réelle de 125 000 personnes. Le déséquilibre entre le nombre d’agents pénitentiaires et celui des détenus est tel que les missions des agents liées à la sécurité ou à la rééducation des prisonniers deviennent impossibles à mener, ouvrant la voie aux évasions, parfois massives, ainsi qu’aux conflits et à l’autogestion de la vie quotidienne par les détenus eux-mêmes. Les contraintes budgétaires détériorent l’approvisionnement alimentaire et les conditions sanitaires, renforçant l’inégalité financière entre détenus. Les plus avantagés s’octroient chambre, nourriture et domestiques, tandis que ceux sans soutien financier ou familial recherchent des protections et autres ressources. Ils sont alors vulnérables au recrutement par des réseaux criminels ou terroristes.
Notes de bas de page
1 Marcus Mietzner, 2018, « From Autocracy to Coalitional Presidentialism: The Post-Authoritarian Transformation of Indonesia’s Presidency », Kyoto Review of Southeast Asia, vol. 24, n° 3.
2 Le ministère de la Santé a annoncé que la majorité des administrateurs électoraux locaux qui sont décédés après avoir travaillé de longues heures le jour des scrutins et du dépouillement des bulletins avaient subi un AVC, une crise cardiaque, une insuffisance respiratoire et de l’asthme.
3 Juli Hantoro, 2019, « Jokowi Menang di 21 Provinsi, ini Daftar Lengkap Rekapitulasi KPU » [Jokowi gagne dans 21 provinces, voici un récapitulatif complet de la KPU], Tempo, 21 mai.
4 Dieqy Hasbi Widhana, 2019, « Bagaimana Jokowi Khianati Reformasi dengan Hidupkan Dwifungsi ABRI » [Comment Jokowi a trahi la Reformasi en ressuscitant la double fonction des forces armées nationales indonésiennes], tirto.id, 7 février.
5 Kornelius Purba, 2019, « End police power to punish everything under the sun », The Jakarta Post, 15 octobre.
6 Rio Apinino, 2019, « MoU TNI-Polri Tangani Demonstrasi dan Mogok Kerja Diperpanjang » [Le protocole d'accord TNI-Polri pour faire face aux manifestations et aux grèves est prolongé], tirto.id, 2 février.
7 Syailendra Persada, 2019, « Amnesty International : Polisi Berlebihan Hadapi Demo Mahasiswa » [Amnesty International : des abus policiers contre les manifestants étudiants], Tempo, 26 septembre.
8 Depuis 2004, la KPK a emprisonné plus de quatre mille personnes (ministres, députés, fonctionnaires, hommes d’affaires et responsables politiques locaux). Cf. aussi Rémy Madinier, 2019, « L’Indonésie choisit la démocratie », Le Monde diplomatique, juin, p. 9.
9 Vedi R. Hadiz, « Indonesia’s Year of Democratic Setbacks: Towards a New Phase of Deepening Illiberalism ? », Bulletin of Indonesian Economic Studies vol. 53, no 3, p. 261‑78.
10 En 2017, un rapport de l’ONG Oxfam classait l’Indonésie au sixième rang des pays les plus inégalitaires : les quatre hommes les plus fortunés y sont plus riches que les cent millions de personnes les plus pauvres, soit près de 40 % de la population.
11 Adi Briantika, 2019, « Anarko-Sindikalis Dianggap Sebagai Pemicu Kerusuhan Demo Hari Buruh » [L'Anarcho-syndicalisme est soupçonné d'avoir provoqué les émeutes pendant la fête du Travail], tirto.id, 2 mai.
12 Ward Berenschot, chercheur du KITLV, dans une discussion organisée par PCI Nahdlatul Ulama, PPI Leiden et Iluni UI sur « Politik Kewargaan Paska Pilpres 2019 » [Politique citoyenne post-élection présidentielle de 2019], à Leyde, le 16 octobre 2019.
13 Raymundus Rikang, 2019, « Radikalisme pegawai Negeri » [Le radicalisme chez les fonctionnaires], Tempo.com, 26 octobre.
14 IPAC, 2019, « The Ongoing Problem of Pro-ISIS Cells in Indonesia », IPAC Report, n° 39, 29 avril.
15 Vedi Arianti, 2019, « After Jokowi’s First Term, What Next for Indonesian Militant Groups? », RSIS Commentary, n° 185, 23 septembre.
16 « Vonis Hukuman Mati Naik 236 Persen di Era Jokowi » [Les condamnations à mort ont augmenté de 236 pour cent durant l’ère Jokowi], CNN Indonesia, 11 octobre 2019.
17 Pour des propositions explicatives, cf. Victor Mambor et Syofiardi Bachyul, 2019, « Wamena investigation. What the government is not telling us », The Jakarta Post, 26 novembre.
18 « Dituding Jadi Pemicu Kerusuhan di Papua Barat, Ormas di Surabaya : Ada yang Melintir di Media Sosial » [Accusées d’être les instigatrices des émeutes en Papouasie occidentale, les Ormas de Surabaya affirment que ce sont des rumeurs véhiculées dans les réseaux sociaux], Wartakota.com, 20 août 2019.
19 John McBeth, 2019, « Indonesia turning away from resource nationalism », Asia Times, 2 août.
20 Elba Damhuri, 2019, « Erick Thohir, Game Changer in the Ministry of BUMN », Republika.co.id, 6 décembre.
21 Greenpeace Indonesia, 2019, « Tanggapan Greenpeace Indonesia Terhadap Rencana Pemindahan Ibukota Indonesia ke Kalimantan Timur » [La réaction de Greenpeace Indonésie au projet de déménager la capitale indonésienne à Bornéo Est], 27 août.
22 « L'économie numérique indonésienne, pole position en Asie du Sud-Est », Le Petit Journal, 23 octobre 2019.
23 Stefanno Reinard Sulaiman, 2019, « Is Indonesia losing favorable clean energy policies? », The Jakarta Post, 4 mars.
24 BBC News, “Indonesia haze: Why do forests keep burning?”, 16 septembre 2019.
25 Greenpeace Southeast Asia, “ASEAN Haze 2019: The battle of liability”, 1er novembre 2019.
26 Lusia Arumingtyas et Mochamad Ade Maulidin, “Pengembalian Limbah B3 Tak Sampai Negara Asal? Importir Terancam Sanksi” [Les déchets B3 ne parviennent pas jusqu’aux pays expéditeurs ? Les importateurs menacent de sanctions], Mongabay, 7 novembre 2019.
27 Voir l’Asia Power Index 2019, (https://power.lowyinstitute.org/).
28 Prashanth Parameswaran, 2019, « Where Is the New ASEAN “Our Eyes” Intelligence Initiative Headed? », The Diplomat, 5 février.
Auteurs
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Gloria Truly Estrelita
Gloria Truly ESTRELITA est doctorante en histoire, rattachée à l’EHESS (Paris) et au Centre de recherches sur l’Asie du Sud-Est (CASE). Ses recherches portent sur l’enfermement et la punition, principalement en Indonésie, ainsi que le rôle des institutions religieuses dans le système carcéral, en particulier de l’Église catholique. Elle a récemment participé comme consultante au documentaire sur la répression anticommuniste en Indonésie en 1965, « Le soliloque des muets », réalisé par Stéphane Roland. Elle est boursière de l’IRASEC 2019.
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Gabriel Facal
Gabriel FACAL est chercheur post-doctorant en anthropologie sociale, rattaché à l’Institut de recherches asiatiques (Irasia, Marseille) et au Centre de recherches sur l’Asie du Sud-Est (CASE, Paris). Ses travaux portent sur les initiations martiales du monde malais, les « réseaux politiques parallèles » en Indonésie et les groupes islamistes violents indonésiens. Il a dernièrement publié “Islamic Defenders Front militia (FPI) of Indonesia and its impact on growing religious intolerance since 2014”, Trans-Regional and -National Studies of Southeast Asia (Nanyang Technological University, 2019, Singapour).
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L’Asie du Sud-Est 2017 : bilan, enjeux et perspectives
Abigaël Pesses et Claire Thi-Liên Tran (dir.)
2017
L’Asie du Sud-Est 2010 : les évènements majeurs de l’année
Arnaud Leveau et Benoît de Tréglodé (dir.)
2010
L’Asie du Sud-Est 2012 : les évènements majeurs de l’année
Jérémy Jammes et Benoît de Tréglodé (dir.)
2012
L’Asie du Sud-Est 2014 : bilan, enjeux et perspectives
Jérémy Jammes et François Robinne (dir.)
2014
L’Asie du Sud-Est 2015 : bilan, enjeux et perspectives
Abigaël Pesses et François Robinne (dir.)
2015
L’Asie du Sud-Est 2018 : bilan, enjeux et perspectives
Abigaël Pesses et Claire Thi Liên Tran (dir.)
2018
