Philippines
De faux espoirs en faux-semblants
p. 219-218
Texte intégral
1L’année 2010 restera inscrite dans l’histoire contemporaine des Philippines comme celle de la fin du mandat présidentiel de Gloria Macapagal-Arroyo. Promue aux fonctions suprêmes à la suite d’un soulèvement populaire dirigé en 2001 contre Joseph Estrada, elle est élue en 2004 au terme d’un scrutin entaché de fraudes. La présidente a depuis vu sa popularité s’étioler avec les affaires de corruption touchant ses proches. Fragilisée par trois mutineries en 2003, 2006 et 2007, elle a échappé à quatre procédures de destitution entre 2005 et 2008. Six mois avant la fin de son mandat, la présidente n’était plus créditée que de 23 % d’opinions favorables, soit la plus mauvaise performance réalisée par un chef d’État philippin depuis la chute de Ferdinand Marcos en 19861. Et pour cause : pendant ses neuf ans et demi qu’elle a passés au pouvoir, la présidente a dépouillé le Congrès de sa capacité d’influer sur le budget au bénéfice d’un cabinet noir placé sous son seul contrôle. Elle a aussi nommé à trois reprises des alliés à la tête de la Cour suprême pour, disent ses détracteurs, échapper aux poursuites engagées à son endroit (fraudes électorales et violation des droits de l’Homme). Elle a enfin éludé les deux dossiers sensibles de la réforme agraire pour ne pas provoquer l’ire (et donc perdre le soutien) de l’élite traditionnelle et du planning familial tout en conservant l’appui du clergé catholique. Les points de croissance engrangés au début de son mandat n’ont enfin guère profité aux couches défavorisées, tant dans les villes que dans les campagnes où le développement du secteur agricole a été laissé en jachère. À bien des égards, le bilan de Gloria Macapagal-Arroyo s’apparente à une opportunité manquée, sinon pour les Philippines, du moins pour une grande majorité de sa population, de lutter contre la pauvreté et de promouvoir le développement.
1 - Politique
2La victoire sans appel, avec plus de 42 % des suffrages, de Benigno Aquino III, 50 ans, au scrutin du 10 mai 20102 s’inscrit dans la désillusion du mandat précédent. Il fallait aux Philippins une figure capable de leur faire oublier tous les espoirs déçus. Fils de deux héros du mouvement démocratique philippin – le sénateur Benigno Aquino Jr, assassiné en 1983 sur le tarmac de l’aéroport de Manille, et Corazón, son épouse, qui a repris la fronde contre le dictateur Marcos avant de lui succéder en 1986 – « Noynoy » Aquino est cet homme envoyé par la providence, ont estimé les électeurs. Mais, à l’instar de tout héros de séries B dont les Philippins sont si friands, le 15e président de la République des Philippines a son talon d’Achille.
3Affaibli par les sanctions pesant sur deux de ses compagnons de route (le maire de Manille, Alfredo Lim, et le vice-ministre de l’Intérieur, Rico Puno) à la suite du sanglant et médiatique dénouement de la prise d’otages du 23 août 2010 à Manille3, le président Benigno Aquino III, s’il a remporté haut la main les élections du mois de mai, devra néanmoins composer avec le Lakas-Kampi-CMD s’il souhaite faire voter les lois par le Congrès (240 sièges), présidé depuis juillet 2010 par Feliciano Belmonte Jr. La tâche sera d’autant plus ardue que le Partido Liberal ng Pilipinas (Parti libéral), sous la bannière duquel M. Aquino a brigué la présidence, ne dispose pour l’heure que de 4 représentants au Sénat (qui en compte 24) et que la Chambre haute est toujours présidée par Juan Ponce Enrile, réélu après l’échec du candidat de l’administration à rallier un soutien suffisant.
4Cette dépendance du pouvoir vis-à-vis du Lakas-Kampi-CMD (centre-droit) ne sera donc pas sans contrepartie. Après une décade passée aux affaires, la présidente sortante Gloria Macapagal-Arroyo, 63 ans, élue députée (Lakas-Kampi-CMD) de Pampanga au Congrès lors du scrutin du 10 mai 2010, représente une force politique importante et pourrait user de son pouvoir afin de tenter, comme par le passé, de transformer le système de représentation bicaméral en un système parlementaire. L’objectif de la manœuvre étant de pouvoir briguer le poste de président de la Chambre ou de Premier ministre et de continuer ainsi de peser sur les affaires publiques tout en préservant son immunité. À l’aune de ce qui précède et des dangers qui pourraient menacer sa présidence, il est peu probable que Benigno Aquino III se risque à réformer un système judiciaire où Mme Arroyo dispose de nombreux alliés et, conformément à ses engagements de campagne, ouvre la voie à des poursuites liées aux affaires de corruption et de violation des droits de l’Homme qui ont entaché son mandat. Après cent jours au pouvoir, le mutisme du chef de l’État sur ce dossier est un indicateur précieux sur l’option choisie pour l’heure par la présidence et augure de sombres présages sur la situation de l’état de droit aux Philippines.
2 - Sécurité
Les armées privées
5Année marquée du sceau de la passation de pouvoir entre membres d’une oligarchie traditionnelle prédatrice, 2010 a illustré sans fard le rôle joué par les armées privées dans la violence organisée par l’élite politique. Au nombre de 132 – ce chiffre fait débat – selon le secrétaire de la Défense Norberto Gonzales, ces milices, apparues sur les décombres de la Seconde Guerre mondiale puis interdites au lendemain de la chute de Ferdinand Marcos, ont été réhabilitées par le décret présidentiel n ° 546 du mois d’octobre 2006 sous l’appellation Civilian Volunteer Organizations (CVO). La mission de cette force, estimée à 10 000 hommes recrutés pour la plupart dans le monde de la petite criminalité, est de permettre aux élus locaux d’organiser la sécurité de leur juridiction contre les insurgés communistes et musulmans. En marge des activités d’autodéfense pour lesquelles elles sont mandatées, les CVO, qui dépendent officiellement des forces de police (PNP) mais sont financées en partie par l’État et en partie par leur « patron », exercent également pour le compte de ce dernier des tâches ne relevant pas de leurs prérogatives officielles.
6Les dérives inhérentes à cette pratique deviennent flagrantes lors des élections générales et de mi-mandat, qui se déroulent tous les trois ans. En janvier 2010, alors que la campagne électorale démarrait officiellement, 90 meurtres politiques liés au scrutin de mai étaient déjà recensés à travers l’Archipel. De sources gouvernementales, pas moins de 38 candidats ont été exécutés entre janvier et mi-avril, à la fin d’une campagne de cent vingt jours. La « saison des meurtres politiques » attribués aux armées privées avait commencé dans la province de Maguindanao (Mindanao) dès novembre 2009. Une rivalité politique probablement doublée d’une vendetta (rido), opposant le clan Ampatuan4 à celui des Mangudadatu, s’est soldée par l’exécution de 57 personnes dont 33 journalistes. L’équipe de campagne était chargée de déposer la candidature d’Esmael, dit « Toto », Mangudadatu, au poste de gouverneur de la province de Maguindanao lorsque le convoi a été intercepté par un groupe armé d’une centaine de CVO dont une vingtaine au moins d’affidés du clan Ampatuan.
Le Communist Party of the Philippines – New People’s Army – National Democratic Front (CPP-NPA-NDF)
7Fondée en 1968 par José Maria Sison5, la mouvance politico-militaire d’obédience maoïste CPP-NPA-NDF – c’est-à-dire le Parti communiste philippin, son bras armé et sa coalition d’organisations de masse – sort financièrement renforcée en 2010.
8Forte d’à peine 4 500 maquisards en armes, mais s’appuyant sur un réseau de cadres et de militants bien implantés dans 69 des 80 provinces que compte le pays, cette organisation autochtone a, en l’absence d’aide extérieure, mis en place un système de racket visant les « ennemis de classe » pour financer le « gouvernement révolutionnaire », lequel, dans les zones libérées, s’est substitué au gouvernement central. Pour accéder à ces territoires peu ou prou contrôlés par les fronts militaires de la NPA, les compagnies minières, forestières, de transport ou de télécommunications, appartenant pour la plupart à l’un des 200 clans familiaux présidant à la destinée politique et économique de l’archipel philippin, sont forcées d’acheter leur sécurité en versant un impôt équivalant à 6 % ou 7 % des revenus réalisés dans la zone.
9Depuis les élections de 1992, cette « police d’assurance » s’est étendue à la sphère politique. Pour pouvoir faire campagne dans les zones placées sous le contrôle du « gouvernement révolutionnaire », les candidats doivent s’acquitter d’une taxe de 100 000 à 200 000 pesos (2 300 à 4 600 euros) pour un poste de maire, de 75 000 pesos (1 700 euros) pour des fonctions d’adjoint, etc. Plus récemment, un « permis de gagner » a même été instauré. Moyennant une somme calculée au prorata du nombre de votants, un candidat s’assure que les consignes de vote seront transmises aux personnes majeures vivant dans les zones placées sous le contrôle de la mouvance. Cette pratique n’a rien d’inhabituel dans un pays où l’usage consistant à distribuer des « enveloppes » aux électeurs durant la campagne reste monnaie courante6. D’aucuns estiment que le CPP-NPA-NDF aurait collecté 5 milliards de pesos (115 millions d’euros) au terme du scrutin de 2010, soit une augmentation de l’ordre de 30 % par rapport aux suffrages de 2004 et de 2007.
10Considéré par nombre d’officiers des Forces armées philippines (AFP) comme « la menace la plus sérieuse » pesant sur le pays, le CPP-NPA-NDF est depuis 2002 la cible d’une meurtrière campagne anti-insurrectionnelle menée conjointement par l’armée, la police, les milices (Citizen Armed Forces Geographical Unit), les unités d’autodéfense (Civilian Volunteer Organizations, Barangay Defense System, etc.) et les services de renseignement.
11Répondant au nom d’Oplan « Bantay Laya » (Opération « Gardien de la liberté »), cette campagne d’élimination devant aboutir à l’« éradication de la guérilla en 2010 » s’est soldée, en l’espace de huit ans, par l’assassinat de 390 à 600 activistes de gauche7. Les trois provinces affichant le nombre le plus élevé d’exécutions extrajudiciaires sont Pampanga (où Mme Arroyo est députée), Negros Occidental (où le clan Arroyo possède à Bacan une hacienda de 157 hectares) et Northern Samar dans les Visayas. Mise en place sous l’administration de Gloria Macapagal-Arroyo et poursuivie sous la présidence de Benigno Aquino III, cette opération a également aboutie à l’arrestation et la détention arbitraire de 245 militants qui, pour certains d’entre eux, ont été torturés par les forces de sécurité au cours de leur interrogatoire. Enfin, 176 syndicalistes étudiants, ouvriers et paysans, enlevés dans des conditions mystérieuses, sont toujours portés disparus. Pire : alors que 28 % des exécutions extrajudiciaires ont été commises par les forces armées et de police, seul 1 % des responsables ont été condamnés par un système judiciaire caractérisé par son manque d’indépendance par rapport au pouvoir exécutif.
12Inscrit depuis 2003 sur les listes des organisations terroristes étrangères du département d’État américain et du Conseil des ministres de l’Europe, le CPP-NPA-NDF, après l’échec des pourparlers de paix de 2004, a fait part de sa volonté de reprendre le dialogue avec le gouvernement de Benigno Aquino III, avec pour objectif de trouver une solution politique à un conflit qui a fait plus de 40 000 victimes au cours des quatre dernières décennies. Contrairement au MILF (Muslim Islamic Liberation Front), le CPP-NPA-NDF a également rejeté l’idée d’un cessez-le-feu, conditionnant celui-ci à la mise en œuvre de réformes industrielles (étatisation des appareils de production) et à l’application de la loi de réforme agraire (abolition du métayage et redistribution des terres aux paysans) par les autorités de Manille. Des propositions que « Noynoy » Aquino, porté aux fonctions suprêmes grâce à l’élan de sympathie lié au décès de sa mère (1er août 2009) et à l’image de réformateur qu’il s’est construite, est peu enclin à accepter, étant luimême issu de l’une des grandes familles de propriétaires terriens8 qui, héritage de quatre cents ans de colonisation, contrôlent à la fois le pouvoir économique et la vie législative de l’Archipel.
Le Muslim Islamic Liberation Front (MILF)
13Mises à mal au lendemain de l’annulation, au mois d’août 2008, d’un accord prévoyant d’octroyer davantage d’autonomie politique (gouvernance) et économique (répartition des revenus engendrés par l’exploitation des ressources minières, forestières et halieutiques) aux Moros9, les relations entre le gouvernement de Manille et le MILF se sont améliorées et ont été placées en 2010 sous le signe de la détente et de la reprise du dialogue.
14Les gestes de bonne volonté se sont ainsi multipliés : signature d’un protocole d’accord à Tripoli pour financer des projets de développement dans les zones touchées par le conflit opposant le MILF à l’AFP (avril)10, signature d’un accord interdisant l’utilisation par les deux forces belligérantes de mines antipersonnel (mai), nouvelles déclarations du MILF renonçant à l’indépendance du Bangsamoro (septembre), etc. Après trois années d’absence, les premiers contingents des équipes internationales de surveillance chargées de superviser l’application de l’accord de cessez-le-feu de 2009 se sont redéployés sur le terrain dès le mois de mars. Entre 2004 et 2007, la présence de ces observateurs malaisiens, brunéiens et libyens avait permis de réduire sensiblement le nombre d’escarmouches entre les Forces armées philippines (70 % des 113 500 militaires de l’AFP sont déployés dans le Sud) et les Bangsamoro Islamic Armed Forces (BIAF), le bras armé du MILF qui aligne aujourd’hui 11 500 moudjahidin11 en armes. À la requête des deux parties, des observateurs norvégiens placés sous la bannière de l’Union européenne doivent renforcer le dispositif des équipes internationales de surveillance.
15Pour trouver une solution politique à un conflit qui, en l’espace de quarante ans, a coûté la vie à 125 000 personnes, un nouveau cycle de négociations de paix, placé sous la médiation de la Malaisie, a été convenu par les deux parties. Pour la première fois, le panel de négociateurs du MILF compte des représentants de groupes ethnolinguistiques musulmans (moros) mais également non musulmans12. Pour sa part, le président Benigno Aquino III a affirmé que la négociation avec le MILF se déroulerait de manière transparente car, comme l’a démontré la décision de la Cour suprême au mois d’août 2008, « l’absence de politique nationale claire et de stratégie cohérente pour les négociations mène à la confusion et [à] de fausses attentes13 ». L’échec du processus devant aboutir à la création d’une « entité juridique Bangsamoro14 » pour les 3,9 millions de musulmans15 installés à Mindanao et dans les îles Sulu s’était soldé par de violents combats opposant l’AFP aux BIAF et par le déplacement d’un demi-million de civils16. En septembre 2010, entre 103 000 et 124 000 déplacés vivaient toujours dans des centres d’évacuation, emplacements de repli et camps de fortune des provinces de Maguindanao, de North Cotabato et de Sultan Kudarat.
La mouvance Abu Sayyaf
16Organisation inscrite depuis 2002 sur la liste des organisations terroristes étrangères dressées par le département d’État américain, la mouvance Abu Sayyaf (« Père de l’épée ») a été la cible de plusieurs opérations militaires lancées par l’AFP au cours du premier semestre 2010. En l’espace de quelques mois, deux fidèles du « Dr Abu » ont été éliminés dans le district de Maimbung (Jolo). Responsable du kidnapping en janvier 2009 de trois employés – l’Italien Eugenio Vagni, le Suisse Andreas Notter et la Philippine Mary Jean Labaca – du Comité international de la Croix-Rouge à Jolo, Al-Bad’r Parad est abattu en février 2010. Quatre mois plus tard, Gafur Jumdail, frère cadet du « Dr Abu » en charge des finances au sein de la chefferie, est éliminé à son tour par les Forces de l’armée philippine.
17Forte de 200 moudjahidin épaulés par un nombre aujourd’hui réduit – quelques centaines tout au plus, mais pouvant fluctuer – de militants intéressés par les avantages financiers qu’ils peuvent retirer des activités criminelles que la mouvance met en place (rapt contre rançon, extorsion de fonds, etc.) pour financer son Jihad al-Asghar (« Petit Jihad ») contre la minorité chrétienne de l’archipel des Sulu, la mouvance est divisée en deux groupes ethnolinguistiques (les Tausug à Jolo et les Yakan à Basilan) et en chefferies. À Jolo et dans les îles avoisinantes, la faction serait toujours dirigée par Radulan Sahiron, instigateur probable des prises d’otages de Sipadan en 2000 et de Palawan en 2001, dont le fief se trouve à Patikul. Parmi les lieutenants du chef manchot figurent Umbra Gumbahali Jumdail, alias « Abu Pula » ou « Dr Abu », Yass’r Igasan, alias « Abu Ali », Juhurin Hussein ainsi qu’Isnilon Hapilon, alias « Abu Musab », dont la tête est mise à prix (5 millions de dollars) par le gouvernement américain. La faction yakan de Kair Mundus et de ses deux lieutenants Nur Hassan Jamiri et Furuji Indama est, quant à elle, installée dans les régions montagneuses du Sud de l’île de Basilan.
3 - Géopolitique
18Premières bénéficiaires de l’aide financière octroyée par Washington aux pays de l’Arc insulindien (Indonésie et Malaisie) pour lutter contre le terrorisme islamique en Asie du Sud-Est, les Philippines ont poursuivi en 2010 la mise en place d’un système de surveillance des mers entourant Mindanao et le chapelet des îles Sulu, les fiefs historiques de la minorité musulmane dans l’Archipel17. Espace maritime de non-droit écumé par les bateaux de contrebandiers reliant le port de Sandakan (État de Sabah) à l’archipel des Sulu et par les pump boats (pirogues à balancier motorisées) des pirates de kampong (« village » en melayu)18, la backdoor (porte dérobée) est aussi empruntée par les militants appartenant à des mouvances islamistes locales (Abu Sayyaf, MILF, MNLF dits lost command19 ou renégats, etc.) et régionales (Jemaah Islamiyah). Après l’installation en 2006 de stations radar et de relais radio dans les îles de la mer des Célèbes et dans celles des Sulu, puis le déploiement en 2009 d’une dizaine de patrouilleurs d’attaque entre l’extrême pointe méridionale de la grande île de Palawan et la péninsule de Zamboanga, une nouvelle étape a été franchie en 2010 avec la livraison par Washington de missiles à guidage laser (14 millions d’euros). D’aucuns estiment que ces missiles pourraient être embarqués sur les deux drones Predator MQ-1 de fabrication américaine dont dispose le Bureau de la sécurité nationale pour participer dès 2011 à des opérations d’élimination ciblée de militants20. Malgré plusieurs tentatives visant à abroger l’Accord sur le stationnement des forces étrangères (1999) – un accord considéré comme anticonstitutionnel par ses détracteurs – quelque 600 membres des forces spéciales américaines déployés depuis 2002 dans le Sud de l’Archipel poursuivent leurs missions officielles (encadrement et formation en technologie du personnel militaire et assistance à caractère humanitaire auprès des populations civiles) et officieuses (renseignement et contre-insurrection) aux côtés des Forces armées philippines (AFP).
19Un an après que le décret (Archipelagic Baselines Act, no 9522) revendiquant la souveraineté des Philippines sur l’archipel des Spratley a été entériné par les autorités de Manille, la nouvelle administration a fait part de son intention de rénover et de développer les infrastructures militaires sur les dix îles et atolls aujourd’hui occupés par l’AFP. Si cette annonce se confirme dans les faits, il ne fait nul doute que, en violant le code de conduite signé entre la Chine et les dix États membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) qui interdit l’occupation de nouvelles îles et la construction de nouvelles infrastructures sur les terres occupées, Manille risque de s’attirer l’ire de la Chine et des trois pays membres de l’ASEAN directement concernés par ce contentieux. Les 148 îlots et récifs coralliens des Spratley sont revendiqués par la Chine, la Malaisie, les Philippines, Taïwan et le Viêt Nam. Brunei ne réclame aucune île, mais a de facto étendu sa zone de pêche dans la partie Sud de l’Archipel. La mer de Chine méridionale est un point de passage obligatoire pour les pétroliers approvisionnant la Chine en hydrocarbures. Son contrôle revêt ainsi une importance capitale sur le plan géostratégique – notamment dans le scénario d’une détérioration des relations entre les deux rives du Pacifique consécutive à l’inéluctable montée en puissance de la Chine face à des États-Unis soucieux de conserver leur suprématie.
4 - Économie
20Après une année 2009 placée sous le double signe d’une croissance molle de son produit intérieur brut (PIB) (0,9 %) et d’une meilleure résistance à la récession globale du fait de sa dépendance moindre aux exportations (a contrario de nombreux pays de l’ASEAN), de sa faible exposition aux produits financiers toxiques et d’importantes rentrées de fonds des travailleurs outre-mer, l’économie philippine, galvanisée par une passation de pouvoir sans fausse note, a entamé son rebond, affichant un taux de croissance de 7,9 % au second semestre 201021. Tirée par de bons chiffres en matière d’investissements (+ 11 %) et d’exportations (+ 27,4 %) dans le secteur de l’électronique (+ 37,7 %), la croissance devrait toutefois s’étioler au second semestre avec la disparition des effets du stimulus fiscal sur la consommation des ménages mis en place en 2009. Nonobstant cette perte de dynamisme, la croissance annuelle devrait dépasser l’objectif de 6 % affiché par Manille pour l’année 2010.
21Du fait d’une demande domestique élevée au premier semestre et d’une forte expansion du secteur industriel (+ 15,8 %), les importations ont enregistré une hausse de 23 % au premier semestre 2010. Exception faite du secteur agricole qui s’est contracté de 3 % par rapport à l’année 2009, les secteurs du BTP, de la production manufacturière et des services ont, quant à eux, respectivement progressé de 22 %, 12 % et 6 %22.
22Pour maintenir une croissance élevée dans un contexte de reprise économique mondiale fragile, les Philippines tentent de combler l’écart infrastructurel qui les sépare des autres pays d’Asie du Sud-Est et grève la compétitivité de l’Archipel. Mais comment financer les infrastructures nécessaires au développement du tissu industriel à moyen terme sans empiéter sur les budgets de l’agriculture, de la santé ou de l’éducation, et ce alors que le déficit public – « dans le rouge » depuis dix ans – atteint un seuil jugé inquiétant (3,7 % du PIB en 2010) ? Lors de sa campagne électorale, le candidat « Noynoy » Aquino avait promis d’accroître les recettes de l’État en poursuivant les programmes de lutte contre l’évasion fiscale en matière d’impôts sur le revenu et la fortune, ainsi qu’en élargissant la base d’imposition23 et en tablant sur une prévision de croissance « très optimiste » de 7 % à 8 % en 2011 et 2012 pour réduire de 2 points le déficit public en 201324.
23En 2010 comme au plus fort de la crise financière mondiale (2009), consécutive à l’éclatement de la bulle de crédits hypothécaires aux États-Unis (2007), Manille a trouvé dans les fonds rapatriés par les 8 à 9 millions de travailleurs outre-mer25 une manne céleste. Cette source de capitaux et de devises étrangères est une heureuse perfusion pour l’État philippin, contraint aujourd’hui encore de rembourser les intérêts de la dette odieuse contractée sous le régime Marcos (1965-1986)26, source sans laquelle Manille n’aurait pas été en mesure de maintenir le montant de la dette extérieure (en augmentation depuis vingt ans, elle atteint 55,42 milliards de dollars en 2010) à un niveau soutenable. De janvier à août 2010, les travailleurs philippins employés dans les pays industrialisés ou sur des bâtiments de la marine marchande et de la pêche industrielle ont injecté 12,2 milliards de dollars dans l’économie de l’Archipel, soit 7,4 % de plus que l’année précédente à la même époque27.
5 - Société et religion
24À l’instar des administrations (celles de Corazón Aquino, Fidel Ramos et Joseph Estrada) qui ont présidé à la destinée des Philippines depuis la chute de Ferdinand Marcos en 1986, l’« hyperprésidente » Arroyo a échoué à l’issue d’un mandat élargi (2001-2010) à réduire le niveau de pauvreté et les inégalités28. En 2006, soit un an avant la crise des subprimes et le ralentissement de l’économie mondiale qui en a découlé, un Philippin sur trois vivait déjà en dessous du seuil de pauvreté – c’est-à-dire « avec 3 dollars ou moins par jour [pour nourrir cinq personnes]29 ». En l’absence de statistiques officielles récentes, on peut penser que l’inflation (+ 9,8 %) des prix des biens de consommation PHILIPPINES courante en 2008 et la dégradation des chiffres du chômage (7,7 %) et du sous-emploi (18,8 %) observée en 2009 consécutivement aux licenciements et réductions du temps de travail dans le secteur de la production manufacturière orienté vers l’exportation ont, en dépit de l’embellie passagère du premier semestre 2010, aggravé la situation.
25Imputable à l’emprise exercée par une oligarchie foncière traditionnelle reconvertie aux affaires et qui monopolise l’appareil législatif de l’Archipel, la pauvreté est aussi le fruit du diktat imposé aux hommes politiques par la très influente et très conservatrice Église catholique philippine en matière de planning familial et de contrôle artificiel des naissances. En septembre 2010, trois mois après sa prise de fonction à Malacañang, le président Benigno Aquino III a été menacé d’excommunication par l’évêque Nereo Odchimar après avoir déclaré, au cours d’un débat télévisé organisé aux États-Unis, que le « gouvernement était dans l’obligation d’informer tous les Philippins de leurs choix en termes de planning familial », envisageant par ailleurs de « fournir une aide à ceux et celles qui souhaitent utiliser telle ou telle méthode30 ». Le clergé philippin est farouchement opposé à l’utilisation de préservatifs et de pilules contraceptives, et lutte « bec et ongles » depuis vingt ans pour empêcher la promulgation d’une loi prévoyant le financement par les autorités de moyens de contraception destinés aux familles les plus déshéritées. Deux mois auparavant, le secrétaire (c’est-à-dire ministre) de l’Éducation, Frère Armin Luistro, chargé de mettre en place un programme d’éducation sexuelle en milieu scolaire, estimait que ce dossier n’était pas « sa priorité ». Les faits démentent cette assertion. Selon le ministère de l’Éducation, 71,1 % des étudiantes et 35,7 % des étudiants ont contracté des maladies sexuellement transmissibles après avoir eu des rapports non protégés. Il en découle chaque année un demi-million d’avortements – une pratique illégale – qui, dans 20 % des cas, entraînent des complications (dont plusieurs milliers sont fatales chaque année), faute de suivi médical adéquat31.
26Les répercussions de l’oukase du clergé catholique sur la politique de planning familial sont aussi visibles sur son envolée démographique. Douzième pays du monde par sa population en 2010, les Philippines, qui affichaient en 1975 une démographie proche de celle de la Thaïlande, compteraient trente-cinq ans plus tard 94 millions d’âmes (contre 66 millions en Thaïlande) et, si rien n’est fait en matière de contrôle des naissances, devraient voir leur population dépasser le seuil des 140 millions en 2040. Basé à Manille, l’Asian Institute of Management estime que si le pays avait mis en place une politique similaire à celle de la Thaïlande en matière de planning familial, le PIB par habitant (3 300 dollars) aurait été multiplié par quatre en l’espace de vingt-cinq ans32.
6 - Environnement
27Déjà durement affectées par la tempête tropicale Ketsana et le typhon Parma au dernier trimestre 2009 (le bilan conjugué des intempéries fait état d’un millier de morts, d’au moins 7,4 millions de sans-abri et d’un demi-million d’hectares de cultures vivrières détruits), les Philippines ont aussi dû faire face au premier semestre 2010 à l’une des pires sécheresses que le pays ait connues depuis 1997. Une longue période de canicule liée au phénomène El Niño a considérablement réduit le volume des nappes phréatiques et des aquifères de surface dans les réservoirs, menaçant la sécurité énergétique de l’Archipel (un cinquième des 15 572 MW de puissance installés aux Philippines sont produits par des centrales et stations hydroélectriques) et occasionnant des dégâts supplémentaires aux récoltes de riz33.
Conclusion
28Si 2010 demeurera l’année où « Noynoy » Aquino, promu aux fonctions suprêmes à l’issue d’un scrutin en forme de désaveu pour l’administration sortante, aura mis en place le premier opus de son œuvre, elle sera sans nul doute le théâtre où se jouera la lutte entre le héros et son destin. Incarnation de l’espoir d’un peuple désabusé par la classe politique, Noynoy-le-héros mènera pour le moins un combat à l’issue incertaine… Comme Roland, le 15e président de la République des Philippines sera-t-il capable de faire triompher les valeurs qu’il incarne au mépris de sa personne et de son avenir ? Ou, à l’image de Phèdre, échouera-t-il dans la mission qu’il s’est confié et, écrasé par un destin acharné à le perdre, acceptera-t-il sa défaite ? À moins que, comme les plus « humains » des héros, les héros sans destin ou héros malgré eux, « Noynoy » Aquino, rappelé à l’ordre par le principe de réalité, n’offre finalement aux Philippins que de faux espoirs sous couvert de faux-semblants.
Annexe
Régions et provinces
Les Philippines

I Ilocos
1 Ilocos Norte
2 Ilocos Sur
3 La Union
4 Pangasinan
CAR (Cordillera Administrative Region)
5 Abra
6 Apayao
7 Benguet
8 Ifugao
9 Kalinga
10 Mountain Province
II Cagayan Valley
11 Batanes
12 Cagayan
13 Isabela 14
Nueva Vizcaya
15 Quirino III Central Luzon
16 Zambales
17 Tarlac
18 Nueva Ecija
19 Pampanga
20 Bataan
21 Bulacan
22 Aurora
IVa CALABARZON
23 Rizal
24 Cavite
25 Laguna
26 Batangas
27 Quezon
IVb MIMAROPA
28 Mindoro Occidental
29 Mindoro Oriental
30 Marinduque
31 Romblon
32 Palawan
V Bicol
33 Camarines Norte
34 Catanduanes
35 Camarines Sur
36 Albay
37 Sorsogon
38 Masbate
VI Western Visayas
39 Antique
40 Aklan
41 Capiz
42 Iloilo
43 Negros Occidental
VII Central Visayas
44 Oriental Negros
45 Cebu
46 Bohol
47 Siquijor
VIII Eastern Visayas
48 Northern Samar
49 Samar
50 Eastern Samar
51 Leyte
52 Southern Leyte
53 Biliran
IX Zamboanga Peninsula
54 Zamboanga del Norte
55 Zamboanga Sibugay
56 Zamboanga del Sur
X Northern Mindanao
57 Camiguin
58 Misamis Occidental
59 Misamis Oriental
60 Bukidnon
61 Lanao del Norte
XI Davao
62 Compostela Valley
63 Davao del Norte
64 Davao del Sur
65 Davao Oriental
XII SOCCSKSARGEN
66 Cotabato
67 Sarangani
68 South Cotabato
69 Sultan Kudarat
XIII CARAGA
70 Agusan del Norte
71 Agusan del Sur
72 Dinagat Islands
73 Surigao del Norte
74 Surigao del Sur
ARMM (Autonomous Region of Muslim Mindanao)
75 Lanao del Sur
76 Maguindanao
77 Shariff Kabunsuan
78 Basilan
79 Sulu
80 Tawi-Tawi
NCR (National Capital Region)
81 Metro Manila
Fiche Philippines
Capitale : Manille
Superficie : 299 764 km², 7 107 îles parmi lesquelles 2 773 portent un nom
Population : 88 574 614 (2007) ; 94 013 200 (estim. 2010)
Langues officielles : philippin (filipino depuis 1989, ex-tagalog) et anglais
Données politiques
Nature de l’État : république unitaire
Nature du régime : démocratie présidentielle
Suffrage : à partir de 18 ans, universel
Chef de l’État : Benigno dit « Noynoy » Cojuangco Aquino III (depuis juin 2010)
Vice-président : Jejomar dit « Jojo » Cabauatan Binay (depuis juin 2010)
Ministre des Affaires étrangères : Alberto Gatmaitan Rómulo (depuis août 2004)
Échéances : Tenues d’élections législatives en mai 2013 et d’élections générales en mai 2016
Indicateurs démographiques et sociologiques
Principaux groupes ethniques : Cebuanos, Pilipinos, llocanos, Bisayas
Religions : catholiques romains (80,9 %), protestants et sectes chrétiennes (11,6 %), musulmans (5 %)
Espérance de vie (2010) : 71,64 ans (femmes) et 66,11 ans (hommes)
Indice de fécondité (2010) : 3,18
Taux de natalité (2010) : 22,80 ‰
Taux de mortalité (2010) : 5,48 ‰
Taux de mortalité infantile (2010) : 20,56 ‰
Taux d’alphabétisation (au-dessus de 15 ans) (2003) : 93,4 %
Taux d’urbanisation (2008) : 65 %
Indice de développement humain : 0,751 (105e rang en 2007) ; 0,754 (77e rang en 2000)
Indicateurs économiques
Monnaie : peso (1 euro = 57,68 pesos, 9 décembre 2010)
Balance des opérations courantes (2009) : 8,6 milliards $ US
Dette extérieure (2010) : 55,42 milliards $ US
PIB par habitant ou per capita (2009) : 3 300 $ US
Taux de croissance du PIB (2009) : 0,9 %
Répartition du PIB par secteur d’activité (2009) : agriculture (14,9 %), industrie (29,9 %), services (55,2 %)
Taux d’inflation (2010) : 3,5 %
Taux de chômage (2010) : 8 %
Taux de sous-emploi (2010) : 18,8 %
Taux de population vivant sous le seuil de pauvreté (2006) : 32,9 %
IDE entrant (flux) (2009) : 1,95 milliard $ US
IDE entrant (cumulé ou stocks) (2009) : 22,36 milliards $ US
IDE sortant (flux) (2009) : 359 millions $ US
IDE sortant (cumulé ou stocks) (2009) : 6,19 milliards $ US
Principaux partenaires commerciaux (1er semestre 2010) : États-Unis (12,9 %), Japon (12,8 %), Singapour (12,7 %), Chine (8,5 %)
Volume des importations (2009) : 43,1 milliards $ US
Principaux produits importés (2010) : céréales, minerais, acier et fer, plastiques, machinerie-outil, équipements de transport, équipements de télécommunication, énergies fossiles, matériel électronique
Volume des exportations (2009) : 38,4 milliards $ US
Principaux produits exportés (2010) : pièces en métaux, huile de noix de coco, matériel électronique, composants automobile et aéronautique, composants pour téléviseur, textile, mobilier, thons, bananes, semi-conducteurs
Portraits
Margarita « Ting Ting » de los Reyes Cojuangco
Tante du président en exercice, gouverneur de Tarlac (1992-1998), affiliée au Kampi, elle a exercé des fonctions de représentante spéciale du gouvernement philippin auprès des insurgés moros sous l’administration de « Cory » Aquino. Margarita Cojuangco pourrait influencer son neveu sur le dossier Mindano, notamment dans le cadre du processus de paix, du développement et de l’exploitation des ressources minières dont regorge le Sud de l’Archipel.
Frère Armin Luistro
Ancien président (2004-2006) de la très catholique université De La Salle à Manille, Frère Armin Luistro, de la congrégation éponyme, a été nommé par le président Benigno Aquino III au poste de secrétaire (c’est-à-dire ministre) de l’Éducation. La prise de position tranchée de ce membre du clergé catholique au sein du gouvernement au sujet de l’éducation sexuelle augure des discussions houleuses sur les dossiers sensibles aux Philippines que sont le contrôle des naissances et le financement par l’État de moyens de contraception à destination des populations les plus pauvres.
Affiche politique

« Frère Noynoy, il n’y a pas plus vrai ! »
Notes de bas de page
1 Social Weather Stations, Fourth Quarter 2009 Social Weather Survey : PGMA’s Net Satisfaction Rating Stays Bad, at - 38, Manille, 29 décembre 2009.
2 Les électeurs ont aussi choisi 1 vice-président, 12 des 24 sénateurs de la Chambre haute, 230 membres du Congrès (Chambre basse) ainsi que 80 gouverneurs et autant de vice-gouverneurs, 137 maires de ville et autant d’adjoints, 1 497 maires de municipalité et autant d’adjoints, etc.
3 Huit touristes de Hong Kong ont perdu la vie durant l’assaut donné par les forces de police sur l’autocar où le preneur d’otages, un policier de 55 ans renvoyé en 2008 après avoir été accusé de vol, d’extorsion de fonds et d’infractions liées à la drogue, s’était retranché. L’image des Philippines est sortie de cet épisode encore un peu plus ternie, notamment à Hong Kong où, selon Migrante International, environ 120 000 Philippins (principalement des employées de maison) travaillent sur le territoire. La raison pour laquelle les unités spéciales des forces de police n’ont pas été envoyées sur le site par les autorités compétentes pour régler la crise demeure pour l’heure sans réponse.
4 En mai 2009, le gouverneur Andal Ampatuan Sr, surnommé « le Patriarche », avait échappé à un attentat à la bombe alors qu’il se déplaçait en convoi dans son fief de Shariff Aguak. Membre du Lakas-CMD, son « soutien », ou plutôt la coercition exercée par une armée privée sur les électeurs de la province et les menaces proférées à l’encontre des candidats des partis adverses, avait contribué à la victoire de Gloria Macapagal-Arroyo au scrutin présidentiel de 2004.
5 L’ex-président du CPP vit en exil à Utrecht (Pays-Bas) depuis 1986.
6 Une partie de l’argent distribué aux électeurs par les hommes politiques provient d’une loterie clandestine : le Jueteng. Opéré par les chefs des mafias locales avec la complicité de membres corrompus des forces de police, ce jeu de hasard, très populaire auprès des Philippins les plus pauvres, profite aussi aux hommes politiques (du gouverneur au barangay captain) qui perçoivent des commissions occultes en contrepartie de leur protection. Les commissions versées par la pègre au monde politique ne servent pas qu’à l’enrichissement des élus locaux. Elles aident aussi à la pérennisation du système clientéliste et, par un système de redistribution (dont le clergé catholique profite aussi) sous la forme de projets de développement privés qui pallient les carences de l’État et de « cadeaux » lors des élections, permettent enfin aux clans d’exercer un contrôle social sur la population.
7 Selon le Pacific Strategies and Assessments, un groupe privé de consultants en question sécuritaire basé à Manille, 32 % des victimes sont des activistes de gauche (syndicalistes ouvriers et paysans), 15 % des journalistes, 8 % des maquisards de la NPA, et le reste (45 %) des avocats, juges, membres d’ONG indépendantes, etc.
8 Le clan Cojuangco, dont le patriarche Eduardo Jr est affublé du sobriquet de « Baron de la noix de coco », est propriétaire de l’hacienda Luisita (Tarlac), un domaine agricole de 6 435 hectares situé à une centaine de kilomètres au nord de Manille sur lequel continuent de travailler plus de 10 000 métayers.
9 Moros (de l’espagnol) ou Maures est le nom donné dès le XVIe siècle par les conquistadores aux musulmans de l’Archipel. La communauté moro compte treize groupes ethnolinguistiques : les Maguindanao (Cotabato et Maguindanao), les Maranao (Lanao del Sur et Marawi City), les Tausug (Sulu), les Samal (Northern Samar et Tawi-Tawi), les Yakan (Basilan), les Iranum (baie d’Illana et Zamboanga Sibugay), les Palawani (Palawan), les Badjao (Sulu et Panay), les Jama-Mapun (Tawi-Tawi et Cagayan de Sulu), les Kolibugan (Zamboanga del Norte), les Kalagan (Davao oriental), les Molbog (Balabac) et les Sangkil (golfe de Davao et Sarangani).
10 En vertu de ce protocole d’accord, l’Organisation de la conférence islamique (OIC), dont les Philippines souhaiteraient devenir un membre observateur, sera chargée au sein d’une structure tripartite de surveiller l’application des accords de paix de 1996.
11 De l’arabe : combattants de la guerre du Jihad. Son usage aux Philippines se répand à partir des années 1980 lorsque, sous l’influence des mouvements prosélytes venus du Moyen-Orient, la société musulmane de Mindanao et des îles Sulu est soumise à un processus sans précédent d’islamisation par la base.
12 Entretien de l’auteur avec Abhoud Syed M. Lingga, septembre 2010.
13 Déclaration du président des Philippines, 21 mai 2010.
14 Bangsamoro ou « nation maure » (en malais). L’entité regroupait l’Autonomous Region of Muslim Mindanao (ARMM), composée des provinces de Basilan (à l’exception d’Isabela City), Lanao del Sur, Maguindanao, Sulu, Tawi-Tawi et Marawi City, ainsi que les municipalités de Baloi, Munai, Nunungan, Pantar, Tagoloan et Tangkal (Lanao del Norte).
15 National Statistics Office, Household Population of Top 8 Religious Affiliations by Sex : Philippines, 2000, Manille, 2003, tableau 5.
16 Department of Social Welfare and Development et National Disaster Coordinating Council, 2008.
17 Michel Gilquin (dir.), Atlas des minorités musulmanes en Asie méridionale et orientale, CNRS Éditions, Paris, 2010, 347 p.
18 Solomon Kane et Francis Martin, Pirates et terroristes en mer d’Asie : un maillon faible du commerce mondial, Autrement, Paris, 2005, 132 p.
19 Basé sur l’île de Jolo, ce groupuscule de militants islamistes tausug et samal est dirigé par l’uztadz (de l’arabe : professeur d’école coranique) Habier Malik, un ancien commandant du Moro National Liberation Front (MNLF) ayant refusé de déposer les armes au lendemain de la signature en 1996 d’un accord de paix, conclu sous l’égide de l’OIC, entre Nur Misuari et les autorités de Manille.
20 Entretien avec l’auteur, septembre 2010.
21 National Economic and Development Authority, Neda Updates on the Economy, Manille, 29 septembre 2010.
22 Ibid. Entretien de l’auteur avec le National Statistical Coordination Board, octobre 2010.
23 Pour renflouer les caisses de l’État après la chute du régime Marcos, « Cory » Aquino avait, elle aussi, élargi la base d’imposition, ce qui, dans le contexte inflationniste de l’époque, s’était rapidement soldé par un appauvrissement des familles les plus nécessiteuses de l’Archipel.
24 Entretien de l’auteur avec l’Agence France-Presse, octobre 2010.
25 Ces fonds proviennent essentiellement (84 %) des États-Unis, du Canada, d’Arabie saoudite, du Japon, du Royaume-Uni, de Singapour, des Émirats arabes unis, d’Italie et d’Allemagne.
26 Pour rappel, 40 % du budget philippin étaient destinés au remboursement de la dette en 1990.
27 « OF remittances grow by 9,8 percent in August ; level for first eight months reaches US$ 12,2 billion », Bangko Sentral ng Pilipinas, Manille, 15 octobre 2010.
28 Les familles les plus riches du pays (5 % de la population) accaparent un tiers des richesses nationales, soit cinq fois ce que gagnent les 32,6 % de pauvres recensés en 2006 par le National Statistics Office.
29 Avec respectivement 50 % et 44 % des personnes concernées, les pêcheurs et les agriculteurs sont les groupes socioprofessionnels les plus exposés. Cf. National Statistical Coordination Board, Official Poverty Statistics for Farmers, by Region : 2000, 2003, and 2006/Official Poverty Statistics for Fishermen, by Region : 2000, 2003, and 2006, Manille, 25 juin 2009.
30 « L’épiscopat catholique menace d’excommunication le président de la République s’il met en place un financement public des méthodes de contraception artificielle », Bulletin d’Églises d’Asie, no 537, Paris, 30 septembre 2010.
31 Linangan ng Kababaihan (Likhaan), Imposing Misery : The Impacts of Manila’s Ban on Contraception, Linangan ng Kababaihan (Likhaan), Quezon City, 2007, 53 p.
32 Communiqué de presse, Manille, 4 octobre 2010.
33 Pour répondre à la demande de la population, les autorités de Manille ont lancé sur le marché international des céréales des appels d’offres équivalents aux pertes enregistrées (850 000 tonnes de riz). Autosuffisantes en riz à la fin des années 1970, les Philippines, sur les conseils du Fonds monétaire international, ont remplacé les cultures vivrières par des cultures d’exportation (huile de palme, de coco, etc.) et, vingt-cinq ans plus tard, sont devenues dépendantes de l’importation alimentaire.
Auteur
-
Solomon Kane
Fondateur et le rédacteur en chef du magazine Asies et de la société de production audiovisuelle Asies Productions. En poste au Cambodge, au Viêt Nam et en Thaïlande depuis 1992, il est le cofondateur de feu le mensuel Le Mékong (Phnom Penh). Il a, en outre, été correspondant en Asie du Sud-Est de La Libre Belgique, du Monde diplomatique et de la chaîne d’information France 24. Il est enfin l’auteur de divers ouvrages publiés par l’Irasec, parmi lesquels La Croix & le Kriss : violences et rancœurs entre chrétiens et musulmans dans le Sud des Philippines (2006) et Dictionnaire des Khmers rouges (2007) dont l’édition révisée et augmentée paraîtra en 2011.
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