Chapitre 4
Le genre de l’avantage physique dans la performance olympique : illustration par les contrôles de sexe imposés aux sportives
p. 91-104
Entrées d’index
Mots-clés : sport, Olympisme, médecine, corps, genre, intersexuation, performance
Texte intégral
| Contexte et objectifs : cette contribution vise à montrer ce que les pratiques et l’analyse des savoirs biomédicaux liés aux institutions sportives internationales ont d’édifiant : la science sportive en matière de définition de la différence sexuelle et de catégorisation de sexe est plus que jamais en crise. Méthodologie : dans le cadre de cet article, nous adopterons une perspective socio-historique. Nous mobiliserons un corpus qui comprend à la fois des ouvrages médicaux et des thèses de médecine ainsi que la presse sportive, mais aussi les archives de la commission médicale du Comité international olympique, les règlements médicaux des fédérations sportives ainsi que ceux du CIO, les sentences arbitrales du Tribunal arbitral du sport (TAS). Principaux résultats : les controverses soulevées par les contrôles de sexe ont contraint le milieu médico-sportif à prendre en compte les niveaux pluridimensionnels de l’identité sexuée et à s’interroger sur la définition de la « vraie femme » autorisée à concourir : définition complexe qui renvoie à des problématiques à résonance biologique, sociale, politique, éthique et philosophique. Finalité sociale : ce chapitre dévoile une généalogie des normes de féminité contemporaine en montrant l’historicité du corps dans et par l’étude des techniques dont il constitue la matière première. Originalité : ces travaux permettent de rendre plus intelligible la complexité des corps genrés et sexués et le caractère indécidable de l’inné et de l’acquis en matière de performance sportive. |
Introduction1
1En août 2016, lors de la finale du 800 mètres aux Jeux olympiques de Rio, l’athlète sud-africaine Caster Semenya franchit victorieuse la ligne d’arrivée, devant la Burundaise Francine Niyonsaba et la Kenyane Margaret Wambui. Le public a manifesté peu d’émotion : la gêne était palpable. La raison ? L’identité sexuelle de ces trois athlètes ne cessait d’interroger2, mais plus encore, leur production naturelle de testostérone, soupçonnée d’être trop élevée.
2Le 19 août 2009, à l’occasion des championnats du monde d’athlétisme à Berlin, Caster Semenya avait déjà accompli un exploit en courant la finale du 800 mètres féminin en 1 minute 55 secondes 45 centièmes. Très vite, cette victoire avait défrayé la chronique. Le rythme imposé par Semenya, qui venait de pulvériser son record personnel, interroge et des doutes sont immédiatement émis au sujet de son appartenance au sexe féminin. Cette hypothèse était d’autant plus troublante que Caster Semenya restait très en deçà, non seulement des temps masculins moyens3, mais aussi du record du monde (1 minute 53 secondes 28 centièmes), détenu depuis le 26 juillet 1983 par la Tchèque Jarmila Kratochvílová. La légitimité de la participation de Caster Semenya à la compétition a été cependant très vite remise en cause : elle aurait une masse musculaire trop importante, une poitrine trop plate, un bassin trop étroit, une pilosité trop abondante, une voix trop rauque… et accompli une course exceptionnelle… comme celle de Usain Bolt lors de ces mêmes championnats.
3Ainsi, depuis 2011, à la suite de « l’affaire Caster Semenya », l’International Association of Athletics Federations (IAAF), mais également la Fédération internationale de football amateur (FIFA) et le Comité international olympique (CIO), ont remplacé les « contrôles de sexe », qui existent depuis les années 1960, par les « nouveaux règlements relatifs à l’hyperandrogénisme4 féminin » qui désormais analysent des dosages hormonaux d’androgènes. En effet, des « contrôles de sexe » (Bohuon, 2012), parfois désignés comme « tests de féminité » ou « contrôles de genre » sous la forme d’examens médicaux imposés à des sportives tirées au sort, ont été instaurés pour la première fois en 1966 lors des championnats d’Europe d’athlétisme à Budapest par l’IAAF et généralisés, dès 1968, par le CIO. Si leur objectif affiché – débusquer d’éventuels hommes se faisant passer pour des femmes afin de remporter des médailles – s’est maintenu, protocoles et méthodes ont subi des modifications à travers le temps. On est passé des tests morphologiques et gynécologiques5 (1966-1968), à des tests cytologiques pour identifier le deuxième chromosome X (1968-1992), puis génétiques pour identifier le chromosome Y (1992-2000), et, désormais, des dosages hormonaux, notamment des taux d’androgènes depuis 20006. C’est dorénavant la testostérone qui, notamment, est considérée par les équipes médicales en charge de la rédaction desdits règlements comme étant responsable des écarts de performance entre hommes et femmes. Figurant dans la liste des produits interdits par le Code mondial antidopage de l’Agence mondiale antidopage (AMA), le taux élevé de testostérone, produit naturellement, chez ces athlètes femmes est alors assimilé à une forme de triche dissimulée – renforcée par les qualificatifs qui accompagnent l’idée qu’elle procurerait un avantage « injuste », « déloyal ». Juste après la finale de 2016, la Canadienne Melissa Bishop, quatrième, traversera la zone mixte en pleurs, sans s’arrêter pour répondre aux questions des journalistes. L’athlète polonaise, Joanna Jozwi, qui, elle, a terminé cinquième lors de cette finale, affirmera « se sentir médaillée d’argent7 ».
Catégorisation sportive et avantage « indu » chez les sportives ?
4Ces débats nous permettent de formuler une première interrogation au sujet de ces sportives que l’on soupçonne de profiter de leur production jugée trop élevée de testostérone afin de remporter des courses. La question n’est pas tant : dans quelle mesure le fait de produire naturellement plus de testostérone que la moyenne autorisée chez les femmes a constitué un avantage indu en termes de performances ? Mais, plutôt, dans quelle mesure la nomenclature des compétitions de haut niveau génère-t-elle des exclusions et des interdits à l’égard de la catégorie « Dames » ? Produire naturellement « trop » de testostérone pourrait être à l’origine de l’une d’entre elles, au sens où cela relèverait de la dissimulation d’un avantage qui bafoue l’éthique du sport comme l’esprit et la lettre de l’épreuve sportive censée faire concourir des athlètes aux qualités et performances commensurables – ce dont témoigne leur répartition dans des catégories de poids, d’âge, de sexe et de handicap. Pourtant, on peut légitimement s’interroger sur cette notion de commensurabilité des qualités athlétiques et des performances. L’idée même du « naturel » sportif incarné dans l’exceptionnalité d’un corps athlète qui, de par son physique, son entraînement, son mental, parvient à des performances quasi surnaturelles, fait aujourd’hui et dans de nombreuses disciplines l’objet d’une suspicion de tricherie (à commencer par la suspicion de dopage qui consiste à dissimuler la prise de substance permettant d’acquérir des avantages physiques qui passent pour naturels).
5Or, ces dernières décennies, un cas paradigmatique de soupçon de tricherie défraie la chronique et touche à l’identité sexuelle des athlètes. Se sont ainsi multipliés les cas où des instances dirigeantes sportives, des fédérations ont mis en cause certaines athlètes ; parfois, ce sont les athlètes qui en dénoncent d’autres et les accusent de tricher du fait de leur supposé avantage physique. Ainsi, la présence d’un chromosome Y ou un taux de testostérone avantageux, jugé anormalement élevé par les autorités sportives médicales, renverrait à une duperie sur l’identité sexuelle de l’athlète et constituerait un avantage indu dans les compétitions féminines8. Or, ces affaires ne sont pas nouvelles. Pour s’en convaincre, il faut (re)visionner les commentaires des journalistes sportifs sur les corps musculeux des athlètes de l’URSS (Wiederkehr, 2009 ; Pieper, 2014) ou encore sur les physiques des sprinteuses ou des joueuses de tennis africaines-américaines comme Serena Williams. La Tchèque Jarmila Kratochvílová, qui détient le record du 800 mètres depuis le 26 juillet 1983, a, par exemple, fait l’objet de ces soupçons. Le médecin du sport Jean-Pierre de Mondenard n’était pas le seul à trouver qu’elle possédait « un physique très masculin, spécialement au niveau du bassin (étroit et muscles fessiers hyper développés) » (Mondenard, 2004), citant les commentaires publiés dans la presse, dont ces lignes parues dans L’Équipe du 8 septembre 1982 :
« Nez profilé, menton en galoche tirant vers la gauche, léger duvet blond sur les joues, plus fourni au-dessus des lèvres. […] Jarmila porte un tee-shirt à rayures rouges qu’aucune poitrine ne tend, mais ce qui impressionne le plus ce sont ces biceps qui roulent sous mes yeux comme une menace permanente. »
6On comprend dès à présent que, derrière ce qui s’apparente à un trouble dans le genre pour reprendre Judith Butler, se mêlent inévitablement des considérations sur le sexe de ces femmes. Ces athlètes mettent en crise un certain nombre de valeurs dans le sport de haut niveau et éclairent de façon centrale les enjeux cruciaux liés à la performance et à sa mesure et sont accusées de remettre en cause la bicatégorisation sexuée au fondement du sport de haut niveau. Et c’est ici qu’il est fondamental de rappeler que toute catégorisation relève de fait du nominalisme et non de la « Nature ». L’établissement d’un système classificatoire vise à donner du sens au « naturel » ou au « réel » ou à le rendre intelligible (scientifiquement, socialement, culturellement), mais il ne saurait simplement redoubler des catégories, des classes (genre, espèce, race, etc.), qui existent en soi – c’est-à-dire en dehors de la culture.
7À quelles conditions cet avantage « estimé » indu, dont sont censées bénéficier ces athlètes, articulé à l’étude des performances et compétitions sportives, peut permettre de mieux comprendre non seulement les logiques de classification sportives, d’encadrement et de discipline des corps, mais aussi la production d’une norme dominante de masculinité comme étalon de la performance ?
Fabrique médicale des sportives
8Les catégorisations sportives ne sont pas isolables des rapports de pouvoir et contextes socio-historiques au sein desquels elles sont générées, maintenues et légitimées. Les classifications qui se sont progressivement établies (Marchetti et al. 2015) en termes de discipline, de durée des épreuves, de distance, de mesure de la performance, de poids, de sexe des athlètes, n’ont jamais pu être unanimement fondées scientifiquement et sont plutôt l’effet de débats, de polémiques, voire de conflits autour de la définition même de la compétition sportive. Dans le cas de la catégorisation des épreuves selon le sexe, il n’est pas question de « catégories naturelles » allant de soi ; pourtant, elles se sont imposées à l’origine de la création des disciplines et des épreuves, en dépit de la plasticité des corps en mouvement, de leur socialisation et de la perfectibilité corporelle qui constituent des variables complexes. Construits par plusieurs siècles de discours relevant de l’anthropologie philosophique et des sciences médicales, la représentation communément admise du corps des femmes et des sportives réifie le préjugé d’une infériorité physique. Les femmes sont renvoyées à une norme de féminité selon laquelle le « naturel » féminin est pathologiquement défaillant, voire pathogène. Elles seraient plus sujettes aux maladies, plus faibles, plus entravées (par leurs cheveux, leurs seins, leurs hanches, etc.), voire empêchées (par leurs règles, leurs grossesses, leurs maternités, etc.), plus molles, plus passives, plus statiques (Dorlin, 2009).
9Dès avant la Révolution française, le corpus des discours gymniques et sportifs médicaux constitue l’un des principaux creusets de la production de normes de genre auxquelles sont soumis les corps en mouvement (Quin, 2009a,b). À partir du milieu du xixe, et au début xxe siècle, dans un souci d’hygiénisme, les médecins prescrivent des activités physiques et sportives estimées « sûres » car appropriées aux femmes. Ces activités sont donc sans danger dans le sens où elles ne dénaturent pas l’identité féminine et n’entravent en rien les facultés procréatrices, voire les renforcent. Les femmes sont avant tout considérées comme des génitrices et, de ce fait, elles sont considérées comme les principales garantes du renouvellement des générations comme de l’identité nationale. Néanmoins, tout en définissant une ligne argumentative « homogène » concernant la pratique physique des femmes qui tend à la modération par le biais de restrictions et d’interdictions, les médecins ont contribué au processus de légitimation des activités physiques et sportives des femmes. Ils ont précisément défini les gestes, les mouvements, les pratiques, les activités à même de produire des corps féminins (ex. Holt, 1991 ; Hargreaves, 1994 ; Bohuon et Luciani, 2009).
10Les femmes sont ainsi considérées comme plus en danger que l’homme, disposant d’un corps à préserver, qui ne doit pas être soumis à des exercices sollicitant la force.
« Il faut aussi tenir compte de ce fait que la charpente osseuse de la femme est plus faible et plus délicate que celle de l’homme, ses muscles sont aussi moins développés. Il faudra donc que les exercices gymnastiques chez la femme soient plus faciles, que les contractions musculaires nécessitées par ces exercices soient moins énergiques et aient une durée moindre : tout exercice exigeant le développement d’une grande force doit être évité. Il faut aussi tenir compte de certaines particularités sexuelles et des bienséances qui interdisent aux femmes certains exercices, auxquels les hommes seuls peuvent se livrer. » (Roger, 1902)
11Ainsi, l’intérêt progressif porté par les médecins à la pratique féminine de l’athlétisme, du football, du rugby, des sports de combat tels que la lutte ou la boxe (des sports tous presque non cités dans les années d’avant-Première Guerre mondiale tellement ils étaient inconcevables pour les femmes) révèle une réelle inquiétude du corps médical face à cette dissémination des pratiques physiques et à cette institutionnalisation du sport des femmes qui semble leur échapper. Les discours des médecins de l’époque reconnaissent bien une valeur hygiénique à l’exercice du football, mais l’interdisent pour les femmes, en raison de la menace qu’il représenterait pour la grâce, la souplesse, l’esthétisme et surtout les organes reproducteurs féminins. Le docteur Jean-Joseph Pène, médecin sous-lieutenant de réserve, qui consacre l’intégralité de ses travaux à la pratique physique des femmes, explique dans sa thèse de médecine soutenue en 1921 à la faculté de médecine et de pharmacie de Bordeaux, Méthode moderne d’éducation physique chez la femme et sports féminins :
« Que dire de ces chutes sur la tête, sur la poitrine, de ces mêlées où se heurtent tête contre tête, les désirs de victoire ? Que dire des coups de crosses maladroits qui peuvent au hockey atteindre n’importe quelle partie du corps d’une adversaire ou d’une partenaire ? Que dire des coups de pieds qui au football association meurtrissent les jambes et provoquent des chutes douloureuses ? Que dire de toutes ces violences sinon qu’elles font à elles seules le procès de ces sports pour la femme qui ne peut en retirer que déceptions, écœurements et troubles fonctionnels. » (Pène, 1921)
12Les médecins sont confrontés à une injonction contradictoire : mettre en mouvement les femmes sans les dénaturer, sans les viriliser, sans les blesser, dans un contexte hygiéniste de régénération de la nation française. Les médecins, dans leur prise en charge de la santé des femmes par la mise en mouvement des corps féminins, doivent gérer des impératifs souvent antinomiques : le sport assainit le « naturel », mais il peut blesser, pervertir, déformer, dévoyer le corps des femmes de ses fonctions sociales. La situation en devient aporétique : le corps des femmes qui pratiquent une activité physique ne peut être tout à fait « sain », car cela prétendrait à une possible égalité des sexes, tant redoutée car cela remettrait en cause la bicatégorisation sexuée au fondement des compétitions, mais il ne peut être tout à fait « malsain » car il ne pourrait alors s’exercer sans être mis en danger et plus encore, blessé.
13Les activités recommandées ou interdites aux filles et aux femmes appartiennent à un univers par définition masculin, puisqu’elles servaient jusqu’alors le culte de la virilité (Mosse, 1997). L’histoire des pratiques physiques et sportives montre de façon paradigmatique cette tension entre la naturalité du corps et son historicité, sa plasticité : parce qu’ils interviennent sur les qualités plastiques du corps, les médecins et les éducateurs sont très embarrassés devant le diktat naturaliste de la bicatégorisation sexuelle, sans pour autant songer à le contester. Les stratégies rhétoriques se focalisent alors sur des impératifs esthétiques et natalistes, plus rarement sur un risque de masculinisation. Le sport des femmes et des filles a pour valeur la grâce, la souplesse, la fluidité de mouvement et le mouvement coordonné, le jeu, l’élégance, le loisir et la douceur. Nous sommes loin des valeurs cardinales de l’affrontement sportif.
14Dans les années 1920, domine ainsi une forte demande médicale de restrictions et de différenciation des activités physiques des femmes, sur lesquelles Alice Milliat, la pionnière du sport féminin et une des premières grandes dirigeantes sportives, va s’appuyer, plutôt que de les contourner ou de les confronter (Carpentier, 2018). En effet, en 1922 ont lieu le 1er Congrès médical d’éducation physique de l’enfant et de la femme (éducation physique féminine et enfantine), ainsi que les « 1ers Jeux olympiques féminins » organisés par Alice Milliat et bientôt sommés de se rebaptiser « Jeux mondiaux féminins » par le CIO. Le congrès de 1922 a lieu les 9-10-11 septembre et est organisé à la demande de la Société médicale de Vichy9. Les conclusions de ce congrès sont marquées par la nécessité de vider l’athlétisme féminin de toute notion d’exploit : les courses ne doivent pas dépasser 2 500 mètres, tous les poids en lancer sont considérablement allégés, le saut en longueur se trouve radicalement supprimé, et les courses de haies, plus courtes, avec moins de haies, diminuées dans leur hauteur à franchir (Rosol, 2005). Grâce à la détermination d’Alice Milliat et à la politique volontariste de la Fédération sportive féminine internationale (FSFI), le CIO accepte d’inclure, dans les Jeux olympiques d’Amsterdam de 1928, les premières épreuves officielles d’athlétisme féminin. Il en réduit cependant le nombre à cinq : le 100 mètres, la hauteur, le disque, le 4 × 100 mètres et le 800 mètres. La participation des femmes au 800 mètres déclenche d’ailleurs de nombreuses réactions hostiles. Les archives de la commission médicale du CIO révèlent que :
« Il apparaît que la course du 800 mètres dames a été incluse prématurément aux jeux de 1928. En effet, les documents disponibles semblent indiquer que les femmes n’étaient pas préparées à cette distance, car il s’agissait surtout de coureuses de vitesse qui s’étaient attaquées au 800 mètres. Il y eut apparemment de nombreux abandons de femmes physiquement inaptes à courir cette distance à une telle vitesse. Les documents révèlent que la plupart des concurrentes s’effondrèrent ou finirent la course dans un tel état de faiblesse et d’essoufflement, que les officiels furent convaincus de l’inaptitude physiologique des femmes aux courses de fonds10. »
15Or, les comptes rendus de la course sont erronés et falsifiés. John Tunis, un célèbre journaliste américain sportif de l’époque, écrit avec commisération : « Sous nos yeux, sur la piste cendrée, se trouvaient onze pauvres femmes ; cinq ont abandonné avant la fin de la course, et cinq se sont effondrées sur la ligne d’arrivée » (Frantz de Anita, 1997). Les photos et les films de cette course attestent pourtant que les neuf femmes qui ont pris le départ ont terminé la course sans s’effondrer d’épuisement à l’arrivée. Tout au plus étaient-elles logiquement marquées par l’effort, du fait du record mondial établi par la gagnante, l’Allemande Lina Radke11. Reste que l’épreuve a déclenché une telle levée de boucliers que, désormais et pendant plus de trente ans, les femmes ne seront plus autorisées à courir une distance supérieure à 200 mètres, lors des Jeux olympiques.
« Le 800 mètres dames fut rayé des Jeux olympiques jusqu’en 1964, et même en 1976, la course la plus longue pour les femmes fut le 1 500 mètres12. »
Politique du soupçon et le double standard du contrôle de la tricherie
16Aussi au sein du monde sportif des femmes, ce qui fait le propre du sport de haut niveau – la recherche du record et donc la performance toujours plus spectaculaire – demeure à proprement interdit. Ici, la recherche est bornée : le maintien de la féminité constituant par définition une contre-performance. Si parallèlement, dans le monde sportif des hommes, les pratiques de tricherie peuvent se développer pour augmenter la performance masculine13, dans le monde sportif des femmes, le sexe féminin (le sexe apparent, la capacité respiratoire, la puissance musculaire avec les premiers contrôles de sexe gynécologiques et morphologiques, le second chromosome X puis le chromosome Y, avec le test du corpuscule de Barr puis le test PCR-SRY, et enfin les œstrogènes) constitue un handicap de départ. Aussi, on assiste à la mise en place d’un double standard du contrôle de la tricherie, quand du côté des athlètes hommes, il s’agit d’être un homme naturel « exceptionnel » ; lutter contre la tricherie dans le sport des femmes consiste à vérifier que les athlètes sont de « vraies femmes ». Pour le dire autrement, elles doivent bien se cantonner à des performances grevées d’un handicap de base, le sexe. L’équation est ainsi en place : toute compétitrice exceptionnelle sera avant tout soupçonnée non pas tant d’être dopée, mais d’être en vérité un homme et de se faire passer pour une femme, ou de bénéficier d’avantage physique, comme un chromosome Y et/ou la testostérone, qui reste le seul apanage des hommes. Les morphologies et le record des compétitrices se transformant inexorablement, ce qui relève d’une sémiologie de la bicatégorisation sexuelle, que les médecins ont tenté par tous les moyens de fonder et de maintenir depuis des décennies, devient de plus en plus ambivalent et les soupçons au sujet de l’identité sexuelle « réelle » de ces athlètes ne cessent donc de s’intensifier. De nombreuses légendes expliquant que des sportifs se seraient déguisés afin de concourir chez les femmes irriguent la presse sportive et les instances dirigeantes sportives14. C’est principalement cet argument de fraude qui contribue à légitimer les « contrôles de sexe », spécifiquement réservés aux sportives. Or, il est fondamental de souligner et d’insister ici sur le fait qu’un seul cas d’homme se faisant passer pour une femme dans des compétitions internationales a été historiquement recensé (Carlson, 2005), mais que selon des archives médicales et policières (Kluge, 2009), il s’agit d’un sportif intersexe, soit, pour emprunter cette définition au Collectif intersexes et allié·e·s, d’une personne née « avec des caractères sexuels (génitaux, gonadiques ou chromosomiques) qui ne correspondent pas aux définitions binaires types des corps masculins ou féminins15 ». L’histoire de cet athlète est ainsi arrangée et utilisée, afin de justifier la mise en place de ces contrôles de sexe. À l’inverse, cependant, les cas de femmes qui se sont déguisées en hommes pour participer à, voire remporter, des compétitions auxquelles elles n’avaient pas accès sont légions. On peut citer, par exemple, Rena Kanokogi qui remporte en 1959 le championnat de judo de la Young Men’s Christian Association de New-York16. Les cas de Roberta Gibb Bingay et Kathy Switzer17 qui participent aux marathons de Boston en 1966 et 1967 sont à ce titre éclairants. Ainsi, toutes ces hiérarchies genrées ne sont pas discutées précisément alors qu’elles le sont dans le monde scientifique, où des chercheurs s’interrogent sur les fondements historiques et sociaux des résultats inférieurs des sportives. Nature a publié en 1992 les résultats d’une étude qui évoque la possibilité que les sportives puissent égaler voire dépasser les hommes à partir de 2050 pour les épreuves de sprint (Whipp et Ward, 1992). Un article, plus récent, toujours dans Nature, datant du 30 septembre 2014, explique comment le fossé des performances entre les femmes et les hommes en sprint, notamment au 100 mètres, est en train de considérablement se réduire et conclut que les femmes pourraient dépasser les hommes en 2156 (Tatem et al. 2014).
17En 2015, l’IAAF se trouve sommée par le Tribunal arbitral du sport (TAS) dans son verdict du 27 juillet 2015 de suspendre pendant deux ans son règlement relatif à l’hyperandrogénisme et de fournir, pendant cette période, la preuve que le taux de testostérone de ces athlètes leur procure un avantage « injuste » vis-à-vis des autres concurrentes. En effet, Dutee Chand, une sprinteuse indienne âgée de 18 ans, n’a pas été autorisée à participer aux Jeux du Commonwealth durant l’été 2014 à Glasgow, en raison d’une hyperandrogénie. Chand a cependant refusé de se soumettre au règlement et a déposé une plainte auprès du TAS, expliquant ne pas comprendre pourquoi elle devrait subir une hormonothérapie ou, plus encore, des opérations, alors qu’elle n’a pas triché et que ces avantages « estimés » sont le fait d’une production naturelle de son corps. Le TAS a décidé, le lundi 27 juillet 2015, d’autoriser Dutee Chand à concourir à nouveau. Il a alors demandé à la Fédération internationale d’athlétisme de suspendre pendant deux ans son règlement relatif à l’hyperandrogénisme féminin. Le tribunal a estimé qu’il manquait « d’évidences scientifiques » qui attesteraient de l’impact du taux de testostérone sur la performance sportive. En réponse, l’étude de l’IAAF (Bermon et Garnier, 2017), rendue en juillet 2017 à partir de plus de 2 000 données associant meilleures performances d’athlètes hommes et femmes et leurs taux de testostérone, conclut que les femmes aux plus hauts taux de testostérone ont de meilleures performances que celles qui affichent un taux moindre, dans certaines disciplines, soit le lancer du marteau (4,53 %), le saut à la perche (2,94 %), le 400 mètres haies (2,78 %), le 400 mètres (2,73 %) et le 800 mètres (1,78 %). L’étude ne parvient toutefois pas à démontrer que ces athlètes femmes ont un niveau de performance qui se rapproche de celui des athlètes hommes et l’introduction dans l’échantillon de sportives dopées, avec la confusion entre des taux endogènes et exogènes de testostérone, est un biais qui laisse ouvert le débat sur le lien entre, d’une part, sécrétion endogène de testostérone et performance concurrentielle et, d’autre part, entre l’existence d’un avantage et sa qualification comme « injuste » ou « déloyal ». La conclusion est que, ni au 100 mètres ni au 200 mètres, épreuves de Dutee Chand, cet avantage n’a été démontré. Or, le TAS avait été clair sur les preuves dont il avait besoin pour faire respecter la réglementation sur l’hyperandrogénie. L’IAAF devait montrer que les athlètes femmes ayant un taux de testostérone total plus élevé avaient une différence de performance qui se rapproche de celle des athlètes hommes, et non que ces sportives avec un taux plus élevé avaient un avantage concurrentiel sur leurs pairs. En d’autres termes, il devait y avoir une grande différence de performance, placée entre 10 et 12 %. Ainsi, l’étude est en l’état encore très critiquable. La réglementation sur l’hyperandrogénisme féminin, qui indique « un niveau de testostérone inférieur à 10 nmol/L pour les compétitions » comme plafond à la participation des femmes (Karkazis et al. 2012 ; Karkazis et Jordan-Young, 2013), appliquée par l’IAAF et la FIFA depuis 2011 et par le CIO depuis 2012, est explicitement mise en cause ici, ainsi que les mesures prévues, des traitements médicaux visant à réduire le taux d’androgènes18.
En dépit de l’actualité de la recherche, l’IAAF maintient alors l’existence d’un seuil maximal de testostérone comme condition à la participation des candidates chez les « Dames » dans les derniers règlements, entrés en vigueur en novembre 2018, et en abaisse même la valeur, de 10 nmol/L de sang à 5. Pour la compétition, les athlètes dont le taux d’androgènes est supérieur à ce seuil doivent subir un traitement visant à abaisser leur taux d’androgènes, ou bien s’inscrire chez les hommes. Cette alternative, entre atteinte à l’intégrité corporelle et à la dignité, constitue une violence symbolique à l’encontre de ces femmes inclassables aux yeux des institutions sportives. Caster Semenya a engagé alors à son tour auprès du TAS une procédure pour contester ces règlements, mais le TAS a donné raison cette fois ci à l’IAAF. Semenya a fait appel devant le Tribunal fédéral suisse et est dans l’attente de la décision. En attendant elle est interdite de participer aux compétitions et marque par son absence les championnats du monde de Doha de 2019, tout comme la coureuse kenyanne Margaret Wambui ou encore l’athlète du Burundi Francine Niyonsaba. Ainsi, contre une naturalisation de la performance sportive qui découlerait strictement du taux de testostérone présenté par les athlètes, les conditions générales d’entraînement, d’encadrement, d’apprentissage des techniques et de spécialisation corporelle, toutes différenciées en termes de genre, en restent les principaux éléments explicatifs. Il est notamment admis qu’un entraînement intensif qui augmente la masse musculaire accroît le nombre de récepteurs et les effets anaboliques de la testostérone, pour les hommes comme les femmes. Les composantes sociales, culturelles, économiques, environnementales, politiques, religieuses et génétiques forment donc un ensemble complexe, indissociable pour expliquer la performance sportive. À cet égard, les travaux de Manuel Schotté (2012) sur les coureurs marocains, qui remettent en cause l’essentialisme racial associé à la performance, et plus largement ceux sur la problématique de la biologisation du social dans le domaine sportif, éclairent notre propos (Lemerle et Reynaud-Paligot, 2017). Considérer alors que ces athlètes tirent de leur condition des avantages injustes revient à leur dénier les qualités de travail, de persévérance et d’engagement dont elles font pourtant preuve au quotidien dans leurs entraînements.
Conclusion
18C’est en définitive la problématique de la bicatégorisation sexuée qui est au fondement du principe de ces contrôles et qui permet d’éclairer l’attachement majeur des dirigeants sportifs à ces contrôles médicaux sexués. Conformément à l’éthique du fair-play, forme d’égalité sur la ligne de départ qui doit permettre aux meilleures de gagner19, protégée par de nombreux règlements, codes et chartes, les participantes sont sélectionnées et autorisées à s’affronter au sein de sous-groupes structurés en fonction de divers critères : la performance, différents types de handicaps, l’âge, le poids (dans certaines disciplines comme les sports de combat, les arts martiaux ou encore l’haltérophilie). Ce principe de catégorisation comme régulation en amont des « avantages physiques » répond au principe de la garantie d’une incertitude du résultat, fondement de toutes compétitions (Bohuon et Quin, 2016). Le sexe constitue la seule catégorie transversale qui subdivise chacune des catégories précédemment citées. Cette division reste étanche, alors même que les frontières des autres classifications semblent de plus en plus mouvantes20. (Il est à cet égard possible de surclasser des jeunes athlètes dans des catégories d’âge supérieures, tout comme certaines technologies permettent la participation d’athlètes paralympiques aux compétitions olympiques des « valides », comme nous le montre notamment la trajectoire de l’athlète sud-africain Oscar Pistorius ; Issanchou et al. 2018).
19Les tests, maintenus malgré des évolutions méthodologiques importantes depuis soixante ans, ne permettent ainsi pas de débusquer les tricheurs (hommes déguisés) et tricheuses, ce qui relève de la mission des tests anti-dopage, mais auraient pour but de distinguer celles qui tirent un avantage jugé injuste de certaines caractéristiques physiques sexuées (à l’exclusion d’autres caractéristiques physiques comme la taille, l’envergure, etc.). Et, aujourd’hui, c’est donc aux hormones androgènes que les institutions sportives dirigeantes et certains scientifiques attribuent encore un « genre », considérant que s’il y a un impact du taux de testostérone sur la performance sportive, ces hormones doivent rester l’apanage des hommes.
Bibliographie
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Format
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Notes de bas de page
1 Cette contribution puise dans nombre de nos articles, parus depuis l’obtention de la bourse ANOF, notamment le dernier en date (Bohuon et Gimenez, 2019).
2 https://rmcsport.bfmtv.com/jo/jo-2016-les-medaillees-du-800m-muettes-sur-le-theme-de-l-intersexualite-1028076.html ; https://www.lequipe.fr/Athletisme/Article/Un-podium-qui-fait-debat/719525; https://information.tv5monde.com/terriennes/rio-2016-ces-athletes-feminines-qui-ne-rentrent-pas-dans-la-case-femme-124575
3 La finale hommes est remportée en 1 minute 45 secondes 29 centièmes par le Sud-Africain Mbulaeni Mulaudzi. Semenya n’est d’ailleurs pas dans les dix meilleures performances de tous les temps sur le 800 mètres femmes et son temps est à 15 secondes du record du monde établi par le Kenyan David Rudisha qui est de 1 minute 40 secondes et 91 centièmes.
4 L’hyperandrogénie désigne une production naturelle jugée comme excessive d’hormones androgènes (en particulier la testostérone).
5 Le premier type de contrôle systématique prend la forme d’un examen gynécologique et morphologique. Mis en place pour la première fois aux championnats d’Europe à Budapest, en 1966, il oblige les sportives à se présenter nues face à trois gynécologues qui, d’après le règlement, devraient être des femmes, même si cette mesure a rarement été respectée.
6 La méthode du corpuscule de Barr repose sur l’observation au microscope de la présence de corpuscules dits de Barr, mis en évidence par immuno-fluorescence, qui se forment généralement en la présence d’un chromosome X inactif. Celle de PCR-SRY est une analyse génétique qui vise à détecter la présence du gène SRY, dit de masculinisation, généralement placé sur le bras court du chromosome Y. Cette méthode, mise en place pour les Jeux d’Albertville (1992), consiste en l’extraction puis l’amplification des séquences ADN à partir d’une réaction en chaîne par polymérase.
7 https://www.independent.co.uk/sport/olympics/rio-2016-joanna-jozwik-caster-semenya-800m-hyperandrogenism-a7203731.html
8 « En règle générale, les performances des athlètes hommes et femmes ne sont pas les mêmes, ce qui s’explique par une production plus importante d’hormones androgènes chez les hommes que chez les femmes. L’influence de ces hormones est donc plus forte chez les hommes. Les hormones androgènes améliorent les performances, notamment en termes de force, de puissance et de rapidité, ce qui peut conférer un avantage lors d’une compétition sportive », Règlement du CIO relatif à l’hyperandrogénisme féminin, Lausanne, 22 juin 2009.
9 Revue des jeux scolaires et d’hygiène sociale, 1922, p. 68-69.
10 Procès-verbaux des réunions de la commission médicale du CIO, Innsbruck, le 30 janvier au 15 février 1976, annexe 12, p. 38.
11 Le record de Lina Radke, qui ce jour-là court le 800 mètres en 2 minutes 16 secondes 8 centièmes, ne sera battu que seize ans plus tard.
12 Procès-verbaux des réunions de la commission médicale du CIO, Innsbruck, le 30 janvier au 15 février 1976, annexe 12, p. 38.
13 Le CIO, les fédérations internationales et nationales ainsi que les comités nationaux olympiques s’emploient à promouvoir des idéaux de sportivité et d’équité à l’aide de règles, de codes et de dispositions administratives plus ou moins contraignantes. En 1964, lors de la session du CIO réunie à Tokyo, est créée une commission médicale chargée de mettre au point, en même temps que des contrôles antidopage, les contrôles de sexe.
14 Monique Berlioux dans la lettre d’information de la Revue olympique du 3 décembre 1967.
15 https://cia-oiifrance.org/2018/07/03/intersexe-cest-quoi-2/
16 Il s’agit également de la première femme membre du Kōdōkan, dojo, fondé par Jigorō Kanō, en 1882, réservé aux hommes.
17 Elle a rédigé son autobiographie : Marathon Woman: Running the Race to Revolutionize Women’s Sports, Carroll & Graf, New York, 2007.
18 Dutee Chand, 18 septembre 2014, lettre envoyée au secrétaire général de l’Athletics Federation of India (AFI).
19 Nous renvoyons ici par exemple à l’édition en vigueur de la Charte olympique, au 15 septembre 2017, éditée par le CIO (disponible aux archives du CIO, au château de Vidy, à Lausanne ou en ligne : https://stillmed.olympic.org/media/Document%20Library/OlympicOrg/Olympic-Studies-Centre/List-of-Resources/Official-Publications/Olympic-Charters/FR-2017-Charte-Olympique.pdf)
20 À l’inverse, la catégorie de sexe semble infranchissable, comme nous l’a de nouveau démon tré le communiqué de la Fédération internationale de ski interdisant à l’américaine Lindsay Vonn la participation aux épreuves masculines en 2012 : https://www.lematin.ch/story/coupe-du-monde-vonn-n-a-pas-le-feu-vert-de-la-fis-pour-defier-les-hommes-511608181545
Auteurs
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Anaïs Bohuon
Anaïs Bohuon, professeure des universités à la faculté des Sciences du sport de l'université Paris-Saclay, est socio-historienne du sport, du corps et du genre. Au prisme de l’histoire des liens tissés entre le pouvoir médical et la sphère sportive, ses recherches concernent, plus particulièrement, l’historicité du sexe comme catégorie des sciences biologiques et médicales modernes et contemporaines. Elle a notamment publié Le Test de féminité dans les compétitions sportives : une histoire classée X ? (2012) et Performance sportive et bicatégorisation sexuée. Le cas de María José Martínez Patiño et le problème de l’avantage « indu » (2019).
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Elsa Dorlin
Elsa Dorlin, professeure de philosophie à l’université Paris-8 Vincennes/Saint-Denis, est notamment l’autrice de La Matrice de la race. Généalogie sexuelle et coloniale de la nation française (2006), Sexe, genre et sexualités. Introduction à la théorie féministe (2008) et Se défendre. Une philosophie de la violence (2017).
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