Stalactites et muqarnas
p. 28-29
Texte intégral
1Dans son introduction aux Arts arabes ([1868]-1873), Jules Bourgoin signale qu’il n’entend pas traiter des stalactites, ou muqarnas, ces compositions architecturales consistant en une série de petites alvéoles ou de petites arches angulaires ou arrondies et disposées en registres horizontaux en constante diminution de la base vers le sommet1, car il s’agit d’éléments plus architectoniques que décoratifs, qu’il a choisi, dans tous les matériaux recueillis, ceux qui « ont paru les plus propres à fournir aux arts industriels des éléments nouveaux » et qu’il n’a « donné des motifs d’architecture que pour montrer quelle place y occupent les entrelacs ». En outre, poursuit-il, « la donnée géométrique pure est très réduite dans les stalactites, elle y est, pour ainsi dire, invisible, puisqu’elle ne réside que dans le plan et la succession des strates2 ».
2En fait, Bourgoin avait dès les années 1863-1866 montré de l’intérêt pour ces éléments si caractéristiques de l’architecture islamique, comme en témoignent ses premiers carnets. Au point d’envisager, déjà vers 1877, de traiter du « Trait et [de] l’appareil des stalactites d’après les dessins originaux et les monuments du Caire, Jérusalem, Damas » dans une publication périodique qu’il projetait, la Revue de l’ornement ou Mémorial des Arts, illustrée de cent cinquante planches au trait et ombrées. C’est dans le Précis de l’art arabe (1892) qu’il recyclera ce corpus graphique augmenté des très nombreux dessins faits au Caire dans les années 1881-1883. Les planches de la première série intitulée « L’architecture. Koubbés, minarets, voûtes, stalactites, entrées, portes, fenêtres, etc. », figurent les structures de stalactites et muqarnas à la fois en perspective et en projection orthogonale (plan au sol). Parce qu’il avait perçu la place que prenait la connaissance de la géométrie appliquée chez les architectes comme chez les artisans dans le monde musulman, Bourgoin trouve ici un terrain propice à sa réflexion sur la nécessité de fournir aux hommes de l’art occidentaux des répertoires de formes issus d’autres civilisations. Il se plaît à représenter les détails des strates d’encorbellement. Ainsi, lorsqu’il figure le minaret de la khânqâh de Baybars al-Gâshankîr au Caire (706-9 H./1306-1310) (fig. 12.1), il accompagne la feuille dessinée d’une autre sur laquelle il a détaillé les structures des différents niveaux d’encorbellement (fig. 12.2). Tout encorbellement, même dans la menuiserie (les tabourets par exemple), dont les structures n’ont rien à envier aux systèmes développés en architecture, fournit l’occasion d’un dessin détaillé. Les autres éléments architectoniques qui suscitent son observation sont la voûte ou le plafond à stalactites, ou à lambrequins, dont il restitue un tracé à la complexité digne des toiles d’araignées. Ainsi par exemple des voûtes en panache d’un vestibule de la mosquée funéraire d’‘Ulgây al-Yûsufî (774 H./1373).
Fig. 12.1. Jules Bourgoin. Minaret de la khânqâh de Baybars al-Gâchankîr, Le Caire, s. d. (v. 1881-1883).

Paris, École nationale supérieure des beaux-arts (EBA 7900-0001).
Fig. 12.2. Jules Bourgoin. Muqarnas des encorbellements du minaret de la khânqâh de Baybars al-Gâchankîr, Le Caire, s. d. (v. 1881-1883).

Paris, École nationale supérieure des beaux-arts (EBA 7900-0002).
Notes de bas de page
Auteur
-
Maryse Bideault
Ingénieur de recherche, InVisu (CNRS/INHA).
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Histoires d'archéologie. De l'objet à l'étude
Irène Aghion, Mathilde Avisseau-Broustet et Alain Schnapp (dir.)
2009
Chroniques de l’éphémère
Le livre de fête dans la collection Jacques Doucet
Dominique Morelon (dir.)
2010
Ô dieux de Crotone ! Lieux et témoignages du sacré à l’intérieur d’une ville antique de Calabre
Lorenz E. Baumer, Simonetta Bonomi et Domenico Marino (dir.)
2010
Bibliothèques d’atelier
Édition et enseignement de l’architecture, Paris 1785-1871
Jean-Philippe Garric (dir.)
2011
Jules Bourgoin (1838-1908)
L’obsession du trait
Maryse Bideault, Sébastien Chauffour, Estelle Thibault et al. (dir.)
2012
Le Caire sur le vif. Beniamino Facchinelli photographe (1875-1895)
Mercedes Volait, Jérôme Delatour, Thomas Cazentre et al.
2017
