Introduction
Introduction
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Texte intégral
1Tous les spécialistes qui s’intéressent – en nombre croissant – aux architectures européennes « hors les murs », et en particulier à celles situées dans le monde méditerranéen, le savent : le domaine n’est pas aisé à documenter pour quiconque souhaite aller au-delà de la matière classique, parfois bien limitée et biaisée, qu’offrent les revues d’architecture en langue européenne, ou du seul inventaire de ce qui subsiste sur le terrain. L’éclatement des sources entre les deux rives de la Méditerranée, l’absence de centres dédiés, et la très inégale accessibilité des documents d’un pays à l’autre rendent en effet les recherches complexes et difficiles. C’est dire tout l’intérêt que présente ce premier panorama des ressources offertes par les archives d’entreprises conservées en Europe.
2Au fil des recherches collaboratives qui ont porté attention depuis 2002 aux architectures modernes en Méditerranée1 , les archives des entreprises européennes actives dans la région à partir de la seconde moitié du xixe siècle se sont en effet avérées des corpus très riches, dans bien des cas les seuls identifiés à ce jour à avoir conservé trace de telle ou telle construction ou de tel ou tel chantier. C’est le cas des Bétons armés Hennebique, bureau d’études qui fournit une iconographie méditerranéenne inégalée, bien repérée dès 20032, c’est aussi celui des entreprises ayant eu une activité de maîtrise d’ouvrage, à l’instar de la Compagnie universelle du canal maritime de Suez, à qui l’on doit la construction de plusieurs villes en Égypte à partir de 18623, ou encore de la société de secours mutuel qui a accompagné le mouvement migratoire italien outre-Méditerranée, et est à l’origine de tant d’habitations ou d’équipements en Égypte, Tunisie ou Libye4. Ces premiers résultats invitaient à poursuivre l’exploration ; c’est chose faite avec le présent ouvrage, qui apporte à son tour son lot de belles découvertes : chantiers inattendus (dans le domaine de la restauration des monuments), collaborations méconnues (à l’occasion de gros marchés, tel le remontage des temples de la Nubie), ou encore échelle urbaine des interventions (dans le cas des villes minières, par exemple).
3L’investigation est certes loin d’être achevée : les recherches sur les ferronniers d’art n’en sont qu’à leur début, tout comme celles sur les mosaïstes ; nombre d’entreprises impliquées dans le second œuvre n’ont jamais été étudiées – que l’on songe aux manufactures anglaises Critall qui ont inondé le monde de menuiseries métalliques à partir des années 1850, ou aux ascenseurs Schindler, très présents en Méditerranée dès les années 1900.
4Toute cette matière inédite n’intéresse pas que la recherche ; l’information livrée est également utile à tous ceux qui œuvrent à la conservation du patrimoine récent. Disposer d’une connaissance précise et fiable sur les procédés et matériaux de construction utilisés est gage d’une restauration viable et de qualité, quand vient le temps de la requalification.
5Bien qu’encore trop peu utilisées par les historiens de l’architecture, qui sont plus familiers des fonds d’architectes, inégalement répertoriées dans les fonds publics car requérant des connaissances spécialisées sur les contextes extra-européens, embarrassantes pour les entreprises qui ne disposent pas de services dédiés, les archives de la construction en Méditerranée constituent pour la recherche comme pour la restauration un patrimoine culturel unique, qui mérite qu’on en poursuive la conservation et la valorisation. Puisse cet ouvrage en apporter la démonstration, et convaincre les détenteurs de fonds d’entreprises du potentiel que recèle la mise en valeur de leurs archives.
Notes de bas de page
1 Dans le cadre notamment du projet européen « Patrimoines partagés : savoirs et savoir-faire appliqués au patrimoine architectural et urbain des xixe-xxe siècles en Méditerranée » (Euromed Heritage II, 2002-2005), puis à l’occasion d’une étude sur les villes du Canal de Suez, financée par l’Agence nationale de la Recherche (projet « Isthme », 2008-2011).
2 Mercedes Volait, David Peyceré, Architectes français au sud et à l’est de la Méditerranée : guide de recherches dans les archives déposées à l’Institut français d’architecture, n° spécial de Colonnes, n°21, février 2003.
3 Dont les documents ont nourri les trois monographies architecturales : Port-Saïd, Architectures xixe-xxe siècles, Le Caire : ifao, 2006 ; Claudine Piaton (dir.), Ismaïlia, Architectures xixe-xxe siècles, Le Caire : ifao, 2009 ; Claudine Piaton (dir.), Suez, Histoire et architecture, Le Caire : ifao, 2011.
4 Ezio Godoli, Anna Nuzzaci (dir.), L’Associazione Nazionale per soccorrere i Missionari Italiani (anmi) e i suoi Ingegneri, Florence : Maschietto, 2009.
Auteur
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Mercedes Volait
Historienne de l’architecture, directeur de recherche au cnrs (InVisu), Paris
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