Militaires et politique en Asie du Sud-Est : des évolutions décisives ?
p. 69-84
Texte intégral
1L’aggravation des tensions frontalières dans l’espace maritime et les récentes mesures de libéralisation en Birmanie ont réactualisé cette interrogation ancienne : comment apprécier le statut de la guerre en Asie du Sud-Est et la place qu’y occupent les militaires, notamment sur le plan politique ? Les observateurs soulignent le passage, entre 2001 et 2011, du « déclin1 » à la « résurgence2 » du rôle politique des militaires dans la région. La question, posée depuis plusieurs dizaines d’années – de guerre froide en menace terroriste – justifie une évaluation des modifications qui s’opèrent sous nos yeux et de leur inscription dans la durée.
2Les États sud-est asiatiques ne sont pas des puissances militaires et il leur serait sans doute difficile de faire face à une agression extérieure majeure. Certes, la guerre du Viêt Nam demeure dans les esprits, quand la modeste République démocratique du Viêt Nam opposait une farouche résistance aux forces américaines, surtout entre 1965 et 1972. Source d’intenses débats au sein du Bureau politique et entre grands généraux3, la stratégie des Vietnamiens les a finalement conduits à la victoire. Mais l’inscription de ce conflit dans l’affrontement Est-Ouest, les limites que s’étaient fixées les États-Unis – pas de conquête du Nord-Viêt Nam – et l’engagement indirect du camp communiste au côté de ce dernier – Chine et URSS alliées – lui donnaient un caractère spécifique. Avant et depuis cette guerre, des conflits de voisinage, parfois violents, se sont également produits : la Konfrontasi entre Malaisie et Indonésie pour le contrôle du nord de Bornéo en 1962-1963 ; surtout, le conflit vietnamo-cambodgien de 1977-1979, autour de la légitimité du régime « khmer rouge », puis l’occupation vietnamienne du Cambodge pendant dix ans. La guerre sino-vietnamienne qui s’est ensuivie demeure le principal conflit de référence en matière frontalière : elle opposa le Viêt Nam et la Chine en février-mars 1979 durant quatre semaines de vrais combats ; même s’il s’agissait plutôt d’une guerre d’« évitement », en partie motivée par le contrôle politique du Cambodge plutôt que par celui du sol vietnamien4.
3Tous les acteurs de ces conflits de voisinage – Chine mise à part – relèvent aujourd’hui de la même organisation régionale, l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean), fondée il y a quarante-cinq ans et qui, on le sait, réunit les dix États de la région dans une démarche de coopération politique et économique, mais non de défense à proprement parler. La « paix » figure en tête de ses principes fondamentaux et le traité de Bangkok de 1995, entré en vigueur en 1997, en fait une zone « exempte d’armes nucléaires ». Les seules « projections de forces » dans la région, pour employer un langage familier des états-majors occidentaux, se sont traduites par la participation à des actions de maintien de la paix de l’ONU, au Cambodge en 1993 et à Timor-Leste en 1999.
4Pour autant, les militaires y jouent – ou y ont joué jusqu’à il y a peu – un rôle politique majeur. La question, sans doute à évaluer au regard des processus démocratiques à l’œuvre dans la région, selon des temporalités différentes, est de savoir dans quelles conditions et à quelles fins. La plupart des États d’Asie du Sud-Est partagent certaines caractéristiques communes : une propension aux régimes autoritaires, des sociétés civiles en gestation, des armées jeunes mais influentes, dans les rouages de l’État (pouvoirs exécutif et législatif) comme dans les sphères politico-économiques, nées de la lutte anticoloniale ou forgées à l’épreuve de la répression de mouvements insurrectionnels et/ou séparatistes. Mais ils sont surtout le produit d’histoires nationales et de rapports aux grandes puissances – régionales ou mondiales – différents, voire divergents, qui rendent toute synthèse délicate. Il n’existe pas de critère absolu qui permettrait de regrouper les onze pays concernés (Asean et Timor-Leste) en catégories ou sous-ensembles aux limites indiscutables : le régime politique, l’expérience de la lutte armée, les tâches confiées aux militaires, la place de ces derniers dans l’État sont importants à considérer et, en même temps, insuffisants. Trois groupes pourraient cependant se distinguer, selon que l’armée apparaît « structurante » dans l’État concerné, « interventionniste » ou au contraire « constitutionnelle », c’est-à-dire cantonnée à des tâches de défense par des régimes civils.
1 - Des militaires au cœur de l’État
5Dans les États où l’armée joue un rôle « structurant », la part des dépenses militaires dans le PIB ne constitue pas un critère déterminant : 0,7 % seulement en Indonésie en 20105, dans ce vaste archipel présidé par un général et où l’armée jouait encore il y a peu un important rôle politique. À l’inverse, le même indicateur se monte en Birmanie à presque un quart du PIB (23,5 %) mais, plutôt qu’une très forte activité militaire, une telle donnée trahit sans doute la confusion entre les dépenses de l’armée et celles de l’État : c’est précisément dans ce pays que le rôle politique des militaires évolue le plus et que les débats sur d’éventuelles coupes sombres dans le budget militaire sont les plus virulents6.
La Birmanie en mutation
6La toute-puissance politique des militaires birmans semble en effet déclinante. L’évaluation du processus actuel, déclenché très récemment et apparemment sans heurt ni rupture radicale, comme une révolution « par le haut », appelle la plus grande prudence. Mais il ne doit pas être pris à la légère. Le régime conduit lui-même le changement : dans la logique d’une « feuille de route » formulée en 2003 vers une « démocratie encadrée », la Constitution de 2008 a démilitarisé l’État, ouvert le jeu politique et rendu le pouvoir aux urnes dans une perspective de « reconstruction nationale7 ». Le processus est en effet largement encadré : 25 % des sièges de parlementaires restent réservés aux militaires, mais les autres ont troqué l’uniforme pour le costume civil pour participer aux élections sous l’étiquette de leur nouveau parti, l’Union Solidarity and Development Party (USDP), constitué en mars 2010 à la veille des élections générales, les premières organisées depuis 1990. Libérée ensuite de sa résidence surveillée, la dirigeante de la National League for Democracy (NLD), Aung San Suu Kyi, a elle-même rejoint l’Assemblée à la faveur d’une élection partielle le 1er avril 2012. La reprise – ou l’ouverture – du débat parlementaire s’est accompagnée d’un élargissement progressif du nombre des prisonniers de conscience et d’une libéralisation de la communication, notamment sur Internet.
7Les raisons de ce processus conduit par le régime – et supposé nécessaire à sa continuation – sont relativement bien cernées. L’environnement international n’est plus totalement hostile au régime en place : la Birmanie, soutenue par la Chine, bénéficie aussi, depuis une quinzaine d’années, de l’« engagement constructif8 » à ses côtés de la Thaïlande et des pays de l’Asean, organisation qu’elle a rejointe en 1997 et qu’elle devrait présider en 2014. En revanche, alors que ses dirigeants peuvent constater l’ampleur des changements socioéconomiques produits par la croissance dans les pays voisins, l’impasse où le système économique maintenait jusqu’alors le pays, soumis aux sanctions internationales, rendait illusoire, en l’état, toute perspective de « sortie du tunnel ». De surcroît, la mainmise généralisée des militaires sur l’économie, organisée dans la plus grande opacité financière au sein de deux vastes conglomérats dirigés par des officiers d’active – l’Union of Myanmar Economic Holdings (UMEH) et la Myanmar Economic Cooperation (MEC) – avait entraîné une corruption généralisée et un désintérêt des officiers pour les activités de commandement. Les forces armées ont même été impliquées dans l’économie extra-légale de la culture, de la production, du transport et du commerce de la drogue, dans une proportion au moins aussi importante que l’économie officielle9. Fin 2011, malgré les réformes politiques amorcées et les programmes officiels d’éradication mis en place, la Birmanie était encore le deuxième producteur mondial d’opium après l’Afghanistan, avec 23 % de la production mondiale10. On voit mal comment l’actuel régime, lié à une stratégie de « pacification » qui a permis aux ethnies de continuer à produire de la drogue en échange d’un cessez-le-feu et de leur coopération, comme dans l’État shan, pourra respecter l’engagement qui avait été pris, en 1999, d’éradiquer la culture du pavot avant 201411.
8Cependant, la coexistence nouvelle sur le devant de la scène birmane du général Thein Sein, « homme fort » du processus actuel, et d’Aung San Suu Kyi, principale opposante à la forte aura internationale, donne, du fait de l’héritage réel ou symbolique que chacun porte, un écho historique qui renvoie à la fondation même de la Birmanie indépendante, le 4 janvier 1948. Les deux personnalités, nées en 1945 à deux mois d’intervalle, n’avaient alors pas encore 3 ans. Mais le leader national Aung San, père d’Aung San Suu Kyi, général fondateur de la première armée birmane assassiné le 19 juillet 1947, portait en quelque sorte déjà en sa personne un projet politique s’appuyant sur les militaires, issus de la Burma National Army, dans lequel s’incarnait la volonté d’indépendance et d’unité du pays. Ce projet ne lui a pas survécu12. Son successeur, U Nu13, personnalité plus « civile » et plusieurs fois Premier ministre entre 1948 et 1962, ne sut empêcher la désagrégation de l’armée, que le général Ne Win14 allait, quant à lui, patiemment reconstruire en la préparant à des responsabilités politiques, avant de renverser U Nu en 1962. Alors, l’armée (Tatmadaw) investit totalement l’État15, aux prises avec des insurrections ethniques anciennes – celle des Karen surtout, du fait de leur importance numérique et de leur implantation stratégique le long de la frontière avec la Thaïlande16. Les jeunes officiers qui ont pris le pouvoir en 1988, à la suite de la violente répression de manifestations populaires, étaient formés dans cette culture politique : ils sont amenés aujourd’hui à en faire évoluer l’héritage dans une page d’histoire restant à écrire. Mais cela ne se fera sans doute pas sans tension : en mars 2012, le général Min Aung Hlaing, commandant en chef des forces armées, a rappelé l’importance qu’il accordait à la défense du rôle politique de l’armée, dont les effectifs, voisins de 400 000 hommes, auraient par ailleurs doublé depuis 1988. Aung San Suu Kyi a immédiatement fait part de son désaccord ainsi que, de concert avec d’autres responsables de l’opposition, de sa volonté d’amender la Constitution pour supprimer la disposition relative aux sièges réservés aux militaires qu’elle considère comme antidémocratique17… La Birmanie pourrait reproduire ainsi, dans une autre partition, la lente évolution qu’a connue l’Indonésie depuis sa propre indépendance en 1949.
De Jakarta à Hanoi
9Très tôt, en effet, les cadres de la lutte de libération nationale ont joué en Indonésie un rôle administratif et politique : en 1959, dix ans après l’indépendance, plus de 30 % des ministres étaient issus de l’armée18. Après que le général-président Suharto se fut imposé en 1966, la « double fonction » civile et militaire (Dwi Fungsi), déjà reconnue par Sukarno dans le cadre de sa « démocratie guidée », a été érigée en loi en 1982 : elle accordait formellement aux militaires un important rôle politique, administratif et économique19. Dans le domaine économique, précisément, les militaires ont réussi à dominer le secteur marchand (pétrole et riz plus particulièrement). Dès avant la chute de Suharto lors de la crise de 1998, cependant, leurs positions politiques s’estompaient progressivement, et bien sûr plus encore depuis lors : le quota réservé aux uniformes, de 100 sièges dans une Assemblée nationale (MNR) qui en comptait 460, est descendu à 75 en 1997, puis à 38 en 1999 – sur 500 sièges. La disposition a été abandonnée en 2004, mais – héritage sans doute de la période passée – militaires et policiers n’ont toujours pas le droit de vote et il ne semble pas prévu que cela change pour les élections de 2014. Dans les années 2000, post-Suharto donc, la tendance majoritaire au sein de l’armée semble avoir été de revenir à, ou de maintenir une « armée politiquement puissante, mais dans un environnement démocratique20 » : la « guerre contre la Terreur » menée par l’administration Bush après les attentats du 11 septembre 2001 et du 12 octobre 2002 à Bali (187 morts et 350 blessés) y invitait sans doute21. Le général Susilo Bambang Yudhoyono, chef de l’État en exercice, paraît être dans cet état d’esprit. Le renforcement progressif du contrôle civil du pouvoir a néanmoins facilité une lecture plus distanciée des tragédies passées dans lesquelles l’armée a été directement impliquée, tout particulièrement la sanglante répression, en 1965, des membres et sympathisants du Parti communiste indonésien, le PKI. En 2004, ses anciens représentants ont été autorisés à se présenter aux élections ; en 2012, l’aboutissement d’une longue enquête de la Commission indonésienne des droits de l’Homme a ouvert la porte à la reconnaissance officielle de ce crime de masse et à d’éventuelles réhabilitations, réparations et compensations22.
10Le Viêt Nam compte-t-il parmi les pays où les militaires jouent un rôle « structurant » dans l’État ? Historiquement sans doute, tant la lutte armée de libération nationale est, au moins, cofondatrice du régime. « État né de la guerre23 », le Viêt Nam s’est raidi en 1992, après que la chute de l’URSS – alors son principal soutien – semblait le fragiliser, mais en même temps qu’il s’ouvrait plus que jamais aux investissements étrangers et à l’Asie nouvelle : la Constitution s’est alors dotée d’un nouveau chapitre (IV) sur la « défense de la patrie vietnamienne socialiste », confiant bien sûr cette tâche aux « forces armées populaires24 ». La crainte d’une contagion des révolutions anticommunistes dans les pays de l’ancienne Union soviétique a conduit les responsables militaires à s’opposer avec succès à la « dépolitisation » de l’armée, et les dirigeants du Parti communiste vietnamien à réaffirmer l’orthodoxie idéologique. Aujourd’hui, le poids des dépenses militaires (2,5 % du PIB) témoigne de l’importance de l’armée au Viêt Nam, dans un environnement stratégique régional non encore stabilisé. À la différence de l’évolution chinoise, précisément, le ministère de la Défense nationale semble continuer à jouer un rôle important en matière économique. Sur le terrain, des zones économiques et de défense spéciales ont été programmées en 1998 dans les régions frontalières25 ; à l’échelle nationale, de grandes entreprises relèvent de sa compétence, comme Viettel, principal opérateur de télécommunications dans le pays et hors de ses frontières. Et les généraux restent très présents dans les structures décisionnelles : ils représentent environ 15 % des membres du comité central du Parti communiste au pouvoir – pour l’essentiel, la génération née dans les années 1950 et « opérationnelle » dans les années 1990, celles du conflit cambodgien. La professionnalisation de l’armée, marquée dans les années 1990 par la croissance des exigences en termes de formation et de promotion des officiers et par la diminution du nombre d’officiers généraux, y compris au sein du Bureau politique, ne semble pas avoir beaucoup érodé son poids politique, si bien que certains observateurs voient encore dans l’armée vietnamienne « un État dans l’État, un parti dans le Parti26 ». Pour autant, le Parti a toujours « commandé aux fusils » et l’armée populaire est dotée et doublée, comme en Chine populaire, d’un département politique qui y veille. Au contraire, les armées d’autres pays d’Asie du Sud-Est n’ont pas hésité à renverser des gouvernements jugés inefficaces.
2 - Démocratisation et culture du coup d’État
11La Thaïlande est emblématique des États dans lesquels l’armée semble plutôt « interventionniste ». Depuis la fin des années 1940 et même depuis le renversement de la monarchie absolue en 1932 – car, il faut le rappeler, il n’y a pas eu à Bangkok de rupture coloniale ni, partant, de décolonisation – les coups d’État militaires paraissent s’être institués en mode de régulation de la vie politique. « Coup d’État » est d’ailleurs une expression impropre, dans la mesure où le sommet de l’État – le Palais royal – n’en est en général jamais affecté : trois monarques se sont succédé sur la période, dont le dernier, toujours en exercice, Bhumibol Adulyadej27, a célébré en 2012 ses soixante-six ans de règne !
12La tradition du pouvoir militaire à Bangkok remonte à 1932, quand « promoteurs civils » et « militaires » – ces derniers dominant la scène – se disputaient les destinées du royaume : les colonels Phya Phahon, Premier ministre en 1933, puis Phibun Songkhram28, Premier ministre de 1938 à 1944, dirigèrent successivement le gouvernement, y compris pendant la période dominée par le Japon militariste avec lequel Bangkok s’était alliée formellement en 1941. Les réseaux familiaux constitués alors ont longtemps continué d’animer la vie politique du royaume. Après quatre courtes années de gouvernement civil entre 1944 et 1948, dont celui de Pridi Banomyong29, qui dut s’exiler en France, Phibun Songkhram et les chefs de l’armée reprirent le pouvoir pour un quart de siècle (1948-1973) : la période de la guerre froide, plus particulièrement l’épisode de la guerre du Viêt Nam toute proche, a constitué avec le soutien américain un « environnement » international favorable. La fin de cette dernière a produit l’effet inverse, avec le retour de gouvernements civils, mais la perception d’une menace à la fois communiste et vietnamienne entraîna en 1976 une nouvelle et très violente réaction militaire. Cependant, durant les années 1980, qui furent aussi celles d’une complicité discrète, mais active d’une partie de l’armée thaïlandaise avec les Khmers rouges, principalement motivée par des intérêts stratégiques et économiques30, une nouvelle génération d’officiers, dont le général Prem Tinsulalond, se frotta au défi démocratique qu’appelait aussi la détente internationale : Constitutions, pluralisme politique et élections… Un nouveau mode de régulation de la vie politique est actuellement en construction. Il ne se concrétisera sûrement pas sans les militaires, qui conservent en effet des moyens importants de peser sur la politique intérieure – à travers l’Internal Security Act de 2008 et le Conseil de sécurité du ministère de la Défense, qui double le Conseil de sécurité nationale31 – mais aussi sur la politique extérieure – comme l’a montré leur rôle dans la réactivation d’un vieux contentieux frontalier avec le Cambodge en 2011, autour du temple de Preah Vihear32.
13Les deux dernières interventions des militaires thaïlandais sur la scène politique illustrent à la fois la survivance de la tentation des armes en la matière et un changement de paradigme. Le coup d’État de 1991 a été une prise de pouvoir « à l’ancienne », énième épisode des rapports de forces qui agitent la classe dirigeante militaro-civile, mais la réaction de la rue a été plus nouvelle : le général Suchinda Kraprayoon33, éphémère Premier ministre en 1992, a dû se démettre l’année suivante. Quinze ans plus tard, le coup d’État de 2006 ne relevait pas de la même problématique : le pouvoir renversé, celui de l’homme d’affaires et Premier ministre Thaksin Shinawatra34, élu en 2001 puis en 2005, donc a priori légitime, semblait avoir pris trop de liberté avec la jeune démocratie thaïlandaise, au point d’être accusé de corruption, de conflits d’intérêts, d’évasion fiscale, voire de crime de lèse-majesté. Refusant de se démettre malgré ces accusations et l’hostilité d’une forte mobilisation populaire, il fut renversé par les militaires alors qu’il participait à New York à l’Assemblée générale des Nations unies, puis il fut par la suite condamné à deux ans de prison ainsi qu’à la saisie de la moitié de sa fortune, qui se comptait en milliards d’euros. L’originalité de ce renversement de 2006 mené par les forces du général Sonthi Boonyaratglin35, commandant en chef de l’armée royale, sans résistance, est qu’il s’affichait comme une reprise en main provisoire des rênes de l’État, avec la volonté de rétablir rapidement la démocratie. De fait, de nouvelles élections se sont tenues en 2007.
14Entre-temps, à la suite de la crise économique de 1997, une réforme avait été engagée sous l’égide du commandant en chef de l’armée d’alors, le général Surayud Chulanond, et du Premier ministre Chuan Leekpai36 : dans les dix ans, l’armée devait être réduite d’environ 20 % et devenir plus professionnelle37. Faut-il à ce propos évoquer le mode d’intervention de l’armée thaïlandaise dans la grave crise de 2010, qui a vu la paralysie durant plusieurs semaines du centre d’affaires de Bangkok, occupé par les Chemises rouges de la mouvance du Premier ministre renversé Thaksin ? Son intervention, le 19 mai 2010, s’est révélée « musclée », puisqu’elle aurait provoqué quelque soixante-dix morts et un millier de blessés38, mais elle s’est faite à la demande d’un pouvoir civil, contesté certes lui aussi, mais sans objectif de se substituer à lui. La différence est évidemment fondamentale.
15Aux Philippines, l’armée n’a ni l’enracinement historique de ses homologues d’Indonésie, de Birmanie ou du Viêt Nam, ni l’ancienneté de celle du royaume de Thaïlande, mais elle semble connaître un destin comparable à ce dernier. Dans cette république présidentielle, où les dépenses militaires restent modestes (1,2 % du PIB, contre 1,5 % en Thaïlande), l’armée s’est longtemps affichée comme « interventionniste », quoique rarement au point de menacer le pouvoir d’État. Au moment de l’élection présidentielle de 1986, les puissantes manifestations populaires qui aboutirent au départ du président Ferdinand Marcos ont bénéficié d’un double et discret soutien : celui de la hiérarchie catholique, d’une part, et celui d’une partie de l’armée, d’autre part, issue du Mouvement de réformes des forces armées des Philippines, le RAM, né en 1980 en réaction à la corruption et au népotisme au sein de l’armée. L’appui ponctuel d’unités militaires – ainsi que des États-Unis – permit aux forces pro-démocratiques entraînées par Mme Corazon Aquino39 de l’emporter, à celle-ci d’accéder à la présidence, en 1986, et de s’y maintenir jusqu’en 1992, malgré les tentatives de coup d’État inspirées par les factions militaires restées fidèles à Marcos, mais aussi par celles qui l’avaient aidé à accéder au pouvoir, comme le RAM40. Lorsque le général Fidel Ramos, l’homme qui avait « régulé » le tournant démocratique de 1986, accéda lui-même à la présidence, en 1992 – et jusqu’en 1998 – ce fut notamment pour poursuivre la professionnalisation d’une armée pleinement engagée dans la « guerre contre le terrorisme » décrétée par le président Bush après les attentats du 11 septembre 2001. Les groupes mafieux et terroristes, comme le « Mouvement islamiste » séparatiste et armé d’Abu Sayyaf, ont pu exploiter à leur profit la poursuite des violences engendrées par un vieux conflit entre les Moros, musulmans du sud des Philippines ayant fait le choix, dès la fin des années 1960, de la lutte armée, et le gouvernement de Manille qui n’a pas hésité à y déployer jusqu’à 80 % de ses forces armées41. Signe des temps, le 7 octobre 2012, un accord-cadre signé entre le pouvoir civil du président Aquino et les représentants du Front moro de libération islamique (MILF) prévoit la mise en place d’une zone semi-autonome à Mindanao – à l’échéance 2016 cependant42. Après un conflit qui aura fait plus de 150 000 morts et fait échouer maintes négociations, l’espoir d’un apaisement renaît, comme en Birmanie.
3 - Modèle « constitutionnel » et nouveau contexte régional
16Certains États sont déjà assurément « civils », comme Singapour et la Malaisie, dans la tradition britannique quoique dans une pratique politique différente. Ils sont à la fois ceux dont la croissance économique est la plus spectaculaire et où la part des dépenses militaires dans le PIB est la plus forte. Si l’on excepte Timor-Leste (4,9 %), Singapour, devenue le cinquième importateur mondial d’armes, vient en tête avec 3,7 %43 : la cité-État, à qui personne ne prête d’ambitions territoriales, sauf à poldériser une partie de son littoral, invoque un ensemble de raisons pour donner un tel statut à sa défense. Ses dirigeants n’oublient sans doute pas que la chute du port entre les mains des Japonais, le 15 février 1942, avait largement contribué à faire basculer toute la région dans la guerre ; aujourd’hui, Singapour se donne plutôt les moyens de défendre une position stratégique unique, notamment en matière commerciale, et de sécuriser les détroits qui la font vivre44. Mais les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis ont fait resurgir le spectre d’une menace terroriste dans cette cité-État qui se sent plus particulièrement exposée, en raison de ses relations étroites avec les États-Unis et Israël. Après plusieurs tentatives d’attentat avortées, les pouvoirs de l’armée ont été étendus par le Parlement et une force spéciale de 2 000 hommes a été créée pour lutter contre cette menace45. De même, le sultanat de Brunei, autre îlot de richesse dans la région, consacre également à la défense des moyens inversement proportionnels à sa très modeste dimension, à hauteur d’environ 3,2 % de son PIB.
17Forgées dans la tradition et longtemps aux côtés des troupes britanniques, engagées à plusieurs reprises après l’indépendance de 1957, notamment contre les insurgés du Malayan Communist Party, nombreux dans la population d’origine chinoise, ses forces armées ont connu un processus de modernisation accéléré après la fin de la crise de 1997. La Malaisie consacre environ 1,6 % de son PIB à ses dépenses militaires – pour acheter notamment des sous-marins français Scorpene, dans un environnement où l’activité sous-marine se développe assez vite.
18Le poids relatif des forces armées varie d’un pays à l’autre, mais la tendance générale paraît manifestement être au repli, par leur professionnalisation. Sans doute les progrès de la construction régionale, au sein de l’Asean, favorisent-ils la professionnalisation et la dépolitisation des armées. Celles-ci participent à des manœuvres et entraînements militaires communs : au programme Cobra Gold, américano-thai et progressivement multi-latéralisé, aujourd’hui élargi à une vingtaine de pays dont l’Indonésie, la Thaïlande, Singapour et peut-être bientôt la Birmanie, qui est le plus important d’entre eux ; à des programmes régionaux de lutte anti-piraterie (exercices Eye in the Sky, par exemple, rassemblant patrouilles aériennes malaisiennes, singapouriennes, indonésiennes et thaïlandaises) ; à des opérations humanitaires ou de maintien de la paix, on le sait, sous l’égide de l’ONU. À Timor-Leste, la Thaïlande s’est vue confier le commandement en second de la force internationale d’interposition (Interfet) à laquelle ont participé, pour la première fois dans l’histoire de l’Asean, les soldats de trois pays membres : Thaïlande, Philippines et Malaisie. L’Asean et l’ONU accélèrent le processus de recentrage des armées vers les fonctions de défense extérieure et de sécurité régionale susceptible de réduire l’implication des militaires dans la sphère politique46. Parallèlement, les progrès de la libéralisation et de la démocratisation ont favorisé l’émergence d’un nationalisme nouveau et vigoureux dans la plupart des pays de la région, qui rend relativement inquiétante l’aggravation de ces tensions interrégionales47.
19Malgré d’indéniables progrès sur la voie de la démocratisation, la faiblesse réelle ou supposée des régimes civils, la perception de menaces internes et extérieures, et le poids des rivalités factionnelles au sein des armées peuvent encore favoriser une remilitarisation du pouvoir. « Structurantes », « interventionnistes » ou « constitutionnelles » au sein de régimes civils, les forces armées d’Asie du Sud-Est et leurs chefs ont en effet partout déployé, à défaut de menace extérieure constituée, une forte activité intérieure : sur le plan économique, on le sait, avec un certain désengagement, et en matière d’ordre public, voire de répression, avec là aussi un relatif apaisement. La consolidation nationale dans laquelle se sont investis les militaires passait, et parfois passe encore, par la lutte contre divers « ennemis intérieurs », entretenant d’ailleurs une certaine confusion entre forces militaires et policières. Les points chauds concernent encore les minorités nationales et les confins frontaliers, qui souvent se confondent.
20L’année 2012 paraît porteuse d’espoirs. Les tensions intérieures semblent contenues. Les dépenses militaires restent certes globalement élevées. Mais il s’agit moins d’une course aux armements stratégiques que d’un processus de modernisation d’équipements vieillissants, un effet de rattrapage dû aux retards accumulés après la crise asiatique de 1997-1998 et facilité par la forte croissance économique de la région. La modernisation des armées est une réponse aux défis nationaux et transnationaux : faire face à des insurrections locales ou à des groupes terroristes ; mieux gérer les catastrophes naturelles pour éviter les situations d’extrême dépendance à l’étranger ; ou encore se concilier les militaires.
21Considérés dans la durée, après l’affrontement autour du communisme puis le traitement de la menace « terroriste », les impératifs stratégiques jouent toujours un rôle majeur, qu’il s’agisse de l’indispensable sécurisation des détroits ou de la recherche active de contrepoids à la montée en puissance de la Chine dans la région48. Les armées d’Asie du Sud-Est sont maintenant confrontées à de nouveaux défis intrarégionaux et au risque de « frottements » entre États, comme c’est déjà le cas dans la zone maritime et autour de ses archipels contestés. Mais le dernier mot devrait rester aux politiques.
Notes de bas de page
1 Muthiah Alagappa (dir.), Coercion and Governance: the Declining Political Role of the Military in Asia, Stanford, Stanford University Press, 2001.
2 Marcus Mietzner (dir.), The Political Resurgence of the Military in Southeast Asia, Londres-New York, Routledge, 2011.
3 Lien-Hang T. Nguyen, Hanoi’s War: an International History of the War for Peace in Vietnam, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2012.
4 Hugues Tertrais, « Derrière la chute de Saigon, une nouvelle région. Approches françaises de la scène indochinoise, 1972-1982 », mémoire d’habilitation à diriger des recherches, université Paris 1, 2007, p. 239-246 ; Edward C. O’Dowd, Chinese Military Strategy in the Third Indochina War. The Last Maoist War, Abingdon-Oxon et New York, Routledge, 2007.
5 Tirés des statistiques mises en ligne par le SIPRI, tous les chiffres cités dans cet article se rapportent à l’année 2010 : SIPRI Military Expenditure Database, 1988-2011 (http://www.sipri.org/databases/milex/milex).
6 Patrick Boehler, « Military budget cuts “could raise tensions” », The Irrawaddy, 29 août 2012 (http://www.asiaviews.org/index.php?option=com_content&id=38872:military-budget-cuts-could-raise-tensions&Itemid= 9).
7 André et Louis Boucaud, « Des élections au bout des fusils », Le Monde diplomatique, novembre 2009.
8 Proposée dès 1988 par le commandant en chef de l’armée thaïlandaise pour exprimer la nécessité d’un rapprochement politique avec la Birmanie, comme prélude à la coopération économique, la formule a été rapidement adoptée par les membres de l’Asean.
9 N. Neihsial, « The economic consequences of military rule in Myanmar », IDSA Comment, 28 janvier 2008; « The road up from Mandalay », The Economist, 21 avril 2002; Francis Christophe, Birmanie, la dictature du pavot, Arles, Philippe Picquier, 1998.
10 Dépêche AFP du 19 septembre 2012 (LePoint. fr). Sur la période 2005-2010, voir aussi: U. S. Department of State, International Narcotic Control Strategy Report, vol. I, Drug and Chemical Control, mars 2011, p. 21-22 (http://photos.state.gov/libraries/mauritius/320773/PDF_documents/incsr_2011_v1.pdf).
11 « Show business, Rangoon “war on drogs” in Shan State », Shan Herald Agency for News, décembre 2003.
12 Pierre Fistié, La Birmanie ou la quête de l’unité. Le problème de la cohésion nationale dans la Birmanie contemporaine et sa perspective historique, Paris, EFEO, 1985, p. 159.
13 U Nu, 1907-1995.
14 Ne Win, 1910-2002.
15 Après la suspension de la Constitution et la dissolution du Parlement, en mars 1962, Ne Win est aussitôt investi les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Le parti unique qu’il a fondé devient un passage obligé pour tous les militaires. En 1963, il nationalise l’économie puis, en 1964, supprime les rares compétences autonomes dont disposaient encore les minorités dans leurs États, dans le cadre d’une politique de « birmanisation » accélérée. Sur l’impasse du découpage ethnico-administratif de la Birmanie : François Robinne, « Catégories ethniques versus réseaux transethniques. Critique du concept d’ethnicité appliqué au paysage birman », in Gabriel Defert (dir.), Birmanie contemporaine, Bangkok-Paris, Irasec-Les Indes savantes, 2008, p. 123-142.
16 Si des violences se poursuivent ailleurs, dans l’Etat kachin et dans celui de l’Arakan, le gouvernement a conclu des accords de cessez-le-feu avec une majorité de groupes armés ethniques et, en particulier, avec les dix-neuf membres de la délégation de l’Union nationale karen (KNU), en janvier 2012. L’ouverture de discussions en vue d’un règlement politique favorable à une autonomie progressive de la région laisse espérer une issue pacifique à l’un des plus vieux conflits ethniques du pays (dépêche AFP du 12 janvier 2012, LExpress.fr).
17 BBC News Asia, 27 mars 2012.
18 Jongseok Woo, Security Challenges and Military Politics in East Asia. From State Building to Post-Democratization, New York, Continuum, 2011, p. 52.
19 Denys Lombard, Le Carrefour javanais. Essai d’histoire globale, tome I, Les Limites de l’occidentalisation, Paris, EHESS, 2004, p. 100.
20 Arnaud Dubus et Nicolas Revise, Armée du peuple, armée du roi. Les militaires face à la société en Indonésie et en Thaïlande, Bangkok-Paris, Irasec-L’Harmattan, 2002, p. 206.
21 Sukardi Rinakit, The Indonesian Military after the New Order, Singapour-Copenhague, Institute of Southeast Asian Studies-Nordic Institute of Asian Studies, 2005.
22 Bruno Philip, « L’Indonésie commence à reconnaître les massacres anticommunistes de 1965 », Le Monde, 7 août 2012 ; Françoise Cayrac-Blanchard, « L’armée indonésienne et la question démocratique », Cahiers d’études sur la Méditerranée orientale et le monde turcoiranien, no 27, janvier-juin 1999 ; Marcus Mietzner, Military Politics, Islam, and the State in Indonesia : from Turbulent State to Democratic Consolidation, Singapour, Institute of Southeast Asian Studies, 2009, introduction.
23 Christopher E. Goscha, Vietnam. Un État né de la guerre, 1945-1954, Paris, Armand Colin, 2011.
24 Les Constitutions du Vietnam (1946-1959-1980-1992), Hanoi, Éditions The Gioi, 2003, p. 155.
25 Carlyle A. Thayer et Gérard Hervouet, « The army as a political and economic actor in Vietnam », in Christopher E. Goscha et Benoît de Tréglodé, Naissance d’un État-Parti. Le Viêt Nam depuis 1945, Paris, Les Indes savantes, 2004, p. 373.
26 Philippe Papin et Laurent Passicousset, Vivre avec les Vietnamiens, Paris, L’Archipel, 2010, p. 179-210 ; Carlyle Thayer, « The political role of the Vietnam People’s Army : corporate interests and military professionalism », communication au colloque « Understanding Vietnamese Politics », Toronto, mars 2012 ; Quân đội Nhân dân, 15 février 2011.
27 Le roi Bhumibol est né en 1927.
28 1897-1964.
29 1900-1983.
30 François Guilbert, « Cambodge : la guerre, toujours la guerre ! », Cultures & Conflits, no 1, hiver 1990, p. 5 (http://conflits.revues.org/74) ; The New York Times, 24 mars 1993.
31 Nilanjana Sengupta, « “Impossible” for Thai military to stay out of politics », The Straits Times, 9 juillet 2011; Mark Beeson, « Civil military relations in Indonesia and the Philippines: will the Thai coup prove contagious? », Armed Forces and Society, vol. 34, no 3, 2008, p. 474-490. Sur l’Internal Security Act: Canan Atilgan, « The Internal Security Act (ISA). Implications for the Southern conflict », compte rendu de la journée d’études organisée par la Konrad Adenauer Stiftung en décembre 2008, 7 janvier 2009 (http://www.kas.de/wf/doc/kas_15436-1522-2-30.pdf?090119105724).
32 Sur le rôle de l’armée thaïlandaise dans ce différend et les affrontements qui l’ont marqué : Pavin Chachavalpongpun, « Le conflit thaïlando-cambodgien : l’affaire du temple Preah Vihear », Ceriscope Frontières, 2011 (http://ceriscope.sciences-po.fr/print/177).
33 1933-…
34 1949-…
35 1946-…
36 1938-… Premier ministre de 1992 à 1995, puis de 1997 à 2001.
37 Arnaud Dubus et Nicolas Revise, Armée du peuple, armée du roi, op. cit., p. 212-214.
38 Chiffres parus dans Le Monde, 24 octobre 2010.
39 1933-2009.
40 Jongseok Woo, Security Challenges and Military Politics in East Asia, op. cit., p. 123-131.
41 Sur l’histoire et les conséquences de ce conflit : Stéphane Auvray, « Musulmans ou Moros au sud des Philippines », Outre-Terre, no 6, janvier 2004, p. 187-197 ; Solomon Kane, avec la collaboration de Felice N. Rodriguez, La Croix et le Kriss. Violences et rancœurs entre chrétiens et musulmans dans le Sud des Philippines, Bangkok-Paris, Irasec-Les Indes savantes, 2006.
42 Le Monde.fr/AFP, 7 octobre 2012 ; Le Point, 12 octobre 2012.
43 SIPRI Military Expenditure Database, op. cit.
44 Tim Huxley, Defending the Lion City: the Armed Forces of Singapore, St Leonards, Allen & Unwin, 2000. L’ouvrage continue à entretenir le débat: Melanie Chua, « Dr Kim Huxley reflects on “Defending the Lion City in a changing world” », Lee Kwan Yew School of Public Policy, 28 mai 2012 (http: //www.spp. nus.edu.sg/20120518_Tim_Huxley.aspx). Sur le rôle des détroits dans la région : Nathalie Fau, « Les détroits d’Asie du Sud-Est depuis 1945 », in Pierre Journoud (dir.), L’Évolution du débat stratégique en Asie du Sud-Est depuis 1945, Études de l’Irsem, no 14, 2012 (http://www.defense.gouv.fr/irsem/publications/etudes/etude-de-l-irsem-n-14-2012-l-evolution-du-debat-strategique-en-asie-depuis-1945).
45 Laure de Charrette, « Sécurité : Singapour, une cible pour les terroristes ? », www.lepetitjournal.com-Singapour, 15 septembre 2011.
46 Arnaud Dubus et Nicolas Revise, Armée du peuple, armée du roi, op. cit., p. 70-73.
47 Tuong Vu, « The resurgence of nationalism in Southeast Asia: causes and significance », communication au colloque « Issues and Trends in Southeast Asian Studies », Ann Arbor, octobre 2010.
48 The Economist, 26 mars 2012 (http://www.businessinsider.com/military-spending-insoutheast-asia-is-skyrocketing-2012-3) ; Pierre Journoud (dir.), L’Évolution du débat stratégique en Asie du Sud-Est depuis 1945, op. cit.
Auteurs
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Pierre Journoud
Chargé d’études à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM), où il anime des recherches collectives sur l’évolution des enjeux stratégiques en Asie orientale depuis 1945, et chargé d’enseignement à l’université Paris I-Panthéon-Sorbonne. Docteur en histoire contemporaine de l’université Paris I, il est membre de son Centre d’histoire de l’Asie contemporaine (CHAC) et chercheur associé à l’UMR-IRICE (universités Paris I, Paris IV et CNRS). Lauréat du prix Jean-Baptiste Duroselle pour sa thèse Les Relations franco-américaines à l’épreuve du Vietnam entre 1954 et 1975. De la défiance dans la guerre à la coopération pour la paix (2008), il poursuit ses recherches sur les conflits et processus de paix en Asie orientale depuis 1945, plus particulièrement dans la péninsule indochinoise, et sur la politique étrangère et de défense de la Ve République française dans cette région. Il est l’auteur de De Gaulle et le Vietnam (1945-1969). La réconciliation (Paris, Tallandier, 2011) et a dirigé les publications collectives suivantes : L’Évolution du débat stratégique en Asie du Sud-Est depuis 1945 (Paris, Institut de recherche stratégique de l’École militaire, « Études de l’IRSEM », no 14, 2012) et Vietnam 1968-1976. La sortie de guerre (avec Cécile Menétrey-Monchau, Paris, PIE-Peter Lang, « Enjeux internationaux », 2011).
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Hugues Tertrais
Professeur des universités et enseigne l’histoire contemporaine à l’Université Paris-I Panthéon Sorbonne, où il dirige depuis 2008 le Centre d’histoire de l’Asie contemporaine (CHAC). Il préside par ailleurs la Société française d’histoire d’outre-mer (SFHOM) et la Commission d’histoire des relations internationales, relevant du Comité international des sciences historiques (CISH). Ses travaux portent sur les conflits, les modes de croissance et d’intégration régionale en Asie-Pacifique, tout en interrogeant les dynamiques identitaires locales. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’Asie et l’Asie du Sud-Est : La piastre et le fusil - Le coût de la guerre d’Indochine, 1945-1954 (Paris, CHEFF, 2002) ; Atlas des guerres d’Indochine, 1940-1990 (Paris, Autrement, 2007 [2004]) ; Angkor VIIIe -XXIe siècle, Mémoire et identité khmères (Paris, Autrement, 2008) ; et dernièrement La Chine et la Mer. Sécurité et coopération régionale en Asie du Sud-Est (Paris, L’Harmattan, 2011).
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