Birmanie
Changement d’époque
p. 109-129
Texte intégral
1La Birmanie1 connaît des changements politiques et sociaux sans précédent depuis la dissolution de la junte militaire en mars 2011. De nombreuses réformes ont été préparées par le nouveau gouvernement du président Thein Sein, ancien numéro quatre de la junte, ainsi que par le Parlement national élu en novembre 2010 et depuis dominé par l’ancien chef d’état-major de l’armée, Thura Shwe Mann. Libération de prisonniers politiques, abolition de la censure d’État, libéralisation économique et signature de cessez-le-feu avec diverses rébellions ethniques, telle celle des Karen, le pays s’engage dans une voie progressiste qui surprend. Fait notoire, Aung San Suu Kyi, en résidence surveillée jusqu’en novembre 2010, a été élue députée lors des élections partielles d’avril 2012 auxquelles son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), avait choisi de participer. Cette transition à l’ampleur et à la vitesse inattendues suscite un enthousiasme certain. Hommes d’affaires, humanitaires et diplomates de tous horizons se pressent dans le pays, alors que les puissances occidentales entament une sérieuse refonte de leurs politiques de sanctions. La Birmanie est toutefois loin d’avoir rompu avec ses vieux démons. Ses forces armées dominent encore le système politique « post-junte » grâce aux clauses prétoriennes de la Constitution de 2008 et la surreprésentation d’anciens hauts gradés au sommet de l’État. La question ethnique est loin d’être résolue, comme l’illustrent la poursuite des combats dans l’État kachin et les violences sectaires entre communautés bouddhique et musulmane. Si la Birmanie est bien entrée dans une nouvelle ère, elle reste ancrée dans un passé difficile.
1 - La poursuite de l’ouverture « post-junte »
Les élections partielles d’avril 2012 et l’inclusion politique de la NLD
2Le scrutin de 2012 constitue une véritable rupture avec les pratiques du Conseil d’État pour la paix et le développement (SPDC) qui dirigea la Birmanie de 1988 à 20112. Organisées afin de combler la quarantaine de sièges laissés vacants par des députés élus en novembre 2010, mais qui ont ensuite rejoint le gouvernement de Thein Sein, ces élections ont tout d’abord été le premier scrutin jugé « libre et juste » depuis celui du 27 mai 1990 (dont les résultats avaient alors été rejetés par la junte). Lors de la campagne électorale de mars 2012, très peu d’irrégularités ont été dénoncées par les diverses organisations de la société civile birmane surveillant le processus. Diplomates et observateurs internationaux ont aussi jugé que le déroulement du scrutin, le 1er avril 2012, avait été équitable.
3La NLD en est sortie largement vainqueur avec quarante-trois sièges remportés sur quarante-cinq à pourvoir. Aung San Suu Kyi a elle-même été élue dans une circonscription à majorité karen, Kawhmu, située dans le delta du fleuve Irrawaddy. La lauréate du prix Nobel de la paix siège désormais à la chambre basse du Parlement national à Naypyidaw, au sein de laquelle elle s’est vue confier la présidence d’un comité sur l’État de droit. Avec environ 6 % des sièges éligibles, la NLD forme ainsi le deuxième groupe parlementaire derrière le Parti pour la solidarité et le développement de l’Union (USDP) qui, avec toujours plus de 50 % des sièges, domine le Parlement national, dont un quart des députés sont des officiers d’active nommés directement par le commandant en chef de l’armée. Après avoir boycotté les élections de 2010, la NLD est ainsi redevenue la principale force d’opposition – légale cette fois-ci – suivie par les partis ethniques shan, rakhine et môn.
4Surtout, en participant au jeu électoral et parlementaire codifié par la Constitution de 2008, la NLD adoube le système politique « postjunte » après des années d’opposition idéologique radicale à la voie vers la « démocratie disciplinée et florissante » proposée par l’armée. Ayant reconnu la sincérité des velléités réformatrices du président Thein Sein qu’elle a rencontré en tête à tête à plusieurs reprises depuis août 2011, Aung San Suu Kyi semble dorénavant accepter de contribuer aux changements que traverse son pays à travers une participation à un système qu’elle veut maintenant réformer de l’intérieur. Autorisée à voyager hors des frontières du pays – et à y revenir – après vingt-quatre années d’isolement, elle a adopté lors de ses visites en Thaïlande (avril 2012), en Europe (juin 2012) et aux États-Unis (septembre 2012) des positions de plus en plus conciliantes à l’égard des nouvelles autorités birmanes.
5Appelant à la coopération entre partis politiques, à l’unité nationale et même à la levée de certaines sanctions occidentales – à la grande déception de nombre de groupes activistes qui souhaiteraient la voir dénoncer la poursuite du conflit dans l’État kachin ou la situation déplorable de la communauté musulmane rohingya – Aung San Suu Kyi poursuit sa mue politicienne. Il n’empêche, elle se doit de construire un parti qui ne repose pas uniquement sur sa personnalité, un défi immense alors qu’elle reste elle-même mal entourée, mal conseillée et, semble-t-il, incapable de déléguer3. La NLD continue de souffrir du vieillissement de ses cadres, héritage des années de terreur qui ont frappé de plein fouet ses membres les plus jeunes, mais aussi d’une centralisation excessive et d’une incapacité à se réformer elle-même. Les parlementaires de la Ligue ont peu de collaborateurs et une expérience politique limitée, à l’image de Zeya Daw, jeune rappeur d’une vingtaine d’années mais déjà ancien prisonnier politique et nouveau confident de « la Dame » qu’il accompagne dans tous ses voyages.
La complexification du paysage politique « post-junte »
6Si l’année 2012 marque le retour au premier plan médiatique de la NLD, les forces armées birmanes continuent de dominer un paysage politique « post-junte » qui tend à se complexifier4. Tout d’abord, la hiérarchie militaire a montré qu’elle souhaitait renforcer ses positions au sein du Parlement national en remplaçant, en avril 2012, une soixantaine de ses députés militaires nommés (et non élus) par de plus hauts gradés, colonels et brigadiers généraux en tête. Il s’agit pour elle de ne pas perdre son influence politique face à l’émergence de pouvoirs exécutif et législatif « civils » depuis 2011. Par ailleurs, Tin Aung Myint Oo, l’ancien Premier secrétaire du SPDC devenu vice-président de l’Union en mars 2011, a quitté ses fonctions civiles en mai 2012. Ex-général quatre étoiles, il était considéré comme un membre de la ligne dure de l’ancien régime, et nombre de rumeurs de corruption circulaient à son encontre5. Poussé vers la sortie, il a été remplacé par l’amiral Nyan Tun, un officier d’active, à son tour intronisé vice-président en août 2012. De son côté, Min Aung Hlaing, chef d’état-major de l’armée et successeur du généralissime Than Shwe, a été promu au rang de vice-senior général en avril 20126. Un jeu de chaises musicales s’en est suivi entre commandants de région militaire et hauts dignitaires de l’armée. Toutefois, le soutien continu de la nouvelle hiérarchie des forces armées à l’ouverture insufflée par ses anciens dirigeants Thein Sein et Thura Shwe Mann contribue à la relative stabilité du système post-SPDC7.
7Au contraire, c’est bien entre nouvelles institutions « civiles » que les tensions politiques semblent apparaître au grand jour, notamment entre un Parlement national mené par Thura Shwe Mann et le pouvoir exécutif incarné par le président Thein Sein. Tous deux cherchent à établir tant leur autorité politique que leur rôle fondamental d’« hommes de la transition8 ». En septembre 2012, une première crise institutionnelle est née du refus du Parlement national de se soumettre à une décision du tribunal constitutionnel. Les neufs membres de ce dernier ont démissionné en bloc afin d’éviter une procédure de « destitution » (impeachment) prévue par la Constitution. Sérieuse entrave au principe de séparation des pouvoirs, cette crise a aussi illustré la rivalité croissante entre Thein Sein et Thura Shwe Mann, ce dernier ayant mené avec Aung San Suu Kyi la fronde parlementaire aspirant à rendre le gouvernement responsable devant le Parlement – et non devant le seul tribunal constitutionnel9. Les nouvelles institutions civiles « post-junte » se cherchent donc de nouveaux équilibres. De son côté, outre la mise à l’écart de Tin Aung Myint Oo, Thein Sein a renforcé son entourage grâce à la formation d’un mini-cabinet composé de fidèles ministres directement rattachés à la présidence, et donc sans portefeuille. Les ex-généraux Aung Min et Soe Thein Aung font désormais figure d’étoiles montantes du gouvernement Thein Sein. Le remaniement ministériel d’août 2012 a en outre permis d’incorporer de nouvelles personnalités « civiles » : une dizaine de nouveaux ministres et vice-ministres sont en effet des bureaucrates de carrière, techniciens ou experts10.
8Enfin, de nombreuses interrogations demeurent quant à la pertinence du Parti pour la solidarité et le développement de l’Union (USDP) et des petits partis politiques et ethniques qui avaient éclos à la faveur des élections de 2010, boycottées par Aung San Suu Kyi et la NLD. L’USDP, considéré depuis sa formation en 2010 comme étant plus ou moins proche de l’ancien régime, a été le grand perdant des élections partielles de 2012. Malgré l’ascendant de ses deux hommes forts, Thura Shwe Mann et Thein Sein, tous deux reconduits à la tête du Parti en octobre 2012, l’USDP reste une plate-forme trop hétéroclite composée d’individus aux intérêts profondément divergents : hommes politiques, officiers à la retraite, hommes d’affaires et notables locaux11. De même, face au raz-de-marée de la NLD en avril 2012, les autres formations politiques de l’opposition, tels la Force démocratique nationale (NDF) ou les partis ethniques shan et rakhine qui, à eux trois, disposent de quelque cinquante sièges au sein du Parlement, se cherchent une place dans ce jeu bipolaire émergent que ni la NLD ni l’USDP ne semblent prêts à leur concéder.
2 - Un élan réformateur sans précédent
De nouvelles libertés publiques
9Le rythme des réformes sociopolitiques s’est considérablement accéléré au cours de l’année 2012, au point de surprendre les observateurs les plus aguerris12. Une part croissante de la population birmane semble même saluer les efforts du président Thein Sein en faveur de l’amélioration des droits civiques, des réformes économiques et du processus de paix avec les minorités ethniques. En janvier puis juillet 2012, plus de huit cents prisonniers politiques de premier plan ont été libérés. Min Ko Naing l’ancien étudiant héros de la génération 1988, Hkun Htoo Oo, le leader shan, U Gambira, le bonze militant de la « révolution safran », et même le général Khin Nyunt, l’ancien chef des services de renseignement, ont retrouvé la liberté après plusieurs années de prison ou d’assignation à résidence13. La liberté d’expression a connu parallèlement une progression inédite depuis les années 1950, même si nombre de lois restrictives demeurent. La publication de journaux d’opposition en exil a été autorisée, le contrôle des médias et de l’Internet assoupli, alors que le Bureau de la censure d’État a été aboli en septembre 2012.
10Une Commission des droits de l’Homme a été formée en septembre 2011 et a entamé ses travaux peu après. Une loi sur le droit de grève et la création de syndicats a été votée par le Parlement en octobre 2011, suivie d’une étonnante législation sur les manifestations de rue et les rassemblements publics en décembre 2011. La diligence des autorités en la matière a été rapidement testée. Au cours de l’année 2012, nombre de manifestations ont en effet été spontanément organisées, et ce souvent sans l’accord préalable, pourtant légalement nécessaire, des autorités locales. Elles visaient à dénoncer la spoliation de terres, les dégâts de l’exploitation minière dans le nord du pays, l’absence récurrente de courant électrique en zone urbaine (mai 2012), le travail abusif dans les usines et les violences communautaires (août 2012).
11Dès janvier 2012, Thein Sein a appelé la diaspora birmane en exil à retourner au pays pour participer à son développement. En août 2012, son gouvernement a publié une liste noire de deux mille noms de personnalités birmanes et étrangères de nouveau autorisées à se rendre en Birmanie. L’opposante historique, Aung San Suu Kyi, s’est vue quant à elle accorder une liberté de mouvement exceptionnelle. Elle a ainsi pu quitter la Birmanie pour la première fois en vingt-quatre ans, et y revenir après une tournée triomphale à l’étranger.
L’amorce d’un dialogue interethnique et ses limites
12En novembre 2011, le président Thein Sein a chargé son ministre des Transports ferroviaires, l’ex-général Aung Min, de la conduite de nouveaux pourparlers avec les principales minorités ethniques encore en rébellion contre l’État central birman14. Celui-ci a rapidement obtenu des résultats positifs, faisant écho à la réussite des premières politiques de cessez-le-feu menées par le général Khin Nyunt entre 1989 et 1993. Outre la reconduction de la plupart des cessez-le-feu déjà établis – avec l’Armée unifiée de l’État wa (UWSA) par exemple – Aung Min a obtenu la signature d’accords historiques avec l’Armée de l’État shan du Sud (SSA-S) en décembre 2011, avec la faction armée dominante de l’Union nationale karen (KNU) et le Front national chin (CNF) en janvier 2012, puis le Nouveau Parti de l’État môn (NMSP) en février 2012 et enfin le Parti national progressiste karenni (KNPP) en mars 201215.
13Toutefois, il reste beaucoup à faire au niveau local afin de pacifier des zones en conflit depuis les années 1950, mais aussi pour parvenir à un accord politique général, par-delà une simple « paix des braves ». Les accrochages entre bataillons de l’armée birmane et diverses milices ethniques qui n’ont toujours pas été désarmées se sont régulièrement produits dans les jungles frontalières de la Thaïlande depuis la signature des cessez-le-feu. Surtout, la poursuite du conflit avec les mouvements pan-kachin depuis la rupture de leur précédent accord en juin 2011 montre que les forces armées birmanes considèrent toujours l’option militariste comme parfaitement valable, malgré l’embarras de la Chine qui s’inquiète des flux croissants de réfugiés kachin sur son territoire16. Malgré de nouvelles négociations conduites par Aung Min au cours de l’été 2012, l’impasse se prolonge et les revendications de part et d’autre se font de plus en plus floues au fur et à mesure que l’Armée d’indépendance kachin (KIA) se radicalise et que les divergences entre pouvoirs civil et militaire birmans à Naypyidaw sont plus criantes.
14Enfin reste le problème fondamental de la minorité musulmane des Rohingya. En juin puis octobre 2012, de multiples émeutes confessionnelles ont éclaté entre les bouddhistes de l’ethnie rakhine et des musulmans rohingya dans l’État occidental de l’Arakan (Rakhine) à la frontière du Bangladesh. Ces violences sectaires sont récurrentes depuis l’indépendance du pays en 194817. Se pose en effet toujours en Birmanie l’épineuse question de la citoyenneté et des droits humains de cette minorité ethnique et religieuse composée de presque 1 million d’individus très peu appréciés de la majorité birmane. Or, que ce soit le nouveau gouvernement de Thein Sein, Aung San Suu Kyi ou encore les grandes figures de l’opposition démocratique birmane telle la génération 1988, tous se montrent favorables à la solution la plus extrême afin d’apaiser les tensions intercommunautaires : l’expulsion pure et simple de cette minorité musulmane considérée comme illégale et étrangère18. Par-delà des tensions communautaires à dominante ethnique et religieuse qui ont été à l’origine d’une cinquantaine d’années de guerre civile et dont la Birmanie peine aujourd’hui encore à se sortir, c’est l’émergence de la société civile qui est en jeu19 et, avec elle, la construction d’un État-nation se donnant les moyens de la réconciliation.
(Ré)-ouvrir l’économie birmane
15Les réformes dans le secteur économique n’ont pas encore atteint l’intensité de celles qu’a connues la scène politique en Birmanie. En juin 2012, Thein Sein a annoncé lors d’un discours télévisé qu’il souhaitait engager une « seconde vague de réformes » visant une croissance équitable, l’amélioration rapide des conditions de vie de la population et l’ouverture de l’économie aux investissements étrangers20. En effet, la transition politique et l’assouplissement des sanctions occidentales contre la Birmanie ont créé un intérêt considérable pour le pays de la part du secteur privé et des institutions financières internationales. Elles ont aussi dévoilé, toutefois, l’obsolescence du cadre juridique et réglementaire des affaires en Birmanie et la complexité d’une économie souffrant de cinq décennies d’incurie et de dirigisme.
16La principale réforme d’ordre macroéconomique a été l’introduction en avril 2012 de la flottation de la devise birmane, le kyat, dans une étroite fourchette de fluctuation imposée et contrôlée par la Banque centrale birmane. Cette mesure d’importance, mise en œuvre avec le soutien du Fonds monétaire international (FMI) et de diverses banques centrales du Sud-Est asiatique, annonce la fin prochaine de la multiplicité des taux de change et l’ambition du gouvernement de mettre un terme aux spéculations et au marché noir21. Cette réforme renforce en outre une Banque centrale qui devrait prochainement devenir autonome par rapport au ministère des Finances. Plusieurs banques privées birmanes ont également obtenu de nouvelles licences de change, l’autorisation d’effectuer des transactions internationales et le droit de recevoir des versements en devises étrangères. Certaines sont par ailleurs en discussion avec les groupes Visa et Mastercard afin de rétablir des systèmes de paiement internationaux dont le pays a été privé par les États-Unis à la suite de l’imposition en 2003 de sanctions financières ciblées.
17La nouvelle loi sur la création des syndicats, rédigée avec le soutien de l’Organisation internationale du travail (OIT), autorise désormais la fondation d’entités jusqu’alors interdites et rétablit un droit de grève prohibé depuis 196222. Deux autres mesures concernant la propriété terrienne permettent dorénavant aux agriculteurs d’utiliser leurs droits d’usage comme collatéraux pour l’obtention de prêts, une mesure destinée à faciliter le financement des activités agricoles, cruciales pour le pays. Ces deux lois sont toutefois très contestées par divers groupes issus de la société civile birmane qui dénoncent les privilèges qu’elles accorderaient aux grands conglomérats birmans et étrangers qui seraient intéressés par le développement de larges plantations d’hévéas ou de production d’huile de palme notamment, une commercialisation qui se ferait aux dépens des petits agriculteurs23. En outre, une loi sur les zones économiques spéciales, préparée par le précédent régime en janvier 2011, est en cours de révision grâce à l’assistance de consultants japonais.
18Enfin, une nouvelle législation sur les investissements étrangers, destinée à améliorer celle de 1989, a donné lieu à un débat substantiel entre le nouvel exécutif birman, le Parlement national et le secteur privé quant à la place à accorder aux sociétés étrangères au sein de l’économie birmane. Alors que le gouvernement Thein Sein souhaitait en faire un symbole de libéralisation économique, cette loi a été amendée dans un sens protectionniste par un Parlement sensible aux pressions nationalistes exercées par certains intérêts économiques puissants, mais aussi par une opinion publique encore traumatisée par la période coloniale et suspicieuse à l’égard du monde extérieur24. Les sociétés internationales intéressées par le marché birman ont progressivement pris note de ces développements protectionnistes et compris que leur (ré)-entrée dans l’économie birmane prendrait un certain temps. Ainsi, les retours de PepsiCo et de Coca-Cola en Birmanie, dont la presse a fait grand bruit25, ne sont en réalité que des accords d’importation et de distribution entre ces groupes et quelques entreprises birmanes.
19De plus, un certain nombre de grands projets d’infrastructures se poursuivent malgré les critiques à leur encontre. La construction des pipelines jumeaux chinois progresse de l’État rakhine jusqu’à la province du Yunnan ; ils devraient entrer en fonction au cours de l’année 2013, en dépit du conflit kachin qui se déroule à proximité de leur tracé. La zone économique spéciale de Thilawa, près de Rangoun, devrait être financée par le gouvernement central et plusieurs entreprises japonaises qui, à l’image de Suzuki, sont désireuses d’y établir des unités industrielles26. Le projet de port en eaux profondes doublé d’une zone économique spéciale à Dawei, sur la côte sud-est du pays, connaît certaines difficultés depuis 2011. Son principal développeur thaïlandais, Ital-Thai, n’a toujours pas la capacité financière requise pour gérer un projet de cette envergure, et le partenaire local, Max Group of Companies, a choisi de s’en retirer en raison des critiques croissantes produites par des groupes locaux et transnationaux de la société civile. Le gouvernement thaïlandais de Yingluck Shinawatra a toutefois réaffirmé le soutien de Bangkok à ce projet gigantesque. Le retour des grandes institutions internationales à la suite de la levée des sanctions américaines devrait aboutir, dans les prochaines années, à des prêts substantiels pour d’autres projets d’envergure, notamment dans les secteurs de l’énergie et des transports27. À Rangoun et Naypyidaw se sont d’ailleurs ouverts au cours de l’année 2012 des bureaux de la Banque mondiale (BM) et de la Banque asiatique de développement (BAD).
20Les écueils restent cependant nombreux. L’ouverture du pays à de nouveaux acteurs économiques étrangers est de nature à renforcer l’oligarchie birmane proche du pouvoir, malgré le maintien de certains conglomérats sur une liste noire par les États-Unis. Les différents ministères, souffrant cruellement d’un manque de personnel compétent, sont submergés par les innombrables visites prospectives et peinent à établir stratégies et priorités. Enfin, la place de l’armée dans l’économie formelle reste problématique. Les deux principaux conglomérats militaires, l’UMEH et le MEC, n’ont diminué que marginalement leur mainmise sur certains secteurs. Les discussions parlementaires quant aux sommes allouées à l’armée dans le budget 2013-2014 vont aussi se révéler cruciales28.
3 - Retour en grâce sur la scène internationale
Une quête de respectabilité payante
21À la lecture des éditoriaux euphoriques dont la Birmanie fait l’objet dans la presse internationale depuis l’élection d’Aung San Suu Kyi en avril 2012, l’ancien État paria est en passe de devenir la coqueluche de la communauté internationale. Diplomates, humanitaires, hommes d’affaires et grands de ce monde ont en effet accouru dans le pays ces derniers mois. Rangoun et Naypyidaw ont ainsi vu défiler le président américain Barack Obama en novembre 2012 (un an exactement après la visite de sa secrétaire d’État Hillary Clinton), les Premiers ministres indien, britannique, canadien et français29 entre janvier et mai 2012, ainsi que le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, qui a prononcé en avril 2012 un discours historique devant le Parlement national réuni à Naypyidaw. L’enjeu pour le gouvernement de Thein Sein est clair : obtenir la levée totale des sanctions internationales à l’encontre de son pays. Promptement, le Canada et l’Australie ont abrogé l’ensemble de leurs mesures restrictives en avril et juin 2012, alors que l’Union européenne (UE) et les États-Unis entamaient une sérieuse introspection de leurs politiques d’isolement de la Birmanie.
22En visite à Rangoun en avril 2012, la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a annoncé finalement la suspension – pour une année – des sanctions prévues par la position commune de l’UE adoptée en 1996 et révisée annuellement depuis. Elle a en outre inauguré la première représentation diplomatique de l’UE à Rangoun. L’administration Obama, quant à elle, a opté pour une levée partielle des mesures restrictives américaines – se gardant ainsi une « police d’assurance », selon les dires d’Hillary Clinton30. Pour la première fois en vingt-deux ans, Washington a nommé un ambassadeur, Derek Mitchell, à Rangoun. Surtout, les États-Unis ont accepté de ne plus systématiquement poser leur veto sur tout dossier birman au sein des grandes instances financières internationales, ouvrant la voie à la reprise des prêts et activités de la BM, du FMI et de la BAD31.
23Quant à eux, les dirigeants birmans se sont attachés à parcourir le monde afin d’obtenir de précieux soutiens diplomatiques et financiers pour reconstruire l’économie de leur pays, tout en essayant de convaincre leurs interlocuteurs de la profondeur des changements politiques opérés depuis 2011. Le président Thein Sein s’est ainsi rendu en Chine et aux États-Unis en septembre 2012, alors que le président de la chambre basse Thura Shwe Mann a voyagé en Europe (mai 2012), en Australie, puis à Singapour (septembre 2012). Aung San Suu Kyi a orchestré en parallèle une tournée personnelle pontifiante, et controversée, car engendrant un véritable culte de la personnalité et une adulation de foules toutes conquises à sa cause, en Europe (juin 2012) comme aux États-Unis (septembre 2012) ou en Inde (novembre 2012).
La Birmanie à l’heure asiatique
24Il semble bien néanmoins que l’Asie soit amenée à revenir en force en Birmanie dans les mois à venir. Le pays se prépare déjà pour les 27e jeux d’Asie du Sud-Est qui seront organisés à Naypyidaw et Rangoun en 2013. L’année suivante, la Birmanie assurera enfin, et pour la première fois depuis son intégration à l’Association des nations d’Asie du Sud-est (Asean) en 1997, la présidence tournante de cette association régionale, après le cuisant refus de 2006. La communauté internationale, et particulièrement les Occidentaux, y est désormais bien moins opposée. Surtout, il semble que la désapprobation de l’influence croissante de la Chine dans le pays depuis le début des années 1990 ait été l’un des moteurs de l’ouverture récente de celui-ci. Le nouveau régime sait qu’il doit s’intégrer plus avant dans la région afin non seulement d’entamer son développement économique et social, mais aussi de diluer une présence chinoise de plus en plus mal perçue dans le pays32. Si un retour de l’Occident en Birmanie semble une hypothèse désormais crédible, les procrastinations de celui-ci font que c’est bien plus vers l’Asie que la Birmanie devrait se tourner au cours des prochaines années. Déjà, le Japon a effacé en avril 2012 près de 3,7 milliards de dollars de dettes birmanes. Singapour a annoncé la mise en place d’une coopération financière, technologique et universitaire plus étroite avec la Birmanie. L’Inde, la Thaïlande et la Corée du Sud, qui ont toutes trois accueilli en visite officielle le président Thein Sein au cours des derniers mois, se montrent prêtes à lancer de nouveaux programmes de développement tout en élargissant le champ de leurs investissements dans le pays. Même l’armée birmane se cherche de nouveaux partenaires en Asie. Le vice-senior général Min Aung Hlaing s’est rendu au Viêt Nam (novembre 2011), en Thaïlande (janvier 2012) et en Inde (août 2012) afin d’y négocier de nouvelles coopérations interarmées.
25Les tensions régionales dont la Birmanie est partie prenante demeurent toutefois vives, par-delà les inquiétudes nées de l’omniprésence chinoise. Bangkok verrait bien les dizaines de milliers de réfugiés birmans installés sur son territoire revenir en Birmanie, tout en conservant les bénéfices d’une main-d’œuvre birmane illégale bon marché. Le traitement de la minorité rohingya envenime toujours les relations entre la Birmanie et ses partenaires asiatiques musulmans tels le Bangladesh, l’Indonésie et la Malaisie. L’Inde peine toujours à stabiliser les frontières indo-birmanes minées par une criminalisation rampante à laquelle les autorités birmanes locales semblent participer sans vergogne. Enfin, les métaphores quant à l’émergence d’une rivalité sino-américaine en Birmanie ont de fortes chances de faire couler beaucoup d’encre dans les mois à venir.
4 - Conclusion
26L’optimisme est grand en cette fin d’année 2012 alors que la Birmanie confirme son entrée dans une nouvelle ère « post-junte ». Le président Thein Sein, fort du soutien d’une partie de l’opinion publique birmane et de la communauté internationale, semble en mesure de poursuivre l’élan réformiste que son gouvernement a engagé depuis 2011. Le Parlement, qui rassemble désormais l’élite proche de l’ancien régime, des représentants de l’armée et une opposition légalement menée par Aung San Suu Kyi, légifère avec intensité sous la tutelle de l’ex-général Shwe Mann. Dans les zones urbaines surtout, la population jouit de libertés civiles retrouvées en attendant que les réformes annoncées se traduisent par une amélioration substantielle des services publics et de la qualité de vie. Un bien long chemin cependant, tant les zones d’ombre subsistent. L’armée continue d’échapper en grande partie au contrôle des jeunes institutions civiles et la redéfinition de son rôle dans une Birmanie « post-junte » pose toujours question. L’enlisement du conflit kachin et l’absence de compromis politique avec les Karen attestent des limites du dialogue interethnique dont dépend pourtant en partie l’émergence de la société civile. L’État birman accuse aussi un déficit sérieux de capacités humaines et financières alors que les pressions qui s’exercent sur lui vont croissant tant les espoirs suscités par la transition sont grands. Enfin, les résistances face à une ouverture débridée de l’économie birmane sur le monde extérieur et la mondialisation s’expriment plus ouvertement au sein de la société et des élites émergentes.
La Birmanie

Annexe
Fiche Birmanie
Capitale : Naypyidaw
Superficie : 676 578 km²
Population (est. 2012) : 58 000 000 hab.
Langue officielle : birman
Données politiques
Nature de l'État : union fédérale
Nature du régime : présidentiel avec Parlement bicaméral, sous contrôle des forces armées
Suffrage : universel (à partir de 18 ans)
Chef de l’État : Thein Sein (depuis mars 2011)
Vice-présidents : Nyan Tun (depuis août 2012) et Sai Mauk Kham (depuis mars 2011)
Ministre des Affaires étrangères : Wunna Maung Lwin
Ministre de l’Intérieur : général Ko Ko
Échéances : élections parlementaires nationales en 2015
Contentieux territoriaux et maritimes : Bangladesh : négociations pour la délimitation de frontières maritimes République populaire de Chine et Inde : délimitation de la trijonction Inde-Chine-Birmanie en suspend du fait du contentieux territorial sino-indien
Indicateurs démographiques et sociologiques
Principaux groupes ethniques : Birmans (69 %), Shan (8,5 %), Karen (6,2 %), Arakanais (4,5 %) Mon (2,4 %), Chin (2,2 %), Kachin (1,4 %)
Religions : bouddhistes (89,4 %), chrétiens (4,9 %), musulmans (3,9 %), animistes (1,2 %), hindous (0,5 %), autres (0,1 %)
Taux de croissance démographique (2010) : 1,52 %
Espérance de vie (2010) : 62,7 ans
Taux de fertilité (2009) : 1,89
Taux de natalité (2010) : 16,1‰ (rural)/14‰ (urbain)
Taux de mortalité (2010) : 8,7‰ (rural)/7,6‰ (urbain)
Taux de mortalité infantile (2010) : 30‰ (rural)/28,2‰ (urbain)
Taux d’alphabétisation (> 15 ans) (2010) : 95,8 %
Taux d’urbanisation (2010) : 34 %
Indice de développement humain : 0,483 (rang 149 en 2011) ; 0,380 (rang 172 en 2000)
Indicateurs économiques
Monnaie : kyat (1 euro = 1 084 kyat, 18 octobre 2012)
Balance des paiements courants (2011) : – 0,2 milliard $ US
Dette extérieure (2012) : 4,5 milliards $ US
PIB par habitant ou per capita en parité de pouvoir d’achat courant (FMI, 2011) : 1 325 $ US
PIB par habitant ou per capita en dollars courants (FMI, 2011) : 824 $ US
Taux de croissance du PIB (2011) : 5,5 %
Répartition du PIB par secteur d’activité (2011) : primaire (36,4 %), secondaire (26 %), tertiaire (37,6 %)
Taux d’inflation (2011) : 5 %
Taux de chômage (2011) : 4 %
Taux de population vivant sous le seuil de pauvreté (2010) : 25,6 %
IDE entrant (flux) (2011) : 2,8 milliards $ US
IDE entrant (cumulés ou stocks) (2011) : 39 milliards $ US
IDE sortant (flux) : n. c.
IDE sortant (cumulés ou stocks) : n. c.
Principaux partenaires commerciaux (2011) : Chine, Thaïlande, Singapour, Inde
Importations (2011) : 10,13 milliards $ US
Principaux produits importés (2011) : pétrole raffiné ; machines ; équipements de transport ; matériaux de construction ; huiles végétales
Exportations (2011) : 9,9 milliards $ US
Principaux produits exportés (2011) : gaz naturel ; pois et légumineux ; teck et autres bois précieux ; vêtements ; produits de la mer
Portraits
Aung Min
Ancien major général d’infanterie né en 1949, Aung Min est un officier de carrière passé des services de renseignement militaire à l’armée de terre en 1983. Nommé commandant de la région militaire Sud en 2002, il obtient son premier poste ministériel l’année suivante. Il échappe à la purge des services de renseignement du général Khin Nyunt en 2004, puis conserve les faveurs des dirigeants du SPDC et de leurs successeurs après 2011. Lors des élections de novembre 2010, il est élu sous l’étiquette USDP dans la circonscription de Toungoo, à 250 kilomètres au nord de Rangoun. Il est reconduit dans ses fonctions de ministre des Transports ferroviaires par le président Thein Sein en mars 2011. Toutefois, ce dernier le charge d’entamer de nouveaux pourparlers de paix avec les minorités ethniques du pays toujours en rébellion, telles les Karen et les Shan. Habile négociateur qui aime se faire appeler « ministre sans frontières », il parvient à conclure une dizaine d’accords historiques de cessez-le-feu entre novembre 2011 et mars 2012. Étoile montante de l’entourage de Thein Sein, il est promu en août 2012, devenant ministre sans portefeuille affecté au bureau présidentiel33.
Khin Maung Aye
Khin Maung Aye est l’un des nouveaux tycoons de cette Birmanie en transition. Réputé proche du président Thein Sein, il a été nommé membre du Conseil national économique et social (NESAC) en juillet 2012 aux côtés d’universitaires, de représentants de la société civile et d’hommes d’affaires. Quinquagénaire, Khin Maung Aye est surtout le président du conglomérat Kaung Myanmar Aung Group of Companies (KMA), qui a des intérêts dans l’agriculture, la banque (CB Bank), l’hôtellerie, le secteur hospitalier (Parami General Hospital), le commerce (Kaytumadi Co. Ltd.), le transport aérien (Golden Myanmar Airlines), l’immobilier, le secteur minier et les technologies de l’information. KMA Group est associé à la société des coopératives dont Khin Maung Aye est le président. Il est aussi le secrétaire général de l’Association des banquiers de Birmanie et le vice-président de l’Association des hôtels birmans. N’ayant jamais figuré sur les listes noires des sanctions occidentales, Khin Maung Aye dispose à la fois d’une excellente réputation locale et de relations politiques solides. Il sera appelé à profiter largement de l’ouverture du pays aux investisseurs étrangers.
Affiche politique

Victoire de la NLD aux élections partielles d’avril 2012 : prospectus de campagne de Daw Phyu Phyu Tin, candidate de la NLD à Mingalar Taung Nyunt, circonscription de Rangoun.
Notes de bas de page
1 Comme recommandé par l’Académie française, nous préférons ici les termes francisés « Birmanie » et « Rangoun » à ceux, vernaculaires, de « Myanmar » et « Yangon ».
2 David I. Steinberg, « The significance of Burma/Myanmar’s by-elections », Asia-Pacific Bulletin, no 156, Washington DC, East-West Center, 2 avril 2012.
3 Tin Maung Maung Than, « Burma/Myanmar’s by-elections : will personalities trump institutions ? », Asia-Pacific Bulletin, no 161, Washington DC, East-West Center, 20 avril 2012.
4 Sur les raisons et motivations de l’armée, voir Kyaw Yin Hlaing, « Understanding recent political changes in Myanmar », Contemporary Southeast Asia, vol. 34, no 2, août 2012, p. 197-216 ; Renaud Egreteau, « Birmanie : la transition octroyée », Études, vol. 416, no 3, mars 2012, p. 151-161.
5 Larry Jagan, « A cabinet shuffle in Burma ? », Radio Free Asia, 10 mai 2012.
6 « Military leaders promoted in by-elections’wake », Democratic Voice of Burma, 4 avril 2012.
7 Mary P. Callahan, « The opening in Burma : the generals loosen their grip », Journal of Democracy, vol. 23, no 4, octobre 2012, p. 120-131.
8 « A most unlikely liberator in Myanmar », The New York Times, 14 mars 2012.
9 « After impeachment, a balancing act », The Myanmar Times, 1er octobre 2012.
10 Larry Jagan, « Thein Sein shuffles to restart reforms », Asia Times, 30 août 2012.
11 « Myanmar old guards under pressure after Suu Kyi win », Reuters, 5 avril 2012.
12 International Crisis Group, « Reform in Myanmar : one year on », Asia Briefing, no 136, Bruxelles, 11 avril 2012.
13 Plusieurs centaines de prisonniers de conscience restaient toutefois embastillés fin 2012 : « Burma’s reforms is still on parole », The Wall Street Journal (Opinion Asia), 1er mai 2012.
14 International Crisis Group, « Myanmar : a new peace initiative », Asia Report, no 214, Bruxelles, 30 novembre 2011.
15 Renaud Egreteau, « Reflections : assessing recent ethnic peace talks in Myanmar », Asian Ethnicity, vol. 13, no 3, juillet 2012, p. 311-313.
16 Min Zin, « One year of the Kachin war », Foreign Policy, 8 juin 2012.
17 Human Rights Watch, « The Government Could Have Stopped This » : Sectarian Violence and Ensuing Abuses in Burma’s Arakan State, Washington DC, HRW Publications, août 2012.
18 Les manifestations spontanées de bonzes hostiles aux Rohingya dans les rues de Mandalay organisées en août 2012 sont significatives de la tension latente : « Mass Myanmar monks rally backs anti-Rohingya plans », AFP, 2 septembre 2012.
19 Voir à ce propos le débat sur les formes de société(s) civile(s) en Asie du Sud-Est dans le présent ouvrage.
20 Thomas Füller, « Myanmar president announces economic reforms », The New York Times, 19 juin 2012.
21 « Towards a sound financial system : regime change », The New Light of Myanmar, 19 mai 2012.
22 « Burma law to allow labour unions and strikes », BBC News, 14 octobre 2011.
23 Un rapport spécialisé sur la question des investissements agricoles chinois dans le nord de la Birmanie illustre ce problème d’ampleur nationale. Voir Tom Kramer et Kevin M. Woods, Financing Dispossession. China’s Opium Substitution Programme in Northern Burma, Amsterdam, TNI Drugs and Democracy Programme, février 2012.
24 « Myanmar to delay foreign investment law », The Financial Times, 17 septembre 2012.
25 « Bringing Pepsi back to Myanmar », The Wall Street Journal, 10 août 2012 ; « A Cola war brews in Myanmar », The Myanmar Times, 24 septembre 2012.
26 « Suzuki Motor plans return to Myanmar with assembly plant », The Asahi Shimbun, 9 octobre 2012.
27 Voir par exemple Asian Development Bank, Myanmar in Transition. Opportunities and Challenges, août 2012.
28 Pour une description générale de l’économie birmane et de ses problèmes en 2012, voir Lex Rieffel, « The Myanmar economy : tough choices », Working Paper, no 51, Washington DC, Brookings Global Economy & Development, septembre 2012.
29 Alain Juppé a ainsi remis la Légion d’honneur à Aung San Suu Kyi lors de son passage en janvier 2012.
30 David I. Steinberg, « Myanmar sanctions defy logic », Asia Times, 22 août 2012.
31 Priscilla Clapp et Suzanne DiMaggio, « Advancing Myanmar’s transition : a way forward for US policy », Asia Society Report, New York, 16 février 2012.
32 Un récent ouvrage est paru sur cette relation fortement asymétrique. Voir David I. Steinberg et Hongwei Fan, Modern China-Myanmar Relations : Dilemmas of Mutual Dependence, Copenhague, NIAS Press, 2012.
33 Sources : Toshihiro Kudo, New Government in Myanmar : Profiles of Ministers, Tokyo, IDE-JETRO, 26 juillet 2011 ; Bertil Lintner, « The master plan for Myanmar », Asia Times, 10 février 2012 ; Wai Moe, « Aung Min marches on », The Irrawaddy-on-Line, 27 juin 2012.
Auteurs
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Romain Caillaud
Dirige le bureau « Birmanie » de Vriens & Partners, une société de conseil en analyse de risques politiques spécialisée sur l’Asie du Sud-Est. Diplômé d’un master en relations internationales de Sciences Po Paris, il a aussi étudié à l’université de Pennsylvanie aux États-Unis et à l’université Waseda au Japon. Basé en Birmanie depuis plus de quatre ans, il parle couramment le birman à la suite de ses études à l’Inalco et à l’université des langues étrangères de Rangoun. Il est aussi le président de l’Association France-Myanmar des affaires (AFMA).
-
Renaud Egreteau
Diplômé de l’Institut d’études politiques (IEP) de Bordeaux et de l’Institut national des langues et civilisations orientales de Paris (Inalco), est docteur en science politique de Sciences Po Paris (2006). Research assistant professor auprès de l’université de Hong Kong depuis 2009, il est rattaché au Hong Kong Institute for the Humanities and Social Sciences (inc. Centre of Asian Studies). Il est l’auteur de Wooing the Generals : India’s New Burma Policy (New Delhi, CSH-Authorspress, 2003), Histoire de la Birmanie contemporaine. Le pays des prétoriens (Paris, Fayard, 2010) et Soldiers and Diplomacy in Myanmar : Understanding the Foreign Relations of the Burmese Praetorian State (Singapour, NUS Press, à paraître en 2013). Ses travaux portent sur les questions relatives à la montée en puissance de l’Inde et de la Chine en Asie du Sud-Est, sur les problématiques politiques liées à la démocratisation et l’évolution prétorienne de la Birmanie, ainsi que sur les réseaux transnationaux de différentes communautés diasporiques birmanes et indiennes.
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