Malaisie
L’année des « promesses tenues » ?
p. 219-242
Texte intégral
1Janji ditepati (Les promesses ont été tenues) est le slogan qui célèbre cette année le 55e anniversaire de l’indépendance de la Malaisie. Apposé sur l’affiche à côté d’un grand « 1 » aux couleurs de la Malaisie, c’est-à-dire le logo de la politique 1Malaysia appliquée par Najib Rasak depuis son arrivée au pouvoir en avril 2009, ce slogan est devenu le symbole d’un gouvernement davantage soucieux de soigner son image avant des élections législatives, qui se tiendront au plus tard en juin 2013, que de rassembler la population en cette journée commémorative. Les festivités, pourtant organisées sur la place de l’Indépendance (Dataran Merdeka), étaient par ailleurs réservées aux seuls membres du Front national (Barisan Nasional, ou BN, la coalition au pouvoir depuis l’indépendance qui regroupe l’Organisation nationale unifiée malaise – United Malay National Organization, ou UMNO –, le Congrès des Indiens de Malaisie – Malaysian Indian Congress, ou MIC – et l’Association des Chinois de Malaisie – Malaysian Chinese Association, ou MCA). Utiliser ce slogan électoral le 30 août, jour anniversaire de l’indépendance, a par ailleurs été perçu par l’opposition comme une tentative de réécriture de l’histoire, faisant du BN, et non du peuple, l’acteur principal de la lutte pour l’indépendance1.
2Au-delà de cette polémique, les promesses ont-elles été tenues ? Soumis à une pression grandissante de la part de la société civile, le Premier ministre Najib avait promis en septembre 2011 une ouverture démocratique, de plus grandes libertés publiques et l’abrogation des lois d’exception qui permettaient de maintenir en détention et sans procès toute personne soupçonnée de porter atteinte à la sécurité du pays. Il avait annoncé un changement qui serait « le plus important “check-up” que le système malaisien a connu depuis l’indépendance en 19572 ». Cette annonce a suscité, sinon des espoirs, du moins des mouvements de protestation de plus en plus fréquents et variés. Si le gouvernement y a répondu par la multiplication de réformes politiques, ces dernières se révèlent cependant être en trompe-l’œil et l’opposition y voit même une régression sans précédent de la liberté d’expression. Promesses électorales ou réelle volonté de changement ? Depuis que Najib a annoncé en juin 2011 que des élections anticipées devraient avoir lieu, le pays est en campagne électorale. Tous les mois, le gouvernement, qui cherche la période la plus favorable pour l’UMNO, affirme que c’est pour bientôt sans donner d’éléments précis, et les journalistes et l’opposition de spéculer sur une date possible, le mois suivant en général. Cette attente, qui finit par lasser les Malaisiens, renforce la coalition d’opposition, l’Alliance du peuple (Pakatan Rakyat, ou PR) regroupant trois partis : le Parti de la justice nationale (Parti Keadilan Rakyat, ou PKR), le Parti d’action démocratique (Democratic Action Party, ou DAP) et le Parti islamique malais (Parti Islam SeMalaysia, ou PAS). Même le Sabah et le Sarawak, qui disposent de 25 % des sièges du Parlement et qui ont toujours été des bastions assurés à l’UMNO, ne croient plus aux promesses du gouvernement et regardent de plus en plus vers l’opposition. Pour améliorer sa popularité, Najib peut cependant compter sur la bonne santé de l’économie et sur un budget 2013 qui, comme celui de 2012, est surtout électoral et distribue largement des aides financières aux électeurs traditionnels de l’UMNO.
1 - Une société civile de plus en plus pressante
3L’activisme politique de la société civile est en pleine croissance en Malaisie depuis la fin des années 2000. En 2007, six cents personnes ont répondu à l’appel du Congrès malaisien des syndicats à manifester devant le bureau du Premier ministre afin d’obtenir une loi fixant un salaire minimum. En septembre de la même année, le Conseil du barreau malaisien, dont Ambiga Sreenevasan3 était alors présidente, organise une marche pour la justice regroupant près de 2 000 personnes. Le 9 novembre 2007, 30 000 à 50 000 personnes participent à la première marche de Bersih (« propre » en malais) afin de demander au pouvoir l’organisation d’élections générales libres, équitables et transparentes. Elle est suivie, à peine quinze jours après et avec autant de succès, par une marche pour la défense des droits de la minorité hindoue (Hindu Rights Action Force, ou HINDRAF). En juillet 2011, Bersih 2.0, la deuxième marche de Bersih, a surpris et inquiété le gouvernement par l’ampleur de la manifestation et le soutien, tant national qu’international, qu’elle a reçu.
4Le 28 avril 2012, soit moins d’un an après Bersih 2.0, quatre-vingt-quatre organisations issues de la société civile se sont à nouveau rassemblées afin de protester contre le peu de mesures prises par la commission électorale. Dans son rapport rendu le 3 avril, ce comité parlementaire, mis en place juste après Bersih 2.0 pour réformer le système électoral, a accédé à certaines demandes comme l’utilisation d’encre indélébile lors de l’élection pour éviter les fraudes ; il n’a cependant pris aucune mesure pour supprimer des listes électorales les « électeurs fantômes », ni pour rallonger la période de campagne électorale à vingt et un jours contre sept seulement prévus pour l’instant ou pour faire appel à des observateurs internationaux. Il n’est pas non plus revenu sur les limites des circonscriptions électorales qui favorisent une surreprésentation des populations rurales, massivement acquises à l’UMNO, au détriment des populations urbaines davantage acquises à l’opposition. D’après Steve Gan4, le Barisan Nasional pourrait ainsi obtenir la majorité des sièges avec seulement 15 % à 20 % des votes.
5Le bilan politique de Bersih 3.0 peut apparaître au premier abord comme plus mitigé que celui de Bersih 2.05. La presse malaisienne, complètement acquise à l’UMNO, a notamment dénoncé les violences qui ont entaché la manifestation. Les manifestants auraient délibérément provoqué la police en pénétrant sur la place défendue, l’esplanade Dataran Merdeka où fut proclamée l’indépendance ; il s’en est suivi une répression violente – alors que la police avait fait davantage preuve de retenue que lors de Bersih 2.0 – et l’interpellation de trois cent quatre-vingt-huit manifestants. La presse dénonce également la perte d’indépendance du mouvement Bersih qui aurait été récupéré par la coalition d’opposition, le Pakatan Rakyat (PR), dirigée par Anwar Ibrahim6. Ce dernier est même accusé, avec deux autres dirigeants du PKR (Azmin Ali et Badrul Hisham Shaharin), d’avoir manipulé les foules en les incitant à pénétrer sur la place de l’Indépendance. Pour Ambiga Sreenevasan, une des leaders du mouvement : « Si Bersih 2.0 était déjà un succès, Bersih 3.0 est un succès éclatant. C’est comme si un barrage avait fini par céder car il n’était plus possible de retenir l’eau7. » Le nombre de participants rassemblés, estimé entre 100 000 et 250 000, est en effet le plus important depuis les manifestations Reformasi de 1998 qui s’opposaient au Premier ministre de l’époque, Mohammad Mahathir. Ambiga Sreenevasan se défend également de toute récupération : « L’opposition peut nous soutenir, mais cela ne signifie pas que nous soutenons nécessairement l’opposition. »
6Après le jaune, couleur du pouvoir royal devenue le symbole de l’opposition du mouvement Bersih au gouvernement Najib, on trouve l’orange des employés de la Federal Land Development Authority (Felda), une agence gouvernementale chargée depuis 1957 d’ouvrir des fronts pionniers agricoles en allouant des terres à des familles. Tous vêtus d’un T-shirt orange et répondant à l’appel d’un collectif d’ONG, le Gerakan Selamatkan Felda (Rassemblement pour sauver la Felda), ils ont été près de 2 000 à manifester le 14 juillet8 contre l’entrée en Bourse de la Felda Global Ventures Holding, une branche de la Felda. Avec cette arrivée d’investisseurs étrangers, ils craignent la confiscation de leurs terres. Les milliers de fermiers et de petits propriétaires fonciers, presque exclusivement malais et formant une base électorale importante de l’UMNO, ont cependant été temporairement apaisés par une distribution d’enveloppes de 15 000 ringgit (près de 3 750 euros) et l’assurance de pouvoir bénéficier d’actions à un prix préférentiel.
7Après l’orange, il y a le vert des mouvements écologistes Himpunan Hijau Raub (Rassemblement vert des Raub) et des anti-Lynas. Les premiers dénoncent l’utilisation de cyanure pour l’extraction de l’or dans des mines de Raub (État du Pahang) exploitées depuis 2007 par l’entreprise australienne Raub Australia Gold Mining. Ils sont descendus dans la rue plusieurs fois en 2012, vêtus de vert, pour alerter le gouvernement sur le développement de maladies liées à l’exposition aux résidus de cyanure qui se propagent dans la nature et pour demander un arrêt de l’usine. Les seconds s’opposent à l’ouverture d’une usine de traitement de terres rares (métaux utilisés dans la haute technologie) sur la côte est dans l’État de Pahang et seulement à 2 kilomètres des zones résidentielles. L’entreprise Lynas possède en Australie l’un des plus riches gisements au monde de terres rares, Mount Weld9. Son coût de production, même en important les terres rares, serait réduit de 75 % grâce à l’implantation en Malaisie, d’autant qu’elle bénéficie d’une exemption d’impôts de douze ans dans le cadre de la politique malaisienne d’incitation aux investissements étrangers dans les secteurs « pionniers ». Les opposants qui ont manifesté à Kuantan le 9 février 2011 et le 26 février 2012 et à Kuala Lumpur en février et en juin 2012, tous vêtus de vert, estiment que cette usine présente de sérieux risques pour la santé des habitants et pour l’environnement. Non seulement elle est bien loin d’observer les quarante et une conditions de respect de l’environnement imposées en Australie, mais surtout aucune mesure n’a été prévue pour traiter les 280 000 tonnes de déchets radioactifs qui se déverseront dans la rivière Bulok. En février 2012, le Conseil pour l’énergie atomique de Malaisie a conditionné l’ouverture de l’usine à l’élaboration d’un plan de traitement des déchets. Sans qu’aucune solution ait été trouvée, Lynas a pourtant reçu le 5 septembre 2012 une autorisation d’exploitation temporaire de deux ans.
8Ces mouvements de protestation se sont retrouvés le jour de la fête de l’Indépendance, le 30 août, lors d’un rassemblement pacifique, le Janji demokrasi (Promesse de la démocratie), faisant délibérément écho au Janji ditepati du gouvernement. Ils ont été rejoints par une cinquantaine d’ONG et, notamment, par l’association Save Jalan Sultan qui s’oppose à la construction d’une nouvelle station de métro (MRT) en plein cœur du quartier chinois de Kuala Lumpur, menaçant directement la survie du patrimoine de la ville. Afin de ne pas provoquer la police, les manifestants sont descendus dans la rue sans banderole ni mégaphone, mais en portant des T-shirts jaunes, verts ou oranges devenus les symboles de leur opposition. Des rassemblements similaires ont eu lieu dans les États de Malacca, de Johor et de Penang.
2 - Des réformes démocratiques en trompe-l’œil
9La multiplication de ces mouvements de protestation pourrait-elle être le signe tangible d’une plus grande liberté d’expression en Malaisie ? Le 17 avril 2012, l’Internal Security Act (ISA) de 1960 a été remplacé par la Security Offense Bill. Cette loi offre certes de nouvelles garanties – la détention d’un suspect, par exemple, ne peut être décidée que par un tribunal et ne peut plus être indéfinie – mais bien des zones d’ombre demeurent : la période de détention sans comparution devant un juge est encore de vingt-huit jours (contre soixante-huit jours pour l’ISA) et, surtout, la définition d’« activité politique » menaçant le pays est très vague, permettant encore d’arrêter de simples militants pacifiques, alors que le pouvoir et les prérogatives de la police ont été accrus. De même, les fondements de la « loi d’harmonie nationale » (National Harmony Act), qui remplace depuis juillet le Sedition Act de 1948, reposent sur une interprétation très restreinte de la liberté d’expression. Cette nouvelle législation permet, en théorie et à la différence du Sedition Act, de critiquer sans crainte le gouvernement et ses dirigeants afin, selon le ministre Datuk Seri Nazri Aziz, « de les aider à prendre conscience des difficultés et des faiblesses du pays10 ». Il s’empresse cependant d’ajouter que cette liberté d’expression ne saurait être totale, car il est du devoir du gouvernement de protéger l’harmonie entre les différentes communautés et religions du pays ainsi que les institutions de la royauté malaise. Tout propos et manifestation irresponsables menaçant l’unité du pays continueront ainsi d’être condamnés. La limite est bien fragile et il est légitime de se demander si toutes les communautés et religions bénéficieront de cette même protection, tant un mouvement d’extrême droite comme Perkasa ou des journaux comme Utusan Malaysya ont pu proférer des propos ouvertement racistes sans jamais être inquiétés11.
10Mêmes ambiguïtés concernant la nouvelle loi sur les rassemblements pacifiques, le Peaceful Assembly Act : ratifié par le Parlement le 29 novembre 2011, il se substitue au chapitre 27 du Police Act. Il est présenté par le gouvernement comme une formidable avancée démocratique12, mais l’opposition et le barreau national y voient plutôt une régression de la liberté de manifester13 : si une autorisation de la police n’est plus nécessaire pour organiser un rassemblement, il faut néanmoins l’annoncer au moins dix jours auparavant aux forces de l’ordre qui peuvent être amenées à imposer des restrictions et des conditions ; par ailleurs, toute manifestation de rue est interdite et les rassemblements doivent avoir lieu à plus de 50 mètres de « lieux interdits » comme les hôpitaux, les aéroports, les stations-service, les écoles, les quartiers de bureaux, etc. Lors de son discours de présentation de la loi, Najib a dit s’être inspiré des autres démocraties pour écrire cette loi permettant désormais les rassemblements publics ; il ajoute cependant que cette loi n’est pas pour autant une carte blanche à toutes les manifestations de rue car les émeutes de 1969, même si les nouvelles générations ne les ont pas connues, ne sont pas si loin14.
11L’amendement de loi sur les universités (University and University College Act), déposé le 9 avril 2012 au Parlement pour ouvrir davantage l’espace politique aux étudiants, est également une réforme en trompe-l’œil. Depuis la loi de 1971, les étudiants n’ont pas le droit d’appartenir à un parti politique ou à une organisation de la société civile. Or, si ce nouvel amendement les y autorise, il est accompagné de telles restrictions qu’il devient de fait une coquille vide. Les étudiants ne peuvent ainsi ni faire de politique au sein du campus ni briguer un poste dans une association d’étudiants s’ils adhèrent déjà à une formation politique ; et, surtout, il peut leur être interdit de rejoindre une organisation que l’université considère « comme inadéquate avec l’intérêt et le bienêtre de l’étudiant et de l’université15 ». Les étudiants se sont néanmoins saisis de cette avancée pour demander une réforme des élections universitaires16 : date fixe des élections, implication des étudiants dans le comité des élections, organe indépendant pour surveiller le déroulement des élections, système de vote plus transparent, liberté de campagne et distribution d’aides financières identiques pour tous les étudiants. En répondant si peu aux demandes des étudiants, le gouvernement fragilise sa base électorale ; il oublie en effet que lors des prochaines élections, sur les 12,9 millions de votants inscrits sur les listes électorales, 2,5 millions d’électeurs, soit près de 20 %, voteront pour la première fois.
12Contrairement à l’orientation politique prise et annoncée en septembre 2011, plus les élections se rapprochent, plus Najib cherche à étouffer les voix dissidentes, quitte à revenir sur des acquis de la société civile. L’amendement 114 de l’Evidence Act adopté en avril 2012 porte ainsi directement atteinte à la liberté d’expression sur Internet. Ce texte autorise les poursuites contre les hébergeurs, les fournisseurs d’accès et les internautes qui diffuseraient des contenus diffamatoires envers le pouvoir en place. Or, avec un taux de pénétration de 62 %, le plus fort d’Asie du Sud-Est derrière Singapour, et 12 millions d’abonnés à Facebook sur une population de 28 millions d’habitants, Internet est devenu l’outil privilégié de la contestation politique en Malaisie. Contrairement à la presse papier et la télévision qui sont sous le contrôle du gouvernement, les médias électroniques comme Malaysiakini, Malaysia Insider ou Freemalaysia sont plus libres et peuvent ainsi diffuser des informations alternatives et laisser la parole aux internautes contestataires. Cette nouvelle loi va totalement à l’encontre de l’engagement pris par le gouvernement en 1996, à l’occasion du lancement du Multimedia Super Corridor. Afin d’attirer des multinationales de haute technologie, il avait alors assuré qu’aucune censure ne serait exercée sur Internet. Pour protester contre ce projet de censure, les internautes malaisiens ont massivement participé, le 14 août 2012, à une journée « écran noir ». Des dizaines de sites ont mis en page d’accueil un « pop-up » noir, avec la mention « Stop 114A », du nom de l’amendement adopté en avril et publié au Journal officiel du 31 juillet, et les blogueurs sont restés silencieux17. À la suite de cette fronde, Najib a annoncé qu’il reviendrait sur ce texte18 mais, en septembre 2012, nouveau revirement, il a au contraire expliqué les bienfaits de cette loi « moderne et tournée vers l’avenir » qui encourage les utilisateurs d’Internet à être responsables et les protège « du cyber-harcèlement ou de la cyber-intimidation ».
3 - Dans l’attente des élections, l’opposition se renforce
132012 est l’année du retour sur la scène politique du dirigeant du PR, Anwar Ibrahim, emblème du mouvement réformateur des années 1980-1990 et leader du mouvement de réformes de 1998, Reformasi. Écarté à nouveau de la politique en 2010, à la suite des accusations de pratiques sexuelles délictueuses à l’encontre de l’un de ses conseillers, il a finalement été acquitté le 9 janvier 2012 dans cette affaire connue sous le nom de Sodomy 2.
14La coalition d’opposition PR a réussi à récupérer une partie des électeurs chinois et indiens traditionnellement acquis à la MCA (Malaysian Chinese Association) et au MIC (Malaysian Indian Congress) de la coalition au pouvoir BN (Barisan Nasional). Les restrictions concernant l’ouverture de classes primaires en langue chinoise et les quotas communautaires appliqués dans les universités publiques au bénéfice des Malais, auxquels est accordée la majorité des places, sont parmi les raisons expliquant le ralliement des Chinois à l’opposition et notamment au DAP, un parti théoriquement transcommunautaire, mais en réalité surtout composé de Chinois et d’Indiens. Le MIC a toujours été le parti le plus faible de la coalition du BN. Les défections des Indiens vis-à-vis du MIC ont atteint un pic en 2007 avec les protestations de l’organisation HINDRAF (Hindu Rights Action Force) contre la destruction de temples hindous, la marginalisation des écoles tamoules et de nombreux conflits liés à la conversion d’hindous à l’islam19. Le BN et Najib ont reconquis en partie cet électorat en nommant des Indiens à des postes politiques et dans la fonction publique20, en favorisant leurs quotas d’entrée à l’université et en augmentant le budget dévolu aux écoles tamoules. Cependant, la communauté indienne, qui compte pour 7 % des Malaisiens, a été choquée après Bersih 3.0 par le harcèlement subi par Ambiga Sreenevasan, leader féminine du mouvement d’origine indienne : menaces de mort (22 juin, 30 juin), installation devant sa maison d’étals vendant des hamburgers alors qu’en raison de sa religion elle est végétarienne (21 et 24 mai), défilés d’anciens combattants baissant leur pantalon devant son perron (15 mai), demande de châtiment pour cette « traître à la nation et au roi » (26 juin) et cette « antéchrist » (6 avril), intimidation judiciaire et demandes de remboursement de 122 000 ringgit pour les dégâts occasionnés lors de Bersih 3.0 (23 mai)… Les attaques à son encontre, particulièrement racistes, n’ont jamais été condamnées ni même dénoncées par un gouvernement qui risque fort de perdre à nouveau son électorat indien.
15La coalition PR est néanmoins affaiblie par les divisions entre réformistes et islamistes21. Les positions divergentes du PAS et du DAP concernant la place de l’islam dans la société fragilisent ainsi le PKR. En août 2012, une vive altercation a opposé des représentants du PAS et du DAP concernant l’application des hudud, c’est-à-dire les sanctions pénales islamiques requises en cas de transgression des lois. Karpal Singh, du DAP, affirme que leur instauration n’est pas dans l’intérêt de la nation et que, de toute façon, le gouvernement fédéral s’y est toujours opposé. Nasharudin, du PAS, l’accuse en retour d’être anti-musulman. Cette controverse fait alors la Une des journaux malais et les théologiens (oulémas) de l’UMNO s’engouffrent dans la brèche pour dépeindre le PAS comme une menace à l’encontre des musulmans et des Malais du pays22. Utusan Malaysia, principal journal en langue malaise et propriété de l’UMNO, affirme même qu’il est haram (interdit, tabou) pour les musulmans de voter pour le DAP23. De même, si le PAS a participé avec l’UMNO aux manifestations du 22 septembre contre le film antimusulman Innocence of Muslims de Sam Bacile, le DAP s’est abstenu ; le président du DAP du Perak affirmant même dans un tweet que ces manifestations étaient une perte de temps et d’énergie24.
4 - Un Barisan Nasional fragilisé qui se replie sur son électorat malais
16Incapable de regagner l’électorat non malais, le BN cherche à convaincre les Malais égarés de revenir dans son giron en attisant les divisions communautaires. Le discours de Najib du 13 septembre devant une assemblée de l’UMNO du Pahang est particulièrement explicite. Il affirme ainsi que les résultats des prochaines élections « n’ont rien à voir avec le fait de perdre ou de gagner, mais avec la question de la survie des Malais25 ». Selon lui, le PKR étant faible, la coalition d’opposition est dominée par le DAP « qui n’a jamais été très heureux de la position des Malais et des musulmans ». En reprenant les thématiques racistes de Perkasa, une organisation nationaliste malaise qui a toujours diabolisé le DAP, Najib enterre la politique 1Malaysia qu’il avait lui-même lancée en 2009 afin de promouvoir l’unité du pays dans sa diversité et aider les plus pauvres quelle que soit leur origine. Cet extrémisme si éloigné du début de sa mandature s’explique par la crainte de perdre à nouveau une partie de son électorat malais, notamment celui des villes et de la classe moyenne. Si, lors des élections de 2008, le BN avait seulement perdu 5 % de votes malais par rapport à 2004, cette perte était cependant nettement plus importante dans les États riches et urbanisés de la côte ouest de la péninsule malaise, notamment ceux de Penang, Selangor et Kuala Lumpur26. Les Malais ont eux aussi participé à Bersih 3.0, comme le confirme indirectement le gouvernement en ayant recours au Conseil national de la fatwa (CNF), la plus haute autorité musulmane de la Malaisie, pour les dissuader de prendre part aux mouvements d’opposition. Le 7 mai 2012, soit juste après Bersih 3.0, le CNF a déclaré haram la participation à des rassemblements « improductifs » troublant l’ordre public et visant à renverser un gouvernement légitimement élu.
17Najib et le BN ont par ailleurs été affaiblis par plusieurs affaires de corruption dont les procès ont débuté en 2012. La plus embarrassante pour Najib est celle de la vente de sous-marins de type Scorpène, une affaire qui remonte à 2002, lorsqu’il était ministre de la Défense, et que l’on croyait enterrée, mais qui a été relancée en mars 2012 par de nouveaux éléments d’enquête apportés par l’association anti-corruption malaisienne Suara Rakyat Malaysia (SUARAM)27. L’affaire de corruption présumée, qui a fait la Une de la presse malaisienne sur Internet, implique la société d’armement française Thalès et une partie de la classe politique de l’UMNO. Selon les derniers éléments de l’enquête, un pot-de-vin de 150 millions d’euros aurait été versé à des membres de l’UMNO, mais aussi à des entreprises françaises sous la forme de rétro-commissions. Najib, qui a toujours nié sa culpabilité, dénonce un procès opportuniste motivé par des raisons politiques. L’autre affaire retentissante implique la National Feedlot Corporation (NFC). Cette entreprise créée en 2006 devait favoriser la production du bétail en Malaisie afin de réduire l’importation de bœufs. Elle a reçu pour cela 250 millions de ringgit (62,5 millions d’euros) de la part du gouvernement. L’argent a cependant été détourné au profit de l’achat de condominiums de luxe à Kuala Lumpur.
18En arrivant au pouvoir, Najib avait promis d’éradiquer la corruption du pays ; or, d’après l’opposition, cette promesse est loin d’être tenue et risque de pénaliser la croissance du pays. L’indice de perception de la corruption (IPC), créé en 1995 par l’ONG Transparency International, se dégrade depuis quatre ans ; il est passé de 5,1 en 2008, à 4,5 en 2009, 4,4 en 2010 et 4,3 en 2011. Un résultat bien éloigné de celui de Singapour (9,2) – la note 10 signifiant l’absence complète de corruption.
5 - Sabah et Sarawak, les États clefs des élections
19Le Sabah est contrôlé par l’UMNO depuis 1994 et le Sarawak par le Parti Pesaka Bumiputera Bersatu (PBB), un parti appartenant à la coalition Barisan. En 2008, le Barisan Nasional a perdu contre l’opposition dans la péninsule malaise et ce sont seulement les sièges gagnés dans ces deux États de l’est qui lui ont permis de rester au pouvoir28. Cependant, en août 2012, quatre députés du BN ont décidé de passer à l’opposition ; ce changement d’obédience politique durant un mandat électoral devient tellement fréquent en Malaisie que des voix s’élèvent désormais pour demander une loi l’interdisant29. Par ce changement d’obédience politique, ils veulent dénoncer la corruption chronique et l’afflux de migrants philippins et indonésiens, soutenus selon eux tacitement par l’UMNO afin de venir gonfler la part des Malais dans l’État. Les nouveaux migrants, même illégaux, obtiendraient sans difficulté une carte de citoyen malaisien et le droit de vote30. Afin d’enrayer ces défections qui avaient même provoqué en 1995 un changement de majorité du Parlement de l’État du Sabah, Najib a annoncé la création d’une Commission royale d’enquête chargée d’évaluer la légalité et le nombre de nouveaux votants immigrés. Par ailleurs, l’opposition est passée à l’offensive en proclamant le 16 septembre 2012 la « Déclaration de Kuching ». En cas de victoire, elle promet aux deux États de restaurer leur autonomie, d’instaurer une commission sur les problèmes d’immigration, d’augmenter leur part de royalties pétrolières de 5 % à 20 %, de restaurer le droit des habitants originels sur les terres et de développer des infrastructures afin que leur niveau de développement devienne semblable à celui du reste de la Malaisie31.
6 - Une économie qui se porte bien, mais qui s’endette
20L’économie malaisienne se porte bien ; elle a enregistré un taux de croissance de 4,9 % au premier trimestre 2012 et même un taux inattendu de 5,4 % au deuxième trimestre. Comme l’an passé, cette croissance est due à une augmentation de la consommation intérieure qui a crû de 9 % au deuxième trimestre 2012. Elle est soutenue en partie par la multiplication des aides financières gouvernementales, dont le montant s’est élevé à 3 milliards de ringgit (750 millions d’euros) en 2012. Pour l’opposition, ces mesures financières ne visent pas tant à soutenir les ménages les plus modestes en cette période d’inflation et à amortir les coupes dans les subventions qu’à s’assurer des votes lors des prochaines élections. Il est en effet difficile de ne pas y voir des cadeaux préélectoraux. En mars 2012, le gouvernement a annoncé une hausse des salaires comprise entre 7 % et 13 % pour l’ensemble des fonctionnaires, presque exclusivement malais. La distribution de 500 ringgit (125 euros) aux ménages les plus pauvres, c’est-à-dire majoritairement des agriculteurs, serait également un moyen, selon l’opposition, de conserver le vote des Malais ruraux. Le gouvernement a aussi distribué des bons de 500 ringgit (125 euros) à chaque chauffeur de taxi licencié pour l’achat de quatre nouveaux pneus, de 200 ringgit (50 euros) aux étudiants pour acheter des livres ou encore des enveloppes de 5 000 ringgit (1 250 euros) à chaque famille travaillant pour la Felda afin de restaurer leur maison. Le budget 2013, présenté le 28 septembre devant le Parlement, est dans la continuité directe de cette politique : il prévoit 251,6 milliards de ringgit (62,9 milliards d’euros) de dépenses publiques, soit une hausse de 8 % par rapport à 2011. Ce budget, qualifié de populiste par l’opposition, compromet l’ambition du gouvernement de ramener le déficit budgétaire à 3 % du produit intérieur brut (PIB) en 201532. Il s’élevait à 5,3 % du PIB en 2011 et, si le gouvernement prévoit de le ramener à 4,7 % en 2012, les économistes sont sceptiques et estiment que cet objectif est peu réalisable tant que les recettes fiscales ne seront pas en augmentation, soit par la mise en place d’une TVA (autour de 4 %) évoquée depuis 2005, soit par l’augmentation du nombre de Malaisiens imposables ; ils ne sont qu’un million à payer un impôt sur le revenu. Or le budget 2013 prévoit une réduction de 1 % du niveau d’imposition pour tous les revenus. De ce fait, la Malaisie a le plus haut niveau d’endettement de la région et ses dépenses croissent à un rythme plus élevé que son PIB33. Pour y remédier, le gouvernement a lancé en 2010 un programme de révision graduelle des subventions (sucre, huile, farine ou essence) : hors santé et éducation, elles représentent 20 % des dépenses publiques. Ces coupes devraient permettre d’épargner 25 milliards d’euros d’ici 2014. Tant que les élections ne sont pas passées, l’exécutif tarde cependant à mettre en place cette politique. En juin 2012, il a ainsi annoncé un budget supplémentaire de 13,8 milliards de ringgit, dont près de 80 % sont alloués à maintenir les subventions concernant l’essence et l’augmentation du salaire des fonctionnaires.
21Motivé à la fois par des raisons électoralistes, mais aussi par l’ambition de sortir la Malaisie du modèle des « pays à bas coût34 », le gouvernement a annoncé, à la veille de la fête du Travail de 2012, l’instauration d’un salaire minimal : les 3,2 millions de salariés malaisiens gagnant aujourd’hui moins de 700 ringgit par mois (175 euros), et vivant par conséquent sous le seuil de pauvreté, toucheront un minimum de 900 ringgit (225 euros) en Malaisie péninsulaire et 800 ringgit (200 euros) dans les États de Sabah et Sarawak. Cette décision politique va en effet dans le sens du New Economic Model présenté en juin 2010 : son objectif est de promouvoir l’innovation, améliorer la qualification de la main-d’œuvre et les gains de productivité afin de permettre une hausse des revenus sans obérer la compétitivité. Il s’appuie sur le Programme de transformation économique (ETP) qui oriente les investissements vers douze secteurs d’activité (national key economic areas) déclinés en cent trente et un projets, identifiés comme moteur de la croissance du pays. Soutenus en partie par cette politique, les investissements publics et privés ont augmenté de 25 % au deuxième trimestre 2012. Une étude du Malaysian Institute of Economic Research (MIER) souligne cependant que le développement à long terme des ETP pourrait être menacé par la forte croissance des flux d’investissements malaisiens à l’étranger au détriment de l’investissement dans le pays.
22Caractérisée par une forte ouverture (les échanges extérieurs représentent 150 % du PIB), la Malaisie est directement affectée par le ralentissement de la croissance aux États-Unis et en Chine, par la crise de la dette en Europe et par l’instabilité au Moyen-Orient. Du fait d’un fort taux d’endettement et de cette dépendance extérieure – les exportations de la Malaisie vers l’Europe, les États-Unis et la Chine représentent 20 % du PIB du pays – un rapport de Roubini Global Economics a démontré que la Malaisie serait le pays de la zone asiatique à être le moins en mesure de réagir face à une poursuite de la crise économique mondiale. Dans un contexte d’incertitude sur les marchés financiers, la Malaisie a cependant surpris par la réussite de deux des plus importantes introductions en Bourse de l’année 2012. La Felda Global Venture, numéro trois mondial de l’huile de palme, a réussi à lever 2,6 milliards d’euros après son entrée à la Bourse de Kuala Lumpur, soit la deuxième plus grosse introduction en Bourse (IPO) de l’année juste derrière Facebook. La moitié de cette somme sera destinée à la replantation, plus de la moitié des palmiers à huile étant en fin de vie en Malaisie, ainsi qu’à l’extension des surfaces en Indonésie et en Afrique où le foncier est moins coûteux. Le leader malaisien des services de santé, IHH Healthcare, a connu la même réussite : le groupe a levé 1,62 milliard d’euros, lui permettant de devenir l’un des plus grands opérateurs d’hôpitaux privés cotés au monde. Ce succès de la Bursa Malaysia résulte directement de la politique de privatisation du gouvernement menée par Najib depuis son arrivée au pouvoir. Lors du budget 2012, il avait annoncé la libéralisation de dix-sept branches dans le secteur des services permettant une participation à hauteur de 100 % de capitaux étrangers. Le gouvernement cherche également à imposer Kuala Lumpur en tant que centre financier international.
23Les nombreuses tergiversations de Najib, faites d’avancées démocratiques dans le discours, mais de régressions concrètes dans l’application des nouvelles réformes, sont le reflet d’un homme politique incapable d’imposer ses choix et contraint de tenir compte de l’aile la plus conservatrice de l’UMNO. En ne choisissant pas, le Premier ministre risque de s’aliéner aussi bien son parti que les 2,4 millions de jeunes électeurs qu’il cherche à convaincre en multipliant les réformes. Ces mêmes hésitations lui font reculer la date des échéances électorales. Depuis les élections de 2008, le bipartisme, garant d’une plus grande démocratie, s’affirme progressivement en Malaisie35. En dépit de ses dissensions internes et de son absence d’existence juridique, le PKR apparaît comme une coalition plus durable que son prédécesseur, le Barisan Alternative de 1998-1999, qui avait implosé juste après les élections. Le PKR s’est doté depuis 2009 d’une Constitution et d’un logo commun et a réussi à maintenir cette alliance dans les quatre États (Penang, Selangor, Kelantan et Kedah) qu’il gouverne.
24Même si les ralliements communautaires demeurent une variable clef de la politique et si la libéralisation de la sphère publique qui a suivi la fin de l’ère Mahathir (2003) a aussi favorisé l’émergence d’ONG ethno-nationalistes comme Perkasa, s’autoproclamant défenseur de la communauté malaise et de la suprématie de la « race », de nouvelles ONG transcommunautaires émergent, défendant des enjeux dépassant les clivages ethniques, comme ceux de la lutte contre la corruption, le respect des droits de l’Homme ou la défense de l’environnement. Cette reconfiguration complète du paysage politique s’effectue pour l’instant sans conflits, mais certains – au nombre desquels Mahathir – prédisent le chaos si le PKR arrive au pouvoir.
La Malaisie

Annexe
Fiche Malaisie
Capitale : Kuala Lumpur
Superficie : 329 847 km²
Population (2011) : 28 928 607 hab.
Langue officielle : malais
Données politiques
Nature de l’État : monarchie fédérale
Nature du régime : constitutionnel
Suffrage : universel (à partir de 21 ans)
Chef de l’État : le Yang di Pertuan Agong sultan Abdul Halim Mu’adzan Shah (depuis avril 2012)
Premier ministre : Mohamed Najib bin Abdul Razak (depuis 2009)
Ministre des Affaires étrangères : Anifah Aman
Ministre de l’Intérieur : Hishammuddin Tun Hussein
Échéances : élections générales au printemps 2013
Contentieux territoriaux et maritimes : Brunei : contentieux maritime au nord de Bornéo (Louisa Reef) réglé par l’accord de mars 2009 sur les frontières, mis en œuvre en septembre 2010 Indonésie : dans la mer des Célèbes autour du plateau continental Ambalat, et délimitation des frontières maritimes situées aux larges des îles Sipadan et Ligitan, reconnues « malaisiennes » en 2002 par la Cour internationale de justice Philippines : souveraineté de l’État de Sabah, dans la partie nord de l’île de Bornéo République populaire de Chine, Philippines, Taiwan et Viêt Nam : souveraineté insulaire revendiquée dans les îles Spratley (îles d’Amboyna Cay, Barque Canada Reef, Commodore Reef et Royal Charlotte Reef)
Indicateurs démographiques et sociologiques
Principaux groupes ethniques (UNDP, 2006) : Bumiputera36 (62 %), Chinois (24 %), Indiens (7 %), autres (7 %)
Religions (2000) : musulmans (60,4 %), bouddhistes (19,2 %), chrétiens (9,1 %)
Taux de croissance démographique (est. 2011) : 1,576 %
Espérance de vie (2011) : 74,2 ans
Indice de fécondité (2011) : 2,67
Taux de natalité (2011) : 21,08 ‰
Taux de mortalité (2011) : 4,93 ‰
Taux de mortalité infantile (2011) : 15,02 ‰
Taux d’alphabétisation (> 15 ans) (2011) : 92,5 %
Taux d’urbanisation (2011) : 73 %
Indice de développement humain (2011) : 0,761 (rang 61)
Indicateurs économiques
Monnaie : ringgit (1 euro = 4,08 ringgit, mars 2012)
Balance des paiements courants (est. 2010) : 34,14 milliards $ US
Dette extérieure (est. 2010) : 72,6 milliards $ US
PIB par habitant ou per capita en parité de pouvoir d’achat courant (FMI, 2011) : 16 240 $ US
PIB par habitant ou per capita en dollars courants (FMI, 2011) : 10 085 $ US
Taux de croissance du PIB (2011) : 5,1 %
Répartition du PIB par secteur d’activité (2011) : agriculture (12 %), industrie (41 %), services (48 %)
Taux d’inflation (2011) : 3,2 %
Taux de chômage (2011) : 3,1 %
Taux de population vivant sous le seuil de pauvreté (est. 2007) : 3,6 %
IDE entrant (cumulés ou stocks) (2008) : 73,262 millions $ US
IDE sortant (cumulés ou stocks) (2008) : 67,580 millions $ US
Principaux partenaires commerciaux (2011) : Chine, Singapour, Japon, États-Unis, Union européenne, Thaïlande
Importations (2011) : 187,0 milliards $ US
Principaux produits importés : électronique ; machinerie ; plastiques ; véhicules ; produits pétroliers ; produits en fer ; produits en acier ; produits chimiques
Exportations (2011) : 226,2 milliards $ US
Principaux produits exportés : appareils électriques ; pétrole ; gaz naturel liquéfié ; textile ; bois ; produits en bois ; huile de palme ; caoutchouc ; produits chimiques
Portraits37
Marina Mahathir
Marina Mahathir, fille aînée du quatrième Premier ministre de la Malaisie Tun Dr Mahathir Mohamad, est née à Alor Setar en 1957. Elle a des origines sumatranaises du côté de sa mère et indiennes et malaises du côté de son père38. Durant sa scolarité, elle a fréquenté à la fois des écoles catholiques, malaises et britanniques. Elle s’est fait connaître indépendamment de son père pour son travail avec de nombreuses organisations gouvernementales. Présidente pendante douze années du Conseil de lutte contre le sida en Malaisie (Malaysian Aids Council), militante des droits de la femme et membre du conseil d’administration de l’ONG Sister in Islam, elle milite en faveur des droits des personnes atteintes par le VIH et contre toutes les formes de discrimination sexuelle. Journaliste et chroniqueuse pour The Star, l’un des quotidiens les plus lus en Malaisie, elle n’hésite pas à s’opposer aux décisions de l’UMNO et à son propre père. En avril 2012, elle a participé à Bersih 3.0 et a dénoncé de façon virulente les amalgames faits par l’UMNO entre ce mouvement et le printemps arabe : l’objectif n’est pas de renverser le pouvoir, mais d’en appeler à des élections libres et justes. Elle a également dénoncé les exactions policières, notamment celles contre Ambiga Sreenevasan, et les atteintes à la liberté d’expression dans son pays.
Rafidah Aziz
Née à Selama dans le Perak en 1943, Rafidah Aziz a des origines sumatranaises du côté de ses grands-parents paternels et maternels, ce qui lui fait dire qu’elle est en un sens aussi une pendatang (nouvelle venue). Après son master en économie à l’University of Malaya et quelques années d’enseignement, elle devient sénateur à l’âge de 30 ans, puis présidente du groupe des femmes de l’UMNO (Wanita UMNO) à 41 ans. Entre 1987 et 2008, elle est ministre du Commerce international et de l’Industrie. Après les élections de 2008, elle est évincée du cabinet du Premier ministre Abdullah Ahmad
Badawi en dépit de sa victoire dans la circonscription de Kuala Kangsar. Surnommée la « Dame de fer » lorsqu’elle était ministre, elle a contribué à insérer la Malaisie dans l’économie mondiale en prenant des mesures afin d’attirer des investissements étrangers. Elle souhaite que les femmes s’impliquent davantage en politique, mais que les nominations se fassent en fonction des compétences et non selon des critères de genre. Elle soutient la politique de Najib 1Malaysia tout en soulignant qu’elle est davantage devenue un outil marketing (vêtements 1Malaysia, boissons 1Malaysia) qu’une idée réellement défendue par tous les partisans de l’UMNO.
Affiche politique

Le Premier ministre Najib Rasak et son slogan en 2012 : « Promesses tenues, Le peuple d’abord, les performances maintenant. »
Notes de bas de page
1 Marian Mokhtar, « Merdeka : the end of the fairy-tale », Free Malaysia Today, 31 août 2012.
2 « Harsh security laws are scrapped. Bold reform or just an electoral play? », The Economist, 24 septembre 2011.
3 Voir son portrait in Nathalie Fau, « Malaisie. Une année préélectorale et de contestations », in Jérémy Jammes et Benoît de Tréglodé (dir.), L’Asie du Sud-Est 2012, Bangkok-Paris, Irasec-Les Indes savantes, 2012, p. 206-207.
4 Cofondateur et rédacteur en chef de Malaysiakini, premier site d’information indépendant. Voir son portrait in ibid., p. 206.
5 Pour une analyse succincte de Bersih 2.0, voir ibid., p. 190-192.
6 Choong Pui Yee, « Malaysia’s Bersih 3.0 : sentiments, perceptions and politics », RSIS Commentaries, 10 mai 2012.
7 Voir son entretien avec Ooi Kee Beng, « For a society civil and decent », Penang Monthly, vol. 8, no 12, août 2012, p. 6-11.
8 Jamilah Kamarudin, « Demo Himpunan Oren Selatmakan Felda » [Rassemblement orange pour sauver la Felda], Free Malaysia Today, 14 juillet 2012.
9 Florence de Changy, « Terres rares : l’usine qui divise la Malaisie », Le Monde, 16 mars 2012.
10 Bernama, « Nazri : National Harmony Act allows government leaders to be criticized », The Malaysian Insider, 14 juillet 2012.
11 Voir Nathalie Fau, « Malaisie. Une année préélectorale et de contestations », op. cit.
12 Lors du débat parlementaire sur la loi, Najib a décrit la loi comme « révolutionnaire dans son essence et un véritable pas de géant dans les réformes des lois actuellement en vigueur », cité in Clara Chooi, « PM calls new assembly law “revolutionnary” », The Malaysian Insider, 24 novembre 2011.
13 Anwar Ibrahim affirme ainsi que cette nouvelle loi « donne absolument tous les pouvoirs à la police, qui dépend directement des ministères. Cela n’est pas démocratique », in Shazwan Mustafa Kamal, « Pakatan wants assembly law withdrawn », The Malaysian Insider, 23 novembre 2011.
14 Voir discours de Najib, « Gathering in peace », retranscrit dans New Straits Times, 23 novembre 2011.
15 Liz Gooch, « Malaysian students seek full political right », The New York Times, 23 avril 2012.
16 Bernama, « Students protest against interference in campus elections », The Malaysian Insider, 17 septembre 2012.
17 Damien D. Cheong et Yeap Su Yin, « Malaysia’s Internet blackout : politicization of online activism? », RSIS Commentaries, 29 août 2012.
18 Bernama, « Review promised after Malaysia Internet law protest », 15 août 2012 : « I have asked Cabinet to discuss section 114A of the Evidence Act 1950. Whatever we do, we must put people first » (déclaration du Premier ministre dans un post sur son compte Tweeter).
19 47 % des Indiens seulement ont voté pour le BN en 2004 alors qu’ils étaient 82 % en 2004. Voir Johan Saravanamuttu, « Twin coalition politics in Malaysia since 2008: a path dependent framing and analysis », Contemporary Southeast Asia, vol. 34, no 1, 2012, p. 101-127.
20 La part des Indiens dans la fonction publique demeure cependant encore bien faible : 4,1 % en 2012 contre 17,4 % en 1971. La plupart des Indiens travaillent dans des écoles tamoules.
21 Keith Leong Yu Keen, The Future of Pakatan Rakyat: Lessons from Selangor, Kuala Lumpur, Institute for Democracy and Economic Affairs (IDEAS), 2012.
22 La question de l’application des sanctions pénales (hudud) dans les États détenus par le PR est récurrente. On peut rappeler la crise sur ce sujet dans le Kelantan en septembre 2000. Voir Afuf Pasuni et Joseph Chinyong Liow, « Malaysia sign of times : election fever, recurring themes, and political malaise », Southeast Asian Affairs 2012, ISEAS, 2012, p. 171-184.
23 Yulpisman Asli, « Haram berdosa undi DAP », Utusan Malaysia, 8 août 2012.
24 Bernama, « Perak DAP chairman rapped for remarks on anti-Islamic film », New Strait Times, 19 septembre 2012.
25 Bernama, « GE13 determines survival of Malays, says Najib », Malaysiakini, 15 septembre 2012.
26 Johan Saravanamuttu, « Twin coalition politics in Malaysia since 2008: a path dependent framing and analysis », op. cit.
27 Cécile Boileau, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, « L’autre affaire des sous-marins », Le Monde, 2 juillet 2012. Anne Vidali, « Ventes d’armes et corruption, mode d’emploi », L’Express, 12 juin 2012.
28 International Crisis Group, « Malaysia’s coming election : beyond communalism », Asia Report, no 235, 1er octobre 2012.
29 Farish A. Noor, « Malaysian elections : time for anti-party hopping rule? », RSIS Commentaries, 6 septembre 2012.
30 Sina Franck, « Project Mahathir “extraordinary” population growth in Sabah », Südostasien aktuell, no 5, 2006.
31 Dr Chris Anthony, « Kuching declaration : way forward for East Malaysia », Malaysiakini, 20 septembre 2012.
32 Direction générale du Trésor, « Cadre économique et financier de la Malaisie », février 2012.
33 La dette a doublé en cinq ans, passant de 247 milliard de ringgit en 2007 à 421 milliards en 2011, alors que les revenus ont augmenté de seulement 31 %.
34 Quah Boon Hust, « Minimum wage brings positive domestic, regional impact », The Edge Malaysia, 21 mai 2012. Zulkifly Osman, Zakariah Abdul Rashid et Khalid Abdul Hamid, « Minimum wage policy with special reference to Malaysia », The National Economic Outlook Conference, 22-23 novembre 2011, organisée par le Malaysian Institute of Economic Research (MIER), Park Royal, Kuala Lumpur.
35 Johan Saravanamuttu, « Twin coalition politics in Malaysia since 2008: a path dependent framing and analysis », op. cit.
36 « Bumiputera » est une catégorie administrative regroupant les populations indigène et malaise, considérées comme « fils du sol » ; les Malais seuls représentent environ 50 % de la population.
37 Les deux portraits qui suivent sont issus du livre Found in Malaysia (Puchong, The Nut Graph, 2010) qui regroupe 54 portraits issus d’entretiens. L’objectif de ce livre est de montrer l’impossibilité de diviser la population malaise en « races », c’est-à-dire en Malais, Chinois, Indiens et « autres », et de répondre ainsi directement et concrètement aux allégations de 2008 du chef de la division de l’UMNO de Bukit Bendera soutenant que les Non-Malais malaisiens sont des pendatang (nouveaux venus), voire des « squatters ».
38 Sur la division en « races », voir la remarque de Marina Mahathir dans Straits Times, 10 septembre 2008 : « Je souhaiterais demander, en particulier à ceux qui se disent “malais”, de retracer l’histoire de leur famille. Et voyez combien parmi nous sont capables de remonter à au moins trois générations nées dans ce pays. Personnellement, je ne peux pas. »
Auteur
-
Nathalie Fau
Docteur en géographie, maître de conférences à l’université Paris VII et chercheur au laboratoire SEDET (Sociétés en développement, études transdisciplinaires). Depuis septembre 2011, elle est en poste à Kuala Lumpur, rattachée à l’Irasec et affiliée au Maritime Institute of Malaysia (MIMA). Diplômée de l’université Paris X-Nanterre, agrégée de géographie, elle a consacré sa thèse de doctorat à la région nord de Sumatra, une périphérie indonésienne ouverte sur le détroit de Malacca. Elle est coéditrice de Dynamics and Territorial Redefinitions in Southeast Asia (avec Christian Taillard et Sirivanh Khonthapane, Singapour, ISEAS, 2012). Elle a récemment publié « Penang, du global au local » (in Manuelle Franck, Charles Goldblum et Christian Taillard (dir.), Territoire de l’urbain en Asie du Sud-Est. Métropolisations en mode mineur, Paris, CNRS Éditions, 2012) et « Maritime connectivity in the straits of Malacca : linking regions, connecting people » (avec Nazery Khalid, in Muhammad Subban, Sabariah Yaakub et Ahmad Bashawir Abdul Ghani (dir.), Port, Maritime and Hinterland Development in Southeast Asia : Issues and Challenges, Sintok, Universiti Utara Malaysia Press, 2012). Elle a par ailleurs édité l’ouvrage Transnational Dynamics in Southeast Asia : the Greater Mekong Subregion and Malacca Straits Economic Corridors (avec Sirivanh Khonthapane et Christian Taillard, Singapour, ISEAS, à paraître en 2013).
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