Cambodge
Ad majorem pecuniae gloriam1
p. 151-176
Texte intégral
1« Medellin sur le Mékong » (Nate Thayer), « royaume concessionnaire » (Béatrice Hibou), « situation thermidorienne » (Jean-François Bayart), « État mafieux » (Marie-Sybille de Vienne), « kleptocratie » (Global Witness). Ces dernières années, les qualificatifs n’ont pas manqué pour cerner la réalité cambodgienne. Tous reflètent une situation désastreuse productrice de violence et de domination sociale, dont rien ne montre qu’elle puisse s’infléchir dans un avenir proche, sinon pour s’aggraver. Dès lors, l’interrogation ne porte plus sur l’hypothèse d’une « désintégration » du pays khmer2, mais sur le calendrier de cette décomposition et sur ce qui va, à terme, le remplacer. À cet égard, l’année 2012 confirme les tendances engagées durant les deux décennies précédentes sur fond de sinisation accélérée de la société politique3, improbable matrice d’un « développement » qui conjugue les délires capitalistiques des deux Chines (République populaire de Chine – RPC – et Chine d’outre-mer) aux tares du modernisme et de sa religion du « progrès » véhiculées par l’américanisation des mœurs4 : emprise croissante de la coterie du Premier ministre Hun Sen sur l’appareil d’État, prédation forcenée des ressources naturelles et humaines au profit de sociétés étrangères, rupture avec la diplomatie sihanoukienne sous un vernis de continuité.
2L’événement considérable que représente la mort du roi-père Norodom Sihanouk ne semble pas en mesure d’enrayer ce mouvement.
1 - Le verrouillage du pouvoir
3Après avoir achevé l’année 2011 en déstabilisant la clique rivale de Chea Sim, président du Sénat et du Parti du peuple cambodgien (PPC), la coterie du Premier ministre Hun Sen pouvait aborder sereinement un calendrier électoral chargé : sénatoriales en janvier 2012, puis communales en juin. L’enjeu en était la répartition des postes et prébendes associées entre les factions internes au PPC, lequel recouvre désormais l’appareil d’État.
4Chhoeun Chanthan (41 ans), chef de l’unité des gardes du corps de Chea Sim, avait d’abord été arrêté au motif de détenir des armes sans permis, avant d’être remplacé par le fils du vice-Premier ministre Yim Chhay Ly, allié d’un côté à Chea Sim dont il est le beau-frère5, mais de l’autre à Hun Sen par le truchement de sa fille Yim Chhay Lin, mariée à Hun Mani, le fils cadet du Premier ministre. Parallèlement, des membres du cabinet du président du PPC étaient inculpés pour escroquerie à l’encontre d’une cinquantaine d’entreprises à hauteur de plusieurs centaines de millions de dollars ; condamnés à des peines de trois à quatre ans de prison le 25 décembre, ils ont fait appel, alors que le général Chhoeun écopait le 24 février d’un total de trente-six ans de prison pour diverses malversations. La clique de Chea Sim paye ici ses tentatives de déstabilisation du Premier ministre durant les années 1990 (coup de force manqué de juillet 1994, neutralité dans le coup de force de juillet 1997)6. Dans le même temps, ce dernier continue de placer ses proches. Son fils aîné, Hun Manet, était déjà vice-commandant de l’unité de ses gardes du corps (2010), général deux étoiles, commandant en chef adjoint de l’infanterie et directeur du département antiterroriste du ministère de la Défense (janvier 2011). Un autre fils, Hun Manit, promu colonel à 30 ans, accède cette année au poste de directeur adjoint du Renseignement militaire (14 janvier 2012) après que le général Chea Dara, son prédécesseur dans la fonction, a été promu chef dudit service à la suite du décès du général Mol Roeup. En juin, Manit est en outre nommé secrétaire général adjoint du secrétariat national aux Conflits fonciers, et chef adjoint du cabinet de Hun Sen. Enfin, le fils cadet, Hun Mani, 29 ans, vient d’être promu à la tête d’un nouveau mouvement des jeunes du PPC. Depuis plusieurs années, cette pratique de nommer la progéniture aux postes clefs se généralise dans la plupart des ministères7.
5L’opposition avait quant à elle été préalablement neutralisée. Sam Rainsy, président du parti éponyme (PSR), s’était vu réduire à l’impuissance depuis qu’une inculpation pour avoir déplacé des bornes délimitant la frontière avec le Viêt Nam l’avait obligé à l’exil (2009), lui interdisant de participer à toute élection depuis lors. La démission de trois députés, suivie de la menace de faire démissionner la totalité des vingt-six députés du PSR pour empêcher le vote du budget 2012, n’avait pas impressionné le PPC qui avait prévenu que, dans ce cas, les postes vacants seraient redistribués au prorata entre les partis siégeants. Privé d’issue, Sam Rainsy fit alors une déclaration surréaliste à l’occasion du nouvel An chinois, le 21 janvier. S’adressant aux Cambodgiens d’origine chinoise, il reconnut la Chine comme allié traditionnel et naturel du royaume et lui exprima sa reconnaissance, allant même jusqu’à valider le principe d’une seule Chine et formuler son soutien à la politique de la RPC sur les Spratley et les Paracel ! Est-ce un préalable imposé par le Premier ministre dans le cadre de négociations visant à réintégrer le président du PSR dans le processus électoral de juin 2013, à la suite d’une grâce pour préserver une façade démocratique à l’endroit des bailleurs de fonds ? La mort récente du roi-père et la probable amnistie qui accompagnera ses funérailles pourraient actualiser ce scénario.
6Quoi qu’il en soit, les élections sénatoriales ont été sans surprise. Après une campagne d’un petit mois, les 11 383 grands électeurs ont élu cinquante-sept des soixante et un sénateurs. Pour cette deuxième élection sénatoriale, le PPC remporte un siège de plus qu’en 2006, avec quarante-six sénateurs. Le PSR, seul parti d’opposition en lice ayant bénéficié de la liquéfaction du Funcinpec et de l’alliance tacite de ce dernier avec le PPC, emporte onze sièges, soit neuf de plus. Le roi et l’Assemblée nationale, acquise au PPC, ont pourvu les quatre sièges restants, nommant pour l’un deux proches de la reine-mère et, pour l’autre, deux membres du Funcinpec en remerciement de leur soutien. Chea Sim, reconduit le 29 mars à la présidence malgré ses récents déboires, a pu inaugurer la mandature du haut de ses 80 ans. N’en pouvant mais, les onze sénateurs PSR ont quitté la chambre haute le jour même pour protester contre l’attribution des postes clefs des neuf commissions sénatoriales à des membres du PPC.
7La troisième édition des élections communales s’est quant à elle déroulée le 3 juin, après quinze jours de campagne. Le fait marquant n’en est pas le résultat attendu – PPC 68 %, PSR 20,8 %, Human Rights Party de Kem Sokha 9,8 %, Funcinpec 3,9 % et Norodom Ranariddh Party 2,9 % – mais la participation, régulièrement décroissante depuis 2002 (87 %), avec 66 % de suffrages exprimés en 2007, et 51 % en juin dernier. À proportion de ce qu’il croît et rajeunit – de 5,1 millions en 2002 à 9,2 millions d’électeurs en 2012 – le corps électoral se désintéresse du scrutin. Le PPC a remporté plus de 97 % des communes, soit 1 592, plus une sous les couleurs du Funcinpec, sur un total de 1 633 communes, et n’a donc été devancé par l’opposition que dans quarante et un communes ou quartiers de grandes villes. Le PSR remporte vingt-deux communes, soit six de moins qu’en 2007 devant la montée du Human Rights Party (HRP) qui participait pour la première fois et s’impose dans dix-huit communes. Confronté à ces résultats, le PSR est forcé d’accepter l’alliance proposée par le HRP qu’il rejoint en juillet au sein du Cambodia Democratic Movement for National Rescue. L’objectif est d’utiliser la carte états-unienne pour peser dans le processus électoral des législatives de 2013. Profitant de ce que le Cambodge préside l’Asean en 2012, Sam Rainsy s’est lancé dans une tournée diplomatique (Philippines, Indonésie) visant à faire pression sur le gouvernement pour obtenir sa réintégration dans le jeu politique. Des revendications appuyées par les Philippines – un allié des États-Unis – eu égard à l’alignement pro-chinois du Premier ministre (voir infra). De son côté, le ministre de l’Intérieur et beau-frère de Chea Sim, Sar Kheng, approuvait fin septembre la constitution du nouveau parti officialisant l’union électorale du PSR au HRP, le Cambodia National Rescue Party (NRP). Début novembre, Sam Rainsy en devient président, son épouse Saumoura Tioulong endossant quant à elle la vice-présidence du PSR pour verrouiller l’appareil en l’absence de son mari, provisoirement remplacé par Kong Koam. Tout montre que, dans la stricte mesure où leur nouvelle tactique de soutien au gouvernement cambodgien pour contrer l’influence chinoise l’autorise, les États-Unis feront du NRP leur champion.
8Autre élément de pression diplomatique, entièrement neutralisé celui-ci : les chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC). Chargées de juger cinq hiérarques khmers rouges sur la base d’une juridiction mixte, internationale et cambodgienne, elles sont entièrement financées par l’aide étrangère (environ 200 millions de dollars injectés depuis 2006). Produit de la volonté états-unienne de se dédouaner de son rôle dans le déclenchement puis l’entretien de la guerre civile cambodgienne (1967-1989), leur existence satisfait aux exigences d’Héra plus qu’à celles de Thémis. Dès lors, les tribulations qu’elles rencontrent s’expliquent par la double fonction qu’elles remplissent : elles sont d’abord une caisse de résonance des pressions morales exercées par le gouvernement américain, directement ou via les parties civiles et les ONG qui les entourent ; l’aide étant allègrement détournée, elles constituent accessoirement une ligne de financement pour le gouvernement cambodgien. Les pressions étrangères cherchant à faire instruire d’autres dossiers que ceux de Duch (dossier 001), Ieng Sary, Nuon Chea, Ieng Thirith et Khieu Samphan (dossier 002) ont eu pour résultat les démissions en cascade des juges d’instruction internationaux, bloqués dans leur action par la partie cambodgienne. Le Français Marcel Lemonde, l’Allemand Siegfried Blunk, le Suisse Laurent Kasper-Ansermet et dernièrement l’Anglais Andrew Cayley ont successivement baissé pavillon. L’Américain Mark Harmon vient de reprendre le flambeau sur la base du consensus de départ avec le gouvernement cambodgien : pas de dossiers 003 ni de dossier 004 inculpant d’autres dirigeants khmers rouges. Pour faire passer cette amère pilule aux parties civiles, les CETC et la Cour suprême du Cambodge s’étaient entre-temps fendues d’un déni du droit en refusant de prendre en compte la détention provisoire illégale de Duch (cinq ans) dans sa condamnation finale à perpétuité (février). Ieng Thirith, atteinte de la maladie d’Alzheimer, a été libérée faute d’être en état de suivre son jugement. Octogénaires, les autres inculpés risquent de décéder avant la fin des procédures.
2 - Haro sur les ressources
9Qu’elle s’inscrive dans un cadre légal ou qu’elle soit illicite, la prédation violente des ressources par les élites au pouvoir défraie journellement la chronique. Quand le gouvernement se glorifie de la face solaire de cette médaille bifrons, il en masque à peine la face lunaire.
10D’un côté, le « développement ». Sidérés par une idéologie de rattrapage urbain qui sert de prétexte, décomplexés par le logiciel capitaliste du « toujours plus » dans sa version néolibérale sinisée, les hiérarques en poste font assaut d’ingéniosité pour exporter (riz, caoutchouc, manioc, sable, minerais), financer des infrastructures grâce aux aides bilatérales (irrigation, routes, barrages hydroélectriques, centrales électriques, plates-formes pétrolières, lignes aériennes), accueillir à bras ouverts des investissements étrangers (bourse, banques, casinos, complexes hôteliers, usines textiles, brasseries, etc.). Les ministères produisent régulièrement des tableaux statistiques en couleur pour travestir en chiffres faussement positifs le résultat de cet activisme mercantile, pourtant visible à l’œil nu : la dépendance quasi-totale du pays à l’endroit des donateurs et, en premier lieu, de la Chine ; le détournement systématique de l’aide ; la destruction de la paysannerie ; et l’accaparement des dividendes qu’elle occasionne par les membres d’une classe dirigeante où chacun n’aspire pour l’heure qu’à s’enrichir pour dépasser son collègue en termes de signes extérieurs de richesse.
11De l’autre côté, la rapine à mains armées, protégée, quand elle n’est pas commanditée par les plus hautes autorités via un tissu complexe de patronage à base en partie familiale intégré à la structure du PPC, qui relie les cadres provinciaux au sommet de l’État. C’est elle qui permet d’expulser les paysans pour préempter leurs terres afin d’y installer des usines, des casinos, des mines, des plantations, voire des scieries sauvages situées en pleine forêt avant d’exporter illégalement le bois vers le Viêt Nam. L’appât du gain est tel que l’aide au développement pèse aussi lourd, voire plus, que les investissements directs étrangers (IDE) dans les secteurs les plus lucratifs comme le tourisme, la finance et l’immobilier ; la corrélation entre les chiffres de ces secteurs et ceux de l’aide publique au développement démontrant s’il était besoin qu’elle est massivement détournée du domaine public vers des intérêts privés8.
12L’expression quintessenciée de ce régime d’exploitation violent, ce sont les conflits fonciers, qui ont redoublé cette année. Au mépris du droit de propriété coutumier9, les autorités ont accaparé depuis vingt ans et continuent de confisquer plusieurs millions d’hectares de terres, transformant les habitants en sans-abri ou les reléguant dans des habitats précaires, sans espoir de survie économique. Les chiffres disponibles sont incertains10 car les opérations sont opaques. Mais le phénomène est massif et s’accélère, au point que le rapporteur spécial de l’ONU pour le Cambodge s’en est récemment ému devant le Conseil des droits de l’Homme à Genève (25 septembre). Si aucune province n’est épargnée, les populations montagnardes du nord-est en ont particulièrement fait les frais (Bunong, Jõrai, Tampuon), de même que les Kuy de Kompong Thom qui ont affronté la milice de la société vietnamienne CRCK Rubber Development pour défendre la forêt de Prey Long. Ce sont toutefois trois affaires qui ont choqué l’opinion jusqu’à troubler le désordre ambiant. Non que les forces de l’ordre et autres milices associées tirent pour la première fois sur des expulsés. Mais le caractère désormais récurrent de ces violences et la mort par balle de plusieurs manifestants indiquent à n’en pas douter le franchissement d’un seuil. Jusqu’ici, les balles et la prison étaient plutôt réservées aux urbains engagés dans une lutte politicienne soutenue par des puissances étrangères, aux concurrents internes au PPC, ou aux règlements de compte mafieux. Désormais, le peuple n’est plus épargné. En novembre 2011, simple tour de chauffe. Dans la capitale, une centaine d’habitants de la cité de Borei Keila affrontent une cinquantaine de policiers. Bilan : soixante-quatre blessés et une vingtaine d’arrestations début janvier. En mai 2012, toujours à Phnom Penh, la police arrête treize femmes aidant une famille à reconstruire sa maison rasée à Boeung Kak. L’affaire fait du bruit car elle touche un petit peuple urbain généralement employé dans les ministères, et donc souvent client du PPC. S’y greffe l’interpellation de Loun Sovath, un moine activiste dont le frère fut blessé par balle dans une affaire d’expulsion à Siem Reap en 2009 et qui s’est fait depuis lors une spécialité de soutenir les manifestants en filmant les violences policières. Des pressions états-uniennes permettront finalement d’obtenir la libération des prisonnières en juin.
13L’affaire de Kratié a quant à elle montré les limites tacticiennes d’un gouvernement toujours prompt à traiter ces manifestations urbaines d’expulsés comme une agitation exacerbée par l’opposition pro-américaine. Mi-janvier, à Chhlong (province de Kratié), des vigiles protégeant un champ de manioc exploité par TTY tirent au fusil automatique sur quarante-quatre villageois protestant contre leur éviction. Le 16 mai, toujours à Chhlong, une adolescente d’une quinzaine d’années est tuée par balle alors que les forces de l’ordre encerclent les villageois de Prom Ma qui bloquaient la nationale 78 pour protester contre les plantations d’hévéas. Assistés d’hélicoptères, les militaires auraient dénudé et menotté en plein soleil des hommes et des femmes – dont l’une enceinte – pendant plusieurs heures. Pour excuser la brutalité des forces de l’ordre, les conseillers du Premier ministre inventent alors une histoire de complot sécessionniste puérile, impliquant un groupuscule de Cambodgiens réfugiés en Amérique du Nord, le Khmer People Power Movement. À la suite de cet événement, celui-ci avait porté plainte depuis La Haye contre le Premier ministre près la Cour criminelle internationale en juin pour crimes contre l’humanité. Mam Sonando, l’animateur de radio septuagénaire proche de cette mouvance et qui avait propagé la nouvelle, a joué le rôle de bouc émissaire : arrêté à son retour à Phnom Penh, il a finalement payé ses années d’opposition radiophoniques en écopant de vingt ans de prison lors d’une parodie de procès en octobre. Cette tentative de transformer l’affaire en conflit politicien n’aura trompé personne.
14Tout ceci n’a pas que des répercussions nationales. En mars, la société australienne Toll, en charge du chantier du chemin de fer dans l’ouest du pays devant relier le Cambodge aux voies régionales, s’est désistée après avoir appris que 4 000 habitants avaient été expropriés. En avril, l’assassinat du militant pour la défense de l’environnement Chut Wutthy, alors qu’il enquêtait sur une concession à Koh Kong, avait suscité quelques remous. Soignant son image sur la scène internationale, Hun Sen avait opportunément proclamé un moratoire des concessions, non sans signer discrètement une semaine plus tard trois nouveaux contrats accordant 22 000 hectares à des sociétés d’hévéaculture.
15Expropriée et déracinée, la paysannerie cherche à s’employer où elle le peut. L’émigration de travailleurs devient un fléau national. Les femmes envoyées comme domestiques en Malaisie sont l’objet de trafics par des agences de recrutement qui sont dirigées par des officiels : SKMM Investment Group Facility appartient à Nhem Sothea, épouse de Tan Kimseng, directeur adjoint du département international de la Police nationale au ministère de l’Intérieur ; Osman Hassan, secrétaire d’État au ministère du Travail, est propriétaire de l’agence de recrutement Human Resources Development ; Sok Phal, directeur adjoint de la Police nationale, est le frère de Mme Ung Seang Rithy qui possède l’une des plus importantes de ces agences, Ung Rithy Group11. Les hommes employés à la frontière thaïlandaise pour reconstruire les infrastructures après les inondations, environ 240 000 légaux en plus des illégaux, sont exploités par diverses entreprises dans des conditions de quasi-esclavage.
16Il est toutefois un domaine où les joies du salariat postmoderne peinent à s’imposer sans résistance. Dans le textile, la violence des patrons et contremaîtres chinois et coréens se heurte à l’anarchie doucereuse des paysannes khmères qui se mettent régulièrement en grève (trente-quatre en 2011) pour exiger des augmentations de salaire et de meilleures conditions de travail, n’hésitant pas à bloquer les routes nationales ou à prendre d’assaut les usines. N’étaient les réactions erratiques des gardes-chiourmes cambodgiens du grand capital, comme en février dernier à Bavet, l’on peut penser qu’elles obtiendraient gain de cause sans trop de difficulté. Le gouverneur de la ville, Chhouk Bandith, avait tiré sur une manifestante puis bénéficié des plus hautes protections au sein du PPC après s’être réfugié auprès de Mme Mem Sam An (vice-Premier ministre). Simplement démis de ses fonctions, il a bénéficié en mars d’un non-lieu après avoir pourtant reconnu les faits. L’ouverture de la Birmanie aux intérêts mondialistes risque en outre de réduire la marge de manœuvre des ouvrières, certains patrons menaçant de démonter les usines pour les implanter en des terres moins revendicatives. Signe ultime de l’extrême pression exercée par la mondialisation sur le pays, la déréliction du corps social s’accélère, avec une recrudescence des viols de fillettes et d’adolescentes par des adolescents ou de jeunes adultes déracinés12.
3 - Une diplomatie de la terre brûlée
17En apparence, le jeu diplomatique du Premier ministre s’inscrit dans la continuité de la neutralité subtile du Sangkum, hier orientée à préserver l’autonomie du Cambodge autant qu’il était possible en contexte de guerre froide. Le détournement tacite du « ni… ni… » des pays non alignés rejetant les deux blocs au profit du « et… et… » de la diplomatie régalienne avait ainsi permis de maintenir un temps le Cambodge hors du conflit indochinois. De même, dans la paix chaude qui embrase aujourd’hui le Pacifique placé sous le feu croisé des États-Unis et de la Chine, Hun Sen fait mine de draguer en eaux américaines, en même temps qu’il accueille les intérêts chinois. En réalité, il se démarque sensiblement de la doctrine sihanoukienne et de sa « neutralité en partie double13 ».
18D’abord parce que les conditions ont objectivement changé. À tout prendre, la situation ressemble plus à celle des années 1840 qu’à celle des années 1960. Le premier cas correspond au moment d’un condominium siamo-vietnamien, cette entente provisoire sur le dos du roi Ang Duong l’ayant alors conduit à chercher le secours d’une tierce puissance éloignée pour dégager le pays d’une pesante tutelle, celle de la Grande-Bretagne, puis, par défaut, celle de la France. Dans le second cas, l’influence redevenue antagoniste des voisins du Cambodge, la Thaïlande et le Viêt Nam, fut neutralisée par le recours symétriquement inversé aux puissances patronnes de ces pays, états-unienne pour l’un, soviétique pour l’autre. Mais, avec l’écroulement de l’ours soviétique et la montée des prétentions chinoises en direction des mers du Sud, le Viêt Nam penche désormais du côté de l’aigle américain tandis que le dragon chinois, trop heureux de prendre son vieux tributaire à revers, a fait du Cambodge son héraut. Ce qui fait que ses deux voisins se trouvent à nouveau dans une relative convergence d’intérêts à son endroit. Rejouant en quelque sorte la partie du roi Ang Duong, mais avec la carte chinoise, Hun Sen s’est ainsi résolument placé sous la coupe de la RPC dont il choisit de se faire l’instrument, quand son environnement régional en tient pour une mise à distance derrière le rempart états unien.
19Le problème n’est alors pas tant le déséquilibre qui en découle : à choisir entre deux impérialismes, celui qui émerge d’un sommeil séculaire pour incarner le pôle oriental d’un nouvel ordre géopolitique mondial ou « nomos de la terre » (Carl Schmitt)14 vaut peut-être mieux que celui qui agonise en portant le fardeau de la barbarie15. Favoriser la mise en place d’un ordre multipolaire disputant l’hégémonie étatsunienne ne peut que renforcer les conditions d’un équilibre à l’échelle mondiale. On a vu ainsi le Cambodge soutenir en septembre 2011 la demande d’adhésion de la Palestine aux Nations unies, contre l’avis d’Israël et des États-Unis. En août 2012, Hun Sen participait au 16e sommet du Mouvement des non-alignés à Téhéran où il a reçu le soutien du président iranien pour sa candidature à un siège de membre non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU en 2013-2014.
20Le problème se situe plutôt aux échelles régionale et nationale : au croisement du développement d’un turbo-capitalisme, de sa puissance de frappe financière et de son impact culturel relayé par la Chine d’outre-mer, la RPC, dont le soutien est censé faire contrepoids aux hégémonies voisines du Cambodge, devient précisément aussi nuisible qu’un voisin. Si ce n’est plus. Le résultat s’en ressent : Sihanouk avait fait construire le monument de l’Indépendance, Hun Sen implante des concessions chinoises. Au-delà des considérations géopolitiques dont il relève, la raison de ce choix est que, en vendant le Cambodge à la Chine, le Premier ministre est assuré de gouverner jusqu’à trépas. Après lui, le déluge… 2012 aura d’ailleurs été l’année de consécration de cette diplomatie de la terre brûlée.
21Désigné en novembre 2011 pour accueillir en avril 2012 le 20e sommet de l’Asean, le Cambodge s’est empressé d’afficher une neutralité de façade à l’égard de la Chine dans le règlement des conflits maritimes qui l’opposent aux membres de l’organisation régionale. Laquelle façade s’est vite lézardée en faveur d’un franc parti pris. Début février, le ministre des Affaires étrangères cambodgien se déplace à Pékin. Début mars, c’est au tour du ministre de l’Information chinois de venir à Phnom Penh. L’apothéose intervient fin mars, la veille d’un congrès de l’Asean, lorsque Hun Sen reçoit rien moins que le président chinois, Hu Jintao. On ne s’étonne pas qu’à l’issue de cette réunion au sommet (4 avril) l’organisation ait étalé ses divisions : le Cambodge voulait inviter la Chine aux négociations quand les alliés des États-Unis (Philippines, Thaïlande, Viêt Nam) s’y refusaient. Le scénario se répète fin mai, lorsque le ministre chinois de la Défense se rend à Phnom Penh la veille de la réunion des ministres de la Défense de l’Asean ; le Cambodge continue de défendre l’association de la Chine aux négociations tout en prônant cette fois la mise en place d’un code de bonne conduite pour régler le problème des îles Paracel et Spratley.
22C’est ensuite l’affaire Bo Xilai qui, de juin à juillet, confirme la proximité khméro-chinoise. Patrick Devillers, un quidam anciennement proche du couple Bo Xilai-Gu Kailai, résidait en effet au Cambodge depuis 2005 ; plongé en pleines manœuvres préparatoires au changement de direction du Parti communiste prévu pour novembre, le gouvernement chinois tenait à régler au plus vite le sort de l’ancien patron du PCC de Chongqing et de sa femme, accusés de détournement de fonds en cascade. Il a donc demandé l’arrestation du Français et son extradition vers Pékin pour qu’il vienne témoigner au procès de Gu Kailai, accusée notamment du meurtre d’un homme d’affaires britannique. Il aura fallu la visite du ministre des Affaires étrangères français en Chine, le 8 juillet, pour garantir à Devillers une immunité et qu’il se rende « de son plein gré » à Pékin (17 juillet) ; il en reviendra mi-août. Entre-temps, la Conférence post-ministérielle de l’Asean (Asean-PMC) avait accouché dans la douleur d’un communiqué lénifiant taisant le dissensus. Une petite crise diplomatique s’en est suivie entre Phnom Penh et Manille, la première accusant les Philippines ainsi que le Viêt Nam d’avoir saboté la rédaction d’une déclaration commune. Le 13 août, le Cambodge rappelait son ambassadeur en poste à Manille. Le retour sur investissement de cette politique sinophile ne s’est pas fait attendre : le 3 septembre, Hun Sen rentrait d’un voyage de deux jours en Chine avec en poche un prêt de 523 millions de dollars, dont 23,7 millions pour ses dépenses personnelles16.
23Fort de cet appui, le Premier ministre peut aborder les relations bilatérales avec ses voisins plus sereinement. À l’endroit de la Thaïlande, il s’est montré fidèle à sa ligne rouge : soutien ostentatoire à Thaksin et à ses Chemises rouges contre l’armée et le souverainisme royal thaïlandais qui menacent toujours le temple de Preah Vihear et ses alentours. D’un côté, les négociations bilatérales ont suivi leur cours avec, en juillet, le retrait des troupes au-delà d’une zone de démilitarisation entourant le temple. En dehors de quelques accrochages surtout liés au trafic du bois précieux, les tirs ont cessé cette année. Les villageois cambodgiens cherchant du bois en territoire thaïlandais en ont fait les frais, une trentaine ayant trouvé la mort depuis janvier. De l’autre côté, les liens économiques avec les réseaux sino-thaïlandais ont continué de se renforcer via la figure de Thaksin, Hun Sen accueillant en grande pompe le leader des Chemises rouges à Siem Reap à l’occasion des festivités du nouvel An cambodgien, les 14 et 15 avril 2012. Plusieurs dizaines de milliers de supporters du milliardaire en exil avaient traversé la frontière thaïlandaise pour se retrouver devant l’antique cité d’Angkor. En les exonérant de droit d’entrée, le Premier ministre avait choisi de les assimiler juridiquement à des Cambodgiens. En juin, les deux ministères des Transports, cambodgien et thaïlandais, inauguraient une ligne de car Bangkok-Phnom Penh. L’ouverture d’une ligne aérienne Pattaya-Angkor était en outre annoncée pour le 12 octobre avec rien moins que trois vols hebdomadaires.
24En dépit des tensions inhérentes au sommet de l’Asean, les relations avec le Viêt Nam sont restées lisses en apparence. Mais c’est précisément cette platitude qui interroge : en juin, la commémoration des 45 ans de relations diplomatiques entre les deux pays n’a pas fait grand bruit. Les travaux de délimitation des frontières se sont poursuivis, à grand renfort d’inauguration de bornes. La question, sensible pour l’opposition, a fait l’objet d’une réponse fleuve de Hun Sen devant le Parlement qui a défendu sa politique pendant plus de cinq heures, avec ce morceau d’anthologie : l’implantation de casinos aux frontières décriée par l’opposition relèverait d’une stratégie secrète… pour protéger les frontières17 !
4 - Les catastrophes prévisibles échappent au politique
25Avec la mort du roi-père Norodom Sihanouk (1922-2012) survenue le 15 octobre à Pékin, le dernier frein au pouvoir du Premier ministre disparaît. Depuis un an, la santé du souverain déclinait et la rumeur de son prochain décès bruissait au Palais. L’inconnue réside dans la marge de manœuvre que parviendra à dégager le roi en exercice, Norodom Sihamoni, que les funérailles de son père achèveront de consacrer dans la fonction. La tâche ne sera pas facile. En mal de légitimité, Hun Sen a méthodiquement circonscrit la sphère d’influence du Palais, en y plaçant des hommes liges ainsi qu’en sapant ses ressorts symboliques. Au-delà de l’événement considérable qui met le pays en berne, on peut s’interroger sur sa capacité à rebattre les cartes du jeu politique, à tout le moins à court terme (cf. encadré).
26D’ici le mois de novembre, quatre cents familles seront expulsées des environs de l’aéroport de Phnom Penh pour accueillir les hôtes du sommet de l’Asean. Dans le même temps, un Burger King ouvrira ses portes. En juillet 2013 auront lieu les élections législatives dont le résultat sera l’occasion de mesurer la perte d’influence de l’opposition à la suite du repositionnement de la politique états-unienne au Cambodge. D’ici là, la société Overseas Cambodian Investment Corporation aura défiguré le stade Olympique, symbole gaullien du mouvement des non-alignés, en lui adjoignant une bonne douzaine de buildings bien droits18. Si elle ne le rase pas simplement. Dans quelques années, le pays sera raccordé aux lignes de chemin de fer régionales et Angkor aura achevé de se transformer en Disneyland. Devant ce raz-de-marée mercantile, que peuvent faire les Cambodgiens ayant conscience que l’irrémédiable se produit ? Le pays khmer agonise. Affectant un style mafieux, une nouvelle classe dirigeante aux racines parfois anciennes le mène rapidement vers le gouffre. À la place, une manière de gros Macao singapourien prend racine : un nouvel ordre « sino-capitaliste » – qui s’apparente volontiers à un désordre – remplace un ordre d’ancien régime finissant dont on peut d’ailleurs considérer, à certains égards, que la mort de Sihanouk constitue le chant du cygne.
27L’arraisonnement du Cambodge par le règne de la marchandise paraît inéluctable. Il existe d’ailleurs peu de vraies réponses politiques, sociales ou économiques à la folie de l’illimité. Seule une riposte dans le domaine des idées – qui ont de tout temps gouverné le monde plus que les hommes – serait à même d’enrayer ce procès libéral et nihiliste. Pour l’heure, le pays n’en prend pas le chemin. Passé sans guère de transition du messianisme bouddhique au plus archaïque des matérialismes, aucune vue du monde ne s’y dessine. On peut néanmoins se demander si l’anarchie structurelle du corps social et sa résilience proverbiale à l’ordre imposé de l’étranger, qui résonnaient jadis jusqu’aux palais de Bangkok ou de Huế, ne pourraient enrayer cette marche folle. Jusqu’où les Khmers seront-ils rentables dans un monde où plus rien n’a de valeur parce que tout a un prix ? Plusieurs indices laissent entrevoir de possibles limites à la pénétration d’une rationalité chrématistique au Cambodge, comme la résilience de vieilles pratiques factieuses, la recrudescence de croyances thaumaturgiques ou la persistance de conflits d’honneur. Qui sait alors de quelle pensée refondatrice19 pourrait accoucher le détournement légitime de l’action chaotique des élites. Même l’« histoire de la tragédie cambodgienne » (David Chandler) n’est pas à l’abri d’un effet d’hétérotélie.
Encadré : Un roi méconnu
C’est paradoxalement parce qu’il est au cœur de l’actualité depuis son intronisation en 1941 que Sihanouk est mal connu. La société politique cambodgienne étant difficilement préhensible, les analystes ont d’autant plus focalisé leur attention sur ce personnage central qu’il avait l’avantage d’être aussi disert qu’omniprésent. Le problème est qu’ils ont tendu à le considérer comme un individu libre de toute pesanteur culturelle, sociologique ou familiale. Autant dire que, avec une telle démarche, on se condamnait à ne rester qu’au niveau de l’écume des choses. L’intrigue explicative s’est vue dès lors réduite à comprendre un comportement politique dans ce qu’il avait d’étonnant et même de détonnant au regard de ce que l’on était en droit d’attendre d’un régime parlementaire ou d’une monarchie constitutionnelle d’inspiration européenne. Ainsi de ses « talents » artistiques (compositeur, chanteur, cinéaste), diversement appréciés bien qu’unanimement ramenés à une conduite insolite, quand ils ne sont qu’un des attributs traditionnels du gouvernement des princes. Dans ces conditions, psychologisme, anecdotes croustillantes, sensationnel et bons mots tiennent lieu de parcours biographique. Ils dessinent en filigrane une bête politique au style erratique, érigé en grand ordonnateur de la destinée cambodgienne. Si bien qu’une équation réductrice faisant de Sihanouk un résumé du Cambodge s’est progressivement installée dans les esprits. Sans que l’on soit finalement à même d’en déceler « le plus haut sens » cher à l’historien Lucien Febvre20. Inutile de préciser que les conditions ne sont pas encore réunies pour y accéder. Des études existent qui permettent toutefois de poser des jalons.
Lorsque la princesse Sisowath Kossamak donne naissance à Sihanouk en 1922, la royauté cambodgienne revient de loin. Grâce à l’habileté du roi Ang Duong (r. 1845-1860) et de son fils Norodom (r. 1860-1904), le royaume a pu maintenir une existence juridique sous la tutelle française. Mais l’avènement des républicains en métropole modifie les termes du contrat de protection signé en 1863 lorsque ces derniers s’imposent au Cambodge par la force. Dès lors, le roi Norodom est confronté à un dilemme. Bien que la présence française lui permette d’espérer le retour des provinces annexées par le Siam, il doit contrer le jacobinisme brutal des Français qui veulent révolutionner le pays. En même temps, il ne peut faire appel au Siam pour contrecarrer les Français sans compromettre davantage la souveraineté cambodgienne : intronisé par des regalia venues de Bangkok, il n’est symboliquement qu’un vassal du Siam, ce que traduit sa couronne d’investiture, de même que les armoiries du Cambodge encore utilisées de nos jours. Les clans princiers sont eux-mêmes divisés : pro-siamois et antisiamois s’affrontent, tandis qu’une nouvelle ligne pro-française se dessine autour de Sisowath, un des frères de Norodom. La tension se résout provisoirement via des rébellions organisées par le Palais et soutenues discrètement par le Siam (1884-1885). La France temporise, pour revenir à la charge dix ans plus tard (1897). Si bien que lorsque Sisowath règne à son tour (r. 1904-1927) après avoir écarté les concurrents issus du clan pro-siamois grâce aux autorités françaises, le Cambodge récupère comme attendu les provinces siamoises (1907), mais le roi se voit entièrement dépossédé de ses prérogatives par l’administration du protectorat. Sous le règne de son fils Monivong (r. 1927-1941), le clan des anti-français représentés par Norodom Sutharoth (1872-1945) s’active et parvient à placer subrepticement son champion à la succession au trône. Le prince Sisowath Monireth étant lié à la famille royale siamoise par son mariage avec une Poc21, le protectorat fait logiquement obstacle à son intronisation. Il préfère retenir un candidat que lui propose opportunément la princesse Kossamak : le jeune Sihanouk, âgé de 19 ans. Les administrateurs pensent avoir rétabli l’équilibre entre « les Norodom et les Sisowath », alors que les tensions internes au Palais ne se posent pas en ces termes. Ils n’ont certes pas les clefs généalogiques pour comprendre qu’il est avant tout le tenant de la branche des Sutharoth par le truchement de son père, Norodom Suramarith. En clair, ils viennent de placer sans le savoir un prince éduqué dans l’idée qu’il faut réduire autant que faire se peut l’influence des Français.
Ce n’est donc pas tant un jeune homme malléable qui ceint la couronne des rois khmers que le héraut d’une branche conservatrice de la famille royale, en même temps que l’actualisateur d’une pensée politique dont sa mère est une gardienne. On oublie en effet trop souvent que l’individu Sihanouk, certes formé à l’école française par des maurassiens, était mû par une vision holiste du monde informant l’organisation du pouvoir. De cette dualité constitutive découle l’apparente ambiguïté du personnage. Acteur politique séculier en partie produit par l’administration coloniale, il n’en est pas moins le représentant sacré d’une institution royale séculaire. En simplifiant, on peut dire que la formule politique qu’il expérimente en puisant à ces deux sources trouve des terrains d’application connexes qui vont se révéler inégalement fructueux.
Vis-à-vis de l’environnement international comme de la base de la pyramide sociale, la dialectique fonctionne : garant des us et coutumes khmers, il devient dans le même temps un éminent représentant de la culture française qu’il utilise comme superstructure linguistique pour magnifier la personnalité culturelle et la « monarchie » cambodgiennes. Autoproclamé Père de l’indépendance (1953) et fervent nationaliste, il s’en remet derechef à ses protecteurs français pour garantir les intérêts du pays khmer contre les incursions de ses voisins (conseillers, aide économique et militaire, etc.). Pôle de convergence traditionnel des clientèles princières et mandarinales, il capitalise cette puissance centripète pour bâtir un embryon d’État moderne. Puisant aux techniques classiques d’une diplomatie « galactique », il retarde avec succès les effets de la guerre froide qui déchirent l’Indochine.
Mais la formule sihanoukienne trouve rapidement ses limites lorsqu’elle se heurte aux pesanteurs sociologiques d’un Cambodge en pleine mutation. Depuis le règne d’Ang Duong, l’ancien mandarinat se voit progressivement supplanté par un nouveau personnel administratif favorisé par les Français. Ouvert sur les modernités (chinoise, vietnamienne, européenne), il tend à se constituer en une bourgeoisie que ses intérêts portent à s’engager dans un parlementarisme agressif à l’endroit du Palais. L’impact est alors d’autant plus dissolvant qu’elle se structure autour de clientèles et de princes issus de branches concurrentes de celle de Sihanouk. Les nécessaires tensions qui en résultent attaquent le pivot d’un système dans lequel le jeune souverain se devait d’incarner la modernité politique pour en contrôler les effets délétères. C’est alors qu’il abdique le trône (1955) et se jette dans l’arène pour en découdre, ajoutant une dimension duale à sa dualité fondatrice. Personnage sacré aux yeux du peuple, « Samdech Euv » (Monseigneur Papa) attaque ses opposants comme un politicien. Chef de l’État, il n’en jouit pas moins de la part noire du pouvoir traditionnellement dévolue aux vice-rois, résidant dans un second palais (Chamkar Mon), tandis que son père est intronisé, puis le trône placé sous la régence de sa mère à la mort de ce dernier (1960). Conservant le goût d’être adulé inhérent à sa première fonction, il développe des talents d’orateur pour séduire les médias internationaux aussi bien que pour plaire à son peuple par le truchement de moyens techniques propres aux démocraties parlementaires (radio, presse). Les critiques que suscitent mécaniquement ces diatribes auto-satisfaites dans la presse internationale ou chez ses opposants engendrent une intolérance croissante en retour. L’intolérance se mue en autoritarisme. Son pouvoir s’use à mesure qu’il en abuse, jusqu’à mettre en place les conditions de sa destitution (1970). La guerre civile qui embrase un pays déchiré par la logique des blocs lui offre un sauf-conduit : la Chine l’accueille (1970-1975), les Khmers rouges le maintiennent en vie (1975-1979), les Vietnamiens pro-soviétiques manquent de s’en emparer (1979), puis le camp sinooccidental le soutient contre ces derniers (1979-1991). On peut supposer que la disparition de sa mère en 1975 lui permet en outre d’asseoir le statut contesté de sa favorite Monique et, ce faisant, d’envisager l’avenir. Lui destitué, sa mère décédée, il devient de facto le garant du trône et le porte-drapeau du Cambodge, logiquement convoité par toutes les factions.
Lorsque le prince revient aux affaires dans le sillage de l’ONU en 1991, les circonstances l’obligent à clarifier son rôle institutionnel en remontant sur le trône (1993). En abdiquant au profit de son fils en 2004, alors qu’il se sait gravement malade, Sihanouk neutralise le cycle de désacralisation de la royauté qu’il avait lui-même enclenché lors de sa première abdication en 1955. Son décès pourrait d’autant plus aisément renforcer l’institution royale que le matérialisme ambiant garantit la pérennité du Palais comme espace de transcendance à portée nationale. D’après le comput traditionnel, le roi-père s’est éteint à 90 ans, le quinzième jour de la lune décroissante du mois dévolu à sacrifier aux ancêtres. Sihamoni, désormais pleinement roi et vierge de toute compromission, devient en outre l’héritier d’un mythe. La question est de savoir s’il peut être fondateur, et de quoi.
Bibliographie sélective
Nasir Abdoul-Carime,» Réflexion sur le régime sihanoukien : la monopolisation du Verbe par le pouvoir royal », Péninsule, vol. 31, no 2, 1995, p. 77-97 ; « Mise en perspective de la diplomatie sihanoukienne : une logique doublement péninsulaire et de temps long », Péninsule, vol. 36, no 1, 1998, p. 175-191 ; « Note sur l’identité communautaire khmère : une approche historique et une relecture sociopolitique », Péninsule, vol. 50, no 1, 2005, p. 41-57 ; « Le pouvoir en scène dans le processus du Verbe sihanoukien », Bulletin de l’AEFEK, no 18, janvier 2012 (http://aefek. free. fr).
Charles Meyer, Derrière le sourire khmer, Paris, Plon, 1971.
Serge Thion et Jean-Claude Pomonti, Des courtisans aux partisans. Essai sur la crise cambodgienne, Paris, Gallimard, « NRF », 1971.
Serge Thion, « Quelques constantes de la vie politique cambodgienne », Affaires cambodgiennes, 1979-1989, Paris, L’Harmattan, « Asie-Débat » no 5, 1989, p. 224-247.
Le Cambodge

Annexe
Fiche Cambodge
Nom officiel : Brah rājānācakr kambujā, Royaume du Cambodge
Capitale : Phnom Penh
Superficie : 181 035 km2
Population (CNUCED est. juillet 2012) : 14 470 000 hab.
Langue officielle : khmer
Données politiques
Nature de l’État : monarchie
Nature du régime : constitutionnel
Suffrage : universel (à partir de 18 ans)
Chef de l’État : roi Norodom Sihamoni (n. 1953, depuis 2004)
Premier ministre : Hun Sen (n. 1952, depuis 1985)
Ministre des Affaires étrangères : Hor Nam Hong (n. 1935, 1990-1993 et depuis 1998)
Ministre de l’Intérieur : Sar Kheng (n. 1951, depuis 1992)
Échéances : élections législatives en juillet 2013
Contentieux territoriaux et maritimes : Thaïlande et Viêt Nam : délimitation en cours des frontières territoriales et maritimes entre le Cambodge et ces deux pays
Indicateurs démographiques et sociologiques
Principaux groupes ethniques : Khmers (90 % dont 1-2 millions de Sino-Khmers), Vietnamiens (5 %), Chinois (1 %), autres (4 %)
Religions (1998) : bouddhistes (96,4 %), musulmans (2,1 %), autres (1,5 %)
Taux de croissance démographique (Banque mondiale, 2011) : 1,2 %
Espérance de vie (Banque mondiale, 2011) : 63 ans
Indice de fécondité (Banque mondiale, 2011) : 2,5
Taux de natalité (Banque mondiale, 2011) : 22 ‰
Taux de mortalité (Banque mondiale, 2011) : 8 ‰
Taux de mortalité infantile à 5 ans (Banque mondiale, 2011) : 43 ‰
Taux d’alphabétisation (> 15 ans) (Banque mondiale, 2008) : 78 %
Taux d’urbanisation (CNUCED, 2011) : 20 %
Indice de développement humain (PNUD, 2011) : 0,584 (rang 139)
Indicateurs économiques
Monnaie : riel (1 euro = 5 225,28 riel, octobre 2012)
- Taux de change moyen annuel 2011 (CNUCED) : 1 euro = 5 641 riel
Balance des paiements courants (CNUCED, est. 2011) : – 1,137 milliard $ US
Dette extérieure (Banque mondiale, 2010) : 4,67 milliards $ US
PIB par habitant ou per capita (CNUCED, est. 2011) : 898 $ US
Taux de croissance moyen annuel du PIB (CNUCED, est. 2011) : 6 %
Répartition du PIB par secteur d’activité (CNUCED, 2010) : agriculture (30,5 %), industrie hors construction et mines (15,6 %), mines (1 %), construction (6,4 %), services (40,8 %)
Taux d’inflation (FMI, 2011, moyenne annuelle) : 5,47 %
Taux de chômage (Banque mondiale, 2008) : 1,7 %
Taux de population vivant sous le seuil de pauvreté (Banque mondiale, 2007) : 30,1 %
IDE entrant (flux) (CNUCED, 2011) : 0,89 milliard $ US
IDE entrant (cumulés ou stocks) (CNUCED, 2011) : 6,85 milliards $ US
IDE sortant (flux) (CNUCED, 2011) : 0,024 milliard $ US
IDE sortant (cumulés ou stocks) (CNUCED, 2011) : 0,350 milliard $ US
Principaux partenaires commerciaux (2010) : Chine, États-Unis, Thaïlande, Union européenne, Viêt Nam, Corée du Sud
Importations (bien et services, CNUCED, est. 2011) : 9,93 milliards $ US - marchandises seules : 8,45 milliards $ US
Principaux produits importés (2011) : produits pétroliers ; cigarettes ; or ; matériaux de construction ; textile ; véhicules motorisés ; produits pharmaceutiques ; électricité
Exportations (biens et services, CNUCED, est. 2011) : 9,5 milliards $ US - marchandises seules : 5,14 milliards $ US
Principaux produits exportés (2011) : textile ; chaussures ; caoutchouc ; riz ; poisson ; tabac ; bois de construction ; sable
Portrait
Mong Reththy, un « commerçant khmer22 » sur une « voie pavée d’or23 »
De son vrai nom Ka Siek Hiêng (Kā Sīek Hīeṅ), Mong Reththy est le premier tycoon à relater son expérience mercantile à travers deux hagiographies rédigées en 2006 et 2010. Leur lecture éclaire l’idéologie dans laquelle baignent les élites, singulièrement celle des négociants sino-khmers qui financent le gouvernement. Siek Hiêng naît en 1954 à Trapeang Trea (Trabāṃṅ Drā), dans la province de Takeo, d’où est originaire sa mère. Le village est ouvert aux réseaux marchands : on y trouve des Chams et des Chinois. Son père, d’abord orfèvre puis éleveur porcin, serait un métis chinois de Kampot. Il l’envoie tôt travailler à Phnom Penh chez un vendeur chinois de nouilles. Revenu au village, il passe par la formation monastique. Grâce à l’intervention du réseau familial, il se dirige bientôt vers le grand monastère de Neak Voan (Nāgavãn), à Phnom Penh. La guerre civile s’installe, la maison familiale brûle. Sous les Khmers rouges, Siek Hiêng est déporté pour creuser des canaux ou ériger des barrages. Marié de force à Maen Saun (M̎aen Sûn) en 1978, il demeure avec elle en 1979 sans s’offusquer de cette alliance quand nombre de Khmers mettent un terme à des relations similaires à la libération. Il valait mieux, dit-il, capitaliser l’union en s’aidant mutuellement pour gagner leur vie : il aura donc cinq enfants de sa femme. Lorsqu’il revient s’installer à Phnom Penh, il « khmérise » son nom, puis intègre l’administration en achetant un poste au ministère des Travaux publics (1980), d’où il passe au secrétariat du Comité central du Parti, puis au ministère des Communications, toujours en charge du Bâtiment. En 1989, il utilise sa position de façon à s’attribuer des chantiers pour lesquels il loue des engins servant à transporter la terre pour le remblai des fondations. C’est le début de sa fortune qu’il démultiplie lorsqu’il quitte la fonction publique pour se faire représentant de la société hongkongaise Chrun You Hak Hong Kong Construction24. Trois ans plus tard, il ouvre sa propre entreprise d’import-export et se spécialise dans l’import des matériaux du bâtiment et l’export du caoutchouc. Puis il ne cesse d’étendre son activité jusqu’à diriger un petit empire couvrant une multitude de secteurs. Aujourd’hui, il possède des milliers d’hectares de champs de palmiers, d’hévéas, d’acacias, un port autonome, des élevages de porc, etc.
Dans son hagiographie, cette faculté à « trouver de quoi vivre » (rak sī) en toutes circonstances jusqu’à prospérer est ramenée à une capacité intellectuelle supérieure plutôt qu’à une pratique sociale spécifique – celle de milieux dont la charte sociale est précisément cette souplesse dans l’activité lucrative associée à la culture des réseaux, fût-ce au mépris de l’ordre social. Cette activité n’aurait eu de cesse de « développer » le pays depuis la catastrophe khmère rouge. Au lendemain de la libération, il aurait ainsi entrepris avec d’autres d’« édifier » (kasāṅ) le pays après que les hommes en noir en avaient fait tabula rasa. En réalité, ce vocable emprunté aux Khmers rouges masque mal une obsession mercantile légitimée par un discours victimaire. Ceux qui ont été kasāṅ par le régime khmer rouge, c’est-à-dire, dans leur langage métaphorique, humiliés publiquement, voire emprisonnés et maltraités, sont à leur tour ceux qui kasāṅ le pays, autrement dit qui détruisent la société en faisant mine de le reconstruire matériellement. De la famine subie sous le régime khmer rouge à l’orexie pécuniaire, les anciens déportés alliés aux ex-cadres khmers rouges de l’Est sont simplement passés d’un extrême à l’autre. Sic transit gloria victimæ25.
Affiche politique

Armoiries du royaume du Cambodge
Si elles ne constituent pas à proprement parler une affiche politique, les armoiries du royaume présentes sur tous les documents officiels sont toutefois porteuses d’un message politique hérité de l’époque moderne. Lequel entre plus que jamais en contradiction avec l’action gouvernementale du Premier ministre.
- La devise, « braḥ cau kruṅ kambujā » [Le roi du royaume du Cambodge], rappelle que la souveraineté ne saurait émaner de personne d’autre que le roi. Celle-ci comprend notamment le contrôle des forces armées, aussi bien externes (la Défense) qu’interne (l’Intérieur) ; lesquelles reposent sur cette devise, respectivement à dextre et à senestre, sous la forme de deux animaux mythiques.
- Les parasols à cinq étages – contre sept pour les armoiries de la Thaïlande, modèle des armoiries cambodgiennes – sont un souvenir du couronnement du roi Norodom en tant que roi vassal de la dynastie des Chakris.
- Au centre se trouve le dais royal. Il s’ouvre sur l’Ordre du Cambodge – créé sous le règne de Norodom (1864) – surmonté de deux plateaux supportant l’épée du royaume, principale regalia. Fondue par l’architecte divin Viśvakarman sur ordre du roi des dieux Indra à l’intention du roi des hommes, elle symbolise la souveraineté du royaume.
- Elle est surmontée de la syllabe Oṃ [Aum] stylisée, symbole auspicieux hérité du brahmanisme angkorien.
- Laquelle est surmontée de la tiare d’intronisation, du sommet de laquelle se déploient des rayons de soleil symbolisant les dix perfections royales propres aux rois bouddhiques, qui se répandent sur l’intégralité du territoire.
- À senestre, le rājāsī contourné, animal mythique proche du lion, symbole du ministère de l’Intérieur.
- À dextre, le gujasī contourné, animal mythique à corps de lion et à tête d’éléphant, symbole du ministère de la Défense.
Notes de bas de page
1 « Pour la plus grande gloire de l’argent. »
2 Marie-Sybille de Vienne, « Le Cambodge entre intégration et désintégration », in Alain Forest (dir.), Cambodge contemporain, Bangkok-Paris, Irasec-Les Indes savantes, 2008, p. 257-289.
3 Marie-Sybille de Vienne, « Les Chinois au Cambodge. Des champs de la mort à la jungle des affaires », Péninsule, vol. 56, no 1, 2008, p. 167-195.
4 Jean-Claude Michéa, L’Empire du moindre mal. Essai sur la civilisation libérale (2007), Paris, Flammarion, 2010.
5 Raoul Jennar, Les Clés du Cambodge, Paris, Maisonneuve & Larose, 1995, p. 275.
6 Chatomukh, no 237, octobre 2011, p. 4.
7 Cambodia Daily, 16 janvier 2012.
8 Marie-Sybille de Vienne, « Cambodge entre réalité économique et fiction statistique (1990-2010) », Péninsule, vol. 64, no 1, 2012, p. 197-218.
9 Grégory Mikaelian, « Cambodge. Une agonie programmée », in Jérémy Jammes et Benoît de Tréglodé (dir.), L’Asie du Sud-Est 2012, Bangkok-Paris, Irasec-Les Indes savantes, 2012, p. 133-134.
10 Verena Richardier, Les Concessions économiques au Cambodge : étude de la viabilité d’un système d’exploitation du foncier par l’analyse politique, Lyon, École normale supérieure, master en sciences politiques, juillet 2012, p. 27.
11 Chatomukh, no 238-239, novembre-décembre 2011, p. 6.
12 Asie-Info, 18 septembre 2012.
13 Nasir Abdoul-Carime, « Mise en perspective de la diplomatie sihanoukienne : une logique doublement péninsulaire et de temps long », Péninsule, vol. 36, no 1, 1998, p. 175-191.
14 Alain de Benoist, Carl Schmitt actuel, Paris, Krisis, 2007.
15 Michel Henry, La Barbarie (1987), Paris, PUF, 2011.
16 Somme « que le Premier ministre pourra dépenser comme bon lui semble » (selon le journal Cambodia Daily, cité in « Cambodge : Pékin sait remercier ses amis fidèles », Asie-Info, 5 septembre 2012).
17 Chatomukh, no 248-249, septembre-octobre 2012, p. 2.
18 « Le stade olympique de Phnom Penh menacé par les gratte-ciels ? », Asie-Info, 18 juin 2012.
19 Un exemple : http//www. KhmeRenaissance. org
20 Lucien Febvre et François Crouzet, Nous sommes des sans-mêlés. Manuel d’histoire de la civilisation française, présentation de Denis et Élisabeth Crouzet, Paris, Albin Michel, 2012, p. 391.
21 Jacques Népote et Ravivaddhana Sisowath Minipong, État présent de la maison royale du Cambodge, Paris, Institut de la Maison royale du Cambodge/Association Péninsule, 1994, p. 109.
22 Yī Hā̂ṅ Chhay [Chhay, Yi Heang] (dir.), Bāṇijjakar khmaer. Uk ñā M̎uṅ Ṛddhī [Un commerçant khmer. Oknha Mong Reththy], Phnom Penh, 2006.
23 Vaṇṇārīraks Pāl’[Vannarireaks Bal], Vithī krol mās. Jīvapravatti aek uttam paṇḍit m̎uṅ ṛddhī [Une voie pavée d’or], Phnom Penh, Mong Reththy Group Co., LTD, 2010.
24 Chun You Hak (1928-2008), un Sino-Khmer de Kampot et le plus gros des entrepreneurs du bâtiment sous le Sangkum, était le cousin germain de Touch Kim, ancien gouverneur de la Banque nationale dans les mêmes années. Il s’exile au Canada en 1975, puis revient au Cambodge à la fin des années 1980 et crée une joint-venture hongkongaise. Une rue de Phnom Penh porte son nom (rue 284).
25 « Ainsi passe la gloire de la victime. »
Auteur
-
Grégory Mikaelian
Historien moderniste, chercheur au CNRS depuis 2008. Diplômé de l’université Paris IV Sorbonne, il a consacré sa thèse de doctorat à l’histoire de la royauté khmère au XVIIe siècle. Il a publié deux ouvrages sur l’histoire du Cambodge, l’un portant sur les institutions de la période moderne (La Royauté d’Oudong. Réforme des institutions et crise du pouvoir dans le royaume khmer du XVIIe siècle, Paris, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2009), l’autre retraçant l’expérience ethnographique d’un administrateur colonial (Un partageux au Cambodge : biographie d’Adhémard Leclère suivie de l’inventaire du Fonds Adhémard Leclère, Paris, Association Péninsule, « Cahiers de Péninsule », no 12, 2011). Il s’intéresse à l’histoire contemporaine du pays khmer ainsi qu’à son actualité politique dans la mesure où elles procèdent en partie d’une historicité moderne.
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