Brunei
Plus l’on brille, mieux l’on prie ?
p. 131-149
Texte intégral
1Quelle que puisse être l’ampleur de la crise qui frappe l’Union européenne au travers de ses dettes publiques, elle n’a que peu d’échos dans le très serein sultanat de Brunei, dont les relations avec ses partenaires régionaux n’ont jamais été aussi florissantes qu’aujourd’hui, comme l’atteste la présence du président philippin, des Premiers ministres malaisien, cambodgien et thaïlandais et des ministres des Affaires étrangères des autres États membres de l’Asean aux noces de la benjamine des filles du sultan et de la reine1, la princesse Hafizah Sururul Bolkiah, avec Yang Amat Mulia (YAM) Pengiran Hj2 Muhd Ruzaini3. Le mariage reste l’événement majeur de l’année 2012, célébré au terme de dix jours (16-25 septembre) de rites chatoyants et complexes dont la symbolique demeure encore très largement indianisée pour l’observateur averti. La salle du palais où se sont déroulées la plupart des célébrations – dont les arches rappellent assurément le Moyen-Orient – porte le nom de Singghasana4 Indera Buana [du sanscrit siṅghāsana, littéralement la « couche » (i.e. le trône) du Lion ; Indra, le roi des dieux ; Buana, le monde], illustrant ainsi la résilience d’une tradition royale où le palais reproduit aux yeux des hommes le fonctionnement du monde des dieux.
1 - Le maintien de la prospérité
2En dépit d’une conjoncture internationale morose, le Brunei conserve toute sa manne financière. En 2012, son produit intérieur brut (PIB) devrait progresser de 2,7 % (soit sensiblement plus qu’en 2011 où la croissance n’avait été au final que de 2,2 %, contre les 2,6 % attendus)5, ce qui reste toutefois inférieur d’un tiers à la croissance mondiale, tirée par la Chine et évaluée à 3,1 %. Avec quelque 38 800 dollars américains de PIB per capita en 2012 (en valeur nominale), le Brunei demeure un pays quatre fois plus riche que son voisin malaisien (PIB per capita estimé à 10 578 dollars en 2012), mais sensiblement moins bien loti que Singapour (PIB per capita de 49 900 dollars). Mais, surtout, ses exportations d’hydrocarbures (qui, en valeur, avaient déjà augmenté de 43 % en 2011 à la suite de la hausse de 39 % des prix pétroliers)6 ont progressé de 2,6 % en 2012, alimentant un excédent de la balance des paiements courants de quelque 8,2 milliards de dollars : près de la moitié du PIB, un ratio en augmentation constante depuis 20097. En la matière, le sultanat détient un record régional qui le place largement devant le numéro deux, Singapour, dont l’excédent courant serait au plus de 20,9 % du PIB (56,1 milliards de dollars) en 20128.
Une prospérité accrochée, et pour longtemps, aux seuls hydrocarbures
3Autant dire que la prospérité du Brunei est accrochée aux hydrocarbures, qui engendrent quelque 67,7 % du PIB et 95,6 % des exportations en 2011 – en y incluant le méthanol9, le seul des projets d’investissements industriels en aval des hydrocarbures (alimenté au gaz naturel) qui ait pu jusqu’ici voir le jour, d’un montant total de 450 millions de dollars cofinancé par Brunei Petroleum, Mitsubishi Gas Chemical et Itochu.
Production d'hydrocarbures au Brunei (1965-2011*)

* Pour 2011 : évaluation basée sur les trois premiers trimestres.
4Le plan directeur à vingt ans (2010-2030) élaboré par le cabinet du Premier ministre (i.e. S. M. Hassanal Bolkiah) prévoit ainsi que la part de la filière hydrocarbures au sens large (incluant, en sus des industries en aval des hydrocarbures, l’énergie, y compris renouvelable, et les services afférents) devrait passer de 60 % du PIB en 2010 à 70 % en 2030, c’est-à dire produire quelque 33 milliards de dollars de Brunei (BND) d’ici deux décennies (quelque 21 milliards de dollars américains au taux de change de 2012)10.
5Si l’on peut aisément discuter plusieurs des hypothèses sur lesquelles se fonde cette prospective, à commencer par l’optimisme de son taux de croissance du secteur énergétique, 6 %, quand la croissance du PIB brunéien sur la dernière décennie n’a pas dépassé les 2 %, il n’en reste pas moins que son contenu mérite que l’on s’y attarde :
- la première affirmation, et non des moindres, est qu’en 2030 les réserves d’hydrocarbures du sultanat seraient légèrement supérieures à ses réserves prouvées en 2010. Sur cette base, la production d’hydrocarbures atteindrait les 800 000 barils d’équivalent pétrole par jour, soit le double du niveau actuel ; pour un prix de 120 dollars le baril, les hydrocarbures dégageraient ainsi en 2030 une production représentant en valeur 2,5 fois celle de 2010 ;
- le second postulat est que la production des industries d’aval11 représenterait (en 2030) 13 % de celle des hydrocarbures, soit une progression en valeur de l’ordre du décuple, de moins de 0,5 milliard de BND en 2010 à plus de 5 milliards de BND en 2030. Quant à celle des services énergétiques (fourniture d’électricité incluse), elle devrait atteindre les 1,4 milliard de BND, c’est-à-dire être multipliée par quinze, ce qui passe par la création de cinq compagnies brunéiennes spécialisées d’une taille suffisante pour s’insérer dans le marché régional.
6Or la recherche de nouveaux gisements demeure une opération coûteuse (100 millions de dollars le forage), complexe et, pire encore, hasardeuse. Certes, le litige portant sur les blocs (offshore) malaisiens L et M, qui s’étaient révélés partiellement recouvrir les blocs brunéiens J et K, s’est réglé à l’amiable après six ans de négociations et un premier accord frontalier (mars 2009), les modalités de mise en exploitation desdits blocs ayant été précisées en septembre 2010. La Malaisie conserve 10 % du bloc CA1 (ancien bloc L/J) ; le Brunei en récupère 90 %, attribués à un consortium comprenant Total E & P Borneo (60 % du consortium), BHP (25 %) et Amerada Hess (15 %), Petroleum Brunei rachetant 15 % du gisement à son entrée en exploitation. Le bloc CA2 (ex-bloc M/K) a été réparti entre la Malaisie (75 % – soit 45 % pour Petronas et 30 % pour Murphy) et le Brunei (25 % – soit 12,5 % pour Brunei Shell, 6,25 % pour Mitsubishi et 6,25 % pour ConocoPhilips). Mais, depuis l’accord frontalier, que souligne de manière ostentatoire l’attribution en juillet 2012 du titre de Darjah Paduka Seri Laila Jasa12 aux président et vice-président de Petronas13, la compagnie d’État malaisienne, seul l’actuel leader du secteur, Brunei Shell, a annoncé (mars 2011) une découverte significative : celle d’un nouveau gisement pouvant représenter plusieurs centaines de millions de barils à Gerongong14, à 100 kilomètres du littoral et à près d’un millier de mètres de profondeur. Et ce n’est pas la reprise de l’exploration sur les blocs onshore L15 et M16, aux potentialités modestes, qui pourra suffire, même dans le plus favorable des cas, à tenir les objectifs affichés.
Le fer de lance de l’entrée des Brunéiens dans le secteur privé
7Autant dire que les pressions sur les industriels du secteur n’ont jamais été aussi fortes, d’autant que les pouvoirs publics leur confient désormais la tâche d’intégrer les « Brunéiens » (i.e. les citoyens brunéiens et, en théorie du moins, les résidents permanents) au secteur privé, et ainsi de désengorger à terme la pléthorique fonction publique (un fonctionnaire – hors forces armées – pour 8,4 habitants, nouveau-nés inclus, soit un agent de l’État17 pour six nationaux). Les firmes opérant dans les hydrocarbures et leurs sous-traitants doivent monter leur part d’intégration locale de 15 % à 60 % d’ici 2030, c’est-à-dire plus que décupler (en monnaie constante) les biens et services achetés localement. Moyennant quoi le secteur compterait quelque 50 000 emplois en 2030 (contre seulement 21 000 aujourd’hui)18, dont les trois quarts seraient assurés par des Brunéiens (contre 47 % seulement en 2010, étant entendu que ce ratio tombe en deçà des 18 % chez les sous-traitants pétro-gaziers).
8L’opération de « brunéisation » de l’entreprise est pour l’heure menée à marche forcée. Les PME « de base19 » doivent avoir plus de 90 % de salariés brunéiens et une direction strictement brunéienne. Les firmes « à potentiel de croissance » et au chiffre d’affaires supérieur à 10 millions de BND devraient compter entre 50 % et 90 % de salariés et 50 % de cadres brunéiens au 1er janvier 2013, et 90 % après. Les firmes à plus fort contenu technologique et au chiffre d’affaires supérieur à 10 millions de BND, entre 50 % et 90 % de salariés brunéiens, avec à terme 50 % de cadres (cette catégorie incluant les plates-formes de forage et les installations de levage). Seules les firmes de très haute technologie (et au chiffre d’affaires inférieur à 10 millions de BND) ne se verront pas attribuer d’objectifs chiffrés en matière d’emploi de Brunéiens20. En bref, les ali-baba21 (Malais servant de prête-noms à des entrepreneurs chinois) sont désormais dans le collimateur des autorités.
9Depuis le début 2012, 760 « locaux22 » ont ainsi été embauchés (en date de juillet 2012) par le secteur des hydrocarbures et de l’énergie, soit les trois quarts d’un objectif annuel fixé par le département de l’Énergie à 1 000 salariés23 (à ce rythme, en vingt ans, le secteur compterait quelque 20 000 salariés de plus et non pas 30 000, à moins que la progression ne devienne géométrique).
2 - Un double problème de main-d’œuvre
Une pénurie de Brunéiens utilisables dans le secteur privé
10Embaucher des Brunéiens dans le secteur des hydrocarbures est en effet loin d’être aisé, car les diplômés de l’Universiti Brunei Darussalam (UBD)24 ayant suivi un cursus ouvrant sur les métiers de l’entreprise sont largement minoritaires : sur les 719 étudiants ayant obtenu une licence au Brunei en 2010, 13 % ont une formation utilisable dans le secteur privé, dont 3,8 % seulement en sciences dures (mathématiques, physique et informatique) – aucun en géologie – le gros des effectifs (54 %) se dirigeant vers l’enseignement25 et le reliquat vers les sciences sociales. Et la situation ne risque pas de s’améliorer à brève échéance, puisque des 348 étudiants (doctorants inclus) poursuivant un cursus scientifique en 2010, seuls 10 % suivent des études de géologie et 4 % d’électronique26. Certes, quelque 2 000 boursiers brunéiens (dont 60 % de filles) font actuellement leurs études à l’étranger, mais ils sont fort peu nombreux dans les disciplines de « sciences dures » autres que la médecine.
11Il n’y a donc pas d’autre solution pour les principaux opérateurs du secteur que de multiplier les bourses (en échange d’un engagement d’intégrer l’entreprise) pour financer la formation de jeunes Brunéiens à l’étranger en mécanique, en géophysique ou en géologie, une opération longue et coûteuse, la fabrication d’un ingénieur prenant au bas mot de quatre à six ans27 (hors acquisition de la langue pour des jeunes devant se former en France ou en Allemagne).
Une fuite des cerveaux ?
12Mais la pénurie d’ingénieurs et de cadres techniques n’est qu’un aspect d’un plus vaste problème que révèlent les résultats préliminaires du recensement de 201128. Alors que les statisticiens (sur la base des données des deux recensements précédents, 1991 et 2001) évaluaient la population du Brunei à 422 700 habitants en 201129, le recensement de 2011 décompte 393 162 habitants30, soit des données inférieures de 7 % aux prévisions : en dix ans, la population a crû de 1,7 % en moyenne par an quand le taux de croissance démographique était estimé à 2 % (soldes migratoires inclus). En l’absence (au moins pour l’heure) de tout élément relatif à la structure ethnique de la population et à sa ventilation par statut résidentiel31, il semblerait donc que l’immigration se soit quelque peu réduite : de fait, les données (effectives) relatives à la population active pour 2008-2009 montraient déjà une baisse en 2009 de 6,5 % des résidents temporaires et de 3,3 % des résidents permanents employés par le secteur privé32.
13Or ces mêmes statisticiens estimaient (toujours pour 2011, avant recensement) que le Brunei compterait quelque 10,9 % de Chinois (soit 46 100 individus). Un simple examen des données des trois recensements précédents (en y incluant celui de 1981, effectué deux ans avant l’indépendance33) rappelle que le nombre de Chinois (tous statuts confondus) n’a cessé de diminuer : de 39 461 en 1981 à 37 056 en 2001, passant ainsi de 20,4 % de la population à 11,1 %. À s’en tenir aux seules données en pourcentage, le Brunei devrait ne plus compter, à ce rythme, aucun Chinois en 2011, ce qui n’est évidemment pas le cas ! L’extrapolation des données brutes de 1981-2001 (tendance linéaire du nombre de Chinois enregistré à chacun des trois recensements) donne en revanche l’estimation, certes moins alarmante que celle des valeurs relatives ci-dessus, de quelque 26 000 Chinois en 2011 (19 000 Chinois de moins que les prévisions officielles), soit 6,6 % seulement de la population (sur la base du recensement de 2011), ce que semblent corroborer des observations de terrain.
14L’un des facteurs expliquant cette décélération sensible de la croissance démographique est que les Chinois (y compris ceux ayant la nationalité brunéienne) continuent de quitter le Brunei, voire que cette émigration s’accélère. Or ce sont eux qui constituent le vivier des cadres du secteur privé. S’y ajoute la « désertion » d’un nombre croissant de Brunéiens bumiputera34 les plus brillants et les mieux formés (y compris des membres relativement proches de la famille royale) susceptibles de trouver aisément un emploi à l’étranger. Ce mouvement ferait tache d’huile parmi les élites (tous statuts résidentiels et origines ethniques confondus) les plus à même de réaliser les ambitieux objectifs fixés par le plan directeur à vingt ans (Wawasan 2035), qui s’installent notamment à Perth, en Australie… Sur ce dernier point, les statistiques corroborent les observations de terrain effectuées à l’intérieur et à l’extérieur du sultanat, puisque le différentiel de 19 000 Chinois « de moins » entre l’évaluation construite sur la base des recensements de 1981-1991-2001 et les estimations « à la louche » de la statistique officielle pour 2011 (avant le recensement) ne suffit pas à expliquer l’ampleur du trou démographique enregistré lors du recensement de 2011 : il manque en sus quelque 10 500 habitants… On comprend aisément l’hésitation des autorités à divulguer la suite des données du recensement, notamment en matière d’ethnicité, de formation et d’emploi : rien n’a été publié depuis le rapport préliminaire de janvier 2012.
3 - Crispation identitaire et contrôle des masses
15Ce « trou démographique », pour discret qu’il soit, sanctionne un constant raidissement du régime depuis l’installation du Melayu Islam Beraja (MIB) comme idéologie d’État à l’indépendance. En définissant la « malayïtude » comme étant d’essence à la fois islamique et monarchique, le MIB a sursignifié la légitimité « organique » de la couronne, seule à même d’opérer la synthèse de la coutume (adat-istiadat Melayu Brunei) et de la religion et, partant, de conjurer le traumatisme du passage à la modernité par la réinscription du sultanat dans un continuum culturel. Le tout s’est accompagné d’une réécriture de l’histoire sous la plume de l’idéologue en chef du régime, Pehin Jawatan Dalam Seri Maharaja Dato Seri Utama Dr Hj Mohd Jamil Al-Sufri, le directeur du Pusat Sejarah (Centre historique, créé en 1982), au mépris des méthodologies en usage dans la discipline. Le sultanat une fois érigé en conservatoire de la culture malaise, le MIB est concrètement mis en œuvre par l’imposition d’une norme comportementale islamique35 importée du Moyen-Orient – jusque-là inconnue de la sphère culturelle malaise – à des fins de prévention d’éventuelles poussées de fondamentalisme islamique36 dans les années 1990. Laquelle norme devient fondatrice d’une personnalité culturelle « brunéienne » : un schéma qui reproduit, avec une dizaine d’années de décalage, celui mis en œuvre en Malaisie par le Premier ministre Mahathir pour attirer à l’UMNO (United Malaysian National Organisation, parti membre de la coalition gouvernementale à base ethnique malaise) les musulmans les plus raides, et en premier lieu ceux de l’ABIM37, au début des années 1980 – et les détourner du parti islamique, le PAS (alias Partai Islam Seluruh Malaysia38).
16Entré en force dans tous les programmes d’enseignement39, université incluse, le MIB est devenu de plus en plus omniprésent dans le quotidien des Brunéiens : « mécanisme moteur du Brunei », fondement du « développement national40 », le MIB rappelle à l’envi que la monarchie est l’instrument privilégié du projet divin relatif au sultanat du Brunei Darussalam41. Dans le même temps, ses thuriféraires soulignent que l’islam « clarifie et corrige » dans la culture malaise les pratiques allant à l’encontre à la fois de la religion et de la monarchie42. Ce second point, qui fait surface lors d’un énième exercice de style (janvier 2012), cette fois à l’Universiti Islam Sharif Ali (UNISSA43), n’est pas sans intérêt car il atteste d’une paradoxale inquiétude envers le caractère potentiellement délétère de la « malayïtude » à l’égard du pouvoir, alors même que le MIB la définit comme étant par essence islamique et monarchique. Se révèle ainsi par voie de presse ce qui s’impose comme une évidence pour tout croyant ou simple connaisseur de l’islam vivant depuis quelques semaines au Brunei, à savoir que la religion est au service de la monarchie, la célébration de la grandeur divine s’opérant par le truchement de celle du monarque. Pire, le MIB tend à se parer de manière croissante des oripeaux du nationalisme le plus virulent pour affirmer qu’il en va de la survie de la nation, de la race malaise, de la religion et, partant, de la monarchie. Lato sensu, tout ce qui s’écarte de la norme dérange de plus en plus – avec, en ligne de mire, mais sans l’expliciter, les Chinois44, auxquels on reproche (entre autres) leurs possessions foncières.
17Par-delà la réitération de cérémonies qui, bon an mal an, occupent plus du tiers de l’emploi du temps des fonctionnaires, la crispation religieuse va donc croissant. Pendant cinq des mois du calendrier musulman (dont les deux mois précédant le Ramadan), les distractions publiques sont interdites au Brunei45. Le conseil du MIB, qui avait été créé en 2001 pour soutenir la diffusion de l’idéologie d’État, s’est vu doter en 2009 d’objectifs d’ordre économique. En juillet 2012, un code pénal islamique a été introduit46, à même de sanctionner les rapports sexuels illicites, l’importation d’alcool, le vol, etc. par des châtiments corporels. Alors qu’en 2001 toutes les écoles privées avaient déjà été placées sous le contrôle de l’enseignement public, l’enseignement religieux est devenu obligatoire47 en septembre 2012 pour tous les enfants musulmans nés à partir du 1er janvier 2006, ayant au moins un parent de nationalité brunéienne ou des parents résidents permanents, et ce pour une durée de sept ans sous peine d’amende48 et/ou d’un an de prison. Il s’en est de surcroît fallu de peu que les non-musulmans se voient imposer des cours de religion dans les écoles internationales. Et, comme la mesure ne ferait apparemment pas l’unanimité même parmi les Malais, le souverain l’a fait saluer par le plus respecté des « enseignants » du Brunei, Yang Amat Mulia Pengiran Setia Negara Hj Mohd Yusuf, ancien menteri besar (chief minister) aujourd’hui âgé de 89 ans49, régulièrement décoré lors du Hari Guru (le « jour des Professeurs »)50. Enfin, depuis le 2 novembre 2012, pour ne pas détourner les musulmans de leurs observances religieuses, tous les commerces et assimilés (y compris les restaurants des hôtels) doivent fermer le vendredi pendant deux heures, au moment de la prière.
18La rente pétro-gazière étant assurée pour les deux décennies à venir, autant dire que, l’âge venant, entourés de courtisans dont la dévotion constitue désormais le meilleur propulseur, le monarque semble de plus en plus convaincu qu’il sera jugé, le jour du Jugement51, à l’aune de sa capacité à entraîner ses sujets sur le chemin de la sainteté, quel que puisse être le prix à payer en matière de productivité.
Le Brunei

Annexe
Fiche Brunei Darussalam
Capitale : Bandar Seri Begawan
Superficie : 5 765 km2
Population (recensement 2011) : 393 162 hab.
Langues : malais (langue officielle) ; dialecte malais de Brunei ; anglais, chinois (mandarin et divers dialectes de Chine du Sud)
Données politiques
Nature de l’État : monarchie traditionnelle
Nature du régime : monarchie islamique malaise
Suffrage : universel (à partir de 18 ans). Aucune élection législative n’a eu lieu depuis celle de 1962. Les seules élections actuellement tenues sont celles des conseils de village.
Chef de l’État : Sa Majesté le Sultan Hassanal Bolkiah (depuis le 5 octobre 1967)
Premier ministre : Sa Majesté le Sultan Hassanal Bokiah (depuis le 1er janvier 1984)
Ministre des Finances : Sa Majesté le Sultan Hassanal Bokiah (depuis le 23 février 1997)
Ministre de la Défense : Sa Majesté le Sultan Hassanal Bokiah (depuis le 21 octobre 1986)
Ministre des Affaires étrangères et du Commerce : S. A. R. le Prince Mohamed Bolkiah (depuis le 1er janvier 1984)
Ministre de l’Intérieur : Pehin Udana Khatib Dato Paduka Seri SetiaUstaz Haji Awang Badaruddin bin Pengarah Dato Paduka Haji Othman (depuis mai 2010) Échéances : aucune élection, parlement nommé en totalité
Contentieux territoriaux et maritimes : Malaisie : réglé par l’accord de mars 2009 sur les frontières, mis en œuvre en septembre 2010
Indicateurs démographiques et sociologiques
Principaux groupes ethniques : Malais (55 %) ; autres groupes indigènes (Kedayan, Tutong, Belait, Dusun, Murut, Dayak, Bisaya, etc.) (18 %) ; Chinois (9 %) ; autres (Indiens, Bangladeshis, Philippins…) (18 %)
Religions : musulmans (75 %), chrétiens (9,4 %), bouddhistes et religions chinoises (8,5 %), autres (6,9 %)
Taux de croissance démographique (recensement 2011) : 1,65 %
Espérance de vie (2011) : 78 ans
Indice de fécondité (2011) : 1,6
Taux de natalité (2011) : 19 ‰
Taux de mortalité (2011) : 3 ‰
Taux de mortalité infantile (2011) : 11,5 ‰
Taux d’alphabétisation (> 15 ans) (2009) : 95 %
Taux d’urbanisation (2011) : 76 %
Indice de développement humain (2011) : 0,838 (rang 33)
Indicateurs économiques
Monnaie : dollar de Brunei (1 euro = 1,57 dollar de Brunei, novembre 2012)
Balance des paiements courants (2012) : 8,2 milliards $ US
Dette extérieure (2010) : 1,4 milliard $ US (entièrement d’origine privée)
PIB par habitant ou per capita (2012) : 38 800 $ US
Taux de croissance du PIB (2012) : 2,7 %
Répartition du PIB par secteur d’activité (2010) : agriculture (0,7 %), hydrocarbures (50,8 %), autres industries, construction incluse (15,9 %), services (32,4 %)
Taux d’inflation (2011) : 2 %
Taux de chômage (2011) : 2,7 %
IDE entrant (cumulés ou stocks) (2011) : 12,45 milliards $ US
IDE sortant (cumulés ou stocks) (2011) : 691 millions $ US (hors fonds souverain) Principaux partenaires commerciaux (2011) : Japon, Corée du Sud, Australie, Chine, Malaisie, Indonésie, Inde Importations (2011) : 2,93 milliards $ US
Principaux produits importés (2010) : matériels et équipements (dont bureautique et équipements de transport, 55 %) ; produits métallurgiques (15,3 %) ; produits alimentaires, tabac, boissons et animaux vivants (17,4 %) ; produits chimiques et pétrochimiques (14,3 %)
Exportations (2011) : 12,4 milliards $ US
Principaux produits exportés (2011) : hydrocarbures (95,7 %) ; méthanol (1,4 %)
Portrait
Pehin Orang Kaya Shahbandar Dato Seri Setia Hj Mohd Nawawi
Fils d’un important dignitaire d’origine roturière, Pehin Orang Kaya (OK) Shahbandar Hj. Muhammad Taha, et petit-fils de dignitaire du côté maternel52, Mohd Nawawi naît vers 1936 à Kampong Sungai Kedayan. Son oncle paternel53, Pehin Udana Khatib Haji Umar, sera le quatrième dignitaire de la religion musulmane du sultanat de 1957 à 196554. Nawawi appartient ainsi à l’un des réseaux d’influence du sultanat, le « groupe de Mabohai », du nom du quartier du Kampung Air (village sur l’eau) où résidaient jadis les familles concernées : il est le cousin germain de l’historiographe officiel de la Couronne, Pehin Mohd. Jamil Al-Sufri (et par ailleurs son beau-frère, Jamil ayant épousé sa sœur), qui fut un proche du sultan Omar Ali Saifuddin III et organisa le couronnement de son fils, Hassanal Bolkiah, en 1968 et, partant, de Pehin Azin Umar (ancien ministre de l’Éducation), frère cadet de Pehin Jamil55.
Mohd Nawawi épouse au début des années 1960 Pengiran Datin Hajah Siti Jeliha Pg. Hj Mohammad, arrière-arrière-petite-fille d’un des plus importants feudataires du sultanat, Pg. Abdul Rauf (alias Raup), dont l’apanage (tulin) de Mengkabong (Tuaran) fut cédé à la North Borneo Company56 en 189857. Pengiran Datin Siti Jeliha, dont il aura deux filles, décède en juin 2010.
Chef de cabinet58 du Begawan Omar Ali Saifuddin III jusqu’à la mort de ce dernier en 1986, Mohd Nawawi entre ensuite au cabinet du sultan ; en 1993, il s’en voit confier la direction. Il accède au quatrième rang des menteri 4 (une dignité jadis conférée à son père) en 2006, puis est nommé en 2009 au Conseil suprême du MIB (Majlis Tertinggi Melayu Islam Beraja).
Ses fonctions font de Pehin Nawawi un personnage clé : il traite à l’occasion des dossiers d’ordre privé à la demande du sultan ; prépare ses déplacements à l’intérieur comme à l’extérieur du Brunei ; et, surtout, il fait remonter au souverain les dossiers et requêtes divers qui lui sont adressés. Pehin Nawawi jouit donc d’un pouvoir d’obstruction significatif, ce qui n’est pas négligeable dans une société où seul le monarque a le pouvoir de dire oui. Le gendre de Pehin Nawawi59 est par ailleurs responsable de la sécurité du palais.
Affiche politique

Légende :
Sur le drapeau : Allah Selamatkan Pegantin Diraja ! [Qu’Allah protège les mariés royaux !]
Sur la coque : Yang Teramat Mulia Paduka60 Seri Pengiran Anak Puteri Hajah Hafizah Sururul
Bolkiah binti Kebawah Duli61 Yang Maha Mulia Paduka Seri Baginda Sultan Haji Hassanal
Bolkiah Mu’izzaddin Waddaulah, D.K.M.B., P.H.B.S. [La Très Noble Hautesse Son Altesse Royale Haj. […] fille de Sa Majesté le Très Noble Haut Conquérant le Sultan Hj. […]]
Dengan [avec] Yang Mulia Pengiran Haji Muhammad Ruzaini bin Pengiran Dr. Haji Mohd.
Yakub [Son altesse le Prince Hj. […] fils du Prince Dr. Hj. […]]
Istiadat Perkahwinan Diraja [Cérémonie du mariage royal], Hari Ahad 23 September 2012
[dimanche 23 septembre] bersamaan [soit le] 7 Zulkaedah, 1433.
Objet en métal massif doré (longueur : 20 cm ; largeur : 8 cm ; hauteur : 18 cm) commémoratif du mariage princier, offert aux 3 000 invités du dîner de gala du 23 septembre 2012. Sa forme rappelle celle des lingots (le plus souvent d’argent) utilisés par les Chinois dans tout le Sud-Est asiatique jusqu’au XIXe siècle (que l’on trouve encore aujourd’hui sous forme de fac-similés en plastique ou en bois doré dans les temples), appelés par les Hollandais schuitje (petit bateau).
Notes de bas de page
1 Cousine germaine matrilatérale du sultan, la reine en titre, Pengiran Anak [Altesse royale] Saleha (née en octobre 1946), lui a donné six enfants. Le sultan a six autres enfants : quatre de Mariam binti Haji ‘ Abdu’l Aziz (née en 1956, épousée en janvier 1981, divorcée en février 2003) et deux d’Azrinaz Maznar (née en 1979, épousée en juin 2005, divorcée en juin 2010).
2 L’interminable titulature des Brunéiens est signalée en italique.
3 Il se verra à cette occasion conférer le titre de Pengiran Anak [Altesse royale].
4 Voir William Marsden, A Dictionary of the Malayan Language, Londres, Cox and Baylis, 1812, p. 172.
5 FMI, World Economic Outlook Database, octobre 2012.
6 Prix du baril de Brent.
7 En 2000, ce même ratio était déjà de 49 %, puis il était tombé à 40 % en 2002, avant de remonter jusqu’à un pic de 50,1 % en 2006 pour ensuite rechuter.
8 FMI, World Economic Outlook Database, op. cit.
9 Quelque 2,3 % des exportations au premier trimestre 2012, selon JPKE (Jabatan Perancangan dan Kemajuan Ekonomi [Department of Economic Planning and Development]), Brunei Economic Bulletin, 1er trimestre 2012.
10 Energy Department, « Capacity building session for the oil and gas industry with Minister of Industry », p. 5-6.
11 Produits de raffinage, aromates, engrais et autres dérivés chimiques.
12 Il s’agit du « Très Illustre Ordre » (Keberanian Gemilang) de Paduka Laila Jasa, le qualificatif de Dato Paduka Seri correspondant à la première classe dudit ordre, qui en compte trois (Brunei Resources, « Bintang Bintang Kebesaran/Orders and decorations », http://www.bruneiresources.com/bintang.html).
13 Tan Sri Dato Shamsul Azhar Abbas et Dato Wee Yiau Hin, soit, conformément aux pratiques en usage en Malaisie, le patron bumiputera du groupe Petronas flanqué de son adjoint chinois.
14 Dow Jones Newswires, 14 mars 2011.
15 Menée par le Canadien Kulczyk Oil Ventures (KOV, 90 %) et QAF Brunei (10 %). Voir Brunei Times, 22 mars 2012.
16 Polyard Petroleum International Exploration and Production (PPIEP), 39 % ; KOV Borneo, 36 % ; Sino Oil (filiale de PIEP), 21 % ; Jana, 4 %.
17 47 419 en 2010, et encore hors forces armées et police (Brunei Darussalam Statistical Yearbook 2010, p. 52).
18 Energy Department, « Capacity building session for the oil and gas industry with Minister of Industry », op. cit., p. 7, dont un tiers pour l’extraction des hydrocarbures stricto sensu.
19 Borneo Bulletin, 10 février 2012.
20 Idem.
21 Terme désignant traditionnellement les Chinois nés dans les détroits malais, a fortiori depuis plusieurs générations, et par dérivé la synthèse culturelle dont ils sont porteurs.
22 Nationaux et résidents permanents.
23 Borneo Bulletin, 18 juillet 2012.
24 La plus ancienne université du Brunei, généraliste, par opposition à l’UNISSA, qui délivre un enseignement exclusivement en droit islamique et en sciences religieuses, bilingue malais-arabe.
25 Dont plus de la moitié vers l’enseignement en malais, primaire et secondaire.
26 Brunei Darussalam Statistical Yearbook 2010, op. cit., p. 198.
27 Voir, pour Total E & P Borneo, « Total scholars can be among the best », Brunei Times, 18 juillet 2012 ; et, pour Brunei Shell, « Jobs & careers – scholarship » (bourses réservées aux seuls citoyens brunéiens) (https://www.bsp.com.bn/main/jobs/jobs_students_graduates_scholarship.asp).
28 JPKE, Preliminary Report of the Population and Housing Census 2011, janvier 2012.
29 JPKE, Key Indicators 2011, p. 1.
30 JPKE, Preliminary Report of the Population and Housing Census 2011, op. cit., p. 19.
31 Nationaux, résidents permanents, résidents temporaires.
32 JPKE, Key Indicators 2009, p. 44-45.
33 31 décembre 1983.
34 « Fils du sol », c’est-à-dire d’ethnie malaise ou assimilée.
35 Port du baju kurong (jupe longue, de préférence à fleurs, haut ample et foulard coordonné), qui devient l’unique tenue des femmes de la famille royale lors de leurs apparitions publiques et l’uniforme (fleurs en moins) de toutes les écolières des écoles publiques en 1996 ; uniforme « malais » des écoliers, comprenant une sorte de pyjama ample, un topi (chapeau à la Sukarno) et un semblant de songket (tissu rectangulaire ceignant les reins par-dessus le pantalon), c’est-à-dire imposant au quotidien une tenue jusque-là réservée aux cérémonies ; interdiction de toute importation d’alcool ; prière au début des vols de la compagnie nationale Royal Brunei, etc.
36 Fondé en 1968 à Kuala Lumpur par Asahaari bin Mohamad, originaire des Negeri Sembilan, et teinté de mahdisme, le Darul al-Arqam avait rencontré un vif succès au Brunei, au point d’y être finalement interdit en février 1991 ; le gouvernement malaisien l’interdit à son tour pour hétérodoxie en 1994 ; son fondateur se réfugie alors dans le sud de la Thaïlande. Voir Farahwahida Mohd. Yusof, Al-Arqam & ajaran aurad Muhammadiah : satu penilaian [Al-Arqam et les enseignements de la Voie de la Muhammadiah : une évaluation], Sintok, Universiti Malaysia Utara Press, 2007.
37 L’Angkatan Belia Islam Malaysia (Mouvement des jeunes musulmans de Malaisie), créé par Anwar Ibrahim en 1971, comptait déjà 35 000 membres en 1980. Anwar Ibrahim passe deux ans en prison (1979-1981) en vertu de l’Internal Security Act ; puis il rejoint l’UMNO (1982), devient ministre de l’Éducation dès 1983, ministre des Finances (1991) et, enfin, vice-président de l’UMNO en 1993. Destitué à la suite de la crise de 1997, condamné à quinze ans de prison, il est libéré en septembre 2004.
38 Parti Islam pour toute la Malaisie.
39 Sous forme d’un salmigondis d’instruction civique et religieuse élémentaire, de manuels de protocole, d’instantanés ethnographiques et d’affirmations historiques le plus souvent coupés de leur contexte. Pour une description récente et évidemment enthousiaste du contenu des programmes par ceux qui les suivent, voir « What students think about MIB », Borneo Bulletin, 3 novembre 2012.
40 Brunei Times, 19 janvier 2012.
41 Dans son titah du 1er octobre 1990, le souverain avait rappelé que le MIB était « voulu par Dieu » ; voir, sur toute cette période, Marie-Sybille de Vienne, Brunei, de la thalassocratie à la rente, Paris, CNRS Éditions, p. 122-123.
42 Brunei Times, 19 janvier 2012.
43 Universiti Islam Sharif Ali, créée en août 2007, dévolue aux seules études religieuses (droit islamique inclus) et à celle de l’arabe, l’un et l’autre étant liés.
44 Un certain Mat Baim signale ainsi dans le Borneo Bulletin du 3 novembre 2012 que le manque de consultants contraint le Brunei à faire appel aux étrangers quand le Coran rappelle aux musulmans qu’ils ne devraient pas prendre « des chrétiens et des juifs » comme conseillers, et ce dans un média appartenant pourtant à l’éclairé prince Mohammed, ministre des Affaires étrangères. Or les Chinois du Brunei sont en très grande majorité chrétiens.
45 Y compris les réceptions de mariage et les anniversaires réunissant beaucoup de monde.
46 Voir « Islamic law and leadership », Brunei Times, 17 juillet 2012.
47 Compulsory Religious Education Order 2012 (Borneo Bulletin, 25 septembre 2012).
48 D’un montant maximum de 5 000 BND.
49 Né en 1923, Pengiran Yusuf alias Yusof fut formé en Malaisie au Sultan Idris Training College, puis à l’université d’Hiroshima où il se trouvait le jour de l’explosion. Auteur (en 1947) des paroles du futur hymne national du Brunei, qui fut adopté officiellement lors du couronnement du sultan Omar Ali Saifuddin III en mai 1951 (Bendera dan lagu kebangsaan Brunei [The Brunei State Flag and National Anthem], BSB, s. l. s. d., p. 15), enseignant de 1945 à 1952, il devint menteri besar (équivalent de chief minister en Malaisie) de 1967 à 1972) ; sur sa biographie, voir A. V. M. Horton, The Top Hundred Persons of Power and Influence in Negara
50 Instauré en 1991.
51 Yawm al-dyn (
), jour du Jugement ou « jour de la Rétribution ».
52 Son grand-père porte le titre de Pehin Orang Kaya Ratna Diraja Awang Husain.
53 Pour la généalogie de Pehin Nawawi, voir Pehin Mohd. Jamil Al-Sufri, Chatatan Sejarah Perwira² dan pembesar² Brunei [Notes sur l’histoire des dignitaires et des personnes titrées du Brunei], Jilid II, Dewan Bahasa dan Pustaka, 1973, p. 54 sq.
54 Son frère aîné, Pehin OK Di Gadong Seri Hj Abdul Rahman (1930-2005), aujourd’hui décédé, fut également un personnage de premier plan. Abdul Rahman avait accompagné Omar Ali Saifuddin III lors du pèlerinage de 1962. Promu au deuxième rang de la hiérarchie des Pehin (dignitaires non issus de l’aristocratie) en 1992, il se vit confier la présidence de la Sultan Haji Hassanal Bolkiah Fondation à sa création en 1992, puis du fonds du prince héritier en 1999. Son fils, Hj. Mohd Mahdi, est permanent secretary, alias « perm-sec », au ministère des Affaires religieuses, ce qui le place dans la catégorie des « ministrables » à l’horizon d’une décennie.
55 Né en 1936 (voir A. V. M. Horton, The Top Hundred Persons of Power and Influence in Negara Brunei Darussalam A. D. 2000, op. cit., p. 32-33 et 75-76), menteri besar (grand ministre, l’équivalent d’un chief minister en Malaisie) de 1981 à décembre 1984 ; ministre de l’Éducation (1989-2005) et ministre de la Santé (1998-2002).
56 Laquelle décède en juin 2010.
57 Par l’un de ses fils, Pg. Jeludin. voir Nicholas Tarling, Britain, the Brookes and Brunei, Kuala Lumpur, Oxford University Press, 1971, p. 415.
58 Private and confidential secretary, ou setiausaha sulit laila rahsia en malais.
59 Superintendant Hj Muhammad Hassan Pehin Penyurat Hj Ahmad.
60 Du pali paduka, « chaussure », celui dont on ne voit que la chaussure.
61 Étymologiquement, la « poussière par-dessous », soit un qualificatif à nouveau associé aux pieds (sous lesquels on n’est que poussière), les sujets prosternés devant leur souverain dans les cours sud-est asiatiques n’ayant accès qu’à cette portion de l’auguste corps royal….
Auteur
-
Marie-Sybille de Vienne
Professeur des universités et enseigne l’histoire économique et la géopolitique de l’Asie du Sud-Est à l’Institut national des langues et civilisations orientales de Paris (Inalco), et y dirige le Centre de préparation aux échanges internationaux (CPEI). Licenciée de chinois et d’indonésien (Inalco), titulaire d’une maîtrise de gestion (université Paris IX), d’un DEA d’histoire (EHESS), et docteur en études extrême-orientales (université Paris VII), elle assume depuis 2006 la responsabilité de la revue Péninsule (http://peninsule.free.fr/). Auteur d’une dizaine d’ouvrages sur le Sud-Est asiatique et la Chine du Sud, elle a notamment publié Les Chinois en Insulinde, échanges et sociétés marchandes au XVIIe siècle (Paris, Les Indes savantes, 2008). Elle a participé à Cambodge contemporain (Alain Forest (dir.), Bangkok-Paris, Irasec-Les Indes savantes, 2008) et à Thaïlande contemporaine (Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff (dir.), Bangkok-Paris, Irasec-Les Indes savantes, 2011) et vient de publier Brunei, de la thalassocratie à la rente (Paris, CNRS Éditions, 2012). Ses recherches explorent deux axes de réflexion : sur le temps court, les phénomènes de crise (politique, économique et sécuritaire) ; sur la longue durée, l’évolution des sociétés sud-est asiatiques depuis l’époque moderne appréhendée sous le double prisme du jeu des échanges commerciaux et des institutions politiques.
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